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 Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]

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Hans
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MessageSujet: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Mar 22 Mai 2012 - 20:34

Mois de Barkios, cinquième jour de la deuxième ennéade.

Assis sur un austère siège de campagne typique d'Oësgardie, le comte Anseric leva un sourcil à la vue d'une missive, dont il avait repoussé jusque là la lecture en raison de son déjeuner. Sans faire tâche aucune, l'homme s'était saisi du papelard, le dépliant devant les yeux de l'assemblée. On s'était retrouvé en petit comité ; il y avait là un cercle restreint de bonnes gens, au sang bien bleu et aux dents bien longues. Cette coterie que présidait Anseric rassemblait des vassaux d'Arétria et d'Olysséa, soit les hommes forts des deux fiefs. On y trouvait ainsi le fidèle Ganelon, venu de Wenden, les sires des maisons Östmar et Luskëndale, de Kahark et de Breda, ainsi que monsieur d'Angleroy, qui, présent à Olysséa lors du départ, avait joint l'ost pour son agrément. En outre, étaient présents, évidemment, madame la baronne, ainsi que sieur Vokser, deux des plus impliqués dans cet engrenage politique. Comme nous le voyons, c'était donc une fort coquette mesnie ; néanmoins, Anseric savait sa horde de fidèles juste là, derrière la tenture, prête à lui prodiguer conseils...

...Conseils qu'il sollicita très vite, mandant son bouffon par les doux cris de "Rédemptistre! Rédemptistre! Rédemptistre!". La boule de suif, piquée de brocards en tout genre, entra en trombe dans la tente, sautillant sur ses quenottes biaises au rythme d'un petit tambourin à grelot. "Monsou veulx que je chantoi, monsou veulx que je dansoi ? Monsou veulx que j'immitoi un ours ?", demandait le bossu de sa voix mièvre, avant que son maître ne le fisse taire d'un "La paix, maraud!" d'une conviction aisément compréhensible devant la laideur d'un tel spectacle. Le vilain, tout contrit, fit mine de se rouler à même le sol, agitant ses breloques tout en se frappant la tête de son tambourin. Anseric, quoiqu'amusé par les renardies de cet être si singulier, n'était que peu porté sur la rigolade en ce moment ; aussi fit-il relever promptement Rédemptistre, et le mener devers lui.

"La marquise qui hante tes nuits, coquin, existe elle bien, ou est-ce encore une de tes bouffonneries ?", demanda d'un ton de morgue le comte à son amuseur. L'homme était en effet resté sceptique à l'annonce d'une héritière légitime - encore - subitement reparue, au plus mauvais moment pour ses affaires. Sachant la gueusaille trop portée sur la fabulation outrancière, le bon Hans désirait séparer le bon grain de l'ivraie. Néanmoins, après que Rédenptistre ne se soit expliqué, il n'y avait guère de doute possible ; la marquise n'était non pas une réminiscence d'une des précédentes (et pourquoi pas ? dans les campagnes, les nouvelles n'allaient après tout pas bien vite), ni une invention du drôle. Celui-ci avait vu de ses propres yeux la dame, avant qu'il ne reparte pour ses douces pénates de Fort-en-Truy, où il y avait trouvé sa Némésis. "Diables, mais elle se moque de moi, la mousmée! Que les Enfers l'emportent", exulta dès lors le comte, accablé que dans une pareille position, sa parente ne se fusse montrée plus docile. Exhibant la lettre, notre héros déclarait à qui veut l'entendre son contenu. Ruminant sa hargne, il relut ainsi plusieurs fois à voix haute les lignes, ponctuant de jurons chacune des piques cachées dans cette vilaine prose. Son visage changea d'expression à la découverte d'une petite coquille de la part de l'expéditrice, qui lui attribuait (prémonitoirement ?) le titre de comte de Sainte-berthilde. Si cocassement bombardé, l'Alcide, goguenard, se fendit d'un trait à l'adresse de Kerthan : "Vous me voyez désolé, ami, mais la dame a statué que je prendrais sa place, et non vous, je n'y peux rien!", ce qui fit rire si lourdement Rédemptistre, que personne ne doutât un seul instant qu'il ne flattait pas ici son maître.

L'hilarité du bouffon fut ravalée en un hoquet, quand le comte frappa du poing sur la table. "Assez ri!, aboya-t-il avant de continuer plus doucement, nous sommes engagés l'un envers l'autre, Vokser ; je vous dois un fief, vous me devez un hommage. Je couperais bien le petit cou de cette impudente pour remplir ma part du marché, mais, Diables, on n’étête pas sa parenté! Cela porte malheur, et gâche les portraits de famille. Non pas ; nous devrions l'évincer de quelque manière plus subtile. N'est il pas un couvent dont les portes closes pourraient nous délester de son embarrassante présence ? Par sa vie ou sa mort, elle risque d'exciter la jacquerie, et ça, je ne le veut point ; mettons là tout simplement à l'oubli, qu'en dites vous ? Les quatre murs d'un ordre de la damedieu sauraient nous prémunir de toute mauvaise velléité, n'est-ce pas vrai ce que je dis là ?"
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Kerthan Vosker
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Mer 23 Mai 2012 - 12:28

Kerthan était assis sur une chaise, légèrement en retrait, les bras croisés tout en regardant l'assemblée. Pour le moment, peu de personnes présentes ne lui disait grand chose, et encore moins lorsque cette.. Personne fit son cirque avec sa façon de parler qui le laissa pantois, n'ayant jamais entendu tel parlé. Écoutant la lettre en elle même sans les jurons du bon Anseric, jusqu'à ce qu'il lui fasse remarquer qu'Anseric était nommé simplement Compte de Sainte Berthilde.

Le jeune homme écouta la phrase a son attention, laissant le futur compte finir ses mots avant de lui répondre, posant ses coudes sur ses genoux, prenant la parole a haute voix.

Après tout, Anseric de la Rochepont.. Vous pourriez très bien être Compte directement a ma place. Je n'ai aucune utilité, autre que de vous éviter d'être directement exposé. Je ne vois pas en quoi lui couper le cou serait des plus utiles, mais bien qu'un couvent pourrait arranger la situation..

Kerthan, se leva en prenant appuis sur la table, face a son potentiel maître des chaines.

J'avoue avoir pris la décision rapidement mais être dans vos chaines ne me plait guère ! Je suis aisément remplaçable, de toute manière, n'est ce pas ? Prendre le Marquisat alors qu'une nouvelle Marquise est arrivée dont j'ignorais l'existence.. Cela remet en doute ma participation.
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Cléophas d'Angleroy
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Mer 23 Mai 2012 - 23:44

    Ce n’est que loin de chez soi que servent les armures.
    Cela faisait bien des semaines déjà que le Baron avait quitté le palais de la Baronne de Hautval, cette Blanche à l’ame sombre et à la voix glacée, cette triste enfant morne et valétudinaire. Le Baron avait préféré aux épisodes tumultueux du pays vineux, le calme olysséen et aussitôt la missive de Clélia fut-elle portée aux mains de Cléophas que ce dernier fit préparer son attelage et, tout en obséquieuses révérences, quitta la citadelle de pierre et jeta un dernier regard à sa dame d’obsidienne. Il avait trouvé en Clélia une figure avenante, au sourire chaleureux, à l’œil pétillant, aux joues rosies et aux cheveux soyeux. Longtemps sous les vitraux discutèrent-ils de mille et uns sujets propres aux philosophes et aux savants qui choisissent la vie monastique ; mais la paix qu’avait apportée la prose en ces temps de tumulte fut vite brisée par le fracas de l’acier et le grondement des légions : le Septentrion était lèprosé et loin étaient les temps où Cléophas voyageait allègrement à travers les contrées du médian, sans autre protection que son pourpoint de velours et ses rouleaux de vélin. Lorsque les guerriers frappèrent aux portes d’Olyssea, Clélia n’eut d’autre choix que de les ouvrir et de suivre leur sillon, tout en jetant un regard à son invité ; car n’avait-elle pas à ses cotés Cléophas d’Angleroy, dont le nom avait dépassé les frontières et dont le verbe avait inspiré nombre de dirigeants, de commandants, de politiques et de conseillers à travers les années ? Le Baron allait l’accompagner jusqu’à Sainte Berthilde, où une jeune femme inconnue de tous clamait ses droits sur le trone du marquisat. Cela faisait déjà un mois qu’il avait quitté son val maritime, ses marais, ses montagnes, ses grandes plaines et ses bois profonds ; un mois qu’il avait quitté la tour de Clavel, ses halls majestueux, ses souterrains labyrinthiques, ses voutes ouvragées et ses escaliers infinis. C’était le marasme d’un siège qu’il allait connaître et chaque jour qui passait semblait le rapprocher du pays d’Atral –et des lances qui le gardent.

    Les légions avancent lentement.
    Le Baron avait décidé de laisser à l’arrière son carrosse. Les voyages étaient longs et fastidieux et depuis leur départ d’Olyssea, la voiture avait décidé par trois fois d’aimer avec passion les étendues boueuses à tel point qu’il fallut par trois fois dix hommes vigoureux pour séparer leur étreinte. Cléophas avait toujours hai les mésalliances et il préféra prendre monture plutot que de rester dans sa prison de velours et d’acajou. Du bleu de la mer céleste se détachaient quelques nuages écumeux, poussés par une douce brise qui furtivement se glissait sous les hauberts et entre les mailles des soldats, épris d’une bizarre folie qui les faisait se tortiller en tous sens. Le froid était comme une armée de fourmis qui venait recouvrir la colonne rutilante qui avançait vers Sainte Berthilde. Quelques hommes étaient montés, les deux seigneurs et leurs gardes respectives ainsi que quelques autres chevaliers et seigneurs de moindre importance qui avaient rejoint l’ost mouvant. Les bannières flottaient assez pour que l’on put distinguer leurs meubles et émaux quoiqu’elles ne fussent point fières mais bien humbles. Le Baron n’avait rien partagé de ses pressentiments et s’était contenté de sonder les cœurs alentour et de tenter d’en connaître plus au sujet de la dame de Sainte Berthilde, que bien des hommes semblaient vouloir morte ; volonté qui s’effritait au moindre questionnement et s’effondrait à la moindre réponse. Les pauvres hommes avaient dans leurs lames laissé tout leur talent et leurs esprits sans doute avaient été écrasés sous le poids de leurs cabassets. Toutefois il en était qui avaient la langue fort pendue et il s’avérait que la corde qui les serrait transpirait de rumeurs intéressantes tant et si bien que le Baron les voulut toutes connaître et envoya un de ses hommes les recueillir, en prenant soin de remplacer ses lames par quelques flasques de tafia. Ce ne fut que le lendemain, après que les feux des camps se soient étouffés et que les quelques panaches de fumées se soient dissipés que le Baron vit retourner son envoyé, les mains vides, la tete pleine. Autour du feu, l’on s’affaira à dénouer le nœud des pendus et l’on huila leurs langues de liqueur sucrée tant et si bien que le Baron passa la journée suivante à rédiger vingt et quatre cédules au sujet de la jeune femme qui tenait les murs de Sainte Berthilde.

    Les canopées ne sont pas lisses.
    Non loin de Sainte Berthilde, les tentes s’élevaient par dizaines entre les rangées de piques flambées et de maigres palissades. Entre les chateaux de chanvre, de coton et de laine, les allées boueuses étaient labourées par l’incessant mouvement des troupes. Soldats, sémaphores, cavaliers et pages couraient en tous sens : les uns quittaient un château pour rejoindre les autres, portaient ça-et-là des flasques entières de vin, les allaient remplir pour les pouvoir mieux vider ; d’autres paradaient en armure reluisante, à dos de destriers si détendus qu’ils en venaient à fertiliser les champs que les soldats avaient asséchés ; d’autres encore se plaisaient à préparer leurs lames pour la bataille qu’ils pensaient imminentes. Combien de bannières flottaient sous le flot céruléen des cieux ? Cléophas compta cent émaux et près d’autant de meubles différents ; sans compter les siens et ceux de la légion qu’il devançait. Pourtant, lorsque l’on vit arriver les bannières d’Olyssea et de Merval sur le camp, les fiers chevaliers courbaient une raide échine devant les plus hauts seigneurs et leurs triangles de sinople, de pourpre, de gueules et d’argent paraissaient tristes et mornes devant les grandes bannières baronniales. Le griffon doré tronait sur le plus haut des mats et scrutait la muraille grisatre qui brisait l’horizon multicolore. Lorsque tomba la première nuit, le camp parut etre le reflet de la voute céleste, les feux en tous genres étant comme autant d’étoiles qui venaient percer l’immensité de ces planètes teintées. Là, derrière les rideaux de toile, se melaient les ombres immobiles des seigneurs morts à celles de roitelets plus animés qui, coupe à la main, criaient à la mort de la « pucelle ». Ce n’est pas tant que l’on la pensait vierge, toutefois une demoiselle effrayait moins qu’une dame d’obsidienne ; et pretait à des promesses plus alléchantes. Le Baron de Merval pensait que les promesses étaient l’apanage des hommes de basse naissance, pour ce que ces vœux étaient souvent si beaux qu’ils ne les comptaient réaliser. Les bannières dans la nuit ne flottaient plus pour ce que le vent s’était tut et leurs figures, leurs meubles et leurs chefs s’étaient transformés en un tapis de sable sous la lumière du frele-astre et les mats et les lances hérissées formaient une dense foret d’argent, les arbres morts s’habillant de leurs sombres lianes ; et au cœur de ce labyrinthe était un massif boisé plus haut que le reste, fait de quatre nobles essences.

    Une langue doit parler pour mille esprits.
    Le matin fut rude et un page vint quérir le seigneur de Merval au nom du sieur de la Rochepont, maitre de ce camp. Au levant, l’astre flamboyant se montrait à peine tandis que le ponant était encore plongé dans une obscure nuit. Le ciel se teintait d’orange et de mauve et de différents camaieux de bleu tandis qu’une brume opaque couvrait le camp qui paraissait en ce matin abriter mille fantomes. L’herbe était encore couverte d’un fin manteau de givre et les mats de rosée et le Baron sentit un frisson envelopper ses os. D’un ton aussi froid que son souffle, le Baron manda un page, ses pourpoints et une coupe de vin bouilli afin qu’il se réveille et puisse affronter à pareille heure les discussions de guerre qui allaient se dérouler sous le couvert d’une tente parmi les autres. Il ne fallut au Baron que quelques dizaines de minutes pour s’appreter et d’un pas décidé, il alla rejoindre le conseil. Alors qu’on referma derrière lui les pans de tissu, il scruta l’assemblée de belligérants. Le Baron reconnut la dame Clélia, aussi belle que toujours et d’une toilette délicate ainsi que son époux, le sieur de la Rochepont, encore dans ses années de vigueur et paraissant superbe sous sa cuirasse d’acier ; en retrait était le dénommé Kerthan, dont le Baron n’avait eu peu de cas, la face bleme et la voix éteinte ; et sur les autres sièges et fauteuils il reconnut différents seigneurs et roitelets dont le mot n’avait pas tant de grande importance mais dont l’absence aurait été mal perçue. Cléophas avait préféré oter son armure et se parer d’un pourpoint de soie noire rehaussé d’arabesques de fil d’or, sur son torse étant brodé le griffon de Merval. Le reste de son habit était du meme acabit et dessus le tout, le Baron avait revetu une chlamyde cinabre, retenue son épaule gauche par une fibule précieuse, d’or et d’agates imitant la plume d’un paon. Le Baron s’inclina devant chacun des seigneurs et reçut pareilles révérences quoique plus retenues avant que de rejoindre son siège ouvragé. Le Seigneur de la Rochepont paraissait inquiété et l’objet de son souci fut vite révélé au conclave. Durant tout le temps que parla Anséric, Cléophas pensait et répétait sans cesse les mots de la marquise, sans quitter des yeux l’effacé Vosker. Le Baron ne preta d’attention au bouffon qui fit irruption dans la tente et trouva seule distraction dans la coupe de vin que l’on lui tendit ; une liqueur de Hautval des plus dosées qui n’était pas tant du gout de Cléophas, cependant l’occasion n’était pas à l’exigence. Quand le monde finit par se taire et que l’on ne trouva de réponse aux brèves paroles du sieur Kerthan, le Baron de Merval déposa sa coupe et resta cauteleux.

    « Le sieur de Laraus parle avec sagesse. Nous n’avons point là quelque vulgaire clabaudeuse j’en ai grand crainte et cette marquise semble avoir de grandes ambitions. Tant de constantes qui rendent plus ardue votre entreprise déjà lourde de plusieurs fardeaux et notre ciel irait s’emboucanant n’était la volonté de la damoiselle. L’enfant est d’une rare méfiance et la vouloir engeigner nous serait leurrer. Un couvent ne suffira pas à calmer les ardeurs de la marquise j’en ai peur et cette option ne saurait que l’exciter plus encore ; bien que l’on la lui puisse proposer sans grands risques.Néanmoins j’entends vos demandes et je vois des mots d’icelle qu’elle n’est pas à souhaiter l’éversion de sa propre Cité ; ce qui me force à penser qu’elle tentera son possible pour garder ses ouailles intègres. Je vous prie, ne nous laissons pas aller à quelques foucades ; cela serait fort de funestes conséquences : onques n’a-t-on vu de siège se bien dérouler, moins encore en de pareilles circonstances. Messieurs, je reviens du pays d’Erac et je vous puis assurer que le trouble y est grand et que les armées s’y massent. Seigneur Anséric, si la marquise vous pense digne de régner sur Sainte Berthilde, saisissez sa perche et usez-la pour frapper votre cible. Quant à son offense, je la pense plus maladroite que volontairement contumélieuse : l’enfant manque tant de fierté et voit tant d’hommes sous ses murs amassés que sans doute son esprit fit se choquer trop de termes ; ne lui imputons point son inconscience. Messieurs, je porte les bannières de mes terres en celles qui sont encore siennes et j’ose croire que nul n’a de ressentiment envers le griffon de Merval. Laissez-moi lui porter vos termes et je vous porterai les siens afin qu’un accord soit scellé. Mes pérégrinations anciennes me permirent de sonder les ambitions et ma neutralité, j’ose le penser, sera utile à la résolution de ce conflit dont nul ne souffre, fors le royaume ; et le royaume mérite mieux que le sang de ses enfants. »
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Clélia d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Mer 30 Mai 2012 - 8:40

    La robe émeraude ceignait sa poitrine, soulignant davantage encore le ventre rond et fécond de la Baronne, qui considérait toute l’assemblée d’un œil aussi obscur qu’à l’accoutumée. Silencieuse jusque là, arrivée avec toute l’élégance et la sobriété dont elle avait toujours su faire preuve aux moments opportuns, la jeune femme qui portait à nouveau la vie en elle – un futur enfant qui réchauffait les cœurs des partisans olysséens les plus fervents de la Louve – se tenait aux côtés de son époux, l’esprit en ébullition, et le cœur en proie à bien des circonvolutions.

    Ce furent les paroles de Vosker qui lui arrachèrent la première expression, un pli froissant ses lèvres carmines et ses sourcils se fronçant imperceptiblement. Ces mots et cette tournure, s’ils étaient emprunts de maladresse, respiraient d’une lâcheté fuyante, qui hérissait les pensées vives de la baronne. Face à l’agitation que de tels propos à l’intention à peine voilée allaient soulever, la jeune femme saisit les prunelles hésitantes de Vosker pour lui poser la question qui brûlait les lèvres de l’assistance.

    « Auriez-vous peur ? »

    Quelques murmures goguenards secouèrent l’assemblée, certains hommes s’intéressant déjà alors à ce que cette pique sous-jacente allait engendrer. Le silence ne fut pas rétabli, bien au contraire, la baronne ne laissant pas le répit nécessaire à une réponse.

    « Croyez bien que je ne voudrais point vous offenser, Messer Vosker ; mon mari a cru bon de placer sa confiance en vous, il a ses raisons. Mais comment un seigneur comme vous a-t-il dirigé Laraus ? En tenant ses promesses ou en affrontant les incertitudes ... ou en ployant l’échine devant l’imprévu le plus minime ? »

    Les paroles n’avaient rien de moqueuses ou de taquines ; elles étaient on ne peut plus graves et sérieuses. Car si le seigneur de Laraus craignait la défaite, il aurait bien davantage à craindre de ce qu’une trahison pouvait bien engendrer pour lui. Peut-être était-il judicieux de rappeler à tous que leur présence et leur serment avaient une valeur bien plus lourde que ce qu’ils pouvaient penser.

    « Ma cousine n’est point sotte, et sera sûrement encline à une négociation des plus pacifiques ; j’ose espérer qu’elle agira comme la marquise qu’elle tient à vouloir être. Comme vous le dites si bien, Messer d’Angleroy, elle ne tient pas plus que quiconque ici à voir quelque sang d’innocent couler. »

    Son regard s’était alors tourné vers le mervallois, qu’elle enserra d’un regard autrement plus pensif. Elle éprouvait, malgré le respect et l’admiration que l’homme de lettres lui avait à maintes reprises évoqués, une méfiance naturelle et teintée de prudence envers le volontarisme du mervallois, qui se lançait, bravache, à leur secours, vantant objectivisme et sûreté. Seul les Dieux savaient ce que valait réellement l’impartialité dans les jeux hasardeux de la politique. Aussi ne savait-elle quoi penser de sa dévotion toute neuve, et choisit-elle d'aborder une issue différente, encore inenvisagée par les différents partis.

    « Un mariage serait une autre possibilité. Ma cousine ferait là une épouse plus que convenable pour Messer Vosker, et cette réjouissante nouvelle apaiserait les inquiétudes. »

    Le couvent ou les épousailles d’intérêt, le choix aurait été rapidement effectué pour toute femme de bon sens. Mais Clélia ne pouvait prédire ce qu’Arsinoé choisirait, et si elle accepterait seulement cette concession, qui n’était rien face à ce qu’une guerre déclencherait pour le peuple qu’elle voulait tant bien que mal protéger.
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Kerthan Vosker
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Mer 30 Mai 2012 - 9:23

Kerthan n'avait pas vraiment posé son regard sur Clélia qui ne l'avait pas vraiment retenu non plus. Elle était enceinte, la femme d'Anseric, et cousine de la Marquise Arsinoé. Rien qu'à ces paroles qui étaient contre lui même, il ne se sentit nullement offensé, mais respectait cette femme qui n'avait visiblement aucune marque d'effacement. Bien, une personne en plus avec qui il serait agréable de parler, ou même de combattre en débattant.

Peur ? Si cela ne tenez qu'à moi, je serais probablement en train d'essayer de grimper les murs pour aller parler et voir de mes propres yeux cette Marquise dont je n'ai eu aucune connaissance jusqu’ici, il y a peu. Je dirige Laraus simplement parce que les gens ont cru en moi, je ne suis pas le plus parfait, je n'en aurais jamais la conviction et la folie de vouloir convaincre quelqu'un de cela.

Kerthan retourna s’asseoir sur la chaise qu'il avait occupé jusqu'à présent, parler debout ne le mettait jamais de très bonne humeur, car il avait l'impression qu'en étant debout, il devait s'obliger a faire une action.

Vos intrigues de pouvoir, je vous le dit a tous franchement, ne m'intéresse pas le moins du monde. Je ne cherche pas le pouvoir, je ne cherche que la sécurité des environs.. Et de toute façon, si on ne prend pas les armes avant ses ennemis, ils les prendront a nos places et s'occuperont de nos familles.

Il laissa glisser un regard vers Clélia sans aucune attaque envers elle, mais faisait simplement comprendre son point de vue.

Je souhaite sincèrement de ne pas avoir a sortir mon épée face a des gens de la même terre que moi, et même de la même race. Mais nous ne pouvons pas être coulant avec tous. Cette marquise, du nom d'Arsinoé, si j'ai bien saisit, préfère qu'Anseric devienne le compte directement. Prenez un point de recul sur ma position. Depuis que je suis devenu seigneur, ma ville n'a donner que peu d'importance a qui que ce soit, et ce n'est pas comme si il y en avait eu une vraiment, ce que je comprend. Je sais que si une des deux forces est plus forte que l'autre, je préfère aller du coter du plus fort pour tenter d'assurer une effet sur le mental du parti adverse plus faible. Qui pourrait m'en blâmer ? Je cherche simplement a ce que votre conflit cesse au plus vite. si je peux m'assurer moi même qu'il n'y aura aucun débordement sur les terres autours, j'en serais heureux d'avoir plus de responsabilité.

Il marqua une pose, parlant d'une traite rapide et en se tournant un peu les pouces. C'était une attitude vraiment non chalante que voila, pouvant agacer certaine personne.

Je ne connais personnes, ici. Personne. Et Personne de ne me connait a part Anseric, qui ne m'as parler qu'un peu. Ne m'en voulait pas si vous découvrez que je ne correspond pas a ce que vous attendiez.
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Hans
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Jeu 31 Mai 2012 - 21:46

"Ouy-da ; je saurais m'en souvenir.", répondit à cela le comte, s'étant tenu coi le long de l'échange. Il restait perplexe, face à des personnes dont les paroles révélaient fortement la nature. Anseric, qui malgré sa retorserie naturelle, n'était d'une ingéniosité démoniaque, réagit instinctivement aux déclarations de Vosker - c'est à dire avec colère. L'intervention de sa mie, en exutoire à cette ire, désamorça avec une froideur toute féminine le feu que couvait son époux. Mais, par les dieux! il s'en retrouvait ainsi en imposte. Si à l’accoutumée, l'Alcide usait de sa hargne comme d'une pirouette, ses sautes d'humeur venant au secours de sa rhétorique lorsqu'elle se trouvait défaillante, il s'en était vu à ce moment délesté. Aussi c'était il contenté de cette phrase laconique, achevant de plonger l'assistance dans un silence grave.

Si la défection de Kerthan lui avait semblé inquiétante, Anseric s'était découvert avec surprise une accroche dans la personne du baron de Merval, qu'il jusque là s'était vu reléguer dans son esprit au rang de poudré langecin, de jean-foutre, d'homme venant goûter ici d'une guerre qu'il n'aurait pas là bas. Le verbiage habile du suderon avait fait mouche, notre héros se laissant charmer par la tirade aux accents chantants ; à n'en pas douter, la cousine revêche serait elle aussi charmée par ces rossignol là. "Parbleu, ce sont les Cinq eux même qui m'ont mis sur les bras un plénipotentiaire de cette trempe-ci!" se dit il, alors qu'il faisait mander en hurlant son clerc, aux appels de "Bouvilles, Bouvilles!". Celui-ci arrivé, ses bras tombant encombrés de vélins et de cire, le comte entreprit de rédiger lui même sa lettre. L'écriture était malheureuse, tout au moins pouvait-on en lire la sémantique, à défaut de s'en flatter l'oeil. Elle contenait à peu près ceci :

Citation :
À Arsinoé, des maisons d'Olysséa et de Sainte-Berthilde

Il me plait, eut égard aux dieux et à la parenté qui nous unit, de vous accorder entretient, bien que vous ne fussiez en mesure de l'exiger. La providence a mis sur notre chemin un homme grandement probe pour nous amener à raison, aussi ma voix passera par cette personne, le baron de Merval.

Ainsi en ai-je décidé, moi Anseric, de la maison de Rochepont, comte d'Arétria et baron d'Olysséa.

Remettant le papier au brave Hugues, dont le visage crispé témoignait de la douleur ressentie à l'idée de transmettre une lettre si ignoblement rédigée, Anseric confia à l'homme son petit sceau, qu'il portait usuellement sur lui.

"Le seigneur de Merval m'a convaincu du bien fondé de pourparlers, aussi laisse à son instigateur la menée de cette entreprise. Vous aurez, baron, la noble tâche de transmettre mes exigence à dame Arsinoé. Je ne lui demande que bien peu : qu'elle délaisse toute prétention à recevoir mon hommage, quitte la cité et nous rejoigne, auquel cas je lui promet la vie sauve, une place d'honneur à notre cour, et l'assurance d'un mariage équitable à l'avenir. Voila qui est dit, et nous allons hâtez nos préparatifs, si le malheur voulut que vous ne revinssiez pas, ou porteur d'une mauvaise réponse. Allez, l'audience est levée!"

Alors qu'il quittait la tente, notre héros fut abordé par son âme damnée, Rémy, que l'on connaissait sous le surnom du Haudoin. Le ladre, toujours renardant, n'avait pas hésiter à profiter de la séance, suivant celle-ci à la faveur d'un trou dans la tenture. "Sire, dit il sans ambages, ce diable de suderon vous a bien possédé!
-Et comment ce fais-ce ?
-Mais chiabrena, ignorez vous qu'il fut premier parmi les hâtifs à venir ployer l'échine devant cette fripouille de bâtard ancenois qui nous sert de régent ?
-Que les démons l'emportent !"

Chutant de sa superbe félicité, Anseric regretta amèrement son choix trop hâtif. Séduit par la rhétorique toute langecine de Cléophas, qu'avait décortiqué l'esprit vif du Haudoin, le comte venait de faire là le faux pas qui lui couterait à coup sûr la guerre ; diables, il n'avait pas moins qu'introduit chez son ennemie le suppôt de sa Némésis. Conscient du danger impérieux que cela impliquait, notre héros s'empressa de communiquer à sa créature les dispositions qu'il lui réservait. Aussi, lorsque le baron quitterait le camp, il serait accompagné de Rémy, qui, sous les habits d'un héraut arétan, pourrait s'assurer de la justesse du plénipotentiaire. "Eh parbleu, si cette gouape se fait idée de te mettre à l'écart, elle ignore encore qui est mon Haudoin!"
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Cléophas d'Angleroy
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Jeu 31 Mai 2012 - 23:56

    Le silence est le plus éloquent des rhéteurs.
    Sous les toiles, l’on s’étonnait de ce que le sieur de Laraus parût couard. Les regards noircis par la méprise venaient transpercer son cœur et sonder son âme et la noirceur de ces lances n’était que sublimée par le froid éclat des mots qui l’accompagnait. Le roitelet, propulsé dans un conflit qui semblait le submerger de toutes parts, était désemparé devant les accusations et d’une voix qui parut frêle et peu teintée d’assurance, il tenta de prendre défense et de justifier de ses bonnes mœurs. Cléophas se contenta de boire un peu de vin, qu’il fit mander d’un discret signe de la main et, retiré dans son fauteuil, il observait la joute qui se déroulait ; mais ne dit mot. La plaidoirie parut bien maigre et ne fut appuyée par quiconque sinon le sieur de Laraus lui-même, ce qui fut d’une tristesse accablante. Lorsqu’enfin vint l’accalmie, le Seigneur de la Rochepont se décida à prendre voix et à trancher d’une lame aiguisée le débat qui devant lui se déroulait jusqu’alors, quand enfin il fut décidé que le Baron irait porter la parole de paix à la Marquise, qui n’était point déchue de ses titres. A cette annonce, le regard de Cléophas croisa celui de la Dame d’Olyssea et devant son sourcil légèrement froncé, le Baron resta de marbre et se leva sans mot dire afin de regagner sa tente, non sans avoir incliné auparavant la tête devant la présente assemblée. Qu’allait-il dire de plus que ce qui n’avait pas déjà été dit ? Nulle réponse n’était nécessaire. Pourtant, Cléophas se vit alourdi d’un des hommes de la Rochepont et ses yeux reflétaient tant le mépris que la méfiance ce qui ne put que faire sourire le Baron, qui en profita pour se saisir du parchemin cacheté avant de retourner dans sa tente ; le tout dans le plus cérémonieux des silences. Le spectre empourpré traversant les allées labyrinthiques d’émeraude et d’argent semblait être l’œil d’un ouragan et autour d’elle n’était que le tumulte et le chaos de la guerre et derrière lui suivait le pauvre homme dont le nom était apparemment Haudoin. Las d’être suivi par une infamie des moins obligeantes, le Baron stoppa sa marche et brusquement se retourna, arborant ce sourire mystérieux brouillant ses plus profondes pensées ; puis il lui fit remarquer qu’il avait prit pour épouse l’alacrité avant que de partir, plus souriant encore et de s’enfoncer dans la rougeâtre antre qu’était sa tente.

    Les prés du Sud furent tous d’amarante.
    Mille poignards s’étaient hérissés soudainement contre lui et tranchant la fine étoffe qui le séparait du champ d’acier, vinrent le transpercer en autant de trous. Bien vite, la terre but à discrétion le vin qui s’épanchait sur elle et le tapis de sinople prestement s’enflamma de gueules. Alors qu’une pluie d’adamante vint rincer le blême visage du Baron, il fit d’un sourire un ahan et finit par laisser sa dépouille aux cieux. Pourtant, lorsqu’il rouvrit son œil, ce dernier n’était plus rougeoyant et il esquissa un sourire aussi aisément que l’on tranche une gorge. Son teint était toujours aussi hâlé, sa cuirasse toujours aussi polie et les toiles de sa tente toujours aussi maillées. Les songes n’étaient point ses alliés et en bien des occasions lui firent redouter le pis ; pour autant il finissait par se réveiller dans ses palais. Cléophas savait qu’il n’était pas bon d’ainsi craindre sans raison et se rappela du destin de Clavel IX. La légende racontait que le prince pharétan Clavel, neuvième de son nom et descendant de Clavel Ier, fondateur de Merval, avait réussi à conquérir les terres qui séparaient le sud de la Mer Olienne du golfe septentrional. Couvert de lauriers et de mille couronnes, l’homme n’avait pu profiter de l’aménité de son nouvel empire que déjà il se voyait chuter de son char. Il s’avéra que le prince était un fol et il se terra dans la tour de Clavel et en fit fermer tous les accès avant que d’ordonner l’exécution de tous les châtelains des terres nouvelles. Le triste Prince, comme on l’appela, fut tant effrayé d’être assassiné qu’il refusât toute nourriture et toute boisson tant et si bien qu’il devint un cadavre reclus dans ses appartements. Les chroniqueurs disent que sa peau était lactescente, que ses cheveux d’un auburn flamboyant avaient fini par tapisser le granite du sol et que ses dents, comme les gouttelettes qui coulent d’une stalactite, quittèrent son corps pour rejoindre le brasier qu’il avait crée. Lorsque l’on compta cinq processions dans le temple et autant de carillons sonner dans la Cité, les gardes décidèrent de briser la porte qu’il avait barricadée et furent confrontés à l’horreur de la folie. Le prince défunt gisait sur son lit, dans le sang et autres humeurs, l’œil vitreux et la bouche grande ouverte ; la peau putrescente et les lèvres meurtries ; une fiole de poison à la main. L’on raconte qu’il fut si terrifié à l’idée de se voir tué par une main amicale qu’il se préférât ôter la vie, après une terrible agonie. A ce simple souvenir, Cléophas se ravisa et manda un page qui lui apportait un pichet d’hydromel moelleux, qu’il but dans sa presque entièreté. Réajustant sa cuirasse et ses étoffes, le Baron sortit de la tente entouré d’une dizaine de membres de sa garde et du fameux Haudoin.

    La paix est un don régal.
    Douze hommes à cheval faisaient route vers la forteresse qu’était Sainte Berthilde, vers ses murailles et ses tours, ses toits pentus et ses courtines crénelées. Vers son donjon. Vers sa marquise. Par ordre du Baron lui-même, la seule bannière qui fut hissée fut celle des hommes de paix : le tissu était tout de soie d’argent et en ses coins brodé d’oraines arabesques. Montée sur une hampe polie, l’étendard ne portait aucunes armes, aucune figure ; rien moins que la blanche quiétude et sa couronne d’or. Le griffon mervalois restait cependant gravé dans les cuirasses des gardes et l’Haudoin avait sur son pourpoint et ses manches les armes de son suzerain –tandis que sur son visage il arborait son doute. Lorsque l’assemblée se présenta aux portes de la Cité, portant la blanche bannière des ambassadeurs, l’on la laissa passer non sans confisquer les épées protégeaient la taille des hommes d’armes. D’un trot décidé, le Baron de Merval alla jusqu’au château, où demeurait la Marquise qui devait sans doute aucun l’attendre dans la cour comme la dame d’obsidienne l’avait attendu il y a dis. Jaçoit que le contexte fut celui de la guerre, Cléophas rencontra une femme des plus avenantes au regard et n’arborant aucune froideur outre celle qui fut circonstancielle.

    « Pardonnez-moi pour cette vive algarade, jaçoit que les temps en fussent la raison. Mes étendards sont ceux que portent les Dieux et c’est l’unique bannière qui régit toutes les autres. Ma Dame, je viens pour vous porter la parole du Seigneur Anseric de la Rochepont et ici traiterai des termes de votre pacte. Je souffrirai d’un bagottier de la plus aporétique essence en état d’homme de plumes et d'ancre à mon navire. Point ne suis-je quelque ardélion et je ne ferai l’exercice d’aucun ambage. Grand temps que s’abeausissent les cieux, le Royaume est fébrile à l’idée d’être rincé du sang de ses fils. Je vous exposerais les termes du Seigneur de la Rochepont ; attendu que nous puissions trouver refuge sous quelque voûte avant que ne brunoient nos mailles. Souffrez, ma Dame, que je vous sois seul ambassadeur et souffrez que mes dons vous servent autant qu’ils servent ceux du Royaume, souffrez que je vous devienne héraut et que je sois libre de rallier votre château, souffrez que je ne veuille vous couronner de blandices ; souffrez enfin, ma Dame, que je trouve votre âme destinataire de mes hommages. »

    Cléophas d’Angleroy, Baron de Merval avait entre ses mains le parchemin scellé du Seigneur de la Rochepont ; et sous icelui, enveloppé d’un tissu éthéré, le destin de Sainte Berthilde et des osts arétans.
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Dim 3 Juin 2012 - 22:41

Le silence de la salle n'était brisé que par le tapotement d'une plume contre la table de chêne massif. Un bruit irrégulier qui trahissait la frustration de la marquise, narguée par le parchemin vide, à par pour le titre de son destinataire le sieur Martin d'Adhémar, devant-elle. Les lettres qu'elle avait rédigé dans la matinée à l'adresse de Godfroy et du seigneur de Kelbourg avaient été ardus, chaque mot ayant du être considéré longuement, mais celle-ci était de loin la pire, pour la simple raison qu'elle savait au fond d'elle que l'homme que l'on surnommait « le chauve » n'interviendrait pas. D'un age avec son oncle, le feu marquis Anoxar, elle ne l'avait rencontré qu'une poignée de fois dans sa jeunesse, et le flou souvenir qu'elle en gardait ne présageait rien de bon. Un homme courtois, mais froid, qui avait longtemps tenté de marier son fils aîné à Emma, sans succès.
Elle se leva enfin, ramassant délicatement les deux lettres achevées, ainsi que celles d'Aetius et de Grégoire d'Odélian. Après tout, avait-elle réellement besoin de l'aide douteuse du vieillard de l'autre coté du lac, alors qu'elle détenait des gages de trois des grands du royaume ? Elle fit alors appeler son intendant, un homme sec qui semblait être devenue un grand ami d'Adelin. Lorsqu'il fit son apparition, ce qui pris moins de temps qu'à l'accoutumé, elle lui somma d'une voie fatiguée de faire porter au colombier les lettres, précisant que celle destinée à Godfroy serait accompagnée de la missive du Comte d'Odélian, et l'autre de celle du régent. C'était en effet son espoir qu'ils aient jusqu’alors décidé de resté en retrait à cause de l'apparent déséquilibre du rapport de forces. Alors qu'elle se retournait, se préparant à l'idée d'une autre soirée triste dans ses grands appartements vide - elle avait renvoyé la majorité de ses dames d’honneurs - l'intendant lui fit apprendre que l'Arétan avait enfin daigné répondre à son ouverture. Un groupe d'homme s'était présenté aux portes de la cité, sous le couvert de la bannière de la paix.



Le temps, qui correspondait à l'humeur de la marquise, avait transformé la large étendue de la cour où son oncle entraînait à longueur de journée de nouvelles recrues en un véritable marécage. Ce fut donc en haut des marches menant aux grand hall qu'Arsinoé, flanquée d'Adelin et de l'Intendant, reçu les émissaires d'Anseric et Clélia. Étrangement, ils arboraient tous le griffon de Merval, à l’exception d'un homme, quelque peu en retrait, qui semblait être le véritable héraut d'Arétria. Celui en tête descendit de sa monture, et se présentât comme le Baron de Merval. Un bel homme, ses cheveux blonds ruisselant d'eau de pluie, il fit vœu d'intentions trop pures pour être vraies, et se proposa presque de résoudre le conflit à lui seul. A quel jeu Anseric jouait-il, envoyant parler en son nom un seigneur aucunement concerné alors que son propre homme restait coi?

« Je craint qu'il y ait bien longtemps que ma demeure n'ait accueillis d’hôte de votre rang, ce sera un honneur de vous recevoir sous mon toit, vous et vos compagnons bien entendu. Je ne puis cependant dissimuler ma déception, en apprenant qu'il me faudra encore patienter avant de revoir ma cousine et son brave comte. Il est bon de savoir que ce dernier désire trouver terrain d'entente, et c'est fébrilement que j'attends de pouvoir m'entretenir avec vous en toute discrétion, avec l'assurance que vos paroles seront aussi nobles que votre apparence. Je patienterais cependant, mon intendant vous guidera d'abord jusqu'à vos quartiers, ou vous pourrez vous remettre de votre trajet, jusqu'au couché du soleil ou je vous attendrais dans mes appartements afin de souper et de discuter en paix. »


******


Assise en bout de table, les trois plats disposés devant elle, ainsi que les deux chaises encore vide à ses cotés, Arsinoé observait la grande fresque qui recouvrait la partie opposée de la petite salle. Encore et à jamais inachevée, ce n'était qu'une autre preuve du mauvais goût du Kar'halan qui avait pour un temps investis ces chambres, bien que plus difficile à oublier que les autres. Soupirant, elle recentra sa pensée sur ce qui importait, elle avait bon espoir que l’Hérault Arétan, qui n'avait émit une parole depuis son arrivé, n'aurait pas l'audace de la prendre au mot et de s'inviter dans ses appartements, la laissant ainsi discuter en toute confidence avec ce baron de Merval qui avait piqué son intérêt. Soudain, la porte s'ouvrit...



Dernière édition par Arsinoé d'Olyssea le Sam 20 Oct 2012 - 9:07, édité 10 fois
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Kerthan Vosker
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Lun 4 Juin 2012 - 5:08

Cette première réunion était loin d'être satisfaisante pour Kerthan. Il sortit très vite et partit a part, vers ses hommes qui s'étaient mit plutôt a l'écart. Ce n'était pas un manque de confiance, ou quoi que ce soit. Mais il y avait trop de monde pour ces personnes habitués a la même quantité mais dans une ville et pas toute d'un coup sur une plaine en face d'une ville comme Sainte Berthilde.

Kerthan s'était déjà rendu plusieurs fois dans cette ville, dernièrement surtout pour se procurer une nouvelle armure. Mais cela n'était qu'un détail, car il n'était pas le moins du monde tranquille après que ce dénommé Cléophas était parti voir la Marquise. Il était Neutre. On ne savait rien de lui et de ces intentions a vrai dire, selon le seigneur de Laraus. Il n'avait aucune confiance a lui accordé, il ne le connaissait pas. Déjà que pour Anseric, cela relevait de l'improbable de l'avoir suivit jusqu'ici pour permettre une lutte du pouvoir. Tout ceci lui tombait sur l'esprit et le rendait quelque peu maussade.

Maintenant que le messager était parti vers la marquise, notre bon petit bonhomme eut l'idée exemplaire et complètement.. Bête peut être ?; de se rendre aux portes de la ville a son tour en portant la couleur de la paix décrit comme un.. Un quoi déjà ? Ah, oui : "Un tissu tout de soie d’argent et en ses coins brodé d’oraines arabesques." Cette phrase sonnaient vraiment bizarre pour Kerthan mais il fit avec et attendit de lui même qu'on le laisse entrer. Il expliqua qu'il n'était qu'une simple soldats en retard de la petite délégation qui était venue auparavant. Cléophas le reconnaîtrait sûrement et c'est cela qui l'arrangeait pour enfin découvrir qui était Arsinoé de Sainte Berthilde.

Tout les hommes de Laraus se confondaient presque avec leur seigneur, il ne fallut que quelques instants pour Kerthan d'échanger son armure avec celle d'un de ses lieutenants de confiance. Il lui avait dit de rester dans le camps, de ne rien faire et d'attendre. De répondre honnêtement si jamais Anseric venait en personne, mais resterait muet comme une tombe pour les autres qui le questionneraient. Cela était valable pour chacun des hommes qui étaient venus eux aussi.

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Agrippa Luskendale
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Mar 5 Juin 2012 - 18:38

Le Borgniat quitta la tente avec un rictus méprisant en travers de sa vilaine face jaunâtre. Quelle coquefredouille que ce colosse d'Arétria : les douces paroles du suderon empêtré dans ses soies avaient mis en émoi le comte. Baste ! Sans ces retards, l'ost pourrait déjà jeter se lancer dans quelques échelades contre les murs de la bastide Sainte-Berthilde ! On pourrait tester la volonté des défenseurs à protéger la fraîche marquise, et vriller à la pique les meurtrières pour faire goûter l'acier bredanien aux gens de traits. Agrippa ruminait ces pensées en marmonnant entre ses chicots jaunis. Il monta sur son destrier aidé par son écuyer avant de partir au trot vers la Porte du Levant, où se trouvait son campement et la section du mur confiée largement bredaniens. Deux cents piquiers s'y trouvait, appuyé par quelques hallebardiers de Kahark et archers de la baronne. Hercule Petitjonc, son premier capitaine, vit arriver son seigneur, reconnaissant la silhouette tassée et décharnée du Borgniat. Lorsqu'il put enfin distinguer son visage, le capitaine se doutait bien qu'Agrippa était d'une humeur encore plus noire que d'habitude :

« - Sire, donnons nous l'assaut ?
, tenta t-il prudemment
-Non point ! On parlemente ! », ricana Agrippa en le dépassant rapidement pour aller sous sa tente personnelle.

Le capitaine lui emboita le pas, restant coi. Les Cinq savaient de quelles colères noires était capable le Borgniat. Son œil fou tressautait violemment, signe d'une nervosité aigüe. Le seigneur de Breda se servit une coupe de vin qu'il avala d'un trait, avant de se resservir de nouveau. Il s'affala sur un tabouret avant de fixer Hercule de son œil valide :

« - Entre ce marmouset bâtard de Laraus et ce bougre de suderon enfariné, nous voilà bien loti. Ça n'est plus la guerre, mais la cour des Miracles de Diantra. Par les Cinq enfers, c'est que je ne paye pas mes piques pour cela ! »

Il cracha de dépit au sol. Dans un conte pour enfants, le glaviot aurait rongé la pierre sur lequel il était tombé. Agrippa resta un instant l'oeil dans le vide. Il se redressa violemment telle une vipère, sortant en trombe de la tente.

« -Ne perdons pas de temps mon bon Hercule. Que les piquiers gardent la pique debout, si le doux Arétrian revient à la raison, nous n'aurons pas gâché notre temps. Dans l'autre cas, vous pouvez déjà avancer le prix des putains pour ce soir. »


Ainsi, alors que Cléophas s'apprêtait à rencontrer la marquise, les piquiers bredaniens restaient en ordre de bataille, la pique au poing. Les archers avançaient leurs pavois tandis que les hallebardiers se mêlaient à leurs confrères de Breda. Les quelques balistes allouées à Agrippa effectuaient leurs derniers réglages pour viser les tours et les murailles. Tout ce beau monde prenait sa place sous les hurlements des sergents, qui moulinaient de leurs belles espées de Kahark pour mettre de l'ordre dans les rangs des miliciens. Enfin, les charpentiers achevaient à la hâte les échelles destinées à l'assaut.

Le Borgniat caracolait devant ses troupes, surveillant d'un œil tatillon l'ordre de la ligne. Derrière lui, son écuyer portait la bannière de Breda, trois piques croisées sur champ sinople. Agrippa jetait des regards pleins d'appétit frustré vers la muraille de Sainte-Berthilde.

"-Négociations mon coquillard !"

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Cléophas d'Angleroy
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Sam 9 Juin 2012 - 1:13

Les combes ne se creusent pas d’une nuit.
Rares sont les heures où l’on parle sans se taire. Lorsqu’il arriva devant la Dame de Sainte Berthilde, le Baron était aussi flétrie qu’une figue trop longtemps restée sous la lueur orangée du bel Astre et ses boucles d’ordinaire rayonnantes n’étaient rien moins que de simples gouttières écartant de ses yeux l’eau salie qui tombait des cieux. La compagnie, quoique rutilante, n’en était pas moins impressionnante et sans doute icelle impression servit à faire acquiescer la marquise. Cléophas fut le premier de tous à pénétrer dans l’enceinte de granite et si le jour au dehors se faisait timide, seule la lueur tamisée de quelques chandelles éclairaient le passage dans les corridors du château, dont l’ombre faisait l’étroitesse. L’on avait conduit le Baron jusque ses appartements privés, qui ne le resteraient pour bien longtemps si les négociations se faisaient bonnes. La chambre était d’une martiale coquetterie, héritage des seigneurs précédents, mais il y avait tout le confort dont l’on pouvait désirer. Bien rapidement, alors que le Baron se défit de ses chausses détrempées et de son pourpoint troué de ces milliers de flèches qui étaient tombées sur eux ; l’on lui apporta de quoi réchauffer sa gorge et son ventre et les malles, croulant sous les poids de ses riches étoffes langecines, suivirent le page et son pichet de vin. Ce dernier était d’une étonnante amertume, qui ne plut guère au Baron, mais il faisait si froid dehors qu’il aurait pu boire une simple flasque d’eau chauffée. Décemment, il ne put blâmer la marquise pour la qualité de ses liqueurs, pour ce qu’un siège avait été levé et la route du Val était bloquée…la Dame d’obsidienne avait laissé dans l’esprit du Baron un fort souvenir, peu flatteur et il ne doutait pas que sa froideur avait gelé le commerce vers le Nord. Dans le château, seul le souffle du vent et le tintement de la pluie venaient aviver les couloirs, assombris par les lourds panaches grisâtres qui menaçaient l’ost alors qu’il avançait vers la cité. Sans doute cette partie de la forteresse fut-elle réservée aux dignitaires ou autres personnalités qui avaient, depuis la révolte des Barons, déserté la région comme la plèbe fuit la guerre. Décemment, il ne pouvait blâmer la marquise pour le silence des ses couloirs. ; d’autant qu’il vit en entrant une foule de pages et d’écuyers s’agiter autour des foyers et se perdre dans la profonde sombreur des escaliers. Cléophas avait vu cette forteresse depuis son cheval, perdu dans la colonne de mailles et de piques et d’une pareille distance, il lui parut simple en conception. S’il avait foulé la Péninsule, s’il s’était aventuré par delà la plaine d’Atral et s’il avait vu Ydril et Sybrondil et Hautval et Oësgard , jamais n’avait-il vraiment porté d’attention à la demeure des Sainte Berthilde. Or, les grands ingénieurs et maçons pourraient s’inspirer de ce donjon qui n’était autre chose qu’un véritable labyrinthe vertical, où d’étages en étages, l’on découvrait de mondes nouveaux et d’étranges passages. Le temps de l’émerveillement était pourtant bien court et lorsqu’il fut sec et qu’il se fut baigné dans une eau si chaude qu’il faillit perdre sa main en la posant sur le cuivre du bac ; lorsqu’il s’était parfumé d’essences de fleurs de son pays ; lorsque son visage fut radieux et que son teint paraissait chaud, enfin se décida-t-il à rejoindre le seigneur des lieux.

Pierre n’est rien devant folie.
Sorti de ses appartements, le Baron était tout vêtu d’éclat : son front était ceint d’une fine couronne d’or rose ciselée de toutes les fleurs qui poussent en Merval et sur l’avant était la tête d’un griffon, en or jaune et tenant en sa gueule un jais poli et ayant pour yeux deux diamants de la même teinte que la couronne. Jadis les princes de Merval la portaient de jour comme de nuit et l’on ne leur enlevait que lors de leur couronnement, de leurs batailles et de leur mort. Aujourd’hui certains trouvaient à cet usage une odeur passéiste mais le cercle de métal précieux était assez coûteux pour acheter une armada. Les boucles du Baron avaient retrouvé de leur éclat passé, bien que la faible lueur des torches ne leur fît honneur. Du reste, il avait décidé de se vêtir d’un grand brocart de velours écarlate laissant fleurir des centaines de daturas d’or et en son épaule droite, une lourde griffe du même métal tenait fermement un grand drap de soie grise et doublé de vair que le Baron tenait de la main gauche. Là, il était le Baron de Merval. Prudemment, il descendait les trentaines de marches lanières qui le séparaient de l’étage inférieur où déjà l’on sentait l’agitation propre aux sièges et aux batailles quand un souillon, couvert de boue et laissant apparaître bien légèrement sur son surcot les armes du château. L’enfant, pas plus âgé que ne devait l’être la duchesse de Langehack, avait apparemment passé son entière journée à nettoyer les caniveaux tant la puanteur qu’il exhalait était insupportable et rares étaient les vents à venir rafraîchir les minces couloirs de la forteresse. Passées les courtoisies, l’enfant annonça avec sa frayeur coincée dans la gorge, qu’un des membres de l’escorte baronniale était aux portes de la cité et reçut la rude réponse du Baron qui souhaitait avancer vers son objectif avant que d’être rattrapé par la voix tremblante du jeune homme, qui pressait avec insistance le Baron de venir le voir de par ses propres yeux. Le sourire de Cléophas aurait à ce moment effrayé des plus téméraires et l’enfant semblait loin d’en être un. D’un geste de la main il accompagna ses mots et dit au jeune homme que sa garde entière avait passé les portes et qu’il n’était point un homme à être moqué de la sorte ; avant que de continuer sa marche, sous l’œil stupidement accusateur de l’Haudoin. Le jeune homme mettait tant d’effets à son regard qu’il eût pu se reconvertir dans quelque troupe itinérante et tenter d’effrayer les convives qui l’entoureraient.

Les traités sont faits de lames et de bras spasmophiles.
C’est accompagné de son avocat qu’il passa les portes qui le séparaient de la marquise. Le Baron aurait préféré qu’il allât s’occuper de l’homme qui se prétendait être sous l’autorité de Merval, mais il sembla qu’il y fût réticent. En plus que d’être muet, le Haudoin était un homme d’une déplorable rigueur, tentant de se tenir plus droit que les arbres centenaires qui peuplent les futaies du Sud du Royaume, pensant que ce faisant il inspirera autant de terreur que les gardes en lourdes armures qui inlassablement font le tour des grands palais. Quoiqu’il pouvait être qualifié d’austère, le Baron avait trouvé là pis qu’il n’était et à cette pensée il regretta de ne pas avoir profité plus amplement de la putasserie qui encombrait les salles de son Palais avant sa venue. Fallait-il qu’il ressemblât à cette sentinelle de foin ? Devant lui, il vit la marquise et sa peau lactescente et ses yeux comme faits de bois de rose. Le souci s’était emparé de son visage et l’ennui semblait le vouloir dépasser quoique son regard rayonnât d’une sage lueur. Le Baron ne resta pas insensible au décolleté de la marquise, qui laissait paraître son cou et suggérait d’une ostentatoire façon les courbes de sa gorge et les vapeurs vineuses qui embuaient son esprit n’étaient pas la cause d’une telle vision. Par chance, elle fut assez loin pour ne pas remarquer où portait le regard de son invité et la seule traîtresse d’un malaise pareil fut sa mâchoire qui se crispa le temps d’un sourcillement. Levant le regard, il eut soin de contempler les quelques mets qu’avaient été laissés sur la table et il fut alléché d’apercevoir ce qui semblait être un faisan rôti et baignant dans un jus de sang, de noirvin et d’oignons brunis par le sucre. Il vit sur les autres plateaux une autre volaille, qui semblait plus sèche jusqu’à ce qu’il vit une noix s’échappant de son orifice défleuri. L’autre plateau enfin était empli de fruits secs et d’autres prunes d’or ou de sang couronnant ce qui semblait être une truite. Les mets étaient si appétissants que le Baron y aurait bien volontairement enfoui l’Haudoin, mais sans doute l’estomac vide de ce dernier aurait raison de son devoir. Cléophas ne porta aucune attention au maigre décor de la salle et s’avança radieux vers la marquise.

« Vous me verrez en lie, ma Dame, de savoir que je ne tiens pas là quelque libelle dressé contre votre personne. D’aucuns aux langues libertines me diraient longis et je ne pourrais les fustiger qu’à-demi ; de fait pardonnez cet ademis s’il vous fut fardeau, mes chairs et mes os étaient plus imprégnés d’eau que la terre hors vos murs et je craignais que mes esprits ne s’en fussent épris d’esvertin. Ces affaires sont passées maintenant mais je vous veux prévenir : ce n’est point une idylle que je tiens là et jaçoit que ses vers ne trahissent d’ire particulière, ils n’en sont pas plus doux. Le seigneur de la Rochepont tient pour termes les suivants : il souhaiterait que vous renonçassiez à tout serment de féauté de sa part et que vous rejoignissiez ses rangs incontinent ; vous promettant alors une heureuse union ainsi qu’une place honorable en son palais. Je fus envoyé devant vous comme ambassadeur de neutralité, n’ayant de part au conflit et n’ayant de subjectivité pouvant obstruer ma vision. Tristement, il fut de l’avis du seigneur de la Rochepont de m’aboutir de son serviteur dont je ne conteste l’honneur mais qui risque de tendre les négociations. J’entends par ailleurs que des troubles sont à votre porte et se réclament comme étant de mon sang ce que je ne puis que dédire. J’eusse envoyé ce Rémy s’enquérir de l’affaire n’était le fait qu’il m’ait été imposé…si toutefois vous souffririez qu’il aille calmer les vents qui soufflent à vos portes, les négociations n’en seraient que plus facilitées. Hélas ! Vous êtes seule maîtresse des lieux et ce n’est pas au lantiponnant que je suis à vous dicter sur la manière de régir votre demeure ».
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Lun 11 Juin 2012 - 9:56

C’était portant sur sa personne toute la richesse de Langehack que le baron se présenta à elle. Arsinoé resta assise alors qu’il se rapprochait lentement, son regard vif s’attardant sur sa personne et les mets encore chauds disposés sur la table. La porte aussitôt refermée ils étaient enfin seuls, avec le héraut d’Anseric qui semblait s’être entièrement effacé depuis lui avoir remise la missive du comte témoignant de la légitimité de la parole du Mervalois. Une fois les courtoisies échangés, et avant même avoir pris place, celui-ci s’élança dans la vif du sujet, dévoilant la proposition de l’Arétan. Le langecin prenait soin d’exprimer sa divergence d’opinion avec l’homme qu’il était censé représenter, et elle ne put qu’apercevoir le coup d’œil que le héraut jeta sur l’orateur qui l’insultait presque ouvertement. Elle jugea que les termes d’Anseric étaient aussi inacceptables que son entreprise semblait dénuée de légitimité. C’était cette dernière nouvelle qui lui semblait présenter le plus grand intérêt, ses vassaux ne pourraient rester passif sans voir leur honneur entaché si Anseric avait pour objectif de tenir otage leurs marquise et de soumettre directement Sainte Berthilde. Se réclinant dans son grand siège et faisant signe à ses hôtes de s’installer, la marquise laissa planer un court silence avant de répondre.

« Il m’attriste de voir ainsi confirmés mes craintes quant aux intentions du Comte. Mon jugement ne saurait être trop hâtif, je n’ai après tout guère encore eu le délice de rencontrer l’homme qui a su ravir le cœur de ma douce cousine, mais il nous faudra retarder encore un peu cette heureuse échéance. En effet mis à part la question de suzeraineté, l’ambiguïté règne sur ces propos, qui sonneraient presque comme un abandon du titre qui me revient de droit et une promesse de captivité. Je serais franche, je ne me fais guère d’illusions sur la gravité de la situation, et la nécessité de trouver terrain d’entente m’est apparente. Anseric cependant, et je crois comprendre que vous partagez cet avis, semblerait d’avantage enclin à perdre mon temps qu’à négocier, une attitude qui ne correspond pas à l’actuel équilibre des forces. Il est de surcroit sacrilège d’envoyer un ambassadeur d’une telle qualité porter un message dont même votre éloquence ne saurait dissimuler la dureté. »


S’arrêtant le temps de retrouver son souffle et son calme, Arsinoé but une gorgé d’hypocras avant de reprendre.

« Peut-être ai-je été submergé par l’émotion, je vous prie de me pardonner. Si vous-êtes ici, c’est que mon cousin espère tout de même obtenir un accord lui étant favorable. Je désire la paix, le marquisat ne doit saigner par ma seule présence, et un tel désir expliquerait aussi votre présence si loin de vos terres. C’est pourquoi il nous faut non pas marchander, mais forger une paix qui conviendrait non seulement à nos personnes, mais aux autres grands du marquisat. Avant tout cependant, je vous laisserais déguster, bien que je craigne que nos cuisines ne soient plus que l’ombre de ce qu’elles fussent du temps de mon oncle. »


Arsinoé mangeait peu, grignotant des figues et délaissant l’aile de faisant devant-elle, autant à cause de la tension qui nouait son estomac que par le manque de saveur que la chair Berthildoise avait à ses yeux depuis son retour de Thaar. Sa tenue argent et sinople, les couleurs de sa famille, paraissait bien sobre aux cotés du langecin, qui avec sa couronne exquise aurait pu passer pour un prince marchand de Thaar si ce n’était pour ses boucles dorées. Se tournant vers son homologue Arétan qui mastiquait consciencieusement une cuisse de volaille, Arsinoé lui glissa d’un ton badin.

« Votre titre vous accorde bien évidemment libre mouvement dans l’enceinte de la ville, mais il n’est guère nécessaire de vous vous laissez troubler par le sort de votre compagnon aux portes de la cité, mon bon Adelin saura se charger de l’affaire. Profitez des maigres conforts offerts par ma maisonnée, dans l’assurance que nous saurons trouver un accord à la convenance de votre seigneur. »


Elle avait murement réfléchis à ce qu’elle pouvait accorder à ses cousins, en vu de l’aide qui lui avait été promise et qui améliorait grandement ses perspectives.

« Messire, il me chagrine d’avouer que vous connaissez mieux mon illustre cousin de la Rochepont que moi même, je m’en remets donc à votre sagesse. Jugez-vous que l’offre d’une abrogation du lien de féauté nous liant le comblera ? Un tel engagement, reniant des siècles de traditions et de suzeraineté entre Sainte Berthilde et Arétria, n’est pas à prendre à la légère, et est à vrai dire le mieux qu’il puisse espérer. J’ai espoir que votre voix, alliée à celle de ma cousine qui je le sais désire autant que moi une fin à cette mésentente, suffira à le convaincre de la justesse de ces termes. »



Dernière édition par Arsinoé d'Olyssea le Ven 19 Oct 2012 - 16:11, édité 2 fois
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Kerthan Vosker
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Jeu 14 Juin 2012 - 9:08

Se présenter a une ville presque sous siège en se disant être un garde oublié de la délégation n'était vraiment pas une idée très intelligente. Mais Kerthan en avait un peu rien a ciré, tant qu'il pouvait au moins se retrouver face a quelqu'un ayant un poil d'autorité pour le faire rentré et le confronter a la marquise.

Il était simplement vêtu d'une armure de cuir cloutée qui ne semblait pas vraiment être a sa taille, avec vaguement une épée au flanc. Un drôle de personnage comme soldat qui devrait normalement avoir son bon équipement, sauf que ça ne collait absolument pas. C'est bien marrant de vous dire que le marquisat blablabla, deviens n'importe quoi.. Mais Arsinoé, elle sortait d'ou, pour se pointée comme ça avec toute sa grande autorité pour reprendre la place ?

Enfin, cela n'importait plus vraiment vu qu'il allait demander haut et fort a rentrer..

[b] Gardes ! Je suis Kerthan Vosker, seigneur de Laraus. Je demande a être amener a votre marquise pour .. Uh.. Un possible accord !

Mais même dire ça, les gardes le regardaient en se foutant de sa tête avec allégresse.. Normal. Kerthan, pour répondre face a leurs minaudes, lança quelques pierres ce qui finit par les agacés, prenant un arc avec une flèche encochée. Le garde le regarda vaguement plus attentivement en ayant la flèche a la joue. Il était déjà venu cet homme, mais de la à dire si c'est bien le seigneur de Laraus.. Dans le doute, il fit appelle a son capitaine qui prit la décision de faire entrer Kerthan avec un péage en bonne et due forme malgré les maigres possessions présentes. L'épée fut.. Plus difficile a prendre, étant la seule que le petit seigneur trouble fête gardait depuis longtemps.

Les mains attachées dans le dos avec trois gardes le tenant, avec l'épée dans l'une des grosses pâtasses d'un des trois, Kerthan fut amené face a Adelin. Si il était possible de faire casser des cordes vocales, le prisonnier n'en n'aurait plus tant que ça tellement il hurlait son nom et sa demande pour voir Arsinoé.
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Hans
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Jeu 14 Juin 2012 - 21:41

Bien qu'il ne souhaitait, par obstination, uniquement désobéir à l'injonction de Cléophas (et donc siéger à cette table ad vitam aeternam), le Haudoin devenait peu à peu tiraillé par sa curiosité. D'un naturel retors, il ressentait ce besoin constant de mettre son nez dans les affaires des autres - en vérité, il était par cela le plus digne du blason paternel, lui le bâtard. Les attraits de son interlocutrice, qu'il regardait tristement avec l'idée persistante qu'il faudrait bien un jour couper ce joli cou, ou passer une bague à ces fines mains blanches, ne suffirent plus. Ne pouvant plus tenir, Rémy laissa échapper ces quelques mots : "Vous nous offrez ce que nous avons déjà pris, madame! Il en faudra plus, je le crains." Et! comme il venait de décompresser ainsi, le Haudoin se rendit compte de la rugosité de ses paroles. Lui qui se targuait d'être un esprit fin n'avait su garder empire sur lui même après deux minutes de distractions. Conscient de son écart malheureux, et de la mise en péril de sa couverture qu'il impliquait, ce beau diable fit amende honorable aussitôt. "Pardonnez ces paroles, dont la portée est trop grande pour mon rang. Permettez moi de prendre congé, madame."

Et notre homme de se sauver, aussi vite qu'il le pu ; on commençait à crier dans l'antichambre! Ce besoin d'avoir le cœur net lui rongeait les entrailles comme un feu, et il se glissa sans attendre hors de la salle. Une scène impensable l'y attendait ; se tenait attaché Kerthan, dans une défroque de soudard, en train de hurler à vive voix son envie pressante de rencontrer la baronne. Avisant le risque critique d'une chose pareille, notre Haudoin, reprenant toute l'assurance qui le caractérisait usuellement, se porta aux côtés d'Adelin, tout en jaugeant le prisonnier. "Messire, défiez vous de cet homme! Si par quelques traits il ressemble au sire de Laraus, il n'en est point. J'en veux pour preuve que je l'ai laissé en personne auprès du comte mon maître. Diables, aux fers! Celui-là doit avoir des intentions infernales! La garde! À l'assassin! En geôles!", et, au fur et à mesure que la soldatesque poussait l'homme dans un des boyaux du château, le Haudoin lui glissa en un murmure ce langage : "Plus un mot, malheureux, ou tu es perdu! Mon maître te fera évader, mais d'ici là, je t'en conjure, fais silence!".

Après qu'il eut crié à la garde de l'enfermer au plus profond cachot, avec pour seule compagnie son bâillon, Rémy, tout reposé de cette altercation, regagna la salle qu'il avait quitté peu avant. Le court trajet suffit à ce cerveau de rouages bien huilés pour trouver un stratagème qu'il jugea fort habile, aussi, lorsqu'il revit les figures d'Arsinoé et de Cléophas, l'homme s’apprêtait à formuler une proposition audacieuse.

"Sachez, ma dame, que mon seigneur ne vous souhaite point de mal, et qu'il vous veut le prouver. Dès demain, s'il vous agrée, le comte vous fera une offre nouvelle, qui saura, je l'espère, vous intéresser plus que la précédente."

La formulation, qu'il improvisait, était bancale mais ne manquerait pas d'intriguer la marquise - du moins l'espérait-il.
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Cléophas d'Angleroy
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Mer 20 Juin 2012 - 22:48

Les loups muets gardent leurs crocs.
Dans la sombre clarté du hall, engoncé dans ses étoffes, le Baron ne cessait de penser à la guerre qui ferait rage au dehors, à cet ost formidable et ce camp s’étirant aussi loin que porte le regard. Il songeait au sang, aux batailles et à l’acier des lames ; aux bannières innombrables, aux olifants assourdissants. Il songeait à toutes les horreurs reines et aux cruautés maîtresses, à l’acharnement roi et aux feux princes. Le suderon supporterait en mœurs une autre guerre nordique pour ce que les neiges du Septentrion n’atteignent jamais les côtes rosies du littoral pharétan. Toutefois son cœur était lié à celui du Royaume, royaume exsangue de ses serviteurs affamés, royaume meurtri des révoltes nombreuses. C’est le Royaume qui occupait ses pensées et les occuperait des lustres et des décennies entières encore. Mais en ce jour, jour gris d’opprobre et trempé de terreur, sous ce ciel assombri par l’ire noircie des Dieux, la guerre semblait sur le point d’éclater. Tout le Royaume pour une jeune femme, à la peau certes de porcelaine et à la gorge accueillante ; mais jeune femme pourtant. Pouvait un empire tomber pour si peu que le sang de ses pères ? Ce dominion séculaire par fois plusieurs allait être mis à bas par l’orgueil d’une poignée d’hommes irascibles. Leurs tentes étaient des lieues au devant des murs, là où les collines commençaient à s’élever, rompant avec la vaste platitude de cette plaine d’Atral ; là où le sol commençait à verdir et se rembrunir sous un tapis de lichen et de mousses aux couleurs du printemps et de l’automne mêlés. Les zéphyrs pour autant ne portaient pas en la cité la clameur du camp, celle de ses hommes, de ses mercenaires et de ses putains roulées sous des fourrures. Les alizés ne laissaient pas entendre aux pages du château désert la froideur des lames frottées contre les meules de pierre brune ni le doux son des cornes de bœufs, de boucs ou d’argent, ni même la senteur de la fange et du fumier mêlés qui n’atteignait pas même les remparts, pas plus que les fumées des porcs rôtis sur la flamme. La guerre était pourtant présente, aux portes de Sainte Berthilde avec sa magnificence toute faite de mangonneaux, de scorpions et de mantelets de peau. C’est du moins ce qui eut pu être aisément cru jusqu’à ce que ne se décida à parler le héraut arétan, ne manquant pas par là même de raviver un feu déjà fort bien fourni. Des irascibles ils étaient et alors que le verbe mervalois tentait d’adoucir des mœurs si échauffées, ils jugèrent bon de lui offrir comme soutien un serpent à la langue plus fourchue que celle de ses maîtres ; son esprit plus noir encore que les cachots sur lesquelles fut bâtie la forteresse berthildoise. Le Baron ne comptait guère laisser le Royaume sombrer dans un pareil abîme et avec lui des siècles de cohésion et d’unité, de paix et de gloire, de prospérité comme de joie.

« Ma Dame, entendez sans doute les mots de cet homme et je vous prie satisfaites ses dires motivés par sa lançante passion plutôt que par la raison, bien que ce soit naturel attendues les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons noyés. Les temps ne sont plus à la lamentance. Le Seigneur de la Rochepont est un homme fort droiturier et plus loiable encor et son cœur et le vôtre sont liés par une certaine druerie envers la paix, perdue en ces landes a longes plongées dans le sang, les sièges et la guerre si que les plus jeunes de nos enfants et des leurs ne connaissent rien qu’iceux. Je suis plus que certain de sa bonne volonté et je pourrais avec aise me laisser aller à la lose de sa sapience pour ce qu’il est de ceux qui ne sont pas d’une impétueuse essence et est loin que d’être un bas loquebault. ; ses propositions pourront vous paraître douces à l’oreille. Avant pourtant, entendez ceci : bien que je juge cet homme grand, je ne crois peu sage de le rejoindre en ce camp alors que le traité n’est pas même signé, les clauses peu avancées et le Ciel si orageux, je crois même pareille entreprise doutible plus que salutaire et ces négociations se doivent être faites droiturement pour être acceptées. Quant au ciel, il est si étrangement obret que l’on n’en verrait presque point les pigeons quitter vos colombiers, pourtant je les vis voler en nuées par-dessus les flèches de vos temples et j’ose croire qu’à votre ceinture pend plus qu’une seule dague. Je suis conscient aussi que vous ayez vos propres intérêts et c’est bien là mon rôle que de joindre les vôtres à ceux du Royaume…et c’est à cette vue même que je vous livre ceci. Pardonnez le demi-sceau que porte mon vélin nous n’avons pas en temps de guerre le temps de porter cire et sceaux et autres outils de chancellerie et la hâte à laquelle je fus mené céans ne me laissa guère le temps d’en couler un de nouveau. J’entendrai que vous souhaitassiez être seule avec vos hommes afin de discuter de cela et c’est la raison même pour laquelle je me compte retirer. Rémy, vous m’accompagnerez dans ma sortie, il est irrespectueux pour un homme, fut-il le plus grand des galants, de rester près d’une Dame quêtant solitude. »

Les hommes sont de boyaux, de veines et d’os.
Le Baron, la mine grave, quitta la salle et ses yeux n’allaient plus se river que sur les pierres usées du château. Plus austère demeure fut introuvable en ce monde malgré la dépouille de résidences plus septentrionales encore. Les grandes portes de frêne et de fer se refermèrent derrière lui, laissant s’éteindre la dernière source de lumière qui éclairait son chemin, dans un fracas grinçant de rouille et de bois sec résonnant dans les kilomètres de couloirs du château ; allant loger ses soupirs sous les alcôves obscures et les ogives tissées de soie de mûre et sous les escaliers infinis s’enroulant dedans les murs et dehors les salles. Il fallut au Baron près de trois dizaines de minutes afin de trouver le couloir qui l’allait mener à son but et de marches plates en marches hautes, de sombres salles en claires rotondes, il finit par se trouver face à un pont couvert d’une grande longueur ayant pour seul ornement une charpente d’ébène semblant être la carcasse dénuée de chair d’une ancienne galère, seulement couverte d’ardoises là où les algues et le turquoise des mers avaient empire. Ses boucles ruisselaient de sueur, ses mains moites seulement asséchées par la poussière qui sur les pierres formait une grisâtre nappe de tulle. Le Baron traversa donc le grand couloir seulement éclairé par la semi-lueur d’un jour mouillé par les cieux. Les rayons du bel astre traversaient de hauts et étroits vitraux blancs semblant être d’anciennes meurtrières seulement couvertes d’un suaire translucide tandis qu’il n’y avait aucune torche pour les jours sombres ou les nuits sans astres. Pour autant, le jour était bien assez clair et ne rendait pas plus grise la porte au loin, couverte de plaques de métal finement ciselé et luisant sous la pâle lumière. D’une telle distance, les arabesques paraissaient floues et la poussière figée dans l’air comme mille étoiles transperçant la noirceur du firmament attrapait l’œil du Baron tant et si bien qu’il ne sut réellement où regarder. Il avança dans la brume, seul et n’ayant pour unique compagnon que l’écho de ses pas et murmures. Un temps, il s’arrêta devant l’une des vitres et regarda au travers, pour voir la cité se dérouler en dessous, triste et digne, couverte des paillettes célestes et plongée dans le flou d’un verre trop âgé. D’une telle distance, les bannières au loin n’étaient plus que des tâches colorées s’agitant au gré des vents et le camp tapissait de pâquerettes l’horizon qui s’étendait, toujours plus au Levant, toujours plus au Septentrion.

Une vague en Eris crache en Olien son embrun.
La tour élancée résonnait du cri de cent volatiles et de milliers d’ailes battues. La splendeur mervaloise, passée la porte, se voyait plongée sous une pluie toute autre, non plus faite d’eau et d’étoiles mais de plumes blanches et noires et grises. Ce déluge nuageux couvrait à mesure qu’il avançait le Baron d’une pelisse d’argent et quoi qu’il eut fait, la grise soie de ses habits était mouchetée de gemmes multicolores. La tour, haute et fine et éventrée avait son mur unique parcouru par un escalier plus fin que ses frères et non moins abrupt dont l’ascension se terminait au bord d’une plateforme de pierre posée sur de discrètes colonnades et cernée de hautes arcades laissant entrer les vents et les eaux dans le silo. Les cages avaient été taillées dans le mur même et certaines portaient encore le nom d’anciennes provinces, le blason d’anciens seigneurs, les couleurs d’anciens empires. Le Baron crut un temps ne pas trouver l’oiseau qu’il vint chercher une torpeur soudaine le prit avant que de disparaître aussi promptement devant les armes fraîchement émaillées. Nouvelles étaient-elles et seyaient dessus les autres et il eut été étonnant de ne les pas trouver. Sur la plateforme, coincé dans un fauteuil de chêne trop âgé, un homme qui parut plus vieux encore semblait avoir l’intendance du lieu. A la vue du Baron, il tenta d’exécuter une timide révérence raidie aussitôt par une goutte apparente. Merval ne lui dit mot et se contenta de lui tendre un petit vélin enroulé dessus lui-même et tenu par un fil d’andrinople tissé d’or, le tout scellé d’une cire du même. Les lettres étaient d’encre noire mêlée de l’indigo d’Estrévent et assez fines pour que tint en entier un discours sans avoir à nécessiter de particulière concision ; le tout écrit de la main même de Cléophas qui dut faire de sorte que l’on lui impartît assez de temps pour la rédiger. Pour autant, il n’y mit de grande application outre celle requise par son destinataire, pour ce que de pareilles missives seraient d’un triste usage devinssent-elles illisibles. Le Baron pointa du doigt les armes émaillées et dut supporter les yeux écarquillés du vieillard. S’il n’était résolu à pouvoir incliner la tête, il n’éprouvait grand mal à juger ceux passant devant son œil torve, encore qu’il dut souffrir pour seule réponse le regard noir du seigneur muet. La main du vieil homme tremblait mais il aurait été difficile de dire si ce fut le fait d’une maladie des os ou d’une anxiété devant ce qu’il allait faire. Pourtant, les affaires du Royaume étaient secrètes et Cléophas veilla à ce qu’il ne prit du message contenu dans le rouleau de peau. Les minutes s’allongèrent alors et le temps ne se résuma plus qu’aux plumes virevoltant dans l’atrium de dizaines de toises en hauteur…jusqu’à ce que l’oiseau s’envola, encre aux serres, vers le Sud du Royaume. Le volatile passa les tours massives et les arches courbes ; les créneaux brisés, les échauguettes et dessus le tout, la forêt de lances qui semblait avoir poussé durant la nuit. Cléophas parut impassible et resta devant l’arcade, le visage battu par la pluie jusqu’à ce qu’il vit se perdre l’oiseau dans les nuées et le verdoyant horizon Ses lèvres s’agitaient doucement alors qu’il entonnait à Néera une prière demandant que de cette lettre elle ne détourna son attention. Pour ce que de cette lettre allaient dépendre bien des destins.
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Jeu 21 Juin 2012 - 23:30

Elle se retrouvait seule dans la salle baignée des dernières lueurs rougeâtres de la journée, tenant en sa main le vélin du Mervalois. N'ayant peu être pas encore eu le temps d'assimiler l'ensemble des dires de ses hôtes suite à cette abrupte arrêt des discussions, elle savait néanmoins qu'elle devrait s'entretenir directement avec son tourmenteur pour pouvoir espérer une fin amicale aux hostilités. Le héraut semblait plus enclin à surveiller le baron qu'à d'offrir quelconque sagesse, et ce dernier qui malgré son semblant d'assurance était conscient de son incapacité de réconcilier les deux parties, substituant un zèle louable à des offres concrètes. Une nouvelle fois, elle songea à quoi pouvait bien jouer Anseric, envoyant un suderon traiter en son nom, sans toutefois lui accorder sa pleine confiance. Ne supportant plus l’arôme des mets à peines entamés qui empreignait la pièce, elle la déserta, montant les marches de pierre jusqu'à atteindre le balcon de sa chambre à coucher. Le soleil d'été se couchait enfin, si tard, et elle ne pouvait qu'admirer la multitude de torches des campements en contrebas, se perdant un instant dans leurs lumière dansante et traîtresse, alors que son propre avenir lui restait opaque, entre les mains d'hommes dévorés par leurs ambition. Elle crut alors distinguer quelque chose s'envoler de son colombier en direction du sud, le Langecin serait-il donc plus qu'une source d'amusement pour le Comte ? Elle brûlait d'envie de savoir quel était le motif ultérieur de cet étrange ambassadeur, et du contenu de cette missive qui de toute évidence n'entrait guère dans les plans de l'Arétan, la surprise et suspicion de son héraut ayant été palpable lorsque Cléophas avait demandé permission d'accéder au colombier. La vélin qu'elle n'avait toujours pas lu était-il du même acabit ?

Se débarrassant prestement du demi-sceau et illuminant le parchemin d'une bougie, elle scruta la longue lettre, sans d'abord en comprendre sa signification tant l'emprise qu'avait la fatigue sur elle était grande. C'était les termes d'un traité de paix, d'une main qu'elle n'avait aucune difficulté à associer à Cléophas. Il l'avait forcément rédigé dans ses quartiers quelques heures seulement auparavant, portant un certain doute sur leurs légitimité aux yeux d'Anseric. Quoi qu'il en soit, l'essence du texte semblait être qu'il lui suffisait de prêter hommage au comte d'Arétria pour connaître la paix. Il était passablement étrange que ni l'un ni l'autre n'ai mentionné la possibilité d'un tel accord lors de l'entretien, mais elle ne s'attarderait pas dessus. En effet, la fin du message était de nature tout autre, et changeait bien des choses.

******

Le hurlement produit par le choc et frottement d'acier, de bois et de rouille qu'était la fermeture des portes massives de la cité engloutit la compagnie pendant ce qui semblait être une éternité. C'était le lendemain, aux alentours de la mi-journée, et Arsinoé avait quitté sa forteresse. A ses cotés le baron Cléophas, l'accompagnant aux pourparlers qu'il avait garantie, l'Arétan les ayants largement devancé afin de prévenir son maître. Les nuages de la veille perduraient, et l'air était plus doux qu'à l'accoutumé en Barkios. Pour cela, ainsi que pour l'absence d'averse, Arsinoé louait Neera, tant sa robe divisée écarlate de laine fine bordée de fourrure d'hermine lui pesait. Entourée par une cinquantaine de ses gardes, ainsi que par les compagnons mervalois mais aussi Arétan du baron, elle évitait de trop s'approcher de celui-ci, de peur que son visage ne trahisse ses émotions. Et pourtant elle guida sa jument vers la monture de baron, ne pouvant souffrir qu'un homme s'étant prouvé un hôte parfait ne soit humilié devant le comte en rentrant de sa mission sans réponse.

«Je dois confesser mon étonnement quant au contenu de la missive que vous m'avez transmise. Votre verbe est aussi précise et qu'élégante, et l'offre des plus réfléchie, mais elle frappe surtout par sa générosité relative, moi qui croyais votre imagination et diplomatie freinées par l'obstination brutale de mon brave cousin et de sa créature. J'imagine donc que cette offre n'a pas encore été sanctionnée par Anseric, mais qu'il était dans vos intentions de l'en convaincre à votre retour. Je suis en extase messire devant tous les efforts que vous déployez dans la recherche de la plus noble des récompenses, la paix. Vous exacerbez notre déshonneur, nous les grands du marquisat qui comme vous l'avez si justement souligné avons nos propres intérêts à cœur, et c'est tout à votre honneur. J'insiste sur ce point par probité, mais aussi car je dois avouer que votre accord ne me convient guère parfaitement, et ce non pas par amour-propre mais dans le dessin d'éviter conflit ultérieur. Je me répète, mais mes vassaux sont des plus obstinés et fiers, et un serment d'allégeance sans contrepartie ne saurait leurs convenir. Je perdrais mon trône, et la guerre serait alors inévitable. C'est qu'il nous faut faire entendre à mes cousins. Je tiens à vous assurer que Sainte Berthilde et en effet le royaume vous est reconnaissant pour le grand service que vous lui avez rendu, et le temps venu, je n'oublierais pas mes amis. »


C'est alors qu'ils se retrouvèrent presque face à face avec la troupe Olysseane et Arétane, qui avait longtemps été dissimulée par le terrain vallonné à mi-chemin de la ville et de leurs campement.
« Nous y sommes.. »







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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Mar 10 Juil 2012 - 13:57

Mois de Barkios, sixième jour de la deuxième ennéade.

L'arrivée du cortège berthildois tira Anseric de sa torpeur. Avec l'âge, l'homme se laissait aller à la somnolence, et attendant de rencontrer sa cousine, il dodelinait lentement de la tête. Ses traits tirés témoignaient de l'appréhension qui l'avait rongé cette nuit là, durant laquelle il avait tour à tour consulté ses gardes, ses guetteurs, ses bannerets, coulonneux, espions, terrassiers, pour finir chez son maître-queux. Les nouvelles étaient finalement arrivées avec le petit matin, quand le Haudoin quitta la cité, avec une figure bien maussade. Peu à peu, son ire fut communiquée au comte, si bien qu'ajouté à son éreintement, l'homme n'était pas dans de bonnes dispositions. Il avait aussitôt pris les devant, maudissant ses incapables d'émissaires.

La troupe arétane, conclave de portefaix et de bélîtres, accueillit la délégation opposée dans un silence de mort. À peu près en même nombre, tout à chacun toisait son homologue, tandis qu'Anseric, se satisfaisant d'avoir eut la lucidité de s'entourer d'une escorte, fut confirmé dans sa défiance envers le baron de merval, lequel exhibait ses boucles blondes aux côtés d'Arsinoé. Rémy avait été plus que prolixe à son égard, relatant avec aigreur ce maigre coup d'éclat de la part du mervallois. Ce devait être la dernière fois que le comte remettait ses affaires dans les mains d'un suderon ; que ne s'était-il douté, lui qui avait pu entrapercevoir la vraie nature de sa parente, que Cléophas ne fusse pas d'une nature maligne ? Sa duperie lui laissait un goût amer dans la bouche.

"Quintus, Boliard! aboya le comte à l'adresse de ses cerbères, vous conduirez le baron à sa tente, et veillerez à ce qu'il y demeure. Ces sommaires instruction données, Anseric se porta aux devant de sa cousine. J'espère que vous me pardonnez ces manières un peu frustes, madame, mais ce fut une erreur d'envoyer cet expédient étranger devers vous. Nous sommes parents, d'un bon sang qui plus est ; aussi aurions nous dus nous entretenir dès que possible, afin d'empêcher que le sang ne coule. Je souhaiterai réparer ce manquement ; marchons un peu, voulez vous."

Alliant le geste à la parole, l'alcide mis sa monture au pas, s'éloignant de l'escorte pour ne garder comme compagnie que sa cousine. L'idée de la prendre de force avec lui comme otage caressa un instant l'esprit, avant d'être douchée par la perspective d'un carreau d'arbalète niché dans sa poitrine... Et puis, comme prélude à des négociations, cela instaurait certes un rapport de force avantageux, mais pour la commodité, il faudrait repasser ; or Anseric ne cherchait pas à ce que son adversaire soit passée au fil de l'épée, mais bien qu'elle rallie son camp.

"J'ai ouï-dire que l'Ivrey se battait dans le pays eraçon ; s'il triomphe du rebelle de Harren, je gage qu'il ne s'arrêtera pas sur sa lancée, et viendra jusque chez nous. Cela doit vous rassurer, madame ; bientôt, je serai loin et ma félonie un souvenir brumeux. Je ne saurais que vous déconseiller de penser ainsi, car l'aide du régent est tout sauf une bénédiction. Gardez à l'esprit qu'il aidait son amie la duchesse, alors qu'il s'accaparait le calméresse ydrilote. Et tous savent que c'était pour aider son cousin qu'il ravagea Diantra, avec la suite qu'on lui connait. En vérité, ceux subissant les interventions d'Aetius en paient le prix fort, peu importe qu'il fussent dans son camp ou non ; vous comprendrez aisément le sens de ma démarche, de cette indépendance que je veux instaurer pour notre famille vis à vis du régent, bien qu'il fut mon ami.

Quand les premiers rois, au nom de la vraie foi, entreprirent la conquête du Nord, ils y emmenèrent leurs plus fidèles vassaux, et pour les récompenser, leur remirent la suzeraineté sur ces marches sauvages - ce faisant, les dénommèrent les marquis. Ainsi depuis ces temps anciens, nous les seigneurs du cru somment dominés par des légats royaux, alors qu'autrefois nous demeurions libres. La révolte des barons, il y a des années de cela, ne faisait que continuer cette insoumission centenaire, contre un roi illégitime et fol. Est-ce qu'aujourd'hui, les choses ont elles changé ? Nenni! En sus d'un bâtard, nous avons son fils, un pantin juvénile laissant libre mouvement à l'Ivrey, bâtard d'une princesse et de feu le borgne ancenois. Ces avanies peuvent contenter les bourgeois diantrois, mais diables! en sommes nous ? Non! Notre héritage et notre sang ne nous dictent ils pas de refuser pareille infamie ?

Seuls, nos chances sont bien maigres, et cela fut là l'erreur de nos ancêtres ; je ne souhaite nullement prendre la tête de mes pairs, mais si cela ne se fait pas, nous serons vaincus un à un, comme aux temps jadis. Ce ralliement que je vous demande, je me le figure, est puissamment douloureux, mais sans cela, je ne nous prédis que pire. consentirez vous à ce sacrifice, pour le bien de notre famille et de nos gens ?"


Le comte, qui venait de tant parler, gardait néanmoins une petite carte ; ce n'était que peu, et il espérait alors son interlocutrice déjà convaincue. Cette dernière avance achèverait, si les cinq le voulaient bien, de la rallier à son parti. "Si d'aventure, vous eussiez désiré une assurance à mes propositions, sachez que si vous me rejoignez, la ville de Laraus deviendrait entièrement vôtre ; le sieur vosker, dans quelque folie, ayant rallié l'ennemi, je vous offre sa cité et sa tête, en gage de ma bonne volonté."

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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Mer 11 Juil 2012 - 15:29

Tenant mollement de ses mains gantées les rênes de sa jument, la bête à la robe alézan égalant le rythme du destrier arétan, la marquise n'écoutait que d'une oreille distraite les dires de son noble cousin. Raide, son regard se perdant dans la brousse désertée l'entourant de toute part, elle ne pouvait que regretter l'absence de Cléophas sans laquelle sa tache aurait assurément été moins désagréable. En effet, dès son premier regard et fébriles politesses, elle n'avait ressenti qu'antipathie pour cet homme sec aux yeux froid laissant transparaître son propre dédain. Néanmoins, et ce malgré l'absence évidente d'appréciation mutuelle, elle espérait qu'un tacite respect suffirait à forger la paix qu'elle désirait tant. Presque autant qu'elle craignait d’être humiliée aux mains de sa jeune cousine et son époux. Celui-ci était présentement occupé à conter les biens tristes œuvres du régent, un curieux parvenu qui alors même qu'elle laissait filer les années à Thaar s'activait à édifier une réputation d'opportuniste, insouciant et tyrannique. Peut-être son interlocuteur espérait-il transparaître sous une lumière plus aimable en se confrontant à son rival le Comte de Scylla ?

Il semblait donc le conflit eracien ne ce soit résolu entre temps, ou autrement que l'arétan ne cherche à la garder dans l'ombre. Elle ne savait qu'en penser, ses opinions quant aux différents belligérants étant des plus mitigés ;la légitimité de Léandre d'Erac ne pouvant être réfutée malgré les promesses de l'Ivrey. Des assurances qui, si jamais elles se concrétisaient, plongeraient ses propres terres droit dans les feux de la guerre, et ce quel que soit le résultat des négociations avec Anseric. Pourquoi alors, tiraillée par les ambitions de deux des grands du royaumes, ressentait elle un sentiment s'apparentant presque à de l'anticipation ?

Suite à un long silence perturbé uniquement par le bruit des sabots et les chuchotements indiscrets de sa garde rapprochée, la tirade reprit, s'attaquant cette fois aux fondements même du royaume et du marquisat. Elle ne pouvait le blâmer pour cette tentative, son frère Audoin avait après tout trouvé sa perte en rébellion ouverte contre le pouvoir royale.Mais le comte croyait il raviver en elle un quelconque amour pour cette terre qui l'avait jadis répudié alors qu'Aegar, un roturier lui aussi dévoré par sa soif de pouvoir, menait une croisade indépendantiste ? Devait-elle oublier la fidélité envers Trystan l'aveugle dont avait fait preuve Sieur de la Rochepont en combattant pour lui, reniant son suzerain ? Ou encore s'émouvoir du sort des seigneurs païens de l'Atral, civilisés par des chevaliers du médian auxquels les Sainte Berthildes appartenaient ? Ce ne fut que par force de caractère qu'elle parvint à maintenir une expression impassible ; tant le spectacle de cet homme, qui se considérait certainement franc et direct, maquillant jalousie et antagonisme par un cortège d'hypocrisies et fausses indignations était risible.

Neera soit louée, il s'était tu, la fixant d'un regard empreint de dureté en attendant sa réplique. En profitant, elle fit signe de s’arrêter, ne désirant guère plus s'éloigner du gros de son escorte.

«Bien que je ne puis dissimuler ma déception face à l'absence de ma cousine, je me réjouit de la savoir unie à un prud'homme de votre stature. Je suivrai cependant votre exemple en allant droit au but, le sort de nos gens primant sur tout autre considération. Je confesse n'avoir accordée que peu d'égard aux agissements d'Aetius d'Ivrey, vos déclarations sont donc des plus troublantes. Et pourtant, embourbé dans un conflit sauvage dans les collines d'Erac, aura t-il réellement la volonté et les forces nécessaires pour marcher à notre encontre ? Mais vous le connaissez mieux que moi, et c'est donc de bonne grâce que je m'en remet à votre jugement. 

Vous faite cependant erreur en éconduisant de la sorte Messer d'Angleroy ; c'est avec grande verve et probité qu'il su avancer l'idée d'un ralliement analogue à celui que vous proposez. La notion ayant pu s’enraciner en mon esprit, je suis désormais prête à payer le prix de la sûreté de mes sujets, tel étant mon devoir et le fondement de mon retour en ses terres. Nul autre que vous ne serait aussi apte à mener à bien cette juste cause, alliant expérience et exaltation. Toutefois, en tant qu'étudiant de l'histoire, vous discernez aussi bien que moi qu'une telle allégeance ne saurait être publique ; les Sainte-Berthilde ont depuis des temps immémoriaux régné en maître sur l'Atral, nous sommes le cœur même de l'union entre le clergé de notre mère Neera et les vieilles familles noble de la plaine. En ma soumission, tous verraient une infamie, une humilation de la part de leurs voisins arétan. Nous les pousserions ainsi droit dans les bras de l'Ivrey, damnant notre cause. Sachez que mes intentions sont des plus pures, et c'est sans malice que je vous prêterais serment de fidélité à l'instant même, si vous acceptiez de le recevoir. Je ne demande en retour que peu de choses : Une fin au siège ; que le traître Sieur de Vosker ainsi que tout ses hommes soient présentés, vivants, aux portes de la cité ; et l'assurance de votre aide envers et contre toute forme d’agression."


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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Ven 13 Juil 2012 - 22:39

Kerthan était toujours dans les cachots de Sainte Berthilde. Pas que le gite et le couvert offert l'importunait mais la situation n'était pas des plus confortables, n'ayant jamais eu un séjour très long dans ce genre d'endroit. Il ne savait plus vraiment quoi clamer après le comportement de l'homme d'Anseric. Mais le petit Vosker ne s'était pas fait silencieux pour autant. Il braillait son identité sans grand succès, parce que presque tous le font !

---


Venons au campement, intéressons nous aux troupes de Kerthan qui n'avait plus de nouvelles depuis un bon moment déjà. 400 bonshommes qui patientaient en rongeant leurs freins. Si tant bien que mal, le lieutenant directement en dessous du seigneur de Laraus, craqua. Le bon Perkal aboya quelques ordres aux hommes. A que cela ne tienne, si son seigneur était idiot, il était imprévisible et il l'as transmit a ses hommes tellement ces hommes en faisaient a leurs têtes !

Une cinquantaine des cavaliers partirent en même temps discrètement du campement. Il fallait faire en sorte de ne pas attirer l'attention de toutes les troupes présentes, des petit groupes furent formés, pas plus de 3 hommes et bien séparés passèrent soit a pied, soit a cheval pour rejoindre les alentours de la direction qu'avait pris les deux grandes figures pour discuter. Il fut choisit de se déplacer sans bruit, sans un brusquement inutile. A quoi bon faire un boucan du diable quand on as passé des années a faire embuscades a tout va ?

Il fallut tout de même un moment aux hommes de Laraus pour trouver Anseric de la Rochepont ainsi qu'Arsinoé de Sainte Berthilde. Il y avait une légère troupe d'une dizaine d'hommes qui les protégeait au cas ou mais face a 50 gaillards.. La troupe s'élança soudainement, la grosse part d'infanterie encerclant tout ce monde, les tenants soit en joue d'arcs avec leurs flèches, soit d'épée sous la gorge soudainement apparues par dizaines !

10 hommes restèrent sur leurs chevaux, intervenant au plus vite, étant rester plus loin que l'infanterie pour ne pas les alerter. Personne n'avait été tué, ce n'était absolument pas le but, mais l'assomage fut en règle et mit en place. Même si les maigres défenseurs s'étaient vaillamment défendu, hé bien.. Ce n'était pas vraiment la peine. Les grandes pointures ne purent pas faire grand chose, et même si Anseric en avait eu la glorieuse idée, des lances l'auraient accueillit de bien près pour son cheval. Il aurait été désarçonner, c'était assuré ! Arsinoé ne donnait pas d'impression d'une réelle menace mais était gardée sous bon oeil tout de même.

-Perkal : Vous m'en voyez navré, mes seigneuries, de vous déranger alors que vous semblez si occupés ! Mais ce n'est pas grave, vous pourrait reprendre tout en calme votre conversation, dans les murs de Sainte Berthilde. Vous allez nous suivre par la même occasion, nous nous assurerons.. Que vous soyez escortés a bon port. On évitera le maximum le contact, hein..

Profitez en pour faire revenir notre Seigneur.


Le groupe restait en attente, face a la décision d'Anseric et d'Arsinoé. Cette surprise aurait elle un effet bénéfique ? Il n'y avait aucune agression inutile envers les deux, en tant que respect pour leurs statut.
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Ven 20 Juil 2012 - 23:09

petite mise au point:
 

Anseric accueillit la réponse de sa cousine avec une félicité manifeste. La promesse d'une alliance, sinon d'un hommage futur, l'assurait d'une aide inestimable face aux forces du régent. Qui plus est, il pouvait désormais envisager cette guerre non plus comme un conflit fratricide, mais contre un ennemi extérieur. "Madame, je n'en demandais pas plus. Si les Cinq le veulent bien, l'Atral sera sous peu réuni autour de notre bonne famille, et je gage que bientôt, le beau sang se pressera de rejoindre notre cour ; une cour de prud'hommes et de gens bien vertueux, à n'en pas douter. Mais ne hâtons pas les choses, vous avez raison. Il convient de s'assurer le soutient de l'ensemble de vos vassaux, et bien que notre parti soit désormais d'une force certaine, l'offensive de l'Ivrey en Erac pourrait semer un vent de sédition." Le comte alors échafaudait déjà son plan d'attaque ; il battait successivement Aetius, Grégoire et Aemon, et, fort de ses victoires, poussait son heur jusqu'à reprendre Etherna et les environs.

"Ce que vous me demandez, je vous l'offre avec une joie certaine. S'il ne me sera aisé de vous remettre les reîtres au service de Vosker sans que le sang ne coule, je peux au moins vous assurer une chose ; que leur maître ne s’échappera pas. La traîtrise de Kerthan est d'autant plus grande qu'elle est double. Sachez qu'au moment même où j'envoyais le baron de Merval discuter avec vous, le perfide de Laraus s'introduisait, travesti, dans vos murs. Je gage qu'il était mu par quelque sombre dessein, mais mon homme, par chance, su contrevenir aussitôt à ces sourdes menées... Si bien que désormais, Vosker est déjà dans vos propres geôles!"

Cet étalage de suffisance prit fin avec l'arrivée des hommes de Laraus. Dès qu'il eut vu le nuage de poussière, Anseric se figura qu'on lui apportait des nouvelles, suffisamment importantes pour qu'elles interrompissent cet entretien. Il déchanta avec promptitude, quand il pu discerner les lames tirées au clair des hommes d'armes. Hélas! Il était alors trop tard pour se dérober, et trop dangereux de se battre, car dans leur insouciance, les cousins s'étaient à trop grand pas éloignés de leur escorte. Si le vide de la plaine avait su garder les confidences des oreilles inopportunes, il ne faisait que peu ou prou office de protection face à des cavaliers en armes. Encerclé qu'il était par ces hommes à la livrée des Vosker, la tour de sinople, Anseric su, un peu trop tard, ruminer la négligence l'ayant mené à ne pas s'occuper du parti larausien sur le champ.

La surprise de cette intervention laissant place à ce réflexe qu'on les bêtes traquées pour se glisser hors des mailles du filet, le comte but les paroles de son interlocuteur, afin de s'y enfoncer au plus vif. Cette attaque soudaine n'avait pu guère être sur ordre de Kerthan, car si ce dernier avait dévoilé sa nature de traitre, il aurait du être fou pour intimer la razzia, qui l'aurait grandement compromis par la suite. Le lieutenant Perkal, en plus d'être un homme plein d'initiative, avait en outre du être bien aux abois pour tenter pareille manœuvre. Le but de celle-ci étaient d'ailleurs éminemment flou ; si Kerthan avait voulu dévoiler son double-jeu, il n'aurait pu faire mieux.

"Vous avouez être au parfum des agissements de votre maître! Ah, fripouilles, vous mériteriez que l'on vous pende tous autant que vous êtes! s'exclama le comte, qui, quand même, n'en demeurait pas moins énervé. Je crains que vous ne soyez en mesure d'exiger de nous quelque chose, car si je vois vos lances et vos épées, je n'en oublie pas moins qu'à des coudées de cela, nous disposons chacun de plus de deux milles hommes pour vous donner la course. À quoi bon ce tumulte ? Eussiez vous obtenu de nous la libération de Kerthan, que vous n'auriez pu gagner vos pénates sans y être assiégés le surlendemain. Rendez vous à l'évidence ; continuer à service ce parjure, c'est l'assurance d'une fin proche."

L'algarade n'étant pas passée inaperçue, il refluait d'à côté les membres des gardes respectives ; la tension qui les animait auparavant, alors qu'ils se toisaient mutuellement, avait cédé le pays à une ire farouche, dès qu'ils surent leurs maîtres en danger, et par la force des nombres, les encercleurs finiraient par être encerclés. "Ma cousine saura vous juger avec largesse, si vous baissez vos armes... Je ne saurais vous en recommander plus, lança-t-il ultimement aux soldats, avant de glisser tout bas à l'oreille de sa cousine : Par les cinq Enfers, en voila déjà cinquante devant vos portes ; espérons que le reste demandé ne fasse pas tant d'histoires."


[Désolé, post pourrave.]
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Sam 21 Juil 2012 - 21:13

Elle s’apprêtait à sceller l’entente avec le sire d’Arétria quand une clameur soudaine engloutit ses paroles. Le tumulte d’acier quittant les fourreaux, des coups de cor et des cris d’émois furent plus qu’assez pour faire paniquer sa jument, qui menaça un instant de se libérer de sa cavalière. Anseric l’avait trahi: ses vilains étaient apparus de toute part et le gros de sa propre escorte était trop loin pour intervenir. Elle avait pour seule protection quelques chevaliers s’étant positionnés lames en l’air autour de leur dame, et ne pouvait voir son tourmenteur derrière leurs armures imposantes. C’était pour le mieux, la vague de panique qui l’avait assaillit ayant vite fait de céder sa place à un sentiment de haine implacable envers celui-ci, tel qu’elle ne saurait dire quelle aurait été sa réaction l’eu t’elle aperçu. Comment s’était elle laissée duper par ses manières frustres alors que le sournois ne cherchait qu’à l’éloigner de ses valeureux gardes ? Comble du désespoir, les hommes d’armes arboraient la tour de garde des Vosker sur leur torse, l’Arétan s’était gausser d’elle jusqu’au bout en comptant les prétendus exploits du traitre de Laraus.

Un des assaillants s’avança comme pour tenter de s’expliquer, une expression d’hardiesse béate gravée sur son faciès. Le coquin venait t-il de leurs sommer de rejoindre les murailles de Cantharel ou son ouïe lui faisait t’elle défaut ? Pouvait-elle simplement être victime de la notoire démence Vosker qui s’étendrait même à leurs hommes ? Se libérant brusquement de son cercle protecteur, elle rejoignit les cotés de l’Arétan tout en scrutant son visage à la recherche du moindre signe pernicieux. Sa déclaration de désarroi et promesse de vengeance s’avérait authentique, bien que ne faisant rien pour désamorcer la situation qui demeurait des plus tendues. Les fous étaient certes en infériorité numérique, mais les cavaliers Arétans et Berthildois les entourant de toute part ne pouvaient agir sans mettre en péril leurs charges. Mais après tout, s’ils voulaient tant l’escorter vers sa demeure, pourquoi les refuser alors qu’elle ne désirait rien de plus que de regagner la sureté de ses appartements ?

Elle ne daignait guère s’adresser au capitaine de cette triste compagnie, et s’il avait une once de jugeote elle n’en aurait pas besoin. Se penchant vers le colosse de la Rochepont qui croyait encore bon de plaisanter, elle lui glissa quelques mots afin de clore convenablement leur discussions, consciente de la centaine de regards suivant le moindre de ses mouvements.

« Je craigne qu’il ne nous faille couper court à cette rencontre, qui fut aussi agréable que bénéfique pour les peuples que nous gouvernons. Nous aurons bientôt l’occasion d’entériner notre accord plus formellement, pourquoi pas dans les halls de ma demeure? Je vous demanderais simplement de vous assurer que le siège soit levé en toute hâte, afin que les miséreux n’aillent pas dans la faim un jour de plus. Mais aussi que je puisse informer mes vassaux qu’ils doivent nous rejoindre aussitôt avec toutes leurs forces. Quant à la présente mésentente, je ne peux que vous attribuer une part de responsabilité ; s’arroger les services d’un pareil félon a un prix. Je saurais vous en absoudre, même le plus noble cœur peut s’égarer en ces temps troubles. Je ne puis cependant en dire autant pour le sire Vosker, chacune de ses actions le condamne un peu plus. Mais je vous en conjure, il nous faut à tous prix éviter que le sang coule, nous sommes entres gens de l’Atral, et l’affaire est trop sordide pour y laisser la vie. Les séides du félon n’abandonneront pas leurs armes devant votre seul courroux, pourquoi donc ne pas leur offrir ce qu’ils convoitent ? S’ils désirent retrouver leur sire, nous nous devons de les accommoder. »

Sans dire un autre mot, Arsinoé se tourna alors vers celui qui menait la brave compagnie, lui adressant un léger hochement de tête censé marquer son acquiescement. La marquise retourna ensuite sa monture et la lança au pas vers les hautes murailles de la cité à quelques centaines de mètres d’elle, suivie de près par sa garde rapprochée et, elle l’espérait, les reîtres de Laraus.


Dernière édition par Arsinoé de Ste Berthilde le Mer 25 Juil 2012 - 23:32, édité 1 fois
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Kerthan Vosker
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Dim 22 Juil 2012 - 17:37

Ils savaient bien tous que les escortes étaient tout proche ainsi que le reste des forces dans les alentours. Il y avait eu du grabuge et si tous ne bougeaient pas d'ici peu, cela tournerait en leur défaveur totale. Perkal avait suivit avec entrain les paroles d'Anseric mais n'avait pas entendu la discussion entre les deux. Tout ceux de Laraus se regardèrent rapidement, et rangèrent de concert leurs lames suite au signe de la Marquise. Après tout, l'effet de surprise était passer et en étant aussi dispersé, cela n'en valait pas la peine tant il n'y aurait aucun bénéfice.

Tout les hommes se rassemblèrent autour des dirigeants, formant un cortège plutôt serré au cas ou, incitant le monde a se diriger vers le siège du Marquisat de Sainte Berthilde, la ville nommée du même nom. Les escortes restaient bien évidement très proche, l'animosité présente semblant avoir été calmée suite "aux petites négociations" ? Aucune idée. Mais le passage proche du grand campement ne fut pas très discret, le lieutenant Perkal saisissant la corne dans les affaires de Kerthan. Il en souffla par 3 fois, élançant un grave et long raisonnement dans la plaine, accompagnant un frisson pour ceux proches du cortège si impromptu.

Alors que les portes étaient si proches mais pas encore totalement a côté, les hommes restant du camp de Kerthan se vida, les montrant en rejoignant tranquillement les portes pour les y rejoindre, partant d'un pas rapide en laissant le camp encore monté mais sans le nécessaire utile aux hommes. Il n'en fallut pas longtemps a ce que l’évènement qui s'était déroulé il y a vraiment peu, fit le tour des campements. Le grouillement s'activa et s'intensifia.

Mais il était bien tard, tout le monde déjà en branle était a la porte, ainsi que la totalité des troupes de Kerthan, sans lui bien sûr. Mais Perkal prit la parole en respectant le statut d'Arsinoé.

Il lui demanda prestement a voix basse, d'avoir sa permission pour que les troupes de Laraus restent dans Sainte Berthilde et passe sous son commandement, une fois que Kerthan serait sortis. Il ajouta que si Kerthan passait pour un traître, il n'en était pas au courant qu'une nouvelle marquise avait prit place. Il insista vraiment sans manquer de respect a la Marquise, de le rencontrer en face a face pour comprendre qu'elle était cette personne.
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Dim 22 Juil 2012 - 22:15

À mesure qu'il mesure que sa monture marchait, entourée des gardes de Vosker, Anseric se maudissait d'avoir laissé tant de libertés à ce damné de Laraus. Quand les ladres vidèrent leurs casemates pour renforcer l'escortes, les jurons vinrent aux lèvres de l'Alcide, pestant dans sa barbe de ne pas avoir engoncé leur tentes au sein de ses propres piques. Et sa cousine de lui reprocher un pareil recrutement! Par les cinq, il en était bien puni, ça oui.

Si les hommes, ayant levé le camp si rapidement, ne pouvaient représenter une trop grande menace car bien peu apprêté pour le combat, il n'en demeuraient désormais pas moins d'un nombre raisonnable. Ce mouvement brusque de foule, trop prompt et trop populeux, ne manquait de secouer les méninges d'Anseric, pour qui un tel déploiement ne pouvait être que le fruit d'une ruse. Il aurait fallu être naïf pour n'y voir là que l'action spontanée d'un chef intrépide, et le travail d'un esprit de corps exacerbé. Tout empire gardant sur lui même, le comte écarta avec nonchalance ce propre-à-rien de Perkal, afin de causer avec sa cousine.

"Je ne pourrais, madame, que vous inciter à la plus grande prudence ; toutes bonnes intentions gardées, ces reîtres ne font pas moins qu'entrer en masse dans votre cité, et je me dois d'avouer que s'il s'agit d'une ruse, nous sommes bien possédés. Les Cinq seuls savent ce que Kerthan, dont la face suinte la cautèle, n'a échafaudé avant de s'introduire dans vos murs la nuit passée. Cette mascarade peut bien être de son fait, dans le cas, où il eut été pris. Laissez ces ladres devant vos murs, et ne laissez qu'entrer leur chefaillon, je vous le conseille."

Notre homme parlait alors tout haut, jetant ça et là des regards au conclave larausien. De fait, s'il cherchait à lire un malêtre sur leurs faces, son but premier était avant tout d'alerter sa garde, qui comme des anguilles tentaient tant bien que mal de se coller au cortège. Lorsque ce petit jeu cesserait, on se rendrait aisément compte des intentions de l'énigmatique Perkal.

"En vérité, je ne pourrais laisser entrer une telle horde dans vos murs. N'ont ils pas tiré l'épée au clair ce tantôt contre nous ? Sachez que si d'aventure, la subite déférence qu'ils nous témoignent se mue en adversité, je vous enclin à sonner la charge contre ces pourceaux. Je préfère, laisser un paquet de cadavres, que des alliés prêts à me poignarder dans le dos."

Comme on arrivait alors devant les portes de la cité, Anseric mit sa monture au trot, bousculant la piétaille qui lui faisait obstacle. "Place, marauds! Laissez passer votre maîtresse, racaille!" On verrait bien si cette nouvelle loyauté allait céder le pas à celle envers Kerthan ; et si c'était le cas, on frapperait dans le tas, mais par les cinq Enfers! c'était la guerre!

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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Mer 25 Juil 2012 - 22:19

La lassitude prit peu à peu le pas sur les autres émotions de la marquise; sérrée de près par le comte et le captaine, elle ne pouvait échapper à leurs promesses douteuses et conseils mal attentionés. Anseric, désireux de rembourser la trahison de Kerthan par un bain de sang, n'avait néanmoins pas tort de douter ainsi de l'allégeance de ce Perkal qui prétendait agir de son propre chef. Les rayons rougeâtres de cette fin de journée furent masqués le temps du passage sous la caverneuse porte de Cantharel. Jaillissant de l’autre coté à l’accueil d'un faisceau éblouissant, elle ne distingua que lentement les dizaines de corps cuirassés cernant la place, chacun arborant le cerf des Saintes Berthildes qui sembla un instant caracoler sur fond écarlate. Une main agrippa soudainement son avant bras et, délicatement mais fermement, la fit descendre de sa monture. Son fidèle Adelin la raccompagna alors derrière les lignes d’hommes d’armes empêchant les soudards d’Arétria et de Laraus de progresser plus loin dans l’enceinte de la belle cité, tout en lançant des regards sombres dans la direction du comte Anseric et du prénommé Perkal.

«Mes craintes se sont avérées fondées, moi qui avais longuement tenté de vous dissuader d’aller à l’encontre de votre ennemi, en vain. Lorsque du haut des parapets j’aperçus le guet-apens se refermer, je fis rassembler aussitôt une force afin de vous sauvegarder. Je ne gardais pas grand espoir, pour ne pas dire aucun, et pourtant il s’avère qu’il en soit tout autrement. Je pense avoir saisi la tournure d’événements, si ce n’est pour quelques détails gênants : Si les Vosker sont doublements félons, ou alors est le Sieur Kerthan, et qu’explique la docilité du sire d’Arétria ?"
« Vous savez mieux que n'importe qui où  trouver le seigneur de Laraus, Il y a moins d'une journée que vous l'avez personnellement escorté jusqu'à sa nouvelle demeure ; dans les cachots. »

Son oncle s'empourpra aussitôt eu t-elle achevée la phrase, faisant néanmoins preuve d'une grande maîtrise de soi en répondant d'un ton presque inchangé  si ce n'était pour une pointe d'agacement.
« Affublé de la sorte, la place de ce qui était de toute évidence un dément œuvrant pour votre mal n'était autre que dans nos geôles. Et pourtant peut être me serais-je laissé adoucir par ses protestations incohérentes si ce n'était pour l'intervention malheureuse du suppôt de votre cousin. Le blâme appartient assurément à ces scélérats, non pas à moi ! »
Arquant légèrement un sourcil, elle pensa un instant à prendre la main du vieil homme afin de l'apaiser, se ravisant prestement.
« Vous décelez les reproches là ou il n'y en a aucun. Je ne saurais défendre le choix de compagnons de mon cousin, il n'est pas pour autant au cœur d'une quelconque sombre machination. Maintes fois eu t-il l'occasion de me nuire, à l'inverse il su se montrer des plus avenant et dévouer à la cause de la paix. J'ai bon espoir qu'un accord sera conclut sous peu, le comte logera dans le castel en attendant, pourquoi pas dans les appartements récemment désertés par Messer d'Angleroy ? Il nous faudra aussi accommoder son escorte ; la troupe de Laraus fera quant à elle campement à l’extérieur de Cantharel afin de nous prévenir contre toute nouvelle traîtrise. Je vous attendrais ce soir au souper, ou je pourrais vous exposer en grand détails certaines vérités délicates, et Messer de Vosker le lendemain. »

Tout étant dit, elle ne se priva alors pas de déserter la place bruyante, laissant à son oncle le plaisir de trier parmi la masse de reîtres. Quant à elle, elle troquerait volontiers la senteur aigre émanant de la troupe de roturiers pour les encens de Notre Dame de la Calice, le grand temple de Cinq qui rivalisait de taille avec même la citadelle des marquis de l'Atral. Après tout, comment ne pas croire en la providence de Néera après cette journée ?

******


La nuit avait été longue, Adelin ayant du entendre répéter à plusieurs reprises les mêmes arguments avant de se rallier au plan de la marquise. Des cavaliers avaient été envoyés à ses différents vassaux, avec des nouvelles qui elle l'espérait, les sortiraient de leurs fâcheuses torpeurs. Ne restait plus que le trublion de Laraus, qu'elle attendait sans grand enthousiasme tout en entamant un plat de figues. Un serviteur en livrée argent et sinople sortit d'une quelconque entrée dissimulée, la prévenant de la présence de son hôte. Elle espérait seulement qu'Adelin ai eu la présence d'esprit de le rendre présentable, n'ayant aucun souhait de voir exacerbé le ridicule de la situation.
"Faites-le entrer"
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Kerthan Vosker
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MessageSujet: Re: Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]   Jeu 26 Juil 2012 - 15:03

Les soldats n'espéraient pas grand chose venant de tout ce monde, Perkal harangua les hommes a rester en place devant les murailles a attendre. Aucune attitude agressive, juste des hommes qui attendent presque un jugement avec calme. Si tout ces hommes souhaitaient les éradiquer, ils allaient être servit en essayant, bien que Perkal était des plus abattu.

---

Kerthan râlait a voix basse, s'étant calmé depuis un moment. Mais il fut surpris, pas vraiment content, quand il fut sorti des cachots et lavé, rendu présentable pour une rencontre avec la Marquise. Il n'avait fait aucun remous, pas de grabuge, un calme plus qu'appréciable pour ceux qui avait la corvée de l'aider un peu, bien que Kerthan fut largement autonome. Il fut revêtu du Tabard des armoiries de Laraus, arborant la tour plus que reconnaissable.

Kerthan entra, d'une attitude tout aussi calme, presque docile face a la force qui l'animait au début de son escapade. Posant son regard sur la Marquise, il attendit droitement au milieu de la salle, ne prenant pas directement place, ou se dirigeant spécialement a un endroit. Pas un mot, ni un son, autre qu'une formule de salutation due au rang d'Arsinoé. ce n'est pas lui qui allait faire le premier pas, se retrouvant enfin devant la figure du pouvoir du marquisat de Sainte Berthilde, dont il n'avait pas eu connaissance autrement qu'en se lançant en campagne avec Anseric.
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Quand sapience prévaut sur violence [Clélia, Kerthan, Cléophas]
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