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 Faire courtoisie à Strigidae.

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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Faire courtoisie à Strigidae.   Lun 9 Juil 2012 - 15:20

FAIRE COURTOISIE À STRIGIDAE.

Barkios ; Printemps ; Septième jour de la première ennéade ; An 6, Cycle 11.
Au travers le pays Hautvalois défilait une colonne de piques, d'épées, d'arbalestries, de destriers et de lances aux fanons colorés que le lointain révélait au son des cliquetis métalliques et des nuées de poussière qu'ils soulevaient, tous, sur leur passage. Quelques curieux enjoués et subjugués par le spectacle ovationnaient de-ci de-là lorsque la troupe approchait d'un bourg, qui étaient intrigués par ces hommes hirsutes venu des terres de l'Est, qui se tapissaient dans leur masure au toit de chaume, qui encore espéraient y trouver quelque fortune. La force Ancenoise battait les plateaux de la Baronnie au rythme d'un seul et unique cœur. Tous suivaient leur Seigneur à la bataille, lui qui tenait et menait cet ost de façon magistrale, imposant, par la férocité de son gantelet, chacune de ses décisions comme un mandat de la Damedieu. En tête de cortège le voilà, entouré et escorté par sa garde, qui lançait un regard indifférent sur cette terre. La cadence était trop lente à son goût, il voulait croiser le fer, châtier ces félons, ces rebelles.

C'est à la brune de ce même jour qu'ils arrivaient enfin à la lisière Ouest des bois de Hautval, comptant parmi l'une de plus grande, sinon la plus grande forêt de la baronnie. Erac n'était plus très loin et d'aucuns à la vue perçante pouvaient d'ores et déjà contempler les chaînes montagnardes qui longent le Duché à son septentrion, bordant par là même tout le pays Berthildois. Durant le trajet depuis Ancenis quelques rumeurs avaient atteint le contingent, traitant de faits inquiétants concernant le Nord du Royaume et plus inquiétant encore des mouvements, semblent-ils suspects, des vassaux Rochepont et Olysséa. N'était-ce là que vulgaires suppositions paysannes, encouragées par la crainte de quelque pillage ou bien la vérité était-elle encore plus sombre qu'il n'y paraissait ? Le temps seul jugera et à ces entrefaites Aemon n'accordait que peu d'importance pour l'heure. Ancenis était la dernière seigneurie que l'on voudrait attaquer et moins encore en ayant connaissance des relations qu'entretenait ledit Baron avec son frère et régent, point qui parfois faisait toute la différence. Le campement s'érigeait tranquillement, les pavillons de guerre émergeaient du sol comme chanterelles après la pluie, les couleurs d'Ancenis, ce sinople chatoyant, ondulaient sous un ciel teinté de rose et d'orange aux nuances céruléennes. Bref, Erac n'était plus qu'à quelques lieues de là, les hommes aux abois, les chevaux énervés, l'alemele s'aiguisait et les derniers carquois se remplissaient. Demain, ce sera la Guerre !

Barkios ; Printemps ; Huitième jour de la première ennéade ; An 6, Cycle 11.
L'ordre avait été donné dès les premières lueurs du jour, il fallait se mettre en route, il fallait avancer. Le camp rapidement fut levé, les chevaux arnachés de tous côtés, caparaçonnés pour la plupart, Aemon s'était entouré de nombreux chevaliers pour aller punir ce traître du Lyron. Quelques retardataires se hâtaient de ramasser leur pique et leur rondache, leur écus bricolés ou leur semblant de bouclier finalement, tandis que d'autres encore s’afféraient à nouer leurs chausses prestement après une nuit, visiblement, accompagnée. Aemon quant à lui, tout en harnois et casqué menait l'avant-garde composé grandement de chevaliers tandis que les reîtres demeuraient à l'arrière, en réserve. Les engins de sièges démontés et sur des rouliers se faisaient tracter par des percherons à l'allure pataude. Toute la petite armée se mit bientôt à fourmiller en tout sens avant de s'unir, une fois pour toute, derrière le meneur de cette levée. Les bannerets et vavasseurs d'Aemon composaient son conseil de Guerre, c'était là aussi l'occasion de resserrer les liens avec ces sujets trop longtemps éloignés de la maison Ancenis. L'affaire semblait s’imbriquer de bon aloi et les diverses stratégies avait été largement élaguées pour n'en conserver que les plus pertinentes, en somme le train-train habituel des princes.

Comme escompté et après quelques heures de marche voilà que l'armée se trouvait confronté à un premier castel, une sorte de motte de terre recouvert de palissade en bois, inhabité, vide, désert. Ne croisant pas un seul roturier, pas âme qui vive plus exactement, Aemon se méfiait tout de même, il subodorait un coup fourré de la part du Viellard. Préférant ignorer ce taudis insalubre il entamait la marche, bientôt suivit de ses deux milles hommes pour constater si ce qu'il redoutait ne soit vrai.

Barkios ; Printemps ; Deuxième jour de la deuxième ennéade ; An 6, Cycle 11.
Le temps donna raison à Aemon. Il semblait que Léandre eût fait évacué le Nord d'Erac en des château-forts et reculer la population l'obligeant à quitter ses bourgs et faubourgs malfamés. Quoiqu'il en soit il n'y avait rien non plus à piller, abandonnées certes, mais vidées également étaient les terres. C'est le neuvième jour de la première ennéade qu'on avait capturé une bande de gueux, interrogeant comme il incombe d'interroger si réponses sure l'on veut obtenir, ces individus. Les premiers résistaient et s'enfermaient dans le silence, les derniers étaient beaucoup plus bavards. Une demie-douzaine dû être pendus pour que pendue à son tour soit la langue des plus taciturnes. Leurs révélations, cela dit, n'avaient pas de quoi casser trois pattes à un canard si bien qu'Aemon fut las de leurs complaintes et jérémiades et les fit pendre à un platane qui traînait par-là. Il apprit cependant que Léandre était parti vers le Sud lutter contre Aetius enfin arrivé suffisamment proche de la cité d'Erac pour en affoler le Lyron et ses pairs.

Ayant capturé quelques fuyards, négociant de-ci de-là informations et autres révélations, Aemon connaissait à présent mieux les divers repaires et les diverses cachettes, les « Refuges t'à mange-âilles m'sénior » comme les autochtones les nommaient. Désireux d'avoir provisions susceptibles de soutenir un siège, Aemon ne se fit pas prier pour aller y entreprendre quelques razzias bien méritées ! Et c'est ainsi, au deuxième jour de la deuxième ennéade, peu après midi, que l'ost ancenois se trouvait à moins de quatre lieues d'une place forte, bloquant la route menant plus au Nord encore, menant aux passages clés entre Sainte-Berthilde et Erac. Qui détenait ces vaux avait la possibilité de renfermer le Duché sur lui-même et c'est bien cette proie que la chouette d'Ancenis lorgnait. De plus, Lockrive semblait avoir besoin d'une bonne correction suite à cette roublarde forfaiture. Ce château, bien que relativement imposant, ne semblait guère défendu que par trois ou quatre centuries et son emplacement était plus que propice pour couper une retraite vers le nord et tout autant pour éviter que le nord n'y approvisionne les rebelles du Sud.

Le siège se mettait en place et vers le soir les innombrables torches des deux milles suivants d'Aemon illuminaient de manière funeste cette clairière. La peur résonnait comme le glas répond aux échos du chagrin, le métal se faisait l'instrument de l'horreur, de châtiment. Les engins de sièges étaient montés pour la plupart et le désastre d'Erac allait enfin prendre toute son ampleur. Ce château tombera, quoiqu'il arrive, il tombera.
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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Faire courtoisie à Strigidae.   Lun 23 Juil 2012 - 21:14

FAIRE COURTOISIE À STRIGIDAE.

Barkios ; Printemps ; Sixième jour de la deuxième ennéade ; An 6, Cycle 11.
Il ne fallut pas moins de deux jours de plus pour que les pavillons soient tous bien érigés, que les armes de sièges aient leur mécanique bien huilée et que chaque homme, chaque soldat, se sentent enfin près à en découdre avec ces rebuts du Royaume. Que la honte s'abatte sur eux, en voilà une belle affaire. Ce n'était pas suffisant. Ils ne retiendraient pas le leçon. Se baladant dans ce campement de fortune, Aemon, main sur son fourreau et toujours accompagné de sa si fidèle garde, faisait un tour d'horizon de ses troupes, icelles se levant promptement et courbant l'échine devant leur Seigneur et maître. Celui-ci, cependant, accordait plus d'importance à leur mine presque joyeuse, à leur envie d'aller châtier noblement ces avoltrons de forfaiteurs ! Voir ainsi de si bonshommes réunis, voir un spectacle aussi réjouissant, mettait du baume au cœur du Baron et l'encourageait dans la justesse de ses entreprises.

Le temps en Erac, cela dit, était épouvantable et quand bien même quelques braseros, sous les tentes de quelque nabab, réchauffaient çà et là les bannerets de l'ancenois, il était observable nonobstant chez la piétailles de basse extraction et nobliaux une certaine aigreur vis à vis des nuées. Froid mordant la nuit, bise gelée dès le matin et pour couronner le tout, oui, il s'était mis à pleuvoir dès cette nouvelle matinée du deuxième jour de siège. Un temps lugubre, noir, imposant le silence, un silence d'autant plus lourd que nulle rumeur ne semblait provenir du château qui s'étalait devant eux. L'ayant entouré du mieux possible, coupant les routes, il était voulu qu'ils se sentent isolés, abandonnés, délaissé. Le pensaient-ils ? Aemon l'espérait. Il ne voulait pas de négoces, il ne voulait nuls pourparlers, nulles suppliques. Il frapperait, un point c'est tout et il frapperait fort. C'est aux abords du sixième jour de la deuxième ennéade qu'il lança enfin l'assaut, une fois la pluie arrêtée, une fois les vents calmés, mais le ciel conservait toujours cette teinte grisâtre et pâle, si pâle. Attaquant avant le levé du jour il voulait prendre par surprise ses ennemis, ayant fait éteindre chaque torche sinon celles des campements, l'illusion semblait parfaite. Les armes de sièges en premier. Les mangonneaux étaient près et positionnés depuis longtemps et c'est de nuit, dans un sifflement strident et au son des cordes et poulies se déroulant que les premiers fracas eurent lieu. Nuls projectiles incendiaires, il ne voulait pas qu'on se doute de l'assaut imminent, tout comme il ne voulait pas qu'on endommage les murs d'enceinte. C'est la panique qu'il visait, c'est la débandade qu'il convoitait. Réveiller la masse, les presser, les harceler à coup de rochers et d'obus en tout genre. Hors de portée de leurs archers les siens n'en pouvaient pas non plus décocher, mais qu'importe. Aux premières lueurs de l'aube les balistes entrèrent en jeu. Cette fois-ci les traits étaient ceints de flammes et en plus de ces cinq petits trébuchets, une vingtaine de scorpions ne relâchaient pas la cadence. Quelques fumerolles émergèrent alors de la ville, enfin ! Le feu salvateur et purificateur. C'est à ce moment que l'ordre fut donné. Dirigeant de l'arrière Aemon ne se risquerait pas à s'exposer aussi facilement aux premières contre-attaques ennemies.

Ses hommes courraient vivement vers les murs du châteaux échelles, construites auparavant, et béliers protégés grossièrement par quelques pavois, en main. Des visages inconnus, des visages terrifiés, d'un bord comme de l'autre, mais les bardes chanteront la prise de cette forteresse et le hardi sacrifice des hommes de l'Est, des hommes du médian Ancenis. Se hâtant d'atteindre les remparts pour essuyer le moins possible de flèches et carreaux, jouissant alors de la protection maigre qu'offrait les murs, les échelles furent mises en place et enfin l'infanterie jouait son rôle. Hommes d'armes, chevaliers, piquiers, lanciers, épéistes, tout l'attirail meurtrier de la guerre se hissait vaille que vaille sus au château. Pas moins de quinze cents hommes attendaient de grimper vers le château tandis que les autres assuraient l'arrière-garde, la réserve. Le bélier principal atteignit la porte et enfin les coups de heurtoir retentirent, véritable symphonie, bonne augure au surplus. Le siège prenait finalement la forme qui lui était due.

Aemon observait ce spectacle de mort et de cris. Les premiers tombaient déjà, un carreau d'arbalète coincé dans la gorge et le borborygme et glouglou du sang ruisselant n'altéraient en rien sa ferveur. Ses propres archers, ses propres arbalétriers ripostaient à qui mieux-mieux. Bref, le château tout entier se faisait envahir par de valeureux combattants, qu'en était-il de leur propre bord ? Impatient d'en finir et de voir flotter la chouette d'argent au sommet du Donjon Aemon se retenait tout de même d'éperonner son cheval et d'appeler l'arrière pour charger ultimement face à ces traîtres, à ces pendards. La bataille ne faisait que commencer.
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Atanae
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MessageSujet: Re: Faire courtoisie à Strigidae.   Mer 25 Juil 2012 - 14:43


**Musique**
Barkios ; Printemps ; Sixième jour de la deuxième ennéade ; An 6, Cycle 11.

L'averse avait arraché un fin sourire aux lèvres pincées d'Atanae tandis qu'elle baissait les yeux sur le campement des assiégeants. Que ces chiens pataugent dans la boue et dorment dans les flaques, tandis qu'eux avaient des toits étanches et des lits secs à leur disposition. Voila qui ne pouvait que la réjouir. Non que beaucoup de nos gens puisse dormir en songeant à l'armée qui campe aux pieds de ces murailles... Elle même n'avait pris que trois petites heures de sommeil, et la fatigue tirait durement sur ses muscles. Avec un geste las, elle repoussa une mèche dégoulinante qui barrait son front et se composa une expression d'assurance moqueuse avant de se retourner vers les hommes qui la suivaient.

« L'on peut au moins espérer qu'avec pareille douche, nos adversaires soient lavés une fois l'an. Leur odeur aurait fait fuir le plus valeureux des guerriers, si leur commandant comptait la-dessus, son plan vient de tomber à l'eau. »

Les sourires qui lui répondirent étaient tendus. Personne n'était réellement dupe quant à leur situation, mais feindre la confiance faisait partie des règles du jeu du commandement. Ils reculèrent pour se mettre hors de portée d'éventuels tirs, et continuèrent l'inspection des défenses du château. Pour un œil novice, l'édifice paraissait pratiquement imprenable. Cinq hautes tours entouraient le bourg, qu'il fallait traverser pour atteindre le fort lui-même, lourd bâtiment de pierre qui semblait inébranlable. Les murailles crénelées étaient larges et massives. Mais ce sont bien ces murailles, le problème. Trop de murailles, et pas assez d'hommes pour les garnir. Qu'ils forcent un peu trop à un endroit précis, et la ville tombera.
Pour parer à cela, elle avait divisé les combattants entre gardes fixes supposées tenir leur poste, et groupes mobiles chargés de se déplacer d'un point à l'autre des murs en fonction des alertes. Sur chaque pan des fortifications, un soldat était muni d'une corne censée appeler les renforts dès lors que la situation tournerait au vinaigre. Ce n'est pas parfait, mais ça devra bien faire l'affaire. De toute manière, sans renforts, nous tomberons tôt ou tard. Même en prenant trois assaillants chaque fois que l'un des leurs trépasserait, il en resterai encore près de mille à l'Ancenis lorsque le dernier défenseur aurait rendu l'âme. Et bien nous devront chacun leur en prendre six, et fassent les dieux qu'on vienne nous secourir avant la fin.

L'humeur, à l'intérieur des murs, reflétait l'inquiétude qui étreignait le cœur de chacun. Les Aigles Rouges feignaient l'indolence, mais leur capitaine les connaissait trop bien pour être dupe, et le reste des soldat ne cherchait même plus à cacher son désarroi. Rien d'étonnant, après tout : Ils avaient moins fait la guerre que leurs camarades mercenaires, et c'était leurs femmes et leurs enfants qui se terraient dans le château, tandis que les hommes d'Atanae n'avaient pour la plupart rien à perdre. Bien qu'on se réjouisse ostensiblement du temps et des conditions misérables qui accablaient l'ennemi, la tension ne fit que monter au cours des jours qui suivirent, et la jeune capitaine ne trouva que peu d'heures de sommeil : elle restait en armure, prête au combat quelle que soit l'heure, et ses quelques brèves siestes n'étaient ni réparatrices, ni confortables. C'était néanmoins lors de l'une d'elles que les cornes de brume déchirèrent le silence, annonçant enfin l'attaque proprement dite.

Elle se leva avec une bordée de jurons, vouant Ancenis aux gémonies, passa de l'eau sur son visage et sortit en trombe. Les coups des mangonneaux résonnaient contre les épaisses murailles, bientôt accompagnés par les premiers hurlements de mort. On crut pendant quelques temps que l'ennemi renoncerait à l'incendie, mais les premières lueurs de l'aube anéantirent cet espoir alors même qu'une poignée de bâtisses prenaient feu. Les cloches se mirent à retentir, l'eau précieusement récoltée lors des jours précédents servit à contenir les flammes qui peinaient à prendre efficacement sur le bois encore humide. C'est à ce moment précis que les cornes résonnèrent à nouveau, couvrant les cris d'alerte, annonçant l'attaque.

Les unités de renforts coururent aux murailles, concentrant leurs efforts la ou les assaillants étaient les plus nombreux. Les échelles furent repoussées à grands coups de pieds et de hache, les hommes tombant dans le vide avec de longs hurlements tandis qu'une pluie de flèches et de carreaux s'abattait sur leurs frères restés en contrebas. Là ou l'ennemi parvenait tout de même à poser un pied sur la muraille, l'alerte était donnée, et les petits groupes mobiles accourraient pour repousser l'attaque. La pierre fut bientôt poisseuse de sang et les chemins de ronde encombrés de cadavres, qu'ils portent la chouette d'argent, l'aigle rouge ou la livrée des soldats de la cité.

« Abattez-moi ces porcs qui frappent à notre porte ! »

La voix de la jeune blonde était étonnamment forte, et portait loin. L'ordre fur relayé, et on se mit à balancer moellons et briques sur les pauvres diables soutenant le bélier. Les lourds battants tremblaient, mais ils ne cédèrent pas. Pas encore.

« Ils ont l'air d'aimer le feu, retournez-leur la politesse ! Ne tirez pas à l'aveuglette, prenez le temps de viser ! Repérez leurs officiers, et si l'un d'eux s'avance, double solde à celui qui lui collera une flèche entre les yeux de ce fils de putain ! »

Atanae prenait part au combat, courant d'une muraille à l'autre au fil des alertes. Ses hommes ne l'auraient pas suivie longtemps si elle était restée à l'arrière. Une petite garde l'entourait néanmoins, munie de pavois pour se protéger des flèches, et elle reculait régulièrement pour se permettre d'évaluer la situation et crier quelques ordres. A trois reprises, ils manquèrent d'être submergés, et à trois reprises, de justesse, ils repoussèrent l'attaque au prix de nombreuses vies. La journée se déroula pour tout les défenseurs dans une brume rouge de sang, de boue, de fatigue et de douleur. La trêve ne vint qu'avec le coucher du soleil, quand ils réalisèrent, stupéfaits et épuisés, qu'ils avaient tenu bon. La première journée de combat était terminée, et les murailles, bien qu'ébranlées, étaient toujours debout. Mais pour combien de temps encore ? Le siège coutait peut-être plus cher que prévu à l'armée d'Ancenis, mais leur résistance ne tiendrait pas éternellement. Leur seul espoir était de survivre jusqu'à l'arrivée d'un quelconque secours.
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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Faire courtoisie à Strigidae.   Jeu 26 Juil 2012 - 23:40

FAIRE COURTOISIE À STRIGIDAE.

Barkios ; Printemps ; Septième jour de la deuxième ennéade (Nuit) ; An 6, Cycle 11.
Perplexe et déterminé, Aemon ne quittait pas le siège des yeux, il ne relâchait pas son attention et se concentrait sur chaque événement nécessitant une concentration particulière. Il criait ça et là des ordres retransmis au-travers des sergents, fierté et fleuron de l'ancenois. Le siège progressait et rapidement l'ennemi se mis en branle. Il envahit les murs tout comme Ancenis les envahissait. Protégeant et luttant avec acharnement pour chaque coudée et chaque pouce amèrement disputé. Les murs se teintaient de gueule, un blason tragique s'y dessinait et la faute en incombait à ces fols présomptueux de s'arroger une victoire digne des bardes, digne des cours de la capitale sans doute. Quels provinciaux ils faisaient là. Aemon haïssait ceux recherchant la gloire pour ce qu'elle n'apporte, généralement, que déception et doute. Lui, lui il savait qu'à trop espérer l'on ne vivait plus qu'à travers des lubies, des idées fanées et s'effritant. La bataille était d'ores et déjà gagnée, ne restait plus que quelques modalités, quelques inconnues à effacer et réduire à l'état de cendre et de poussière. Ces ennemis, aussi braves et combatifs qu'ils pouvaient être, rien, non, vraiment rien ne les sauverait de leurs méfaits. Ils avaient levé les armes contre un seigneur légitime, un seigneur agissant selon les ordres d'un Roi et par conséquent agissant selon les ordres de la volonté divine elle-même. La Damedieu saura reconnaître les siens à travers cette débâcle aussi le Seigneur et Baron d'Ancenis ne se souciait que peu des pertes qu'il subissait. Leur mort, à tous n'était que justifiée. D'aucuns pour leur félonie flagrante, d'aucuns pour leur bravoure à vouloir punir ces immondes limiers infestés de puces.

A chaque carreau qu'encaissait un valeureux combattants de la justice, à chaque homme que Tyra rappelait en ses catacombes Aemon n'en éprouvait que plus d'ardeur, que plus de confiance dans ses entreprises. Ce château tombera, tôt ou tard. La brune approchait, le crépuscule enrobait de ses bras décharnés et sombres l'ensemble des terres d'Erac. Les hommes preux n'avaient réussi à faire céder les portes de ce château, au grand damne d'Aemon qui maudissait les défenseurs en jetant l'opprobre à leur parenté, fut-elle noble, roturière. Avoir engendré pareille vermine ne méritait que mépris. C'est alors qu'un gradé vint jusqu'à lui, son cheval couvert de boue rougeâtre, crotté jusqu'au poitrail. Le sang coulait à travers les créneaux et dégoulinait le long des remparts en de sordides arabesques et le sol, détrempé par les pluies, n'était plus qu'un marécage nauséeux et sanglant. Essoufflé, à bout, l'homme difficilement articulait :

« Il faut sonner la retraite Monseigneur ! Ils tiennent bon... La chienne les dirige, la porte ne cède pas, il f...

_ Suffit ! Retournez combattre et abattez-moi ces portes ! Auriez-vous peur d'une femelle ?!

_ Mais... Monseigneur ! Les hommes sont épuisés, les rangs décimés, la nervi ne défend que trop bien son singe ! »


Aemon le toisa d'un regard altier, courroucé. Pourquoi diables les portes ne cédaient-elles pas ? Maugréant à souhait il tira sur la bride de son destrier et d'un signe de la main des olifants retentirent, trois fois et la retraite fut sonnée. Tous accoururent, accusant alors les ripostes énervées et désespérées des archers et autres hommes de traits de la part de la forteresse. Les morts jonchaient ces tourbières nouvellement formées. La nuit avançait, chargeant à grande foulée et promptement tout fut plongé dans une obscurité menaçante que seules quelques torches venaient pallier. La brume s'élevait, le temps se gâtait, peut-être la pluie serait présente dès leur réveil. Vraiment, l'éraçon n'était rien d'autre qu'un furoncle suintant, il fallait le percer et en faire jaillir tout le pus. Il fallait forcer ces rats, terrés dans leur château, à défaillir. Un plan émergeait dans l'esprit d'Aemon, il se devait de le partager auprès de ses capitaines et commandants.

Installés sous sa tente, c'est un brouhaha, un vacarme sans nom qui accompagnait leur si fraîche nuit. Quelques braseros brûlaient encore, alimentés par des pages presque effrayés tant les voix s'élevaient. Silencieux et observateur, le Baron ne pipait mot. Ses châtelains, ses vavasseurs se livraient en une joute verbale alimentée par quelques poings que l'on frappe sur la table pour appuyer ses dires, accentuer sa fougue, bref, le tintamarre habituel des hommes. L'un prenant la parole annonçait :

« Qu'on s'en contrefout de ces mercenaires crevés ! La moitié des forces envoyées dès ce matin n'étaient que stipendiés ! Envoyons l'arrière !

_ Et sacrifier le plus gros de nos troupes ? Pour un misérable château et une truie en harnois ?!

_ La truie nous a repoussé une fois ! Les hommes vont douter à présent ! »


Et ainsi continuait de plus belle la dispute puis il fut un temps ou les tempes d'Aemon le faisait tellement souffrir qu'il ne put se contenir plus longtemps. S’énervant dans son propre harnois il fulmina si violemment qu'aucun plus n'osait faire entendre le son de sa voix. Rugissant un « SILENCE ! » tonitruant couvrant tout bruit, tous s'imposèrent les chaînes du silence et, enfin calmes, écoutaient le Baron.

« Nous avons subit une défaite que je ne souffrirai plus, est-ce clair Messeigneurs ? Demain, ces murs tomberont et je veux la tête de cette harpie empalée sur une pique tout comme je veux voir rôtir le corps de chacun de ses hommes, tout comme vous subviendrez à mes ordres. Nos soudards sont épuisés au mieux, d'autres blessés ou estropiés quant aux cadavres qu'il nous a été permis de ramasser, je n'en ai cure. Un homme mort ne vaut pas plus qu'une femme stérile. Plus de la moitié de mon ost est encore valide, prête à se battre, il n'attende qu'un mot. Au diable ces gueux de mercenaires qui ont semé le trouble dans nos rangs, au diable ces vauriens ! Demain, c'est dans ce donjon-ci que je pisserai. »

Les sires de l'ancenois restaient attentifs et, ne sachant plus très bien ce qu'il fallait répondre se condamnèrent au silence, encore, avant qu'Aemon n'ajouta :

« Combien nous reste-t-il d'obus ?

_ De quoi tenir encore une journée, une et demie tout au plus Seigneur. »


Se massant les tempes le Baron expira longuement avant d'annoncer, enfin :

« Préparez-vous, ce soir, le ciel s'embrasera et nul repos ne leur sera offert. Ils doivent comprendre le sens de sédition et ce qu'il en coûte. »

Ainsi, en branle-bas de combat l'ost s'agita, partiellement cela dit. Nul assaut ne serait donné dans la nuit, seulement... Seul le feu éclairera Forcluse, cette forteresse défendue par Néera sait quoi. Des torchés furent apportés près des mangonneaux et balistes, la recharge amorcée et bientôt toutes les armes de sièges étaient prêtes à en découdre, une fois de plus, avec ce château en plein naufrage. Aux tirs habituels fut apportés de la paille et de l'huile, des munitions incendiaires en sommes et l'effet escomptait n'était rien de plus que l'épuisement des citadins. Les tenir éveillés, en proie aux flammes, cette fois-ci Aemon ne se laisserait pas avoir par la chaume humide. Nonobstant, quelques cavaliers se tenaient près, des franc-cavaliers, au cas où l'ennemi se sentirait une poussée courageuse l'obligeant à charger ces instruments de morts. La fin approchait pour eux. La tranquillité de la nuit fut déchirée par un :

« FEU ! »

Et le ciel s'embrasa de dizaine de projectiles fusant droit vers l'intérieur même de ce lieu maudit et entaché de ces forfaiteurs. Rapidement des flammes s'élevèrent par-derrière les remparts, enfin, enfin le feu allait tout purifier.
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Atanae
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MessageSujet: Re: Faire courtoisie à Strigidae.   Sam 28 Juil 2012 - 2:30

Barkios ; Printemps ; Septième jour de la deuxième ennéade (Nuit) ; An 6, Cycle 11.
Les étoiles étaient invisibles. L'éclat des flammes projetait dans le ciel une lueur orangée à l'éclat maladif qui parfois prenait davantage d'ampleur lorsqu'un nouveau projectile brûlant s'abattait sur un toit de chaume ou une botte de paille, provoquant un nouveau départ d'incendie vers lequel il fallait aussitôt courrir, seaux à la main, pour empêcher qu'il ne s'étende. La moitié du bourg était déja la proie des flammes. Leur objectif n'était maintenant plus d'arrêter le feu, mais simplement de le contenir, d'empêcher qu'il ne ravage l'intégralité de ce qui se trouvait à l'intérieur des murs. A la journée de combats avait succédé une nuit de course, et Atanae elle-même avait parfois du mal à penser clairement tant elle était épuisée.

L'annonce du retrait des troupes de l'Ancenis avait été accueillie par des hourras et des vivats euphoriques. Il est dans la nature du soldat de se réjouir des triomphes du présent, en tâchant de ne pas s'inquiéter des défaites du lendemain. La mort, sur un champ de bataille, peut frapper à n'importe quel moment, aussi bien sot serait celui qui ne profiterait pas du peu que la vie lui offre. Mais leur joie avait été de courte durée : A peine avaient-ils eu le temps de prendre une petite heure de repos que les cloches d'incendie s'étaient mises à retentir à nouveau tandis que les bâtiments s'embrasaient sous les tirs de l'ennemi.
Au grand soulagement des mercenaires Aigles Rouges comme des hommes du châtelain, on envoya les roturiers réfugiés au château prêter main forte pour faire passer les seaux et contenir les foyers. Femmes et enfants furent mis a contribution aussi bien que n'importe qui, permettant aux combattants de s'arrêter quelques temps. Peu d'entre eux parvinrent cependant à trouver le sommeil plus de quelques minutes, entre les cris et le fracas des tirs. De temps à autres, un hurlement déchirait l'air comme un projectile s'abattait sur une cible humaine plutôt que sur une construction.

Il régnait dans Forcluse une lueur crépusculaire, et pourtant c'était l'heure du loup, la plus sombre de la nuit. Atanae vida un énième seau sur les flammes, tendu par une fillette aux yeux fatigués qui ne devait pas avoir plus de huit ans, quand elle sentir les premières gouttes sur son visage. La pluie, enfin, enfin ! Elle leva le nez vers le ciel tandis que l'averse prennait de l'ampleur, lavant en partie la couche noirâtre de suie qui tapissait ses joues et son front, et ferma les yeux en murmurant une prière de remerciements à Neera. Autour d'elle, les soupirs de soulagements et les hululements de joie se mirent à résonner tandis que le ciel, allié providentiel, déversait sur eux ses larmes salvatrices. La blonde abandonna son seau et grimpa quatre à quatre les marches de la tour la plus proches afin de réaliser l'ampleur des dégâts, baissant sur les rues boueuses son regard de glace dont l'éclat était terni par la fatigue. Résolue, elle prit ensuite la direction du château.

« La ville ne tiendra pas une journée de plus, mon seigneur. La porte cédera bientôt, les murailles ont subi de gros dégâts. Nous n'avons toujours aucunes nouvelles du Duc, ou d'éventuels renforts.Vous avez déjà perdu la moitié de vos bâtiments, et près d'une centaine d'hommes. Nous ne faisons que retarder l'inévitable. »

Un silence glacial accueillit ses paroles. Les hommes du châtelain ne pouvaient pas, aux yeux d'Atanae, avoir abouti à une conclusion différente : C'était des hommes sensés qui semblaient connaitre leur affaire. Aucun d'entre eux n'avait pourtant osé émettre pareille remarque, et lorsqu'elle croisa le regard assassin de son employeur, Atanae cru comprendre pourquoi.

« Que suggérez-vous, capitaine ? La reddition ? »

Trop tard pour reculer.

« Sauf votre respect, mon seigneur, c'est ce qu'un homme sage ferait. »

Le châtelain s'empourpra, et son poing s'abattit sur la table en faisant trembler la vaisselle.

« Je ne crois pas vous payer pour faire preuve de lâcheté, capitaine », éructa-t-il d'un ton furieux. « Vous avez été engagée pour aider à défendre ce château, alors défendez-le, si vous avez une once de cran ! Je me fiche que le village soit en cendres, cette forteresse est faire de pierre, non de bois ! Nous ne céderons pas ! »

La mercenaire hocha la tête sobrement, comprenant qu'insister ne servirait à rien. Présentant de rapides excuses, elle reçut son congé et rejoignit ses propres officiers au pied de l'enceinte.

« Je sais que nous sommes tous fatigués, mais nous sommes loin d'en avoir fini. Puisque le bourg va tomber, autant s'en servir. Récupérez ce que vous pourrez dans les maisons incendiées, blanches, poutres, n'importe quoi. Sortez les meubles que vous trouverez dans les maisons intactes, prenez les charrettes, les tonneaux, les cadavres de chevaux, peu importe, je m'en fous. Formez des barricades dans les ruelles, plusieurs, jusqu'au château. On va faire payer au prix fort à ces chiens chaque pouce de terrain avant de se replier et de refermer les portes derrière nous. Une fois que ce sera fait, faites rentrer les femmes et les enfants dans la forteresse et rejoignez-moi sur les remparts »

Il était parfaitement convenu au sein des Aigles Rouges que « les femmes » ne concernait pas les combattantes de la compagnie. Par chance, il lui restait encore pratiquement une centaine de combattants directement sous ses ordres. Les mercenaires, plus aguerris que les hommes de Forcluse par la vie de combats incessants qu'ils menaient, tombaient bien moins vite que leurs camarades.
Les ordres furent transmis, et tandis que les rues se transformaient peu à peu en étendues boueuses et glissantes, les barricades furent érigées à la hâte. Ils n'avaient que peu de temps pour le faire, et ce n'était que des édifices de fortune, mais l'avancée des hommes de l'Ancenis serait rendue bien plus difficile. Des tireurs postés en hauteur, sur les toits des maisons encore intactes, feraient eux aussi un carnage.

Appuyée aux créneaux, Atanae observait les assiégeants tandis qu'à l'est le ciel commençait a s'éclaircir. Qu'ils attaquent, et ils trouveraient certainement un morceau plus coriace qu'ils ne s'y attendaient. Le repli se ferait en deux temps, des murailles aux rues, puis des rues au château, dans lequel ils se barricaderaient.
Et fasse Neera qu'il reste encore quelques uns d'entre nous d'ici-là.
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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Faire courtoisie à Strigidae.   Mar 31 Juil 2012 - 0:25

FAIRE COURTOISIE À STRIGIDAE.

Barkios ; Printemps ; Huitième jour de la deuxième ennéade ; An 6, Cycle 11.
Tandis que les flammes déchiraient le ciel de mille et un éclats funestes le Baron d'Ancenis observait la scène, tout en harnois qu'il était et accompagné de sa garde émeraude. La garde personnelle composée d'hommes liges, fidèles à leur Seigneur et maître. La nuit avançait, l'assaut battait son plein lorsqu'une goutte, une misérable goutte s'abattit sur le front barbouillé d'Aemon. Il ne voulait pas y croire, il allait de malchance en malheur pour le coup. Quelle était donc cette sorcellerie dont jouissait l'ennemi ? Etaient-ils si impies que les Dieux eux-même craignaient de les châtier, ne se risquant pas à encourir la fureur de leur panthéon païens ? Nenni ! Ils devaient, tous, céder, ils céderont. Des assaut répétés conjoint à ce feu dévorant, ces boulets enrobés de poix, voilà qui les ferait tomber, mais cette fichue pluie n'en ferait que retarder l'ultime échéance et le temps manquait. Le climat d'Erac était digne de déprécation et autre anathème, mais nulle intempérie ne saurait faire plier un esprit fait d'acier à la rigueur exemplaire. Le Baron savait que le moral des troupes était aussi important que leur encadrement. Une mauvaise discipline ne résulte que de l'incompétence de ses meneurs, mais également de l'importance donnée à leur stature. En se voulant supérieur à ses hommes Aemon avait réussi à instaurer cette relation savoureuse qui sied tellement bien au pouvoir. Un mot de sa part, un seul, et voilà que toutes les forces en présences chargeraient sus à cette forteresse maigrement défendue, mais dont le courage aveugle et désespéré semblaient rebâtir ce que les obus des mangonneaux et balistes détruisaient. L'heure était venue, il voulait en finir ce soir, une bonne fois pour toute et passer au fil de l'épée l'ensemble de ce castel dont il maudira le nom pour lui avoir tenu tête. C'est à ce moment qu'il fut dérangé par un coursier tenant en sa main une missive chiffonnée, salie, poussiéreuse et détrempée. L'homme mit rapidement pied à terre et s'approchait à la hâte du Baron. Celui-ci portait une livrée étrange qu'Aemon ne mit pas longtemps à reconnaître. Cet homme était un banneret de l'Ivrey. Aetius ? Mais pourquoi ?

C'est à la lueur d'une chandelle qu'il peinait à déchiffrer le contenu écrit, semblait-il, avec empressement. Il en retint cependant l'essentiel que l'on pouvait traduire comme suit :

Citation :
« Le félon défait... Armée en déroute... Pont-Lamor bataille, victoire. »
Aemon saisit l'importance capitale de pareille nouvelle et son sang ne fit qu'un tour tandis que les engins de morts déversaient toujours les munitions décroissantes au son des poulies et autres fracas que les cris, rumeurs lointaines perdues dans la nuit, venaient déranger. Laissant en plan ce qu'il examinait tantôt il se pressa de mander la fin du bombardement. Il ne servait à rien d'user abusivement du peu de rochers qu'il restait, encore moins de gaspiller la poix et le bitume en fusion. Ces artifices coûtaient et la présente annonce n'était rien de moins que le signe tant espéré des Dieux. Néera avait enfin posé son regard sur eux, enfin ouvert ses bras chaleureux et malgré le froid mordant et rampant que la pluie gelée produisait le long de son échine, Aemon se sentait empli d'une nouvelle tiédeur, une vigueur sans pareille le pris et, morgant, se voulait meilleur que son régent de frère. Lui aussi voulait une victoire à son palmarès.

La plupart des hommes en service cette nuit retournèrent s'abriter sous quelques tentures et au surplus tous cherchaient un coin plus chaud et plus sec que l'autre. Pataugeant littéralement, Forcluse se verrait bientôt doté du fameux nom de : Château-gadoue. C'est au cœur de la nuit que le Baron rédigeait la frontispice lui assurant la victoire dès le lendemain matin. Le ciel s'éclaircissait quelque peu et des fumerolles timides s'élevaient de la forteresse, reste de la nuit précédente, peut-être de la poix encore brûlante, peut-être un cadavre rôti. C'est dans cette quiétude jusqu'alors inconnue que s'avançait un petit cortège. Trois hommes, montés, deux portant les couleurs d'Ancenis de part leur oriflamme, un autre son insigne et jusqu'au caparaçon de son cheval s'accordait à l'ancenois. Ledit homme tenait en sa main un vélin enroulé, prêt à être lu, prêt à lui offrir cette victoire tant attendue.

Au fait des murailles se trouvait une femme, observant le campement alors que l'aurore pointait à l'Est, rosant le ciel, l'embrasant de pâles lueurs, au moins en serait-il une qui entendrait l'épatent discours. Le héraut d'Ancenis s'avança, encore, encore et encore. S'approchant le plus possible des murailles tout en sachant rester à une distance sûre, raisonnable au moins si fuite il devait y avoir (bien qu'un vulgaire carreau aura raison de sa gorge nue, point que le pauvre homme semblait avoir oublié). Déroulant le parchemin il s'éclaircit la gorge et avec véhémence commença à lire :

« Aux valeureux défenseurs de Forcluse : Le Baron d'Ancenis, Aemon IV, vous fait parvenir sa reconnaissance pour le courage et la bravoure dont vous avez jusqu'ici fait preuve. Monseigneur et maître se verrait désoler d'avoir à meurtrir pareils bacheliers ! Dans son immense miséricorde, volonté de la Damedieu, il se voit prêt à offrir vie sauve et protection à ceux qui rendront les armes. Le sang des hommes n'a que trop couler. L'usurpateur Léandre du Lyron a été mis en déroute, ses armées sont dissoutes et nulle victoire n'attend iceux qui osent encore se placer sous son égide. Avisé est-il de conseiller la reddition et l'ouverture des portes ! »

Ainsi, le siège pouvait se conclure sur un commun accord, une grâce accordée qu'il leur fallait saisir, il était plus que temps que le sire des lieux se rendent compte du désespoir et la sottise qu'arborait pareille résistance. S'il refusait...

Précision:
 
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Atanae
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MessageSujet: Re: Faire courtoisie à Strigidae.   Mer 1 Aoû 2012 - 14:24

Barkios ; Printemps ; Huitième jour de la deuxième ennéade ; An 6, Cycle 11

« Ne tirez pas ! »


Atanae doutait fortement que quiconque parmi ses hommes ou ceux du châtelain soit assez félon, fou ou désespéré pour oser décocher sur un héraut, mais mieux valait s'en assurer plutôt que de risquer un incident.

La nouvelle qu'on leur annonça eut dans le camp des défenseurs de Forcluse le même effet qu'aurait eu la foudre si elle était tombée uniformément sur le faîte des murailles. Soldats et mercenaires se regardèrent mutuellement, désemparés. Lyron, défait ? S'étaient-ils donc battus tout ce temps en vain, donnant bravement leur sang pour une cause qui serait désormais toujours considérée perfide ? Un lourd silence tomba sur les fortifications garnies de guerriers maussades, pourtant, lentement, leur expression changea. Le choc initial passé, les implications du discours du héraut de l'Ancenis firent doucement leur chemin dans les esprits, et la plupart des hommes et femmes qui s'apprêtaient à défendre le bourg jusqu'à la mort ne purent tout à fait dissimuler l'éclair de soulagement qui passa sur leurs visages. Certains Aigles Rouges se permirent même un léger sourire. Il semblait que Neera eut décidé de protéger leurs vies, après tout. Ils savaient tous que si la bataille prévue avait lieu, la plupart d'entre eux périraient bien avant d'atteindre les portes du château. Mais se battre était désormais inutile, et les paroles qui venaient d'être prononcées les garderaient probablement de la mort. Pour la présente journée, du moins.

On envoya aussitôt un messager porter la nouvelle au châtelain. La blonde, pour sa part resta longuement immobile, fixant l'armée ennemie (qui ne le serait sans doute bientôt plus, si leur patron avait une once de bon sens) et examinant ses différentes options. La pluie tombait toujours dru, pourtant a l'est le ciel s'était quelque peu dégagé, et les nuages se dispersaient comme un rideau théâtral s'écartant pour laisser entrevoir l'aube. Elle laissa son regard courir sur le paysage durant plusieurs minutes. Lorsqu'elle eux pris sa décision, enfin, elle se redressa. A ses cotés, le mioche de treize ans qui lui faisait plus ou moins office d'ordonnance croisa son regard. Son visage assombri par la crasse et la suie était presque aussi charbonneux que sa tignasse, mais son regard restait clair. Lui aussi avait compris que la bataille était terminée.

« Fais transmettre aux hommes de se rassembler dès que notre cher employeur aura décidé de faire ouvrir les portes. Je veux un compte précis de nos morts et de nos blessés. Puis trouve-moi un étendard qui ne soit pas tombé dans la boue et sur lequel on voit encore notre aigle. Dit à Anthèlme, Marcus et Lydéric de me rejoindre sous la tour ouest quand ils en auront terminé avec le recensement. »


« Anthelme, l'est mort, cap'taine. L'ai vu se prendre une pierraille d'la taille d'une chèvre. La tête arrachée d'un coup, il a eu. »
, répondit le gamin en baissant les yeux.

« Thibert, alors. »

Le môme fila aussitôt, et Atanae but un peu d'eau à sa gourde avant de redescendre. On allait bien ouvrir les portes, à en croire les ordres qui fusaient, et le châtelain de Forcluse s'apprêtait à rencontrer l'Ancenis pour négocier une paix des Braves. Tout cela concernait peu Atanae : Elle estima qu'elle avait probablement une heure ou deux devant elle avant que les courtoisies se terminent. Son esprit pragmatique lui intima de les mettre à profit pour faire la seule chose qui s'imposait : Elle dénicha de quoi nettoyer une partie de patine noirâtre qui lui recouvrait le visage, trempa la tête dans un abreuvoir, tressa serrés ses cheveux humides, puis, lorsqu'elle s'estima à peu près présentable, s'autorisa enfin un peu de repos.

Le bruit des bottes frappant le plancher de bois la réveilla juste avant que les hommes qu'elle avait fait demander n'atteignent la tour, et elle se releva pour les rejoindre et entendre leurs rapports. Le soleil était maintenant visible, et il avait presque atteint le sommet de sa course lorsqu'ils sortirent tout les quatre, accompagnés du mioche brandissant un modeste gonfalon, et se dirigèrent vers ceux qui une demi-journée plus tôt étaient encore des ennemis.

« J'aimerai voir le Baron d'Ancenis, ou du moins l'un de ses capitaines. J'ai une proposition de contrat à lui faire. »


La ville rendue, le travail des Aigles Rouges était ici terminé. S'ils avaient vaillamment gagné leur paie, il était fort peu probable qu'on continue de les engager pour défendre une ville tombée. Il était temps de changer d'employeur.
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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Faire courtoisie à Strigidae.   Dim 19 Aoû 2012 - 23:48

FAIRE COURTOISIE À STRIGIDAE.

Barkios ; Printemps ; Huitième jour de la deuxième ennéade (après-midi) ; An 6, Cycle 11.
C'est au petit matin que la ville se décidait enfin à appréhender l'étendue de sa défaite ainsi que celle d'Erac. La guerre s'était, pour ainsi dire, terminée au moment même où Léandre abandonnait ses hommes, ses prétentions et quelque honneur qu'il pouvait avoir. La bataille de son frère n'exprimait rien d'autre que la détermination de Diantra. Les yeux de la cité s'étant tournés vers ses nombreux ennemis ceux-ci ne mettraient longtemps avant de sombrer, chacun leur tour, dans les profondeurs qui attendent les félons. Forcluse venait elle-même de s'effondrer et brisé était le châtelain qui, encore quelques heures auparavant espérait réellement pouvoir mettre en déroute la force ancenoise. Du camps les clameurs ébaudies des soldats et capitaines emplissaient de joie le cœur d'Aemon qui, fier de cet accomplissement, se saurait enfin reconnu comme il se devait par son frère et la noble maison Ancenis. Le nord-est du pays était sous contrôle à présent. L'on vint lui apprendre la venue de, de qui déjà ? le nom lui échappait, il n'écoutait qu'à moitié, penché sur ses vélins et ses cartes. Terminant l'écriture de l'un, préparant la cire de l'autre il se contenta d'un hochement de tête lorsqu'on lui intima le souhait d'une entrevue. Pointant sa plume vers son intendant il lui ordonna cependant d'éconduire ces tourne-casaques de mercenaires vers l'un de ses assesseurs. Messire Umbert de Mons, neveux du châtelain vieillissant, suffirait pour ce rôle et se ferait une joie d'écouter avec attention les intentions de ces stipendiés. Le reste des ordres lui seraient transmis dans la journée, pour l'heure il fallait s'emparer définitivement des lieux. Scellant la première lettre il la remis à un coursier qui se tenait devant lui, celui-ci s'inclina avant de la saisir et de s'en aller. Il signa la seconde et fit de même en hélant un nouveau messager. Les pions avançaient sur l'échiquier, bientôt il serait temps de frapper, frapper rudement et prestement.

Son écuyer, mandé quelques instants plus tôt arrivait enfin et rapidement se mit à armer son seigneur. Harnois complet et heaume compris. C'est, finalement, qu'il lui tendit Fléau, son épée dont Aemon inspecta la lame et le tranchant, aiguisée à souhait se mit-il à penser, elle lui servirait sous peu. Sortant de la tante où l'attendait son destrier il s'y perchait sans autres égards. Caparaçonné aux couleurs de ses terres, d'argent et de sinople, la bête avait une allure altière, renâclant et exhalant vapeurs dorées en ce matin triomphant. Une fois en selle sa garde ne tarda guère à le rejoindre et ainsi il avançait vers Forcluse, suivit par une troupe conséquente de chevaliers tandis que la piétaille attendrait au camp. Une colonne de trois centaines d'hommes allaient ainsi au pas vers la ville tombée, bannières et oriflammes fièrement levés et agités par une brise matinale. Passant les portes de la cité c'est un spectacle de mort et de cendre qui attendait à l'intérieur. La ville empestait la mort, le cadavre et la chair carbonisée. Le visage défait des forains venus observer leur agresseur était imprimé d'une certaine lassitude et peur dont seuls les vaincus ont le secret. Aemon, plein de morgue et hautain ne condescendit pas même à les régaler d'un regard et la tête haute avançait laborieusement vers le donjon, évitant de-ci de-là les décombres d'une quelconque bâtisse et le cadavre d'un enfant, au mauvais endroit au mauvais moment, pauvre gosse. Soldats et miliciens avaient, comme convenu, déposé les armes et ne subsistait de leur vaillance qu'un espoir rompu tandis que leur Seigneur s'impatientait devant les portes de sa tour. Aemon le toisait du haut de sa monture et, mettant pied à terre s'attendait à ce que celui-ci s'incline bien bas, mais nenni ! Volonté de préserver le peu d'honneur et de dignité qui lui restait icelui osa même le défier du regard, fait qui jouerait en sa défaveur, à coup sûr. Retirant son heaume, le plaçant sous le bras Aemon lâcha des ordres de façons solennelles et s'exprimait en ces termes :

« Distribuez nourriture et eau à la populace, que les clercs et guérisseurs nous accompagnant se penchent sur les maux dont ils souffrent. Ces pauvres n'ont que trop subit la folie de leur Seigneur. Que partout l'on sache qu'Ancenis est magnanime. Quant à vous, messire, la prix de votre forfaiture et félonie ne sera nul autre que l'acier. Saisissez-le. »

Rapidement deux gardes émeraudes s'avancèrent vers cet homme, désarmé, désemparé. Quelques gardes l'entourant ébauchèrent une quelconque rébellion, rapidement tuer dans l’œuf par l'acier qu'on défouraille. D'aucuns ne s'éprirent plus de recommencer pareille sottise face à ce fabuleux cortège. L'on apportât un billot et mettant ledit Seigneur à genoux, les deux gardes lui maintenaient les mains dans le dos, le forçant à coller son profil sur le bois. Aemon s'avança, tendit son heaume à son écuyer, dégaina et abattit le coup sans autre considération pour cet homme qu'il n'en aurait accordé à une pastèque en de pareille circonstance. La tête roula sur le sol, le sang giclait en des glouglous gutturaux. Essuyant l'épée dans les frusques du sang-tête Aemon ajouta enfin :

« Plantez moi ça sur une pique, à la vue de tous. Magnanime n'est pas à confondre avec pusillanime. »

C'en était fait, terminé, finit de Forcluse et sa folle résistance. Les félons tombent, toujours ils tombent. Ainsi s'organisait la prise de la ville, évitant le sac, évitant les viols et autres rapines. Aemon n'était pas de ces hommes qui pillent. Il fit monter ses possessions dans le donjon même qu'occupait le mort Seigneur et avant la fin de la journée serait investi l'ensemble de la cité par ses chevaliers et capitaines, tous ayant leur appartement, tandis que le gros des troupes patienterait jusqu'à nouvel ordre aux pieds de la cité, dans leur pavillons.

Plus tard, il fit mander Messire Umbert et la capitaine Mercenaire, la tourne-casaque, sans doute plus judicieuse et prompte à la circonspection que son précédent employeur. Aemon attendait dans la salle du trône, bien chiche face à la grande salle d'Ancenis-cité. Celle-ci était sombre, mal éclairée, mais non sans un certain confort douillet. Perché sur la cathèdre et s'étant changé puis débarbouillé, il sirotait une coupe de vin corsé. Vêtu d'un pourpoint crème par-dessus lequel il avait enfilé un tabar aux couleurs d'Ancenis il attendait qu'on introduise la femme et le capitaine sus-mentionné alors que quelque servant amené victuailles et autres fruits à déguster.
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MessageSujet: Re: Faire courtoisie à Strigidae.   Lun 3 Sep 2012 - 9:29

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Elle avait de toute évidence mésestimé la durée que leur prendraient les formalités d'usage et les détails de la reddition du château, à en juger par l'accueil froid qu'elle reçus en se présentant au camp de l'Ancenis, et elle se morigéna intérieurement de n'avoir pas profité du peu de répit supplémentaire pour se permettre davantage de repos. Elle n'en exposa pas moins sa proposition à ce Messire Umbert, bien qu'on lui expliquât sèchement qu'il lui fallait attendre le bon vouloir du baron. Elle se contenta de hocher humblement la tête et partit rejoindre à nouveau ses hommes après avoir pris congé. On lui avait fait un rapport des pertes, mais les mots ne remplacent jamais la réalité.

Pour être honnête, ils avaient eu de la chance de s'en sortir avec à peine plus d'une vingtaine de tués. Il faut dire que ses hommes étaient des vétérans : contrairement a la garnison de Forcluse, entraînée certes, mais coincée entre ses propres murs sans voir réellement le combat depuis fort longtemps, les Aigles Rouges avaient pour la plupart passé les dernières années à se battre pour une cause ou une autre, et cette expérience, si elle n'avait pas non plus fait de chacun d'entre eux des tueurs d'élite, les avait pour le moins rompus à la survie. On ne pouvait dire qu'ils n'avaient pas activement participé aux combats, loin de là, mais ils l'avaient fait avec cette assurance, cette connaissance de la bataille qui fait que l'on sait quand rester debout et quand se jeter au sol, que l'on repère ces quelques instants de silence avant le tir d'une catapulte et que l'on est encore assez vif pour les mettre à profit et aller se planquer. Leurs nerfs étaient suffisamment solides pour leur éviter de céder à la panique, et plus important que tout, ils se couvraient les uns les autres d'une manière qui limitait grandement les pertes.
Bien sûr, ça ne marchait pas à tout les coup non plus... en témoignaient les vingt-et-un cadavres déjà alignés devant la façade de bois terne de l'ancienne écurie qu'on leur avait assigné comme lieu de résidence, une couverture de toile grossière recouvrant leurs expressions d'horreur et leurs corps mutilés. On avait égrené leur noms un peu plus tôt : Pas par écrit, puisqu'elle ne déchiffrait qu'a peine son propre prénom quand le besoin s'en faisait sentir, mais sa mémoire était assez vive pour se souvenir des mots. La majorité des tués étaient des bleus, bien sûr, c'était la routine. Les plus fraîchement arrivés étaient toujours les premiers à prendre la Grande Porte. Ceux de leurs camarades qui survivaient tant bien que mal à leurs trois premières batailles avaient généralement appris lors de la quatrième tout les petits trucs qui gardent le soldat en vie. Il y avait cependant parmi les corps quelques anciens que Tyra avait également décidé d'emmener, comme pour escorter les autres. Le regard de la blonde s'attarda sur un cadavre, au centre, dont la bâche tachée de rouge et de boue qui le recouvrait ne pouvait guère cacher qu'il n'y avait plus rien au dessus de ses épaules. Le mioche n'avait pas menti au sujet de la pierraille qui avait emporté le chef du vieil Anthelme. Le fantassin avait rejoint la compagnie avant même Atanae. Vieux renard. Probable qu'il ne pouvait pas finir autrement.

Mais les vivants comptaient plus que les morts, aussi abandonna-t-elle les linceuls et avança dans le couvert du bâtiment, sous le regard du reste de ses hommes. Les blessés avaient été rassemblés dans un coin, aux bon soins du chirurgien qui rafistolait comme il le pouvait ceux qui en valaient la peine. Ici comme a l'extérieur, le sol semblait recouvert d'une pellicule rougeâtre qui se mêlait à la boue et à la paille, et l'odeur de sang, de pisse et de mort était étouffante. Dans un coin, trois autres draps recouvraient ceux qui n'avaient pas survécu à leur opération. Vingt-quatre en tout. Nous voila donc quatre-vingt-quatorze.
Elle s'approcha d'une femme étendue sur un ballot de paille et se fit violence un instant pour réprimer un haut-le-cœur à la vue des brûlures qui cloquaient son front, sa tempe et une partie de sa joue, et qui avaient vraisemblablement emporté aussi son œil gauche, à en juger par le bandage de fortune qui le recouvrait.
L'arbalétrière se redressa légèrement sur son passage, et Atanae lui prit le poignet un instant.

« Pas beau a voir, huh ? », fit l'autre d'une voix croassante. La jeune femme hocha la tête.
« - T'avais prévenue, Hilda. La guerre, ça rend moche.
- Hah ! Bientôt le tour de ta jolie petite gueule ?
- Sans doute. Repose-toi. »


Elle lui lâcha la main et continua sa ronde, échangeant çà et là quelques mots avec les blessés. Tout seraient encore valides, semblait-il : les trois que le boucher aurait dû amputer étaient ceux qui n'avaient pas passé l'épreuve de la scie et du couteau et gisaient contre le mur.
Lorsqu'elle ressortit finalement du baraquement de fortune, ce fut en entendant les cris d'indignation et les malédictions, et pour trouver la tête de son employeur fichée sur une pique. De toute évidence, l'Ancenis était un vainqueur expéditif. Restait à espérer qu'il ne lui réservait pas le même sort.

Elle avait pris le temps de se décrasser davantage, et était occupée à nettoyer sa lame et son bouclier lorsque l'on vînt la prévenir que le baron l'avait fait mander. Elle ne se fit pas prier, rengaina et suivit sans mot dire. Mieux valait ne pas faire attendre cet homme-là.

La salle du trône de Forcluse ne lui avait jamais parue si silencieuse, tandis qu'elle y avançait aux cotés de Messire Umbert, contemplant pour la première fois bien en face celui qui les avait vaincus. Les cliquetis de son armure, qu'elle n'avait pas pris le temps d'enlever, résonnaient dans le hall sombre. Quelques chandelles venaient éclairer son visage et celui de l'Ancenis tandis qu'elle s'inclinait gauchement dans son attirail métallique, mais avec toute la déférence due à un homme du rang de son interlocuteur.

« Mes félicitations pour votre victoire, Seigneur. Vous m'avez faite mander ? »

Son grand-oncle avait toujours exigé qu'elle apprit à parler correctement, sans qu'elle sût d’où lui-même tenait son élocution claire et précise qui n'eut pas dépareillé dans quelque cour que ce soit. Cependant, malgré sa diction presque sans défaut, le parler d'Atanae gardait trace de l'accent traînant des campagnes qui faisait qu'on ne pouvait manquer de noter son origine paysanne. Debout face à celui qui, quelques heures plus tôt, avait été son ennemi, elle restait droite et fière malgré son état de fatigue, mais n'en gardait pas moins les yeux prudemment baissés. Humble, mais pas anéantie, elle attendit le bon vouloir d'Aemon d'Ancenis.
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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Faire courtoisie à Strigidae.   Lun 17 Sep 2012 - 22:41

FAIRE COURTOISIE À STRIGIDAE.

Barkios ; Printemps ; Huitième jour de la deuxième ennéade (après-midi) ; An 6, Cycle 11.
La femme, celle dont l'avait accoutré de mil et un sobriquets les hommes de ses rangs, surgissait enfin accompagnée du fin Messire d'Umbert. Elle se présenta à Aemon de manière courtoise, presque distinguée et là où il n'attendait que pétras il fut surpris par le parler convenant de la dame. Ne prêtant que peu d'intérêt à ses traits il n'en demeurait pas moins stupéfait, pensant y voir une de ces gueuses mal dégrossie et coiffée à la serpe, comme la plupart des femmes occupant un poste militaire cela dit, mais nenni ! Celle-ci était bel et bien une femme sans que l'on puisse en douter. L'impétuosité dont elle avait fait preuve ce tantôt était loin, dépassé par la fatigué et l'après-coup familier des batailles, elle en portait les stigmates. Dédaignant sa question plus que rhétorique il fit signe de la main à un échanson :

« Apporte une coupe et du vin pour mon invitée, lança-t-il sans même accorder un regard à l'enfant rondelet et continuait toujours en scrutant la jeune femme, asseyez-vous et mangez, vous avez l'air épuisée. Messire Umbert, laissez-nous, je ne pense pas avoir à craindre pour ma vie. »

Et il parlait vrai. Son baudrier à la hanche, Fléau dans son fourreau et sa garde à portée, il ne risquait pas d'y laisser une plume à moins que la belle ne se voit conférée quelque pouvoir occulte. Traitait-elle avec les forces maléfiques des arcanes ? La pensée en amusa Aemon. Saisissant une olive qu'il dégusta, en appréciant ainsi tout l'arôme il en cracha le noyau en sa paume et poursuivi :

« Je vous ai effectivement faite mandée. Certains de mes hommes vous voudraient assortie du même châtiment que feu votre singe. Devrais-je administrer la sentence ? Je ne crois pas. Vous et vos hommes me seraient plus utiles en vie qu'en exemple et je pense que cette place a plus qu'à son tour reçu sa part de sang. »

Il marqua une pause qu'il agrémenta d'une longue gorgée de vin, faisant la grimace suite au dépôt de celui-ci, mais n'en tendant pas moins son gobelet pour une nouvelle rincée. Sitôt servi il continuait de présenter la situation à la femme.

« J'ai ouï dire que votre nom est Atanae ? Vous félicitez l'homme qui a rompu les murs dont la garde vous incombait et vous vous tenez là, le regard bas, dans l'attente de Néera sait quoi suite à votre offre antérieure. Que pourrais-je avoir à faire de vous ? »

Il n'attendait pas vraiment de réponse et le ton autoritaire, décisif, ne laissait aucun loisir à en fournir une. Aemon continua, prenant des accents plus attentionnés, mais sous cette fausse empathie demeurait le monstre froid, stricte et rigide qu'il était. Toujours en guerre contre ses olives le voilà qui interrogeait la Dame une fois de plus, cette fois-ci dans l'attente expresse d'une réponse :

« Quel est votre prix, Atanae, le prix que vous accorderiez à votre vie et à celle de vos soudards ? »
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