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 « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]

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Joy Lìvìan
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MessageSujet: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Dim 15 Aoû 2010 - 0:36

    Deux semaines de voyage éreintantes, autant physiquement que mentalement, avaient suffi à parachever la fatigue qui pesait sur les lourdes paupières endormies et les épaules relâchées d'une Joy assoupie. Lasse, assise dans le sobre carrosse clair qui depuis quatorze jours avait parcouru, encadré de quelques guerriers aux traits trop fins et aux cheveux trop clairs pour appartenir à la grossière et brutale race humaine, la toute jeune Marquise sommeillait à l'ombre de l'atmosphère confinée et étouffée de sa geôle où Sophea guettait au dehors la tournure des évènements météorologiques, jetant de temps à autre un regard affectueux et attentionné à celle qui était avant tout une amie.

    Ellyrion avait changé Joy, c'était indubitable. Elle qui au début semblait si optimiste et confiante, si insouciante quant à l'avenir chaleureux et aux prouesses politiques que Dolce avait réussi à établir en les élevant au statut digne de protecteurs de l'Epine Dorée, avait commencé à frémir à l'arrivée insoupçonnée des drows. Elle avait gardé ce visage fier et droit, fermé et dénué de toute crainte, se devant d'être celle qui rassurerait l'époux parti à la guerre, le soutiendrait pour toujours et l'aimerait sans jamais imaginer ce qu'il adviendrait s'il tombait sous la lame ennemie. Un ennemi supérieur en nombre et de plus en plus féroce, toujours davantage avide de sang, de lourdes représailles et de victimes. Egoïstement, ses pensées qui étaient autrefois tournées vers la population du fort, qui lentement et sûrement dépérissait sous l'assaut de ces putrides créatures d'Elda, avaient fini par toutes se concentrer sur un seul être, celui qui la complétait, qui avait créé le vide et la sensation de manque plus que jamais depuis son départ. Dolce le savait et ne l'avait jamais caché à Joy : il était prêt à défendre coûte que coûte leurs territoires, et évidemment, il aurait été odieux et puéril de sa part de le supplier de rester avec elle, au chaud dans ce domaine trop grand pour une femme qui n'avait même plus envie d'attendre, de guetter, d'épier chaque bruit prévenant éventuellement d'un retour improbable d'un homme dont elle était sans réelles nouvelles ... Comme beaucoup d'épouses qui avaient vu leurs maris partir en hâte.

    Refroidie, chaque jour un peu plus repliée sur elle-même, Joy avait du faire face à une nouvelle crise seule. Une crise d'un genre nouveau depuis qu'elle avait cédé au Duc d'Eteniril, fâcheux incident dont elle avait tu la nature et l'existence par peur de décevoir, de déplaire et de détruire l'harmonieux bonheur qu'elle avait réussi à trouver. Depuis ce jour précis où ses lèvres avaient goûté celles, impudentes et pêcheuses, d'un autre, l'infidélité tachait l'immaculée pureté des songes nocturnes de l'elfe. Nouvelle ennemie qui la faisait se sentir un peu plus traîtresse chaque jour, Joy s'était aigrie et trouvé un nouveau talent : celui de prendre des risques de plus en plus inconsidérés. Si cependant ses envies de frayeurs irraisonnées ne faisaient que la tenailler sans qu'elle puisse encore passer à l'acte, il semblait que chaque instant qui s'écoulait avec lenteur, chaque grain de sable qui se traînait mollement dans le sablier des secondes aidait à la croissance de la témérité toute récente de la jeune Marquise. Sophea, impuissante, ne pouvait que se targuer d'avoir su limiter les dégâts découlant de la solitude qui semblait insupportable à la "capricieuse épouse", comme le disaient certains conseillers militaires peu affectés par l'attitude d'attachement profond de Joy. Qui avait d'ailleurs fait comprendre par des remarques bien senties - l'effronterie et l'outrecuidance elles aussi étaient devenues maîtresses éphémères de Joy - qu'elle avait sûrement tort de penser avec ses sentiments, mais qu'elle au moins pouvait se coucher la conscience tranquille sans penser aux morts que ses mots engendraient. Les choses auraient pu empirer si Dame Livian n'avait pas tout simplement fait un malaise, il y a maintenant seize jours, alors qu'elle faisait sa toilette. Le guérisseur rapidement appelé en avait conclu à un état avancé d'épuisement, sûrement û au fait que « l'appétit de la Marquise était autant en déclin que son moral, il lui faut prendre l'air et se changer les idées. »

    Ainsi déclarée, et après plusieurs discussions houleuses, moultes messes basses entre dames de compagnie et sur conseils de proches plus avisés qu'elle, Joy avait décidé - ou plutôt on avait décidé pour elle - que la mer ferait le plus grand bien à la "jeune" elfe. Et plus on s'éloignait de Fort Ellyrion, de l'Epine Dorée et de tout ce qui pouvait influencer le caractère de la Marquise, mieux c'était. Une petite semaine de répit minimum, un mois s'il le fallait, mais tant que Joy ne se remettrait pas à s'alimenter correctement et arrêterait ses malaises, tout irait mieux.

    Et les voici, depuis bientôt treize jours, parcourant successivement les larges forêts fournies et apaisantes des territoires amis, pour finalement déboucher sur les plaines inconnues des cités humaines. Le regard de Joy n'avait pas brillé de curiosité ni même d'attention pendant tout le voyage : elle avait passé son temps à se reposer, dans un silence étrangement religieux et pesant. Dormant quand elle n'avait pas envie de parler ou qu'elle s'ennuyait trop, jouant aux cartes ou souriant aux histoires abracadabrantes de sa dame de compagnie qui tentait de la maintenir éveillée quand elle ne savait dormir, et allant se dégourdir les jambes au strict minimum ; Joy n'avait pas daigné se fendre d'un réel intérêt pour leur entrée au sein des baronnies humaines, jusqu'à ce qu'ils s'approchent des côtes et qu'il leur soit annoncé par le cocher qu'ils étaient arrivés à destination finale.

    Descendant avec l'aide de sa compère, Joy parcourut du regard le paysage. Les étendues de Scylla, puisqu'ainsi s'appelait le Comté dans lequel ils s'installeraient, baignaient dans la nuit la plus obscure, au sens propre comme figuré : le Voile était bel et bien là, et pourtant jamais Joy n'y accorda si peu d'intérêt qu'en cet instant où tout lui semblait trop morne. S'étirant doucement à la manière d'une convalescente appréhendant la route à venir, la demoiselle considéra d'un oeil tout de même observateur que les jolies maisons de pêcheurs se succédaient à quelques sympathiques tavernes. Un peu plus loin dans le bourg qu'ils avaient rejoint, de plus hautes enseignes et des auberges d'un luxe sûrement plus prononcé que la simplicité des habitations qui jalonnaient le littoral laissaient entrevoir leurs ombres surplombant de quelques têtes l'horizon maritime. Les yeux polaires de l'elfe suivirent la ligne séparant ciel et mer, tandis qu'elle soupirait doucement. Dans la nuit improvisée quelques vagues se découpaient joliment, tandis que la faible clarté conférait aux alentours une ambiance de fin de soirée d'été, les pieds dans le sable. On était loin des étendues de plantes asséchées et d'herbe grillée par le soleil vantard qu'ils avaient vu pendant des jours. Un des elfes de sa garde rapprochée, un dénommé Maelrim, jeune débutant à qui on avait confié sa véritable première mission, s'avança quelque peu timidement vers la Marquise pensive. Il se râcla la gorge, tirant de ses songes la douce créature.

    « Dame Livian, excusez-moi, mais je dois vous guider à votre chambre qui se trouve là-bas, et je suis désolé mais, pardonnez mon ... »

    « Oh, voyons Maelrim. Ne vous excusez pas à chaque fin de phrase. Je vous suis. »


    Piquant un fard, le jeune garde prit la tête du duo d'un air gêné, ses camarades s'étant quant à eux dispersés soit dans un comptoir pour boire quelques rafraîchissements bien accordés tout en discutant des fêtes du Voile qu'ils regrettaient et d'Ellyrion, ou avaient déjà pris la direction de l'auberge où logerait discrètement la Marquise. Ils pensaient à juste titre que Maelrim ne pouvait pas être assez bête et inefficace pour ne pas réussir à faire cent mètres à pied sans éviter un quelconque accident.

    Et pourtant.

    A peine eut-il le dos tourné que Joy tourna les talons, s'éloignant à grands pas dans une rue perpendiculaire à l'artère centrale du bourg. Détalant comme un lapin malgré sa faible condition physique, la créature aux oreilles effilées profita de l'absence de réaction du garde pour filer vers l'orée d'une forêt de pins qui semblait déboucher un peu plus loin sur la plage. Le seul souci, songea Joy sans vraiment réaliser l'ampleur de l'idée, était qu'elle venait de pénétrer au pas de course dans un petit bois inconnu sans armes et avec la seule intention de se réfugier sur le sable. Sans savoir combien de temps il lui faudrait pour traverser le massif d'arbres, quels sentiers menaient à quels coins, et surtout, qui pouvait s'y promener avec davantage d'aisance qu'elle.

    Alors qu'elle ralentissait le pas, avalant l'air en grand renfort pour reprendre un rythme respiratoire moins saccadé, l'elfe tenta de se satisfaire avec l'idée qu'au moins, ici, on lui ficherait la paix. Elle avait réussi à endormir la méfiance des dix idiots en charge de sa sécurité, ce n'était pas maintenant qu'elle allait reculer, par peur d'un peu d'inconnu. Le frisson de l'excitation parcourut son échine à peine dénudée par l'étoffe de soie lunaire de la longue robe qu'elle portait. A moins que ce ne soit un énième symptôme d'un malaise imminent ... Bon sang, par les Cinq, jamais ce corps ne suivrait donc ce que le mental voulait lui imposer ! Desserrant un peu la large ceinture couleur thé ourlée d'or qui ceinturait son ventre, la jeune elfe poussa un long soupir de fatigue, s'avançant avec hésitation jusqu'à un pin où elle s'adossa, collant le haut de son crâne à l'abrupt tronc. Ce n'était qu'une question de minutes avant que la sensation de déséquilibre qu'elle éprouvait se taise ...

    Le craquement des branches ne la fit même pas réagir.
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Cyric
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Lun 16 Aoû 2010 - 12:01


Masque de chaire éphémère du Walfen


    Le deuxième mois de l'été était déjà entamé lorsque notre Scionneur de pain rouge partit à la conquête des vastes horizons qu’abritait le comté de Scylla. Pourtant, aucun sourire, aucune joie ne se dessinait sur son faciès affaissé. Ses vêtements puaient la crasse et le sang séché. Tâchés ici et là, sa chemise originellement blanche, virait au brun terreux. Le cuir de son veston possédait plus de poches trouées que d’utilisables. Le carquois qui battait sa hanche ne renfermait qu’à peine quatre flèches aux pointes émoussées et aucune épée ne ceignait sa ceinture. L’aventurier avait une bien piètre allure. Pour terminer l’ébauche, le Walfen avait perdu son arc lors d’une rixe dans une auberge à quelques lieux du bosquet où il errait désormais.
    Les « Terres maudites », ainsi était dernièrement susnommée la contrée dont se voyait pourvu un certains Aetius d’Ivrey. Un sobriquet bien étrange pour un seigneur qui l’était tout autant, le hasard ne faisait peut-être pas si mal les choses finalement.
    Cyric ne savait que trop penser de ce chevalier, ils s’étaient rencontrés de manière peu anodine et côtoyés juste assez pour faire couler une authentique marre de sang. Etait-ce suffisant pour espérer découvrir qui était ce brave héros aux vingt printemps juste dépassés ?
    La véritable nature d’une personne est enfouie trop profondément pour que le plus obstiné des chiens ne parvienne à le déterrer. Toutefois, les anciens radotaient qu’une situation périlleuse restait un bon moyen de s’en faire une idée. Sénilités !
    Le maraud se méfiait, sa vie à lui ne fut qu’une succession de péripéties mortelles sans causes. Quelqu’un pouvait-il dire pour autant qui il était vraiment ? Non, comme ses confrères bourreaux les plus avisés, le ribaud s’était évertué à tisser une longue toile de mensonges dont il ne se dévêtait désormais plus.
    Il se frappa le front avec la paume de sa main.
    Pourquoi était-ce si difficile de changer ? L’assassin qui ne voulait plus en être un. Quel joli nom d’histoire pittoresque pensa-t-il, un sourire au coin des lèvres.
    Enfant, Cyric rêvait souvent d’aventures aux prétextes chevaleresques, tels les grands héros des contes, dont les principes étaient aussi purs que l’eau du lac d’Uraal. Quel gamin ne s’était pas laissé bercer, ne serait-ce qu’une fois, par ces épiques romances ?
    Après son départ de la Sorgne, le brigand s’était complu à croire que ses éphémérides allaient prendre une tournure moins écarlate, délaissant enfin l’ombre du criminel pour mieux s’imbiber de la magnificence du chevalier.
    Mais au moindre évènement épineux, l’inflexible meurtrier qui hantait son être reprenait le dessus. Cet instinct sauvage et sanguinaire qui l’avait autrefois arraché des bras de Tyra, l’empêchait maintenant de vivre son épopée valeureuse. Le massacre de Saint-Ripolin était l’ultime preuve en date.
    Il bouillonnait de rage, cette impression qu’il allait exploser sous le poids de la colère était, depuis quelques lunes, omniprésente. Il se méprisait tout autant qu’il haïssait le monde. Les dieux ne l’avaient pas placé dans le bon berceau, sa bonne étoile semblait n’avoir jamais eu une forte luminosité. Alors, si aujourd’hui ses mains étaient souillées par du sang qui n’avait que très rarement été le sien, la faute était partagée. Entre Miradelphia et lui.

    La messe dite, Cyric releva la tête, puis gloussa. Ces aveux intérieurs ne changeaient absolument rien. Il pouvait encore palper cette boule de ressentiment qui restait bloquée en travers de sa gorge. Tout comme cette enclume de remord qui pesait anormalement lourd au fond de son estomac.
    Une perle, diaphane, sombra vers le jais pendant qu’elle traçait un sillon de clarté sur la joue sale du ribaud.
    Soudain, un bruit vint éveiller ses sens. Se relevant avec rapidité, il grimpa à un arbre avec l’aisance et discrétion d’un chat sauvage. Le vent n’eut pas le temps de souffler que déjà, Cyric pouvait voir quelqu’un approcher. Sa dague avait su trouver le chemin du bras vengeur spontanément. Caché par le feuillage émeraude de l’arbre, l’assassin guettait chaque geste de l’inconnu. Ses ruminements et ses pleurs avaient quitté le sein de son esprit, entièrement consumées par une concentration prédatrice.
    Ses pupilles se dilatèrent instantanément.
    « Une elfe. » Murmura-t-il.
    Ces fines oreilles pointues ne laissaient planer aucun doute. Le Walfen en restait coi. Les lèvres entre-ouvertes, il avait cessé de battre des paupières pour mieux profiter de la beauté qui lui était offert de regarder. Ses rencontres avec les êtres immortels d’Anaëh étaient inférieurs au nombre de doigts que possédait une main.
    Pourtant, quelque chose de familier existait chez cet ange égaré. L’avait-il déjà rencontré ?
    La chérubine avançait dans sa direction, ses joues rosies contrastaient splendidement avec la peau nacrée dont elle se voyait pourvue. Tout en dévorant du regard l’enfant de Kyria, Cyric sentit son cœur battre une danse tumultueuse. Il n’avait pas envie qu’elle se rapproche. Pourquoi ? Il fronça les sourcils. La raison de cette chamade impromptue lui échappait. Mais voilà que la belle choisissait de s’adosser contre un certains pin…
    « Merde » souffla-t-il. Un imperceptible recul, une très légère déstabilisation, et Cyric se retrouva en un instant retourné. Ses jambes avaient enlacé une branche et empêché ce dernier de tomber au sol comme une vulgaire fiente.
    L’air surpris, il resta un fragment de secondes à contempler ces iris nappés d’un azur aussi opalin que polaire. Moins de trois brins d’herbes séparaient leurs deux visages. Les essences de mille fleurs assaillirent alors son odorat habituellement si peu ménagé. Il y reconnaissait le jasmin, la violette ainsi que cet arrière goût de musc, myrrhe et romarin qu’on prêtait d'accoutume aux bois féériques. Inspirer un tel parfum pouvait sûrement terminer poison en devenant addiction. Cyric n’aurait su dire combien de temps s’était écoulé avant qu’il ne parvienne à déclouer son air d’ébahissement naïf. Puis, optant pour l’allure songeuse, il se massa le menton à l’envers, comme son inconfortable position l’exigeait.

    « On se serait pas déjà vu quelque part ? »
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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Lun 16 Aoû 2010 - 17:07

    Respirer, inspirer, expirer, lentement les voilages tardèrent à s'assoupir, la poitrine se souleva de moins en moins de façon saccadée, alors que ses lèvres imprimèrent un mouvement de pliure. Désagréable sensation que celle d'avoir les mains tremblantes et l'oeil fiévreux, cependant la méthode du bourrage de crâne psychologique semblait fonctionner : plus Joy se martelait que ce n'était qu'une douleur psychique, plus il lui semblait retrouver avec aisance et familiarité le chemin d'une sérénité relative. L'espace d'un instant, le Voile, décidément bien espiègle en ces temps étranges, vint à tomber devant les yeux de la Marquise. L'arbre face à elle se troubla, les courbes des feuillages se floutèrent, et puis ... plus rien. Plus rien si ce n'est l'impromptue apparition d'un visage à trois millimètres du sien, faisant bondir avec violence le coeur chétif de la dame, qui plaqua sa main pour retenir un cri d'effroi, son dos se collant quasiment au tronc, paralysée par les "drôles de surprises" que cachaient apparemment les pins d'ici. Scylla avait de quoi intriguer.

    « Vous êtes cinglé ?! Vous avez failli me ... »

    ... Me tuer de peur, ou quelque chose dans ce goût-là. Il faut dire que ce n'était pas tous les jours qu'il pleuvait des hommes crasseux. Et celui-ci l'était particulièrement. On devinait à peine la véritable couleur de l'étoffe de la chemise qu'il portait - un blanc détruit par la poussière et les affres de longs chemins boueux, sûrement -, les joues étaient creusées, le menton mal rasé, et le reste de ses affaires avait du subir un traitement de choc qui les avait baptisées à vie de toute catastrophe naturelle possible. L'obscurité n'aidait pas à rassurer le portrait usé d'un homme qui sous la couche de saletés, cachait une certaine jeunesse - enfin, jeunesse, tout était question de race -, et surtout, une habile capacité à grimper aux arbres et à faire son petit singe agile.

    Et si l'esprit de Joy un instant s'amusa de la remarque, une part d'elle ne put aussi s'empêcher de songer que cet inconnu n'était peut-être pas tombé par hasard de son perchoir ... Et que, pire encore, il était peut-être justement prévu dans sa manoeuvre de faire telle apparition. Qui était-il ? Un assassin ou un quelconque mercenaire à la recherche d'un peu d'or ? Un bandit de grand chemin ? Un fugitif responsable d'affreux crimes ? Dans tous les cas, il avait "face" à lui la proie quasi idéale : fragile et sans défenses. Mais au moins compensait-elle ses lacunes en combat par une intelligence vive ... Et sa main gauche de se resserrer, se glissant subrepticement dans un pli de sa ceinture où se cachait, mutine et discrète, l'aiguille que Dolce lui avait confié.

    A contrario de lui, elle ne voyait en ces traits humains si ... rudes, une quelconque familiarité.

    « Il ne me semble pas que nous nous connaissions ... Et si c'était le cas, j'éviterais les bois de pins ou les maquis. »

    Elle tentait d'adopter un ton dégagé, tandis qu'elle n'osait pas bouger, de peur qu'il esquisse un geste brusque ou tente de saisir sa gorge. Garder la tête froide, et au moindre air suspect, viser un point vital. L'elfe songea à se remémorer des brèves et trop rares leçons de défense que lui avaient inculquées son époux il y a des années de cela ... Mais difficile de garder un oeil sur l'étranger et de se rappeler de la meilleure méthode pour mettre un éventuel agresseur hors d'état de nuire. Joy plissa les yeux, bête traquée et acculée qui cherchait un moyen de s'éloigner de l'inconnu qu'elle avait face à elle. Ses iris ne cessèrent pas un instant de revenir au visage barbouillé et maculé par les épreuves de Cyric. Dans la pupille féminine brillait l'étincelle farouche de l'adrénaline et de la peur.

    « Qui êtes-vous ? »

    La question était un peu sèche, et expéditive. Mais pour elle, il n'y avait aucun doute là-dessus : cet humain était louche et n'avait sûrement aucune pensée digne d'honnêteté ou de bonne intention logée dans le crâne. Une chose est sûre, pour le dit personnage, il allait être difficile de convaincre la Marquise.

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Cyric
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Mer 18 Aoû 2010 - 20:12


Masque de chaire éphémère du Walfen


    Aucun astre sulfureux ou hypnotique, n’éclairait l’harmonieux visage de l’enfant immortel. Seuls quelques reflets bleutés perçaient le sombre voile, venant ainsi auréoler sa peau blanche. Cyric l’observa frémir de surprise, souriant devant ses regard assassins. Le maraud ne cacha pas sa surprise lorsqu’il oyat une voix ensorcelante lui répondre sur des harmonies familières. Il haussa les sourcils.
    « Vous parlez notre langue. » Un souffle à peine audible, sortit d’entre ses lèvres réjouies. Puis, il se mit à rire. Vraiment, elle maniait assez bien le dialecte humain pour lui siffler des dénominations pourtant difficilement traductibles. Mais, qui sait, peut-être les elfes crachaient-ils de vilains mots à longueur de phrases, comme la coutume le voulait chez le peuple éphémère. Notre Walfen s’était dessiné une image flatteuse, à défaut d’être véridique, sur ces habitants d’Anaëh. Les contes à leur sujet retranscrivaient une sensation de sagesse et de patience, inégalable en tout Miradelphia. L’on disait que leurs phrases n’étaient qu’odes lénifiantes, que le parler elfique valait mille chants envoutants. Les premiers mots que lui susurra la belle n’avaient rien de gracieux ou d’apaisant. Seul le timbre de sa phonation pouvait rendre ses dires agréables, ce qui fut le cas. Aucune irritation, pas même un crissement de dent. Cyric se contentait simplement de sourire. Ses yeux se firent soudainement malicieux.
    « J’espère que vous ne comptez pas me trouer avec un jouet pareil ? »
    L’on n’apprenait pas au goffeur à frapper le métal, comme on n’enseignait pas au scionneur sur la façon de dissimuler une lame.  
    « C’est un jolie bijou que vous avez là. »
    Il se laissa lestement tomber, tournoyant en vol, pour retomber sur ses pieds. Assouplissant sa rencontre avec le sol d’une flexion sur ses jambes, il resta là, accroupi, à contempler de son nouvel angle son tout bel ange. Le maraudeur ne cessait de la fixer, et celle-ci lui réfutait  avec hargne. Du moins, ainsi le percevait-il. Elle était courageuse. Son instinct de prédateur reniflait la peur qui martyrisait ce corps divin, mais frêle.  
    « Ne pourriez-vous pas me jeter un mauvais sort plutôt qu’user d’un tel objet ?» Sa curiosité avait parlé sans qu’il n’ait eu le temps de la réprimer. Des ragots chuchotaient que les enfants de Kyria naissaient sous le signe de la magie. Faisait-il, une fois encore, fausse route ? 
    « J’laisserais ces sales manières à ceux qui n’ont guère d’autres choix. » Sa voix s’était alors faîte plus morne. Une ombre sinistre grisant promptement le brun de ses prunelles. Puis, reprenant contenance, il leva tête en direction de cette beauté enchanteresse qui restait blottie contre un pin.  
    Lorsque la question qui devait tomber tomba, Cyric se dressa lentement.
    « Je serai selon vos désirs ma dame. » Une révérence comique ponctuant ses paroles. « Un brigand de grand chemin pour une femme désireuse de se faire enlever. Ou peut-être bien le bouclier de chaire contre une menace encore invisible. » Cyric estoqua dans le vide,  son épée des vents tirée d’un fourreau imperceptible.
    «L’on me nomme Ashgan Tombétoile. » N’osant s’approcher, mais désireux de ne montrer aucune gêne, le Walfen renchérit.
    « Un nom échangé contre un autre. Vous semblez bien loin des forêts éternelles. Et vous ne serez pas choquée d’apprendre que les hommes malpropres, en plus de l’être, sont curieux à faire pâlir un rouge-gorge» Le ribaud pris un air entendu. Les apparences étaient trompeuses si l’on en abusait, mais devenaient indicatives pour qui savait en user savamment. Qui pouvait oser croire qu’ils appartenaient au même rang social ? La différence de race ne suffisait pour tromper quiconque. Le ribaud devait puer la sueur à trois lieux. Il semblait normal que la belle dévisage la bête avec un dégout prononcé. Ce dernier rageait de ne pouvoir apparaître sous son meilleur jour. Alors, si l’apparition devait disparaître aussi subitement qu’elle lui était apparue, Cyric voulait encore arracher quelques mots d’entre ses lèvres angéliques.
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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Mer 18 Aoû 2010 - 23:14

(Mots en italique = mots prononcés en elfique \o.)

    Son rire la surprit, tout autant que ses paroles, qui provoquèrent une réaction de perplexité en elle. Eh bien oui, il lui paraissait stupidement logique qu'elle sache user de la langue des humains. Du moins, sa propre soif de culture et sa fascination pour tout ce qui lui était inconnu dans sa plus jeune enfance avaient aidé à développer cet apprentissage. Et en tant que femme de Protecteur de l'Epine Dorée, les récents évènements avaient pu lui montrer qu'il était ô combien salutaire de savoir parler d'une autre manière que selon la langue des Fils de Kyria.

    Un sourire perca le couvert de ses lèvres rosées, tout juste subtilement dessinées dans l'obscurité tamisée d'un Voile incongru. Les étoiles avaient fui, ne laissant qu'un étendard d'ancre terriblement angoissant envelopper le monde de Miradelphia. Amusée, l'elfe l'était, et elle allait peut-être pouvoir se saisir de l'occasion pour détourner l'attention de cet étrange humain dont elle ignorait tout encore et qui pourtant ne cessait de la dévorer littéralement du regard - elle en prenait conscience à la façon dont à peine descendu de son perchoir, il resta là, figé et accroupi, les éclats de ses pupilles se réverbérant dans l'azur givré de ses iris.

    « Mon avis est qu'il est d'usage de savoir s'exprimer dans les autres langues de nos alliés. Question de survie, aussi. »

    Bizarrement, Joy s'amusait - et s'enorgueillait peut-être aussi un brin - de pouvoir dévoiler à cet inconnu charmé par le mythe elfique qui s'étalait sous ses yeux qu'elle était capable de jouer avec les deux dialectes sans aucune difficulté apparente. Les douces sonorités elfiques coulèrent avec aisance à l'oreille d'un homme qui serait sûrement plongé davantage dans le brouillard ; la barrière que pouvait représenter les langages était un de ces maux dont il était bien difficile et laborieux de se débarrasser.

    Malheureusement pour elle, "l'aventurier" - ainsi le baptiserait-elle éphémèrement - avait semble t-il capté le mouvement léger de ses doigts vers le repli de l'étoffe, car il le fit remarquer non sans une certaine trace de malice sur le visage. Il avait l'oeil affuté, et cette conclusion ne rassurait en rien la jeune Marquise, qui garda le pouce pincé dans le tissu. Rien ne justifiait encore qu'elle abandonne sa méfiance et ouvre grand les bras à l'étranger qu'il était à ses yeux. Elle hocha légèrement la tête de droite à gauche, mimant un sincère regret à la façon dont son sourire se défit avec douceur.

    « Je ne "trouerai" personne ici, du moment que vous vous débarrassez tranquillement de tout objet pouvant me blesser. »

    Cherchait-elle à le rassurer ? Sa voix n'avait rien d'agressif jusque là, bien au contraire, mais l'eau qui dormait n'avait pas nécessairement une valeur d'apaisement ou d'innocence. Elle ne voulait pas prendre plus de risques qu'elle ne le faisait déjà. Sa tête venait tout juste d'arrêter de lui tourner, elle se sentait suffisamment physiquement forte pour tenir debout plus de dix minutes et n'avait donc par conséquent pas envie de perdre son temps dans un affrontement inutile et ... Perdu d'avance, son regard s'égarant sur la silhouette de l'homme qui le trahissait malgré lui. Il n'était peut-être pas un géant, mais sa force physique n'était pas négligeable.

    Et puis, soudainement, un éclat de rire cristallin brisa le silence tout juste agité par un vent léger venant du rivage proche.

    « Jeter un sort. »

    Ses yeux se plissèrent sous l'hilarité, alors qu'elle l'observait faire son petit manège. Etait-elle moqueuse ou attendrie, conquise ou simplement bonne comédienne, difficile à établir, car elle demeurait immobile, appuyée contre le tronc solide du pin qui se faisait spectateur immuable d'une rencontre à coup sûr marquante pour plus d'un esprit. Lors d'une fugace poignée de secondes, il lui crût apercevoir à son tour un voile d'un autre genre frôler le regard profond du vagabond, mais sûrement ne fut-ce du qu'à la nuit ou qu'aux reflets boisés des alentours.

    Sans lâcher le regard du dit Ashgan - car ainsi disait-il s'appeler -, Joy le jaugea encore un peu en silence, avant de finalement lui céder avec un calme relatif.

    « Eh bien, Ashgan, vous en avez, de drôles d'idées ... Sachez que je ne suis pas à la recherche d'un malfrat prêt à me faire disparaître de la surface de ces terres. Et par pitié, plus de gardes du corps ou de bouclier quelconque. Je me nomme Joy. Et contrairement à ce que beaucoup de vos semblables ont du vous conter à notre sujet, je constate que les clichés sur les humains ne sont pas tous infondés ... Dites-moi, que vous a t-on dit au sujet des elfes ? Je suis moi aussi quelqu'un de très curieux. »

    Penchant légèrement la tête sur le côté droit, l'elfe ne le quittait pas un instant des yeux, intriguée par le manège humain qui s'était inconsciemment présenté à elle.
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Cyric
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Jeu 19 Aoû 2010 - 13:25


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    La douce se gaussa avec superbe. Un sourire pouvait-il rendre de la splendeur à un éclat déjà céleste ? Sans doute. Cyric restait là, à sourire jobardement, le cœur en flamme. Il passa une main penaude dans sa tignasse fuligineuse et grasse.  
    « L’on raconte que vous possédez un savoir ancestrale dû au présent que vous fit la déesse des Âmes, sœur de votre Mère bien aimée, Kyria. » Faisant un pas en direction de la dite Joy «L’on raconte que vos sens, votre intellect ainsi que votre condescendance, dépassent  de loin ceux des Hommes. » Un seconde avancée, plus timide cette fois-ci. « Enfin, l’on murmure que vos pouvoirs magiques seraient à même de transformer un humain en quelque chose… De pas naturel. » A cette pensée, le maraud recula légèrement. Il ne savait quel comportement adopter ni les mots à employer. L’enfant des astres bienveillants semblait trop sous tout rapport. Une lumière aveuglante  dont il ne pouvait se dépêtre du regard.  
    « Je préfère ne pas savoir les ragots que transportent les vents jusqu’à vos portes et qui ternissent le portrait des Hommes. »
    Un appel étouffé par les arbres vint soudainement alerter le Walfen.
    « Dame Livian ! Où êtes-vous donc passée ?! Dame Livian ! »
    Le maraudeur se retourna violement, guettant d’un œil mauvais le moindre mouvement suspect d’entre les conifères. Puis, d’un air interrogateur, il dévisagea la haute elfe.  Que devait-il faire ? Prendre la fuite ? Et risquer de ne plus jamais croiser le chemin de l’être immortel ? Sa mine se renfrogna. -Hors de question !-
    Il s’avança prestement en sa direction, la démarche décidée. Il ne dit rien, ne ferait rien. Plutôt périr de sa main accorte par un pitoyable coup d’aiguille dans le cou, qu’oser raccourcir ce rêve éveillé. Il ne s’arrêta qu’une fois assez proche pour ressentir les souffles saccadés de Joy rafraîchir ses joues écarlates.
    « Avez-vous peur Joy ? »Il s’empara de sa main qui ne portait pas d’armes. Ainsi le vilain laissait choix de mettre fin à cette angoisse qui ahanait sa belle et dont il était la cause.  
    « Si je vous chuchote que seuls les flots paisibles nous accueillerons là où je souhaite vous conduire.  Me croirez-vous ? » Voilà que notre ribaud se complaisait à parler comme les bonnes gens, comme quelqu’un qu'il n’était pas. Quel lyrisme amateur ! Quelle pâle reproduction de ce que ses sales haliotides avaient pu entendre auparavant. Enfin, cela valait toujours mieux que son parler habituel, peu affable. Ses côtoiements avec le sang bleu n’avait pas eu que du mauvais, pensa-t-il.
    « Je… »
    Les bruits de pas se rapprochèrent dangereusement. Les paupières du brigand s’abaissèrent. Garder son calme devenait difficile. Etait-il sur le point de clore sa misérable vie pour une stupide ivresse non réciproque ? Qu’importe, sa décision était prise, le reste pouvait aller se faire foutre.

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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Ven 20 Aoû 2010 - 22:33

    A chaque pas qu'il esquissait, l'esprit de Joy semblait avoir des difficultés à se concentrer sur ce qu'il pouvait bien lui dire, préférant aviser les moindres gestes imprévus qu'il esquisserait dans sa direction. Elle ignorait tout de lui, et il l'approchait, songeant à apprivoiser l'animal craintif et sauvage que la toute jeune Marquise aspirait être ; un oiseau libre de toute contrainte, une femme bien trop frêle abandonnée à la merci d'un prédateur qui n'en était peut-être pas un. Que cherchait-il, alors que ses yeux ne cessaient pas un instant de soutenir les siens, alors que lui, attiré par le mysticisme d'une race qui semblait avoir créé en lui une soif inextinguible de savoir, vint presque à réduire le peu de distance qui les séparait par quelques pas sûrs.

    « En voilà de bien jolies histoires à no... »

    Les commissures de Joy tressautèrent doucement, et alors que ses lèvres s'entrouvraient pour laisser entendre le fin mot de toutes ces suppositions, un timbre familier résonna non loin d'eux. L'elfe pressa son index sur sa propre bouche, intimant à l'humain de ne rien dire pour le moment. Se redressant brusquement et sans bruit, les iris givrées de la jeune femme s'éclairèrent d'inquiétude et d'appréhension. Il était hors de question qu'elle soit retrouvée, pas maintenant. Brusquement et étrangement, elle reporta son attention sur Cyric, qui semblait lui aussi bien peu enclin à voir filer sa récente connaissance aux longues oreilles. Pourquoi ? Là n'était pas la question. Il fallait simplement se décider vite et bien, et ne pas traîner avant que Maelrim ou un de ces autres protecteurs bien trop collants dont elle n'avait jamais demandé la présence ne rapplique et ne rappelle Joy à ses véritables préoccupations.

    Si cependant elle ne le constata pas tout de suite, la demoiselle remarqua ne serait-ce que par l'étonnante chaleur qui l'étreignit, que Cyric lui faisait soudainement face d'une manière bien trop directe, laissant une promiscuité si ridicule qu'elle pouvait parfaitement distinguer chaque cil, chaque poussière collée à sa peau, et chaque trait de son visage, chaque précision dans le détail qui faisait de cet homme un être bien plus complexe qu'il n'y laissait paraître. Il se saisit de sa main, et pendant une fraction de seconde, le poing de Joy se crispa, alors qu'elle voulait se dégager de l'étreinte ... Mais elle n'en fit rien. Immobile, elle évaluait ses possibilités, sachant d'ores et déjà qu'il ne lui restait plus qu'une fuite temporaire pour espérer y voir plus clair.

    Elle n'écoutait qu'à moitié ses promesses et ses élans lyriques, seuls les pas au loin oppressaient le rythme d'un coeur déjà bien trop emballé par l'adrénaline et les frissons d'une nuit anormale. Abandonnant finalement tout sens des raisons et de la logique, l'éclat azuré des prunelles de la Marquise disparut un court moment pour replonger sans ciller sur le visage de Cyric, alors qu'elle chuchota d'un ton tout juste audible, le poussant de sa main libre sur son avant-bras d'une légère pression.

    « Je vais sûrement regretter ce que je vais dire, mais allons-y.. Eloignons-nous le plus rapidement possible de cet endroit. Je ne veux pas être trouvée. »

    Pas maintenant, pas encore, songea t-elle, morose. D'un regard et d'un geste, elle venait de faire comprendre au sombre étranger qu'il était devenu celui qu'il pouvait être à ses yeux ; "celui qui l'enlèverait si elle le désirait". Après tout, n'était-ce pas l'une des possibilités qu'il lui avait gracieusement proposées ?

    Alors que Cyric prenait la tête de leur fuite futile vers une destination inconnue de l'enfant de Kyria, un dernier coup d'oeil par dessus l'épaule confirma qu'ils avaient tout intérêt à se dépêcher : les ombres trahissaient l'avancée du garde.
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Cyric
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Mar 24 Aoû 2010 - 23:04


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    Elle acceptait. Un sourire jubilatoire fendit la pomme qui lui servait de trogne. Cyric raffermit l’emprise de sa main sur celle de la belle. Puis il se mit à courir. Au loin, quelques musiques venaient percer le chant des bois endormis et les cris d’un garde en furie. Les hululements d’hiboux furibonds parvenaient aux oreilles écarlates du maraud avec une perceptibilité affolante. S’y mêlaient les sérénades d’insectes nocturnes en fête devant la tombée du Voile. Et au loin, cette mélodie mélodieuse, ce concert enivrant qui exaltait un ribaud déjà bien éveillé. Les bourgades côtières rendaient-elles hommage à cette opacité divine ? Ces questionnements ne firent qu’effleurer son esprit hagard. L’enfant sauvage galopait aussi vite que sa prisonnière le lui permettait. Le rire chatouillait ses lèvres. Cette fuite l’amusait autant que cette elfe l’extasiait.
    Pourtant, son dos ne vrilla pas une fois. A aucun instant ses yeux ne perdirent le chemin indistinct qui  se dessinait entre les pins. Le ribaud avait peur, peur ne plus pouvoir quitter ce regard enchanteur, glacé par ces iris que léchaient des flammes azurés. Il était stupide. Mais une fois n’était pas coutume, le brigand se moquait des spéculations à son sujet.
     
    La colère ne se déclenchait que lorsque les agiotages lui parvenaient, et s’épanchait qu’une fois la terre recouverte d’un carmin humain. Que les médisants tartarinent, mais qu’aucun n’ait la voix trop portante, ou le maraud faucardait la langue.
     
    -Cyric bien bon de la Cachematte- ainsi le nommait-on. Des chants oesgardiens projetaient le renard qu’il était au rang de fumée, lorsque la garde se métamorphosait en mains impuissantes. Que Néra lui souffle des ailes ! Jamais on ne les rattraperait !
    Alors, l’humus couleur de fange se mua en champ de grains cuivrés. Un pas de trop, et l’arpion de Cyric se voyait piégé par la mollesse de cette glèbe sablée. Plus loin, deux ciels aux sombres saphirs venaient s’embrasser sur l'horizon.  Un vent chaud vint lui caresser sa joue creuse et sale. Le Walfen abaissa les paupières, inspirant profondément l’air iodé.
    Enfin, il voyait l’Olienne, la Traîtresse. Son calme était aussi vrai que les sangliers abouliques. Il suffisait de s’en approcher pour comprendre l’ampleur de son erreur. Sa beauté sous l’éclat des étoiles n’avait d’égale que sa fureur sur souffles tempétueux. 
    Et tandis que la captive se gavait du paysage idyllique, Cyric ressentit quel manque pouvait produire l’absence de points lumineux sur fond noir. En effet, si les villages reflétaient à l’Est quelques lueurs ambrées, la distance les empêchait d’apprécier exhaustivement cette plaine engloutie…
     
    Un faible feu crépitait lorsque notre ribaud se mit à l’eau, le torse dénudé et son carquois négligemment jeté auprès des buches embrasées. Il avait plongé sous l’écho ridicule du -plouf-  que son saut, dénué de joliesse, avait provoqué. Un rose nouveau colorait son visage. Ses longs cheveux avaient finalement perdu leur aspect crasseux. Lâchant une longue expiation de soulagement, Cyric ne tarda pas à prendre finalement ce rictus malicieux dont il gardait le secret. "Je serais prêt à parier qu’aucune de vos forêts n’égale ce spectacle." Un pathétique baroudeur patauger dans l'eau, la crinière paresseusement écartée, les pupilles hypnotisées. Voilà un tableau qu'on ne peignait tous les jours !
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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Mer 25 Aoû 2010 - 20:05

    Et ils détalèrent comme des lapins.

    La condition physique de Joy n'était pas ce qu'elle aurait pu être en temps normal, et la façon que Cyric avait d'engloutir le chemin sans se départir de son aisance à la course ne présageaient rien de bon pour l'elfe, cependant elle se surprit à ressentir et à comprendre pleinement comment certains faits et actes qui donnaient des ailes. Les racines noueuses des pins ne savaient pas plus ralentir la poursuite effrénée des deux fugitifs que les cailloux jonchant les chemins sinueux du bois obscur. Plusieurs fois Joy crut qu'une branche d'arbre allait cueillir son front, érafler sa joue ou lui piquer les paupières, mais étonnamment, elle sortit miraculeusement sans blessure de leur galopade. Sûrement en raison de la poigne de Cyric, qui avait été, Joy n'avait pas pu l'ignorer un seul instant, drôlement solide pour un homme qui sauvait la peau d'une jeune créature qu'il connaissait à peine. Pourquoi tant d'attachement, pourquoi tant de curiosité à son égard ? La marquise n'en savait strictement rien, et elle n'eut pas vraiment de remords à user de cette fascination pour fausser compagnie à ses gardes, qui devaient pourtant se faire un sang d'encre pour elle. Qu'arriverait-il s'ils ne la retrouvaient pas ? Ils rongeaient sans aucun doute leur frein à tort, car la fuyarde n'avait ni froid, ni faim, ni peur et n'était guère en situation de menace pour sa vie : la seule chose qui la tenaillait, c'était cette drôle d'escalade dans le plaisir d'échapper aux règles et aux contraintes. Une bien vilaine satisfaction, mais ma foi, le prix à payer était bien peu de choses.

    « Je crois qu'on les a semés ... » Fut le seul murmure qu'elle s'autorisa.

    Ils débouchèrent sur une plage, et Joy dégagea - peut-être assez brusquement - sa main de la paume brûlante de l'humain une fois que ses pieds s'enfoncèrent sous le crissement des poussières au teint lunaire. Reprenant son souffle, l'elfe ne put que dévisager ce qu'elle avait bien rarement vu en trois siècles d'existence : un bord de mer plongé dans la nuit la plus totale, une mer à peine agitée par les remous du vent et la mélodie du clapotis, régulier, apaisant, délicat. Pas un bruit ne dominait l'autre dans cette composition harmonieuse et naturelle, chaque chose y avait sa place, et c'était peut-être ce qui rassura intérieurement Joy, qui fit quelques pas le long de l'étendue sablonnée, ses iris cherchant dans le flux et le reflux de la mer un rapprochement quelconque avec les forêts d'Anaëh si familières, le rivage du lac bordant le domaine, l'ondoyante surface d'Uraal ... Un soupir arraché à ses lèvres, la "captive" se détourna du paysage, le crépitement de flammes naissantes attirant son attention.

    S'approchant des braises fraîches, Joy se frotta doucement les mains, ses iris s'égarant par delà les étincelles du foyer pour regarder cet homme atypique qui l'avait conduit jusqu'ici. Il était décidément à part de bien des humains qu'elle avait jusque là entendus et observés. C'était sûrement là ce qui expliquait sa solitude, et débarrassé de la boue et du sang, la mer aux reflets d'argents lui donnait une contenance autre, peut-être moins abrupte et moins effrayante que ce que son apparition déclencha chez l'elfe, qui n'eut comme réponse qu'un sourire désabusé et quelques mots, qui allaient sûrement être interprétés comme un fait probant de l'orgueil elfique. Au fur et à mesure qu'elle parlait, son ton s'empruntait d'une affection pour ses souvenirs si nombreux qu'elle faisait redécouvrir inconsciemment, par les mots, à l'humain ignare de ces choses-là.

    « L'Anaëh n'a rien à voir avec tout ça. Oui, ici c'est très joli, mais tout a l'air si ... éteint. La forêt semble vivante, elle respire à chaque pas qu'on y fait, chaque son est un appel de Kyria. Il n'y a pas plus vivifiant, plus beau et plus troublant que de contempler les hauts feuillages traversés par les rayons du Soleil. Alors on s'allonge, on ferme les yeux, et on se laisse bercer par le vent, en espérant que le conte ne s'arrêtera pas, qu'on pourrait figer le temps et rester ainsi statufié. C'est tellement différent. »

    Tellement mieux, songea t-elle si bassement qu'elle s'avança vers l'écume qui léchait de ci de là le sable rendu humide, à pas lents et hésitants, gardant une distance respectable de l'endroit où se trouvait Cyric, comme si elle le guettait de loin, trop méfiante pour oser approcher l'animal dangereux. Un subreptice moment, alors qu'elle relevait le menton, Joy se crut revenue sur le bord du lac où elle trempait allégrement ses mollets dénudés, alors que les bras doux de Dolce l'enveloppaient et la serraient avec cette juste dose de force et de protection, comme s'il avait voulu se souder à elle pour se faire le rempart de son épouse, comme s'il eut été le bouclier humain de sa belle.

    Elle secoua la tête, de si jolis souvenirs allaient l'aigrir, il fallait qu'elle arrête de penser à lui. Il allait bien. L'inquiétude qui voulait s'installer en son sein n'avait pas à la ronger.

    « Pourquoi est-ce que vous n'avez pas fui seul, tout à l'heure ? Pourquoi teniez-vous tant à m'emmener avec vous ? »

    Ses yeux se posèrent, à la fois neutres et déstabilisants, sur le visage de l'homme, ses chevilles nues ignorant l'eau qui jouait à chatouiller sa peau et ses pieds ancrés dans le sable.
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Cyric
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Mer 25 Aoû 2010 - 22:27


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    Le corps délesté de toute lourdeur, notre voleur se laissait porter par cette douce amertume que chantait la chérubine. Elle restait là, s’abreuvant d’un paysage que seuls ses yeux céruléens semblaient percevoir.  Cyric ne pouvait qu’imaginer ses jolies homélies, tandis qu’une toute autre beauté lui crevait les yeux. Par les Cinq, plutôt mourir dans l’instant que dissiper pareil mirage!
    Comme un loup dévorant sa proie du regard, l’enfant sauvage bullait son émerveillement dans l’eau scintillante. Les flammes du feu éclairaient un brigand intrigué, l’encerclant de mille étoiles papillotantes. Quelques mètres plus loin, une biche égarée, sans autre artifice qu’une joliesse naturelle, pleurait silencieusement. Trop occupé par la suave harmonie que dégageait ce corps immortel, le Walfen ne perçu qu'assez tard ses larmes indistinctes. La souffrance n’épargnait donc pas les anges ?

    Qu’elle lui demande n’importe quoi ! Il lui apporterait ça et le reste ! Son impuissance le fit grogner. D’ordinaire, les dames qu’il fréquentait n’étaient pas difficiles à satisfaire. Il fallait préciser que ces panturnes avaient le plaisir facile, tout était à portée de bourses...
    Mais comment rabaisser cette fille de Kyria à la piètre estime qu’il portait auprès des femmes de mauvaise vie ? Alléger les roupettes était une chose,  dérober son palpitant en était une autre. Il y avait bien eu cette sorcière, Muelle. Cependant jamais il ne sentit son cœur crier au meurtre comme en cet instant. L’amour, c’est comme les beaux gestes disait une teigne luronne, ça fait toujours bien dans les contes, mais dans la vraie vie, dès que t’as le dos tourné, ça te perce un deuxième trou du cul.

    Lorsque Joy se décida finalement à briser le silence embarrassant, les pupilles du ribaud, aussi boucanées que la chaire d’un marin, se plissèrent avec malice. « Je pensais bien faire. Enfin, imaginez que l’autre oiseau au chant bien chicanier vous trouve, seule, au beau milieu des bois. Je n’ose m’imaginer ce qu’il aurait fait. » Mimant un faux-air sérieux « On ne sait jamais sur qui l’on peut tomber en forêt. La solitude vivifie, l’isolement tue. » Cyric éclata d’un rire franc. L’ancien Sicaire jouait une mascarade qu’il savait résolument fausse. Sieur Hasard aurait eu bien mauvais goût pour égarer cette Dame Livian et la belle Joy dans le même bosquet.
    Puis, levant les yeux en direction d’un ciel Voilé, le Walfen ne pu s’empêcher de rajouter « Et je crois aussi que j’avais envie de… » Il fronça les sourcils -poursuivre ce rêve- « Parler à quelqu’un. »  
    Il se mordit la langue, maugréant son manque d’imagination et regrettant de ne pas être né avec un plus grand esprit de répartie. « C’est la première fois que je met les pieds en Scylla. Mes terres natales pourrissent entre les frontières d’Öesgard. Vous connaissez ? » Il se tourna vers son interlocutrice. « D’où venez-vous Joy ?  Ces larmes qui perleraient vos joues en mon absence, est-ce pour des campagnes que vous les laisseriez couler ? Ou pour quelqu’un ?» Depuis quand le ribaud était-il devin ? L’alliance que portait l’elfe l’avait simplement giflé à peine descendu de son perchoir, quelques instants auparavant. Dès lors, la question le démangeait comme une abeille qu’on aurait logée sous sa chemise. Il tentait pourtant de conserver un sourire mâtin.

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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Sam 28 Aoû 2010 - 16:01

    « Il m'aurait réservé un sort terrible ... Me prenant pour cette inconnue, et de colère, il m'aurait enfermé dans une tour, jusqu'à ce qu'un fameux prince vienne m'en délivrer. Ou quelque chose d'approchant. »

    Elle esquissa un sourire amusé à sa propre réflexion- peut-être l'un des premiers que Cyric pouvait alors apercevoir depuis qu'il était chu de son perchoir naturel -. Sur le coup, l'elfe crut bien que l'humain n'avait peut-être jamais fait le rapprochement entre elle et cette dite " Dame Livian ". Et après tout ... Qu'il le fasse ou pas n'était pa sle plus important. Ici, elle avait envie qu'on oublie un peu son titre, et tout ce que ca pouvait impliquer. Elle voulait juste qu'on mette entre parenthèses les détails et les fioritures qui n'avaient pas leur place, tout comme elle désirait ignorer encore pour le moment si Cyric était un bandit de grand chemin ou simplement un rôdeur sans véritable projet pour son futur. Peut-être était-il homme à vivre au jour le jour, et si Joy n'était pas parfois si peureuse, elle aurait aimé mener une vie semblable, sans pour autant que cela rime à épouser le côté solitaire de l'idée.

    L'ironie du sort la divertissait, même si elle était souvent moins enclin à se laisser aller aux délices dangereux de l'imprévu. Pourtant elle écouta sans crainte et sans jugement l'homme parler, le regard dans le vague, perdu entre la ligne apaisée des flots assombris.

    « Parler, hein ? Il paraît que les humains sont bavards, et souvent pour des choses futiles. »

    Elle, le pensait-elle ? Ou n'était-ce juste qu'une humble rumeur rapportée par l'orgueil elfique naturelle de la race ? Il était bien probable que les humains aient toujours quelque chose à ajouter, un grain de sel à additionner dans la salade des opinions divergentes. Pourtant, si la loquacité et la sagesse de quelques mots bien placés et mûrement réfléchis séduisaient davantage ceux qu'on appelait les enfants de la déesse de la Nature, Joy pouvait comprendre ce besoin que ressentait Cyric. Le silence était une prison de laquelle il était difficile de se défaire, surtout quand tous ceux qui vous entourent n'ont pas la langue bien pendue. Etre d'un naturel expansif n'était pas non plus une qualité reconnue chez une grande majorité d'elfes, et il fallait savoir se blinder ... Chose que Joy avait bien du mal à faire sans que son corps lui-même ne demande grâce, comme ces derniers jours.

    L'eau lui arrivait maintenant à la cheville, et ses pieds qu'elle avait débarrassés des jolies petites chaussures de satin qui jonchaient sur le sable fin, à côté du feu, sentaient la morsure délicate de la fraîcheur maritime sans s'en formaliser. Le tissu, lui, commençait à gentiment tremper dans l'eau salée.

    « A défaut d'être de bon conseil, je peux toujours vous écouter ... »

    Elle pensait en avoir fini avec les confessions sur sa vie loin d'ici. Et pourtant.

    Il ne voulait sûrement pas, oh non, il ne voulait pas voir les larmes tenir le joli visage droit et fin, qui pourtant, loin de s'altérer sous la tiédeur des sillons humides, étincelait d'une beauté crevant le coeur. Ses yeux étaient brillants, et pourtant sa tristesse se faisait de glace, rien dans sa voix ne laissant soupçonner des vibrations douloureuses d'un manque inassouvi. Aucune larme ne coulait réellement, non, mais si elle s'était sentie capable d'exhiber son malaise, nul doute qu'il aurait plu des gouttes d'amertume sur les pommettes douces de Joy.

    « Je viens de l'Epine Dorée. C'est une terre à part, magnifique. Bien loin du lieu de vos racines, en fait, je dirais même qu'il y a un miroir déformant entre nos mondes respectifs.

    Quant à ceci ... »
    Elle leva sa main à la lueur des flammes lointaines, éclairant faiblement le bijou ornant son annulaire gauche.

    « Avez-vous déjà aimé ? Si c'est le cas, vous pourrez peut-être comprendre qu'il est difficile d'aimer l'absence. Ma présence même ici explique tout ; s'il était là, nous ne nous serions jamais croisés, soyez en certains. Mais la guerre ne veut pas encore me le rendre, apparemment. »

    Elle ne versait aucun pleur, rien ne transpirait de ces mots pourtant parfumés d'une saveur particulière, celle de la peur, du sentiment d'abandon. Cyric pouvait bien penser que la solitude l'endurcissait, mais jamais Joy ne s'était sentie aussi écartelée, tendue entre deux extrêmes avec lesquels elle jonglait sans être persuadée de ne pas un jour craquer. Doucement, les genoux flanchèrent, et l'elfe se retrouva ainsi prostrée, les vagues venant enlacer tendrement la robe et les mollets de la Marquise éplorée.
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Dim 29 Aoû 2010 - 10:15


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    Notre ribaud avait tout écouté, avec une attention digne des scribouillards royaux. Ses yeux criaient famine, ses lèvres frémissaient d’envie, et son cœur battait tambour. La dame évoquait des terres lointaines, où la magie pleuvait à grosses gouttes et féérie n’était qu’euphémisme. Elle parlait avec une aisance déconcertante, une force tranquille ponctuant chacune de ses phrases. Quel âge avait donc sa tendre chérubine ? Vingt printemps ? Ses manières trahissaient pourtant un passé bien plus long. Cinquante années ? Dieux, elle ne pouvait tout de même pas avoir un siècle !
    Les songeries sur lesquels naviguait le Walfen se fracassèrent soudain contre les parois d’une réalité beaucoup moins appréciable.
    Ses iris se nimbèrent d’une vitreuse opacité. Quel idiot il faisait ! Quel talentueux astrologue il était ! Ses divinations l’avaient éconduit sur des révélations qu’il ne voulait entendre pour rien au monde. Le maraud n’était point naïf, à défaut d’être stupide. Combien de bras se prétendirent bouclier inébranlable pour la belle enfant ? Les postulants furent sans nul doute nombreux. Cyric était prêt à parier que même en Anaëh, parmi les elfes, Joy devait être objet de mille convoitises. Qu’on le foudroie sur le champ, si tous les enfants de Kyria étaient dotés d’un tel attrait ! Les joues du brigand s’empourprèrent d’une jalousie qu’on lui méconnaissait. Les femmes n’avaient jamais été une préoccupation primordiale au cours de ses dernières années. Les choses allaient-elle changées ? Cyric l’ignorait, et ne se posait pas vraiment la question. Il n’imaginait pas, sinon ne désirait, que pareil instant connaîtrait une fin. Les images d’une ombre, enlaçant la taille fine de Joy, le firent frémir.
    Et tandis que le ribaud se morfondait, la douce fléchit genoux. Son corps de nacre recroquevillé sur lui-même. L’eau, impassible, poursuivait sa danse d’une rythmique militaire. Cyric resta là, immobile. Il réfléchissait encore au valeureux guerrier parti en guerre, laissant derrière lui une femme aussi sublime. Par les Cinq, ce soldat devait avoir des fosses à purin en lieu et place de pupilles ! Mourir au front, et risquer de perdre ce que le maraud ne pourrait jamais atteindre. Le désespoir laissa place aux éclats de colère. Lui ce serait fait déserteur, il aurait renié frères et patrie. Mais était-ce si surprenant de sa part ? L’ancien Sicaire sourit, mélange complexe d’autodérision et mélancolie.
    Décidément, penser ne ferait jamais son affaire.
    Il se releva brusquement, puis remit sa chemise sur le dos. Il laissait là son carquois et gilet. Le climat scylléen était doux, dans tous les sens du terme. S’approchant d’un pas ferme, Cyric ne fit aucune manière ni déclaration. Il s’empara des avant-bras de la belle, et la releva si rapidement qu’elle n’eut point le temps d’émettre quelconque contestation. Puis, il parti en direction des points lumineux qui bordaient la côte. « Je n’y connais rien en amour. Et la guerre n’est qu’affaire d’orgueil. Mais les bals populeux, ça c’est mon truc ! »
    Durant la marche, Cyric réfléchit aux quelques rencontres inopinées qui pouvaient rôder autour des feux de joie paysanne. « Voilà ce qu’on va faire. » Il fit brutalement volte-face, les lèvres en croissant jovial. « Le premier d’entre-nous qui parvient à se costumer pour la fête du Voile, donnera un gage à l’autre. » Un gamin surexcité aurait déblatéré ses dires qu’on n’aurait ouï aucune différence. Sa mine se figea alors sous des airs gravissimement comiques. « Si vous refusez, je serai dans l'obligation de vous tuer. Et oui. »
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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Mar 31 Aoû 2010 - 16:10

    Elle en était là de ces considérations, que l'absence soudaine de parole de la part de Cyric ne la surprit pas. Du moins, pas autant que la sensation brusque des deux mains puissantes et calleuses qui la levèrent hors de l'étreinte aquatique, pour la remettre sur pieds au sens propre, sans autre forme de procès. Comme s'il ne supportait pas telle vision, ou tout simplement, qu'il n'avait pas envie de laisser s'installer une ambiance désagréable. N'avait-il pas tort après tout ? Joy n'était pas venue jusqu'à Scylla pour ruminer l'absence de Dolce, bien au contraire, et si c'eut été le cas, autant rester cloitrée dans le domaine de l'Epine.

    Elle pivota, le suivant pour s'écarter de l'onde et pour oublier les noirceurs nébuleuses qui venaient fourmiller dans son esprit.

    L'idée de Cyric fut cependant plus efficace pour ce qui était de chasser son humeur versatile : elle lui donna envie de rire, tant elle lui parut infantile sur le coup. Décidément, il en avait de drôles d'idées, cet humain-là. Pour une fois qu'elle en croisait un, voilà qu'il lui proposait de se déguiser pour aller faire la fête dans je ne sais quel bal où jamais Joy n'avait mis les pieds ! Les fêtes du Voile elfiques étaient sûrement totalement éloignées de celles des terres du roi Trystan, mais après tout ...

    Elle faillit soupirer et remercier poliment le jeune homme, lui avisant qu'il n'avait pas besoin de chercher aussi loin pour tenter de la distraire et que de toute façon, ce n'était peut-être pas une bonne idée de rester sur cette plage si tard, lorsque l'étrange menace fendit l'air, non sans faire hausser un sourcil quelque peu ... incrédule, à la jolie dame. Il était donc comme ça ? Il croyait qu'il allait réellement la faire frémir de peur et la faire obéir au doigt à ses envies ? Joy laissa malgré elle transparaître un léger arrière-goût de dédain, tandis qu'elle lui répondait avec cette pointe de défi qui pourtant était trop minime, tant son regard laissait subtilement penser qu'elle ne croyait pas un mot des propos de Cyric.

    « Ah, vous croyez vraiment ? »

    Rentrer dans son jeu était la seule option réellement possible, de toute manière. Elle lui lança donc un regard en coin, ancré d'une certaine malice, avant de reculer de quelques centimètres et de filer au pas de course vers les bois, à la recherche de ce qui composerait son "costume" pour cet étrange défi que voilà.

    « Bon eh bien ... Que le meilleur gagne » lanca t-elle au loin, avant de s'enfoncer dans le bois qu'ils avaient précédemment quitté sur le même rythme. Après tout, autant ne pas céder la victoire et la primeur du gage à Cyric, ce n'était sûrement pas la meilleure solution pour elle.

    Autour de l'elfe, les pins s'étendaient à perte de vue. Difficile de faire quoi que ce soit avec le feuillage qui constituait le manteau de chaque branche de ces arbres, mais après tout, ca pouvait toujours être utile, aussi l'elfe attrapa une branche bien fournie et récupéra une poignée d'aiguilles, évitant de se piquer la paume de main au passage. S'avançant un peu plus, elle tournoya sur elle-même, cherchant quelque chose de large, ou de fleuri, n'importe quoi pouvant servir à embellir la robe simple qu'elle portait. Son oeil fut alors attiré par l'imposante stature d'un tronc, quelque chose qui ressemblait à un de ces arbres à feuilles si larges qu'on aurait pu s'éventer avec comme un prince de palais luxueux à outrance. S'avançant avec prudence - et en faisant bien attention à ce que personne ne la surprenne ou ne la reconnaisse dans l'ombre mal dessinée des flammes au lointain - jusqu'au dit végétal, l'elfe se hissa sur la pointe de ses pieds, et s'évertua avec patience à récupérer quelques larges feuilles ... Mais force fut de constater qu'elle n'allait pas pouvoir en faire quoi que ce soit qui eut pu la couvrir totalement. Les feuilles pouvaient tout au plus ceigner sa taille et déborder le long de ses hanches, mais Joy n'était pas née couturière et n'avait aucune envie de le devenir. Se contentant donc de passer la tige des feuilles sous sa ceinture, elle piqua avec une épine de pin chaque pointe des feuilles, les maintenant du mieux qu'elle pouvait. En se voyant ainsi faire, elle se mordit la joue pour ne pas rire ... Elle allait se transformer en véritable sauvageonne, à ce rythme là.

    Une fois le court "jupon" artisanal fini, la marquise s'avança encore un peu plus et s'enfonçant à l'opposé du campement, et se mit à la recherche de fleurs, ou de n'importe quelles feuilles capables de décorer ses cheveux. Et ça tombait étrangement bien, car plus loin, se trouvaient d'autres arbres, parmi la pinède, dont Joy ignorait complètement le nom. Tout ce qu'elle savait, c'était que les feuilles avaient commencé à roussir, mais le Voile avait fait cesser ce changement de teinte, les figeant ainsi dans une agréable couleur qui aurait pu faire une bien jolie couronne florale, à condition qu'il y eut de jolis petits pétales à y mettre, chose qui manquait. Mais qu'importe. Prenant encore d'autres feuilles, l'elfe se mit à repenser au temps où petite, elle s'amusait à ainsi tisser de jolies coiffes éphémères. Elle dut s'y reprendre à plusieurs fois avant d'obtenir un résultat à peu près concluant, et posa le couronne au dessus de son crâne, défaisant son chignon.

    Un soupir plus tard, l'elfe revint sur ses pas, craignant par deux fois de s'être trompée de chemin. Au passage elle se saisit d'encore d'autres feuilles et quelques paquerettes bien simplettes qui avaient réussi à pousser malgré tout, les glissant dans ses cheveux et les pinçant avec d'autres épines de pin. Dommage qu'elle n'eut pas de morceau de miroir sur elle, l'effet devait être assez étonnant ; guidée par la lueur et le crépitement du brasier que Cyric avait créé, Joy rejoint ainsi leur point de ralliement, non sans regarder autour d'elle - elle n'avait pas vu une seule fois son "adversaire" -. Les pieds dans le sable, elle finit par appeler à l'aveuglette, cherchant autour d'elle. Un instant elle tenta d'imaginer l'instigateur de leur jeu, se baladant avec pour seul costume un pagne en feuilles ... Et secoua la tête avec hilarité.

    « Ashgan ? J'ai terminé ... Vous vous cachez encore dans un arbre ? »
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Ven 3 Sep 2010 - 16:50


Masque de chaire éphémère du Walfen


    Cyric attendit que la silhouette de sa belle disparaisse entre pins et autres conifères, puis s’en retourna direction le hameau côtier. Ses pieds n’avaient pas le temps de se noyer sous les grains de sable, l’allure qu’il donnait à ses jambes les en empêchait. Il filait plus rapidement qu’un carreau d’arbalète.
    Les flammes du village grandissaient toujours plus vite, les chants se répercutaient toujours plus fort, mélangés aux rires de banquets allègrement arrosés.
    Ses pas résonnèrent soudainement contre les pavés d’une ruelle mal éclairée. Seuls quelques chats rôdaient entre les artères du bourg. Le gros de la populace avait quitté maison pour honorer sous de joyeuses manières, ce que la baronnie surnommait Malenuit. Les braves du village s’étaient rassemblés sur la Grand Place, buvant à la santé de ce Voile suspect. Les affaires du ribaud s’en voyaient arrangées.
    La pluie du verre percutant la pierre fut étouffée par des cantates paysannes, tandis qu’une ombre s’engouffrait au travers de la fenêtre brisée. Ses iris sondaient l’obscurité avec aisance et méthode. Cyric ne connaissait rien des coutumes scylléennes, il s’en était donc tenu à jeter son dévolu selon la taille apparente des demeures. Deux étages surplombaient l’atelier du rez-de-chaussée par lequel venait de s’introduire l’assassin. Faisant crisser la porte d’une chambrée, notre maraud poursuivait son inspection d’un pas feutré. Les draps des literies étaient pourvus de broderies raffinées. La satisfaction se traça sur son visage avec la simplicité des images propres aux contes pour enfant, tandis qu’il ouvrait grand les battants d’une armoire…

    ________________________________

    Leur campement de fortune brasillait encore de quelques rebelles étincelles. Les auréoles carmines qui s’en dégageaient venait peindre la peau nacrée de sa dulcinée, comme attirées par sa pureté. Cyric n’était pas un saint, mais le contraire ne l’aurait pas empêché de blasphémer jusque mort s’en suive. L’enfant des astres bienveillants exhalait élégance et chasteté avec un naturel déconcertant. Si Joy jouait un rôle, alors le ribaud possédait une vue aussi perçante que celle d’un aveugle. Dieux, qu’il pouvait être agréable de se faire berner sous pareilles conditions.
    Le Walfen fit un pas, et l’elfe se tourna en sa direction, un sourire amusé au bout des lèvres. « Je me disais que vous étiez le genre d’elfe se lassant assez rapidement. Exécuter deux fois le coup des arbres vous aurait sans doute agacé. Et pour rien au monde je n’aurais souhaité votre agacement ! » Il sourit, puis s’avança d’un second pas en sa direction.
    Ses paupières s’étirèrent sous le coup de la surprise, suivit d’un long moment silencieux. Sous l’éclat des flammes, il voyait enfin le costume improvisé de sa belle. Belle, dame Livian l’était assurément. Mais la robe sauvage qui couvrait ses savoureuses formes rendaient la perfection parfaite. Cyric maudit ses stupides réflexions. « Vous êtes magnifique. » Souffle emporté par les brises d’une tempête lointaine. Ses joues virèrent au vermeil dans un automatisme regrettable. Se rattraper, il devait se rattraper. « Mais je doute que cela suffise à battre MON costume. » Il ria… Jaune. Un pourpoint couleur tabac saillait son torse. Une coiffe de gentilhomme aux tons semblables était juste posée sur ses cheveux en catogan. Seule deux longues plumes d’oie venaient embellir le couvre-chef qui donnait une allure comique au maraud. «J’ai pas vraiment l’habitude de porter ça » Rajouta-t-il, une main gênée tirant sur le haut de son col. « Tenez, mettez ceci. Il serait regrettable que, disons… Des gardes par exemple ! Viennent à se méprendre et veuille vous ramener dans je ne sais quelle calèche pour je ne sais quelle raison.» Cyric lui tendit une robe, ou du moins un joli bout de tissu qui y ressemblait fortement. Ainsi ses yeux profanes en avaient-ils décidés.

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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Dim 5 Sep 2010 - 19:59

    « Vous tenez donc tant que ça à ce que je m'amuse ? C'est là une charmante attention. Je vous préviens, ne vous moquez pas trop fort, ce costume est ... Ridicule. »

    Joy s'avança, faisant face à la pénombre tamisée par l'oriflamme persistant du feu de camp, la lumière lui donnant un halo rougeoyant qui conférait à son visage une douceur chaleureuse et appréciable, qui la rendait peut-être moins ... Distante ? Car c'était vrai, la marquise prenait encore trop avec une méfiance voilée la rencontre avec cet Ashgan Tombétoile pour pouvoir se relâcher et se détendre totalement. D'apparence elle était rieuse, mais sous couvert d'un masque habile, elle ne cessait de s'interroger sur ce preux humain un peu trop touche-à-tout vis à vis d'elle. Pourquoi semblait-il si emballé dans toutes les propositions qu'il lançait, et quelles idées se logeaient derrière sa crinière encore mouillée par l'eau de mer ? L'elfe ne pouvait que supputer, et elle préférait ne pas le faire, peut-être par peur d'être trop brutale et cinglante envers un inconnu qui ne méritait pas tant de haine. Les quelques rares zones de lumière qu'il lui avait confié ne lui donnaient pas envie de le renvoyer sèchement à ses occupations.

    Elle considéra son attitude avec une attention certaine, non sans se voiler la face. Le soupir qu'il lâcha ne lui échappa guère, mais s'en vanter et pousser la vanité à faire répéter Cyric ou pire, à quémander d'autres compliments n'étaient pas des passes-temps dont la jeune femme était adepte. Elle se contenta d'esquisser un sourire désabusé, sûrement teinté d'une pointe de moquerie envers sa propre mise, alors que ses iris polaires détaillèrent le pourpoint et la toque du costumé, qui ma foi, avait une allure fulgurante, tant elle tranchait avec l'apparence sauvage et ténébreuse que dégageaient son regard, sa carrure et le reste de sa mise. Avisant d'un oeil malicieux les deux plumes fièrement dressées sur le sommet du couvre-chef, l'elfe rejoignit l'humain, lui faisant face, tandis que sans le quitter du regard elle rajustait par quelques gestes brefs la tenue de Cyric, qui avait sûrement été enfilée soit à la hâte, soit par manque de connaissance à ce sujet - les deux réponses étaient même probablement valables -. Elle ignorait la proximité étrange que cela pouvait engendrer, le trouble qui naîtrait peut-être dans l'esprit embrouillé de son interlocuteur, mais après tout, s'ils devaient se rendre à un quelconque bal de roturiers, autant y être parfaitement présentable, non ?

    « Je préfère ignorer d'où vous viennent ces étoffes. »

    Le demi-sourire qui ourla ses paroles était audible, et après tout elle doutait de l'existence d'un arbre dont les fruits étaient des chapeaux et des robes, mais soit. Elle n'était pas là pour le juger. Se reculant d'un pas, elle jaugea avec une mine satisfaite de l'ensemble contrasté mais réussi que donnait l'homme, avant de se saisir avec douceur du présent, un brin surprise.

    « Ca ne sera pas plus mal, cette ceinture me gratte déjà », confia t-elle avec l'ombre d'un rire qu'on entendait à peine. « Je ... Bon, excusez-moi, je vais me changer ailleurs. »

    Après tout, elle n'allait quand même pas dévoiler la moindre parcelle de son corps, même si ca n'était qu'une question de se parer d'une tenue dérobée ! S'éloignant avec un léger sourire poli, Joy reprit la direction des premiers arbres, attendant d'être suffisamment masquée par les feuillages et les troncs pour balayer le décor d'un regard alerte. Personne à l'horizon ; se dépêcher était le mot d'ordre, et la Marquise s'empressa de faire glisser les deux bretelles de ses épaules, dévoilant le fin arrondi diaphane avant de se débarrasser de la ceinture d'un geste leste, et de passer par dessus sa robe le nouvel apparat brun, en prenant soin d'éviter d'abîmer l'élégante couronne fleurie qu'elle voulait conserver. La silhouette de la robe était agréable, le décolleté taillant un élégant V qui dévoilait la gorge et le haut du buste, la traîne tombant jusqu'aux pieds dans un drapé fluide et sobre. Une fois le tout ajusté, elle fit tomber à ses pieds la douce étoffe qu'elle avait porté jusque là, et la récupéra avant de reprendre le chemin vers le rivage sablonneux. Il lui semblait n'avoir oublié aucun détail, sauf qu'un léger courant d'air attiédi lui fit noter qu'il demeurait une fermeture à boutons dans le dos que ses mains ne pouvaient pas atteindre. La constatation la gêna un peu, mais avait-elle vraiment le choix, elle en doutait ... Se râclant la gorge à la hauteur d'Ashgan, l'elfe s'entendit dire d'une voix totalement détachée et résolument dégagée au possible.

    « Désolée de vous demander ça, mais il y a des boutons à fermer dans le dos, et incapable que je suis, je ne peux pas les atteindre. Ca vous dérangerait de ... ? »

    Elle se tourna, montrant d'un petit coup de pouce l'ouverture sur la jolie courbe de son dos qu'elle dévoila tandis qu'elle rabattait sa chevelure par dessus son épaule droite, non sans un air un peu frileux.
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Cyric
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Jeu 9 Sep 2010 - 15:43


Masque de chaire éphémère du Walfen


    « Euh… C'est-à-dire que… »
    Le maraud exécuta une série de postures toutes plus traîtresses les unes que les autres. Son malaise était flagrant, et il le regrettait. A la recherche d’un prétexte qui ne venait pas, il bafouillait comme un puceau auquel on aurait susurré trop perverses propositions.
    L’opalin de cette peau découverte ne faisait que troubler un esprit déjà tourmenté. « Et si je vous pinçais ? » Moulinet avec des mains moites. « Enfin j’veux dire… J’ai jamais… » Paumes montrées, augure d’un plaidoyer excusable. « Eté très doué avec les boutons. »
    Quelle merde ! Jamais le ribaud ne s’était senti aussi stupide ! Les ragots allaient bon train sur son mauvais caractère et son orgueil mal placé. A l’instar des êtres sauvages laissant exprimer leur haine bestiale, Cyric ne savait répondre aux embarras que par la violence. Alors lorsqu’un ange, dénué d’ailes, tombait du ciel pour s’écraser sous son nez, le Walfen ne pouvait que grogner ou s’enfoncer.
    Il se gratta le front, plus brouillé que jamais. « Non en fait c’est pas ce que je voulais dire. » Ponctuation d’un rire faussé. « C’est de l’humour humains, particuliers hein ? » Son pathétisme était hilarant, certes, mais la blague laissait encore à désirer.
    D’un pas qui se voulait empli de sérénité, le maraud se rapprocha de Joy, sa nuque libre de l’étreinte soyeuse qu’exerçaient habituellement ses cheveux d’argent. Les mains du maraud, ridées par les coups portés et reçus, vinrent caresser le tissu de l’encolure. Il laissa s’échapper une légère expiation, hachée par le rythme effréné de son cœur. Un court instant, le ribaud s’imagina faire virevolter l’elfe avant de l’embrasser fougueusement. Au moins ne regretterait-il rien, le goût de ces lèvres tentatrices lui appartiendrait ensuite, pour toujours…
    Dans un froncement de sourcils, notre Sicaire encocha le premier bouton. Renoncer à cette idée n’était sans doute pas acte de bonne conscience. D’ailleurs, Cyric ne comprenait pas vraiment sa décision. Une fois de plus, son instinct lui dictait simplement le chemin à suivre.
    Le deuxième bouton suivit et bientôt notre maraud afficha un sourire désenchanté. « Pour un coup d’essai c’est un coup d’maître. La robe semble bien épouser votre taille. » Belle, belle, belle.
    Les chants d’instruments échauffés titillèrent soudainement ses oreilles. Ragaillardi par les mélodies, il s’empara d’une certaine main elfique puis l’entraîna à sa suite.
    Cette chaude lumière dans laquelle baignait la Grand Place effleura finalement les pieds du couple improvisé. Eparpillés entre les buffets qui regorgeaient plus d’alcool que de nourriture, ou dansant parmi les musiciens, des hommes et des femmes valsaient au claquement des mains, des vibrations de cordes. Les robes paysannes voletaient sous l’approbation des experts accoudés aux tables, l’haleine gavée d’une piquette locale. Des éclats de rire se répercutaient continuellement sur les parois des maisons environnant l’Ouest ou s’étiolaient lentement le long du rivage Est. Cyric se retourna vers celle qui attirait déjà les regards. « Qu’est-ce qui vous ferait plaisir Gente Dame ? » Il afficha un sourire ravageur. Ou presque. « C’est une question de courtoisie. Enfin, je suppose. »
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Dim 12 Sep 2010 - 9:41

    Elle réprima son envie de rire et ne fit aucun commentaire désobligeant, arrogant ou un poil trop hautain, se contentant d'un sourire à la fois attendri par le trouble évident qui se dégageait de chaque geste anodin trahissant Cyric, et en même temps un peu frais, histoire de rappeler à l'esprit un peu trop imaginatif et vertueux de l'humain qu'elle ne lui demandait qu'une chose, femer trois boutons ! Après mille et une pirouettes vaines qui ne firent qu'augmenter l'impatience de la délicate marquise dont le dos subissait la morsure du froid depuid trop longtemps à présent, ce voleur de costumes qu'était Ashgan se décida enfin à lui concéder le service, semblant s'y prendre avec une minutie de jeune demoiseau intimidé et prudent. Malheureusement pour lui, s'il eut beau remplir à merveille sa mission, l'elfe s'en voulut presque à la seconde suivante de lui avoir demandé pareille idée. L'illusion, ou le souffle d'un pouce glissant à peine sur le creux élégant de son omoplate par maladresse glaça son sang intérieurement, lui infligeant une gifle sublime.

    Quelle sorte d'épouse était-elle pour se conduire ainsi ? Il lui semblait que son attitude était honteuse, quasiment signe du crime de la trahison de laisser autre homme que "lui" toucher son derme pour le couvrir. Il n'y avait dans ce rapprochement stupide rien qui pouvait pourtant justifier d'une éventuelle gêne occasionée ... Mais la sensation électrique qui parcourut son échine lui renvoya en pleine figure des images qu'elle aurait ardemment voulu bannir de sa mémoire. Deux mains puissantes la soulevant de terre, attirant à une bouche ennemie le sceau d'un baiser défendu, impulsif, sauvage. Son propre souffle entremêlé au sien, alors qu'elle perd contrôle. Lentement, sûrement, s'enlisant dans la fange du péché. Les iris de glace du traître qu'elle se souvient avoir enlacé dans la torpeur divinement haïssable reflètent, un fugace instant, toute l'ampleur de sa culpabilité. Joy ferme les yeux, chassant comme elle peut ce qu'elle ne veut plus. Hors de question que les Dieux s'amusent encore, qu'Arcamenel savoure une autre victoire. Il fallait qu'elle mette le plus de distances entre elle et cet homme, cet Ashgan, qui risquait à tout instant d'être lui aussi une victime d'un piège dont il ne réaliserait ni le danger ni la gravité.

    Elle s'écarta rapidement une fois le dernier "bouton boutonné". Le silence pesant qui avait suivi les tentatives pateuses d'humour de Cyric n'avaient débouché sur aucun commentaire de sa part tant l'étrangeté de sa propre demande avait bouleversé les pensées résolument noircies qu'abritaient son doux visage, masque ingénu. Elle n'eut même pas envie de le remercier de son compliment, de le lui renvoyer, ou de le chichaner sur l'ombre d'orgueil qui parsemait ses mots, que la main de l'humain vint à saisir la sienne non sans une certaine impulsivité toujours déstabilisante, comme si la poigne, bourrue et forte malgré elle, aurait voulu se faire comme il le pouvait le gant protecteur écrin d'une main angélique.

    Elle dégagea cependant ses doigts de sa paume chaude, son attitude ferait sûrement hausser les sourcils à un Cyric désappointé, mais qu'importe, il n'avait rien à comprendre, juste à obéir aux signaux expéditifs qu'elle lui décocherait. Cherchant à freiner l'évolution impétueuse et empressée de l'humain en direction de la foule bruyante et bienheureuse, Joy se râcla la gorge, se décidant à rebrousser chemin. Un pas en avant, trois pas en arrière, la délicate fleur d'Anaëh utilisait les grands remèdes aux grands maux, mais pas sûr que Cyric en veuille de même, ou désire même entendre ce qu'elle avait à dire ...

    « Je ... Ecoutez, Ashgan, je crois que je vais rentrer, ce n'était pas une très bonne idée et ... »

    Manifestement, la musique résonnait si fort et les percussions de l'orchestre de fortune qui s'était établie sur la charmante place scylléenne avinée étaient si bruyantes qu'on avait peine à entendre ce que la Marquise tentait de faire comprendre à Cyric. Cherchant à s'y reprendre à deux fois en élevant la voix, l'elfe fut cependant poussée un peu plus vers le cercle imaginaire tenant lieu et place de piste de danse aux joyeux lurons enthousiasmés par la présence d'une créature fort inhabituelle sur ces terres du sud par un léger mouvement de foule et n'eut comme autre réflexe idiot que d'agripper le bras gauche de son "compagnon" pour éviter de se retrouver embarquée dans une situation qui pourrait éventuellement dégénérer ... Décidément ce "soir" tout ne se déroulait pas spécialement comme elle l'aurait cru et peut-être même voulu.

    Les voilà donc propulsés sous la lumière instable des flambeaux fabrication maisons plantés ça et là, entre deux ou trois couples formés au cours des festivités plus qu'arrosées. Comme manière d'expédier une situation gênante, il y avait mieux, il fallait le reconnaitre ; et en plus, Cyric allait se demander si elle ne cherchait pas sérieusement à l'allumer avec des moyens aussi ridicules que ceux des gourgandines qui fleurissaient chez les humains - un autre mythe merveilleux conté par les plus conservateurs et les plus méprisants des enfants de Kyria -. Considérant d'un oeil confus Ashgan, la demoiselle comprenait ce que c'était que d'être un animal inconnu et craintif lâché dans la fosse aux lions voraces. L'ambiance de l'endroit n'était pas malsaine, loin de là, mais on n'était pas dans les coutumes et us elfiques, rien ici ne lui rappelait l'Epine, et la peur oppressante qu'Arcamenel vienne à mettre son grain de sel au mauvais moment la rendaient de plus en plus tendue.

    « Je vais y aller ! Je ne me sens pas très b... »

    Nouveau mouvement de foule, où plutôt cette fois ci de couple ... Qui trouva bon de passer entre eux, coupant la conversation entre les deux personnages. Elle soupira.

    Elle aurait mieux fait de ne pas s'échapper de son carrosse, la petite Marquise.
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Dim 19 Sep 2010 - 15:20


Masque de chaire éphémère du Walfen


    Les pupilles du ribaud se dilatèrent, tandis qu’une bouffée de chaleur le faisait suffoquer dans son pourpoint quelque peu serré. Battant des cils plusieurs fois en direction du néant, il parvint finalement à froncer les sourcils, lui conférant cette méchante mine qu’il chérissait tant. Autour d’eux, la gaieté et les batifolages tapaient fort. Une fois ses faux airs de malin hardi retrouvés, Cyric osa un sourire en direction de Joy, ses fins bras bouclaient le sien. Mais en lieu et place du réconfort qu’il pensait trouver sur le visage de sa douce, des rides soucieuses ternirent son bonheur. Les secondes qui suivirent, notre maraud fouilla dans les méandres azurés de son regard, à la poursuite du malheur qui rongeait son petit cœur. La recherche resta infructueuse, et Cyric en maudit les cieux. Que signifiait donc cette proximité terriblement appréciable ? Etait-ce inopiné ? Non, le Sicaire se plaisait à croire que non. Mais alors, pourquoi cette tête ?
    Les lumières éclairaient une fête devenue soudainement glauque. Les ombres semblaient désormais prendre le pas sur un spectacle perverti par une luxure qui faisait, auparavant, le bonheur du Walfen. Notre voleur sentait sa personnalité s’effacer, lentement, pour ne laisser enfin place qu’au satané désir de faire plaisir à la belle enfant. Il était stupide oui, mais cette précision ne changeait pas vraiment les tons du portrait. Il était inquiet, sans doute conscient de l’aisance avec laquelle il devenait le jouet d’un nouveau maître. Mais les ficelles levaient une carotte qui n’avait ni goût de gloire ou de sang. Une saveur nouvelle et alléchante faisait frémir son museau.
    Cette nuit, le loup n’hurlait pas à la mort, et il s’en réjouissait. Cyric aurait juré que derrière ce Voile, une lune ronde brillait haut entre mille étoiles, désireuses de retrouver leur fille égarée. Celle-ci était venue se perdre entre les serres du voleur. Un cadeau divin dont il comptait profiter pleinement. Trop de fois le firmament s’était fait sombre et de mauvais augure, trop de fois la fortune s’était faite absente. Oui, il ferait pâlir les constellations, ébahies de voir leur magnifique tendron danser en si blâmable compagnie. Notre voleur n’allait sûrement pas laisser filer Joy, qu’importe la raison. Sa résolution n’en resta pas moins vacillante en voyant l’elfe tirer pareille âcre frimousse. En d’autres temps, Cyric aurait sommé le pourquoi du comment. Il aurait motivé réponse avec un peu d’huile de coude, et le coude, pourquoi pas. Mais vous vous en doutez, cette fois-là, le maraudeur se contenta d’un énième froncement de sourcils. Ses méninges chauffaient dangereusement, tournicotaient en vain, car aucune idée de génie n’égaya sa soirée. Non, ce fut Maelrim qui changea la mise, en débouchant au milieu des festivités paillardes l’air atterré, les yeux exorbités et ses longs cheveux d’elfe grouillant d’aiguilles de pin. Cyric grogna. « Il ne va pas nous lâcher c’te merdeux.»
    Brusquerie d’antan, il chopa couvre-chef passant, puis enfonça le bien récent sur la tête de Joy, après avoir envoyé balader celle qui s’était retournée offusquée.
    Un sourire malicieux tirait ses lèvres vers le haut. « Vous avez vraiment tout pour vous gente dame. Une véritable tête à chapeau. »
    Les couples valsaient autour d’eux. Un cacophonique mélange de couleurs et de visages qui arrangeait bien les affaires du ribaud, préservant ainsi leur anonymat. Non-loin, Maelrim ne perdait point l’espoir de retrouver sa Dame Livian.
    Aléatoirement, notre duo surprise se voyait séparé par les trajectoires des danseurs improvisés. La moindre main hasardeuse qui venait de trop près saluer sa protégée se voyait remerciée avec grâce ou brisée, selon l’hôte.
    Cyric se planta devant Joy, imposante barrière de chaire entre celle-ci et les yeux d’un garde aux longues oreilles. « J’ai trouvé mon gage. » Il raccourcit encore un peu l’espace entre eux. « Oui, ce sera une danse. »
    Ni une, ni deux, le voleur enserra la taille de sa belle et empoigna sa main. Sa fougue fut accompagnée d’un petit rire espiègle. « Ne vous inquiétez pas. » Son front vint embrasser le bord du chapeau, sa voix gagnant en charme ce qu'elle perdait en résonance. « Je vous fais la promesse d’achever vos souffrances après ces trois pas valsés. » Et alors débuteraient les siennes.
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Mar 5 Oct 2010 - 19:55

    Bon. Il ne semblait pas décidé à l'écouter ou même lui concéder un départ facile, ses yeux s'égaraient au loin sur un point qui échappait à Joy à cause du mouvement incertain des danseurs. Il lui sembla pourtant distinguer avec une certitude qu'elle cherchait à refouler pour ne pas ressentir la boule d'angoisse qui lui nouerait l'estomac à la réprimande certaine du garde mécontent - qui de surcroît la ferait boucler dans une prison bien plus insupportable et ennuyeuse que n'importe quelle tour de princesse maudite - le visage de Maelrim, ou du moins sa posture ... Mais rien ne fut plus sûr, car soudainement le noir complet se fit devant elle, alors qu'elle sentit la pression d'une chose forcer le barrage de sa chevelure fleurie.

    « Mais je ne veux p... »

    Pas d'un chapeau. Pourquoi faisait-il ça ? Pour la cacher ? Décidément, les motivations et les actes de cet homme, tout complexe et contradictoire qu'il était, se faisant aussi conciliant et enjoué que parfois grognon et brusque, décidé, était d'une rare imprévisibilité. Joy n'eut d'ailleurs pas plus le temps de redresser le couvre-chef pour mieux y voir que les deux mains masculines se saisirent de sa taille, l'approchant cette fois-ci avec beaucoup plus de délicatesse, mais marquées d'une détermination qui ne laissait deviner que d'une chose : Cyric semblait prêt à bien des bravades et des interdits à enfreindre pour obtenir ce dont il chérissait l'idée, et cette envie, c'était une danse avec la belle Marquise, qui, il fallait bien l'avouer, était aussi déboussolée que perturbée rien que d'imaginer aux conséquences désastreuses des gestes maladroits et totalement opposés à ce que sa propre prudence tentait de lui rappeler tant bien que mal.

    La musique redoubla d'intensité, et les grands entrelacs polaires de Joy se figèrent dans les iris du roublard qui menait la cadence, non sans frémir.

    « Vous savez, cette idée de gage n'est vraiment pas nécessaire, vous êtes bien plus élégant que moi. »

    Elle mentait éhontément. Certes, le pourpoint et le bain maritime lui avaient redonné un peu de ce cachet qui se dissimulait sous la tendance physique aventurière d'un homme aussi rude que rusé, qui n'était pas du genre à perdre son temps à se pomponner, sûrement trop perdu dans les maints combats qui l'avaient marqué. Mais la grâce sylvaine naturelle écrasait avec une déconcertante logique celle des humains les plus "dandys" qui auraient pu exister, et cette seule pensée suffit à rappeler la différence non-négligeable qui se dressait comme un pont de singe quasiment infranchissable entre nos deux protagonistes. Elle n'avait absolument rien en commun avec cet Ashgan, et aussi charmant soit-il, commettre à nouveau l'erreur douloureuse et insultante dont elle n'avait pas su encore se remettre n'était pas quelque chose qu'elle voulait risquer. Autant pour sa propre sécurité, que pour sa santé mentale et pour sauvegarder sa dignité et son esprit d'honnêteté déjà bien mis à mal.

    Joy aurait presque pu jalouser ces humaines-là qui allaient et venaient, riaient gaiement. Malgré leur mise mal arrangée et leurs manières un peu alourdies, elles connaissaient le goût d'une liberté certaine. Leur vie n'était pas entravée par l'existence pesante et indiscernable d'un Dieu qui guettait dans l'ombre le moment où frapper. Cette malédiction la pesait, de plus en plus chaque jour, et elle n'aurait rien pu faire contre cela : retrouver le prêtre responsable était une peine perdue, tout comme celle d'avoir la chance inestimable de pouvoir parler à Arcam.

    Ce faisant, ses pensées s'étaient éloignées, et elle était si distraite qu'elle s'était faite habile et soumise sous les directions d'Ashgan sans même réellement le réaliser. Son regard n'avait d'ailleurs pas décroché le sien, et ce ne fut que quelques instants trop tard qu'elle constata avec quelle étroitesse déroutante et quelle précision bouleversante elle pouvait à nouveau apprécier chaque détail souligné du visage masculin. Sa voix grave et tiède ne la déroutèrent pas tant que cela, mais force fut de reconnaître que le bandit se faisait un poil plus entreprenant. Ses cils battirent, et elle crut bon de reculer un peu son minois du sien, petite biche trop vite effarouchée et bien trop sur la réserve maintenant que la senteur âcre du danger lui était montée au nez. Difficile d'imposer des limites quand on se retrouvait coincée pour une valse, et même si Ashgan n'était pas un danseur exécrable, c'était Joy elle-même qui ne se faisait pas confiance.

    « Je ne peux pas rester. Il faut que j'y aille. Ne me demandez pas pourquoi, ca n'est pas contre vous, je me suis bien amusée, mais il vaut mieux autant pour vous que pour moi que cette soirée s'écourte au plus vite. »

    Les gardes vont s'inquiéter ... Oui, tu parles, ils doivent être sur le pied de guerre et rapidement, d'autres débouleront pour cerner les lieux et retrouver la fuyarde au plus vite. Perdre la protectrice de l'Epine en plein territoire humain, seule et sans aucune arme concrète relevait plus de l'inconscience et de la bavure grossière que de l'incartade de débutant.
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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Sam 9 Oct 2010 - 11:07


Masque de chaire éphémère du Walfen


    Les mots de sa belle sonnèrent comme le glas d’une heure tant redoutée. L’elfe rêvait de distance tandis que notre ribaud s’était laissé bercer sur un chemin bien plus mielleux.
    La panique lui chatouillait les narines.
    Mais une fois encore, son élégant sang-froid ne laissa transparaître qu’un sourire cynique. L’assassin savait depuis longtemps rire alors que ses tripes valsaient misère, ou paraître désinvolte quand son cœur criait au meurtre.
    Pourtant, sa fébrilité était palpable. Perdre, Cyric détestait ça, surtout face aux femmes. Oui, il y avait sans doute un peu de machisme dans cette histoire. De l’amour ? Allons ! Le cœur de l’ancien Sicaire n’était que pierre ternie. Non, Joy était juste… singulière. La nuance était légère, mais notre Walfen devait bien s’accrocher à quelque chose ! Comment ne pas plier genoux devant pareille beauté si ce n’était en se trouvant excuse biscornue. Il n'était sûrement pas le premier à s'être fait envouté par cette... Sorcière ? Noble ? Qu'importe!
    Etre immortel ou non, celui qui le verrait implorer, dos courbé, n'était pas né ! Pourquoi pas se mettre dans l’élevage de gorets ancenois ? Mieux, faire vœux de chasteté sur le champ ! Elle le repoussait ? Il la dégoutait ? Et bien que cette diablesse aille forniquer avec les myynarks de ses si magnifiques terres elfiques !
    Voilà, notre ribaud bouillonnait intérieurement. Ses pensées se perdaient en grossièretés stupides tandis que son regard, lui, restait impassible. Véritable masque de marbre simplement peigné d’un sourire désintéressé.
    La valse touchait à sa fin, Cyric relâcha prise, puis fit un pas en arrière. Il devait désormais la laisser partir. Leurs chemins ne se recroiseraient sans doute pas. Alors quoi ? L’enlever ? Nager contre courant ? Folie ! Joy n’avait aucune envie de voir cette nuit se prolonger.
    Un second pas d’éloignement.
    Autour d’eux, les danseurs ne baissaient pas allure. Le Walfen poursuivait sa marche à reculons, son rêve d’un soir toujours plus petit au milieu de ce ballet aussi chaotique que joyeux.
    Pas d’adieux larmoyants, ni de pathétiques baisers volés. Non, si Cyric ne parvenait à tourner talons, il ne s’abaisserait pour autant jamais à d’aussi classiques scènes. Évidemment qu’il en avait envie, mais son orgueil démesuré avait coupé net aux négociations. L’air roublard, notre Sicaire dévisagea une ultime fois son péché mignon, avant de disparaître comme apparu : par magie !

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MessageSujet: Re: « La solitude vivifie ; l'isolement tue. » [Cyric]   Mer 27 Oct 2010 - 13:45

    Elle l'avait vexé. Indéniablement. En bonne épouse fidèle qu'elle était, elle avait repoussé de manière aussi froide que sèche l'esseulé prétendant, qui maintenant se décidait à prendre la poudre d'escampette, sans un mot. Il la fixait, avec ce regard si obsédant et si neutre que cela en devenait dérangeant. Bon sang, qu'était-il encore en train de mijoter ? Peut-être songeait-il à un moyen de l'empêcher de filer. Ou alors peut-être méditait-il sur sa demande pour mieux la refuser et l'embarquer pour une autre danse.

    Peut-être que c'est ce qu'elle voulait. Ou peut-être que c'est ce qu'elle craignait. Mais quoi qu'il en soit, rien ne fut ainsi. Il s'écarta d'elle, sans un mot, respectant le ton de la musique pour prendre ses distances d'un petit mètre. Toujours sans mot dire. Silencieux et mystérieux, il avait disparu, cet élan de bonne humeur et de taquinerie amicale. Il était redevenu l'homme glaçant, le sauvageon tombé des arbres qui la dévisageait avec cette fascination qui l'enfermait dans une cloche de verre incassable à ses yeux. Elle redevenait la délicate fée intouchable qui méprise et dédaigne tout ce qui n'appartient pas à son monde. Pourtant, Joy n'avait pas voulu blesser Ashgan, simplement lui faire comprendre qu'elle avait des obligations, qu'elle n'était pas aussi libre que lui pouvait jouir de tous ses caprices, et qu'il n'y avait pas plus contraignant et plus effroyable qu'une horde de gardes fâchés d'avoir perdu votre trace.

    Et pour une obscure raison, il était vexé. Joy n'était pas ignarde à ce point, elle avait souvent entendu et lu à quel point les humains pouvaient être susceptibles, impulsifs et qu'ils pouvaient s'emporter dans des crises sentimentales aussi inexplicables que déroutantes pour des êtres aussi raisonnables qu'eux, ces pauvres petits elfes trop assagis par le temps. Blasés par une vie lente et douce, trop douce.

    Si Joy avait en tout cas pu s'immiscer dans les pensées d'Ashgan, sûrement l'aurait-elle giflé du regard, ou giflé tout court. Que la déception teinte ses pensées pouvait se comprendre, mais à ce stade de vulgarité et de bêtise, Ashgan aurait paru être un gamin aux yeux de la belle. Heureusement pour lui, elle ne sut et ne put savoir ce qui se tramait derrière ses grands yeux sombres. Quelques secondes plus tard, sa présence pesante mais néanmoins distrayante avait fait place à un grand vide face à elle, bientôt comblé par des danseurs en mal d'alcool. Mal à l'aise et déboussolée d'une si soudaine disparition, l'elfe se recula de la foule, s'isolant pour apparaître comme seul point focal pur d'une image souillée par les flammes ternes et les cris barbares et bougons d'une masse bariolée et populaire.

    Ce fut l'instant que Maelrim choisit pour bondir sur Joy et se planter devant elle, les yeux froncés et la mine peu amène. Ce soir, Joy avait réussi le pari de se mettre à dos le peu de gens avec lesquels elle avait réussi à discuter.

    Sur le chemin du retour, où le garde crut bien intelligent et réconfortant de la tenir par le bras jusqu'à l'auberge où la petite caravane d'elfes devait loger, Joy ne décrocha pas un mot, si ce n'est les civilités honnêtes et rassurantes " Je vais bien ", " Personne ne m'a blessé ", "J'ai perdu mon chemin en voulant me promener". Inutile de parler de cet humain qu'elle avait fait brillamment fuir. Ca n'avait plus d'importance. Mais elle n'était pas d'humeur à se confier, ni même à expliquer d'où venait cette affreuse robe qu'elle portait là, comme ne cessa de le répéter Maelrim. Il était incroyable qu'en si peu de temps, Joy puisse se fourrer dans pareilles entourloupes. Et dire qu'elle était encore faible ! Elle n'était pas là pour s'amuser, mais pour se soigner. Se soigner. Et avec ce Voile inhabituellement long, c'était une pure folie que d'errer dans les bois inconnus.

    Joy jura entendre sa mère au loin, dans cette voix qui n'était pas la sienne pourtant. Se blindant aux remarques persistantes du garde zêlé, l'elfe vit avec un certain soulagement une fin dans ce long serment, lorsque la torche annonciatrice de l'entrée de l'auberge scylléenne reparut à ses yeux fatigués.


[Terminé pour moi :) !]
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