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 Chouettes !

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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Chouettes !    Ven 21 Oct 2011 - 14:55

Le jardin était blême.
Et cela jurait plutôt avec le comportement du comte de Scylla, qui n’arrivait pas à se contenir. Parcourant l’espace enfermé par un mur circulaire lisse, il le rasait avec une assiduité maladive. Le bleu hivernal du ciel donnait une teinte blanc-cassé à la longue et basse muraille qui protégeait la poignée d’arbres fruitiers qui jonchaient misérablement le jardin des yeux et des intrus.

On était au milieu de nulle part, dans ce sud scylléen parcourut par les maraîchers, les petites métairies et les villas des riches-hommes des cités-libres. Aetius avait choisi le lieu pour sa position discrète comme pour sa magnificence. La bâtisse n’était rien d’autre qu’une ancienne forteresse. Une riche famille de patriciens, au détour de nombreuses alliances, avaient fini par posséder ce château et, avec toute la bonne fois du citoyen des cités scylléennes, ils avaient mis un point d’honneur à démembrer ce donjon d’un autre temps, d’un autre monde. La fort avait été dépecé, trouvé, allongé. Il avait pris, vraiment, des airs de petit palais. Mais hélas, l’hiver était là, et les fenêtres colorées brillaient d’un bien terne éclat. La saison morte jetait une lumière nostalgique sur la villa, faisait saillir les vieilles fonctions militaires du castrum reconverti. La pierre semblait grise, et le poète aurait pu deviner mille sièges et mille massacres dans ce lieu. Mais Aetius n’était guère poète. Lui trouvait simplement le jardin blême.

Certes le temps n’était pas au lyrisme, bien au contraire, il ramenait à l’introspection, la claquemure, bref, l’enfermement. Mais tout de même, que pouvait donc rendre le joyeux Aetius aussi peu sensible aux choses de l’imaginaire ? Eh bien s’il se montrait si prosaïque, c’était à cause des invités qu’il attendait. Il attendait, impatiemment croyez-m’en, son oncle. C’était pour cette raison qu’il avait choisi cette villa discrète, celle-là même où il avait accueilli feu le duc de Langehack, car il craignait pour sa vie et pour son identité. D’ailleurs, preuve qu’il était un peu apeuré, il avait fait mander quatre cents cavaliers en garnison non loin, prétextant une traîtrise du seigle matois. En vérité, il craignit que son oncle, de colère, ne prenne la résidence champêtre d’assaut afin de l’y faire rendre gorge. Le risque était d’autant plus grand qu’il venait avec une forte suite et les Orphelins, cette troupe de chevaliers autrefois fidèles aux félons.

« Messire, les voilà qui approchent ! » cria une estafette. Et cela glaça le sang du pauvre garçon. Il semblait aussi blême que son jardin.
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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Chouettes !    Jeu 27 Oct 2011 - 22:46

    Depuis quelques jours déjà, tous s’affairaient à préparer tout ce dont la Baronne aurait besoin pour le voyage. Elle n'avait pas manqué de faire en sorte que les orphelins soient présentables et dignes de se montrer. Hautval devait faire bonne figure. Elle devait rejoindre son Père et sa Mère en un point stratégique car le Sieur Raymond désirait assister au Tournoi, autant dire que la délégation fut importante. Blanche avait fait apprêtée une troupe tout comme son Patriarche. Plusieurs diligences abritaient les orphelins sans compter sa famille. Qu'elle ne fut pas la surprise d'Eugénie D'Ancenis lorsqu'elle découvrit sa très chère fille monter un destrier. Ses atours n'étaient ceux d'une femme, préférant un épais pantalon de cuir noir surmonté de cuissardes. Un manteau de fourrure lui couvrait les épaules, la protégeant du froid de l'Hiver. Elle salua avec respect ses parents.

      « Père, Mère, j'espère que vous vous portez bien. »


    Sa mère s'offusqua, la sermonna tandis que Raymond D'Ancenis s'était déjà résigné à l'idée de faire entendre raison au fruit de ses entrailles. Blanche était femme d'action et préférait chevaucher aux côtés de ses soldats plutôt que d'être confortablement installée dans un carrosse et s'ennuyer, de fait, à mourir. Cette remarque se rependit comme un poison, laissant ses petites sœurs s'offusquer et crier à l'injustice ce qui ne manqua pas d'animer ce petit voyage. Régulièrement, la Baronne allait demander nouvelles des bambins du plus petit au plus grand. Elle s'enquit aussi de l'avis de ses parents et particulièrement de son Pater au sujet de ce Comte quelque peu tortueux et fougueux. Il ne manqua pas de lui raconter tout ce qu'il savait à son sujet bien qu'elle s'était renseigner auprès d’informateurs à son sujet. Des gens de confiance, il en fallait et les positionner à des places stratégiques bien plus encore.

    Déjà, les contours de la Forteresse se dessinait à l'horizon. Et ils ne mirent pas plus de deux heures à se retrouver devant les portes de l'enceinte en traversant les artères de la Ville portuaire. Le héraut les annonça et ils furent accueillis comme le leur doit leur rang. Le Sieur Raymond D'Ancenis tiqua légèrement en présence du Comte et ne manqua pas de remarquer, tout comme sa fille, la présence impressionnante mais discrète de militaires. Quant à Eugénie D'Ancenis, elle fut honteuse de présenter Blanche dans une telle tenue. Forte heureusement que ses sœurs étaient, elles, parfaitement bien habillées. Blanche, selon les dires de sa Mère, devait se trouver un mari et ce n'était pas avec un accoutrement pareil qu'elle y arriverait.

    Au bout d'un moment, le Sieur Raymond et le Comte s'isolèrent. Ils devaient parler de choses sérieuses. La diligence fut ainsi confiée aux bons soins des domestiques afin de les conduire dans leur chambres respectives. Chacun possédait leur quartier. L'heure du dîner fut convenue et ce ne fut qu'après deux longues heures que Raymond retrouva ses appartements. Ce dernier avait l'air mitigé si bien que son épouse ne put jauger l'humeur de son mari. Il demanda à sa femme de veiller à ce que sa fille se vêtisse comme lui oblige son rang. Et comme le présageait son Père, Blanche préférait faire tout saut s'apprêter. Eugénie fut donc aidée par des servantes pour maîtriser la Baronne quelque peu rebelle. Après plusieurs minutes de souffrance pour ces pauvres femmes, Dame de Hautval daigna coopérer. Elle soigna sa peau, récura ses ongles et lava soigneusement sa chevelure d'ébène. Blanche troqua son cuir contre du velours.

    La Baronne possédait encore du temps avant de devoir aller dîner. Apprêtée, Blanche de Hautval s'éclipsa de sa chambre afin de visiter de sa propre initiative la dite forteresse. Ses talons claquèrent à peine contre le dallage, silencieuse. Elle déambula dans les couloirs toute féline et discrète qu'elle fut.
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: Chouettes !    Jeu 10 Nov 2011 - 21:19

Elle ne trouva pas grand-monde dans les corridors de la villa, sinon le froid qui les avait envahis. Finalement, ce fut un chevalier qu’elle croisa. Il s’agissait d’un très jeune homme, d’un garçon, même. Peut-être fut-ce sa mise, peut-être son regard gris venu tout droit des pays du nord, mais le jeune ser semblait être plus doux qu’un agneau. Lorsqu’il aperçut la riche héritière, il s’arrêta incontinent et lui demanda si elle était bien dame Blanche. Sa voix calme et sa politesse étaient coupées par un léger accent oësgardien. Bref, messer expliqua à la damoiselle qu’on l’attendait dans la grand-salle puis la précéda.

Ils se rendirent tous deux dans la pièce et à mesure qu’ils s’en approchaient, la rumeur des bruits et la chaleur des feux se faisaient toujours plus fortes. Une fois dans l’embrasure d’une large porte grande ouverte, ils purent embrasser d’un regard la vaste table où parlaient, buvaient, criaient, mangeaient une demi-douzaine d’hommes. Aetius, au centre de la table blanche, écoutait avec attention son voisin de droite, Raymond d’Ancenis. Ce dernier, accompagné de sa femme, qui se tenait à sa droite, racontait une autre de ces batailles qui avaient fait des chevaliers ancenois ce qu’ils sont. Et tandis que les deux jeunes gens prenaient leur place (Aetius avait tenu à ce que Blanche reçoive le siège situé directement à sa gauche), la jeune noble put entendre la conclusion de son père.

« C’est à cette bataille que mon frère s’éborgna. » Un silence se fit.

La disposition de la table était des plus intimes. On n’y trouvait qu’un ou deux amis du comte, un ou deux hommes de messire Raymond, avec, bien entendu, son épouse et ses filles. C’est qu’Aetius n’avait pas voulu que ces retrouvailles se fassent trop publiquement, car si Raymond décidait qu’un bâtard ne pouvait régner sur Scylla, le dit bâtard préférait entendre sa théorie en petit comité.

Ah ! Mais j’oubliais la rencontre ! En effet, il n’est pas rien, pour deux proches parents de se redécouvrir l’un l’autre, surtout quand l’un était supposé mort en enterré dans une fosse commune de Diantra. Aetius, lorsqu’il vit Blanche, se leva, suivi en cela par tous les hommes du banquet, sauf Raymond, bien entendu. Un large sourire vint rayonner sur son visage, lui redonnant un aspect presque juvénile.

« Cousine, comme vous avez grandi ! La dernière fois que nous nous sommes vu, vous étiez une pucelle qu’on menait à l’autel, et maintenant je vous vois femme. » Il y eut un silence pendant lequel Aetius scruta l’Ancenoise.

« Je bois en l’honneur de la belle femme que vous êtes devenue. » Et ce faisant, il leva son ciboire et but son hypocras d’une traite.


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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Chouettes !    Mer 16 Nov 2011 - 1:29

    Les couloirs étaient des plus silencieux et déserts mais Blanche savourait ce calme. Elle prenait son temps et traînait même volontairement en chemin. Sa sérénité fut troublée par la venue de ce chevalier, si jeune garçon. Elle se figea, le contempla dans le plus strict des silences de cet air glacé mais cependant courtois. D'un hochement de tête, elle acquiesça à ses paroles et retint autant un soupire qu'une moue disgracieuse face à l'entrain du Sir désireux de rejoindre les convives, ou plutôt l'y conduire. Bien volontiers, elle se plia d'une maigre et sobre courbette avant de le suivre d'un pas lent qui ferait, sans nul doute, ralentir le Sire.
    Malgré cela, elle ne tarda pas à rejoindre la « salle à manger ». Les billes céruléennes balayèrent si tôt la pièce et la Baronne surprit son vieux père à raconter l'une de ses nombreuses anecdotes qu'elle trouvait ennuyeuse. Déjà ses sœurs lui lancèrent des œillades discrètes ainsi que d'équivoques sourires ce qui blasa d'autant plus la Dame. Elle jeta un coup d’œil en direction de ce « preux chevalier » qu'elle remercia avant de s’avancer de quelques pas. Une fois, l'attention de l'assemblée captée, Blanche se courba d'une simple révérence et porta son intérêt vers le Seigneur de Scylla. Le seul siège de libre était celui à la gauche de Aetius, elle en haussa un sourcil, étonnée. Son annonce la fit tiquer face à cette dénomination qu'elle jugea particulière. A cela, elle répondit d'une voix neutre accompagnée d'un sourire presque insolent.

      «  Cher Comte, vous seriez étonné des aptitudes d'une pucelle. »»


    Eugénie était toute consternée face à la réponse de sa fille, réprimant un soupir, presque désespérée. Ses sœurs, pour leur part, étaient surprises. Quant à son Père, il prenait cela avec une grande légèreté. Les hommes de l'Ancenois étaient, eux, habitués. Suite à ce compliment, la Baronne se glissa jusqu'à son siège et attendit qu'on le lui pousse afin de s'y laisser choir.

      « Vos paroles me vont droit au cœur. » »


    Elle se fit servir un verre de vin et s'empara de sa coupe, en huma le parfum en jetant de temps en temps des regards en direction du Comte.

      «  Vos rapports avec la Baronne de Merval sont-ils aussi bons qu'on le dit ? »»


    La question était quelque peu espiègle. Elle doutait qu'une entente amicale soit revenue aussi vite après cette guerre. Le Sire Raymond ne manqua pas de donner son avis sur le sujet, partant en élucubrations militaires, et félicitant la stratégie qu'avait employé le Comte en rectifiant quelque petits points. Malgré le rang d'Aetius, l'Ancenois ne pouvait résister à le voir sous l’œil d'un oncle « paternel » avec bien plus d'expérience que lui. Il le taquina aussi sur une absence d'épouse à ses côtés, lui demandant quand il trouverait la perle rare. Le dîner s'entama tranquillement. Tous buvaient, mangeaient à leur faim. La Baronne prit des nouvelles de la mère du Comte et Raymond se retint d'y répondre. L'heure avançait, la nuit atteignait son apogée tandis que Dame Eugénie s'excusa et se retira suivie de prés par les sœurs de Blanche. Le Père de cette dernière commença à piquer du nez plus tard dans la nuit après quelques parties de cartes. Un de ses hommes se chargea de le raccompagner jusqu'à sa chambre pour une merveilleuse nuitée. Elle ne prit part au jeu tant qu'on ne le lui autorisa pas, bien que l'envie lui brûlait les doigts. Il ne fallait pas faire tâche.

    Au bout d'un temps, seule la Dame Ancenoise demeurait accompagnée du Seigneur Aetius et ses intimes. Terminant sa coupe, elle tenait plutôt bien l'alcool, le tout était de bien manger et son appétit était tout de même notable, Blanche se redressa lentement.

      « Cher Comte, Messires, ma soirée fut forte agréable... Je félicite les cuisiniers de sa Grandeur pour les mets exquis qu'il m'eut été de goûter. »»


    Elle marqua une maigre pause et puis reprit.

      « Je vais me retirer avant de m’effondrer de fatigue. Veuillez m'en excuser. »»


    La Baronne n'allait pas dormir de suite. Bien au contraire, elle flânera encore ci et là avant de se coucher mais elle laissait au monde des hommes ses heures. Après tout si le Comte désirerait s'entretenir avec elle, il n'aura qu'à le faire savoir. La nuit passa et le lendemain, Blanche se réveilla. Elle entreprit sa toilette, s'habilla, se parfuma afin d'aller prendre son petit-déjeuner. Le temps passa. Blanche se retira afin d'aller flâner dans les jardins. Une promenade ne peut pas faire de mal après tout. Ainsi donc, ses pas la menèrent jusqu'à ses allées. La silhouette était gardée bien au chaud par son manteau de fourrure la couvrant de part, en part. Le froid rougissait quelque peu ses joues et ses billes céruléennes s'étaient grisées face au climat. Elle était sereine. De plus, cela permet de digérer.
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: Chouettes !    Lun 28 Nov 2011 - 18:46

« … Elle fait la spirituelle, mais ce n’est pas une vilaine fleur. Je connais ce genre de femmes, croyez-m’en. »
« Et moi je dis, je répète, je martèle : ne son père ne son premier époux ne l’a débourrée. Cela augure du malheur à votre mariage, Aetius. »
« Cyano le grand expert ! Avec des analyses aussi fines, je n’entends pas pourquoi on ne vous a pas fait comte à la place d’Aetius. »

Aetius déjeunait, confortablement installé dans un coussiège sculpté à même le mur. Coussins et fourrures calmait la dureté de la pierre de taille, et la lucarne laissait passer la lumière hivernale. Les assiettes d’argent rayonnaient sous les rais d’un soleil blanc, ce qui n’empêchait nullement le prince du sang de déguster le poulet froid et les raisins blancs qui composaient son repas. Pendant ce temps, ses acolytes le divertissaient. Trois lurons, Cyano des Isles, Arapienzzo Carvali et Hugo de La Jaille disputait sur l’opportunité du mariage entre Hautval et Scylla, et plus particulièrement entre Blanche et Aetius. Si Hugo s’était niché dans une large cathèdre et faisait serpenter son doigt dans les sillons du bois noir, Cyano était debout et faisait les cent pas tandis qu’Arapienzzo, à moitié couché sur le lit de son suzerain et maître, agaçait un des lévriers sharasiens qui peuplaient la chambre.

Ces deux-là débattaient ferme sur l’opportunité offert, sur les dispositions de messire Raymond et, à présent, les qualités de Blanche. Discuter ses prédispositions de mère et d’épouse et de mère ne dérangeait pas plus que cela Aetius. Il avait, après tout, toujours demandé conseil à ses familiers et dans son entourage, on ne parlait pas de « votre mariage, » mais du « nôtre. » Cependant, si les piques de Prestépée contre Cyano et ses prétentions sur le comté amusaient vaguement le mangeur, la discussion se déporta sur les traits de la dame de Hautval.

« Tu ne peux pas lui retirer, Isles, qu’elle a de quoi charmer un homme. »

Cyano lui retourna un sourire entendu. Les deux comparses s’entendaient au moins sur ce point-là.

« Il est vrai qu’elle ne laisse pas indifférent. Et avec ses attitudes d’hommes, la petite dévoyée doit sans doute aimer le… »
Un bruit mat, mêlant le choc du bois et le cri aigu du métal, interrompit les cochoncetés de Cyano. Tous se tournèrent vers Aetius, qui avait délaissé son voile de neutralité pour son visage des mauvais jours.

« C’est de ma cousine que vous parlez, messeigneurs, pas d’une vulgaire femme. La cousine de votre seigneur et maître. »

Cela refroidit subitement l’atmosphère que de lourdes bûches et une immense cheminée avaient cependant bien réchauffé. Les familiers du comte avaient encore du mal à se mettre dans la tête qu’Aetius n’était autre que le bâtard d’Ancenis, et ce fut plus cette information que son rappel à l’ordre qui plongea ses hommes dans un silence troublé. Lassé, le comte poussa la petite table où reposaient son couvert et tourna son regard vers la fenêtre, dont la vue donnait sur le jardin, où il aperçut son sujet de conversation de la matinée. Il se leva alors, suivi par son entourage comme un seul homme.
« Tancrède, mon mantel. »

*

Une voix se fit entendre dans le dos de Blanche. Elle devait être à quelques pieds d’elle, et si elle n’y avait pas fait attention, si elle ne s’était pas concentrée sur les pas de la voix, la rumeur du vent dans les arbres fruitiers du jardin aurait couvert son approche.
« Savez-vous comment les gens de cette demeure appellent cet arbre ? »
C’était Aetius, il fixait un grand cyprès qui trônait au milieu de tous les autres arbres. Il dominait de sa hauteur étroite figuiers et abricotiers qui jonchaient l’alentour, recouvert d’un chaud manteau vert. Voilà que le seigneur le désignait du doigt sans porter un seul regard à la dame, pour qu’elle comprenne bien duquel il parlait.

« Ils l’appellent l’arbre navré. Car c’est avec cet arbre que les jeunes gens jouent au papegault, et ils n’y sont guère doués. Ce pauvre cyprès a reçu tant de flèches en lui que lorsque son feuillage tombera, il laissera paraître mille navrures. »
Il était en train de tendre un petit arc, aidé de son écuyer Tancrède, pour y ajouter la corde.

« Les Scylléens ne sont pas très bons à l’arc. On raconte même qu’ils ont inventé les arbalètes pour pallier leur désamour de l’if. Tirez-vous, dame Blanche? »

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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Chouettes !    Ven 16 Déc 2011 - 21:53

    Un murmure, des mots et des pas recouverts par le vent froid de l'hiver. La Baronne d'Hautval avait l'esprit ailleurs. Ce dernier vagabondait sur les sujets de quelques missives reçues. Les lèvres s'articulaient seules sans qu'un son ne parvienne à quiconque. Elle récitait une litanie obscure, paradoxalement, dans le plus grand des silences. Sa démarche féline et délicate la portait au travers des sentiers sans réellement prêter attention où elle allait. La destination n'avait que peu d'importance. De temps à autre les paupières se fermèrent durant de longues secondes et se rouvrirent sur ces océans tourmentés qui imprimaient chaque détail de ces lieux dans les méandres de sa psyché.

      « Savez-vous comment les gens de cette demeure appellent cet arbre ? »


    Les paroles du Comte étaient si lointaines pour elle qu'elle mit un temps certain avant de revenir à la réalité. Elle humecta ses lèvres sèches en acquiesçant sans vraiment situer, dans un premier temps, de quoi il parlait. Finalement les mots s'alignèrent et donnèrent un sens à sa phrase dans son esprit. Il y' avait juste ce temps de décalage qui installait un silence dans la conversation qui se réduisait à un monologue.

      « Ils l’appellent l’arbre navré. Car c’est avec cet arbre que les jeunes gens jouent au papegault, et ils n’y sont guère doués. Ce pauvre cyprès a reçu tant de flèches en lui que lorsque son feuillage tombera, il laissera paraître mille navrures. »


    Il était difficile de ne pas situer l'arbre en question puisqu'il dominait tous ses condisciples et/ou homologues. Blanche ne prit même pas la peine de tourner son attention sur le Comte puisqu'elle fixait dés lors le dit Cyprès. Encore une fois, elle ne prit part à ses explications, se contentant d'acquiescer d'un hochement de tête, simple. Son escapade songeuse prenait un terme ici. Elle s'essaya à distinguer les navrures en plissant le regard.

      « Les Scylléens ne sont pas très bons à l’arc. On raconte même qu’ils ont inventé les arbalètes pour pallier leur désamour de l’if. Tirez-vous, dame Blanche? »


    C'est navrant... Pour eux. Cette petite histoire qui était présentée comme une anecdote ne lui arracha pas l'ombre d'un sourire. La Baronne resta de marbre et daigna, enfin, tourner sa frimousse en direction du Seigneur et son écuyer. Les billes détaillèrent le petit arc, s'éprirent un instant de son cousin et s'en retourna au pauvre arbre stigmatisés. Blanche chassait régulièrement lorsqu'elle en avait l'occasion et s'était une joie de monter à cheval. Elle réfléchit, quant à l'ampleur des conséquences de sa réponse, pesant le pour et le contre d'un mensonge. Il était préférable pour elle que le Comte n'en sache rien car les Dames s'amusant à jouer les hommes, c'était plutôt mal vu. Elle signa la négative en ajoutant.

      « Il m'est arrivé de tirer l'une ou l'autre fois, sans plus... Vous pourriez m'apprendre. »


    Elle se garda bien de lui dire qu'elle savait manier l'épée et la targe ainsi que l'arbalète et l'arc. De toute façon, il le saurait bien assez tôt et oublierait bien assez vite ce petit incident. Blanche attendit qu'il lui fasse une démonstration avant de tendre grossièrement ses mains en direction de l'arme. Elle prit des allures grossière, ou plus précisément de novice.

      «  Comment dois-je me positionner ? Ainsi ? »


    Elle se mit de face, feintant de tendre la corde et d'en faire sauter la flèche qui s'écroula au sol. Jouer les demoiselles en détresse était un rôle qui ne lui sied pas. Elle patienta que l'écuyer ramasse le projectile et reprit une position peu convenable pour tirer. Fort heureusement, le Comte allait sans doute l'aider. La première flèche qu'elle tira fut un échec total mais voulu. Elle se trouva des talents de comédienne. Elle s'essaya une seconde fois en prenant le temps de préparation de rigueur et une position qui lui convenait. Le projectile qu'elle décocha, ne tarda pas à empaler le oiseau ( qu'elle aimait appeler rossignol ) en son centre, ce à quoi elle renchérit.

      « Votre enseignement porte leurs fruits, cher Comte... Bien qu'il doit y avoir la chance du débutant dans mon tir. »


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