Partagez | 
 

 Temple de Meingal | Des sillons de colère

Aller en bas 
AuteurMessage
Lessryn Vesz'Talinth
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 35
Âge : 33
Date d'inscription : 12/01/2011

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  
Niveau Magique : Arcaniste
MessageSujet: Temple de Meingal | Des sillons de colère   Mer 9 Fév 2011 - 19:58

~ Elend - Apocalypse ~






Et si l'on dit que tous les chemins mènent à Uriz,
c'est toutefois en Meingal qu'ils prennent leur source.



Le grand berceau du Culte dévoué au Balafré, le Rouge Seigneur Sasshik'Etsh Par-Qui-Sentence-S'abat, était ce monstre de pierre rouge et noire tapi au coeur de la galerie des temples ainsi que l'aurait été un rubis dans son écrin, une braise dans son lit de cendres, une goutte du sang au bout d'un fer meurtrier. L'onyx et le porphyre se disputaient au basalte et à l'obsidienne. Ce n'était pas là le faste louvoyant d'Isten, plein de replis et de mystères feutrés. Ce n'était pas l'antre nauséabonde et grouillante de la Mère des Vermines. Tout, ici, se faisait acéré, dur, tranchant. Entre les colonnades droites et sévères se profilait le feu de Meingal, brasier de colère et promesse de justice, sans cesse fulminant, toujours crépitant.


Après le vaste parvis et le grand escalier de pierre noire attendaient les portes, toujours grandes ouvertes, que se devait de franchir tout fidèle venu prier, déplorer, réclamer. De rouges acolytes postés sur le seuil offraient alors une oeillade sévère et furieuse au visiteur, ainsi qu'un silence fermé ; point question de sourire ou d'accueil voluptueux, ici. Et si le silence lourd se chargeait parfois de cris ou de clameurs - car l'on hurle les prières à Meingal plus qu'on ne les chante - ce n'était que pour rappeler aux Sombres que le regard du Balafré, aussi sauvage qu'austère, était ici sur eux fixé.

Des brasiers placés à intervalles réguliers éclairaient la Nef sans cela plongée dans la pénombre ; de grands feux sanglants, que quelques prêtres venaient parfois fouiller d'un tison. On allait et venait rapidement dans la Chambre de Meingal, mais le plus souvent en silence ; et les mots parfois échangés d'un serviteur à un autre se faisaient courts et brefs, aboyés. Ca et là, des Sombres mâles ou femelles, présentant le visage scarifié des Confesseurs, ceints du livre et du couteau, attendaient les réclamations d'un fidèle venu implorer le courroux du Dieu-Justice. Leurs mains feuilletaient alors mécaniquement les pages de loi, et leur voix récitait comme autant de psaumes la litanie des sentences encourues suivant l'affront subi. Dans le cas où la simple explication orale ne suffisait pas, d'innombrables gravures, tableaux et vitraux flanquaient les lourdes parois de pierre, témoins visuels des nuées de sévices que réservait Meingal à ceux qui enfreignaient sa loi.

Tout au fond, enfin, la statue du Dieu lui-même, sinistre et imposante, veillait d'un oeil minéral et sanglant sur cette étrange parodie de tribunal - ainsi que sur son propre autel. Une volée de marches permettait d'accéder à la grande dalle de marbre noir qui avait déjà connu bien des sacrifices, et dont la teinte s'était depuis longtemps faite oublier, sous les strates de sang versé que nul ne nettoyait jamais.

Au-delà encore, le long de l'abside, quelques portes aux gonds imposants menaient à d'autres appartements ; mais rares étaient ceux que l'on autorisait à y pénétrer, hormis bien entendu les membres du Culte - et les invités les plus prestigieux. Dernier rempart avant le ventre du bâtiment, où résidait le Haut-Prêtre lui-même.


Et qu'en était-il de Lessryn Vesz'Talinth, Main-de-Meingal ?


Penché sur le livre volumineux tour à tour rédigé par les Hauts-Prêtres s'étant succédés sous le regard du Balafré, tout entier drapé d'encre et de pourpre, l'éminent Sombre rêvait aux colères d'Uriz.

Il rêvait du sang des batailles. Il rêvait de la fureur des guerriers. Rêvait des sanglots de haine nés dans la gorge des victimes, et de l'exultation des vainqueurs. Rêvait de Vengeance vêtue de sa robe de feu et de sang versé, et Vengeance, dans ses rêves, dansait sur le monde entier.

Trop longtemps les siens n'avaient recueilli que les pleurnicheries des Sombres les plus veules et les mesquineries d'une justice sans éclat. La Loi drow pesait sur le Puy ; il la voulait voir s'étendre au-delà. Il la voulait, plus encore, la voir ouvrir ses bras de fer sur les meilleurs ennemis des Sombres, sur les forêts encore inviolées de leurs mornes cousins. Il était grand temps, pour Lessryn, que ce feu froid qui avait fait des drows ce qu'ils étaient désormais - une alchimie lente et subtile de haine et de rancoeur - éclatât au grand jour. Et que chacun, sous l'étendard déployé d'Uriz, tremblât enfin.


C'était un beau rêve pour l'esprit d'un être comme Lessryn ; mais rien qu'un rêve, encore. Qu'importait : il était patient. Et bien des graines pouvaient encore être semées pour faire de ce songe une flamboyante réalité. Il suffisait de guetter les signes...

... Comme le serait, peut-être, la prochaine visite dont s'honorerait son Temple.
Revenir en haut Aller en bas
Elvanshalee Hune'Baenre
Drow
avatar

Nombre de messages : 237
Âge : 30
Date d'inscription : 05/11/2010

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  404 ans
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Temple de Meingal | Des sillons de colère   Ven 11 Fév 2011 - 20:19

    En ce jour, l'humeur était bonne pour la Voix de Teiweon. Elle pouvait être changeante avec la drow par intérêt ou simplement par caprice ou envie. La Haute Prêtresse était tellement disposée qu'elle consentit à s'extirper des méandres de son si glorieux et respectueux Temple. S'épanouir en dehors des murs et de la chambre magmatique n'était pas fréquent même si il ne consistait qu'à remonter d'un étage afin d'atteindre le quartier des nobles et ceux des divinités mineures.

    Du moins, dans les premiers temps de son règne en tant que Voix de la Mère des Âmes, elle concentrait sa présence au sein de son Sanctuaire afin de renforcer son culte et montrer à tous qu'elle et qu'elle seule était les murmures de la Déesse. C'était un moyen de pression mais aussi un devoir qu'Elvanshalee Hune' Baenre remplissait à merveille et avec une joie et une fierté non feinte. Elle fit convoquée l'un de ses cerbères de sa garde rapprochée et personnelle. Ce fut l'une de ses premières mesures, bien s'entourer. Ce dernier portait le nom de Shar'Alak, son talent était la discrétion aussi bien que le maniement des dagues et rapières. Shar'Alak pouvait être rapproché d'un assassin bien qu'il fut plus que cela. Dévoué aux susurres de Teiweon, il œuvrait pour le bien de sa Maîtresse.

    Habillée d 'un manteau encre aux motifs sibyllins, se tortillant ci et là, tels des serpents, la Sombre se couvrit le faciès d'un capuchon ainsi que d'un voile masquant son nez délicat et ses lèvres désirables. Seul son regard grenat ressortait d'entre cette couleur obsidienne. Elle se mit en route. Le cortège composé d'uniquement deux personnes prit le chemin de l'étage supérieur. Sa démarche ne fut ni pressée, ni lente. La Fille de la Voilée évolua sereinement et en toute discrétion jusqu'aux portes du Temple du Dieu, Meingal Sasshik'Etsh. La route se fit sans encombre et la Haute Prêtresse se figea à quelques mètres de l'entrée du Sanctuaire. L'architecture pouvait être qualifié de brute de son point de vue, de couleurs sombres. Elle reflétait le caractère du Dieu. Elle avait délaissé ses cantiques murmurées, chuchotées avec cette douceur feinte présageant la main de la mort pour les prières hurlées du Défiguré. Un frisson lui parcourra l'échine par l'excitation ou tout simplement la curiosité. Un regard se jeta derrière elle, embrassant d'une œillade la silhouette de Shar'Alak.


      "Que les volontés de Teiweon soient entendues"


    Ces paroles furent les confidences de la Sombre sur ce ton doux et fascinant qui lui était propre, caractéristique. Un pas, deux pas, trois pas, ses talons claquèrent bientôt contre les escaliers, l'Avatar de la Voilée rejoignit les premières portes ou deux acolytes surveillaient les allés et venues des fidèles. Son cerbère suivit son ombre en silence. Sa voix ne tarda pas à chanter une seconde fois. Le ton fut toujours sirupeux et agréable à l'ouïe, caresse délicate invitant à faire fondre toute carapace et méfiance et se plonger au sein des bras de Teiweon.

      "La Fille de Teiweon Danath'Koor vient saluer le Voix de Meingal Sasshik'Etsh , ferait-il honneur aux murmures de la Mère des Âmes ?"


    Les rubis s'imprimèrent dans chacun des deux regards des Acolytes, attendant qu'on l'annonce ou l'amène jusqu'au coeur du Temple afin de rencontre le Sombre, Lessryn Vesz'Talinth , en personne
Revenir en haut Aller en bas
Lessryn Vesz'Talinth
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 35
Âge : 33
Date d'inscription : 12/01/2011

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  
Niveau Magique : Arcaniste
MessageSujet: Re: Temple de Meingal | Des sillons de colère   Dim 13 Fév 2011 - 12:12

~ Sephiroth - Dark Father ~





- Les enfants du Dieu-Justice sont honorés du fait d'une telle visite sur leur palier » , fit une autre voix, grave et calme, tandis que les deux acolytes s'étaient figés dans une révérence à l'entente du titre de la prêtresse au point que leurs cheveux touchaient presque le sol.


Depuis les entrailles brûlantes et crépitantes du Temple, une silhouette émergea. Celle d'un Sombre, haut de taille et noble de visage, tout entier voilé dans une toge d'un gris évoquant la poussière ou la suie vieillie. Sa peau elle-même était grise, grise comme de la pierre grise – et l'éclat de ses yeux, dans leur couleur sanglante, semblait pour sa part fatigué et délavé. Quant aux cheveux, ils avaient la teinte de l'os, soigneusement coiffés et nattés ; ils coulèrent paresseusement sur ses épaules lorsque, humblement, le nouveau venu s'inclina.


- Soyez la bienvenue, Haute-Prêtresse Hune'Baenre, Voix de Teiweon Danath'Koor, et bienvenue soit aussi l'ombre qui suit vos pas. Le regard rouge pâle glissa un moment sur Shar'Alak. Je suis Cendre, héraut et chambellan de la Chambre de Meingal. Entrez, je vous prie, et suivez-moi. »


Ainsi guidés, les deux visiteurs pénétrèrent la Nef. Ils longèrent les allées et les déambulatoires où, sur leur passage, les adeptes s'inclinaient, baignés dans la lumière fracassée des vitraux. Ils entendirent chuinter les étincelles des brasiers, marmonner les Confesseurs, résonner les multiples échos des transepts. Virent les fresques dont s'ornaient murs et voûtes, et les mosaïques aux éclats d'incendie. Sur le chemin qu'ouvrait Cendre, des ordres furent donnés ; quelques acolytes vêtus de rouge s'éparpillèrent aussitôt. Ainsi, lorsque l'Avatar de la Mère et son discret protecteur parvinrent devant l'autel et l'idole du Dieu, ils y étaient attendus.


Le Prêtre – haut en titre ainsi qu'en taille – du nom de Vesz'Talinth, dit Main de Meingal Par-Qui-Sentence-S'abat, avait quitté ses appartements. Le manteau de cérémonie couvrait ses épaules, et ses longues mains demeuraient fermées sur la crosse d'apparat – et de défense – qui était l'un de ses attributs. Hiératique, lorsque son homologue fut assez proche, il s'avança, et inclina la nuque avec courtoisie autant qu'avec respect.


- Nous, Lessryn Vesz'Talinth Main-du-Balafré, t'offrons nos hommages, Elvanshalee Hune'Baenre Voix-de-la-Mère. »


Quelque chose bougea derrière lui. Il s'agissait là d'une Sombre, assez petite et vêtue d'une simple robe noire, qui se tenait courbée dans l'ombre du Haut-Prêtre comme pour éviter à la lumière brasillante de se poser sur son crâne intégralement rasé. Si elle semblait, au premier regard, n'être qu'une simple servante, les deux longues aiguilles plantées chacune dans ses orbites sanglantes ne manquaient pas d'attirer l'attention ; torture qu'elle supportait sans frémir – et sans même, au final, paraître la sentir – tout comme elle soutenait sans se plaindre un énorme manuscrit posé dans ses deux bras.


- Il est rare qu'une éminence de ton importance nous fasse grâce d'une visite, ô Fille de la Mère, reprit Lessryn sans se soucier de son étrange petite esclave. Que nous vaut l'attention de Teiweon Danath'Koor, pour qu'elle nous envoie ainsi son Avatar ? »


Cendre, à petits pas, s'était effacé sur le côté ; silencieux et discret, il guettait. Ses yeux pâles sautaient des invités à son maître, aux ordres duquel il se tenait prêt à se plier si celui-ci en faisait la demande.

Revenir en haut Aller en bas
Elvanshalee Hune'Baenre
Drow
avatar

Nombre de messages : 237
Âge : 30
Date d'inscription : 05/11/2010

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  404 ans
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Temple de Meingal | Des sillons de colère   Mer 16 Fév 2011 - 1:43

    Une inclinaison « polie » de la tête se fit aux paroles du nouveau venu, cet acolyte au long cheveux d'ivoire, le stricte nécessaire, pas plus. A peine même ! Elle n'allait pas s'encombrer de bienséances quelconque. Ses mains gantées de cuir noir se joignirent l'une contre l'autre, tournée vers le sol, ses pouces inscrits à l'horizontal. Elle écouta les paroles de Sombre.

      "Soyez la bienvenue, Haute-Prêtresse Hune'Baenre, Voix de Teiweon Danath'Koor, et bienvenue soit aussi l'ombre qui suit vos pas. Je suis Cendre, héraut et chambellan de la Chambre de Meingal. Entrez, je vous prie, et suivez-moi. "


    Quelques secondes, elle s'attarda sur ses traits, sa silhouette entière, sondant chaque parcelle de son corps avec une minutie militaire presque. Les perles de laves scrutèrent pendant qu'un silence s'installait. Sa voix si douce résonna, mielleuse à souhait.

      " Je vous remercie. "


    Rien de plus pour l'instant. Elle ne fit même pas mention de son ombre qui la suivait sans broncher et ne répondit même pas aux paroles du Chambellan. Ce n'était pas lui qu'elle venait voir mais le Fils de Celui-par-qui-sentence-s'abat. Les talons claquèrent avec élégance contre le dallage et elle pénétra au sein du Sanctuaire. L’œil aguerri s'attardait de temps à autre sur les murs, ces lieux, ce décor non pas pour admirer l’architecture mais simplement par sens du pratique. Elle prenait des repères, consacrait ces secondes et minutes à se construire un plan du Temple au sein de son esprit un réflexe instinctif chez elle. Sa nature méfiante, légèrement paranoïaque pouvait aussi expliquer cela. Malgré tout, elle avait ses propres raisons aussi. L'attention divergea par ci par là en même temps traînant sur les uns et les autres, ces disciples, prêtres, prêtresses et autres qui œuvraient pour le bien et la gloire de Meingal. Après tout, tout détails avaient ce coté enrichissant. Ceux-ci faisaient même parfois toute la différence dans certaine situation.

    Bientôt, ils arrivèrent au sein de la nef et dans quelques mètres non loin de l'autel et cette statue représentant le Dieu dans sa splendeur. Là encore, un simple coup d’œil tout au plus, son regard se vissa sur cet haut homme, ce sombre, fils de la Justice selon le point de vue drow. Enfin, son attention était entière et vouée à un seul et unique personnage : Lui - Lessryn Vesz'Talinth. Et rien d'autre. Un sourire détendit la commissure de ses lippes carmines dans l'ombre de son voile. La Fille de Teiweon n'avait pas encore daigné se débarrasser de ses apparats dissimulant sa beauté sulfureuse. A l'image de sa déesse, elle demeurait voilée. Ce si maigre rempart donnait cette impression étrange d'accessibilité sans que cela puisse possible. Elle était tel un songe. Volatile. Les mots du drow ne tardèrent pas à sonner.


      "Nous, Lessryn Vesz'Talinth Main-du-Balafré, t'offrons nos hommages, Elvanshalee Hune'Baenre Voix-de-la-Mère."


    Elle ne répondit pas tout de suite mais se plia d'une révérence tout aussi courtoise et respectueuse sans pourtant d'excès. Les rubis vacillèrent quelques secondes s'en allant quérir cette vision tout a fait charmante pour la Sombre. Cette elfe noire, là, prostrée aux yeux percés, ce sang coulant, cette souffrance si grande palpable. Son cœur en accéléra presque d'excitation et de joie mais aucune expression béate ne se retranscrit sur ses traits à l'exception de ce sourire large, dévoilant ses crocs avides. Malheureusement, son voile fit mur à ces lèvres. Déjà les prochaines paroles du Haut-Prêtre retentirent.

      " Il est rare qu'une éminence de ton importance nous fasse grâce d'une visite, ô Fille de la Mère, Que nous vaut l'attention de Teiweon Danath'Koor, pour qu'elle nous envoie ainsi son Avatar ? "


    Elle s'arracha à ce spectacle et se consacra à nouveau à la Main de Meingal. Les mains se joignirent à nouveau, les phalanges orientées vers le sol.

      " Si il est si rare, profitez donc de cet hommage." Elle marqua une seconde de silence et reprit " Moi, Elvanshalee Hune'Baenre, Fille de la Mère des Âmes, est ravie de rencontrer l'Avatar de Meingal Sasshik'Etsh."


    Un souffle non pas sulfureux comme les paroles d'Isten mais simplement sur le ton de la Dame voilée.


      " Teiweon Danath'Koor est bienveillante avec ces enfants, il est donc naturel que son attention se porte sur le nouvel élu de Meingal Sasshik'Etsh, bienfaiteur pour notre déesse. "


    '' Bienveillante, bienveillante'', c'était une façon de parler. Après tout les âmes intégraient un corps et donnait vie à un être fait de chair et de sang. Cependant au delà, de l'enveloppe charnelle, il y avait l'âme. Ainsi pourrait-on interpréter que Teiweon était aussi à l'origine de la vie d'une certaine façon. Un corps sans âme n'est rien. Quant à Meingal, il semait la vengeance et donc la souffrance ce qui pouvait découler à cette douce main qu'est la Faucheuse.

    Évidemment, elle ne prit pas le temps de présenter son ombre. Cela ne servait à rien. Il était son cerbère et en rien la conversation ne le concernait. Son but était unique : la protéger en cas de besoin. Cérémonieusement, il demeurait dans son dos à surveiller ses arrières mais aussi ses devants.
Revenir en haut Aller en bas
Lessryn Vesz'Talinth
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 35
Âge : 33
Date d'inscription : 12/01/2011

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  
Niveau Magique : Arcaniste
MessageSujet: Re: Temple de Meingal | Des sillons de colère   Jeu 17 Fév 2011 - 17:14

~ Arcana - Cathar ~





C'était là, assurément, un spectacle remarquable.


Cet échange de courtoisies très codifié, ces regards et ces saluts, ces titres nommés. Et auprès de chacune des deux éminences religieuses, l'ombre fidèle guettant sa jumelle – en ce qui concernait Cendre du moins ; tête à demi baissée, mains vouées l'une à l'autre dans l'ampleur de ses manches et contre son giron, il scrutait son homologue, Shar'Alak, avec prudence et ruse. Certains rôles demeuraient secrets, dans la Chambre du Balafré. Justice, si elle se plaît à afficher clairement ses couleurs d'encre et de sang, sait aussi se faire discrète, inattendue.


Mais pour le savoir, encore fallait-il être familier de son univers.


Lorsque les présentations de rigueur eurent trouvé leur achèvement, Lessryn hocha par deux fois la tête, satisfait. Son buste ploya le temps d'un second – et bref – salut.


- Nous, Main-de-Meingal, te remercions des hommages que tu daignes nous accorder, Haute-Prêtresse. Nul ne saurait négliger les faveurs de la Mère des Âmes. »


Il se redressa ; ses doigts claquèrent. Aussitôt, une nuée d'acolytes vêtus du rouge traditionnel se pressa autour d'eux. Ils plièrent devant Elvanshalee avec déférence, puis s'activèrent sans qu'il fût besoin d'un ordre donné par le Haut-Prêtre lui-même ; l'on couvrit certains brasiers – et la pénombre se lova complaisamment là où la lumière décroissait – avant de fermer certaines portes et d'en ouvrir d'autres, tout au fond, derrière les allées de l'abside. Les épais battants de bois craquèrent sur leurs gonds, béant sur de nouvelles ténèbres. L'espace d'un bref instant, un courant d'air plus frais agita la moiteur du Temple.


- Permets-moi de t'offrir le secret de ma demeure, glissa Lessryn d'un ton calme et plaisible. Nous y serons plus à l'aise pour converser. »


Deux adeptes en livrée pourpre se précipitaient déjà pour ouvrir la voie. Appuyé sur sa crosse rituelle, le Haut-Prêtre pivota des talons et se dirigea, sans hâte, vers ses appartements, invitant ses deux hôtes à le suivre. Cendre le suivit de près, sans toutefois fermer la marche derrière Elvanshalee – lui laissant couvrir ses propres arrières, indice de confiance accordée. Une fois qu'ils furent entrés, deux autres acolytes se chargèrent de clore les battants. Les rumeurs de la Nef s'atténuèrent sensiblement.

Ils eurent peu de temps à marcher le long des couloirs de pierre avant de pénétrer la pièce que Vesz'Talinth offrait comme boudoir à ses hôtes de marque. Une salle spacieuse et confortable, agrémentée de tables basses et de fauteuils, aux murs tendus de tapisseries raffinées qu'éclairaient de grands candélabres. Malgré l'apparat, le décor demeurait étrangement austère à la mesure du nouveau maître du Temple. Non loin du centre de la salle, sur une table de basalte aux pieds méticuleusement sculptés, trônait un échiquier de bois peint ponctué ça et là des pièces adéquates. Blanc ivoire contre noir suie. Le Jeu des Rois. Une partie était en cours, inachevée.


Lessryn invita son hôte à s'assoir dans l'un des vastes fauteuils, ne s'installant à son tour que lorsque la Haute Prêtresse se fût assise. Shar'Alak, tout comme Cendre, resterait probablement debout.

On vint leur servir quelques agréments et une liqueur de zat'kyr, dont le Haut-Prêtre était friand. Savourant l'alcool épicé, l'illustre Sombre dévisageait son invitée – ou du moins tentait de le faire à travers le voile de tulle qui couvrait ses traits.


- Quelles nouvelles de ton domaine donnes-tu à savoir, Haute-Prêtresse ? murmura-t-il tranquillement. Le retour du Gardien est sur bien des lèvres, et l'exaltation enflamme le coeur des Sombres. Nul doute qu'à l'instar du Père, ils doivent être nombreux à témoigner leur reconnaissance aux pieds de la Mère des Âmes... »
Revenir en haut Aller en bas
Elvanshalee Hune'Baenre
Drow
avatar

Nombre de messages : 237
Âge : 30
Date d'inscription : 05/11/2010

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  404 ans
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Temple de Meingal | Des sillons de colère   Mer 16 Mar 2011 - 23:35

    Il n'en était moins sur que leurs présentations étaient de rigueur, ne taisant leur éloge et leurs manies dans cette société où l'hypocrisie, les non-dits et l'arrangement de la vérité étaient les maitres mots. La Haute-Prêtresse n'ajouta rien détaillant dans l'ombre les faits et gestes de son « égal » d'un point de vue religieux. Les lèvres closes, sereine, elle écouta ses paroles.

      Nous, Main-de-Meingal, te remercions des hommages que tu daignes nous accorder, Haute-Prêtresse. Nul ne saurait négliger les faveurs de la Mère des Âmes. »


    Pas l'ombre d'une révérence, peut-être arriva t-il à distinguer la maigre inclinaison de sa frimousse. Lorsqu'il claqua des doigts, sa silhouette sembla onduler une seconde tout au plus laissant ouïr un tintement qu'on aurait dit lointain, l'imagination de l'esprit peut-être ? La Sombre n'embrassa même pas d'un regard les acolytes, les prunelles grenat rivées sur Lessryn Vesz'Talinth. Shar'Alak était ses yeux et ses oreilles d'une certaine façon. La fille de la Mère des Âmes était la voix de la Déesse. Des portes se fermèrent, l'horizon, lui, s'agrandissait, s'éloignait davantage offrant dans un premier temps la vue des Ténèbres. Comme toujours, peut-être était-ce caractéristique chez elle, l'Avatar mettait un temps avant de répondre. Souvent, on avait pour sensation que la Haute-Prêtresse s'arrachait à un autre monde – Celui des Morts ? - pour revenir au sein de cette réalité.


      Permets-moi de t'offrir le secret de ma demeure. Nous y serons plus à l'aise pour converser. »


    Le minois se pencha du côté droit puis de gauche avant de s'incliner simplement vers l'avant et offrir un sourire presque enfantin sur ses lippes céruléennes masquées toujours par ce voile. Tandis que deux dévots ouvraient la voie, Elvanshalee jeta un coup d’œil en direction de Shar'Alak. Celui-ci demeurait stoïque, le visage fermé mais le simple échange entre eux se résumait à la compréhension des deux.




      « Volontiers, offrez moi les secrets de votre si belle Demeure. »


    La voix tout aussi douce et calme s'expulsait telle une symphonie de son gosier. Durant la marche, elle n'exprima aucune parole, laissant son ombre fermer la marche. Le petit « geste » était apprécié bien évidemment. La Voix de la Mère savait mesurer les bonnes attentions et les remercier. Bientôt, ils ne tardèrent à arriver dans les « quartiers » du Haut-Prêtre de Meingal. Elvanshalee y entra et sembla s'animer bien plus. Le faciès bougea, tournant ci et là avec naturel afin de détailler le dit boudoir. Sa vision se heurta à l’échiquier et un nouveau sourire s'empara de sa si jolie bouche. Elle en analysa le jeu. Elle n'était pas une experte mais de temps à autre, à ses heures perdues, pourquoi pas. S’avançant avec élégance, elle prit place dans l'un des fauteuils une fois que Lessryn l'y eut invité. Sa silhouette se laissa choir et elle croisa simplement ses gambettes longues entourées de cuir par ses cuissardes. Ce n'est qu'une fois qu'ils furent seuls avec leur « second » respectif qu'elle daigna dégager son visage. L'une de ses mains gantées chassa son capuchon. Un serre-tête d'obsidienne laissait retomber un pan de voile sur son front. Ce dernier couvrait aussi sa chevelure nouée en une multitude de tresses. Encore une fois, seuls ses yeux rubis étaient dévoilés au grand jour. Elle aimait garder « l'anonymat » de ses traits qui demeuraient brouillon sous ce bout d'étoffe d'un noir de jais.

    En effet, Shar'Alak demeura debout, non loin de sa Maîtresse, naturellement dans son dos. Elle s'empara du breuvage sans toute fois y toucher pour l'instant.



      Quelles nouvelles de ton domaine donnes-tu à savoir, Haute-Prêtresse ? Le retour du Gardien est sur bien des lèvres, et l'exaltation enflamme le coeur des Sombres. Nul doute qu'à l'instar du Père, ils doivent être nombreux à témoigner leur reconnaissance aux pieds de la Mère des Âmes... »


      - « Hm... »



    Elle ne répondit pas à la première question, s'attardant bien plus sur la deuxième partie de ses dires qu'elle trouva plus intéressant. La mâchoire se serra un instant avant de se relâcher.


      « La Mère se montre quelque peu mitigée, sera t-il conduire son Peuple au delà du Puy afin de la satisfaire ? Beaucoup de questions demeurent sans réponse pour le moment. Y'aura t-il une suite ? Ou n'est-ce que la fin d'un début chimérique? »


    Sur ses mots, elle se tut, baissant son attention sur cette liqueur qu'elle fit tournoyer sur elle-même sans toujours y goûter.



Dernière édition par Elvanshalee Hune'Baenre le Lun 28 Mar 2011 - 14:16, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Lessryn Vesz'Talinth
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 35
Âge : 33
Date d'inscription : 12/01/2011

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  
Niveau Magique : Arcaniste
MessageSujet: Re: Temple de Meingal | Des sillons de colère   Ven 25 Mar 2011 - 18:57

~ Subheim - Conspiracies ~




Mi-clos, les yeux du Haut-Prêtre goûtaient ce tout nouveau spectacle. Il était fort rare de pouvoir contempler la Voix sans ce fin replis d'étoffe jeté entre elle et le monde ; plus rare encore de décrire du bout des yeux ce qu'elle offrait de ses traits sans en être châtié. Le regard de Lessryn, minutieux, se nourrissait de cette vision sans pour autant sacrifier au respect. Derrière lui, Cendre pour sa part gardait les yeux baissés. Brave Cendre ; toujours au fait de l'étiquette et du comportement à respecter devant un supérieur. Une véritable ombre, pour Lessryn - bien qu'au creux du Puy, les ombres ne fussent pas fiables même à leur légitime propriétaire.

Fermant calmement les deux mains sur son propre verre, Lessryn chassa cette dernière pensée. L'oeil grenat se riva brièvement à l'alcool avant de remonter vers la Haute Prêtresse, plus pensif. Ou peut-être bien plus rusé.


- Je comprends que les secrets de la Déesse des Âmes ne puissent être dévoilés à ceux qui ne font pas partie de ses élus. L'index alla taquiner le rebord parfait du cristal, tirant une note unique qui sonna brièvement dans la pièce. Mitigée... Peut-être est-ce là un appel à la prudence, ô Fille de la Mère. Le Gardien a la Foi, c'est chose certaine ; je l'ai vue qui brûlait comme une flamme dans ses yeux morts. Mais la Foi en qui, en quoi...? En Uriz, très certainement. En lui-même, assurément. Mais quant au reste ? Je ne sais. »


Ici, il s'interrompit. A présent que l'échange verbal avait bel et bien commencé, il était temps de détendre quelque peu l'atmosphère et de lever les derniers soupçons. Tranquillement, bien que sans hésitation, Lessryn mena son propre verre à ses lèvres, but une gorgée, imprégnant son palais des nuances épicées de l'alcool. Une simple gorgée. Mais ce faisant, les yeux du Haut-Prêtre restaient fixés sur son interlocutrice, attentifs.


- Il serait peut-être de bon ton, reprit-il après avoir dégluti, d'éveiller notre Gardien à d'autres Fois... De l'aider à embrasser le Panthéon dans son entier. N'oublions pas qu'il est, par essence, un Obok Senger, et que les voies des Dieux ne lui sont pas encore familières. Nul doute que le Père des Batailles le guidera sur cette nouvelle route, mais n'est-ce pas également à nous, garants de la spiritualité Sombre, de l'y aider ? »


Que de sous-entendus dans la voix rauque ; Lessryn espérait que la Haut-Prêtresse serait aussi attentive à ses propos qu'à ses non-dits. A ses aspirations se disputait la prudence, toutefois. Il y avait des projets que l'on menait à terme bien mieux lorsqu'ils n'étaient pas exprimés ; plus encore lorsque les oreilles à portée ne sont pas toutes dignes de confiance. Le regard de Lessryn avait d'ailleurs un moment glissé sur Shar'Alak sans s'attarder, avant de se poser sur l'échiquier et la partie immobile, inachevée, qui y trônait.

Peut-être la Voix saurait-elle saisir les allusions du Haut-Prêtre. Dans le cas contraire, Lessryn n'en aurait de toute façon pas dit assez pour qu'une conclusion dangereuse en soit tirée.


- N'aie crainte de boire, Voix de Teiweon. N'aie crainte, car tu es celle que tu es, et car je connais peut-être plus que tout autre le respect dû à mes invités. Une nouvelle gorgée. Quel insensé serais-je si j'osais me dresser contre celle qui porte la parole de la Déesse des Âmes ? »
Revenir en haut Aller en bas
Elvanshalee Hune'Baenre
Drow
avatar

Nombre de messages : 237
Âge : 30
Date d'inscription : 05/11/2010

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  404 ans
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Temple de Meingal | Des sillons de colère   Lun 4 Avr 2011 - 14:10

    Ses traits étaient offerts à la vue du Haut-Prêtre ou pas tout à fait. Le voile parait les regards trop indiscrets. Il ne laissait que quelques traits chimériques, quelques lignes ci et là, se dessiner sous l'épais tulle noir. Loin d'elle était l'idée qu'il ne la respecte pas et encore moins qu'il l'offense. Quant à Cendre, il était fidèle à son Maitre, il n'était autre que son ombre comme l'était Shar'Alak. L'une des règles élémentaires chez les Drow était de bien s'entourer tout comme n'accorder sa confiance à quelques rares exceptions. La Voix de la Mère aimait s'habiller d'un voile de silence, cherchant le regard de son interlocuteur et le sondant pour mieux le troubler. Ses deux billes vermeilles, rouges tel le sang qu'elle aimait verser pour sa Déesse, ne cessaient de fixer Lessryn, détaillant le moindre de ses gestes. De tant à l'autre un sourire apparaissaient sur ses lippes pour mieux disparaitre, instant fugace.

      - Je comprends que les secrets de la Déesse des Âmes ne puissent être dévoilés à ceux qui ne font pas partie de ses élus. Mitigée... Peut-être est-ce là un appel à la prudence, ô Fille de la Mère. Le Gardien a la Foi, c'est chose certaine ; je l'ai vue qui brûlait comme une flamme dans ses yeux morts. Mais la Foi en qui, en quoi...? En Uriz, très certainement. En lui-même, assurément. Mais quant au reste ? Je ne sais. »


    Étrangement, elle tiqua au son du cristal qu'il émit. Le minois se pencha de côté, ses crocs vinrent mordiller sa lèvre inférieure jusqu'à ce qu'elle se ferme à nouveau jusqu'à la de ses paroles. Bientôt, Elvanshalee Hune'Baerne se redressa sans aucune raison apparente, accompagnée de son froissement d'étoffes. Les talons claquèrent en direction du Sombre qu'elle contourna un instant. Elle relâcha un petit :

      « Hm... »


    Et souleva l'instant d'après le voile afin de prendre une petite gorgée de l'alcool. Évidemment, ils étaient tout deux dos à dos sauf si ce dernier décide de se retourner. Cherchant de quoi poser sa coupe, elle fit quelques autres pas en direction d'une table ou un meuble et y déposa sa boisson avant de revenir dans le dos du Haut-Prêtre. Mais quelles manières ? C'est un scandale, non ? Le buste se pencha délicatement en avant et elle glissa son minois à hauteur du sien. Les lèvres susurrèrent ses mots sur le ton de confidence presque.

      « Il est vrai que Teiweon garde jalousement ses murmures pour ses enfants bénis » Ses mains se glissèrent de part et d'autres des accoudoirs et elle poursuivit« Ma question est pourquoi seul Uriz devrait posséder un Champion ? Uriz et Teiweon ne sont-ils pas le Père et la Mère ? J'en appelle à la prudence, il est vrai... Le Gardien n'est pas venu me rendre hommage, cela me chagrine. »


    Pour la fin de sa phrase, elle prit une fausse voix peinée avant de se redresser simplement. Le verre retrouva sa paume et elle but une nouvelle gorgée tout aussi discrète. Elle écouta la suite des paroles de l'Investi de Meingal. Acquiesçant sans s'en rendre compte à ses paroles.

      « Il serait peut-être de bon ton, d'éveiller notre Gardien à d'autres Fois... De l'aider à embrasser le Panthéon dans son entier. N'oublions pas qu'il est, par essence, un Obok Senger, et que les voies des Dieux ne lui sont pas encore familières. Nul doute que le Père des Batailles le guidera sur cette nouvelle route, mais n'est-ce pas également à nous, garants de la spiritualité Sombre, de l'y aider ? »


    Très attentive, cela ne l'empêchait pas de sillonner le boudoir ci et là avec élégance et aisance. La coupe rejoignait à nouveau la table basse et elle se pencha sur la partie d'échec, un doigt se tendant vers le « Fou ». Elle caressa la tête de la pièce avant d'en revenir au Haut-Prêtre et joindre son magnifique séant à l'accoudoir de ce dernier. Que de familiarités. Sans doute était-ce pour lui signifier qu'elle était à l'aise. Qu'il s'en offusque ou pas, elle s'en moque. Son comportement est déroutant. Elle manie le jeu des masques à merveille pour surprendre. Ainsi les surprises s'enchainent et il est difficile de prédire ses faits et gestes.

      « Le Seigneur Zaurahel Tebirahc est un des représentants de notre nation avec le Roi » A noter qu'elle ne dit pas « notre Roi » « Ce dernier est maintenant influent en plus de son statut d'Obok Senger du premier Ost. Il serait de bon ton pour le Gardien qu'il reconnaisse le panthéon en entier, c'est un fait. D'ailleurs, il n'est pas encore venu me rendre hommage. »



    La Voix de la Mère comprenait parfaitement ses aspirations ou, du moins, les devinait. Il était normal pour un Drow d'aspirer à bien plus. Il était juste de s'ériger à sa juste valeur. Pourtant, elle ne répondait pas, pour l'instant, à ses envies. Elle préférait onduler entre deux eaux. Insaisissable tel un serpent. Machinalement les gambettes se croisèrent, découvrant légèrement ses cuisses. La suite.


      « N'aie crainte de boire, Voix de Teiweon. N'aie crainte, car tu es celle que tu es, et car je connais peut-être plus que tout autre le respect dû à mes invités. Quel insensé serais-je si j'osais me dresser contre celle qui porte la parole de la Déesse des Âmes ? »



    Un petit rire mignon, coquet s'extirpa de son gosier et secoua ses, soi disant, frêles épaules. Elle secoua sa frimousse de gauche à droite, toute amusée et pleine de vie en cet instant. Quant à Shar'alak, il demeurait gentiment en retrait. Il n'avait toujours pas broncher, le minois baissé, il surveillait sa Maitresse, veillant sur elle. Il va de soi qu'il n'a rien vu, n'a rien entendu et ne dira rien. Tout du moins, il vaut mieux pour lui si il tient à son appareil génital dans un premier temps puis dans une deuxième temps à sa vie.

      « Je ne crains rien, je ne crains que la Mère... Sachez le. Votre accueil est parfait, puisse t-on faire ne sorte que cela dure. Haut-Prêtre Lessryn Vesz'Talinth, sachez que je suis à l'écoute de vos envies, de vos besoins, de vos ambitions, et que je tenterai d'y répondre du mieux que je peux dans l'unique cas ou vous serez mon bienfaiteur et que je puisse compter sur vous. »

Revenir en haut Aller en bas
Lessryn Vesz'Talinth
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 35
Âge : 33
Date d'inscription : 12/01/2011

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  
Niveau Magique : Arcaniste
MessageSujet: Re: Temple de Meingal | Des sillons de colère   Ven 8 Avr 2011 - 21:28

~ Arcana - Cathar ~






Assurément, le Haut-Prêtre fut surpris. Par Uriz, son hôte prenait bel et bien ses aises, avec une assurance et une impertinence digne d'une imploratrice d'Isten Okhras'Gaath. Elle allait et venait comme une vipère en son domaine, la démarche glissante, le verre tournoyant sans hâte entre ses mains. Elle le faisait attendre, de surcroît. Et dictait ses lois dans la demeure du Maître des Lois.

La mâchoire de Lessryn se contracta, un peu. Ses mains aussi, grandes et osseuses, posées à plat sur les accoudoirs. Mais il ne bougea pas. Ne se leva pas. Ne se retourna pas tandis qu'elle dévoilait au vide ses traits si soigneusement masqués, et ne dit mot aux nombreuses familiarités qu'elle se permit alors. Car elle était Hune'Baenre, la Voix de Teiweon Danath'Koor, et non une vulgaire servante de la Dame des Luxures. Même lui, qui portait pourtant la parole du Dieu-Balafré, se devait de courber l'échine.


Autant par respect de la hiérarchie que par sagesse.


La Haute Prêtresse ne s'arrêta pas là, toutefois. Serpente, elle frôlait, se penchait, et ses mains sinuaient sur le fauteuil où Lessryn était demeuré installé. Ses mots glissaient, charmeurs, sifflants. Il pouvait humer son parfum et entendre presque le battement de son sang, sous le rythme ténu de la respiration. Elle tentait. Elle jouait. Voulait le faire sien, peut-être ? A cette pensée, Lessryn sourit intérieurement. Si elle se faisait aussi flexible qu'un boa, insaisissable, lui n'était pas héraut de Vengeance pour rien. Dans les rangs de ses fidèles, l'on connaissait son caractère inflexible et son penchant pour l'implacable autant que pour le fanatisme le plus absolu. Ainsi, sous les caresses venimeuses de la Fille de la Mère, au lieu de céder, se contenta-t-il de frémir. Presque pas.

Les propos que tenait la Haute Prêtresse étaient des plus intéressants, en revanche, et trahissaient bien des choses sur ce que lui - Lessryn - avait deviné. Il hocha légèrement la tête, sans mot dire. Puis, coulant un regard ferme et droit vers son interlocutrice - et dans l'oeil grenat se lisait encore une pointe de désapprobation - calme, il parla à son tour.


- Tebirahc Zaurahel ne se voit pas comme le représentant de la nation Sombre. Il se voit Unique. Il n'est plus Obok Senger. Il n'est même plus Prima Sanguis, s'il faut pousser la logique jusqu'au bout. Il est Gardien, investi de la puissance d'Uriz. Sans doute pense-t-il que cela le libère de ses devoirs envers son propre peuple, son propre sang. Gare à ce que le Gardien d'Uriz ne se prenne pas pour Uriz lui-même. »


Ses derniers mots ayant été proférés sur le ton du murmure, Lessryn porta sa coupe à ses lèvres et but longuement, laissant Elvanshalee méditer au sujet des propos sus-cités. Lorsqu'il reprit, ce fut là encore à voix basse, presque un chuchotement que, proche comme elle l'était, elle devrait saisir sans mal.


- Nous avançons sur une route ténébreuse, ô Fille de la Mère, et les dangers sont partout. Il ne tient qu'à nous de jalonner cette nouvelle voie et de la paver de gloire. S'agenouiller devant les Puissants est l'une des meilleures manières de s'attirer leurs regards, ne serait-ce que pour un instant. »


Il sourit, fugace.


- Je n'ai d'autres désirs que de servir mon peuple et de le mener à son ultime triomphe. Mon peuple, Haute Prêtresse, dans son entier. Le Gardien a des responsabilités, quelles que soient ses aspirations. Elles glissent à sa suite, elles sont son ombre, qu'il ne pourrait rejeter aussi forte soit sa lumière. A nous d'être la main qui guide. A nous d'être l'épaule salvatrice, et la voix qui conseille. Je suis allé trouver le Gardien. Que fera Elvanshalee Hune'Baenre, Voix de la Mère des Âmes ? »
Revenir en haut Aller en bas
Elvanshalee Hune'Baenre
Drow
avatar

Nombre de messages : 237
Âge : 30
Date d'inscription : 05/11/2010

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  404 ans
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Temple de Meingal | Des sillons de colère   Sam 9 Avr 2011 - 13:30

    Oh oui, la Voix de la Teiweon Danath'Koor jouait. Après tout n'était-ce pas le rôle d'une mère que de choyer ses enfants et les guider peu à peu ? Soit. L'allégorie était parfaite. Ophidienne à ses heures, la Haute-Prêtresse cherchait les limites, tentait mais le tout n'était pas en vain non plus. Ce n'était pas un caprice idiot d'une des hautes sphères du peuple Drow. Avant tout, elle examinait, analysait le moindre détail, le moindre comportement. Elle était parfaitement réceptive aux faits et gestes du Seigneur Lessryn Vesz'Talinth. Elle ne manqua certainement pas cette contraction de ses poings en se tournant légèrement. Celle de la mâchoire, pouvait-elle le deviner peut-être. Son parfum était celui des bâtonnets d'encens qu'on dédiait aux Dieux, chargés en saveurs diverses et variées. Cela avait tout lieux de faire suffoquer. Ces arômes étaient quelque peu étouffant mais commun pour tout Prêtre ou Prêtresse. En rien, elle ne voulut le séduire même si l'impression était donnée. Il est vrai qu'elle apprécierait d'être estimée par le Seigneur Lessryn Vesz'Talinth afin de le compter parmi ses « alliés ».

    Le fessier parfaitement bien posé sur l’accoudoir, le minois était tourné en la direction de la Main de la Justice. Il devait sans doute se contenir pour ne pas l'envoyer paître d'autres prés. Elle savait apprécié ce contrôle de soi car la Hune'Baenre n'était pas idiote. Elle savait son comportement presque irrespectueux. Elle savait que l'étique n'était pas respecté. Elle savait pertinemment qu'elle approchait des limites à ne pas franchir. L'esprit ouvert, elle prit conscience de la suite.


      « Tebirahc Zaurahel ne se voit pas comme le représentant de la nation Sombre. Il se voit Unique. Il n'est plus Obok Senger. Il n'est même plus Prima Sanguis, s'il faut pousser la logique jusqu'au bout. Il est Gardien, investi de la puissance d'Uriz. Sans doute pense-t-il que cela le libère de ses devoirs envers son propre peuple, son propre sang. Gare à ce que le Gardien d'Uriz ne se prenne pas pour Uriz lui-même. »



    Une grimace contracta subitement ses traits derrière son voile et nerveusement ses doigts se refermèrent sur sa paume avant de se relâcher. La lèvre inférieure fut mordillée distraitement . Le minois partit en direction de son Ombre qu'elle sembla fixer si intensément. Furieuse peut-être ? L'instant d'après, cette ambiance lourde s'estompa aussi vite qu'elle avait surgi. Le faciès en revint au Haut-Prêtre de Meingal Sasshik'Etsh. Naturellement, elle le laissa poursuivre. Méditant sans doute.

      « Nous avançons sur une route ténébreuse, ô Fille de la Mère, et les dangers sont partout. Il ne tient qu'à nous de jalonner cette nouvelle voie et de la paver de gloire. S'agenouiller devant les Puissants est l'une des meilleures manières de s'attirer leurs regards, ne serait-ce que pour un instant. »



    L'amusement la prit. Elle acquiesça d'un hochement de tête et ne se priva pas de le taquiner. Ce n'était pas bien méchant. Il ne fallait pas qu'il se formalise pour si peu car, après tout, il disait vrai. La société des Sombres était faite de non-dit et de secrets. Les apparences primaient d'une hypocrisie bouillonnante alors que derrière, les uns et autres complotaient.


      « Certes, comme vous opérez en cet instant avec moi... N'est-ce pas? » Elle marqua un bref silence et reprit. « Ne soyez pas froissé, je plaisante mais ne croyez pas que parce que je pousse la taquinerie que je vous écoute pas et ne prend pas vos mots au sérieux. »



    Elle sut aussitôt, le laissant poursuivre jusqu'à sa conclusion et reprit ensuite.

      « Je n'ai d'autres désirs que de servir mon peuple et de le mener à son ultime triomphe. Mon peuple, Haute Prêtresse, dans son entier. Le Gardien a des responsabilités, quelles que soient ses aspirations. Elles glissent à sa suite, elles sont son ombre, qu'il ne pourrait rejeter aussi forte soit sa lumière. A nous d'être la main qui guide. A nous d'être l'épaule salvatrice, et la voix qui conseille. Je suis allé trouver le Gardien. Que fera Elvanshalee Hune'Baenre, Voix de la Mère des Âmes ? »



      « Est ce vrai que le Gardien se croit a part ? Dans quel sens entendez-vous ce terme, l'Unique... Se gonfle t-il d’ego et s'écarte t-il de son peuple, prônant la neutralité ? N'ayant qu'aperçu le Seigneur Zaurahel, je ne puis connaître ses motivations et la doctrine qu'il prône. »



    Elle inspira profondément et se leva par après regagnant son siège avec toujours autant de prestance. Le séant retrouvant le moelleux du fauteuil, elle parut pensive quelques instants, la frimousse ne sachant ou donner de la tête, préférant tantôt sa droite, tantôt sa gauche jusqu'à s'immobiliser et chérir la mine de la Voix de Meingal Sasshik'Etsh.

      « Serait-ce déplacé de vous demander de me raconter votre entrevue ? J'ajouterai que vous parlez de notre peuple et pas uniquement le votre... » A moins qu'il n'y ait eu allusion qu'elle n'aurait pas saisi. « Hm, il serait bon de consulter la Mère et lui demander conseil... Je requiers la prudence mais le Gardien aura sûrement besoin de quelques murmures doux pour le guider sur la bonne et unique voie, celle qui sera Juste ? »



    Elle insistera sur le dernier mot, haussant quelque peu la voix sans pour autant crier et agresser les oreilles.
Revenir en haut Aller en bas
Lessryn Vesz'Talinth
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 35
Âge : 33
Date d'inscription : 12/01/2011

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  
Niveau Magique : Arcaniste
MessageSujet: Re: Temple de Meingal | Des sillons de colère   Lun 25 Avr 2011 - 13:26

~ Vas - In the Garden of Souls ~







Elle frôlait encore, du corps et de la voix. Mais ses mots dansaient moins que son attitude aurait pu le laisser entendre et, l'oreille attentive, Lessryn reçut les propos de la Fille de la Mère avec la plus grande attention. L'on ne pouvait nier que la Haute-Prêtresse avait un esprit aussi aiguisé que son rôle le laissait présager, et ses remarques lui semblèrent aussi pertinentes que judicieuses. Quant au dernier murmure, celui, furtive, qu'elle laissa choir du bout des lèvres, il lui fit clore tout à fait les paupières.


Longuement silencieux, Lessryn se pencha en avant pour déposer son verre - désormais vide - sur la table basse prévue à cet effet. Cela fait, il se renversa avec lenteur dans le fond de son fauteuil et, non moins lentement, joignit ses mains en triangle sous son menton. Les cils ne frémirent pas, sur la courbe de la joue. Et ce fut l'oeil toujours au repos qu'enfin il répondit, faisant sonner dans la pièce la tessiture discordante de sa voix.


- Notre Gardien, héraut de Lui-Qui-Sème-Les-Batailles, se veut garant de la gloire du peuple Sombre. Cela, Haute-Prêtresse, est un acquis pour le moment. Mais il est bien des étoiles qui ont chuté à force de s'être laissées aveugler par leur propre clarté. »


Il fit claquer sa langue contre son palais, légèrement. Cendre, jusque là immobile, s'inclina et quitta la pièce sans une hésitation.


- Tebirahc Zaurahel est de cette sorte. C'est une jeune étoile, investie de feux qu'elle doit apprendre à apprivoiser, connaître, contrôler. Pour l'instant seule l'ivresse compte à ses yeux. Elle ne voit pas le réseau des constellations qui l'entourent, elle se croit seule dans le néant intemporel des cieux. »


Le Sombre aux teintes grises revint bien vite. Dans ses mains trônait une petite coupelle, remplie d'un liquide sensiblement transparent qui, même de loin, fumait en longues volutes. S'inclinant une nouvelle fois, Cendre déposa son présent face au Haut-Prêtre puis revint prendre sa position initiale.


- La voie Juste... Aahhh. Lessryn émit un long soupir, saisissant sans hâte la coupelle entre ses deux grandes paumes pour respirer à grandes goulées la fumée qui s'en échappait. Odorante et lourde, elle évoquait un parfum de poison, de fleurs fanées, de temps anciens. Dis-moi, ô Fille de la Mère. Teiweon Danath'Koor, dans son royaume cendré, rêve-t-elle des présents que Meingal pourrait lui offrir ? Des âmes et des sangs vaincus au nom du Seigneur Balafré, je n'ai jamais su si la Mère en prenait sa part. »


Il coula un regard lent vers son interlocutrice, enfin. Au fond des prunelles grenat brûlaient encore les vapeurs inhalées, tourbillonnantes.


- Mon Dieu me fait parfois la faveur de déchirer les voiles qui séparent les temps anciens des temps futurs. Il m'accorde alors rêves et visions, qu'il est à ma charge d'interpréter. L'une de ces visions m'est venue qui contait le sort du Gardien, et que je suis allé lui transmettre. Est-il utile de dire, Fille de la Mère, qu'il ne s'agissait que d'un prétexte pour connaître la position du Gardien vis à vis de notre pouvoir ? Et est-il utile de dire, Haute-Prêtresse, que s'il a accueilli la main que je lui tendais avec courtoisie et complaisance, je doute cependant qu'il en fasse grand cas... Pour le moment ? »


Et tandis qu'il parlait, son geste se mua en offrande. La coupelle fut tendue à Elvanshalee, comme une promesse d'ivresses et de délires partagés. C'était à son tour de se faire insidieux, tentateur.


- De deux choses l'une, Préférée de Teiweon. Soit le Gardien, et le restant du peuple Sombre, apprend à se souvenir et à craindre l'influence des puissances que nous servons... Soit ces mêmes puissances, animées d'un juste courroux, se retourneront contre eux. Telle est la réponse que j'entrevois. Telle est la Juste Voie. »
Revenir en haut Aller en bas
Elvanshalee Hune'Baenre
Drow
avatar

Nombre de messages : 237
Âge : 30
Date d'inscription : 05/11/2010

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  404 ans
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Temple de Meingal | Des sillons de colère   Sam 7 Mai 2011 - 21:48

    Le fauteuil rejoint, les pensées se prêtaient aux desseins de Teiweon. Trop longtemps cette dernière avait été écarté autant dans le Triumvirat qu’auparavant. Certes, la Déesse était d'instance majeure mais elle demeurait dans l'ombre inlassablement. Tantôt le Roi prospérait sur son peuple, Tantôt la Sœur de ce dernier, la Haute-Prêtresse d'Uriz maintenait davantage son emprise encore et au final, la Prime Sorcière avait son mot à dire. Ou Était les clameurs pour la Mère ? Elle avait aussi le droit de régner comme tout un chacun et ne pas se faire écarter du devant de la scène comme les autres aiment le faire. Un frémissement déchira sa bouche en deux. Les perles carmines dédiée au néant. Elle écoutait, toute attentive qu'elle fut, les paroles du Haut-Prêtre tout en réfléchissant.

      « Notre Gardien, héraut de Lui-Qui-Sème-Les-Batailles, se veut garant de la gloire du peuple Sombre. Cela, Haute-Prêtresse, est un acquis pour le moment. Mais il est bien des étoiles qui ont chuté à force de s'être laissées aveugler par leur propre clarté. »


    A cela, la Voix de la Mère acquiesça d'un hochement distrait de son minois. Elle s’enfonça davantage dans le moelleux du canapé. Son attitude reflétait le calme et le changement fut flagrant. Du Cobra Royal prédateur, elle se mua en simple caneton inoffensif, frêle et fragile presque. Peut-être que les rôles s'inversaient. Lessryn devenait le serpent aux anneaux de sang et la Voilée, l'oiseau hypnotisé. Les billes dévièrent un instant vers Cendre avant de se ranger de nouveau sur la Voix de la Justice. Le silence perdura, le laissant poursuivre.

      « Tebirahc Zaurahel est de cette sorte. C'est une jeune étoile, investie de feux qu'elle doit apprendre à apprivoiser, connaître, contrôler. Pour l'instant seule l'ivresse compte à ses yeux. Elle ne voit pas le réseau des constellations qui l'entourent, elle se croit seule dans le néant intemporel des cieux. »


    A cela, elle approuva encore ses dires, non pas quelle était d'accord. Son avis ne pouvait encore se stabiliser. Tebirahc Zaurahel s'était reclus au sein de sa demeure et n'était pas venu rendre hommage à Teiweon. Finalement, un soupire s'échappa de ses lippes, nullement ennuyée par ses propos mais comme lassée de cet avenir avec un élu ébloui par sa gloire. Rien n'était jamais simple après tout. La Haute-Prêtresse de la Mère des Âmes espérait qu'il exagérerait mais la tournure avait des allures logiques. Cendre revint, cette fois-ci, elle ne lui jeta pas l'once d'une attention.

      « La voie Juste... Aahhh. Dis-moi, ô Fille de la Mère. Teiweon Danath'Koor, dans son royaume cendré, rêve-t-elle des présents que Meingal pourrait lui offrir ? Des âmes et des sangs vaincus au nom du Seigneur Balafré, je n'ai jamais su si la Mère en prenait sa part. »


    Une inspiration fut prise tandis qu'elle décroisa ses gambettes pour mieux les croiser en sens inverse. Dans sa torpeur, la Haute-Prêtresse reprit la parole, plus douce, confidente. Sa voix n'était pas murmure mais le timbre n'était pas assez haut pour être normal non plus. Elle inspirait désormais la quiétude.

      « Teiweon Danath'Koor sait que certains la complètent et ne la rendent qu'entière tempérant sa faim, Meingal la nourrit des âmes des pêcheurs... Toute âme revient à notre Reine des Morts, aucune ne lui échappe. La Mère serait contrariée que Celui-par-qui-s'abat-Justice conspire dans son dos... Mais ce serait aberrant que le Dieu de la Justice ne suive pas ses propres dogmes. »


    Elle ne désirait plus stagner entre deux eaux et se montrer plaisante, complaisante. Certes, était-ce une première entrevue mais tout deux avaient sans doute saisi qui était la personne qui se tenait en face. Ils avaient tout les deux jugés. Normalement il n'y aurait pas de quiproquos. La Fille de Celle-par-qui-la-Mort-embrasse ne préféra plus s'habiller de prudence et désirait se livrer. Il ne fallait pas y voir menace ou si mais dans le seul et unique cas ou il se destinerait à emprunter un chemin douteux et dangereux.


      « Mon Dieu me fait parfois la faveur de déchirer les voiles qui séparent les temps anciens des temps futurs. Il m'accorde alors rêves et visions, qu'il est à ma charge d'interpréter. L'une de ces visions m'est venue qui contait le sort du Gardien, et que je suis allé lui transmettre. Est-il utile de dire, Fille de la Mère, qu'il ne s'agissait que d'un prétexte pour connaître la position du Gardien vis à vis de notre pouvoir ? Et est-il utile de dire, Haute-Prêtresse, que s'il a accueilli la main que je lui tendais avec courtoisie et complaisance, je doute cependant qu'il en fasse grand cas... Pour le moment ? »


    Lui aussi possédait ce don mais c'était chose normal pour tout Haut-Prêtre ou Haute-Prêtresse de n'importe quelle culte. Un moyen de communiquer avec sa Déité était plus qu'appréciable et même obligatoire. Naturellement, elle le comprit bien. A sa question qui n'en était pas vraiment une, elle haussa les épaules. Le seul échec est lorsque l'on abandonne une fois pour toute. Peu importe de perdre tant qu'on insiste.

      « Patience est mère de vertu, il devra bien retrouver la voie de la raison. »


    A ce diction, typiquement humain, elle eut un petit rire discret.

      « Pardonnez moi. »


    La coupelle jusque là ne l'intéressait pas. Les rubis de feu se posèrent sur celle-ci exprimant une moue mitigée. Les opiacés... Elle n'appréciait pas perdre ses moyens lorsqu'elle traitait et préférait être en plein possession de ceux-ci. Sa main fut tendue, elle se saisit de la coupe fumante.

      « De deux choses l'une, Préférée de Teiweon. Soit le Gardien, et le restant du peuple Sombre, apprend à se souvenir et à craindre l'influence des puissances que nous servons... Soit ces mêmes puissances, animées d'un juste courroux, se retourneront contre eux. Telle est la réponse que j'entrevois. Telle est la Juste Voie. »


    Afin de faire honneur à son hôte et se montre agréable, elle approcha le présent de son minois sans pour autant encore l'humer.

      « Teiweon a toujours été écartée des trois puissants, ce fut si flagrant que lorsque le Triumvirat fut mis en place, le culte de la Mère des Âmes n'eut son mot à dire. Le couple Naerth s'impose beaucoup... Ils ont en même temps réussi un coup de Maître lorsque le Seigneur Brylyan a accédé au trône... Sa sœur étant Haute-Prêtresse d'Uriz, cela leur assurèrent un avenir prospère... Nulle doute qu'ils désirent en ce moment s'approprier le Gardien... A côté de cela, si j'étais à la place du Seigneur Zaurahel, je m'amuserai de voir graviter autours de moi tant de Sombres désirant faire bonne impression et m'invitant à aspirer à tels ou tels desseins.... Pour finalement, vu ma puissance, les dévorer tous jusqu'au dernier... Peut-être cela va t-il vous paraître étrange mais je pense que plutôt désirer forcer par des moyens détourner l’Élu d'Uriz, il ne faudrait pas mieux apprendre à le connaître ? Le conseiller simplement. Je ne vous cache pas que je désirerai que mon Culte retrouve sa Gloire d'antan... Le Peuple craint Teiweon mais les plus hauts, eux ? ... Moins et la respecte de moins en moins... J'aimerais rétablir cette injustice. »


    Sur ces mots, elle inclina poliment sa tête avant d'aspirer faiblement quelques inhalations délirantes pour se détendre un peu plus. Les derniers propos vont sans doute surprendre le Haut-Prêtre de Meingal, Lessryn. Est-ce une façon de voir sa position ou autre chose encore. Pour l'instant, elle guette ses faits et gestes, chacune de ses expressions le tout avec ses allures de chats inoffensif se complaisant parmi le moelleux du canapé.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Temple de Meingal | Des sillons de colère   

Revenir en haut Aller en bas
 
Temple de Meingal | Des sillons de colère
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Un temple sous terre [PV Kusari]
» La colère.
» La colère d'un père
» Temple de Danava
» Noyer sa colère dans l'alcool est tout un art voyons.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: TERRES DE L'EST :: Cité d'Elda-
Sauter vers: