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 L'esforçage

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Ernst Monventeux
Humain
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MessageSujet: L'esforçage   Sam 21 Aoû 2010 - 19:58

Valdemar était un visionnaire. Dans son habit pauvre, au bord du fossé il regardait la campagne avec confiance en exprimant passionnément sa grande idée. Si tous s’unissait dans leurs efforts de façon quotidienne, si l’on mettait à côté nos vieilles haines et nos rancœurs, que l’on partageait d’avantage les ressources sous le regard bienveillant d’un seigneur magnanime, c’était un véritable progrès qui les attendait ! Son visage, d’abord hésitant devînt vite plus confiant, il irradiait la bonne humeur, il présentait son rêve. Ses yeux verts brillaient alors qu’ils étaient recouverts par ses cheveux blonds ébouriffés par le vent. De ses doigts qui effleuraient le paysage, il faisait disparaitre les clôtures des lopins voisins, il étendait les champs, il rationalisait la culture, partageait les ressources entre tous dans l’intérêt commun. Il était emporté pas son discours, enfin on allait l’écouter.

« … je suis certain que l’on augmenterait considérablement la récolte du lopin en retirant ces clôtures. Ce serait beaucoup plus simple à travailler, on pourrait travailler ensemble et faire un seul champ de plusieurs manses qui suivrait le chemin de Mercatouille. On pourrait même travailler les vieilles terres abandonnées alentour. Pour les outils on peut tout faire d’un coup, on pourrait faire des champs collectifs et ensuite… »

Il n’eut pas le temps de finir. Le seigneur auquel il avait naïvement tourné le dos pour regarder le champ l’avait gratifié d’un coup de pied dans les reins à le mettre à genoux. Il se retrouva les jambes au bord de la route et la tête écrasée au fond du fossé. Il sentit le fouet sur son fessier à deux reprises puis la voix du maître résonna dans l’air frais du matin.

« Je n’ai rien à foutre de ton avis pécore, tu fous ta clôture ou ce champs devient propriété du bourg…»

Le maître avait laissé son pied sur les reins de son serf, il jeta un vague coup d’œil sur le champ à la clôture défoncée d’un air pensif. Cette villa n’était pas trop mal tenue hormis les dégâts occasionnés par cette idée ridicule de se débarrasser des clôtures.

« …dire que tu oses me déranger avec tes cochonneries de fantasme de cul-terreux… »

Valdemar sentit l’air frais passer sur sa peau à travers son pantalon déchiré. Il maudit encore une fois le nom de Monventeux. Ernst retira son pied et sourit de lui-même. Il remonta sur son âne Rodlph en direction de sa tour. La réponse était « non », il reviendrait demain voir si tout était réparé. Le soleil s’approchait de son zénith. La vie était parfois simple et belle.


XXXXXXXXXX


- NaAaan je mangerai pâaas ça, c’est fangieux.
Delde frappa du plat de la main sur le sommet de son crâne. Le claquement s’entendit nettement.
- C’est fangieux ! Tu vas voir si c’est fangieux ! Tu vas finir ta geline !
- C’est fangieux ! Faut pendre le queux par la qu..
On entendit un nouveau claquement.
- C’est moi qui l’ai fait alors la queuse elle va t’infliger grevance si tu continues ! Tu vas manger…
La petite Mli regardait avec ses grands yeux la scène irréaliste. Elle avait beaucoup d’admiration pour sa tante Delde et du haut de ses onze ans regardait bien attentivement comment s’y prendre pour mâter un homme. Soudain la masse de muscle se leva de sa chaise et toisa du regard la mince Delde :
- Laisse-moi tranquille, coureuse de rempart !
Delde vira au rouge, sa colère n’était plus contenue. Pris de peur en voyant la Delde furieuse, l’homme sans prévenir sauta par la fenêtre. Celle-ci ne donnant pas sur la vallée, la chute ne fut pas très haute et l’on entendit vite s’éloigner de la tour en hurlant à pleins poumons « Clovs ! Clovs ! Clooovs ! ».
- Et toi tu ne dis rien ?
Delde s’était tournée vers le maître de maison. Ernst ferma les yeux, la repaissance en famille n’était pas son moment préféré de la journée.
- Il va encore aller manger chez un serf ! Tu te rends compte du déshonneur pour notre famille ! Ce coquebert va chez nos gens pour manger ! Ces chiabrenas vont encore me courir après pour que je rembourse ce que le père bouffe ! Tu t’en moques donc ?
Ernst regarda son tranchoir sans prendre la peine de répondre. Delde fit la conversation le long du repas comme à son habitude, en insultant son père et maugréant après l’incompétence de son frère. Elle était écoutée attentivement par Mli. Elle s’interrompait parfois pour regarder à la fenêtre le vieux Clovs qui faisait le pitre dans Froifaissier.
- On aurait du l’achever le vieux, lâcha-t-elle.
Ernst demanda le « guiguet » pour toute réponse. Il finissait son repas et n’attendait qu’un prétexte pour partir quand un salvateur pécore hurla à la fenêtre :
« Sire, Sire, on a besoin de vous à la grange ! Hubert veut occire notre bon Sampson »
Ernst profita de l’occasion pour quitter les lieux rapidement. Delde n’eut pas le temps de commenter qu’il était déjà dans les escaliers à demander des détails. Il avait pris son épée.


XXXXXXXXXX

Ils arrivèrent dans la grange. Hubert tenait sa fourche, entouré de quelques paysans qu’Ernst connaissait bien également. C’était la sale engeance de pécores qui lui donnait bien du fil à retordre. Ernst les appelait les garols, ils avaient ce point commun de sortir une fois par mois pour faire leurs jacqueries.
Par terre, il y avait Sampson qui avait été surpris dans sa propre grange par cette bande de gueux, il avait été sauvé in extremis par une dizaine de voisins qui avaient tempéré le temps qu’Ernst arrive. Sampson était également un vilain, mais il avait quelque valeur pour Ernst. C’est lui qui servirait d’archer si jamais il était appelé à se battre pour Mercatouille quelque part.
« Olah ! Qu’est-ce qui se passe ! »
La quinzaine de spectateurs n’osa pas prendre la parole. Hubert répondit :
« C’qui se passe mon seigneur c’est que ce gueux y va finir pelé ! »
« Quoi ? Pelé ? Et depuis quand la roture fait haute justice ? »
« Monseigneur, c’t’un criminel ! »
«Baisse ta fourche l’Hubert »
« Je baisse ma fourche si que j’veux monseigneur ! »
« En voilà un ton, tu vas baisser cette fourche ! »
« Monseigneur me pardonne, mais ce paillard a mis son huile de rein dans ma petite garce, il va y perdre son jonc et d’autres choses »
Les bouseux derrière Hubert acquiescèrent.
« On sait bien qu’le Sampson vous sert pour la bataille, vous oseriez point le punir de peur de perdre un servant » ajouta l’un d’eux.
Ernst constata avec contrariété que son archer s’était mis en mauvaise posture.
« Hubert, de toute façon c’est point à toi d’occire le minaud. C’est ma justice qui s’applique, pas celle des bouseux. »
« Votre justice monseigneur elle vous arrange bien trop souvent »

Ernst n’aimait décidément pas ces jacques avec la langue beaucoup trop bien pendue. Seulement, en plus d’être trop nombreux pour qu’on puisse les pendre sans tuer la moitié de l’arrière pays, ils étaient en position de force et la petite noblesse devait compter avec eux.

« Ton déportement est grave Hubert, ma justice c’est celle du comte de Scylla, tu sais de qui il s’agit ? »
« Le comte il s’en moque bien de nous ! Y va pas venir ici pour un archer crevé accidentellement ! »
Une petite voix ajouta : « …un archer et p’tête bien son seigneur »
Ernst dut, pour rétablir un peu d’ordre, mettre la garde de son épée dans la gueule du bavard sans prévenir.
« Il faut donc que j’esmoignone ! S’il y en a un qui veut s’opposer à moi qu’il le dise »

Le vilain trop bavard pissait abondamment du sang. Les jacques le regardaient d’un air mauvais mais ne pipèrent mot. Ernst réfléchit à la situation. Sans doute il pouvait sauver son archer aujourd’hui, mais demain les jacques reviendraient en nombre, et tout cela finirait mal. Les tensions avec les jacques n’étaient pas souhaitables. Tout cela pour un petit esforçage de rien. Stupide Sampson. Il réfléchit quelques secondes avant de reprendre dans ce qu’il pensait être un éclat de génie.
« Oyez les gueux, si Sampson a fait de la débrisure sur ta pucelle, c’est même pas ma justice, c’est de la haute justice, la débrisure de pucelle c’est la mort par pendaison.
Samson écarquilla les yeux ! Son seigneur et ami voulait soudain sa mort ! Trahison ! Et puis la garce n’était pas pucelle alors si justice il devait y avoir, c’était la basse, pas la haute !
« Cette donzelle est une garczconnière, elle s’escambille pour deux navets ! C’est surement pas une puc… »
« Tesse to po » interrompit Hubert, il se réjouissait à l’idée que Sampson finisse pendu. Monventeux qui veut soudain tuer son archer. En voilà une bonne nouvelle.
Ernst lui savait ce qu’il faisait, sa petite ruse allait marcher. Il allait devoir emmener son archer voir le comte, c’est ce qu’il dirait, il irait plutôt le refiler à Mercatouille où il prendrait un peu de bon temps. Au moment même où il pensait avoir trouvé la solution, une ombre derrière surgit parmi les gens qui regardaient en retrait.
« Voilà qui est bien parlé sir Monventeux, je me propose pour accompagner le condamné jusqu’au Comte pour que justice soit rendue. »
Ce nouveau moine de Nééra était vraiment un casse pied…

XXXXXXXXXX


Ernst finit par arriver jusqu’à Mercatouille sur le dos de Rodlph le lendemain soir. A côté de lui marchait à pied le moine Viktor et derrière, attaché par une chaîne, Sampson suivait péniblement.

XXXXXXXXXX


« Mais qu’est ce que c’est que cette histoire Monventeux ? »
Mercatouille lui servit encore du vin.
« Qu’est ce que tu viens foutre chez moi avec un de tes gars enchainé et ce lance-guignon de moine ? »
Ernst profitait du bon diner en compagnie du Seigneur banneret de Mercatouille et ses chevaliers de passage. L’archer était dans les geôles et le moine, on ne savait où il passait la nuit.
« Ce ruffian d’archer a forcé une vuiseuse. La fille d’un garol de jacques, j’imagine qu’il l’a fait exprès pour donner une leçon. Evidemment les pécores ont voulu le tuer. Tuer mon archer, c’est contrariant j’en ai pas d’autres moi ! J’aurai fait comment ? »
Plusieurs chevaliers acquiescèrent.
« Bon, alors il aurait pu s’en tirer avec quelques coups de fouet, l’ennui c’est que j’ai vu dans les yeux du Hubert, le père de la donzelle que ça allait finir en jacquerie et que ces cons auraient tué mon archer et foutu le feu dès que j’aurai le dos tourné. »
« Mais Monventeux, on s’en moque de tes histoires de pécore ! » Le banneret se servit du vin. « On a tous nos histoires avec cette truandaille »
« Mais attend Mercatouille ! J’ai trouvé la solution pour m’en tirer sans fracas - Passe la jacqueline - Si qu’on force une pucelle, c’est la mort. Alors je me suis dit que ce serait bien d’utiliser ce prétexte pour pas le punir moi-même »
« Ne me sauve jamais Monventeux »
Les chevaliers rigolèrent ensemble au dépens d’Ernst.
« Mais vous ne comprenez pas, pour faire haute justice il faut passer par le comte. Du coup j’étais obligé de passer par chez toi… et t’aurais pu t’occuper de lui en plus de mon cheval, les jacques n’auraient rien su. »
« Tu me refiles tes archers maintenant ? »
« Mais c’était pour éviter qu’il crève ! »[b/]
« Et le comte ? »
[b]« Bah comme d’habitude on s’en fout du comte ! »

« Bah, on sait pas encore ce qu’il vaut, on le connait pas… »
« Comment ça on le connait pas ? »
« Bah y’en a un nouveau ! »
S’ensuivit une longue conversation sur la nomination du nouveau comte. Les chevaliers expliquèrent dans une version loin de la réalité pourquoi il y avait un nouveau comte à Scylla : Atus le vrai.
« Mais que vient foutre le moine là-dedans au fait ? »
« Bah justement… »
« Quoi ? »
« Bah, celui-là a décidé de me faire chier j’ai l’impression. Il ne m’a jamais aimé. Il a décidé d’assister à l’exécution de l’archer pour raconter aux autres qu’il y a une vraie justice à Froifaissier, tout ça. »
Les chevaliers explosèrent de rire.
« Et comment tu vas t’en sortir maintenant ? » demanda Mercatouille.
« …et bien… pas le choix, tu sais ce qui se passe quand il faut rendre haute justice… aller voir le Comte »
« Quoi ? Mais tu rigoles Monventeux ! Aller voir le comte pour un esforçage ! »
Un chevalier qu’Ernst connaissait mal intervint.
« Monseigneur Mercatouille, c’est la loi qui l’y oblige. Je crois même que votre présence lors du jugement est nécessaire… »
Mercatouille s’indigna : « Ma présence ! Mais il peut bien aller voir des bougres ce fort-en-cul de comte ! Je me moque de vos histoires moi ! »

XXXXXXXXXX



Trois jours plus tard, Ernst sur son vieux cheval avait prêté Rodlph à Sampson, toujours menotté et tenu en laisse par une chaîne. Mercatouille ouvrait la marche et le moine la terminait, haletant. Ils virent au loin le château du compte de Scylla.
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: L'esforçage   Sam 21 Aoû 2010 - 22:18

Scylla jouissait enfin d’une paix (toute relative). C’est dire ! On avait un nouveau comte, ou du moins régent. Ce dernier, un jeune homme un peu bête (c’était du moins la conclusion de l’examen d’Hubert, le protagoniste qui nous intéresse ici) mais plein d’allant, était déjà prêt à faire battre coulpe à tous les bandits qui infestaient la côte comme l’arrière pays. La population, qui s’était habitué à voir défiler les régents et les comtes à une vitesse assez folle, ne se dérangeait plus pour l’occasion. L’élite des marchands, puissante sur les côtes, acceptait n’importe qui tant qu’il ne vienne pas chambouler leurs bonnes vieilles oligarchies religieuses, financières comme politiques. Bref, on avait appris à s’adapter, et tant que le comte ne touchait pas au grisbi, tout le monde était content. Enfin, la haute bourgeoisie. Le reste, bref, ce qui peuplait vraiment les cités de Scylla, c’est-à-dire une foule d’hommes mi-fanges mi-rats des villes, s’accoutumait simplement, parfois un peu apathique.

Ici, la nomination (il n’y avait pas d’autres mot) avait fait plaisir à la jeunesse et à tout ce qui portait quelque chose sous les pantalons. Après tout, c’était un noble chevalier, vainqueur du tournoi royal de surcroît, qui prenait la place du vieil Hannibal, lequel, malgré une certaine popularité due principalement à sa femme et son amitié avec le roi, n’était guère resté longtemps en place. Car oui, ces terres étaient maudites, c’est bien connu. Ainsi, c’était avec une quiétude particulière que Hubert, confortablement installé dans son vaste boudoir, écrivait avec la police méticuleuse qu’on lui connaissait, une missive à l’échevin de Daffodils. Ce dernier était l’ancien serviteur du précédent comte. Plus qu’un simple larbin, il était son bras droit, son comptable et son conseiller. Après la disparition de son maître, il avait réussi à se maintenir, notamment grâce à la neutralité (toute apparente) qui l’auréolait auprès des grandes familles de la côte, lesquelles ne pouvaient s’accorder sur un chef. Ainsi, il avait continué son labeur, restant dans une ombre bénéfique pour ses affaires et le comté. Habitué aux vapeurs du pouvoir, il les appréciait et savait rester assez sobre pour comprendre quand il fallait perdre et quand il fallait l’emporter. Or ici, avec la venue de ce jeune Aetius d’Ivrey, il fallait perdre, cela était évident. Lui démontrant bien rapidement (et sournoisement, dirons-nous) l’étendue de ses connaissances et de ses compétences, le vieux serviteur avait su devenir le conseiller de l’Ivrey. Le chevalier, de toute façon, aurait sombré dans la folie s’il ne s’était pas attaché le brave Hubert, qui n’était rien d’autre que l’éminence grise de Scylla.

Sachant la portée de son pouvoir mais ne se départant pas de son rôle d’exécuteur discret et loyal, il continuait à accueillir les doléances de la petite noblesse de l’arrière pays, qu’aucune institution communale n’aurait voulu recevoir, arguant quelques vieilles lois les empêchant d’avoir à se frotter aux hommes d’armes fangeux du continent. En effet, la rivalité était souvent forte entre les maîtres marchands des cités pharétanes et les farouches seigneurs des terres gibbeuses qui jouxtaient Missède et les domaines royaux. En tant que conseiller du comte, les pages n’hésitaient pas à rediriger les nobles vers son bureau, où il les accueillait toujours avec une froide politesse et une moue qui se voulait bienveillante (il réussissait, toutefois, assez bien l’opération). Ainsi, le quinquagénaire fut tout naturellement dérangé dans ses productions épistolaires par un jeune homme du château qui lui annonça la venue du Noble Sire de Froifaissier, messire Ernest… hein ? Ernst Monventeux. Interrompant son œuvre, le flegmatique Hubert se leva pour saluer l’homme qu’on introduisait… suivi d’un de ses bouseux et d’un moine de Néera. Flegmatique ok, mais quand même, Hubert ne put s’empêcher d’arquer un sourcil en voyant débouler cette étrange assemblée. Reprenant vite empire sur lui-même, il sourit à celui qui semblait le moins enlaidi par la rude existence du nord et lui dit.
« Bonjour, messire, vous avez donc des doléances à faire entendre à notre bon seigneur Sa Grâce Aetius, est-ce bien cela ? » Bien sûr que c’était cela, c’était toujours ça, cette petite noblesse ne venait ici que pour se plaindre ou demander quelque chose aux cassettes comtales.
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Ernst Monventeux
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MessageSujet: Re: L'esforçage   Dim 22 Aoû 2010 - 1:40

La petite troupe était arrivée sur le chemin menant au château de Scylla. Ernst ne l’aima pas. Ce château, derrière la prétention de ses murailles, avait été cramé par la bande de bouseux que lui se coltinait quotidiennement. C’était peu glorieux.

« Bande d’escorches raine » grinça Ernst.

Mercatouille lui adressa un regard complice et ajouta :

« Le nouveau comte fait coc en pleu derrière ses remparts. Il a sans doute peur que le vilain lui croque le conin ».

Ils rirent de bon cœur. Le moine Viktor était trente mètres derrière eux, toujours haletant. Ils avaient été vache de prendre plusieurs fois le galop, mais c'était tellement drôle. Ils en profitèrent pour expliquer à nouveau le plan à Sampson. Il resterait à Mercatouille une fois tout cela fini et on le ferait passer pour mort. Il serait toujours l’archer d’Ernst mais paierait ses autres impôts à Mercatouille. Le seul problème était ce foutu moine qui allait tout raconter. Il fallait jouer le jeu jusqu’à ce qu’on trouve une solution.

« On a qu’à le fornir dans un coin et on en parle plus » suggéra encore une fois Sampson.

Non. Monventeux et Mercatouille étaient d’accord pour dire que ça ne marcherait pas. Les Jacques étaient bêtes, mais pas au point de ne pas deviner ce qui se serait passé en apprenant la mystérieuse disparition du moine. Il fallait s’en débarrasser autrement.

« On se retrouve dans une jolie panade avec tes idées Monventeux ! »
Ernst ne put qu’acquiescer.
« Bon et bien voilà ce qu’on va faire… Mercatouille, tu trouves le Comte et tu lui expliques la situation… »
« Quoi ? Me ridiculiser devant le comte ! Mais tu rêves Monventeux ! »
« Mais quoi alors ? »
« Et bien… je ne sais pas, on a qu’à assommer le prêtre et quand il se réveille on dit que Sampson est mort »
« Mais… mais c’est… enfin ça ne marchera pas »
« Oh, tu m’ennuies Monventeux, pourquoi je me suis retrouvé embarqué la dedans moi ? »

Ils s‘approchaient du château.

« Putain de haute justice. On aurait jamais du venir ici. »
« Attendez ! J’ai une idée ! » dit Sampson
« Quoi donc ? »
« On a qu’à couper la langue du moine, il pourra rien dire »
« Mais c’est une idée de crétin ! » soupira Mercatouille.
« Mais pourquoi ? »
« mais parce que… parce qu’il pourrait l’écrire tiens ! »
« Mais les jacques ne savent pas écrire » rétorqua Ernst, déjà que lui avait du mal avec l’alphabet.
« Mais… se faire comprendre par des gestes, comme les ruffians de la côte »
« On a qu’à lui couper les mains ! »
« Il pourra toujours écrire avec ses pieds » ironisa Ernst
« On en fait un cul de jatte ! » déclara Sampson d’un air triomphant de celui qui a la solution.

Le silence se fit quelques instants, le temps que Sampson comprenne de lui-même que son idée n’était pas si bonne que ça. Ils étaient tout près de la forteresse.

« On a qu’à dire que le moine est un dangereux bougre qui incite nos pécores à la rébellion »
« Et ça change quoi ? »
« Et bien… on raconte que l’on a inventé cette histoire d’esforçage pour avoir une raison de le faire venir mais qu’c’est le moine qu’y faut tuer »
« Mais pourquoi alors ce serait Sampson le menotté et pas le moine ? »
« Parce qu’il faut pas que le pays sache qu’on a livré le moine… non… il faut faire croire qu’il a été découvert une fois dans le château ».
« Monventeux, vous n’avez vraiment que des plans à la fendace »
« Oui bah, pas d’autres idées, on fait comme ça… »

XXXXXXXXXX

Les deux seigneurs pestèrent une fois à l’intérieur du château. Evidemment, c’était ceux qui avaient froids aux miquettes qui avaient les plus beaux donjons. Un page vînt les chercher au corps de garde, les seigneurs s’étaient mis d’accord pour faire forte impression lors de leur entrée :
« Nous venons pour une affaire de haute justice, jeune bougre » hurla Mercatouille sur le premier page venu. En traitre, Ernst écrasa un crottin sec qu’il avait ramassé peu avant sur le pauvre innocent. Ils furent pris d’un violent fou rire devant l’air surpris et blessé du jeune page. Rires aux dépens des gens du comte était un fort bon divertissement et le corps de garde rit aux éclats avec eux. Le petit page était sur le point de pleurer.

« Mais père, c’est moi, répondit celui-ci, Drahl, votre fils »

Les deux seigneurs arrêtèrent de s’esclaffer en prenant les gardes à témoins. Le page n’était finalement pas des côtes comme ils l’avaient crus. Quelle idée aussi avait pris ce Drahl d’avoir ces vêtements typiques des cités ! Impossible de le reconnaitre après tout ce temps.
Mercatouille essaya de sauver les apparences.

« Hum heu… conduis-nous au comte sans faire d’histoire »
« Pour votre affaire, il faudrait plutôt voir le conseiller Hubert » dit Drahl en essayant d’extraire la fange de sa jolie chevelure de Monventeux.
« Mène nous y ai-je dit »
« Et pourquoi, c’est la porte là. Allez-y vous-même ! »

Ce petit Drahl avait décidément tout perdu des bonnes manières. Monventeux se dirigea de lui-même vers le bureau d’Hubert, là-bas il fut pris en charge par d’autres pages. Mercatouille les laissa partir devant.

XXXXXXXXXX

Une fois qu’ils furent hors de vue, Mercatouille n’avait toujours pas de meilleure idée qu’Ernst et se résigna à accuser le moine de traitrise envers le comte. Il demanda au jeune page.

« Petit, je dois parler au Comte, c’est une affaire extrêmement importante. Où puis-je le trouver ? »
Drahl lui indiqua la route mais refusa de l’y emmener : il avait à se nettoyer.

Mercatouille se mit à la recherche du comte seul. Tout en marchant il réfléchissait. Il fallait qu’il se présente à lui poliment tout en lui annonçant qu’il avait amené un traitre à tuer sur le champ. Comment faire ?

«Sire, j’ai par la ruse, en guise de cadeau, fait venir un traitre à occire »… non c’était mauvais… « Sire, j’ai l’immense honneur de vous apprendre que vous allez pouvoir vous débarrasser d’un traître »… à éviter… « Sire, je suis le seigneur de Mercatouille – oui c’était important de se présenter – je viens pour vous présenter mes hommages –oui ça c’était bien. Je suis venu avec le seigneur Monventeux qui par la ruse a fait venir de chez nous un moine défroqué qui menait des jacqueries avant qu’on y mette fin – ça c’était une moitié de demi-mensonge. Il l’a fait venir pour une fausse affaire de blabla – il improviserait ce passage– mais il faut l’occire dès ce soir en hommage à la grande justice du Comte –il faudrait également améliorer ce passage-ci ».

Mercatouille prenait confiance, il trouverait les mots.

Il espérait trouver les mots…


XXXXXXXXXX


« Bonjour, messire, vous avez donc des doléances à faire entendre à notre bon seigneur Sa Grâce Aetius, est-ce bien cela ? »

Ernst regarda Hubert droit dans les yeux

« Beh, pourquoi vous voulez qu’on ait des doléances ? »
« Mais… et bien les gens viennent ici pour faire des doléances »
« Mais non… »
« Comment cela ? »
« Bah non, on n’a pas de doléance. Pourquoi qu’on aurait des doléances ? »
« Mais comment ça pas de doléance ? »
« J’en ai pas »

Hubert respira calmement, il lui sembla reconnaitre une odeur de mouton. Ces bouseux étaient une calamité.

« Pour quelle raison êtes-vous ici »

Ernst montra du doigt Sampson qui avait toujours ses menottes et sa laisse.

« Il a esforcé une godinette »

Hubert ne cessait d’être étonné, en quoi tout cela le concernait, les seigneurs de l’arrière pays géraient ça entre eux d’habitude.

« Mais… vous attendez quoi de nous ? »
« Et bien, que vous fassiez justice »

Le conseiller faire justice ? S’il n’y avait que ça pour s’en débarrasser.

« Et bien heu… le tarif n’est-il pas de 10 coups de fouet ?»

Ernst, trop content de s’en tirer à si peu de frais décrocha son martinet de sa ceinture et commença à tirer Sampson vers l’extérieur. Tout allait être vite expédié. Il n'aurait fait qu'obéir à la justice du comte. Et si ces pécaures de Froifaissier trouvaient à redire, c'était plus grave que de critiquer Ernst. Malheureusement le moine prit la parole.

« Mais enfin, conseiller Hubert. Le viol d’une pucelle est puni de mort par la loi ! C’est un crime du ressort de la haute justice »

Plus les événements se succédaient, plus Ernst se mettait à douter de son plan.


Foutu moine.
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: L'esforçage   Mar 24 Aoû 2010 - 21:40

Quelle singulière assemblée il avait là. Un brave vavasseur, un archer et un moinillon. Le spectacle était affligeant dans sa rupestre beauté, et Hubert dut se contenir et prendre sur lui ces énormes réserves d’indifférences apparente qui le caractérisaient pour ne pas lâcher un sourire sardonique ou une moue peu commode. L’homme avait en effet une certaine idée de lui-même (qui était placée assez haut). Après tout, c’était la moindre des choses de la part de l’éminence grise de Scylla. Mais, plus important, il s’était accoutumé aux villes et le dédain qui souvent habitait les riches bourgeois de ces cités. Cette arrogance envers les hommes des campagnes étaient des plus forts à Scylla, notamment à Pharembourg, où l’on préférait se dire fils de la mer plutôt que consommateur forcé des grains de l’arrière pays. Ainsi, on peut comprendre pourquoi ce cher Hubert était hanté par une sorte de malaise mariée à une profonde irritation due à cette rencontre sans queue ni tête.

Pire que tout, il y avait comme une odeur de mout… pire que tout, disais-je, les braves seigneurs de la terre et de la religion n’étaient pas d’accord entre lui. Le moinillon de campagne, en effet, semblait être touché par la grâce, protégeant le petit et combattant l’injustice du pays. Quelle drôle d’idée ! Le sourcil arqué d’Hubert se leva un peu plus encore, signe d’une grande stupéfaction chez notre flegmatique quinquagénaire. Le petit abbé voulait donc que haute justice soit rendue et que le comte tranche lui-même sur l’affaire. C’était problématique, parce que notre habile conseiller n’avait pas toutes les informations en main et qu’il ne voulait pas provoquer un tollé auprès de tous les gens d’armes du pays. De plus, Aetius, dans sa jeune fougue, pouvait se montrer revêche aux conseils pourtant mielleux et ingénieux de ce cher Hubert. Ainsi, il pouvait condamner le malheureux archer à la roue comme le couvrir de jarres d’or (vieille tradition scylléenne qui, bien étrangement, ne s’était jamais perdue). Heureusement, une autre tradition du pays, qui de tous temps eut besoin de bras supplémentaires, voulait que n’importe quel condamné ait le choix entre accepter un jugement de la part du comte ou de son suzerain et préférer se porter volontaire dans l’armée du comte à un poste très précis. Cette préférence, qui jouissait d’une forte popularité auprès des meurtriers, des voleurs ou encore des violeurs, était appelé « bastre nobile culpe », c'est-à-dire faire noblement son mea culpa. Bien entendu, rien n’était plus impertinent que l’adjectif ‘noble’, mais cela permettait, d’un côté, au comte de continuer à pouvoir mouvoir ses dromons et ses galères avec les muscles des quasi-condamnés, qui s’engageaient dans la Marine de guerre pour une durée de vingt ans (parfois un peu mois), et de l’autre d’éviter aux bandits de subir leur juste châtiment, quoique la galère n’était pas à tout bien parler une partie de plaisir. Après tout, ce service militaire n’a-t-il pas donné naissance à la fameuse expression « pute borgne, ça va être galère » ?

Aussi notre conseiller se tourna de nouveau vers l’assemblée et leur dit ces mots ailés.
« Messires, je vois bien que vous vous inquiétez pour l’honneur de la brave damoiselle, qui se doit d’être lavé. Pour cela, je demanderai donc à notre brave homme ici présent si, pour nettoyer son nom et purifier sa conscience de ce mauvais acte, il voudrait se dévouer à bastre nobile culpe, rejoignant ainsi la Marine de messire le comte au lieu d’avoir à vivre un procès qui serait long et coûteux. »
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Ernst Monventeux
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MessageSujet: Re: L'esforçage   Dim 29 Aoû 2010 - 16:50

Sampson n’avait pas bien comprit tous les mots, mais il explosa. Trop timide pour hurler sur le conseiller, il se tourna vers Ernst :

« Purifier ma con-science ! Mais attendez, justement ma science des cons me dit que la godinette elle est aussi pucelle qu’une mère maquerelle ! La route était si ouverte qu’on n’aurait pas été étonné d’y trouver des pav… »

Ernst calma son archer avec une grosse claque dans le museau. Il songea que porter des gants en fer dans un avenir proche pourrait être une bonne idée.

« Ce que le ruffian veut dire c’est qu’il met en doute la virginité de la donzelle »

Le moine, rouge pivoine, s’époumona à son tour. Lui n’eut pas peur de prendre à parti le conseiller :

« Mensonge monseigneur ! Cette jeune fille est tout ce qu’il y a d’innocence ! Ce paillard veut salir son honneur en plus de son corps ! Il faut haute justice ! »

Sampson sentait que son nez n’allait pas tarder à couler. Il parla plus calmement et
vers le conseiller.

« C’est faux monseigneur ! C’est qu’un esforçage de rien du tout ! Je suis innocent et je sers le compte fidèlement depuis bientôt treize ans. »

Ernst de son côté voyait d’un mauvais œil l’envie du conseiller de mettre aux galères son archer. Que son archer meurt par pendaison ou étripé par des jacques était une chose, qu’il serve la marine n’était pas acceptable.

« Il n’y aura pas de galères, justice doit être rendu et j’ai toute confiance dans le discernement de monseigneur le comte pour démêler cette situation. »

Il n’en pensait rien.


XXXXXXXXXX


Mercatouille progressait à travers le château. Il interrogea plusieurs personnes sans en tirer grand-chose. Il cherchait désespérément le comte. Exaspéré, il finit par attraper un page assez bien vêtu. Celui-là devait savoir où était le comte. Il lui parla un peu fort en l’agrippant par le bras.

« Hé toi ! Je cherche le comte Atus le vrai. Conduis-moi à lui ».
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: L'esforçage   Mar 31 Aoû 2010 - 11:26

Oh non. Pas un procès. Un procès de haute justice, en plus, avec un comte qui venait de débarquer, qui pensait plus à chasser qu’à trancher ce genre d’affaires particulièrement délicates au sein de Scylla. Et en plus un moine s’en mêlait ! Oh, les Robins s’en donneraient à cœur joie, et chaque temple irait de sa propre suggestion. Le procès serait long, extrêmement coûteux, et long (il est de bon aloi de le souligner, tant sa durée risque de se calculer en années). Les problèmes d’autorité, de religion et de précédents se mélangeraient pour que tous puissent y aller de leur petite chansonnette. Pis encore, ce brave Hubert ignorait totalement que, de son côté, un vassal scylléen allait à la rencontre du comte, et ce avec des accusations d’autant plus graves. S’il l’avait su, il aurait pu préparer le terrain, c’est-à-dire le comte lui-même, mais hélas, il se contentait d’écouter avec une affable patience les débats entre le vavasseur, l’archer et le moinillon, désolé par la mal connaissance de ces provinciaux des choses de la haute justice lorsque des parties aussi diverses étaient impliquées.

Non loin de là, le petit page amenait dans un de ces étroits jardins qui étoffaient la forteresse de Pharembourg et étaient ombragées par d’épaisses murailles aux tours menaçantes. Là, le comte accompagné de quelques jeunes gens de son âge s’exerçaient à l’arc long, çà sur des cibles de paille, là sur des pigeons que le maître fauconnier jetait en l’air. Ce n’était que joie et rodomontades, petits jeux de jeunes gens. Et puis le sieur de Mercatouille arriva. Alors commença-t-il à bredouiller quelques mots en présence du comte.
« Si je Mercatouille, je suis le sire de Mercatouille et je viens pour l’hommage enfin pour vous rendre hommage. Je suis avec le seigneur Monventeux, enfin je suis venu avec hein, et il a amené par ruse, enfin… »
Et le petit discours continua, déclarant qu’il y avait un moine défroqué qui s’opposait à la justice du comte et qui semait le désordre dans les bonnes campagnes scylléennes. Bien sûr, le sieur de Mercatouille n’était pas des plus intelligibles, mais lors l’Ivrey comprit la substantifique moelle des accusations et cela le mit tout colère ! Habitué aux manières plus expéditives du nord, il pensait pouvoir réclamer la tête du moinillon sans souci, aussi n’hésita-t-il pas à parler des tourments que subiraient ce petit religieux s’il tombait entre ses mains. Il se déversa sur ces mauvaises manières avec beaucoup de colère tandis que les Scylléens, peu habitués à voir un comte connaître aussi mal le système judiciaire pharembourgeois, faisaient de grands yeux, atterrés par les remarques de leur suzerain.

Ce dernier, emporté par sa fougue, quitta sa société sans autre forme de procès et fonça sus auprès de son conseiller, Hubert, afin que celui-ci lui informe des procédures qu’on alimentait pour ce procès qui, il l’espérait, avait déjà commencé. Une fois à la porte, il l’ouvrit brutalement et cria de toute sa superbe : « QUOI ? QU’EST-CE QUE J’APPRENDS ! »
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Ernst Monventeux
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MessageSujet: Re: L'esforçage   Ven 3 Sep 2010 - 18:37

"C'est tout bonnement inacceptable ce que vous faîtes Montventeux !" Hurlait le moine "Vous n'êtes qu'un houlier qui laisse corrompre la jouvance par la merdaille qui l'entoure ! Vous méritez les geôles Monventeux !"

Sampson ne l'entendait pas de cette oreille :

"Garde à par écornir celui qui te joile la maroufle, si ç'passe comme 'que ça tôt on coupera ta gargamel à toi et ta menuaille jacque ; et que même que votre tripaille fera la fête es'd bêtes rousses et es'd goupils."

Evidemment le moinillon hurla à son tour, puis à nouveau Sampson, puis le moinillon, puis Sampson...
Ernst quant à lui trouvait la chaise confortable et la situation fort à propos pour se rappeler les sages recommandations de sa soeur Delde avant de partir.

"T'as des idées barjots Ernst, tu aurais du le laisser crever le Sampson, mieux vaut perdre un archer que d'aller bavoisser avec le comte et ses baronnets, tu vas te retrouver le capo sur un pique à fréquenter cette cochonaille là !".

A voir les deux autres se hurler dessus devant le conseiller du Comte (dans un patois de plus en plus typique de l'arrière pays qui plus est), Ernst se sentait mal. Et cela continuait alors que son fessier se mettait à explorer les profondeurs de sa chaise. Combien de temps encore cela allait-il durer ?

Cinq minutes déjà qu'ils s'insultaient copieusement.

Au sujet de la vertu de la donzelle d'abord, puis des pratiques d'Ernst et du fameux Clovs qui exhibaient ses bourses aux paysannes, une fameuse famille de paillard qui expliquait le comportement des soldats soit disant ; du non-respect des pécores ; du supposé usage péderastre des cierges au monastère ; de la tendance des soldats d'Ernst à jouer les couillus des chaumières pour disparaître au premier vent mauvais... Le moinillon comme l'archer se mettait à parler beaucoup trop fort.

"De toute façon les cul bénit comme toi on en a d'jà occis avec le vieux Clovs et on r'commencera si vous r'commencez à pas faire les tendres..."

Ernst retrouva son attention, Sampson devenait un peu trop bavard et évoquer les petits règlements de compte entre noble d'arrière pays et moines durant les grandes jacqueries n'était certainement pas une bonne idée . Il allait ouvrir la bouche pour interrompre Sampson violemment quand la porte devant lui s'ouvrit. Le damoiseau qui entra semblait fort jeune pour oser parler sur ce ton :

"QUOI ? QU’EST-CE QUE J’APPRENDS !"

A la tête d'Hubert, et en voyant Mercatouille dans l'embrasure juste derrière la porte, Ernst comprit qu'il s'agissait peut être du comte. Il se redressa instinctivement sur sa chaise. Par les cinq ! Ce bougre de nobliaux était arrivé au plus mauvais moment ! Il avait du entendre Sampson raconter les petites initiatives de son père et les ennuis arrivaient déjà... A peine redressé il songeait déjà à retrouver sa position au fond de la chaise.

Mais Mercatouille avait le visage d'abrutis jovial typique de l'arrière pays, il semblait confiant. Il était semblable au galopin ayant commis une espiéglerie. Ce jeune coq était bien le comte, sans le moindre doute ; et Atus le vrai n'avait pas du entendre Sampson... fort heureusement.

Ernst quitta donc sa chaise pour mettre son genoux à terre. Il pris la position la plus respectueuse qu'il put (Delde lui avait appris avec une grande sévérité) et se présenta :

"Mes hommages M. Le Comte, je suis..."

Mais déjà Mercatouille, mit d'humeur folle par son épique traversée du château et excité par la communicative fougue du jeune seigneur fit un pas dans la pièce. Avec une expression d'une grande noblesse qu'Ernst ne lui connaissait pas, Mercatouille pointa du doigt le moinillon et tel un couperet sa sentence tomba "C'est lui le traître monseigneur !".

Ernst, stoppé dans sa présentation était interloqué par cette succession rapide d'événements. Il le fut plus encore en voyant la stupidité de Sampson à l'oeuvre. Voyant le moine accusé, l'archer venait de lui coller un grand coup de poing dans le visage. Celui-ci, peu enclin aux combats d'estaminet n'esquiva rien, rebondit contre le mur derrière lui et tomba à genoux, ne sachant plus vraiment qui il était et ce qu'il faisait là.

"Je l'ai maîtrisé mon Seigneur."

Sampson montrait sa dentition tordue dans un grand sourire, Ernst ne savait plus où se mettre. En l'espace d'un dizaine de seconde la situation avait complètement changé.

Fameuse rencontre avec le comte... Heureusement que Delde ne voyait pas ça.
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: L'esforçage   Mer 15 Sep 2010 - 21:25

L’intrusion avait été si subite qu’Hubert, qui sait pourtant improviser, ne put rien faire. Les événements s’enchaînèrent à une vitesse démoniaque. Le sieur de Mercatouille, le doigt fiché dans la direction du moinillon, indiqua à son suzerain la proie à abattre, l’archer Sampson, les nerfs à vif, se jeta sur le pauvre moine et lui offrit un avant-goût de la punition que le comte lui réservait. Le malheureux, propulsé contre le mur de pierre de taille laissa son crâne faire un petit ‘poc’ avant de tomber à genou devant un seigneur en colère. Ce dernier remercia la diligence de ces braves gens et appela la garde. Hubert, troublé par le traitement donnait au moine, bredouilla tant bien que mal une poignée de réclamations et de conseil à un Aetius sourd à toute raison. Il fallait bien avouer que dans le nord, les prêtres qui essayaient de grappiller un peu plus de pouvoirs en provoquant des remous étaient pendus haut et court, mais ici, dans le sud et plus particulièrement dans Scylla, la caste religieuse était puissante, influente et respectée.

Ne comprenant pas le contraste des cultures, le régent appela la garde, qui vint et emmena le religieux dans les geôles de Bordefente. Voilà une bonne affaire de régler ! Ceci fait, Aetius invita les hommes du nord à rester un peu. « Demain, nous partirons à la chasse ! » dit-il, ne sachant pas ce qui l’attendait. Pour lui, le jugement avait été rendu et dans quelques mois, s’il s’en souvenait, il ferait relâcher le traître. Bien sûr, tout alla contre les attentes du seigneur, qui fut réveillé, le lendemain par un serviteur vint lui apprendre que trois sacrificateurs des sanctuaires de Néera, mandaient sa présence. Mander ? Les mots étaient impérieux ! Se levant et rejoignant ces moines d’un pas impatient, il eut droit à toutes les récriminations. Menaces parfois masqués, sous-entendus lourds de sens. Non, on ne jugeait pas comme au nord, dans les cités libres de Scylla ! Le conciliabule, ou plutôt le sermon, dura peu, mais cela rendit Aetius aigre pendant le reste de la journée, qu’il passa avec ses hôtes du nord, à qui il demandait des réponses sur tout remu-ménage à propos du moinillon, et qui se faisait fort insistant sur les détails.
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Ernst Monventeux
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MessageSujet: Re: L'esforçage   Jeu 16 Sep 2010 - 22:33

Au petit matin, le trio d’arrière pays était descendu dans la cour en attendant que la chasse commence. Beaucoup de gens, qu’ils ne connaissaient pas, étaient du cortège. Tout était prêt depuis longtemps, le jour s’était levé, mais le départ n’arriva pas. Un imprévu retenait l’attention du comte quelques temps. Cela commençait bien. Les mercatins ne se mêlèrent pas à la foule durant l’attente. On ne mélange pas les torchons et les serviettes. Les torchons sales et moches, c’étaient les côtiers.

- Ça ne s’est pas trop mal passé hier non ?
- Je crois que nous avons bien joué le coup messeigneurs : le rustre en geôle, les justes picolent comme dirait…
- ‘crase ta nouille Sampson

Ernst, qui revenait des Vespasiennes scylléennes, fit claquer sa langue avant d’ajouter pour Mercatouille :

- j’ai un mauvais pressentiment.
- Ernst, mon bon… vous êtes d’une nature inquiète, il nous a invités à une partie de chasse.
- Pratique de donzelle, la chasse au braconnier est bien plus éprouvante. Le gibier est plus malin.
- Ernst, allons, la chasse au braconnier n’est pas le genre de chose qu’on propose pour sympathiser.
- Peut être que dans des siècles ils se diront qu’on était bien des bougres pour courir le gibier.
- C’est cela qui vous met dans cet état ?
- Non…

Ernst avait les bras croisés.


- La chasse à l’homme, ça ne fait pas très civilisé.
- Ce n’est pas ça vous dis-je. J’ai un mauvais pressentiment.
- Ah…
- Oui, il y a un instant Drahl est venu me voir.
- Vous avez vu votre fils ?
- Et bien oui, quand j’ai été vider ma vessie. Il parait que des culs bénis sont en train d’être avec le comte, au sujet de notre affaire
- Mais le comte n’en a rien dit… il ne nous a pas fait mander. Comment il serait au courant de pareilles choses mieux que nous ce mini bougre ?

Ernst ne nota pas l’insulte, Mercatouille était la seule autorité à laquelle il se soumettait.

- Je crois que… Drahl s’est bien débrouillé dans sa vie ici. Les serviteurs personnels du gratin sont des côtiers mais… des soldats qui surveillent les entrées sont de chez nous... et comme ils savent que Drahl est mon fils, ils l’ont tenu au courant.
- Mais qu’est ce qu’ils vont se raconter, le comte et les pieux couillons là dedans ?
- Je ne sais pas… mais il ne peut en ressortir rien de bon…

Mercatouille réfléchit.

- Ils vont vouloir la version du prêtre ?
- De ce côté je…

Mais Ernst ne finit pas, un homme venait de se joindre à eux.

- Vous êtes bien la troupe du seigneur Mercatouille ?
- Oui, c’est moi Mercatouille
- Bene, Bene, tenez-vous prêt, le comte nous a rejoint, nous partons séant.

XXXXXXXXXX

- L’histoire du moinillon…. Et bien monseigneur que voulez vous savoir ?

La chasse avait été bonne, Mercatouille y était pour beaucoup, Ernst… beaucoup moins. Mais voilà qui jetait une ombre sur la belle matinée alors qu’on était sur le chemin du retour vers Bordefente : les questions du comte. Les deux seigneurs mercatins redevinrent inquiets mais se reprirent rapidement. Ernst se jeta à l’eau.

- Il était un traitre à la comté monseigneur, depuis longtemps déjà il faisait des ravages sur mes terres. Le diable incitait mes pécores à la rébellion, c’est lui qui avait mené ces fous de jacques contre l’ancien comte. C’était l’un des principaux responsables des charniers de cette funeste époque. Evidemment, lorsque nous autre de la petite noblesse avions purgé tous ces infidèles et supprimé de nos terres tous ces brigands, ce larron là était étrangement introuvable. Sans doute en retraite dans un temple de la côte, vous voyez le genre de couard. Et puis il est revenu je ne sais quand, il a commencé à nous chercher querelle à nouveau. Il a essayé de manipuler mes pécores qui eux ont toujours été fidèles. Et puis ça allait de mal en pis. Il s’est attaqué à l’honneur de mon archer en l’accusant d’un viol que lui, le défroqué, avait commis. Vous voyez le genre. Il menaçait le père de la jeune fille, vu que celui-ci dépendait financièrement du moinillon, il l’a obligé à accuser Sampson. J’ai appris tout ça du père qui est venu me voir. Mais là bas l’histoire prenait des proportions, certains l’ont cru et le père ne voulait pas dire la vérité. Vous voyez, il commençait à me foutre une belle fange. Alors je l’ai pris à contrepied, je l’ai forcé à venir ici au prétexte du jugement de l’innocent Sampson. A présent nous pouvons faire un vrai jugement. Tous les concernés sont là. Justice peut être faite monseigneur, en toute sérénité. L’affaire est claire et j’ai hâte que cet infâme soit confronté à tous ces crimes.

XXXXXXXXXX

Le moine Viktor tremblait dans sa cage. Il avait très froid, ces geôles n’étaient pas confortables. Il avait au moins la chance de ne pas partager sa cellule. Peut-être était-ce une délicate attention, ou peut être que les prisonniers n’avaient pas le temps de faire de vieux os.

Assis, les genoux pliés devant lui, il maudissait le nom de Montventeux. Cette ordure protégeait ce Sampson, ce monstrueux Sampson, ce débriseur d’enfant. Le cynisme de ce seigneur était criminel. Il était près à accuser de la pire des façons un pauvre moine qui ne voulait que la justice. La nature humaine était aussi sombre que la pièce humide où il était. Il grelotait. Quelle horreur ce devait d’être là en hiver ici. Viktor était de bien piètre constitution, il n’aurait jamais tenu.

Mais ce monstre d’Ernst avait fait une erreur. Jusque là il avait de la chance, mais ça ne durerait pas. Non. Il était perdu. Le clergé scylléen ne permettrait jamais que Viktor meure dans l’indifférence totale. Il aurait le droit, il aurait le devoir de parler. De dire combien Ernst Monventeux était criminel, dire avec quelle outrecuidance il gérait ses terres. Dire tout. Dire comment il avait empoisonné sa femme, d’abord. Dire comment il avait comploté avec le reste des nobles pour manipuler les jacques, comment ils avaient envoyés de pauvres gens se rendre coupables des pires crimes. Bien sur il n’était jamais intervenu personnellement, mais il n’avait jamais rien fait non plus pour l’empêcher. Il avait suivi les directives de Mercatouille et des autres chevaliers bannerets de la région. C’était coupable, il y avait eu, forcément, un moyen d’éviter cette sombre période. Et Monventeux aurait du faire quelque chose. On ne pouvait pas, on ne devait pas, laisser une telle pourriture, un tel condensé de messes basses dans la nature. C’était toute la noblesse de l’arrière pays qui était en cause de toute façon. Oui, il dirait tout. Oui, tout.


- Hé le défroqué ! Hurla le geôlier. Voilà ton repas.

Viktor sortit de ses pensées. Cela valait-t-il vraiment la peine de se déplacer de quelque mètres pour manger pareilles choses ? Peut être qu’un jeûne ne lui ferait pas de mal. Peut être que cela l’aurait aidé à être plus convaincant. Non, il ne mangerait pas ça. Il regarda le tranchoir posé sur le sol froid.

Monventeux paierait pour ses crimes ! Oui, il paierait. Mais ces pensées ne réchauffaient pas Viktor qui mourrait de froid. Il scruta la pièce à nouveau pour déceler l’endroit le moins froid, mais il semblait y être déjà. Il inspecta encore la pièce, il essayait de nourrir des pensées plus positives : Ernst écartelé, Ernst pelé, Ernst découpé, Ernst dévoré…

Et puis il remarqua sur le tranchoir la petite fleur à côté. Il s’approcha, tant pis s’il est en plein courant d’air. Un œillet. Voilà qui n’avait rien à faire là. Il s’approcha. Diable, l’assiette était plus copieuse et bien plus agréable que celle d’hier, avec même cette petite touche de décoration. Y avait-il déjà le début d’une amélioration ?


- Garde ! Garde !

Le geôlier vînt paresseusement.

- Quoi le défroqué ?
- Qu’est ce que ce changement ?
- Ah, toujours à se plaindre ceux là. C’est une délicate attention que vous avez là. Quelqu’un s’est présenté vous donner ça. Je crois qu'il était avec les autres visiteurs de ce matin. C’est de la part de Marcello m'a-t-il dit. Il m’a raconté ce que vous aviez fait pour eux.

Son ami Marcello pensait donc déjà à lui ? Ainsi donc, les moines de Pharembourg avaient déjà pris les choses en main et amélioraient déjà sa condition. Voilà qui était réconfortant. La justice était en marche. La foudre allait bientôt s’abattre. L’étau se resserrait autour du cou du Montventeux. Le clergé n’était pas une association de foutres comme il semblait le penser, et il allait bientôt le découvrir à ses dépens. Ils étaient partout, ils étaient comme une anachronique mafia qu’on ne pouvait pas provoquer sans conséquences.

- Si vous revoyez cette personne, remerciez là pour moi.
- Je le ferais…

Viktor se sentit déjà réchauffé à l’idée qu’on ne l’oubliait pas, qu’il n’allait pas croupir ici. Peut-être même que cela avait été plus loin que ce qu’il avait imaginé. Le garde ne venait-il pas de dire qu'il y avait eu des visiteurs ce matin ?

- Geôlier ? Savez-vous si des gens de mon ordre sont venus au château ?
- Oui le défroqué, ce matin une petite délégation de moines est venue. Ils ont retardé la chasse, les marauds.

Viktor se foutait bien de la chasse, qu'elle soit en partie compromise était une bonne chose. il était rassuré quant à son avenir, tout allait pour le mieux. Ses compagnons avaient pris les choses en main. Il prit le tranchoir, retourna dans son coin et croqua de bon appétit dans le pain. Ce n’était pas la légende de Byzance, mais ça y ressemblait. Bientôt tout rentrerai dans l’ordre. Ce n’était la question que de quelques jours.


XXXXXXXXXX

Drahl Montventeux était nerveux. C’était la première fois qu’il faisait ça. Bien sur, il avait appris dans sa jeunesse qu’on ne faisait pas toujours ce qu’on voulait, qu’il y avait des choix difficiles. Son père lui avait fait comprendre qu’être dur, c’était aussi être courageux. Que prendre les devants des choses était toujours la meilleure solution. Que seuls les faibles subissaient et que eux, les forts, les puissants, ne devaient jamais se laisser malmener par qui que ce soit. Qu’ils étaient les maîtres. Et que leurs ennemis devaient mourir.

Avant de partir, son père lui avait demandé comme une faveur d’ajouter une touche finale. Drahl n’avait pas comprit mais s’était exécuté.


XXXXXXXXXX

Lorsqu’il s’écroula sous le sol dans un râle immonde, sa tête tomba en face de l’œillet. Alors que le geôlier paniqué essayait d’ouvrir la cellule pour l’examiner de plus près, Viktor comprit. C’était signé.

Cela c’était passé un beau jour de fête à Froifaissier. Oui, un bien beau jour, du moins si Ernst Monventeux n’avaient jamais foulé le sol, s’il n’y avait pas sa forfaiture. Sans gène. Si évidente qu’on en était à se douter de sa vue.

Par terre, Dame Radegonde, agonisante devant Ernst, debout. Elle expira rapidement dans sa robe d’été si charmante, si jeune mère. Spectacle affligeant que cette agonie rapide, de ces tortillements, ces tremblements juste avant la fin. Spectacle affligeant de dame Radegonde et ses cheveux trainant sur le sol, y éparpillant les nombreuses fleurs qui y étaient accrochés.


Les nombreux œillets qui y étaient accrochés. Dame Radegonde adorait les œillets.


Viktor ne put prononcer sa malédiction sur le nom des Monventeux. Il mourut trop violemment pour que sa gorge puisse faire quoi que ce soit.


XXXXXXXXXX

Sur la route du retour, Ernst continuait de plaider sa cause :

- Monseigneur, un homme tel que moi n’a jamais peur de la vérité.

Mercatouille retînt un discret sourire.


Dernière édition par Ernst Monventeux le Ven 17 Sep 2010 - 19:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'esforçage   Ven 17 Sep 2010 - 18:25

« Seigneur, des nouvelles urgentes de Pharembourg. »
La chasse n’avait pas été heureuse. On avait bien réussi à tourner un cerf, et l’oisellerie avait ramené de belles proies. Mais l’esprit d’Aetius était à l’aigreur, comme nous le disions précédemment. Hubert, loin de déconseiller la petite escapade du régent dans les bois entourant Pharembourg, avait même insisté pour qu’il lui laisse prendre les affaires en mains, le temps que ‘tout cela se calme un peu’. Aetius, qui avait déjà annoncé qu’il partait à la chasse, ne pouvait pas annuler la chose au dernier moment (chose qui avait été prévue au dernier moment, soit dit en passant), cependant, il avait l’amer sensation d’être cantonné à un rôle symbolique. Les affaires de Scylla étaient embrouillées, incompréhensibles pour un néophyte. Les guildes, les grands marchands, les drapiers, les capitaines, les temples de Mogar, ceux de Néera. Tout se mélangeait pour donner une mixture complexe et détonante.

Et voilà qu’Hubert ‘requérait sa présence de façon urgente’. Ce conseiller commençait à l’échauffer, mais son insistance, qui était très rare, présageait un événement assez perturbateur pour qu’il ait besoin de l’appui du régent Aetius. En effet, si la missive ne l’indiquait pas, Viktor le moine était mort en captivité. Les conséquences étaient désastreuses, et je dirais même fort conséquentes ! Les religieux ne pouvaient être condamnés à mort, cela était un fait avéré, et si de nombreux prêtres et moines disparaissaient dans l’arrière pays, la vie des moines étaient sacro-saintes dans les cités libres. Les seules personnes ayant le privilège de tuer un moine, c’était tout simplement un membre d’un autre ordre, c’est dire ! Ajoutez à cela le fait que les sanctuaires, ayant juré de ne pas se mêler des affaires temporelles (du moins, pas directement), se montraient particulièrement tatillons sur les droits qu’on leur avait promis en échange de cette abstention politique : tout ce qui touchait au religieux passait par eux.

Quelle sale affaire il avait à manœuvrer, lui qui n’était là que depuis quelques semaines ! Apprenant la nouvelle aux gens qui l’avaient accompagné, et ce sur un ton particulièrement dur, il se tourna de nouveau vers les Mercatinois et les bombarda de questions. Devant un Ernst à la placide ingénuité, Aetius fut un peu rassuré. Et comment auraient-ils pu être responsables des événements, alors qu’ils étaient ici, à ses côtés ? Aetius, encore jeune, pouvait se montrer d’une rare naïveté, bien qu’une série d’événements, dont la crise qui sourdait à Pharembourg, lui avaient appris (et ce bien à ses dépens) qu’il fallait s’endurcir, oublier les vieilles gestes chevaleresques. Il était un seigneur, à présent, et non un chevalier.

Le voyage fut court, car on épuisa les chevaux, fonçant à bride abattue sur l’orgueilleuse cité. C’était le petit matin, l’aube n’était apparue qu’une ou deux heures auparavant. Encore tout crotté et fourbu par le voyage, Aetius, suivi de ses hôtes, se dirigea chez le conseiller Hubert, qui conférait avec d’importants moines des cités alentours.
« La situation est terrible. L’assassinat d’un moine de Néera, en plein Bourg, et en plus un membre de notre ordre, celui qui a fait ça a la main longue ! » s’écriait un des résidents du sanctuaire de Sainte-Berthilde, sainte néerienne.
« Qu’est-ce que vous insinuez, Choli ? » répliqua un Mogariste, la voix lourde de menaces et l’œil noirci par la colère.
« Ne soyez pas stupide, voulez-vous, tout le monde sait à qui profite le crime. Vos moines rouges rêvent de miner le Saint Temple de Néera depuis que le monde est monde ! »
Et les accusations s’ensuivaient, les menaces aussi. D’abord entre Mogaristes et Néeriens, puis entre les différents ordres de chaque dieu. On parlait théologie, on s’insultait dans le sabir local, on s’époumonait à donner les noms des suspects. La cacophonie était totale. Seul, au milieu de ce chaos, de ces algarades entre gros pontes de la religion à Scylla, Hubert restait immobile, écoutant, silencieux. On aurait dit un morceau de marbre fiché au milieu d’une mer furieuse, tout à fait imperturbable. Planté derrière son bureau, il laissait les moines envenimer la situation. Des affaires de cette ampleur avaient déjà eu lieu dans Scylla, notamment pendant les âges troubles, lorsque le pouvoir comtal brillait par son absence. Les rancunes et les jalousies apparaissaient, notamment entre les différents sanctuaires, qui faisaient tout pour dominer et pour mettre des bâtons dans les roues à leurs adversaires. Parfois, cela dégénérait. Les confréries se rassemblaient, les cliques se formaient, et dans les rues des cités libres, les Pénitents rouges et les Cholis s’affrontaient lors d’algarades qui finissaient parfois dans le sang.

Mais cette fois-ci, le pouvoir comtal était là, personnifié par le jeune Aetius. Et Hubert comptait bien en user. Prenant celui-ci à part avec les Mercatinois, il échangea quelques mots et confia des projets qui parurent tout à fait incompréhensibles pour le jeune chevalier. Un mot revenait cependant souvent, la nomination des Inquisiteurs d’Etat. Nous ne nous étendrons pas sur la notion et nous contenterons de dire que la nomination de tels inquisiteurs, assez rare, était le symptôme d’une crise politique ou religieuse. Ces serviteurs de l’Etat, disposant de pouvoirs dépassant celui de n’importe quel autre citoyen, avaient pour but de trancher des situations particulièrement difficiles ou toutes autres affaires mettant en péril le comté.

Et si jamais leur nomination avait lieu, ces agents sauraient découvrir la vérité sur cette affaire, et ce à grand coup de tortures et d’interrogatoires.
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Ernst Monventeux
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MessageSujet: Re: L'esforçage   Sam 18 Sep 2010 - 10:05

Ernst et Mercatouille étaient pantois devant l’évolution des événements. Tout cela prenait des proportions de plus en plus improbables. Les mercatois se voulurent discret, mais leur présence attira l’attention de quelques-uns. Si la théorie du meurtre entre culs bénits semblait prévaloir, certains s’interrogeaient. Etait-ce eux qui avaient fait venir le moine ? De quoi l’accusait-il ? Etait-ce bien le Sampson qui avait été accusé par le défunt ?

Ils répondirent poliment d’abord. Oui, c’étaient bien eux qui étaient venus avec le prêtre. Quelqu’un leur demanda pourquoi. Mercatouille empêcha Sampson de répondre. Il prétendit qu’ils n’avaient pas de compte à rendre au tout venant ; qu’ils expliqueraient les faits en temps utile devant les personnes aptes à les examiner correctement.

Ce soufflet verbale déplu aux cul-bénits. Mais il s’ajoutait à de nombreux autres venants des seigneurs de l’arrière pays depuis des décennies. Si les sodomites en toge étaient respectés et craints dans les villes, les terres maudites continuaient d’échapper plus ou moins aux formes d’autorités. Personne ne pipa mot devant l’insinuation de leur incompétence. On mettait le manque de civilités de ces seigneurs envers le clergé sur le compte de leur manque d’éducation, de leur ignorance et même de leur bêtise. La vérité était plus nuancée : à chaque fois qu’une tentative avait été faite de tenir en laisse un seigneur des terres maudites, des monastères du nord de Scylla avaient été soudain victimes des jacques, ce qui avait donné de sinistres bains de sang.


Les mercatois prirent congés. Mercatouille expliqua qu’il ne fallait rien déclarer sans s’être d’abord mit d’accord avec le comte. Il n’était surement pas dans l’intérêt de celui-ci qu’on sache avec quelle légèreté le moine avait été emprisonné. Et puis, il n’était pas bon non plus pour eux que la vérité soit connue. Les jacques de Froifaissier en apprenant toutes leurs magouilles se vengeraient. Ernst quant à lui manifesta des inquiétudes. Peut-être qu’ils étaient en danger. Cela ne lui faisait pas peur, mais il y avait ses fils. Si les prêtres apprenaient leurs petites magouilles sur l’esforçage, ils seraient du genre à se venger sur les innocents. C’était comme ça les prêtres : malsains. De sales bêtes enfermés dans leur enclos où elles se noyaient dans leur aigreur. On pouvait s’attendre à toutes les fourberies avec ceux-là.

Mercatouille prit sur lui de mettre au vert dès maintenant les fils d’Ernst. Il était à présent le témoin principal d’un scandale avec Sampson, le comte comprendrait qu’il ait besoin de savoir sa famille en sécurité. Il y allait forcément y avoir des pressions. C’était d’autant plus facile que Mercatouille avait également son fils cadet dans le château. Celui-ci était encore écuyer d’un chevalier « plus ou moins » mercatin. Il n’aurait qu’à aller voir le brave chevalier, lui confier les deux fils d’Ernst et les emmener dans l’arrière pays. Restait à avoir le consentement du comte. Il envoya tout de même Sampson porter une missive à ce chevalier, Lhorenst de Baude, pour qu’il fasse dès à présent les préparatifs au cas où cela se déciderait.


Ernst et Mercatouille avaient quittés le comte depuis peut être une demi-heure. Ils attendaient de voir le comte pour mettre au point leurs versions. Ils évitaient soigneusement d’approcher d’un quelconque moine. Jusque là, ils y avaient réussi. Jusque là.


- Ah ! Messeigneurs ! Je vous cherchais !
- Alcuin… mais Alcuin que venez vous faire ici ?

Alcuin, moine de Nééra bien connu puisque venant de Mercatel, venait de pointer le bout de son nez dans Bordefente. Il respirait l’innocence et la naïveté. Ce sympathique bonhomme était apprécié dans le mercatin et contrastait beaucoup au personnage de Viktor, bien plus triste. Mais diable ! Que venez foutre le bougre ici ! Il n’avait aucune raison de quitter l’arrière pays pour revenir ici ? Le sort s’acharnait, les cul-bénits étaient partout ces derniers temps. C’était signe de grand malheur.

- Et bien ? Je suppose que vous n’êtes pas au courant de la nouvelle ? commença Alcuin
- Heu… et bien…
- Pauvre Viktor
- Ah, vous savez ?
- Heu… et bien… bien sur, d’ailleurs je pensais vous l’apprendre ?
- Nous apprendre quoi ?
- Et bien ? Sa mère ? Elle est à l’agonie.
- Sa mère…
- Oui, elle est devenue très souffrante après son départ. Le pauvre ignore tout. Il va falloir le mettre au courant. Je suis venu pour ça, il faudrait qu’il aille à son chevet avant qu’elle n’expire.
- Mais Alcuin, vous venez d’arriver ?
- En effet messire…
- Viktor est mort. Vous l’ignoriez ?
- Mort ?
- Et oui.
- Viktor ? Si jeune ! Mais que s’est-il passé ?
- Et bien, c’est une histoire sombre, je crois que Viktor a failli, il semblerait qu’il ait comploté contre le comte et qu’il nous ait accompagné pour un sinistre commerce.
- Viktor, comploter ? Mais c’est un agneau…
- Pas tant que ça visiblement…
- Mais je ne comprends pas, qu’à-t-il fait.

Ernst se décida à prendre les devants, il ne fallait pas qu’Alcuin voit Sampson qui n’allait sans doute pas tarder à revenir.

- C’est une longue histoire Alcuin, venez avec moi en ville, nous serons mieux pour parler. Mercatouille s’occupe de tout ici. Je vais tout vous raconter.
- Oh mon dieu, mais savons nous au moins comment il est mort ?
- Tristement, je crois qu’il va vous falloir du courage pour écouter mes dires.
- Mais… et ce Sampson auquel il tenait ? Quand est-il ?
- Sampson… et bien…
- Est-il déjà mort ?
- Heu… non

Mercatouille regretta aussitôt sa réponse trop vive.

- Pas encore ! J’espère qu’il n’y en a plus pour longtemps. Ça chauffe à ce sujet par chez vous, il faut qu’haute justice soit faite

Par les baloches du cornu, ces sangsues de moines ne les lâchaient donc pas ! Les voilà à nouveau avec un moine sur les bras voulant la mort de Sampson, retour à la case départ. Tout cela, toutes ces intrigues… pour rien !

Ernst ne baissait pas les bras.


- Son sort est scellé allons Alcuin, les exécutions ont lieu demain, il y sera pendu, à la première heure. Soyez en assuré. Nous irons ensemble.
- Ne pouvons-nous pas rester pour s’occuper de la dépouille de Viktor ?
- Alcuin, c’est une affaire grave. C’est une affaire du comte maintenant, restez en dehors de ça. Nous sommes dans une situation politique grave. Viktor a jeté l’opprobre sur tout l’arrière pays. Veuillez vous faire discret. Je m’occupe de tout.

Ernst alla récupérer son cheval, puis il partit avec Alcuin en direction de la ville. Mercatouille les regarda s’éloigner.


L’affaire se compliquait dangereusement. D’un côté les moines de la côte, d’un côté Alcuin qui allait tout raconter chez eux. Mercatouille réfléchit à ce qu’il allait dire au comte. Peut être serait-il plus sage de mentir sur Viktor, l’accuser de complot envers quelques personnes ou quelques nations. Quelque chose qui les mette à l’abri. Mercatouille réfléchissait. Ou alors, accuser Viktor de tentative d’assassinat envers le comte. Oui. Ainsi lui, Sampson, Ernst seraient tous hors de cause. Et puis, un moine qui essaie de tuer un comte, ça ne peut pas profiter aux culs-bénits. Ce serait même un prétexte pour les surveiller d’un peu plus près. Tout le monde serait gagnant. Ce ne serait qu’un petit mensonge. Il en parlerait au comte. Tout se falsifiait.
Mais il restait Alcuin et la prétendue exécution de demain. Bah, c’était le problème d’Ernst après tout. Mercatouille ne savait pas ce qu’il préparait, mais il avait déjà assez de sources d’inquiétudes comme ça. Il alla attendre le comte.
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: L'esforçage   Jeu 21 Oct 2010 - 13:22

La situation, en effet, était complexe. Mercatouille ne vit pas le comte arriver. Ce dernier était plongé dans une série de discussions et d’intrigues avec ses conseillers et les têtes pensantes des sanctuaires de la côte de sel. On lui parlait d’assassinat, de procès, de procédure, de sa décision, de tout ce qui l’ennuyait, en fin de compte. Debout dans un coin de la salle des âtres, cette petite grand-salle du château de Bordefente, il était encerclé par une bande d’officiers de la cour qui lui administraient conseils et analyses. Bien sûr, ce brave Hubert sortait du lot, comme toujours. Peut-être était-ce à cause de sa clairvoyance, de ses connaissances de la vie politique du sud langecinois ou simplement parce que les autres conseillers n’étaient que ces marionnettes. En tout cas, l’affaire lui pesait et il rêvait en secret de retourner dans les jardins pour s’amuser au tir à l’arc.

« Vous êtes encore un jeune seigneur sur ces terres, commença Hubert. Et ce pays en a vu des vertes et des pas mûres. On n’est plus habitué à avoir un maître, ici. Si vous vous montrez trop dirigistes, les élites du pays risquent de ne jamais vous suivre, et vous pouvez être assuré que les complots contre votre personne se multiplieront, notamment sur la côte. La… disparition de ce moine est le meilleur moyen de montrer que vous êtes un suzerain juste mais ferme. Prenez ce prétexte pour entamer des réformes populaires et n’hésitez pas à prendre un bouc émissaire dans l’arrière pays. Les inquisiteurs d’Etat vous y aideront grandement, soyez-en sûr. »

Bien sûr, tout ce vil verbiage était accompagné par force mises en garde et autres sombres déclarations sur les élites peu scrupuleuses qui pourraient agir contre les projets de l’Ivrey si ce dernier ne s’en faisait pas des amis très prochainement. Le chevalier, bien que peu à l’aise avec ces manigances, avait été assez trahi ces derniers mois. Il ne voulait plus subir le moindre coup bas, même si, pour cela, il devait en assener personnellement. Il écouta donc les sages conseils de son sage conseiller, qui était le timonier de Scylla en ce temps de crise et qui risquait de le rester pour encore longtemps. Alors qu’on continuait à pilonner le jeune régent d’avertissements et de plans, Mercatouille apparut soudain et s’approcha de ce petit concile d’intrigants professionnels. Ces derniers s’égayèrent pour certains, s’écartèrent pour d’autres. Tous se turent.

Aetius, qui n’était plus jovial depuis quelques jours, demanda ce qui amenait Mercatouille ici et ce qu’il voulait d’un ton un peu brusque.
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Ernst Monventeux
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MessageSujet: Re: L'esforçage   Dim 21 Aoû 2011 - 0:31

Mercatouille vînt au rapport, penaud. Il ne venait que pour se rendre utile à son seigneur. Il pouvait sans doute apporter quelques lumières sur le sombre personnage de Viktor.

Hubert était de cet avis. Il le prit à part pour s'entretenir avec lui. Cela ne dura pas longtemps, mais Carloman Mercatouille eu ses consignes. Afin d'élucider cette affaire, il fut retenu plusieurs jours, puis plusieurs semaines. Quant au vavasseur de Froifaissier, on lui autorisa de renvoyer ses fils, ainsi que Jean-Jean Mercatouille, en service à Bordefente, chez eux. Cela empêcherait toute pression sur les principaux témoins. Mais on ne laissa pas partir Ernst si facilement, l'affaire était grave.

A force de persévérance, le brave Hubert réussi à tirer quelques épingles. Très vite, les intrigues politiques dépassèrent complètement les deux mercatins. Ils devinrent les jouets du Comte, et celui n'eut heureusement pas à les casser. Un autre moine du Mercatin, Alcuin, répondit de la piété et de la bonne foi du Monventeux et du banneret dans une lettre qui fut lue publiquement. Heureusement pour eux.
Le scandale aurait pu durer longtemps encore. Mais il y eu le voile. Une catastrophe occultant au sens propre comme au figuré, les intrigues politiques. L'affaire s'en trouva donc remise à un "plus tard" qui n'arriverait jamais. Seules les crispations et les vieilles haines restèrent.

Voilà qui saura nous éclairer sur la suite des événements pour le comté de Scylla. La crise avait été esquivée. Atus, sans qu'il ait pour autant fait grand chose pour le mériter, devint un peu populaire dans le Mercatin. Au moins, il ne fut plus perçu comme un lointain nobliaux bon à tuer. En outre, Mercatouille apprécia tout au long de ce séjour ce jeune Comte fougueux. Bien que leur conditions étaient bien différente, Atus paraissait à Mercatouille aussi gauche et irresponsable que lui même. Vrai ou non, cela influa sur sa fluctuante fidélité envers Scylla.

Mais attardons nous un peu, dans un dernier effort, sur la résolution de la crise Mercatine en elle-même. Alors que Mercatouille aidait du mieux qu'il pouvait le Comte, Ernst persuada Alcuin d'aller dans une taverne pour parler plus à l'aise des précédents événements. Bordefente n'était pas sur avec tout ces mogaristes...

XXXXXXXXXXX Pharembourg, Taverne de la bourse légère XXXXXXXXXXXXX

"Le monsieur reprendra bien un godet ?" demanda une serveuse grasse aux hanches énormes.
"Mais oui Alcuin ! Servez-vous donc !" Reprit Ernst.
"Je ne sais pas s'il est bien sage de boire dans ces tristes moments, ce pauvre Viktor..."
"Allons Alcuin ! C'est au contraire l'occasion ! Quelle meilleure amie qu'une tisane du côté de Pharembourg pour honorer la mémoire ?"
"Je ne sais pas si Viktor aurait apprécié... tous ces morts me rendent morose"
"Ah ! Morose ! Il faut trinquer ! Vous n'êtes pas venu de si loin pour céder à la morosité !"
Et c'est ainsi qu'Alcuin se montra une première fois conforme à ses qualités de gastronome érudit. Le godet fut vidé d'une traite.

XXXXXXXXXXX Quelques heures plus tard XXXXXXXXXXXXXXXXX

"Et alors, je leur ai dit moi à ces gueux : Le comte va faire justice ! Parce que moi, t'sais Alcuin, la justice c't' important."
"T'as qu'trop bien fait l'Ernst. Qu'y faut leur montrer aux paysans qu'on est des justes"
"Pfff, t'façon il'm croyait que j'étais chiche de punir le Sampson. Mais moi qu'je dis que la justice c't'important."
"D'ailleurs qu''qui devient le Sampson ?"
"En Geôle pardi ! Pendu demain matin !"
"Demain matin ?"
"Demain matin, tu vas voir Alcuin. Y'a la justice dans nos patelins !"
"Y'a rien de plus beau qu'la justice Ernst..."
"T'sais parfois Alcuin, j'm'dis qu'j'suis trop naïf, trop ch'valr'sque."
"Dis pas ça Ernst..."
"Mais Papa Clovs lui, il aurait pas cherché, il aurait tranché..."
"C'est parfois dur de choisir"
"Nan, il aurait tranché une main... j'suis trop gentil"
"Meuh non Ernst"
"Si j'avais été un peu plus méchant, on serait pas venu et Viktor il aurait pas tenté de tuer le Comte..."
"Meuh Ernst, c'est pas ta faute si Viktor a fait ça. Personne ne l'aurait jamais soupçonné...T'pouvais pas savoir. T'es... comment qu'on dit ?... t'es la proie... heu... la victime autant que le comte"

Et Alcuin vida encore son verre, toujours d'une traite. En lui servant le suivant, la serveuse fit un clin d'œil à Ernst et s'asseya sur le genoux du clerc. La suite, il ne s'en souvînt plus.

XXXXXXXXXXXX

Les rayons du soleil avait fini par chauffer les fesses d'Alcuin exposée au plein air. Ce dernier n'avait évidemment aucun à priori sur la thermorégulation de son postérieur, mais cela l'étonna tout de même que les rayons du soleil se baladent impunément sur ses vallons privés. Il se décida à ouvrir les yeux. Timide, il préféra commencer en douceur et se contenta d'une vision floutée, pourvu qu'il n'eut pas à ouvrir d'avantage ses paupières. Il quitta la position allongée sur le ventre au profit du dos. Dans le même temps, il jugea opportun d'étaler son manteau qui traînait là sur ses jambes nues. Il savoura quelques secondes sa gueule de bois et la quiétude qui habitait son entrejambe. La soirée avait été bonne.

Et puis, doucement les impressions furent parasités par la mémoire qui revenait. Quelle heure pouvait-il être ? Alcuin se dressa sur ses pieds avec maladresse. Il était dans une sorte de grange mal éclairée. A l'angle du faisceau lumineux qui l'avait réchauffé, il estima qu'il avait trop dormi. Scrutant la pièce à la recherche de quelques vêtements, il vit avec surprise son âne et celui du Monventeux. Avec cette indice, il reconnu la taverne de la veille. Sur un seul pied, puis sur l'autre en gesticulant, il remit les vêtements manquants. Visiblement, il avait du bien besogner. Un peu perdu d'abord, Alcuin commença douloureusement à reprendre ses esprits. Il retira des résidus de paillasse qui s'étaient perdus un peu partout. Après avoir tapoté son vêtement de son mieux, il emprunta la porte menant à la taverne. Dans la foule des visages qui se tournèrent vers lui, il en eut un pour l'interpeller :


"Ah ! Vous avez raté le spectacle Alcuin !"
Le moine était confus. Il reconnu Monventeux au comptoir du patron, en grande forme.

"le... spectacle ? Quel spectacle ?"
"Ah ! Je vous y prends ! Ça vous apprendra à ne pas tenir vos voeux. Vous avez raté l'attraction de la journée. Le Sampson est déjà pendu"
Ces mots réveillèrent Alcuin.
"J'ai raté l'exécution"
"Ah oui p'tit gars. La Youstice n'attend pas !" répondit le patron de la taverne, qui semblait en conversation avec Ernst.
"Ça fait un moment que je vous attends"
"Mais pourquoi ne m'avez-vous pas réveillé ?"
"Ah ! Mais ma parole j'ai essayé ! Vous étiez saoul comme un cochon, et sans doute fatigué de vos exploits nocturnes"
Et les deux hommes rigolèrent de bon coeur.
"Pas un mot Monventeux ! Pour cette nuit je... je ne me souviens plus très bien"
"Ah ! Même pas du prénom de cette serveuse que vous aimiez tant ? Elle vous regrettera assurément"
"Si, si"
"Pas un mot Ernst ! Il ne s'est rien passé. Vous savez qui je suis, cela ne doit pas se savoir."
"Ah... oui" Ernst redevînt un peu plus sérieux.
"Sampson est donc mort"
"Ah ! Mais il fallait venir bon sang ! Je l'ai même vu avoir la trique du pendu et salir ses braies."

Alcuin fut décontenancé. Le lendemain il rentra au mercatin. Il raconta à tous la mort de Sampson et la terrible trahison de Viktor. Ses propos furent accueillis avec méfiance à Froifaissier, mais enfin. Alcuin avait vu mourir Sampson et Monventeux avait tenu parole : les troubles se calmèrent. Tout finissait toujours par se calmer.
Alcuin ne sut jamais la vérité. Ni l'engagement de Sampson dans la marine (une punition comme une autre), ni la fausse pendaison, ni l'innocence de Viktor, ni son meurtre, ni même pourquoi sa foutue bourse était vide. Contrairement à ce qu'on lui conta, il n'avait pas tenu à payer sa tournée. Ernst avait payé le tenancier et sa serveuse pour qu'il se fasse manipuler avec son propre argent. Mais cela est anecdotique.

La suite de cette histoire et ses conséquences pour Scylla vous a déjà été contée. On n'entendit plus beaucoup parler d'Ernst Monventeux qui resta dans l'ombre du glorieux Mercatouille. On parla d'une expédition en bateau. Puis le temps passa. On n'entendit à nouveau son nom que bien plus tard, dans la guerre contre Merval.
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