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 [Temple de Meingal] Hommage & Jugement (Lessryn)

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Aegnor Kezz' Taazmodesh
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MessageSujet: [Temple de Meingal] Hommage & Jugement (Lessryn)   Mar 15 Fév 2011 - 15:11

Les deux Drow formaient un couple très étrange tant il était que par trop contrasté. L’un était presque frêle tandis que l’autre était tout en muscle. Mais le premier avait des yeux froids et de longs cheveux de glace, là où le second arborait un crâne rasé et des pupilles presque trop nerveuses. Si d’aventure il avait fallu parier sur l’un d’eux, nul doute que la cote aurait été tout de même plus favorable au plus épais des deux. Cependant, c’était bien l’autre que suivait docilement cet étonnant cortège de corbeaux, lui donnant ainsi une aura d’étrangeté qui avait le don de mettre mal à l’aise. Porteurs de mort, messagers des dieux, oiseaux de mauvais augure, charognards. Autant de titre qu’ils portaient à tort ou à raison, rendant dangereux quiconque réussissant à s’en faire des amis.

Une drôle d’histoire, mais nous nous égarons.

Aegnor Kezz’ Taazmodesh était celui qui semblait être le plus faible des deux. A ses cotés se trouvait son Streea Jabuuk : Ohn’Mar, qui avait essayé de le faire tuer. Non par rancune personnelle, mais par ambition. Ce qui posait problème. Car dans le premier cas, le Senger se serait contenter de le tuer. Mais ce n’était pas de cela qu’il s’agissait. Pire, il pouvait même comprendre le motivations de son agresseur et en un sens, il les acceptait et les respectait. A sa place, il en aurait fait de même.

Cependant, le monde n’était pas si simple, et celui des Sombres moins encore. Il ne pouvait se contenter d’en rester là. Ses Sargtlin ne l’auraient pas compris. Enfin ça à la limite on s’en fichait pas mal. Non seulement ils ne l’auraient pas compris, mais en plus ça aurait créé un précédent et ça c’aurait été dommageable, dans la mesure où il n’avait franchement pas l’intention de se coltiner une tentative d’assassinat tous les deux jours. Sous prétexte que de toute façon, ils seraient pardonnés.

En y réfléchissant bien; cet imbécile avait échoué et par la même, prouvé sa faiblesse. Or les faibles devaient mourir. Histoire classée. Mais il n’était pas Senger lors des faits…

Les pensées défilant à toute allure dans son esprit, Aegnor avait une migraine de tous les diables. Finalement, fatiguée par ce casse-tête, il avait décidé de se rendre au temple du Dieu de la Justice. Là-bas, on saurait quoi faire. Sans compter qu’il avait de toute façon prévu d’y aller pour y rendre hommage. Il avait prié Meingal lors de son serment et cela lui paraissait être la moindre des choses.

Les deux Drow traversèrent le parvis et grimpèrent les marches de pierre noire. Un silence lourd les accueillit, silence qui avait quelque chose de proprement répugnant. Eclairée par des brasiers, la nef était inquiétante, peuplée uniquement de Sombres suppliants, de confesseurs et d’acolytes en rouge. Arrivés au fond de la pièce, ils s’agenouillèrent devant le visage de pierre du balafré.

Un temps passa. A la fois minute et vie.

Puis ils se relevèrent et tombèrent sur une silhouette en rouge. Fort de son rang, le Drow aux corbeaux dit simplement.


Nous recherchons la Justice de Meingal.

Dû moins la recherchait-il lui. Vu le tronche que tirait son Streea Jabuuk, cette visite n’avait franchement pas l’air de le réjouir.
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Lessryn Vesz'Talinth
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MessageSujet: Re: [Temple de Meingal] Hommage & Jugement (Lessryn)   Mar 15 Fév 2011 - 21:34

~ Elend - Melpomene ~





Dans le ventre des crevasses, la rumeur court vite.


Qu'il s'agisse de la trahison du père envers sa fille, de la fille envers la mère, du poison que verse l'esclave dans le vin du maître, de la morsure du fouet sur le dos de l'esclave ; tout ce qui trouve écho quelque part dans le Puy finit par être su. Car la moindre information est une faille à exploiter, une faiblesse à saisir. Ainsi se tisse la toile changeante des Sombres, faite de perfidie, de secrets et de mensonges autant que d'acier et de sang versé.

Que dire alors, oui, que dire d'une chose aussi retentissante et essentielle que l'intronisation d'un nouvel Obok Senger dans l'armée drow ? Depuis la clameur jusqu'au moindre chuchotement, chaque voix s'était emparée de son nom. Et il rampait au détour des conversations, à l'angle des galeries, assurait ce sourire au coin des lèvres ou bien provoquait ce froncement de sourcils. Il était la nouveauté que l'on s'échangeait, commentait, espérait, regrettait. Parfois même haïssait.

En vérité, Aegnor Kezz' Taazmodesh n'avait pas besoin de s'annoncer. Chaque Sombre devait déjà connaître la forme de sa silhouette, le son des plumes froissées émanant de ses étranges compagnons, et l'éclat odieusement étranger de ses prunelles. Et s'il doutait encore de n'être point reconnu, la manière qu'eurent les acolytes, au seuil de la Chambre de Meingal, de bomber le torse et de faire claquer sur le sol la pointe de leurs flamberges à son passage, dissipait à ce sujet tout malentendu.

On les suivit des yeux, alors qu'ils progressaient à l'intérieur de la Nef. Quelques échanges verbaux mouraient à leur passage ; les Confesseurs tournaient vers eux leurs joues scarifiées ou – pour les plus fanatiques d'entre eux – les orbites vides qui leur tenaient lieu de regard. On s'attardait rarement sur Ohn'Mar ; toutes les attentions se concentraient comme des serres avides sur le frêle Sombre titré wun Oreb Tiu'xa. A la surprise se mêlait l'intérêt. Au respect se disputait la suspicion. Il n'y eut pas de grands cris ou de fidèles agenouillés sur son chemin mais, à sa manière, Aegnor fit sensation.


Nul ne les dérangea dans leur prière tout le temps qu'elle dura. Face à eux, au sommet d'une brève volée de marches, se tenait l'autel, encore recouvert du sang frais que quelques adeptes avaient pris soin de verser aux premières heures. Au-delà veillait l'oeil minéral du Dieu lui-même, dans sa sévère splendeur. Bien que le bâtiment fût haut et vaste, les brasiers faisaient régner ici une chaleur moite et étouffante, exaltant les parfums de l'encens et de la fumée auxquels se mêlait la puanteur du sang, l'odeur poisseuse de la colère – et celle, latente, de la peur.

Car ils étaient rares ceux qui passaient les portes du Temple en ayant le coeur serein ; et l'on ne pouvait, de toute façon, demeurer quelque temps au sein du lieu sans ressentir l'effet de son atmosphère par ailleurs soigneusement entretenue. Depuis les fresques détaillant avec minutie les sentences sacrées du Dieu-Justice, jusqu'aux gesticulations des brasiers sur les grands murs de pierre noire, en passant par les visages fermés, colériques ou cruellement scarifiés des adeptes, tout ici était pensé pour plonger le fidèle dans l'intimidation et le malaise. Quant à savoir quel effet cette lourdeur ambiante aurait sur l'esprit d'un Obok Senger... Qui eût pu le dire, à part lui-même ?


Chassant cette réflexion d'un geste distrait de la main, Lessryn Vesz'Talinth, Main de Meingal Par-Qui-Sentence-S'abat, s'avança. A ses côtés marchait Cendre le bien-nommé, tant chacune de ses couleurs – depuis celle de la peau jusqu'à la teinte des yeux – paraissait fatiguée, voilée de gris. En sa qualité de Chambellan, Cendre s'était fait un devoir d'avertir son maître sitôt que l'Obok Senger avait passé les portes du Temple ; et maintenant, humblement vêtu d'une toge aussi grise que sa grise personne, il se tenait en retrait, prêt à poursuivre son devoir. Mais ses mains, drapées dans les amples manches de son habit, demeuraient invisibles.

A quelques pas des deux illustres suppliants, le Haut-Prêtre s'arrêta. S'appuyant sur sa crosse, il dispersa d'un regard la poignée de rouges acolytes qui s'étaient jusque là pressés à portée d'Aegnor et de son comparse – prêts à obéir au moindre signe de ceux-ci. L'oeil couleur grenat se riva au Seigneur du Deuxième Ost, le détailla avec attention ; et tous les rubis cousus à même son manteau d'apparat parurent faire de même.


- Ainsi, l'Obok Senger Aegnor Kezz' Taazmodesh cherche-t-il Justice, commença Lessryn de sa voix rauque et profonde. Sa Main, Lessryn Vesz'Talinth, qui au Balafré dévoue son existence, se tient humblement à ton écoute. Parle, Maître des Corbeaux. »


Et, pour appuyer ses propos, il courba légèrement le buste, posant ce faisant la main haut sur sa poitrine dans un témoignage de profond respect.


L'on disait plusieurs choses au sujet du Haut-Prêtre : qu'il était jeune pour un Sombre ayant accédé à un tel niveau de prestige ; que le charisme de sa haute stature et de ses sentences fermes tenait le culte entier sous sa loi depuis qu'il avait accédé à ce poste ; qu'il était coutumier de certains mélanges secrets lesquels – disait-on – lui permettaient de parfois déchirer le voile qui sépare le présent des possibles futurs. Bien des rumeurs, ainsi qu'il en courait au sujet du nouvel Obok Senger lui-même ; toutes n'étaient pas vraies, certaines bien en-deçà de la vérité.

Et tandis que le regard intelligent et acéré du Haut-Prêtre scrutait ses deux hôtes dans l'attente d'une réponse, lui-même, sans doute, commençait à s'ébaucher un portrait d'Aegnor, à l'aune de sa propre réputation.
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Aegnor Kezz' Taazmodesh
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MessageSujet: Re: [Temple de Meingal] Hommage & Jugement (Lessryn)   Mer 16 Fév 2011 - 19:41

Tout à ses sombres pensées concernant cette situation pour le moins délicate, Aegnor n’avait fait que peu attention à ce qui l’entourait. Quelques brefs regards circulaires avaient suffit. Et si la traversée de la nef lui avait permis d’émerger, ce ne fut que pour mieux replonger mais avec cette fois-ci, des pensées convenant mieux à un Temple. Une prière nécessitait que l’on s’y dévouât entièrement : de corps et d’âme et de manière à ce que la moindre parcelle de notre esprit y fusse focalisée. C’était là une question de respect, et les dieux ne toléraient pas qu’ont y manquassent.

De fait, Aegnor Kezz’ Taazmodesh ne fit réellement attention à ce qui l’entourait qu’une fois qu’il eut pris la parole. Ses sens furent agressés par une chaleur diabolique, par une odeur putride -funeste mélange d’encens, de fumée et de sang humain, par l’air ambiant à tel point lourd qu’on avait l’impression de pouvoir le toucher le saisir entre nos doigts glacés. Sans compter ces fresques ô combien réaliste, qui promettait un châtiment funeste. Un endroit malsain, où proliférait la peur et la mort.

Un endroit parfait.

Si il avait fallut quelques secondes au nouvel Obok Senger pour s’habituer plus ou moins au Temple du Dieu de la Justice, ce ne fut pas le cas de son Streea Jabuuk. Ce dernier avait une déglutition des plus limitée, des tics en nombre, sans oublier cette façon qu’avaient ses yeux de se poser sans arrêt sur les issues possibles. Le pauvre diable était au comble de la nervosité.
Loin d’en avoir pitié, ce spectacle répugnait le Drow aux corbeaux, lequel abhorrait cette attitude pathétique consistant à dévoiler ainsi ses faiblesses et ses peurs aux vu et su de tous.

Lamentable pour un Sombre, vous en conviendrez.

Entouré par une multitude d’acolytes en robe rouge, ils patientèrent. Tous deux conscients que cette attente ne durerait guère, pour la simple et bonne raison qu’on s’amusait rarement à contrarier un membre de l’Olath Blada. Ce n’était franchement pas une attitude des plus raisonnables.

Et comme de juste, les ouailles furent disperser par l’arrivée de deux religieux sans doute plus important. Celui qui se tenait en retrait, et qui n’avait nullement l’air de vouloir intervenir, mais juste celle de rester à la disposition de l’autre, était tout de gris vêtu. Et même sa peau se confondait avec les vêtements.

Rien d’étonnant pourtant, car même si Aegnor avait comme tout Drow, un grand respect pour les dieux et leurs serviteurs privilégiés, il n’en trouvait pas moins que certains d’entre eux avaient de drôles de lubies.

Mais passons, car le second était autrement plus intéressant. Sa taille inhabituelle permis à Kezz’ de le reconnaître tout de suite : il s’agissait du Haut-Prêtre, Lessryn Vesz'Talinth. Un Drow qui malgré son jeune âge était réputé pour être très compétent dans ses fonctions. Beaucoup d’histoires hantaient ses pas, vraies ou fausses, mais cela n’intéressait guère le Senger ; il se forgerait sa propre opinion. C’était encore le meilleur moyen de ne pas se retrouver avec une dague entre les omoplates. Et encore…

La voix profonde du religieux brisa ce silence oppressant et il s’inclina légèrement. Tant dans ses actes que dans ses paroles, il semblait faire preuve d’un respect évident. Feint ? Peut-être, peut-être pas. C’était ainsi avec les Sombres, on ne connaissait jamais réellement quelqu’un.


Je te salue, Haut-Prêtre. Tu me connais. Mais voici Ohn’Mar, mon Streea Jabuuk.

Aegnor s’inclina un peu plus bas que Lessryn, indiquant ainsi qu’en ces lieux, il reconnaissait l’autorité de la Main du Balafré. D’un geste de la main, il indiqua à son subordonné d’en faire de même.

Je vais commencer par les faits.

J’avais été désigné pour être le prochain Senger. La cérémonie allait avoir lieu. Cependant, mes… amis
dit-il en désignant d’un geste ses corbeaux, m’ont avertit d’un problème. Des petites poches de Drow armés étaient postés tout le long du chemin menant au Palais.

J’ai donc envoyé des leurres, tout en empruntant seul un chemin différent. Comme vous le voyez, je suis toujours en vie. Mais les parmi le leurre, trois gardes sont morts et quatre autres trop blessés pour reprendre du service. Ils ont vaincu les assassins et en ont capturés un.
Plus tard, j’ « interrogerai » ce Drow dans ma demeure. Il me livrera Ohn’Mar mais succombera malheureusement au traitement subit.


De fait, il n’avait que sa parole, les esclaves ne comptant pas.


Pour ce qui est de mon soupçon, j’ajouterai qu’il profiterait directement d’un tel acte et que son attitude lors de la cérémonie, en me voyant bel et bien vivant, était des plus troublantes. Il était littéralement décomposé.

Assez !

Visiblement, le gros avait repris du poil de la bête.

Il n’y a aucune preuve ! Comme par hasard le seul témoin est mort ! Je n’ai rien à faire ici !

Aegnor leva les yeux au ciel. Mieux valait entendre ça que d’être sourd. Au moins cet imbécile n’avait pas commis la bêtise de partir.

On ne lui tournait jamais le dos. Jamais.

L’un serein, l’autre beaucoup moins, ils attendirent la réaction du Haut-Prêtre.
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Lessryn Vesz'Talinth
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MessageSujet: Re: [Temple de Meingal] Hommage & Jugement (Lessryn)   Jeu 17 Fév 2011 - 21:51

~ This Morn'Omina - Osain ~






Flattant à gestes lents la crosse d'obsidienne comme on l'aurait fait d'un animal familier et docile, Lessryn écoutait, et ne disait mot. Ni le regard, ni l'attitude ne trahirent quoi que ce fut tout du long que dura le plaidoyer du nouvel – et fraîchement intronisé – Obok Senger. Lessryn était de ces êtres qui élèvent l'impassibilité et la maîtrise de soi au rang d'art ; ne rien montrer sinon ce que l'on souhaite, ne rien trahir sans que cela ne soit précédemment pensé et réfléchi. Justice est plus efficace lorsqu'elle se fait minérale, impassible, inaccessible. C'était une chose que le Haut-Prêtre avait depuis longtemps comprise, et qu'il mettait soigneusement en application.

Le regard de nombreux acolytes s'attachait à la scène. Des oreilles s'étaient tendues, quelques silhouettes s'étaient rapprochées sans toutefois manifester de façon trop explicite leur intérêt. Ce n'était pas tous les jours qu'un Obok Senger venait réclamer l'attention du Balafré, après tout ; et point tous les jours non plus que le Temple devait gérer un accusé d'un grade aussi élevé.

Et parlons-en, de l'accusé... Non : parlons plutôt de la peur qu'il dégageait. De cette aura moite que les rouges acolytes humaient de loin comme des charognards. Qui leur faisait retrousser les lèvres sur une étrange parodie de sourire quand l'attention du Streea Jabuuk se portait vers eux. A se comporter en proie, l'on est traité en proie. Et, sous le regard fiévreux du présumé coupable, le Temple, dans ses replis secrets, commença à s'animer.

Il fallait un oeil au moins aussi vif et inquiet que celui du Streea Jabuuk pour déceler ces petits indices, ces infimes détails qui trahissaient la vie secrète du Culte. Car rien, dans la Chambre de Meingal, n'était tout à fait ce qu'il semblait être ; et rien n'était laissé au hasard. A travers la gesticulation des brasiers et les ombres qu'ils projetaient sur les murs, on remarquait, si l'on était suffisamment attentif, de nouvelles silhouettes. Des formes discrètes et souples, tapies dans les coins d'ombre en profitant du fait que les robes sanglantes des acolytes accrochaient le regard. Elles-mêmes, toutes de noir vêtues, leurs cheveux teints à la cendre et à la suie, se confondaient avec l'obscurité ; mais de temps à autre, depuis les ténèbres, leur regard luisait.

Veilleurs. Assassins. Exécuteurs du Dieu-Justice. Gardes du corps redoutables en cela que l'on ne pouvait surprendre leur présence à moins d'y faire réellement attention, à moins d'en être averti. Ceux-là souriaient au Streea Jabuuk, et leurs sourires brillaient comme des lames de couteau dans l'obscurité. Personne ne le laisserait s'enfuir. Le Temple était une gigantesque mâchoire et eux, surveillant depuis l'ombre, en étaient les multiples crocs.

Même Cendre, oui... Le si discret Chambellan, le Sombre aux teintes de poussière. Que pouvait cacher l'ampleur de sa toge ? N'avait-il pas ce sourire, lui aussi, celui du prédateur sûr de son fait ? Ses yeux ne scrutaient-ils pas Ohn'Mar, affamés, lorsque le regard rouge pâle filtrait sous la frange des cils ? Et ses mains qui demeuraient dissimulées dans les amples manches, de quelles armes mortelles pouvaient-elles se doter sans que nul n'en sache rien ?

Les fresques aux détails vacillant sous la lueur des flammes ; les orbites vides et mortes des Confesseurs ; les visages balafrés des adeptes, et les chaînes attachées à leurs hanches ; les prières miaulées dans le secret des alcôves ; le raclement discret du métal sur le sol dallé ; le souffle des assassins dans la pénombre ; tout, tout était braqué sur Ohn'Mar, tout était sur lui fixé. L'oppression de l'air se fit écrasante.


Il parla, alors, pour sa défense – lorsque Aegnor, accusateur et maître, eût terminé sa diatribe. Protesta avec virulence, quitte à presque couper la parole à l'Obok Senger.

Le regard de Lessryn, de neutre, se fit glacial.


- Comment puis-je interpréter tes propos, Streea Jabuuk Ohn'Mar ? commença-t-il sur un ton étonnamment doux, proche du murmure – sans un mot plus haut que l'autre. Est-ce à dire – puisque tu n'as pas ta place ici – que tu te refuses au regard de Meingal Sasshik'Etsh, pourtant garant de la Loi de ton peuple ? Estimerais-tu n'avoir rien à devoir à Celui-Par-Qui-Sentence-S'abat, au risque de te montrer aussi insultant qu'offensant au regard de tout ce qui régit la noble race des Sombres dans son ensemble ? »


S'étant rapproché d'un unique pas, le Haut-Prêtre se tut et laissa passer quelques instants, le temps que le Streea Jabuuk comprenne ce qu'impliquaient ses propos ; puis il se fendit d'un sourire plus doux encore, presque affectueux.


- Mais non, non... Nous, Main-de-Meingal, espérons que tu auras la prudence et la sagesse de ne pas te montrer sacrilège à sa Loi. Nous t'écoutons, à présent. Parle, présente ta version des faits : chacun est à ton écoute. Sois respectueux, Streea Jabuuk, sois digne... Et tâche de te montrer convaincant. »


L'injonction, prononcée de ce même ton égal et tranquille, était sans appel. Appuyé sur sa crosse, Lessryn attendit.

Mais bien qu'il présentât toujours cette expression neutre et attentive, son jugement était déjà bel et bien rendu ; et il n'était évidemment pas en faveur d'Ohn'Mar. C'était cependant, pour lui, un délice raffiné que de laisser croire aux futures victimes qu'elles avaient encore une chance de se défendre, et de s'en sortir. Il n'y avait plus belle offrande à son Dieu que l'espoir insensé d'un coupable.

Déjà, discrètement, Cendre s'était écarté de l'ombre de son maître. Quelques groupes d'acolytes, innocents d'apparence, se rassemblaient sur le chemin menant aux portes, coupant subtilement tout issue de sortie, toute potentielle retraite. Ce monstre vivant qu'était le Temple savourait par avance les derniers sursauts de sa proie – avant la sentence décisive.


Cruelle divinité que Meingal, en vérité.
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Aegnor Kezz' Taazmodesh
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MessageSujet: Re: [Temple de Meingal] Hommage & Jugement (Lessryn)   Lun 21 Fév 2011 - 21:54

(navré pour mon retard)

Depuis le début de cette affaire, Ohn’Mar avait toujours été persuadé que tout finirait par s’arranger. Chaque nuit, il revoyait cette scène : celle mille fois maudite où son ancien frère se saisissait avec avidité de la bague d’émeraude, alors même que la disparition de l’Obok Senger n’avait pas été prouvée. Par lâcheté, stupidité, ou allez savoir, respect, le Streea Jabuuk n’avait pas voulu se jeter immédiatement sur l’anneau. Il avait pensé, naïvement peut-être étant donné les coutumes du peuple Drow, qu’il lui serait préjudiciable d’apparaître aux yeux de tous comme n'étant rien d’autre qu’une hyène affamée, dévorant la carcasse encore chaude de celui qui les avait toujours mené avec brio.

Grave erreur de sa part, car Aegnor Kezz’ Taazmodesh, de son coté, ne s’était pas embarrassé de ces scrupules. Ne s’était jamais embarrassé du moindre scrupule pour être exact.

Cela il l’avait su. L’avait toujours su. Qui d’autre le connaissait mieux que lui ? Après tout, ils étaient pairs, dû moins l’avaient-ils été un jour. Mais si les choses ne changeaient pas vite chez ce peuple millénaire, lorsqu’elles le faisaient, c’était toujours d’une manière des plus surprenantes, tant on ne connaissait réellement le jeu d’autrui qu’une fois toutes les cartes posées. Ainsi allait le peuple Sombre. D’intrigue en intrigue. De trahison en trahison. Le sang étant le tremplin de toute ambition.

Parricide, fratricide, infanticide… L’horreur élevée au rang d’Art.

Ohn’Mar s’était alors maudit pour son idiotie. Il avait eu un instant de faiblesse, et cela lui avait été fatal. Mais tout n’était pas perdu. Si son désormais rival avait certains régiment dans sa poche, d’autres lui étaient dévoués, à lui et à lui seul. Son heure viendrait. Tant que son ennemi n’était pas intronisé, il avait une chance de reconquérir ce qui lui était dû.

Mais rien ne s’était passé comme prévu, la faute à ces maudites bestioles. Charognards pestiférés… Il fallait n’avoir aucune fierté pour accepter de vivre aux cotés de tels erreurs de la nature. La mauvaise foi étant plus supportable que la vérité, Ohn’Mar préférait reporter la faute sur autrui, plutôt que de regarder en face ses propres lacunes. Un véritable stratège, d’autant plus lorsqu’il connaissait les succès militaires remportés grâce aux corbeaux, ne les aurait jamais sous-estimé.

Une deuxième erreur. Dans une contrée où une seule menait à une mort rapide ou (au choix ?) à une disparition inexpliquée, où menait donc la deuxième ? Le Streea Jabuuk n’allait pas tarder à la découvrir.

Ainsi, il avait été contraint de suivre son rival dans le Temple du Dieu-Justice. Une balade dont il se serait bien passé, mais la fuite était inenvisageable. Refuser de comparaître devant un dieu ? Rien que l’idée était absurde pour un Drow.
D’autant plus qu’après un instant de nervosité, le discours du nouvel Obok Senger avait achevé de lui faire reprendre tout ses esprits. Il s’était défendu donc.

En vain ? Peut-être. Car la peur s’emparait à nouveau de lui, alors même que ses yeux agités par des nerfs en belote lui faisait voir des ombres démoniaques, et donnait au Temple l’apparence d’un piège abominable dirigé à son encontre.

Pour la première fois de sa vie, il avait la sensation d’être la proie, et non plus le chasseur…

Cette idée seule le terrorisait.

Le discours, pourtant calme et prononcé sans virulence ni haine à son égard, acheva de détruire ses derniers remparts. Maintenant la peur s’affichait ouvertement. Transpiration abondante, respiration saccadée, tremblements incontrôlables. Et cette impérieuse envie de fuir qui s’emparait inexorablement de lui, alors même que toutes les issues précédemment repérés s’avéraient être -comme par enchantement, occupées par des silhouettes que ses yeux apeurés ne distinguaient plus très bien.

Ohn’Mar manqua de se jeter aux pieds du Haut-Prêtre, mais un reste de fierté lui permit de rester debout, alors même qu’il balbutiait une réponse.


Je… Je… Oui ! Je n’ai… Je n’ai rien fait ! Rien du tout ! J’étais au palais… Quand… Quand cela s’est produit !

Qu’était-il en train de faire ? Était-il réellement en train de débiter des sornettes à un Haut-Prêtre ? Représentant du Dieu Balafré ? Était-il donc en train de mentir à un Dieu ?!
Plus que tout autre chose (si cela est possible) ce questionnement terrorisa le Streea Jabuuk. Sans plus aucun soucis pour sa dignité, il tomba à genoux.


Pardonnez-moi ! Je vous en prie ! Oui ! C’est vrai ! J’ai organisé ces tentatives ! Mais c’est normal pour un Drow, non ?! N’est-ce pas ainsi que cela fonctionne ?…

Alors que les larmes inondaient le visage couturé de cicatrice du guerrier (étrange spectacle s’il en est), le ton de sa voix s’était fait implorant.

Fierté battue.
Dignité foulée.
Être brisé.

Juste à ses cotés, toujours debout, le Drow aux corbeaux observait le spectacle d’un air impassible. Nul n’aurait pu dire si il jubilait devant son ennemi vaincu ou si au contraire, il était dégoûté devant ce spectacle répugnant.

Car lorsqu’on vivait bien au-delà des limites de ce qui est communément appelé le « Royaume du Mal », la faiblesse n’était pas seulement le meilleur moyen pour en finir avec la vie.

C’était un péché capital.
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Lessryn Vesz'Talinth
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MessageSujet: Re: [Temple de Meingal] Hommage & Jugement (Lessryn)   Dim 27 Fév 2011 - 17:50

(A mon tour de m'excuser pour le retard...)



~ Howard Shore - The foot of Orthanc ~






Les mâchoires du piège s'étaient refermées.

Clac.


Ce fut le son de la crosse du Haut-Prêtre heurtant le dallage lisse lorsque, capitulant sous la subtile pression instaurée, le drow coupable tomba à genoux. Les flammes vacillantes qui moiraient le visage de Lessryn à grand renfort de clairs-obscurs mouvants ne trahirent pas autre chose que cette expression patiente, lointaine et indéchiffrable, affichée par l'éminent religieux tout le temps que dura l'immonde plaidoirie.

Même si, peut-être, les coins de ses lèvres se retroussèrent légèrement sur la fin.


Tout autour, les yeux rouges des acolytes savouraient la curée imminente. Cendre, mains dans son giron, s'était positionné derrière le drow prostré et, immobile, attendait l'ordre. Qui ne vint pas, pas tout de suite.

Car d'abord, le Haut-Prêtre se pencha. Le grand manteau de pourpre et de suie se froissa sous ce geste lent, les rubis cliquetèrent, lancèrent des éclairs écarlates. Et ce fut avec une certaine douceur que sa main se posa sur le crâne du Streea Jabuuk déchu.


- Oui... souffla-t-il. Tu as raison, Ohn'Mar, c'est ainsi que les choses fonctionnent. L'ambition nourrit les Sombres. Elle est la mamelle à laquelle s'abreuvent les Puissants. »


Distraits et caressants, ses doigts flattaient la chevelure d'ivoire dans un geste presque paternel qui avait, sous l'éclairage de la situation, quelque chose de dérangeant et d'inquiétant.


- Cependant... L'ambition est une maîtresse cruelle, qui ne tolère pas que l'on défaille. Elle donne raison aux vainqueurs, anéantit les perdants. Tu as échoué, Ohn'Mar... Tu es donc coupable de faiblesse. Meingal ne peut tolérer la faiblesse au sein du peuple que le Panthéon élève et protège. Elle est comme la gangrène qui s'installe dans son écrin de chair, jusqu'à l'alanguir et la pourrir. »


Jamais la voix rauque du Haut-Prêtre ne se fit autre chose que neutre et détachée. Dans le dos du Streea Jabuuk, Cendre ne masquait plus son sourire ni sa satisfaction ; et, dans le secret de ses manches, il flattait tranquillement le poignard enduit de venin paralysant prêt à s'abattre dans le cas où la victime tenterait de fuir son destin.


- Nous te reconnaissons coupable, Streea Jabuuk Ohn'Mar, martela Lessryn en se redressant et en accrochant le regard d'Aegnor. Coupable de faiblesse par le bras pour n'avoir su atteindre ton objectif, et par le coeur pour t'être laissé gagner par la panique devant moi. Coupable, enfin, d'avoir cherché à fuir le courroux du Balafré à l'aide de faibles mensonges. Coupable par trois fois. »


Comme si elles n'attendaient que ce signal, deux nouvelles silhouettes s'animèrent de part et d'autre de l'autel.

Celle de gauche, une petite Sombre prostrée, vêtue très simplement, portait dans ses bras maigre un livre large et épais, tout en se dirigeant sans hésiter vers le Haut-Prêtre malgré les deux aiguilles fichées dans ses orbites sanglantes.
Celle de droite fut un adepte en livrée noire, qui pour sa part se dirigea vers Aegnor et, accordant une révérence profonde à l'Obok Senger, lui présenta un poignard rituel dans un coussin de velours.


- Que le sacrifié gagne l'autel, ordonna Lessryn en s'écartant sans hâte du condamné, robes glissant sur le sol et crosse frappant calmement le dallage au rythme de ses pas. Seigneur Kezz' Taazmodesh, à vous revient l'honneur d'infliger la sentence. Que le courroux du Balafré guide votre bras. »


Il se posta, une fois son ordre achevé, sur la gauche de l'autel, après avoir monté les quelques marches. L'esclave aux yeux percés demeura prostrée à son côté, patiente, tandis que Cendre guettait les gestes d'Ohn'Mar et que l'autre adepte attendait qu'Aegnor daignât se saisir du kriss sacrificiel.

Oui... C'était bien au Streea Jabuuk de monter lui-même sur la grande dalle ensanglantée, de s'offrir à Justice de son propre gré - là était l'unique dignité que lui accordait Lessryn. Et dans le cas où il refuserait cet honneur, Cendre ou d'autres acolytes se chargeraient de l'y mener.


Et, à en croire leurs expressions, ce serait même pour eux un certain plaisir.
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Aegnor Kezz' Taazmodesh
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MessageSujet: Re: [Temple de Meingal] Hommage & Jugement (Lessryn)   Mar 1 Mar 2011 - 19:38

Pas spécialement joyeux ni même malheureux, Aegnor n’en était pas moins satisfait. C’était là un verdict digne du Dieu-Justice. Aucune pitié. Nulle trace de quelque sensiblerie. Une juste application du mode de vie des Drow. Si l’ambition était au cœur de tout Sombre se respectant un tant soit peu, cela ne justifiait en aucun cas l’échec. On ne pouvait se cacher derrière elle lorsque l’on lui avait fait défaut. Oui, Kezz’ ne comprenait que trop bien le sermon du Haut-Prêtre.

Il ne pouvait y avoir de pardon pour les faibles. Tout bonnement parce que la faiblesse n’avait pas sa place chez un peuple supérieur, en rien comparable aux autres. Et lorsqu’elle était découverte, il convenait de l’éradiquer immédiatement. De la même manière que l’on se débarrasse d’une branche pourrie, afin de protéger le reste de l’arbre.

Même les mensonges d’Ohn’Mar avaient été jugés de « faibles » par le Haut-Prêtre. Mentir était en soi quelque chose de tout à fait naturel pour un Drow, mais il convenait de le faire correctement, sinon on s’en mordait les doigts. Quant au fait de mentir à un dieu ou à son représentant… Peu s’y risquaient et parmi ceux-là la plupart le regrettait amèrement. Quelques uns avec un talent inné pour cette discipline s’en sortaient… parfois… de temps en temps… Mais le taux de réussite était suffisamment bas pour qu’Aegnor restât sur une même ligne de conduite : à savoir respect pour tous les dieux et leurs religieux.

En conclusion, le Streea Jabuuk avait fait trop d’erreur de parcours, et il allait maintenant le payer au prix fort.

Celui-ci commençait d’ailleurs à le comprendre, même si ce n’était pas tout à fait ça. Ohn’Mar était tout d’abord passer par le Déni, c’était d’ailleurs la raison pour laquelle il avait suivit son supérieur sans broncher, alors qu’ils se rendaient pourtant au Temple du Dieu Balafré. Puis suite au discours de l’Obok Senger, qui lui avait servit d’électrochoc, il était entré dans la phase de Colère. Laquelle n’avait durée qu’un temps, car l’atmosphère des lieux et la pression psychologique imposé par la Haut-Prêtre l’avait rapidement fait passer au Marchandage. Inutile évidement, les fanatiques religieux étaient particulièrement tatillon sur le sujet. Bref, voilà que le guerrier en était maintenant à la Dépression.

Tout en observant la scène d’un air pensif, Aegnor songeait comme il était étonnant que les cinq phases pour accepter la mort d’autrui (chez les humains s’entend) pouvaient s’appliquer chez les Drow, dû moins lorsqu’il s’agissait de notre propre trépas, celui des autres nous causant que très rarement de la peine.

Quoiqu’il en fut, le second OST ne s’était que par trop ridiculisé dans cette affaire. L’héritier des Taazmodesh croisa le regard de son ancien frère, et lui fit clairement comprendre qu’il avait intérêt d’assurer sur la fin. Entrant dans la phase d’Acceptation, Ohn’Mar se releva et se dirigea d’un pas sûr vers l’autel.

Satisfait, le Sombre se saisit du poignard rituel que lui proposait l’adepte. La Main du Balafré lui donnait la possibilité de rendre le jugement. Il n’avait pas l’intention d’échapper à ses responsabilités.

Alors qu’il s’approchait du Streea Jabuuk, celui-ci retira le haut de ses vêtements et présenta son torse à son supérieur. Hochant la tête, ce dernier comprit le message.

Le kriss sacrificiel se planta dans l’aine de l’officier, lequel réussit tant bien que mal à contenir son cri.

Impitoyable, Aegnor entreprit de faire remonter la lame. Doucement mais sûrement.

Les cris vinrent. Puissants. Mais le colosse tenait toujours debout. Par fierté.

Le poignard atteignait le haut du torse lorsqu’il se retira.

L’Obok Senger recula d’un pas.

Chancelant, Ohn’Mar ne tarderait pas à s’écrouler. Mais pour le moment il se tenait bien droit, alors même que la vie s’enfuyait de son corps.

Une fois de plus, la dalle de l’autel se couvrait peu à peu d’un rouge sombre.
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Lessryn Vesz'Talinth
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MessageSujet: Re: [Temple de Meingal] Hommage & Jugement (Lessryn)   Ven 4 Mar 2011 - 21:21

~ WoW OST - Twilight Highlands ~






Et, partout, l'on dressa le menton. Depuis les alcôves jusqu'aux travées d'où montaient les murmures des Confesseurs, bien des silhouettes drapées de rouge se tournèrent vers l'autel, bien des regards se levèrent pour contempler la silhouette du Streea Jabuuk et la sage dignité avec laquelle, enfin, il s'offrait au courroux du Rétributeur. Ohn'Mar semblait avoir compris qu'il pouvait encore éviter de salir d'avantage son nom. Il gravit les marches, une à une, trouva place sur la dalle sombre, et fit muettement face à son supérieur et bourreau.


Le kriss brillait dans la main d'Aegnor. D'attendre, il n'était plus question. Le geste de l'Obok Senger eut l'éclat de son rang : ferme, assuré, et sans pitié.


Pas une fois l'oeil impavide du Haut-Prêtre ne se détourna de la scène. Au moment où l'acier sacrificiel plongeait dans la chair offerte, la gorge de Lessryn vibra. Hors de ses lèvres, lente et précise, naquit une litanie à laquelle d'abord ne répondirent que Cendre et l'acolyte - toujours proche - qui avait offert le poignard à Aegnor ; mais, peu à peu, montant des tréfonds du Temple, depuis ses recoins, ses pénombres et ses travées, ils furent de plus en plus nombreux, comme un grand grondement, à reprendre les paroles rituelles.


« Nous Te saluons, Meingal Dieu-Justice, qui de Ton ire frappes faibles et puissants.
- Braqué sur nous est l'oeil du Maître.
- Nous Te saluons, Toi qui es double. Sage est la main qui protège ; cruelle la main qui s'abat.
- Chacun ploie l'échine devant le Maître.
- En ce jour comme en tout autre, inspire-nous la loi qui honore et afflige.
- Que l'indigne sombre ; que le digne s'élève.
- Reçois, cette fois encore, le sang des traîtres et des damnés.
- Bois !
- Reçois, du Streea Jabuuk Ohn'Mar, la douleur du sacrifice.
- Brûle !
- Reçois, de la main de l'Obok Senger Aegnor Kezz' Taazmodesh, le prix de sa vengeance.
- Dévore !
- Qu'ainsi Ton peuple soit libre des faibles et des impurs. Nous nous élevons dans la gloire du Maître.
- Nous nous élevons dans la gloire du Maître. »



Les cris du sacrifié firent écho comme autant de chants ignobles.


Ils étaient là, nombreux, groupés comme des vautours écarlates non loin de l'autel. Des adeptes qui courbaient respectueusement la nuque, des Confesseurs qui fixaient le vide de leurs orbites mortes et qui, souriant, faisaient cliqueter les chaînes enserrées autour de leur taille. Sur la dalle déjà encrassée, perdant sa vie à gros bouillons, le supplicié chancelait. On jeta des poignées d'encens dans les brasiers pour qu'aux miasmes du sang versé viennent s'ajouter d'autres parfums ; et ces vapeurs méphitiques, ainsi que les prières grondées, montaient au visage minéral, inaccessible, du Dieu lui-même.

Enfin, il sembla qu'Ohn'Mar ne pourrait plus tenir plus longtemps sur ses jambes. Comme mourir debout était l'ultime faveur accordée à son Streea Jabuuk par Aegnor, une dernière révérence en l'honneur de son Ost, Lessryn attendit qu'il s'écroulât tout à fait avant d'appeler à lui sa petite esclave aux yeux percés, d'un claquement de langue. Docile, la Sombre s'agenouilla puis tendit les bras, muscles noués, pour brandir vers le Haut-Prêtre l'imposant manuscrit qu'elle soutenait jusqu'alors. Lessryn tourna les pages sans hâte, tandis qu'Ohn'Mar refroidissait sur la dalle de marbre. Enfin, ayant apparemment trouvé ce qu'il cherchait, l'éminent religieux tapota de l'index l'un des feuillets puis tendit la main - jusqu'à extraire, hors des orbites percées de son étrange servante, l'une des aiguilles qui la privaient si cruellement de sa vue. La dite aiguille se révéla être une plume d'écriture : et le fluide épais qui coulait hors de la sinistre blessure fut l'encre avec laquelle, appliqué, il se mit à rédiger.


- Mon Seigneur Meingal est satisfait du cadeau que tu lui as offert, Obok Senger, émit calmement Lessryn sans s'émouvoir des tremblements de son petit écritoire vivant. Et le Temple est honoré d'ajouter ton Streea Jabuuk à la liste de ses sacrifiés. Rarement l'autel se sera gorgé d'un tel sang. »


Au bout des longs doigts du religieux, la plume stoppa sa course. Elle vint lentement rejoindre son écrin dans l'oeil percé de la servante, avec un bruit ténu de chair froissée ; mais l'énorme manuscrit demeura ouvert et brandi.


- Sois certain que le Culte se souviendra de ton présent, et de la confiance que tu lui as portée. Le regard de Lessryn fixait de nouveau Aegnor, calme et pénétrant. Y a-t-il une autre requête que tu souhaiterais me soumettre ? »

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Aegnor Kezz' Taazmodesh
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MessageSujet: Re: [Temple de Meingal] Hommage & Jugement (Lessryn)   Jeu 10 Mar 2011 - 21:11

Cruelle litanie si il en était. Faisant écho aux cris du Streea Jabuuk, elle semblait provenir des profondeurs de l’âme corrompue des Drows. Elle les imageait. Les illuminait. Les sublimait. Telle la plainte sanguinaire d’une foule rougeâtre de dévot fanatisés par une déité folle à lier. N’importe quelle créature avec un tant soit peu de bon sens aurait prit ses jambes à son cou. Fort heureusement pour les cultes de ce terrible panthéon, les Sombres n’avaient jamais été réputés pour ce trait de caractère. A moins que ce ne fut le contraire : et que ce fut en raison de leurs pensées tordues et perverses que naquirent de telles divinités…

Pour tout dire, Aegnor s’en moquait pas mal. D’un pragmatisme exacerbé, il serait fidèle et dévoué aux dieux tant que ceux-ci lui épargnaient peste, foudroiement, tempêtes et autres désagréments notoires dont-ils étaient les seuls dépositaire. Il comprenait et concevait même une telle logique, car la pratique du donnant-donnant avait toujours régit sa vie (tout comme celle de la majorité de son peuple). S’offrir la sécurité en assurant sa fidélité par le biais des offrandes et d’une soumission (temporaire ? Feinte ? Uniquement réservé à des lieux spécifiques ? Allez savoir !) totale à des concepts qu’il acceptait et qu’il suivrait de toute manière.

Plus que son ancien frère d’arme chancelant sur une dalle ensanglanté, le regard de l’Obok Senger était figé sur la statue du Dieu-Balafré. Deux émotions se disputaient dans les méandres de son esprit. La satisfaction du devoir accompli, et la crainte que son don ne fusse pas apprécié. On ne contrariait jamais deux fois un dieu. Mais il était malheureusement inutile de chercher quelques indices sur la représentation du pouvoir en ce lieu de culte. Le visage de pierre conservait ses secrets. Envers et contre tout.

A ce malaise s’ajouta l’odeur du sang, de l’encens et des vapeurs. Une combinaison malheureuse et funeste. Mais l’attention d’Aegnor fut bien vite reporté sur Ohn’Mar qui s’écroula enfin, sa vie ayant fuie jusqu’à la dernière goûte. Aucun corbeau ne s’approcha du macchabé. Non par respect ou crainte envers les religieux, mais envers le Dieu lui-même. L’instinct animal sentait ces choses-là. Et même le plus stupide d’entre eux ne se serait aventuré à dévorer l’offrande d’une puissance qui les dépassait. La conservation primait sur la faim, si grande fusse-t-elle.

Kezz’ leva la main droite, le petit doigt un peu plus haut que les autres, et dans un croassement sonore, un corbeau vint s’y poser en douceur. Les pupilles aussi noires que son plumage fixèrent intensément les yeux azurés du Drow. L’échange ne dura que quelques secondes. Mais il aurait tout aussi bien pût durer une éternité. Un message passa d’un être à l’autre, sans qu’aucune parole ne fut pourtant prononcée. Si semblables et si différents.
Corps et esprit unique.
Frères d’âme.

Il s’envola, rejoignant les siens, alors même que l’héritier des Taazmodesh se focalisait sur le Haut-Prêtre. La servante aux yeux percées, d’abord si étrange, sembla alors trouver quelque utilité, et le Senger ne pût qu’applaudir le stratagème. Il se demanda un instant combien de temps tiendrait les bras de la petite esclave -de la même manière qu’il se serait demander si une table valait la peine d’être achetée, puis s’en désintéressa, jugeant au regard de l’autorité des lieux, qu’elle préfèrerait mourir que décevoir.
Comme il se devait.

Bien qu’il conservât son masque de dévot, un intense soulagement envahit son estomac lorsqu’il entendit les premières paroles du Haut-Prêtre. Non seulement le Dieu-Justice était satisfait de l’offrande, mais en plus celle-ci avait été jugée de valeur.


Le satisfaire, Lui et son Temple est pour moi un honneur. De par mon existence en tant que Drow, mais aussi de par mon serment en tant qu’Obok Senger.

Fasciné, Aegnor observa attentivement la plume rejoindre l’œil de la servante. Puis il hocha la tête lorsque le Haut-Prêtre assura qu’il ne serait pas oublié. C’était là, après tout, l’un des buts premiers de cette visite.

En effet, Haut-Prêtre. Une requête plus… personnelle.

Sa voix ne devenant plus qu’un murmure, il ajouta.

Du sang versé au nom de la Vengeance et guidé par la Rancœur. Mais du sang puissant, Haut-Prêtre, et je n’ai jamais su si le Dieu Meingal en avait été satisfait.

Aegnor se tut, il ne dirait pas un mot de plus devant une telle assemblée. Les dévots avaient beau avoir une réputation d’intégrité (envers leur culte s’entend) ils restaient des Drows… Et la confiance qu’on pouvait leur accorder était nulle. C’était différent dans le cas du Haut-Prêtre, car il ne pouvait y avoir d’être plus dévoué envers la déité. Et si celui-ci décidait d’en parler, c’était que la décision venait de la Puissance elle-même. Il n’y aurait alors rien à faire, si ce n’était faire avec.
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Lessryn Vesz'Talinth
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MessageSujet: Re: [Temple de Meingal] Hommage & Jugement (Lessryn)   Mer 16 Mar 2011 - 21:30

~ Boards of Canada - Beware the friendly stranger ~





Tout, finalement, rentrait dans l'ordre.

Le plaignant trouvait réparation dans le sang de son ennemi. De la main du bourreau, le juge s'était fait guide et satisfaisait, par là-même, autant ses propres aspirations que celles de l'affligé. Une fin à sa hauteur avait été offerte à la victime et de l'encens neuf nourrissait les prières du Dieu.

Quelques adeptes s'empressèrent, bols en main, de récupérer le sang qui gouttait lourdement aux pieds de l'autel ; mais, à l'instar des corbeaux, aucun d'entre eux n'eut l'imprudence de toucher au cadavre. D'aucuns s'en chargeraient - plus tard. Pour l'heure il trônait, viande morte et sinistre, comme le meilleur des rappels à qui oserait douter du pouvoir de Justice en ces lieux.

Et de sa Main, bien entendu.


Lessryn avait suivi l'échange muet qui s'était produit entre Aegnor et son étrange comparse à plumes. Plus encore que le Haut-Prêtre, c'était Cendre qui y avait porté le plus d'attention. De ces méfiances prudentes, voilées mais non moins acérées, typique des gardes rapprochés face à une arme inconnue dont on ne sait, encore, si elle s'en ira mordre nos flancs ou ceux des ennemis. Rien ne fut toutefois dit ni reproché. Un membre aussi éminent de l'Olath Blada avait bien droit, lui aussi, à ses petits caprices... N'est-ce pas ?


Et pourtant, Cendre se tendit lorsque l'Obok Senger prononça ses dernières paroles. Oh, non pas qu'il pense le Seigneur-aux-Corbeaux assez stupide ou inconscient pour tenter de s'en prendre à la Main du Dieu-Justice au sein de son propre Temple ; il s'agissait plus d'une certaine forme de frustration. Une émotion proche de l'avidité et du regret, à savoir que l'entretien serait sans doute accordé en privé et que lui-même, Cendre, n'aurait sans doute pas l'occasion d'en apprendre d'avantage sur l'art de ce Sombre que l'on disait retors et doué.

Seul le Haut-Prêtre ne trahissait rien. Le visage resta lisse, même lorsqu'il ordonna, d'un simple claquement de langue, à sa servante de refermer le lourd ouvrage. La petite esclave s'affaissa, sembla se ratatiner. Ses bras osseux se refermèrent sur l'épais manuscrit et elle commença, muette, servile et dévouée, à le bercer.

Autre claquement de langue. La nuée rouge sang des acolytes, à regret, se dispersa. Reflua dans l'ombre comme une petite marée pourpre. Les acolytes s'en allèrent à leurs études, les Confesseurs se tournèrent de nouveau vers leurs alcôves. Seuls deux serviteurs se précipitèrent, passèrent le côté de l'autel et se hâtèrent de déverrouiller un battant austère, ouvrant sur de nouvelles - et secrètes - profondeurs.


- Viens, dit simplement Lessryn en se tournant vers l'ouverture, invitant d'un geste Aegnor à le précéder - le Haut-Prêtre fermerait ici la marche, se portant symboliquement garant des arrières du Sombre. Tous les sangs offerts à Vengeance plaisent à Meingal : tu me parleras, et je te dirai si son contentement fut à la hauteur de ses espérances. »


Au-delà des battants - qui se refermèrent derrière eux sitôt le passage emprunté, à moins qu'Aegnor ne s'y refusât - il y avait des volées de marches et quelques longs corridors. Au bout de ce petit pèlerinage dans les entrailles du Temple, enfin, une pièce toute de noir taillée, et ce d'un seul bloc lisse. Aucune tenture, aucune aspérité, aucun soupirail dans les parois qui s'incurvaient sensiblement jusqu'à former un dôme au-dessus ; assurance qu'une oreille indiscrète ne percerait pas l'épaisseur de la pierre. Elle était de ces salles où l'écho ne ricoche qu'à peine et où l'air se fait épais, glacé.

Une cellule. Un confessionnal. Mais un confessionnal princier, cela ne faisait pas le moindre doute. Des secrets terribles avaient ici été révélés, des bouches s'étaient ouvertes, des esprits s'étaient livrés dans leur vérité la plus sordide et la plus crue. Aussi minéral que le Dieu lui-même, faisant face à Aegnor, Lessryn attendait. S'il désirait parler, nul endroit mieux que celui-ci ne pourrait accueillir ses murmures.

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Aegnor Kezz' Taazmodesh
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MessageSujet: Re: [Temple de Meingal] Hommage & Jugement (Lessryn)   Dim 8 Mai 2011 - 19:50

hrp : encore navré pour le retard :s

Il passerait devant. Aegnor goûta cette information comme l’on goûte à l’un de ses plats si bien présenté... Et suffisamment empoissonné pour tuer une dizaine de chevaux dans d’atroces souffrances. L’esprit paranoïaque de l’Obok Senger lui affirmait à grand renfort d’alarmes en tous genres que ce n’était pas là la meilleure idée de la journée. Mais au contraire, le moyen le plus sûr de prendre une dague entre les omoplates. Telle une monture sauvage et indomptable, la Raison… euh non, celle-ci il doutait de l’avoir jamais eue, disons plutôt que son intelligence eue alors quelques petits problèmes de transmission. Rien de bien grave assurément, car le drow reprit bien vite le contrôle.

Le Haut-Prêtre voulait sûrement couvrir ses arrières, oui, c’était ça et rien d’autre. Et de toute évidence il en aurait bien besoin lorsqu’on voyait la tête qu’affichait l’acolyte. Des fidèles peut-être, mais ils n’en restaient pas moins des Sombres et donc aussi prompt à la traîtrise qu’à forniquer avec la première venue.

Ainsi était son peuple. Pour sa plus grande joie et son plus grand malheur.

Hochant la tête aux paroles de son interlocuteur, l’héritier des Taazmodesh s’enfonça dans les profondeurs du Temple de Meingal entourés aussi bien par l’austérité que l’obscurité. Suivit par le représentant du Dieu en personne, ils franchirent les battants qui se refermèrent, puis traversèrent des escaliers étroits et de longs corridors pour finalement arriver à destination.

En toute sincérité, le drow devait bien admettre qu’il était tout sauf déçu. Le lieu était un confessionnal dans le sens propre du terme. Aucun mot ne s’échapperait jamais de cet épais bloc de pierre minérale, lisse et sans nulle ouverture. Tranquillisé, il comprit alors qu’il pourrait se livrer ici sans nulle crainte de voir ses sordides petits secrets atteindre les mauvaises oreilles.

Bien que sachant -aussi bien par ses sens que par le biais des corbeaux, qu’ils étaient seuls, Kezz’ entreprit de faire le tour des lieux, comme pour mieux les marquer de sa présence. Satisfaisant à cet étrange rituel, il reporta son attention sur le Haut-Prêtre.


Je te remercie d’accepter de m’entendre.


Par où commencer ? Tel était le dilemme. Il ne voulait pas certains sujets fussent abordés ni que l’on en vienne à parler de choses qui n’avait ici aucune espèce d’importance. Cherchant ses mots, le nouveau Senger se tut pendant quelques minutes, goûtant au silence glacé qui régnait dans les entrailles du Temple.

Il se replongea dans des histoires vieilles de plusieurs siècles. Dans Son histoire. Il revit les humiliations, les difficultés, les meurtres, les trahisons, les vengeances. Retenant ce dernier point car c’était celui qui l’intéressait, aujourd’hui dû moins. Et juste une seule parmi tant d’autres mais d’aucun dirait que ce fut la plus importante.


Pensant avoir saisit le fil de son histoire, exercice ô combien difficile car elle devait être vraie (on ne mentait pas à un Haut-Prêtre) tout en dissimulant ce qui ne voulait pas être dit. Le tout de préférence sans que son confesseur ne s’en rendit compte, car il pourrait concevoir cela comme un affront.

Mon père m’a abandonné dans les bas-fonds du Puy d’Elda et ce alors que je n’étais même pas né.

Aucune émotion particulière ne transparaissait dans ces paroles.

Il m’a fallut des décennies pour entreprendre de me venger. Mais j’ai finalement réussit à obtenir les bonnes informations. Je devais avoir un peu moins de deux siècles lorsque je m’introduisis dans la demeure des Taazmodesh. Ce jour-là, je dévorai le cœur de mon père et ordonnait aux serviteurs de servir ses restes comme dîner aux autres membres de ma famille. Lesquels avaient toujours profités d’un repas chaud pendant que je survivais tant bien que mal.

Non pas que je m’en plaigne, la preuve étant que cela m’a rendu fort et donc en position de supériorité par rapport à eux.
Lorsque j’annonçais la vérité à mon frère, à ma sœur et à leur mère… Je me suis délecté de leur souffrance, considérant alors que Vengeance était faite.

Bien sûr, le frère réagit assez mal à cette annonce, et je dus le faire mettre à mort. Mais il me restait les deux femmes. J’ai donc entreprit de briser leurs esprits, de les amener chaque jour un peu plus au point de rupture. Les montant l’une contre l’autre, il arriva ce qu’il devait arriver : ma sœur tua sa mère. Son esprit en morceaux, je l’ai façonné selon mon bon vouloir et j’ai ainsi pu l’épouser, reprenant mon titre d’héritier des Taazmodesh.


Aegnor se doutait que son interlocuteur savait lire entre les lignes. C’était donc volontairement qu’il n’était pas entré dans les détails. Les mots n’étaient pas suffisamment fort pour qualifier certaines choses, certains actes.

Voici quelle fut ma Vengeance, Haut-Prêtre, quelle fut ma Justice. J’ai repris ce qui m’appartenait, et j’ai châtié les responsables.

Tous les responsables au demeurant… Sa « femme » étant retrouvée morte assassinée quelques temps plus tard.

Serein en apparence, beaucoup moins en esprit, Aegnor Kezz’ Taazmodesh attendit le verdict de son confesseur.
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