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 Faites tomber les chaînes (PV)

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Daneva
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MessageSujet: Faites tomber les chaînes (PV)   Faites tomber les chaînes (PV) I_icon_minitimeLun 25 Mai 2009 - 3:09

- Arrière, pouilleuse !
- Ooooh oh oh, doucement !

La silhouette encapuchonnée fit un bond en arrière maladroit lorsque le garde la menaça de sa longue lance. La nuit était tombée sur Miradelphia depuis une paire d’heures, et la vie nocturne de la capitale battait son plein. La lumière tremblante des torches de rue et quelques mélodies venaient égayer la petite place pavée où les sentinelles de la grande Porte Sud effectuaient leur garde. Le long rempart assurant la défense de la ville ressemblait à une palissade fantôme, barrière blanche marquant la frontière entre l’obscur extérieur et la chaude vie de Diantra.

- Je ne fais que passer… A moins que vous n’ayez besoin d’un charme, Monseigneur ?

La voix de la créature était grave et rocailleuse. Elle avait un accent indéfinissable et s’attardait désagréablement sur les « r », donnant l’impression que la suite de la phrase serait perdue dans une quinte de toux.

A ces mots, elle se recroquevilla sur elle-même puis entrouvrit sa longue cape pour présenter à l’homme une demi douzaine de petits objets indéfinissables. Il agita son arme de manière plus agressive encore.


- Ne n’ai pas besoin de tes maléfices, sorcière ! Montre ton visage !
- Vous ne voudriez pas voir ça…
- Fais-le !

La pointe de la lance vola vers la poitrine de la créature et s’arrêta à une dizaine de centimètres seulement de pénétrer la chair. L’interpellée fit un pas en arrière suivi un geste d’apaisement de ses bras, laissant apparaître deux mains sales aux longs ongles noirs. Lentement, elle fit glisser la capuche. A la vue du visage ainsi dévoilé, le garde eut un mouvement de recul.

La femme – car c’était une femme – lui adressait un sourire jaune et édenté. Plus édenté que jaune, en vérité. Une grande cicatrice parcourait sa joue droite, du sourcil au menton. Ses yeux étaient bouffis, et décorés de deux lourdes cernes noires. Aux commissures de ses lèvres s’écoulait un fluide indéfinissable… Quant à sa chevelure, du peu qu’on en voyait, elle semblait plus proche du nid de cafards que de l’amas de cheveux. De plus, ce mouvement avait produit une effluve nauséabonde venant de sa personne. Poussant l’horreur à l’extrême, la femme mima un baiser en direction du garde.


- Hé quoi ? Je ne vous plais pas ?
- Va !

La silhouette encapuchonnée s’éloigna, pliée en deux, boitant piteusement le long de la rue s’enfonçant dans la capitale. Le garde la regarda un moment, regrettant sans doute de lui avoir demandé de lui laisser voir son visage, puis s’en désintéressa alors que quelques gamins lui jetaient des pierres.

La prétendue sorcière se dirigea ainsi vers la partie est de la ville, toujours de cette allure misérable. Ombre parmi les ombres, rares furent ceux qui la regardèrent plus d’une seconde. Elle s’engouffra finalement dans une ruelle plus petite et plus sombre que les précédentes, et poussa une porte.
Il s’agissait d’une auberge. L’endroit était mal éclairé, et sentait la sueur. Quelques hommes étaient attablés et discutaient à voix basse. En la voyant entrer, l’aubergiste posa le verre qu’il était en train d’essuyer sur le comptoir et s’approcha d’elle. Sa grosse voix fit trembler les murs de la bâtisse.


- Pas de mendiants ici. Dégage avant que je ne m’en charge moi-même !

Mais la silhouette, le visage dissimulé sous la lourde capuche, ne recula pas. Au lieu de cela, elle tendit son bras vers l’avant, présentant au gros bonhomme une chaîne en argent au bout de laquelle pendait un bijou sur lequel était gravé quelque chose. L’aubergiste devait savoir de quoi il s’agissait, car il écarquilla les yeux et murmura dans un souffle.

- L’Arbre Blanc….
- Un lit, un bac d’eau chaude, et un repas.

Toujours cette même voix rocailleuse. L’homme fronça les sourcils, réfléchissant un instant.

- Bien sûr. Venez.

Quelques minutes plus tard, la porte de la meilleure chambre de l’établissement se refermait sur la femme. Toujours courbée vers l’avant et boitant, elle inspecta les lieux avec circonspection pendant quelques secondes. Une fois qu’elle fut certaine d’être seule, elle se précipita tant bien que mal vers le pot de chambre qui gisait à coté du lit. Comme si chaque seconde qui passait ne lui était que souffrance, elle arracha sa cape, la jeta derrière elle et s’agenouilla au dessus du pot. Elle se mit à tousser violemment, crachant dans le pot une substance noire d’aspect dégoûtant. N’y tenant plus, elle enfonça deux doigts dans sa gorge, eut un soubresaut et rendit le contenu de son estomac. L’opération semblait être très douloureuse, mais aussi libératrice, car au fur et à mesure qu’elle se débarrassait de l’étrange liquide elle paraissait plus sereine. Lorsque enfin elle s’arrêta de tousser, elle eut un moment de réflexion, puis s’empara du pot et le vida par la fenêtre sans même vérifier où cela allait tomber.

- Plus jamais de sorcellerie…

Elle avait grommelé pour elle-même, mais la voix semblait déjà bien plus humaine, bien qu’encore enrouée.

Daneva était allergique à la magie, et cela depuis toujours. Elle avait toujours vécu en se tenant le plus loin possible de cette chose étrange qu’elle ne comprenait pas, se trouvant très bien sans en faire usage, mais cette fois-ci elle n’avait pas eu le choix. Son portrait était affiché partout, et il était clamé que ceux qui aideraient à sa capture recevraient une très jolie somme. Combien exactement, elle n’en avait cure, mais le fait était qu’elle aurait besoin d’être très discrète en se baladant dans la capitale. La vieille sorcière qu’elle avait croisée sur la route de Diantra l’avait tout de suite reconnue, et offert ses services. A contrecœur, la jeune femme avait admis que c’était bien sa seule option. Elle lui avait donc acheté à prix d’or une potion qui était censée changer son apparence, à court terme. Cette horrible substance noire.

Au souvenir du goût de la mixture, elle eut de nouveau un haut-le-cœur, nausée vite remplacée par une lancinante douleur au visage. Poussant une longue plainte, elle tituba vers la petite table de la chambre et s’empara du miroir qui y était posé, avant de se laisser choir sur le sol comme un linge sale. Dans son reflet, elle assista à la lente disparition de la cicatrice qui barrait jusque là son visage. Le soulagement l’envahit. Elle n’avait
vraiment pas confiance en la magie... Puis ce furent ses dents manquantes qui repoussèrent. La douleur fut doublée. Pendant une minute, elle s’accrocha aux draps du lit comme si ils étaient ses dernières attaches au monde réel. Ses yeux reprirent aussi leur teinte normale, et elle eut un instant l’impression d’avoir perdu la vue. La panique de Daneva n’atteint cependant son paroxysme que lorsque sa colonne vertébrale se redressa lentement, et que son corps se remodela peu à peu en celui de la grande et fine jeune femme qu’elle était. Allongé sur les planches moisies du sol de la chambre, elle serra les dents à s’en casser les mâchoires jusqu’à ce que toute douleur disparaisse de son corps. Cela prit un moment, mais elle finit par se relever en s’appuyant sur le lit à cause de ses genoux tremblant. Cela n’avait pas été si douloureux la première fois…

Le souffle court, elle enleva ses vêtements et s’observa encore. Un frisson de dégoût parcouru son échine au souvenir de la créature qu’elle était devenue, pour quelque heures. Non pas qu’elle soit particulièrement fière de son apparence, mais il y avait quelque chose de répugnant dans l’idée de changer ainsi son corps par magie. Elle porta une main devant son visage et vérifia que ses ongles avaient repris une taille normale. Quoi qu’il en soit, ils étaient toujours aussi sales. Dane ne s’était pas satisfaite de cette potion incertaine… Avant de se présenter à la porte sud, elle avait trouvé un petit relais sur la route, où elle avait laissé Iio. Le palefrenier lui avait paru honnête. Il garderait l’excellent cheval jusqu’à ce qu’elle revienne, et elle le payerait à ce moment là. Honnête ou pas, elle n’avait tout de même pas manqué de le menacer : si le cheval n’était pas là à son retour, elle le tuerait. Agir de la sorte ne lui était plus étranger depuis des années, et le jeune gars avait bien senti que l’étrangère, sous son épaisse capuche, était très sérieuse. Ceci fait, elle s’était enduite des cendres d’un vieux feu de camp et avait bu trois longues gorgées de la mixture immonde de la sorcière.

Et là voilà dans Diantra. Elle était exténuée, car même si son voyage avait été de courte durée – un peu plus de deux jours depuis son départ de la ferme Granchot en vérité – elle ne s’était arrêtée que quelque heures pour manger et dormir un peu, et cela remontait à presque une journée. De plus elle avait perdu l’habitude de monter à cheval, après deux ans à Nelen sans poser le pied sur le continent, et de fait la chevauchée avait été des plus épuisantes.

Le bac d’eau chaude, dans un coin de la chambre, semblait lui lancer des appels. Ne résistant pas plus longtemps, Dane alla s’y immerger dans un long soupir. Elle avait encore tant de choses à faire… Et puis Lucas. Elle l’avait abandonné chez des étrangers. Par les Saints de l’Île, quelle folie… Elle se prit la tête entre les mains, anéantie. Son pauvre fils. Que penserait-il de sa mère si elle ne revenait jamais ? Et qu’en feraient les Granchot si elle ne parvenait pas à sauver leur propre fils ? Heureusement qu’elle y avait laissé Roc, son ex-officier. Elle ne réussissait pourtant pas à se satisfaire de cette idée… Elle sauverait Meron et les autres, et reviendrait à Lucas, très vite comme elle le lui avait promis. Elle ne serait tranquille que lorsqu’elle le tiendrait enfin dans ses bras.


Dernière édition par Daneva le Lun 25 Mai 2009 - 3:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Faites tomber les chaînes (PV)   Faites tomber les chaînes (PV) I_icon_minitimeLun 25 Mai 2009 - 3:11

Le lendemain, Dane se réveilla à l’aurore. Son objectif était de trouver un homme connu sous le nom de La Ronce de Diantra. Il était, elle pensait, le moyen le plus efficace de rassembler les hommes dont elle avait besoin. Mais avant cela, il fallait qu’elle vérifie qu’elle n’avait définitivement plus aucun soutient de la part des ex-silencieux restés en ville. Il y avait un moyen très rapide de s’en assurer.

C’était la première fois qu’elle revenait à Diantra depuis… l’incident. En s’habillant, elle sentit ses mains trembler. Presque religieusement, elle attacha son corset autour de sa poitrine et serra les ficelles pensivement. Ce corset avait vu les choses les plus belles et les plus horribles de sa vie ; il avait été défait de nombreuses fois par des mains étrangères, parfois amies, parfois ennemies. Plus que tout, il rappelait à la jeune femme la première fois qu’elle avait passé la nuit avec Calis. Il avait tiré sur les liens qui le maintenaient en place avec une force et une détermination qui l’avaient surprise. Cette même détermination, elle l’avait découvert, faisait partie intégrante de son caractère. Avait fait.

La minute d’après, elle se faufilait par la fenêtre afin d’atteindre le toit de l’établissement. Hors de question de repasser par l’aubergiste maintenant qu’elle était redevenue elle-même. De toute façon, il garderait la chambre pour elle autant de temps qu’il le faudrait, grâce au médaillon de Valkayre – car ce qu’elle avait montré au tenancier le soir d’avant était un cadeau que lui avait fait l’assassin blanc. Elle avait eu quelques nouvelles de son ami depuis le temps… Et il semblait avoir fait son chemin. Du temps où il le lui avait offert, le médaillon ne lui aurait permis que d’entrer dans quelques établissement louches sans se faire trop embêter. Elle savait désormais qu’à ce jour il s’agissait d’un sauf-conduit des plus puissants à Diantra, d’où l’attitude du gros aubergiste de l’autre soir. Aucun de ceux qui avaient déjà eu affaire à la lignée de l’Arbre Blanc ne semblait avoir envie de lui déplaire. Bien sûr elle aurait pu utiliser l’emblème des Silencieux pour avoir le même effet mais, la Compagnie dissoute, elle doutait que la pression soit assez forte pour prévenir de la trahison. La peur avait changé de camp.

Une fois sur le toit, Daneva inspira, le cœur serré de revoir cet océan si familier. Elle ajusta sa cape sur ses épaules et vérifia que sa dague croisée était bien fixée dans son dos. L’heure était à la redécouverte d’un sport qu’elle avait jadis l’occasion de pratiquer très souvent…

Coupant sa respiration, elle se mit à courir vers le bord avec détermination, et sauta au dessus de la ruelle. Elle se reçu sur le toit d’à coté dans une roulade et se releva prestement, un sourire sur le visage. Cela lui avait manqué. Bien sûr, n’importe qui étant un tant soit peu agile pouvait faire de même, mais il fallait tout de même savoir où sauter… Dans ce quartier c’était facile grâce aux maisons petites et rapprochées, mais le jeu devenait plus dangereux dans les quartiers plus prestigieux, où elle aurait sans doute à marcher dans la rue.

C’est en tout cas très discrètement que Daneva se dirigea vers l’une des places de la zone, là où elle savait trouver une des entrées principales vers les égouts. Quand elle y arriva, elle dû attendre qu’une patrouille bifurque dans la rue principale pour pouvoir se montrer, capuche jusqu’au nez. Ce n’était pas si original, les gens s’habillant de plus en plus à l’arrivée prochaine de l’hiver… La jeune femme contourna la petite fontaine de la place et s’engouffra dans une minuscule ruelle, dont elle fit basculer la trappe qui en constituait le bout. L’odeur nauséabonde des sous terrains la prit aussitôt à la gorge, mais elle ne s’en formalisa pas. Elle avait passé des mois là-dessous.

Les lieux n’avaient pas changé. Elle su retrouver le chemin vers la zone des Silencieux, et y arriva quelque minutes plus tard. La déception fut intense, mais elle s’y attendait : l’endroit était désert. Tout avait disparu… Les tentes, les caisses, les étals… Plus rien. Nostalgique un instant, elle s’appuya contre un mur avant de s’en écarter brusquement lorsqu’elle se rendit compte qu’il était recouvert d’une mousse à l’aspect douteux. Il n’y avait plus rien à faire ici.


Une fois de nouveau à l’air libre, elle décida de jouer sa dernière carte. Grimpant sur le plus haut toit qu’elle put trouver, elle s’accroupit, prit une longue inspiration et siffla. Ce n’était n’importe quel sifflement… Tout silencieux avait appris à le faire dès son entrée dans la guilde. Le son était très particulier, et portait loin. C’était un signal d’alerte… Celui qui sifflait ainsi avait besoin d’aide, et les Silencieux qui entendait l’appel devaient aussitôt se porter au secours. Daneva s’en était servie une fois, et cela l’avait tirée d’une bien désagréable situation.

Elle attendit une dizaine de minutes, puis bondit sur un autre toit et changea de quartier avant de réitérer l’opération. Elle se donnait jusqu’à midi pour trouver quelqu’un, passé ce délai elle se considèrerait comme parfaitement seule. Son sifflement retentit trois fois avant d’être entendu. Dane attendait patiemment sous le soleil de plus en plus fort de la fin de matinée lorsqu’une ombre des plus rapides grimpa le bâtiment à la manière d’un singe pour se retrouver à ses cotés. Surprise, soulagée et inquiète à la fois, la jeune femme attendit que son nouveau compagnon abaisse sa capuche avant abaisser la sienne. Ce dernier dévoila sans attendre son visage…

- Guel’na.

Il s’agissait d’une autre jeune femme, ancienne alpha de la Compagnie. Elle possédait une chevelure d’un blanc étonnant, et une peau des plus pâles. Daneva n’avait aucun doute sur le fait qu’elle était demi-drow. Guel’na n’était pas son véritable nom, c’était un surnom. Son surnom de Silencieux, comme en avaient tous les alphas. Elle dardait sur Dane un regard sombre, et attendit que cette dernière dévoile elle aussi son visage pour la saluer.

- Daneva.
- Es-tu seule ?

La demi-drow acquiesça. Toutes deux avaient des dizaines de questions à poser à l’autre, c’est pourquoi Dane lui laissa poser la suivante.

- Les Silencieux sont-ils réellement dissous ?
- Je crains que oui. Mais tous ne sont pas encore morts. Sais-tu si d’autres sont encore à Diantra ?
- Oui, pour la plupart ce sont d’ex-petits ou des classes 2. Ils ne se sont pas fait prendre et se cachent. Ils ne veulent plus entendre parler de la Compagnie. Que s’est-il exactement passé à Nelen ?
- L’armée a attaqué l’île en même temps que la Marine Marchande. Nos défenses n’ont pas tenu très longtemps. Nous n’étions pas préparés à ça. Où est Okän ?

Guel’na ne répondit pas tout de suite. En lisant son expression meurtrie, Daneva su tout de suite qu’il y avait quelque chose de grave. La demi-drow et Okän, un autre des alphas, s’aimaient d’un amour rare. Dane avait respecté cela, et avait veillé à ce qu’ils soient toujours affectés aux même missions.

- A-t-il été tué ?
- Non !

Sa voix avait vacillé un instant, trahissant son désespoir. Dane eut l’impression de se voir elle-même, deux ans auparavant.

- Il a été pris. Ils le gardent en ce moment même dans les geôles royales. Il aurait dû être exécuté depuis longtemps, je ne comprends pas ce qu’ils attendent… En tout cas, il m’est impossible de le libérer seule. Ils me connaissent, j’étais avec lui lorsqu’ils l’ont arrêté. Je ne m’en suis sortie que de justesse.

Elle regardait son ancienne supérieure avec des yeux que cette dernière ne lui avait jamais vu. La jeune femme réfléchissait activement. Elle pouvait aisément deviner ce que la demi-drow allait lui demander.

- J’ai besoin d’aide.
- Moi aussi.

Il y eut un silence, durant lequel les deux femmes semblèrent perdues dans leurs propres pensées. Dane reprit la parole la première.

- J’ai fui Nelen sur un bateau pirate en me faisant passer pour une pêcheuse, avec Roc, Loki et Lucas. J’ai laissé Lucas à des fermiers de Taanis. Roc était blessé, alors il est resté aussi. J’ai envoyé Loki à la rencontre du groupe de Renard, à Lante. Il devrait arriver à temps pour les prévenir du danger. Je suis ici pour secourir un convoi de prisonniers fais à Nelen qui se rapproche de la ville pour les y exécuter. Le fils des fermiers est parmi eux. Il me faut rassembler des hommes pour cela… C’est la raison pour laquelle j’ai sifflé. J’ai besoin de toi, et de tous ceux qui voudront bien se joindre à moi.

Guel’na pinça les lèvres.

- Pas sans Okän.
- Si ils ne l’ont pas tué tout de suite, c’est qu’ils attendent le convoi. J’imagine qu’ils préparent une exécution de groupe, pour marquer les esprits. Le convoi est à gérer en premier. Ensuite nous aurons le temps de libérer Okän.

- Vas-tu m’aider ?

Une lueur d’espoir venait d’apparaître dans le regard de la demi-drow.

- Oui.

L’humaine en revanche baissa les yeux, accablée. Venait de s’ajouter à ses plans une nouvelle obligation. Le jour où elle retrouverait son fils venait de reculer dans le temps. Okäns avait été un Silencieux remarquable, et il méritait autant que les autres d’être sauvé. Dane était très sensible à la détresse de Guel’na, qui était celle d’une femme inconditionnellement amoureuse. Son homme était toujours vivant, et elle avait encore l’opportunité de le ramener auprès d’elle, chance que Daneva n’avait pas eu. Sans compter qu’elle avait besoin de l’ancienne Silencieuse pour secourir Meron.

- J’ai déjà libéré quelqu’un des geôles royales, je peux recommencer. Surtout qu’il s’agissait de Triss Amras, ancien leader de la Marine Marchande. Okäns n’était même pas officier…

Les lèvres de Guel’na tremblèrent de reconnaissance. Elle tendit la main.

- Dit ?
- Dit.

Daneva lui serra la main, gravement. Il n’y avait plus de temps à perdre.

- Que sais-tu de la Ronce ?
- C’est… Un bandit de Diantra. Quelque chose se rapprochant.
- As-tu déjà eu affaire à lui ?
- Une ou deux fois… Diantra est une grande ville, mais notre réseau couvrait la majorité des quartiers, dans le temps. Pourquoi ces questions ?
- Je pense qu’il peut nous aider.

Elle soupira.

- Mais je n’ai pas la moindre idée de la façon dont je pourrais le convaincre de faire pareille chose. Nous n’avons jamais eu affaire à lui dans le passé, et tout l’or de la guilde a été pillé.
- Nous pourrions le menacer.
- Non… Si je veux faire appel à ses services, c’est justement parce que je pense qu’il est insensible à ce genre de pression. D’autant qu’il serait dangereux de se mettre à dos cet homme sans en savoir plus. Nous ignorons sa puissance réelle.

Les deux femmes restèrent silencieuses un moment.

- Sais-tu où le trouver ?
- A peu près. J’ai quelque gamins qui ouvrent l’œil pour moi en échange de quelques écus.
- Mène-moi à lui maintenant.

Elles passèrent le reste de l’après-midi à courir dans les rues et sur les toits de la capitale. Il était aisé d’éviter les patrouilles, et la capuche de Daneva lui permettait de dissimuler son visage efficacement. Elle vit plusieurs affiches sur les places qu’elles traversèrent, et constata amèrement que son portrait était très ressemblant.

Au crépuscule, elles arrivèrent devant une taverne agitée du nord de la ville. Elle était située juste derrière le palais royal. Guel’na affichait une mine sombre : les geôles n’étaient pas loin non plus. Le garçon que payait la demi-drow leur avait indiqué cet établissement, jurant sur son honneur qu’il avait vu la Ronce s’y diriger plus tôt dans la journée. Les deux femmes s’y engouffrèrent donc, et ne mirent pas longtemps à trouver une table dans le coin le plus sombre de la pièce. Dane n’était pas à l’aise. Maintenant qu’elle se trouvait à l’intérieur, ne pas relever sa capuche devenait louche. Heureusement, peu de têtes s’étaient relevées à leur arrivée.


Pendant quelques minutes, elles scrutèrent attentivement les clients de la taverne, sans succès. Daneva ne savait même pas à quoi ressemblait l’homme qu’elle cherchait, elle ne pouvait que se fier à la description approximative que lui avait fait sa compagne. Grand, brun. La majorité des hommes présents étaient grands et bruns. Elle serra son poing sur la table et se pencha pour chuchoter à Guel’na.

- Bon sang, nous n’arriverons à rien comme ça !

La demi-drow acquiesça.

- Tu as raison. LA RONCE !

Elle avait crié ces deux derniers mots, se levant en même temps. Tous les clients de la taverne levèrent la tête vers elle. Elle cria encore.

- LA RONCE !

Daneva avait baissé la tête lentement. Elle ne bougeait plus, tâchant de faire en sorte que personne ne la remarque. Guel’na accaparait de toute façon très bien l’attention avec sa crinière blanche et ses grands yeux noirs furieux. Cette demi-drow était folle à lier… Mais Dane devait avouer que sa méthode, à défaut d’être discrète, était efficace.
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MessageSujet: Re: Faites tomber les chaînes (PV)   Faites tomber les chaînes (PV) I_icon_minitimeVen 5 Juin 2009 - 8:53

Avec pertes et fracas, le plat d’une main claqua le bois d’une table. Les pieds d’une chaise repoussée en arrière s’emmêlèrent et le siège s’étala à terre. Le jeu composant la main de chaque joueur et la pioche se mélangèrent.

- Foutre Dieu ! rugit quelqu’un en réponse.

Un parieur, revêche, tenta vainement d’éviter l’éparpillement des cartes, quand le pied de l’hurleur secoua la table d’un vicieux coup par en dessous. Une reine de cœur, la coquine, passa dans les airs en compagnie de quatre valets. Le Roi de Pique s’écorna en se frottant de trop près à une rose projetée hors de son gobelet. Le Roi de Carreau glissa sous un buffet où il resta sur le carreau, définitivement éjecté du jeu. Le Roi de Cœur gouta les allées et venues d’un courant d’air mais resta assez maître de lui-même pour maitriser ses haut-le-cœur. Et pour le Roi de Trèfles, des nèfles.

Un doigt accusateur s’orienta vers les joueurs, un à un.

- Coquins que vous êtes ! Est-ce donc là la seule manigance dont vous êtes capables pour échapper à vos engagements financiers ! Au moment où j’allais mettre un terme final à notre partie avec une dernière main ! harangua le joueur mécontent, avant de jeter un œil vers la Dame qui hurlait à la Ronce.

A dire vrai, sa dernière donne s’était révélée catastrophique et son jeu en main n’aurait pas été suffisant pour bluffer un ivrogne. Même lorsque l’on avait le talent de vendre des glaces aux esquimaux, l’on ne pouvait rattraper toute les situations au jeu de Morne.

- Voilà que l’on envoie des femmes mettre la pagaille dans le jeu ! Messieurs, je ne vous félicite pas ! Vous m’avez habitué à des intrigues un brin plus élaborées ! dit-il en devisant d’un ton péremptoire.

Il frotta ses mains d’un geste calculateur et se détourna de la table pour jeter un œil vers la Dame aux cheveux blancs. Se jeter dans un piège afin d’échapper à un autre était une méthode tout à fait acceptable et bien dans le ton du personnage de la Ronce de Diantra. Il toussa et mit sa main en éventail devant sa bouche, d’un geste fort poli.

- Et bien… entama-t-il d’une voix rocailleuse qu’il reprit immédiatement et dont il doubla la fermeté au moment de reprendre.

- Vous cherchez la Ronce de Diantra… me voilà, dit il d’une voix que l’entrée dans l’âge de l’adolescence rendait tantôt caverneuse et l’instant d’après un brin trop fluette.

Moucheron, cumulant les fonctions d’aide de camp de la Ronce, d’apprenti, de porte-sandales et d’homme de ménage, planta fermement le talon de ses souliers face à la Dame aux yeux sombres, avant de faire une révérence parfaitement exécutée, quoiqu’un peu trop troisième siècle pour être encore vraiment à la mode. Sa langue passa sur ses lèvres, goutant visiblement à la situation.

A l’étage, Monsieur de Vorkosigan observait la scène du balcon surplombant la salle commune. Une main sur la taille, il affichait un air visiblement désapprobateur par une moue un brin contrarié. Elégant, l’homme portait un veston sombre dont les lignes, soutenues et épurées, mettaient en valeur une stature haute, quoiqu’un brin longiligne. Selon une mode en vigueur, il en avait noué les boutons jusqu’à la taille pour laisser le bas de la veste s’évaser sur sa taille. Autour de celle-ci, un passant de ceinture mat se faisait parfois apparent au gré de ses mouvements. Au creux d’un col à haut bord s’affichait un camée précieux, que l’homme manipulait d’une main nerveuse.

Il fallait reconnaitre que Moucheron savait attirer l’attention et qu’il avait un don diabolique pour ce qui était de tricher aux cartes. Néanmoins, l’attitude des gens réunis était en train de se modifier, d’une manière encore imperceptible. Les yeux de Miles s’attardèrent à droite sur un visage, à gauche sur une main passant sous une table, décelant la nervosité qui gagnait. La femme, levée, faisait peur et Moucheron ne tarderait pas à s’en rendre compte.

Il soupira d’un air las et leva les yeux au ciel – enfin, au plafond – pour voir si la réponse à ses problèmes n’y était pas inscrite. D’un pas modéré, il traversa le balcon et s’engagea dans l’escalier en incrustant le talon de ses bottes dans un bois qui n’en demandait certainement pas tant. Ce faisant, il tira de sa poche une paire de gants qu’il enfila pendant sa descente jusqu’au rez-de-chaussée. Il s’orienta vers le comptoir et se pencha par-dessus, farfouillant sous l’air réprobateur d’un aubergiste pourtant habitué aux frasques de ses clients.

Lorsqu’il se redressa, ce fut pour faire sortir un sabre long, gainé d’un fourreau de cuir qui avait plus que vécu. Tenant la lame par le fourreau, de la main gauche et juste sous la garde, il s’adossa au comptoir. Sans mot dire, il leva son arme et l’abaissa soudainement contre le parquet, tel un bâtonnier de théâtre.

Moucheron sursauta.

Monsieur de Vorkosigan leva de nouveau la pointe de son arme et la ficha de nouveau dans le sol, libérant de nouveau le même son dans l’air.

Moucheron fit une révérence rapide et réunit ses cartes à toute allure.

Miles de Vorkosigan produisit une dernière fois le choc puis orienta la pointe de son sabre vers la porte de sortie, ou d’entrée selon le sens d’où vous veniez. Moucheron leva la main, salua un ami imaginaire à l’autre bout de la salle, ce qui fit se retourner quelques crédules puis s’orienta manu militari vers la sortie. Avant de passer la porte, il agrémenta sa retraite d’enjouées salutations.

- La Ronce de Diantra vous souhaite une agréable journée ! puis il sortit, pressé par son partenaire.

Monsieur de Vorkosigan s’attarda sur la Dame aux cheveux blancs à son tour, puis s’engouffra par la porte à la suite de son jeune assistant.

- Maitre Ronce, questionna Miles de Vorkosigan, qu’est ce donc encore que cela ?

- L’on vous cherche, il me semble.

- C’est bien ce qu’il me semble aussi… Allons attendre nos visiteurs dans un endroit un brin plus discret.

- Comment savez vous qu’ils ou qu’elles sont plusieurs ? questionna Moucheron en plissant les yeux d’un air intrigué.

- Les ennuis ne surviennent jamais seul, jeune homme, jamais seul.
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MessageSujet: Re: Faites tomber les chaînes (PV)   Faites tomber les chaînes (PV) I_icon_minitimeMar 9 Juin 2009 - 23:04

La réaction obtenue ne fut pas celle que les deux femmes espéraient. Un grand bruit se fit entendre du coté des joueurs de cartes, et l’un d’eux se leva pour noyer les autres dans ce qui semblait être une sévère réprimande. Daneva tendit l’oreille pour en attraper les mots : rien de substantiel, au demeurant. Lorsque le jeune homme se présenta à elles en tant que la Ronce de Diantra, elle tiqua. Guel’na, au dessus, fronça les sourcils mais ne commit pas l’erreur de se tourner vers elle. Du coin de l’œil, Dane avait repéré l’homme élégant qui assistait à la scène du haut de son balcon et l’observait désormais descendre les escaliers d’un air princier.

Dans le même temps, la demi-drow avait adopté un comportement qui ne laissait planer aucun doute sur le fond de sa pensée. Comme si elle était seule, elle s’était extirpée de la zone d’ombre pour faire quelques pas vers sa proie, en l’occurrence la prétendue Ronce. Un sourire carnassier s’élargissait sur ses lèvres au fur et à mesure qu’elle s’en rapprochait.

L’homme du balcon réagit à ce moment, évitant sans aucun doute possible un très mauvais moment à son ami. Daneva prit le temps d’observer le long sabre qu’il manipulait avec tant d’aisance. Même de loin, elle savait reconnaître l’aspect patiné des lames vivantes et efficaces. Ils disparurent bientôt par la porte principale, aussitôt engloutis par les ténèbres de la nuit. Guel’na accouru à leur suite, soucieuse de ne pas les perdre. Elle déboula dans la rue, mais fut obligée d’attendre quelques instants, le temps que ses yeux d’hybride s’accommodent de cette obscurité pesante. Dès qu’elle les aperçut, isolés dans une ruelle proche, elle se dirigea vers eux d’un pas déterminé. Ce faisant, elle dégaina sa longue et fine épée drow.

Une fois à leur hauteur, elle leva son arme dans un geste explicitement menaçant.

- Lequel de vous deux…
- Du calme.

Daneva était sortie quelques secondes après sa compagne, dès que les regards étaient retournés aux chopes, aux cartes et à la poitrine de la serveuse. Elle avait posé une main d’apaisement sur le bras de la demi-drow tout en lui lançant un regard qui sous-entendait la prudence. Guel’na avait toujours été très impulsive. Tout comme Daneva l’avait été, mais cette dernière avait beaucoup mûri durant ces quelques années à la tête de la Compagnie. De plus, elle devait les pires drames de sa vie à un puéril manque de prudence ; raison pour laquelle elle demeurait si calme et silencieuse face à cet homme qu’elle aurait sans hésitation menacé à la manière de Guel’na des années plus tôt.
La demi-drow baissa son arme, les lèvres pincées dans un signe d’impatience. Daneva s’avança.

- La Ronce de Diantra…

Elle s’adressait clairement à l’homme au sabre.

- J’ai fait un long chemin pour vous rencontrer. Les rumeurs de votre réputation sont parvenues jusqu’à mon île. Un silence. Remarquez, vu la quantité d’informations qui ont fait leur chemin jusqu’à mon île, ce n’est pas si glorieux.

D’une main, elle fit glisser la capuche qui dissimulait jusque là son visage. La lune, presque pleine ce soir là, sembla faire un effort pour briller un peu plus, histoire d’éclairer le visage le plus cher de la capitale.

- Je suis Daneva de Nelen, dit-elle, sans doute inutilement. Et je vous défie en duel.

Elle eut un demi sourire, bien qu’aucune joie n’en soit la source. C’était la seule solution à laquelle elle était parvenue.

- Si vous gagnez, je serai à votre service toute une année, et j’obéirai à vos ordres quels qu’ils soient.

Elle sentit Guel’na s’agiter dans son dos, ses pensées volant sans doute vers son amant enchaîné. Si Daneva perdait, elle ne serait pas en mesure de l’aider à le libérer. L’humaine avait elle aussi une montagne d’obligations sur ses épaules, et surtout un fils dans une ferme près de Taanis. Cette première option n’était tout simplement pas envisageable, mais il fallait bien rendre la proposition alléchante pour la Ronce. Si il refusait le duel… Il n’y aurait plus d’espoir. Sans or et sans moyen de pression, les deux femmes étaient impuissantes.

- Si je gagne, en revanche, vous m’aiderez dans une tâche que je ne peux accomplir seule. Cela devrait prendre moins d’une semaine, et vous avez toutes les chances d’en sortir indemne.

Délaissant quelques instants le regard du fameux bretteur, elle dégaina sa dague croisée et l’observa. L’arme était patinée de la même façon que le sabre de l’homme, et sur l’un des tranchant, près de la garde, étaient gravées deux croix de la même taille. Très petites et indiscernables, finalement, mais le regard de la jeune femme volait vers elles à chaque fois qu’il en avait l’occasion. Calis lui-même les avait inscrites dans l’acier avec la pointe de son couteau, et elles avaient pour Daneva plus de pouvoir que le plus puissant des enchantements.

Cependant ce ne serait pas avec celle arme-là qu’elle se battrait ce soir. Jaugeant celle de son potentiel adversaire, elle se tourna vers la demi-drow et lui fit signe de lui donner son épée.


- Ma dague est trop courte. J’ai laissé toutes mes autres armes à Nelen.

La femme à crinière banche s’exécuta, non sans faire une moue réprobatrice. Alors qu’elles échangeaient les armes, elle se pencha vers son ex-supérieure pour lui murmurer à l’oreille d’un ton empressé.

- Laisse-moi me battre, je suis plus…
- Non, ce serait inégal. Tu as du sang drow, cela se remarque tout de suite.

Cette dernière remarque n’était pas tout à fait vraie, mais encore une fois Daneva agissait avec prudence. Il était possible que l’homme n’ait rien deviné quant aux origines de Guel’na, mais si c’était le cas il n’apprécierait sûrement pas que les deux femmes tentent de se jouer de lui. Et puis Daneva avait toujours suivi une certaine morale… Ce jeu là était trop important pour tricher.

Elle se retourna pour faire face de nouveau à la Ronce et à son acolyte et leva la lame vers eux jusqu’à ce que son bras soit tendu à l’horizontale.

- Les seules armes autorisées sont ces deux là. Le duel s’arrêtera à la première goutte de sang, celle du perdant.

Son regard, plongé dans celui de la Ronce, se fit plus intense.

- Qu’en dites-vous ?
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MessageSujet: Re: Faites tomber les chaînes (PV)   Faites tomber les chaînes (PV) I_icon_minitimeDim 18 Juil 2010 - 9:10

- Qu’en dites-vous ?

La présente affaire se trouvait réellement mal engagée. A la vitesse de la pensée, Miles comptabilisa les aspects positifs et négatifs de la situation, en commençant par les mauvais lesquels, étrangement, se pressaient au portail de par leurs évidences. Depuis deux années passées dans la Cîté de Diantra, il s’était appliqué à rester en dehors du chemin de tout un tas de personnes particulièrement dangereuses, dont Daneva faisait indubitablement parti. La rumeur et l’analyse des faits allaient dans le même sens, la Compagnie des Silencieux s’était dissoute et la criminalité, moins organisée, faisait preuve d’un regain de violence qui trahissait la disparition d’une organisation régulatrice au sein du peuple des malfrats. Ce qui aurait pu être pris pour un bien sonnait comme un mal aux oreilles de Monsieur de Vorkosigan. L’évidence était que Daneva de Nelen n’avait pour ainsi dire plus grand-chose à perdre. Par ailleurs le garde du corps de la criminelle lui foutait les foins et même si on lui avait demandé de le jurer, Miles de Vorkosigan aurait certifié avoir rencontré des Dogues ayant mangé une cargaison de Hâga avoir l’air plus maitres de leurs nerfs.
D’un autre côté, la Ronce de Diantra avait toujours survécu à chacune de ses aventures. C’était maigre mais primordial dans ce genre de situation.

- Qu’en dites-vous ?

Il fit mine de réfléchir un instant, ménageant la pause que le conteur laisse planer avant de révéler un point crucial de son histoire, afin de tenir le public en haleine.

- Hm, je dois consulter mon associé, dit-il en reculant de quelques pas.

Chemin faisant il récupéra Moucheron par l’épaule et s’éloigna quelque peu de l’autre duelliste et de son témoin, afin de préserver un peu de la confidentialité des leurs échanges. Il s’accroupit à ses côtés, tournant le dos aux deux femmes, interdisant toute possibilité de lecture sur ses lèvres, l’on n’était jamais trop prudent. L’adolescent s’installa devant lui, relevant parfois la tête le temps de jauger de la position de leurs adversaires, leur réunion prenant des airs soudains de conspiration.

- Et bien, qu’allez vous faire Maître Ronce ? C’est un sacré morceau notre cliente, entama Moucheron, d’une voix un rien trop marquée d’excitation.

La Ronce de Diantra se massa la nuque.


- C’est du chiqué.
- Pardon ?
- Elle bluffe.
- Vous êtes… sur de votre coup ?
- Me mettriez-vous au défi d’accepter ce défi ?
ajouta Monsieur de Vorkosigan.
- Je ne savais pas que Monsieur savait lire dans les pensées ! répondit l’aide de camp de la Ronce, tout sourire.
- Seulement dans l’esprit des animaux les plus simples ! rétorqua-t-il d’un ton odieusement badin.

Moucheron marqua une pause, afin de reprendre à son tour.

- Il est vrai qu’elle a dit avoir besoin de vous pour un emploi.
- Je vois que mon enseignement t’élève petit à petit au dessus de la condition de simple singe, poursuivez, jeune homme.
- Puisqu’elle a besoin de vous pour un emploi, elle ne peut prendre le risque de vous blesser, autrement dit, elle devra prendre garde à ne pas vous meurtrir trop profondément. Ce ne sont pas là des conditions particulièrement favorables à un duel. Mais reste néanmoins une question essentielle, à la bonne résolution de cette intrigue.
- Qui est ?
- Savez-vous, diable ou non, vous servir de ce sabre ?

Monsieur de Vorkosigan émit un rire léger.

- A un point tel que je n’aurai nul besoin de cette arme pour la battre.
- Peuh ! Fanfaronnade !

Il jeta un œil à la position des deux femmes.

- Non, c’est une stratégie.

Il baissa encore le ton et approcha sa bouche de l’oreille de son comparse.

- Et voilà comment nous allons nous y prendre…

X X X

Monsieur de Vorkosigan se redressa et défit les boutons de son veston. Il prit le temps de le suspendre soigneusement à un clou dépassant d’une poutre. Accompagné de son acolyte, il s’approcha lentement, soulevant plusieurs fois le sabre hors de son fourreau par le pouce.

- Ma foi, nous acceptons fort volontiers vos conditions. Obtenez la victoire et vous aurez ma pleine participation à votre projet, sous réserve que cela ne choque pas mes convictions personnelles et n’implique pas le meurtre crapuleux. Concédez la victoire et pour un an, vous serez à mon service, et autant vous dire que l’intendance de ma demeure n’est pas une partie de repos. De plus, je vous serai gré de ne pas m’en vouloir si par mégarde, je vous portais une blessure mortelle, ajouta-t-il d’un air faussement désolé.

C’était le genre d’effet mélodramatique qu’il aimait entendre dans ce genre de situation.

Il défit le col de sa chemise et se massa le cou un instant.


- Permettez que je me mette mes affaires les plus précieuses à l’abri, dit-il en se retournant.

Il joignit ses mains et les présenta en marchepied à son camarade, lequel y plaça sa botte. L’un prenant une impulsion, l’autre produisant une traction, Moucheron se retrouva rapidement épaules à hauteur des toits. Monsieur de Vorkosigan plaça ses mains sur les pieds de l’adolescent et le stabilisa le temps qu’il grimpe sur la devanture puis sur les tuiles surplombant la rue. Au sol Miles de Vorkosigan se saisit de son fourreau par son extrémité et le leva vers le ciel. Moucheron tendit sa main dans le vide et s’empara de la garde de l’arme, qu’il tira hors de la gaine de cuir avec un bruit métallique.

- Vous vouliez la Ronce de Diantra.

Il fit virevolter le fourreau de cuir durci dans sa main, pour s’en saisir par la base. De fait, il ressemblait plus à un enfant s’amusant avec une arme de bois que le limier que l’on désignait sous le nom de Ronce de Diantra.

- Me voilà, mais pour l’instant, vous ne méritez pas encore que j’utilise une arme contre vous.

Guel’na jura à mi-voix.

Daneva ne se laissa point émouvoir.

La Ronce plissa des yeux, signe chez lui d’une intense réflexion.

Ses yeux papillonnèrent, enregistrant une foultitude de détails.

La lame d’abord, fine et droite, acérée sur les côtés et permettant un luxe de possibilités, du fait de son faible poids. Son inconvénient majeur, toutefois, étaient que les principales frappes se faisaient de la pointe et que sa base, étroite, était plus vulnérable aux armes plus lourdes.
Daneva, ensuite. Visiblement en forme, la criminelle n’avait pas pu devenir le numéro deux – certains disant le numéro un – d’une organisation criminelle sans faire preuve de prouesses aux moins égales à celles que lui attribuaient la rumeur. Par ailleurs, elle avait le regard décidé, ce qui n’était pas pour gêner la Ronce de Diantra, qui comptait justement sur cette attitude pour mettre ses manigances en œuvre.

Enfin, il nota la position du couteau remis à la Dame aux cheveux blancs, la tenue des murs de la rue où ils se tenaient et au final, de la position des nuages dans le ciel. Il aurait été gênant de se retrouver dans l’ombre à un moment imprévu.

Cédant ses réflexions à l’action, il fit un moulinet dans l’air de son fourreau.
L’arme de Daneva se leva sans mot dire, désignant la pointe mortelle du reflet doré de la lune sur son tranchant. La Ronce s’effaça et souleva la lame du plat de son fourreau, d’un geste maladroit.

- Diables, eût il le temps de penser en détournant de nouveau la lame de Daneva.

La Ronce de Diantra s’esquiva encore, procédant à quelques manœuvres de fuite, rapidement circoncise par le jeu de jambes de son adversaire. Concentré à l’extrême, il jugea cohérent le choix de son arme. Il était notoire que le style de combat de la plupart des femmes, lorsqu’elles combattaient un homme, était de le prendre de vitesse, rendant caduque toute tentative d’usage de la force brute. Une femme, décidée, armée de ces lames en formes d’épines, pouvait probablement prendre le pas sur le sabre de la Ronce.

La Ronce planta ses appuis au sol et inversa son élan. Prenant à son compte l’échange, il força de l’avant, projetant le fourreau – doublé en son extrémité d’une pointe de métal – au devant de son adversaire. Daneva se recroquevilla sur elle-même, ne cédant ni dans les airs, où les armes se cherchèrent un instant, et ne concédant nul pouce de terrain. Miles bondit en arrière, mettant soudainement de l’espace entre eux.


- Elle est fichtrement rapide, pensa-t-il en silence.

Miles laissa son arme trainer dans les airs derrière lui, afin de couvrir sa retraite. Sa défense tiendrait qu’il alternerait avec succès son mode défense. Face aux attaques de pointe, dévier la trajectoire du fourreau. Et pour les coups d’estocs, feinter. Encore, et encore. Les deux adversaires s’écartèrent l’un de l’autre, afin de reprendre leur souffle.


- Il est temps, je crois, de mettre un terme définitif à ce combat, annonça Daneva d’une voix claire.

Monsieur de Vorkosigan sourit un instant en réponse, entre deux bouffées d’air.

- Bien que la victoire ne présente pas un intérêt évident, perdre me semble bien trop douloureux pour être supportable, énonça-t-il d’un ton mondain.

Chacun des deux protagonistes savaient que la prochaine passe serait décisive. Daneva, la première, pointa la gorge de la Ronce, qui dévia d’un violent mouvement de bas en haut, faisant claquer les deux armes. Rabaissant son arme avec la violence d’un gourdin, il manqua de briser la lame de la voleuse en sa moitié quand Daneva lui donna un angle suffisant pour faire glisser le coup. Pour éviter de se faire embrocher en retour la Ronce porta son poids épaule contre épaule et repoussa Daneva de quelques pas. S’esquivant soudainement, l’arme passée de la main droite à la main gauche, il donna un violent coup d’estoc qui ne mangea que le crépi du mur, Daneva s’étant pliée au passage de l’arme. Idéalement placée, la lame pointa de nouveau vers le haut, vers le rein gauche de la Ronce.

Par un étrange concours de circonstance, une tuile tomba du toit à cet instant, séparant les deux adversaires gênés par le son.

- Maladresse, s’excusa Moucheron.

Daneva ne mit qu’une fraction de temps à se relancer en avant, mais cette fois, la Ronce ne céda pas. La lame de la Silencieuse rencontra une nouvelle fois le fourreau de cuir durci mais cette fois, contre toute attente, ce dernier vola dans l’espace. La main de la Ronce ne le tenait plus. L’espace d’une seconde, Daneva fut déséquilibrée par son mouvement lequel, n’ayant rencontré nulle résistance, venait de l’emporter un pas trop loin. Les mains de la Ronce se réunirent sur les poignets de Daneva. Du poids de son corps il la plaqua contre le mur et hissa l’arme au dessus de leurs têtes presque réunies.


- Vous voilà bien avancé, Messire de la Ronce, entama Daneva en cherchant à se libérer. Inutile de vous dire que je ne vous cèderai pas mon arme, poursuivit elle en cherchant à crocher la jambe droite de son opposant, qui la plaqua de nouveau au mur d’un mouvement violent.
- Peuh ! J’ai mes propres armes ! dit-il en souriant. Et c’est bien pour cela que vous êtes venus faire appel à moi, aussi, vous comprendrez que…

Daneva écarquilla des yeux lorsque la pointe de la lame de la Ronce s’appuya contre elle, tenue par l’élève de la Ronce.

- … je n’ai pas besoin de tenir mon arme en main, pour vous infliger une blessure.

La lame de la Ronce fit couler le sang en s’enfonçant dans les chairs de … la Ronce. Ce dernier sursauta, comme piqué par une guêpe, lâcha Daneva et s’écarta. Il inspira lentement et expira tout aussi lentement.

- Dîtes moi, jeune homme, aurai-je manqué de clarté dans l’une de mes explications concernant notre manœuvre ? entama la Ronce en se dirigeant vers Moucheron.
- Nullement, Messire.
- Alors ?
- Et bien, j’ai jugé que dans votre intérêt personnel…
- Ah ! Vraiment ! J’écoute !
- Et bien, tout d’abord, vous avez déjà à votre charge l’éducation d’un adolescent, moi, et il aurait été bien compliqué pour vous de vous lester de la présence d’une criminelle recherchée …
- Bien pensé mais…
- Qui plus est, votre curiosité maladive concernant les choses secrètes vous aurait taraudé si la Dame Daneva avait perdu ce duel...
- Très très bien pensé…
- … Et enfin, bien entendu, j’ai glissé sur un morceau de la tuile que j’ai fait tomber tout à l’heure.
- … Maladresse.
- … Exactement.

La Ronce croisa ses bras un instant face à Moucheron.

- C’était écrit.
- Je n’aurai point pu dire mieux.

Il se tourna enfin vers Daneva.

- Nous disions donc … une semaine ?
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MessageSujet: Re: Faites tomber les chaînes (PV)   Faites tomber les chaînes (PV) I_icon_minitimeDim 18 Juil 2010 - 20:00

- Odieuse paire de tricheurs ! Quelle partie du mot duel n’avez-vous pas …

Daneva leva le bras à ce moment là pour repousser de son épée la dague croisée, qui sans cela serait venue s’enfoncer dans la gorge de « l’associé » de la Ronce.

- On ne tue pas ses alliés, Guel’na.

Sa voix était inhabituellement grave. La jeune femme faisait clairement des efforts pour ne pas perdre son calme.

- Mais ils …

Dane lui prit un bras et l’attira à l’écart. Sans la lâcher, elle l’obligea à lui faire face et rapprocha son visage du sien pour qu’elles puissent discuter à voix basse. La demi-drow tremblait de fureur.

- Calme-toi, et surtout tais-toi. Nous avons eu ce que nous voulions.
- Mais c’était …
- Il n’y a pas à contester quoique ce soit. Nous l’aurions fait si l’issue avait été différente, mais il se trouve que j’ai gagné. Tais-toi.

Guel’na fronça les sourcils et croisa les bras sur sa généreuse poitrine.

- Dans ces conditions j’aurais pu me battre.
- Pas faux. Je pensais qu’il jouerait franc jeu. C’est fait maintenant, il n’y a rien à regretter. Le temps presse.

Elles retournèrent vers les deux hommes. Daneva avait conservé son expression neutre tandis que Guel’na dardait sur l’adolescent son regard le plus effrayant.

- Une semaine.

Elle tourna la tête à droite et à gauche pour observer les alentours. La rue était déserte. Guel’na lui fit un signe de tête discret : elle non plus n’avait senti aucune présence.

- Un convoi de prisonniers se dirige actuellement vers Diantra, depuis l’est. De ce que je sais, il devrait emprunter la route des Lys après-demain. Les prisonniers sont une vingtaine, et étaient escortés par ce qui ressemblait jusqu’à hier à deux cents soldats de l’armée, revenant de Nelen.

Guel’na ouvrit de grands yeux, tout comme les deux hommes, qui devaient commencer à comprendre où elle voulait en venir.

- Deux cent ? Jamais nous ne pourrons…

- J’ai dit jusqu’à hier.

Elle vit distinctement l’adolescent relâcher sa respiration, bien que son visage exprimât toujours un mélange d’inquiétude et d’excitation.

- Il semblerait que la rumeur d’attaques drows plus au nord ait décidé ces troupes à bifurquer vers Aduram, pour prêter main-forte aux soldats de la Lumière déjà postés au centre du continent. Le convoi, lui, a continué sa route vers la capitale.

Elle sourit légèrement, amusée par le souvenir du visage du petit Léon lorsqu’il lui avait transmis ces informations, juste avant qu’elle ne rentre elle-même dans la ville. C’était un vagabond des champs sur lequel elle avait toujours pu compter, même avant qu’elle ne reforme la Compagnie de Silencieux. Ce gamin avait un don particulier avec les chevaux, et parvenait ainsi à les dresser plus rapidement que quiconque. Il travaillait pour le marchand de chevaux qui lui avait vendu Iio, trois ans auparavant.

- Les soldats restants sont tout au plus une trentaine eux aussi.

Guel’na grogna, mais Daneva sembla ignorer sa remarque.

- Quinze pour vous, quinze pour moi.

- Cela fait beaucoup trop pour nous trois.

Elle se tourna vers la Ronce, une expression un peu inquiétante sur le visage.

- La plupart des prisonniers sont d’anciens Silencieux capturés à Nelen. Ils savent donc se battre. L’approche sera la suivante : si nous quittons la ville demain en milieu de journée, nous devrions les intercepter en fin d’après-midi le jour suivant. Nous attendrons qu’ils s’installent pour la nuit, puis éliminerons le plus discrètement possible les sentinelles. Notre priorité sera de délivrer les prisonniers et de leur fournir des armes, ce qui gonflera notre puissance. Nous verrons sur place comment se présenteront les choses, mais le mieux serait de pouvoir fuir sans avoir à se battre contre tous les soldats. … Nos pertes seraient trop lourdes. Le but est de permettre à ces hommes de vivre, pas de les faire tuer plus tôt que prévu.

Elle décela une certaine réticence dans le regard de son principal interlocuteur, et décida d’y remédier tout de suite.

- Oh, bien sûr j’imagine que le meurtre de soldats innocents fait partie des choses non tolérées par vos convictions personnelles… Heureusement mon amie et moi pouvons très bien nous en charger. Cependant vous pourrez nous aider dans la mesure de vos… capacités, et je vous conseille vivement de faire de votre mieux, dans votre intérêt. Concernant cette affaire, nos sorts sont liés. Si nous réussissons, vous survivrez. Sinon vous mourrez avec nous. Je m’en assurerai personnellement, croyez-moi.

Un chat sauta d’un toit et traversa la rue, slalomant entre les jambes des personnes présentes avant de disparaître dans l’obscurité. Dane le suivit sombrement du regard, pensive.

- Nous aurons besoin du gamin aussi.

Elle désigna l’adolescent de la pointe de son arme. Voyant le regard incertain que les deux hommes échangèrent, elle s’avança un peu.

- Allons, je viens à peine de vous sauver de l’égorgement. Vous me devez bien un coup de main.

Elle souriait, mais son expression était bien plus menaçante qu’amicale. Une fois qu’il fut conclu que le garçon les accompagnerait, elle se recula de nouveau en étudiant l’accoutrement de la Ronce.

- Vous avez la matinée de demain pour vous procurer des chevaux. L’argent ne semble pas vous manquer, cela ne devrait donc pas être un problème. Guel’na, tu as le tiens ?

La demi-drow acquiesça.

- Rassemblez des vivres pour le voyage, et reposez-vous. Tout cela ne devrait pas nous mener plus loin que Hotreïl, mais le sauvetage a toutes les chances d’être éprouvant. Nous nous retrouverons demain à midi à la porte Sud. Ne soyez pas en retard.

Elle haussa les sourcils et agita une main de manière élégante, une certaine façon de se moquer des manières de la Ronce.

- Des suggestions à émettre, Monsieur de Vorkosigan ?
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La Ronce de Diantra
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MessageSujet: Re: Faites tomber les chaînes (PV)   Faites tomber les chaînes (PV) I_icon_minitimeDim 25 Juil 2010 - 23:21

Malgré un caractère affirmé et résolument optimiste, il se trouvait que l'affaire était réellement mal engagée. D'usage mondain et courtois, Monsieur de Vorkosigan s'éclaircit la gorge avant de prendre la parole, s'attachant l'attention de ses interlocuteurs. Sur un signe discret de son jeune compagnon, il s'attacha à resserrer le passant où était fixé son sabre et qui donnait du mou pendant qu'il parlait.

- Car contraindre et punir relevait de ses fonctions, il en usait et parfois en abusait. Préférant tordre plutôt que redresser, briser en place d'élaborer et réduire à rien au lieu de réhabiliter; il avait été instruit de cent, de mille articles de lois, d'amendements, de jurisprudences audacieuses, de sentences inédites et d'autres peccadilles administratives...

Satisfait de la position de la garde par rapport à celle de sa main, il se redressa légèrement et s'intéressa soudainement au bon lustre de ses boutons de manchette.

- ... Car celui qui commande la troupe n'est autre qu'un Licteur.

Il observa quelques instants ses deux interlocutrices, afin de gouter à leurs réactions.

- Et parmi les Licteurs, pour ceux qu'il en reste, le plus atroce personnage qu'il m'ait été donné de croiser : Lucius Vorenus.

Il mit sa main sur sa hanche et badina de la main.

- Le bon roi Trystan, dans sa mansuétude et la bonne contemplation de son nombril, ne doit pas regarder souvent la fange qui cerne ses bottes pour tolérer ce genre de triste sire.

Son regard se fit affuté.

- Trente hommes vous dites… Hm… Dans ce cas, n’espérez pas les prendre par surprise. Les Licteurs ne vivent que pour l’application du règlement, quel qu’il soit. Aussi il ne faudra pas compter sur un relâchement de la troupe de soldats. Aucun ne fainéantera à son poste car ils craindront les pires représailles en cas de manquement à leur devoir. De plus, ils dormiront à peine, la proximité d’un tel maniaque pouvant arracher des cauchemars au plus repus des margoulins. Aussi, il est certain que toute action violente ne se résoudra que par un affrontement aussi direct qu’à l’issue improbable, et vous savez que je suis réticent à voir le sang couler…
- Surtout le sien, commenta Moucheron.

Monsieur de Vorkosigan toussa, feignant de n’en rien avoir entendu.

- En résumé, votre affaire parait inextricable, c’est pourquoi je vous demanderai de bien vouloir nous libérer de cet engagement, annonça la Ronce d’un ton sans appel, ce qui fit cette fois se tendre son assistant.

Piégé quelque part entre l’âge adulte et l’enfance, Moucheron – ou Grenouille, ou Moustique, ou appelez le comme vous le souhaiterez – fit la moue.

- C’est aussi ce que l’on disait de l’affaire dite du « Fiacre Hurleur de la rue Dante », lorsque le guet était sur les dents et les meilleurs limiers de Diantra sur les rotules. N’avez-vous point réussi à enduire le dit carrosse d’un miel onctueux et délicat…

La Ronce afficha un sourire satisfait, goutant visiblement à un bon souvenir.

- … relâchant ensuite la ruche qui en était à l’origine au travers de la ville, afin qu’attirée par la piste odoriférante, elle nous mène jusqu’au repaire de ces sinistres enleveurs ?
- Simple abstraction botanique, se gargarisa la Ronce.
- Et que dire de l’affaire des « tartelettes à la crème » ? Le bon roi Trystan ne saura jamais de quelle manière vous avez empêché un empoisonnement de la petite noblesse par l’adjonction d’essences rares dans ce dessert si apprécié du bon peuple de Diantra ?
- Je me souviens d’avoir écopé d’une belle indigestion, mais effectivement, l’enquête fut une belle réussite mais…

Moucheron reprit à toute hâte.

- Mais pas autant que celle de la « Dame d’Elac et de la Couronne d’Epine » ! Affaire que tous disait insoluble !
- L’enfance de l’art pour qui révise l’anatomie humaine le soir avant de

La Silencieuse toussa, coupant court aux échanges. Le maitre et l’élève échangèrent un regard complice.

- Impossible donc ? signifia la Ronce.
- Cela semble être le cas, Messire de la Ronce.
- C’est donc l’affaire parfaite.
- A ceci près, bien entendu, que personne n’en entendra parler.
- Sauf de nous même.
- Sauf de nous même, effectivement, ce qui ma foi, est largement suffisant.

Ils observèrent Daneva d’un air sournois et attendrissant à la fois, comme s’ils cherchaient à lui voler quelque chose dont elle n’aurait de toute manière point eu usage, et qui ne saurait finalement lui manquer.

- Alors, l’affaire est dite. Nous serons à la porte sud à l’heure dite.

Ils s’éloignèrent tout deux de concert.

- Au fait, Messire, ce Licteur n’est ce point celui qui … ?
- Si fait.
- Ce qui n’en fait donc point une affaire personnelle, ce qui serait contraire à nos usages ?
- Du tout jeune homme, nous avons notre commanditaire et notre salaire, le reste n’est qu’une faveur que nous accordent les Cieux… Profitons-en.


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