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 Une larme entre amour et haine

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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Une larme entre amour et haine   Mer 10 Aoû 2011 - 12:26

[début du rp : 29 Verimios, an 1]

Au cœur de la baronnie d’Alonna, à une dizaine de lieux à l’ouest de la citadelle de Rodem, trois cavaliers chevauchaient à vive allure sous les trombes d’eaux qui se déversaient des cieux en furie. L’horizon s’illuminait d’éclairs qui labouraient profondément le sol et le tonnerre grondait à vous en faire éclater les tympans. Bien que l’après-midi soit à peine entamée, les nuées étaient si sombres que l’on aurait pu se croire en plein milieu de la nuit.

Monseigneur, là-bas, nous pourrons nous abriter dans cet entrepôt, cria un des cavaliers pour se faire entendre malgré le vacarme de l’orage.
Alors en avant, répondit sur le même ton Hanegard Kastelord.

Sans doute vous demandez vous ce que peut bien faire le baron d’Alonna en ces lieux avec une si faible escorte ? Pour répondre à cette question, il nous faut revenir quelques jours en arrière.

Lors de la cérémonie de couronnement qui avait eu lieu la semaine précédente afin de célébrer l’arrivée au pouvoir de la lignée des Kastelord, le baron et son épouse s’étaient violemment disputés, échangeant des reproches qu’ils ne pensaient pas réellement au fond de leur cœur. Profondément blessés l’un comme l’autre, ils se sentaient depuis comme des étrangers et ne savaient comment faire le premier pas pour tenter une réconciliation.

Dans l'espoir de laisser retomber la pression, le baron avait entamé une tournée d’inspection sur les fiefs aux alentours de la citadelle de Rodem. Un peu plus tôt dans la journée, il avait laissé le gros de son escorte afin d’aller rendre visite à un de ses vassaux, un vieil ami que l’âge et la maladie empêchaient de se déplacer. Mais sur le chemin menant au château l’orage les avait soudainement surpris, alors qu’ils étaient déjà trop loin de leur camp pour y retourner et encore trop loin de leur destination pour s’y réfugier.

La situation étant éclaircie, revenons au présent.

L’entrepôt devait servir à stocker les réserves de foin pour nourrir le bétail durant l’hiver. Des bottes de pailles s’entassaient un peu partout, mal éclairées par la faible lueur issue de deux petites lampes en verre. Une plate-forme courait le long des murs, constituant une sorte de premier niveau auquel on pouvait accéder grâce à une échelle. Les trois hommes entrèrent après avoir attaché leurs chevaux sous l’auvent l’extérieur du bâtiment.

Dans un coin, un paysan était allongé, recroquevillé en position fœtale dos à l’entrée, une gourde de vin gisant au sol non loin de lui.


Ce gueux est ivre mort, marmonna un des gardes.

S’approchant, il l’attrapa par l’épaule et le secoua fermement afin de le réveiller. Mais lorsqu’il fit pivoter le corps du paysan, ce fut une face horrifiante aux yeux exorbités et à la langue noirâtre qui se tourna vers lui. Autour du cou du pauvre homme, la trace rougeâtre causée par un garrot d’étrangleur était encore bien visible.


A l’abri, vite ! ordonna le baron en se jetant derrière une meule de foin.

L’avertissement vint trop tard pour les deux gardes encore sous le choc de leur découverte. Le claquement sec de la corde d’un arc retentit et une flèche se planta dans l’œil du premier qui tomba comme une masse. Le second eut le temps de faire un écart sur le côté mais l’archer embusqué se révéla plus rapide que lui et il prit une flèche en plein dans la cuisse. Un troisième tir lui transperça le cou, mettant un terme à ses souffrances. Caché derrière sa meule, le baron ne put qu’assister impuissant à leur mort.


Cela faisait longtemps, Hanegard, ricana une voix sardonique au dessus de lui, une voix qu’il ne connaissait que trop bien et qui hantait ses cauchemars.

Une ombre sauta de la plate-forme et atterrit au milieu des cadavres. Deux dagues brillaient dans ses mains, mais ce fut surtout son visage qui attirait l’attention. Un visage d’une beauté inhumaine où brillait un regard emplit d’une haine et d’une cruauté sans borne. Un visage où ne se lisait nulle pitié ni nulle compréhension. Un visage qu’Hanegard aurait aimé ne jamais revoir. Un visage qui le poursuivait depuis l’époque où il mettait son épée au service du duché de Serramire.


Toi, fut tout ce que le baron trouva à te dire.
Je te suivais depuis des jours, mais jamais je n’aurais pu espérer que tu serais obliger de te réfugier ici. Que soit mille fois loué le divin Zhak'Bar Melrith pour cet orage, ricana Ilinsar.

Espérant prendre son adversaire au dépourvu, Hanegard dégaina et abattit son épée sur la drow qui bloqua aisément le coup en croisant ses dagues avant de riposter. Dès les premières passes, les deux combattants y mirent toute leur force et toute leur science du duel. Ils se connaissaient trop bien et s’étaient trop souvent affrontés pour perdre du temps à se jauger. Nulle parole n’était nécessaire, nulle menace proférée, l’un comme l’autre concentrant toute son attention sur un unique objectif : tuer !

Suite à une parade ratée, un coup de pied en pleine poitrine fit vaciller le baron qui tomba lourdement, entrainant involontairement une lampe dans sa chute. Le verre se brisa et les brins de paille qui jonchaient le sol s’embrasèrent instantanément. Hanegard n’eut pas le temps de s’en préoccuper car il dut rouler sur lui-même pour éviter de se faire empaler comme un papillon. Se relevant prestement, il se remit en garde et le combat continua tandis que les flammes se répandaient aisément parmi la paille desséchée.

Parade, esquive, coup d’estoc ou de taille, Hanegard et Ilinsar utilisaient tout leur arsenal, la longue lame de l’humain lui donnant un avantage que compensait la vivacité de la drow. La chaleur devenait peu à peu insupportable, et les yeux des deux duellistes les piquaient à force de devoir les garder ouverts malgré la clarté désormais aveuglante des flammes qui les entouraient en rugissant. Leurs larmes s’évaporaient presque instantanément et des tâches noirâtres troublaient leur vision.

Hanegard comprit qu’Ilinsar n’hésiterait pas à mourir si cela lui permettait de l’entrainer avec elle. Il fallait en finir, à Tyra sa sécurité ! Au dessus d’eux déjà, l’incendie avait atteint les poutres de soutènement qui commençaient à grincer de façon fort inquiétante. A tout instant le poids du toit pouvait ne plus être suffisamment soutenu et les deux ennemis risquaient de finir noyés dans un océan de feu.

Emprisonnant le poignet de son ennemie, le baron le lui tordit violemment, l’obligeant à lâcher une de ses dagues. Un trait de feu lui embrasa le flanc lorsque la drow porta une attaque de sa main libre, mais il était trop tard pour qu’elle puisse échapper à la riposte. La garde de l’épée du baron se fracassa sur la mâchoire d’Ilinsar, la lui brisant net tandis que le sang jaillissait et qu’elle partait en arrière sous la violence du choc.

Alors qu’Hanegard levait sa lame pour porter le coup de grâce, la foudre tomba sur le toit de l’entrepôt qui céda brutalement, ne laissant au baron que le temps de se jeter de côté pour éviter d’être enseveli vivant. Ilinsar n’eut pas cette chance et une poutre lui tomba dessus, lui broyant les jambes sous son poids. Autour d’eux d’autres poutres se fracassaient sur le sol dans un vacarme infernal, ajoutant encore au chaos ambiant.

Reculant rapidement jusqu’au seuil de l’entrepôt, le baron se tourna une dernière fois vers sa Némésis. A travers un brouillard qui peu à peu voilait son regard, il réussit néanmoins à la discerner. Les jambes broyées, coincée sous un tas de débris, les flammes commençant à lécher ses vêtements de cuir, elle lançait encore des imprécations.


Reviens te battre, lâche, reviens ! hurla la drow prisonnière d’une voix où la haine se mêlait à la douleur.

Mais Hanegard dédaigna cette invitation, et sans même répondre il se rua à l’extérieur tandis que l’entrepôt s’effondrait. Se jetant par terre, il se roula par réflexe dans l’herbe trempée pour éteindre les flammèches qui prenaient sur ses vêtements. Derrière lui, les cris de rage d’Ilinsar faiblirent puis s’arrêtèrent. La maléfique mercenaire issue des ténèbres du Puy d’Elda venait de livrer son dernier combat. La drow avait traversé ce monde en laissant derrière elle une trainée de sang et de souffrance pour finalement rencontrer son destin dans un simple entrepôt à foin perdu au fin fond d’une baronnie frontalière.

Peu à peu l’orage se calma et le calme revint sur la campagne alonnienne.

Les soldats composant le reste de l’escorte du baron, alertés par les lueurs de l’incendie, arrivèrent moins d’une heure plus tard. Ils trouvèrent leur seigneur à genoux non loin de l’entrepôt en ruine d’où jaillissaient encore quelques flammes. Se tenant les mains devant le visage et les fixant comme horrifié, Hanegard tourna lentement ses yeux vers eux lorsqu’il entendit les sabots des chevaux.

Des yeux qui n’y voyaient plus…


Dernière édition par Hanegard Kastelord le Ven 26 Aoû 2011 - 12:20, édité 1 fois
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Mer 10 Aoû 2011 - 13:37

    Depuis le départ d’Hanegard, le temps semblait refléter son humeur. Tantôt il pleuvait, tantôt il faisait gris, plus un seul rayon de soleil perçait les nuages depuis le lendemain de la cérémonie. Si les premiers jours elle avait réussit à faire bonne figure, au fil de la semaine qui s’écoulait, Jena se sentait de moins en moins bien. Elle regrettait de s’être emportée le jour du couronnement, elle regrettait d’avoir parlé si sèchement à son époux, elle regrettait même de ne pas avoir mis de côté sa fierté pour arranger la situation avant qu’il ne s’en aille. Depuis la veille, elle n’avait pas quitté sa chambre, prétextant une indigestion. Certes elle avait le ventre nouait mais pas parce qu’elle avait mangé quelque chose de mauvais… L’absence de son époux lui pesait chaque jour un peu plus.
    Au matin du sixième jour, Jena se leva, pâle, les yeux encore rougis par les larmes qu’elle avait versées durant la nuit. Elle ne pouvait plus laisser la situation s’enliser ainsi. Aujourd’hui elle n’espérait qu’une chose : le retour d’Hanegard.
    Elle voulait l’embrasser, s’excuser et se serrer dans ses bras. Il avait eut totalement raison en la traitant de gamine, c’est bien ainsi qu’elle avait réagit sans même se soucier de la peine qu’elle pouvait lui faire.

    En même temps, elle avait les nerfs à vif depuis la nomination de son époux, tous les préparatifs, toute l’effervescence qui avait entouré cet évènement l’avait quelque peu déstabilisée, elle qui n’avait pas l’habitude d’être au centre de toutes les attentions.
    Quittant la chambre dans laquelle elle s’enfermait depuis la veille, elle rejoignit le bureau d’Hanegard et prit place sur son fauteuil. En face d’elle se trouvait de nombreuses missives encore fermées, elle n’était pas la pour les ouvrir, pas la peine de rajouter de l’huile sur le feu. Non, elle voulait juste le ramener et pour cela elle ne voyait qu’une solution. Lui écrire.
    Et c’est ce qu’elle fit, en tentant de retenir ses larmes pour ne pas avoir à recopier sa lettre. S’excusant d’abord, Jena termina sa lettre en le priant de revenir.

    « J’ai besoin de toi. » furent les derniers mots qu’elle écrivit.

    Soupirant, Jena scella la lettre et la transmis à un garde avec l’ordre express de remettre le pli en main propre au Baron. Puis elle retourna dans sa chambre.
    Ce fut seulement le lendemain qu’elle se décida à quitter le lit et à faire bonne figure. Après tout, elle ne pouvait pas se morfondre jusqu’à son retour. Il n’aurait probablement pas apprécié de la voir se terrer dans leur chambre, en déprimant. Aussi fit-elle l’effort de se coiffer et de s’habiller comme il convenait à une Baronne de le faire.
    Et une fois prête elle quitta sa chambre pour rejoindre les Dames qui se réunissaient à présent quotidiennement dans le grand salon.

    Elles furent toutes ravies de la voir remise sur pied, bien que le teint pâle de leur Baronne les inquiéta au moins une bonne demie heure.
    Dehors, la pluie battait les vitres avec violence, mais le mauvais temps n’avait aucune emprise sur la bonne humeur du petit groupe. Même si Jena n’avait pas leur cœur à s’amuser, elle souriait néanmoins aux plaisanteries. Son esprit, lui, était trop préoccupé. Elle s’inquiétait pour Hanegard…mais cela ne pouvait pas être la seule cause de son état actuel.

    Dormir seule la terrifiait depuis qu’elle avait enduré les tortures d’Ilinsar, et, Hanegard absent, fermer l’œil devenait presque un calvaire. Elle en était malade. Après s’être couché elle ne s’endormait généralement pas avant une heure avancée de la nuit, et au petit matin s’était sa fille qui se chargeait de la sortir du lit. Ses cauchemars la rendaient pâle et malade, il lui fallait plusieurs minutes pour calmer les tremblements qui la secouaient à son réveil…et lorsqu’elle se rappelait qu’Hanegard n’était pas près d’elle…elle fondait généralement en larmes.
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Mer 10 Aoû 2011 - 14:41

Il ne restait rien d’elle. Cette fois, sa ruse et ses maléfices ne lui serviraient plus à rien. Les soldats de son escorte avaient soigneusement fouillé les ruines de l’entrepôt, revenant en lui disant que tout ce qu’il restait de la cruelle Ilinsar était un petit tas de cendres et d’os calcinés sous une poutre noircie par le feu. La drow avait subi un châtiment bien mérité après ses crimes innommables et tous auraient du célébrer l’événement avec joie, mais il fallait payer le prix de cette victoire. Un prix bien lourd.

Le baron porta ses doigts au bandeau de tissu qui lui couvrait les yeux. Ses soldats n’étant pas des guérisseurs, ils n’avaient rien pu faire de mieux pour leur seigneur. Eusse t’il eu un bras cassé ou une plaie ouverte, cela serait rentré dans leurs compétences de vétérans des champs de bataille, mais des yeux brûlés… là ils ne savaient guère que faire. A tâtons, Hanegard chercha son cheval, poussant presque un soupir de soulagement lorsqu’il sentit le rude cuir de la selle. Au moins il avait un point d’appui.

D’une voix gênée, le responsable du détachement s’approcha et demanda :


Monseigneur, quels sont vos ordres ?
Envoyez…

Parler lui devenait difficile. Penser lui devenait difficile. Il devait se retenir pour ne pas hurler, pour ne pas devenir fou.

Aveugle.

Ce mot tournait en boucle dans son esprit et jamais tout au long de sa vie il ne s’était senti plus impuissant, plus vulnérable qu’en ce moment. Ne rien pouvoir y faire rendait la situation encore pire. La peur de l’amputation, de la blessure, est une compagne habituelle du militaire, et il avait toujours su qu’un jour il risquait de se retrouver ainsi amoindri. Mais le savoir et l’accepter sont deux choses différentes, et la peur devenait désormais une réalité.

Se raclant la gorge, le baron reprit :


Envoyez un messager… en urgence… à ma femme. Alonna… est trop loin… nous allons à Rodem.

Montant péniblement en selle, aidé par deux de ses hommes, le baron dut passer les rênes à un autre cavalier et se laisser guider. Ils ne pourraient pas aller bien vite ainsi, tout au plus au trot soutenu, mais cela valait mieux que se déplacer à pied. Il y aurait sans doute un apothicaire ou un guérisseur à Rodem qui pourrait faire quelque chose pour ses yeux. Mais au fond de lui-même, le baron craignait que ses blessures ne soient au-delà du savoir des hommes de l’art.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

En début de soirée ce même jour, un cavalier épuisé, recouvert de boue et montant un cheval encore plus fourbu que lui arriva à la citadelle d’Alonna. Les gardes en faction à la porte des murailles intérieures ne purent retenir un hoquet de surprise en voyant qu’il s’agissait de l’un des soldats partis quelques jours plus tôt au sein de l’escorte du baron. Glissant à terre, les jambes aussi tremblantes que celles de sa monture, l’homme réussit à murmurer d’une voix rauque :


Je dois parler à la baronne ! C’est urgent !


Dernière édition par Hanegard Kastelord le Mer 10 Aoû 2011 - 18:03, édité 1 fois
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Mer 10 Aoû 2011 - 15:24

    La journée avait traîné en longueur, et lorsqu’il fut l’heure de passer à table en compagnie des nobles et des habitants de la citadelle, Jena n’avait plus envie de se forcer à sourire. Elle fixait ses yeux sur son assiette et restait silencieuse tandis que le reste de la tablée discutait gaiement. Regardant ses doigts, Jena grimaça en voyant le résultat de son maniement désormais quotidien de l’aiguille. Encore aujourd’hui elle s’était plantée ce petit bout de fer dans le doigt, tâchant le tissus qu’elle brodait de sang. Dame Cateline avait vu là un mauvais présage, et pendant une heure il avait été question de mauvais signe, de malchance et de hasard. Bref, rien qui ne l’enchanta guère. D’autant qu’elle voyait la nuit approcher et avec elle, ses cauchemars. Brrr…rien que d’y penser elle en avait des frissons et des sueurs froides.

    Une main se posa alors sur son épaule, la faisant sursauter. C’était Valkor, le visage livide qui se penchait vers elle. Que ce passait-il pour qu’il ait l’air si chamboulé, lui qui avait constamment un visage sérieux et calme, voilà qu’il avait malade, arborant la même pâleur qu’elle.


    - Excusez moi…Ma Dame…. Un messager… de Rodem….

    Les derniers mots suffirent à faire grimper sa tension artérielle. Son visage se figea et elle resta quelques secondes, la bouche entrouverte, les yeux plongeaient dans ceux du vieil intendant. Tout dans son attitude lui signalait qu’il s’agissait forcément d’une mauvaise nouvelle…Mais il ne fallait alarmer personne aussi se leva-t-elle en adressant un sourire aux personnes assises à sa table. Valkor se chargea de prévenir le petit monde de sa puissante voix que « Dame Jena vous souhaite de passer une agréable fin de soirée … bla bla bla… ».

    Jena était déjà dans le couloir, cherchant des yeux ce fameux messager. Elle vit à quelques mètres trois hommes, deux soldats soutenant un troisième, visiblement dans un sale état. Plantée dans le couloir, elle n’osa pas avancer davantage, craignant d’hâter cette mauvaise nouvelle qu’elle redoutait. Ce fut donc eux qui s’avancèrent, baissant les yeux pour ne pas croiser son regard.


    - Que….que se passe-t-il ?
    - Ma Dame … le Baron a eut…un accident, souffla le soldat épuisé entre deux respirations, il est tombé dans…dans un piège de…la drow…

    Aussitôt Jena se crispa. Ilinsar, tout droit sortie de ses cauchemars….Et Hanegard avait été blessé… tué peut-être elle n’en savait encore rien…. Soudain prise de panique elle prit la tête pendante du messager et la releva avec douceur mais fermeté pour croiser son regard.

    - Est-il….vivant ?

    Sa voix s’étrangla dans sa gorge. Elle ne pouvait imaginer l’avoir perdu pour toujours. Non…il devait revenir, il devait rentrer à Alonna… Ilinsar ne pouvait pas le lui prendre, ce n’était pas concevable. Elle l’aimait trop pour supporter de vivre cette vie sans lui.

    - Oui…. Mais… il a été blessé… aveugle.

    Ce fut les derniers mots du soldat avant qu’il ne s’effondre. Jena lâcha l’homme, et se recula, percutant au passage un domestique qui passait derrière elle, les bras chargés d’un plateau vide.

    - Faite seller mon cheval… dite à Sargril que je souhaite me rendre à Rodem dès ce soir… et je me fiche qu’il pleuve ou qu’il vente, ne lui laissait pas le temps de protester…

    Une fois qu’ils se furent éloignés, Jena s’effondra contre le mur, encaissant le message qu’elle venait de recevoir. Hanegard…aveugle…Ilinsar… Elle en savait trop et pas assez. Trop pour demeurer à Alonna et attendre, et pas assez pour calmer ses inquiétudes.
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Jeu 11 Aoû 2011 - 10:45

Le trajet jusqu’à Rodem fut un véritable calvaire. Sans rien y voir, impossible de repérer les creux ou bosses qui parsemaient le chemin et Hanegard se sentait balloté sur sa selle comme un vulgaire poids mort, impression renforcée par le fait qu’il ne pouvait pas tenir ses rênes. Par les Dieux ce qu’il détestait ce sentir inutile. L’image d’un sac de patate portant une couronne lui revenait en boucle à l’esprit et n’améliorait en rien son moral.

La nuit était tombée lorsque la troupe du baron arriva à la citadelle. Le messager envoyé à Alonna avait parcouru une distance bien plus longue en moins de temps, mais là ou un homme seul peut cravacher sa monture jusqu’à ce qu’elle en tombe d’épuisement, une troupe avec un infirme se traine lamentablement. Sur un ordre du chef du détachement, l’escorte fit passer le baron par une petite poterne discrète afin d’éviter que la nouvelle de sa blessure ne se répande trop rapidement.

Guérisseurs, apothicaires et prêtres furent immédiatement requis… pardon, invités… à se rendre sans délai au chevet de leur auguste patient. Les soldats de la garnison les tirèrent du lit (et par la même des bras de leurs maîtresses ou épouses respectives) sans ménagement et leur expliquèrent la situation. L’examen en lui-même fut aussi long que désagréable pour le patient. Mais arrêtez de me tripoter les yeux, bon sang ! Aïeuh ! Mais aïeuuuuuh !

Lorsque cela fut enfin fini, et tandis qu’un serviteur nouait un bandeau propre autour de la tête du baron, celui-ci demanda :


Alors ?

Le guérisseur qui apparemment avait reçu le rôle parfois peu enviable de porte-parole prit la parole :

Monseigneur, la lueur de l’incendie à bien endommagé la rétine, cependant il nous est malaisé dans l’état actuel de nous prononcer quant à l’irréversibilité des dégâts. Nous ne pouvons que vous donner une potion qui diminuera la douleur et vous recommander de ne surtout pas exposer vos yeux à la lumière. Dans quelques jours d’autres examens nous permettront de prononcer un diagnostic plus précis.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Quelques heures plus tard, alors que la pluie tombait de nouveau à torrents, un second détachement arriva, composé de plusieurs gardes dont nous nous fichons complètement et d’une adorable baronne dont nous ne nous fichons pas du tout. La première enceinte fut passée sans problème, mais les portes de la muraille intérieure étaient fermées comme l’exigeaient les règlements de sécurité en vigueur dans les citadelles de la frontière.

Un soldat sortit du poste de garde, fixa de ses yeux chassieux le petit groupe mal éclairé par les torches crachotantes, ne reconnut pas les uniformes de la garde prétoriale et lâcha une semonce qu’il allait sous peu regretter :


Halte là voyageurs, les portes de la citadelle sont fermées pour la nuit. Vous pouvez loger dans une des auberges de la première enceinte.
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Jeu 11 Aoû 2011 - 11:21

    Sous une pluie torrentielle, Jena quitta la citadelle avec une escorte d’une poignée d’hommes. Sargril faisait partit du lot car elle n’estimait pas faire assez confiance aux autres membres de la garde. Après avoir ordonné à Clarys de ne quitter Liliana des yeux sous aucun prétexte, la jeune femme pu quitter Alonna un peu plus sereinement. Laisser sa fille était un déchirement pour elle, mais son mari avait besoin d’elle, alors pas question de l'abandonner.
    Cependant au moment de monter en selle, elle avait craint qu’Hanegard n’ait pas du tout envie de la voir… Comment aurait-elle prit un tel rejet de sa part ? Elle n’en avait aucune idée. Sûrement mal.
    Laissant de côté cette douloureuse pensée, Jena prit place au milieu du détachement et ordonna que l’on ne l’économise pas. Elle tiendrait le rythme jusqu’à Rodem.

    Il fallut plusieurs heures pour arriver en vue de la cité. Le froid de la nuit et la pluie battante l’avaient glacé jusqu’aux os, et malgré ses tremblements et ses claquements de dents, elle ne protestait pas, ni ne se plaignait.
    Ils pénétrèrent la première enceinte et furent arrêter par un garde au niveau de la muraille intérieure. Visiblement, il n’avait pas l’air de reconnaître les uniformes des soldats et il leur proposait d’aller dormir dans une auberge. Fronçant les sourcils, Jena éperonna sa jument et la fit avancer jusqu’à la porte. D’un geste de la main, elle fit glisser la capuche trempée de sa cape et fixa son regard dans celui du garde.


    - Ouvre les portes immédiatement.
    - Ma pauvre p’tite dame, je viens de vous dire que ...
    - Tu t’adresses à la Baronne d’Alonna sombre crétin, ouvre.coupa Sargril.

    Après quelques excuses bafouillées, les portes s’ouvrirent et le petit groupe pu mettre pied à terre dans la cour de la citadelle. L’un des soldats qui l’escortait, s’occupa de prendre les rênes de sa jument et de l’entraîner à l’abris tandis qu’elle montait les marches en courant malgré sa cape trempée et sa robe collante.
    Une femme imposante accourut vers elle avec une épaisse couverture, elle était visiblement surprise de recevoir la Baronne à une heure aussi tardive et dans un si piteux état.


    - Venez Ma Dame, j’ai préparé de quoi vous changer… vous allez attraper la mort ainsi trempez.
    - Moooo….monn….é….épo….époux….
    - Voyez comme vous tremblez… Suivez moi, le Baron dort, vous avez donc le temps de vous changer.

    Elle était tellement frigorifiée qu’elle ne put protester. Elle aurait voulu rejoindre Hanegard tout de suite, même si elle était complètement trempée, même si elle ne ressemblait plus à rien… Mais la femme avait raison, Jena aurait pu gravement tombée malade, mouillée comme elle était. La jeune baronne ne se souvenait que trop bien de l’état dans lequel elle avait été après son séjour dans les mines…
    Au premier étage, on l’introduisit dans une petite pièce chauffée par un feu crépitant. Jena s’approcha rapidement des flammes pour réchauffer ses doigts gelés. En moins de temps qu’il n’en faut pour dire « ouf », l’épaisse matrone l’avait déshabillée, frictionnée avec une serviette chaude et habillé avec une robe simple mais digne d’une baronne selon ses dires.


    - Où est-il ? finit-elle par demander implorante.

    N’ayant plus aucune excuse pour la retenir, elle fit appeler un garde pour la conduire auprès d’Hanegard, tout en lui précisant bien qu’il ne fallait pas qu’elle le réveille. Apparemment les médecins tenaient absolument à ce qu’il se repose. Hochant la tête, Jena suivit le garde et pénétra dans une chambre à peine éclairée. Ses yeux se posèrent aussitôt sur son époux, allongé sur le lit, un bandeau blanc nouait sur ses yeux. Ainsi donc c’était vrai….il ne voyait plus.

    Silencieusement, pour ne pas le réveiller, elle s’approcha du lit, s’installa sur un tabouret placé à son chevet et prit tendrement sa main dans la sienne. Maintenant qu’elle avait la certitude qu’il était en vie, elle pouvait laisser couler les larmes qu’elle retenait depuis son départ d’Alonna. Il ne verrait peut-être plus… mais la drow n’avait pas réussit à le lui prendre.
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Jeu 11 Aoû 2011 - 12:42

Qu’est-ce qu’un rêve ? Les psychiatres vous expliqueront que les rêves sont des pulsions refoulées inhérentes à l’ego profond de chaque être qui s’expriment par des représentations mentales en phase de repos nocturne, tel qu’expliqué fort bien dans les concepts du sur-moi et d’âme inhérente à la personnalité selon la classification freudienne des délires pathologiques. Bref, les rêves sont ce dont vous avez envie, mais la première explication permet d’étaler sa science et de noyer ses interlocuteurs.

Après on peut commencer à fumer les tapisseries et le service à dessert afin d’interpréter les rêves pour vous expliquer qu’en réalité vous n’êtes qu’un gros pervers libidineux ou un sociopathe en puissance. Il paraitrait même que rêver de voler à une connotation sexuelle prononcée. Cela agace beaucoup les nains qui sont trop près du sol pour pouvoir justifier ainsi leur libido débordante et leur amour profond des biquettes. Mais je m’égare, je m’égare…

Hanegard rêvait, donc.

Le baron connaissait l’endroit où il se trouvait. La plus haute tour de la citadelle d’Alona, là où il aimait parfois se rendre pour méditer, seul face à l’immensité. Les bruits de la ville n’arrivaient qu’assourdis en ce lieu, et par beau temps on pouvait y voir bien au-delà de la frontière, dans les terres sauvages. Il dansait, Jena au creux de ses bras, au rythme d’une douce musique. Bercé par les notes, ils se laissaient tous les deux aller à leur amour.

Il fallut un moment à Hanegard pour comprendre qu’une main tenait réellement la sienne. Oscillant à la limite entre le sommeil et le rêve, il tenta de trier ses pensées décousues et voulut ouvrir les yeux pour voir si le soleil s’était déjà levé. Sa main se crispa brutalement et un frissonnement le parcourut lorsque son cerveau réussit à se rappeler le « léger » problème dont il souffrait. Tout lui revint brutalement en mémoire… l’entrepôt… Ilinsar… le duel… et depuis les ténèbres qui l’enveloppaient.

Tentant de maîtriser sa respiration, Hanegard se concentra sur la main qui reposait dans la sienne. Ces doigts fins et délicats… la douceur de cette peau… ce parfum…

Elle était là…

Les marins utilisent les étoiles pour se guider la nuit lorsqu’ils sont perdus au milieu des immensités de l’océan, mais il n’y avait qu’une étoile en ce monde qui guidait Hanegard. Et cette étoile se trouvait à son chevet. Que faisait-elle là ? Avait-il dormi tellement longtemps qu’un carrosse ait pu venir d’Alonna ? L’avait-on ramené à sa capitale tandis qu’il dormait profondément ?

A voix basse, presque comme s’il craignait que cela ne soit encore qu’un rêve que la parole briserait, le baron murmura :


Jena ?
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Jeu 11 Aoû 2011 - 14:15

    Il s’écoula bien une heure avant qu’Hanegard ne donne des signes de son prochain réveil. De son côté, Jena à force de larmes et de tremblements, avait fini par s’endormir, le corps penché en avant la tête reposant sur le matelas près de la main qu’elle tenait. Ce fut lorsqu’elle sentit les doigts de son époux broyer –aïeuuhhh – les siens qu’elle se réveilla en sursaut. Surprise elle faillit retirer sa main mais Hanegard la tenait si fort, comme s’il était effrayé à la simple idée de la lâcher, qu’elle se ravisa. Jena fixa son regard sur le bandeau blanc, à l’endroit ou elle aurait du croiser les yeux bleus turquoises de son époux. Les mêmes yeux qu’arborait leur fille. Ravalant les sanglots qu’elle sentait monter, Jena se leva du tabouret pour se rasseoir sur le lit près de lui, lorsqu’il prononça d’une voix hésitante son prénom.
    Dire qu’ils s’étaient séparés quelques jours plus tôt sur une dispute et qu’ils ne s’étaient plus adressés la parole depuis…quel beau gâchis…Entendre son prénom…prononcé si doucement, lui arracha un pincement au cœur, affaibli comme il l’était, il en venait à douter qu’elle soit venue à ces côtés.
    Levant une main légèrement tremblante, elle caressa doucement le front de son époux, écartant les mèches brunes qui barraient son front.


    - Oui chéri…c’est moi.

    Ce fut les seuls mots qu’elle puisse prononcer avant que sa voix ne s’étrangle. Que pouvait-elle rajouter ? C’était à cause d’elle et de son comportement de gamine qu’il avait quitté la citadelle d’Alonna, c’était donc de sa faute si il était tombé sur la drow….sa faute s’il avait perdu la vue.
    Elle n’aurait pu se sentir plus coupable qu’en c’est instant. Si seulement elle avait pu ravaler sa fierté… il ne serait pas partit.
    Cette fois elle ne put retenir davantage ses sanglots, et bien qu’elle tenta de les étouffer de son mieux, elle finit par se coucher contre Hanegard, posant sa tête contre son épaule. Elle n’avait pas lâché sa main, la tenant fermement comme si ce contact lui était aussi vital et nécessaire qu’à lui. Comment avait-elle pu lui faire une chose pareille ? Jamais elle ne pourrait se pardonner sa stupidité…


    - Je….je suis….désolée….mon amour….tellement…désolée…

    Passant son autre bras autour du cou de son époux, Jena se serra un peu plus contre lui. Elle ne tentait même plus de lutter contre les larmes et la peine qui l’assaillaient. Il aurait sûrement mieux valu pour lui qu’elle se comporte plus dignement, qu’elle soit forte…pour lui. Mais le voir ainsi lui faisait tant de mal, elle n’aurait pu le supporter sans broncher.

    - Pardonne moi…

    Cette fois elle se redressa, contemplant le visage d’Hanegard. Avec ce bandeau sur les yeux, on ne voyait plus que le bas de son visage. Sa bouche, son menton…ses joues qu’elle adorait sans son épaisse barbe. Par les dieux, il ne pouvait rester aveugle toute sa vie....pas à cause d’elle. Doucement elle passa ses doigts le long de sa mâchoire, le caressant avec douceur et précaution de peur de lui faire mal.
    Elle se sentait tellement idiote. Lui avoir fait la tête pour une histoire de couronne alors qu’il avait seulement cherché à lui faire plaisir… Pourquoi avait-il fallut qu’elle réagisse si violemment ?
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Ven 12 Aoû 2011 - 19:29

Hanegard ne s’interrogea pas sur les détails liés à la présence de Jena. Aveugle, il ne pouvait dire si le soleil avait entamé sa course diurne, ni même reconnaître le lieu où ils se trouvaient. Alors faire son Sherlock Holmes, n’en parlons pas… et au fond peu lui importait. « Elle » était là, voici tout ce qu’il savait et tout ce qu’il désirait savoir. Plus rien n’avait d’importance, or la venue de son épouse à son chevet.

Face à la situation, que valaient les mots échangés la semaine précédente lors du couronnement ? Que valaient des paroles dictées par la colère face à un amour qui brûlait d’un feu toujours aussi ardent ? L’un comme l’autre réalisaient avec terreur à quel point la catastrophe les avait frôlé, à quel point Ilinsar avait failli remporté la dernière manche de ce duel qu’ils menaient depuis longtemps maintenant.

Posant son doigt sur les lèvres tant désirées de Jena, il murmura d’une voix douce :


Chut…

Il n’y avait rien à pardonner. Plus rien n’avait d’importance désormais, les paroles étaient effacées, les reproches jetées aux oubliettes de l’oubli. Ils s’aimaient tant qu’eux seuls pouvaient se faire souffrir et qu’eux seuls pouvaient se consoler. Aucune blessure, aucune trahison ne dépassait la douleur liée à la perte de l’être aimé. Ensemble seulement ils se sentaient entiers, complets, prêts à affronter toutes les épreuves que les Dieux leur réservaient.

Doucement, Hanegard passa ses bras autour de la taille de son épouse et l’enlaça comme s’il craignait de la perdre. Pour la première fois depuis que la lumière du jour avait fuit son regard, il se prit à croire de nouveau en l’avenir.


Tu m’as manqué, Jena. Si tu savais à quel point tu m’as manqué.

La dernière manigance d’Ilinsar aboutissait finalement à cette situation… à un couple plus uni que jamais, malgré la douleur et malgré la colère. Ainsi donc, la vengeance des Kastelord s’accomplissait par delà même la mort de leur Némésis et l’âme démoniaque de la drow en aurait hurlé de fureur et de frustration de les voir ainsi réconciliés et heureux.

Une larme solitaire coulait lentement sur la joue du baron.

Une larme qui séparait la haine d’Ilinsar et l’amour de Jena.

Une larme qui séparait le passé et l’avenir.
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Sam 13 Aoû 2011 - 1:49

HRP // 600ème post ! En espérant qu'il te plaise :mrgreen:

    Malgré les mots que prononça Hanegard, les larmes coulèrent de longues minutes encore. Les bras serrés autour d'elle lui étaient pourtant d'un grand réconfort habituellement, mais peut-être allait-elle trop mal cette fois pour que cela la rassure et la calme complètement. Sa chevauchée jusqu'à Rodem l'avait laissé épuisé, pourtant, elle ne parvenait pas à fermer l'oeil. Sous elle, elle sentait la respiration lente et régulière d'un homme endormi, c'est pourquoi, doucement, sans faire de bruit elle se leva, laissant Hanegard profiter du sommeil réparateur donc il avait besoin.

    D'abord assise sur une chaise près de la cheminée un nécessaire de couture sur ses genoux, elle finit debout près de la fenêtre, le regard perdu dans l'obscurité environnante. Elle dut rester ainsi longtemps car les premiers rayons de soleil réveillèrent ses muscles endoloris. Jena était restée une toute la nuit réveillée, réfléchissant, culpabilisant, pleurant lorsqu'elle en avait besoin.
    Elle avait même eut le temps de tricoter avec de la laine blanche un tout petit chausson qu'elle avait gardé dans la main tout le reste de la nuit. Certes elle n'aimait pas la couture, mais il fallait reconnaître qu'il s'agissait là d'un air qui permettait de se concentrer sur un problème à la fois.
    Même si Hanegard avait semblé heureux de la retrouver, son comportement quelques jours plus tôt envers lui était tout simplement impardonnable. Bien qu'elle l'aimait de tout son cœur, elle avait faillit causer sa mort par fierté et égoïsme.
    Cela ne pouvait se reproduire.
    A force de tourner et de retourner les derniers événements en boucle dans sa tête, elle s'était presque rendue malade. Sa pâleur inquiéta d'ailleurs le domestique qui entra pour déposer un plateau pour le déjeuner du couple. Il avait d'ailleurs été également surpris de voir Jena debout, immobile et recluse dans le silence.

    Finalement, après avoir fait le tri dans ses pensées, elle prit fermement la résolution de se montrer forte lors de la conversation qui allait suivre. Beaucoup trop de chose allait en déprendre, plus même qu'elle ne l'avait imaginé avant cette nuit. Mais il y avait maintenant trop d'évidence, trop de chose qu'elle n'avait pas vu jusqu'alors mais qui serait peut-être d'une importance capitale.

    Sur ces sombres pensées, elle entendit les froissements des draps du lit derrière elle. Hanegard venait de se réveiller....Tâtonnant autour de lui, il semblait la chercher, aussi s'approcha-t-elle pour s'asseoir près de lui.


    -Bonjour mon amour....

    Avec douceur elle posa sa main rendue tremblante par le manque de sommeil et l'état d'énervement dans lequel elle se trouvait.

    -Avant toute chose, je dois à nouveau m'excuser... Si j'avais eu....si j'avais mis ma fierté de côté tu ne serais pas parti, et rien de tout cela ne serait arrivé. Mon comportement n'était pas digne de celui d'une baronne....j'en suis vraiment honteuse

    Plaçant un doigt sur ses lèvres pour l'empêcher de l'interrompre, Jena reprit son souffle rapidement avant de continuer. Il fallait qu'elle dise ce qu'elle avait sur le cœur d'un bout à l'autre sinon elle n'aurait peut-être pas le courage d'aller jusqu'au bout.

    -Par ma faute tu te trouves là, avec ce bandeau sur les yeux....Je ne suis pas digne d'être ton épouse, et encore moins la Baronne de tout un peuple. Alors...si tu devais me répudier, je ne ferais pas d'histoire....je comprendrais ta décision. Mais avant que tu ne dises quoi que ce soit....j'aimerais te donner ça...

    Toujours avec la même douceur qui la caractérisait, Jena mit au creux de la main de son époux le petit chausson en laine blanche, trop petit pour aller au pied de Liliana.
    Voilà tout était dit. Lentement elle retira ses doigts et baissa les yeux vers les mains de son époux C'était sûrement la chose la plus difficile qu'elle avait eut à dire dans sa vie, mais au moins elle s'était montrée honnête jusqu'au bout. Hanegard méritait mieux et Alonna aussi. La seule chose qui la faisait encore trembler c'était qu'en perdant son époux....elle perdrait irrémédiablement sa fille, l'héritière des Kastelord, et peut-être même le futur propriétaire de ce chausson. Comment pourrait-elle survivre à tout cela ?
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Dim 14 Aoû 2011 - 12:54

La fatigue venait de le terrasser, une fois de plus. Entre son duel face à la drow, le retour difficile jusqu’à Rodem et le choc tant métabolique que psychique causé par sa blessure, le baron ne se tenait plus guère éveillé que par un simple effort de volonté. Il s’endormit donc, Jena lovée au creux de ses bras. Pour un peu il aurait presque pu croire que les événements de la dernière semaine appartenaient à un cauchemar et qu’il allait se réveiller.

Lorsqu’il émergea des brumes du sommeil, probablement au matin bien qu’il lui soit matériellement impossible de le vérifier, il sentit que Jena se trouvait assise au bord du lit. L’avait-elle veillée toute la nuit ? D’une voix triste, la jeune femme prit la parole et lui proposa de…

Lui proposa de…

…de quoi ?

S’il n’avait pas été allongé, le baron en serait resté sur le cul, pour utiliser l’expression consacrée. Entendait-il bien ? Jena venait-elle sérieusement de lui proposer de la répudier ? Fallait-il qu’elle s’en veuille pour lui proposer une telle solution. Hanegard savait à quel point sa femme aimait leur fille et à quel point ils s’aimaient tous deux. Ses dernières paroles avant qu’elle ne lui remette le chausson de Liliana avait du être un terrible déchirement pour elle.

Il n’eut guère besoin de réfléchir, il savait que penser de cette proposition. D’un ton faussement sévère ou perçait toutefois une tendre nuance de taquinerie, le baron répondit :


Tu sais que tu es très mauvaise dans le mélo, ma chérie ?

Ça, il fallait admettre que ca tournait vraiment dramatique. C’était adorable bien sur, mais Jena est adorable en permanence, même quand elle boude. Vous devriez la voir quand elle vous fait la tête, c’est d’un charmant… Hanegard ne pouvait à chaque fois s’empêcher de la couvrir de baisers jusqu’à ce qu’elle capitule en riant. Là, il se contenta d’un baiser sur le bout du nez, l’heure restait trop grave pour plus de taquineries.

D‘un ton plus sérieux, il reprit :


Crois tu vraiment que je pourrais imaginer ne fusse qu’une seule seconde de te répudier ?

Quand bien même un dieu lui aurait-il proposé de lui rendre la vue s’il répudiait sa femme qu’Hanegard aurait refusé net, trouvant l’échange trop désavantageux. L’amour de sa femme restait et resterait son carburant, sa joie de vivre, ce qui lui faisait croire en un futur meilleur.

Jena se croyait responsable de la perte de la vue de son mari, mais il n’en était rien. Ils s’étaient enguirlandés, certes, mais elle n’avait pas agit sur la suite des événements. Peut être Ilinsar serait-elle sinon venue le débusquer à Alonna même, et peut être aurait-elle alors réussi à la tuer ? Peut être une autre embuscade, en un autre lieu se serait-il fini encore plus mal ? Non, personne ne pouvait reprocher à la jeune femme ce qui arrivait.

Pour autant, Hanegard comprenait le sentiment de culpabilité que étreignait sa femme. Lui-même en avait trainé un pendant de longues années après la mort de sa première épouse, jusqu’à ce que Jena lui fasse prendre conscience qu’il ne pouvait pas porter sur ses épaules le poids de toutes les catastrophes du monde. Peut être se souviendrait-elle de cet épisode justement ?


Tu n’es pas plus responsable de ce qui est arrivé que je n’étais responsable des actes d’Orsk. Jena, tu es avec Liliana la seule raison que j’ai de lutter et d’espérer pouvoir revoir un jour. Rien ne compte plus pour moi que vous deux. Si je porte ce bandeau, c’est par la faute d’Ilinsar et d’elle seule... mais au moins, elle ne reviendra plus nous hanter cette fois.

Le baron ne savait d’ailleurs pas si Jena avait déjà été mise au courant de la mort de leur ennemie lors du duel qui s‘était déroulé dans l‘entrepôt la veille. Le messager envoyé en urgence à Alonna portait l’annonce de sa blessure mais au vu de la vitesse à laquelle Jena avait réagi, pas sure qu’elle ait prit le temps de l’interroger plus avant sur les détails exacts de l’affrontement entre son mari et Ilinsar.
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Mar 16 Aoû 2011 - 11:44

    Les premiers mots d’Hanegard lui hérissèrent les poils. S’il n’avait pas été aveugle et que leur précédente dispute n’avait pas fait tant de dégâts, elle aurait quitté la chambre en claquant la porte derrière elle. Mais là, elle était clouée au lit, vexée par ce qu’il venait de dire. Le mélodramatique ne l’intéressait guère, la seule chose qu’elle voyait c’était que son comportement n’avait pas été à la hauteur de ce qu’il aurait du être. Elle avait fait passer son égo et sa fierté avant l’amour qu’elle portait à son mari et cela lui était insupportable. Si lui ne trouvait rien à lui reprocher, elle, elle avait de quoi tartiner une baguette de dix mètres ! Lorsqu’il reprit son ton sérieux, elle se força au calme et l’écouta silencieusement, sans chercher à l’interrompre. Les yeux baissés, elle fixait les mains d’Hanegard, notamment celle dans laquelle se trouvait la petite chaussette qu’elle venait tout juste de tricoter. Ce n’était certes pas du grand art mais elle était si petite, si mignonne que Jena sentit sa gorge se serrer.
    Lorsqu’il prononça le prénom de leur fille, il eut un léger, très léger mouvement de la main, désignant presque inconsciemment le chausson.

    Après tout elle ne lui avait encore rien dit aussi était-il normal qu’il pense que cette chaussette soit celle de Liliana. Etait-il nécessaire qu’elle lui en parle maintenant ? Pour l’heure ils devaient retourner à Alonna, soigner Hanegard et s’organiser pour les jours à venir. Il était évident qu’actuellement, il ne pouvait plus travailler derrière son bureau, il faudrait trouver quelqu’un pour le superviser, lui lire les missives et rédiger ses réponses.
    Et là PAF ! Son cerveau venait de planter ! Un redémarrage en mode sans échec fut nécessaire car la nouvelle était de taille. Illinsar….morte ? Cela pouvait-il être vrai ? Cette fichue drow hantait chacune de ses nuits, même éveillée Jena n’était pas tranquille. Elle avait appris à masquer sa peur aux yeux de ses proches mais elle était constamment sur le qui-vive, craignant le retour de cette sadique. Et…elle serait morte…


    - Elle est morte…

    Cela n’avait rien d’une interrogation, juste une affirmation à haute voix, pour rendre la chose plus réelle à ses yeux. Mais cela ferait-il disparaître ses fantômes ? Parviendrait-il à dormir sans plus revoir son sourire étincelant ou ses yeux brillants de folie meurtrière ?
    Seul le temps le lui dirait. Mais pour l’heure il était juste temps de nourrir le Baron et de le ramener chez lui.
    Jena quitta le lit et ouvrit la porte. Un garde se tenait droit comme un i à quelques mètres et il approcha rapidement lorsqu’il vit la Baronne quitter la chambre.


    - Faites atteler un carrosse, nous partirons le plus tôt possible pour Alonna. Qu’un coursier nous devance, à notre arrivée je veux que tous les guérisseurs de la citadelle soit devant mes appartements, faite également savoir au Grand Prêtre de Néera que j’irais lui rendre visite en arrivant.

    S’inclinant devant elle, le garde s’éclipsa rapidement tandis qu’elle retournait au chevet de son époux. Le voir ainsi était horrible, bien qu’il ait tenté de la déculpabiliser quelques minutes plus tôt, elle n’arrivait pas à s’ôter de la tête qu’elle était responsable de son état actuel. Poussant un infime soupir, elle prit le plateau qu’avait posé un domestique sur le petit guéridon près de la cheminée et l’apporta sur le lit.

    - Veux-tu manger quelque chose ? Ils ont rempli un plateau rien que pour toi… alors…il y a de la viande, du poulet aussi, des pommes de terre et …une sorte de ragoût, tu as aussi quelques fruits et du fromage. Et une coupe de vin si tu veux.

    Une fois l’inventaire du plateau fait, elle aurait très bien pu demander à un domestique de venir l’aider à manger, mais l’idée ne lui était même pas venue à l’esprit. Hanegard devait sûrement détester cette situation, se faire assister pour toutes ses petites tâches du quotidien, l’aurait sans doute humilié davantage et elle se sentait trop responsable pour l’abandonner aux mains de quelqu’un d’autre.
    Alors qu’elle l’aidait, lui mettant les aliments entre les doigts ou portant le vin à ses lèvres, elle remarqua qu’il avait toujours dans sa main la petite chaussette. Un nouveau pincement au cœur. Tendant ses propres doigts, elle caressa la laine doucement, le temps semblait s’être arrêté. Rien n’était tout à fait sur, mais certains signes l’interpellaient : son irritabilité, ses maux de ventre, son humeur changeante, et puis des chose plus évidentes. Après son accouchement, le guérisseur l’avait prévenu qu’elle ne serait pas tout de suite parfaitement réglée mais là il y avait un sacré retard depuis la dernière fois…


    - Je l’ai faite cette nuit, murmura-t-elle comme s’il s’agissait d’un secret , Peux-tu la garder jusqu’à ce que j’ai fait la deuxième ?
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Mer 17 Aoû 2011 - 9:49

Jena du l’aider à manger, ce qui gêna quelque peu le baron. Encore heureux que ce soit sa femme qui s’occupe de lui, il aurait été mortifié de devoir être ainsi dépendant d’un serviteur inconnu. Mais il lui fallait nourrir son estomac qui criait famine, et moyennant cette aide Hanegard réussit à s’en sortir sans trop de mal. Décidément se dit-il, on ne se rendait compte de l’importance de la vue dans les gestes les plus banals qu’après l’avoir perdu.

Et dire que cela allait être de même pour tous les gestes du quotidiens, et ce jusqu’à… jusqu’à quand en fait ? Hanegard se souvenait que la veille, les guérisseurs de Rodem appelés à son chevet n’avaient pas osé donner un diagnostic définitif, préférant attendre quelques jours afin de voir si une évolution serait possible ou si cela dépassait leurs compétences. Voilà bien le pire : l’attente. Ne pas savoir ce qui va vous tomber sur le coin de la tête, et surtout ne rien pouvoir y faire.

Tandis que Jena allait donner des ordres pour qu’un carrosse soit prêt à les ramener à Alonna, le baron réfléchit brièvement à un problème bien plus gênant que l’aide quotidienne pour manger. En tant que seigneur d’une baronnie, il recevait des missives et des rapports accessibles à quelques-uns de ses collaborateurs lors de conseils restreints, mais il en recevait aussi qui n’étaient pas destinés à d’autres yeux que les siens. Or là justement…

Idem pour les missives qu’il rédigeait. Il allait devoir faire appel à un clerc pour écrire à sa place et apposer son sceau privé. Pas simple, cela demandait une confiance absolue et la certitude que la personne n’allait pas bavarder à tort et à travers ensuite. Tout en jouant machinalement avec le chausson de Liliana, le baron se mit tant bien que mal debout d’un pied mal assuré. Oulah, ca tanguait, pas facile vu son état de fatigue et le peu d’entrainement envers son nouvel état.

Une heure plus tard, un carrosse aux armes des Kastelord roulait à vive allure sur la route qui reliait les grandes forteresses frontalières, encadré par une troupe de soldats. Mieux valait en effet qu’Hanegard soit dans sa capitale pour y recevoir les soins et prendre les décisions que sa blessure imposait. Un messager les devançait afin de porter les directives de la baronne. En tout cas, malgré le poids que sa conscience lui faisait porter, Jena ne perdait pas le nord dans cette affaire et faisait preuve d’un sang-froid remarquable.

Lorsqu’ils furent arrivé, et alors qu’aidé par Jena il descendait du carrosse, Hanegard fit appeler Sargril.


Préparez un conseil restreint pour demain à l’aube. Il ne faut pas laisser à la panique le temps de s’installer.
Ce sera fait.

La nouvelle de son infirmité se répandrait bien assez vite, mieux valait prendre des mesures énergiques et montrer que la baronnie ne cesserait pas pour autant d’être administrée. Il avait la nuit pour décider que faire, mais dans l’immédiat le baron ne désirait rien d’autre que se reposer un peu et reprendre ses esprits avant l’arrivée des guérisseurs.
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Mer 17 Aoû 2011 - 11:14

    Le retour à Alonna se fit sans problème. Le chemin fut long mais Jena en profita pour somnoler un peu. Après tout, son état de nerf l’avait tenu éveillé toute la nuit, aussi avait-elle besoin de récupérer un peu. Lorsque la citadelle fut en vue, Jena émergea mais garda le silence. A côté d’elle, Hanegard ne disait mot. Dormait-il ? Réfléchissait-il ? Impossible de le dire avec ce bandeau qui lui barrait les yeux. De toute façon l’affaire fut tranchée quelques minutes après quand ils arrivèrent dans la cour. Le carrosse s’immobilisa et un valet se précipita pour lui prendre la main et l’aider à descendre. Sur le moment elle faillit l’envoyer paître plus loin. Ben quoi ? Elle n’avait rien d’une impotente de soixante dix ans non ? Après coup, tout de même elle se rappela que cela faisait maintenant partit du protocole qu’elle devait suivre, alors autant ne pas faire d’esclandre pour peu de chose.

    Guidant Hanegard lentement, Jena croisa le regard affligé de Sargril, elle devait lui renvoyer le même car il s’inclina légèrement devant elle et partit exécuter les ordres du Baron. A peine arrivée, son époux s’inquiétait déjà des affaires à traiter qu’il avait laissé en instance durant son absence.
    Comme elle l’avait demandé en quittant Rodem, une petite armée de guérisseurs attendaient devant leurs appartements. Clarys était dans la chambre, berçant une Liliana en pleurs. Son regard surpris confirma à Jena que la nouvelle de l’infirmité d’Hanegard ne s’était pas encore propagée. Sans même se faire prier, elle reposa la fillette en larmes dans son berceau et quitta la pièce en fermant la porte derrière elle.
    Lorsqu’elle eut guidée Hanegard jusqu’au lit pour qu’il puisse s’y allonger, Jena s’avança vers le berceau et sourit à sa fille qui pleurait toujours en tendant les mains vers elle. Sa petite bouille rouge était craquante aussi ne se fit-elle pas prier davantage pour la prendre dans ses bras et la bercer doucement. Liliana agrippa ses petites mains à la robe de sa mère et posa sa tête au creux de son cou. Presque aussitôt elle cessa de pleurer.


    - Veux-tu te reposer un peu avant que je fasse entrer les guérisseurs ? demanda-t-elle en s’asseyant sur le bord du lit.

    Le trajet depuis Rodem avait laissé son époux pâle et fatigué. Il avait besoin de repos cela était indéniable, aussi était-il utile de le faire déranger par cinq guérisseurs qui lui dirait ce qu’il savait déjà ? Il devait dormir, récupérer des forces et … attendre.
    Bien que cela soit cruel, il n’y avait pas d’autres moyens. Les lésions étaient trop graves, trop profondes pour être réparées d’un tour de magie. Il fallait prendre patience.

    Sauf que la Baronnie ne pouvait attendre le retour de son baron et certaines affaires étaient trop urgentes pour attendre davantage. Hanegard avait certes demandé à Sargril de composer un conseil d’urgence, mais il ne pourrait s’y rendre que le lendemain.


    - Si tu veux…je peux aller chercher les missives sur ton bureau… et puis…je pourrais te les lire. Et s’il faut y répondre je me chargerai d’écrire ce que tu me dicteras… J’imagine que certaines doivent être trop urgentes pour attendre la mise en place d’un conseil. Je peux me rendre utile tu sais….

    Là, elle s’aventurait sur un chemin inconnu. Ensemble, ils n’avaient presque jamais parlé de la charge de travail qu’Hanegard avait en tant que régent et maintenant en tant que Baron. Jena savait seulement qu’il pouvait restait enfermé dans son bureau une journée entière, voire même toute une nuit, à lire et à répondre à des lettres venant d’elle ne savait où. S’il passait autant de temps assis devant son bureau c’est qu’il devait y avoir pas mal de choses urgentes à traiter et depuis le couronnement, il s’était absenté une bonne semaine…aussi devait-il y avoir pas mal de lettre entasser sur ce fichu bureau.

    Jena ne s’était jamais immiscée dans les affaires politiques et militaires de la Baronnie, après tout Hanegard le faisait très bien tout seul et peut-être ne voulait-il pas mêler sa femme à cette partie de son devoir. De part ses voyages avec Dame Camilia, Jena savait que certains époux ne voulaient pas confier des tâches touchant de près ou de loin au pouvoir qu’ils possédaient… Elle doutait qu’Hanegard fasse partit de ceux-là mais après tout elle n’en savait rien !

    Liliana s’agita dans ses bras, cherchant à attirer l’attention de sa mère. Une fois assise sur ses genoux, Jena la couvrit de bisous ce qui déclencha de grands éclats de rire. Lorsqu’elle était réveillée, Liliana se révélait être une petite fille très énergique et amusée par tout. Bien que la situation n’était pas des plus réjouissantes, Jena s’autorisa à lui sourire.
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Jeu 18 Aoû 2011 - 8:36

Hanegard hésita, puis finalement se dit que mieux valait en finir au plus vite avec les guérisseurs, de toute façon cette menace qui pendait au dessus de sa tête devait être affrontée. Il ne pourrait traiter correctement les affaires d’Alonna en se posant sans arrêt des questions sur sa santé, surtout s’il était conscient que la réponse se situait peut être de l’autre côté de la porte.

Que les guérisseurs viennent, finissons en. Nous verrons ensuite pour les missives.

Lorsque Jena leur eut ouvert, les nobles hommes de l’art entrèrent un à un dans la pièce, bien conscients que leur diagnostic allait se révéler d’une importance capitale non seulement pour leur patient mais également au-delà. Le messager parti de Rodem avant le couple avait bien transmis les ordres. A entendre le bruit des pas, un véritable bataillon avait été mobilisé (ou réquisitionné devrions nous dire) afin de l’examiner.

Hanegard se senti d’un coup entouré de partout, sensation fort désagréable lorsque l’on n’y voit rien. Des marmonnements à voix basse s’échangeaient, mais il n’en comprenait qu’un mot de ci de là, sans réussir à saisir l’ensemble du discours. Une main effleura son visage, un instrument qu’il ne put identifier lui remonta doucement une paupière. A un moment, un vague point lumineux apparu devant lui, accompagné d’une sensation de chaleur, puis disparu aussi vite.

Qu’est-ce que…

Un murmure de satisfaction s’éleva dans le groupe des tortionnaires, car désormais Hanegard les considérait ainsi. Bande de sadiques, il était certain qu’en plus ils prenaient plaisir à lui tripatouiller les yeux comme cela ! Et qu’était-ce donc que cette lumière, il n’en avait pas vu depuis la mort d’Ilinsar. Lui avait-on approché une bougie de l’œil ? Était-ce cela le point lumineux entrevu l’espace d’une fraction de seconde ? Les marmonnements continuèrent puis une voix âgée prit la parole :

Monseigneur, ma Dame, il appert que les chairs ne soient pas entièrement nécrosées, preuve en est la réaction certes légère à un stimulus qui fut appliqué. Nous ne disposons pas d’un grand nombre de cas similaires nous permettant d’affirmer avec certitude une issue favorable, toutefois mes confrères et moi-même admettons comme acquis qu’en l’absence de telles réactions la vue du baron aurait été irrémédiablement perdue. Dans les cas où les stimuli ont donné un résultat, certains ont retrouvé peu à peu la vue après quelques semaines… d’autres non.

Ayant annoncé son diagnostic, le docte personnage se tut, laissant son petit discours faire effet. Dans d’autres circonstances, le baron en aurait souri. Bon sang, quel baratin pour dire qu’il ne savait donc pas si la perte de sa vue serait définitive ! Mais cependant Hanegard sentait l’espoir renaître et il se prit à espérer une sortie heureuse. Son infirmité pourrait donc n’être que temporaire ? Rien ne permettait encore de l’affirmer mais il lui fallait le croire, et voilà ce qu’il voulait retenir.

Les yeux sont fragiles, et un traitement trop violent pourrait les endommager définitivement, mais avec l’aide des prêtres de Néera nous espérons pouvoir aider et veiller sur le processus de régénération. En attendant mieux vaut les laisser dans l’obscurité.
Merci messieurs, vous pouvez vous retirer.

Rien de plus ne pourrait être fait ce soir, et il désirait se retrouver seul avec Jena. Seul avec Jena et Liliana plutôt, car les gazouillements joyeux de la petite fille se faisaient encore entendre, à la grande joie de son père qui y puisait un réconfort certain.
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Jeu 18 Aoû 2011 - 21:27

    D'une simple phrase, Hanegard balaya sa proposition de l'aider à traiter les missives qui s’empilaient sur son bureau, en lui demandant de faire entrer les guérisseurs. D'abord surprise, Jena finit par se lever, Liliana calait dans ses bras et fit pénétrer dans la chambre les hommes de science qui se pressèrent autour du lit. La jeune femme préféra se tenir à l'écart et concentrer toute son attention sur sa fille, qui visiblement ne demandait qu'à rire un peu.
    Elle n'était pas prête à regarder les yeux de son époux. A vrai dire elle se les imaginait dans un tel état qu'elle s'en serait rendue encore plus malade, déjà que ses nausées n'avaient rien d'agréable pourquoi diable en rajouter une couche.
    Cependant la voix surprise d'Hanegard la fit se tourner pour voir ce qui se passait. Un guérisseur était penché sur le lit, une bougie dans la main, à quelques centimètres à peine du visage du Baron. Celui-ci sembla remarquer une source de lumière devant lui et aussitôt les têtes des guérisseurs se balancèrent de bas en haut tandis qu'ils marmonnaient dans leurs barbes. Finalement, l'un d'entre eux annonça le verdict.
    Et comme elle s'y était attendue, il n'y avait rien de très nouveau, à part que la réaction au test de la bougie était encourageante. Mais cela ne voulait pas dire qu'il reverrait...

    Hanegard rompit le silence et les congédia sans plus de cérémonie. L'un après l'autre ils s'inclinèrent devant le Baron puis devant elle avant de quitter la pièce. Jena resta un moment silencieuse, debout dans un coin de la chambre.
    Elle ne voulait pas remettre sur le tapis l'histoire des missives. Bien qu'il n'eut rien dit à ce sujet, à par « on verra plus tard », Jena avait comprit qu'il s'agissait là d'un sujet plus épineux et qu'elle n'avait peut-être pas eu une très bonne idée en proposant son aide.
    Retournant s'asseoir au bord du lit, elle sentit un point de côté lui lacérer le ventre. C'était assez douloureux mais elle se contenta de grimacer sans faire aucun bruit.

    Cette semaine de stress, d'inquiétude et de tension ne lui avait pas fait grand bien, ni la nuit blanche qu'elle avait passé la veille et la folle chevauchée qui l'avait amené à Rodem.
    Elle aurait du se reposer, elle le savait, mais pour l'heure elle devait s'occuper de son mari et de sa fille.


    -Je suis sûre que tu guériras chéri, je devais rendre visite au Grand Prêtre de Néera pour....enfin. peu importe.... je pourrais en profiter pour lui demander d'envoyer l'un de ses clercs pour t'ausculter et... aïe.... lâche ça tout de suite, allez lâche !

    Liliana venait de tirer fermement sur l'une des mèches de cheveux de sa mère. Apparemment cela l'amusait, et encore plus lorsque Jena se mit à la chatouiller en riant.
    Doucement, Jena installa sa fille sur les genoux d'Hanegard. La petite arrivée maintenant à se tenir assise toute seule. Elle tanguait un peu de temps en temps mais chaque jour elle assurait un peu plus son équilibre.


    -Elle est tellement adorable et elle te ressemble tant ! J'espère que tu ne seras pas aussi têtue que ton père !ajouta Jena en embrassant le bout du nez de sa fille

    Le père et la fille partageaient les mêmes yeux bleus profonds. Dans ceux de son époux elle y voyait tout l'amour qu'il pouvait lui porter et dans ceux de sa fille, une malice et une curiosité surprenante pour son si jeune âge.
    Avec tendresse elle caressa la petite tête de sa fille et recoiffa machinalement ses petits cheveux en bataille. Elle commençait à avoir une sacrée tignasse ! Sa main glissa sur le dos bien droit de Liliana, et elle finit par rencontrer celle d'Hanegard.
    Un nouveau point de côté la fit grimacer et cette fois elle se courba même en deux, en attendant que la douleur passe. Finalement, pour que rien ne semble suspect à Hanegard, elle se glissa près de lit sur le lit et s'allongea contre son bras, respirant lentement et profondément pour soulager son ventre douloureux et calmer les nausées qu'elle sentait monter. Cette technique semblait faire effet, à part qu'elle était trop tendue pour que sa posture semble naturelle.


Dernière édition par Jena Kastelord le Ven 19 Aoû 2011 - 10:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Ven 19 Aoû 2011 - 10:00

Têtu ? demanda le baron d’un ton faussement offensé avant d’éclater de rire.

Non, il n’était pas têtu voyons. Enfin pas trop. Juste un peu. Hmm, si c’est vrai, il l’est, mais ne l’avouons pas.

A moitié perdu dans ses pensées, le baron fut bien incapable de se rendre compte des vraies raisons pour lesquelles Jena venait de se coucher, et pensait qu’elle agissait juste ainsi pour être au plus près de son époux et de sa fille. Ce qui en soit semblait logique, les guérisseurs ayant porté des nouvelles sinon bonnes du moins encourageantes pour la suite, sa femme pouvait tout simplement évacuer un peu de stress et désirer être au calme avec lui et Liliana. L’esprit vagabondant un peu, le baron reprit :


Pour cette histoire de missive… hmm… je tiens à ce que tu comprennes bien ce que cela implique. Ces missives ou ces rapports sont pour la plupart des secrets d’états. Je sais que jamais tu n’en parlerais à quiconque, mais les informations qu’elles contiennent ne sont parfois même pas portées aux oreilles de certains de mes plus proches collaborateurs. Le risque est toujours de laisser échapper une information involontairement, face à quelqu’un qui n’a pas encore été mis au courant.

Le baron ne doutait pas un seul instant de sa femme, mais il ne pouvait pas la jeter comme ça dans l’arène sans l’avoir prévenue au préalable de ce qu’elle risquait d’y trouver. Hanegard savait que nombre de ses vassaux se refusaient tout simplement à mêler leurs femmes aux affaires ou même de leur en parler, mais il ne voyait personne de plus fiable dans son entourage que Jena. Tout en laissant Liliana jouer avec un de ses doigts, que la petite tordait en tout sens en riant, il poursuivit :

Et il y a autre chose. Diriger une baronnie implique parfois de faire des choix moraux malaisés. Certaines de ses missives peuvent contenir des informations amenant à prendre une décision difficile qui pourrait même paraitre cruelle. Je vais avoir besoin d’aide dans mon travail, de l’aide de quelqu’un en qui j’ai toute confiance. Mais m’aider au quotidien implique d’être prêt à entrer dans l’arène politique… y es-tu prête ?

Dès l’instant où la cour saurait que Jena assistait son époux, or cette nouvelle ne pourrait être gardée secrète bien longtemps, elle allait inévitablement se retrouvée plongé au cœur d’un réseau d’intrigants usant de tous les moyens pour gagner sa faveur ou tenter de l’influencer. Déjà les courtisans cherchaient à se faire bien voir d’une femme que l’on savait particulièrement proche de son mari, mais une fois qu’elle aurait mise ses charmantes mains dans les arcanes du pouvoir, cela n’en serait que plus vrai. Et il ne voulait pas contraindre sa décision en lui cachant des éléments… il espérait son aide mais ne pouvait l’y forcer sans rompre la confiance existant entre eux.

A cet instant, Hanegard se rendit compte que ce qu’il prenait pour un coup de fatigue passager n’en était peut être pas un. Jena paraissait étonnamment crispée, tendue, comme si quelque chose n’allait pas. D’une voix où perçait une pointe d’inquiétude, il demanda :


Tout va bien Jena ?
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Ven 19 Aoû 2011 - 11:00

    Hanegard ne protesta qu’une demie seconde lorsque Jena le déclara têtu. Il n’en fallut pas plus à Jena pour rire à son tour. Tout deux avaient un véritable caractère de cochon et elle le reconnaissait bien volontiers, mais des deux soyons honnête, Hanegard était le plus têtu ! Si, si, je vous assure ! Une vraie mule quand il veut !
    Lorsqu’ils se calmèrent afin, Jena regarda sa fille s’amuser avec les doigts de son père. Une petite brute en herbe ! Mais elle était tellement mignonne avec son sourire d’ange et son regard pétillant qu’elle l’aurait regardé torturer Hanegard toute la journée.
    Finalement, la conversation revint sur les fameuses missives en attente. Elle qui avait juste proposé de lui lire et de répondre au courrier, il semblait prendre son aide très au sérieux, aussi prit-il la peine de lui expliquer tout ce que cela impliquait.

    Attentive, Jena tenta d’oublier ce point de côté qui décidément duré un peu trop longtemps. Il fut alors question des décisions parfois difficiles à prendre pour gérer une baronnie, et là encore la jeune femme fut surprise. Elle n’avait jamais dit qu’elle voulait entrer dans les jeux politiques de la baronnie…si ? Elle n’avait jamais aimé ça aussi se redressa-t-elle légèrement pour protester, mais Hanegard la prit de court avec sa question. Si tout allait bien ? En tant que blonde refoulait, Jena jeta d’abord un rapide coup d’œil dans la chambre pour voir si quelque chose clochait, une fois rassurée, ses neurones brunes reprirent le contrôle et elle comprit ou il voulait en venir.
    Il avait sûrement sentit sa légère crispation, comment le lui cacher d’ailleurs alors qu’elle était serrée contre lui. Aussi se redressa-t-elle, assise sur le matelas, ni trop près ni trop loin, c’était la distance parfaite pour ne plus éveiller le moindre soupçon. Son époux avait besoin de repos et surtout pas de s’inquiéter pour elle.


    - C’est toi qui est alité et c’est à moi que tu demandes si tout va bien ?demanda-t-elle en s’appliquant à donner un ton amusé à sa voix. Revenons-en à ces missives

    Belle façon d’éluder la question. Bizarrement profiter de sa cécité actuelle la dérangeait moins que lui mentir. Il ne pouvait pas voir son visage pâle et ses grimaces lorsqu’elle avait mal, mais cela ne voulait pas dire qu’elle lui cachait quelque chose, seulement qu’il ne pouvait pas le voir ! Nuance ! Bref.
    Posant sa main sur celle de son époux pour garder quand même un contact physique avec lui, elle se concentra sur ce qu’il avait dit précédemment.


    – Je n’ai pas la prétention de vouloir prendre des décisions à ta place, juste d’être tes yeux et tes mains le temps que tu guérisses. Je me contenterai de te lire les missives et d’y répondre sous ta dictée. Si l’on me pose des questions à ce sujet, je ne vois pas pourquoi je me sentirais forcée d’y répondre. Je saurais me montrer discrète, ce que je lirais ou écrirais restera dans ton bureau ou dans cette chambre. Tu n’as pas à t’inquiéter de cela.

    A Alonna, elle n’était sûre de la sincérité de personne à part de celle d’Hanegard, si c’était vrai pour elle, ça l’était aussi dans l’autre sens. Elle aimait trop son époux pour lui nuire par quelques moyens que ce soit, et puis elle pouvait se montrer très discrète quand il le fallait.
    Ce discours l’avait quelque peu échaudée, à moins que ce soit autre chose qui lui donne ces bouffées de chaleur soudaine. Chose qu’elle identifiait parfaitement. Quittant le lit, elle fit quelques pas dans la chambre, puis se dirigea dans la salle d’eau pour s’arroser le visage. Par Néera qu’elle pouvait détester ça. D’ailleurs en parlant de Néera, il lui faudrait quitter la citadelle pour se rendre auprès du grand prêtre. Elle savait sa santé fragile et elle ne se souvenait que trop bien des jours qui avaient suivis l’accouchement de Liliana. Peut-être qu’il pourrait la rassurer.

    Mais pour le moment elle devait rester encore au chevet d’Hanegard, elle voulait passer le plus de temps possible avec lui.


    - Tu veux que j’aille chercher la pile de paperasse qui trône sur ton bureau ? déclara-t-elle en revenant dans la chambre.
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Ven 19 Aoû 2011 - 13:50

Liliana semblait s’être lassée de tripatouiller les mains de son adorable (si !) papa et se baladait à quatre pattes sur le lit en gazouillant, très amusée apparemment d’avoir trouvé un aussi vaste terrain de jeu que le lit de ses parents. Elle débordait littéralement d’énergie et de vitalité, pour la plus grande joie d’Hanegard et de Jena qui la regardait s’ébattre avec un sourire complice. Enfin regardait… dans le cas du baron il l’écoutait plus qu’autre chose.

Jena répondit aux interrogations de son mari de manière à le rassurer. Oui, elle comprenait parfaitement que ce qu’elle lirait n’allait pas être des listes d’invités pour un banquet, et qu’il lui faudrait être sur ses gardes lorsque le sujet serait abordé par quelqu’un d’autre. Mais le baron ne s’inquiétait pas : sa chère et tendre avait déjà prouvé à plusieurs reprises sa capacité à garder son sang-froid et à faire preuve d’une discrétion remarquable sur les sujets sensibles.

Caressant doucement la main de Jena qui reposait dans la sienne, le baron bénit les dieux de lui avoir permis de rencontrer sa femme. Quelle que soit la situation, quel que soit le risque, il savait qu’elle serait à son côté, que rien ne pourrait les séparer. Ilinsar elle-même, malgré sa malveillance et son art des manigances avait finalement perdu la partie, bien qu’elle leur ait laissé un petit cadeau d’adieu et que son souvenir les hanterait encore longtemps.

Le baron revint au présent. Les missives donc...


Oui. Prends la pile située sur le petit meuble à droite de mon fauteuil, c’est là que sont déposées les missives les plus pressantes ou celles que la chancellerie n’est pas autorisée à ouvrir. Oh, avant d’y aller, demandes à l’officier de garde de passer me voir, les soldats en faction à l’entrée de mon bureau ont un ordre formel de ne laisser personne toucher à ces missives.

La baronne elle-même ne pouvait aller fouiller comme cela dans les affaires de son mari, pas plus que Sargril ou un autre proche. Les seules personnes entrant dans le bureau en l’absence d’Hanegard étaient les clercs de la chancellerie, hommes dont la loyauté avait maintes fois été éprouvée, et encore leur rôle se limitait à déposer des missives ou des dossiers sous le regard toujours attentif de deux gardes. On ne jouait pas avec les secrets d’état, le risque aurait été trop gros de les laisser circuler librement.

Une fois les ordres donnés et Jena partie cherché le boulot du soir, le baron rattrapa sa fille qui continuait s’en donnait à cœur joie en bourrant de coups un oreiller. Seule avec un aveugle, il ne fallait pas qu’il la laisse filer, elle pourrait se blesser. Sans doute fatiguée par son exploration, Liliana posa sa petite tête sur l’épaule de son père et s’endormit.

Cela constituait vraiment un charmant tableau n’est-ce pas ?
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Sam 20 Aoû 2011 - 11:20

    Quittant la chambre, Jena s'approcha du garde planté devant la porte du bureau d'Hanegard et lui demanda de rejoindre son époux. Le tête à tête fut de courte durée car une minute après, il était revenu près d'elle pour lui ouvrir la porte. S'effaçant sur son passage, la jeune femme traversa la pièce et rejoignit le petit meuble près du bureau sur lequel trônait une bonne quinzaine de missive. Et bien oui, il ne fallait pas s'étonner d'un tel nombre lorsque le Baron s'était absenté pendant une semaine. Une nouvelle bouffée de chaleur lui donna l'impression d'étouffer, aussi se dirigea-t-elle vers la fenêtre qu'un clerc avait du ouvrir dans la matinée pour aérer la pièce. Les légers courants d'air frais lui firent un bien fou.

    -Dame, allez-vous bien ?

    Tournant la tête, Jena vit le regard du soldat la dévisager. Elle devait réellement avoir une sale tête pour qu'un garde oublie de garder le silence en sa présence. Hochant la tête, la jeune femme quitta la pièce pour retourner auprès de son époux. Celui-ci n'avait pas bougé d'un pouce, par contre Liliana dormait bien sagement contre l'épaule de son père. L'image était saisissante et Jena sentit un sourire se dessiner sur ses lèvres.
    Doucement, sans faire trop de bruit, elle retourna s'asseoir sur le lit près d'Hanegard et déposa les missives sur ses genoux. Il y en avait de toutes sortes, grandes, épaisses, colorés, petites avec des seaux tous différents les uns des autres.


    -Bon allons-y, commençons par celle là.

    D'un petit geste sec, Jena fit sauter la cire qui scellait la lettre et la déplia. Dans un murmure, pour être sur que seul Hanegard l'entendrait elle lui lut la missive. Il y était question de ravitaillement, d'entraînement militaire et d'information sur les frontières. Jena n'y entendant rien, elle se contenta de lire mot pour mot ce qu'il y était écrit pour être sure de ne pas rater une information.
    Au bout d'une heure, elle avait lu toutes les lettres urgentes. Hanegard s'était contenté de faire de courts commentaires ou de lui dire de passer à la suivante.
    Cette heure de lecture dans une position pas très confortable avait fini de l'épuiser. Elle était arrivée à la fin de la dernière ligne de la dernière lettre aussi décida-t-elle qu'elle pouvait s'accorder un peu de répit.


    -Nous y répondrons plus tard si tu le veux bien. Tu as besoin de te reposer et moi d'aller voir le Grand Prêtre. Il doit m'attendre.

    Sans lui laisser le temps de protester, elle l'embrassa et se dirigea vers la salle d'eau pour arranger sa mise. Pas question de se présenter n'importe comment devant la plus haute instance religieuse d'Alonna.
    Quand elle repassa dans la chambre, rien n'avait bougé. Hanegard avait sa main toujours posée sur le dos de Liliana, mais impossible pour elle de dire s'il dormait ou non. Elle savait que son absence ne durerait qu'une heure tout au plus, cependant elle retourna se pencher sur son époux pour déposer un baiser sur son front et lui dire qu'elle serait bientôt de retour.

    Lorsqu'elle sortit, Jena croisa Clarys qui reconduisait Merwan dans sa chambre pour qu'il fasse sa sieste.


    -Veux-tu que je t'accompagne ?
    -Ce n'est pas nécessaire. J'aimerai que tu ailles dans ma chambre pour veiller à ce qu'Hanegard n'ait besoin de rien.
    -Tu vas parler de tes cauchemars au grand prêtre ? Tu sais qu'il ne s'agit que de mauvais rêves, tu n'as pas à t'inquiéter.
    -Lui seul pourra me dire ce qu'ils signifient. J'ai besoin de l'entendre de sa bouche.
    -Voyons Jena, tu es en parfaite santé. Ce bébé est une bénédiction, aucun rêve ne peut changer cela. D'ailleurs qu'à dit Hanegard au sujet de cette visite au prêtre ? Je suis sûre qu'il peut tout autant te rassurer que lui.
    -Hanegard est blessé, il doit se reposer et s'inquiéter pour lui. Tu sais que tes conseils me sont utiles, mais cette fois je te demande seulement d'aller veiller sur mon mari le temps de mon absence. Je ne serais pas longue, nous pourrons donc parler à mon retour.
    -Tu devrais surtout aller te reposer Jena....tu as une mine horrible.

    Jena ne protesta pas, elle se sentait nauséeuse et le trajet jusqu'au temple ne ferait rien pour l'arranger. Après un baiser sur le sommet de la tête du petit garçon, Jena adressa un sourire à sa si chère demoiselle de compagnie avant de quitter la citadelle.


*****

    Un long soupir succéda le départ de la Baronne, si elle ne voulait pas l'entendre lorsqu'elle lui disait de se reposer peut-être qu'elle en toucherait un mot à Hanegard. Après tout lui seul pouvait obliger Jena à lever le pied pendant sa deuxième grossesse non ?. Clarys tira doucement sur le bras de Merwan et le guida jusqu'à sa chambre pour le coucher. C'était l'heure de la sieste et le petit garçon ne broncha pas. Il avait passé sa matinée à courir partout, alors forcément il avait besoin de dormir un peu.
    La demoiselle de compagnie quitta l'enfant et pénétra dans la chambre baronniale le plus silencieusement possible. L'homme était allongé sur le lit, son bébé endormit dans ses bras.
    Ne sachant s'il dormait ou non, Clarys se contenta de tirer le fauteuil du coin de la pièce vers la fenêtre et s'y installa.
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Lun 22 Aoû 2011 - 8:44

Le baron et sa femme travaillèrent pendant une bonne partie de la soirée sur les différentes missives reçues les jours précédents. Le système était simple : Jena lisait, son époux l’interrompant lorsqu’il désirait réentendre une partie ou lui faire répéter une tournure de phrase peu claire sur laquelle il achoppait. Certes rien ne remplace la lecture concentré et au calme, mais l’un dans l’autre cela fonctionnait relativement bien et le baron put prendre connaissance de ce dont il avait besoin.

La plupart des messages concernaient des états d’approvisionnements des garnisons frontalières et de leurs demandes à l’approche de l’hiver. Essentiellement des demandes de renforts en cavalerie afin d’assurer leurs patrouilles que le froid et la neige rendraient plus ardues, mais ce problème se posait tous les hivers. Au cœur des frimas, lorsque la visibilité baissait, l’efficacité opérationnelle des veilleurs baissait d’autant, d’où une demande d’effectifs pour multiplier les rotations.

Les effectifs. Un problème récurrent pour tous les seigneurs frontaliers. Une partie importante de l’armée devait veiller sur la frontière, sans toutefois y être collé afin de pouvoir manœuvrer en cas d’attaque. Certes la doctrine fonctionnait sur le plan tactique mais les postes de gardes les plus avancés enrageaient souvent de ne pas disposer de soldats alors que les grandes citadelles situées non loin derrière eux en regorgeaient.

Quelques autres rapports d’espions concernaient une enquête sur un trafic de contrebande près de Lodiaker, les productions des mines n’ayant pas augmenté dans les proportions attendues suite aux derniers forages. Le baron soupçonnait qu’une partie du minerai n’atterrissait pas dans les charrois prévus à cet effet. Bien, il lui faudrait s’occuper de cela… mais il pouvait attendre le lendemain, il n’y avait pas d’urgence exigeant une réponse immédiate.

Ce fut Jena qui mit fin à la séance de lecture, sans doute un peu fatiguée. Rien d’étonnant après la charge émotionnelle subie de ces derniers jours. Hanegard lui aussi se disait qu’il n’aurait pas volé un peu de repos. Liliana, elle, dormait du sommeil du juste et le bavardage de ses parents n’avait même pas interrompu ses rêves. Après un baiser, la jeune femme lui indiqua qu’elle allait rendre visite au Grand Prêtre de Néera.

Le Grand Prêtre ? Ah oui, pour ses yeux sans doute ? Nous excuserons notre héros de ne pas avoir compris que sa femme attend un heureux événement, mais à sa décharge il faut rappeler qu’il est aveugle, en état de choc violent et complètement lessivé. Et puis… et puis notre toulousaine adorée sait admirablement jouer le jeu pour lui cacher son état. Donc pour le moment, Hanegard n’a pas encore pu suffisamment réfléchir pour remettre les choses à leur place.

Alors qu’il s’endormait, le baron sentit que quelqu’un d’autre venait de rentrer dans la pièce. Le bruit d’un fauteuil que l’on raclait sur le sol, un bruissement de vêtements alors que quelqu’un s’y asseyait. Ce ne pouvait être Jena, sa femme serait venu directement jusqu’à lui. Qui alors ?

Furieux de ne pouvoir répondre à des questions aussi basiques, le baron demanda :


Qui est là ?
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Lun 22 Aoû 2011 - 20:14

    Le trajet jusqu'au temple de Néera fut rapide. Le passage d'un carrosse frappé des armoiries des Kastelord ne passa bien évidemment pas inaperçu et, malgré sa fatigue Jena se prêta volontiers aux saluts et aux sourires. Lorsque le véhicule s'immobilisa sur le parvis du temple, un clerc se précipita pour lui ouvrir. L'annonce de sa visite l'avait visiblement précédée et elle fut honteuse d'avoir mis autant de temps à se présenter devant le grand prêtre. Alors qu'elle passait plus d'une heure auprès de son époux, elle n'avait même pas pensé à envoyer quelqu'un pour prévenir de son retard.
    Pourtant malgré cela, le Grand Prêtre vint l'accueillir dès les portes du temple franchies. Le vieil homme aux cheveux blancs et à la silhouette voûtée, écarta les bras en signe de salut et posa ensuite sa main sur celle que Jena lui tendit. Cet homme lui inspirait confiance, avec sa bonhomie et son sourire bienveillant, elle se sentait tout de suite à l'aise près de lui.


    -Que puis-je pour vous Dame Kastelord ? Votre requête m'a fort surpris, je n'ai guère l'habitude de vous voir franchir ses portes.

    Une petite pique innocente et prononcée avec sourire et bonne humeur bien qu'elle soit totalement vraie. Jena n'avait pas vraiment pour habitude de venir prier au temple, elle préférait faire cela lorsqu'elle se trouvait seule, dans le jardin ou dans ses appartements. Mais à présent elle se rendait compte que ce manquement pouvait porter préjudice à sa famille.

    -Je suis navrée de ne pas être venue à vous plus souvent, je tâcherai de rendre mes visites plus fréquentes et régulières.

    Sa petite déclaration fut accueillie par un sourire et une petite tape sur sa main. Le vieil homme la guida vers un petite banc de marbre à l'intérieur d'une alcôve de pierre. Ici personne ne les entendrait et elle était certaine d'avoir toute l'attention du Grand Prêtre. Celui prit une profonde inspiration.

    - Maintenant je vous en prie, dite moi l'objet de votre visite. Je suppose que cela à un lien avec votre époux. J'ai été attristé d'apprendre son accident. Si cela peut vous rassurer j'enverrai le meilleur de mes prêtres pour tenter de le soigner ou à défaut, de le soulager.
    – Merci Monseigneur. Votre aide est la bienvenue, cependant...je dois vous avouer que ma visite est due à tout autre chose. En fait, depuis quelques jours je fais un rêve que je ne parviens pas à m'expliquer.
    - Les rêves sont une science que je ne maîtrise que trop peu hélas, comment pourrais-je vous aider?
    -Et bien, il se trouve que la déesse m'apparaît en rêve....elle m'observe longuement puis me tend la main...et elle me dit que je vais bientôt la rejoindre...

    Le prêtre resta silencieux de longues minutes à fixer le sol. Jena quand à elle se remémorait ce rêve si étrange qui marquait ses nuits. Ce grand jardin fleuri, le soleil et sous l'ombre fraîche d'un arbre une femme. Sublime...Époustouflante... Souriante. Si le rêve s'était arrêté là, Jena se serait sûrement réveillée heureuse, mais les mots de la déesse résonnait dans sa tête. Maintenant qu'elle savait qu'elle était enceinte, elle ne pouvait qu'être terrifiée par ce que ce rêve signifiait. La conviction qu'elle ne survivrait pas à son accouchement s'insinuait progressivement en elle, la rendant malade.

    - Vos guérisseurs m'avaient prévenus des dangers d'une nouvelle grossesse...J'ai peur que ce rêve ….
    - … annonce un funeste présage ? Il ne s'agit là que d'un rêve ma chère...vous ne devriez pas penser à cette éventualité. Néera rappellera à ses côtés tout le monde un jour ou l'autre.

    La conversation s'éternisa quelques minutes de plus avant que le Grand Prêtre prenne congés. Jena quitta le temple sans être plus rassurée qu'en y entrant. Le chemin du retour sembla plus long.

*****
    Alors que Dame Kastelord quittait le temple, le Grand Prêtre appela l'un de ses guérisseurs et lui ordonna de se rendre le lendemain matin au chevet du Baron. Il fallait apporter toute l'aide possible au nouveau dirigeant de la Baronnie. Sa rencontre avec l'épouse du Seigneur Kastelord n'avait fait que renforcer sa conviction, le Baron devait recouvrer la vue...
    Les rêves de sa femme étaient plus qu'étranges. Pourquoi la déesse se serait-elle manifestée dans les songes d'une femme enceinte ? Il s'agissait peut-être là que de rêves comme les autres, à moins qu'ils soient un message de Néera, avertissant Dame Jena de son prochain décès...

    Poussant un soupir, le vieil homme retourna à ses prières.

*****
    Clarys tourna son regard vers le lit lorsqu'elle entendit la voix du Baron s'élever. Il y avait une pointe de colère, comme s'il n'appréciait pas d'être ainsi dérangé sans savoir à qui il avait à faire. Pour respecter le protocole – bien qu'il ne pouvait le voir – Clarys se leva et s'inclina pour saluer Hanegard.
    Le visage de Jena s'imposa aussitôt dans ses pensées. Elle espérait que la jeune femme ait entendu les mots qu'elle avait besoin d'entendre car sa mine fatiguée et désemparée faisait peine à voir.


    - Ce n'est que moi Monseigneur, Clarys. Avez-vous besoin de quelque chose ? Un peu d'eau?

    Bien qu'elle côtoyait Jena depuis de nombreux mois maintenant, Clarys n'avait que peu conversé avec Hanegard aussi se montrait-elle silencieuse et discrète. Tout le contraire de la femme qui dit ce qu'elle pense un peu trop souvent devant sa maîtresse !


Dernière édition par Jena Kastelord le Mar 23 Aoû 2011 - 11:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Mar 23 Aoû 2011 - 11:47

Lorsque Clarys fut ressortie de sa chambre, le baron resta un long moment à méditer. Bien que souvent sur la défensive vis-à-vis de lui, la demoiselle de compagnie avait fini par réussir à s’expliquer. Il tenait donc désormais l’explication de la fatigue de Jena ressentie un peu plus tôt, la jeune femme était enceinte. Bon, rien d’étonnant à cela, on ne pouvait pas franchement dire qu’ils s’endormaient immédiatement après s’être couchés, et Hanegard se réjouissait déjà à l’idée d’un autre enfant.

Un fils qui lui succéderait, peut être ? Il adorait sa petite Liliana, mais le peuple d’Alonna et ses vassaux restaient rétif à l’idée de devoir obéir à une femme, sentiment renforcé depuis la désastreuse époque de Pearla où la suzeraineté de la baronnie n’existait plus que sur le papier. De tels préjugés étaient idiots bien sur. Les femmes pouvaient fort bien gérer des terres, preuve en était à Soltariel, Olysséa, Sainte Berthilde et d’autres. Mais politiquement, un fils lui permettrait de mieux assurer sa lignée, et derrière le père perçait toujours le baron.

Cela marchait souvent ainsi dans la noblesse… les fils héritaient et se disputaient les fiefs, les filles se mariaient à des hommes beaucoup plus âgés qu’elle afin de renforcer le pouvoir ou les alliances de leurs parents. Mais Hanegard se promettait que le mari de Liliana ne serait pas un vieux barbon avide de chair fraiche. Sa fille méritait mieux que cela, et il y veillerait. La noblesse ne s’ancrait pas encore suffisament en lui pour qu’il en soit réduit à voir en elle un pion sur l’échiquier politique, par tous les dieux !

Bah, rien ne serait à décider avant de longues années, et pour le moment il faudrait surtout veiller à ce que tout se déroule bien pour Jena. Il ne se souvenait que trop des problèmes qui avaient émaillé sa première grossesse. En attendant, devait-il lui en parler le premier ? Cela serait malaisé, Jena n’avait pas abordé le sujet, attendant sans doute que son époux aille mieux et que les soins pour ses yeux fassent effet. Bien, il se tairait donc pour l’instant et la laisserait lui annoncer la nouvelle.

De toute façon il se réveillait fort tôt, et sa femme aurait bien du mal à lui cacher ses nausées matinales. Il aurait alors un prétexte parfait pour lui poser la question sur son état et pourrait justifier de la couver, de la protéger et de lui interdire de faire des efforts d’une manière complètement dictatoriale. Enfin… il pourrait essayer en tout cas, sa femme ne faisant en général que ce qu’elle avait décidé. Mais c’est aussi pour cela qu’on les aime, nos toulousaines !

Clarys avait emmené Liliana, toujours assoupie, pour aller la coucher. Épuisé, son père fit de même, s’endormant tout habillé. Ce fut ainsi que Jena le trouva lorsqu’elle revint du temple.
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Mar 23 Aoû 2011 - 14:02

    Une fois revenue à la citadelle, Jena monta directement dans ses appartements. Durant le voyage elle avait eu largement le temps de ruminer les paroles du Grand Prêtre. Même s’il lui avait dit qu’il ne s’agissait que de rêves, elle avait parfaitement compris sa dernière allusion. Si Néera décidait de la rappeler près d’elle, rien ne pourrait l’empêcher, aussi fallait-il qu’elle se prépare. Mais son cœur refusait catégoriquement cette fin. Elle voulait mourir vieille, aux côtés d’Hanegard après avoir vu ses enfants vivrent leurs vies et ses petits enfants entamer la leur… L’image d’elle, gisant sur son lit écoutant une dernière fois les pleurs de son bébé, la saisit si violemment qu’elle du s’arrêter en plein milieu de l’escalier pour reprendre ses esprits. Sa main se crispa sur le mur qu’elle longeait en montant et elle sentit les larmes couler sur ses joues. Elle détestait cette perspective. Maintenant qu’elle était parfaitement heureuse, il fallait que quelque chose s’évertue à briser son bonheur… Tapant du poing rageusement contre la pierre, Jena eut besoin de quelques minutes pour se recomposer un visage impassible, à défaut d’être serein.

    Les gardes se mirent au garde à vous lorsqu’elle passa devant eux pour pénétrer dans la chambre. Jena ne leur adressa même pas un regard, trop concentrée qu’elle était pour se retenir de pleurer à nouveau. Pourtant, une fois la porte refermée derrière elle, Jena éclata en sanglot, et ses larmes redoublèrent lorsqu’elle se pencha sur le berceau de Liliana puis, lorsqu’elle s’assit au chevet de son époux. C’était tellement injuste.
    Finalement vaincu par la fatigue, Jena s’endormit, elle aussi toute habillée, contre Hanegard.

    Au petit matin elle s’éveilla en sursautant, les yeux grands ouverts fixant le plafond en dessus d’elle. La main de son époux serrait la sienne tendrement. Ne sachant s’il dormait ou pas, Jena profita du calme pour faire le vide dans son esprit. Ce matin encore un visage souriant et lumineux flotté devant ses yeux. Ce rêve, bien que magnifique et apaisant, mettait ses nerfs à vif lorsqu’elle se réveillait. Après plusieurs minutes sans bouger, Jena se rendit compte que même Liliana semblait respecter le sommeil de ses parents. Tournant la tête vers le berceau, Jena remarqua un plateau sur une petite table. Le déjeuner était déjà servi, cela signifiait que le soleil était levé depuis plus longtemps qu’elle le croyait.
    Quittant le lit le plus doucement possible, la jeune femme s’approcha du berceau et constata que sa fille n’y était pas. Clarys avait du passer tôt ce matin pour lui permettre de se reposer plus longtemps. Ses yeux glissèrent sur le plateau contenant son prochain repas, elle sentit aussitôt son estomac se nouer violemment, l’obligeant à quitter la chambre précipitamment.

    A son retour, légèrement vacillante, rien n’avait bougé ou presque….visiblement Hanegard s’était redressé. A moins qu’il ait dormi avec autant de cousin derrière lui…
    Mais de toute façon ça n’avait pas d’importance, elle voulait juste retourner s’allonger et oublier le rêve qui l’avait réveillé en sursaut en espérant que ses nausées disparaîtraient vite fait bien fait pour lui laisser le temps de manger quelque chose..
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MessageSujet: Re: Une larme entre amour et haine   Jeu 25 Aoû 2011 - 7:49

Pour la première fois depuis bien des années, Hanegard ne se réveilla pas aux aurores, la fatigue de ces derniers jours exigeant de son corps plus de repos que d’habitude. Il ne se réveilla pas plus lorsque Jena se leva pour aller dégobiller tripes et boyaux, signe s’il en est que son sommeil était d’une rare profondeur chez un homme qui ne dormait habituellement que d’un œil. Le sommeil du juste sans doute, causé par la pureté de l’âme et l’apaisement de la conscience… enfin presque.

Ce fut l’absence de la chaleur du corps de Jena contre le sien, de sa main dans la sienne, qui peu à peu l’arracha aux brumes nocturnes. Baillant à s’en arracher les mâchoires, le baron se redressa péniblement, grimaçant lorsque ses muscles ankylosés se rappelèrent à son bon souvenir. Décidément, il aurait bien besoin de vacances pour se remettre du chaos des dernières semaines. Oui, un petit séjour au calme, loin de tout, sous les cocotiers et avec un verre de rhum à la main et des filles en tenues légères !

A défaut de ce projet qui risquait de recevoir un veto de sa tendre moitié, quelques jours loin de la capitale, dans un fief vassal du nord de la baronnie où les montagnes commençaient à se parer de leur blanc manteau hivernal ne lui aurait pas déplu, ce qui d’ailleurs aurait également permis de célébrer l’anniversaire de sa femme dans l’intimité, juste avec quelques amis chers. Vu la réaction de Jena lors de la cérémonie du couronnement, son époux se disait qu’organiser une grande parade avec banquet et tout risquait de ne pas être fort apprécié.

Il avait déjà caressé ce projet avant la cérémonie, mais entre leur prise de bec, son départ précipité et l’attaque d’Ilinsar, tout cela appartenait au passé. De toute façon, profiter de la vue lui serait difficile au…vu… de son état. Ricanant intérieurement sur le jeu de mots raté, Hanegard se leva et tâtonna pour trouver un point d’appui connu. La délicieuse odeur d’un petit déjeuner se faufila jusqu’à ses papilles qui lui permirent de localiser la table avec la même précision d’un sonar de sous-marin nucléaire. Son estomac criait famine et au prix de quelques efforts, il réussit à atteindre une chaise sur lequel il se laissa tomber, se pourléchant d’avance les babines.

Un bruit de pas attira son attention. Ce ne pouvait être que Jena qui revenait de…

D’où, en fait ?

Hanegard se rappela brusquement qu’il voulait parler de sa grossesse à Jena, mais il lui fallait un motif crédible pour amener le sujet sur la table. Dommage que pour ce matin ce soit raté. Se tournant vers l’endroit d’où provenaient les bruits de pas, il demanda :


Bien dormi, chérie ?
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