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 Petite visite familiale. [PV]

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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Petite visite familiale. [PV]   Lun 13 Fév 2012 - 14:59

Cinquième semaine de Karfias.


    L’hiver s’était installé sur les terres du Médian et avait, par certains endroits, recouvert d’un manteau blanc ses contrées. Malgré le froid, la famille Ancenoise bouillonnait de joie. Les rumeurs sur la disparition du baron d’Ancenis, Arthur de Melasinir, s’étaient fondées si bien que l’on pouvait espérer une reprise de la région par ses propriétaires légitimes : les Ancenis. D’ailleurs, c’est ce qui arriva. Le fils d’Aemon reprit la baronnie. Avec la chute du Roi absent, la légitimation de la puissance d’Aetius, la famille d’Ancenis s’appropriait de plus en plus de terres. Ils pouvaient espérer s’aligner sur tous les fronts mais il y aurait encore du chemin.

    En cette semaine du mois de Karfias, Raymond d’Ancenis, père de Blanche de Hautval, s’était invité chez sa fille. Ils dinaient tous en cet instant. Le patriarche ne tarda pas à entamer le sujet, soulignant le fait qu’il serait bon d’aller rendre visite à son neveu, ce à quoi rétorqua son épouse, Eugénie, qu’il serait peut-être bon ton de reporter cette visite en l’attente de l’accouchement de Blanche au ventre plus que proéminent. La Dame des glaces se contentait de manger sa volaille en écoutant ses parents débattre du sujet tant prisé : sa grossesse.

      « Ma fille, cette fois-ci, fais que ton père ait un petit fils. »»


    Raymond avait aussi un don important pour parler des choses qui fâchent. Blanche tiqua tandis qu’elle serra ses dents et sa fourchette. Elle tenta de garder son calme. Evidemment, sa mère était toujours à l’écoute de ses filles et anticipa sur la crise qui allait survenir d’ici une seconde à l’autre. D’une main de maitre, elle changea de sujet aussitôt lançant avec enthousiaste.

      « Réflexion faite, nous pourrions rendre visite à notre neveu sans Blanche. »


      « Excellente idée, ma douce. »


    Blanche se détendit naturellement. Elle admirait sa mère pour son caractère, endurer son père ne devait pas être facile et pire encore, elle ne cessait de l’aimer malgré ses nombreuses tromperies. La baronne et comtesse vivait extrêmement mal les trahisons répétées de son époux ainsi que ses sauts d’humeur, sans parler de sa froideur face au fait qu’elle ne lui donnait aucun héritier. Pourtant ce n’était pas qu’elle n’y mettait aucune volonté, bien au contraire. Elle avait fait appel aux prêtres de Néera et adressait ses prières autant à la déesse qu’à Arcamel. De plus, elle redoublait d’effort en tentant de séduire son époux par quelques jeux et endroits intéressants. Jusqu’à maintenant tout se solda par un échec cuisant puisqu’elle n’eut que deux filles. Pensante, la comtesse posait une main contre son ventre, le caressant délicatement.

      « Je viens avec vous. »


    Fit-elle d’une voix ferme. Bien que le couple n’approuve pas cette décision, ils n’ajoutèrent rien. Elle relâcha ses couverts et se redressa. Deux dames vinrent se précipiter à ses côtés, l’une proposant sa main, l’autre en alerte. La Baronne refusa d’un mouvement de tête. Elle prit la direction de sa chambre afin d’écrire une missive à son cher cousin. Celle-ci fut envoyée et prévenait de leur arrivé dans deux semaines. Sans doute reçut-elle une réponse positive.


Septième semaine de Karfias.


    La diligence évoluait à travers les paysages glacés. Ils avaient emprunté un chemin un peu plus long puisque Blanche ne pouvait se déplacer à cheval contrairement à son habitude. Elle était obligée de demeurer assise au sein de ce carrosse. Le chemin fut long, très long et la Baronne s’occupait comme elle le peut. Sa plus grande distraction était son père qui racontait ses exploits et prouesses auprès des cavaliers. La seconde fut sa mère et son long discours sur « comment être une bonne épouse ». Evidemment, elle tenta d’en savoir plus sur la relation entre Aetius et Blanche. La Dame de Hautval répondait de manière froide et vague, sa mère comprit bien vite que ce sujet n’était pas à abordé et que de fait, ce n’était pas la joie pour sa fille.

    Le temps passa et la cité d’Ancenis se faisait jour à l’horizon. La Dame des glaces eut un élan d’énergie en se redressant un peu vite pour se pencher à la fenêtre. Elle respira l’air frais et se rassit aussitôt en ramenant ses fourrures contre elle. Enfin, elle pourrait se dégourdir les jambes et voir autours chose qu’environ 2 mètres carré de diligence.
    Le cortège gagna les portes qu’ils passèrent sans aucun problème. Il évolua au sein des rues remontant en direction du château qu’il ne tarda pas à atteindre. Sans doute avait-on déjà prévenu le baron. Une fois arrêté dans la cour centrale de la forteresse, Blanche n’attendit même pas qu’on lui ouvre la porte. Elle le fit elle-même et mit pied à terre avec peine. Un frisson s’empara de son échine mais le froid lui faisait du bien. Elle fit quelques pas ci et là en embrassant d’un regard panoramique le château. Cela n’avait pas vraiment changé de ses souvenirs.

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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Petite visite familiale. [PV]   Mer 15 Fév 2012 - 5:28


Comme tombaient les flocons la bise mordante les accompagnait et peu à peu l'ancenois se couvrirait d'un manteau laiteux, immaculé, sourd. Contemplant Ancenis par les carreaux d'une tour de Vielmot, Aemon, pensif, observait la buée se formait à mesure qu'il respirait. Quelle triste saison que l'hiver, triste mais si belle, pensait-il. C'est bien parmi les innombrables crocs glacés qu'il était né et il attachait à cette saison un amour étrange, comme la nostalgie des lieux qui nous sont chers et dont nous sommes trop éloignés. Il languissait ce retour chez lui, la vision des petites gens qui s’attellent à leurs besognes, le mouvement et les clameurs des rues commerçantes et ce même durant le froid, bien que devenue dès la brune une cité morte. C'est alors que la plénitude de ses pensées fut importunée par l'arrivée improviste de l'intendant. Celui-ci tenait en sa main un morceau de vélin cacheté aux armoiries de Hautval et des Ancenis. L'inopportun invité s'inclina respectueusement avant de prendre la parole.

« Monseigneur me pardonne cette intrusion. Nous reçûmes tantôt une lettre provenant de Hautval et de part sa teneur je...

_ Donne-la moi, le coupa-t-il.

_Monseigneur. »
Il s'inclina une nouvelle fois avant de faire quelques pas pour la lui tendre. La saisissant aussitôt Aemon l'ouvrit sitôt fait et en lu le contenu. L'intendant, curieux, tendit le cou pour y discerner quelque mot, mais n'y pu rien voir. Levant ses yeux de la missive il eut un rire de nez et s'adressa une nouvelle fois à l'homme en face de lui.

« Madame ma cousine, Baronne de Hautval, entend prendre congé en ancenois quelques jours. Elle m'informe qu'ils seront là sous quinzaine. Ne viendra-t-elle assurément pas seule. Veille à ce qu'il ne manque rien à leur arrivée, icelui serait assez déplaisant qu'ils aillent plaindre l'asile d'Ancenis.

_ Votre serviteur. »
Se retirant de la pièce l'intendant ferma la porte derrière lui. Non désireux d'observer une fois encore la neige tombait Aemon se rapprocha du foyer. Frottant ses mains et les plaquant face aux flammes ondoyantes il méditait la visite de sa cousine et surtout les raisons de celle-ci. N'était-elle pas enceinte, se disait-il à lui-même, une étrange envie en conclu-t-il. Le reste de la journée fut quelques peu ennuyant. L'hiver colportait avec lui le silence des plaignants qui s'étouffaient sous sa fourrure blanche, n'osant que peu sortir de leur demeure, ce qui n'était pas pour en déplaire au Baron qui se lassait bien vite des remontrances quotidiennes et des doléances obséquieuses afin de lui soutirer quelque faveur que ce soit. Plus tard il demanda de quoi écrire pour répondre à l'annonce faite précédemment. Sa lettre bien qu'assez courte n'en était pas moins concise et pleine de sens. Il écrivit :

Aemon IV d'Ancenis, Baron d'Ancenis.
Madame ma cousine, Baronne de Hautval, sera bien évidemment la bienvenue en ma cité et c'est avec plaisir et honneur que je l’accommoderai de la meilleure façon qu'il soit.

Voyez séant mes plus sincères amitiés.
Hélant un serviteur la lettre serait expédié via un pigeon dans les plus brefs délais.

La quinzaine de jours suivants tout le petit monde se mettait en place. Les chambres s'étaient finalement chauffées, chassant à coup de braseros le froid ancré dans les murs. Les vivres bien gardés, les cuisines bien remplies. C'est alors que la nouvelle fut apportée, le convoi était à vue. Très vite tout s'enchaîna de manière mécanique. Le Baron ne prit pas la peine de mettre son armure, l'acier ne le réchaufferait que piètrement, aussi opta-t-il pour quelques vêtements rembourrés et un manteau en fourrure de zibeline au col herminé. Suivit de près par sa garde émeraude, sept chevaliers en armures de plates émaillées de bronze et soutenues par des reflets d'or au gambison tombant jusqu'au genoux, leur devant ce nom plutôt lyrique à la vue de sa couleur, Aemon se dirigeait vers la terrasse de la haute cour, l'endroit approprié pour recevoir les nobles seigneurs. Patientant devant les portes de Vielmot et sous le loggia il vit arriver le carrosse de sa cousine. C'est, stupéfait, qu'il la vit sortir d'elle-même de ce qui, aurait-on juré, lui paraissait telle une prison. La garde, une main sur la poignée de leur épée se trouvait derrière Aemon, prêt à réagir à la moindre menace. Ces hommes il les connaissait, il leur faisait entièrement confiance pour assurer sa sécurité en tout temps et en tous lieux. Une petite armée à eux seuls et un spectacle, dira le paysan, des plus impressionnant lorsqu'ils dégainent de concert. S'avançant promptement vers la voiture afin d'y accueillir en bon hôte ses visiteurs il ne manqua pas de remarquer la grossesse avancée de Blanche ainsi que la mine vieillissante de son oncle. A portée il les salua et les priait de bien vouloir le suivre à l'intérieur où l'ambiance conviendrait grandement plus à d'autres échanges verbaux.

L'intérieur de la grande salle voyait fourmiller nombre de serviteurs, ceux-ci dressant les tables, ajoutant de-ci de-là quelques chandeliers ou bien du bois dans les âtres longeant toute la pièce. Une table d'honneur se trouvait devant le trône lui-même, place toute indiquée où s'y joindront à l'heure du repas les convive ainsi que le maître des lieux. L'intendant montait la garde près du siège baronnial ainsi que trois servantes spécialement dépêchées pour servir la Baronne et l'aider, autant que faire se peut, dans sa lourde tâche de future mère. Il ne restait plus qu'à franchir les portes de Vielmot.
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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Petite visite familiale. [PV]   Sam 3 Mar 2012 - 21:55

    Le seigneur Raymond était un homme chaleureux et sociable à première vue ; qu’elle ne fut pas sa réaction prononcée lorsqu’il aperçut son neveu. La mine grisonnante, à la barbe taillée à la perfection, il levait ses bras vers le Baron et s’exclamait.

      « Mon bon vieux Aemon, quel plaisir de te revoir ! Tu es le portrait craché de mon vieux frère. »


    Il eut un rire bon enfant. Il fallait savoir que le seigneur Raymond d’Ancenis avait une particularité toute faite, il ne s’encombrait que rarement des titres et pour lui, son neveu, bien qu’il fut Baron, demeurait un jeune enfant qu’il considérait avec sympathie. Il était de la famille après tout et s’épargnait le protocole. Ils comprendraient ? Cela reste à voir. Eugénie de Hautval rattrapait souvent le manque de bienséance de son époux, paraissant délicate et élégante, elle n’épargnait point les formules protocolaires et faisait bonne figure. Sa tante s’inclina respectueusement face au Baron, le félicitant pour l’obtention de ses terres. Blanche s’encombra d’une maigre révérence pour son cousin sans lui adresser un mot. Elle profita plutôt de l’air frais et de l’étendue du paysage qui restait bien plus grand que les quelques mètres carrées de sa diligence. Les billes cérulées filèrent ci et là, prenant en compte le moindre détail d’un regard panoramique. Elle s’attarda sur ses gardes, comptant leur nombre, admirant leur armure.

    Sa Dame de compagnie l’accompagna en l’aidant dans sa marche bien qu’elle considérait qu’elle aurait très bien pu se passer de ce chaperon. Elle était enceinte mais pas, non plus handicapée, … Enfin tout dépend pour quelles taches. Le cortège pénétra au sein du Château et atteignit la salle centrale, celle du trône et qui était utilisée pour les banquets. Divers serviteurs s’afféraient ci et là à préparer le futur repas et Raymond ne cessait de commenter.

      « Qu’il fait bon de rentrer chez soi. »


    Blanche nota qu’il lui avait apprêté trois servantes rien que pour elle. Elle avait déjà emmené deux des siennes, parmi elle, sa sage-femme, une femme mure possédant de nombreuses années d’expérience. De plus, elle possédait sa mère ayant quelques aptitudes de guérisseuses. La Baronne se manifesta bientôt.

      « Cher Baron d’Ancenis, pourrais-je me retirer au sein de ma chambre, le voyage fut long et éprouvant pour moi, je désirerai me reposer. Nous pourrons discuter durant le repas. »


    Elle se plia d’une révérence sommaire et se redressa l’instant d’après. Sans doute allait-il lui épargner cette séance de retrouvaille et l’autoriser à se prélasser. Elle prit congé, une fois qu’il lui donna sa bénédiction. Ses parents, eux, demeurèrent encore un moment auprès d’Aemon. Blanche découvrit sa chambre qu’il lui fut attribué. Elle demanda à prendre un bain et pourvoir faire sa toilette après ces jours de trajet puis fit une sieste jusqu’à ce qu’on la réveille pour le banquet. Elle s’habille d’une belle robe, épaisse, d’un bleu marine, composé de quelques voiles blanc et d’un dégradé pastel cérulé.


Hrp:
 

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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Petite visite familiale. [PV]   Lun 12 Mar 2012 - 3:38


Arrivés, enfin, et sortant de leur voiture Raymond, Eugénie, Blanche, tous trois s'approchaient et Aemon, entouré de ses fidèles gardes, ne put que bien timidement leur adresser un sourire forcé. Non pas qu'il était las de ses visiteurs, pas déjà, mais bien parce que ses muscles faciaux étaient, à l'instar de quelques flaques d'eau, gelés. A l'approche de son oncle, bien que ne l'ayant plus revu depuis quelques temps, celui-ci le confondit immédiatement, c'est alors qu'il pris effectivement conscience de sa ressemblance, frappante, avec son père. Jovial, avenant, oui, les termes convenaient au patriarche qu'il avait presque oublié durant son exil. A l'étendue béante de ses bras le jeune baron ne put que rendre la pareille, s'obstinant à tirer sur ce visage raidi et en guise de sourire chaleureux n'en découla qu'une grimace saugrenue. Néanmoins, savoir que les Ancenis vivaient bel et bien, que leur sang, encore chaud, irriguait les veines de quelques survivants à la rébellion de feu Aemon Ier, lui étreignit le cœur sans qu'il n'en paraisse rien.

« Mon oncle, lâcha-t-il en le prenant vigoureusement dans ses bras, quel plaisir de vous voir si bien portant ! »
Aux félicitations d'Eugénie, Aemon lui rendit sa bienséance par un baisemain des plus courtois et esquissa un sourire renouvelé. A la vue de Blanche... Il fut transi par sa beauté singulière tant et si bien qu'il ne put, à son image, piper mot sinon une révérence rendue, les yeux rivés sur elle et son ventre enflé, rond. Elle semblait s'épanouir des lieux, de la garde émeraude, telle une fillette pensa-t-il. D'un signe de tête deux gardes vinrent flanquer Blanche, deux autres Raymond et Eugénie tandis que les trois autres, présidés par le commandant de la garde, ouvraient la marche en direction de Vielmot.

A leur entrée les servants s'arrêtèrent un instant avant de reprendre leur course effrénée. Les âtres flambaient des rondins de bois ajoutant de l'effet et une ambiance conviviale plus que cérémonieuse, si bien que Raymond se permit quelques commentaires des plus rassurants. Il faisait chaud, il faisait bon, les odeurs provenant des cuisines libéraient des senteurs de viande rôtissant, d'épices en tout genre et les bouillons chauffant dans de lourds faitouts et autres marmites embaumaient la pièce, si grande soit-elle, de fumerolles alléchantes. Oui, la grande salle de Vielmot s'était apprêtait comme il se doit à leur visite.

Blanche demanda alors permission pour se retirer, ce à quoi Aemon ne put dire non étant donné son état et le trajet qui l'avait accablée. Il acquiesça et héla sa garde, leur donnait les ordres suivant :

« Commandant, vous escorterez Madame ma cousine jusqu'à ses quartiers en veillant à ce qu'elle ne manque de rien.

_ Votre serviteur, Sire.

_ Madame ma tante, peut-être voudriez-vous prendre un peu de repos également ? Je ne saurai que vous conseiller de m'accorder cette faveur, lui intima-t-il d'un ton qu'il voulait le plus avenant. »
S'inclinant, le commandant, accompagna Blanche suivie de près par les servantes lui étant attribuées. Eugénie leur emboîta le pas et ceux-ci disparaissaient parmi les escaliers de pierre du château. Se retrouvant alors seul avec son oncle Aemon l'invita à venir s'asseoir près de lui, proche du trône baronnial où il se dirigeait. A la vue d'un serviteur le baron lui confia la lourde tâche d'aller leur chercher du vin et de quoi grignoter en attendant le repas. Du fromage et peut-être quelque charcuterie bien Ancenoise. Une fois les deux à portée et assis, Aemon, comme consterné poussa un profond soupire et considéra Raymond, lui adressant, alors, d'un voix plus faible comme pour fuir des oreilles indiscrètes :

« Que ne m'est-il arrivé mon oncle... Je suis passé par bien des épreuves, l'exil, la fuite, la mort, celle de mon père, celle de mes frères, celle de ma femme... A ceci j'apprends qu'un de mes frères mène une rébellion contre cet Arthur, qu'il y meure, d'autre part je me dois de reprendre en main ces terres qui n'ont que trop connu remous et sang. J'apprends par là que les Heldirois ont tenté un pillage, en vain, sur Mons alors qu'Arthur dirigeait... Les choses, à présent, ne vont pas être simple pour moi.

« Heureusement il me reste encore de la famille, il reste encore du sang Ancenois, pur et vigoureux ! »
A ces mots, concluant quelque peu sa tirade, sa confession, il esquissa de nouveau un sourire figé, son visage marqué par les vicissitudes et aléas auxquels il dû faire face.

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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Petite visite familiale. [PV]   Lun 12 Mar 2012 - 19:12

    Le minois se dressa en direction des deux gardes qui l’encerclèrent de chaque côté. Elle réprima une moue embêtée. A peine était-elle sortie et libre de sa diligence que déjà, on l’enfermait d’une certaine façon. C’était le protocole et le Baron d’Ancenis se devait de garantir la sécurité de ses invités. Elle se contenta de suivre dans un silence religieux, accompagnée par sa sage-femme et sa dame de compagnie. Blanche ne manqua pas de déceler le regard de son cousin, un regard légèrement contemplatif et détourna ses deux yeux bleus dans une pudeur voulue et calculée. Au sein de la salle du trône, les doigts délassèrent quelques boutons de son manteau de fourrure qui s’ouvrit sur sa robe de velours et de laine de bleu et amarante. Les bons soins d’Aemon IV firent que ces Dames furent guidées et escortées jusqu’à leurs quartiers généreusement attribués.

    Laissons aux hommes, les affaires d’hommes, dirait Eugénie. Blanche n’était pas de cet avis. Cependant, elle devait bien reconnaitre que même si elle avait voulu déguster du bon vin et fromage en compagnie de son cousin et son père, elle était dans l’incapacité immédiate de faire quoique ce soit d’autre que de se reposer. Ses deux précédentes grossesses s’étaient bien passées. Les vomissements et nausées n’étaient pas fréquents. Il en était tout autre de la troisième. Fréquemment, la Baronne était victime de certaines incommodités. Une fatigue chronique lui ôtait toute force. Les sauts d’humeur étaient omniprésents, sans évoquer son estomac fragile. Tout effort physique trop important était à proscrire. Quelques fièvres de temps à autre la prenaient. Malgré tous ses désagréments, elle tentait d’afficher un visage fort et une détermination virile dans ses actes. Parfois, la colère la possédait toute entière, coulant dans ses veines telles un poison, Blanche prenait conscience de ses faiblesses, de son âge. Elle n’était pas invincible. Les évènements récents étaient sans doute la cause de son fardeau : l’assassinat de la Reine, Aetius partant au front, la « défaite » de Trystan et sa mort, les tensions animant la Péninsule avec cette guerre contre Erac, et bien sur quelques problèmes plus pernicieux, plus intimes. Bref. En cette heure, un brin de toilette la rafraichit et les songes, tourmentés ou non, furent salvateurs pour la Comtesse.



*
**


    Raymond fixait son neveu d’un regard vif et encore alerte malgré les années. Malgré les batailles, il s’en sortit toujours bien, ce qui ne fut pas le cas pour certains de ses frères. Mais la mort ne voulait pas de lui et il ne voulait pas d’elle, non plus. C’était un marché qui lui convenait. Il se sentait toujours aussi en forme que lors de ses vingt-ans, à la seule différence, son expérience s’était entassée depuis lors. Il ne se fit pas prier pour prendre place au côté d’Aemon. Un coude rejoignit l’accoudoir tandis que ses phalanges repliées accueillaient son menton broussailleux. Son poing droit, lui, s’était rangé tout contre sa cuisse. Il portait un simple haubert en maille sous sa redingote. Voyageons léger... tout dépend du point de vue. Le vin et la charcuterie seront accueillis volontiers, une fois apporté car l’Ancenois était un très bon mangeur. Ses saphirs, héritage de la famille, fixaient le blanc des yeux de son neveu. Il garda le silence, guettant une réaction de son interlocuteur. Celle-ci ne tarda pas : un profond soupire et une déclaration qu’il qualifiera mélancolique. Sa dernière phase était positive. Raymond redressa le torse pour venir taper amicalement et vigoureusement le dos d’Aemon avant de se figer sur son épaule et le secouer légèrement comme pour lui faire reprendre du poil de la bête.

      « Aha Aha, la vie ne t’a pas épargné mon cher neveu ! Mais tu es là devant moi, en chair, en os, plein de vigueur et désormais Baron d’Ancenis ! Mes avis que finalement tu ne t’en es pas si mal sorti ! »


    Il marqua une pause à la vue des encas qu’on venait déposer devant eux. Cela lui mit l’eau à la bouche mais il se garda de piocher. Parfois Raymond était poli. Il laisserait à son hôte le soin de commencer la dégustation. Il retira sa main de son épaule.

      « Pour ce qui est de l’incident entre Mons et les Heldirois, il faudra que tu en fasses mention au concerné. Bien que tu puisses en faire part à ta chère cousine… Je suis certain que tu rendras à Ancenis sa force d’antan. Et puis tu peux compter sur ton vieil oncle ! Je pleure la perte de mes frères mais ce sont des choses qui arrivent, malgré tout. D’ailleurs que penses-tu de tout ce qui se trame ? Tu peux me croire, le flair d’un vieil homme comme toi te dit que cela ne sent pas bon ! Aetius est encore jeune et fougueux mais.. » Il tapota sa tempe. « Il en a là-dedans, tout comme toi… J’espère juste qu’il n’ait pas les yeux plus gros que le ventre… Je n’aimerai pas qu’il arrive quelque chose à ma fille et mes petites filles. »


    Il se rabougrit et ronchonna.


      « J’attends mes petits-fils ! »



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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Petite visite familiale. [PV]   Ven 16 Mar 2012 - 5:50


Son cœur sombrait comme la pierre coule dans l'eau, mais une main secourable vint l'en sortir. Alors que son corps, son être tout entier était aussi solide que le roc, impassible et muet comme la montagne, son fort intérieur subissait siège et autres agressions et un cri venant du lointain perçait à travers la nostalgie dans laquelle il se complaisait en repensant à ces temps passés, ces êtres perdus. Était-ce la solution que de pleurer des morts ? Les cinq sauraient les accueillir, autant ne plus y penser... Aux mots de son oncle Aemon renifla. Secoué quelque peu par celui-ci et sa poigne d'homme vigoureux malgré les années il reprit ses esprits et c'est bel et bien avec prestance et honneur qu'il rencontra de nouveau son statut de Baron et par-dessus tout celui d'un homme fort, d'un homme que rien ne touche, que rien ne blesse. Il disait vrai pourtant. Il était en vie, père d'une fille ravissante, Baron d'Ancenis et le nom de sa famille, porté avec tant d'égard, brillait une nouvelle fois. Il ne pouvait plus se plaindre, il ne pouvait plus laisser ses devoirs et obligations de côté, non !

Les mets arrivaient. Quelques saucissons, pâtés et autres jambons bien sec dont le fumet vous mettait l'eau à la bouche ainsi que du vin. Du vin d'été, proche de quatre ans d'âge, un goût délicat et des arômes à vous réveiller un mort. Servi en flacon, deux étaient présents. On ne lésine pas sur la boisson à Ancenis, sachez le ! Les hommes ont soif, les hommes ont faim, quoi de mieux alors qu'une cheminée bien garnie, des charcuteries affinées et mêmes quelques olives en pot baignant dans de savant mélange d'épices et autres aromates leur donnant un goût si fin que Néera elle-même en perdrait ses ailes ! Aemon comprit, au visage de son oncle, que ce dernier dévorait déjà ce qu'on lui présentait des yeux. Ah ! Raymond, ta joie de vivre manquait à ces pierres froides.

« Mon oncle ! Vous m'aviez manqué, je dois l'avouer ! Servez-vous, allons, allons, pas de ça entre nous. S'il existe bien une chose rassemblant les hommes, n'est-ce pas la boustifaille et la boisson ?! Laissez-moi vous servir une coupe, à nos retrouvailles. »
Mais... Se permettait-il un sourire franc ? Aemon, cœur de glace, visage de pierre, deviendrait-il plus chaleureux en compagnie de ces porcs sacrifiés pour la cause ? Il semblerait, oui. Il était humain après tout et garder, constamment, ce masque de sévérité lui pesait parfois. Son caractère, aussi tranchant était-il ne l'empêchait pas pour autant de ressentir comme tout un chacun et certains moments, comme celui-ci, lui permettait d'évacuer les tensions qui l'accablaient. Les gardes émeraudes, moins le commandant qui ne saurait tarder, veillaient au grain et gardaient d'un œil circonspect les parages du Baron et son précieux oncle. La sécurité ne manquait pas à Ancenis, non, mais Aemon aimait à se sentir entouré, de plus, bien que des gardes personnels et constants, ceux-ci étaient aussi ses amis, des hommes qu'il connaissait parfaitement et en qui sa confiance était inébranlable. Son oncle parla, longuement. Aemon lui rétorqua, sur un ton qu'il voulait jovial :

« Eh bien ! Faut-il croire que c'est l'âge qui vous ait rendu si bavard mon oncle ? Ah ah ! »
Prenant une gorgée de vin il continua.

« Concernant les heldirois je considère l'incident clos, n'accablons pas Blanche de nouveaux problèmes. Notre peine est partagée, sachez-le, disait-il en piochant quelques olives, je déplore autant que vous nos pertes et me rend bien compte de la situation dans laquelle évolue la Péninsule. Le régent à Diantra, le nord qui est des plus instable. Erac qui s'éveille à l'appel du nouveau « Duc ». Ah... »
Nouvelle gorgée.

« A en croire ce qu'on me rapporte, les seuls encore tranquilles seraient l'Est et le Sud. L'influence d'Aetius ainsi que ses relations y sont pour beaucoup. Il a des fiefs un peu partout et des alliés encore plus nombreux. Jeune et fougueux... Hm, oui pour le premier, sans doute non pour le deuxième. Il m'a l'air plus réfléchi qu'un simple bleu et il n'en est pas à ses premiers faits d'arme. Je pourrais hypothétiser longuement sur de nombreux sujets, mais je crois, au final, que je ne me retrouverai confronter qu'à de nouvelles questions, toutes plus intrigantes les unes que les autres. Attendons, observons et contentons-nous d'agir lorsqu'il le faudra, ce qui, selon moi, ne saurait tarder. »
Il se mit à découper le jambon tout en poursuivant :

« Hautval et Ancenis sont maintenant liés par le sang, tâchons de nous en souvenir et regardons nos enfants et petit-enfants grandir. J'espère trouver une femme avant la fin de l'année et si les dieux me sont favorables, pourquoi pas vous offrir un neveu en plus de la nièce que vous avez déjà ? »
Il gratifia cette dernière remarque en tournant la tête vers son oncle et lui sourit largement, puis continua à couper ce jambon qui, décidément, le lorgnait d'une façon qui ne lui plaisait guère. Coquin ! Tu finiras dans son ventre de toute façon !

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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Petite visite familiale. [PV]   Dim 18 Mar 2012 - 2:32

    Ce bon vieux Raymond se léchait déjà les babines en voyant les mets arrivés et être posés sur une petite table. Son neveu avait vu clair dans son jeu, il dévorait déjà le tous des yeux mais ne se permettait pas de piocher. Soit dit en passant, si la servante n’était autre qu’une jeune femme, il se permit un petit coup d’œil au niveau de son fessier et de sa poitrine. Il n’y a pas de petit profit. Après tout, il avait tout le loisir d’épier, guetter, contempler sans pour autant toucher… Bon, quelques doigts par ci par là. Pourquoi pas ! Cependant, il ne passait plus à l’acte proprement dit. Avec les années, il s’était assagi et Eugénie, son épouse, lui convenait parfaitement. Il la trouvait belle et merveilleuse malgré les quelques rides et années passées ensemble.

      « Quel flatteur, tu fais là… Et bien si tu me le permets ce saucisson m’a l’air fort goutteux, je vais prendre un peu de pâté aussi ! Il ne faut pas oublier le vin. »


    Raymond qui se gardait bien de le dire était naturellement content de le revoir aussi. De toute façon, il lui avait déjà fait comprendre. Saisissant un bout de pain, il étalait la croustade sur la mie et la portait à ses lèvres. C’était si bon. Le saucisson ne lui résista pas longtemps non plus. Il entrecoupait les bouchées de quelques gorgées de vin, laissant les arômes envahir son palais.

      « Ne le prends pas mal mais … Je dois bien reconnaitre une chose à Hautval, son vin est meilleur que n’importe quel autre ! Cependant… Celui-ci est très gouteux ! Tu ne lésines pas sur la qualité, mon cher. »


    L’Ancenois avait toujours été bavard. Il parlait beaucoup, peut-être trop. Il aimait afficher cette mine sympathique et jouer les petits agneaux. Il se donnait des airs inoffensifs, qui pourrait le soupçonner de quoique ce soit ? Dans la plupart des cas, il acceptait les conditions et marchés qu’on lui proposait sans rechigner. Malgré ce côté jovial, il cachait parfaitement bien son jeu. Combien sont morts ou en s’en sont très mal sortis en croyant qu’il ne serait pas un danger. Le jeux des Ombres, il en use, l’exploite. Dernier de la famille Ancenoise, il a du se faire les dents et vu qu’il n’aurait droit à rien si ce n’est quelques terres ici et là, il a pris ses dispositions et s’est forgé ses armes dans ce monde où la compassion est inexistante.

    Concernant l’incident de Mons et des Heldirois, le Noble n’ajouta rien se contentant de manger à sa faim. Malgré l’âge et les rides, Raymond n’était pas en surpoids. Il mettait un point d’honneur sur sa condition physique afin de garder au plus longtemps ses pleines capacités. Il jeta un coup d’œil en coin face aux dits problèmes qui accableraient sa fille. Un sourire en coin élargit la commissure de ses lèvres. Pauvre enfant, à quel destin l’avait-il confié et ce par deux fois avec l’aide de son frère. Il était un monstre en tant que père. Sa main se glissa à son front, tandis le coude trouvait sa cuisse. Il fixait le sol d’un air absent, l’oreille tendue à l’écoute du Baron. Des questions lui remplissaient la tête.

      « J’ai sacrifié ma fille à Tari… Je l’ai offerte en pâture à un monstre. Mais je ne peux qu’admirer son talent et l’œuvre qu’il est sur le point de créer.»


    Il éclata d’un rire pervers et limite obscène en redressant son torse pour fixer Aemon et s’appuyer contre l’accoudoir de son siège. Il est vrai que la sympathie du Régent faisait qu’il possédait des alliés un peu partout, tout comme des fiefs. Une nouvelle fois, il se pencha vers l’Ancenois.

      « Puisses-tu trouver une femme avant la fin de cette année, as-tu déjà des idées ? Le mieux serait de trouver une noble dame avec des terres… Mais ces dernières se font quelque peu rares… Un petit-neveu me plairait, en effet… Mais j’ai déjà fort à faire avec mes filles et mes petites-filles… Je suis entourée de filles ! Néera me gâte. »


    Ca… Raymond était entouré de femmes à en perdre pied. Le vin coulait à flot, il se resservit encore quelques coupes.

      « J’espère que le repas de ce soir sera à la hauteur de ces mets que tu m’offres là, j’aime la bonne chair. Par contre, peut-être as-tu quelques obligations à remplir… Nous pourrons nous exercer à quelques passes d’arme quand tu auras le temps, en attendant, je me permets de prendre congé, une petite sieste après avoir rempli l’ogre ne me ferait pas de mal… Nous aurons tous le temps de parler.»


    Il tapotait son ventre en parlant de l’ogre puis se redressa pour s’étirer. Avec le consentement d’Aemon, ce dernier se ferait accompagné jusqu’à ses quartiers dans l’attente du petit banquet ou simple repas de ce soir.
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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Petite visite familiale. [PV]   Dim 25 Mar 2012 - 1:58


Ainsi le temps passait en Ancenois, le regroupement, bien que temporaire, familial permettait à Aemon de se constituer l'assurance et le soutien de son propre sang. Sympathisant avec son oncle, bien plus que lors de leur arrivée autour dudit en-cas, les deux s'amusait tantôt à échanger quelques coups dans la cour de Vielmot, tantôt à se balader à cheval sur les terres alentours au château et à la cité. Lui montrant qu'il voulait effectivement redonner à Ancenis sa gloire d'antan, le neveu de Raymond ne lésinait pas sur les moyens pour séduire et son oncle et sa tante et sa cousine à la beauté toujours si envoûtante malgré sa grossesse. Elle se reposait longuement, quoi de plus normal suivant sa condition ? Et n'était que peu bavarde, mais Aemon l'appréciait. Il leur avait présenté sa fille et le deuxième neveu de Raymon, Thibaud d'Ancenis. Le plus jeune frère de la nombreuse et malheureuse descendance de feu Aemon Ier. La petite, Bathilde était un courant d'air frais parcourant le château, allant et venant de par les corridors et s'intéressant à tout ce qu'elle trouvait digne de son intérêt. Aemon dû faire la faire taire plus d'une fois lors des repas familiaux tant elle était bavarde et harassait ses hôtes de toutes questions suscitant en elle une quelconque étrangeté ou quelque questionnement. De fait, la petite avait connu bien des remous depuis sa naissance, mais la Péninsule, ses habitants, sa géographie, tout ceci lui était étranger, elle qui avait grandi bien loin de ces Seigneurs, en Estrévent.

Eugénie qui restait aux côtés de sa fille, Raymond allant chasser, parfois, avec ses neveux et quelques veneurs accompagnés de leurs fidèles limiers. Le butin de leurs escapades se révélait souvent être de bien piètre satisfaction, en hiver le gibier détalait au cœur des bois et la forêt au nord de la Cité se remplissait de malandrins peu scrupuleux qui n'hésitaient pas à braconner, cherchant bien un moyen de passer l'hiver dans leur masures ou cabane de fortune. A croire que chasser le renégat serait plus fructueux et permettrait un peu plus de jeu. Qu'importe, une bonne chevauchée et l'air frais ne faisait pas de mal à leur corps engourdi à force de traînasser au coin du feu. Durant plusieurs jours, donc, la petite famille vivait sans trop se préoccupait de ce qui se passait. Des nouvelles arrivaient régulièrement de Hautval, par coursier ou par pigeon, rien de bien grave à en croire l'attitude de Raymond et de Blanche, légitime Baronne. Quoiqu'il en soit, l'état de sa cousine devenait critique et un retour en leurs terres était inconcevable, la transporter risquait d’accélérer son accouchement et mettre bas dans une diligence... Voilà qui eut été incongru. Bref, le dénouement arrivait et à grand pas !



Une nuit, alors que la cité toute entière semblait dormir paisiblement une détonnation éveilla Aemon. Les yeux lourds, encombrés de fatigue et rougis par un réveil si soudain, il se redressa. Remonta la couverture et tendit l'oreille. Il semblait se passer quelque chose inattendue. Des portes claquaient, des bruits de pas, non, une course se déroulait dans les couloirs. Que diable pouvait-il bien se passait ?! Des ordres étaient lancés tels que : « De l'eau ! Vite ! ». Sans perdre de temps il se leva et s'habilla à la hâte ne prenant pas la peine de lacer ses braies ni même de mettre de bottes, oubliant même le haut. Il saisit son épée et ouvrit avec fracas la porte de sa chambre. Un garde émeraude attendait là-devant et le regard stupéfait regardait le baron qui écumait presque. Il avait le sommeil léger et le réveil mauvais... Celui-ci s'enquit promptement :

« Que se passe-t-il au nom des cinq ?!
_ Monseigneur, calmez-vous. Ce n'est que Madame votre cousine qui est sur le point d'enfanter. »
Le ton presque désinvolte du garde le fit s'empourprer si bien qu'il le souffleta violemment avant de se rendre compte que sa virilité pendouillait de ses braies lâches. Il s'empourpra une nouvelle fois, de honte cette fois-ci et se mit à rire, rire que suivit le garde en se frottant la joue, sans doute pour ne pas le vexer ou bien trouvait-il la scène réellement cocasse, ce qui sans doute était le cas. Se reprenant il demanda :

« Avez-vous envoyer quérir sa sage-femme ?
_ Oui monseigneur, ainsi que de l'eau et tout ce qui se doit.
_Pour l'eau je crois en être suffisamment au courant, maugréa-t-il. Bien, il ne nous reste plus qu'à attendre. »
Ainsi l'attente débuta sans autre consolation que les quelques serviteurs se hâtant à travers les couloirs, preuve qu'elle était toujours en vie et bien portante.

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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Petite visite familiale. [PV]   Lun 26 Mar 2012 - 22:37

    Il fait noir… Si noir. Il fait froid… Si froid. Blanche était assise sur une chaise. Des douleurs abdominales lui tiraillaient le ventre si bien qu’elle serait les dents et tentait de reprendre son calme. Les doigts se crispaient si forts sur sa peau que le sang perlait. Elle avait les mains ensanglantées. A y regarder de plus près tout son bas-ventre était sanguinolent. Les cuisses écartées, elle pouvait admirer ses entrailles se déverser sur le sol, cette masse informe de sang et de liquide. Une plus forte douleur la prit. Elle sentait ses chairs se déchirer, s’éventrer et hurlait à la mort tellement la douleur devenait insupportable. Finalement, elle expulsa cette forme, ce petit corps ligoté par un cordon de chair. Son cou était enchevêtré tout comme son corps et ses jambes. Le bleu de sa peau perçait de temps à autre le rouge. Sa souffrance n’était pas finie. Elle se contracta une nouvelle fois, toute entière, son ventre se tordant avant que le placenta ne s’écrase et explose au sol accentuant la mare sanglante. Blanche tendit les mains vers ce massacre. Elle s’était redressée, ses jambes tremblantes, désireuse de saisir cette chose au sol. Tout vacilla, l’ombre d’un instant et le sol se déroba sous ses pieds. Son corps entamait une longue chute, en apesanteur. La Baronne s’effondrait dans une toile d’étoffes blanches. Ses bras étaient retenus par ses cordes et ses jambes pendaient dans le vide. Là, sous ses pieds s’écoulaient une eau limpide, les douves de son Château. Elle sentit une brise d’air frais lui faire s’envoler les cheveux. Les cils bâtèrent et elle découvrait de ses beaux saphirs le paysage de Hautval en feu et à sang. L’Obsidienne contemplait le massacre de son peuple, suspendue à ses murailles telle une martyre. Les femmes étaient massacrées, les enfants éventrés. Elle put distinguer une silhouette familière, il se tenait sur son cheval, fier, brandissant l’étendard où une chouette argentée semblait prendre son envol. Lentement, il s’avançait entre ses flammes d’une démarche hautaine, une myriade de femmes aux allures nobles le suivait religieusement, le sourire triomphant. Il n’était autre que… Aetius d’Ivrey, Comte de Scylla, Régent de la Péninsule. Lentement son bras se leva et au bout de ce dernier pendouillait un linge blanc nimbé de cette couleur rouge.

      « C’est lui que tu veux ? »


    Il rit et jeta le bébé dans les douves. Ce dernier commença à couler petit à petit. Les bulles à la surface s’amenuisaient au fil des secondes qui parurent une éternité pour Blanche jusqu’à ce que la surface soit si lisse.

      « Elles, elles me donnent des mâles, sale putain ! »


    Blanche fixait d’un air indifférent le Comte et Régent et ne prit même pas la peine de se pencher vers ses catins de Maitresse. Elle se contentait de le fixer dans le blanc des yeux sans émettre le moindre mot.

      « Ta mort me sera plus utile que ta vie, Hautval est à moi. »


    Et d’un sifflement, il appela à lui l’un de ses dévoués. Il s’empara de sa hallebarde et la brandit vers la Baronne. D’un mouvement violent mais décidé, l’arme fendit l’air en direction de sa femme. Blanche fixa la lame puis son mari avant de baisser les yeux et les clore. Sans vergogne la pointe de la Hallebarde lui transperça le cœur.


    .NOIR.

    Un sursaut la prit, la Baronne se réveilla en sueur. Les saphirs fixaient les alentours d’un air angoissé. Son cœur battait anormalement vite. Ce n’était qu’un cauchemar. Elle glissa une main à son front, les lèvres entrouvertes, avait-elle crié ? Cela serait ennuyait. Elle chassa ses draps et mit pied à terre. Blanche enfila ses chausses et s’habilla d’un châle tandis qu’elle prit la direction de sa porte qu’elle ne tarda à ouvrir. Un coup d’œil fut jeté dans le couloir et s’est armée d’une bougie, qu’elle se glissa au dehors de ses quartiers. Le Château était bien silencieux. Elle partit en quête des cuisines. Elle avait faim. Les démons de ses songes lui faisaient encore tourner la tête si bien qu’elle avançait prudemment, sa main libre contre son ventre rond. Une douleur violente la prit au niveau du bas-ventre. La Baronne grimaça mais cela se stoppa net, elle reprit son chemin. Au bout de quelques pas, un nouveau pincement violent la fit se crisper. Elle s’arrêta en s’agrippant au mur. La souffrance prit de l’ampleur et bientôt elle entendit un bruit de liquide s’écraser au sol. Cela coulait le long de ses cuisses, tachaient sa robe de chambre. Blanche poussa un gémissement en lâchant sa bougie et resserra ses mains sur ses étoffes. Le dos coula bientôt contre le mur et elle s’assit les jambes écartées.

      « A….. A l’aide ! »


    La voix était si faible mais elle ne tarda pas à se ressaisir. Il fallait alerter les parages, elle n’allait surement pas accoucher dans le couloir.

      « SACREBLEU J’AI BESOIN D’AIDE !!! »


    Des gardes faisant leur ronde ne tardèrent pas à entre les appels de la Baronne qui tentait dans le même temps de contrôler sa respiration et essayer d’estimer le temps entre chaque contraction. Abasourdis, ils se précipitèrent vers elle et alertèrent un peu près tous les serviteurs. L’accouchement aurait dû être la semaine suivant mais il semblerait que le bambin était pressé de sortir.

      « Amenez-moi Agnès ! Je veux Agnès ! Ou est Agnès ? »


    Elle tordit presque la main non gantée du garde sous le coup de l’énervement et de la douleur et tenta de la calmer. On fit prévenir Agnès que la Baronne n’allait pas tarder à mettre au monde un nouvel enfant et tous s’activaient à préparer le nécessaire même à cette heure si tardive de la nuit. Blanche fut transportée au sein de sa chambre. On l’y allongea dans son lit. Elle n’attendait plus que Agnès. Sa dame de compagnie était à son chevet. Elle évitait de lui serrer la main car elle savait ô combien la Baronne pouvait être dangereuse lors des accouchements. Blanche l'avait déjà blessé par le passé sans le vouloir.

      « Désirez-vous qu'on prévienne votre époux. »


      « Leïla... Aetius se contrefiche de savoir que je vais accoucher, il doit être occuper à fourrer ses putains, ce qui l'intéresse c'est d'avoir un héritier ou pas ! Alors ne m'agace pas avec lui. »


    Blanche grondait. Elle n'était pas vraiment très aimable dans ces moments là et se montrait désagréable et antipathique. Elle montrait un visage peu reluisant mais sa Dame de compagnie était compréhensive et savait ce qu'elle pouvait endurer, enfin, elle n'avait pas encore eu la joie d'avoir un enfant mais avait pu déjà assisté à des accouchements et pouvait presque ressentir la douleur de ces femmes. Elle imbiba plutôt un linge pour le poser sur le front de Blanche qui la remercia d'un maigre sourire. Elle s'en contenta.
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Agnès Malesherbes
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MessageSujet: Re: Petite visite familiale. [PV]   Mar 27 Mar 2012 - 1:29

Quand elle fut appelée, Agnès se rendit aussitôt sur les lieux, bien décidée à aider la jeune baronne à accoucher normalement. L'air déterminé et calme en raison d'années d'expérience et de pratique, elle fit amener ses outils et instruments tout en demandant à des servantes de préparer du linge et de l'eau. En attendant, elle sortit différents remèdes de sa sacoche et les disposa sur une table non loin avant de regarder entre les jambes écartées de la jeune femme afin de constater l'avancée de l'accouchement. Oui, elle était indéniablement dilatée... Ce n'était clairement qu'une question d'heures avant la venue au monde de l'enfant. La baronne avait bien fait de la faire appeler. Elle avait tout juste le temps de se préparer. Enfin, cela allait largement lui suffire...

La matrone demanda aux servantes de lui apporter un feu et prépara plusieurs herbes ainsi qu'une étrange poudre (en fait de la matrice d'animal réduite en poudre et mélangée à quelques autres substances qu'il valait mieux ne pas connaître) qu'elle fit infuser dans l'eau avant de demander à Blanche de boire la concoction. Celle-ci avait un goût fort désagréable en raison de ses ingrédients quelque peu particuliers, mais la parturiente sentit que la préparation de la sage-femme faisait légèrement effet, tout comme la fumigation que cette dernière effectua entre ses jambes afin de détendre ses chairs et donc de faciliter la sortie de l'enfant. D'ici quelque temps, ce dernier allait faire son apparition...

Dans de meilleures conditions, Blanche aurait très certainement bénéficié d'un bain dans lequel on aurait fait infuser plusieurs herbes et fleurs, voire même certaines racines aux propriétés médicinales notoires, mais Agnès savait que cela n'allait pas se dérouler aussi bien qu'elle l'aurait aimé, même si elle n'en dit rien et si son visage restait impassible car elle ne voulait certainement pas faire angoisser la mère avec des propos inquiétants. Son intuition, aiguisée par l'habitude, sentait quand un accouchement allait se dérouler sans complications et en l'occurrence, ce n'était pas le cas. Son instinct lui disait même tout le contraire. Plus elle l'écoutait et plus elle était persuadée que quelque chose n'allait pas...

Malheureusement, même si cela allait mal se passer, la matrone savait qu'elle devait poursuivre. Elle enduit ses mains avec une huile spéciale à base de fleurs et aida le col de la jeune femme à se dilater afin de sortir l'enfant. En même temps, elle demanda à la dame de compagnie d'aller derrière la baronne et d'y rester afin de la tenir fermement alors qu'elle poursuivait sa tâche, entrant sa main pour aider l'enfant à sortir et à prendre une bonne position. Aussitôt, la sorcière écarquilla les yeux, comme sous le choc. Quelque chose n'était définitivement pas normal. En fait, pour être plus précise, ce n'était ni bon ni normal... Cela n'augurait rien de plaisant. Enfin, cela importait peu. En dépit de cela, il était de son devoir de poursuivre car on ne pouvait plus reculer et c'était dans l'intérêt de la femme. Même dans les moments les plus tristes, c'était ce que lui dictait son métier de sage-femme. Que ce soit pour la vie ou pour la mort, elle aidait à mettre au monde... Malgré son trouble et ses craintes, elle continua donc. Elle devait rester concentrée à tout prix, pour le bien de tous.

Agnès savait que la naissance était un moment de la vie fort fragile et que, du berceau au tombeau, il n'y avait parfois qu'un pas. Elle sut en aidant à sortir l'enfant qu'en ce jour, ce pas avait été franchi et que la mort avait fauché la vie à naître de l'enfant avant même qu'il eut la possibilité de pousser un cri. La fille était bleue et, en la sortant, elle sut pourquoi : le cordon ombilical se trouvait autour de son cou. Elle avait été étranglée par le même lien avec la mère qui l'avait nourrie lors de sa formation en son sein. C'était un cas tragique, mais il arrivait malheureusement... La sage-femme s'empressa de couper le cordon avec un de ses instruments et ouvrit un pot d'onguent dont elle s'imprégna les mains avant de frotter frénétiquement le ventre de l'enfant dans l'espoir de la voir respirer et renaître, mais il était trop tard : la vie l'avait définitivement quittée. Elle ne retrouva pas le moindre signe d'une quelconque vitalité. Il était sans doute trop tard depuis quelque temps...

Se tournant vers Blanche après un long silence pesant, sachant que celle-ci était sans doute dans l'attente de paroles rassurantes de sa part, elle soupira avant de prendre la parole, son visage affichant une expression désolée et triste :

"Elle n'a pas survécu..."

C'était tout ce qu'elle pouvait dire, alors qu'elle tenait encore la petite. Oui, elle était désolée pour elle. Désolée qu'elle n'ait pas eu de chance, que tout ne se soit pas passé comme prévu. Désolée de ne pas avoir pu calmer son angoisse en lui annonçant des nouvelles plaisantes et agréables aussi. Malgré tous les moyens dont elle disposait, elle avait été impuissante. Ses connaissances ne lui avaient guère été utiles. Elles ne lui avaient pas permis de sauver la fille de cette femme. Ce n'était pas la première fois qu'un accouchement s'achevait ainsi, mais cela faisait toujours aussi mal... Elle aurait tant aimé célébrer avec la mère l'arrivée d'une nouvelle vie, mais elle ne lui avait apporté que le deuil.
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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Petite visite familiale. [PV]   Mer 28 Mar 2012 - 23:46

    Blanche fut plus ou moins docile tout le long de l’accouchement. Il fut douloureux, extrêmement douloureux mais elle avait déjà mis au monde deux bambins et l’on pouvait voir cela comme de la routine. L’enfant à peine extirpé de ses entrailles donna à Agnès une mine bien sombre et cela ne présageait rien de bon. Les mots fatidiques ne tardèrent pas à sonner le glas d’une réalité implacable. « Elle n’a pas survécu ». Sa troisième fille est morte. La Baronne ne réalisa pas de suite ce qui était en train de se dérouler. Elle fixa sa sage-femme et amie un long moment avant de bifurquer vers sa dame de compagnie et les diverses servantes peuplant la pièce. Toutes affichaient un visage grave, comme un masque mortuaire. Blanche redressa légèrement son buste et vint se pincer avec violence l’avant-bras y laissant même une belle marque. Une grimace ourla ses lèvres, brouillant ses traits. Elle ne rêvait pas. C’était bel et bien réel. Aujourd’hui, elle n’avait pas perdu sa fille une fois mais deux fois, dans ses songes. La Baronne déglutit un instant et offrit un sourire forcé dans le but de rassurer son assemblée. Elle tendit les bras vers Agnès et son enfant. Lentement, elle récupéra sa fille pour en découvrir un visage bleuté nimbé de rouge. Un doigt se glissa ses lèvres, les soulignant doucement avant de l’envelopper dans l’étoffe blanche. Une voix forte se fit entendre.

      « Lavez-la. Et préparez-lui sa plus belle robe. »


    Ce n’était pas la première fois qu’elle perdait une vie dans ce ventre maudit.

      « Néera ne lui fut pas favorable, espérons que Tyra le soit plus. »


    Il y aurait une messe malgré tout. Blanche désirait que son enfant ait les hommages que lui exigeait son rang.

      « Laissez-moi seule avec Agnès ! Je ne veux qu’Agnès ! Ne me dérangez plus ! »


    Même sa mère n’était pas conviée. Naturellement, elle laisserait son père et son cousin lui rendre visite. C’était normal. Une fois que toutes furent sorties, l’Obsidienne s’allongea en fermant les yeux. Son bas ventre lui faisait encore mal mais s’était supportable. Elle était comme anesthésiée par l’annonce de la mort de l’enfant. Il fallait mettre au courant, Aetius… Elle pensait déjà qu’il allait très mal réagir et cela l’angoissait quelque peu. Une main se glissa à son front. Mille pensées lui torturaient l’esprit. Elle ne pleurait pas car des larmes ne ramèneraient pas son bébé à la vie. Blanche était si froide, si stricte, telle une pierre couleur encre. Pas une larme ne fut versée, complétement desséchée tel un désert.

      « Pourrais-tu me donner quelque chose pour dormir, s’il te plait. »


    Elle lui offrit un nouveau sourire et attendit qu’Agnès lui apporte une de ses décoctions. Blanche la but et sombra ainsi dans un sommeil sans rêve pour se reposer un petit peu. Elle sera réveillée sans doute plus tard par son cousin.
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Agnès Malesherbes
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MessageSujet: Re: Petite visite familiale. [PV]   Jeu 29 Mar 2012 - 14:14

Agnès resta sur les lieux, comme Blanche l'avait demandé. Elle ne pouvait pas désobéir à la baronne. Pas en des circonstances aussi terribles. Elle lui devait bien cela en des heures aussi sombres, pour la mère comme pour la matrone. Elle avait vu la noble passer par les différentes étapes du deuil : du déni à l'acceptation de son sort. C'était un ensemble de réactions assez typique et la sorcière avait, par la force de l'habitude, appris à les reconnaître car, malgré tous ses moyens et son efficacité relative, la mortalité restait assez importante chez les femmes comme chez les enfants. En tout cas, elle l'était bien trop à son goût. Elle avait la réputation d'être efficace grâce à ses connaissances, mais la mort restait malgré tout son lot. C'était l'ironie du sort : pour être capable d'accompagner les naissances, il fallait accepter la mort. Celle-ci avait généralement une main posée sur l'épaule de la sage-femme alors qu'elle aidait à mettre au monde, dans l'attente de ce genre d'événements, prête à emporter la mère, l'enfant ou même les deux... Certes, la mort n'était pas littéralement là, mais Agnès la sentait presque arriver. Son instinct lui disait presque quand celle-ci allait venir pour emporter son dû. C'était une sensation assez horrible... Pesante, angoissante...

La mère restait impassible et froide. Elle ne cédait pas à la tristesse ou au désespoir. C'était admirable, mais dans l'intimité, Agnès pensait sincèrement qu'elle avait droit de pleurer et de succomber au chagrin. Parfois, il était bon de laisser éclater sa peine et de verser des larmes libératrices. Ce n'était pas quelque chose de honteux. Même un homme avait le droit de pleurer, à ses yeux. Assumer ses émotions et ses sentiments est quelque chose de profondément humain. Accepter de les manifester et les afficher l'est encore davantage. Ne rien montrer de ses émotions à d'autres est certes une force, mais ne rien laisser transparaître en privé fait tellement froid... Enfin, la matrone n'avait guère de leçons à donner et elle était d'une certaine façon heureuse de voir que la mère acceptait sa condition. Elle acceptait la fragilité de la vie sans montrer sa faiblesse. Même si Agnès pensait qu'elle pouvait faire autrement, cela n'en restait pas moins noble...

Quand la noble lui demanda finalement une décoction soporifique, Agnès s'empressa de la préparer et, une fois que la baronne eut sombré dans un profond sommeil qui allait lui permettre de se remettre de son accouchement et des événements, elle quitta la pièce afin de marcher un peu. Elle avait besoin de cela pour se dégourdir les jambes et penser à autre chose. Elle était épuisée, mais malgré sa fatigue, elle ne pensait pas pouvoir trouver le repos et refusait de dormir tant que la noble n'aurait pas un peu récupéré. On pouvait encore avoir besoin d'elle. De plus, certains allaient sans doute lui demander de parler du déroulement de l'accouchement et de l'état de la mère...
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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Petite visite familiale. [PV]   Sam 31 Mar 2012 - 3:53

VISITE FAMILIALE.

Le château, en grande partie, s'était éveillé suite aux va-et-vient intempestifs des serviteurs et autre aide qui assistait Agnès dans son accouchement de ladite Blanche, cousine du Baron d'Ancenis, Baronne de Hautval, femme du Régent, son frère. Le temps passait et ne sachant que faire (retourner se coucher lui semblait impossible, après tout un nouvel Ancenis ferait bientôt son apparition), il préféra descendre aux cuisines pour une petite collation, un flacon de vin corsé et à n'en pas douté quelques fruits saisonniers telles que la pomme, la poire, la grenade ou encore quelques clémentines sucrées à souhait. Il faut avouer qu'avec Berdes comme port transitoire pour le commerce en mer Olienne Ancenis bénéficiait, en plus d'une façade maritime active, d'un véritable approvisionnement d'aliments divers et variés. Accompagné de deux gardes émeraudes, ils ne se séparaient jamais de lui complètement, ni lui d'eux à vrai dire, ils se mirent aise et d'aucuns pariaient sur le sexe de l'enfant à venir. Le plus vieux des trois tenait ferme sur la fille tandis que les deux autres, Baron inclus, ne jurait que par le sexe fort. Quoiqu'il en soit, ils restèrent là à discutailler, Aemon les écoutant plus qu'il ne les accablait lui-même de paroles creuses et autres verbiages. Au bout d'un temps il décida d'aller écouter ce qui se tramait avec Blanche et cet enfant tardif à montrer le bout de son nez.

Grimpant les marches, escortés de près, il arrivait finalement devant la porte de la chambre à coucher de Blanche. Il faisait frais dans les couloirs, si bien qu'il envoyât un serviteur traînant lui querre une pelisse en fourrure. L'attente serait-elle encore longue ? Qui sait. Raymond était également présent. Lorsque le serviteur apparu il trottinait en portant un manteau de laine fourré au col d'hermine. De la belle ouvrage, sans doute Langecine, peut-être Ancenoise, mais de fait par les meilleurs tisserands de la baronnie. Quoiqu'il en soit, la porte muette ne laissait paraître et transparaître aucune autre information que celle que l'attente elle-même vous permettait d'imaginer. Tout ce passait-il bien ? Blanche était-elle sauve ? Ce silence commençait à fortement irriter Aemon et la tension se voyait sur le visage de Raymond. En pleine nuit, il fallait qu'elle accouche en pleine nuit ! Les cinq leur en voulaient, c'était certain ! En pleine journée, une chasse au brigand aurait permis de, sinon réduire, alléger l'attente par une activité des plus enrichissante. Estourbir quelques uns de ces vaut rien, voilà de quoi vous passer les nerfs, mais là, non, là... Ils étaient pantois, nerveux et énervé dans le cas d'Aemon. La patience, il savait, l'attente, il savait, mais être dans l'incertain et l'inconnu, ça, il ne supportait pas jusqu'à ce que la porte s'ouvre enfin.

Troublant était sa première pensée puis il comprit. L'ambiance qui se dégageait était sinistre, les visages mornes. N'accordant qu'un regard furtif à Blanche, allongée sur ce lit de mort, puis à cette chose enroulée dans un linge blanc, blanc comme le visage de la sage-femme. Aemon se raidit, devient aussi impassible et stoïque qu'à son habitude et se ferma complètement à toutes extériorités. Il se pencha vers Raymond et lui posa une main sur l'épaule, il partageait leur souffrance sans pour autant en laisser rien paraître. Tous partirent, sa garde exceptée, et Aemon attendait patiemment devant la chambre que toutes les servantes fussent dehors, y comprit cette Agnès qui tardait. Lorsque les battants se rouvrirent et que la sage-femme sortit enfin il lui lança un regard cuisant et de sa bouche ne sortit que rancœur et dégoût mais sur un ton glacé et glaçant.

« Hors de ma vue, femme, ou tu iras rejoindre celle que tu n'as su faire vivre. »
Elle s'éloignait et lui s'avançait vers la chambre. Levant un poing impératif, les deux gardes s'arrêtèrent et patientèrent devant la porte. Lorsqu'il entra il comprit que Blanche ne lui parlerait sans doute pas, ni même ne lui accorderait un regard. Il s'approcha et vu qu'Agnès lui avait très certainement donner de quoi dormir. Il lui glissa pourtant, doucement :

« Primeprestre sonnera pour elle, reposez-vous, j'informerai Aetius de la triste nouvelle... Que les cinq vous gardent. »
Il quitta ensuite la pièce sans se retourner. Le petit jour pointait, l'aube ne saurait tarder, le soleil non plus. Impossible, pour de bon, cette fois-ci de se rendormir.
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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Petite visite familiale. [PV]   Lun 2 Avr 2012 - 21:05

    Les paupières lourdes se rouvrirent sur son cousin qui venait de surgir dans la chambre. Elle le fixa sans réelle émotion définissable, un visage froid, indifférent, une beauté de glace qui soulevait les cœurs et les faisait chavirer. Blanche dans ces moments-là inspirait autant l’attraction que la répulsion. Ses airs rigides, aux courbes légères, lui affinaient la frimousse et l’on devinait la bête se cacher sous cette attitude. L’instinct ordonnait de se méfier. Parfaite poupée intouchable, inabordable, la Baronne ravissait et donnait l’envie irrésistible de la saisir pour mieux tenter de la définir. Être et paraitre sont deux termes bien distincts et dans ce monde, il valait mieux paraitre, qu’être. Les lèvres s’entrouvrirent un instant pour mieux se clore. Elle déglutit, il la sentit l’ombre d’un instant fragile, docile, quémandant une aide inespérée mais cette impression se transforma en colère insatiable et fermeté aigre.

      « Il n’est pas nécessaire d’informer, Aetius, un enfant mort ne l’intéresse pas surtout si ce dernier n’était autre qu’une fille… N’importunez pas Agnès, ou vous aurez tout le loisir de voir Othar m’inspirer. »


    La voix était devenue divinement mielleuse, un brin suave. Certes, elle n’était pas dans une position avantageuse immédiatement mais les femmes possèdent bien des armes, bien plus qu’une lame ou n’importe quel autre objet dangereux de ce type. Blanche était sans doute frustrée pour répondre de la sorte à son cousin qu’elle appréciait. Elle le laissa partir puisqu’il n’avait rien d’autre à lui dire et les histoires de bonnes femmes ne l’intéresseraient surement pas.

    Les jours suivants, Blanche se reposa. Elle se remit de son accouchement avec les soins d’Agnès. Les chairs avaient commencé à cicatriser et elle était en bonne voie de rétablissement. Naturellement, la Baronne préférait être seule et, de fait, tranquille mais elle se devait de recevoir ces dames désolées de la perte de sa fille. Quelle empathie, une empathie qui la laissait simplement de glace. Elle jouait la dame consolée, arborant des sourires difficiles et volontairement forcées. Au bout de quelques nuitées, elle put enfin mettre pieds à terre et pouvoir marcher. La cicatrisation totale prendrait sans doute un peu plus d’une semaine. La visite s’éterniserait quelque peu en Ancenis. Cependant, Blanche ne pouvait éternellement demeurer chez son cousin et elle se devait de rentrer en ses terres. Elle grimaçait déjà l’idée de reprendre la diligence car elle ne pourrait sans doute pas chevaucher malgré le redoux. A moins qu’en amazone, cela serait faisable. Elle émit quelques réserves à ce sujet. Le fait que les points de suture sautant et déchirent à nouveau ses chairs était une possibilité sous la saccade du trot de son destrier. Elle préférait se montrer prudente et sage.
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Agnès Malesherbes
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MessageSujet: Re: Petite visite familiale. [PV]   Mer 4 Avr 2012 - 16:21

Agnès accueillit les mots du baron avec froideur et ne prit pas la peine de lui répondre. Libre à lui de la menacer de mort, mais ce n'était pas lui qui avait fait le nécessaire pour mettre cet enfant au monde. Elle s'était épuisée à la tâche et, malgré tous ses efforts, n'avait rien pu faire. Elle avait lutté pour le bien de la mère et de l'enfant. Son impuissance la faisait souffrir et, même si elle savait au fond qu'elle n'était aucunement responsable, ce n'en était pas moins un terrible échec à ses yeux. Elle n'avait donc absolument pas besoin des propos désagréables d'un baron ingrat qui la remerciait de la sorte malgré tous les efforts qu'elle avait consacrés à sa tâche. Au moins, la mère avait été bien plus compréhensive et plus sage face à la fatalité, bien qu'elle fut pourtant la première concernée.

La sage-femme n'avait guère plus de raisons de rester en ces lieux et pouvait retourner dans sa fort modeste demeure dans la campagne langecine. Au moins, dans ce milieu rural, on la respectait davantage pour ses compétences, son savoir et son expérience. On ne l'aimait pas forcément plus car personne n'aimait vraiment une femme de volonté qui ne se gênait aucunement pour dire aux hommes le fond de sa pensée. La vérité était rarement plaisante aux oreilles des individus de la gent masculine. Il était en effet désagréable de voir une femme leur répondre et se rebeller contre leur autorité, surtout quand elle avait raison. Or, un homme détestait admettre ses torts. Néanmoins, malgré cette attitude fort déplaisante pour le « sexe fort », elle possédait un statut et une certaine forme de reconnaissance. C'était auprès d'elle qu'on venait recueillir de précieux conseils. Elle était une sage concernant les choses de la femme et personne ne remettait cela en question.

La sorcière ne se fit donc pas prier et, une fois qu'elle eut soigné comme il convenait la baronne afin d'aider celle-ci à se remettre de cet accouchement fort éprouvant, elle commença à préparer ses affaires afin de quitter au plus vite les lieux. Elle détestait les nobles, leurs manières et leur arrogance... Ils pensaient pouvoir disposer librement de ceux qui avaient un statut social inférieur car n'ayant pas eu la chance de naître nobles. Ces bien-nés la dégoûtaient profondément. Elle était en un sens désolée de laisser la jeune mère endeuillée de la sorte, mais méritait-elle de risquer sa vie pour elle ? Cela n'en valait sans doute pas la peine.

Bref, sauf si un événement venait contrarier ses plans dans les heures qui allaient suivre, Agnès comptait bien quitter les lieux, en espérant d'ailleurs ne plus jamais y revenir. Elle avait déjà prodigué tous les soins nécessaires et conseillé la baronne sur les précautions à prendre après l'accouchement. À moins qu'un autre en avait décidé autrement, son rôle s'achevait ici...
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