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 Herbes folles.

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Elandril
Elfe
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MessageSujet: Herbes folles.   Lun 6 Juin 2011 - 16:50



Olyssea. Si Elandril ne connaissait rien à cette contrée, pas même son nom, il savait encore moins comment il en était arrivé là. Ses yeux s’ouvrirent lentement et péniblement. Sa vue était floue, brouillée par la fatigue. Il avait la nausée, comme s’il sortait d’une cuite particulièrement mémorable. Mais l’elfe ne buvait pas, il ne connaissait même pas les grandes vertus si réputées de l’alcool. Sa tête se souleva du sol souple, la terre ayant laissé une empreinte boueuse et granuleuse sur la peau de sa joue. Un goût âcre dans la bouche. Il essaya d’identifier l’endroit dans lequel il s’était retrouvé. De toute évidence, à la chair de poule qu’il sentait courir sur chaque parcelle de peau, il était dehors et le temps n’était pas très clément. Il était allongé sur un sol sale, humide et complètement mou, presque visqueux. De la terre. Mélange embué d’un lendemain de pluie. Il y avait seulement quelques racines, des mottes d’herbes sauvages ou quelques feuilles en décrépitude. L’air chaud et humide charriait l’odeur atroce de la décomposition. Ses membres, faibles, tentèrent de soulever son corps qui semblait peser des tonnes, mais ils ne parvinrent qu’à s’enfoncer un peu plus dans la boue. Elandril reprit son souffle, essayant de puiser dans ses dernières réserves qui lui restaient, puis d’un mouvement des bras, parvint à se hisser sur ses jambes en position accroupie… Chaque mouvement lui demandait un effort considérable, comme si son corps épuisé ne voulait plus lui obéir. Chaque membre lui était douloureux. Il ne portait que son simple pantalon de rôdeur, défraichi et crotté par de longues semaines de vagabondages. Des semaines ? Il n’en était même pas sûr. Peut-être plus, peut-être moins. Des jours ou des mois entiers ? Toute notion du temps lui avait été ôtée.

Lorsque ses yeux s’habituèrent à la clarté du lieu, que les ombres devinrent plus précises, que les nuages de couleurs cessèrent de danser devant lui, il vit alors un spectacle qui le pétrifia sur place. Il était allongé au milieu d’une plaine de terre déserte. Le paysage était plat, dégagé et sombre. De très rares arbres venaient protéger le sol de leurs maigres ramures. L’herbe même semblait avoir déserté les lieux. La terre avait été remuée dans tout les sens, ne formant qu’une surface informe et marécageuse. Des tronçons de bois avaient été sauvagement plantés dans le sol pour délimiter une sorte d’enclos étrange que l’elfe ne comprenait pas. Les arbres avaient du être arrachés brutalement du sol où ils avaient grandi, passé tant d’années. La forêt n’existait plus. Seulement quelques groupes, clairsemés dans le panorama. Son cœur battit à la chamade, complètement paniqué. Il se frotta le visage, comme s’il essayait d’effacer cette image terrifiante qui semblait s’imprimer sur sa rétine. Lorsqu’il rouvrit les yeux, tout demeurait inchangé. Il tourna sur lui-même, touchant ce sol inconnu, humant l’air, observant les environs. Des restes d’épicéas, morts depuis longtemps gisaient autour de quelques chênes encore verts, luttant pour leur survie. Sur leurs troncs squelettiques, il ne restait plus que quelques branches ratatinées et des plaques éparses de mousse verte. Les restes d’autres rois de la forêt pourrissaient sur le sol. Éparpillés autour, de larges feuilles plates jonchaient le sol, tel un cimetière de serpents enlacés dans la mort, essayant de cacher quelques souches en décrépitude. L’elfe ne put retenir un haut-le-cœur et vomit.

Était-il toujours en Anaëh ? Il avait l’impression d’avoir passé des années entières inconscient. Comme s’il s’était endormi puis réveillé des décennies plus tard. Il n’entendait plus le chant mélodieux de la forêt, de la végétation qui, auparavant, débordait de joie et de vie. La Symphonie des arbres s’était tue, laissant place au silence mortuaire de ce lieu couleur sépia. La vie était figée, absente. Elandril essaya de se concentrer sur les souvenirs qui lui restaient, à la dernière chose dont il se souvenait. Il était en plein milieu d’un champ de bataille et il observait la scène comme s’il n’était qu’un spectateur. Les guerriers ne faisaient pas attention à lui, il n’avait même pas la certitude d‘exister réellement. Devant lui, un elfe aux longs cheveux blonds se battait sauvagement, donnant des coups d’ongles. Il émanait une terrible fureur incontrôlable. Puis le décor changea. Voilà qu’il faisait nuit à présent. Ou bien était-ce le soleil qui avait simplement disparu, il ne put le deviner. Il se voyait en train de fuir entre les immenses troncs d’Anaëh. Puis voilà qu’il bordait le lac d’Uraal à présent. Ses cheveux étaient devenus un peu plus roux Il discutait avec un être aux cheveux de neige...
Puis tout devint noir.

Lorsqu’il rouvrit les yeux, il retrouva les terres labourées, comme lacérées par une bête géante. Il n’y comprenait toujours rien à rien. Comment avait-il pu se retrouver dans un tel endroit sans s’en rendre compte ? Puis tout lui revint. Les combats. La fureur et la rage. La folie. Puis … la bête. Paniqué, il tenta de se recentrer mais rien n’y faisait. La Symphonie n’était pas là. Il était complètement perdu. Alors il se hissa sur ses jambes, ignorant le tournis qui lui montait à la tête et se mit à courir. Il courut à quatre pattes mais décampa à une vitesse ahurissante, tel un gibier poursuivi par son prédateur. Il poursuivit sa course interminable, laissant son corps tout entier agoniser en silence. Ses pieds n’avaient pas le temps de s’enfoncer dans la boue qu’ils volaient déjà dans les airs. Il continua un temps qui lui semblait éternellement long jusqu’à l’épuisement.
Lorsque son corps eut épuisé ses dernières forces, l’elfe s’étala de tout son long face contre terre, sans un bruit, inconscient.


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Clélia d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Herbes folles.   Mar 7 Juin 2011 - 18:49

    La calèche avançait cahin-caha, les cailloux et la boue ne facilitant pas l’accès aux portes de la belle Olysséenne en ce jour maussade. Alors qu’ils revenaient d’une petite visite de courtoisie à un énième noble des seigneuries avoisinantes, la calèche de Son Honneur parcourait la route menant au confortable domaine qui accueillerait une damoiselle pour l’heure ... affalée sur le moelleux divan écarlate, face à ses deux gardes pourpres, qui observaient le paysage, bien plus lassés que fascinés, à vrai dire. Et il y avait de quoi. Non contents d’avoir du patienter sagement depuis le début de la matinée à surveiller « de près » la baronne dans toutes ses trépidantes excursions où le plus risqué ici était de savoir quel goût aurait cet exquis petit four aux graines de pavot, ils subissaient maintenant les affres des récentes pluies, les chevaux peinant quelque peu dans les montées.

    Et la baronne partageait leur avis. Bâillant de temps à autre - parfois même aux corneilles tant elle était distraite par l’ennui profond et silencieux de leur voyage retour -, la blonde créature jouait du bout des doigts, le regard dans le vague, avec un quelconque nœud de sa robe ; la seule pensée qui lui venait à l’esprit était que ses chaussures lui tiraillaient diablement la plante des pieds, et qu’elle avait envie d’une chose, c’était de dormir. Le faste de la vie de baronne ne se résumait pas qu’à des banquets avinés, par chance, il y avait aussi de la politique et des tas de traités, des tas de règles et de codes, des pelletées de noms à retenir, de nombreuses cérémonies, et tout ça serait sûrement bien plus intéressant une fois la tête et le corps reposé.

    Alors qu’une secousse un peu plus violente que les autres se fit sentir sans alerter les passagers – c’était la dixième depuis leur départ -, leur arrêt soudain leur arracha néanmoins une réaction. Se redressant sur son dossier, Clélia pencha la tête vers la vitre, n’apercevant rien de concret. Et le fait qu’ils ne reprirent pas leur rythme de promenade doubla son incompréhension qui ne désirait qu’une chose : disparaître.

    « Qu’est-ce qui se passe, pourquoi s’arrête t-on ? Allez voir ce qui se passe. »

    Feodo et Niejdan échangèrent un coup d’œil mutuel avant de laisser le premier se charger de descendre de la calèche pour aller voir ce qui se tramait derrière cet arrêt brusque, sa main dégainant souplement la lame rangée jusqu’ici. On n’était jamais trop prudents en Olyssea.

    Croisant les bras, la baronne plissa les yeux, curieuse. Elle se demandait bien ce qui pouvait avoir lieu, pour autant, elle savait que pour sa propre sécurité et pour éviter toute acte d’impudente sottise, il était plus sage de rester assise à l’intérieur. Niejdan soupira à son tour, se lassant de l’attente que leur imputait son camarade. Si c’était un problème avec les chevaux, pourquoi diable était-il aussi lent à revenir ?

    Lorsqu’il reposa ses yeux sombres sur Clélia, il songea – et non sans avoir raison – que la jeune femme semblait tout autant que lui se retenir de ne pas sortir de sa confortable prison de velours pour aller vérifier par elle-même. Et ce qui devait arriver arriva ; levant les yeux au ciel en signe d’une impatience prononcée, la jeune femme se redressa de son assise voluptueuse et poussa la porte, plongeant dans la gadoue sans penser derechef au bas de sa mise ivoire qui fit les frais du mauvais temps automnal.

    « Bon sang, je peux savoir ce qu’on attend pour reprendre la route ? »

    Sa voix fit sentir une pointe d’irritation ; la dame n’était pas vraiment du genre compréhensive et patiente, surtout lorsqu’il s’agissait sûrement d’une mule réticente à faire claquer ses sabots au pas de course. Décidément, les cochers olysséens n’étaient plus ce qu’ils étaient. Cependant, ce dernier se tenait non pas aux côtés de ses fidèles montures, mais avait les bottes fichées dans la terre vermoulue, et bougonnait, échangeant quelques paroles hésitantes avec Feodo. A leurs pieds, se trouvait ce qui semblait être au loin une silhouette courbée et effondrée ; un cadavre, première pensée glaciale qui fit froncer les sourcils de la jeune demoiselle. Sentant approcher la présence féminine dans leur dos, le membre de la garde pourpre se redressa, quelque peu perplexe mais guère inquiété.

    « Madame la Baronne, il y a un petit souci.. C’est cet homme là, il est dans le passage et il semble en piteux état. Il ne semble pas mort, rassurez-vous, mais ... »

    Le sombre bleu tapi dans ses iris glissa jusqu’à la masse désignée par un Feodo à la fois penaud et agacé. De surprise, ses sourcils s’écarquillèrent alors qu’elle s’approchait de l’homme inconscient, suivi de près par le garde attentif.

    Murmurant d’une voix sourde à celui qui était en charge de sa sécurité.

    « Envoyez Niejdan faire une petite observation des alentours, sait-on jamais. Je ne voudrais pas que tout ceci ne se révèle être une désagréable farce. »

    Puis, se penchant vers le visage du malheureux endormi, Clélia ne put s’empêcher d’être frappée par la finesse du trait du visage, le grain d’une peau salie et la tenue malmenée déformant l’idée d’un visage aussi doux qu’inhumain dans son élégance. Du bout des doigts elle osa soulever une mèche de cheveux emmêlée et un peu terreuse ... Avant de découvrir la preuve et l’explication d’une telle étrangeté physionomique. L’effilé des oreilles la fit sourire avec un certain sarcasme. Qu’est-ce qu’un elfe venait donc faire par ici ? La forêt d’Anaëh n’était pas vraiment géographiquement l’endroit le plus proche d’ici ; qui plus est, on lui avait pourtant toujours dit – sans grande conviction et avec une pointe de jalousie pour les femmes – que le peuple elfique était d’une beauté et d’une grâce frappante. Pas le genre de vagabonds qui avaient pris un sévère bain de boue et ... des blessures, probablement. Relâchant la mèche lentement pour éviter le réveil de l’étranger, la baronne fit signe au cocher de se tenir prêt pour un éventuel départ précipité, et lui consigna sa gourde. Sans protester, ce dernier lui tendit la flasque de cuir, et débouchant le contenant, Clélia fit couler un peu d’eau entre ses paumes, la lançant au visage encrassé de l’elfe errant pour le sortir de son assoupissement.

    « Réveillez-vous ! »

    Une telle basse besogne, ce n’était pas vraiment ce que son père aurait attendu d’elle. Malgré tout, la jeune femme obéissait plutôt à sa curiosité sur ce coup-ci qu’à son rang ; même si elle n’allait évidemment pas proposer le gîte et le couvert à un parfait inconnu qui avait plus l’allure d’un appât pour guet-appens qu’autre chose, elle doutait de la véracité de cette option ; il était issu d’une race fondamentalement bonne. Et pour n’avoir jamais vu d’elfe de ses propres iris, la baronne aurait bien ri si on lui avait dit qu’elle aurait le hasard chanceux d’en avoir un sur ses propres sentiers.
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Elandril
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MessageSujet: Re: Herbes folles.   Sam 11 Juin 2011 - 10:46




L’inconscience avait quelque chose de … plaisant. Cette sensation étrange de ne pas être était jouissive. Son corps n’existait plus, la douleur avait disparu, comme toute sensation. C’était la première fois qu’Elandril se trouvait dans cet état là. Habituellement, lorsqu’on perd connaissance, on se réveille un bon moment après. On a l’impression que quelques secondes à peine se sont écoulées puis on en ressort avec un mal de tête. Mais pas ce coup-ci. L’elfe avait conscience du temps qui s’écoulait lentement. Il était juste absent de son corps. Une nouveauté pour lui. Même la fois où il avait perdu le contrôle de son corps était différente. Là, il savait que son corps était quelque part, seul. Comment ? Il le sentait, voilà tout. Pour l’instant, il marchait dans l’obscurité, enfin il flottait plutôt, ses pieds n’ayant aucune consistance. Ça ne l’emmenait nulle part mais d’un côté, il s’en fichait.

Puis soudain, dans la nuit, un grondement se fit entendre. Un grondement sourd qui semblait à la fois proche et lointain. Comme un bruit grave du vent. Le son résonna en écho et semblait provenir de la gauche d’Elandril. Intrigué, il changea de direction et s’approcha alors lentement. Le noir restait inchangé mais il savait qu’il se déplaçait. Il pouvait à peine voir une faible lueur grise et imperceptible plus loin. Peut-être était-ce l’origine de ce bruit ? Il poussa alors l’allure, s’il en était capable. À mesure qu’il s’approchait et que la tâche grossissait, le bruit se faisait plus singulier. À présent, cela ressemblait plus à un grognement. Ce ne pouvait être … Elandril continua sa procession plus lentement encore, sur ses gardes. Quelque chose était tapie là. Dans l‘ombre. Quelque chose qui ne voulait pas être vue. Il s’avança toujours, curieux. C’était la première fois qu’il pouvait réussi à la voir de ses propres yeux. L’être grogna. Il savait ce que c’était. Il connaissait cette chose. Inhumaine. La … créature.



Réveillez-vous !
Le son, clair et vibrant, était sorti de nulle part. De l’eau glacée lui fouetta le visage et lui piqua les yeux. Son esprit eut un blocage. Comment pouvait-il ressentir ces choses là alors qu’il était inconscient ? Elandril commençait à peine à apercevoir les contours de la bête qu’il fut brutalement emporté loin de là, dans un tourbillon de couleurs. Bousculé de toutes parts, il eut alors l’impression d’être en chute libre, attendant d’atteindre violemment le fond.
Et le choc fut effectivement douloureux.
La souffrance lui revint, d’un coup lancinant, comme une dague qu’on enfoncerait dans toute sa chair, puis par vagues. Il sentait ses jambes, brulantes, presque paralysées au sol. Ses bras étaient engourdis et tombés dans une position assez inquiétante. Quelqu’un faisait un vacarme assourdissant dans sa tête. Son corps lui était revenu et il avait repris connaissance, de ses sens. Lorsque tout se fut un peu calmé et son cœur quelque peu apaisé, il ouvrit péniblement les paupières…

Il se retrouva soudain face à un visage lumineux entouré d’une chevelure blonde qui le fixait de près et d’un air curieux. Des traits étranges qu’Elandril n’avait jamais croisés de son vécu. Surpris et apeuré, il n’eut d’autres réflexes que de pousser l’inconnu de ses mains boueuses pour se mettre hors de son atteinte et tenta de s’enfuir à quatre pattes, en boitant légèrement. Il entendit à peine le bruit d’éclaboussures lorsqu’un gros balourd vint lui barrer le passage et semblait ne pas vouloir le laisser passer aisément. Un homme au visage grossier, buriné par le temps. L’elfe siffla entre ses dents, produisant un bruit bien plus animal qu’elfique et fixa ses deux yeux bouffis d’un air provocateur en exhibant des crocs pointus et pleins de terre. Mais il ne fit rien. Il était épuisé et engager le combat n’aurait servi qu’à se trancher lui même la gorge avant même d’avoir fait le moindre pas. L’homme était armé et bâti pour le combat. Dans l’état où il était, il était à sa merci. Ses épaules suivirent un mouvement ondulé pour prévenir son adversaire qu’il était presque capable de lui bondir à la gorge s’il faisait lui aussi, le moindre geste.

I nasen ithel carei ?
Qu’est-ce que vous faites ? Il n’avait pas parlé depuis tellement de temps que ses cordes vocales ne réussirent qu’à produire un grognement grave. Tant mieux. Ces êtres ne devaient piper mot de ce qu’il disait, en elfique, mais au moins ils comprendraient le fond du message. Ils n’étaient sûrement pas des elfes. Ça empestait le cheval et la sueur. Leurs visages étaient plus épais, les traits moins fins que ceux qu’Elandril avait l’habitude d’aperçevoir. Une espèce d’être qu’il n’avait jamais vue mais qu’il redoutait de connaître. Était-ce à ça que ressemblaient les humains ? Les bûcherons de la forêt ?! Leurs traits représentent parfaitement leur caractère pensa l’elfe. Qui pouvait ainsi, détruire la vie de millions de végétaux pour pouvoir s’installer confortablement sans aucun état d’âme ?

Lefnin gwanwen ! I nathira thel, glamoth ?!
Laissez moi partir ! Que me voulez vous, étrangers ?!

Elandril ne cessait de se débattre tout seul, épris d’une réelle folie, de peur qu’on ne le touche ou qu’on ne l’agresse. Il jetait des regards dans toutes les directions, ses mains et ses ongles s’enfonçaient dans la boue. Il s’affolait, s’agitait, comme si des mouches ou des insectes invisibles volaient autour de lui. On continuait de lui bloquer la route. D’un côté il y avait le bonhomme épais et menaçant, de l’autre celui qu’il avait projeté dans la boue. À côté d’eux se tenait une espèce de minuscule maison sur roues, tout en bois. Le toit était plat et elle était attachée à des grands cheveux. Autour, l’elfe reconnut le paysage morose et gris. Il s’était retrouvé sur un chemin de terre et de pierres, entre quelques arbres survivants qui pinçaient le cœur d’Elandril. Il était égaré et avait perdu ses repères… Où était la symphonie des arbres, celle dont il avait tant besoin ?
Tout ça ne réussissait qu’à le rendre encore un petit peu plus fou chaque instant.



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Clélia d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Herbes folles.   Dim 12 Juin 2011 - 0:12

    Il sortit de sa torpeur, brusqué, le souffle lui revenant comme un violent choc dans la poitrine, ses pupilles écarquillées, dilatées par la terreur de l’inconnu et par cet enfer que lui seul pouvait voir, sentir, palper à chaque inspiration d’air. Olyssea n’était pas un paradis elfique, et l’horreur qui vernissait les expressions de son visage barbouillé de boue ne mentait pas sur ce point.

    Pour autant, de toutes les réactions à laquelle elle aurait pu se préparer, celle qui suivit son éveil fut la plus improbable et sûrement la plus ... salissante. Bondissant hors de sa mélasse brune comme le diable de sa boîte, l’elfe repoussa avec une force surprenante aux yeux de la baronne cette dernière ... Qui dérapa, et glissa pour finir dans la boue à son tour dans une exclamation de surprise, éclaboussée, la robe définitivement ruinée, ses mains en amortissement sentant elles aussi la glaise se faufiler entre ses doigts écartés dans un bruit de succion écoeurant. Si la chute fut plus déstabilisante que douloureuse, le vagabond n’eut cependant pas deux fois l’occasion de s’en prendre à la jeune femme : il se retrouva rapidement bloqué puis ceinturé d’une poigne de fer par un Feodo qui avait placé sa lame en coupe sous la gorge de notre drôle d’elfe perdu, avant même de pouvoir dire quoi que ce soit. Le cocher, lui, tenta d’aider une Clélia à la fois déroutée et interdite à se relever rapidement, tandis qu’il déplorait le saccage des beaux tissus autrefois immaculés de ses jupes.

    Qu’est-ce qui lui avait pris ? La baronne n’en revenait pas. Mouvement d’effroi, inconscience, simple geste d’un fou totalement déboussolé, elle ne pouvait pas comprendre, et n’en avait tout à coup plus vraiment envie. La boue avait eu l’effet d’une douche efficace sur sa curiosité, qui s’était muée en un agacement qu’elle contenait : boueuse et moite, la jeune femme n’avait plus envie de perdre son temps, désirant seulement rentrer.

    La voix gutturale de Feodo vint frapper à l’oreille de l’elfe qui s’emportait, les mots se bousculant, tous plus incompréhensibles les uns que les autres. Ne cherchant pas à jouer dans la compréhension ou la sympathie, le garde glissa sa lame sous sa gorge sans encore faire pression, plaquant son bras de telle manière que l’elfe pouvait gigoter tout son soûl, ses tentatives demeuraient vaines.

    « Hé, écoute-moi bien toi ! Calme-toi ou c’est dans les cachots que tu risques de finir ta journée si tu persistes ! Tu vas nous dire ce que tu fais ici et ce qui te prend ... »

    Devant l’excès de zèle léger qui teinta les propos acerbes de l’olysséen, la jeune femme lui intima une certaine mesure dans son attitude d’un geste de la main, ses yeux ne quittant pas un seul instant le visage crasseux du responsable de leur situation. Il n’y avait pas besoin de se comporter en brute épaisse : c’était un faiblard qu’ils avaient trouvé sur leur chemin ; il ne méritait pas tant d’attentions, aussi négatives soient-elles.

    « Doucement, doucement. C’est un elfe. Il ne va sûrement même pas comprendre ce qu’on lui dit, pas besoin de crier. Il doit être complètement égaré ... Pour être ici. »

    C’est le moment que choisit Niejdan pour revenir, le bruit de son pas englouti par la gadoue qui se faisait matelas étouffant et chuintant. Ses sourcils s’arquèrent face à la vision de son collègue aux prises avec une petite « larve d’elfe », mais l’étonnement passa bien plus vite pour laisser place à une méfiance plus aïgue en constatant l’état de la baronne. S’avançant d’un pas vif vers cette dernière – tout en conservant la distance qui s’imposait par rapport à leur statut -, le garde effectua son rapport d’une voix neutre.

    « Il n’y a rien aux alentours.. Il n’est pas question d’attaque surprise ou quoi que ce soit ... Qu’est-ce qui s’est pa... »

    La noble l’interrompit, s’approchant de l’elfe, fermement maintenu, de quelques pas, avant de lui faire face, le jaugeant dans un silence avant de reprendre, aussi sereine qu’un brin confiante.

    « Laissez tomber tous les deux. Il ne représente pas la moindre menace. Remettez-le simplement dans le bas côté. Mais avant ... » L’hésitation qu’elle marqua releva de l’ordre du petit conseil avisé, l’ombre d’un étrange sourire se dévoilant sur ses lèvres alors qu’elle fixait d’un œil attentif la proie de ses gardes. « Tâchez de lui faire comprendre qu’il vaut mieux qu’il rentre chez lui. »

    Après tout, il n’y avait pas lieu de se soucier d’un enfant de Kyria. C’était une race si hautaine, si persuadée de sa supériorité ; sûrement se considéraient-ils si intelligents que leur indépendance était assurée, même dans les cas de faiblesse majeure. Aussi Clélia appliquait-elle avec un certain sarcasme ce jugement, songeant avec une pointe de froideur qu’il n’était rien pour elle, pas un citoyen, ni un adversaire ; simplement quelqu’un au mauvais endroit, au mauvais moment. Leur tournant le dos pour prendre la direction de la calèche, la jeune femme pesta, tirant sur le tissu de sa robe, tâché de boue et d’eau terreuse. Elle était bonne à être jetée, ce qui n’était pas pour la satisfaire... Essayant de se décrotter comme elle le pouvait, ses yeux quittèrent les trois silhouettes pour se poser sur la saleté qui maculait ses apparats, se saisissant d’un mouchoir propre pour limiter les dégâts, alors que le cocher, lui, faisait demi-tour pour reprendre la place qui lui était dûe.

    Niejdan, lui, accompagna Feodo qui n’avait pas lâché le rôdeur, ôtant simplement son épée de sa nuque offerte pour l’éloigner avec une certaine brutalité franche du carrosse pour le relâcher avec brusquerie, comme on repousse un animal trop longtemps captif devenu mauvais. Légèrement agressif, le soldat soutint le regard du vagabond, signal d’avertissement à son égard.

    « Allez, va t’en. Et qu’on ne te recroise plus sur les routes, c’est clair ? »

    Rengainant son arme, Niejdan était déjà remonté dans la calèche sans attendre son camarade.
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Elandril
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MessageSujet: Re: Herbes folles.   Dim 12 Juin 2011 - 21:51




Ce lieu rendait l’elfe complètement malade, et la situation dans laquelle il était n’arrangeait rien. Elandril essayait en vein de bloquer ses pensées. Habitué depuis une éternité à ouvrir son esprit à la Nature et à la forêt, il n’avait jamais rompu ce contact une seule fois. Normalement, il ressentait la paix des arbres et de la forêt, l’union parfaite de chaque végétal. La Symphonie des Arbres comme l’appelaient certains elfes. Mais Elandril savait que cela allait au delà de ça. Ce lien exceptionnel ne se limitait pas aux plantes, mais même les animaux s’y connectaient pour joindre, à eux tous, une conscience unique et ultime. L’esprit d’Anaëh. Et l’elfe se servait de ce tissu de vie pour se ressourcer et donner en retour. Il offrait sa conscience, ses pensées. Il s’offrait pleinement à cette « toile » d’Anaëh pour ne faire qu’un. Ce don était devenu presque comme une drogue dont il avait absolument besoin pour se sentir lui-même. Le seul équilibre qui faisait qu’il arrivait à garder le contrôle de lui-même. Mais pour la première fois de sa vie, il le regrettait amèrement. Son esprit ne cessait d’être agressé par cet endroit moribond. Il ne pouvait s’empêcher de ressentir la souffrance de chaque végétal qui l’entourait. Chaque arbre agonisant. Même de la plus simple petite souche pourrissante. Il entendait crier dans sa tête. Des voix affreuses qui l’harcelaient et le sommaient de venir les aider. Tout s’embrouillait dans son esprit et sa vision était encore floue. La flore de cet endroit voulait se nourrir de lui. Lui pomper sa personnalité, son énergie vitale, ses pensées, son être. Il luttait de toutes ses forces pour ne pas se laisser entrainer par cette tornade dévastatrice d’émotions et de souffrances.

Mais devant ses yeux se passait tout autre chose. Et il dut se canaliser pour revenir un peu à lui. Les humains avaient du remarquer que quelque chose clochait car il ne cessait de s’agiter dans tout les sens comme un dément. L’homme au visage grossier finit par pointer une lame à proximité de la gorge d’Elandril et le mobilisa d’un bras puissant. S’il n’était pas aussi faible, Elandril n’aurait jamais été dans cette position inconfortable. Qu’ils essaient. Il huma la lame, sentant une odeur d’acier fraichement poli et aiguisée, ne broncha pas mais redoubla d’efforts pour se débarrasser de la poigne de chair. Les humains parlaient entre eux dans une langue brute, avec un fort accent. Elandril essaya de se concentrer sur ce qui se passait devant lui plutôt que dans sa tête. Il chassa les images de mort et de douleur pour essayer d’entendre quelques bribes de leur conversation qui semblait animée. Il avait appris, il y a très longtemps, ce langage humain. Mais ses années à l’académie lui semblaient si lointaines. Puis à vrai dire, il n’avait jamais vraiment aimé étudier. Son truc à lui était de sortir et retrouver la forêt. Ça, vous l’aurez compris. Mais cependant il réussit tout de même à capter quelques mots étranges :

« Elfe… comprendre… complètement égaré…
Attaque surprise…
Menace… bas côté… »

Cela n’avait aucun sens si ce n’est qu’il comprit que ces étrangers avaient de mauvaises intensions. L’individu qu’il avait fait tomber dans la boue s’était redressé. Lorsque Elandril se tourna et qu’il aperçut son visage, il comprit : c’était une femelle. Elle était vêtue d’atours tellement volumineux qu’on avait du mal à reconnaître la courbe de son corps. Une bien étrange tenue. Sa longue robe couleur claire était maculée de boue. Vu l’accoutrement, ce doit être quelqu’un d’important pensa l’elfe. Ou bien de très bizarres individus. La manière dont elle s’adressait autres lui fit comprendre qu’ils étaient sûrement ses sous-fifres, au nombre de trois. Les deux les plus armés, dont celui qui le tenait fermement, étaient habillés de ridicules tenues pourpres. L’autre semblait plus perdu, posté à côté de la Dame. Ces humains le fixaient avec un regard méprisant et froid, ne voyant presque qu’un animal dont il faudrait vite se débarrasser tant il empestait. Elandril les haïssait à présent. C’était leur faute après tout. La faute aux humains si la forêt était dans cet état là et que ça se répercutait sur lui à présent. Leur acharnement à détruire tout ce qui se dressait face à eux. Détruire la Grande Œuvre, pour y construire leurs châteaux immondes.

Il sentit qu’on le trainait sur le côté de la route et la pression sur sa gorge cessa soudain. Une main le poussa pour l’étaler dans la boue comme une véritable vermine, ventre contre terre. Il fulminait mais jubilait intérieurement. Une voix retentit puis des bruits de pas s’éloignèrent. Il redressa doucement la tête, juste assez pour réussir à entrouvrir discrètement les yeux et observer la scène. Il ne restait qu’un garde, celui qui l’avait serré brutalement, l’autre s’étant déjà réfugié dans la chariote.

C’était le moment.

Ne perdant pas un instant, il laissa la colère le submerger, rassemblant la souffrance des arbres environnants pour en puiser sa force et son énergie. Pour la première fois, il fit appel à la bête. Plongeant au plus profond de lui même, il essaya de réveiller cette force tout autant incontrôlable que puissante, pour lui venir en aide. Essayant de la dompter, de la maîtriser pour ne pas se laisser submerger, il s’imprégna de sa seule force, laissant de côté sa volonté. Puis lorsqu’il sentit son corps répondre à cet appel, il bondit hors du sol.

Ses mains heurtèrent le corps du garde en premier. Avec une agilité et une rapidité incroyables, elles s’enroulèrent autour de sa tête, l’une lui obstruant la gorge à l’intérieur de la bouche pour ne pas laisser un seul bruit s’échapper et l’étouffer lentement. Il tenta de se débattre mais l’elfe s’était déjà agrippé dans son dos, complètement hors d’atteinte. Ses jambes serrèrent son buste, telles des serpents meurtriers, commençant à lui broyer les côtes. Son vissage devint vite violacé, ses yeux pleurant des larmes de douleur. Le corps devint rapidement plus mou et Elandril en profita pour le glisser complètement hors de vue du carrosse. Et pour en finir définitivement, il plongea ses crocs dans son cou tendre et arracha un bon morceau de chair, le sang coulant sur le torse nu et boueux de l’elfe. L’hémorragie ne pourrait pas être arrêtée à cet endroit là. L’elfe était pris d’une véritable frénésie. Lorsque que le garde tomba mollement au sol, étouffé, écrasé et bien amoché, il s’assura que sa proie était bien morte en écoutant son cœur. L’homme était inerte, à moitié enfoncé dans la terre. Elandril releva alors lentement sa tête sale, le sang ruisselant de sa gueule et goutant de son menton, ôta sa main humide de la bouche de sa victime et leva les yeux en direction de la voiture qui protégeait les trois autres individus.

En un clin d’œil, il avait contourné le corps et s’était réfugié dans les herbes hautes, non loin du carrosse et complètement hors de vue.

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MessageSujet: Re: Herbes folles.   Lun 13 Juin 2011 - 0:56

    Alors qu’il tournait les talons pour reprendre la direction de la carriole, un poids soudain et vif le percuta pour ne plus le lâcher. Sous le coup de la surprise, il ouvrit la bouche pour héler la baronne, ou même son camarade, mais avec violence, une main vint l’étouffer dans son cri mort né. Cherchant à dégainer son arme pour asséner un violent coup, la cible dans son dos lui broya la cage thoracique à la puissance de ses membres inférieurs, et sous le choc, il s’effondra à terre, faiblissant.

    La pluie recommençait à tomber. Frottant avec vigueur les tâches, la jeune femme remercia intérieurement le « beau temps » de faire preuve d’un peu d’aide : la boue disparaissait quelque peu du bout de ses chaussures, tandis que les premières traces se diluaient un peu. Non loin d’elle, Niejdan observait de l’autre côté de la route les hauteurs boisées, songeant à la chaleur réconfortante du feu qui les accueillerait.

    Le souffle coupé par le poing qui lui bloquait la bouche, Feodo, lui, déglutissait comme il le pouvait, un goût terreux en bouche, sa respiration sifflant alors qu’il se débattait comme un diable en perte d’énergie. Dans l’angoisse de l’étreinte, il n’en oubliait guère toute tentative de fuite, mais elles se révélaient vaines ; ses jambes étaient prises au piège d’un étau douloureux, comme paralysées par l’asphyxie progressive de tout son corps. Comment diable un elfe pouvait-il lui faire aussi mal ? D’où lui venait un tel esprit de violence ? Il n’y avait rien qui expliquait l’horreur de la situation ; il allait crever comme un chien …

    Et à quelques mètres de là, la lutte silencieuse qui s’était engagée échappait tout simplement aux yeux de nos trois compères, dos tourné aux hautes herbes, pensant que ce brave Feodo saurait se rendre explicite ; ils apprendraient bientôt à leurs dépends qu’il ne faut jamais sous-estimer le plus faiblard des pouilleux, surtout lorsqu’il s’avère être tombé dans les griffes de la folie.

    « Bon, j’ai fait ce que j’ai pu. Lâcha t-elle dans un soupir adressé à elle-seule, avant de pivoter sur elle-même. « Allons-y, nous avons déjà perdu assez de … Feodo ? »

    Le glapissement de la baronne fut bien vite étouffé face à l’interrogation que lâcha Niejdan, qui semblait avoir été alerté par sa réaction. L’excuse fut bien vite bougonnée.

    « Non … Rien, j’ai fait tomber un bijou tout à l’heure, dans la chute, je reviens, attendez-moi là. »

    La jeune baronne eut un regard rapide vers le cocher – celui-ci s’occupait de décrasser les roues de la calèche qui, le temps de leur arrêt, s’était enfoncé dans la boue -. Parfait. Ses pas foulèrent la terre dans une course pâteuse, jusqu’à ce qu’elle atteigne le corps ensanglanté et bleui de l’homme ; et à la vue du corps mutilé, sa main sa plaqua contre sa bouche, retenant un relent d’écoeurement alors que ses obscures iris se dilataient devant l’incroyable.

    Il était mort à quelques pas d’eux, et aucun ne l’avait ni même senti, ou simplement remarqué.

    Il avait été sauvagement tué, et par qui ? Par qui d’autre que l’elfe qui avait alors pris la fuite ? C’était tout bonnement impensable ; lui qui avait semblé si affaibli … Comment aurait-il pu ainsi l’étouffer et … Les marques ne mentaient pas, c’était bien des traces de crocs qu’on voyait sur le cou sanguinolent du feu garde. Une morsure ; du cannibalisme. La bile de la jeune femme aurait pu facilement remonter en cet instant jusqu’à lui brûler la gorge si elle n’avait pas une autre idée en tête, bien plus angoissante et primordiale.

    Clélia hésitait.Au fond, elle n’éprouvait même aucune tristesse particulière face à la perte du garde ; la seule sensation qui la pénétrait comme une vague montante et menaçante lui donnait des suées froides. Un tel acte la répugnait, certes, mais il la rendait tout aussi furieuse contre elle-même d’avoir pu laisser faire aussi facilement une telle chose. Si ca venait à se savoir … Rien de bon ne s’annonçait à l’horizon pluvieux. Prenant une inspiration, la jeune femme s’abaissa sans un mot, se saisit du fourreau tâché, et le serra de la main gauche contre elle avant de finalement se redresser, jetant un regard tout autour d’elle, avant de s’enfoncer dans les hautes herbes sans un regard derrière elle, dégainant lentement l’arme, disparaissant de la visibilité des deux hommes.

    Il n’avait pas du filer bien loin. Si elle le pouvait, elle était bien capable de le piéger par la surprise, elle aussi. Il suffisait de l’amadouer. De le rassurer en lui disant qu’après tout, il avait fait tout cela « par erreur » … Avant de le tuer. Il fallait purement et simplement l’abattre, et le plus rapidement possible. Une telle créature n’était pas ce dont elle avait besoin à peine arrivée au pouvoir de la baronnie.

    Retenant son souffle, la baronne fronça les sourcils, se retournant en entendant un bruit suspect dans son dos, la lame prête à cueillir son agresseur …
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MessageSujet: Re: Herbes folles.   Mar 14 Juin 2011 - 16:24




La respiration sifflante, il observait les autres individus de sa cachette improvisée. Ce buisson était certes ridicule, mais avec les hautes herbes, elle lui fournissait un abri idéal. Le combat que se menait dans la tête d’Elandril n’avait rien à voir avec ce que quiconque n’aurait pu vivre un jour. Il avait libéré une force insoutenable. Une telle masse d’énergie qu’il savait vicieuse et il devait lutter à présent pour se maitriser. Son corps l’intimait de poursuivre sa démence, de bondir hors de cette cachette de lâche pour en finir avec ces humains. Il voulait du sang. De la vengeance. Mais sa conscience le forçait à rester en place. Une bonne chose. L’équilibre entre les deux était précaire et la moindre chose menaçait de faire basculer la situation dans le mauvais sens. Mais il avait laissé sa colère trop déborder et s’emparer de lui. Il avait perdu le contrôle pour cet acte de barbarie, de sauvagerie. La Bête s’était réveillée. Et il savait intérieurement qu’il ne pourrait plus rien y faire. Elle grognait, se débattait.

Des voix s’élevèrent soudain dans l’air qui commençait à se charger de pluie. Il sentit l’animal redoubler d’efforts, à l’affût du sang, et s’imposer encore un peu plus. Il commençait à sentir ses doigts fourmiller d’excitation. Trépignant de s’enfoncer dans la peau les gardes, de lacérer leur chair fraiche. Elandril refoula ces pensées qui le contaminaient malgré lui, des pensées qui ne lui appartenaient pas. Il avait envie de … mordre.

Il se força à imaginer qu’il était paisiblement dans sa forêt. Lové aux creux d’un arbre centenaire, protégé par la voute que formaient les immenses ramures, une véritable cathédrale de feuilles. Le vent soufflait doucement, chargé d’une bruine douce. L’air sentait la vie, la terre, le doux parfum de quelques fleurs qui annonçaient déjà le début du printemps. Enivré par cette sensation de plénitude, il ouvrit son esprit, étalant sa conscience aux milliers de vies qui grouillaient autour de lui. Il abattit le mur qui le séparaient d’eux et ensemble, ils ne firent qu’un. Se laissant guider par cette conscience antique, il sauta de son arbre pour atterrir sans bruit dans l’herbe haute, à quatre pattes. Ses mains s’enfonçaient dans le sol mou et jouaient abstraitement avec la terre. Ses yeux était à présent ouverts et ne cillaient pas, sa concentration était extrême. Il fixait un point dans le décor. Sa langue lécha ses lèvres encore humides, avalant un petit peu de sang au goût acre et cuivré. Son corps était parcouru de spasme qu’il ne pouvait retenir, déclenchant à nouveau la chair de poule sur sa peau. Il était prêt à agir. C’est alors qu’il l’aperçut. L’humaine se pencha d’abord sur son camarade, allongé, avec sa bouche béante et saignante. Puis elle se redressa, le visage livide, pour fouiller le champ d’herbe. Mais que se passerait-il ensuite ? Y arriverait-il, s’ils étaient à trois contre un ? Une nouvelle vague d’adrénaline s’éprit de lui. Il ne douta plus. Il avait la force.

Non. Il ne devait pas. Il devait partir retrouver sa forêt. Retrouver Anaëh pour mettre fin à cette folie. Sa vision s’était transformée en cauchemar. S’ébrouant, l’elfe reprit contenance. Le flot était trop intense. Il frissonnait de peur, chose rare. Ses démons l’avaient finalement rattrapé. L’humaine, elle bien réelle, s’approchait lentement. Elandril fit quelques pas en arrière mais fut vite retenu par une force invisible qui le cloua sur place. Le bruit avait alerté la femelle qui n’était plus qu’à quelques mètres. L’elfe pouvait presque entendre les battements de son propre cœur qui battait à la chamade, comme s’il ne lui appartenait pas tout à fait. Il sentait son propre sang se propulser dans chaque parcelle de son corps, inonder ses membres de vitalité et d’énergie.

Puis le regard des deux êtres de croisèrent. La femme stoppa son mouvement pour plonger ses yeux dans ceux de l’elfe. Ce dernier lut de la peur, mais surtout, de la détermination. Ils restèrent un moment ainsi, à se jauger du regard. Elandril sentit son parfum, chargé d’essences florales qui masquaient sa véritable odeur. C’était bien une coutume humaine ces choses là. Aucun d’eux n’osaient faire un pas de plus. L’instant semblait suspendu dans le temps, comme s’il durait des heures. La bête affichait un regard de haine sur le visage de l’elfe, de soif de combat et de vengeance, mais ses yeux restaient immobiles, presque suppliants. Parfait miroir indéchiffrable de ce qu’il se pensait en lui. De son corps, partagé entre deux puissances.

Mais l’éclat de la lame fut le détail de trop. Une explosion de fureur lui fit comprendre que tout était perdu. Il eut l’impression d’être douché à eau glaciale quand la Bête, profitant de ce moment de faiblesse, réussit d’un habile assaut à prendre définitivement le contrôle. Il était envahi de cette entité primitive. Et n’ayant pas de place pour eux deux, il sentait ses sens s’affaiblir peu à peu, comme si ses doigts, ses mains, ses bras, ses jambes s’ankylosaient. La vision de la jeune humaine devenait floue, jusqu’à n’être réduite qu’à une tâche informe. Elandril se recroquevilla pour atténuer la douleur. Il tremblait violemment et perdait se forces à vue d’œil.

Puis dans un cri atroce, le rôdeur s’évanouit.





Le souffle rauque, il savoura cette nouvelle sensation. Il se redressa pour se hisser en position accroupie, le dos puissant et contracté, prêt à sauter comme un ressort qu’on aurait trop tendu. L’odeur qui emplissait l’air devenait délicieuse. Appétissante. Une douce récompense à son châtiment. Il était l’esprit vengeur de la forêt. La main droite de Kÿria sur ce monde déchu et damné. Nourri par la souffrance de ses semblables, rien ne pouvait l’arrêter à présent.

Une lame fendit l’air dans un sifflement et la Bête n’attendit pas un instant de plus. Elle l’esquiva d’un mouvement agile et sauta sur sa proie. Les deux corps atterrirent violemment au sol, dans un nuage de soie et de tissu. Les deux visages à quelques centimètres seulement l’un de l’autre, il sourit. Narquois, l’animal voulait s’amuser. Jouer avec son gibier avant d’en finir complètement. Il maintenait fermement la femme au sol de telle manière qu’elle ne pouvait se dégager, le sang de son propre garde se répandant sur la fine étoffe. Mais brusquement, une fine lame s’enfonça profondément dans sa jambe, déclenchant un flux de douleur. L’elfe grogna et se dégagea. D’un rapide coup d’œil, il vit que le bruit avait attiré les deux autres humains qui accouraient à présent vers eux. Frustré, il n’avait plus de chances de survivre. Il regarda une dernière fois sa victime dans les yeux, essayant de lui faire comprendre sa haine et sa colère. Puis il déguerpit dans un hurlement terrible vers les terres inconnues, emportant ses propres démons à ses trousses.

Il connaissait son odeur à présent. Et leurs chemins se croiseraient à nouveau pour se venger. Un jour ou l’autre…
La traque avait commencé.


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MessageSujet: Re: Herbes folles.   Sam 18 Juin 2011 - 0:34

    Acculé, terré comme un être chétif et effrayé, l’étincelant regard l’avait soufflé sur place. Immobile et anxieuse, dans l’attente du coup brutal qui frapperait sa tempe, la baronne serrait avec fermeté le manche de l’épée sans mot dire, ses lèvres scellées dans une neutralité trop inquiétante pour être sincère et confiante. Elle ne savait pas à quels dieux se vouer face à l’homme, ou était-ce encore un homme ? qui avait, le sang coulant sur son torse échevelé et Sali en était la preuve, délibérément mordu à sang le feu garde pourpre.

    On eut dit qu’une éternité s’écoulait ; laissant planer l’hésitation, le doute subtil mais ridicule qu’après tout, ca n’était peut-être pas forcément lui. Mais bien sûr qu’il était fou. Complètement cinglé. La lame tirée au clair brillait sous les perles de pluie, et lui rappelait la raison de leur face à face. Plus loin, le corps gisant attirerait bientôt les moucherons.

    Un geste, un vif et simple geste. Le sursaut fut frappant de vitesse et de violence.

    Projetés dans la terre dans un cri de surprise, les deux corps roulèrent dans les herbes folles. A la terre humide se mêlait maintenant l’odeur putréfiée du sang, et le goût acide du métal. Le souffle court, c’était bien trop tard que Clélia réalisait son erreur. Face à face, ce qui déformait le visage de l’agresseur n’avait plus rien d’elfique. Les yeux brillaient d’une faim prédatrice et insensée, alors que chacun de ses muscles faisait pression avec une lourdeur effarante sur ses membres bloqués. Se débattant comme le diable en personne, sa main finit par trouver une échappatoire salvatrice en se dégageant pour planter sans autre forme de procès le métal dans la chair. L’effet fut instantané, et la bête, dont la respiration aussi saccadée qu’irrégulière frappait le visage de la douce captive dans une effrayante imminence, se recula, comme brûlée par un quelconque sortilège.

    Un battement de cils plus tard, il avait disparu. Figée, son cœur s’était presque arrêté de battre sous la menace des crocs acérés qu’elle avait indirectement vus à l’œuvre ; et un battement raté plus tard, il s’agitait en son sein, teintant ses joues livides d’un fade rose. Lentement, fébriles, ses mains s’appuyèrent pour s’extirper de la boue glissante où elle avait chu, ramassant l’épée maculée de sang.

    Au loin, les voix de Niejdan et du cocher sortirent la baronne de sa torpeur inconsciente. Passée la surprise du garde lorsqu’il manqua de trébucher sur le cadavre de son camarade, celui-ci accourut comme il put aux côtés de Clélia, qui lui expliqua par quelques mots brefs que le rôdeur égaré qu’ils avaient chassé n’était pas innocent aux étrangetés qui avaient conclu à la mort de Feodo. Sous l’œil éberlué et apeuré du cocher – qui n’avait de cesse de chercher d’un œil furtif et accablé la trace éventuelle d’un cannibale fou aux alentours -, la baronne, dans une voix aussi blanche qu’éteinte, donna ses ordres sans paraître plus atteinte que cela. Mais après tout, même si Niejdan acquiesçait tout en se demandant ce qui avait bien pu se passer pendant ces minutes où il n’avait rien vu venir, jamais il ne pourrait se douter ou même comprendre ce qui rendait la dirigeante d’Olyssea aussi glacée.

    Le choix officieux fut pris d’abandonner le corps du pauvre soldat aux griffes de la nature, et de le repousser derrière les herbes. Personne ne devait prendre connaissance pour l’heure de l’incident qui avait eu lieu ; avec un peu de chance, on croirait à une désertion, ou à une attaque en solitaire qui lui avait coûté la vie. Montrer la dépouille à son éventuelle famille serait revenu à admettre qu’il existait, aux frontières de la paisible cité, un monstre se régalant de chaires humaines. Ce dont elle n’avait guère envie en ce moment.

    Sans ajouter quoi que ce soit d’autre et une fois le corps poussé hors des sentiers battus, Niejdan suivit de près la baronne, qui rentra dans le carrosse à pas pressés, transie de froid.

    La terre humide lui collait au visage, aux cheveux, à sa robe souillée. Pour ne rien rajouter à la désagréable moiteur qui parcourait son corps, la pluie s’insinuait, courant le long de sa peau comme de minuscules sillons indésirables. Elle avait grand besoin d’un bain brûlant, et sa peau frémit alors que fermement escortée par le garde elle rejoignait la calèche sans mot dire.

    Dans l’air claqua le fouet, les chevaux repartant au galop sous la pluie qui tombait maintenant dans un bruit assassin. Le vague sentiment que tout ceci n’était qu’une farce atroce de passage l’envahit à peine ; elle était bien trop paranoïaque pour espérer naïvement que cet « elfe » retourne en Anaëh tranquillement. Elle l’avait vu, de ses propres aux yeux, ravagé par une terreur presque psychotique.

    Clélia secoua la tête, échangeant un bref coup d’oeil avec un Niejdan toujours aussi silencieux ; mieux valait se changer les idées. Tempe contre vitre fraîche, ses yeux se fermèrent d’eux-même, l’esprit chamboulé bercé par la bruine.

    Sous ses paupières closes, dansaient encore le visage bleui de Feodo, et ce regard, ce regard animal et bestial … Inhumain.



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