AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Les sommets enneigés de Winterfall [PV]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
Jena Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 955
Âge : 29
Date d'inscription : 23/03/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 30
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Sam 24 Sep 2011 - 7:31

    Quoi encore ? Allait-on bientôt me laisser en paix ? C'était la quatrième fois en moins d'une heure qu'on frappait à la porte du bureau et à chaque fois pour des petites broutilles. Levée tôt, je n'avais pas eu une seconde pour me poser depuis que je m'étais assise sur ce fichu fauteuil, derrière ce satané bureau. D'abord j'avais lu et rédigé les réponses aux missives adressées à Hanegard, ensuite je m'étais occupée de gérer les problèmes d'intendance, et maintenant je m'improvisais juge. Comment diable faisait mon époux ? Quelques minutes plus tôt j'avais du me retenir de jeter un serre livre en pierre trônant devant moi, au visage d'un jeune homme venu réclamer un cheval et une bourse d'or en réparation d'un préjudice invraisemblable. Et maintenant qu'est-ce que cela allait être ?
    Jaime (hihi), le garde qui assurait personnellement ma sécurité en me suivant partout, pénétra dans le bureau pour annoncer la visite de Dame Inès, la femme de l'un des plus riches notables d'Alonna. Son époux avait fait fortune en important étoffes rares et bijoux somptueux. D'ailleurs il me suffisait de regarder sa femme pour voir qu'elle était vêtue à la dernière mode et faisait mal aux yeux à force de regarder toutes ses pierrailles scintiller.


    - Dame Inès, que puis-je pour vous ?
    - En temps normal j'en aurais référé à votre époux, mais je suis ravie de devoir vous en parler à vous Dame Jena. Il s'agit d'une affaire de femme et je suis certaine que vous me comprendrez mieux que votre époux l'aurait fait. Puis-je m'entretenir avec vous....seule à seule ?

    Mes yeux glissèrent jusqu'à Jaime et d'un petit hochement de tête lui signifia mon accord. Une révérence et il quitta la pièce, non sans baisser la tête ! De haute taille il passait tout juste à la porte. Une fois la tignasse blonde du garde disparue, Dame Inès se détendit sensiblement. Elle en profita même pour retrouver un semblant de politesse et elle m'adressa un sourire.

    -Vous n'êtes pas sans connaître mon fils, Jeremian, et bien figurez-vous qu'il s'est mis en tête d'épouser l'une de vos servantes...vous rendez-vous compte ? Une servante ! Mon mari était fou de rage, j'ai cru qu'il allait le tuer, mais mon fils a eu la présence d'esprit de s'éclipser rapidement....

    Je l'écoutais donc me raconter en détail tout ce qui s'était passé et lorsqu'elle eut terminée elle me demanda sans hésiter une seconde de découvrir qui était cette servante et de lui faire quitter la citadelle par la petite porte. D'abord surprise je ne lui répondis rien, et face à mon silence elle m'annonça que si ce n'était pas moi qui découvrait l'identité de cette femme, son mari s'en chargerait et elle craignait qu'il soit moins tendre avec elle.

    - Je suis désolée Dame Inès mais il est hors de question que je me défasse de la moindre de mes servantes sous prétexte que votre fils s'est entiché de l'une d'entre elle. Cela ne me regarde nullement. De plus, si jamais j'apprends qu'il a été fait le moindre mal à l'une d'entre elle, je serais me souvenir de vos paroles et votre époux aura à en répondre devant moi

    Sur ses mots je lui fis comprendre d'un geste de la main que l'entretien était terminé. Elle quitta la pièce comme une furie et se fut le visage étonné de Jaime qui apparut à l'embrasure de la porte.

    - Tout va bien ma Dame ?
    – Je suis juste fatiguée. Sais-tu si tout est prêt ?
    - Les préparatifs sont presque terminés, les malles ont été chargé et le premier convoi est partit pour vous précéder à Winterfall. Dois-je prévenir la garde que votre départ est imminent ?
    – Oui et prévenez également Clarys d'installer Liliana et Merwan dans notre carrosse. Je m'occupe de prévenir mon époux.

    Depuis notre retour de Rodem, plusieurs semaines s'étaient écoulées. Hanegard n'avait toujours pas retrouvé la vue mais certains signes nous laissaient espérer une issue heureuse. Pour ma part, les rêves de Néera continuaient à hanter mes nuits mais je tentais de ne point y penser. J'avais multiplié mes visites au temple et chaque conversation que j'avais avec le Grand Prêtre me rassurait chaque fois un peu plus. Seul ombre au tableau, les guérisseurs qui s'inquiétaient chaque jour davantage de mon état de santé. Ma grossesse était encore ressente mais on commençait déjà à apercevoir un léger gonflement au niveau de mon bas ventre, malgré mes efforts pour me montrer optimiste, les hommes de science m'avaient avouer qu'ils ne pensaient pas que je sois en assez bonne santé pour porter cet enfant jusqu'au terme. Bien que j'ai vivement protesté au départ, je devais bien avouer maintenant que la fatigue et les points de côtés qui me faisaient grimacer à chacun de mes pas n'étaient pas pour me rassurer.
    Jaime avait d'ailleurs prit l'habitude de me donner le bras ou que j'aille et devait veiller à ce que je ne m'épuise pas trop, ordre de mon cher époux !

    Entrant dans notre chambre, le garde me laissa à la porte et je me dirigeais vers le fauteuil sur lequel était installé mon époux. Rasé de frais, vêtu de ses habits de voyage, il avait encore sur les yeux son bandeau mais un mouvement de tête me fit comprendre qu'il me savait près de lui.


    - Es-tu près mon amour?
Revenir en haut Aller en bas
Hanegard Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 2051
Âge : 117
Date d'inscription : 22/10/2009

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 41 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Lun 26 Sep 2011 - 7:53

J’avais fini non sans mal par m’habituer à l’obscurité. Les premiers jours ayant suivi la perte de ma vue furent sans conteste parmi les plus difficiles de ma vie, mais les semaines passant de nouveaux réflexes apparaissaient et j’arrivais à me déplacer sans trop de difficultés, bien aidé en cela par une canne légère dont je me servais pour détecter les obstacles en tâtonnant. Tant que je restais dans des zones connues de la citadelle, j’arrivais à estimer assez précisément les distances entre deux portes et je ne me cognais plus autant qu’au début.

Nazaref, le prêtre du temple de Néera qui me suivait quasiment depuis le début refusait pour le moment de me laisser enlever ce bandeau qui me masquait le monde. Les seuls moments où je l’ôtais restaient lorsque je me trouvais avec lui dans une pièce sans fenêtre ni chandelle, à la seule lueur d’une chandelle entourée d’un tissu très épais qui ne laissait quasiment pas passer de lumière. Aidé par Nazaref, je regardais durant quelques minutes le reflet de la flamme sur un mur, puis je replongeais dans les ténèbres.

A chaque fois je distinguais de mieux en mieux les ombres dessinées sur le mur et l’espoir se prenait à renaître. Si au début tout flottait dans une sorte de brouillard épais, les soins tant magiques que classiques semblaient réussir à porter leurs fruits et j’attendais avec impatience de savoir si ma vision reviendrait correctement. Les dégâts causés par l’incendie dans la grange où Ilinsar était morte ne semblaient finalement pas irrémédiables mais une question demeurait : reverrai-je vraiment comme avant où resterai-je en partie handicapé ?

Encore quelques jours, me disait Nazaref ce matin même avant d’aller préparer ses affaires. Encore quelques jours et nous essayerons, voilà la rengaine. Poussant un soupir, je m’assis sur un fauteuil près de la fenêtre afin de profiter de la chaleur du soleil. L’hiver était arrivé, et les températures se faisaient fraiches mais nous avions encore une météo assez agréable, ce qui faciliterait d’autant notre voyage. Traverser en carrosse des congères ne me tentait guère, aussi je me réjouissais de savoir que seuls les sommets se couvraient de leur manteau hivernal pour l’instant.

Ah oui, le voyage, dans l’affaire j’allais oublier de vous en parler. Entre mes problèmes de vue et la grossesse de Jena qui ne se déroulait pas au mieux, nous commencions à sentir que nos limites physiques approchaient. Les guérisseurs nous ayant tous d’un commun accord conseillés de prendre un peu de repos, repos qui serait selon eux fort profitable pour nous aider à combattre nos maux, nous avions décidé de nous rendre à Winterfall afin de nous éloigner un peu de l’agitation d’Alonna.

Rien à voir cette fois avec notre escapade survenue quelques mois plus tôt qui se finit si mal lorsqu’Ilinsar, encore elle, vint y mettre son grain de sel. Le robuste château de Winterfall, situé non loin de la frontière d’Oësgard, au nord de Kregan, nous offrait des garanties de sécurité idéales, et une solide escorte nous accompagnerait tout du long. Du calme, un panorama somptueux dont hélas je ne profiterais guère, une femme adorable, que demander de plus ?

A ce stade de mes réflexions, la porte s’ouvrit et je sus instantanément que Jena venait de rentrer. Si je n’arrivais pas souvent à reconnaître mes interlocuteurs avant qu’ils n’ouvrent la bouche, je n’avais aucun problème à ressentir la présence de mon épouse.

Comment d’ailleurs aurai-je pu tenir sans elle ? Pendant ces dures semaines, et malgré ses propres inquiétudes quand à sa grossesse et à ses rêves troublés, elle n’avait jamais cessé d’être pour moi mon plus ferme point d’appui. Que ce soit pour m’aider à me déplacer, pour lire les missives, traiter nombre de demandes quotidiennes et palier mes insuffisances, elle se trouvait prête à m’aider. De fait, elle se trouvait désormais au cœur du système politique d’Alonna, et une véritable cour de courtisans flagorneurs avides de faveurs, commençaient à se former parmi les nobles et bourgeois.

Jena me demanda si j’étais prêt. A l’idée de pouvoir m’évader un peu avec ma chère et tendre, j’eu l’impression que les soucis s’éloignaient et je sautais littéralement sur mes pieds en souriant largement :


Oui, nous allons pouvoir y aller. J’ai hâte de m’éloigner d’Alonna… un peu de repos nous fera le plus grand bien.


Dernière édition par Hanegard Kastelord le Mer 23 Mai 2012 - 7:44, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Jena Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 955
Âge : 29
Date d'inscription : 23/03/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 30
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Lun 26 Sep 2011 - 11:39

    Le petit bond qui suivit ma demande me confirma l’enthousiasme de mon époux à l’idée de quitter la citadelle. Certes, nous n’avions pas à nous plaindre, Alonna était un endroit agréable à vivre mais il fallait reconnaître que l’agitation qui y régnait depuis notre couronnement ne nous plaisait guère. L’un comme l’autre nous avions besoin de repos. Hanegard pour espérer recouvrer la vue le plus rapidement possible, et moi pour éviter de faire une fausse couche. Rien de très glamour là dedans, mais il fallait bien dire les choses telles qu’elles étaient. A quoi bon se voiler la face hein ? Je savais ma santé fragile et cela ne datait pas d’hier. Depuis mon séjour dans les eaux glacées des mines de Lodiaker, les médecins m’avaient interdit le moindre petit rhume. Avec l’été, ma toux avait quasiment disparu mais l’hiver étant bien avancé je n’avais guère le choix que de me couvrir à en suer ! Et puis l’accouchement de Liliana avait laissé des traces. Pour faire simple, j’avais besoin de repos ! Et le repos j’allais enfin le savourer près des monts enneigés de Winterfall en compagnie de mon époux.

    Je lui adressais un sourire même s’il ne pouvait le voir, et m’approchais de lui pour l’embrasser. Quelle chance j’avais d’avoir pareil mari, un mot de lui, un sourire et j’étais aux anges ! Etre près de lui me donner l’impression que tous mes soucis s’envolaient et disparaissaient à des lieux de nous. Un léger pincement au cœur me rappela néanmoins que j’avais faillit le perdre à de trop nombreuses reprises.


    - Tu as parfaitement raison ! Liliana et Merwan doivent déjà nous attendre en bas, allons-y.

    Lui prenant la main je le guidais, à travers le dédale de couloir. J’avais pris l’habitude depuis un certain temps de le guider seulement en lui prenant le bras, je trouvais cela moins humiliant pour lui et puis cela lui permettait sûrement de se repérer un peu tout seul. Bien sur je le prévenais d’un éventuel obstacle ou des premières marches d’un escalier, je ne voulais pas le tuer non plus !
    Lorsque nous fûmes en haut de l’escalier, je m’appuyais autant à lui que lui à moi. Qui avait eut l’idée de mettre autant de marches hein ? Un douloureux tiraillement au creux de mes hanches me fit grimacer et je dus m’arrêter un instant tant j’avais peur de vaciller et de tomber dans ce satané escalier. En bas des marches je vis arriver Clarys en grande discussion avec Jaime, croisant mon regard, Clarys monta les marches deux par deux et prit le bras d’Hanegard en le priant de la suivre, pendant que Jaime me rejoignait.


    - Vous êtes pâle, ma Dame, peut-être devrions nous remettre le départ d’une heure ou deux.
    - Voyons Jaime, tout va très bien, tentais-je de le rassurer en souriant
    - Très bien ? J’ai plutôt l’impression que vos jambes ne tiendront pas plus d’une minute à vous voir si pâle et frissonnante.

    Bon, il n’avait pas tort sur ce point, il faisait un peu frais, et même si je me sentais fatiguée, j’aurais pu marcher des heures à n’en pas douter. Je voulus d’ailleurs descendre une marche pour le lui prouver mais je le regrettais vite en sentant mes jambes trembler sous moi.

    - Allons, vous voyez bien.

    Et sans attendre davantage, il me souleva comme si je n’avais été qu’un sac de plumes ne me laissant guère le temps de protester. Il dévala les marches et une fois en bas ne fit même pas un mouvement pour me reposer. Cette fois-ci, ayant retrouvé mes esprits je lui ordonnais de me poser par terre. Clarys et Hanegard étaient dans le couloir juste devant nous et je n’aimais pas être ainsi dans les bras d’un homme alors que mon époux était à quelques pas seulement. Mais Jaime fit la sourde oreille et lorsque nous fûmes suffisamment près, Clarys se tourna et rajouta son grain de sel comme à l’accoutumer.

    - Allons Jena, il a raison, tu es pâle comme un linge et tu n’as encore rien mangé ce matin, tu sais bien ce que pensent les guérisseurs de….

    Le regard noir que je lui adressais la fit taire aussitôt. Depuis qu’elle m’avait avoué avoir parlé de ma grossesse à Hanegard avant que je le fasse, elle était devenue subitement douce et souriante. Jamais un mot de trop, jamais un avis déplacé, rien, la parfaite demoiselle de compagnie. Et voilà qu’elle recommençait. Je ne voulais pas inquiéter Hanegard, il avait d’autres soucis à gérer, ne pouvait-elle donc pas le comprendre ?
    Cependant, elle avait gagné et je me laissais porter jusque sous les arches extérieures donnant sur la cour pavée. Une fois là je demandais à Jaime de me reposer afin que je puisse monter moi-même les marches du carrosse sans avoir l’air à l’article de la mort. Ce dernier argument sembla le convaincre et je pus prendre place, sans assistance, sur la banquette en face de Merwan qui observait toute l’agitation qui régnait dehors par la petite fenêtre. Une servante me tendit ma fille emmitouflée dans une épaisse cape de laine et Hanegard ferma la marche. A nouveau je lui adressais un sourire et pris sa main dans la mienne lorsqu’il se fut assis près de moi.
    J’aurais difficilement pu être plus heureuse qu’en cet instant.


    - J’ai déjà hâte d’y être, déclarais-je avec enthousiasme en espérant qu’il n’avait rien suivit de ce qui s’était passé jusqu’alors.

Revenir en haut Aller en bas
Hanegard Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 2051
Âge : 117
Date d'inscription : 22/10/2009

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 41 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Lun 26 Sep 2011 - 15:06

Ce que je trouvais de plus difficile dans le fait d’être aveugle restait l’immense difficulté à comprendre une situation. Les paroles donnent des indices, les bruits également, mais cela ne suffit généralement pas pour tout comprendre. Les échanges entre Jena, Clarys et Jaime restaient du drow pour moi. Apparemment ma femme semblait fatiguée et prenait probablement appui sur le bras de son garde du corps ou de sa suivante pour descendre les escaliers.

Un mot sur Jaime justement. Après les tentatives d’attentat menées contre Jena, j’avais décidé de renforcer la sécurité déjà assurée par la garde en lui donnant un garde du corps qui devait rester auprès d’elle, au moins jusqu’à ce que je récupère l’usage de mes yeux. Je ne connaissais guère ce Jaime, mais Sargril m’avait confirmé qu’il dominait de la tête et des épaules les entrainements face aux autres soldats et se montrait irréprochable sur la discipline. A priori un protecteur idéal donc ?

Bien sur, je ne pouvais m’empêcher de ressentir une pointe d’inquiétude… devrai-je dire de jalousie… à savoir que mon épouse se retrouvait ainsi aussi quotidiennement au plus près d’un homme plus dans ses âges que moi et qui avait apparemment tout du parfait chevalier de conte de fées. Mais j’avais tordu le cou à ces injustes suppositions : je connaissais ma femme, je savais que jamais elle ne laisserait Jaime dépasser les bornes, si tant est-ce qu’il essaya.

Chassant ces pensées moroses, je montais dans le carrosse où Merwan attendait déjà. Je reconnu la présence du petit garçon aux soupirs émerveillés qu’il poussait. Entendant en arrière fond le bruit des épées qui s’entrechoquait, je compris que l’orphelin admirait encore une fois un entrainement des écuyers. Quelques jours auparavant, il nous avait très sérieusement affirmé désirer devenir chevalier plus tard pour défendre Jena. Cela nous avait arraché de grands sourires, mais une idée commençait à germer dans mon esprit. La voie militaire ne serait pas un mauvais choix pour un orphelin… il faudrait que j’en parle à ma tendre épouse qui s’était pris d’affection pour Merwan.

Fouettes, cocher !

Le cortège quitta la citadelle et traversa la ville avant que les portes de l’enceinte extérieure ne s’ouvrent devant nous et que nous nous retrouvions dans les grandes plaines d’Alonna. Les chevaux prirent le galop et la route menant au Nord, vers Kregan.

Le Nord… vers chez moi.

A chaque tour de roue, je me se sentais pris d’une nouvelle bouffée de nostalgie. Venu bien des années auparavant des montagnes situées au-delà de la frontière humaine, je trouvais toutefois une certaine similitude avec ma terre natale la région de Winterfall, surtout en hiver. Bien que les régions de chasse de mon clan se trouvent largement plus loin, quasiment à mi-distance des cités naines, retrouver le calme, la beauté et l’aspect sauvage de la nature me réjouissais.

Passant un bras autour des épaules de Jena, je lui demandais :


Nous devrions arriver à la nuit, la route est encore longue jusqu’à Winterfall. Tu as déjà été dans les montagnes de la frontière, Jena ?


Dernière édition par Hanegard Kastelord le Mer 23 Mai 2012 - 7:45, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Jena Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 955
Âge : 29
Date d'inscription : 23/03/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 30
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Lun 26 Sep 2011 - 19:25

    Le carrosse s'ébranla et nous primes la route à travers les ruelles de la citadelle. Si les pavés d'Alonna rendait le trajet supportable, une fois sur les chemins de terre il fallait un peu plus s'accrocher. Je n'eus même pas le temps de me plaindre qu'Hanegard m'attirait contre lui, son bras sur mes épaules. Et il fallait reconnaître qu'une fois calée contre lui, je me sentais déjà mieux. J'avais tout de même l'impression d'être secouée dans tous les sens et si la première heure je m'en accommodais, je commençais à avoir de plus en plus de mal à le supporter.

    -Si la route est aussi longue que tu le dis, je te préviens que quelques pauses me seront nécessaires, ces secousses me rendent malade ! reportant me regard vers le paysage qui défilait je me perdais dans la contemplation des montagnes qui se dessinaient au loin J'ai beaucoup voyagé avec Camilia mais elle avait une sainte horreur du froid. Je n'ai vue les montagnes des frontières que de loin hélas ! Mais j'imagine que pour toi, cela te rappelle des souvenirs.

    Et pas forcément des bons pensais-je. Je ne l'avais jamais forcé à me confier ses souvenirs, il y avait de nombreuses par d'ombre sur son passé mais je considérais qu'il avait droit à son jardin secret. Les événements tragiques qu'il avait vécu ne me regardait pas. Je savais ce qu'il me fallait savoir et j'avais depuis longtemps d'ailleurs oublié la jalousie que je ressentais à la seule évocation de sa première femme. Bien que par moment je ne pouvais m'empêcher de me demander s'il l'avait plus aimé que moi, je n'avais jamais osé ni même pensé lui poser la question.

    Merwan s'était endormi, sûrement bercé par ce qui me rendait malade. Ma fille devait sûrement me sentir un peu plus tendu, plus brusque dans mes gestes aussi se mit-elle à pleurer. J'eus beau la bercer, la couvrir de baiser et la chatouiller rien à faire elle ne cessait de pleurer. La voir ainsi, son petit visage rougis de larmes, me serrait le coeur. J'avais toujours eut beaucoup de mal à l'entendre pleurer, peut-être parce que je culpabilisais de ne pas savoir la calmer. Finalement je retirais cette épaisse cape qui l'enserrait étroitement et la mit debout sur mes genoux. Dès qu'elle put gigoter les pieds et tester son équilibre en vacillant entre mes mains, ses larmes s'estompèrent et elle se mit même à rire lorsque je la fis légèrement basculer en arrière.
    Ses petites boucles noires volèrent autour de sa tête et son regard bleu se fit rieur. Je jouais ainsi avec elle pendant un long moment, non sans la couvrir à nouveau pour ne pas qu'elle ait froid mais en lui laissant le loisir de gigoter à sa guise. Bientôt cependant je ne pus plus supporter le cahot du carrosse.


    -Je suis navré chéri mais il me faut prendre l'air...arrêtons nous un moment et faisons quelques pas.

    Dis avec le sourire, j'étais sûre de ne pas l'inquiéter. J'appelais un garde qui montait à cheval près du carrosse et lui fit par de mon désir de marcher un peu. Quelques minutes après le carrosse s'immobilisait et je descendais en soupirant de plaisir. Nous avions déjà parcourut une bonne distance et le paysage n'avait plus rien à voir avec les alentours d'Alonna. Des collines, des routes bordées d'épaisses forêts et des ruisseaux gelés, bref tout ce qui rendait ce voyage magique.
    Une fois les pieds sur terre, j'appréciais de pouvoir faire quelques pas sans me sentir secouée. Liliana calé dans mes bras, je serrais sa cape sur elle et la regardait s'extasier devant l'envol d'un oiseau, ou devant le cheval devant nous. Hanegard descendit lui aussi et je lui pris aussitôt la main pour l'aider à faire quelques pas. Je pris alors plaisir à lui décrire tout ce qu'il y avait autour de nous, jusqu'au petit nez rouge de sa fille.


    -Cela ne te manque jamais, ces grands espaces, ces montagnes, cette neige éternelle ?

    Il n'y avait là aucune arrière pensée au moment où je posais ma question, mais presque aussitôt je me rendis compte que la réponse pouvait être à double tranchant. Je ne doutais pas qu'il apprécie sa vie avec moi, mais me dire qu'il regrettait ses montagnes et sa liberté d'antan m'aurait sûrement été pénible à entendre.
    Cependant je n'ajoutais rien. Pas parce que la réponse intéressait ma fierté mais parce que je voulais sincèrement connaître son sentiment. Après tout je l'avais épousé avec ses qualités et ses défauts mais aussi avec ses rêves et ses regrets, alors autant les connaître tous pour ne pas avoir de surprise lorsque nous serons vieux près du feu. N'était-ce pas positif que de penser à cela ? Mourir vieux auprès d'un feu ? Malgré la note funeste qui résonnait dans cette phrase je trouvais tout de même qu'il s'agissait d'un sentiment positif ! Je ne m'imaginais plus mourir dans un mois !

Revenir en haut Aller en bas
Hanegard Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 2051
Âge : 117
Date d'inscription : 22/10/2009

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 41 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Mar 27 Sep 2011 - 12:36

Je restais un moment silencieux après la question de ma femme, revivant mes vieux souvenirs. Les grandes étendues du nord, les pics enneigés… je me revoyais plongé dans ce qui me paraissait remonter à une éternité. Les ours au bord des torrents guettant la remontée des saumons, le hurlement des loups la nuit, le brame des cerfs à la saison du rut. Toute une partie de ma vie que j’avais fermée le jour où le duc Merwyn me prit à son service lors de la guerre civile.

D’une voix distante, je répondis :


Parfois, je me dis que ma vie alors était plus simple. A Alonna nous sommes entourés de mensonges et de flagorneries, chacun espère gagner notre faveur pour faire avancer ses propres affaires. Dans les montagnes, il n’y a pas la place pour les faux-semblants.

Déposant un baiser sur les boucles brunes de ma chère et tendre, j’ajoutai :

Mais si je n’étais pas venu dans le royaume, je n’aurais jamais eu le bonheur de te rencontrer.

Jena se sentant un peu mieux, nous remontâmes dans le carrosse et le cortège reprit la route. Je vais vous passer le reste du voyage, car de fait il ne s’y passa pas grand-chose de passionnant. Je suppose que le paysage devenait peu à peu plus sauvage au fur et à mesure que nous approchions des montagnes, mais il vous faudra demander à ma tendre épouse pour cela, vous savez très bien que je ne puis hélas en profiter. Par contre je sentais à la chaleur du soleil que l’après-midi avançait peu à peu, et je finis par m’endormir, bercé par les cahots de la route.

Ce fut le ralentissement du carrosse qui me tira de ma torpeur. Sentant que la température se trouvait être plus basse déjà, j’en déduisis fort astucieusement que la soirée venait de tomber, et que nous devions donc nous trouver quasiment à destination. Maudit bandeau ! Que n’aurais-je donné pour contempler de mes yeux les cimes blanches et les bois de sapins qui peuplaient la région. Des échanges de voix se faisaient entendre à l’avant de la colonne, et bientôt un cavalier nous rejoignit au trot, s’arrêtant à la porte du carrosse.


Votre Honneur, je suis Eddard Kern, écuyer de sa seigneurie Arcam Stakr. Au nom de mon maître, je vous souhaite la bienvenue sur les terres de Winterfall.
Je vous remercie, écuyer Kern. Guidez nous jusqu’au château, la nuit tombe et je préférerais éviter de la passer en rase campagne.

Nous venions donc d’entrer sur les terres dépendant de ce fief. Fouillant mes souvenirs, je tentais de me rappeler les distances qui devaient nous séparer encore du château en lui-même, mais j’y renonçais. Les routes s’avéraient trop tortueuses pour de telles mesures et je m’engonçais dans les sièges capitonnés. A moitié pour moi-même et à moitié pour les autres voyageur, je repirs :

Winterfall n’est pas une forteresse colossale comme le sont Alonna ou Rodem, mais bâtie sur un éperon rocheux elle verrouille l’accès à la vallée que nous avons du traverser tout à l’heure.

Quoiqu’il en soit, je n’avais plus qu’une hâte : me retrouver bien au chaud dans la salle à festoyer du seigneur Stakr, un verre de vin à la main et une belle pièce de viande dans mon assiette ! Après une journée passée sur la route, nous n’aurions pas volé un bel en-cas.
Revenir en haut Aller en bas
Jena Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 955
Âge : 29
Date d'inscription : 23/03/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 30
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Jeu 6 Oct 2011 - 11:29

    Plus que quelques minutes et mon calvaire serait terminé. L’écuyer de Seigneur Stakr était venu nous accueillir et nous guider jusqu’au château de son maître, Hanegard s’était chargé des politesses et je n’avais eut qu’à sourire et incliner la tête pour le remercier. Il faut bien reconnaître que de temps en temps le protocole à du bon pour nous les femmes ! Se taire et sourire, bouger lentement la tête, tendre une main, rien de bien fatiguant, surtout lorsqu’on a rien à dire !
    Le carrosse reprit la route et je me serrais un peu plus étroitement dans ma cape. Liliana s’était endormie au creux de mon bras et Merwan n’avait pas ouvert l’œil depuis la pause qu’ils avaient faite. Tout était donc calme et tranquille, en dehors du cahot incessant du carrosse, du froid de plus en plus mordant et de mon irrésistible envie de vomir. Mais je fis l’effort de ne pas me plaindre et de serrer les dents jusqu’à l’arrêt complet du carrosse. Ce qui ne devrait pas trop tarder non ?
    C’est à ce moment là que mon époux sortit de son silence et m’instruisit sur Winterfall. Il fallait reconnaître que je connaissais fort peu la géographie d’Alonna. J’avais tout de même fait quelques progrès depuis que je devais gérer les affaires courantes à la place d’Hanegard, mais cela ne faisait pas de moi une experte de terrain. Je l’écoutais donc avec un vif intérêt.


    - Si je comprends bien, cette forteresse fait partie de nos lignes de défense. J’ai hâte de voir ce fameux rocher, j’imagine qu’on doit avoir une vue imprenable sur la vallée !

    Ceci dit, je me perdis dans la contemplation du paysage qui défilait lentement. Il fallut encore attendre plusieurs longues et interminables secondes pour que le carrosse s’immobilise définitivement. Jaime sauta de son cheval, tendit les rênes à un palefrenier et vint expressément ouvrir la porte et me tendre son bras pour m’aider à descendre. Je lui mis d’abord dans les bras Liliana qu’il s’empressa de laisser aux bons soins de Clarys qui venait d’apparaître à ses côtés, puis je descendis en poussant un soupir de plaisir. Me tenir debout, sur mes jambes me fit un bien fou et presque aussitôt mes nausées s’envolèrent.
    Le voyage était terminé, tout c’était bien passé, je ne pensais plus qu’à une chose manger et me repaître de la compagnie de nos hôtes.

    Une bonne grosse femme apparut dans la cour et se mit à donner des ordres à droite et à gauche. J’en déduisis qu’il s’agissait là d’une sorte d’intendante, une matrone peut-être, bref s’était à elle que je devais m’adresser. Mais avant que j’ai pu la saluer, elle fut sur moi et me jeta sur les épaules une couverture épaisse et tiède.


    - Bienvenue à Winterfall madame la Baronne, nous allons conduire vos enfants dans les appartements que je vous ai fais préparer et je vais me charger de vous conduire personnellement auprès de mon maître. Vos mains sont gelées, désirez-vous vous reposer quelques instants ?
    - Non, non ça ira très bien, merci. Nous sommes tout deux affamés par ce voyage aussi aimerions nous grignoter quelque chose si cela est possible.

    L’épaisse femme qui m’entraînait déjà à travers la grande porte en bois s’arrêta net et parut sincèrement surprise. Visiblement elle ne s’était pas attendue à ce que je me montre si courtoise ou tout simplement gênée par notre arrivée loin d’être discrète. Avais-je encore commis une faute dans ce fichu protocole ? En même temps je ne pouvais pas m’imaginer arriver ici, me considérer comme chez moi et gueuler mes ordres à qui voulait les entendre.

    - Bien sur Ma Dame, le Seigneur Stakr vous attend à sa table pour partager son repas.

    De peur de dire encore une bêtise je lui adressais un sourire et fit volte face pour voir ce qui se passait dans la cour. Hanegard était au pied de l’escalier et Clarys avait visiblement du mal à gérer un Merwan agitait pas son réveil, une Liliana en pleurs et la cécité de son baron.
    Je fis donc demi tour et prit moi-même le bras de mon époux. Le contact de sa main fit hérisser chaque poil de mon bras et je retrouvais instantanément le sourire.


    - Chéri, le seigneur Stakr nous attend à manger. Souhaites-tu te reposer ou bien te rafraîchir avant ?
Revenir en haut Aller en bas
Hanegard Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 2051
Âge : 117
Date d'inscription : 22/10/2009

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 41 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Jeu 6 Oct 2011 - 14:11

Enfin arrivés ! Je dois admettre une nette préférence pour le cheval par rapport au carrosse. Être trimballé dans ces espèces de boîtes à chaussures géantes tout la journée, merci bien mais pour moi ce sera non. Bien évidemment, au vu ma condition physique, il n’était pas envisageable pour cette fois ci de monter à cheval. Enfin, avec un peu de chances, je pourrais enlever ce fichu bandeau dans les prochains jours si Nazaref acceptait enfin de me laisser tenter l’expérience. Et s’il refusait… eh bien peut être le ferai-je tout de même.

L’arrivée à Winterfall fut certes un peu mouvementée. Entre Merwan qui avait dormi une bonne partie de la journée et se retrouvait donc plein d’énergie à dépenser, Liliana qui pleurait et moi qui cherchait désespérément un repère pour éviter de me cogner n’importe où, il fallut un peu d’organisation pour remettre de l’ordre. Jena à mon bras, Liliana dans ceux de Clarys et une promesse à Merwan de le laisser voir l’armurerie s’il restait sage toute la soirée arrangèrent fort heureusement les choses.

Tandis que je me laissai guider par Jena, j’en profitais pour répondre à sa question :


Allons nous rafraichir, puis nous dinerons. Arcam est un vieil habitué de la cour, il saura éviter les repas interminables pour des voyageurs épuisés. Tout du moins je l’espère, je ne me sens pas ce soir le courage d’affronter une horde de courtisans.

Après avoir pu ôter les lourds vêtements que nous avions revêtus afin de nous protéger du froid et nous être passé de l’eau sur le visage, nous reprenions quelques couleurs. A Tout le moins, je n’avais plus la désagréable impression d’être un glaçon ambulant entouré de fourrures, bien aidé en cela par le feu qui ronflait joyeusement dans la cheminée. Merwan, lui, aurait droit à un débarbouillage bien plus complet de la part de Clarys pendant que nous dinerions.

Toujours au bras de Jena, je pris la direction de la grande salle de Winterfall où devait nous attendre le maître des lieux. Pour être déjà venu une fois au château, je ne me souvenais pas suffisamment des lieux et ma femme dut jouer le rôle de remorqueur à chaque angle où je partais tranquillement tout droit au lieu de virer de bord. Nous commencions à être très doués à ce petit jeu, et d’une légère pression de la main ma chère et tendre arrivait à me guider sans que cela ne transparaisse extérieurement.

Le bruit d’une hallebarde frappant les dalles du sol et nos noms furent prononcés par le garde de faction, signes que nous venions d’entrer dans la grande salle. Un pas lourd se fit aussitôt entendre et je sentis ma main prise dans un véritable étau. Même moi je rendais plusieurs pouces à Arcam Stark, véritable colosse bâti à chaux et à sable qui ressemblait presque à l’un de ces grands ours vivant dans la région. Rude guerrier et vassal fidèle, Arcam avait été parmi les premiers à venir renouveler son serment d’allégeance lorsque Trystan m’avait nommé régent d’Alonna.


Monseigneur, c’est un plaisir pour moi de vous recevoir en ces lieux, et j’espère que vous profiterez pleinement de votre séjour parmi nous. Baronne, mes hommages. Votre beauté est plus éclatante encore à chacune de nos rencontres.
Arcam, mon cher ami. C’est toujours une grande joie que de venir à Winterfall.

A noter pour le détail que Jena eut droit à un baisemain, ce qui lui évita de se retrouver avec des doigts quasiment broyés. Les ragots prêtaient à notre hôte une force telle qu’il pouvait selon eux tordre une barre de fer à la seule force de ses bras. Sans doute un peu exagéré certes, mais je me disais à cet instant que mes doigts allaient mettre plusieurs minutes avant que la circulation ne s’y remette. D’un ton jovial, Arcam reprit :

Le dîner est prêt. En toute intimité, seuls mon épouse et mon écuyer seront présents. J’ai préféré pour un premier soir vous épargner le banquet solennel en compagnie de toute la noblesse du coin, des notables de Winterfall et autres parasites qui ne rêvent que de pouvoir être vus en train de parler avec vous.
Revenir en haut Aller en bas
Jena Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 955
Âge : 29
Date d'inscription : 23/03/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 30
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Jeu 6 Oct 2011 - 17:43

    Après un rapide débarbouillage, je pris le bras d'Hanegard et nous quittâmes la chaleur des appartements pour les couloirs froids et à peine éclairé. Bien heureusement un valet nous guidait, mais je devais tout de même veiller à ce que mon époux prenne correctement les virages ce qui n'étaient pas des plus simples ! A force, il avait pris l'habitude, une simple pression sur son bras et il savait qu'un obstacle approchait. Plus la peine de le prévenir du moindre petit « danger » et cela était tout aussi bien pour lui que pour moi. Ce devait déjà lui être pénible de ne plus pouvoir se déplacer sans l'assistance de quelqu'un, si en plus il devait perdre la dignité qu'il lui restait ce ne serait pas bon pour son moral.
    Personnellement ce qui me dérangeait de plus en plus c'était ce bandeau qu'il devait conserver jour et nuit, son regard si bleu, si intense me manquait terriblement. Mais je devais prendre patience, comme lui et prier tous les jours qu'il recouvre la vue très vite.

    Au fur et à mesure de notre avancée, de plus en plus de flammes éclairaient notre chemin, rendant les couloirs plus lumineux et plus accueillants ! Mais ce fut encore mieux lorsqu'on nous introduisit dans une salle de taille respectable, dans laquelle brûlait un très très attirant feu de bois et dont la table était déjà bien recouverte de nourritures diverses et variées. Un homme, grand et imposant s'avança vers nous, un grand sourire à travers sa barbe bien fournie. Il se saisit de la main d'Hanegard et la vigueur et l'énergie qu'il mit à la secouer me fit craindre que mon époux, en plus d'avoir perdu la vue, perde aussi l'usage de son bras. Lorsque le seigneur Arcam Stakr se tourna vers moi je lui adressais un sourire ravi bien qu'il m'intimidait. Cependant il me prit la main et y déposa un rapide baiser avec tant de délicatesse que j'en fus prise au dépourvu au point de ne pas savoir quoi répondre à sa phrase de politesse.
    Hanegard me devança, il semblait ravi d'être dans cette forteresse de frontière, près des montagnes, de la neige et de gens comme lui.
    Je repris mes esprits lorsque la Dame de Winterfall s'approcha et se plaça aux côtés de son mari.


    - Je vous en remercie infiniment. Après si long et épuisant voyage il est des plus agréables de manger en votre seule compagnie. Je vous suis très reconnaissante de nous avoir épargné pour ce soir les affres des mondanités.

    Me tournant vers son épouse, visiblement plus jeune que lui – et plus blonde aussi ! - je l'observais me saluer d'une profonde révérence et je lui répondis à mon tour d'un hochement de tête. La jeune femme devait avoir quelques années de plus que moi mais je sentais que nous allions parfaitement nous entendre. En effet, la rondeur de son bas ventre me fit sourire.

    - Dame Gisèle, je suis heureuse de faire votre connaissance. Acceptez mes félicitations, j'espère que vous et votre futur enfant à naître vous porterez bien.
    - Merci, nous espérons qu'un fils bénira enfin notre union. Mais passons à table, vous devez être affamés

    Lors de mes cours d'histoire d'Alonna – et oui à mon âge j'ai encore droit à des cours interminables et barbants – j'avais appris que le Seigneur de Winterfall n'avait hélas aucun héritier à part une ribambelle de fille. Cinq, de mémoire ! Ils devaient donc espérer que le prochain soit un garçon, ce que je comprenais parfaitement, puisque moi aussi je priais pour donner naissance à un héritier à Alonna. Suivant le couple de Winterfall, je guidais Hanegard jusqu'à sa chaise et le lâcher sans lui caresser une dernière fois la main. Enfin je prie place à table et sur un signe du Seigneur Arcam, des valets vinrent nous servir.
Revenir en haut Aller en bas
Hanegard Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 2051
Âge : 117
Date d'inscription : 22/10/2009

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 41 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Ven 7 Oct 2011 - 9:22

Je n’étais pas mécontent de pouvoir m’asseoir. Au moins je ne risquerai plus de me cogner, il me faudrait juste prendre garde à ne rien renverser. Les premiers jours, une ribambelle de verres avaient ainsi finis en morceaux sur le sol du fait que je n’arrivais pas à bien les saisir. Heureusement seule Jena avait assisté à ces scènes qui auraient pu être cocasses dans d’autres circonstances. Depuis, l’habitude aidant, j’arrivais à peu près à m’en sortir sans dommage.

Par contre ne me demandez pas la répartition à table, je serai bien incapable de vous la donner. Certes je peux essayer de la deviner à partir du bruit des voix et du protocole habituel, mais ne prenez pas cela pour argent comptant.

En tant que seigneur d’Alonna, j’avais droit à la chaise habituelle d’Arcam, en bout de table, lui-même prenant place à ma droite tandis que Jena s’asseyait à ma gauche. Venaient ensuite Eddark Kern et Gisèle Stark en ordre inversé de sexe par rapport aux premiers, c’est-à-dire Gisèle près de son époux et Eddard près de ma femme. Protocole relativement aisé du fait du faible nombre des convives, au contraire des grands festins où l’on risque de s’arracher les cheveux à établir les emplacements suivant les rangs des participants.

Tandis que nous entamions une belle pièce de bœuf bien savoureuse qui vous fondait sous la dent, dame Gisèle demanda :


La route ne fut pas trop dure ? Avec les premiers froids qui arrivent, un carrosse est peu confortable.
Je dois admettre que malgré plusieurs couches de fourrures nous n’avons pas eu chaud. Pour un peu je me serai cru de retour à la vallée aux loups. Arcam, vous vous en souvenez ?

Je faisais référence à une manœuvre conjointe entre les armées de Serramire et d’Alonna, du temps du duc Merwyn et de la baronne Pearla, Un détachement des légions noires sous mes ordres et une troupe de cavaliers sous ceux d’Arcam devaient éradiquer une bande de brigands ayant pris possession d’un vieux fort en ruine à la frontière des deux territoires. De là, ils lançaient des raids contre les caravanes marchandes, et il nous fallait débarrasser la région de cette vermine. Tâche qui s’annonçait aisée sur le papier, mais qu’une tempête de neige et une sous-estimation du nombre de bandits dans nos ordres de mission complexifia rapidement.

De là datait ma première rencontre avec notre hôte, et notre amitié s’était forgée l’épée à la main, tandis que nous escaladions les murailles en partie effondrée. Séparés du reste de nos hommes pendant quelques minutes, nous avions du combattre dos à dos pour ne pas être submergés. Je gardais de ce combat une estafilade sous le bras, estafilade qui aurait pu être bien plus grave si la lame d’Arcam n’avait dévié celle de mon agresseur.

Lâchant un ricanement, le seigneur de Winterfall répondit :


Oh oui, rude époque ! Il gelait à pierre fendre et il ne fallait pas faire de feu pour approcher discrètement de ces gredins.

Tandis que le vieux chevalier décrivait avec force détails nos exploits d’alors, en les enjolivant bien sur comme se doit de le faire un bon conteur, je me laissais aller à rêvasser. Pour la première fois depuis des semaines, je pouvais baisser ma garde. Nous étions chez des amis, sans toute une cour pour nous épier et tramer diverses intrigues. Pour la première fois depuis des semaines, je me sentais en paix avec moi-même.
Revenir en haut Aller en bas
Jena Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 955
Âge : 29
Date d'inscription : 23/03/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 30
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Lun 10 Oct 2011 - 11:30

    Le couple de Winterfall était des plus charmants. Leurs conversations légères et chaleureuses me faisaient presque oublier la rudesse du voyage. Car pour être rude, il fut rude ! Hanegard ne s’était plaint que du froid car c’était sûrement la seule chose qui l’avait indisposé en dehors de sa cécité. Pour ma part, le tangage incessant, le froid, les courbatures et la durée du voyage m’avaient mise au supplice. Mais ne voulant pas passer pour l’une de ses nobles dont le passe temps favori est de se plaindre, je m’étais juste contentée de sourire et d’acquiescer aux paroles de mon époux.
    Alors que les hommes remontaient dans leurs souvenirs épiques, à trinquer et rire de divers hauts faits, je me contentais de manger ou du moins de picorer dans mon assiette. Certes j’avais eu très faim en arrivant mais des nausées m’avaient prises lorsque je me changeais quelques minutes plus tôt, et depuis, plus moyen de manger. La seule vue des canards rôtis et autres victuailles me rendaient malade. Dame Gisèle dut s’en rendre compte car elle se mit à son tour à picorer dans son assiette alors qu’elle avait commencé en plantant joyeusement sa fourchette dans sa tranche de bœuf saignante !
    D’un geste, je la vis appeler une servante et lui murmurer quelques mots à l’oreille, puis l’air de rien, reprendre son repas. Au bout d’une dizaine de minute la servante revint avec une tasse fumante qu’elle déposa juste devant moi. Rien qu’à l’odeur je reconnus une tisane à la menthe poivrée, identique à celle que je prenais à Alonna pour calmer mes nausées matinales. En même temps ce vieux remède de grand-mère n’était un secret pour personne et mon hôtesse étant enceinte, elle avait sûrement du y avoir recours.


    - Buvez là tant que c’est chaud ! me pria Dame GisèleOn ne m’avait pas averti de votre état, vous n’auriez peut-être pas du entreprendre pareil voyage
    - Merci, murmurais-je en buvant une gorgée Cette tisane est une vraie merveille ! Le trajet fut long mais je ne souffre que de fatigue, une bonne nuit de sommeil et j’irais beaucoup mieux ! Je comprends au vue de l’heure tardive que vos filles ne se soient pas jointes à nous pour le repas, mais j’espère pouvoir faire leur connaissance prochainement.
    - Bien sur, je me ferais un plaisir de vous les présenter dès demain si vous le souhaitez.

    Et nous bavardâmes ainsi au moins une heure durant. Les plats se succédèrent et ce fut le dessert qui rappela à nos époux notre présence à leurs côtés. J’avais réellement pris beaucoup de plaisir à échanger toutes ses paroles avec Dame Gisèle aussi je ne m’étais pas inquiétée de faire la conversation à mon époux. Lorsque je posais mes yeux sur lui, je vis qu’il avait reprit des couleurs et qu’il avait l’air plus serein aussi. Mais ce fichu bandeau était encore là pour tout gâcher. Pour me rappeler qu’il n’y voyait plus, pour m’arracher cet éternel pincement de cœur car malgré tout, je me sentais toujours coupable.
    Avec douceur je posais ma main sur la sienne et la caressait lentement. Ce simple geste était devenu une habitude depuis quelques semaines. J’avais besoin de le toucher de lui faire sentir ma présence près de lui.

    Le dessert terminé, je croisais le regard d’Arcam et dès qu’il eut terminé sa phrase je me permis de l’interrompre.


    - Veuillez m’excuser Seigneur Arcam, mais je suis épuisée, j’aimerai monter me reposer si cela ne vous dérange pas. Je laisse à vos bons soins mon cher époux sans aucune inquiétude.
    - Allez-y madame, je ne sais que trop bien la rudesse du voyage menant de Winterfall à Alonna, nous aurons tout le temps de converser ensemble demain. D’ailleurs ma tendre épouse, vous devriez vous aussi monter vous coucher.

    Je me levais donc de table et après un baiser sur la joue d’Hanegard, sortis de la grande salle chaude et reposante pour la noirceur et la fraîcheur des couloirs. Jaime était posté de l’autre côté de la porte.

    - Vous ne vous reposez donc jamais Jaime ?
    - Pas tant que vous avez un œil ouvert, ordre du baron !

    Amusée par sa réflexion, je me permis de rire tout en avançant dans les couloirs. Un valet nous précédait une bougie à la main, mais il allait trop vite pour moi, Jaime se fit donc un plaisir de le rappeler à l’ordre. Lorsque il fallut monter les escaliers il me tendit son bras et me conduisit jusqu’à la porte de ma chambre. Ce fut avec un soupir de soulagement que je me laissais tomber à la renverse sur le lit.
Revenir en haut Aller en bas
Hanegard Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 2051
Âge : 117
Date d'inscription : 22/10/2009

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 41 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Mar 11 Oct 2011 - 9:35

Après que Jena et Gisèle nous eurent quittés, nous passâmes dans un salon afin de déguster quelques alcools locaux qui vous enflammaient les tripes. Mais après le froid de la journée, une petite bouffée de chaleur n’était pas désagréable. Santé Arcam ! Santé Eddard ! Pour un peu, j’aurai pu me croire de retour à ces froides nuits d’hiver, où près des feu du campement nous avions sympathisés Arcam et moi, alors qu’autour de nous les soldats s’apprêtaient à l’assaut.

Mon hôte me parla des derniers problèmes locaux, des troubles qu’avait causés le choc lié au Voile et qui désormais étaient quasiment résorbés, de l’état des finances de Winterfall... mais il évita bien sur d’évoquer la beauté des lieux ou bien les chasses au sanglier qui nous plaisaient pourtant grandement. Vu mon état, je n’aurai guère apprécié de tels discours.

La nuit devait être bien entamée lorsque je me fis raccompagner à notre chambre. Pour connaître un peu le château, je savais qu’Arcam nous avait alloué la chambre du premier étage de la tour Ouest, qui dominait la vallée. Au moins Jena pourrait profiter d’un panorama merveilleux. Cette chambre servait également aux hôtes de marque car y accéder depuis l’extérieur nécessitait d’escalader une paroi quasiment à pic, exploit qui aurait rebuté l’assassin le plus audacieux du royaume. Ou alors il lui aurait fallu des ailes…

Le valet me laissa dans l’antichambre, à ma demande plus qu’à la sienne. Si le gaillard espérait reluquer ma femme en tenue de nuit, il repasserait ! Un balayage de ma canne m’indiqua la porte de la chambre même, et j’y entrais pour retrouver ma chère et tendre. Une bonne nuit de sommeil, voilà ce qu’il nous fallait à tous les deux, le lendemain serait sans aucun doute une journée chargée. M’asseyant sur le lit, je commençais à déboutonner mon pourpoint quand une envie qui me tenaillait depuis le début de la soirée commença à devenir littéralement insupportable.

Vous devinez de quoi je parle bien sur. Pardon ? Un câlin ? Oui, bien sur que j’en avais envie, mais là je parlais surtout d’enlever mon bandeau. Un peu d’alcool, une chambre douillette, l’éloignement d’Alonna, il ne manquait plus qu’une chose à mon bonheur. Savoir si les soins prodigués par le culte de Néera et les guérisseurs portaient réellement leurs fruits.


Je n’y tiens plus, il faut que je sache si…

Me redressant, je portai mes mains derrière ma tête et m’apprêtais à ôter ce maudit bandeau lorsque je me rendis compte que je risquais de faire une grosse bêtise. A chaque fois que Nazaref avait accepté que je l’ôte, l’obscurité était quasiment complète. Et à chaque fois il me ressassait que tout serait à refaire si je m’exposais à une lumière violente aussi tôt. Et si notre chambre se trouvait illuminée par de multiples lustres ?

Chérie, peux-tu éteindre toutes les chandelles ? Rien que la luminosité nocturne sera amplement suffisante.
Revenir en haut Aller en bas
Jena Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 955
Âge : 29
Date d'inscription : 23/03/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 30
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Mar 11 Oct 2011 - 20:47

    Un bras tendu pour repousser l'ennemi, un bond sur le côté, une esquive de plaquage et une longue longue course. Quel beau slalom ! Et voilà qu'avec une facilité déconcertante Vincent Clerc marque un essai ! Wouuuh ! La foule est en délire, tout le monde est debout et cris « Qui ne saute pas n'est pas Toulousain », moi la première évidemment sinon c'est pas drôle ! Une secousse et je me rappelle, du moins je me demande ce que c'est que ce sport bizarre, ce ballon ovale et ces gens étrangement accoutrés. Du coup je me rends également compte que j'ai les yeux fermés et là pfff lumière je comprends que je rêve et quel rêve étrange !
    Mais aussitôt mon cerveau s'intéresse à la cause de mon réveil et soudain la voix de mon époux s'élève à nouveau. Souffler les chandelles ? Hein ? Ah oui, d'accord d'accord !
    Me redressant, je constate avec un certain amusement que je suis encore toute habillée et que les épingles de mon chignon se sont à moitié détaché ! Du coup, bien que me sentant à l'étroit dans mon corset mais je commence d'abord par passer ma main devant mes yeux pour retirer les mèches sombres et bouclés qui me cachent la vue.


    - Bien....bien sur chéri....je fais ça tout de suitebafouillais-je entre deux baillements

    J'aurais bien du penser qu'il ne pourrait pas se charger d'éteindre les chandelles en venant se coucher mais je ne pensais pas non plus qu'il me réveillerait pour cela. Mais soit après tout, je suis une bonne petite épouse ! Quittant le lit je me dirigeais d'abord vers le guéridon près de l'entrée, puis de l'autre côté du lit sur sa table de chevet et enfin vers ma coiffeuse. Une fois toutes les bougies soufflées je me laissais tomber sur le tabouret devant mon miroir et me concentrer pour retirer une à une toutes ses fichues épingles. Au bout de la onzième, je me notais dans un coin de mon esprit de les envoyer à travers la figure de Clarys le lendemain ! Quel horreur !

    Lorsque j'eus – ENFIN – terminé de m'exciter sur ma chevelure, je pris ma brosse et démêlais ma tignasse avant d'abandonner dépitée. En poussant un long soupir exaspéré, je me levais et détachais mon corset pour retirer ma robe trop serrée et enfiler ma chemise de nuit. Hum ! Quel plaisir de passer des vêtements moins étroits, plus confortable, plus doux et agréable.
    Bref, un pur bonheur et maintenant zouh au lit ! Parce que mine de rien j'étais épuisée et le lit avait été si confortable jusqu'à présent que j'avais hâte de retenter l'expérience.
    La clarté nocturne était suffisante pour me laisser distinguer les meubles et Hanegard toujours assis sur le lit. Que pouvait-il bien fabriquer ainsi ? Attendait-il que je vienne l'aider ? Zut.... j'aurais du y penser immédiatement au lieu d'aller me pomponner toute seule dans mon coin.


    - As-tu besoin de moi mon chéri ? Veux-tu que je t'aide à retirer tes vêtements?

    Revenant près du lit je me plaçais devant lui et posais une main sur sa joue. Ce fut seulement au bout d'une longue minute de silence que je me rendis compte que tout ce temps ou je caressais tendrement sa joue j'avais le regard plongé dans le sien. Et le choc fut si violent que je sentis mon cœur se serrer brutalement. J'étais soudain terrifiée, heureuse, inquiète et émue de recroiser ce regard qui m'avait tant manqué ces dernières semaines.
Revenir en haut Aller en bas
Hanegard Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 2051
Âge : 117
Date d'inscription : 22/10/2009

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 41 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Mer 12 Oct 2011 - 14:45

Je ne vais pas m’attarder sur le moment où je reste assis comme un sac de patates sur le bord du lit, cela a autant d’importance dans le présent récit qu’une variation de un point du cours du cacao à la bourse de Franfort pour la vie quotidienne d’une tribu inuit. Autrement dit, on s’en fiche. Avance rapide donc… jusqu’au moment où l’obscurité s’abat sur la chambre. Bien sur l’obscurité n’est jamais totale, sinon vous ne la verriez pas. C’est logique au fond : quand il fait noir il doit faire assez clair pour que le spectateur puisse voir qu’il fait noir. Vous me suivez ?

Bref, pendant que notre charmante Jena se bagarre furieusement avec ses épingles, je m’attaquais à un ennemi tout aussi redoutable. Pendant des semaines je m’étais contenté d’êter mon bandeau pendant de bref instant avec Nazaref, et à chaque fois ou un éclair lumineux me poignardait l’œil, signe d’une guérison en cours, le prêtre m’ordonnait aussitôt de le remettre.

Passant mes mains derrière la tête, je défis le nœud du bandeau et je posais ce dernier à côté de moi sur le lit. Par habitude et désormais par réflexe, je gardais encore les paupières fermées. Elles n’avaient guère travaillé depuis mon duel face à Ilinsar, et se trouvaient encore toutes engourdies. Lentement, avec l’impression d’accomplir là l’acte le plus difficile de ma vie, je les forçais à se soulever. Au début sans succès, mais après quelques secondes de lutte elles se raidirent et obéirent comme à regret.

La sensation fut désagréable, tant les muscles rechignaient à obéir aux ordres. Clignant maladroitement des yeux, je vis le noir, mon compagnon quotidien, céder peu à peu la place à une ambiance presque aussi sombre, mais d’un bleu profond. Des ombres apparaissaient l’une après l’autre, des ombres qui prenaient un sens au fur et à mesure que mes yeux accommodaient péniblement sur les objets. Je distinguais une zone plus lumineuse, sans doute la fenêtre.

Concentré comme jamais sur mes paupières pour les forcer à rester ouvertes, je ne réagis pas lorsque Jena vint s’asseoir à côté de moi. Ce fut la douce caresse de sa main sur ma joue qui me tira de ma quasi-torpeur. Les ombres face à moi se réunirent pour former…

…un visage…

Les contours restaient mal définis, j’avais un peu l’impression de regarder e visage comme à travers un mur d’eau, mais aucun doute ne se posait. Ces yeux si doux, ces lignes parfaites, ces lèvres que j’aimais tant embrasser… depuis tant de semaines je craignais d’avoir à jamais perdu cette vision magique, cette vision du visage de l’être aimé. D’une voix étranglée, une larme de joie perlant au coin de l’œil, je murmurais :


Je… je te vois
Revenir en haut Aller en bas
Jena Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 955
Âge : 29
Date d'inscription : 23/03/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 30
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Lun 17 Oct 2011 - 9:53

    Il pouvait voir…. me voir….Les mots qu’il venait tout juste de prononcer me bouleversèrent si profondément que je ne pus contenir mes larmes. De joie bien sur ! Ainsi donc les soins prodigués par le prêtre Nazaref avaient réussis à guérir Hanegard. Il voyait à nouveau. Peut-être pas correctement, car je le voyais froncer les sourcils et se concentrer mais il pouvait me voir. Ce n’était peut-être pas la meilleure image de moi qu’il pouvait voir, décoiffée, pâle et fatiguée, mais je n’allais pas jouer les superficielles et les vaniteuses en pareil moment, aussi oubliais-je très vite ce petit détail. Pour être sure de la véracité de ses paroles je bougeais légèrement la tête, de droite à gauche, et ses yeux me suivirent, hésitants d’abord, plus lentement que mes mouvements, mais au moins étais-je sûre qu’il pouvait me voir.
    J’en oubliais ma fatigue et ne pensais plus qu’à profiter de son regard. Il avait du en glacer plus d’un mais pour ma part je le trouvais si doux, si tendre...et je me rendais maintenant compte à quel point il m’avait manqué. Lentement je me rapprochais de lui, caressais son visage et m’approchais pour l’embrasser. Les gestes étaient parfois plus expressifs que des mots, et avec Hanegard je savais que c’était d’autant plus vrai. A quoi bon lui dire ma joie et mon bonheur, il le sentait j’en étais persuadée. Ses lèvres chaudes sur les miennes me firent frissonner de plaisir, et ses bras ne tardèrent pas à m’enlacer pour me serrer un peu plus contre lui. Ainsi lovée je sentais le froid disparaître peu à peu.
    Interrompant notre baiser je reculais légèrement la tête pour pouvoir profiter à nouveau de son regard.


    - Est-ce que tu y vois….clairement ? Est-ce douloureux ?

    Je ne pouvais m’empêcher d’être inquiète pour lui. Avait-il raison de retirer si tôt son bandeau ? Le prêtre avait pourtant été clair sur les risques qu’il encourait à vouloir trop hâter sa guérison. Mais j’étais tellement émue de recroiser ce regard tant aimé que je ne trouvais pas le courage de lui tendre ce fichu foulard, pas tout de suite du moins. Foulard que je lui pris néanmoins des mains pour être sûre de l’avoir à porter lorsqu’il faudrait qu’il le remette à nouveau sur les yeux.

    – Nazaref n’a pas fait le voyage avec nous, alors….je t’en prie ne force pas sur tes yeux. Je vais le faire appeler et lui demander de nous rejoindre le plus rapidement possible. Mais d’ici là….

    Je lui montrais le morceau de tissus, à contre cœur évidemment, mais il fallait être lucide. Il ne devait pas risquer de gâcher cette guérison miraculeuse. Nous venions tout juste de retrouver espoir. L’espoir qu’il retrouve sa dignité et assume à nouveau complètement ses fonctions, l’espoir de lire à nouveau l’amour de mon époux dans son regard… L’avenir s’annonçait bien plus souriant.
    De joie je ne me retins pas davantage de l’embrasser à nouveau. C’était tellement bon de sentir le poids de la culpabilité s’envoler, de savoir que son infirmité n’était que passagère. Pouvait-il sentir à quel point mon cœur battait fort ? Pouvait-il s’imaginer à quel point j’étais heureuse ?
    Mes bras serrés amoureusement autour de son cou, se nouèrent davantage pour que je me sois un peu plus pressée contre lui. Et puis soudain je me souvins qu’il n’avait pas vu Liliana depuis plusieurs semaines et il fallait bien dire que notre fille était à un âge ou chaque jour apportait son petit changement.


    - Veux-tu voir Liliana ? Elle a changé depuis ses dernières semaines ! Si tu voyais sa tignasse tu serais surpris. Je n’imaginais pas que la tête d’un bébé pouvait être autant couvert de cheveux !

    Un peu de légèreté, de rire et de joie, cela me faisait un bien fou après les semaines éprouvantes que nous venions de vivre.

Revenir en haut Aller en bas
Hanegard Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 2051
Âge : 117
Date d'inscription : 22/10/2009

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 41 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Mer 19 Oct 2011 - 11:59

Ce moment fut littéralement magique. Tenir Jena au creux de ses bras et pouvoir la voir. La voir ! Cette jeune femme qui était l’alpha et l’omega de ma vie, comment aurais-je réussi à tenir avec l’idée de ne plus jamais pouvoir la contempler ? Il n’était de vision plus agréable pour moi que celle au petit matin, lorsque les rayons du soleil à travers les rideaux m’éveillaient, et que je pouvais contempler ma douce épouse endormie. Cet air d’innocence, cette fragilité apparente qui cachait une âme d’airain, ces longs cheveux qui caressaient son visage et son cou… c’est dans ces moments là que je croyais en l’avenir.

Jena avait raison en me tendant mon bandeau. Même dans une quasi-obscurité, il me fallait éviter de trop tirer sur la corde. Je le remis donc tout en goutant au doux nectar des lèvres de ma chère et tendre. D’ailleurs ce bandeau ne me semblait plus aussi haïssable que quelques minutes auparavant. Je savais désormais qu’au bout du tunnel il y avait de la lumière au sens propre comme au figuré, et que ce ne serait pas celle d’un train express arrivant à pleine vitesse.

Comment décrire notre bonheur ? Je savais que Jena s’en voulait de mon infirmité, même si elle n’y était pour rien. Notre dispute durant la cérémonie de couronnement se trouvait certes à la source d’un enchainement de circonstances ayant amené à ma confrontation avec Ilinsar, mais comment faire porter la responsabilité entre deux événements qui n’avaient pourtant rien en commun ? Si je n’avais pas laissé mon escorte de côté, je n’aurais pas eu à affronter Ilinsar. Si je ne m’étais pas énervé contre ma femme, je n’aurais pas eu à affronter Ilinsar. Peut être par contre que cette maudite drow aurait tenté de m’assassiner plus tard, et avec plus de succès.

Mais face à la culpabilité, les raisonnements logiques ne tiennent pas. Désormais, nous savions que ma vue revenait. Lentement certes, et les dieux seuls savaient combien de temps il me faudrait pour revoir comme avant, mais nous avions enfin un but. Depuis combien de temps n’avions nous plus rit de bonheur, comme cette nuit là ? Je serais bien incapable de m’en souvenir. C’était comme si un fardeau s’ôtait de nos épaules, et nous nous sentions d’un coup plus libres. Une vraie renaissance !

Jena me proposa d’aller voir notre fille. A son âge, les bébés évoluent quasiment à vue d’œil (sic), et si je devais de nouveau tenter de regarder cette nuit là, autant que ce soit à bon escient. Après avoir revu Jena, revoir Liliana bouclerait la boucle et je pourrais sans doute plus aisément supporter de remettre le bandeau par la suite. Au moins désormais, ma dernière image ne serait pas celle d’Ilinsar me crachant sa haine mais celle de ma femme et ma fille. Me levant, je tendis la main à Jena.


Allons la voir, oui.

D’un coup notre fatigue semblait avoir disparu, ou plutôt nous n’y pensions plus. Passant un bras autour des épaules de Jena et en profitant pour échanger un nouveau baiser avec elle, je la laissais me guider jusqu’à la chambre de notre fille.
Revenir en haut Aller en bas
Jena Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 955
Âge : 29
Date d'inscription : 23/03/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 30
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Jeu 20 Oct 2011 - 11:18

    La seule pensée qu’Hanegard reverrait bientôt me fit oublier ma fatigue, mes cauchemars et mon inquiétude. Il allait pouvoir retrouver sa place de Baron, retrouver ses fonctions, reprendre ses anciennes habitudes… Bon j’avoue que l’idée qu’il repasse des nuits blanches ne m’enchantait guère mais il fallait reconnaître que je n’en pouvais plus de trier, de ranger, de lire et de répondre à toutes les missives qu’il recevait jour et nuit. Je ne m’en étais jamais plainte ouvertement, de quoi aurais-je eu l’air, mais chaque semaine davantage le fardeau devenait de plus en plus pesant, fatiguant et déprimant. C’était loin d’être une partie de plaisir, je m’en étais bien rendue compte, mais l’attitude de mes guérisseurs n’allait pas pour m’aider. Ils ne cessaient de me recommander repos et sommeil, mais comment dans pareil moment aurais-je pu fermer l’œil, comment aurais-je pu me reposer alors que l’on attendait urgemment une réponse à l’autre bout de la baronnie ? Et il ne cessait de me réprimander à grand renfort de conséquences désastreuses

    Mais au diable tout cela, j’avais pris le bras de mon époux et je le guidais jusqu’à la chambre de notre fille aménagée juste à côté de la notre. Dans le couloir, le garde en faction détourna pudiquement le regard, j’étais tout de même en train de me balader en chemise de nuit mais cela aussi je m’en fichais. J’étais avec la personne que j’aimais le plus au monde et nous nous dirigions tous les deux vers notre fille endormie.
    A notre entrée dans la petite chambre, Clarys sursauta dans son lit. Elle s’était installée là pour veiller sur Liliana. Surprise, elle évita tout de même de poser la moindre question et, après avoir jeté un châle sur son épaule, quitta la chambre à pas de loup. Pour ma part, je guidais Hanegard jusqu’au lit défait et le laissait s’asseoir pendant que je soufflais la bougie sur la table de chevet, je tirais néanmoins sur les rideaux pour laisser entrer les rayons de lune.


    - Tu peux enlever le bandeau.

    Le laissant se débrouiller seul avec ce maudit tissu, je m’approchais du petit lit de Liliana et l’observait quelques secondes, attendrie par son air paisible. Lorsque je me penchais et posais ma main sur son petit ventre, elle tressaillit dans son sommeil et finit par ouvrir les yeux. Je la vis réfléchir une fraction de seconde à « est-ce que je dois me mettre à pleurer ? » et le sourire qui étira mes lèvres sembla la rassurer.
    Une minute après, elle était dans mes bras, son souffle chaud dans le creux de mon cou et sa petite main agrippée à ma chemise.


    - Ne t’inquiète pas ma chérie, tu vas bientôt retourner dormir… Papa voulait vraiment vraiment beaucoup te voir mon cœur, et maman aussi d’ailleurs, tu me fais un sourire ? Voilà chérie, tu es mignonne comme tout quand tu souris !

    Bien que tout juste réveillée, Liliana avait ses yeux turquoise grands ouverts et à force de chatouilles et de poutoux j’avais réussis à lui décocher un sourire, même un éclat de rire. Ca n’allait certes pas durer, car une fois qu’elle voudrait retourner dans son lit, elle ne se priverait pas pour nous le faire savoir clairement.
    Une fois revenue devant Hanegard, je croisais à nouveau son regard et en profitais quelques secondes de plus, trop heureuse de pouvoir le voir sans son bandeau. Mais il était pour Lili, et sans plus attendre je lui présentais sa fille et la plaçait entre les mains qu’il me tendait. Le tableau était si touchant que je sentis mon cœur se serrer. Mon plus grand regret aurait été que par ma faute, Hanegard n’aurait pas pu voir sa fille grandir, mais maintenant cette inquiétude n’avait pas lieu d’être puisqu’il allait guérir. J’en étais certaine.
Revenir en haut Aller en bas
Hanegard Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 2051
Âge : 117
Date d'inscription : 22/10/2009

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 41 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Lun 24 Oct 2011 - 9:02

Tenir de nouveau Liliana dans mes bras et pouvoir la voir me sourire, pouvait-il être plus beau tableau au monde ? Plus touchant ? Je ne m’étais pas déshabillé et portait encore ma tenue de soirée, tenue qui semblait fasciner ma fille, surtout les boutons dorés qu’elle tentait d’attraper. Lorsqu’elle pu en saisir un, elle le tordit dans un sens puis dans l’autre en riant, comme amusée d’avoir trouvé un nouveau jouet. Le jeu dura quelques minutes où je le laissais faire, puis elle sembla s’en désintéresser et je la reposais dans son berceau après l’avoir tendrement embrassée.

Dors bien ma chérie.

Tandis que Jena lui remettait sa couverture, je remis mon bandeau. Assez « vu » pour ce soir, il ne fallait pas prendre de risque. Ce fut d’un pas presque léger que nous revînmes dans notre chambre. Ce séjour à Winterfall commençait sous les meilleurs auspices. Nazaref arriverait sans doute le lendemain, et peut être pourrait-il trouver un système intermédiaire pour mes yeux ? Je savais que les chasseurs du grand nord, là où la neige devient si étincelante qu’elle pouvait vous rendre aveugle, utilisaient des chiffons noués autour de leur tête qui leur permettent d’y voir tout de même. Un peu comme moi en fait, mais avec des tissus moins épais.

Ce fut donc plein d’espoir que nous nous endormîmes, épuisés par la journée de voyage et apaisés de voir que la situation s’éclaircissait.

Le lendemain fut une journée relativement calme. La neige s’étant mis à tomber (enfin c’est ce qu’on me disait, je ne pouvais pas vérifier), et nous passâmes la matinée en compagnie de notre hôte et de sa femme. Nazaref ne put arriver qu’en fin d’après-midi et je m’isolais aussitôt avec lui. Ayant expliqué ce que j’avais fait la veille au soir, je du subir ses reproches ses discours sur mon inconscience, suite à quoi je lui parlais de l’idée qui m’avait traversé l’esprit. Après quelques essais infructueux, Nazaref me noua une écharpe de soie autour des yeux, la bouclant plusieurs fois pour limiter au maximum la lumière.

Lorsqu’il ouvrit les rideaux de la pièce où nous nous trouvions, je fus surpris de constater que le système marchait. Je devinais des formes autour de moi, des zones d’ombres et des zones plus claires. Levant la main devant mon visage, je tentais de compter mes doigts mais je ne pouvais pas encore atteindre ce niveau de détail. Peu importait ! Envoyant balader ma canne, je me levais et sortais dans le couloir, ravi de constater que j’arrivais à deviner à peu près les emplacements des murs.

Un coup de genou dans une table basse me rappela les limitations de ma vision actuelle, et ce fut donc avec précaution… mais seul… que je partis à la recherche de Jena. Je ne l’avais pas vu depuis le repas de midi et j’ignorais où elle se trouvait.
Revenir en haut Aller en bas
Jena Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 955
Âge : 29
Date d'inscription : 23/03/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 30
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Lun 24 Oct 2011 - 13:16

    Où je me trouve ? Là ? Maintenant tout de suite ? En fait….c’est une longue histoire, assez surprenante certes, peut-être un peu tiré par les cheveux d’ailleurs mais en même temps pourquoi vous mentirais-je hein ? Bon je vois sur vos mines sceptiques que…c’est mal barré aussi je vais vous éviter le détail de ma vie trépidante et vous racontez ce qu’il est advenu de moi depuis la veille au soir, jusqu’à ce moment tragique de ma vie.

    Nous avions quitté notre fille avec de grands sourires aux lèvres. L’avenir s’annonçait heureux, parfait même. Le lendemain, nous passâmes la matinée en compagnie du Seigneur et de sa Dame et j’avoue avoir passé un agréable moment. Ces gens étaient simples, loin du strass et des paillettes généralement associés à la vie de Seigneurs. Dame Gisèle était une femme surprenante, toujours souriante, elle me faisait penser à un rayon de soleil au milieu de toute cette neige. Et puis, sa conversation était si agréable qu’on ne voyait pas les heures défiler. Au point même que l’après midi passa sans que je me détache de mon nécessaire à couture et de mon hôtesse. J’étais impressionnée de voir que j’étais restée assise en sa compagnie à broder toute une après midi sans trouver une seule fois le temps long, pourtant il est de notoriété publique que je n’aime pas les travaux de couture !

    Bref, on annonça l’arrivée de Nazaref et je voulus quitter Dame Gisèle pour me rendre auprès de mon époux quand celle-ci me fit remarquer que parfois, les hommes préféraient vivrent certains moments de leur vie seul, sans leur femme dans les pattes, notamment lorsqu’il devait se faire ausculter par un guérisseur. Cela pouvait, avouons-le, casser l’image de l’Homme plus fort que la douleur !


    – Voyez mon époux par exemple, lorsqu’il est tombé de cheval l’hiver dernier, il ne supportait pas l’idée de devoir se faire manipuler par un guérisseur. Je suppose qu’il s’agissait là d’un excès de fierté. Je me suis tenue à l’écart et quelques jours plus tard, lorsqu’il a pu à nouveau marcher, il m’a remercié de l’avoir laissé gérer cela seul.

    Je n’étais pas vraiment convaincu qu’Hanegard pense pareil, mais il fallait avouer qu’à plusieurs reprises lorsque je m’étais tenus près de lui quand Nazaref lui prodiguait soins, je l’avais senti plus tendu, plus crispé que d’habitude. Mais je n’avais pas une seule fois pensée que cela puisse avoir eu un rapport avec ma présence. Et puis ce n’était peut-être pas le cas après tout.
    Poussant un long soupir je me décidais à attendre que le guérisseur ait terminé avant de me rendre auprès d’Hanegard. Après tout, tord ou pas tord, je n’étais pas non plus obligée d’accourir à chaque fois que le guérisseur tentait une expérience avec mon époux. J’étais d’ailleurs persuadée qu’il viendrait me voir aussitôt qu’il le pourrait.

    Je pris donc le chemin de la petite cour intérieure du château. C’était un endroit charmant et très intime. Chose tout à fait étonnante puisque cette cour se trouvait au milieu du château. Une fontaine au centre, quelques bas et des buissons de fleurs recouvertes de neige. Cette cour était encadrée par quatre longs couloirs couverts dont les hautes arcades laisser passer rafales de vent et flocons.
    Clarys m’accompagnait ainsi que Jaime, qui ne me quittait toujours pas d’une semelle. Mais cela ne me dérangeait pas. J’avais connu garde plus taciturne et plus sérieux que lui. Malgré cette présence constante qui m’exaspérait quelques fois, il fallait bien reconnaître que Jaime faisait tout son possible pour rendre cela plus agréable. Conversations amusantes, chansons et blagues en tout genre, bref il essayait de me divertir du mieux qu’il le pouvait et c’était tout à son honneur. Je finissais presque par oublier qu’il était mon garde personnel et qu’il était là pour veiller à ma sécurité. Le plus surprenant d’ailleurs c’était de voir que malgré son large sourire et son rire bruyant il était constamment en alerte… sauf maintenant.
    Comme vous le savez je n’ai jamais été très….adroite et une fois de plus j’en fis la démonstration. Je marchais par mégarde sur une plaque de verglas et à force de moulinet de bras je parvins tant bien que mal à me tenir en équilibre, mais, alerté par mes petits cris ridicules, Clarys avait voulu me saisir par le bras et Jaime par l’autre….

    Au final, nous finîmes tous les trois par terre. Clarys commença à se plaindre de son poignet douloureux, Jaime s’inquiéta aussitôt de mon état et moi….et bien j’éclatais de rire ! Que voulez-vous la situation était comique même si mes fesses étaient quelques peu douloureuses. Clarys rampa hors de la plaque de verglas et Jaime tenta de me relever mais j’étais tellement peu concentrée que nous tombâmes à nouveau, cette fois en riant tous deux.
Revenir en haut Aller en bas
Hanegard Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 2051
Âge : 117
Date d'inscription : 22/10/2009

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 41 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Mar 25 Oct 2011 - 15:11

Bon, là je me sens un peu feignant donc je ne vais pas m’attarder sur la partie ou je me ballade dans les couloirs de Winterfall en essayant de m’y repérer au milieu d’un jeu d’ombres. Pourtant il y aurait de quoi faire, parce que moi qui pensait pouvoir aller directement au grand salon, je me mettais le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate. En fait de direct, j’eus droit à un détour par les cuisines puis par les chambres avant de réussir à m’y retrouver.

D’ailleurs, pourquoi les héros arrivent-ils toujours à retrouver leur chemin en plein milieu de la forteresse ténébreuse du seigneur de la tyrannie ou tout autre gusse du même style, alors que moi je me paume lamentablement dans un château que je suis censé connaître ? Ils ont une boussole greffée dans la tête ou quoi ? Non, parce que même les cartes de donjon sont souvent peu claires, les monstres ayant une calligraphie d’assez mauvaise qualité.

Je m’égare non seulement dans mes pas mais aussi dans mon récit.

Bref, puisque j’avais dit que je voulais passer rapidement sur cette partie, allons à l’essentiel. Le moment où le drame va se nouer, où le chaos va s’installer sur notre couple, où les trois biftecks du père dodu vont partir en chasse d’un poisson à bicyclette (j’admets que la dernière métaphore est peu aisée à comprendre). Je voulais bien sur parler du moment où j’arrive sur la terrasse en bas de laquelle Jena fait du patin en compagnie de son protecteur attitré.

Malgré la luminosité plus intense, je n’y voyais pas grand-chose, et ce furent les rires qui me permirent de repérer deux formes sur le verglas. Enfin je supposais qu’il y avait du verglas, la rambarde sur laquelle je venais de poser ma main était gelée. Deux ? Mais Clarys, où est-elle ? Eh bien notre brave petite dame de compagnie s’était éclipsée pour aller soigner son poignet foulé, laissant Jena et Jaime jouer à quatre pattes sur la plaque de verglas. Sa présence eut pu jouer en la faveur des coupables, mais le témoin est absent votre honneur !

Sur le coup, je ressentis une brusque bouffée de colère. Retrouver Jena à quatre pattes avec un autre homme, voilà une situation qui ne me plaisait pas. Leurs rires non plus d’ailleurs… et les soupçons que « l’intérêt » de Jaime pour la protection de ma femme avaient fait naitre à Alonna refirent brutalement surface, plus fort que la première fois. Un garde du corps se doit de maintenir une certaine distance avec la personne protégée, hors là on aurait presque pu croire qu’il se comportait comme un galant.

Non ! Je ne devais pas douter ainsi de Jena. Je connaissais ma femme, je savais que jamais elle ne pourrait me trahir, quand bien même un homme plus jeune et plus séduisant que moi lui ferait la cour.

Non ?

Les petits démons du doute me titillaient fort désagréablement. Je connaissais vaguement Jaime, pour l’avoir croisé lors d’entrainements. On ne pouvait nier qu’il soit fort bel homme, preuve en était les regards enamourés que toutes les soubrettes du château lui avaient alors jetés. Un galant parfait au charme duquel Jena pouvait succomber.

Non ! Pas de ça ! Ces soupçons étaient indignes, je devais m’en persuader. Un malentendu, voilà, il ne pouvait s’agir que d’un simple malentendu. Prenant sur moi, je demandais, d’un ton que je réussis à garder assez cordial :


Vous vous amusez bien ?
Revenir en haut Aller en bas
Jena Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 955
Âge : 29
Date d'inscription : 23/03/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 30
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Mer 26 Oct 2011 - 15:35

    Quelle saleté ce verglas ! Une fois dessus à patiner cela devient vite compliquée de retrouver son équilibre. D’ailleurs j’en fis les frais car de nombreuses chutes suivirent la première, mais nos éclats de rire les rendaient moins douloureuses. J’aurais presque pu m’amuser à glisser sur toute la longueur de cette fameuse plaque mais avait-on déjà vu Baronne jouer de la sorte. Non ! Et c’était bien dommage. Je n’étais pas une petite trentenaire souffreteuse et prudente. Du haut de mes vingt quatre années j’avais encore conservé ma….oh, oui disons le, ma connerie d’adolescente ! Et les dieux savent à quel point je n’ai guère eut l’occasion de m’épancher sur ce sujet à l’âge ou j’aurais du. Un père autoritaire, une mère tout autant sévère et une maîtresse acariâtre et détestant le bruit et l’amusant des autres…. Bref rien de bien joyeux et d’amusant.
    Maintenant que j’étais – relativement – libre de faire tout ce que je voulais, il y avait ce fichu code de bienséance que je devais respecter à la lettre pour ne pas déshonorer le rang que je devais à présent tenir.
    Mais pour l’heure, je riais aux larmes à voir Jaime batailler lui aussi pour se relever.


    – Quel piètre garde vous faites ! Vous ne tenez même pas debout !
    - Sans vouloir vous offensez Ma Dame, vous n’êtes pas en meilleure posture que moi.

    Ce moment de détente et d’amusement connu son apothéose à l’arrivée d’Hanegard. Il portait toujours un bandeau autour des yeux mais pas le même que d’habitude. Bien que je fus dans une situation loin d’être stable, j’avais tout de même noté ce léger détail, ainsi que l’absence de serviteur ou de quiconque pour le guider. J’en déduisis que son entretien avec Nazaref avait été plus que satisfaisant. Lui adressant un large sourire, qu’il ne percevrait probablement pas, je me redressais une énième fois et battit des bras jusqu’à ce que Jaime, de retour sur un sol moins glissant, m’attire à lui un peu sèchement pour m’éviter une nouvelle chute. Gênée par cette soudaine proximité, je sentis bien malgré moi mes joues s’empourprer et je fis mine de secouer ma jupe, le regard baissait pour éviter de croiser le sien.

    Une seconde après je fus près d’Hanegard, ma main sur son bras les yeux levés vers lui. Pouvait-il me voir avec ce bandeau ? Distinguait-il formes et couleurs ou juste des ombres vagues et flous ?


    – C’est bien malgré nous chéri, nous n’avons pas fait attention à cette énorme plaque de verglas et nous avons eu bien du mal à nous relever sans tomber. Tu devrais d’ailleurs éviter d’avancer par ici ! Mais j'avoue que c'était bien amusant !

    Le guidant de l’autre côté, je tentais de mettre une légère distance entre Jaime et nous, ou plutôt moi. Je sentais bien que cette attitude légère et désinvolte n’avait rien de normal. Ni le soin extrême qu’il apportait à ma sécurité, comme lorsqu’il avait insisté pour me porter jusqu’au carrosse le jour de notre départ d’Alonna. D’ailleurs je ne doutais pas que mon adorable demoiselle de compagnie s’était empressée de rapporter cela à Hanegard. Bien que je n’y sois absolument pour rien – NON votre honneur, je plaide NON coupable ! – je pouvais concevoir qu’il n’appréciait pas les attentions que Jaime avait envers moi. Et qu’il nous ait « surpris » vautrés par terre à rire à en pleurer, n’arrangeait rien à l’affaire.

    J’appréciais la compagnie de Jaime, il avait une conversation agréable et toujours des choses amusantes à me raconter. Il venait me dire ce qu’il avait entendu dans les tavernes d’Alonna, me parler des querelles de commerçant, bref il avait pris une place important dans l’organisation de mes journées. Cela s’arrêtait évidemment là, je n’aurais pu imaginer davantage… mais mon époux c’était par le passé, montré un brin jaloux sur les bords… alors peut-être qu’avant que Jaime se retrouve la tête sur une pique devant les remparts d’Alonna… il faudrait que je tente d’en parler directement avec lui…et avec Hanegard aussi.


    – Que t’as dit Nazaref ? Pense-t-il que tu reverras bientôt ?

    Bon chaque problème en son temps. D’abord mon époux et sa santé, je réglerais le problème Jaime plus tard. Mais avant que j’ai pu dire autre chose…

    - Jena.... Ma Dame… votre écharpe.

    M’arrêtant, je me tournais et vit arriver à grand pas Jaime. Il tenait dans sa main l’écharpe que j’avais du perdre lors de nos glissades. Cela aurait pu s’arrêter là mais non, il s’approcha un peu plus et me la passa sur les épaules. Prise au dépourvu je ne pensais qu’à le remercier, mais j’étais médusée, surprise par son audace.. Visiblement troublé il se recula, m’observa une longue seconde puis inclina la tête et tourna les talons pour quitter la cour.
Revenir en haut Aller en bas
Hanegard Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 2051
Âge : 117
Date d'inscription : 22/10/2009

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 41 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Ven 28 Oct 2011 - 7:26

La scène ressemblait beaucoup pour moi à un théâtre d’ombre, à des formes se mouvant dans un opaque brouillard. Pas assez opaque en tout cas pour m’empêcher de deviner ce qui se passait. Je vis donc Jena se relever, aidée par ce… aidée par Jaime, puis je la vis s’approcher de moi mais les détails du visage de mon épouse m’étaient cachés par mon bandeau. Le seul avantage de ce bandeau restait qu’il camouflait admirablement bien le froncement de mes sourcils.

Le contact de sa main sur mon bras n’éveilla pourtant pas en moi la joie habituelle que je ressentais toujours. La colère et la jalousie que Jaime venait d’éveiller gâchaient la fête. Pourtant tout semblait se dérouler dans un monde parfait : nous avions réussi à prendre enfin quelques jours de repos, à nous éloigner des imbroglios de la cour, et depuis la veille au soir l’espoir pour moi de revoir apparaissait comme un objectif réellement atteignable. L’auscultation effectuée depuis par Nazaref confirmait ce point, et je pouvais commencer à deviner le monde qui m’entourait.

Alors, pourquoi cette sourde douleur qui me poignait ?

Peut être parce que ma première vision venait d’être ma femme dans les bras d’un autre ? Peut être parce que le garde sur lequel je comptais pour la protéger semblait prendre son rôle beaucoup trop à cœur ? Peut être aussi parce que Jena ne semblait pas se déplaire à de telles attentions ?. J’entendis à peine la question de ma femme, mais je réussissais à garder suffisamment mon calme pour y répondre posément. Mais sa main sur mon bras devait lui permettre de sentir la tension qui m’habitait.


Nazaref est optimiste, ce bandeau moins épais me permet de recommencer à y voir.

Avertissement sans frais pour Jaime : attention, si tu comptais sur les problèmes de vision du mari pour courtiser la belle, tu vas tomber sur un os. Eh bien le croirez-vous ? Cet impudent n’en tint aucun compte, et en remis même une couche. Avisant que l’écharpe de Jena s’était retrouvée à terre suite à leurs glissades, il vint la remettre sur les épaules de mon épouse avec une délicatesse et une attention qu’on aurait certes pu attendre de ma part mais pas de celle d’un simple garde.

La scène resta suspendue un instant, moi essayant de deviner les expressions du visage, Jena et Jaime se regardant. Que n’aurais-je donné pour y voir normalement. Était-ce un regard choqué qu’ils échangeaient ? Ou n’était-ce pas plutôt un regard tendre, un de ces regards que Jena me réservait ? A chaque seconde le doute s’instillait de plus en plus profond, me murmurant que jamais Jaime n’aurait osé agir avec une telle désinvolture en temps normal. Qu’il ne pouvait agir ainsi si ma femme ne l’y encourageait pas.

Que se passait-il entre eux depuis ces dernières semaines ? Jena et moi avions beaucoup travaillé ensemble afin de pallier à mon infirmité, mais sur le plan intime, notre… activité s’était assez nettement ralentie. Allait-elle chercher son plaisir ailleurs ? Une vision de Jaime déshabillant mon épouse et couvrant sa peau de baisers me traversa l’esprit… je… non ! Cela ne pouvait pas être ! Pas Jena. Je… je la connaissais, je ne pouvais avoir de telles pensées injustes et infondées.

J’en étais à ce stade de mon chaos interne lorsque Jaime battit en retraite et nous laissa seuls tous les deux.


Je…

Du calme, de la mesure. Mais les visions de Jena nue et gémissante dans les bras de Jaime ne me lâchaient pas. Je devais croire qu’il ne s’agissait que des mensonges, mais ce fut très péniblement que je réussis à les arracher de mon esprit. Reprenant mon souffle, et désireux de remettre mes pensées au clair, je repris d’un ton posé :

Je suis épuisé. Je vais aller dormir un peu, nous nous reverrons pour le dîner ?
Revenir en haut Aller en bas
Jena Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 955
Âge : 29
Date d'inscription : 23/03/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 30
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Ven 28 Oct 2011 - 14:52

    – je....quoi ? Le dîner... ah, oui, oui je te rejoindrais tout à l'heure. Va te reposer.

    Expéditive ? Moi, non mais pas du tout. Disons que j'avais un gros chat blond à fouetter pour l'heure et que je préférais largement que mon époux soit ailleurs. Je n'en oubliais pas pour autant de l'embrasser et de lui demander s'il voulait que je fasse appeler quelqu'un pour l'aider à regagner notre chambre. Alors que j'aurais du m'enchanter de le voir partir dans les couloirs, seul, sans l'aide de personne, je tournais rapidement les talons et prit le chemin qu'avait emprunté quelques minutes plus tôt Jaime.
    Je connaissais mal le château et j'aurais pu craindre de m'égarer mais je n'étais pas idiote au point de chercher désespérément mon garde alors que je savais qu'il referait surface tôt au tard. Après un long couloir balayé par les vents je traversais une petite cour et regagnais l'intérieur du château. J'allais regagner mes appartements et m'occuper d'Hanegard quand j'entendis des bruits de pas, dans le couloir à ma droite. Je me penchais pour voir s'il y avait quelqu'un mais ne vis personne.
    Intriguée, je m'avançais et après une dizaine de pas, je vis à ma gauche, assis sur un banc lové dans une alcôve, Jaime, la tête baissée serrée entre ses mains.

    Je voulais rebrousser chemin, le laisser là avec ses problèmes. Après tout je risquais ma réputation si on me surprenait avec lui dans une alcôve. Mais je ne sais pour qu'elle raison, je restais plantée là , attendant qu'il remarque ma présence. Lorsqu'il le fit enfin, il leva un regard si désespéré vers moi que je ne sus quoi lui dire. Mais l'instant d'après il avait retrouvé son visage impassible, son éternel petit sourire au coin des lèvres. Il se redressa, me fit face et s'inclina légèrement comme il le faisait toujours pour me saluer.


    – Jaime.... il ne faut.... vous devez cesser d'être si....
    – Mais je ne peux pas me coupa-t-il à mon grand étonnement.

    Il tendit son bras et attrapa ma main. Je tentais de la retirer mais il la serra un peu plus. Cela n'avait rien de violent, ni de douloureux, au contraire. Je restais un moment sans bouger, à croiser son regard jusqu'à ce que je réalise qu'il fallait que tout cela cesse. Jaime était mon garde, je n'éprouvais pour lui que de l'amitié rien de plus, mais si ses sentiments à lui devaient être de nature différente il fallait mettre tout au clair maintenant.


    – Et bien faite un effort Jaime. Cette fois je tâchais de me montrer plus sèche et je retirais vivement ma main Vous ne pouvez continuer de vous comporter ainsi. Je suis mariée, j'aime mon époux et je vous demande de cesser tous ses gestes et ses sourires équivoques.

    Malgré mon effort pour murmurer ses mots, je m'étais légèrement emportée sur les derniers. Dans le silence qui suivit je me glaçais lorsque j'attendis des bruits de pas approcher. Jaime réagit plus rapidement que moi et me saisit brusquement pour me plaquer contre le mur de l'alcôve. Ainsi à l'ombre et à l'abri des regards, nous écoutèrent les pas traverser le couloir, passer près de nous et disparaître. Quand il n'y eut plus que le bruit de nos respirations je le repoussais violemment et sortit de la cavité, légèrement échevelé et les joues en feu. Je me tournais pour voir sortir l'homme que j'avais le plus envie de frapper. Il s'approcha de moi et tendit sa main, sûrement dans le but de me recoiffer un peu mais je reculais. Un froissement d'étoffe attira mon attention et je n'eus que le temps de voir s'enfuir à l'autre bout du couloir une silhouette.
    Et bien voilà, j'étais dans de beaux draps maintenant et tout ça à cause de ce crétin.


    - Comment pouvez-vous être aussi stupide murmurais-je excédée Pourquoi tout gâcher si bêtement ? Je vous faisais confiance moi...
    - Je suis désolée ma Dame, j'ai essayé... mais je n'arrête pas de penser à ...
    - Chut je ne veux rien entendre de ses bêtises...et lâchez moi tout de suite

    Brusquement je me dégageais de son étreinte et partis d'un pas rapide, presque en courant. Mon cœur battait la chamade, tiraillais entre mon énervement, ma peine et mon angoisse. Je regagnais mes appartements, une fois devant la porte je pris une poignée de seconde pour reprendre mon souffle et me recoiffer un peu. Lorsque j'entrais je trouvais Hanegard en compagnie d'une jeune femme. Visiblement une servante toute tremblante. Pas besoin qu'on me fasse un dessin pour comprendre qu'il s'agissait de la domestique qui nous avait vu dans le couloir. Elle croisa mon regard et sans attendre son reste, s'éclipsa rapidement. Et moi.... et bien je restais plantée là...incapable de dire un mot pour me défendre ou seulement pour protester.
Revenir en haut Aller en bas
Hanegard Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 2051
Âge : 117
Date d'inscription : 22/10/2009

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 41 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Ven 28 Oct 2011 - 18:30

J’avais du mal à croire ce que je venais d’entendre. C’était impossible, rigoureusement impossible. Mais pourquoi donc me mentirait-elle ? Pourquoi essayer de détruire la réputation de Jena alors qu’elle savait que ma réaction serait violente si elle se moquait de moi ? Non, cette petite servante disait la vérité, elle était trop effrayée pour me mentir. Je dois d’ailleurs admettre que j’étais pour une bonne part dans sa peur, car je lui avais clairement expliqué ce qui attendait les calomniatrices. Malgré cela, elle ne bougeait pas d’un iota de sa version.

Cette adolescente, quasiment une enfant, était venue me trouver quelques minutes plus tôt complètement essoufflée, affolée, afin de me dire qu’elle venait de surprendre mon épouse et Jaime en train de sortir d’une alcôve du couloir nord-est. Couloir peu fréquenté au demeurant, qui permettait une certaine intimité.

Ainsi donc les craintes que je tentais en vain d’étouffer se révélaient bien réelles : ma femme me trompait ! Jena… ma douce Jena… me trompait en compagnie d’un simple garde. Sans doute l’envie charnelle devenait-elle trop forte et n’avaient-ils pu se retenir, se contenter de sourires et d‘effleurements. A Alonna, au milieu d’une horde de courtisans attentifs, aucun endroit ne leur donnait suffisamment d’intimité, mais ici à Winterfall, l’occasion se révélait trop séduisante. Le château restait en effet très peu fréquenté si on le comparait au grouillement incessant de la capitale

Nous fûmes interrompu par mon épouse, qui arriva en sueur et comprit d’un regard l’étendue du désastre. Alors que la servante se retirait, effrayée de se retrouver mêlée aux histoires de cœur du couple régnant, je me tournais vers celle qui venait de réduire mon existence toute entière à un mensonge.


Je ne t’en veux pas, Jena. Je suis blessé oui, mais je ne t’en veux pas.

Non, je ne lui en voulais pas, je l’aimais trop pour cela. Même trahi, même abandonné par celle sur qui je croyais pouvoir compter par-delà toute menace, je l’aimais encore trop pour lui en vouloir. On dit que seul d’un parfait amour peut naître une haine absolue, mais je ne pouvais haïr Jena. Je la regardais à travers ce maudit bandeau et je voyais la femme que j’aimais toujours.

Malgré les visions de Jaime la dénudant et la couvrant de baisers, la faisant gémir d’extase alors que je luttais pour espérer y revoir un jour, malgré ces visions qui me torturaient je ne pouvais pas la haïr. Combien de fois l’avait-il possédé ? Combien de fois avait-il parcouru de ses lèvres sa peau de nacre, caressé sa poitrine et gouté à son intimité ? Une fois ? Dix fois ? Perdu dans un océan de douleur, je ne voulais même pas le savoir.


Je suis sérieux, je ne t’en veux pas. J’ai dix ans de plus que toi, je suis à moitié aveugle… la tentation offerte par un beau jeune homme comme Jaime était compréhensible. Encore heureux que tu ais été enceinte avant de le rencontrer, je détesterais devoir m’inquiéter sur la paternité de l’enfant.

Il n’aurait plus manqué que cela, mais là au moins aucun doute ne subsistait. La grossesse de Jena avait été confirmée alors que Jaime se trouvait depuis des mois à Rodem. Je le savais, Sargril m’avait lu son dossier détaillé avant que je n’accepte de l’engager pour protéger ma femme. Triste consolation au demeurant…

Nous ne parlerons jamais de cet épisode. Jamais, tu m’entends ? Il ne s’est rien passé, et je ne veux pas que Liliana grandisse en sachant que sa mère à eu un amant.

Si je n’en voulais pas à Jena, ou plutôt si je n’arrivais pas à lui en vouloir, mon état d’esprit envers Jaime se trouvait à l’autre bout du spectre. J’allais prendre un certain plaisir à lui montrer pourquoi le duc Merwyn appréciait tant mes talents. Avant d’être un militaire puis un baron, j’étais avant tout un mercenaire, une épée à louer prêt à trancher la gorge d’un inconnu pour de l’argent. Je ne tirais aucune fierté des actes parfois peu glorieux accomplis à l’époque, mais aujourd’hui j’allais réveiller avec grand plaisir mes vieux démons.

J’ôtais un cran de mon bandeau afin d’y voir suffisamment pour bien distinguer les mouvements de mes interlocuteurs. Nazaref aurait pesté et râlé de mon inconscience, mais l’honneur passe avant la sécurité. Or Jaime venait de souiller mon honneur et de trahir son serment de fidélité envers moi, souillures que seul son sang pourrait laver. Ouvrant un placard, j’en sortis une lourde épée que je soupesais afin d’en tester l’équilibre. Oui, elle ferait l’affaire pour ce que j’avais en tête. Tout en bouclant mon ceinturon, j’ordonnais à mon épouse qui n’avait toujours rien dit :


Restes ici, c’est une affaire que je vais régler moi-même.
Revenir en haut Aller en bas
Jena Kastelord
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 955
Âge : 29
Date d'inscription : 23/03/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 30
Niveau Magique : Religieux.
MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   Ven 28 Oct 2011 - 19:20

    J'étais pétrifiée, je ne pouvais ni bouger ni parler. J'aurais voulu protester, clamer mon innocence mais j'avais trop mal pour pouvoir dire quoi que ce soit. Je souffrais de voir ce que j'avais déclenché malgré moi. J'aurais voulu courir jusqu'à lui, me serrer dans ses bras et lui dire que tout ceci n'était rien, qu'il s'agissait d'une erreur. Mais sa voix, son ton, tout en lui me rejetait, m'empêchant de l'approcher ou de dire quoi que ce soit. Je restais la plantée et je détestais cela. Je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais pas réagir, pourquoi je restais silencieuse. Un instant je me demandais même si mon coeur battait toujours car je ne sentais plus rien...
    Il était injuste, il m'accusait de choses que je n'aurais jamais été capable de faire. Le pire fut sûrement lorsqu'il parla de l'enfant que je portais... Savait-il à quel point cela m'était douloureux? Il remettait tout notre amour en cause, tout ce que nous avions construit ensemble et ça sur de simple allégation d'une servante. Il ne me laissait même pas m'expliquer, pire, il ne voulait même pas que l'on en parle.

    Les larmes vinrent bientôt inonder mes joues Je me sentais désemparée, vidée et stupide. A cause de l'amitié que je portais a Jaime, je risquais de perdre mon époux... Y avait-il pire chose ?
    Qu'il puisse me croire capable de le tromper, qu'il m'accuse d'adultère aussi facilement me blessait profondément mais comment aurais-je pu lui en vouloir ? Je n'avais rien fais pour le rassurer, j'avais caché l'attitude de Jaime pour protéger cet impudent soldat du courroux d'Hanegard mais je me rendais bien compte que je n'aurais jamais du agir ainsi. J'aurais du tout de suite prévenir Hanegard, j'aurais du lui dire plus souvent que je l'aimais je n'aurais pas du m'éloigner de lui sous prétexte de la charge de travail qui pesait sur mes épaules depuis son accident, je n'aurais pas du délaisser mon rôle d'épouse. Si nous en étions là, je devais reconnaître que c'était entièrement de ma faute.
    Ce fut lorsqu'il prit son épée que j'émergeais enfin de ma torpeur. Je m'approchais de lui sans pour autant le toucher de peur d'un geste brusque de sa part. Jamais encore je n'avais eu peur qu'il se montre violent envers moi mais ce soir c'était différent. Cependant je ne pouvais le laisser faire, il voulait ôté la vie d'un homme pour une faute qu'il n'avait pas commise... Mais pouvais-je le défendre sans aggraver mon cas?


    - Non je t'en prie...ne fais pas ça. Je t'en conjure...il n'a rien fait. Jamais, je te le jure.

    Il avançait et moi je reculais, lui barrant le passage. J'avais autant envie que lui de fracasser la tête de Jaime, mais Hanegard avait réellement l'intention de le tuer alors que moi je ne voulais tout simplement plus le voir. Pourquoi fallait-il qu'il se montre si expéditif. Je ne pouvais pas le laisser faire, du moins sans tenter de le raisonner. Après tout le seul tord de Jaime avait été de m'aimer plus qu'il n'aurait du. Ce que mon époux s'apprêtait a faire, c'était de venger son honneur de mari trompé, or ce n'était pas le cas.

    Il ne m'écoutait pas je le voyais bien. Malgré mes larmes et la peur qu'il m'inspirait lorsqu'il était dans cet état, je me forçais au courage et restais plantée devant la porte, espérant parvenir à le raisonner.


    - Il ne m'a jamais touché une seule fois... Je te le jure... Chéri...je t'en prie... Comment pourrais-je faire une chose pareille ?

    L'aurais-je cru moi si je l'avais soupçonné de me tromper? Je ne sais pas, mais je lui aurais au moins laissé le bénéfice du doute, je l'aurais écouté... Cela me faisait tellement mal de voir l'homme que j'aimais ainsi. Si dur, si droit, si fermé...je savais qu'il souffrait par ma faute et je craignais que malgré tout ce que je pourrais lui dire il ne puisse oublier. Le doute était ancré en lui, pernicieux, vicieux.

    L'épée au poing je n'osais l'approcher. Je m'étais mise a trembler si fort que mes jambes cédèrent et que je m'étalais a ses pieds, en larmes, misérable. S'il quittait cette pièce je savais qu'il ne me pardonnerait jamais, qu'il ne m'écouterait plus. S'il sortait notre couple ne s'en relèverait probablement pas. Il continuerait de douter, il ne me ferait plus confiance...et moi je ne pourrais pas le supporter.


    - Jamais...jamais je n'aurais pu te trahir de la sorte....Jamais....Je t'aime, mon amour....je t'en prie ne fais pas ça
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Les sommets enneigés de Winterfall [PV]   

Revenir en haut Aller en bas
 
Les sommets enneigés de Winterfall [PV]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant
 Sujets similaires
-
» Les sommets enneigés de Winterfall [PV]
» Entre Ciel et Terre [pv Nuage d'Or et Nuage Enneigé]
» terrain enneigé
» Union enneigée, Union pour l'éternité
» Paris enneigée, le début d'un long voyage ♪[PV Olwen]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Miradelphia :: Royaume de la Péninsule ~ SUD OUEST :: Marquisat de Serramire :: Baronnie d'Alonna-
Sauter vers: