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 Dans la brande Scylléenne [Ernst]

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Ashe
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MessageSujet: Dans la brande Scylléenne [Ernst]   Lun 20 Sep 2010 - 21:11

    C'est un silence de mort qui la réveilla et pourtant elle y était habituée. Depuis le temps qu'elle parcourait les plaines sauvages en quête de... De pas grand chose en réalité. Il aurait été plus juste de dire qu'elle fuyait la ville puisque tout le monde avait l'air de perdre la tête. Et elle la perdait aussi, elle en était sûre.

    Elle n'y voyait pas grand chose, la lune avait décidé de plus pointer le bout de son nez depuis plusieurs nuits déjà ; sans doute en avait-elle assez d'éclairer de sa lumière blafarde les voyageurs nocturnes égarés. Ashe n'avait cure de cette absence, avec ou sans elle, elle se débrouillait très bien. Fatiguée mais nullement pressée de retrouver le sommeil, elle se leva péniblement et continua son merveilleux périple « à travers la forêt ». Elle avait choisi de se déplacer à la lisière de la forêt plutôt, restant néanmoins toujours à proximité de la route qui la bordait, et ce pour une raison simple mais idiote : ne pas être vue. L'absence de lumière l'avait, semblait-il, gravement affectée, au point d'éveiller en elle une paranoïa toute nouvelle pour une personne de son insouciance. Mais ce n'était pas la seule raison...

    Plusieurs jours avant cela, après un réveil douloureux sur le pavé froid de Diantra et avec la désagréable impression d'avoir reçu un coup de massue sur le crâne, Ashe ouvrit les yeux sur un spectacle dont elle se souvient encore très bien – contrairement à ce qui lui était arrivée avant ces événements. Les vestiges de ce qui fût l'instrument de prédilection qui l'accompagnait partout gisaient là, en pièces détachées, et ne parlons pas du reste de ses biens ayant mystérieusement disparu. Autant dire que cela alimenta l'irritation qu'elle semblait trainer derrière elle depuis un moment. Une irritation partagée par l'ensemble des habitants de Diantra, qui, privés de la chaude et réconfortante lumière du soleil, se mettaient à faire n'importe quoi. L'aliénation générale, en somme.

    Même dépouillée du peu qu'elle avait, Ashe ne fit aucun commentaire sur l'injustice de ce monde et ne chercha point à se faire plaindre, innocente et triste victime qu'elle était... mais elle le pensa très fort en tout cas. Les jours qui succédèrent à ce drame épouvantable dont elle était l'innocente et la triste victime (bah quoi ?) furent au moins aussi éprouvants. Le Voile recouvrant le soleil l'obligeait à voyager dans cette obscure moiteur, ce qui en résultat immanquablement....

    * Beurk, j'ai marché dans quelque chose... *


    Il lui arrivait parfois de s'allonger dans l'herbe fraîche et de regarder le soleil ainsi recouvert jusqu'à que ses yeux brûlent et qu'elle en ait les larmes aux yeux. Mais cet exercice fini, elle reprenait la route de plus belle, sans se soucier plus avant de la direction dans laquelle elle allait. Ce jour là pourtant, quelque chose vint troubler ce calme répétitif. Un homme qui, tout comme elle, s'était réfugié à la lisière de la forêt mais plus dans l'idée de soulager une vessie trop pleine que pour échapper à une quelconque menace. S'il ne chantait pas comme un sourd - dans un dialecte dès plus étrange d'ailleurs - sans doute l'aurait-il entendu s'avancer derrière lui. Hélas pour lui...

    Ashe lorgna un moment sur l'épée courte qu'elle avait à la ceinture, sans savoir si elle devait en faire usage ou non. C'était une arme sans grande valeur, sans doute à moitié émoussée, mais ça la demoiselle n'était pas allée vérifier. En tout cas elle n'avait pas aidé le pauvre bougre à moitié crevé dans cette ruelle sur lequel elle l'avait prise. Ashe était persuadée que cette arme ne lui serait jamais d'aucune utilité, et pour cause, elle avait plus de chance de se blesser toute seule et de mourir d'une hémorragie comme une imbécile. Elle avait pourtant décidé de la garder... on ne sait jamais n'est-ce pas ? Cet homme n'était qu'une vague silhouette sombre dont elle ne distinguait que le postérieur et elle ne l'aurait probablement pas vu s'il ne chantait pas si fort.

    La caresse de la lame sur sa nuque sembla lui faire perdre toute envie de chanter.

    - Oui, tu fais bien d'arrêter.

    Sa voix féminine n'avait rien de menaçant, à son grand damne. D'après son examen, l'homme ne semblait pas être armé bien qu'il fusse trop sombre pour l'affirmer, et Ashe se rassura en se disant que ce qu'il tenait dans les mains présentement ne pourrait guère l'aider dans la situation actuelle.

    - Pas de gestes brusques, le défroqué, si tu ne veux pas que ta tête se retrouve en deux morceaux.


    Elle maudit son imagination débordante.

    * Ne pense pas à des choses pareilles... Surtout pas, surtout pas maintenant *

    Elle aurait bien été incapable de lui faire le moindre mal. L'idée en elle-même déclenchait de terribles sueurs froides, elle en eût presque le cœur au bord des lèvres. Malgré ce fait assez gênant, elle n'en perdait pas moins son sang-froid apparent. Si tout se passait bien, il n'y aurait aucune effusion de sang, elle le dépouillerait de ses biens et tandis qu'il maudirait la vie pour sa cruauté et son injustice dont il ne serait qu'une innocente et triste victime, elle partirait avec son nouveau butin en poche.

    Mais pour l'heure, elle était livrée à des émotions vives. Heureusement pour elle, cet homme cul nu dans la forêt n'en savait rien.
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Ernst Monventeux
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MessageSujet: Re: Dans la brande Scylléenne [Ernst]   Mer 22 Sep 2010 - 18:28

Sur son cheval « Pimprenelle », un chevalier que les registres étaient encore les derniers à appeler Lhorenst de Baude était parti fièrement. Il venait de Bordefente et était à la tête d’une petite troupe composé de lui-même et deux petits vauriens. Ces derniers lui avaient été confiés pour des raisons politiques. Vêtu d’une petite cape violette par-dessus des vêtements tout aussi colorés, le casque trop court et enfoncé sur la tête, notre cavalier se dirigeait d’un air gauche vers ses nouveaux quartiers.

Ces aventures en arrière pays ne lui disaient rien, la bouse ne l’avait jamais passionné. Il avait eu jusqu’alors un certain mépris pour ces affaires de cul-terreux sodomisant des poulaillers ou vivant en couple avec leurs cochons. Mais Mercatouille ne lui avait pas donné le choix (NB : voir « l’Esforçage »). Il avait du se plier aux exigences et partir avec les mioches au pays merveilleux des pécores Scylléens.

Partir à l’aventure, cela à souvent un côté romantique. On s’imagine facilement rencontrer de bons compagnons et aller dans des endroits dangereux, mais pas trop ; combattre des monstres terrifiants, mais pas trop ; se faire des filles faciles, mais pas trop. Bref, quelque chose qui a de la gueule. Il n’était pas devenu chevalier pour promener des marmots aux prénoms improbables et aux gueules typiques de consanguins, ni pour superviser la production d’œuf chez les indigènes. Certainement pas. Aussi, à mesure qu’il avançait sur la route, il se répétait que l’arrière pays n’était pas son truc. Et puis, était-ce seulement prudent de se promener dans ce genre d’endroits sordides ?

Il regardait le long chemin qui n’en finissait pas à travers cette forêt. Mercatouille lui avait dit que ce n’était pas loin, qu’il en avait pour plusieurs heures, que ce n’était pas dangereux. N’étaient-elles pas passées ces quelques heures ? Il aurait demandé, Mercatouille, qu’on dépose son propre fils jeanjean à Mercatel juste avant si ce n’était pas dangereux ?

Le noble chevalier n’avait pourtant pas peur de cet espace inconnu devant lui. Mais il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter un peu. Il craignait par exemple de se perdre, d’errer pendant des jours dans la forêt. Et cela jusqu’à tomber dans un piège à loup où il moisirait quelques heures dans la souffrance avant d’être achevé par un ours attiré par le sang du moignon. Rien de quoi faire peur à un noble chevalier de noble sang évidemment, mais de quoi le mettre sur ses gardes. Ce serait tout de même dommage si, imaginons, soudain le sol se dérobait des pattes de son cheval pour le faire tomber dans une trappe profonde de douze mètres et le faire s’empaler sur les piques prévus à cet effet. Bref, l’accident bête. Ou alors qu’il tombe sur une chasse à cour et qu’il finisse dévoré par une horde de chiens fous avant même d’avoir pu appeler au secours. Il ne serait pas le premier. Ou même, plus sobrement, un simple tir de baliste isolé le solidarisant à tout jamais sur son cheval. Cela arrivait plus vite qu’on ne le pensait.

Non, il n’avait pas peur vous dis-je. Il envisageait les possibilités. Bien sur, vingt six ans c’était jeune pour mourir, c’est à quoi il songeait à mesure qu’il s’avançait sur ce chemin tortueux et si propice aux embuscades. Mais il fallait voir le bon côté, il était à présent enfoncé si loin dans ces contrées hostiles qu’il allait bien arriver à quelque chose dans cette forêt de coupe gorges. Où était le bon côté déjà ? De toute façon, lui qui avançait depuis si longtemps déjà n’allait pas reculer maintenant. Devant les mioches, ça ne se faisait pas. Et puis… et surtout… il avait la certitude qu’à la seconde où il esquisserait un demi-tour, un carreau d’arbalète empoisonné viendrait se ficher dans son corps et qu’une vingtaine de valets tapis dans les buissons sortiraient des bosquets pour aller vendre ses bourses sur le marché de la sorcellerie. Ils n’attendaient qu’une seconde de disctraction pour leur sauter dessus. Qu’il continue plutôt encore tout droit, c’était plus prudent. Il trouverait quelqu’un pour l’aider à force de suivre le même chemin. Ou peut-être un brigand. Ou des brigands. Ou des jacques ! On lui avait bien dit que le Mercatin était bourré de ces horribles jacques. Oui des jacques, horribles, avec des yeux hirsutes et des cheveux globuleux ! Des nez pestilentiels et une odeur qui coule, l’horreur vous dis-je ! D’ailleurs ce n’était pas vraiment des humains certainement, mais quelques ogres comme il en est des milliers dans ces terres sauvages. Non, des ogresses qui violaient les voyageurs avant de les cuisiner cruellement avec des épices barbares en leur mettant de la ciboulette dans les oreilles.

Oui, il avait peur ! Il n’était pas fou. Ne serait-ce que marcher sous le faux jour d’une éclipse qui n’en finissait pas, voilà de quoi donner les miquettes à n’importe qui ! Ajoutez-à cela une excursion au cœur des enfers, voilà qui donnait la chaire de poule. Dire qu’il n’était pas si loin de son lieu de naissance. Dire qu’ici c’était presque chez lui. Oh, comme elle était loin la Sainta Pharembourg, sa mère adoptive. Si belle, si douce, cette ville comme une tendre femme dont les jambes écartées vous menait au plaisir des avenues, des boulevards, des troquets, des bordels, des estaminets glauques, aux repaires de maquerelles et d’autre lieux de luxure dont l’évocation ne lui chauffait pas que les tripes.

Mais qu’est ce que sa mère avait été foutre dans ce bled pour devenir la femme d’un chevalier bouseux ?!? Heureusement qu’elle eut l’intelligence de partir pour la ville et devenir la putain di Don Atello avec qui elle lui donna le jour. Et puis le pauvre enfant avait pu profiter de la mort du chevalier cocu pour grandir avec son vrai père. Il était un pur côtier lui ! Mais… ironie… Aujourd’hui largement majeur, il finissait avec un nom de cocu et les fiefs du cocu dans les pires coins paumés du pays. Allez donc vous vantez auprès de vos amis capitaines de navire que vous habitez dans le mercatin.

Tout cela lui remuait les tripes. Il était un Don Atello lui aussi. Pas un Seigneur de « Baude ». Le Baude, pays pourri où les huiles de reins finissaient chez les poules là aussi. Quel enfer pour lui et son âme d’artiste. Lui, il était sensible, il aimait la couleur du jour et la folie citadine. Il aimait la propreté, le bruit sec de ses bottes sur les pavés de la cour de sa maison de Santa Pharembourg… pas les splllatcchhh gras dans la terre du Mercatin. Pays de merde. Pays de merde…

« PAESE DI MERDA ! »

Il le hurla de toutes ses forces. Il fallait que ça sorte. Cela lui fit du bien. Plusieurs secondes. Puis il réalisa ce qu’il venait de faire. C’était stupide. Par les cinq comme c’était stupide ! Il prit subitement peur. Mon dieu, s’il y avait des brigands ! Ils l’auraient entendu ! Et les ogres donc, ça a l’oreille fine ces bestioles là non ? Peut-être... il ne s’avait plus. De toute façon il était foutu. Tout était hostile ici, la rivière, l’herbe, les branches des arbres, les petits oiseaux et les écureuils aussi. Tous complices.

Sur leur âne Rodlph, les deux jeunots regardaient le chevalier avec des yeux ronds.

Il fut pris d’un violent désespoir. Mais pourquoi avait-il crié de la sorte ? Etait-ce le battement de son cœur qu’il entendait soudain où la chevauchée d’une bande de centaure à tête de taureau qui venait le découper tout cru pour le manger en rondelle ?

Il allait MOURIR !!! Ici, là, sur la route de ce nouveau domaine confié « en attendant confirmation de la mort de son propriétaire ». Sa famille disait que c’était important pour son avenir. Et bien le voilà beau son avenir. Il allait finir en brochette, dévoré par une tribu sauvage d’anthropophages indigènes ! C’était surement eux qui arrivaient. Oui, ils étaient un peu longs parce que le chemin n’était pas praticable, c’est tout. D’une seconde à l’autre il allait sentir le harpon lui traverser le dos et le trainer dans un talus pour finir dévoré par un sanglier géant. C’était sur. Il était déjà mort !

Il allait finir pendu sur un arbre après avoir été détroussé par une bande de gnomes sodomites. Il resterait là à se vider lamentablement comme un pantin. Les voyageurs en passant se fouteraient bien de sa gueule, pendus comme une marionnette sur un grand chêne. Ses sels iraient formés une flaque peu ragoutante sur le sol en contrebas et ce sera là son épitaphe. Un mélange de défécation saupoudré du petit ruisseau qui coulera de son pantalon dans un « spouik, spouik », comme lorsque les gouttes d’eau tombent des stalactites dans les grottes, avec l’echo et tout et tout.

« spouik, spouik ». Il voyait déjà son corps se balançant de droite à gauche, balloté au gré des vents, et le son macabre de sa vessie qui s’écoulait de lui pour rejoindre la flaque par terre.

« spouik, spouik »

Et son corps qui resterait là, accroché pendant des années, à toujours se vider jusqu’à ce que la décomposition ait totalement raison de lui et que des morceaux de sa carcasse, découpés en mille et un plus petits morceaux par le travail acharné d’insectes, viennent s’exploser sur le sol dans un grand fracas d’entrailles à repeindre la faune local. Ses intestins éparpillés entre lapins, renard, tarentule, ours et smilodon. Les corbeaux eux se seraient déjà repus de son visage depuis fort longtemps.

Il sentit sa respiration déjà difficile se couper. Etait-ce l’angoisse ou le fumet d’un champignon mortel local ? Il n’était vraiment pas à son aise non. Il était en sueur. Il se sentait défaillir. Presque… satané champignon… Hou ! Il avait failli tomber. Il n’allait vraiment pas bien non, il se sentait tout chose d’un seul coup. Etait-ce le cheval qui tanguait ? Etait-ce ses jambes qui ne répondaient plus ?


Les deux jeunots derrière lui, Drahl et Dalbr Montventeux regardèrent le chevalier de Baude, ou plutôt Lorenzo Libaude comme il voulait qu’on l’appelle, glisser doucement, très doucement de sa selle. Comme une sorte de limace particulièrement gluante. En plus rigide peut être, en plus désordonné dans les mouvements.

Mon dieu mais qu’est ce qu’il lui arrivait ? Il était comme paralysé soudain. Etait-ce la malédiction d’une sorcière nécrophile locale ou une crise d’angoisse. Ses jambes, ses bras devenaient plus qu’engourdis, rigides, durs comme du béton. Il se sentait tomber malgré lui, doucement, sans heurt, de son cheval. Nom de dieu il tremblait comme une feuille morte en plus. Il avait été empoisonné par l’eau putride du coin en buvant chez Mercatouille, c’était certain. Tout était engourdi, comme enrayé. Et il était en train d’essayer de se rattraper avec ses bras en faisant pivoter ses jambes, car la chute était inévitable. Le voilà qui était comme paralysé. Et bientôt ses pieds touchèrent terre et il se stabilisa il ne savait comment. Il y eut un mieux au contact du sol. Pimprenelle s’était arrêtée. Il ne se sentait pourtant vraiment pas bien. Il contrôlait partiellement ses membres.


- Vous allez bien Lorenzo ? demanda Drahl, un peu amusé.

Non il n’allait pas bien du tout. La peur était dans toute son âme, elle avait pris possession de son être. Elle l’avait paralysée soudain. Mais il n’allait pas perdre la face devant ces gringalets non plus.

- Si, si, va bene. ‘Allons faire la pausa.

Les deux Monventeux restèrent sur Rodlph. Ils n’avaient pas besoin de pause, ils n’étaient partis que depuis un peu moins d’une heure. Ils préféraient regarder le chevalier. Lorenzo restait planté là, tel un sot, devant son canasson. Celui-ci repris un peu son souffle.

- Hé… ‘crois qué yé vais aller faire un’ piccolo pipi dans un’ piccolo coin’…

Lorenzo attendit de sentir un peu ses jambes et s’éloigna un peu. Mon dieu comme il se sentait mal. Il ne fallait rien montrer aux jeunots pour ne pas leur faire peur mais… il ne se sentait vraiment pas bien. Ce n’était pas de l’angoisse bien sur mais… il avait besoin de se reprendre. Mon dieu ses membres le lâchaient. Ce coin ne lui réussissait pas du tout.

Il fallait penser positivement. Oui, arrêter de s’inquiéter pour un rien. Cela ne servait à rien de toute façon. Mais comment avoir une pensée douce dans un moment pareil ! Des gnomes qui rodent partout !

Seul dans les fourrés, il commença à réfléchir sur la façon de faire disparaitre l’angoisse. Avoir des pensées plus douces, oublier les gobelins et leurs gourdins anti-testicules. Il eut une idée. Le réconfort ne pouvait venir que de ça…



« Ah Sainta… pharembourg »
Chanter, oui il allait chanter pour oublier ses malheurs, même si le timbre de sa voix était teinté de désespoir…


« La neige, elle tombait pas… »
Oui, il allait penser plus positivement, éloigner les soucis, se plonger dans ses souvenirs. Il mourrait peut être là, derrière un buisson, mais en chantant son amour pour sa côte.


« Cé nééra qué chialait, i destinii del mondo »
Et il allait oublier tout ces soucis…


« Des larmes qué tombaient, comme si lé sang del ciel… »
Et il chanta, de plus en plus fort. Et cela lui donna de la force. Qu’importe ce que diraient les deux zozios sur leur âne plus loin, qu’importe l’avenir. Quand il évoquait le souvenir de Pharembourg, il était comme protégé. Il se sentit mieux, invulnérable. Au fur qu’il avançait dans les mesures, ses crispations se dénouèrent. Au bout de quelques instants à chanter à tue-tête, il reprit même le contrôle de sa vessie. Alors, car c’était tout de même le prétexte qu’il avait invoqué, il commença à se vider, l’angoisse était partie. Il avait repris le contrôle de son corps. Il exultait et chanta de tout son cœur et avec joie.


« Ah Sainta… pharembourg
Moâââ, r’tourn’ro yamais !
Et più qué j’y yégaro
….et più sono…
Que ti amo mia princesa, mi mare, mi amor
Perché la soul è la ricesa
…A Sainta pharembourg…. ».
C’était fini. La peur l’avait quittée. Il se sentir libérer.


« A Sainta pharembourg… »
Puis il sentit la lame sur sa nuque. Instantanément, son corps se verrouilla de nouveau et tous ses muscles se re-contractèrent, interrompant violemment le cours de son petit ruisseau, chose particulièrement douloureuse.

- Oui, tu fais bien d'arrêter.

Pourtant, cela fit extrêmement mal à Lorenzo qui était soudain à nouveau paralysé.

- Pas de gestes brusques, le défroqué, si tu ne veux pas que ta tête se retrouve en deux morceaux.

Dieu que ça faisait mal ! Il avait reconnu une voix féminine, elle ne pouvait pas comprendre elle à quel point ça faisait mal. Non de dieu ça faisait mal. Mal. Mal. Il sentait que ça forçait pour sortir, mais impossible, tout était contracté. La pression ne disparaissait pas pour autant. Il avait mal ! Le petit oiseau faisait chèrement payé cette interruption.

Il avait si mal qu’il ne prit pas le temps d’analyser la situation. Etait-ce une reine jacque ? Une tueuse ? Une sorcière ? Ça y est il allait mourir ici. Il espérait que cela aille vite, c’était trop douloureux ce poids venant de sa vessie. Il répondit sans réfléchir, l’air dégagé de l’homme qui a mal et qui a compris que de toute façon il allait mourir.


- Bongiorno. Sono il cavaliere Lorenzo Libaude. Que vuole ragazza ?

Il rangea son douloureux appareil en parlant. Son cadavre n’en aurait que plus de dignité. Il songea que s’il finissait pendu, au moins sa vessie se viderait. Mais n’aurait-on pas pu le laisser pisser avant de mourir ?

- Permettez qué ‘range lé péti oiseau ?

Puis il respira profondément. Il était important d’avoir l’air digne, même de dos, avant de mourir. Et il se résolut.

- Allora ? Qué facé ?


XXXXXXXXXX
Sur Rodlph, les petits Monventeux étaient perplexes devant le comportement du chevalier Libaude.

- Il est vraiment idiot ce chevalier non ?
- Bah, n’y fait pas attention. Nous sommes bientôt arrivés. On va revoir la famille.
- Je me demande si nous n’étions pas mieux lotis lorsque nous étions encore des riens du tout à Bordefente.
- Jean-Jean nous avait bien dit qu’il était spécial…
- Oui, on peut dire que celui-là nous change. Mais je ne serais pas mécontent de m’en débarrasser.


Il se passa un instant. Lorenzo venait d’arrêter de chanter brutalement. Perplexes, les Montventeux regardèrent dans la direction où était parti Lorenzo. Au-delà du doute, celui-ci venait d’avoir fait une rencontre inopinée. Dalbr fit reculer un peu Rodlph pour avoir un meilleur angle de vision. Ils aperçurent le chevalier et la charmante roturière derrière lui, à le menacer.

Dalbr et Drahl firent l’examen des environs pour voir s’il n’y avait pas d’autres pécores. Aucun. Ils pouvaient se détendre. Ils avaient affaire à des touristes.

- Ah le ruffian ! Il est en train de se faire humilier par la première donzelle qui passe !

Les deux Montventeux suivirent alors la scène avec un grand sourire. Ils n’avaient pas du tout l’intention d’intervenir.







XXXXXXXXXX


De l’aventure, du suspens, une quête fabuleuse ?

Tristement, le récit délicieux des aventures d’Ashe et Lorenzo s’est arrêté ici. Nulle trace de la suite de l’histoire, nul ne sait comment s’est terminée cette rencontre épique, et peut être que nul ne le saura jamais.

Cependant, après avoir mené une enquête sérieuse, nous avons pu retrouver récemment la trace des deux compères et nous invitons le lecteur assoiffé de contes merveilleux à retrouver ces personnages courageux quelques années plus tard

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