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 Les Notes de la Mélodie [PV]

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Amédée de Missède
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MessageSujet: Les Notes de la Mélodie [PV]   Sam 2 Jan 2010 - 12:50


    . Les Notes de la Mélodie .
    ... le souvenir du bonheur n'est plus du bonheur ; le souvenir de la douleur est encore de la douleur ...

    Le palais de Missède était une structure imposante aussi bien d'extérieur que d'intérieur. A l'extérieur, cette grandeur s'exprimait par d'imposantes façades colorées de mille et uns vitraux et des avant-toits ponctués par de petites tourelles ouvragées. Le tout était figé dans une structure essentiellement composée de pierres de couleur ocre. A l'intérieur, l'impression d'hauteur prédominait. Le palais n'était pas constitué d'une multitudes de pièces fermées et richement décorées - comme on le voyait habituellement dans les autres palais - mais d'une succession de grands halls, de longs couloirs, et de grandes salles séparés par de gigantesques arches en bois peintes et sculptés de la plus belle manière qui soit par les célèbres ébénistes de Missède. Le sol était entièrement recouvert d'un parquet unique en son genre. Il n'était ici question d'un agencement de lamelles rectangulaires mais de demi-cercles et d'autres formes géométriques pour le moins dépaysantes. La décoration restait toutefois sommaire pour l'oeil étranger : des statues de marbre, et de larges poutres infiltrées par des filaments dorés. Mais quand l'oeil poussait un peu plus loin son expertise, il découvrait ce que le palais recelait de plus improbable : une succession de plafonds bombés élevés à plus de quarante mètres du sol - interrompus ici et là par quelques fenêtres - et recouvert de fresques imitant la voûte céleste.

    Au milieu de cette immensité, Amédée n'était qu'un grain de poussière. Il s'avançait le long d'un couloir où la lumière ne filtrait que par de larges vitraux découpés à une quinzaine de mètres du sol. Ses pas résonnaient comme les battements d'un coeur assoupi, suivis par le frottement de sa cape sur le parquet. A chaque intersection, sa tête s'abaissait pour répondre aux salutations des gardes du palais, une vieille coutume instaurée aux premières heures de la journée par son oncle. Arrivé au fond de l'aile ouest du palais, il détacha sa cape et la confia à un garde qu'il gratifia d'un sourire presque timide. Il passa ensuite sous une grande arche où on pouvait lire en lettres d'or " En mémoire d'une reine " et s'avança dans une vaste salle rectangulaire. La salle était presque vide. Éclairée par la lumière du jour qui glissait depuis les hauteurs des murs, une tombe en marbre gisait au centre, entourée par quelques bancs en bois. La tombe était légèrement surélevée et son couvercle en marbre reprenait les traits d'une fort belle jeune femme aux longs cheveux bouclés endormie sur un parterre de fleurs. Les bras croisés sur son ventre, elle tenait entre ses mains un collier de perle.

    Cette jeune femme, Amédée la connaissait mieux que quiconque en ce bas monde. En arrivant près de la tombe, il sentit d'ailleurs les pulsations de son coeur s'accélérer, comme à chaque fois qu'il décidait de la rejoindre. Cette " reine ", tel que son défunt père l'appelait, n'était autre que sa soeur, Esmée Dilandro.

    Le coeur battant, le baron abaissa son regard troublé sur le visage de marbre de la tombe. En le regardant ainsi immortalisé, il se rappela le visage de chair et d'os d'Esmée du temps où il n'était encore qu'un chenapan. En se remémorant les instants passés en sa compagnie, les yeux d'Amédée perdirent de leur éclat. La tristesse se déversa dans ses pupilles par des veines cachées. Comme pour cacher ce douloureux portrait, quelques mèches de ses cheveux blonds s'échouèrent sur son front.

    Au fond de ses entrailles, Amédée pouvait sentir un poids considérable se resserrer peu à peu autour de son estomac. Derrière ses joues, des larmes de feu remontaient jusqu'à ses yeux mais refusaient de couler lamentablement. Un trait apparut soudainement sur son front ; ses mâchoires se resserrèrent ; et ses sourcils froncèrent pour retenir la flamme qui brûlait dans chacun de ses yeux. Il se sentit brusquement perdre l'équilibre. Fort heureusement, il réussit - par je ne sais quel miracle - à rejoindre l'un des bancs proches après quelques pas hésitants.

    La tête dans les mains, Amédée n'était en cet instant plus le maître des lieux mais l'homme profondément blessé par son passé.

    Le Destin voulut qu'à cet instant précis, une mélodie s'éleva lentement des entrailles du palais, glissant le long des couloirs, des murs, pour parvenir jusqu'aux oreilles du baron. Lentement, il releva la tête, enfouissant une fois de plus en lui toutes ces larmes condamnées à ne jamais couler. La mélodie était délicate, à peine plus sensible que le murmure d'une brise au milieu d'un champ de fleurs. Elle descendait au fond de ses entrailles et desserrait l'étreinte de sa douleur. Les sourcils toujours froncés, les yeux plus lumineux, Amédée jeta un regard par-dessus son épaule, en direction de l'arche par laquelle il était entré.

    De plus en plus intrigué par cette légère mélopée, il fit quelques pas vers l'arche pour deviner d'où elle provenait puis il s'arrêta au moment où une note plus sourde faisait réapparaître le poids qui pesait dans ses entrailles. Une profonde inspiration plus tard, sa main droite posée contre son ventre, Amédée chassa tant bien que mal ses sentiments. Il releva sensiblement la tête, ses mâchoires toujours serrées.

    Le palais avait beau être grand, la musique résonnait presque dans toutes les ailes. Le baron de Missède avait beau être grand, la musique résonnait presque dans toutes les parties de son corps.


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Neïla
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MessageSujet: Re: Les Notes de la Mélodie [PV]   Sam 2 Jan 2010 - 22:41

    Neïla, les yeux clos, silencieuse, offrait ses épaules au soleil de printemps. Elle se laissa un instant bercer par le chant du vent dans les feuilles naissantes et la rumeur de la rivière dans le lointain. Tout lui semblait serein, en cette matinée de Karfïas. Elle rouvrit à contrecœur ses yeux d'un vert pétillant et se remémora les évènements de la veille. Un parchemin portant le sceau du palais de Missède lui était parvenu par le biais d'une jeune femme portant les couleurs du baron. Il était écrit que la jeune harpiste était conviée par l'un des conseillers du Seigneur Amédée, à venir jouer au palais. Chose que Neïla ferait avec plaisir. Beaucoup de nobles la demandaient à leur table et la jeune femme répondait toujours présente. Par plaisir d'exercer son art, et par désir de faire de nouvelles rencontres. Du peu qu'elle en savait, Missède était une baronnie où la mort avait frappée la famille du Seigneur à de nombreuses reprises, ce qui ne l'empêchait pas d'exceller dans les sciences et les arts, notamment l'architecture, comme en témoignaient les églises et les palais. Neïla avait appris auprès de deux fermiers que le baron, Amédée, s'était retrouvé à la tête de Missède à la suite du décès de plusieurs membres de sa famille, mais qu'il avait jusqu'ici accomplit un remarquable travail et que la baronnie prospérait.

    La musicienne se rendit donc au palais, ainsi que lui demandait la lettre. La première chose qu'elle remarqua fut la splendide architecture du bâtiment. Il était d'une grâce incroyable et déployait ses ailes tout autour d'un parc majestueux illuminé par des centaines de vitraux réfléchissant les rayons du soleil. Neïla inspira longuement l'air frais et se sourit à elle-même, ravie. Le hall dans lequel elle pénétrait quelques instants plus tard était à l'image de ce qu'elle avait pu voir de l'extérieur : très finement décoré et d'une hauteur vertigineuse. La lumière jouait sur le sol, resplendissante. L'ameublement étant très sommaire, le moindre bruit était immédiatement amplifié avant de disparaître soudainement, happé par l'air immobile. Or justement, du bruit il n'y en avait pas, car la pièce était déserte, bien qu'elle eût put contenir un centaine d'hommes sans difficulté. Neïla se sentit intimidée par tant de beauté et de silence. Elle fit quelques pas hésitants et se perdit de nouveau dans la contemplation des lieux. Tout était splendide, mais chaque mur, chaque vitrail, chaque colonne, semblait empreint d'une tristesse sans nom. Comme si le palais endeuillé, drapé dans son silence, vivait habité de souvenirs. Souvenirs qu'il pleurait à tel point que le chagrin le faisait vaciller de douleur. Neïla sentait la peine émanant des boiseries et de pierres. Peut-être se faisait-elle des idées, peut-être cette impression était-elle infondée ? Pourtant, le sentiment de douleur ambiant persistait, ténu et vif à la fois.

    Le son de pas précipités parvint aux oreilles de la jeune femme, qui sursauta, surprise. Un homme entre deux âges, à court de souffle, se perdit en excuse pour son retard et la mena à travers les couloirs du palais jusque dans une pièce aux dimensions bien plus raisonnables que le hall, dans laquelle un vieil homme lisait. Là-dessus il disparut au pas de course et ferma la porte derrière lui. Le silence s'installa de nouveau, permettant à Neïla de reprendre ses esprits. Le mobilier était pour ainsi dire absent de la salle. Il n'y avait qu'un banc de bois, sur lequel le vieil homme était assis, absorbé par sa lecture et illuminé par le jeu de lumière des vitraux. Ce dernier, très digne, posa sa lecture à coté de lui puis se leva, se présenta, et la remercia d'être venue, Il dégageait beaucoup de sérénité et de calme, cette maitrise de soi que n'ont que les hommes usés par le temps. D'une voix grave et paisible, il pria Neïla de jouer.

    La jeune musicienne avait pour habitude de se plier aux exigences de ceux qui la conviaient, mais le conseiller du baron ne semblait pas vouloir apporter de précision à sa demande, aussi dût-elle jouer ce que le moment lui inspirait. Elle s'assit sur le banc, face à la lumière du jour, et le vieil homme l'y rejoignit. Sa harpe brillait d'un éclat splendide, rendant l'atmosphère plus légère. Tout comme dans le hall, cette pièce bien étrange était empreinte d'une tristesse si belle et si profonde que Neïla eût envie de la louer. Les traits fins et harmonieux de la musicienne se détendirent et elle posa ses mains sur les cordes de son instrument sans même y penser. Puis, avec une douceur infinie, les notes s'élevèrent une à une dans les airs. Elles y dansèrent, légères comme des plumes, et figèrent le temps. La musique, mélodieuse, envahit la pièce et s'ancra dans la lumière. Elle imprégna l'air, gracieuse, caressante, enjôleuse et furtive. Elle sonda les âmes et ses notes réveillèrent les cœurs. Tout baigna d'un aura mélancolique.
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Amédée de Missède
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MessageSujet: Re: Les Notes de la Mélodie [PV]   Dim 3 Jan 2010 - 22:10



    La musique enveloppait l'air ambiant. Elle imprégnait chaque brique, chaque poutre, chaque arche, berçant les salles et les couloirs d'une aura presque mystique. Amédée sentait son coeur faire des bonds irréguliers dans sa cage thoracique dès que la partition entamait une note trop pincée. C'est comme si la flamme de son âme s'embrasait brusquement, comme si elle s'éveillait soudainement à une douleur soudaine. A de multiples reprises, le baron dut s'arrêter et porter une main contre sa poitrine pour tenter d'y calmer le muscle qui battait à tout rompre. Il reprenait ensuite sa longue marche vers la source de ce tumulte, pas à pas, comme un enfant s'avance avec hésitation dans un lieu qu'il ne connaît pas.

    Il sortit ainsi de la salle où reposait sa soeur et longea le couloir principale avant de rebrousser chemin en remarquant que la musique s'atténuait. En revenant sur ses pas, il bifurqua finalement dans le couloir qui s'ouvrait à droite du garde auquel il avait confié sa cape - et qu'il gardait toujours précieusement entre ses mains. Une trentaine de pas plus loin, il déboucha sur une intersection. Suivant son oreille, il continua sa route vers la droite sur quelques mètres quand soudainement, il s'arrêta devant l'entrée d'une pièce où stagnait une lumière légèrement tamisée par les tons rouge orangé des vitraux. Il lui fallut une dizaine de secondes pour réussir à tourner sa tête vers l'intérieur de la pièce, comme si la musique - plus nette que jamais - se dressait en une barrière invisible à l'entrée. Ce qu'il y vit figea son visage dans une expression de profonde incompréhension. Ses yeux étaient plissés ; son sourire absent.

    Comme s'il avait ressenti la présence de son baron, le vieil homme assit aux côtés de la musicienne leva la tête en direction de l'entrée au moment où la silhouette de celui-ci s'y figea, projetant une ombre gigantesque sur le parquet. Aussi discrètement que possible, il se leva sans trop attirer l'attention de la musicienne et s'en retourna auprès du baron qu'il salua d'une légère courbette. Amédée lui lança un regard interrogateur en guise de réponse - une réponse particulièrement inappropriée d'après le code. Le vieil homme ne sembla pas s'en offusquer, il se permit même une familiarité qu'il était certainement le seul à pouvoir tenter parmi toutes les personnes présentes sous ces toits. Comme s'il comprenait sa douleur muette, le poids sourd qui pesait sur son coeur, il appuya amicalement sa main contre l'épaule d'Amédée. Le baron fronça les sourcils puis il baissa le menton, faisant échouer quelques mèches rebelles sur son visage tiré.

    Par ce geste, il réalisait que son plus vieux conseiller avait non seulement souligner sa douleur mais qu'il souhaitait la partager un peu. C'était d'ailleurs certainement de sa propre initiative qu'il avait fait venir une musicienne pour changer l'air pesant qui stagnait parfois à l'intérieur du palais. Le vieil homme ne s'attarda en tout cas pas dans les parages. Dans un silence absolu, il s'en alla dans ses errances sans avoir prononcé le moindre mot. Amédée resta planté dans l'entrée de la pièce pendant quelques secondes encore. Ses sentiments semblaient plus confus que jamais.

    La mélodie revint rapidement chatouiller ses oreilles et ses pensées se dissipèrent dans la foulée. Cette fois-ci, il se décida à entrer. Le pas lent, peut-être même hésitant, il s'avança. Son regard remonta de la harpe jusqu'au visage de la musicienne. Elle était aussi envoûtante que la mélodie qui s'échappait du bout de ses doigts. Elle avait de beaux yeux couleur émeraude ; un visage divinement sculpté et de longs cheveux bruns qui se mariaient parfaitement avec son teint légèrement hâlé. Amédée ne se souvenait pas avoir rencontré pareille femme au cours de son existence. Pourtant, son regard redescendit rapidement le long de ses bras pour se perdre entre les cordes de sa harpe. Tout en continuant de se rapprocher, les bras croisés dans son dos, il contempla la virtuosité avec laquelle les doigts de la jeune femme venaient subtilement caresser les cordes pour en tirer les meilleures sonorités.

    Quand enfin il s'arrêta, Amédée se trouvait face à la musicienne, à peut-être sept oui huit pas de distance. Son ombre majestueuse glissait sur le parquet et se pliait contre le mur du fond.

    Le baron ne troubla en rien la beauté de l'instant. Captivé par la musique, son regard était fixé sur les doigts de la musicienne. Il essayait de comprendre la musique là où une grande majorité des hommes ne se seraient plus intéressés qu'au visage ou au buste de la musicienne. Chaque vibration lui parvenait plus nettement que jamais par le parquet. Il avait d'ailleurs l'impression que son coeur répondait à chacune de ces pulsations sonores par un coup de tambour à la fois lourd et sourd comme seul le corps humain pouvait en produire.

    Inspiré par une force qu'il ne pouvait clairement identifier, il leva ses yeux clairs vers la fenêtre qui dormait sur le mur du fond. Il regarda la lumière se déverser dans la pièce en se demandant si la malédiction qui avait décimé sa famille reviendrait le torturer à son tour ... ou si elle ne l'avait pas déjà condamné en le laissant ainsi vivre dans le passé.

    La pièce avait beau être peu éclairée, la musique ravivait la lumière. Le baron avait beau être plongé dans les ténèbres, la musique ravivait la lumière qui brillait au fond de lui.


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Neïla
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MessageSujet: Re: Les Notes de la Mélodie [PV]   Sam 9 Jan 2010 - 21:50

    Neïla, absorbée par sa musique, ne remarqua pas le départ du conseiller. Elle laissa ses doigts courir le long des cordes dorées un moment puis le flot de notes se tarit, et le son d'une clarté cristalline fut finalement happé par les somptueuse lumières des vitraux. La jeune femme releva la tête sans pour autant rouvrir les yeux, et savoura un instant le silence solennel qui accueillit sa prestation. Après avoir joué, il y avait toujours le silence. Parfois déçu, agacé, mais plus généralement ravit ou satisfait, le calme était un moment à part entière du morceau. C'était la chute le plus belle qui soit, et Neïla apprenait chaque jour à l'aimer un peu plus.

    Lorsque la jeune harpiste ouvrit ses grands yeux d'émeraude, le vieillard attentif avait disparut et c'était maintenant un jeune homme immobile qui la contemplait. Neïla fut gênée de ne pas s'être interrompue pour saluer le nouvel arrivant, aussi se leva-t-elle et offrit un sourire rayonnant à l'inconnu. D'un rapide coup d'oeil, la jeune femme tenta de savoir à qui elle avait affaire. Il ne lui fallut que quelques instants pour comprendre qu'elle avait devant elle le baron. Parce qu'il avait ce maintien propre aux hommes de pouvoir et cette prestance unique. Parce qu'il était d'un calme absolu. Elle estima qu'il avait à peu près son âge et le considéra avec respect. A l'image du palais, le maitre des lieux irradiait de chagrin, il semblait trainer avec lui une peine sans nom. Neïla plongea ses yeux d'émeraude dans ceux, gris-vert, du jeune homme. Ils étaient clairs et pourtant si terne. Si tristes. La jeune femme fut frappée par cet abattement presque palpable. Elle ne sut ce qu'il convenait de faire. Une petite voix lui soufflait de se comporter avec toute la déférence dont elle était capable, mais il ne lui était pas aisé de s'incliner devant un homme de son âge, et par ailleurs une partie d'elle-même aspirait simplement à conserver le silence et à respecter la douleur du baron.

    Neïla se rassit donc, hésitante, et se questionna quant à l'origine de tant de peine. On lui avait dit que le jeune homme dirigeait un territoire prospérant à merveille et dans l'économie était florissante. En revanche, elle avait crut comprendre que le jeune homme avait perdu pour ainsi dire toute sa famille. Les gens parlaient peut de cette tragédie, ils aimaient beaucoup la famille de Missède. Ainsi le baron portait-il le deuil … Y'avait-il une personne plus chère parmi les autres qu'il pleurait tout particulièrement ? Neïla n'en avait pas la moindre idée et se perdit en supposition. Il était évident qu'elle ne le questionnerait pas directement, mais peut-être avait-elle des chances d'en savoir plus auprès de l'un des soldats du palais. Elle pensait à se renseigner un peu plus tard, mais la question de l'intimité se posa. Etait-ce indiscret de vouloir savoir ? Le peuple de Missède savait surement. Les gardes devaient également savoir. Mais Neïla n'était ni une employée au palais, ni une habitante de la baronnie. Personne n'irait lui reprocher de se mêler des affaires d'autrui, pourtant ce désir d'être au courant n'était pas vraiment légitime.

    Perdue dans ses pensées, troublée par sa propre curiosité, la jeune femme dont la somptueuse robe rouge reflétait l'éclat de la lumière, décida de briser le silence. D'abord parce qu'elle redoutait de ne bientôt plus en avoir le courage, et ensuite parce que le baron semblait se murer peu à peu dans ses souvenirs, et qu'elle espérait qu'une conversation détournerait un peu son attention. Ainsi, Neïla se leva de nouveau, elle s'inclina gracieusement et finit par adresser au jeune homme un sourire serein.

    « Enchantée, je suis Neïlara de la Semone » dit-elle de sa voix de velours.

    « Je ne sais pas pourquoi vous êtes là, pourquoi vous semblez si triste. J'ignore la raison pour laquelle votre conseiller à disparut et que c'est vous à présent, avec votre douleur et votre peine, qui m'écoutez. Je ne comprends pas pourquoi cet endroit est empreint de la même tristesse que la votre, ni pourquoi ce lieu est aussi beau et qu'il m'inspire. Je sais juste que j'ai envie de dire tout cela et que je ne peut pas. » Neïla aurait voulu poursuivre mais elle se contenta de penser ces dernières phrases. Juste une salutation et puis rien d'autre, car Amédé était un baron, et qu'elle n'était qu'une noble. Car il était un homme et qu'elle était une femme.

    Car il avait de la peine et qu'elle ne le comprenait pas.
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