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 L'absolution d'éternité

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Ashenie De Sephren
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MessageSujet: L'absolution d'éternité   Jeu 14 Jan 2010 - 22:25

Les fantômes du passé tonitruent résonnaient dans l’âme du faible, sous l’effigie de Tyra la grande, la sublime, l’écorchée, peignant les tableaux âpres de vanité et d’effroi dans le cœur pur et virginal, dès lors bafoué par le temps et l’harmonie sous l’alliance funeste du destin. Dans l’âme blanche de la poupée de porcelaine délicate, le tempête grondait, erronée dans sa source. Les filets de l’eau d’Arcam, teintés des pétales de rose d’une blancheur absente, s’épandaient en vaisseaux de sang jusque dans la source du cœur éperdu. Le visage du juste trônait, fier et masculin. Les spectres la saisissaient de leurs bras virils, et la berçaient dans un calme inquiétant. Ses visions s’intensifiaient, sa voix grondait sans le moindre son. Les lèvres bougeaient, pourtant, et la bouche ouverte semblait contempler béatement la féérie des rêves les plus fous. Mais de l’autre coté du voile de torpeur, la douleur gémissait ardemment. Prise au piège dans l’étau sensuel des rêves, elle cherchait l’absolution.

« - Pardonnez mes péchés… »

La voix de la jeune enfant raisonnait comme une harpe accordée, une symphonie délicate des temps anciens, lentement effacée par l’émotion naissante. Dans les chimères de son esprit naissait le chagrin intense, aux lames de fer. Le visage d’Ashenie, jusqu’alors teinté d’une expression ingénue, changeait doucement ses traits vers l’admiration de la mort, et du pardon divin. Ses yeux mi clos ne contenaient plus le fleuve d’amour qui déferlait en elle. Doucement, le temps avait suspendu son vol, et dans les yeux affluaient les larmes lentes, troublant le regard de mille étincelles. Une voie lactée naissait, dernière et funeste.

Autour de la pucelle, le décor se troublait. L’orage se déchaînait et grondait, là haut. Par delà les portes, et aux détours des horizons, les noirceurs obscurcissait le ciel d’une amère malédiction. Les croassements du pendu raisonnaient dans l’âme vierge. La voix de son père chérissait ses tympans, impuissant de protéger sa fille des sentiers qui l’attendaient, à bras ouvert. Le château était le tombeau des retrouvailles. Pourtant, l’imaginaire délicat revêtait les parures de la douceur, et altérait le monde alentours en une vaste folie arc-en-ciel. Le dernier rayon de soleil du désespoir se montrait, fier et rigide, fort et doux. Et dans ses yeux clairs se trouvait le ciel du paradis. Le soleil blond jonchait les rivages du rêve, et les lents ressacs apportaient, grain par grain, les pièces maîtresses de l’échiquier géant sur lequel le destin s’était arrêté. Le lourd damier religieux était le symbole même d’une divine lumière salvatrice, pointant sur elle.

Devant les mille miroirs de la pièce illusoire, Ashenie De Sephren contemplait ses mille visages, et leur rendait le naturel de leur premier jour. Ses joues hautes et rosées étaient essuyées de fin maquillage qui les recouvrait, rompu à bien des égards par les larmes d’ivoire. La main d’Ashenie caressait sa joue, effaçant trait par trait les alliages cosmétique et richissimes de la haute noblesse. Son regard intense luisait encore plus intensément sans les apparats de haut renom. Les lourdes boucles d’oreille glissaient dans le coffret à bijoux, les bagues libéraient ses doigts, tandis que le miroir reflétait peu à peu la véritable nudité de la réalité. Les apparats tombaient, un à un, dans le feu d’un passé éteint. Le brasier du temps la consumait, lentement. L’Ardent se faisait séducteur âpre et délicat, fondant ses parfums dans la bouche entrouverte de soupires de la douce poupée virginale. Le feu grondait dans le ciel de ses yeux, et les océans jonchaient les rivages calmes de leurs eaux déchainées. Le tumulte naissait dans la nudité.

Bercée dans les langues de flammes, léchant les courbes du corps avec une adresse subtile, la poupée de cristal sentait son âme crier la douleur atroce d’une vie liée par le serment et le sang. Enlacée dans les confins de l’agonie, les échos raisonnaient dans les confins de son psyché. Dès lors, la grande main de Néera achevait la toile de son œuvre de lumière, et plongeait la sainte vierge dans les échos tortueux de la vie. Une lente mélodie embrasait son cœur : un requiem aux notes lourdes et grandissantes, prenant son ampleur et son envol dans la tragédie des violons mourants, et des larmes de la harpe scintillante. La symphonie céleste s’abattait en une lumière divine sur le visage de la jeune tourmentée. Ses trais de poupée ne faiblissaient pas, et son air d’innocente juvénile peignait la douceur d’un trouble grave. Le ciel se déchirait, lui ouvrait les bras, dans l’épaisse clarté de la nuit câline.

Ses pas troublés la menaient, titubant, sur le balcon de marbre blanc. Elle se fracturait dans le gouffre interne de ses sentiments. Le visage de Trystan le juste apparaissait dans le confine des nuages, difformes et menaçants, noir ce l’opacité vomissant du destin. Un murmure, voguant, si fragile que le vent, brisait l’air en échos épars.

« -Trystan… »

La folie résonnait, les échos grandissaient, et le cœur de la vierge vacillait, semblable à une flamme noire éprise de l’impossible inceste. Les hommes de son cœur apparaissaient en une illusion fantomatique autour d’elle, l’étranglant, l’étouffant. Elle ressentait la lame traverser la chair, les cris d’un homme juste, et bon. Les visions de l’avenir semblaient la guetter, et la poupée médium en transe voyait l’avenir décadant du royaume d’amour. Trystan lui faisait face, sur son trône de nuage, sous la noirceur d’une symphonie apeurante. Les cordes de sa voix se tendaient d’émotions, chargées de larmes palpables aux lames acérées. Claire et pure, comme le cristal, la voix s’embrasait d’un feu nouveau, d’une voix interne du cœur et des sens, d’une mélopée enivrante et passionnée.

« - Les vers qui bercent nos serments se teintent des coloris du paradis, et l’étoile de cristal blanc veille en une pluie de vie. Nos cœurs bâtissent un destin, conjuguant les échos épars du ciel et de la terre, dans le ventre de la création nouvelle des temps anciens. Trystan ! Entendez mes mots, écoutez les prières d’une sainte bafouée, aux serments trahis. La bonté m’accable et me tue. Le glas de la vie m’emporte loin de vos bras chaleureux et protecteur. Trystan ! Trystan… le nom d’un soleil monarque, se levant sur le ciel comme une aube nouvelle, un signe d’humanité de Néera. La fidélité du juste, la douceur d’un père perdu… coulent dans les doigts amants du roi aveugle aux milles visions. Trystan.. Entendez ma prière, jugez mes mots. Condamnez mon âme à la lumière éternelle. Et le courroux divin qui plane par-dessus ma tête saura abaisser l’épée du jugement, la votre. Divin Roi aux folies exquises, tendre frère aux allures chevaleresques, conduisez mon âme à la votre. Je n’appartiens plus à ce monde, je n’appartiens plus à vos vies...

Les doigts de la douce poupée se tendaient vers les illusions de la nuit. Une poussière d’étoile tombait dans ses yeux, et, penchée au balcon, elle basculait en arrière, s’affalant sur ses cuisses. A genoux, elle levait les yeux sur le nuage illusoire. Ses larmes roulaient dans ses yeux tendres. Les coloris divergeant se reflétaient dans la nuit en une folie créatrice.

Je serais l’aube de vos tourments, la vue mortuaire de vos visions lente. Je ne serais plus. Trystan! Condamnez l’être que je suis à la conduite éternelle des cœurs implorants. Trystan… je veux m’éteindre, ne refusez plus la prière de la vie, la seule qui compte. Trystan… Trystan… Que Néera me place choyée dans vos bras, à jamais! Aveugle de la vie, je déclarerais l’amour chaste qui me lie à vous dans la noirceur du monde… Laissez-moi partir loin de tout.»


La voix avait déchiré le ciel, les entrailles de la création et le cœur de la petite pucelle. Lentement les échos de sa complainte trouvaient les funérailles du temps, dans l’antre du mal et de l’oubli. Le doux pêché était consumé en son cœur vierge et pur, et le sentier du destin guidait ses pas dans la fantaisie utopique. Sa main s’était tendu vers l’océan céleste, ouverte et éclos, et les pétales de ses doigts attisaient la chaleur humaine de la lune, dessinée sous les traits de Trystan le brave. Pareil à l’éclosion inverse d’une rose d’argent, ses doigts se refermaient sur le néant fastueux, miroir de son âme, pourtant encore emplie de rêves chimériques et de douceurs illusoires. Effaçant Trystan, comme aspiré par la chaleur d’un cœur implorant, les bras nouveaux enveloppaient le corps de poupée dans un rêve différent. Chaleur familiale, elle croyait à son père, entendait ses murmures, et dessinait ses contours derrières lui. Ses yeux clairs, sa fougue de jouvenceau, son amour inconditionnel la frappait en plein cœur. Une larme, seule et unique, jouait avec le destin intemporel. Le tonnerre de sa voix brillait la sauvait de la déchéance et ouvrait les portes de Tyra. La douceur de sa peau, presque réelle, venait assurer ses sens de la vérité impossible de ce toucher. Pourtant, au travers de l’amour, l’âme ressentait les souffrances grandissantes et implorantes de l’homme. Lointaine et différente, elle perçait avec suprématie l’enveloppe charnelle de la pécheresse au baiser de feu. La voix, si différente de l’homme qu’elle imaginait, lui rappelait une autre douleur. Le valeureux frère de cœur, supplément d’âme, et jumeau d’idéal, venait ravir ses tympans d’une dernière symphonie. Suprême et véritable, le chant masculin foudroyait son cœur en échos tonitruent.

«- Ashenie, ouvrez-moi votre cœur, qu’il soit mon tombeau »


Le tombeau de chair sentait en lui le gouffre intense d’un amour torride et éperdu se creuser. La chasteté brisée, le ciel éventré, l’idéal sacrifié se mariaient en une tempête intense de saveurs inconnues. Le baiser du mal glissait, de l’un à l’autre, tandis que les brumes de l’amour les guidaient à des centaines de mètres de leur mort respective. La sainte gémissait, endossant la souffrance de son frère. Fière du serment d’amour, elle y glissait la subtile attention d’un dernier soupire, croyant se choyer dans ses bras, jurant d’abdiquer la moindre parcelle d’elle-même, pour son salut. En vain… L’épée était prolongée dans le cœur, et se creusait jusqu’au dernier soupire de sa sœur.

« - Aaran ! »

Une nouvelle vigueur, dernier souffle du poison qui la consumait, guidait le secret désire vers son apogée. Le corps de poupée se redressait, fière et doux. La subtile mélancolie s’effaçait au profit d’un soleil nouveau. Le cœur nuptial gisait, et agonisait de cette lenteur magnifique. Au dehors, la menace grondait.

Là, se dessinait la noirceur d’un espoir vain. Une silhouette floue apparaissait, au pas de la porte. Il était là, le frère d’amour, et elle le rejoignait, au-delà de la mort. Câline et subtile, elle fondait vers l’ombre qui s’effaçait, loin, trop loin de ses doigts. Ses rubans brisés, sa toilette éparse, elle courait, tandis que le destin la rattrapait. Trop tard, il était bien trop tard. La silhouette masculine la regardait choir dans ses bras, mourante et ivre de l’amour qu’elle n’avait jamais connu.
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