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 Ce qu'apporte la poussière des chemins [Aetius][Terminé]

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Chadden Charis
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MessageSujet: Ce qu'apporte la poussière des chemins [Aetius][Terminé]   Dim 9 Jan 2011 - 14:55

~ Faun - Rhiannon ~




Arapienzzo, surnommé d’après lui-même – dans sa grande humilité – « prestespée », était de cette sorte d’homme qui prend plaisir à afficher les origines de son sang dans le moindre de ses gestes et de ses mises. Le sourcil haut, le menton fier, il dardait sur ceux qui l’entouraient le regard tant amusé que suffisant des gens que le simple fait de naître a dotés de bien des atouts ; mais il eût été malhonnête de réduire notre homme à ce seul portrait de coq pavoisant. De fait, s’il ceignait sa taille de l’épée, ce n’était pas que par goût du decorum et, si sa verve et sa gouaille lui avaient fait une petite réputation à la cour, il n’en devait pas moins cette dernière à ses honorables talents de bretteur.

A cette heure de la journée, le prestespée avait décidé de goûter au soleil ainsi qu’à l’air battu d’embruns non loin des quais de Pharembourg, assez proche pour deviner la brillance de l’eau qu’agitait un courant mollasson ainsi que les mâts des navires pointés comme autant de lances, mais pas suffisamment pour devoir supporter la mine rustre et l’odeur de marins maugréant. Il était accompagné, dans ses flâneries, de deux autres courtisans. Le premier, un verrat fait homme, gloussait bêtement à chaque bon mot tout en lançant, de temps à autre, à ses interlocuteurs un regard dont la ruse démentait toute apparente niaiserie. Le second était cet échalas à l’air perpétuellement courroucé, qui à petits gestes précis tentait parfois de relever son col – dans le but de masquer les quelques traces vérolées que l’on voyait s’étendre à la naissance de son cou. Tous trois, avec l’insouciance propre aux nobles par le sang, devisaient et riaient grassement.


- ... Mais qu’il continue sur cette voie et il perdra pied, c’est tout à fait limpide, disait l’un.
- Eh bien ! Qu’il tombe, rétorquait l’autre. Quitte à côtoyer la fange, autant s’y vautrer tout à fait, n’est-ce pas ? J’applaudirais des deux mains...
- Et moi donc, ricanait un troisième. Encore que s’il fallait en sauver, je crois bien que c’est vers sa femme que je me tournerais en premier...
- On dit qu’il n’y a pas plus gironde de ce côté-ci de la Gliève.
- Si fait. Je nouerais volontiers son étendard à ma lance si la chose était possible. »


S’en suivirent quelques rires entendus. Avec la fin du Voile – ce que d’aucuns avaient nommé la Malenuit – la vie de cité pouvait enfin reprendre son cours de manière ordinaire, depuis les appels des marchands jusqu’aux petites intrigues politiques. Si la pénombre de l’éclipse avait aiguisé les vigilances, le retour de la lumière semblait au contraire appeler à la détente et au relâchement. De fait, là où Arapienzzo et les autres auraient été prompts à tirer le fer pour la moindre suspicion, il leur fallut un certain temps avant de remarquer cet homme, ici, debout à quelques pas, qui les dévisageait sans mot dire.

L’homme en question était plutôt grand et d’apparence jeune. Sa peau, plus claire que celle de la majorité des Scylléens, parlait d’origine étrangère, tandis que la pelisse élimée et la vêture usée par les voyages témoignaient d’une extraction sociale plus que modeste. L’allure droite, les cheveux sombres tirés et noués en arrière, il s’appuyait sur un bâton de marche semi-épais, gravé et orné par endroits, à la manière d’un pâtre surveillant des brebis. Les yeux d’un gris très clair à la lumière du jour sautaient calmement d’un courtisan à l’autre, jusqu’à s’arrêter sur le prestespée lorsque celui-ci, se gaussant, prit la parole.


- Les gens du Nord doivent être terriblement dans le besoin, s’ils en sont au point de devoir armer leurs bergers, fit-il en avisant les fourreaux que l’on devinaient sanglés contre les flancs du voyageur. A moins que la Malenuit n’ait doté leurs chèvres de crocs et de griffes ? »


Aux petits rires qui accompagnèrent la provocation répondit le silence de l’interpellé. Toutefois, il fit deux pas en avant et, sobre, salua de la tête.


- Messieurs, le bon jour. La voix était profonde, posée. J’ai entendu dire que le comte de Scylla cherchait un homme d’épée pour parfaire ses compétences. Vous êtes gens de cour ; peut-être pourriez-vous m’aider à obtenir une audience ? »


Cette fois, ce fut une tempête de rires qui accueillit ses propos. Lorsque l’hilarité fut un peu retombée, Arapienzzo, galvanisé par la présence de ses deux comparses, fit face au berger avec un sourire qui lui retroussait légèrement les lèvres, teintant de menace son mépris affiché.


- Mais bien évidemment, Monseigneur. Messer le Comte serait tout à fait disposé à recevoir un pâtre en guise de maître d’armes, je suis certain qu’il trouverait la plaisanterie à son goût.
- Ce n’est pas une plaisanterie, rétorqua le soit-disant berger sans se départir de son calme et de sa neutralité polie. Mais si vous doutez de mes capacités, affrontez-moi.
- Hmm ? T’affronter toi ? Mon temps est trop précieux pour me permettre de le perdre à molester le premier manant venu.
- Je peux pourtant affirmer, fit l’autre un peu plus doucement, pouvoir vous vaincre sans me donner la peine de tirer l’épée du fourreau. »


Le silence du prestespée ainsi que les regards qu’échangèrent ses deux comparses apprirent au soit-disant berger que sa provocation avait touché juste. Haussant les épaules, Arapienzzo défit la fibule de sa pèlerine, confiant le vêtement à l’un de ses congénères avant de saisir, d’un geste précis, la garde de son arme.


- Très bien, bougre. Il tira le fer hors de sa gaine, fluide, et moulina du poignet pour s’habituer à l’équilibre de la lame. Après tout, le temps de corriger ce triste orgueil ne sera qu’une formalité. »


Et, buste légèrement tourné avec l’adresse de l’épéiste entraîné, il se mit en garde, l’épée pointée en quarte vers son adversaire désigné. Celui-ci, sans mot dire, se contenta d’abaisser lentement son bâton sur le côté de son corps, jusqu’à ce que l’extrémité effleure le sol ; la jambe d’arrière légèrement arquée, il attendit.

L’assaut vint sans se faire prier. Voyant la poitrine de son vis à vis ainsi exposée, le prestespée se fendit d’un estoc rapide, jetant le poids de son corps sur la jambe avancée tout en s’attendant, bien sûr, à ce que le berger esquive par le côté. Cela ne manqua pas. Pivotant avec adresse sur son pied d’appui, le pâtre avait laissé le fer adverse percer l’air ; mais il ne pouvait avoir eu le temps de fermer sa garde entre temps. Avec un petit sourire triomphant, Arapienzzo accompagna le pivot et mua son estoc en taille, assuré d’en cingler violemment le flanc de son ennemi. C’était tellement facile.

Tellement facile... Si simple, en apparence, qu’il n’avait pas pris la peine de surveiller l’allonge du berger. Laissant l’épéiste se focaliser sur son absence de garde, le manant ne s’était pourtant pas contenté d’esquiver, non ; son pivot lui avait surtout servi à donner une impulsion suffisante à son bâton. En arc-de-cercle, l’extrémité de bois frôla le sol et dérangea la poussière jusqu’à, avec un élan violent, frapper les appuis de l’épéiste par l’arrière. Sous le coup de la surprise et du déséquilibre dans lequel son attaque l’avait lui-même entraîné, Arapienzzo tituba vers l’avant, et battit brièvement l’air de son bras non armé pour retrouver un semblant de contenance et ne pas tout simplement choir comme le dernier des béotiens.

Telle était l’erreur de bien des gens d’armes : le trop-plein d’assurance. C’était, en somme, ce qui avait convaincu le berger de lancer sa provocation. Lui-même, maître de ses gestes, laissa un moment son adversaire maugréer et pester, d’autant plus piqué à vif que le duel se déroulait sous les yeux de ses deux comparses.


- Peste de... »


A peine le temps d’entamer son juron que le bâton vrombissait déjà dans l’air, suivant une taille violente qui semblait viser la tempe de l’épéiste. Avec un sursaut, Arapienzzo se reprit suffisamment à temps pour se pencher, évitant de peu le choc qu’il présumait plus que rude ; et, fortement courroucé par son premier échec, s’élança. Après un tel assaut, le berger – ou quoi qu’il pût être – n’aurait pas le temps de rabattre sa garde, et devait lui offrir l’ouverture nécessaire à un nouvel estoc. Se jetant ainsi en avant, le prestespée commit sa seconde erreur.

Trop de guerriers conçoivent leur art comme une suite de séquences indépendantes les unes des autres, tailles, estocs, feintes, bottes ou parades ; plus nombreux encore sont ceux qui confondent qualité de l’acier avec efficacité du bras. L’art que le « berger » avait développé, au contraire, s’articulait comme un langage. Chaque séquence, chaque mouvement, chaque geste n’était que l’amorce d’une phrase à développer, plus ou moins complexe, mais toujours correctement agencée. Aussi, ce fut avec naturel que le manant, faisant sauter la hampe de bois dans sa paume, ramena un bon quart du bâton derrière lui et, dans la continuité du geste, frappa une nouvelle fois. D’un piqué rapide et brutal, droit au creux de la poitrine. Le prestespée s’était par trop avancé dans sa riposte pour que l’esquive ou la parade lui soient possibles. Il prit le choc de plein fouet, lequel lui coupa le souffle, le renversa vers l’arrière et offrit à son dos l’occasion d’embrasser les pavés.

C’était terminé.

Sous les regards à la fois surpris – et secrètement satisfaits – des deux autres courtisans, le soit-disant berger se rapprocha de son adversaire terrassé, planta tranquillement son bâton au sol à son côté et se pencha vers lui.


- Ceux qui prônent la supériorité de l’acier sur le bois oublient que le bâton fut la mère de toutes les armes. Arapienzzo, mains crispées sur sa poitrine, reprenait son souffle en hoquetant, et lui dardait un regard débordant de colère et de honte. Tes amis t’aideront à te relever. Ensuite, tu te rendras à la cour, et tu annonceras au Comte que Chadden, dit le Vigilant, qui n’a ni terres ni blason, lui demande audience. Va. »


Et le dénommé Chadden de s’écarter de quelques pas tandis que les comparses du prestespée se chargeaient de redresser leur compagnon, non sans parfois échanger quelques coups d’oeil entendus. Paisible, le soit-disant berger les regarda s’éloigner un moment, avant de prendre à son tour la route vers le domaine du Comte. Il savait, à coup sûr, qu’il y serait annoncé, d’une manière ou d’une autre ; par Arapienzzo lui-même ou bien par l’un de ses deux « amis ».


Car chacun sait que l’univers de la cour est propice aux délations, et que le moindre coup en traître y est vu comme la meilleure des opportunités.


Dernière édition par Chadden Charis le Mer 23 Mar 2011 - 16:05, édité 1 fois
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: Ce qu'apporte la poussière des chemins [Aetius][Terminé]   Lun 10 Jan 2011 - 20:00

L’étroit préau obombrait un Aetius qui s’ennuyait. Accoudé à une colonne massive grimpée par un lila mourant, l’Ivrey contemplait le jardin emmuré avec nostalgie. Ce coin de verdure, encerclé de bâtiments de pierre de taille, souffrait de l’hiver comme il avait souffert de la Malenuit. Les fleurs d’été, normalement capiteuses et éclatantes de couleur, s’étaient laissé dépérir. L’absence de soleil les avait tuées à petit feu, et le froid automnal allait bientôt se charger de leur voleur leur parure colorée. Ce cadre mélancolique était bien entendu une représentation assez fidèle de l’état d’esprit du chevalier, qui, depuis que le Malebretteur, son maître en armes comme en tout le reste, avait rejoint d’autres horizons pour régler un problème dont souffrait son honneur, comme il avait dit. La présence de l’exceptionnel épéiste avait créé des émules à la cour, et beaucoup des fils de la noblesse avaient décidé de renouer avec leur amour de jeunesse, à savoir l’épée.

Certes, Aetius, qui admirait Armand de Sacrepon, son maître, et qui l’avait couvert d’honneurs, a sûrement joué un peu dans le lancement de cette mode dont la jeunesse dorée du pays, toujours en mal de danger, s’était entichée. On s’entraînait partout, se défiait tout le temps. Aetius se trouvait même dans les jardins du château pour accueillir une rencontre entre deux de ses courtisans, deux bons bretteurs qui interprétaient toujours la vétille la plus pauvre comme un prétexte à une nouvelle algarade ferreuse. Cependant, lui-même excellent épéiste, le comte avait commencé à se lasser du manque d’hommes pouvant l’égaler au sein de sa cour. Des spadassins des quatre coins du pays, ayant appris que le comte soupirait derrière tous les guerriers capables de tenir une arme correctement, avaient fait le déplacement. Mais leur style était pauvre, les rencontres décevantes ; certains l’avaient mis à mal, une poignée avait retenu son attention.

Pourtant Aetius, qui était encore jeune et doté d’un enthousiasme insouciant, levait toujours l’oreille lorsqu’on lui annonçait la venue d’un grand maître dans l’art de l’escrime. Il se faisait excité, babillait des invectives à lui-même, s’enfiévrait quand l’un de ses capitaines y faisait référence puis le noyait sous un flot de questions et de remarques. Mais tiens ! Quelle étrange coïncidence ; un jeune homme de bonne famille qui s’en venait par là pour assister au duel qui durait plus que nécessaire glissa au comte un quelconque « Vous ne devinerez jamais ce que j’ai vu dans le quartier des temples d’Olibiero ce matin. » Aetius, qui avait de l’attention à répartir, écouta son compadre avec intérêt, arrondit les yeux, se leva et s’en fut.

Quelques instants plus tard, revêtu d’un pourpoint richement teint et serti ainsi que d’une cotte de maille aussi fine que possible, Aetius, accompagné de son éternel conseiller Hubert et d’une harde de jeunes damoiseaux, attendaient l’événement de la journée en commentant l’humiliation faite à « prestespée », qui, étrangement, n’était pas de la partie. Situés dans la cour intérieur, confortablement installés, ils parlaient tous de ce fameux berger vigilant, un certain Chadden parait-il.

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Chadden Charis
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MessageSujet: Re: Ce qu'apporte la poussière des chemins [Aetius][Terminé]   Mar 11 Jan 2011 - 17:59

~ La danse à la cour des Ducs de Bourgogne - La perugia (saltarello) ~




Ainsi donc, son petit stratagème avait porté ses fruits. Chadden le sut quand il fut enfin arrivé aux portes, et s’en trouva convaincu en surprenant les coups d’oeil qu’on se lança avant de lui ouvrir une voie vers l’intérieur.

Le seuil passé, une petite nuée de regards s’attacha à sa personne. On le disséquait du bout des yeux, depuis l’allure jusqu’au maintien ; depuis l’habit proche de la guenille jusqu’aux rares ornements dont il mêlait ses cheveux ; on s’étonnait à voir l’éclat terni de l’argent sur les pommeaux de ses armes, mais on s’amusait de constater ses hésitations.

Car, oui, Chadden hésitait. Bien qu’il fît de son mieux pour masquer toute l’incertitude de ses pensées, le bâtard était intimidé – comme l’aurait été n’importe quel enfant du bas-peuple en pénétrant le territoire de l’aristocratie. Lui dont l’héraldique était de terre et de poussière ne pouvait empêcher ses yeux d’accrocher les parures et les couleurs, depuis les entrelacs brodés sur le pourpoint de celui-ci jusqu’aux détails méticuleux de cette tapisserie-là ; le rouge, le vert, le bleu même, couleur précieuse entre toutes, et encore l’éclat caractéristique de l’argent, ce métal admiré, espéré, révéré ; il fallait au jeune sang-mêlé bien de la retenue pour ne pas céder soit à la fascination soit à l’effroi. Dia ! Que faisait-il ici ? Il connaissait les mains calleuses, les bourrades rudes et franches, le visage have et épuisé de la mère qui vient de mettre au monde, le rire bruyant du garçon de ferme qui part à la traite. Ceci, toute cette débauche de teintes et de faste, ce n’était pas son univers. Ni les demi-sourires, les demi-mots, les demi-gestes, les demi-regards, les chuchotis, les gloussements, les commentaires susurrés tout juste assez haut pour que l’intéressé puisse les saisir « par mégarde ».

Et que disait-on, et qu’en disait-on ? Beaucoup, sinon la plupart, portaient sur l’étrange invité ce regard tant amusé que curieux que l’on réserve aux animaux exotiques ; « c’est donc ça, commentait-on, qui aurait vaincu prestespée ? Le bougre ne paie pourtant guère de mine ». S’en suivaient de petits rires à peine dissimulés. L’on moquait l’inexpérience du bretteur en disgrâce, et la honte terrible qu’entraînait d’avoir perdu la face devant un simple paysan, un gueux ; d’autres regards un peu plus attentifs tempéraient, quant à eux, le simple amusement. L’on disait, avec méfiance, aux traits acérés du berger et à la prestance étrange de certains de ses gestes, qu’il devait sans doute aucun mêler en ses veines le sang d’un être du Beau Peuple ; et l’on risquait alors le soupçon de quelque magie fielleuse qui aurait permis au vagabond de triompher. N’était-ce pas coutume, après tout, chez ces sorcières créatures ? D’autres enfin, moins nombreux encore, se taisaient, mais suivaient le bâtard du regard avec une certaine maussaderie. Ceux-là se souvenaient du nom de Chadden, et de ce qu’il pouvait signifier dans les campagnes ; mais rares, rares étaient ceux qui avaient entendu parler du vagabond de la Péninsule.

A mesure qu’on le guidait vers les jardins, Chadden entraînait à sa suite une petite volée de curieux, depuis les moqueurs jusqu’aux impatients. D’aucuns s’étaient même précipités pour aller annoncer sa venue auprès du seigneur des lieux. Marquant son avancée du bâton, le bâtard tâchait de faire le vide. Il lui fallait rester en position de force, ne pas montrer, ou le moins possible, d’hésitation dans son allant ; garder une démarche régulière, ni trop empressée, ni trop lente. On lui posa sans doute quelques questions, auxquelles il ne répondit pas. De fait, pour s’abstraire au mieux de toute perturbation, il murmurait entre ses dents les paroles de quelque ancien conte populaire, comme une ancre jetée dans le tumulte et le désarroi de son esprit.


« Un ancien, ô mon aîné ; tout sage est un sage qui corrige.
Le sage est le reproche de l'ignorant.
Avant de se mettre en colère contre nous, il cherchera quel poison, quelle nature est en nous.
Bienvenu est le sens aigu de la sagesse.
Ténu est le reproche encouru par un jeune homme si on ne l’interroge pas sur son art.
Avance, chef, selon une démarche plus légale.
Tu montres mal, tu as mal montré.
Tu ne cèdes que maigrement le pain de l’instruction. »



Peu à peu, les yeux aux teintes d’acier et d’orage reprirent un éclat ferme et assuré. Ses mains, crispées sur la hampe de bois vieilli qui sonnait au sol en contrepoint de ses pas, se détendirent. Et quand ils pénétrèrent les jardins, Chadden avait recouvré une part non négligeable d’assurance et de sérénité.


Bienvenu est le sens aigu de la sagesse.


Devant, on s’était arrêté. Calant son appui à ses côtés, le dos droit, notre bâtard dévisagea ceux qui lui faisaient face.


Durant son voyage à travers le Comté et jusqu’à la route qui l’avait mené à Pharembourg, Chadden s’était appliqué à récolter toute information au sujet du nouveau régent. On disait du jeune Comte qu’il était fin bretteur, et fin jouteur plus encore – puisque c’était d’une victoire à l’un de ces jeux qu’il devait sa toute nouvelle mainmise sur la région. Ainsi ne s’agissait-il pas d’un héritier légitime, mais il était sans doute trop tôt pour juger de la qualité de son règne. En outre, comme pour tout chevalier nommé au pouvoir par fait d’honneur, notre homme devait être accompagné d’une pléthore de conseillers divers lesquels se chargeaient de gouverner à sa place ; c’était de ces gens-là, et non du Comte lui-même, que le bâtard escomptait se méfier. Mais aye ! La politique ne serait pas pour tout de suite.

Silencieux, lui le gueux, le pâtre, le pouilleux, le bâtard, aussi déplacé à cet endroit que l’eût été un drow en Anaëh, dévisageait le nouveau Seigneur de Scylla. L’homme était à peu près tel qu’il se l’était imaginé. Bien fait de sa personne, la silhouette bien tournée, de bonnes mains. Un regard limpide et perçant. Il y avait quelque chose dans ce regard, de dur et de rentré, qui ne lui déplut pas. L’oeil gris de Chadden sauta sans s’attarder sur les courtisans, passa longuement sur Hubert, avec une certaine insistance, avant d’en revenir au Comte et de s’y ancrer.


Si les rumeurs et commentaires avaient repris peu après son arrivée, ils durent de nouveau se taire lorsque Chadden salua, d’une inclinaison de la tête aussi courtoise que sobre, avant de prendre la parole. Sa voix se révéla profonde, posée. Mais si elle était – somme toute – agréable à l’écoute et bien articulée, elle n’en demeurait pas moins teintée de ce très léger accent, quelque chose d’un peu traînant et une manière d’accentuer certaines syllabes aux dépends d’autres, qui était l’apanage du bas-peuple.


- Seigneur Comte, dit le berger. Chadden. Je n’ai qu’un nom, et c’est celui-ci. Il marqua un temps, après cette formule qui paraissait plus rituelle que réellement utilitaire. Là où je vais, j’entends bien des rumeurs, et celle-ci est venue à moi qui disait que le Comte de Scylla se languissait d’un fer capable de rivaliser avec le sien. Je ne prétends pas être le meilleur tireur à l’épée qui soit ; mais c’est un art dans lequel je pense être en mesure de me défendre. Un autre silence ; il inspira. J’entre dans votre maison, Seigneur Comte, pour vous proposer quelque aperçu de cet art et, s’il vous plaît de l’accepter, vous l’enseigner. »
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: Ce qu'apporte la poussière des chemins [Aetius][Terminé]   Ven 14 Jan 2011 - 18:34

Plusieurs fois, les pages accouraient auprès de leur comte pour s’écrier qu’il arrivait. Ils s’égaillaient derechef, laissant l’assemblée se remuer à chaque fois un peu plus. Le manège dura quelques instants, les fils de nobles accourant et les courtisans commentant à qui mieux-mieux. Finalement, le pâtre fut enfin devant eux. Grand, droit, une démarche mélangeant assurance et bizarrerie, il s’approcha de la cour et se tourna vers le comte, qu’on ne pouvait pas confondre au vu de la richesse de ses habits et de sa place centrale au milieu de cette ménagerie courtoise. Par les Cinq ! Certes l’étranger jurait avec l’opulence ambiante et certains ne purent que se jeter des regards entendus, comme pour dire que les lubies du seigneur de Pharembourg pouvaient souvent être déçues.

La cour se tut de nouveau, le pâtre s’inclina légèrement et fixa le comte, qui n’oubliait pas d’en faire autant. Déçu, il l’était un peu. Son ancien maître d’armes, Armand de Sacrepon, celui que d’aucuns surnommaient le Malebretteur, lui manquait. Ses tenues exotiques et bariolées, son comportement d’une mâle exubérance et, d’autant plus important, l’infinie maîtrise de l’escrime de ce spadassin des terres du nord, tout ceci allaient contre le nouveau prétendant qui se présentait pour apprendre quelques tours à Aetius. Ce dernier était cependant intrigué par le hère et son sillage de rumeurs. Les chuchotis l’avaient précédé, et Aetius, ce jeune homme quelque peu naïf, avait tendance à écouter ce qu’il se disait auprès de ses amis les fils de la noblesse.

« Eh bien, maître Chadden, je crois que tout est dit. » Le jeune homme, enthousiasmé par un nouveau duel, se leva soudainement. Hubert, un peu en retrait, lui saisit la main et susurra quelque chose qui devait ressembler à « et si c’était un assassin, messire ? » Peu enclin à imaginer de telles choses aujourd’hui, l’insouciant comte remit son conseiller à sa place et passa le mur de nobles qui s’était formé devant lui, afin de parer toute éventualités (ce n’était pas un gentilhomme, après tout ! qui sait ce qu’il avait en tête ?). Se plaçant à une distance confortable de son adversaire et arrangeant ses vêts pour qu’il ne soit point dérangé, il pria le « maître » de bien vouloir prendre congé de son bâton. On se battait peut-être avec des bouts de bois dans les tavernes des douanes, mais ici on fait encore honneur au bon acier, fit-il remarquer à Chadden et sa cour, qui fit écho aux bons mots de leur seigneur en échangeant quelques remarques âcres ou des pronostics fort favorables à messire le comte.


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Chadden Charis
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MessageSujet: Re: Ce qu'apporte la poussière des chemins [Aetius][Terminé]   Sam 15 Jan 2011 - 22:30

~ Vas - Ceremony of Passage ~




Oh, Chadden ne pouvait pas dire qu'il ne s'y attendait guère... Et pourtant, toutes ces petites aiguilles de mépris lui firent crisper la mâchoire. Ce fut, cependant, la seule manifestation de son irritation. Au bon mot du jeune Comte il n'opposa que le silence ; il serait toujours temps, plus tard, de montrer à ce jeune homme insouciant quelle valeur pouvait avoir un "bout de bois" dans les mains d'un guerrier entraîné.


"Je crois que tout est dit."


Le bâtard de hocher la tête avant de se défaire de son bâton, ainsi que le Comte l'y lui avait si courtoisement invité. S'il ne put l'appuyer quelque part, il se contenta de le poser au sol, à l'écart, et de défaire sa pelisse pour la laisser choir au même endroit. La fourrure épaisse ne pourrait être qu'une entrave à ses gestes si le duel devait se dérouler à l'épée, et Chadden devait à tout prix conserver l'attention du Comte - jusqu'à obtenir crédit. Tirant un fer de sa gaine, laissant l'autre au repos, il s'écarta de quelques pas et jaugea brièvement son adversaire.

Un pied en avant, le buste en pivot, notre frivole et enthousiaste Comte venait de passer en garde, l'épée en tierce : bras légèrement tendu, non levé, tranchant luisant de l'arme fièrement présenté au vis à vis. Sa gestuelle maîtrisée témoignait d'une expérience certaine, bien que l'on sentît l'impatience poindre déjà, latente. Avec plus de lenteur et de fluidité, le pâtre - après avoir salué, presque religieusement - guida son arme en quarte et, l'oeil patient, attendit l'assaut qui n'allait probablement guère tarder.

Et le Comte s'élança, sous l'oeil gaillard de sa cour. Et les fers sifflèrent comme deux flammes, se rejoignirent avec éclat, dévièrent, grincèrent, contrèrent. Aux enchaînements propres et vifs du jeune régent répondait le style coulé et inventif de son adversaire. Là où le noble, rendant les honneurs à son blason, se voulait puissant et flamboyant, Chadden préférait les feintes subtiles, les engagements déviés et les changements de pivot comme d'appui. Si l'Ivrey cherchait la prise de fer, il répondait par l'enveloppement, et se dérobait par l'esquive au serrement de mesure. Serpent se déjouant des coups de bec de l'aigle jusqu'à venir, provocateur, se lover sur les serres du rapace pour mieux se dérober.

Et pas un mot, non. Et pas un geste qui ne soit précis, calculé, judicieusement placé. Si le Malebretteur faisait tant jouer sa verve que sa lame, le berger conservait son silence et sa concentration, vivait l'épée et interrogeait de sa pointe tout le talent de son adversaire en tentant de le forcer, oui, à faire étalage de ses capacités. Comment bien sonder la valeur d'un bretteur sans cela ?

Et puis, lorsque Chadden se fut suffisamment repu des éclats de cet étrange dialogue, il cassa le rythme. Assez de déjouer bottes et feintes adverses, il fallait gagner, à présent. La prochaine passe d'armes devrait être décisive.

Jusque là souple et défensif, le style du berger se fit brutalement plus âpre, plus acéré. Il profita d'une parade du Comte pour rejeter ses appuis vers l'arrière, et se fendre brutalement d'une nouvelle estocade de quarte, droit vers la poitrine ; botte qui se développa en une in quartata lorsque le Comte voulut parader de côté. Les lames s'embrassèrent une nouvelle fois, hargneuses, par le fort. La flanconade aussitôt dardée par le bâtard contraignit l'Ivrey à rompre, reculant ; ce fut une erreur, car son adversaire en profita pour serrer la mesure d'une large passe. L'épée du bâtard rampa littéralement sur la lame opposée - un coupé, aussitôt suivi d'une tentative de touche en septime, menace d'estoc sur la cuisse du jeune Comte ; et si ce dernier jugea bon de tenter de prendre de nouveau le contrôle de ce fer menaçant par un battement, il en fut pour ses frais. L'arme du vagabond, furieuse, vrilla, se déroba, lorgna la poitrine. Le Comte ne vit pas la feinte. Lorsqu'il pivota du talon pour aller chercher le flanc que l'estocade adverse - pensait-il - offrait à son propre fer, la botte du berger venait à terme. Chuintante, l'épée remonta, passa outre la garde de l'Ivrey et, comme un dard, frappa. Pour s'arrêter, encore vibrante sous l'élan de l'estoc, à moins d'un pouce du jeune et noble front.


Tout s'interrompit.


Face à cette langue d'acier pointée entre ses deux yeux, il était fort probable que le Comte ait stoppé sa propre lame. Il y eut peut-être quelques rumeurs alarmées parmi les nobles spectateurs, mais - de toute évidence - le pâtre n'irait pas poursuivre son geste. Oh, nous ne dirons pas qu'il ne ressentît aucune satisfaction à demeurer ainsi quelques secondes, le fil dardé vers le crâne de son adversaire mais, après quelques instants, son épée finit par lentement s'abaisser. Puis se rabattre vers lui, alors que le sang-mêlé ramenait ses appuis en arrière. Le souffle légèrement saccadé par l'ardeur du combat, l'arme en tierce et non au repos - des fois que l'Aigle de Scylla ait l'envie de poursuivre le duel malgré une défaite évidente - il attendit.
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: Ce qu'apporte la poussière des chemins [Aetius][Terminé]   Dim 16 Jan 2011 - 19:28

La danse commença vigoureusement sous les regards de la cour ainsi réunie. Aetius, qui se faisait, à chaque fois, de ridiculiser son adversaire en quelques passes, avait attaqué l’arrogant berger de manière agressive, presque enthousiaste. Son style se voulait grandiose, la fluidité des mouvements de son adversaire les rendait grandiloquents. Le style original du bretteur étranger avait de quoi surprendre, étonner. Ce dernier se jouait même des coups d’estoc académiques que lançait le jeune chevalier contre lui, venant le titiller au milieu d’un geste qu’il pensait gagnant. Exalté par l’épreuve de force que lui proposait le sang mêlé plutôt qu’agacé, Aetius, qui ne se départait jamais vraiment de sa concentration et de sa technique devenue quasi naturelle, s’engagea dans le duel avec d’autant plus d’allant.

Les lames vinrent se mordre l’une l’autre comme deux fauves, se couler l’une dans l’autre comme des reptiles, se lover comme des amants. L’une d’elles surgissait soudainement, l’autre l’écartait d’un coup parfois brutal, parfois souple, et la danse reprenait sous les exclamations de la foule compassée. Certains des jeunes gens se laissaient prendre au manège et jetaient des lazzis à l’adresse du berger placide. Son style, plus effacé, étonnait sans émouvoir. On lui préférait le mélange de Kerkand et d’aigle auquel s’exerçait un Aetius absorbé par le combat et couverts des plus beaux habits. Mais si sa mise et le début de la lutte donnait vainqueur le bon comte pour l’œil plus habitué à l’évaluation des brocarts qu’à celle de l’escrime, le demi-elfe finit par rompre d’un coup violent ce curieux ballet qui commençait à se stabiliser. Enchaînant sur sa lancée, il ne lui fallut quelques pas pour déjouer la garde de son auguste hôte et finir par développer un rapprochement des plus intimes entre sa lame acérée et le front d’Aetius.

La rapidité de cette conclusion laissa place à un temps de flottement tant de la part des nobles que de l’Ivrey, qui durent prendre un moment pour comprendre (et accepter ?) la défaite de Scylla. Une fois l’information encaissée, digérée et déglutie par le regard sombre du comte, ce dernier scruta avec un peu plus d’intensité les yeux durs et gris du jeune bâtard. Ce dernier l’avait désarçonné avec une franchise presque fruste et beaucoup durent être vexés de voir le bretteur se débarrasser du duel avec un telle hâte. Ainsi, planté là devant son adversaire et vainqueur, l’Ivrey se donna le temps de réfléchir et d’aspirer quelques goulées d’air frais bienvenues. N’arrivant pas à se décider de ce qu’il devait faire dans un tel cas, il voulut oser un regard vers Hubert, son conseiller, qui l’aurait, à juste titre !, conseillé sur la meilleure démarche politique à suivre. Mais incapable de penser à autres choses qu’aux passes d’armes auxquelles ils s’étaient tous deux livrés, harcelé par des considérations qui faisaient office de parasite, il finit par se convaincre que la cour, pourtant plongé dans un silence similaire, était trop bruyante.

« Qu’on me laisse seul, » finit-il par articuler à la noble assemblée ici… assemblée ? Cette dernière, dubitative, se laissa le temps de la réflexion. Un rugissement du jeune seigneur finit par les déterminer et ils s’en allèrent en commentant cet interlude inattendu.
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Chadden Charis
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MessageSujet: Re: Ce qu'apporte la poussière des chemins [Aetius][Terminé]   Lun 17 Jan 2011 - 20:29

~ Hagalaz' Runedance - The falcon flies ~




Ai-je bien ton attention, Seigneur Comte ?


A sa question muette, le bâtard chercha réponse et confirmation dans le regard de son adversaire tout le temps que celui-ci voulut bien lui offrir. Autour, le silence se fit incertain. Mais aux murmures qui commençaient à poindre, sans oser tout à fait se risquer à commenter une si cruelle défaite, l'Aigle de Scylla apporta un terme ferme et sans appel.


- Qu'on me laisse seul."


Instant de flottement. Toujours en garde, Chadden inspirait l'air lentement, forçant son pouls à retrouver une cadence plus sereine. S'il en croyait l'attitude du Comte et l'ordre donné, son épée risquait de ne pas retrouver tout de suite la sécurité du fourreau.

Au grondement furieux du jeune régent, les nobles se retirèrent enfin. L'un après l'autre, ils quittèrent l'enceinte du jardin mourant, pris dans les feux d'automne. Les laissèrent seuls - en apparence tout du moins. Bientôt, il n'y eut plus que le son ténu de leur respiration par-dessus les rumeurs lointaines du domaine seigneurial. Et, sans un salut, sans un sourire, sans un mot, le Comte se remit en garde puis s'élança, de nouveau, vers son adversaire. Qui l'attendait.


Ai-je bien ton attention, maintenant ?


Plus question de parader, cette fois. Plus question de jouer. L'enthousiasme un peu hautain venait d'être supplanté par autre chose de plus féroce, de plus franc aussi. Cette fois, l'Aigle ne se contentait plus de simples coups de becs : il voulait happer, lacérer, déchirer. Et le serpent, lui, jusque là placide et sifflant, se lova et frappa, tous crocs dehors.

Les lames se trouvèrent avec violence. Glissèrent et luttèrent, vrillèrent, chacune cherchant sa jumelle pour mieux la vaincre et la briser sous ses assauts. Ripostes et contre-ripostes se succédaient sans retenue, les appuis changeaient, les feintes se faisaient plus rudes, plus rapides et plus sournoises. Plus d'une fois, la force et la hargne du jeune Comte contraignirent le bâtard à rompre, reculer, céder du terrain ; et plus d'une fois, les coups précis du berger prirent l'ascendant sur l'Aigle. L'acier frappant l'acier chantait la toile de ce qui devenait, de seconde en seconde, un duel formidable.

Mais la flamboyance du Chevalier au Kerkand, bien qu'appuyée par une technique remarquable, ne parvenait jamais tout à fait à prouver sa supériorité sur le style incisif et efficace de son adversaire. C'était lui qui donnait le rythme, la plupart du temps ; se faisant souple et fluide sur la défense, puis attaquant avec une vigueur redoublée ; trouvant la faille dans les parades du Comte et s'y engouffrant sans hésiter, presque railleur, glissant la pointe de l'épée lors d'assauts qui auraient dû porter mais la retirant aussitôt. Aucune erreur du jeune régent n'échappait aux yeux gris. Et pour chacune, il le lui faisait cruellement savoir. D'autant plus fermement qu'il n'y avait plus de spectateur pour constater de leur violence libérée.


Ai-je bien ton attention ?


Combien de temps cela dura-t-il ? Assez, sans doute, pour que l'acharnement méthodique et patient du bâtard mette à rude épreuve la ténacité du Comte. Assez, sûrement, pour que l'un et l'autre des adversaires commençât à montrer des signes de fatigue. Tout en déviant d'une vrille souple la flèche que l'Ivrey venait de lancer à son encontre - cette estocade vive et violente, qui mobilise l'équilibre du corps en entier - Chadden se prit à songer à mettre un terme à ce qui ne devait être, initialement, qu'un duel d'exemple. Mais ce qui suivit le prit au dépourvu.

L'attaque de taille portée par le Comte venait bien de faire vrombir l'air d'étonnante manière, mais son adversaire n'y prit pas vraiment garde, tout concentré qu'il était sur les gestes et déplacements de l'autre combattant. L'intensité et la vigueur de l'assaut, lorsqu'il percuta sa lame montée en parade, le stupéfièrent. Un bref instant, il crut même avoir perçu une poussée autre en plus de celle du Comte ; ses talons raclèrent le sol et, déséquilibré, il ne dut son salut qu'à ses excellents réflexes, conditionné qu'il était à l'art difficile de la survie. Car, déjà, l'Ivrey était sur lui - apparemment décidé à enchaîner par une estocade brutale. L'épée du bâtard siffla, enveloppa, accompagna, déviant l'arme adverse par le bas, pointe vers le sol ; et au lieu de trouver chair et sang, le fil d'acier acéré traça une longue estafilade dans le cuir et l'étoffe. En guise de riposte immédiate, comme la poitrine du Comte se trouvait désormais exposée, Chadden déséquilibra brièvement ses propres appuis pour frapper du pied avec force, droit au ventre de l'adversaire, afin de le rejeter vers l'arrière et d'en finir avec cette proximité dangereuse. Un mot unique, dur et claquant, siffla entre ses lèvres.


- Assez !"


Des fois que le Comte voulût repartir instamment à l'assaut, le bâtard restait sur le qui-vive. Un pied en avant, le buste légèrement tourné, ses deux mains demeuraient fermées sur la garde de son arme, tenue à hauteur de tempe et pointée droit vers l'Ivrey. Le souffle était court, mais le regard fixe et déterminé.


- Cette fois, tu t'es vraiment battu. La voix fut calme et sourde, par économie de souffle. Comme un rapace, et non comme un paon."


Autour de la garde annelée, ses phalanges se crispèrent sensiblement. Si le Comte n'était pas disposé à l'écouter, chacun de ses muscles saurait répondre par l'assaut et la parade. Mais pour l'heure, les deux combattants avaient nettement besoin de répit.


- L'escrime n'est pas un jeu. Oh, elle peut le devenir, mais là n'est pas son but premier - celui de tuer. Qui l'oublie ne peut pas faire un bon combattant. Que ce soit pour jouer, ou pas. Il cilla. Quelle qu'ait pu être ta valeur autrefois, tu t'es amolli."


Le tutoiement intempestif n'était pas une provocation, et l'Aigle de Scylla, malgré son rang, devrait en comprendre la raison. Hiérarchie et place sociale n'avaient plus guère d'importance, à ce stade.


- Ton style est ambitieux, emporté, insouciant. Tu en dirais autant de ce que tu es, n'est-ce pas ? reprit le bâtard avec un sourire - ténu, léger, mais un sourire tout de même. Le premier. Tu as la force et l'adresse ; et à en croire ta technique, tu as du suivre l'enseignement d'excellents maîtres."


Un temps.


- ... Mais plus que la maîtrise, plus que la modération, plus encore que la détermination, il te manque quelque chose de fondamental : le sens des priorités."
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: Ce qu'apporte la poussière des chemins [Aetius][Terminé]   Sam 22 Jan 2011 - 20:08

Les coups avaient été plus francs, la rencontre plus violent. Les deux bretteurs en tremblaient et chacun se mettait en difficulté. Chaque frappe comptait et lorsque l’équilibre s’alourdissait pour un camp, une pointe ou un estoc finissait pas rétablir la fragile balance. Le combat exténuait nos deux héros, qui se donnaient du mal. Lorsque le paroxysme de la lutte fut atteint, on put parler de véritable ouragan. Aetius crut même, un court instant, avoir lancé dans le duel un coup surhumain, une attaque qui n’avait rien de naturelle. Déstabilisé, le pâtre sut cependant en tirer partie et, par une virevolte habile, s’écarta de son adversaire.

Un « Assez ! » retentit et le chevalier au Kerkand stoppa son mouvement sans plus attendre. Ce bien curieux tireur d’épée était devenu son professeur, et son arrêt immédiat le prouvait. Le sang mêlé avait beaucoup de choses à lui apprendre. Il n’avait plus vu un tel style depuis des mois, et le fait que le berger puisse le vaincre deux fois d’affilée finissait d’entériner sa place de maître dans l’esprit du jeune Aetius. Ce dernier avait vu ses attaques évoluer et plus qu’un combat, il s’était prêté à une leçon riche en rebondissements comme en enseignements. Essoufflé et attentif, l’Ivrey essayait de se faire humble comme il s’était montré curieux durant le combat. Cependant, le tutoiement du hère n’empêcha pas la mâchoire du comte de grincer entre deux goulées d’air.

L’agacement vint se coller à la soif de savoir d’Aetius. Il écoutait de toute son attention – ce qui n’arrivait pas souvent – les paroles de son nouveau maître. Mais son discours était péremptoire, provocant. Cela heurta le comte, qui se contint cependant. Une fois son analyse assenée, le sang mêlé toisa son adversaire et élève à la fierté blessée. La situation était cocasse : un vagabond, un homme du peuple, qui donnait sa leçon à un prince du sang ! Un silence rythmé par le souffle lourd des deux hommes passa. Finalement, Aetius rengaina et se repositionna de façon plus urbaine.

« Cessez de me tutoyer, » finit-il par lâcher, un peu moins urbain. Puis, comme si cela lui faisait mal, il dit d’une voix fatiguée où se mêlaient l’humilité du disciple et l’arrogance du prince : « Vous êtes ici chez vous. Mandez-moi quand bon il vous semblera car dès à présent, vous êtes officiellement mon maître d’armes, Chadden. »
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Chadden Charis
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MessageSujet: Re: Ce qu'apporte la poussière des chemins [Aetius][Terminé]   Dim 23 Jan 2011 - 20:09

~ Anuna - Riu Riu ~




Si le regard du jeune bâtard était resté droit et déterminé, en dedans, son pouls battait la chamade - et ce n'était pas que du fait de leur affrontement précédent. Chadden savait parfaitement quels risques il prenait dans sa démarche d'instruction ; et le petit éclat vexé dans les yeux du Comte démontrait bien que le culot de ses propos n'allait pas lui être pardonné.

Ce fut donc avec un certain soulagement, remarquablement dissimulé, que le soit-disant berger suivit le retour de l'arme du Comte au sein de sa gaine. En écho, sa propre lame s'abaissa, jusqu'à rejoindre avec fluidité et naturel son propre fourreau. La tension de ses muscles se relâcha sensiblement ; ses appuis retrouvèrent la stabilité rassurante de la station debout, au repos.


Cessez de me tutoyer, avait dit l'Ivrey, avec un peu de raideur. Ceci fit sourire le bâtard une seconde fois. Avant de répondre, il dévisagea un bon moment son élève.


- Voilà un très bon exemple, au sujet des priorités. Quelle importance que je te tutoie ou te vouvoie ? Ta cour n'est pas là. Laisse-la s'offusquer à ta place quand il y a lieu, et - au contraire - profite de son absence."


Il se détourna à demi. Marcha jusqu'à ses affaires, paisible, pour récupérer pelisse et bâton. La première fut soigneusement rattachée et rabattue sur ses épaules ; le second servit d'appui rassurant lorsqu'il fit de nouveau face au Seigneur de Scylla, plus grave.


- Le tutoiement est, en ce qui me concerne, une marque de grand respect. C'est ainsi que je reconnais ceux qui ont croisé le fer avec moi. Chadden pencha la tête de côté, songeur. Ne te mets pas à penser que je te méprise ou te provoque, Seigneur Comte. Je sais qui tu es, et je suis tout à fait conscient de ton pouvoir - tout autant que je le suis de ma place en tant que fils du peuple. Je sais ce que je risque si je provoque ton courroux, et suis honoré que tu m'acceptes comme maître."


La seconde main monta au bâton, s'y ferma. Inspirant doucement, le sang-mêlé s'accorda quelques secondes de réflexion.


- ... J'ai, de fait, deux enseignements à te proposer. Le premier se concentrera sur la maîtrise du fer, sur son maniement, sur ce qui en découle. Il sera majoritairement constitué d'entraînements comme celui-ci, et devrait parfaire tes connaissances en tant que bon combattant. L'oeil gris cilla. Le second, en revanche... Oui, le second enseignement sera beaucoup plus long, et beaucoup plus difficile. Il remettra en cause les bases de ce que tu sais déjà, et t'apprendra qu'il ne suffit pas de répéter quelques passes d'armes pour devenir un bon guerrier."


Curieusement, malgré la teneur des propos, il n'y avait là nulle trace d'arrogance, de prétention ou même de défi. Ce fut d'une voix tranquille et posée que le bâtard donna sa conclusion.


- Je n'ai rien à ordonner, et je n'imposerai rien. Le premier enseignement pourrait tout à fait te convenir sans qu'il soit besoin du second. C'est à toi de décider de ce que tu veux faire de ton art, Seigneur Comte. C'est à toi de choisir."
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: Ce qu'apporte la poussière des chemins [Aetius][Terminé]   Jeu 27 Jan 2011 - 22:36

Ahanant avec moins d’entrain, Aetius considérait l’offre de son nouveau maître d’armes. Tout n’était pas clair pour le jeune homme, qui essayait tant bien que mal d’analyser la différence entre les deux propositions de Chadden. Ne prenant pas le temps de réfléchir, il laissa passer quelques goulées d’air et prit finalement sa décision. Impulsif, il avait été attiré comme un papillon de nuit est attiré par une torchère par la proposition la plus exotique. Il avait choisi la deuxième solution, le régime le plus difficile et le plus long. Cette âme légère avait donc choisi non pas en connaissance de cause mais en fonction de l’attrait qu’exerçait sur elle les deux choix que lui offrait le berger. Aetius était pourtant connu pour son entrain à changer ses aspirations aussi vite qu’il changeait de pourpoint.

« Je vais suivre la deuxième voie, maître Chadden. » finit-il par dire, un large et innocent sourire sur les lèvres. Il avait oublié tout ce qui s’était dit plutôt, ou du moins c’est ce que l’on aurait pu penser. A présent doux comme un agneau, il cria à Hubert de venir. Le vieux conseiller, qui se cachait non loin, répondit à l’appel de son maître avec une docilité toute feinte mais avec une diligence qui laissait à désirer. Tandis que le vieillard s’échinait à rejoindre les deux jeunes gens, Aetius retourna son regard en direction des yeux grisâtres de son maître.

« Il est temps de parler de votre rente, à présent. Vous n’allez pas vivre comme un vagabond maintenant que vous séjournez à ma cour. Préférez-vous une rente d’argent ou l’usufruit de quelque métairie ? »
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Chadden Charis
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MessageSujet: Re: Ce qu'apporte la poussière des chemins [Aetius][Terminé]   Lun 31 Jan 2011 - 10:04

~ Anuna - Eiri na Griine ~





La réaction de Chadden, à l'entente du choix nommé, fut assez mitigée. Ce n'était pas tant la décision du Comte en elle-même qui le préoccupait mais bien plutôt ce sourire qu'il s'était permis d'afficher : le sourire d'un enfant auquel on propose l'usage d'un jouet dont il ne sait encore rien. Il s'en doutait à demi, certes, s'il se fiait à l'aperçu du caractère prédominant chez l'Ivrey ; il lui faudrait simplement redoubler d'inventivité pour ne pas perdre l'intérêt de son nouvel élève.

Et déjà, son esprit rodé aux exercices de même sorte se repassait les combats en revue, disséquait forces et faiblesses perçues dans les gestes du Comte, retraçait l'évolution du duel avec aisance - lui vinrent, cela fait, quelques esquisses d'entraînements adaptés que le jeune bâtard nota consciencieusement au sein de sa mémoire.


Tout ceci risquait d'être ardu ; le jeu n'en serait-il pas plus délicieux, après tout ?


- ...une rente d’argent ou l’usufruit de quelque métairie ? "


L'usu... quoi ? Tiré de ses réflexions par le verbiage de son vis à vis, Chadden cilla. Il ne s'était pas attendu à ce qu'on lui propose ce genre de choix en guise de paiement. La présence très à-propos d'Hubert - qu'il avait reconnu comme étant cet homme discret aux côtés du Comte avant qu'ils ne croisent tous deux le fer, celui, également, qui avait saisi le bras du jeune noble dans un geste d'alerte un peu plus tôt - rendait la situation d'avantage délicate. Effaçant la surprise désorientée de son expression, le bâtard se permit un silence. Il n'avait pas la moindre idée de ce que pouvait bien être la seconde proposition, c'était certain ; mais Chadden pressentait vaguement que demander à être éclairé, outre permettre au vieil Hubert de glisser quelques remarques à son maître, risquait d'entraîner des explications plus vagues encore.

Le bâtard se secoua. L'argent était une valeur sûre, rassurante. Cela serait amplement suffisant. Là était une grande différence de caractère avec le Comte, qui faisait passer l'engouement avant la prudence.


- Une rente d'argent me conviendra tout à fait, dit-il enfin, la voix assurée - en lorgnant brièvement vers l'illustre conseiller. Mais si cela m'est permis, j'aimerais, avant de séjourner ici pour de bon, avoir une lune de délai. Le temps de régler quelques affaires. Après cela je vous serai tout disposé."


Un retour au vouvoiement, oui... Soit capitulation face aux ordres du Comte, soit prudence en présence d'Hubert.


- En attendant ce délai, je voudrais que vous, Seigneur Comte - et le regard couleur d'orage se fixa de nouveau dans les prunelles de l'Ivrey - réfléchissiez à ceci : quelle est la meilleure de toutes vos armes ? Un temps. Ne répondez pas de suite, voire ne répondez pas du tout, même ; mais la prochaine fois que nous nous verrons, je veux que vous apportiez l'arme sur laquelle votre choix se sera arrêté. Je viendrai, pour ma part, avec la meilleure des miennes."


Chadden de redresser le dos après cela, considérant gravement l'un puis l'autre des personnages qui lui faisaient face. L'assurance et la paix étaient bien revenues, cette fois. Et ce petit défi lancé permettrait, sans doute, à l'enthousiasme du Comte de ne pas retomber trop tôt.

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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: Ce qu'apporte la poussière des chemins [Aetius][Terminé]   Ven 4 Fév 2011 - 21:42

Aetius écoutait le bâtard, plongé dans une douce torpeur à présent. Ses muscles s’étaient relâchés, sa respiration avait retrouvé sa régularité et le comte écoutait le reste de la diatribe avec la légèreté qui le caractérisait. Il ne réagit pas tout de suite face à la première demande de son nouveau maître d’armes, qui se montrait déjà bien aventureux pour son premier jour de travail. Cependant, les propositions de Chadden et son vouvoiement envers son nouvel employeur contentèrent Aetius. Ce dernier était curieux, à présent, et il se demandait quelle arme il pourrait choisir pour impressionner et vaincre son futur adversaire.

« Bien, dit-il enfin. Vous verrez les détails avec Hubert. Si vous le désirez, vous pouvez séjourner ici tant qu’il vous plaira. Sinon, nous nous reverrons dans à la prochaine lune pleine. » Et sans rien ajouter, il fit un geste à ses deux hommes qui prirent congé de lui. Hubert, en affable vieillard, le guida à travers le palais. Il posait des questions polies sur les origines du berger et sur sa vie antérieure à la rencontre qu’il fit avec le comte, comme si cela marquait une frontière entre sa première existence et celle qui allait lui succédait. L’accompagnant lentement dans les couloirs, il donnait des conseils et s’enquérait de tout ce que le bâtard voulût bien lui dire.
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