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 Les cavaliers du désastre.

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Eulalie Tranchepie
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MessageSujet: Les cavaliers du désastre.   Dim 7 Aoû 2011 - 2:24

Les cataphractaires, partis lance en main vers la plaine scylléenne sous le commandement du maréchalissime Glaucosme de Fierfeslin filaient à travers les champs. Plusieurs centaines d'entre eux, disposés en régiment, traversaient les landes de l'ouest Merval et partaient vers les territoires impies accomplir la juste revanche de la baronne. Les cavaliers étaient partis la veille et avançaient par courtes étapes, entrecoupées de pauses durant lesquelles les preux reprenaient quelques forces afin de carnager tout le saoul une fois arrivé dans les chaumières des singes de Scylla.

La frontière une fois traversée, ils se placèrent en colonne et se rendirent sur les terres des plaines d'outre fleuve qui séparaient le comté en deux parties. Le maréchal des cataphractaire dépêcha une troupe de 20 cavaliers régler une dette d'honneur avec le bourg de Froifaissier des Montventeux qui, dit-on, auraient ourdi l'odieux meurtre d'un honnête hobereau Mervalois. Il n'en fallait guère plus pour pousser le sage Glaucosme à faire de cette famille en haillon un exemple qui marquerait les esprits au fer rouge. L'infect Montventeux, nobliau tenant plus du porc de ferme que du gentilhomme était, disait-on un impie qui préférait aux actes de la religion, des méfaits et brigandages qui confinaient à la démence. En représaille, on pillerait ce qui pourrait permettre de faire ventre et l'on repartirait après le meurtre de toute la lignée infecte des coupes-gorges du scylléen septentrionnal.

Les pillages, les carnages se succédèrent dans la plaine, les cavaliers ne demeurant toutefois pas en un seul endroit fort longtemps. Ils se déplaçaient prestement et ne quittaient pas de leur esprit leur objectif principal. Les destructions n'étaient dûes qu'au fait que les bourgs se trouvaient sur la trajectoire des cataphractaires. L'ouest n'étant pas infini, on bifurqua doucement, afin de se concentrer vers des contrées plus suderonnes. Les étendards Mervalois flottaient haut sur la trajectoire des chevaucheurs de hongres, le lion d'or aux deux glaive les guidait vers leur inéluctable victoire. Ils savaient quels mots de réconfort la baronne leur trouverait, et ils savaient qu'innombrables comme ils l'étaient, ils feraient trembler tous ceux qui oseraient se dresser contre eux.

Glaucosme hurlait fréquemment des ordres, donnant des instructions et chacun des régiments se mouvait selon les directives données par le maréchalissime. Chaque groupe avait son indépendance mais semblait, pour le moment du moins, suivre la troupe du chef des armées Mervaloises.
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Ernst Monventeux
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MessageSujet: Re: Les cavaliers du désastre.   Mar 16 Aoû 2011 - 0:26

Messieurs et mesdames, nos estimés lecteurs, après toute cette violence que nous conte la baronne de Merval, il nous semblait tout à fait opportun de ménager notre cher lectorat. Dans un souci de bienséance et pour ménager les sensibilités de chacun, nous vous proposons à présent une journée initiatique à suivre les aventures d’une de nos plus grandes figures contemporaines. Délaissons pour quelques instants la géopolitique Miradelphienne et intéressons-nous à l’héroïsme et au courage. Délaissons mes amis les drames et les stratèges qui accablaient la région dans ces temps difficiles et consacrons-nous plutôt à la vertu, à la noblesse de cœur, à la gloire, à la beauté. A cet effet votre serviteur vous propose de nous passionner pour l’un de ces quelques personnages ayant encore moult générosité dans leurs âmes. Pas une de ces chiffes molles mous du genou qui pullulent un peu partout, pas un de ces gueux vulgaires et dégoutants, pas un de ces honteux tueurs de sang-froid dont on idolâtre la profonde et vile cruauté ; nous proposons à notre lectorat un homme qui conviendra au bon goût et sans doute saura instiller en chacun de nos lecteurs les plus glorieux sentiments. Messieurs et mesdames les lecteurs, laissez-moi vous raconter comment en une seule journée Ernst Monventeux réussi à… à faire des choses incroyables

Laissez nous donc vous raconter cette histoire en procédant par l'envers. Car enfin, pour satisfaire aux traditions du Mercatin, nous vous conterons cette épopée dans une totale anarchie chronologique.


XXXXXXXXXXX
Mercatouille, premier jour des hostilités, tard dans la nuit
XXXXXXXXXXX


Il fouillait du mieux qu’il pouvait à travers l’étroit passage, laissant des traces noires sur les parois humides. Ernst, consciencieux, était rompu à l’exercice. D’un geste qui se voulait habile il tenta un encerclement. Raté, la cible était collée vers le fond, difficilement à portée. Mais Ernst n’était pas un dégonflé. Avec ardeur, dans un effort sublime, il atteignit du bout de l’ongle l’immonde objet et le tira à lui. Un autre geste encore et il réussit à l’extraire fièrement. Mais son ongle avait trop frotté contre la paroi et la grotte toute entière semblait protester. Ernst, le butin vert au bout des doigts, sentit son nez le chatouiller. Il évacua le glorieux mucus à moitié séché vers Lorenzo d’un geste habile puis éternua dans tous les sens, éclaboussant quelques chevaliers au passage et faisant vaciller les bougies.

« Reprenez Monventeux »
« Alors, oui,… La soixantaine de morts. Tout ça s’est passé très vite. Pour vous dire, ils ont tué en premier la Genevièvre. La doyenne de 43 ans. Ils n’ont pas de respect pour nos ainés les salopiaux. Un cavalier l’a embroché de sa lance de Catmaitre-Rente… comme ça»
« De Catmaitre-Rente ? »
« Mais oui ! J’ai lu un truc sur leurs cataphractes, des lances de Catmaitre-Rente qu’ils disent »
« Et, ce sont des grosses lances ça ? »
« Au bas, au moins ça fait ça ! »
Ernst illustra la longueur en faisant des gestes de la main, les éloignant le plus possible. Les fameuses lances de Catmaître-Rente faisaient donc au moins la longueur des deux bras d’Ernst écartés. A voir comme il se démenait pour les écarter, surement plus.
« D’ailleurs le cavalier était bien emmerdé avec la vieille en brochette comme ça. Il a tellement bien manœuvré qu’il s’est cassé la margoulette. Ah ils sont glorieux les gens de Merval ! »
Le banneret Mercatouille était perplexe. « … Et ensuite Ernst » souffla-t-il, parfois un peu dépité par ses chevaliers.
« Ah… le combat. Pas glorieux. L'Albin tué net d’un coup de massue. La grande Marie pareil. La ferme des Boudidieux incendiée. Celle des Jacqueaux pillée. Celle des Marévaux effondrée... »
« Mais vous, qu’avez-vous fait ? »
« Oh moi… vous savez, ce matin j’étais boulotté. Quand on m’a rapporté que leurs cavaliers fonçaient j’ai ordonné la dispersion pour ceux qui le pouvaient. Puis j’ai recueilli une bonne partie des loqueteux pas forestier dans ma tour. »
« Oh Ernst, Ya a dou êtle tellible ! »
« Ah ça oui, Delde n’était pas contente du bordel. Mais c’est surtout l’odeur qui la gênait…. »
« Montventeux ! Arrêtes de nous chanter tes âneries ! Que s’est-il passé foutredieu ? ».
Ernst devînt silencieux et regarda ses mains devant lui. Il y avait encore des traces de sang séchées. Il reprit.
« Ils ont tout cramés. Ils n’étaient même pas plus d’une vingtaine. C’est gens n’ont aucun respect. Je crois qu’ils étaient juste là… pour se venger. Bénévent, tout ça…»
« Pourquoi ils ne vous ont pas achevés ? »
« Achever un Monventeux ? Vous n’y pensez pas ! Ils n'y sont pas arrivés tiens : j’ai toujours mes deux arbalètes dans ma tour. J’en ai tué trois avec… enfin trois chevals. Ma sœur a tué deux cavaliers. Ça les a refroidit un peu. Mais avant ça ils étaient sacrément enragés. Ils se sont attaqués à ma porte, mais ils n’étaient pas assez équipés. Ils ont même tué la moitié d’un troupeau de mouton dans la bergerie d’Albin durant le pillage. A la massue. »
« Et qu’avait vous fait ensuite Monventeux ? »
« Quelle question Mercatouille ! Tu sais bien qu’on n’est pas du genre à laisser passer ça. On a tué l’autre moitié du troupeau nous-même bien sur ! »
«Mais… vous n'avez même pas essayé de les rattraper ?»
« Les rattraper ? On était surtout bien content qu’ils partent. Ils ont mis du temps. Pinagué Foutrecul, j’étais content qu’ils partent. »


XXXXXXXXXXXXXXX
Le même jour, peu avant midi
XXXXXXXXXXXXXXX
Une hache.

Il n'est pas toujours évident de s'extasier devant une hache, mais ils essayèrent du mieux qu'ils pouvaient. C'était un effort de concentration. Même si les cataphractaires n'étaient pas des génies (quoique... comparativement à leur adversaires...) se concentrer au combat n'était pas un problème pour eux. La plupart identifièrent sans mal une francisque, le modèle classique, sans fioritures. Efficace en somme. On ne pouvait pas vraiment s'attarder dessus, le mouvement était gênant. On n'a qu'une ou deux secondes pour observer une hache en plein vol, et son tournoiement n'arrange pas l'observation. Il donne une idée du poids et de l'équilibre mais est-ce un moyen bien pratique ? D'ailleurs était-ce seulement une bonne idée de s'arrêter deux secondes pour regarder une hache voler en direction du chef ? Ces cavaliers, trop vites enclins à l'admiration se reprirent avec le bruit familier de la hache plantée en pleine caboche. Sincèrement et avec fair play, ils reconnaissaient intérieurement, du moins pour les cinq qui avaient vu la, que c'était joliment exécuté. Le coup était net, sec, sans bavure.

Mais ils n’étaient pas là pour bavasser, ils tentèrent à nouveau d’enfoncer la porte de la haute tour des Monventeux. Sur eux s’abattirent alors du mobilier venu d’en haut, lancé à la va vite par la masse de gueux qui y logeait. On entendit dans la tour le cri hystérique d’une ménagère, puis une rafale de claques : le mobilier arrêta son avalanche. Mais les cavaliers, fort peu à leur aise à pied, n’arrivaient pas à venir à bout de la robuste boiserie. Pimprenel, brave parmi les braves, était parti à la recherche d’un bélier de fortune dans une grange. Les cavaliers le virent plus loin, étalé mort. Les carreaux d’arbalète tirés de là-haut ne pardonnaient pas. Balbar, le plus costaud d’entre tous, reçu un pot de chambre plein sur son casque. Repeint à la sciure entre autre chose, le bougre s’énerva un peu plus, mais la porte ne vînt pas. Les quelques d’entre eux ayant sortis leur arc n’arrivaient à rien. Qui avait eu la sacrée idée de construire une si robuste tour à un endroit si perdu ?


Après encore un bon quart d’heure de ce petit jeu, les cavaliers se lassèrent des carreaux d’arbalètes allant se planter dans des endroits incongrus de leur personne. Ils s’éloignèrent de la tour et se consacrèrent au village. Ils brûlèrent ce qu’ils purent, c’est-à-dire presque tout. Firfion tenta d’incendier la tour. Après un carreau dans l’épaule, il en reçu un à l’entrejambe. Si les bourses étaient intactes, ça ne l’empêcha pas de se vider doucement. Dans un ultime effort, il exhiba fièrement le carreau qu’il avait eu la force de s’arracher tout seul. Sacré Firfion. Quel bravâche. Delde, l’arbalète à la main, pointa le bout de son nez d’une des ouvertures de la tour. Elle poussa une sorte de cri d'amazone. Juste le temps que Firfion réalise qu’il était mort des mains d’une donzelle. Le pauvre expira dans un profond sentiment de honte.

Les autres, ayant détruit tout ce qui pouvait l’être et sans chef pour les commander, décidèrent du retour. Tiré de ce mauvais pas, ils étaient encore seize sur la vingtaine de ce matin. Quatre d’entre eux devaient partager un cheval. Les Mercatins avaient tués plusieurs de leurs montures, l'une s'était enfouie d'elle même une fois son maître expiré. Désorientés par cet échec inattendu, les cataphractaires jugèrent la situation compromise et ne s’attardèrent pas d’avantage en Scylla. Après tout, le village était détruit. Les cataphractes survivants repassèrent la frontière. Froifaissier était en feu et leur mission réussie. Pour eux, le Mercatin ne serait plus qu’un mauvais souvenir. Pharembourg les attendait, le déjeuner aussi.

Les Froifaissiens quant à eux se regroupèrent autour des cadavres de leurs ennemis et de leurs montures. Ils étaient encore loin d’être quitte avec Merval. Ernst ne s’attarda pas pour contempler les flammes.


XXXXXXXXXXXX
Le même jour, en début d’après-midi.
XXXXXXXXXXXX

Du côté de Merval, Honorius, amateur de facétie notoire, s'amusait à déverser la gourde qu'il devait à sa mère dans le gros ruisseau. Heureux comme un nouveau-né, il regardait en contrebas ces idiots de patrouilleur se ravitailler à sa vessie. De là où il était, sentant le vent sur le jonc, il pouvait les contempler s'abreuver de sa pisse à souhait. Très fier de sa farce, il rigolait de bon cœur en déversant son flot. Honorius n'avait pas encore combattu, il faisait partie des renforts aux frontières, au cas où. Le pauvre n’avait pas pu suivre ses anciens collègues cataphractaires. Il en avait été chassé, suspecté d’un crime qu’il n’avait pas forcément commis. Car qui aurait pu dire qu’ajouter trois fèves de plus dans la galette des officiers ferait autant de morts ? Quelle histoire bête, c'était digne d'une blague de pôtache par un piètre écrivain. Il n’était pas vraiment responsable. D’ailleurs il n’avait pas avoué. Cela l’avait quand même mené à la frontière, à travailler avec de bêtes patrouilleurs. Pauvre destinée, à présent Honorius était lui-même un de ces patrouilleurs qu'il méprisait tant.
Non loin, on voyait encore les fumées d’un village Scylléen voisin finissant de bruler. La Baronne avait souhaité faire prendre la route du Mercatin à quelques cavaliers pour venger au passage le défunt Bénévent. La guerre n’allait pourtant pas avoir lieu par ici. La brande Scylléenne n’étant que le repère de sauvages insoumis à quiconque. Il n’y aurait que les habituels jacques.

Tranquillement Honorius balaya du regard la vallée de Merval et ses nouveaux collègues qui avaient fini de remplir leur gourde. Il respira un grand coup, prit un grand sourire béat et se régala encore du paysage. La matinée s'annonçait peu chargée, ils ne se passaient pas grand-chose dans les casernes dans l’infanterie, même en temps de guerre. Le soldat ayant terminé sa besogne secoua sa meilleure amie en lui promettant bientôt d'enceinter plus que de raison. Mais c’était une promesse en l’air, il n’y avait rien à faire ici. Alors qu’il rentrait les bourses, il observa une forme qui flottait en amont dans l'eau, se dirigeant vers lui doucement. Pendant qu'il entamait de remettre en place son armure, il vit passer sous ses yeux les restes d'une viande étrange emportée par les flots. Honorius très perplexe perdit son sourire et fronça les sourcils.

Quelque chose n’était pas clair. Une vraie mission pour un patrouilleur de l’extrême comme Honorius.


XXXXXXXXXXXXXX
Début d’après midi, quelque part près d’un cours d’eau
XXXXXXXXXXXXXX

"C’est le but final !
Groupons nous et demain !
Les gueux de MERVAAAAALLeux !
Seront morts de nos mains !"


Ivre de joie et de cruauté, les jacques tout comme les hommes de Monventeux éventrèrent les moutons avec soin. Le dernier empoisonnement de la journée. Le premier avait été le plus macabre. Les Mercatins avaient toujours été mauvais joueurs.

XXXXXXXXXXXXXXXX
Le soir, l'inspecteur Honorius avait remonté le ruisseau jusqu'en Scylla.
XXXXXXXXXXXXXXXX

La puanteur !

Les corps des chevaux et des hommes, les deux soigneusement éventrés et vidés dans le ruisseau empestaient tout à la ronde. Les intestins, éparpillés ça et là se mettaient tous sur le chemin du petit ruisseau. Les charognes faisaient barrages, les eaux stagnaient dans les tripes putrides avant de se déverser en contrebas. Les têtes de cavalier, séparés des corps, étaient disposés soigneusement. L'eau pure venait lécher les crânes puis elle s'attardait auprès des cadavres, des charognes. Les mouches s'étaient introduites dans chaque barrage de chair, suivit d'une folle masse d'insectes qui peu à peu prenait place. Un charnier. Les multiples mutilations faites aux cadavres avaient facilités la vie des nécrophages qui pullulaient plus qu’ils n’auraient dus. L'eau en sortait moins claire.

Honorius, avait vomi à la vue de ce spectacle. Cela n'arrivait pas en temps normal, cet hommes était lui aussi un meurtrier, lui aussi faisait des massacres. Mais depuis le début d’après-midi déjà, il avait l’estomac fragile. Maintenant il comprenait pourquoi.

Il vida avec dégoût l'eau que contenait sa gourde.

Pays de chiabrenna.

Ailleurs dans le Mercatin, la consigne avait été donnée : tout ruisseau traversant la frontière devait être empoisonné. Dans l'eau clair du Mercatin qui passait la frontière durant ces tristes jours, il y avait la contamination et la mort. Aussi un peu des excréments des paysans locaux.

La guerre avait commencé.

Ernst Montventeux, dit
"le Sanglier Mercatin", avait juré de se venger.
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Eulalie Tranchepie
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MessageSujet: Re: Les cavaliers du désastre.   Mer 31 Aoû 2011 - 22:42

La déprédation dans ces landes désolées, à l'ombre de la sauvage brande était à peu près aussi divertissante qu'un joueur de luth manchot tentant d'arracher des accords avec ses dents. Glaucosme s'ennuyait ferme. Les pogroms de ruraux ne lui apportaient qu'une gloire faible, que les propagandistes d'outre-marais sauraient sans doute gonfler dans de ronflantes dithyrambes. Où donc était passée l'odieuse soldatesque Scylléenne? Comme les rats, ils se terraient à la venue du chien au museau finaud, venu les débusquer. Le museau de Glaucosme, s'il n'avait rien de finaud, respirait pourtant le bon-sens, cette remarque, parfaitement malvenue et inutile pour la suite du développement de ce post, permettra tout de même de se figurer le visage de ce hâve combattant, qui, on le verra, s'illustrera de féroce manière.

Cependant, après quelque jours à écumer les bourgs et faire sécher les peaux des victimes derrières les chevaux afin de pouvoir en faire quelque vêtements bien seyants, on eu le déplaisir d'entendre dans la colonne un vibrant "CACA!!!!" hurlé par un pauvre Mervalois, pétri du désespoir de ceux qui perçoivent trop tard que leurs intestins les ont trahis et que se répand à travers leur sphinctère molasson des giclées de fiante acide, de produits mal digérés.

Cette fâcheuse péripétie eut une non moins fâcheuse conséquence puisque, voyant leur condisciple conchié jusqu'au cou, tombé à terre sous la puissance du jet, des mains se levèrent pour quémander une pause "aisance". Pause qui fut allègrement autorisée par les commandants qui eux-même, sentaient les flux intérieurs de leur corps se mouvoir avec une force et un entrain fort inhabituel. Glaucosme et son état-Major, quelques cataphractaires d'élite qui ne consommaient que des cargaisons de piquette ne comprirent que trop bien ce qui se passait là. Le jeune Parangon ordonna aux hommes de remonter en selle (si l'on nous passe le jeu de mot scabreux), et de chevaucher jusqu'au prochain hameau, afin de se trouver un lieu acceptable pour reposer les tripes endolories.

"Cette campagne sent mauvais..." gromella Glaucosme, pourtant un brin admiratif devant l'opinâtreté du peuple Scylléen devant l'ennemi. Ils sacrifiaient la santé de la moitié du comté pour éviter les pillages. Un sens du sacrifice oublié à Merval.

"VIDEZ LES GOURDASSES" Hurla-t-il reprit par les quelques preux qui pouvaient encore élever la voix sans prendre de risques inconsidérés.

La cavalcade fut chaotique, la plupart des hommes, mis à part les plus ivrognes, se tenaient le ventre en tentant de garder la bride en main, le corps penché sur le cou de leur animal, dont les naseaux semblaient brûler tant les émanations rectales de leurs cavaliers sentaient le soufre.

On arriva tant vien que mal, et l'on chia tant qu'on put. Les quelques hommes valides se chargèrent de réquisitionner les bouteilles de piquette et autres boissons en bouteille du bourg, qu'on ne récolta qu'en quantité minime. Quelle pitié d'en arriver à de telle extrémité, même en tant de guerre! Toutefois, ces mésaventures ne firent pas que des malheureux, Grougignard, fils de vigneron et alcoolique patenté répétait à l'envi aux ladres qui rendaient leurs repas aux forces de la terre :

"J'vous y avais don po prévenu qu'ça vou tuerai vot' salopery d'eau?"

Ce à quoi, tous, sans exception acquièsçaient.
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Ernst Monventeux
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MessageSujet: Re: Les cavaliers du désastre.   Dim 11 Sep 2011 - 15:18

Mercatouille, qui n’était pas le dernier des idiots pour un Mercatin, avait organisé la jonction avec ses camarades quelques jours plus tôt. Il se trouvait à présent en compagnie du reste de la clique ; celle des bannerets venus des quatre coins de la brande Scylléenne. On vous épargnera les noms des régions concernées, afin de ne pas dépasser le quota de calembours douteux. Plusieurs bannerets avaient sur leur passage empoisonnés un nombre considérable de points d’eau, condamnant à de peu glorieux moments l’armée de Merval autant que les habitants en contrebas. Dommage collatéral qui n’était pas pour déplaire aux mercatins.

Une fois leur jonction faite, la quinzaine de banneret avait décidés d’établir le traditionnel conseil de la Chistole, grand moment dans la culture du nord de Scylla. Il s’agissait de la seule institution de la brande pour se diriger elle-même. Ce fameux conseil, très occasionnel, réunissait le temps d’une nuit l’assemblé des bannerets. Enfermés ensemble le temps de la délibération, ils veillaient jusqu’à aboutir à une décision commune. Au petit matin les ordres étaient donnés, pouvant parfois donner des résultats surprenants. Ainsi, le dernier conseil, il y a plusieurs années avait décidé de la non-intervention de la noblesse du nord dans les mouvements populaires qui s’intensifiaient. De fil en aiguille, on avait abouti à l’invasion du sud de Scylla et à la chute des Pharem.


Pour réunir cette assemblée et pour satisfaire aux plus élémentaires conditions de confort, l’armée avait pris peu avant midi ses quartiers dans le village suderon le plus proche. Une fois là-bas, on avait imposé à la maigre population dysentérique d’accueillir comme il se devait l’armée de ses protecteurs. Quelques menaces bien senties et la vue d’une armée considérable avait été nécessaires pour s’attirer leur bonnes grâces. Une fois dedans, on évita aussi bien les politesses que les baffes inutiles. On avait donné des ordres formels pour simuler l’ignorance sur la source de la maladie. On réquisitionna toutes les réserves en vin possible pour des raisons sanitaires, et la plupart des maisons. On réquisitionna également les pécores chiasseux pour aider les soldats de la brande à renforcer avec un grand savoir-faire la palissade en bois. L’armée avait emporté avec elle quelques équipements qu’elle déploya : le village devient légèrement fortifié, de quoi décourager la cavalerie de Merval d’un raid opportuniste.

Mais vous me direz, lecteur ingrat que vous êtes :
« Peu nous importe cette incipit contextuelle. Quoique fort bien rédigée avec le talent qu’on vous connait cher narrateur, nous nous en tapons la coquillette. Ce qu’on veut c’est Ernst, son corps, ses formes, sa vie, sa légende». J’ai bien reçu vos messages privés éloquents à ce sujet, me réclamant à corps et à cris de nouvelles anecdotes du fameux Monventeux.

Parlons-en donc un peu d’Ernst. Il avait au cours de cette grande réunion dans la brande retrouvé son cousin Ebble, perdu dans la masse des chevaliers de peu. C’est en sa compagnie et celle de Lorenzo qu’il avait commencé la soirée. Les compères discutaient au milieu de l’agitation et du brouhaha, donnant leurs instructions aux quelques hommes à leur services et pariant sur la suite des événements au conseil :


- Je parie mon épée et mon casque que ce soir, Octlave sera le plus rincé.
- Ton épée, ton casque… montre voir…

Cousin Ebble sortit son épée du fourreau. Elle brillait.

- Ah ! Je ne me moque pas ! Le forgeron a pris le temps qu’il fallait, commenta-t-il
- T’en as de chance. Chez nous, le forgeron de Mercatel est doué avec ses mains comme un chien avec sa queue.
- Il faut venir nous voir Ernst… Nous qu’on t’en fait une d’épée !
- You croyez ‘raiment qu’Octlave sera le plus saoul ce soir ? La concourrence est rude…
- Ah ! Octlave c’est mon chef à moi ! Je le connais et il passe la moitié de sa vie à boire, l’autre à pisser. Je promets qu’il va chanter avant la fin du repas « la Missédienne défouraillée », ou alors « Le coup de matraque de langehack », au choix. Le conseil va être gai, c’est entendu !

Ernst réfléchissait.

- Il arrive à Mercatouille d’être pas mal non plus… Il pourrait bien faire mieux…
- Ah ! Calomnie l’Ernst ! Calomnie ! Personne ne met mieux l’ambiance qu’Octlave ! Personne ! Le conseil des bannerets, c’est lui qui va lui donner ses couleurs !
- … J’ai déjà vu Mercatouille bien lancé…
- Alors prends le pari… qu’as-tu à proposer ? Les gens de Merval n’ont pas pu tout te cramer ? Ne m’as-tu pas parlé d’arbalète que maitrise à merveille cousine Deslde ?

Ernst réfléchit quelques instants. Au pire s’il perdait, Ebble devrait venir l’accompagner chez lui pour récupérer son dû. Il aurait bien l’occasion sur le chemin de faire un autre pari pour récupérer sa mise. Et puis, il comptait sur Mercatouille.

- Marché tenu ! Ce soir ce sera Mercatouille le plus bité !
- Ah ! J’aimerai bien voir ça !
- Mais tu vas voir ! Mais tu vas voir ! sourit Ernst.

Après quelques provocations échangées avec son cousin et des moqueries contre Lorenzo et son accent ridicule de suderon, Ernst se dirigea pour retrouver son seigneur Mercatouille qui finissait d’aménager la maison qu’il avait réquisitionné. Il le trouva en train de hurler à gauche à droite et foutant des coups de pieds aux fesses tel un grand planificateur. Ernst le rejoins et lui tendit du vin.


- Mercatouille ! Il faut boire pour ne pas avoir la gorge qui rouille !
- Ah… l’Ernst… Au lieu de dire des âneries – Mercatouille accepta le vin - où qu’c’est que tu campes toi c’teuh nuit ?
- Et bien, avec vos autres chevaliers nan ?
- QUOI ? TOI AUSSI !
- Et biiin…
- Vous voulez tous dormir dans la même baraque que moi ! Je vous dis bande de bougres qu’i’m’faut un espace vital ! Et puis ne foutez pas dehors des pécores suderons pour piquer leurs pioles, sont déjà assez serrés comme ça !

Et Ernst, comme un autre, se fit engueuler vertement par Mercatouille. Il lui fut épargné le malheureux coup de pied au fondement, mais pas la leçon de moral.

- ... Déjà qu’on leur a foutu la chiasse… Pis là on va faire le conseil, on va encore rouler sous les tables en pendant qu’eux déroulent leur tripes… t’ça c’pas terrible terrible…

Ernst, dans ce discours étrange, vit la brèche et s’y engouffra. Il resservit copieusement son seigneur en finissant le vin qu’il avait. Jean Jean Mercatouille qui passait par là se vit réquisitionner son alcool au profit de son père. Personne n’écouta ses contestations.

- On est venu là pour voir les suderons se faire raccourcir et applaudir, reprit Mercatouille. On est de passage pour que le comte râle pas trop, c’tout. On va rien faire ! Qu’on fait les gros durs mais qu’c’est même pas nous qu’allons poutrer les autres sottards de Merval.

Ernst fronça des sourcils, le fils de Mercatouille essaya de s’esquiver : sans succès.

- Mais qu’si Ernst ! Pis écoute aussi Jean-jean ! On va faire les malins quelques jours et puis, quand le comte viendra on fera comme si qu’on avait limité la casse. Mais la vérité c’est qu’on s’en tape ! Alors, pour les coqueberts de Phrarembourg, je dis pas. Ça se crâme ces bêtes-là. Mais là, ce sont des c’terreux qui morflent. Des gens comme nous. Et nous qu’on fait rien ? Bah… j’espère que dans les villes ils crèveront bien de faim pour ça l’an prochain.

Et Mercatouille, en long, en large, en travers de refaire le monde. Quelques-uns l’écoutèrent. Ernst s’ennuyait et se contentait d’inciter son seigneur à boire encore. Mercatouille n’avait cessé de boire quand le banneret De Manimoule lui demanda de rejoindre les autres pour le début du conseil. Ernst compta que Mercatouille avait fini en dix minutes l’équivalent de deux bouteilles. Avec ce qu’il avait déjà pris et ce qui l’attendait au conseil, il avait toutes les chances de gagner son pari. Et on rigolerait fort longtemps des imbécilités qu’allaient déblatérer Mercatouille à l’occasion de cette réunion.


Et commença enfin dans la plus grande maison du village le très attendu conseil de la Chistole où serait décidée la suite des événements. Je vous cite de ci, de là, la tripoté de grands noms qui gesticulaient et soufflaient forts sur leurs chaises en bois : Carloman Mercatouille évidemment, seigneur banneret du Mercatin, le Seigneur Raoul d’Opafrouille, Octlave Tamouille, Patrick de Gaypinson, Brougniflon Desfanges, Gilbert d’hautequouaïlle. Il manquait toujours Raoul le dérangé, sans doute trop occupé encore à se faire monter par sa monture derrière quelques bosquets.

Comme la tradition l’exigeait, le banneret le moins important présidait. Le sort désignait Guillaume de Manimoule, pauvre de lui. Ce dernier fut bien embêté de devoir encadrer cette assemblée. Il simula de ne point remarquer les états d’ébriétés avancés et démarra le conseil par les mots d’usage. Les bannerets semblaient pour l’instant calmes, quoi qu’un peu rouge. Quelques-uns investirent sans attendre le buffet. On inaugura le conseil par la présentation des chefs du village occupé, du moins ceux qui n’étaient pas malades. Il s’agissait de leur expliquer les intentions bienfaisantes de la brande et les rassurer sur la suite des événements. Une ambition bien naïve. Les trois représentants s’avancèrent au milieu de la salle, pris entre le « U » des tables et le buffet derrière eux. Ils n’eurent pas à attendre longtemps avant que les membres du conseil leur adresse la parole.


- Alors ? Comment ça se passe la santé ? On fait CACA MOU ? Hurla Oclave Tamouille sur les roturiers. L’assemblée rit grassement. Le conseil commençait mal. Les autres remarques fusèrent vers les pauvres suderons pendant quelques instants. Ceux-ci subirent les quolibets le plus dignement qu’ils purent. Parmi eux, le plus téméraire s’avança pour prendre la parole.
- MeYegneurs, Yé vois qué You êtes forts aises de nous voir dans la souffrance et la maladie. DoYe-je en croYre les Yumeurs Yous désignant comme Yeux qui nous ont empoYonnés? dit-il sur un ton trop audacieux qui remua le sang alcoolisé des bannerets.
- C’EST NOUUUUUUS ! hurlèrent plusieurs bannerets qui avaient, il faut bien le dire, des airs de gros paysans consainguins et arrièrés. S’en suivit une cascade de rire dans toute l’assemblée. La brande était extrêmement fière et assumait sous l’effet de l’alcool ses actes. Les chefs de village serrèrent les dents.
- Y’a Yous fait Yire de nous voir malades ? De voir nos bébés qui meurent à cause de vous ? Yé pense que Yous ferez moins Yes malins quand Aetius l’Ivrey l’apprendra !
Les rires continuèrent mais quelques gimaces apparurent sur les visages des bannerets éméchés. Les avait-on bien menacés ? Octlave Tamouille reprit la parole.
- Dis donc salopeur de braie, qu’il apprendrait quoi le Vrai ?
- Que Yous avez empoYonné le pays ! Repris le roturier colérique.
- Nous qu’on a empoisonné le pays ? Nous qu’on a… ?
- Yarfaitement ! Yous serez tous pYunis pYour ça !

Octlave Tamouille entra alors dans une colère formidable, se levant de sa chaise et écartant sa table, il fonça sur la délégation du village.

- Ah tu me menaces ! Ah tu me menaces Pécore !!!

A peine fut-il à un mètre de son interlocuteur qu’il lui trancha le cou à la surprise générale. Maladroit avec l’alcool, Octlave lâcha son épée qui resta plantée dans le cou du paysan. Disgracieusement, celui-ci tomba par terre pour se consacrer à une rapide agonie. Les deux autres paysans prirent leur jambe à leur cou avant de subir le même traitement.

Patrick de Gaypinson, qui se servait alors en soupe au buffet, les stoppa net dans une belle improvisation : le manche d’une louche plantée (extrèmement) brutalement dans l’œil du premier, le deuxième noyé durant la minute suivante dans la dite soupe qui en devint immangeable. On s’égosilla sur la tournure des événements, sur le style de Patrick dans la suppression de témoin gênant, sur la dangerosité des louches n’ayant pas un bout arrondie (ce qui avait l’inconvénient de la laisser tomber dans la soupe) et sur ce qui allait bien pouvoir remplacer la-dite soupe. Ce conseil n’allait pas en s’arrangeant. Guillaume de Manimoule essaya de restaurer l’ordre. La vue du sang en calma quelques-uns. Un beau bordel dès l’entrée. Ne plus pouvoir boire d’eau pouvait avoir de très fâcheuses conséquences sur les chevaliers de la brande. On commença à réaliser qu’on avait peut être fait une ânerie.


- Oh ça va hein ! Ils allaient nous dénoncer à Atus le Vrai ! Tout ça pour un peu plus de liquide dans la tripaille…
- Octlave, je vous prie de reprendre votre place, tenta De Manimoule
- Oh ça va toi ! répondit effrontément Octlave et pointant son épée vers celui qui était censé les présider.

De Manimoule n’insista pas. L’usage de mettre le banneret le moins important pour présider l’assemblée s’était installé suite à la perte d’un grand nombre de ces arbitres à travers la longue histoire de la brande.


- Bah, on dira qu’on y est pour rien, que c’est la punition divine, proposa un banneret.
- Ah bah oui, l’autre il s’est fait tuer par une louche dans l’œil… punition divine, tout le monde va le croire, remarqua Gilbert d’Hautequaïlle.
- Et pourquoi Octlave les a tués en fait ?
- Je les ai tués au nom de… d’Atus le Vrai pardi ! répondit le pochtron
- Oui, voilà… on va dire ça, marmonna De Manimoule, profondément blasé.
- Mais merde quoi ! S’ils chantent partout que c’est nous qu’on a empoisonné les points d’eau, qu’est ce qui nous attend ?

- Mais pourquoi avoir avouer que c’était nous aussi ? Bande de…

Voilà à quoi ressemblait ce conseil de la chistole. Je vous épargne évidemment les remarques hors de propos, les contemplations sur l’état d’ébriété des voisins de tables, les propos incohérents et tout ce qui s’ensuivit. Les bannerets appelèrent finalement deux hommes de l’extérieur pour faire « évacuer discrètement » les corps. Puis ils entamèrent les plats de résistance.

On en vînt à aborder un peu les questions du moment. Les bannerets se mettaient d’accords pour attendre la venue du Comte. Après tout, d’ici on pourrait toujours couper la route de Merval en direction de la brande, et on n’allait pas se risquer pour des suderons. Si un petit millier mourrait dans l’affaire, on ne s’en porterait pas plus mal. Ce n’était pas bien grave.


- Pas bien grave ? PAS BIEN GRAVE ? reprit Mercatouille qui jusque-là était resté discret à contempler son voisin Brougniflon manger ses crotte de nez. Mais vous pouvez me dire c’qu’on fout là hein ? A foutre en déroute les boyaux de la moitié des suderons ? Ah je suis d’accord que ce sont pas les meilleurs. Je suis pas le dernier pour conchier sur Pharembourg. Mais pendant que le suderon péquenot se fait ratisser la torgnole, dans les villes ils sont bien au chaud les putains de voleurs d’enfileur de poiscaille. Et quand il faudra de la bouffe à tous ces marauds, c’est nous qu’on va aller voir !

Mercatouille se mit debout sur sa table. Les bannerets le regardaient d’un air surpris.

- Ah c’est malin de foutre sur du pécore. Bravo ! Et qu’est qu’on va dire à du Vrai ? Hein ? Qu’on a foutu le brin mais qu’on a arrêté personne ? Qu’est ce qu’on attend pour aller venger tous nos morts ?
- Mais t’es complétement faits Mercatouille ma parole ! glissa Patrick de Gaypinson.
- Mais quoi les faits ! On laisse tout cramer chez les suderons, pis qu’on venge rien ! Ils ont cramés Froifaisser qu’j’vous rappelle !
- Oh, mais ferme-la ta mouille M’catouille. Tu me coupes la circulation d’huile de rein à parler si fort…
- Pis Froifaissier, c’ti pas le pays des Monventeux ? Ton grand père il les aimait pas les Monventeux Mercatouille, tu devrais être content, renchérit Gilbert.
- Ah les Géménées de godinettes de Monventeux ! Reprit Octlave. Par le cul de Nééra, j’en ai un pour moi, cette vis d’apaupariz a pas fini de me foutre le bordel.
- Mais on s’en secoue le saucisson du Monventeux ! Je vous parle de justice !

Et Mercatouille de partir dans une diatribe exceptionnelle, insultant et provoquant l’assemblée pendant plusieurs minutes. Ce qui ne fut pas sans susciter de positives réactions :

- Ah ça y est, il m’a martelé les piches le taille-lard ! Hurla Octlave, ressortant pour l’occasion son épée mal essuyée. Je vais l’y foutre sur la caboche !

Des bannerets voulurent s’interposer mais ne furent pas assez prompt. Seul Mercatouille, déchainé, eu le temps d’arréter Octlave Tamouille. En effet Carloman, qui avait pris la position debout sur sa table lui donna un violent coup de pied dans les dents, envoyant valdinguer la bête ivre un peu plus loin. Mais celle-ci ne renonça pas pour autant et, malgré une nouvelle tentative pour l’arrêter de la part des autres bannerets, il chargea Mercatouille dans une rage folle. Celui-ci, qui n’était pas non plus d’une grande sobriété, esquiva à moitié le coup et tomba mollement sur le sol. Il eut pourtant le réflexe de se relever assez vite pour arrêter la garde d’une épée qui s’approchait dangereusement de son nez. Dans un réflexe épique, il mit un coup de boule dans les roubignoles d’Octlave. Ce dernier n’eut pas le temps de réagir que déjà des bras musclaient écartaient les deux belligérants.

- Je te maudis Mercatouille ! Je te maudis sur cent générations toi et ta sale clique de Mercatin culvert ! Je vous conchie tous ! Hurla un Octlave dément, la gueule en sang et la douleur aux baloches.
- Tu peux t’rincer ta mouille Tamouille, t’as la gueule d’un ladre vert tellement qu’t’es pas beau, va te moucher entrelardeur dominical, répliqua un Mercatouille complètement déchainé et atteignant des sommets dans ses compétence linguistiques. Il reprit pour tous :
- Que les fot-en-cul couards présentent leur cul débrisé à la troupaille du Vrai, moi je vais foutre sur la gueule des lèches bottes de la pouffiasse baronette ! Et maintenant !

Et Mercatouille, remonté comme jamais, quitta le conseil de la Chistole au mépris des traditions. Dans le village, il mit un bren phénoménal. L’armée était en train de se scinder. Mercatouille préparait son cheval, préparait ses hommes, menaça les autres d’être des coillons afadés, des quistres de la pire espèce. Il hurla contre la lâcheté des hommes de la brande. Et beaucoup l’écoutèrent dans la nuit noire. Il quitta la ville après un bon quart d’heure d’animation et d’engueulade féroce, emmenant avec lui une cinquantaine de chevaliers qui avaient suivi le mouvement, et pas moins de deux cents piétons. Pendant ce temps, les autres bannerets inconscients de ce qui se tramait dehors entonnaient « la Missédienne défouraillée ».

Une fois sortit, Mercatouille fonça avec sa troupe ivre au galop à travers la nuit noire. On avait entendu dire que les troupes de Merval voyageait au village du petit bigorneau. On s’y rua. Dans la course, les piétons furent vites perdus. Qu’importe, Mercatouille avait la foi. La pauvre infanterie revint la queue entre les jambes au village deux heures après en être parti. Il trainait encore une quarantaine de Chevalier quand Mercatouille fut en vue, quelques heures avant la levé du jour, du village occupé par Merval. Il avait dû rapidement baisser le rythme pour les bêtes. Parmi cette troupe de cavaliers se trouvaient notre héro Ernst, son cousin Ebble, Lorenzo ainsi que le peu rassuré Jean Jean Mercatouille. Lorenzo était visiblement celui qui avait le plus de mal à résister à l’alcool. Il était partit du village en ayant en tête la fameuse chanson de la missédienne, et on avait eu le malheur de lui apprendre les paroles sur la route. Lorenzo continuait de chanter sans accent depuis maintenant près d’une heure:


Citation :
La gourgandine bien agitée,
S’demandait c’qui la chagrinait,
Si c’était mes coups de lattes ou bien,
Que j’avais pas que des grosses mains !
Puis soudain elle fut pénétrée
Par la puissance d’la vérité !

Je l’ai défouraillé !
A la guerre comme à la guerre !
Les cocus n’en a plein sur terre !
Je l’ai défouraillé !
Dans la grande tour du château,
Sous le nez du grand corniaud !
LA MISSEDIENNE ! du grand cocu !
Je l’ai prise par derrière, par-dessus !
LA MISSEDIENNE ! Du grand cornu !
Dégoulinait jusqu’à son…

- MAIS FERMEZ VOTRE GRANDE GUEULE LORENZO !, interrompit Mercatouille. Vous allez nous faire repérer espèce de cruche !

Et Mercatouille accompagna le geste à la parole, il prit le martinet d’Ernst et l’abattit sur l’ombre de Lorenzo. Ce fut ce cheval qui fut le plus touché et celui-ci après avoir failli tué quelqu’un dans sa ruade, partit au galop en s’éloignant de la troupe. Lorenzo toujours dessus hurlait à la mort, peureux qu’il était. Mercatouille était excédé et fatigué par la tournure des événements. Il ne fallait pas perdre l’effet de surprise. Il désigna l’homme le plus proche pour rattraper et faire taire Lorenzo. Pendant ce temps, avec le reste des troupes, Mercatouille chargerait.


XXXXXXXXXXXXX

Les premiers rayons du soleil illuminèrent la charge de Mercatouille et de ses chevaliers sur les positions de Merval. Entouré de cet halo de lumière, Mercatouille l’invincible chargeait courageusement en poussant des hurlements. Devant tout le monde, Monventeux en première ligne fit résonner son cri de guerre, reprit par la horde qui déferlait :

« SUR LEUR MOUILLE ! »

Les hostilités commençaient.
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: Les cavaliers du désastre.   Lun 3 Oct 2011 - 19:41

« Addonc fist li seignor Mercatoïl son ban fere par toute la terre de Scylle, que qui ne creroit en Nostre Dame et qui adoreroit les dex et les ydoles et les ymages, il li feroit tranchier la teste sanz demorance. »
Passionnaire de Mercatouille.





On pourrait s’étendre sur ce bout de bataille qui fut la dernière de cette série d’échauffourées qu’on a osé appeler « la première guerre de Nelen ». Elle sort du banal en cela que la racaille du Merval, sentant le crépuscule de ce conflit s’approcher, se décida à racheter le nom de leurs compagnons humiliés lors des défaites, des retraites précédentes. Et malgré les mauvaises nouvelles des autres fronts, malgré le froid et la boue qui commençaient à s’inviter dans tous les pans des soldats en campagne, malgré leurs entrailles douloureuses et les couleurs inconnues qui s’éjectaient hors d’elles, les orientaux furent braves, ou plutôt moins lâches qu’à l’habitude, lors de cette bataille.

On passera, cette fois, les détails techniques et autres composantes tactiques du terrain, les défenses naturelles dont jouissait le bastion de l’arrière-garde mervaloise, ce hameau qu’on nomma le petit Bigorneau, ou encore l’Île Bigorne, ce qui donna, naturellement, le nom de la bataille. A vrai dire, les bardes des prochaines générations ne retinrent rien de ses vétilles, tout comme ils méprisèrent les chartes comptables, les inventaires comtaux et tous les autres documents qui avaient été rédigés par les contemporains de cette bataille. Ainsi, cette grosse bagarre opposant cinquante diarrhéeux de la Cataphracte mervaloise contre plusieurs centaines canailles de la Brande se transforma, sous les mots fleuris des rhapsodes comme l’esprit très imaginatif des clercs, une bataille où cinq cent chevaliers d’Eulalie affrontèrent environ cent mille Scylléens et drows.

Bref, la bataille de l’Isle Bigorne vit cette arrière garde crasse se dresser face, d’abord, aux troupes du bon Mercatouille, puis à celle du comte Aetius et des barons de la Brande, tentant tête aux reîtres et aux chevaliers comme aux prêtres de guerre et aux tire-laine brandais. Cette habile résistance, si elle ne fit pas perdre beaucoup d’hommes, offrit plusieurs jours au reste des pillards de la Sorcière de Merval, si bien que lorsqu’Aetius et Ernst, profitant d’une sortie de Glaucosme de Fierfeslin, tuèrent ce prud’homme et annihilèrent ses derniers chevaliers, le gros de la Cataphracte résidait déjà dans leurs pénates, la conscience lourde mais l’estomac purgé.

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