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 Soleil couchant et vins berdois

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Lazare Ryldenheim
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MessageSujet: Soleil couchant et vins berdois   Dim 23 Aoû 2009 - 23:25

La prospérité de Berdes n'est plus à conter, et l'on ne décrira pas ici les beautés des palais des marchands et des hauts clercs qui avaient, il y a de cela quelques siècles peut-être, pris contrôle de cette cité autrefois nouvelle, à présent fleurissante. Mais il faut que le lecteur comprenne bien à quel point les nobles et riches familles de ce haut lieu de commerce avaient su, par l'or et le sang, ériger pour leur orgueil tours et palais. Cependant, si les hommes d'argent rayonnent par le marbre de leur demeure et les pierres précieuses qui rehaussent leurs habits de soie, ils n'oublient pas d'avoir peur. Peur du glaive du baron, peur de la menace d'Ancenis. Le mythe de Berdes l'ancienne résonne comme le glas, et les princes marchands dès lors se rappellent toujours la morale de cette fable encore présente dans les esprits : les marchands ne règnent pas.

L'arrogance berdoise existe bel et bien, pour sûr, mais l'appartenance à la guilde des merciers n'est plus aussi digne d'éloges qu'autrefois. Lors des grandes fêtes et des visites officielles, les représentants de cette guilde pourtant toute-puissante se vêtent humblement, toujours moins richement que les édiles de la cité. L'hôtel de la guilde ne coupe pas à cette étrange règle de la soumission figurative, et lorsque les merciers se retrouvent en un tel lieu, à peine une auberge à la lumière faible et aux planchers grinçants, c'est là une autre ironie qu'offrent les races humaines et les rapports de pouvoir.

Mais prenons donc un exemple récent. Il y a peu, Oreo Istani, puissant armateur de la cité, organisa une fête, comme la guilde le demande, en l'honneur de son neveu, Grigio Istani, qui devenait enfin un marchand de Berdes à part entière. Aussi l'aristocratie marchande s'était-elle donnée rendez-vous à l'hôtel de la guilde, où l'on servit un festin d'une frugalité rare. Les hommes les plus riches de la ville franche s'étaient drapés avec de bien pauvres laines et tissus, souvent dans les costumes que requérait le règlement de la guilde. On y mangeait gentiment, habillé comme un tanneur, écoutant un barde loué pour l'occasion. Les potages passèrent, et déjà Grigio et tous les autres invitèrent s'éclipsèrent, laissant les merciers de basse condition faire bombance des maigres lièvres.

Une heure plus tard, plus loin dans la cité, près de la colline du Collège, dans le palais des Istani, une petite sauterie tout à fait officieuse s'était organisée. Là aussi, la grande bourgeoisie était présente. Mais il y avait aussi tous les grands prêtres de la cité, ainsi que le reste de l'aristocratie. Et aux robes élimés et modestes avaient fait place les derniers apparats langecins, des pierres à faire fondre de pâleur les soleils du monde, des vins qu'il n'était nul besoin de couper avec de l'eau. Dans les jardins du seigneur d'argent, au pied d'un lourd donjon fondé par quelque ancêtre féru de sorcellerie, des porcs énormes grillait, dévorés par les flammes voraces. Les agneaux enduits d'huile et d'herbes voyageaient dans la demeure comblée d'invités, exhalant quelque fragrance à faire damner un saint.

Là, on conférait entre gens de la bonne société, débarrassé des carcans de la guilde et de la peur qui la réduisait à l'état dans laquelle elle se trouvait.
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Robert Valpesin
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MessageSujet: Re: Soleil couchant et vins berdois   Lun 24 Aoû 2009 - 12:35

Il répugnait à Robert de s'inscrire dans le rituel grotesque de telle assemblée, alors qu'il savait l'agape vespérale proche. Mais il avait la connaissance -enfouie dans les tréfonds de son âme vénale- de la jalousie avec laquelle les grands pontes berdois gardaient le privilège de l'ostentation ; et il savait aussi que l'on aimait brûler les marchands trop élégants en cette cité. Aussi supportait-il en silence les maigres pois qui lui traversait la gorge, le potage chichement aromatisé et tiède qui lui brouillait l'estomac. Il endurait en silence cette interminable enfilade de frusques de bure, des frocs blonds et des pieds nus et des cordes qui serraient les reins des ascétique commensaux. Tout cela était rare par le ridicule, et l'orgueil de Robert avait très mal.

On servit un vin si infâme qu'il était meilleur avec de l'eau et, l'ayant bu d'un trait, on se retira en laissant les plus modestes ronger des lapins anémiques. Oh ! Robert ne méprisait pas cette masse grouillante de merciers humbles, car ils étaient souvent très utiles, mais il était heureux de ne pas être de la même engeance et d'aller se faire péter la sous-ventrière en des lieux plus dignes et fréquentés par des gens plus riches. Sous l'œil bienveillant de la sélénite cucurbite, les seigneurs d'argent de Berdes enfilèrent leurs plus beaux atours et tâtèrent en rêve des plus beaux couverts (et même de ces fourchettes tant décriées par les seigneurs ancenois) de leur hôte Istani. Des grappes discrètes affluaient vers le palais et toquaient comme des malheureux. On leur entrebâillait les portes cochères et ils arrivaient à la véritable réunion.

Des porcs et des bœufs grillaient et suaient miel et arômes à moult grand fuisson. D'autres animaux percés de la barbe au cul tournaient pesamment au-dessus de flammes riantes. Des échansons faisait couler le vin en de grands torrents dans les coupes et les cornes ; les riches étoffes de Berdes brillaient enfin ouvertement, soulagées de ne plus être occultées par la laine et le lin. Robert était aux anges. Dans la salle où se tenait l'essentiel de la lipidique ribote s'étaient agglutinés, en groupes plus ou moins importants, des invités. Le plus notable de ces amas se tenait sur une longue table déjà souillée de graisse et de boisson ; un apôtre à la bouche avinée tenait sous sa coupe une foule de prosélytes tout étourdis. L'apôtre était laid mais était bien connu céans : il s'agissait du bon Lazare Ryldenheim, enfant présomptif de merciers d'Oësgardie, Grand Officier laïc du diocèse de Pöehl-Jacq, créancier scrupuleux et fervent partisan de l'esclavage.

En témoignait le discours qu'il tenait là, fort pertinent et étayé par les solides madriers de son argumentation. Le gros tenon de sa rhétorique s'enfonçait sans faillir dans la mortaise bien apprêtée de son auditoire. « Voyez-vous, l'esclavage à l'avantage de donner un sens à la vie de pauvres gens et moins de dépenses à celle des plus riches. » il savait bien son sujet, le ladre, et continuait ainsi « après tout, si on leur offre un ergastule bien tenu, des paillasses bien fourrées et un brouet consistant, les esclaves ne sont pas plus malheureux que les autres hommes. Leur sueur est aussi honnêtement épanchée que celle d'un de nos artisans, en cela qu'il est récompensé par un bon logement et de la bonne nourriture » et « Il est une race vouée à un tel emploi, car son dénuement est si affreux que c'est l'aider de la faire œuvrer sainement, je veux bien sûr parler du bon peuple zurthan qui, du fond de ses pauvres steppes, ne demande qu'à vivre la civilisation en son fondement : le travail »

« Et puis économiquement, les esclaves sont une manne dont il serait criminel de se passer ! » et alors qu'il pontifiait, on servit un porc immense et fumant. Les convives s'attablèrent au plus près de celui-ci, et Robert fit en sorte de ne pas être loin de Ryldenheim. Ainsi il put entendre ce que l'on dit autour de lui. Un fâcheux eut l'idée de miner les belles idées avec une réalité cruelle, et ce sans ménagement « L'esclavage que vous prônez nécessiterait une si grande organisation que je peine à seulement l'imaginer. Il n'y a que de vagues ports de pêche en zurthanie et aucun moyen de faire un commerce efficace des esclaves. Et si ce n'était que ça.. le roi ! Le roi ! Il semblerait qu'il désapprouve l'ilotisme. Sans doute sa cécité l'empêche-t'elle d'en voir les bienfaits. » (cette dernière remarque déclencha un tonnerre d'hilarité) c'est ce moment que choisit Robert pour prendre la parole « Que le roi aille au diable ! Que connaît-il au commerce ? Évitons ses oreilles stupides et faisons comme bon nous semble et à peu de frais » le doigt bien haut, le regard sanglant et la coupe vidée, Robert enflammait l'assemblée de sa verve proverbiale.
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Robert Valpesin
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MessageSujet: Re: Soleil couchant et vins berdois   Lun 31 Aoû 2009 - 13:14

L'orgie s'était poursuivie sans heur, chapeautée par de discrets apologistes, figures hiératiques insensibles aux vapeurs de l'alcool, comme Lazare semblait l'être ; et bien d'autres faisaient comme lui. Robert, évidemment, n'en faisait pas parti. L'ambiance égrillarde des saturnales le gagnait toujours au plus profond de son âme, insidieuse et grasse. Déjà des litres de vin se répandaient dans son sang en une humeur visqueuse, appesantissant ses geste et son esprit ; le faisant sembler à un fol. Il but si fort et si bien qu'il se mit, à un moment fort impromptu, à chanter de manière incohérente. Il s'amusait et amusait bien. Il y en avait d'autres avec lui pour faire la gaudriole.

Ces horreurs vespérales se poursuivirent jusque fort tard, distillant un heureux tumulte autour du palais. On mangeait les viandes aromatisées puis on les vomissait pour en mangeait d'autres, on se besognait dans les coins et on jouait de la harpe nu avec une pomme dans la bouche. Des aèdes aux joues poudrées de rose entonnaient des chants psychédéliques, tandis que des ours dressés dansaient au milieu des échansons, drôles dans leur maladresse. Il y eut aussi un concours dont la victoire serait accordée à celui qui absorberait le plus d'ortolans. Un marchand d'Aspremont fut donné grand vainqueur après avoir suçoté 246 de ces créatures. Avec le duvet, car la plume est plus forte que l'épée.

Le chaos fut total quand, Robert, n'y tenant plus, projeta une coupe d'or sur la tête du mangeur d'ortolans. Car Robert n'était autre que le perdant du concours : son estomac n'avait supporté que de 244 oiseaux. Le méchant fut grièvement blessé, et son crâne s'épanchait de moult sang. La panique prit une ménesse sensible et en fit se pâmer une autre, alertant alors les eunuques Gardes du Palais. Il en vint deux de belle carrure, armés de glaives d'argent et cheffés de cimiers en plumes d'autruches. Ce ne fut pas dur pour eux d'empoigner Robert qui les qualifia de « gros pédés ». On le jeta dans une chambre nue, seul, dans le froid et la nausée.

Sa tête avait heurté un mur dans l'indifférence générale, et il s'évanouit dans le même contexte. On le laissa jusqu'au matin afin qu'il décuve et rumine ses turpitudes. Et quand le coq matutinal maltraita la gueule de bois des hôtes du palais, un eunuque vint chercher Robert Valpesin, armateur distingué de Berdes et homme d'affaire courtois. Bien sûr il était mort d'une façon bien terne et on ne la chanta pas lors de son enterrement, préférant se concentrer sur sa brillante carrière et ses époustouflantes épopées en terres barbares.
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