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 Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]

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Joy Lìvìan
Elfe


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MessageSujet: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Mer 10 Aoû 2011 - 20:49

    Plusieurs semaines étaient passées, dans la conscience perturbée de la Marquise ; le voyage du protectorat aux obscurs desseins avait été écourté, ramenant son lot d’infortune et d’inattendu à ce que les humains appelaient ‘la maison’.

    Sous les tentures sombres des cavaliers, les visages étaient tous fermés, ne cherchant plus qu’à retrouver le réconfort d’une vie simple, à l’abri des dangers et de l’étrange. La nuit sans fin avait pris des tournures qui déplaisaient autant qu’elles inquiétaient la petite troupe elfique. Ayant atteint sans encontre les bordures rassurantes de l’Anaëh, puis franchissant les remparts de la glorieuse Epine Dorée, les gardes retrouvèrent cette dernière dans une liesse mesurée. L’état de la protectrice et le protégé aussi incongru qu’inconnu qu’elle leur imputait les avait mis dans une posture d’angoisse et de malaise minimes, mais non négligeables. Ils se retrouvèrent rapidement au domaine de la bien trop jeune veuve, accueillis dans une nuée de soulagements, de joie diffuse et de questions sans réponses.

    Le retour en Anaëh avait marqué la fin d’un espoir, et le début de quelque chose dont Joy ignorait pour ainsi dire toute la teneur. En cette drôle d’épilogue, l’amertume avait une saveur familière qui habitait ses lèvres, mais aucun mot témoignant de ses regrets ou de ses violents remords n’avait été prononcé. Seul un silence plombant régnait dans les appartements fraîchement rejoints de la veuve.

    Beaucoup disaient que si la dépression avait guetté dans une ombre sereine mais encore mal dessinée la Marquise, cette fois-ci, le coup de grâce avait été achevé avec la beauté d’une faucheuse expérimentée. En dépit de tout ce que les apparences laissaient supposer, l’enivrante douceur des lieux et l’enchantement des bois cernant la demeure sylvaine n’avaient plus rien d’attrayant aux yeux polaires de la protectrice. Une protectrice qui semblait s’être réfugiée, à défaut d’un échappatoire plus consolateur, dans un torrent de missives et de correspondances diverses et variées. Ainsi emmurée dans son bureau, la noble créature ne souffrait d’aucun dérangement, d’aucune présence.

    De là, elle pouvait ainsi tout oublier, même jusqu’à la présence d’Ashgan, son invité qu’elle avait « confié », pour ne pas dire , à une armée de guérisseurs qui s’affairèrent rapidement à remettre sur pied et panser les blessures de l’animal fou qu’on leur avait apporté ici sans plus d’explications. Leur donnerait-il du fil à retordre, ou se laisserait-il apprivoiser pour le bien-être physique ? L’épais nuage de mystères et d’illogismes planait sans que la noble dame veuille bien le crever d’une seule parole, comme si après tout, il n’y avait rien de choquant à recueillir le premier moribond venu pour l’installer dans les draps de soie et les moelleux oreillers de l’Epine Dorée ! Si les herboristes et le petit groupe de soigneurs mettraient ainsi un point d’honneur à redonner du poil à la bête humaine, la raison n’était guère d’ordre affective ; elle le leur avait ordonné, il fallait obéir.

    Ainsi avait-on guidé le jeune et néanmoins fougueux Ashgan Tombétoile dans une des chambres au confort et au raffinement abondants, en attendant – quoi, on se le demandait bien -. Une richesse et une élégance propres à la race nouvelle qu’il intégrait temporairement embaumaient et s’exprimaient sur les murs clairs et uniformes, d’où étaient ciselés moult colonnades et arcs sobres ouvrant sur l’extérieur, luxuriant et oisif. La différence avec l’opulence humaine demeurait dans le fait qu’ici la nature allait même jusqu’à posséder et prendre le pas sur les sols de certains couloirs, inondant les rambardes de terrasses, d’escaliers, la végétation bordant les ouvertures et les fenêtres rivées sur le lac. La lumière baignait l’endroit comme si jamais un seul relief n’était épargné de la journée. Assurément, cela laissait rêveur et admiratif pour celui qui savait apprécier autre chose que le ‘vulgaire luxe humain’. Pour sûr, l’ancien leader de la Sorgne saurait y reconnaître ses charmes au lieu ; seuls, peut-être, quelques tableaux et plusieurs statues de pierre, masqués par d’épais voiles noirs, curieux et uniques points noirs dans cet océan aveuglant, intrigueraient le jeune scionneur.

    Le jour qui avait alors commencé à s’écouler fut celui de trop pour Joy. Alors que les iris translucides repassaient les courbes d’une fine écriture arguant d’un quelconque sujet aussi trépidant qu’une course entre deux vermisseaux, les cils battirent, s’humidifièrent, les paupières s’abaissèrent et un long soupir s’étira. Elle n’arrivait plus à s’enliser corps et âme dans le marasme de son titre. La douleur la tenaillait, la relançait, vicieuse et persévérante, sans jamais faillir ou manquer son coup. Aux moments les plus inopportuns, la résistance lui faisait défaut et elle se laissait aller aux troubles étreintes de l’abandon.

    Se battre ? A quoi bon ? Pour quoi faire ? N’avait-elle pas déjà assez donné ? N’avait-elle pas assez perdu de temps ? Pour quel résultat, au final ? Seule, ou du moins, en bien piètre compagnie que celle d’une malédiction divine sur ses épaules bien trop maigres pour un tel fardeau. Plus rien ne rimait dans cette poésie au goût d’échec.

    Quittant le refuge pesant qu’elle s’était ainsi constituée, Joy parcourut les couloirs comme une ombre, fuyante et filante, immanquable et presque évanescente à la fois, jusqu’à atteindre des portes qu’elle poussa non sans difficulté, sa maigreur anormale ne suivant plus avec autant d’orgueil qu’auparavant sa volonté de fer.

    Le vent l’accueilla d’une manière singulière, et lui insuffla une bourrasque qui lui gifla les joues. Face à elle, la terrasse se déroulait jusqu’aux splendides berges de l’étendue d’eau miroitante, celle-là même où autrefois elle passait son temps à barboter. Les souvenirs surgissaient en rafales aléatoires et subtiles, au fur et à mesure qu’elle s’approchait, rejoignant l’herbe, pour finalement la délaisser et immerger ses pieds, ses mollets, puis son ventre dans l’eau tiédie par l’automne naissant, sans s’en rendre vraiment compte. La sensation mordit son être avec délicatesse, rendant le contact presque apaisant, infiltrant ses vêtements, sa peau, sa chevelure.

    Elle n’oubliait pas, elle n’oublierait jamais, ni ses baisers, ni ses mots qu’il lui chuchotait, ni ses bras qui la portaient avec une aisance déconcertante, ni la clarté de son regard, ni même sa simple présence, là, à quelques pas d’elle, dans son dos, s’avançant avec légèreté et grâce pour l’emporter doucement entre ses bras et …

    « Dame Lìvìan, mais … Mais enfin, une baignade, en pareille tenue ?! Venez, vous allez attraper grand froid ! »

    La voix alerte fit valser en éclats les bribes de mémoire qui avaient éclos en elle, la faisant se retourner avec brusquerie. Face à elle, une guérisseuse se tenait là, accompagnant de près la silhouette autrement plus massive et prononcée d’Ashgan, qu’on avait sûrement autorisé à sortir – de bon ou de mauvais gré, la protectrice l’ignorait -. Il semblait se porter bien. Baissant les yeux comme une enfant, la jeune elfe ne daigna cependant sortir de l’eau, s’enfonçant même un peu plus dans l’eau.

    « Il va falloir vous décider ; si je ne peux ni rester à l’intérieur, ni sortir, où vais-je ? »

    La malice aurait pu, avant, teinter ses propos, et un joli sourire aurait pu orner le visage. Mais il n’en était rien, et bientôt la noble redressa le menton, fixant Ashgan d’un regard clair. Il n’avait sans doute pas compris un traître mot de la conversation qui avait eu lieu entre les deux elfes.

    « Vous semblez en bien meilleure forme. Votre repos vous a été bénéfique. »

    Ces mots-là, limpides, il les comprendrait, assurément ; ils étaient issus du langage qu’il parlait depuis sa naissance. Et si la phrase semblait aussi anodine que pourvue de bonnes attentions, sa futilité ne manquait pas d’audace. Après tout, qu’est-ce qu’elle aurait bien à faire des états de santé d’un humain ?


Dernière édition par Joy Lìvìan le Ven 13 Jan 2012 - 21:35, édité 1 fois
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Cyric
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Mar 23 Aoû 2011 - 11:59

    Magnifique, elle était... Magnifique.

    Pourtant ces derniers jours, les yeux du ribaud furent mille fois agressés par les beautés que renfermait l'Epine Dorée. Immobile tel un piquet, il observait sous un air neutre empli de morosité celle qu’il convoitait bien trop fortement. Notre Walfen tentait de recouvrer la totalité de sa mémoire, partiellement embrumée. Comment ses sales pattes s'étaient-elles retrouvées à piétiner les idylliques parterres de l'Anaëh déjà ? Un massacre, oui, c'était un point de départ récurrent dans beaucoup de ses mésaventures. Saint-Ripolain, une tanière oesgardienne, ultime repère où s’était réfugiée la Maraille rescapée, piètres restes d'une Sorgne dépourvue de piédestal. C'étaient ses frères et sœurs qu'il avait dû éliminer, afin que personne ne puisse jamais le retrouver, le Sicaire, ennemi public en Serramire, bouc émissaire des pires malheurs que connut le duché en cette triste époque. Oh il n'y avait pas été seul, non un prince de sang l'accompagna, Aetius, jeune comte au coup d'épée affuté malgré l'ego démesuré, véritable chevalier d'industrie dont le sang virait au bleu royal. Quels souvenirs le ribaud gardait-il de Scylla ?

    Un sourire se dessina sur ses lèvres, dont les pensées se nourrissaient d'une rencontre passée et les yeux d'un présent alléchant.

    C'était au cœur d'une forêt de conifères, née sur les côtes de sel bordant les Terres Maudites, propriété de l'Ivrey, qu'ils s'étaient rencontrés. En y réfléchissant, Cyric ne su pas pourquoi l'elfe s'était égarée aussi loin de chez les siens. Qu'était-elle partie chercher sur la péninsule ? Que pouvait bien envier l'enfant des sylves aux pouilleux venus de l'Ouest ? Notre Walfen n'en connaissait pas la raison mais pria celle-ci chaque jour qui suivit cette merveilleuse nuit. Ils avaient échangé des paroles, quelques sourires, des rires même puis une danse, ce fut bien assez pour faire de ce luisant le meilleur moment de son existence. La révélation était pathétique et pourtant véridique. Le ridicule ne s'arrêtait pas là, notre maraud ne savait peut-être pas grand chose en affure d'amour, il n'était cependant pas né de la dernière pluie, cette femme ne serait jamais sienne. Il n'était pas celui qui pourrait passer une main dans sa longue chevelure d'argent en susurrant quelques mots doux au creux de son oreille pointue. Ses lèvres ne connaîtraient pas la saveur de celles qui faisaient naître en lui un désir puissant. L'aigrefin devait se le répéter constamment pour ne pas céder, cet amour ardent et inconditionnel n'existait que dans un sens, son sens. Le Walfen en crevait, mais une mort perpétuelle valait sans doute mieux qu'un viol, il devait se persuader de cette révélation, il le fallait. Qu'on le définisse par ses actes, non ses pensées, Cyric ne bougea pas d'un pouce.

    Dieux, pourquoi l'avait-elle ramené ici ?

    La chevauchée s’était faite sans encombre, les hussards de l'Epine Dorée avaient filé au vent comme jamais. Dame Fatigue brouilla-t-elle sa vue au point de ne plus parvenir à dissocier les couleurs ? Possible, mais Cyric en restait convaincu, malgré les nombreuses cavalcades montées que sa vie mouvementée lui offrit, cent années de plus ne suffiraient pas pour les égaler. Les chevaux réagissaient au moindre mouvement de ces doigts fins et habiles qui jouaient sur la bride comme un barde le faisait sur sa mandoline. Aucune fausse note, leurs sabots semblaient survoler les branches, nids de poules et autres obstacles pourtant innombrables en forêt. Les elfes étaient décidément de bien étranges créatures, quel lien fusionnel unissait ces cavaliers à leur monture pour connaître les réactions de sa bête aussi parfaitement ?
    La stupéfaction fut toutefois de courte durée, être témoin d’une telle prouesse cavalière amoindrit son attention, la tête du maraud se mit dès lors à dangereusement dodeliner, il grogna bien une fois ou deux dans l’espoir que ses haussements de voix pathétiques lui relance du sang au cerveau, en vain. Le maraud tomba dans une léthargie profonde, son corps s’affaissa puis suivit silencieusement la danse rythmée qui soulevait l’arrière train du canasson d’Hal’faniel.

    Lorsqu'il rouvrit les yeux, c'était pour se décrocher la mâchoire. Un monde nouveau se dessinait devant eux. Une foule était venue accueillir la Dame et ses défenseurs, ces gens-là possédaient à l'image de Joy une peau blanche, sans doute était-ce pour marquer la pureté de leur âme. Une légère brise ravigotante soulevait la pointe de leurs longues toisons qui coulaient doucereusement sur ces grandes épaules, où, plus bas, un torse droit et fier suivait la cadence d'un palpitant immortel. Les enfants de Kyria portaient un sourire bienveillant, symbole d'une force tranquille. Ces êtres là n'étaient que grâce, dépourvus de graisse, habillés avec simplicité, sans pouponnage ni maquillage. Tout était si différent, jusque dans la couleur des feuillages environnants, d'un émeraude éclatant. Les arbres millénaires qui l'entouraient affichaient des balcons suspendus où d'étranges volatiles au plumage insoupçonné se posaient pour le dévisager. Les cris lointains d'animaux se mêlaient à celui de ces oiseaux que des cascades invisibles atténuaient sans jamais les cacher, ce chant naturel lénifiait plus que n'importe quelle drogue ou musique pianotée sur le meilleur des claviers.

    Mais bien vite, des sourcils se levèrent, les chuchotements, rendus fébrile par une inquiétude qu'ils n'espéraient pas voir devenir certitude, se multiplièrent. Que faisait une courte-oreille ici ? Quelle nouvelle folie frappa leur protectrice pour éconduire cet étranger jusqu'aux portes de leur citée ?
    On empêcha les enfants de s'approcher, les expressions de bienvenue s'effacèrent des visages et furent remplacés par un masque placide, empli de froideur. Cyric ne le remarqua même pas, trop occupé à contempler ce qu'il n'aurait jamais cru exister, un tableau qu'aucune fable ne saurait retranscrire avec exactitude tant la joliesse illuminait ces lieux. Il voulu descendre du cheval, fouler de ses pieds ce qui ressemblait de trop près à un songe où s'y reflétait toute sa naïveté. Mais ses jambes ne parvinrent à se soulever, ses muscles semblaient s'être déchirés depuis sa défaite contre le sombre adorateur de Meingal. Les choses allaient encore lorsque le fer était chaud, mais maintenant les mortifications ressortaient avec violence. Face la première, il heurta lourdement le sol, provoquant une douleur insoutenable dans son bras en charpie.
    Les choses devinrent dès lors très nébuleuses. Notre ribaud se souvenait avoir hurlé tout son mal, puis une armée de guérisseurs s'affaira à le réparer, ou tout du moins le remettre sur pied. La plupart des opérations, notre ribaud les passa dans un état comatique d'où il s'extirpait parfois, criant, pleurant, avant de rechuter dans le néant.

    Lorsqu'il se réveilla pour de bon, il constata en premier lieu sa nudité, des inconnus aux oreilles pointus s'était chargés de le déshabiller, le laver, puis de l'installer dans un lit moelleux aux draps de soie blanche. Tout semblait à sa place, ces braves gens avaient fait du boulot soigné. Egayé d’avoir pu éviter de finir estropié, le Walfen parti dans un fou rire. Les choses n’auraient sûrement pas pris une aussi bonne tournure sur la péninsule. Les gens de son rang, faute de moyens, ne pouvaient se payer les talents prisés que possédaient les maîtres soigneurs, beaucoup de situations se terminaient alors par une amputation. L’hilarité passée, il se mit à observer avec plus d’attention la chambre où on l’avait déposé. Là aussi tout n’était que vénusté, le décor était sobre mais de qualité incomparable, une nature indomptée s’entremêlait aux pieds des meubles, enlaçaient les statues, coloraient le sol marbré. Il était en train de vivre un de ces foutus contes ! La chance avait finalement tourné, par les cinq il lui avait fallu une épaule infestée de pue, plusieurs cottes brisées, un bras en compote ainsi que quelques balafres sur le visage, sans compter un bon morceau de vie au fond du trou pour finalement vivre un de ces foutus contes ! Mais où donc était sa princesse ? Ah, la voilà, elle attendait son réveil pour entrer dans la pièce.
    Le sourire allègre du ribaud s'effaça d'un trait. Au lieu du ravissant faciès de sa muse éternelle, un grand elfe, l'air hautain, se tenait sur le palier de sa porte.

    « C’est l’heure. »

    Les jours qui suivirent furent dédiés à la rééducation de son bras et aux promenades dans la colossale demeure de la Protectrice. Si rapidement le Walfen voulu élargir ses découvertes, il apprit que l’accès au monde extérieur était interdit, l'étranger devait rester cloîtré. Bast, qu’on lui laisse le temps de recouvrer entièrement ses forces, personne ne serait alors en mesure de le retenir. Heureux de pressentir que le vent avait tourné en sa faveur, enfin capable de mouvoir son bras en convalescence, Cyric se sentait pousser des ailes malgré l’absence prolongée de sa bien-aimée. Il vagabondait dans les couloirs, s’émerveillant ingénument à chaque instant. Une étrange atmosphère planait en ces lieux, pleine de savoir et d'une quiétude inébranlable. Le Walfen ouvrait grand ses narines, espérant sans doute ingurgiter un peu de sagesse à chacune de ses grandes bouffées d'air.
    Loup solitaire, notre ribaud ne parvenait pourtant à se mentir, ses errances n'aspiraient qu'à croiser le chemin de Joy, au bout d'un gigantesque couloir, sous une arche qui ouvrait sur des salles toujours plus gargantuesques. Malheureusement pour notre ribaud, sa Belle n'apparut pas un fois.
    Les jours s'étaient succédés, sa dulcinée n'avait point montré le bout de son nez, par contre cette vieille elfe au regard méprisant, elle, venait le chercher quotidiennement. Elle vérifiait l'évolution de son état et s'assurer que les os de son bras fraîchement repoussés s'imbriquaient comme il fallait. Cyric pouvait sentir toute l'animosité que sa présence éveillait chez ces êtres sectaires, favoris de La Première. Le gonze n'en n'avait cure, il observait cette hostilité d'un œil désabusé. Attristé de voir que les jours se succédaient en perdant lentement de leur beauté, paysage mirifique privé de son atout majeur.
    Suivant son guide, les esprits éparpillés de Cyric furent alertés par ce nouveau chemin que l'elfe leur faisait emprunter.

    "Où allons-nous?"

    Un énième silence pour réponse, calme il devait rester calme. Le Walfen devait s'occuper les doigts pour éviter de les assembler en un poing. Il resserra donc le lacet qui maintenait ses longs cheveux en queue de cheval, qu'un bain avait rendu propre et un peigne soigneux. Soudain, un ciel voilé accueillit notre ribaud qui, malgré un léger vent frais, semblait manquer d'oxygène. A quelques mètre de là, Joy faisait trempette.
    La guérisseuse entama une discussion aux allures de blâme, enfin, Cyric ne pouvait se fier qu'à l'intonation, incapable de comprendre le langage elfique.

    Magnifique, elle était... Magnifique.

    Soudain, l'enfant bénie des Dieux plongea un regard lointain dans le sien.

    « Vous semblez en bien meilleure forme. Votre repos vous a été bénéfique. »

    Sa main tirait inlassablement sur le bas de sa tunique, trahissant la nervosité venue le ridiculiser. Après un bon juron grogné, il opta un croisement des bras sur sa poitrine bombée.

    "Vos gens ont été aux petits soins avec moi. Ils tiraient la gueule à longueur de journée, mais de mémoire d'homme je ne me souviens pas avoir été autant choyé."

    Il leva son bras, preuve indiscutable sur l'application réelle des guérisseurs.

    "Merci surtout pour ça. Les repas copieux, les bains et les vêtements j'aurais pu m'en passer, mais si j'avais fini manchot..." Un gredin avec une seule main, c'était un peu comme une vigie borgne."Enfin merci, juste merci."

    Après Fjama, c'était au tour de Joy, sa liste des dettes grandissait vite pour quelqu'un qui s'était juré ne jamais devoir à un autre. Se renfrognant, il ajouta de but en blanc:

    "Vous par contre ça semble pas être la grande forme. Et vous pourriez pas dire à cette vieille bique d'arrêter de me reluquer avec cet œil mauvais ?! " Il pointa un doigt accusateur sur la guérisseuse. "Je ne lui ai encore rien fait pourtant." Une pensée désagréable heurta alors sa caboche, peut-être les elfes possédaient-ils le don de clairvoyance ? Ils savaient sans doute quel lourd passé il cachait, ce qui expliquait cette haine à son égard. C'était logique! Il ne put alors retenir sa question, et c'est d'une voix chevrotante qu'il la posa.

    "Vous... Êtes-vous capable de sonder mon âme Joy?"

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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Mar 23 Aoû 2011 - 16:16

    La venue improvisée d'Ashgan avait pour le moins marqué le coup et le changement d'ambiance ; la voix masculine frappa par le contraste qu'elle signait au beau milieu de l'ambiance paisible de la nature, presque trop surfaite par son imperturbable sérénité. Se souvenant à quel point leur première rencontre avait eu ces mêmes attraits et cette même façon de la surprendre à plusieurs reprises quant à la nature humaine, l'elfe mit un léger temps avant de saisir certaines subtilités linguistiques, qui, avouons-le clairement, n'étaient pas vraiment le genre d'expressions qui appartenaient au registre qu'on lui avait appris. Répétant avec une incompréhension perceptible dans sa voix, Joy plissa les sourcils.

    « 'Tirer la gueule' ? Vous m'en voyez désolée, ca semble vous avoir dérangé, mais j'ignore de quoi il s'agit. »

    Et, le bras levé, il lui exhiba fièrement l'usage de so bras chéri retrouvé, non sans la remercier copieusement pour ce qu'elle avait fait. Comme si jamais auparavant il n'avait reçu un tel présent. Tout cela semblait disproportionné par rapport à la responsabilité qu'elle avait eu dans ces récents évènements ; en effet, si ils ne s'étaient jamais recroisés dans ces forêts d'Ithri'Vaan, jamais Joy n'aurait été amenée à pouvoir demander à ce qu'on sauve Ashgan d'une agonie douloureuse. Et si lui-même avait évité d'autres situations, par d'autres hypothétiques solutions, il n'aurait peut-être jamais eu à subir la douleur cuisante physique qu'on lui avait ôtée. Le hasard avait fait et défait bien des liens. Quant aux soins pratiqués en eux-même, la Marquise n'avait pas étalé elle-même la pommade ou été cueillir les remèdes. Elle n'avait rien fait.

    « Eh bien, pour être honnête, je ne suis pas celle qu'il faut remercier. Mais, je vous en prie. »

    Les mots auraient sans doute sonné, dans la bouche de n'importe quelle autre petite roturière vénale, comme une insipide ironie qui n'avait franchement rien de très drôle. Mais ce n'était pas le cas. L'étonnement était sincère, autant que la modestie était spontanée dans le peu des actes qui lui revenaient de droit. Pourquoi aurait-elle laissé Ashgan en piteux état retourner sur ses terres ? Elle ne le haïssait pas, bien au contraire. Il méritait au moins qu'elle le prenne sous son aile et, qu'à la manière de l'animal blessé qu'on recueille sans trop pouvoir et vouloir imaginer une autre solution, on le soigne pour ressentir le plaisir simple et réconfortant de le voir revivre un peu grâce à soi. Il y avait une indubitable forme d'altruisme naturel qui était aussi teinté d'une once de culpabilité, mais Joy n'avait guère envie de s'avouer que si Ashgan était ainsi en si bonne santé, c'était pour soulager sa conscience et rattraper les erreurs qu'elle avait involontairement commises envers d'autres, pour qui l'issue avait été différente.

    Si elle l'avait empêché d'y aller ... Si elle avait pu le soigner, lui aussi ... Le retenir, le sauver ...

    La franchise d'Ashgan, un brin salie par la rudesse du langage humain, s'exprima, empêchant ainsi les pensées de l'elfe de s'éparpiller dans d'autres mondes moins idylliques. Un simple sourire et ses épaules se haussèrent avec l'indifférence royale d'une malade qui s'ignore. Pas la peine de s'inquiéter, non, elle s'en remettrait, parce qu'on s'en remet toujours d'une manière ou d'une autre. Elle n'avait pas besoin de bonnes nuits de sommeils et de repas copieux, songeait-elle sûrement avec ce qui s'apparentait à de l'orgueil déguisé en faux-semblant. Comme si elle avait préféré se placer en martyr, elle-même savait que les maux dont elle souffrait ne s'effaçaient pas par la magie des plantes, de bons traitements et d'une simple cure de repos sévère comme pour le rôdeur.

    Chassant la gêne qu'elle voulait étouffer dans l'oeuf des remarques de son "protégé", le rire qui répondit aux doléances de l'humain, puis surtout à sa panique à l'idée de voir ses pensées mises à nu, fut des plus surprenants. L'écho hilare arracha d'ailleurs un sourcillement partagé entre la perplexité et l'incrédulité de la guérisseuse, qui n'imaginait pas un seul instant qu'un courtes-oreilles puisse dire, faire, ou inspirer quoi que ce soit qui pousse à rire sans se moquer. Elle ignorait bien des choses, et cela ne lui plaisait guère, bien qu'elle n'y changerait rien.

    La noble dame reporta un court instant son attention sur la silhouette haute plantée aux côtés de Tombétoile, le visage pincé de la guérisseuse montrant clairement que si elle ne pouvait pas saisir elle non plus la teneur de la petite discussion qui s'était engagée, elle dépréciait fortement cette façon qu'ils avaient, tous deux, de l'ignorer et de ne guère prendre ses conseils avisés au sérieux. Reprenant les bonnes manières sylvaines, Joy prononça un ordre à l'égard de sa consoeur qui fut d'autant plus audible et compréhensible pour cette dernière qu'une fois n'était pas coutume, Ashgan ne pourrait pas profiter d'une quelconque traduction.

    « Un peu plus d'enthousiasme serait appréciable de votre part. Vous pouvez nous laisser. »

    A dire vrai, l'ordre n'était pas formulé, mais il était clairement insinué. Aussi la guérisseuse tourna les talons sans demander son reste, bien trop heureuse de pouvoir se défaire de cet imbécile d'humanoïde qui était aussi pataud et maladroit qu'un éléphanteau. Les laissant seul à seul sans en savoir davantage - la Marquise aimait faire des mystères, soit, qu'elle fasse ce que bon lui semble ! -, l'ombre gracieuse disparut dans un virevoltement d'étoffes, laissant un silence à peine rythmé par le clapotis aquatique léger de la surface du lac, reflet miroitant que chaque geste de Joy s'amusait à briser distraitement. Ses mains effleuraient tranquillement l'eau, alors qu'elle s'approchait du rivage, son regard retrouvant les traits burinés par le temps et l'expressivité si caractéristiquement humaine du visage d'Ashgan.

    « Sonder votre âme ? Voilà qui a l'air de vous inquiéter. Vous auriez des choses à cacher ? »

    Qui n'en avait pas ? Le sujet était somme tout épineux, et appartenir à une autre race n'y changeait rien ; les secrets étaient bien une de ces choses universelles que l'on pouvait partager avec n'importe quel inconnu. Atteignant le rebord herbu avec douceur, l'elfe s'y accouda, guettant avec une attention studieuse, un brin malicieuse, la réponse du jeune homme. Elle le devinait sans trop de difficultés bien vite submergé par toutes les possibilités qu'un oui entraînerait ; elle lirait dans ses moindres pensées, saurait tout ce qu'il pouvait bien se terrer au plus profond de lui, et connaîtrait même tout de son passé, de ses erreurs et de ses fautes, de ses souffrances aussi, de ce qui avait fait de lui l'homme qu'il était aujourd'hui, peut-être pas le meilleur, peut-être pas le pire. Et peut-être même qu'elle y verrait aussi d'autres détails encore plus troublants qu'au grand jamais elle, surtout elle ne devait savoir.

    Les mythes elfiques qu'il avait crus, lus ou entendus, Ashgan semblait les prendre comme argent comptant. Mais par chance pour lui, le destin - et d'autres circonstances beaucoup moins mystiques - avaient fait Joy non douée de magie. Ainsi pouvait-il se rassurer de garder encore bien au chaud et pour lui tout seul ses songes les plus fous ; enfin, pour qu'il puisse respirer un peu plus librement, encore eut-il fallu que Joy lui avoue la supercherie. Mais bizarrement, elle s'amusait de voir cet homme aussi facilement chamboulé par ce que l'Anaëh offrait de plus commun. C'en était presque attendrissant ; elle qui avait l'habitude d'avoir tout vu, tout entendu, de tout connaître jusqu'à pouvoir redessiner les yeux fermés les paysages de l'Epine et ceux qui la peuplaient dans le moindre détail, se surprenait à contempler le nouveau-né qui découvrait, étranger et pourtant fasciné.

    « Je n'ai pas besoin de faire ça pour voir que vous avez l'air d'aimer l'endroit. Au moins, vous savez que je ne vous ai pas menti en vous décrivant l'endroit où je vivais. »

    Son sourire s'atténua quelque peu, alors qu'elle poursuivit.

    « Je ne fais pas une très bonne hôte, j'ai plutôt brillé par mes absences depuis votre arrivée. L'avez-vous mal pris ? »

    Ses iris le dévisagèrent avec prudence, comme éludant sa faute avec une certaine pudeur. Sûrement se mettrait-il en colère comme les humains le font si souvent, on contait que leurs énervements étaient parfois terrifiants. Joy ne doutait pas qu'Ashgan devait être capable d'en effrayer plus d'un. A ses yeux peut-être, tout cela serait dérisoire ... En vérité, la jeune créature ne pouvait pas prétendre prévoir ses réactions, loin de là.
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Cyric
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Mar 23 Aoû 2011 - 22:36

    Bien sûr, le langage des hommes avait ses familiarités qui ne pouvaient se traduire. La belle répétait lentement ces mots dont la rudesse sonnait horriblement faux au creux d'une bouche si affriolante.

    Un sourire niais se dessina sur le faciès du Sicaire, conquis par tant d'innocence.

    Sous ses airs ingénus, elle rappela ensuite que le maroufle devait avant tout remercier ceux dont les talents avaient vraiment été mis en jeu. Le prenait-elle pour plus idiot qu'il n'était ?
    Cette remarque assombrit un regard déjà fort obscurci par quelques cicatrices, ou rides selon l'endroit. Cyric se doutait bien que les mains de sa bien-aimée ne s'étaient pas amusées à retirer le pue de ses blessures ou passer un onguent prodigieux sur ses cottes brisées. Elle était Dame Protectrice, il n'était qu'un étranger de piètre qualité, sans renommée aucune. Seul un fou pouvait croire que ses ravissantes mains se souilleraient dans le sang impur d'un vagabond. Le Walfen lui-même ne l'aurait pas voulu.

    Incapable d'en vouloir réellement à la douce enfant, notre maraud détendit ses traits. Ses yeux dévoraient Joy continuellement, comme s'il profitait d'un présent dépourvu d'avenir. Le maraud voulait imprégner ses prunelles une nouvelle fois de cette image exquise, car tôt ou tard, on le séparerait de sa muse.
    La guérisseuse tout juste congédiée ne s'était d'ailleurs pas gênée de rappeler au ribaud où se trouvait sa place, loin derrière les frontières de l'Epine Dorée, en dehors de l'Anaeh. Comment ne pas lui donner raison ? Cyric savait qu'il ne pouvait rester ici, alors il profitait, se régalant de pouvoir la voir d'aussi près. Il la regardait effleurer doucereusement l'eau, marcher d'une manière légère, presque altière mais dépourvue de toute fierté mal placée. Une princesse aussi vraie qu'angélique dont la candeur semblait camoufler un mal-être profond. Car son regard polaire, d'un céruléen pourtant enivrant, restait drapé d'une ombre venue étouffer toute étincelle de vie.

    La question que lança Joy l'extirpa de sa méditation sur les causes de ces noirceurs qui paraissaient dévorer le cœur de sa dulcinée.
    Quelque chose à cacher ?! Il se tortilla un instant sur place, la pointe de sa bottine creusant violemment le tapis herbeux. Que devait-il répondre à ça ? Oui il avait égorgé des enfants pour une poignée d'écus, rendu eunuque quelques fortes têtes en échange d'une bonne soupe. Il était une nuisance, un de ces gredins sans foi ni loi commettant le pire contre de l'argent, prêt à vendre père et mère pour une nuit dans les draps d'une fille de joie. Mais cette elfe là le rendait mièvre à en vomir, elle l'obsédait, source d'un nouveau feu venu pourfendre son âme d'une flamme délectable. Devait-il dire la vérité ? Cyric ne pouvait évidemment s'y résoudre et oser la perdre pour une vulgaire histoire d'honnêteté. Heureusement, il n'eut point besoin de lui offrir une quelconque réponse, Joy renchérissant sur une plaisanterie. Le Walfen ne l'avait pas vraiment entendu, alors perdu dans les recherches d'une excuse, mais le sourire qu'affichait la chérubine suffit à son bonheur.

    Finalement, le Dame de l'Epine Dorée demanda si Cyric avait mal pris son absence prolongée. Les mains sur les hanches, l'air malicieux, le maraud répondit par une question.
    "Ce sont des excuses que vous me faîtes-là Protectrice ?" Un court instant. "Oui je l'ai mal pris." Il se pencha brusquement en avant, son visage n'était qu'à un pouce de Joy. "Cet immense palais était bien morne sans son plus beau bibelot."
    Le compliment, ou du moins ce qui devait en être un, lancé, notre maraud voulu se jeter de la plus haute des tours. "Enfin vous êtes pas vraiment un bibelot. Non j'veux dire vous n'êtes pas du tout un bibelot." Les mains de Cyric valsaient en tout sens, décrivant des signes incompréhensibles. "Vous êtes beaucoup plus belle qu'un bibelot." Quel rocher était assez gros pour le cacher, lui et sa stupidité ?
    "Faisons un course !" Il pointa le lac du doigt. "Si je gagne, vous oubliez ce que je viens de raconter et vous me payez un alcool d'elfe. J'ai toujours rêvé de savoir si ça existait. Si je perds..." Il haussa les épaules. "Bin vous faîtes ce que vous voulez et j'exécuterai un gage en votre faveur. J'irai cueillir des fraises ou je partirai loin derrière Kirgan sur les mains, tout ce que vous voudrez. J'espère que vous savez nager." Le ribaud ne laissa pas le temps à Joy de répondre quoique ce soit, souriant de ce nouveau défi comme un gamin le ferait, il entama un décompte rapide. "3, 2, 1 PARTEZ" Le Sicaire pénétra alors dans l'eau d'un magnifique plat sur le ventre, éclaboussant entièrement la Protectrice sur son passage.

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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Mer 24 Aoû 2011 - 22:14

    Une fois de plus, le scionneur - identité dont elle ignorait la teneur et ce que cela impliquait, par chance pour lui - se montrait déroutant dans ses réactions ; tantôt fier, bête farouche qui niait la douleur et la faiblesse par l'exagération de ses forces, tantôt penaud, intimidé, presque troublé dans cet univers trop beau pour qu'il mérite d'en faire partie, tantôt contemplatif, malicieux et bouche bée face à l'éternel.

    Le voilà qui, non content de pouvoir sauter sur l'occasion que lui fournissait gracieusement la Protectrice en lui murmurant ce qui s'apparentait énormément à des excuses, s'amusait de sa culpabilité avec la sournoiserie d'un renard, et la ressemblance lui fut alors plus frappante et précise : c'était exactement ce qu'elle avait presque d'avoir face à ses prunelles glacées. La personnification d'une ruse sans limites, d'une imagination débordante qui ne cessait jamais de fourmiller de subterfuges pour distraire la belle, l'éloigner des gravités de ce monde et de lui-même, de ce qu'il était réellement, et de ce qui, tôt ou tard, peut-être, s'annonçait comme une séparation qu'il ne désirait pas. Le nez humanoïde narguant le sien à seulement un pouce, la moue intriguée de Joy face à ses confessions se mua en un rictus hilare.

    Décidément, Ashgan ne maniait pas toujours le verbe avec justesse ; et si l'esprit de la flatterie était résolument présent, la tournure laissait encore à désirer. Se voulant moqueuse, l'enfant de Kyria lui susurra face à ses compliments une petite réplique toute en douceur.

    « Toujours le mot pour plaire, Ashgan. »

    A peine eut-il fini de se dépêtrer du marasme de ses mots que déjà il enchaînait sur d'autres festivités.

    Un pari, un de plus, rien que ça ! A nouveau il posait lui-même les enjeux, lui qui ne manquait pas plus de culot que d'initiatives. Se réfugiant sous la carapace du joueur invétéré, le rôdeur l'invita à une petite course ; le pauvre. S'il avait su, il n'aurait sûrement pas défié Joy en terrain physique - l'apparence était trompeuse, Joy étant une excellente nageuse face à n'importe quel humain, notamment de par son habileté naturelle et parce que l'eau semblait être comme un élément de prédilection pour l'elfe -, mais soit, il voulait donc prendre une revanche sur sa dernière défaite, et il n'avait pas l'air près à admettre un échec supplémentaire, car sans plus attendre, il bondit avec toute l'élégance dont il pouvait se fendre, esquissant de toute sa masse un plongeon aussi bruyant qu'expansif. La naïade n'eut pas le temps d'émettre ne serait-ce que l'idée d'un refus ; l'explosion aquatique qui la submergea pour la tremper définitivement jusqu'à l'os empêcha sa voix de signifier toute opposition, et Ashgan venait par la même occasion de signer une magnifique performance aussi douloureuse qu'éclaboussante.

    Et l'animal de s'élancer par la même occasion, traçant sa route sans oublier de lancer quelque taquinerie. S'immergeant totalement dans l'eau, la jeune protectrice songea cependant que gagner ne lui serait guère satisfaisant - elle n'avait pas vraiment envie de voir Ashgan se souler devant elle -, ni même utile - sauf si elle avait envie de voir ce qu'était l'ivresse humaine -. Elle aurait pu le laisser perdre, mais elle doutait qu'il appréciât pareil comportement presque insultant ; quoi qu'il en soit, ses réflexions la ralentirent, puisqu'elle dessina les premiers gestes amples et lestes d'une brasse rapide, mais tardive. Un peu plus loin, l'adversaire atteignait déjà presque le milieu du lac, et semblait définitivement parti pour remporter l'épreuve.

    Et alors qu'elle continuait de le poursuivre, réduisant un peu l'écart entre eux sans pour autant s'épuiser jusqu'à l'évanouissement pour le rattraper, Joy s'arrêta de nager, battant des cils, contemplant la progression régulière et énergique du brigand, ses commissures s'étirant d'elles-même, comme un réflexe, une habitude qu'on retrouve difficilement sans pour autant avoir pu réellement l'oublier totalement. Passant ses mains humides sur ses joues toutes aussi moites, la silhouette gracile poussa une exclamation pour interpeller notre maraud, et sans "crier gare", plongea entièrement son corps dans l'eau, disparaissant totalement pour ne plus laisser place qu'à un lac vide, où seul barbotait un humain dont l'ouïe n'entendit bientôt plus que les propres échos de ses mouvements.

    Une première minute passa, les secondes filant comme un courlis. Le temps s'égrenait avec une telle lenteur que rapidement, la brusque évaporation de Joy, anodine, commençait à prendre l'air d'une mauvaise farce retournée contre elle. Et pourtant, elle était toujours là ! Se faufilant sous l'eau, la plus silencieuse possible, l'ombre glissait dans les basses profondeurs du lac, dépassant bientôt Cyric pour aviser, non loin, la berge adverse, celle qu'elle atteindrait sans finalement trop de difficultés. Son coeur n'était pourtant pas loin de crier sa douleur, mais jamais elle ne s'était sentie aussi bien depuis un long moment.

    Ce fut dans un fracas d'eau, certes moins brutal, mais tout aussi resplendissant, que la silhouette de la Marquise surgit hors des tréfonds comme un monstre mythologique maritime - un monstre qui aurait eu bien du mal à effrayer qui que ce soit, en réalité -. Goûtant l'air à pleins poumons dans un soupir délicieux, tout son corps sembla vibrer d'une énergie aussi violente que nouvelle, et tout à fait agréable. Etait-ce l'apnée, était-ce le dépassement de soi, ou la conjugaison de l'adrénaline du jeu, mais jamais elle ne s'était sentie aussi vivante, aussi capable. Sur l'instant, la créature sylvaine respirait comme avant, sentait comme avant, ses cinq sens propulsés avec vigueur dans une sensibilité familière exacerbée, lui rappelant ce bonheur qu'elle avait tant de fois caressé ...

    Essoufflée, l'elfe dévisagea Ashgan.

    « C'était pas ... loyal mais ... Vous ... avez perdu ! ... Pas de fraises ... à Kirgan ... Ou d'alcool ! »

    Elle eut un rire entrecoupé par les secousses de son souffle saccadé.

    « Vous vous êtes bien battu.. en tout cas. Votre horrible gage ... sera de prendre le repas avec moi ! ... C'est votre punition. »
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Cyric
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Dim 28 Aoû 2011 - 14:40

    Il fallut un bon moment au ribaud pour s'arracher cet air crédule qui arrondissait sa bouche grande ouverte. La belle avait joué avec son cœur, disparaissant sous les eaux, comme aspiré par la plus véloce des bêtes marines. Pris de court il avait hurlé son prénom, frappant de ses poings rageurs la surface du lac, ses yeux firent le tour de leur orbite, cherchant un quelconque indice sur la localisation de sa bien-aimée. C'est alors qu'elle réapparut, dans le dos du maraud dont l'anxiété avait atteint son apogée, Joy s'extirpa de moitié. La tête penchée vers l'arrière, les yeux fermés, ses cheveux d'argent décrivirent un arc de cercle mirobolant. Sa tenue de soie trempée moulait délicieusement son corps où l'air s'engouffrait à grosses goulées, offrant un spectacle alléchant au yeux d'un Walfen émerveillé. Pris par surprise, ce dernier bu la tasse et ne put que s'étouffer, recrachant l'eau ingurgitée parmi quelques toussotements étranglés.

    La mine déjà renfrognée par cette plaisanterie de mauvais goût, Cyric ajouta un grognement expressif sur le mécontentement qui l'habitait lorsque la chérubine réclama son dû. Il s'était fait battre par une femme, celle qu'il était censé impressionner l'avait ridiculisé et voulait désormais prolonger le supplice. Qu'importe, si cela pouvait faire perdurer son sourire, Cyric était prêt à tout endurer, moqueries et humiliations y compris. La Protectrice posa de sa voix ensorceleuse les conditions du repas auquel notre maraud devait alors se préparer. Point de retard de sa part, lorsqu'il descendrait pour le repas qu'elle souhaitait déguster en sa compagnie, le Walfen porterait la tenue qu'elle aurait choisi.
    Acquiesçant d'une bref signe de tête, il observa sa dulcinée s'échapper des flots plats où pataugeait encore celui-ci. Sans se gêner, il dévora d'un regard envieux cette exquise chute de reins qu'une marche gracile faisait danser fort élégamment. La belle ne se retourna pas une fois, au grand damne de Cyric qui marmonna quelques jurons inaudibles, la gueule noyée dans l'eau.

    Son retour au palais se fit dans un silence contemplatif, l'Epine Dorée était un véritable joyaux perdu au cœur d'une forêt indomptée, nature sauvage mais bienveillante à l'égard du peuple immortel. Toutes les bâtisses elfiques semblaient merveilleusement s'accoupler aux créations verdâtres de la Première, une architecture unique sans jamais paraître injurieuse à l'égard de leur déesse.
    Il n'eut point le temps de s'égarer car déjà une escorte l'encerclait pour le rapatrier dans sa chambre, où un autre gonze l'attendait, une paire de ciseau en main.

    Lorsqu'il descendait finalement les escaliers de la Grande Salle, Cyric avait revêtu une longue tunique elfique, où des arabesques parcouraient ses hanches, gravissaient son torse et enlaçaient ses bras. L'ensemble était confortable il devait l'avouer, si léger qu'il avait l'impression de ne rien porter. Doux au toucher, le tissu s'ajustait admirablement bien au corps du ribaud, laissant deviner les principaux traits de sa musculature sans pour autant tomber dans le grossier poussé par un excès de vanité. Un large ceinturon mordait sa longue toge qui lui descendait jusqu'au dessous des mollets. Sa crinière de jais, fraîchement coupée, caressait à présent ses épaules de manière régulière et encadrait un visage rasé de près. Ses bottes neuves claquaient avec prestance sur le marbre blanc dans lequel se dessinait l'imposant escalier. Les yeux du Walfen ne cessaient de chercher la dame de ses rêves. L'avait-elle oublié ? Soudain, les pupilles se dilatèrent, le battant s'emballa, les lèvres s'entrouvrirent.

    "Dieux."
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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Dim 28 Aoû 2011 - 21:00

    Une fois éclipsée, la jeune elfe s’aventura dans les couloirs, prenant la direction de ses appartements. La spacieuse chambre qui l’accueillit dans un silence prodigieusement solennel amenuisit quelque peu l’enthousiasme dans lequel elle avait baigné plus tôt, et il ne fallut bientôt pas longtemps à la protectrice pour se demander si cette idée de prendre le repas avec Ashgan était une idée aussi brillante qu’elle le croyait.

    Cet humain avait un don étrange, particulier et indéfinissable. Rien de magique en soi, pourtant, depuis qu’elle le connaissait, et à chaque fois que leurs chemins se retrouvaient au détour d’un croisement sinueux, son sourire revenait timidement, poussé par la volonté éperdue de l’homme à vouloir la divertir, la distraire, l’égayer. Il se battait comme un lion pour un simple rire, et pour l’humain qu’il était, faire preuve d’autant de bonté lui paraissait aussi disproportionné qu’incompréhensible et illogique. Et elle doutait que sa nature face à ses congénères fut aussi aimable et pleine d’entrain.

    C’était comme si elle avait dompté un animal sauvage qui n’était qu’agneau en sa présence.

    Et cette vague impression la mettait un brin mal à l’aise. Est-ce qu’au fond, ce n’était pas ça, abuser de ses charmes ? N’était-elle pas devenue ce genre de gourgandines si méprisées par son propre peuple, qui aiment à jouer et à manipuler les esprits qu’elles charment sans aucun scrupule ? Joy voulait bien faire, mais le plus sage et le plus respectueux, autant pour elle que pour lui, était ce que sa raison lui dictait de faire : laisser Ashgan en paix, le regarder retourner à ses racines, à ses terres, parmi les gens de sa race ; là où il était sûrement le plus heureux et le plus à même de vivre sans soucis.

    Joy était loin du compte, mais elle ignorait tant de choses que devoir se séparer de la seule personne qui avait acquis un tant soi peu d’importance et d’estime – peut-être même d’affection – à ses yeux la lassait. Elle ne pouvait pas éternellement rester seule. Cette vie-là la tuerait. D’elle-même, elle s’autodétruisait, par sa simple existence morne et habituellement solitaire. Même si elle avait perdu l’amour de sa vie devenue bien trop longue à son goût, elle n’avait pas la force complète de mourir d’une pareille agonie.

    Alors elle irait à ce repas. Elle mangerait, pour une fois, et elle lui demanderait de parler de lui. Il sera sûrement gêné et il dira des maladresses, mais elle rira, spontanément, sans arrière-pensée ; juste parce qu’il lui donnait un peu de baume au cœur.

    Machinalement, la jeune femme appela une dame de compagnie qui se chargea de récupérer les vêtements humides, puis de peigner et sécher la chevelure de la jeune femme qu’elle coiffa en un haut chignon relevé, et de couvrir la marquise d’un linge tiède tandis que cette dernière, songeuse, avisa d’un regard songeur une robe qu’elle n’avait pas mise depuis bien longtemps. C’était une de ces frusques que Dolce lui avait ramené d’un voyage quelconque hors de leurs terres, et qu’elle n’avait alors jusque là jamais encore portée, une admirable robe de soie prune brodée d’argent, où quelques pierreries venaient agrémenter le bustier savamment lacé.

    D’une main un peu tremblante, elle attrapa l’étoffe soyeuse au toucher, et se glissa lentement dans la robe, comme intimidée par ses propres gestes, craignant presque de souiller une intouchable preuve de pureté. Laissant la camériste rajuster la robe par quelques gestes illusoires, l’elfe se contempla au travers du miroir, le reflet d’une étrangère lui apparaissant sans qu’elle eut su clairement dire si le choix était le bon ou pas.

    L’heure avait ainsi tourné, et la silhouette altière quitta la chambre pour traverser moult passages menant finalement à la salle où la tablée avait été dressée. Chandeliers et coupelles d’argent trônaient le long de la table, où l’on avait ainsi dressé un couvert tout à fait convenable mais sans grandes prétentions, comme s’il s’agissait d’un dîner simple et chaleureux – en dépit du décor enchanteur et du panorama surnaturel qui s’offrait sous leurs yeux au dehors -. Ashgan était déjà là, l’attendant avec une ponctualité bienheureuse, et surtout, vêtu et rasé de près comme jamais auparavant. C’était la véritable première fois qu’elle le voyait ainsi, dans des apparats aussi élégants que propres, et que son visage inspirait une certaine fraîcheur. Pour autant, il n’y avait pas eu de pathétique tentative de le grimer en elfe, au contraire, il inspirait une humanité criante.

    L’invitant à s’asseoir dans un face à face qui se voulait détendu, la jeune noble se pensa obligée d’alléger l’atmosphère qu’elle n’avait aucune envie de voir s’alourdir par une petite remarque malicieuse.

    « Pour le coup, c’est moi qui suis en retard ... Ca aurait presque mérité un gage, ça aussi. »

    Rapidement, on leur apporta diverses carafes aux boissons variées et exotiques, servant à la demande de l’eau à la jeune femme, tandis que le vin était plus généreusement versé dans la coupe d’Ashgan, qui était passé de l’objet de toutes les médisances des guérisseurs à l’objet de curiosité aux yeux des elfes qui défilaient.

    « Le vin est bon ? »

    Alors qu’elle buvait une gorgée à son tour, la jeune femme posa son regard sur Ashgan, un aimable et néanmoins discret sourire aux lèvres, venu naturellement s’y poser.

    « Je suis contente que vous ayez accepté votre gage. Les repas ici ne sont pas aussi joyeux habituellement. »

    Cet aveu, fait à demi-mot, n’avait rien d’une complainte désespérée ; Joy n’était pas là pour tenter d’attiser la compassion et la pitié de l’humain, simplement désirait-elle témoigner de son contentement à pouvoir partager un peu de compagnie avec une personne si différente, si intrigante.

    « Vous ne m’avez encore jamais vraiment parlé de vous. A part votre nom, je ne sais toujours pas qui vous êtes réellement. »

    S’interrompant, elle finit par poursuivre, avec un peu plus de douceur.

    « Cela dit, j’ose espérer que ma curiosité ne vous paraît pas gênante ou malsaine, ce serait regrettable. »

    La seule crainte qu’il se sente poussé à devoir confier des détails de sa vie qu’il n’avait pas envie d’exposer à la lumière du jour donnait à Joy l’envie de maudire son manque de naturel. A vouloir trop prendre de précautions et de pincettes, elle finirait par l’agacer et le renfrogner. Baissant les yeux sur son propre verre, la jeune femme porta de nouveau ce dernier à ses lèvres, quand une légère douleur caressa pernicieusement ses sens, la faisant déglutir de travers. Reposant le verre, l’elfe toussa, marmonnant des excuses qui se voulaient rassurantes, passablement perturbée.

    Fruit de son imagination ou pas, la fugace sensation physique lui donna l’ombre d’un frisson bien trop familier ; depuis qu’ils étaient rentrés et depuis l’incident qui avait eu lieu à Naelis, la protectrice n’avait plus ressenti quoi que ce soit d’anormal ou de semblable à ses crises. L’instant était d’autant plus mal choisi qu’elle avait ce soir réussi à oublier toute sa culpabilité et les noirceurs qui la rongeaient pour tenter d’apprendre à mieux cerner Ashgan. Si elle devait déjà lui faire faux bond sans explication, le rôdeur allait sûrement perdre définitivement patience ; et à vrai dire, l’idée l’inquiétait.
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Cyric
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Lun 29 Aoû 2011 - 14:04

    Le repas commença donc. Joy posait ses questions, et Cyric se contentait d'acquiescer par un signe de tête plutôt raide. Les yeux tantôt rivés sur les nombreux couverts qui ornaient son coin de table, tantôt plongés dans ceux de sa bien-aimée. Crispé, le ribaud n'osait piper mot, il dégustait les vins délicats comme la dernière des piquettes, vidant d'un trait ses verres afin de se donner courage. Il avait déjà rencontré le grand dilemme que représentait celui de manger avec ces biscornus bouts de métal lors de son passage à Bordefente, fief du comte scylléen. Des idiot trouvèrent même le temps de leur donner un nom ! Voilà qui amusa fort bien notre Walfen. Aetius l'avait alors autorisé à délaisser les règles de bienséance dont notre maraud ignorait tout, pour se remplir la panse comme il le faisait habituellement, les doigts en guise de fourchette.

    Des mots résonnèrent toutefois plus fortement au oreilles dressées de l'animal alerté.

    "Parler de moi ?" Cyric se laissa tomber contre le dossier boisé de sa chaise. Toujours la même et lancinante question.

    Un court instant, il revît les visages de ses comparses, Ebraite, Volk, La Vinasse, Pard, enfants de La Sorgne à jamais disparus. Des éclairs de sa vie nocturne passée dans les ruelles d'Hasseroi, derrière les grandes murailles qui abritaient la citée Dormmel et ses contrebandes, ou encore parmi les marchands d'esclaves de Nebelheim.

    Le ribaud sourit. "Comment me perçoivent vos yeux d'elfe ?" Une main avait instinctivement agrippé un objet pour le faire tournoyer, l'autre, paume ouverte, servant de repose-menton, son coude grossièrement appuyé sur la table. " Vos si beaux yeux bleus... Que voient-ils en cet instant ? Un guerrier des Marches du Nord ? Un noble suderon ou encore un troubadour des côtes mervalloises ?" Le ton coquin n'était point absent, l'air transi non plus. "Je pourrais tout aussi bien être un assassin, pourtant vous m'avez aidé. Qu'avez-vous donc vu en moi pour agir de la sorte ?"
    Aussi grossier qu'à l'accoutumée, le ribaud ne se souciait guère de savoir si la curiosité de sa dulcinée était assouvie. D'ailleurs, comment pouvait-elle l'être ? Cette pensée du le traverser car une moue gênée emplit ses traits. "Je ne voudrais en aucun cas influencer votre réponse." Un court instant."Après ça, je vous conterai mon histoire, je vous le promets."

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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Mar 30 Aoû 2011 - 20:25

    Une illusion, ca devait être ça. Chassant l’idée noire, l’elfe décida que l’eau fraîche serait son alliée pour garder l’esprit clair et se fit resservir une coupe après avoir vidé cette dernière d’un trait leste.

    Pourtant, si la question première du rôdeur la fit un brin sourire, les compliments qui la suivirent la mirent légèrement mal à l’aise, et pour une fois, cette gêne se sentait, d’autant plus que la protectrice ne faisait aucun effort particulier pour tenter de garder un visage neutre ou serein. Son sourire oscillait entre l’envie de rire d’un tel commentaire et l’irrépressible volonté d’hurler qu’on ne pouvait pas dire ça comme ça, que c’était vraiment pédant, désespérant et ... particulièrement perturbant. Provocant, même. Elle n’avait aucune envie qu’Arcamenel puisse ce soir décider de quoi que ce soit à sa place. Elle avait trop peur de faire, malgré elle et malgré toute la force qu’elle pouvait mettre dans ce combat inégal, l’erreur qui non seulement la briserait elle, mais aussi tout ce qu’elle avait fait pour mettre Ashgan « hors de portée ».

    S’étant raidie, la créature sylvaine devait, en plus, faire face à la propre curiosité qui avait envahi les pensées de son interlocuteur. Elle n’avait en effet jamais vraiment avoué ses motivations, ce qui faisait qu’il était là, en vie et en bonne santé, occupé à partager un repas délicat dans des vêtements propres et hors de prix. Qu’avait-il fait, qu’avait-il bien pu commettre de si incroyable pour mériter pareils tributs alors qu’il n’était que lui ?

    Face aux questions, le silence de l’elfe fut la seule chose qu’on entendit, mis à part le bruit étouffé de quelques couverts. Baissant finalement le regard sans plus laisser transparaître rien d’autre qu’un sourire convenu mais d’une pâleur certaine, Joy secoua les épaules, répondant avec une franchise un peu brève.

    « Je n’en sais rien, sincèrement. Je n’ai jamais réussi à vous cerner. Vous auriez pu être n’importe qui. Votre parcours, votre évolution, je ne peux pas la deviner comme ça, pas avec si peu de choses. Je ne suis pas omnisciente. »

    C’était peut-être un peu sec, et si elle avait pu, Joy s’en serait excusée, mais elle n’avait plus que la solution du chaud et du froid pour tempérer les ardeurs parfois frémissantes du Walfen. Aussi saisit-elle son verre, en délestant un petit quart alors qu’elle se renfonçait avec lenteur dans son siège confortable, l’observant au travers du fourmillement qui réapparut pour leur servir leurs plats, les interrompant momentanément dans la discussion.

    Les mots, pendant quelques poignées de secondes, n’eurent plus leur place, et seules ses prunelles polaires le regardaient, le scrutaient avec une attention pudique. La protectrice finit par chasser d’un geste courtois quelque serviteur traînant des pieds, puis à son tour, appuya son menton dans le creux de sa main, se saisissant habilement de la fourchette afin de picorer distraitement quelque miette de la savoureuse pitance qu’on leur avait dressé là avec élégance.

    « N’ai-je donc pas assez attendu pour avoir ma réponse ? »

    Paisiblement, le métal cueillit une bouchée que l'elfe mâcha avec lenteur. La saveur de la nourriture lui paraissait toujours aussi fade et lointaine, et étrangement elle ne ressentait pas le réel besoin de manger. Elle esquissait ces gestes avec une habitude aussi morne que déconcertante, comme si l'automatisme avait remplacé la naturelle pulsion que de déguster à pleines dents des choses que bien peu pouvaient s'offrir. A la manière d'une enfant gâtée jusqu'à l'écoeurement, Joy ne pouvait pas certifier qu'elle profitait de tous ses cinq sens : le goût abandonné depuis un bon moment maintenant. Pourtant, elle faisait l'effort, pour ne pas faire de vagues ; pour n'inquiéter personne.
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Cyric
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Mer 31 Aoû 2011 - 17:15

    Ainsi donc, les elfes n'étaient pas capable de lire en lui comme dans un livre, ses prunelles n'ouvraient aucun accès sur son passé, sa caboche n'était pas aussi translucide qu'une boule de cristal, personne ne pouvait concerter les secrets que sa langue nouée ne souhaitait conter. Il pouvait la regarder sans retenue, jamais sa belle ne saurait déceler le vrai du faux à travers ses coups d'œil incessants, parfois trop insistants.

    Ses lèvres prirent lentement la forme d'un sourire satisfait tandis qu'un silence prenait place. Cyric sentit un énorme poids s'enlever, le bougre ignorait la gêne qu'il venait d'instaurer avec sa façon de parler, d'agir, d'être. Notre ribaud n'avait sans doute pas usé de franchise au bon moment, une chose devint sûre toutefois, dire la vérité à sa dulcinée venait définitivement de quitter ses plans. L'ancien Sicaire restait incapable de savoir ce que pouvait bien apporter la sincérité et toutes les futilités du genre. S'il fallut l'écouter, Joy méritait mieux que ça, elle était digne du meilleur, rien de moins. Or Cyric souhaitait devenir cette perfection, même si le chemin qui y menait restait fort brumeux. Il n'y avait dans cette volonté pas un once de prétention, non, un simple besoin de satisfaire celle qui comblait déjà toutes ses attentes, ou presque.

    Alors qu'il attaquait les moult plats posés entre eux, le Walfen entreprit son récit. Pour plus de précaution, ce dernier évita les contacts visuels avec l'elfe. A s'attarder dans ses iris céruléens, sur ses lèvres tentatrices, sa peau blanche, son cou fin et parfumé, le ribaud risquait balbutiements ou autre faux pas traîtres aux menteries qu'il était sur le point de lancer.

    "Je me souviens parfaitement de cette nuit où nous nous sommes rencontrés. Enfin, je n'ai pas connu mille années, la révélation n'est donc pas vraiment surprenante. Je vous ai alors dit me nommer Ashgan Tombétoile, Homme de la Péninsule et fils d'Oësgard. Ces choses-là n'ont pas changées. J'ai longtemps été homme à tout faire, d'abord cocher, puis gardien de la Cachematte, une prison effroyable que possède les Marches, j'ai ensuite fui la froideur de ses murs pour vivre comme funambule au sein d'une troupe de gens du voyage, j'y ai appris un tas de trucs pas forcément utiles. Finalement, l'argent s'est mis à manquer et ma route croisa celui d'un jeune noble, le comte de Pharem, ces terres que vous connaissez sous le nom de Scylla je crois." Une patate douce dans la bouche, Cyric réfléchit à haute voix. "Enfin, vous devez connaître les deux noms. N'allez pas croire que je vous prenne pour une idiote, parce que vous ne l'êtes pas loin de là! Vous êtes beaucoup plus intelligente que moi, enfin c'est pas très dur de battre un illettré, mais... Merde pourquoi je dis ça ?!

    Quelques grognements s'élevèrent faiblement jusqu'au haut plafond de la salle, s'ensuivit un nouvel air penaud, pour finalement voir le visage du ribaud s'illuminer sous la venue d'une nouvelle idée.


    "L'on m'a par exemple enseigné la disparition des objets." Un brin d'affolement dans la voix, il rajouta." Pas pour les voler hein! Simplement pour... Impressionner, amuser, faire sourire ceux qui en ont le plus besoin ?" Fier de s'être si bien rattrapé, Cyric afficha de nouveau un sourire bienveillant. "Vous voulez voir ? Attention, je suis prêt à faire disparaître ce que vous voulez sans tomber dans l'exagéré, pas le lustre ni la table toute entière, ni même vous !" Ses yeux se plongèrent dans celui de la Protectrice. "Je ne pourrais souffrir de vous perdre plus tôt que prévu." Après un court instant venu marquer l'intensité de ses propos, il ouvrit grand les bras, reprenant un ton plus enjoué.

    "Faites votre choix."

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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Mer 31 Aoû 2011 - 22:44

    Elle l’écouta, avec la patience d’une amie. Elle ne fit pas seulement qu’hocher la tête ou même témoigner de son attention par un quelconque geste physique, une grimace, une expression de peine ou d’amusement. Non, elle se contentait de décortiquer chaque mot, d’interpréter chaque intonation, chaque hésitation. Elle ne doutait pas de son récit, simplement, elle s’imaginait, non sans une certaine intuition, qu’il n’avait aucun intérêt à être totalement honnête avec elle – pour avoir quoi en échange ? Il avait déjà tout sans avoir à offrir quoi que ce soit en retour depuis son arrivée ici -.

    L’humain était versatile et trompeur ; agissant souvent par intérêt, il était décrit, par nombre de ses congénères sylvains, comme un animal simple d’esprit, aux traits de caractère souvent forts et indisciplinés. Un beau contre-exemple de la sagesse et du pragmatisme qu’on revendiquait sur ses terres, qui ne manquait pas de créer l’étonnement perpétuel dans tout le domaine. Ashgan était meilleur menteur qu’elle, c’était certain.

    Mais de là à le dépeindre comme un dangereux monstre fou et impulsif, il y avait des pas à franchir que la noble n’esquissait pas encore, pas sans preuves solides.

    Se pouvait-il qu’elle noircissait alors le portrait du rôdeur qui lui tenait tête ? Joy espérait simplement se tromper. Après tout, si cet homme avait été mauvais, il n’aurait aucunement accepté son aide, à moins de la trahir par la suite ; et il aurait saisi toutes les anciennes occasions de pouvoir blesser la protectrice. Il avait eu de nombreuses chances, mais pourtant, c’était souvent le même regard qu’il lui portait, et ces yeux-là n’avaient pas la lueur d’un criminel ou d’un homme aux mains souillées de sang. Il avait toujours été prudent, jamais brutal ni même en colère alors que Joy ne lui avait pas toujours rendu la tache aisée.

    Un rictus presque attendri ponctua sa moue pensive alors qu’une fois de plus il s’emmêlait les pinceaux, tentant vainement de s’extirper de la mélasse de sa tirade ; comment un tel homme aussi pataud et maladroit aurait pu lui être nuisible ? Il aurait voulu l’insulter qu’il en aurait été sûrement réduit à marmonner des borborygmes incompréhensibles ou à avaler sa langue.

    Aussi lui accordait-elle toute sa confiance, donnant crédit à son récit alors qu’elle reposait tranquillement la fourchette dans son assiette, à peine entamée, finissant son verre d’eau.

    Elle ne releva pas la douceur qu’il lui souffla sans cérémonie, ignorant volontairement de tels appels. Croisant les bras comme la femme incrédule qu’elle tentait d’être, l’elfe esquissa brièvement un sourire et désigna du menton ce qui se tenait face à elle, prenant au mot le défi d’Ashgan.

    « Très bien, faites disparaître mon plat. Mais pas les couverts. »

    La disparition d’objets, un talent tout à fait particulier, d’autant plus que contrairement à ce qu’il lui avait certifié, c’était le genre d’atouts qu’un voleur n’aurait jamais rechigné à maîtriser. Ne voulant cependant une fois de plus pas troubler l’animal qu’elle sentait plus apaisé que lorsqu’elle avait commencé à le travailler pour obtenir la vérité, Joy s’abstint de tout commentaire et le laissa l’impressionner, tout simplement.
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Cyric
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Dim 4 Sep 2011 - 16:29

    Une ultime rasade de vin, puis Cyric se leva. Tandis qu'il avançait d'un pas lent, sa main caressa le contour du croissant jovial que ses lèvres humides formaient.

    "En fait, la réussite d'une telle prouesse réside dans la diversion."

    Le ribaud marchait tel un funambule, il semblait traverser un fil invisible, le talon du droit collé à la pointe de son autre botte, et vice, et versa.
    Soudain, ses doigts habiles firent virevolter une broche taillée dans un argent pur et brillant. Le Walfen la lança en l'air pour la faire alors disparaître aussitôt rattrapée. Bien évidemment, l'objet devait tomber dans une manche ou quelque chose du genre. Mais Cyric faisait papillonner l'objet si rapidement autour de lui qu'on peinait à décrocher son regard de la scène. La broche tombait dans le creux d'une main puis s'envolait dans le dos du maraud, tombait d'une oreille et finissait gobée. Bientôt, ce dernier arriva au niveau de Joy.

    L'Homme posa genoux devant l'Elfe, les yeux ensorcelés dans ceux ensorceleurs. Le ribaud profita de cette proximité pour dévisager sans pudeur le présent d'Arcamenel. Elle était si belle, comme ne pas se damner pour elle ? Sa vie pour un baiser, Cyric en rêvait. Il plongeait avec abus dans ses prunelles qu'Eris avait imbibé de sa couleur et de son attrait où tous ceux qui s'y étaient risqués ne parvenaient finalement plus à se passer.
    La main du Walfen s'ouvrit, elle se tendit en direction de Joy, désireuse d'effleurer sa joue, toucher sa peau. Mais c'était impossible, bien sûr. Si l'amour n'avait pas rendu aveugle notre pauvre maraud, il aurait alors vu toute le ridicule qui se dégageait de ce geste désespéré. Dame Livian l'avait remarqué, mais n'osait sans doute le relever par pitié ou amitié, les deux peut-être. Cyric s'arrêta pourtant, la broche dans le creux de sa paume, la mine ternie, le sourire désabusé.

    "Je crois que cette vieille bécasse qui vous sert de guérisseuse a égaré ceci. Vous pourrez lui remettre de ma part ?" Un instant plus tard, Cyric se redressa. "Joy, votre palais est magnifique, vos terres toutes entières sont magnifiques. Tout est si différent ici, c'est comme si le temps s'était... Arrêté. Je ne suis qu'un simple mortel, avec ma panoplie de défauts dont l'ignorance fait partie, mais je crois que si les choses avaient été différentes, si j'étais né en ces lieux, jamais je ne serais allé voir ailleurs. Et je n'ai croisé que peu d'immortels sur la péninsule, j'ai l'impression que beaucoup des vôtres pensent de la même manière que moi. Les relations entre nos deux peuples se résument à un seul accord de paix. Jamais un Protecteur n'est allé jacqueter autour de quelques festins opulents avec les barons, septentrionaux du moins. Joy, que faisiez-vous cette nuit-là aussi loin de chez vous ?"

    Il vit les sourcils de l'elfe frétiller malgré eux, il ressentit cette panique qu'aucune muselière ne pouvait empêcher d'aboyer. L'animal avait du flaire lorsqu'il s'agissait de piquer le nerf du problème. Cyric avait semé le trouble au sein de sa bien-aimée, dont l'air absent et le regard lointain n'avait rien de rassurant. Ce dernier en profita pour se rassoir à sa place.
    Enfoncé profondément dans le trône qui lui servait de fauteuil, il étala ses bras sur chaque repose-main et attendit une réaction d'en face. Mais Joy ne pipa mot. Le malaise commençait à gagner notre ribaud qui n'avait principalement abordé ce sujet que pour détourner l'attention de sa dulcinée. Le tour de magie était réussi, pour sûr, rien n'était resté dans l'assiette de Dame Livian, aussi immobile et blanche que les statues du domaine.

    "Joy..." Un long silence en guise de réponse. "Joy, ça va ?"

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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Dim 4 Sep 2011 - 21:06

    Impassible, la douce le fixait, ses traits tendus par l’observation du moindre fait et geste. Et alors que lui se redressait, s’avançant avec précision et lenteur vers son siège, Joy restait immobile et muette, docile et sage spectatrice face au prestidigitateur habile de ses mains. Captivée par le manège dont elle doutait à présent de ne pas être si dupe, le malin avait fini par réduire la distance qui les séparait l’air de rien, son sourire rusé suspendu à ses lèvres, et sa verve franche parlant pour lui, tandis que le genou au sol, il tendait comme un présent digne d’engagement la broche de bonne facture.

    « J’y penserai » murmura t-elle, presque dans un chuchotis.

    Ses doigts se refermèrent avec douceur sur la broche d’argent qu’elle captura, tandis qu’elle ouvrait cette dernière, le regard plongé dans celui d’Ashgan, piquant l’aiguille dans le tissu de sa robe pour l’y suspendre distraitement. Avec l’ombre d’un sourire passant dans ses yeux étincelants, elle l’écoutait discourir de sa fascination éperdue face à la beauté naturelle qui reprenait ses droits envahissants, qui coupait le souffle du maraud à chaque fois qu’il posait son regard, et qui lui donnait l’inévitable envie d’avoir toujours voulu être là où il se trouvait.

    Il était ébloui par une telle vie, et ne comprenait pas pourquoi elle avait voulu la quitter. Pourquoi si souvent, trop souvent pour une enfant de Kyria, elle venait s’échouer sur des terres aussi désolantes que celles que les humains se plaisaient à déclamer comme les plus enviables de tout Miradelphia. S’ils savaient.

    Si lui savait. Elle ne pouvait pas lui avouer ; Joy n’en avait ni la force, ni l’envie. Pour quelle raison irait-elle l’inquiéter – car elle devinait l’inquiétude et le fardeau qu’elle lui délivrerait en partie si elle venait à se soulager de son secret honteux - ? Pour qu’il en fasse ensuite une affaire personnelle, pour qu’il réanime un espoir qui n’avait plus raison d’être ? Pour qu’il en profite, au pire des cas ? L’espace d’un instant, l’elfe se haït de penser aussi froidement qu’Ashgan aurait été capable d’utiliser sa faiblesse en sa défaveur. Il la respectait, il comprendrait, et il devait être tenu à l’écart.

    Le flot chaotique de ses réflexions l’avait laissé aussi silencieuse que soucieuse. Les sourcils plissés et la bouche sèche, la noble dame finit par détacher ses yeux des iris persistants qui fixaient son visage, cherchant peut-être à y déceler le pourquoi de ses tourments.

    D’un œil à peine surpris elle constata l’assiette vide, et finit par se redresser sur son siège, poussant un soupir qui en disait long.

    « Oui, oui, tout va bien. »

    C’était un mensonge bien mal assumé. Sa main vint à glisser une mèche parasite derrière son oreille, tandis que Joy prit son courage à deux mains, élevant de nouveau la voix pour répondre à ce qui taraudait le rôdeur.

    « C’est ... C’est une longue histoire.

    J’étais à Scylla parce qu’il fallait m’éloigner d’ici. Parce que ces lieux sont ceux où j’ai vécu avec mon mari. Il est mort, il a disparu, qu’importe ; je sais que rien ne le fera revenir. On pensait que pour mon bien, il était peut-être ... intéressant, d’envisager un éloignement temporaire ... Une manière comme une autre d’alléger le deuil. »


    Esquissant la vague ébauche d’un sourire d’excuse, la protectrice haussa ses frêles épaules.

    « Quant à ma présence à Naelis ... Il n’y a aucune raison de vous en faire pour quoi que ce soit et d’ailleurs ... »

    Alors que ses mots avaient été tous emprunts d’une sincérité troublante, aucune larme ne venait mouiller le regard paisible et polaire de l’elfe. La douleur était devenue si commune qu’elle ne lui arrachait plus vraiment de pleurs ou de sanglots. Tout au plus tiquait-elle.

    « Je suis désolée. Je gâche tout, une fois de plus, ca doit commencer à devenir une mauvaise habitude. »

    La silhouette diaphane se releva souplement, quittant l’agréable confort du fauteuil, tandis qu’elle croisait les bras, tentant d’avoir l’air aussi paisible que possible, cherchant l’évasion par la distraction.

    « Je n’ai plus très faim, je pense que nous devrions sortir prendre l’air, ou ... Tiens, vous a-t-on déjà montré la cour intérieure ? Nous pourrions très bien aller faire une promenade, vous choisissez. »

    L’étrange impression que les rôles s’étaient inversés la gagna. Il n’y a pas si longtemps, Ashgan était le maître en la matière pour esquiver les interrogations gênantes et lançait à vollo toutes sortes de prétextes pour pouvoir se dérober. Joy semblait avoir retourné ses méthodes contre lui, sans trop de scrupules apparents.
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Cyric
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Dim 11 Sep 2011 - 22:45

    L'enfant bénie des Dieux semblait désormais si loin, porteuse d'un nouveau regard froid et impénétrable.

    Cyric ne la trouvait pas moins belle pour autant. Elle pouvait bien avoir les joues rosies par l'agacement ou la gêne, son avis ne changerait point. Un court instant, il imagina l'elfe coiffée par ses couvertures, sa peau diaphane dévoilée au clair d'un croissant lunaire, puis d'un soleil rond comme un fromage arétrian. La blancheur immaculée de cette chaire tentatrice changeait-elle suivant la couleur du rayon venu l'éclairer ?
    Même en cet instant, où aucune lueur de vie n'animait ses prunelles polaires, Cyric fondait tels les romantiques mous du genoux et de la cabèche.

    Il l'écouta déblatérer ce qui devait être pris pour argument convainquant, se retint de rire lorsque l'embarras fit valser ses iris sur le parterre dallé de la salle. Elle qui pensait toujours être fautive, malade de n'avoir sans doute rien pu faire pour celui qu'elle aimait, tombé sur le champ de bataille, Joy s'imaginait désormais être l'origine des mille malheurs que portait ce vieux monde. Le Walfen ne savait quelle attitude adopter face au mal-être désireux de ronger toute envie de vivre à sa dulcinée. Lui ne s'était jamais permis pareille souffrance, penser aux conséquences de ses actes et ressasser les choses du passé faisaient parti de ces futilités sur lesquelles il ne pouvait s'attarder, afin que Dame Folie ne parvienne jamais à s'insérer dans le creux de ses pensées. Les souvenirs étaient la bête noire du Sicaire, ils influaient sur ses émotions, ses actes, son âme.

    Il y avait cependant une chose que Cyric ne voulait pas oublier, ce visage céleste qui se tenait là.

    Ainsi le Walfen comprit qu'une existence courte mais bien vécue valait mieux que l'éternité de sa bien-aimée, baignée dans la solitude et le remords. Lui qui n'avait souhaité qu'immortalité, qui n'avait couru qu'après une gloire intarissable, notre ribaud croyait finalement comprendre ce qu'il fallait vraiment désirer ardemment.
    Ses yeux s'exorbitèrent, sa poitrine se gonfla. Cyric claqua des mains, et un elfe surgit de nul part.

    "J'ai compris, vous vous cachez derrière les rideaux." Un regard hautain en guise de réponse. "Vous auriez un truc fort ? Pour la digestion comprenez."

    La bouteille au verre ambré atterrit sur la table dans un tourbillon de poussière étincelante. Une main du maraud saisit le goulot tandis que l'autre vint enlacer le poignet de Joy. Un sourire espiègle pendu aux bouts des lèvres. "Les promenades, c'est un peu comme des errances, on marche sans but. J'ai trop abusé de la chose ces derniers temps. Ce soir j'aimerais, si vous le voulez, surplomber nos problèmes respectifs, prendre un peu de recul, de hauteur. " Et Le maraud s'élança dans les escaliers, il sautait quatre à quatre les marches, tout heureux de pouvoir se défouler après les multiples crispations qu'avaient engendré ce repas anormal. Malheureusement, les chaussures de la Protectrice raccourcirent leur échappée. Cyric se retourna vers la séraphine au yeux de glace et rit bruyamment.

    "Pardon, c'est une vieille habitude." Courir, fuir, si Joy faisait le rapprochement... L'esprit affolé du ribaud pesta, perdre ses moyens devant la belle était devenu une vilaine habitude. Il chercha alors une excuse, son manque de réparti ne manqua pas l'occasion pour se faire remarquer. "Il n'y a rien qui presse, mais si la muse que nous autres nommons Lune voulait soudainement prendre la poudre d'escampette... Ce serait dommage de ne pas lui dire adieu. Enfin, je veux dire... Ce Voile, cette malenuit, j'ai bien cru qu'elle durerait jusqu'à la fin des temps. Lorsque j'ai finalement revu la pâleur du couchant, ma joie fut comparable à notre première rencontre. Enfin je... Euh... Hummm... Savez-vous d'où vint ce malheur ? Et qu'est-ce qui l'avait provoqué ?"

    Tandis qu'ils parlaient, les pieds continuaient leur ascension vers les hauteurs du domaine sur une marche moins rythmée. Finalement, ils s'accoudèrent à un large balcon. Cyric fit voler le bouchon du rince -gosier avant d'en boire une grande goulée. Ses yeux se fermèrent, ses papilles crièrent... De bonheur. Et ils appelaient ça de l'alcool ?! Pauvres hères, pour se vider les esprits ils buvaient ce nectar divin tout droit sorti du pistil d'une tulipe magique! Un délice certes, mais pas de quoi faire tourner la tête. Pourtant, une euphorie nouvelle le gagna peu à peu, il n’eut toutefois pas le temps de l'exprimer, le regard figé sur cet époustouflant spectacle que Kyria leur offrait. Une bioluminescence inimaginable s'étendait devant eux. Des couleurs si puissantes qu'elles éblouissaient, la vie végétale imageait au plus près de la vérité ce que pouvait signifier le mot beauté. L'herbe brillait d'un émeraude fluorescent, des insectes aux ailes difformes s'envolaient telles des toupies de flamme ici et là, sous le saphir étincelant de campanules mutantes.

    "C'est... Merde alors... C'est pfoua!"

    Après une énième lampée du breuvage savoureux, Cyric tendit naturellement la bouteille en direction de Joy. Le regard qu'elle lui jeta lui rendit son sourire empli de malice.

    "Buvez, ça ne va pas vous tuer. Et promis, je n'abuserai pas de vous !"


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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Lun 26 Sep 2011 - 10:15

    Le claquement sec des mains d’Ashgan fit relever la menton de l’elfe, d’autant plus surprise par la requête de ce dernier que par le revirement de situation. Quelque chose de fort ? Avait-il l’intention de plonger dans l’ivresse pour pouvoir mieux la supporter ? Ou n’était-ce simplement là qu’une diversion de plus du ribaud pour un autre des nombreux tours qu’il cachait encore à la jeune femme ? Joy ne pouvait pas vraiment le prédire : les comportements humains lui étaient aussi étrangers que les paysages sylvains pour son hôte, et même si la fascination éprouvée différait, il demeurait une insatiable soif de toujours mieux cerner l’animal face à soi.

    L’orgueil elfique fit fuir à pas amples et néanmoins irrités le servant qui ramena quelques secondes plus tard un joli flacon au liquide ambré ; si le fond était encore inconnu pour les papilles de l’humain, la forme annonçait une couleur tout à fait alléchante. Joy, quant à elle, ne partageait pas l’inextinguible soif d’Ashgan ; mais sous son geste, elle se leva à son tour, le suivant sur un pas de course des plus déstabilisants ... Une fois encore.

    « Vous n'arrêtez jamais de courir ... Vous fuyez quelqu’un ? »

    Elle lui esquissa un sourire qui cherchait à être malicieux, et qui l’était bel et bien ; à la lueur des astres, les expressions de son visage ne mentaient jamais vraiment bien longtemps, aussi pouvait-il constater que les humeurs passagères de Joy semblaient s’être volatilisées assez aisément. Presser le pas pour oublier plus vite, et passer à autre chose.

    A ses questions, surenchérissaient d’autres, auxquelles Joy ne pouvait pas toujours offrir réponse suffisamment satisfaisante pour l’avidité de l’humain. Il était bien trop persuadé de l’omniscience de la race sylvaine, englué dans une myriade de clichés, de toiles tissées de mythes et d’abus où l’on dépeignait l’elfe comme supérieur en tout, saisissant toute la subtilité d’un seul coup d’œil, emmuré dans un religieux silence plein de connaissance et d’apaisement. Pourtant, il n’y avait pas mieux placé qu’elle pour savoir à quel point cette vérité était aussi fantasmée et fantasmagorique que totalement fausse. La belle façade que servait Ashgan sur un piédestal cachait tout un monde de doutes et d’incertitudes qui duraient non pas quelques secondes, mais au moins quelques années.

    Ils atteignirent finalement, plus ou moins à bout de souffle, les hauteurs vertigineuses d’un des balcons les plus somptueux du domaine, également celui où l’on se rendait le moins du fait de sa place architecturale, à la fois au centre de tout, dominant, mais bien trop inaccessible. En réalité, la jeune femme ne s’était jamais rendue de nuit au point culminant de sa propre propriété ; souvent avaient-ils, elle et Dolce, par le passé, préféré s’y égarer de jour, et trop rarement pour en conserver des souvenirs précis. Silencieuse, l’enfant de Kyria redécouvrait sa propre demeure en compagnie d’un autre.

    Ses mains caressèrent fébrilement la pierre de la balustrade, alors que ses iris retraçaient les courbes verdoyantes noyées dans la pénombre nocturne, se laissaient éblouir par la clarté fugace des étoiles, et se retrouvaient parfois distraits par le parcours aérien et vivace d’une luciole. A ses côtés, un simple regard suffit à Joy pour voir l’ébahissement total du maraud. Chaque détail l’émerveillait jusqu’au juron, et malgré tout, peu importe les merveilles qui tentaient de le soustraire à ses pensées, il ne perdait pas le Nord et déboucha rapidement la bouteille avant de l’en délester d’un peu de son contenu. Sans arrière-pensée, il lui rendit son dû, l’incitant sans pour autant la presser – un si petit crime ne pouvait donc pas lui faire tant de mal -.

    « A vrai dire, ce n’est pas ça qui m’inquiète ... Mais soit. », reprit-elle à voix beaucoup plus audible.

    Approchant le goulot de ses lèvres, l’elfe ferma les yeux et but une première gorgée, un frisson perceptible lui parcourant l’échine sous la saveur inhabituelle bien qu’agréable, la chaleur se faisant plus diffuse et présente à la seconde gorgée. Posant la bouteille entre eux sur le rebord, l’elfe inspira une bouffée d’air frais à souhait, ses entrelacs vrillant dans un plongé vertigineux jusque sous leurs propres pieds.

    « Vous savez ... Les Dieux sont capricieux et leurs volontés sont parfois bien étranges. Personne ne pourrait vraiment expliquer ce qui s’est passé pendant ce Voile anormalement long. Quoiqu’il en soit, cette ‘Malenuit’, comme vous l’appelez, n’a pas été aussi bénéfique que ce qu’on prête volontiers aux Cinq. Certains parlent de punition, d’autres de fatalité unique .. Personne ne sait. »

    Avec un doux sourire, elle ficha ses yeux glacés dans les siens.

    « Personne, même pas le plus clairvoyant des elfes. Dites-moi, une question me vient à l’esprit ... Vous n’avez pas de compagne ? Je veux dire, personne ne vous attend en territoire humain ? »

    On disait les humains sentimentaux et impulsifs, volages et passionnés ; mais comme elle-même le songeait, les idées toutes faites étaient rarement celles auxquelles on pouvait aveuglément se fier.


Dernière édition par Joy Lìvìan le Dim 6 Nov 2011 - 16:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Jeu 3 Nov 2011 - 19:19

    "Je... Non."

    Un instant, Cyric tourna les yeux vers la Nuit et son obscurité à peine percée par le scintillement des étoiles.
    Il aimait sa noirceur qui semblait impénétrable, insondable. Elle l'avait inspiré durant les jours sans, enveloppé quand il n'y avait aucune cloison ou manteau pour le cacher, écouté lorsqu'il n'avait personne à qui parler. La Nuit était régulière, pas toujours ponctuelle, mais consciencieuse, ne se laissant jamais distraire par quoique ce soit, son cœur ne lui jouait aucun mauvais tour. A aucun moment elle ne laissa exprimer sa colère malgré tous les mauvais maux qu'on pouvait lui assigner, du à la peur qu'elle insufflait. S'il avait pu être ainsi, les choses n'auraient sans doute pas pris la même tournure. Le regrettait-il ? Lorsque le ribaud pensait au passé, oui, mais lorsqu'il regardait ce que le présent lui offrait, non, la réponse restait indubitablement non.
    L'elfe posait encore une question délicate, susceptible de révéler les secrets que notre maraud souhaitait enfouir à jamais. Pourtant, s'il voulu chercher une aide dans les draps obsidiennes du ciel, c'est finalement sur les traits ingénus de sa bien-aimée que Cyric trouva réconfort. Accoudé au balcon, le sourire charmé tourné vers sa dulcinée, il ajouta :

    "Mon métier m'a jamais vraiment permis d'avoir une famille ou des amis." Le ton se fit plus abrupte, adoptant les apparences d'un enfant trop orgueilleux pour apprécier quelques élans de pitié. "Ce qui me convient parfaitement, je suis solitaire dans l'âme."

    Comme si boire pouvait prouver ses dires, Cyric s'empara de la bouteille et rebut une lampée. La reposant un peu violement sur la pierre marbrée du balcon, notre Walfen renchérit:

    "Et vous, Dame Protectrice, Maîtresse de ces terres dont le nom m'échappe encore. Avez-vous des enfants ? La descendance, voilà bien la seule chose que nos noblailles savent faire par chez nous. Ainsi vont les choses sur la péninsule, le pouvoir et l'autorité sur chaque terre se transmettent de père en fils. Si ce n'est pas par devoir, avez-vous dans ce cas offert le plus beau des cadeaux au détenteur de ce trésor qui me semble tant inaccessible ? Votre cœur."

    Une fois n'était pas coutume, le ribaud se mit à caqueter fièrement sur un sujet dont il ignorait le sens et l'importance. Cyric avait du engrosser plus d'une demi douzaine de putains sans jamais se soucier du reste. Qu'étaient devenus ces enfants, qu'il ne parvenait à imaginer comme étant les siens ? Voilà une énième question qui n'effleurait point son esprit rongé par l'amour, et non le remord.

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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Dim 6 Nov 2011 - 16:45

    Le ton perplexe trahissait les propos flatteurs de l’enfant de Kyria.

    « Je vous admire. Choisir la solitude est un acte tout à fait révélateur de votre force d’esprit. Et pourtant, je suis persuadée que bien des femmes auraient aimé faire du chemin avec vous. »

    La solitude, un bien grand mal qui traversaient les barrières raciales et que certains se défendaient d’apprécier, se vouant ainsi à vivre leur vie en dents de scie. La vérité était que Joy était passablement sceptique quant à cet orgueil mis en avant face aux joies de la vie avec soi, et uniquement soi. Personne ne pouvait aimer vivre éternellement seul, sans une épaule, pas même une présence, la plus ridicule soit-elle. Personne ne pouvait jurer n’avoir jamais ressenti l’envie d’être accompagné, soutenu, entouré, ou même tout simplement accepté.

    Cet humain qui s’avançait là, devant elle, lui tenant tête avec l’assurance et la fierté d’un coq, clamant à qui voulait l’entendre qu’il était heureux de cet isolement qu’il considérait comme partie intégrante de sa nature, ne convainquait guère la Protectrice. Plus amusée qu’elle n’aurait du l’être, elle le considéra d’un œil presque attendri, un brin incrédule, alors qu’il repartait dans une tirade aussi enflammée que sujette à sensibilité.

    Ce fut au tour de l’elfe de se trouver donc en position inconfortable, confrontée à quelque chose qu’elle n’avait, pour ainsi dire, jamais pu concrétiser. Un enfant, c’aurait été la première chose à laquelle elle aurait pensé après avoir retrouvé son mari. Son absence avait attisé le manque et, plus que jamais, l’obsédant sentiment que rien n’était tout à fait à sa place ni totalement complet sans lui avait fait naître l’idée plaisante qu’ensemble, une fois réunis, l’instant aurait été le meilleur pour offrir à Dolce ce qu’il eut mérité de mieux ; un enfant, leur enfant à eux, un petit être chétif dont les yeux auraient eu la lueur céruléenne du père, et les cheveux glacés de la mère.

    Pensive, les mots coulaient d’eux-même de ses lèvres. Ni mélancolique, ni même attristée ou en proie à la colère, il semblait que la jeune femme décrivait son propre rêve comme elle le voyait, avec un regard neuf et impénétrable, imperturbable et rassénéré. Son esprit vagabonda tant qu’elle perdit l’intérêt de rabrouer ses élans charmeurs ; ils glissaient sur elle sans véritablement atteindre ses songes nébuleux et utopiques.

    « J’aurais beaucoup aimé, c’est vrai. Mais il semblerait que les humains aient été plus chanceux, Nééra vous a fait don d’une fertilité autre que la nôtre. Et quand bien même ma volonté d’avoir cet enfant aurait pu soulever des montagnes, il n’y a plus de « détenteur à qui offrir ce cadeau », comme vous le dites. »

    Les deniers mots avaient l’allure de la remarque agacée, un brin ennuyée par la maladresse et la rudesse des termes employés par cet animal qui la dévorait naïvement des yeux sans pouvoir se permettre de briser la distance entre eux.

    « La noblesse humaine n’a rien à voir avec tout cela n’est-ce pas ? Vous avez du souvent la fréquenter, avec votre métier. »

    Le bleu polaire incendia les prunelles du voleur, qu’elle observa avec une once de curiosité. Après un silence, la petite pique finit par éclore, comme un bouton de rose, légèrement.

    « Pour un solitaire, vous avez tendance à beaucoup vous frotter aux hautes sphères, qui ne sont pas les plus calmes, il faut le dire. »

    Le ton taquin, ses lèvres s’étirèrent en un sourire presque ... joueur. Accoudée à son tour à la balustrade, le bras de l’elfe s’étendit pour attraper la bouteille, hésitant quelque peu en dévisageant le flacon avant de reboire timidement une petite gorgée qui lui brûla les entrailles.

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Cyric
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Lun 7 Nov 2011 - 18:13

    Son cœur lui faisait mal, et pourtant Cyric aimait ça. Une douleur désirable, une souffrance appréciable, devenait-il fou ? Encore eut-il fallu être un jour saint d'esprit.

    Le ribaud craignait savoir le nom de cette maladie qui lui faisait tourner la tête, le rendant mièvre comme ces romantiques qui se roulaient dans les champs de coquelicots en dessinant le visage de leur âme-sœur parmi les nuages. Cyric ne savait comment s'en débarrasser mais une question le préoccupait d'avantage, en avait-il seulement envie ?
    Dieux, il était si tendu! Sa mâchoire se crispait sous l'impulsion de bouffées de chaleur irrégulières, son estomac semblait plus noué qu'une corde de pendaison, ses mains exsudaient assez pour tremper tout entier un enfant. Malgré cela le Walfen était heureux, pis, il avait cette béatitude qu'il pensait réservée aux jouvenceaux, cette "joie des amants", désireux de rien ou presque.
    Car tandis que Joy répondait aux questions licencieuses du maraud, ce dernier regardait avec appétence les lèvres de la belle valser au rythme des mots prononcés sur une portée musicale, chantée par sa voix envoûtante.
    Comment avait-il pu vivre aussi longtemps sans jamais se douter que Miradelphia puisse renfermer pareil trésor ? Véritable joyau auquel les Cinq avaient insuffler la vie pour mieux attiser le désir de porter un tel diamant à son col. Le ribaud eut l'impression de s'être déjà posé mille fois cette même question inutile. Malédiction, voilà qu'il errait dans des songes bourrés de sentiments puérils où badinages et contemplations flatteuses restaient maîtres mots. L'orgueil mal placé du maraud brandissait une épée pleine de rage, écœuré devant toutes ces futilités uniquement bonnes à ramollir, voir détruire, ce qui fit de lui le Sicaire de la Sorgne. Alors quoi, il allait devenir clément, juste et magnanime ? Ces nouveaux sentiments l'effrayaient, la bête sauvage qui lui servait de fort intérieur grognait dangereusement. Devait-il fuir ? Non, c'était impossible parce qu' il... l'aimait. C'était ça, il était amoureux! Quelle révélation! Le premier pas vers la délivrance était fait, un deuxième se devait d'être franchi, ainsi il n'y aurait plus de raison d'avoir peur. Cyric tentait de réfléchir, canalisant le peu de concentration qu'il avait sur le meilleur moyen d'avouer ses sentiments. C'est alors que rejaillirent ces vieux livres contant les histoires romanesques où un seul geste suffisait, un baiser; l'idée prit germe dans le creux de sa caboche, et bien vite une envie puissante pourfendit ses pensées, l'embrasser, oui, il devait l'embrasser.

    Lentement, il s'assit sur le rebord du balcon, se décalant jusqu'à faire face au regard céruléen de Joy. Légèrement penché en avant, le ribaud afficha un sourire franc.
    "Oh j'ai connu de nombreuses femmes, mais aucune n'avait votre beauté. Je ne dis pas ça pour vous flatter, d'ailleurs c'est une regrettable constatation en plus d'être injuste." Ses yeux semblaient lire un texte posé dans le creux des prunelles polaires de la Protectrice. "Beaucoup d'humaines échangeraient volontiers leur fertilité contre un peu de vos charmes, et il m'est impossible de les blâmer, personne ne le pourrait s'il vous voyait. J'aimerais connaître cet elfe, ce Dolce, pour comprendre ce qui vous plaisait en lui. Ainsi, je saurais après quoi courir, ma vie aurait finalement un sens." Le désabusement se dessina sur ses traits. "Je suis désolé de vous avoir fait tant souffrir en évoquant encore et encore le nom de celui que vous avez aimé. Mais ne le pleurez pas trop, je vous en conjure, cet elfe a eu tout ce qu'un homme peut désirer: votre amour. Il a eu ce cadeau qui m'obsède depuis notre première rencontre, et par là-même une cause qui vaille vraiment la peine qu'on se batte pour elle." Sa main vint instinctivement serrer le tissu qui recouvrait son palpitant. "J'ai autrefois pensé le plus grand mal de ce Dolce, je me disais qu'il fallait être fou pour oser vous quitter dans le vain espoir d'obtenir une gloire illusoire sur un stupide champs de bataille. Mais aujourd'hui je sais que... Je sais qu'il n'était pas parti dans cette idée-là." Cyric afficha une pale imitation d'un sourire chaleureux. "Il est parti se battre pour vous, défendre au péril de sa vie ce qu'il chérissait le plus." Ses doigts vinrent doucement caresser la joue de l'elfe. "J'aurais aimé pouvoir faire la même chose. Joy, vous êtes la meilleure chose qui me soit arrivée dans la vie."

    Cyric aurait voulu faire l'éloge de ses airs ingénus, parfois naïfs, sous lesquels se cachaient un esprit de répartie piquant et un courage guerrier. Cette femme là était magnifique, resplendissante lumière parmi les étoiles, savoureux mélange de gentillesse et de beauté au naturel. Il aurait aimé lui dire quelles gracieuses contradictions ses gestes ou ses dires lui insufflaient, mais les mots lui manquaient, tout comme le souffle. Il ne pouvait se retenir plus longtemps, l'animal devait désormais lâcher la bride à ses ardeurs.
    Alors que sa main avait glissé jusqu'à l'oreille pointue de la belle pour terminer sa course dans un effleurement de sa nuque vulnérable, la voix du ribaud prit des tons de chuchotement.

    "Joy, je..." Les visages se rapprochèrent. "Je..." Encore un peu. "Je..."

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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Sam 12 Nov 2011 - 21:54

    Un chuchotis. Un simple et délicat chuchotis.

    Ses mots s’étaient perdus, égarés dans un souffle partagé entre un courage incroyable, presque teinté d’insolence et une maladresse touchante, peut-être calculée ; il en venait à proférer des folies qui secouaient l’être tout entier de l’enfant de Kyria. Il l’aimait, il n’avait même pas peur de le lui dire, de le lui faire comprendre, d’endormir sa méfiance et ses principes par une honnêteté sentimentale terrifiante. Ses mains, crispées sur la pierre, tremblèrent légèrement alors que le visage aux traits si particuliers cachés dans l’ombre forestière de la nuit se penchait vers elle, doucement, lui offrant une ardeur nouvelle et déroutante. Ses doigts l’effleurèrent avec préciosité, glissant sur le galbe fragile d’une joue inhabituellement brûlante. Un frisson lui échappa, signe traître et haïssable. Qu’aurait du-t-elle dire ? Comme aurait-elle du réagir ? Elle, l’épouse modèle, la veuve éplorée emmurée dans un deuil presque virginal et pourtant empli de faux-semblants. Qui était-elle vraiment ?

    C’était trop tard… Le mal était fait. Et si elle avait agi autrement …

    Tout cela ne serait pas arrivé. Elle n’aurait jamais croisé la route de cet homme venant de nulle part. Elle n’aurait même pas imaginé vouloir le connaître, car l’identité d’un rôdeur n’aurait pas piqué sa curiosité. Sa sagesse louable et la droiture qu’on lui admirait lui auraient poussé à repousser ses avances, et pas à l’accueillir en ses propres terres. C’était comme lui tendre la main tout en sachant qu’il en demanderait éternellement plus. Il était humain.

    Les sentiments le rongeraient jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus et qu’il fasse l’erreur de l’impatient, du passionné, de l’impulsif, de l’emporté. A elle d’être celle qui apaiserait, qui canaliserait, qui adoucirait jusqu’à l’annihiler, à elle de prier pour que ni lui, ni même les Cinq ne soient l’auteur d’un acte amoureux regrettable.

    Une douleur vive la traversa, fulgurante, digne d’un électrochoc, alors qu’inconsciemment, ses sens mis en déroute par le breuvage trompeur et sa paralysie devant l’effroi et l’incapacité à réfléchir correctement, ses lèvres entrouvertes partageaient un souffle commun et diabolique, celui d’une faute au goût d’interdit, avec ce honteux personnage. Cet effronté qui jamais ne reculait, que le refus ne semblait pas plus effrayer, sûrement en avait-il vu d’autres. C’était presque comme si Dolce s’était trouvé là, face à eux, spectateur ulcéré et incrédule devant l’effroyable trahison qu’ils n’avaient pourtant pas commise.

    Qu’avait-elle ? Etaient-ce la surprise, une soudaine clairvoyance dans le jeu d’Ashgan ou l’effet dégrisant et brutal de cette prise de conscience, nul ne le saurait vraiment, mais avec une violence qui ne lui ressemblait pas, Joy s’écarta brusquement, le repoussant de ses deux mains pour l’éloigner d’elle. Suspendu, le temps s’était figé, mais leurs lèvres ne s’étaient qu'à peine frôlées. Rien. Il n’y avait rien eu. Frémissante, les yeux brillants, aussi étincelants que s’ils s’emplissaient de larmes d’indignation, la jeune femme reculait au moindre pas voulu rassurant qu’il aurait esquissé vers elle. Tout son corps s’était braqué, à l’image de l’animal acculé devant un prédateur révélé au grand jour.

    « A quoi jouez-vous ? »

    Sa voix, pour la première fois, n’était plus calme et maîtrisée ; saccadée, la panique et l’incompréhension la rendaient furieuse, clairement outrée et tendue. Le silence s’était brisé, la magie d’un instant étrange avait volé en éclats, et le timbre oscillant laissa place à un souffle dévastateur.

    « A quoi jouez-vous ?! Pourquoi est-ce que vous remuez le passé ?
    Vous ne saviez rien de lui ! Rien du tout !! Vous ne l’avez jamais connu, jamais vu, jamais entendu ! Pourquoi est-ce que je vous en parlerais ? Vous ne pouvez pas vous mêler de ma vie, utiliser mes souvenirs pour … pour me courtiser comme si j’étais une de ces gourgandines, une de ces idiotes ! »


    Dure, Joy l’était sûrement d’une manière disproportionnée. Sa colère avait peut-être pris la forme d’un brasier trop longtemps étouffé qui se décidait enfin à consumer, après de longues années de silence, tout sur son passage.

    « Je pensais que vous sauriez comprendre, que vous seriez véritablement là pour des intentions purement amicales, que vous respecteriez tout ça, toutes ces choses. Que vous le respecteriez ‘lui’ en me respectant ‘moi’. Mais vous vous jouez de moi. Je … Je n’aurais jamais du vous rencontrer. »

    Glacée jusqu’au sang, la gracile silhouette diaphane demeurait, face à Ashgan, improbable créature pétrie d’une furie anormale, et pourtant statufiée d’élégance.
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Cyric
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Dim 13 Nov 2011 - 10:57

    Les coups de poignards se multipliaient au rythme des mots soufflés par la belle. Qu'on lui arrache les oreilles et cet air incrédule ! Qu'espérait-il ? Un baiser ?! Par les Cinq, prier ne suffisait point pour voir ses vœux exaucés! Cette dame-là n'était pas tombée d'un trottoir malfamé, à croire que le maraud l'avait imaginée capable de coucher pour de l'écu.
    Joy était comme les rayons du soleil, éblouissante, insaisissable, enfant bénie des Dieux souillée par une telle compagnie que la sienne. Lorsque le Walfen comprit quelles maladresses injurieuses furent ses paroles pompeuses, les joues de ce dernier s'embrasèrent.

    Comment avait-il pu si rapidement oublier quel fossé les séparait ? C'était stupide, le ribaud rageait de voir jusqu'où cette fable enfantine venait de le mener. Certains rêves ne franchissaient jamais les frontières du réel, Cyric aurait du se contenter d'imaginer le goût ensorcelant de ces lèvres affriolantes. Mais une fois encore, la bête affamée avait voulu plus, toujours plus, incapable de se contrôler ni même de penser aux conséquences d'un tel acte. Les choses n'auraient su en être autrement, l'on ne pouvait renier ses origines ni même devenir quelqu'un d'autre pour les beaux yeux de sa douce. Si seulement il avait su retenir ses pulsions primales, s'il n'avait pas osé...
    Un instant, son regard vint s'entrechoquer contre celui, glacial, de Joy. La chaleur qui bouffait son corps avait disparu pour ne laisser place qu'à l'inconfort et un désir puissant de disparaître. Dans son dos, la nuit murmurait son nom, les abîmes allaient le recouvrer de leur manteau impénétrable pour ne jamais se retrouver face à celle qui lui avait dérobé ce qu'il pensait ne pas posséder. Cette pensée le rassurant étrangement, Cyric afficha un sourire dont la tristesse dégoulinait aux deux bouts, pour finalement sortir sur un ton calme.

    "Je ne m'excuserai pas."

    Une paille d'honnêteté perdue parmi le foin illusoire d'une botte confectionnée dans l'unique espoir de séduire cette veuve éplorée.

    "Je ne regrette ni mes dires, ni mon acte, seulement votre réaction. Mais vous avez raison, nous n'aurions jamais du nous rencontrer." Les commissures de ses lèvres se rehaussèrent, conférant un faux-air malicieux au visage déconfit du ribaud. "Il n'est pas trop tard pour tout oublier. Je partirai avant que l'aube ne pointe le bout de son museau, si vous me permettez de troquer ce costume de bouffon contre les haillons qui me servaient de vêtement. Les animaux vont se moquer s'ils me voient traverser leurs foyers habillé de la sorte."

    D'un pas vif, il dépassa Joy et entama la descente des escaliers, puis se retournant, ajouta: "Dame Livian ?" Ses yeux dévisageaient tout et rien, vaine tentative pour ne plus jamais recroiser ceux qui le firent tressaillir une malenuit en Scylla.
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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Lun 14 Nov 2011 - 21:14

    Prostrée, la jeune femme lui tourna le dos, le laissant parler tout son soûl, dire plus qu'il n'en devrait, une fois n'était pas coutume, fermant les yeux pour chercher vainement à étouffer ce timbre masculin, cet incessant relent de remords qui lui donnait presque la nausée. Inspirant, expirant, l'air frais ne parvenait pas à calmer l'implosion imminente des mots qui voulaient jaillir de ses lèvres, tout juste retenus par le mince filet d'une volonté éraillée. Elle avait encore le choix de se taire, de ne pas faire plus de remous qu'elle n'était déjà en train d'en engrenger. Après tout, qu'il parte. Qu'il ne revienne plus ; son absence ne pouvait pas perturber Joy plus que de raison.

    Un soupir, lointain, écho d'une raison qui s'abat sous la violence de l'abandon, du laisser-aller, lâcha avec amertume la bombe à retardement.

    « Vous ne comprenez pas. »

    Pivotant pour daigner de nouveau lui faire face alors qu'il s'était arrêté dans sa fuite élancée vers l'avant et l'oubli, le regard de la protectrice, à la fois translucide et ombragé par la gravité et le cynisme de la situation, cherchait désespérément celui de l'humain pour lui faire comprendre. Pour qu'il comprenne, c'était sûrement le seul à qui elle pourrait tout avouer avant qu'il ne disparaisse. Comme une dernière et ultime bonne raison de ne pas rester en terrain dangereux.

    « Vous pensez que j'ai honte de vous ? Vous croyez donc que je suis attachée à cette apparence, aux qu'en-dira-t-on ? Vous croyez réellement que j'ai encore le temps ou même l'envie de m'intéresser à ce qu'un quidam pensera de la présence d'un humain ici ? »

    Immobile, mais plus que jamais plongée dans une franchise déstabilisante, l'enfant de Kyria avait parvenu à maîtriser sa voix, qui ne tremblait plus autant qu'elle avait pu tressauter lors de son précédent accès de colère. Furie volatilisée, laissant place à une amertume, bien qu'adoucie. Les paroles de la gracile damoiselle écorchant à vif la réalité derrière le masque qu'elle avait porté depuis leur première rencontre, la jeune femme semblait décidée à se libérer une bonne fois pour toute de son appréhension première.

    « Vous n'avez pas ce poids continu sur vos épaules. Vous êtes libre Ashgan, le plus libre de nous deux pour être honnête, et le pire c'est que vous n'en avez même pas conscience. Vous préfèreriez que je vous laisse vous accrocher à quelque chose qui n'en vaut plus la peine ? »

    Il ne devait, à ce moment même, plus vraiment comprendre de quoi, et même de qui elle parlait. Qu'importe. Elle devait continuer, jusqu'à tout avouer s'il le fallait, dire les choses comme elles voulaient bien venir. Il n'était plus question de faire machine arrière.

    « Je ne parle pas d'être noble d'un territoire que je n'ai jamais réellement voulu, d'avoir cette immensité verdoyante à perte de vue pour moi, ou ni même d'être seule. Non, c'est la seule solution, la solitude. Le seul remède quand Arcamenel a décidé de faire de vous son jouet. »

    Une pointe de gêne s'immisça dans le creux de son déterminisme résolu. Bien vite balayée par l'idée que rien ne pourrait être pire après coup, Joy acheva sa confession d'une voix d'outre-tombe.

    « Je suis maudite. Et je l'ai trahi, Ashgan, j'ai trahi la seule personne que j'aimais de tout mon être, et ce de la plus manière la plus infâme en tant qu'épouse. Vous ne pouvez même pas imaginer la culpabilité, le dégoût et l'horreur que m'inspirent le nom de ce Dieu qui m'a arraché jusqu'à ma dignité en faisant de moi ce que je me refuse d'être à nouveau, dans un instant de faiblesse. Quitte à vivre en étant l'esclave de passions qui ne sont pas les miennes, plutôt épargner les autres des dommages collatéraux, vous ne croyez pas ? »

    Le calme retomba à peine sur ses pattes à la manière d'un félin un brin pataud, que le silence qui suivit cette étrange déclaration décida de ne souffrir d'aucune réponse, d'aucune question. Prenant les devants dans un murmure rendu ampoulé par une courtoisie qu'on sentait tendue, la voix féminine perça tout juste la tension fraîchement installée.

    « ... Vous n'allez pas retrouver le chemin seul. Rentrons. »

    A son tour, la silhouette le doubla sans un regard à son adresse, les yeux rivés droit devant elle, comme tétanisée par ses propres aveux - elle avait crié depuis longtemps ce qu'elle retenait en elle comme un secret des plus inavouables -. Empruntant les premières marches de l'escalier dans un silence des plus ironiques après les éclats de voix inhabituels qu'ils s'étaient échangés, le malaise était de rigueur, comme si la balance des sentiments oscillait entre pardon et règlements de compte.
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Mer 16 Nov 2011 - 10:31

    Cyric resta coi. Sous un masque de placidité, notre ribaud essayait de comprendre le message caché parmi les dires abscons d'une dame protectrice passablement confuse.

    Garder son calme, il devait garder son calme. Malgré lui, ses iris pétillaient d'un feu nouveau, incapable de contrôler cette joie qui ulcérait si agréablement son ventre. La belle ne désirait pas le voir partir, elle semblait chercher un moyen de justifier le désaccord entre ses gestes et sa volonté, c'était du moins l'interprétation la plus plausible et plaisante. Si seulement il avait pu saisir le sens d'une de ces phrases, trop joliment tournées pour être comprises, à l'instar de celle qui les avait psalmodiées.
    Plongé dans une frustration muette, Cyric dévisageait l'elfe, son regard perplexe posé sur ce mirifique visage passant du rose au blanc selon l'émotion de l'instant. Comment donner une réponse juste lorsqu'on ne comprenait pas la question ? Un problème de taille pour notre maraud, dont les traits se voulaient impassibles. Ce dernier ne désirait en aucun cas aggraver la situation par quelques répliques malhabiles et opta donc pour un silence en guise de commentaire.

    Mais la tension était palpable entre les deux hères, qui semblaient chercher sur quel pied danser, ignorant de quelle façon appréhender cette désagréable situation. Joy terminait son monologue aux couleurs d'aveux lorsque l'embarras atteignit son apogée, aucun d'entre eux n'osait désormais poser les yeux sur son interlocuteur. Aux bords du malaise, Cyric reluquait d'un œil mauvais quelques lucioles mal inspirées venue virevolter sous son nez. L'envie de grogner se faisait lourdement ressentir, mais son instinct persistait à tout retenir, grommellement, inspiration, expiration, rien ne devait trahir l'incertitude qu'il couvait.

    Finalement, Joy entama la descente des escaliers, son regard céruléen posé sur les marches marbrées du colimaçon. Marchant docilement dans l'ombre de ses talons, notre ribaud ne cessait de repasser les ultimes mots que cette dernière avait tenus au peigne fin. Il cherchait l'indice salvateur pour les bougies entreposées ici et là dans les tréfonds de sa cabèche, ce petit élément, déclencheur essentiel à la résurrection des candelas soufflés par l'enfant de Kyria et ses propos alambiqués. Les yeux du maraud se plissèrent sous la vigueur des flammes qui embrasèrent alors les lumignons de ses pensées.

    "Vous êtes... Maudites ?"

    Quelle drôle d'idée!
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Joy Lìvìan
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Jeu 24 Nov 2011 - 18:49

    Les seules paroles de Cyric n’eurent pour effet que d’irriter un brin la damoiselle, qui s’attendait à peut-être quelque chose d’un peu plus expressif ou plus clair qu’un simple balbutiement partagé entre perplexité et incrédulité. Comme si l’on pouvait échapper à quoi que ce soit de la part des Cinq ! La naïveté à l’égard de la race elfique qu’éprouvait Ashgan atteignait une limite surprenante qui arracha un profond soupir de lassitude à Joy. Après tout, elle n’était pas étrangère à ces réactions. L’étonnement, l’incompréhension, la fascination parfois, jusqu’à même la déception étaient de ces ressentiments qu’involontairement ou non, laissaient transparaître les curieux et rares connaisseurs du secret.

    « C’est ce que j’ai dit. »

    Une fois de plus, le lieu reprit ses droits, les baignant d’un mutisme troublant uniquement rythmé par le bruit étouffé de pas amples qui traversaient les couloirs sans même les voir. Baignés dans les tachetés léopard d’une lune sans joie aucune, les sols martelés avec douceur finirent par les conduire dans les appartements des invités, là où actuellement avait jusqu’ici vécu le rôdeur. Une fois la porte atteinte, la silhouette de la sylphide fit enfin face à celle de l’humain, ses yeux de glace cherchant les siens de manière tatillonne.

    « Ecoutez, il n’y avait pas de raison que je vous le cache plus longtemps. Mon comportement n’était pas convenable et je regrette sincèrement de ne pas avoir été honnête avec vous. »

    Silence. La protectrice sembla marquer une hésitation, perturbée entre sa franchise qui se devait d’être exprimée jusqu’au bout, par peur de fausser encore plus le jeu à sens unique qui s’était installé entre eux, et sa peur soudaine de voir fuir pleine de colère une personne qui n’avait pas à l’être, du moins, pas contre lui-même. Après tout, qu’est-ce qui pouvait être pire maintenant ? Au mieux, il ne lui en voudrait pas de sa froideur et considèrerait tout cela comme une option raisonnable ; au pire la haïrait-il et déciderait-il de ne plus jamais remettre les pieds dans quoi que ce soit qui eut pu les réunir dans un hypothétique avenir.

    « En aucun cas je ne vous ficherais dehors mais ... Comprenez bien que vous ne pouvez pas attendre de moi ce que vous souhaitez. »

    Sa voix s’était mue avec plus de douceur ; moins farouche, sans pour autant perdre sa prudence, la sylvaine finit par hausser faiblement les épaules avant de pousser la porte pour le laisser seul avec lui-même et ses réflexions. Mais au lieu de déboucher sur la vue d’une pièce vidée de tout occupant et plongée dans une pénombre certaine, l’endroit était parfaitement éclairé, et se tenait au centre, l’air préoccupée, une elfe – un des soigneurs auxquels Ashgan avait eu affaire -. Sursautant sous la présence soudaine de la régente des terres - elle ne pensait sûrement pas avoir affaire à un tel interlocuteur -, la jeune elfe reprit contenance et s’inclina timidement, ses traits inspirant une gravité qui inquiéta légèrement Joy. Cette dernière, intriguée, haussa un sourcil.

    « Que se passe t-il ? »

    « Ma Dame, je ... C'est à propos de votre 'invité', j'aurais voulu lui en parler mais ... Ca vous concerne aussi, il semblerait - non à vrai dire, il est certain que ... »

    Les yeux de la dite elfe remarquant alors la présence du scionneur juste derrière la dame, elle s’interrompit brusquement, un curieux malaise naissant dans sa pupille que la protectrice détecta non sans mal. Succédant à la colère puis à la tempérance, c’était maintenant l’incompréhension la plus totale qui résidait dans l’iris de l’enfant de Kyria, qui interrogea à tour de rôle du regard Ashgan, puis l’elfe. Peut-être l'humain avait-il développé une complication suite à ses blessures ; quoiqu'il en soit l'annonce était apparemment loin d'être légère.

    « Ce n'est pas son vrai visage. »



(Paroles en italique = langage elfique)
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Cyric
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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Lun 28 Nov 2011 - 22:15

    Son regard plongé une fois de plus sans retenu dans les tréfonds brumeux du néant, Cyric n'écouta que d'une oreille peu attentive les propos de cette guérisseuse aux oreilles pointues. Son attention n'était pas vraiment dirigée sur quelque chose en particuliers, il revoyait de manière aléatoire tous les moments partagés avec celle qu'il aurait aimé pouvoir serrer contre son cœur jusqu'à sa dernière heure.
    Les paroles de Joy retentissaient encore dans sa caboche, carillon funèbre venu mettre fin aux rêves d'un avenir commun. Étrangement le Walfen ne ressentait rien, colère, tristesse, désappointement, regret, absolument rien. Il avait la soudaine impression de n'être qu'une coquille vide, et cette révélation n'élevait aucun sentiment supplémentaire. Au moins ne passait-il point pour un sombre crétin.

    Ses paupières s'abaissèrent.

    Avait-il repris ses esprits ? Sortir d'un songe éveillé impliquait-il ne plus être la victime d'émotion? Ou était-ce seulement lorsqu'on finissait sur une note qu'on détestait devoir jouer ?
    Qu'importe, il fallait désormais reprendre sa route, il se devait d'avancer, à défaut d'oublier. C'était ça, avancer, avoir un nouvel objectif en tête. Qu'avait-il en tête ?

    Elle, elle et rien qu'elle.

    Elle et ses redoutables questions, qui n'étaient pas sans gêner notre gonze. Renouveler les menteries à l'encontre de sa dulcinée était une idée qui lui déplaisait fortement, mais avouer la vérité restait inconcevable. En réalité, parler le fatiguait. Sans prendre la peine de prévenir, Cyric défit sa ceinture, puis retira la toge de ses épaules. S'ensuivit bientôt les bottes et le pantalon.

    "Je vois que même la magie des Haies ne peut rester invisible au peuple éternel et sa magie ancestrale." Une morosité dans l'œil en guise d’appui. "En effet, ce n'est pas mon vrai visage."

    La démarche assurée, notre maraud se rapprocha de la Protectrice. "Voulez-vous découvrir quelle face est recouverte par mon masque de chaire?" Son sourire, tout juste saupoudré de cynisme, s'arrêta à quelques centimètres des lèvres voisines. Pourtant, cette fois-ci, une barrière évanescente semblait séparer les deux tourtereaux, qui ne l'étaient plus tellement. "Souhaitez-vous savoir quel homme se cache derrière l'identité secrète d'Ashgan Tombétoile ? " Son timbre de voie caricaturait quelques airs mystérieux. Un grognement en guise de rire, Cyric se dirigea alors vers l'unique fenêtre, faisant fi de ne pas remarquer l'elfe suivante.

    "Les idées que vous vous faites en ce moment même sont sûrement plus aguichantes que la véritable réponse. Soit, si vous tenez tant à le savoir, ce sera sous quelques conditions."

    Se retournant vers la Protectrice, il rajouta:

    "Vous n'espériez pas quelque chose en retour de tous vos gestes attentionnés ? Je suis désolé, mais je n'ai rien à offrir, enfin, surtout pas des divulgations, car le reste ne semble point vous intéresser... Parlez moi d'abord du mal qui vous ronge, donnez moi ensuite de véritables vêtements, un cheval, une lame et des vivres." Ses yeux semblaient porteurs d'un voile impénétrable. "Je vous dirai ensuite qui je suis."

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MessageSujet: Re: Là où tout n’est que luxe, calme et volupté [Cyric][TERMINE]   Dim 4 Déc 2011 - 16:10

    Alors qu’une nouvelle fois le doute l’assaillait fortement, les gestes brusques du scionneur ne lui arrachèrent qu’une gêne profonde tandis qu’il se débarrassait paisiblement de ses frusques sans prendre la peine de l’en prévenir. Son petit jeu demeurait aussi incompréhensible que perturbant et audacieux, tellement audacieux que cela frôlait dangereusement l’impudence. Mais il n’avait que faire de toutes ces manières alambiquées, de toutes ces tournures et ces formules ampoulées. Il était presque animal et se fichait bien de ce qu’il contrariait là.

    Alors qu’il s’était rapproché, elle lui avait donc tourné ostensiblement le dos, non sans sentir ses joues s’empourprer – d’agacement ou de trouble, quel qu’il fut -. Hors de question qu’il puisse s’enorgueillir de sa réaction ou se croire vainqueur en s’exhibant aussi délibérément à sa vue. La protectrice chassa d’un geste leste et explicite l’intruse, reprenant son vocable elfique une dernière fois.

    « Sortez. »

    Interloquée et intriguée, la moue de la suivante laissait croire à une désobéissance de sa part, pourtant elle obtempéra sans attendre. Tournant les talons et disparaissant en prenant un soin infini à fermer la porte sans bruit, l’elfe les abandonna à leur sort à tous les deux. Toujours plantée là, le regard redessinant inlassablement les courbures et les tracés du bois clair et des moulures artistiques,

    « … Vous n’avez jamais rien connu d’autre que le chantage. Mais soit, de toute manière, je vous aurais donné ce que vous auriez voulu. »

    Elle n’était plus à un mensonge près de sa part. Joy se devait d’être honnête avec elle-même, elle n’était pas certaine de gagner au change de sa vérité contre le simulacre de certitudes qu’il lui confierait. C’était maintenant qu’elle s’en rendait compte, mais après lui avoir accordé sa confiance à défaut d’autre chose, lui n’avait pas eu peur de broder de parfaites illusions pour pouvoir l’approcher, lui plaire, et la saisir. C’était à se demander si elle devait craindre la réalité, haïr le présent ou se flatter de la chose.

    Elle décida de rester ainsi prostrée, doutant qu’il se fut rhabillé pour lui épargner une quelconque peine, cherchant par où commencer.

    « Dans ma jeunesse, j’ai vécu de manière presque pénitentiaire. Avoir un père qui veut protéger sa fille de tout avait un prix, et c’était celui de l’isolement. Evidemment, pour vous ou pour n’importe qui, être coincée dans un palais empli de richesses n’a rien d’indésirable. Et c’est vrai. Pourtant, je ne savais pas ce qui se passait au-dehors. Je ne savais rien, hors du domaine. J’étais perdue, aussi ignorante et faible qu’un bébé. N’importe qui aurait pu me faire croire n’importe quoi.

    La curiosité croissant et les années défilant, j’ai fini par m’échapper pour respirer l’air frais de la nuit. Ce soir-là, il y avait cette sensation d’adrénaline qui me laissait croire que tout était possible d’un geste. Pour autant j’étais tiraillée par la peur ; la peur du danger, la peur des représailles, la peur de décevoir. »


    Les émotions lui revenaient alors par déferlantes, comme si c’était hier que tout s’était passé.

    « A vrai dire, la seule personne que j’ai déçu ce soir là, c’est cet homme, ce prêtre d’Arcamenel. J’étais seule, je le ‘narguais’ sûrement. On ne laisse pas passer une jolie petite elfe esseulée comme ça, n’est-ce pas ? »

    Un rire aigre passa la barrière de ses lèvres, ses paupières s’abattirent un instant pour faire le vide. Dieux qu’elle pouvait encore s’en vouloir d’avoir été si sotte.

    « Je ne me suis pas laissée faire, et j’ai fui avant même qu’il puisse en venir à des manières moins orthodoxes. Ma froideur orgueilleuse est un trait familial qui ne m’a jamais quitté … Et qui l’a tellement vexé qu’il a décidé d’en appeler à son Dieu.

    Depuis, il peut se passer des jours sans que rien ne se passe. Et puis, soudainement, sans prévenir … A n’importe quel instant ... »


    Elle s’arrêta, se rendant compte qu’elle avait presque oublié de respirer tant elle était angoissée à l’idée qu’Il décide, ironie du sort, d’expliquer plus clairement ce que la pauvre Joy tentait d’avouer à demi-mot.

    « …Il peut faire de moi ce qu’il veut. Il peut se jouer de mes envies, de mes désirs les plus … les plus bas, les plus primaires. C’est comme si je n’avais plus vraiment le contrôle de moi-même. C’est un feu libidineux ardent, violent, que je n’ai jamais su totalement maîtriser. Alors pour éviter le pire, pour éviter d’avoir à … à tromper l’homme que j’aime … Je m’enfermais. J’attendais que ca se passe. Je souffrais, mais au moins je ne commettais pas l’erreur de m’abandonner dans les bras de n’importe qui. »

    Elle inspira une profonde bouffée d’air, le teint livide. Sa gorge lui semblait sèche, elle avait la nausée rien que d’imaginer ce que songerait Ashgan face à toute cette mascarade. Et encore, elle n’osait même pas lui avouer qu’au fond, elle avait bien fini par céder comme la dernière des traînées, pêchant une fois de plus par excès de confiance. Quant à le regarder droit dans les yeux, c’était inutile : il était plus facile pour elle de ne pas avoir à l’affronter de visu.
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