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 Grande forge de Thanor: Une commande un peu spéciale

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Thorgrim Le Blanc
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MessageSujet: Grande forge de Thanor: Une commande un peu spéciale   Ven 8 Juin 2012 - 1:19



Thorgrim Le Blanc observa attentivement l'apprenti sortir le métal chauffé à rouge des braises. La lame qu'il devait manipuler n'était pas une lame de haute qualité, l'alliage qui la constituait n'était pas mauvais, mais c'était solide sans être le meilleur. Un matériel de travail idéal pour un apprenti, un mauvais alliage était (outre le fait que ça n'en valait pas la peine) très difficile à travailler à nouveau et un alliage de haute qualité, comme il était lui-même capable d'en produire, demandait beaucoup d'expérience et de maîtrise, que ce soit pour forger l'objet ou pour le réparer. Et surtout, un métal de haute qualité, était aussi un métal cher et il était donc évidemment très rare qu'on confie de tels métaux à manipuler aux apprentis. Mais ici, l'alliage était moyen en terme de qualité, une erreur pouvait facilement être rattrapée et en cas de vrai bavure, le prix à payer pour remplacer l'objet ne serait pas trop élevé et constituerait de nouveau un bon exercice pour l'apprenti.

La lame était ébréchée, il fallait remettre son fil à neuf, le remodelé et le re-dessiner pour rendre à la lame son éclat. C'était une tâche difficile, mais Umric était un apprenti prometteur. Il l'avait assisté de nombreuse fois et connaissait la procédure par coeur. Il observait chacun de ses gestes et en prenait note mentalement, les remarques viendraient pour l'essentiel plus tard, mais certaine fusaient déjà.

« Plus ferme quand tu bats le métal ! Un vrai forgeron est sûre de son geste, il sait ou il frappe et ce qu'il accomplit au travers chacun des coups de marteau qu'il donne. »

Il devait pratiquement crier à chaque remarque, non pas parce qu'il était mécontent, au contraire le gamin s'en sortait plutôt bien pour l'instant. Mais parce qu'à cette heure-ci de la journée, juste au retour de l'heure de table qu'ils avaient tous passé ensemble comme chaque jour, des centaines de marteaux frappaient sur les enclumes des quelque quatre-vingts ateliers répartis dans la salle des forges. Tous étaient protégés entre eux par trois mures de pierre très résistant à la chaleur, qui formait une sorte d'enclos isolant chaque atelier. Pour éviter que le vent ne puisse s'engouffrer par la grande porte d'entrée et souffler dans les fourneaux ou les braseros (les braises ardentes se seraient alors immédiatement enflammées) et pour qu'en cas d'incendie, les mures ne cèdent pas trop vite. Dans chaque atelier travaillaient un ou deux forgerons et parfois un ou deux apprentis avec eux. Selon le nombre, l'enclume, le fourneau et le matériel en général était de taille varié, l'atelier auquel chaque forgeron était assigné dépendait de ses compétences et des commandes (de la taille de l'objet notamment) qu'on lui avait assignée ainsi que les délais dans lesquels ce devait être délivré.

En outre les ateliers étaient tous pourvu des meilleurs outils possibles, certain appartenaient au forgeron (et ne restait donc pas dans l'atelier à la fin de la journée) mais la plupart étaient aux forges elle-même où, par défaut, le maximum était toujours fourni. Les ateliers étaient répartis en quatre rangées dans la salle, entre chaque rangée un large passage était laissé et pour faciliter la mobilité quatre artères perpendiculaires venaient compléter le tout, d'en haut, l'ensemble devait ressembler à un quadrillage. Le plafond était très haut, à plus de vingt mètres au-dessus de leur tête et percé d'un grand trou qui laissait échapper les fumées émanant des fourneaux, c'est également dans ce but que l'entrée des forges était aussi grande, il n'y avait en effet pratiquement pas de façade sur le côté sud du bâtiment et cette bouche béante constituait l'entrée dans ateliers. Sans cela, les artisans s'asphyxieraient au bout de quelques heures de travail avec les gaz et fumées que leur propre atelier dégageait et surtout la température intérieure deviendrait vite insupportable. La salle elle-même était immense, les clients venaient rarement discuter eux-mêmes de leur commande ici, la plupart du temps, il déposait l'objet à réparer ou leur commande à l'accueil situé sur la droite à l'entrée des forges (une annexe en pierre de taille sombre comme le bâtiment ou se trouvait les forges, sobre à l'intérieur avec dix comptoirs en chaîne massif, toujours encombrée de formulaire de commande d'encrier et de feuilles de papier innombrable). Et les dix nains qui y travaillaient en alternance les classait, répartissait entre les différents forgerons disponibles et les faisait parvenir au contremaître qui les validait ou modifiait puis enfin distribuait aux artisans. En cas de doute seulement, on renvoyait l'objet du problème à Thorgrim qui tranchait. Mais en général, les contremaîtres étant compétent, il n'avait pas besoin d'intervenir.

En cas de commande plus spécifique cependant, le client venait directement discuter avec le Maître artisan, soit lui-même, pour lui décrire ce qu'il souhaitait et que Thorgrim juge lui-même lequel de ses artisans étaient le plus compétent (il consultait en général les contremaîtres, soit par pur respect, pour la forme soit parce qu'il hésitait et qu'il voulait un second avis). Il n'était pas rare qu'en cas de commande difficile il en prenne lui-même la charge, c'était le privilège des Maître artisans, il pouvait choisir leur sujet de travail et laisser plus souvent que n'importe qui d'autre libre coure à leur talent, sur des matières et des objets plus complexes. Mais ce n'était guère courant et comme tous les autres forgerons, la plupart des commandes qu'il devait accomplir était des commandes simples. Et c'était très bien comme ça, aucun forgeron quel que soit son talent ne devait délaisser le travail des objets simples, les gestes de base, le travail utile. Car ce n'est pas d'épée à la garde incrustée de diamant dont la plupart de ses frères avaient besoin, mais bien de couteaux de bouché, de lames simple et tranchante bien fixée sur un manche de hache, de pointes de flèches, d'armures simples, de fermoirs pour leur cape, de broches pour les cheveux de leurs femmes et leurs filles, en bronze en cuivre ou en étain, des outils ect... Et la base du métier de forgeron était l'utilité de son travail et sa capacité à produire le plus rapidement possible et à bas coup des objets simples et robustes.

De l'extérieur les Grands ateliers des forges de Thanor possédaient trois ailes principales, la plus petite était celle ou se trouvait les fourneaux « individuel », les bas fourneaux qui permettaient de réaliser les objets d'ouvrages communs, c'est là que se trouvait Thorgrim actuellement. La plus grande était celle des hauts fourneaux ou l'on y réalisait les grands ouvrages, et la médiante, qui faisait la perpendiculaire entre les hauts fourneaux et la salle des ateliers individuels et les séparait, était l'entrepôt ou la matière première, le charbon et les minerais. L'entrepôt et les hauts fourneaux étaient parcourus de Rail, sur lesquels des wagons pouvaient circuler afin d'acheminer la matière première et le charbon. Ces trois ailes étaient construite en pierre de taille sombre et solide, les toits étaient soutenus par de lourdes poutres métalliques. Les trois mastodontes noir en enfilades avaient quelques choses d'à la fois majestueux et intimidant, la fumée grise qui en sortait en permanence et la chaleur qui régnait à l'intérieur et se muait en un souffle lourd et puissant à l'entrée des forges n'était pas sans évoquer l'image d'une immense gueule de dragon. Throgrim aimait bien ces forges, elles n'étaient pas aussi belles que celles de Kirgan, dont les toits sombres, la pierre grise et massive, les fresques qui les décoraient, les statues des forgerons célèbres et des maître à l'entrée et la taille plus imposante encore, était le reflet de la toute puissance et de la richesse du royaume nain désormais déchu. Mais c'était de bons ateliers, il s'y sentait bien et aimait y travailler, les artisans avec qui il travaillait était également de qualité et c'était d'ailleurs pour lui le principal.

Il avait fallu du temps pour reconstruire les bâtiments, les ateliers, les fourneaux et les installations ferroviaires qui reliait les forges aux mines. Pour fournir à nouveau des outils de qualités à chaque forgeron, en trouver suffisamment pour pourvoir au besoin de la ville et pour faire reprendre l'activité de manière complète. Mais aujourd'hui les résultats étaient là, la plupart des armuries et des échoppes spécialisées venaient se fournir aux forges et y passaient leur commande, les rentrées étaient suffisantes, les forgerons gagnaient bien leur vie et de nombreux apprentis venaient y trouver un maître ces derniers temps.

Umric était justement l'un de ces apprentis et Thorgrim, tout en s'épongeant le front lui tapota l'épaule pour lui signifier qu'il était temps de remettre la lame dans les braises du fourneau, sans quoi il briserait le métal qui aurait trop refroidi pendant qu'il le travaillait. L'apprenti, un peu confus acquiesça, il s'était laissé déconcentré et avait failli commettre une erreur de débutant. Ce n'était pas dans ses habitudes et Thorgrim sentit qu'il fatiguait, c'était l'heure de la sieste après tout et lui fît signe de prendre une pause dès qu'il aurait terminé la phase qu'il avait entamé. Il était possible de suspendre la confection d'un ouvrage tant qu'on en respectait les phases de réalisation, sans quoi on risquait de fragiliser le métal.
Sur quoi, s'épongeant à nouveau le front, il enleva les verres fumés qui protégeaient ses yeux tout en se détournant du fourneau. Sortant de l'atelier, il empoigna sa gourde et avala une longue goulée d'eau, le liquide tiède apaisa sa gorge qui commençait à devenir sèche, la lourde chaleur de la forge nécessitait une hydratation régulière, sans quoi un malaise pouvait arriver ou la fatigue conjuguée au rythme lent et régulier des coups de marteau sur l'enclume pouvait vite amener à l'assoupissement. Et l'un comme l'autre n'était guère souhaitable lorsque l'on manipulait un marteau de plusieurs kilos avec force ou que l'on se trouvait à proximité de braise ardente, chauffée à plusieurs centaines de degrés. Il tapota inconsciemment son marteau tout en réfléchissant à ce qu'il avait encore à faire aujourd'hui. Un riche chef de clan était venu lui commander en personne une épée à deux mains pour un noble humain des contrés du Sud, il voulait lui offrir un présent et il semblait que l'homme en question appréciait tout particulièrement les lames, dont il faisait collection. Ce devait être à la fois une arme d'apparat qu'il pourrait accrocher sur son mure et une arme prête à servir au duel ou sur un champ de bataille.

Thorgrim siffla entre ses lèvres, il n'avait pas aimé le client, ni la commande, le client était arrogant et vaniteux, c'était visiblement un riche marchand dont la colossale fortune semblait le placer à des kilomètres au-dessus de ses semblables. Un de ceux qui avaient probablement profités de la chute du royaume, ils étaient rares, mais ils existaient et ils n'avaient pas hésité à s'enrichir sur le malheur des autres. Mais surtout la commande était ennuyeuse, une arme d'apparat n'était pas une arme de guerre et concilier les deux était à la fois aussi ridicule que difficile. Trop de gens se laissait avoir par les légendes et les contes qui décrivaient de magnifique épées aux poignées et garde incrustée de diamant ou autre pierre précieuse. Ou des haches d'or et d'argent capable de trancher les écailles d'un dragon comme du beurre. Mais la réalité étaient bien moins glorieuse en général, même les armes des rois n'étaient (parfois) rehaussées sur la garde que de motif d'or et d'argent, d'un rubis ou d'une émeraude, mais guère beaucoup plus. Les armes de guerre étaient faites pour être les plus solides, les plus légères et les plus tranchante ou perçante possible, point à la ligne. Pas de fioriture ou de faux semblant, un diamant incrusté dans la garde ne faisait pas gagner un combat, les filigranes d'ors ou d'argents déséquilibraient les lames et risquaient plutôt de les faire perdre...

Deux choix s'offraient à lui, minimiser son temps de travail, qui était précieux et qu'il devait consacrer à d'autre vrai commande autrement plus utile et sérieuse et ne réaliser qu'une arme d'apparat. Ou alors faire appel à tout son savoir faire (qui l'avait rendu célèbre) et sortir de la matière brute une oeuvre d'art dont l'élégance et la beauté n'aurait d'égal que la finesse et l'efficacité. Si le client était un connaisseur, il remarquerait immédiatement que l'arme n'était que d'apparat quand on la lui présenterait (plus esthétique mais peu adaptée au combat et moins solide). Sinon il n'en saurait bien évidemment jamais rien car ce n'est pas le nain prétentieux qui lui offrirait qui serait capable de le lui révéler (il n'avait probablement jamais dû réellement se servir d'une hache ou d'une épée...).

Il ne put s'empêcher de soupirer, que celui qui passe la commande soit ridicule et arrogant ne changeait rien, il avait fondé sa réputation sur base de son talent, mais aussi de son sérieux et de sa capacité à créer des objets (arme ou non) aussi fin que qu'utile et efficace. S'il frappait une lame du sceau des forges de Thanor et de sa signature et que celui qui recevait l'objet s'apercevait qu'il était de confection médiocre, il risquait d'en pâtir. Finalement peu importait, il créerait comme il le faisait toujours, la meilleure lame possible et puisqu'elle devait être belle, elle le serait.

Sans s'en rendre compte il avait tiré de son tablier sa pipe, l'avait bourré de tabac et l'avait allumée. Il en tirait maintenant machinalement de longue bouffée, le tabac était fort, comme il l'aimait et calma un peu son humeur, qui tournait à l'orage lorsqu'il en revenait à penser au misérable individu qui s'était adressé à lui avec tant d'arrogance. Perdu dans ses rêveries, il ne vit pas l'un des intendant de l'accueil des forges s'approcher, il ruminait dans sa barbe tout en se remettant à tapoter son marteau lorsqu'il fût interrompu.


Dernière édition par Thorgrim Le Blanc le Mar 12 Juin 2012 - 22:50, édité 1 fois
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Dun Eyr
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MessageSujet: Re: Grande forge de Thanor: Une commande un peu spéciale   Ven 8 Juin 2012 - 14:17

Tandis que ses bottines éprouvées claquaient sur le sol des galeries, Dun Eyr se fit la réflexion qu’il ne connaissait guère Thanor. Cela était vrai ; même au temps de la splendeur des Nains, même avant la Malenuit, il n’avait que rarement porté sa barbiche sous les doubles arcades de la Cité d’Arkan. Tout au plus, Haut-Prêtre bienveillant, avait-il traversé comme une tempête ces corridors pour sauver l’âme – et le foie – de quelque Aspirant égaré dans les tavernes jovialement réputées des premières strates. Il fallait préciser qu’en Thanor prospéraient de longue tradition les Mâchepierre, certaines lignées sur vingt générations, voracement ancrés à la terre de leurs aïeux ; et pour ces Rodministes fervents, il n’y avait qu’une joviale haine qui était de rigueur.
Ah ! le temps béni des rixes de culte… Où étaient donc passés Dorkhan le Colosse, Bal Rân Trogne-de-Pierre, et Karûn le Véloce ? Et la Taverne de Bribôn, où se retrouvaient les cultistes pour consentir à une trêve, conclue à grand renfort de houblon. Il fallait de rares circonstances pour que Rodmin et Lirgan cessent de s’empoigner et s’attablent autour d’une même chope, à mêler leur Art pour œuvrer de concert – échafauder une élégante Voiturette-à-Evider-les-Wandres, par exemple…
Reniflant les prémices d’une larme, Dun Eyr laissa fuir tous ces souvenirs guillerets, et rejoindre leur néant. Il avait bien plus pressant à accomplir ; car là, entre ses bottines arrêtées, se déployait un grand champignon frongol, qui faisait la renommée de Tahnor au-delà des cimes. Alors, cueillant le spécimen du bout des doigts, Dun Eyr y mordilla en rêvassant, sourcils relâchés. Le brouet fongique n’avait pas perdu son goût amer, et doux au palais – et finement hallucinatoire, c’est crucial. Voilà au moins ce que la Malenuit avait laissé au Petit Peuple…

Mais Dun Eyr se ressouvint brusquement qu’il venait pour des affaires plus urgentes. Alors, glissant son demi-champignon dans une besace – une friandise pour le retour – le Nain reprit sa foulée empressée, et disparut dans les galeries inférieures, vers les forges remuantes.

Trois galeries, deux niveaux, onze escaliers et une chope plus bas, Dun Eyr, parvenu à destination, contemplait les fourneaux. Là où un marchand humain aurait pâli de surprise devant le gigantisme des forges, sans présumer de la pâmoison d’un Longues-Oreilles, le Nain promena un regard affuté sur ces belles installations rutilantes. Ce n’était pas la Grand’Forge de Kirgan, au temps de jadis ; mais enfin, au jugé des cataclysmes récents, c’était prodige d’avoir rebâti une telle industrie en quelques années. Aussi le Nain, enveloppé de nuées enfumées, noyé dans la brume de limaille, huma profondément le parfum brûlé du fer que l’on cogne. Cela flairait bon la tanière d’antan.

Quelque chose comme un intendant, peut-être, vint à Dun Eyr et commença à lui parler ; le Nain s’aperçut alors que la Malenuit avait laissé à Thanor, en plus de ses fongus miraculeux, l’accent crasse et lourdaud qui faisait le charme de ses Nains.
Dans le fracas des presses, le voyageur ne saisit pas ce qu’articulait son intendant. Oh, il eût pu deviner, lire sur les grosses lèvres du bonhomme ; et puis, ce ne devait pas être bien sorcier, que demander à un client dans une forge, si ce n’est le juste équilibre entre ses souhaits fous et le volume de ses piécettes d’or ?
Mais Dun Eyr, ignorant le Nain des forges, résolut d’impressionner ces Thanoriens. C’était déjà une cocasse déchéance pour lui, le Lirganique, de venir quémander un Maître de Forge dans ce bastion des fendeurs-de-pierre. Alors, qu’on l’apostrophe comme un badaud quelconque, qu’on ne reconnaisse même plus sa vieille bure de Haut-Prêtre… voilà qui était trop pour l’exilé.
Plongeant la pogne dans ses fontes, le Nain en retira une petite flasque rouge, porteuse d’un étrange breuvage. Ah ! comme il avait pu s’ennuyer dans le donjon du Kastelord, et quelles mixtures il n’avait pas concoctées… Dun Eyr renversa la tête en arrière, engloutit la solution, marmonna quelques magies, et laissa un sourire lui fendre le visage. Sans plus de cérémonie, il dépassa l’intendant et s’avança plus encore vers les forges – ne laissant plus au planton que la bouffée d’un grand rot, vieille coutume de Nain ; et chargée cette fois, entre autres saveurs, du parfum fongique d’un demi-frongol bien juteux…

Alors Dun Eyr entreprit de marcher vers une grande cuve de fer chauffé à blanc, qui crachotait ses vapeurs jusque dans une vaste cheminée. Et comme il allait, le Nain se délesta de tout ce qui alourdissait son pas : besace, sacoches, bourses et écrins de toute trempe, tout cela fut laissé de côté ; puis les bottines elles-mêmes volèrent, et le Nain cheminait alors pieds nus sur la pierre inégale et râpeuse. Mais cela n’est que vétilles pour la rude plante d’un Dun. Enfin, dans un bond, il arracha sa défroque de vieille bure, laissant toute sa nudité couleur de chair éclater dans cet univers de sombres forges et de fer noirci. Les grands souffles de fumée sifflaient autour de sa peau nue, et la limaille qui crépitait était comme l’accolade d’une vieille amie sur le corps du Ciseleur.
C’est alors que le Nain nu, sa longue barbe pendant au bon endroit, fit trois lestes enjambées et bondit dans la cuve de fer en fusion. Son corps disparut dans le lac de métal hargneux, et une grande fumerolle jaillit lorsque le Ciseleur fut englouti dans ses flots. Alentour, les artisans devaient béer à cette vision terrible, certains même crier ; mais l’effroi n’y faisait rien, et aucun n’aurait risqué un pouce à secourir le Nain comme fou.
Pourtant, l’onde clapota dans la cuve, et la tête du Nain reparut soudain. Un air badin rayonnait sur sa face gouailleuse, tandis qu’une lave de métal s’attardait dans ses cheveux broussailleux. Dun Eyr recracha un long jet de fer liquéfié, et soupira d’aise et de contentement : sa potion toute Lirganique avait fait des merveilles, c’était un grand soulagement. Mais enfin, il devait prendre gare à ne pas trop s’attarder, ce n’était qu’un passe-passe de touille-magie qui durerait peu de temps.

Le Nain fit néanmoins quelques brasses encore dans sa cuve, avant que de s’accouder à son rebord ; et, haranguant un Apprenti qui louchait de surprise, c’est un Dun Eyr ravi qui lui claironna :

« Va donc me rechercher ma bure, que je me revête. Et appelle le Maître-Forge ! dis-lui que j’ai un grand ouvrage à la proportion de ses talents. »

Certain désormais qu’on ne le prendrait plus pour un ordinaire client, ou bien le quelconque héraut d’un Baronnet de troisième rang, le Lirganique retourna nager dans son flot à peine tiède ; et il attendit qu’un forgeron à l’égale hauteur de ses exigences vienne le saluer dans son incandescente baignoire.
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Thorgrim Le Blanc
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MessageSujet: Re: Grande forge de Thanor: Une commande un peu spéciale   Ven 8 Juin 2012 - 22:35

Thorgrim regarda l'apprenti droit dans les yeux, tira une longue bouffée sur sa pipe et laissa encore un instant le silence envelopper le jeune nain et achever de le mettre mal à l'aise. Non pas par plaisir, mais bien parce qu'on ne "tapotait" pas sur l'épaule d'un maître forgeron de plusieurs décennies (et probablement un siècle) son aîné, comme on tapote sur l'épaule de celui avec qui on a partagé ses couches. Il recracha lentement la fumée en rond et d'un geste de la tête lui permis de parler. Embarrassé et mal à l'aise, mais aussi, (ce qui surpris le forgeron) avec une surpris voir intimider par ce qu'il avait à dire en soit, il commença à expliquer à Thorgrim qu'un nain étrange et nu (par-dessus le marché!) avait sauté dans une cuve de métal en fusion avant d'en ressortir indemne et d'exiger qu'on lui amène le Maître forgeron.

« Dans une cuve de métal en fusion ? Ce... Qui... Il était ivre? Si c'est une plaisanterie jeune nain je...»

L'apprenti hocha vivement la tête avant de l'interrompre avec conviction:

« Non maître il en avait pas l'air, ivre je veux dire, d'après Gim il avait surtout l'air sûre de lui au moment où il a sauté... Et j'étais présent quand il est ressorti ! C'est la magie maître, j'en suis sûre !»

Thorgrim se passa la main sur le front, sûre de lui avant de plonger dans un cuve en fusion ! En voilà une bonne se dit-il pour lui-même. À vrai dire il ne connaissait que deux types de personnes capable de tels exploits et ces deux types de personnes avait pour elle en commun deux choses importantes, une très haute opinion d'elle-même et de leur compétence (parfois à plus ou moins juste titre, souvent pas du tous) et des pouvoirs surnaturel issu d'un maîtrise de la magie. Sinon comment expliqué autrement, que par la maîtrise des arcanes, qu'un nain aussi grassouillet et résistant soit-il, puisse sauter dans une cuve de métal en fusion et en ressortir indemne (sans parler de la barbe qui aurait du s'enflammer avant même qu'il ne soit rentré en contact avec la lave... quelle catastrophe!). C'était donc soit un mage, soit un prêtre et dans un cas comme dans l'autre il devait être puissant pour, soit lancer un sort qui le protège aussi efficacement du magma métallique incandescent et le maintenir, soit concocter je ne sais quelle potion protectrice suffisamment efficace pour rendre l'exploit possible. Et si c'était un nain, il était plus probable que ce soit un prêtre...

Même parmi les prêtres de Lirgan, il ne voyait (que de vue et réputation) qu'un Haut prêtre pour être capable d'accomplir un exploit aussi impressionnant que ridicule (et inutile). Il penchait pour Lirgan puisque c'était le Dieu des forges et forgerons, ça paraissait donc plus probable et logique (il avait un peu connu Agarald Haut prêtre de Mogar et il ne se serait pas risqué nu dans une cuve de métal en fusion par exemple). Il avait connu le Haut prêtre de Lirgan à l'époque où lui-même était conseiller royal et maître des forges de la (jadis) belle Kirgan. Et s'il se souvenait encore de son nom et de son visage, il se souvenait qu'il avait aussi une réputation d'excentrique, ne l'ayant pas connu plus intimement que ça, il était toujours resté à l'écart des prêtres, même avant la Malenuit, non qu'il ne les aimait pas, mais n'étant pas un grand dévot, il n'avait jamais attiré par le contact des religieux, de la religion et de ses représentants pour ce qu'il était.

« Satané Mage, prêtre et sorcier de tout poile, toujours à amener des ennuis! »

Marmonna-t-il pour lui-même dans sa barbe, quoi qu'il n'était pas certain de ce dont il s'agissait. Quoi qu'il en soit il n'appréciait pas spécialement qu'un nain quel qu'il soit vienne troubler la concentration des forgerons de Thanor, surtout pas en exhibant à l'intérieur de ses ateliers la terrible vision de ses attributs et de son postérieur rebondi. Cette image allait probablement hanter ses apprentis les plus jeunes pendant des jours, il était même certain qu'ils n'en dormiraient pas cette nuit...

« Bien allons mettre un terme à cette foire indigne d'un établissement sérieux comme le nôtre ! Montrez-moi on se trouve ce rigolo... »

L'apprenti lui ouvrit la voie vers l'endroit ou se trouvait le fou furieux qui faisait tremper son postérieur crasseux dans ses cuves. Au-delà du caractère grotesque, quoi que drôle (avec un peu de recul), l'idée qu'un prêtre quel qu'il soit vienne en ces lieux pour lui demander une commande spéciale titillait son intérêt. D'un côté il avait déjà vu bien des nains (haut placé et arrogant) venir lui demander directement des objets à leurs yeux, spéciaux et complexe, qui enfaîte était à la portée de n'importe quel forgeron... Mais au fond ça ne le dérangeait pas, au contraire l'idée qu'on veuille absolument faire appel au Maître des forges et qu'on lui donne l'occasion de démontrer son talent, flattait son ego et c'était encore mieux quand on connaissait son nom (même si son nom était connu des guerriers, de la profession même et des anciens hauts placés ayant survécu, tous les nains ne connaissaient pas son nom).
Lorsqu'il arriva sur place, plusieurs apprentis se tenaient immobiles autour d'un nain à la barbe blanche et à la coupe de cheveu excentrique, qui se revêtait tranquillement. L'un d'eux lui servait même de porte vêtement ce qui ne manqua pas d'exaspérer le maître forgeron. S'approchant d'eux il se planta devant les apprentis (dos au fanfaron) qui regardait encore l’intrus à moitié incrédule, mais qui en voyant leur maître et son aire sévère, dont il ne servait pas souvent, virèrent, pour les un au cramoisi pour les autres au vert pâle... Pris qu'ils étaient, la main dans le sac à tirer au flanc alors qu'une montagne de travail les attendait sûrement.

« Je vous dérange peut-être ? Non ? Bon alors je vous conseil de retourner au travail avant que ma bottine ferrée ne vienne titillée votre royal postérieur! Ouste! »

Les apprentis hochèrent la tête et se détournèrent immédiatement du maître forgeron repartant rapidement vers leurs ateliers et au travail, grommelant de vague excuse en même temps qu'il prenait leur jambe à leur coup. Satisfait Throgrim se retourna et indiqua à celui qui l'avait guidé jusqu'ici qu'il pouvait lui aussi se remettre au travail sans attendre. Voyant que le nain qui servait de porte vêtement n'avait pas encore bougé, il posa calmement son regard d'acier sur lui et se faisant insistant attendit qu'il daigne déposer les bottes de l'hôte et retourner dans sa forge... Ne quittant pas le maître artisan des yeux, le nain déposa précautionneusement les bottes sur la pierre et s'en alla sans demander son reste. Enfin il observa celui qui était la cause de ce désordre, il ne mit pas longtemps à le reconnaître, comme il s'en était douté s'était un prêtre de Lirgan et pas n'importe lequel puisqu'il avait en face de lui le Haut Prêtre de Lirgan! Dun Eyr était son nom s'il s'en souvenait bien, il l'avait croisé à de nombreuse reprise autrefois, du temps ou Garmin était encore en état de donner des banquets et d'administrer son royaume. Avant la Malenuit, il n'avait pas une mauvaise opinion des prêtres, sans les apprécier particulièrement ou les révérer plus que de coutume, il ne s'était jamais vraiment intéressé à leur caste. Tout concentré qu'il était sur son travail et la gestion des forges de Kirgans. Mais après la Malenuit et ce qu'il considérait comme une trahison de la part des Dieux, il ne pouvait s'empêcher de prendre en grippe leur représentant. Cela dit, Lirgan n'était pas Mogar et en soit Lirgan ne les avait pas vraiment trahi, d'ailleurs son culte n'avait pas perdu autant de fidèle que celui du Père de tout les nains. Mais tout de même, ces Dieux, un peu tous les mêmes au fond après tous, ce disait-il souvent. Si Mogar avait trahi ses propres enfants pourquoi Lirgan serait-il un Dieu en lequel il pouvait avoir plus confiance... Sortant de ses réflexions et décidant que prêtre ou pas, il serait surtout un client, il adressa enfin la parole au Haut prêtre sur un ton un peu plus froid qu'il ne l'aurait voulu :

« C'est donc vous le trouble paix qui vient dans mes forges faire trempette dans le métal en fusion... À cause de vous on va devoir jeter ce métal... Vous y avez sûrement déposé d'innommables impuretés en y baignant votre postérieur gras et nu ! »

L'introduction faite il enchaîna sur le reste :

« Je ne sais pas prêtre, ce qui a motivé votre... singulière entrée... Mais ici, ce sont des forges, vous êtes prêtre de Lirgan je le sais, vous devriez le comprendre. La moindre seconde de déconcentration pour l'un de ces forgerons ou plus encore pour un des apprentis, peut être extrêmement dangereuse. Tout le monde ne sait pas se protéger aussi efficacement que vous, du métal en fusion ou des coups de marteau sur les doigts... Et puis depuis quand on s'introduit auprès des gens en faisant irruption nu comme un vers luisant ! »

Il ne s'emportait pas, mais son ton était ferme, sans paraître énervé ou fâché il faisait clairement comprendre au Haut prêtre qu'il était chez lui et que les règles ici, valait pour tous.

« Votre petite entrée en d'autre circonstance m'aurait certainement fais rire, mais au milieu d'une forge avec tous les danger que cela induit, ce n'est pas vraiment le cas. »

Enfin il enchaîna sur l'essentiel, tout en s'épongeant le front avec un mouchoir sorti de son tablier usé et en remettant une des centaines de tresses dont était constituée sa barbe en place, il finit par sourire (un sourire un peu forcé mais finalement un peu amical aussi... Dun Eyr lui rappelait quand même une époque qui lui était chère et pas encore si éloignée...) et lui tendit sa main gantée et un peu crasseuse.

« Enfin soit, demain nous en rirons tous de toute façon, venez avec moi, allons dans mon atelier personnel pour discuter... Je n'ai pas besoin de me présenter n'est-ce pas... Haut prêtre de Lirgan Dun Eyr.»

Son apprenti, qui ne le voyant pas revenir vint à sa rencontre et arriva à ce moment-là, fort à propos pour Thorgrim, qui puisqu'il devait traiter avec un Haut Prêtre décida qu'il le ferait assis et avec de quoi se rafraîchir, un bain de métal en fusion finalement ça devait tout de même vous laisser la gorge un peu sèche. Il en avisa le jeune nain avant même qu'il n'ait pu ouvrir la bouche et l'envoya chercher de quoi se rafraîchir et installer deux sièges dans sa forge personnel, au centre du hall.

« Je n'aime pas faire la morale, ni au prêtre ni au apprenti, mais bon... Si je ne le fais pas, demain j'ai dix nains un peu trop juvénile qui se croiront chez eux et passeront leur journée à faire n'importe quoi, ils ont un humour déplorable autant que douteux en plus... (Grommelant) Un jour ils ont essayés toute la journée de me piquer des poiles de barbe et... enfin c'est une autre histoire et un jeux stupide»

Tout en traversant les allées Thorgrim raconta, sur le ton de la conversation, comment ils avaient reconstruit ces forges que les tremblements de terre avaient pratiquement démolies durant la Malenuit. Comment ils (les forgerons venus de Kirgan avec lui et lui) s'étaient inspirés des forges royales pour rebâtir celles-ci alors qu'on lui avait confié la tâche de relancer cette partie-ci de l'industrie. Il ne put s'empêcher de préciser que leur activité était l'une des plus productive de Thanor et qu'elle contribuait largement au commerce extérieur et à son épanouissement. "Même si, spécifia-t-il, je ne suis pas sûre d'apprécier l'idée qu'on vende à tour de bras notre métal aux humains... Certain de nos clients... Enfon soit!" L'évocation de la Malenuit l'amena à se taire quelques instants, la proximité d'un prêtre le mettait mal à l'aise lorsqu'il s'agissait de faire ressurgir ce genre de souvenir. Il en voulait de manière parfois irrationnel à tout ce qui se rapprochait de près ou de loin à Mogar, comme de nombreux frères qui en avaient réchappé, il avait perdu bien des choses. Il n'avait pu sauver que trois des plus beaux joyaux de sa collection, heureusement parmi elle se trouvait l'épée qu'il avait forgé avec Gabriel, il y avait si longtemps. Et bien des amis étaient restés dans les ruines de l'ancienne capital. Il ne put s'empêcher de dire :

« Nous avons tous perdu bien des choses, Thanor ses forges, notre peuple Kirgan et moi le travail d'une vie... Comme beaucoup j'ai laissé dans les décombres ma foi envers les Dieux quels qu'ils sont et je n'ai gagné qu'une haine envers Mogar à hauteur de la trahison dont je l'estime coupable. Comment vous en tirez-vous ? Les prêtres ne sont plus aussi appréciés qu'avant depuis la Malenuit... »


Il s'en voulu un peu, la question "toute en subtilité" n'était pas de nature à mettre à l'aise son étrange invité, qui restait un client. Mais même s'il ne connaissait Dun Eyr que de nom et de vue, avoir à proximité de lui un ancien de Kirgan, qui avait comme lui fréquenté certaine des hautes sphères de la capital, l'avait amené à partager spontanément son point de vue. Au delà de ça il était réellement curieux de savoir comment s'en sortait les Haut Prêtre maintenant que la structure matériel de leur culte avait été pratiquement détruite (il restait enfaite peu de temple puisque peu de cité naine...).
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MessageSujet: Re: Grande forge de Thanor: Une commande un peu spéciale   Lun 18 Juin 2012 - 16:28

Dun Eyr, la tignasse flamboyante, prolongea un instant encore son bain dans la cuve, le temps de s’épouiller. C’est que son écosystème pileux, en tant d’années passées à arpenter les chemins vicinaux, avait pris des proportions gargantuesques ; le Nain en connaissait désormais chaque gratouille, chaque démangeaison. Tant et si bien qu’il avait fini par s’attacher à ces vieux compagnons – certaines lignées de puce étaient héritées des plus illustres barbes d’avant la Malenuit ! – et qu’un vague regret le prit, celui de voir filer tant d’années de douce crasse et d’attendrissante saleté dans le métal vorace. Les colonies étaient si nombreuses, qu’une odeur de chair brûlée saisit un instant le Nain aux narines.
Ah, c’était là le tragique inconvénient de ces sorts tissés à la hâte ! Ils ne protégeaient que le porteur, et non ses propres hôtes. Il eût fallu une énergie bien plus colossale pour imbiber de bonne magie rafraîchissante la moindre des puces de sa crinière ; voire d’ailleurs, trouver un mécanisme pour étendre les Runes à chacune de ces bestioles... La micro-magie n’en était alors qu’à ses balbutiements.
Et, tandis qu’il s’extirpait de la cuve pour se frotter le ventrou avec quelques serviettes, Dun Eyr se prit à songer à quelques procédés magiques pour enchanter les puces et les poux également. Il se jura d’en parler au Grand Maître Kuln Kar – … avant de se souvenir que l’antique Prêtre, lui aussi, comptait au nombre des trépassés de jadis…

La venue soudaine du Maître des Forges, austère dans le regard et économe dans les gestes, acheva de soutirer Dun Eyr à ses vagues rêveries spécieuses. Sa longue voix roulait avec dureté entre les fourneaux, et le Nain n’écouta qu’avec distraction le soliloque qu’il entendait là ; tout ceci semblait davantage destiné à discipliner quelques apprentis frondeurs, voire tumultueux, et que le spectacle d’une éclatante virilité – sur un si vieux Nain – avait achevé de troubler jusqu’aux tréfonds de leur être.
Au terme de tout ce babillage, lorsque la salle se fut vidée et que Dun Eyr se fut rhabillé, une poignée de main fut conclue entre ces deux là. Le Lirganique n’avait alors laissé filer le moindre mot hors de ses dents, et lorsque le Forgeron entreprit de lui faire visiter ces splendides infrastructures de fonderie, l’émerveillé spectateur n’en demeura pas plus loquace. Il se contentait d’opiner de sa barbe ébouriffée, approuvant les splendides mécaniques rebâties sous l’autorité du Blanc.

Alors, comme une outre percée achève de se vider, le monologue bondissant du Forgeron finit par se tarir, et un petit silence revint entre les deux Nains – troublé par le fracas des presses, mais à peine, car Thorgrim les avait menés loin de l’épicentre des chocs. Et, lorsque la conversation eut fini de résonner dans les oreilles des deux Nains, Dun Eyr leva un sourcil sagace et dit, sans trop de tournures éclatantes :

« Je recherche, Maître Thorgrim, une arme. Et ce, pour un Nain si exceptionnel que, s’il avait été ma place en entrant dans votre grand atelier, ce n’est pas une cuve de petit métal qu’il eût souillée, mais bien trente-trois forges qu’il aurait incendiées pour la beauté du geste. »

Dun Eyr reprit son souffle, et un bel objet attira alors son regard. C’était une longue lame, ciselée avec l’art d’un seigneur passé dans les doigts d’un souriceau ; et l’alliage était si beau, et si étincelant, que Dun Eyr s’en empara d’un geste leste.
Entre les mains du Nain, la lame pliait admirablement tandis qu'il en forçait sa courbure ; et il reprit alors, toujours appuyant :

« Un Nain si illustre, Maître Thorgrim, que ce serait affront de lui offrir un couteau si mal bâti, un tel jouet pour les Baronnies lascives… »

Sous les doigts souples du Nain, la lame, presque tordue, finit par céder dans un chuintement, et se brisa misérablement. Dun Eyr, sans un regard, envoya l’alliage, la garde, et les joyaux d’ornement rouler à terre contre un muret.
Et, tout sourire, il dit encore :

« Un Nain si admirable, en vérité, qu’il me semble que cette échoppe ne pourra jamais fournir, ne serait-ce que le pommeau de ce que je recherche. »

C’était là la vieille tradition des Nains, qui voulait qu’on n’admirât pas le talent d’un maître, mais qu’on le provoquât ; que les alliages merveilleux ne naissaient pas d’une louange commerciale, mais bien d’un défi à l’artiste ; qu’enfin, on n’était bon forgeron sous les montagnes, qu’à mesure que l’on forgeait pour surpasser les affronts.

Alors, étirant un grand sourire, et certain que Thorgrim le rattraperait à présent, Dun Eyr souffla à son Nain de guide :

« Le salut, Maître Blanc. »
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MessageSujet: Re: Grande forge de Thanor: Une commande un peu spéciale   Mar 19 Juin 2012 - 18:10

Ils entrèrent dans son atelier personnel au moment où il achevait sa question, situé à l'autre bout de l'atelier, il n'y avait aucun autre fourneau adjacent à celui-ci. L'antre sombre du maître forgeron, qui de l'extérieur ne laissait paraître aux yeux trop curieux que les braises rougeoyantes du four à travers la pénombre, semblait retiré du reste des forges, comme si, seigneur des lieux, elles le craignaient et le laissait consumer ses braises sans oser déranger son sommeil ou son travail. C'est que lorsque Thorgrim ravivait les flammes et faisait chanter le marteau, personne ne devait le déranger, personne (ou presque) n'était autorisé à s'arrêter pour l'admirer travailler. Le calme (mais non pas le silence) devait régner autour de lui, il ne voulait entendre que le tintement du métal et de son propre marteau ainsi que celui de sa puissante enclume qu'il faisait résonner durement. Ce n'était pas le bruit des autres ateliers dont il voulait se préserver, mais bien de la tentation des curieux. Aussi l'atelier du maître était-il retiré et en seigneur de la forge observait, en retrait, le petit peuple des montagnes battre le métal chaud.

Son apprenti les avait précédés et avait déposé une chaise en plus de son fauteuil habituel qui lui ne bougeait jamais, il était fer forgé, un travail d'artisanat remarquable, dont les symboles et les formes rappelaient la montagne et ses torrents. Massif qu'il était, puissant et arrogant avec son haut dossier pointu, ses larges pieds évasés rappelant la base d'un haut sommet et sur le dossier, incrusté en filigrane d'or d'argent et d'airain, son dragon aux yeux rubis qui fixait le visiteur de son oeil ensanglanté. Il était magnifique, mais excessivement inconfortable, s'était à la fois un trône et une punition. C'était d'ailleurs le seul fauteuil de l'atelier normalement. Il démontrait à la fois son savoir faire et sa volonté sans limite, sa discipline. Lorsqu'il travaillait, il ne quittait sa forge que pour rentrer chez lui se reposer ou allez se détendre, mais à aucun moment il ne s'autorisait à faire l'un ou l'autre dans la forge même. Tant qu'il était à côté du fourneau, il travaillait, si la fatigue le gagnait et qu'il était tenté de s'asseoir, la seule chaise à portée lui rappelait ses devoirs au bout de quelques minutes tant elle était inconfortable. Ainsi tant qu'il n'avait pas atteint l'objectif qu'il s'était fixé pour la journée, il n'était pas tenté de se reposer trop longtemps dans l'atelier et d'inévitablement s'assoupir dans la chaleur infernal de son antre. Et comme il se refusait à quitter les Grande Forges tant qu'il ne l'avait pas atteint, il se forçait ainsi à terminer et à allez jusqu'au bout.

L'atelier contrairement aux autres n'était pas ouvert à la vue de tous, mais au contraire, n'avait pour entrée qu'une large porte à double battant qui se fermait à clé et sur lesquels quelques runes protectrices avaient été gravées. Puisqu'une grande partie de son plus précieux matériel de travail, ainsi que son coffre s'y trouvait il avait négocié cet atelier lorsque la ville de Thanor lui avait demandé de reprendre les forges, il avait demandé à disposer d'un atelier personnel pour les commandes spécifiques et importante, mais aussi à ce qu'il puisse être fermé à tous s'il le désirait et protégé de la magie, susceptible de forcer ses portes. Les mûres de taille possédait en guise de toit, une longue toile brune, percée d'un large trou au-dessus de l'emplacement du fourneau, le sol était comme pour toutes les autres forges de ces ateliers, recouvert d'une couche de sable fin. Le fourneau se trouvait au fond, ses braises couvait, attendant d'être ravivée. À gauche du fourneau se trouvait son enclume, sur la droite contre le mure et sur tout le long de celui-ci, un plan de travail et de rangement accueillait tous ses outils, innombrable et aussi diverse que varié. Plus vers la gauche un bassin, des moules (contre le mûre de droite, aligné, plusieurs grands bacs et l'un ou l'autre armoire contenant les matières premières les plus diverses), et les récipient qui servait pour la confection des alliages.

Il n'eût pas le temps d'ajouter quoi que ce soit, à peine s'était il tût que le prêtre, resté muet jusque là (ce dont il ne s'était pas formalisé), lui adressa enfin la parole. Sa voix grave et éraillée, au travers de laquelle pesait le poids du temps, résonna dans la forge.

« Je recherche, Maître Thorgrim, une arme. Et ce, pour un Nain si exceptionnel que, s'il avait été ma place en entrant dans votre grand atelier, ce n'est pas une cuve de petit métal qu'il eût souillée, mais bien trente-trois forges qu'il aurait incendiées pour la beauté du geste. »

Le prêtre saisi une lame ciselée, de belle facture (sans être encore un objet d'art) qui semblait avoir attirée son attention et mis sa résistance à l'épreuve, soumettant son fil à un rude exercice d'endurance. Son apprenti l'avait forgée hier sur son ordre, un modèle commandé pour l'apparat par un petit marchand humain de passage. Sans grande valeur, elle était surtout esthétique et le gamin s'en était bien tiré, même s'il comptait lui faire analyser son travail et le faire recommencer de toute façon. Au-delà de son petit jeu ses mots l'intriguèrent et Dun réussit à susciter sa curiosité, même s'il n'aimait guère l'idée que qui ce soit incendie une forge (sans parler de trente trois). Le ton élogieux et l'emphase, dont il usait pour évoquer (lui un Grand prêtre de Lirgan) face à lui un mystérieux et puissant nain titilla son instinct d'artisan.

« Un Nain si illustre, Maître Thorgrim, que ce serait affront de lui offrir un couteau si mal bâti, un tel jouet pour les Baronnies lascives… »

Dans un chuintement, la lame se brisa, les sourcils de Thorgrim froncèrent, il n'avait plus prêté attention aux mains du nain, tout occupé qu'il était à l'écouter. Le bruit du métal brisé réveilla quelques choses en lui, comme un tourbillon de lave, il sentit en lui bouillonner un sentiment connu, mais toujours difficile à identifier. Puis le sentiment, prenant et déconcertant retomba, comme si un fourneau avait d'un seul coup déversé son feu et sa chaleur avant de s'éteindre aussi rapidement qu'il ne s'était allumé. Une moue de désapprobation se dessina à la commissure de ses lèvres, même si cette lame ne méritait que peu d'éloge, elle ne méritait certainement pas un tel traitement, il observa les deux morceaux, misérable, brisé, qui gisait sur le sol. Il n'aimait pas qu'on brise le métal travaillé, même le plus mauvais et surtout pas de façon aussi inutile. Mais ce qu'il appréciait encore moins c'est qu'il ne s'agissait même pas de son propre travail, le jeune apprenti auquel il enseignait pour l'instant avait beaucoup travaillé pour réaliser cette petite chose et s'était jusque maintenant, sa plus belle œuvre. Lorsqu'il la verrait brisée ainsi, il en serait terriblement vexé et attristé. Même s'il était persuadé qu'il en tirait une leçon bénéfique pour son apprentissage et que, finalement, sa motivation à faire mieux encore n'en serait que plus grande.

« Un Nain si admirable, en vérité, qu’il me semble que cette échoppe ne pourra jamais fournir, ne serait-ce que le pommeau de ce que je recherche. »

Les mots le heurtèrent avec violence, c'était courant parmi les nains de mettre au défi les artistes et artisans réputé et de les pousser jusque dans leur retranchement. Le tempérament du petit peuple était telle qu'il n'était jamais aussi efficace que lorsqu'on les mettait au défi et souvent, le meilleur moyen de les voir risquer un défi était encore de secouer leur orgueil. Thorgrim n'avait jamais apprécié particulièrement ça, étant constamment à la recherche de défis, il mettait tout son savoir faire dans chaque commande qu'il acceptait et se targuait de ne faire sortir de cet atelier que des objets d'exceptions. Or en une phrase, ce vieux singe de prêtre venait de remettre en doute son talent... Même s'il n'était pas particulièrement orgueilleux (pour un nain), les mots le frappèrent comme un coup de poing, voilà bien des années que personne ne lui avait lancé aussi ouvertement un défi. Et surtout personne ne l'avait jamais insulté dans sa propre forge de cette façon depuis plus longtemps encore. Au creux de son ventre, un volcan cracha ses flammes et se réveilla brusquement, ses yeux flamboyèrent à la lueur de son orgueil blessé et de sa fierté piétinée.

« Le salut, Maître Blanc. »

Il observa le nain repartir et loin de perdre son calme légendaire, il partit d'un éclat de rire tonitruant. Les flammes brûlaient toujours en lui, mais il reconnaissait bien là les effets de l'excitation due à la perspective d'une épreuve de force pour le maître qu'il était devenu et qui se faisait trop rare ces derniers temps. Laissant s'éteindre son fou rire tonitruant, il essuya une larme au coin de son œil gris acier et reprenant une contenance plus sérieuse, sortit calmement de sa forge pour héler le vieux nain.

« Ou vas-tu comme ça maudit prêtre ? Tu sais qui je suis, tu n'es pas venu jusqu'ici pour m'insulter, du moins j'ose le croire. Aussi cessons de perdre notre temps tous les deux et viens t'asseoir, nous boirons une bière et tu m'en diras plus sur ce grand nain dont tu sembles follement épris et sur cette arme que tu me crois incapable de forger. Et si par hasard je me serais trompé et que c'est le guerrier et non le forgeron que tu es venu chercher alors revient également et tu rencontreras mes marteaux de guerre pour ton bonheur ou le mien. »

Le regard de Thorgrim se fût plus dur tandis qu'il observait Dun Eyr, ses épaules étaient encore puissante, sa démarche sûre et son orgueil démesuré. Il fallait être soit fou soit aveugle pour ne pas voir que s'était quelqu'un de puissant. Mais Ce n'est pas ce qui l'interpellait, il était curieux, curieux comme il ne l'avait plus été depuis longtemps. Il aspirait d'abord à connaître le nom de ce nain dont le vieillard avait parlé et surtout de savoir ce que ce vieux crâne fripé serait assez fou pour exiger de lui.


« Je t'attends Dun Eyr prêtre de Lirgan, il ne sera pas dit que Thorgrim Le Blanc, Maître Artisan des forges de Thanor, Grand forgeron de feu Garmin et conseiller de l'ancien royaume ne relèvera pas ton défi. Si tu consens à laisser derrière toi ta comédie de comptoirs, tes insultes et m'expliquer sans autre forme de procès ce que tu attends et pour qui. Peut-être alors, si c'est digne de mon art, accepterais-je de forger pour toi ce que tu désires et je doute d'en être incapable. »

Un léger sourire aux lèvres il entra dans sa tente, faisant volé sa longue tresse blanche et sa barbe, faite de millier de plus petite tresse et nouée par un long lien de cuire lorsqu'il arpentait ses ateliers. Il passa les mains sur son tablier de cuir pour en éprouver la texture, caressa la tête du marteau qu'il avait accroché à sa taille, posa un regard sur Balmund et Nilmind, ses deux puissants marteaux de guerre accrochés au mûre, saisit dans l'une des armoires deux grandes chopes et les remplit d'une bière blonde puissante qu'il affectionnait particulièrement et dont il gardait toujours un tonnelet à porter de main, pour les grandes occasions... Il en déposa une à côté de la chaise préparée pour son invité et s'assit lui dans son inconfortable fauteuil, sentant ses vertèbres se plaindre dès qu'il eût posé son postérieur pourtant rebondi dessus et caressant les accoudoirs stylisé comme deux torrents de montagnes et incrusté de minuscule paillette de diamant pour mimer le reflet des rayons de soleil sur l'eau de la chute et qui brillait doucement à la faible lueur du fourneau...


Dernière édition par Thorgrim Le Blanc le Mer 27 Juin 2012 - 18:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Grande forge de Thanor: Une commande un peu spéciale   Mer 27 Juin 2012 - 18:26

Les pans de la tente avaient claqué avec force, comme un mantelet rageur qu’on rabat. Le geste était superbe, la colère, palpable ; et le Lirganique, en esthète, admira le sens du théâtre de son hôte aux mains calleuses. Voilà bien un Nain de l’ancienne fournée, un interlocuteur de choix pour d’épiques foucades…
Esquissant un sourire sous sa barbiche, tout aussi soigneusement tressée que l’était la longue natte du Maître Blanc, Dun Eyr revint sur ses pas et marcha, amusé, jusqu’au seuil de la grande tente. Mais il n’y pénétra pas dans l’instant, tout au contraire ; et, soulevant le revers de la mauvaise jute, le Nain y projeta une bourse extirpée de ses fontes, un petit trésor de piécettes qu’il délivrait avec négligence.
« Depuis l’intérieur, se dit le Nain, l’effet doit être superbe. » Alors, sans plus attendre, et pour ne pas manquer un seul tressautement de la face de Thorgrim, Dun Eyr bondit au travers des pans de la tente, rejoindre le Maître des Forges. Une chope joyeusement moussue, et fort profonde, se tenait là pour accueillir notre Nain, apposée à un petit tabouret ; et, touché par l’attention, Dun Eyr satisfit alors la curiosité du Forgeron, ne lançant qu’un nom pour toute solution :

« Le Sieur Dolbarg’Ma, Agrarald le Brûlant. »

Le Lirganique put alors s’asseoir à son siège, et se laisser aller contre le rebord d’une proche tablée. Sa barbe ne tressautait pas, son visage n’était que sérénité ; à peine, au coin d’une paupière, l’œil alerte aurait distingué le soupçon d’un rictus triomphant. Il était tout de même un Héraut religieux, une pure émanation des Temples, un de ces énigmatiques que d’aucuns, depuis la Malenuit, auraient affublé d’injures copieuses – et ce reliquat de divin malheur, non content d’outrager le Petit Peuple par sa seule jovialité d’un cœur encore robuste, voilà qu’il réclamait des présents et offrandes pour le plus haï des zélateurs, l’oracle de Mogar en personne. Comble du comble, et ignominie suprême !, c’était dans les profondeurs de Thanor, là où les Mâchepierre tenaient la bride, que notre Lirganique venait commettre son affront.
Quant à l’admirable rotondité de la bourse, présage de nombreuses piécettes, cela excusait un peu, pardonnait à peine, mais ne justifiait en rien. Il ne serait pas roué de coups, peut-être ne lâcherait-on que les béliers sur ses talons… Une chance, pour un peu, se fit le Nain.

Le Lirganique songea cependant que sa sécurité physique valait bien qu’il se décrassât le gosier à livrer quelques mots d’explication ; et, une fraîche gorgée de bière aidant à la parole, Dun Eyr lança au Maître des Forges :

« Le temps de la Malenuit, où Mogar incendiait les meilleurs de nos frères, est révolu ; ou du moins, il en est certains qui s’agrippent à cet espoir, et le Dolbarg’Ma est de ceux-là. On dit que, parmi les montagnes revêches, il a rassemblé quelques partisans. Folie ou merveille, peu importe ; il reste un grand Nain, et mérite alors que je l’honore d’un grand présent. »

Un instant de silence, et le Haut-Prêtre se pencha en avant pour ajouter, dans un souffle :

« Un grand présent, qui pourrait valoir à Maître Thorgrim bien plus que ce maigre acompte… »

D’un de ses gros doigts de tisse-magie, le Nain pointait la bourse jetée au travers de la tente, comme une bagatelle ; comme le général désigne une brindille parmi les prodiges d’un champ de bataille.

« Mais il faut tout l'art d'un Maître Forgeron, et tout son esprit,soupira Dun Eyr, pour imaginer l'arme qui pourrait enivrer le coeur d'un Fils du Feu, et conquérir son estime. Que vois-tu, frère Nain, pour enchanter Agrarald l'Ancien ? »


Dernière édition par Dun Eyr le Jeu 12 Juil 2012 - 21:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Grande forge de Thanor: Une commande un peu spéciale   Mer 11 Juil 2012 - 22:32

Thorgrim regarda le prêtre rentrer, il n'était pas encore rentré qu'il jetait sur le sol une lourde bourse de cuir remplie d'or. De quoi appâter le maître forgeron sans doute qui n'y accorda que peu d'attention, s'il lançait l'or sur la table maintenant, il devait avoir une raison et puisqu'il avait pris grand soin de ne pas révéler le nom de celui à qui était destiné le service qu'il voulait lui demander, tout en s'employant à dresser en toile de fond un profil positif et impressionnant, il se doutait que ce devait être quelqu'un soit de controverser, soit d'un presque paria. Il fallait admettre que la nouvelle entrée était jolie et que tout ce cirque ne faisait que l'intriguer encore plus. Il attendit que Dun Eyr traverse la pièce et s'installe, prenant possession de la shope remplie de bière qu'il avait soigneusement disposé pour lui. Semblant plus à l'aise et enfin disposé à discuter plus sérieusement semblait il lâcha enfin l'identité de celui pour qui il devrait forger un présent, digne des rois :

« Le Sieur Dolbarg'Ma, Agrarald le Brûlant. »

Les yeux de Thorgrim s'assombrirent d'un seul coup, des visions de la Malenuit remontèrent et le sentiment de rancoeur qu'il éprouvait à la simple énonciation du père des pères et des oracles qui osaient encore le défendre. Ainsi c'était pour lui qu'on lui demandait de créer l'un des plus beau objets qu'il ait forgé jusque là... Pour un nain, avec qui autrefois il avait échangé bien des mots et souvent amical, mais qui incarnait depuis la Malenuit l'égérie d'un Dieu qu'il maudissait et à cause duquel d'ailleurs leur route ne s'était plus jamais croisée. Puisque ni l'un ni l'autre n'était plus désormais conseiller du roi et puisque de roi il n'était plus question. Pressentant probablement que ce nom n'évoquait somme toute pas que des souvenirs heureux, surtout pour ce que Agrarald représentait, il ajouta pour se justifier :

« Le temps de la Malenuit, où Mogar incendiait les meilleurs de nos frères, est révolu ; ou du moins, il en est certain qui s'agrippent à cet espoir, et le Dolbarg'Ma est de ceux-là. On dit que, parmi les montagnes revêches, il a rassemblé quelques partisans. Folie ou merveille, peu importe ; il reste un grand Nain et mérite alors que je l'honore d'un grand présent. »

Que Mogar ait pour l'heure détourné son regard de feu du petit peuple, Thorgrim ne pouvait que l'espérer, mais s'il en doutait, il restait persuadé que plus que la volonté de détruire ce qu'il avait créé c'était l'indifférence et l'ennui qui l'habitait qui l'avait poussé à bouleverser l'ordre des choses établies avant la Malenuit. Ce qui lui apparaissait comme un sacrilège bien plus grand, qu'un Dieu puisse les mettre à l'épreuve, il pouvait le concevoir, qu'il détruise presque entièrement la race naine sans but aucun but, pas. Il n'était sûr de rien, mais il se raccrochait à sa rancoeur faute de pouvoir comprendre vraiment. Quant à Agrarald le Brûlant, malgré tout, il ne pouvait qu'être d'accord, au-delà de ses fonctions et de sa foi, il lui était toujours apparu comme un homme sage et bienveillant, quoi que parfois rugueux. Il faisait partie des quelques nains pour lesquels il avait, du temps où il était conseiller, un grand respect. Mais aussi un nain doté d'une détermination à toute épreuve, comme le montrait cette ambition farfelue de s'établir dans les territoires perdus, sans doute dans l'espoir de rendre au peuple nain ce qui lui avait appartenu. C'était un grand personnage du petit peuple, de ça il était certain et quelqu'un qu'il appréciait, si son respect se teintait d'amertume aujourd'hui il n'en existait pas moins toujours autant.

« Un grand présent, qui pourrait valoir à Maître Thorgrim bien plus que ce maigre acompte… »

En pointant du doigt la bourse étalée sur le sol, qui y répandait son or, chaque pièce brillant comme autant de petits soleils. La perspective de l'argent n'était pas à négliger, néanmoins c'était surtout la perspective du défi qui lui était proposé qui allumait dans ses yeux une lueur difficile à ignorer pour qui aurait posé le regard sur son visage à cet instant. Sa forge intérieure s'était mise à bouillonner comme jamais et ça faisait bien longtemps qu'il n'avait pas ressenti une telle excitation. Forger une arme digne des légende pour l'un des derniers prêtre de Mogar et le plus puissant de son époque, luttant dans les montagnes pour refonder une cité naine digne d'avant la Malenuit. L'histoire l'inspirait, son héro aussi et la perspective d'être la main qui fabriquerait l'arme, digne d'un dieu qui taillerait la légende dans la chaire des ennemis du son peuple rallumait en lui le feu qui l'avait habité lorsqu'il avait forgé Amitiël, celle qu'il nommait la lame céleste... L'épée destinée au légende qu'il gardait précieusement en attendant son digne possesseur. Forger ce genre d'objet ne nécessitait pas seulement une envie propre, une volonté propre, mais souvent un contexte adéquat et un moment de magie, un souffle de créativité qui insufflait le petit plus qui permettait au meilleur artiste de se sublimer. Les meilleurs sculpteurs produisait constamment des œuvres de grandes qualités mais seulement une dizaine ou une vingtaine qu'on pouvait considérer comme unique et inimitable. Parce qu'elle naissait de l'instant, sortait d'une situation bien précise, d'un moment unique. Quand ces moments naissaient, un artiste, un artisan, le sentait, le comprenait et l'acceptait aussitôt, conscient qu'il forgeait en ces instants, aussi rares que précieux, sa propre légende.

« Mais il faut tout l'art d'un Maître Forgeron et tout son esprit, soupira Dun Eyr, pour imaginer l'arme qui pourrait enivrer le cœur d'un Fils du Feu et conquérir son estime. Que vois-tu, frère Nain, pour enchanter Agrarald l'Ancien ? »

Il sourit devant la tentative de flatterie, c'était mal le connaître si le nain pensait que c'est les flatteries qui le pousseraient à accepter son offre, même si comme tout le monde il appréciait les compliments... Il prit le temps d'inspirer un grand coup et de réfléchir un moment, mais rien ne le retenait réellement, il n'avait pratiquement aucune raison de refuser. Le seul fait que Agrarald était le représentant suprême de Mogar ne suffisait même pas à le faire hésiter, il avait trop peu de défis à relever, top peu souvent ce genre d’œuvre à forger, trop peu souvent l'occasion de mettre en œuvre la pleine mesure de son talent. Après un grognement, il bourra et alluma sa pipe avant d'en tirer une longue bouffée, recrachant l'a fumée sous forme de rond tout en adoptant un air pensif. Tapotant son accoudoir il répondit enfin mettant fin à l'attente de son compère.

« Bien, je forgerai cette arme, le défi me plaît, même si l'idée de la déposer entre les mains du plus grand représentant de Mogar me ravi beaucoup moins. Mais je suis néanmoins d'accord avec vous, Agrarald est un grand nain, malgré sa fonction, qui après la Malenuit ne peut qu'attirer ma défaveur. Maintenant quant à ce qui doit être forgé, ce n'est pas à mon inspiration de le décider... Agrarald est un nain à la volonté dure comme la pierre, son arme en sera le reflet, elle tranchera la chaire aussi simplement que ces yeux transpercent l'esprit de ceux qui croisent son regard. Il me faut connaître avant toute chose, son poids, sa taille et le type d'arme qu'il affectionne, il me semble que c'est plutôt le marteau de guerre, mais préférerait-il un marteau à une ou deux mains ? Pour le reste, je ne saurai forger la meilleure arme qui ait vue le jour en ces forges sans un soupçon de magie. Je peux forger de mes seules mains des lames aussi belle que solide, mais aucune d'entre elle ne saurait résister à la magie. Si vous voulez qu'elle traverse les armures et les boucliers enchantés autant que ceux qui ne le sont pas , il faudra le concours d'un maître en magie runique et dans ce domaine je ne peux rien...»

Thorgrim réfléchit, il ne connaissait pas grand-chose en magie, il savait simplement que les prêtre était capable de comprendre les Arcanes, peut-être le lirganique apporterait il lui-même la solution.

« Mais peut-être êtes-vous capable de pratiquer vous-même les enchantements ? Si vous êtes toutefois certain de ne pas gâcher par votre implication toute la majesté de l’œuvre que vous voulez me voir forger pour Agrarald. »


Dernière édition par Thorgrim Le Blanc le Mar 24 Juil 2012 - 10:57, édité 1 fois
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Dun Eyr
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MessageSujet: Re: Grande forge de Thanor: Une commande un peu spéciale   Mer 18 Juil 2012 - 17:41

Le gosier des Nains était par tradition avide, leur langue pâteuse ; et si l’on disait leur voix chaude et caverneuse, c’était souvent par supposition, car bienheureux est celui qui a entendu parler un Nain. Le Petit Peuple est revêche et silencieux, âpre au labeur, mais certes pas causeur ; et si les tavernes écument de légendes bariolées sur des défis houblonneux, nul n’a jamais entendu parler d’un Nain qui relèverait une joute oratoire.
De vieux sages, des mages antédiluviens de la Forêt des Elfes, ont spéculé que les Fils de la Roche étaient rugueux à l’envers des étrangers et des inconnus, mais que la chope leur déliait bien vite la langue : il suffirait à cela que leurs tavernes ne regorgent plus que de buveurs hauts de trois pommes, qu’aucune silhouette de Longues-Guibolles ne vienne plus troubler l’âcre fumée de ces antres bombinants, pour que la parlotte surgisse en pleines Terres Naines.
N’ergotons pas là-dessus, c’est fadaises et calembredaines : le Nain n’est pas parleur. Il sait être grogneur, aboyeur, crieur, chanteur par-dessus tout, ou bien encore diseur de mythes, mais certes pas parleur. Voilà pourquoi au temps des guerres jadis, il circulait une rumeur tenace sur les Nains, disant que les briscards et les guerriers entonnaient davantage de cris de guerre en une seule foucade, qu’ils ne déversaient de mots en toute une existence.
C’est ainsi qu’un jour des temps immémoriaux, tandis qu’il assistait à la contre-invasion des clans Nains contre quelques hordes Gobelines d’alors, et constatant que l’on grognait autant dans un camp que dans l’autre, le Sage Solitaire Aënh Dàelth aurait susurré à son apprenti : « Laquelle d’entre ces meutes a reçu de Néera le don d’intelligence, nul ne saurait le deviner à cette vision. »
La Grande-Guibolle fut retrouvée mâchouillée, à quelques encablures des Aplombs d’Arkan, tout mystérieux dans sa dernière grimace. Les fratries bestiales ne se refont pas.

Pas si loin des Falaises des Nains et de ses corps rompus, mais bien plus profondément enfoui sous la terre, niché dans le repaire millénaire des Mâchepierre et de leur splendeur, Dun Eyr haussa l’ombre d’un sourcil intrigué. Le Lirganique avait accueilli sans mot dire, et pour cause, l’interminable tirade toujours rebondissante du Maître des Forges, et ses milles questions toutes imbriquées l’une au cœur de l’autre. Cela parlait grandeur, et volonté, et magie sur la fin – si c’était bel et bien la fin.
Assoiffé par procuration, Dun Eyr vida sa chopine tandis que son comparse devisait et devisait encore, inassouvi ; son larynx devait être admirable, lui qui pourtant vivait dans la poussière et les fumées brûlantes. Le respect que le Prêtre portait au Forgeron, subitement, bondit à grandes enjambées vers les échelons supérieurs de la déférence.

Lorsque Thorgrim eut achevé de parler, Dun Eyr ne répondit rien. Il estimait avoir déjà beaucoup fait jouer ses mâchoires et sa langue, tant et si bien que, hésitant, il se demandait si devenir loquace imprimerait à la Peuplade des Nains son Grand Déclin, celui que les mythes font tonner et gronder derrière les frimas de l’Histoire.
En vérité, le Nain, las des palabres, se piqua à vouloir défier les reliquats des Mâchepierre dans leur propre bastion, à chatouiller les Rodministes en leur passant une douce plume sous leur gros nez – car les Bâtisseurs ont le tarin épais, c’est de notoriété commune. Et au surplus, comme le Maître des Forges voulait s’enquérir de ce que l’arme saurait être magique, Dun Eyr allait pouvoir titiller les arcanes en y entrelaçant quelques Runes. Depuis que le métal ardent avait roulé sur son corps sans le calciner, grâce aux bouillonnements d’une prodigieuse mixture, le Nain n’avait guère plus puisé dans les gratifications du Moqueur ; c’allait en être à ternir sa grande renommée, lui qui se targuait de plonger dans les marées magiques à une fréquence rarement égalée. Du temps de Kuln Kar, les grognards de Rodmin l’enrageaient au surnom de Cercueil-à-Runes

Le Nain contempla un instant sa chope, et se résolut que c’était ce grossier tonnelet de bois, à l’anse approximative, qui accueillerait les frissons lirganiques pour cette fois. C’était du vieux bois, ce que les Nains nommaient du bon bois, de celui qui supportait la vadrouille de la lippe des siècles durant, et sans moisir ni verdir.
« Thogrim me passera bien de lui écorner une chope », sourit en silence le Nain.

Alors, joignant le geste à la parole, le voilà qui entaillait, gravait et irisait le bois ancien, cerclant la chope et y étirant de longues arabesques ; son stylet à la pointe féroce, ébauché – selon la vieille tradition – depuis l’os d’un grand chat blanc, moirait le réceptacle et y faisait naître des signes mystérieux. A l’œil du profane, les titres des dieux devaient sembler de grandes galaxies nébuleuses, et puissantes, qui traversaient le ciel inaccessible comme un météore furieux passe hors de portée des enfants, eux rivés à la terre.
Un dernier tournemain sur le bois, et voilà achevée la sentence Runique, que le Nain écacha d’un revers de sa pointe. Quelques évocations soufflées dans le bois, et puis le Prêtre tendit l’artefact à son comparse, un air impénétrable gravé sur son visage. Cela fumait déjà, et une brume orange s’échappait en furie du boc rustaud.

Si l’on plongeait maintenant dans le cœur de la chope, où les vents semblent soudain souffler comme des prémices de tempête, l’on y surprendrait un spectacle fort beau, solitaire et suprême.
Jaillie au travers du bois, et comme suintant de toutes parts, un voile d’organza avait déjà fait main-basse sur la chope. On aurait dit une grande bête blessée, une chasseresse grosse et prête à mettre à bas – car la fumée se trouvait appesantie par l’ombre d’un œuf pris par la lumière, et grossissait doucement. L’enfantement était proche et, étrange soleil enflant de minute en minute, de seconde en seconde, le voile ocre et gonflé commençait à se percer, à révéler ses entrailles.
Semblable à l’outre soudain percée, l’œuf mystérieux se répandit en un grand liquide brumeux, qui vint battre les rivages de la chope et la remplir intégralement. Dans la pogne de Thorgrim, toutefois, le bois creux n’avait pas dû s’alourdir du poids de cette eau luminescente, et qui s’étirait dans les flancs de la chope comme une bruine assoupie.
Alors, des brumes d’orange, une forme naquit. Ce n’était ni un Kerkand furieux, ni une armée en marche, ni même les buccins de guerre des clans prêts à rouler sur la vallée ; ce n’était pas plus un guerrier qu’une légion, une arme qu’un attirail, un fauve solitaire qu’une meute tapageuse. Cela hurlait d’une grande mâchoire, trépignait de toutes ses pattes, et sa crinière de cheveux mêlés empourprait le ciel tout alentour ; une fragrance sanglante planait sur ses traces, avant que des flammes hardies ne fissurent le dallage et dévorent ses empreintes.
Ce n’était ni un Nain du Culte du Brûlant, ni un Drow bileux au coutelas avide, ni une quelconque des bêtes rageuses qui roussissaient les plaines de Miradelphia : c’était Mogar, le Destructeur saisi tout entier, une persienne ouverte sur la folie. Et, si lilliputien qu’il paraisse au fond de son antre de bois, le croquis de l’Embrasé faisait trembler et branler la chope et la table, et gronder les pierres sous lesquelles roulait le tonnerre de Ses mille voix.
L’évocation tempêta un instant encore, le boc tangua sous l’effet de son ouragan intérieur, et puis le tonnerre passa au loin ; l’esprit de Mogar, un temps esquissé dans les rets de Lirgan, s’en était allé flotter au loin, et son écho grommelait dans les galeries. Ne restait plus que, brûlée au sommet et chaude au toucher, la chope muette que le Nain avait gravée. Sur ses flancs de vieux bois, les Runes peu à peu s’apaisaient, noircissaient ; c’avait été une grande douleur, pour cet ancien bois respectable, que de porter la Pénombre Ardente l’espace d’une seconde…

Dun Eyr reprit la chope, toute vibrante encore, et plongea un œil curieux dans son fond : là, abandonnée comme un jette un châle, mais rouge et vive pourtant, une brume étroite et trapue s’attardait dans le cercle de bois. Son cœur était encore ocre, ses nuages s’étiraient en fils avides, et le tout n’était que force et violence, magie et maelström.
Satisfait, le Nain saisit la chope et la tendit à son comparse, comme l’antique hospitalité Naine l’exigeait depuis que les Nains portaient la barbe.

Alors, enfin, Dun Eyr se reprit à parler :

« Il y a de la magie plus qu’il n’en faut, dans cette chope, pour que ton alliage se fasse prodigieux. Quant à savoir quel battoir ou tranchoir il te faut façonner, songe à ce que tu as vu, aux colères que l’Embraseur t’a révélées. »

Et le Nain, estimant qu’il avait bien parlé, et assez, se tut, et puis sourit.
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