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 Une royale vénerie.

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Hans
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MessageSujet: Une royale vénerie.   Mar 14 Aoû 2012 - 22:22

Barkios, dernier jour de la deuxième ennéade.


Le défaut d'hommes berthildois, s'il avait grandement contrit son requérant, n'avait nullement entaché la marche de l'ost arétan. Fort de mil et deux cent hommes, ce dernier avait mis le cap sur les pays avosiens, laissant derrière eux une horde populeuse de piétons investir la cité d'Arsinoé pour mieux la défendre. Qui n'eut été ébaudi par l'insouciance toute vertueuse de ces preux en ordre de bataille ? L'humour martial fusait à grand cas au sein de l'ost. Cette troupe de reîtres faits paladins galopait ainsi gaiment, avide d'en découdre avec les armées royales, dont on disait qu'elles avalait les villages entiers sur son passage, n'en laissant que cendres et fruits gâtés. Le zèle des fuyards, que déferlaient par pelletées entières tout du long de la voie, n'avait su qu'inspirer davantage d'ardeur à nos gentils. On assista ainsi à d'étonnantes pièces, mettant en scène la roture contribuant de plein gré à l'effort de guerre, sur parole qu'on lui rendrait incessamment sous peu ses arpent tous piétinés par l'ennemi. Hélas, ces élans de bonhommie demeuraient rares parmi la pingre populace, aussi dut on inculquer plus d'une fois aux gueux le sens du dévouement, et manu militari s'il vous plait. L’ingratitude des manants pour leurs sauveurs ne manqua pas d'affliger Anseric, quand ils lui refusèrent ce fromage si ragoûtant - point trop longtemps, dieu merci.

Les villes apprirent ce qu'on l'ignorait auparavant ; ainsi, à Kelbourg, l'ampleur du désastre à Pont-Lamor fut révélée, et l'on devint instruit des menées ancenoises. Chacun des colportages assombrirent progressivement l'horizon du comte au goupillon ; lorsqu'on reçu la nouvelle du sac de Fiel-bois, Anseric entrait alors à Harren. Le spectacle morose de cette ville acheva d'enterrer tout espoir de sauver le duc Léandre des mains de l'Ivrey. Du dernier des gueux aux premier des bourgeois, il n'intéressait désormais plus que de sauver sa peau, et cela passant par l'abandon de la cause légitimiste. L'héritier du vieillard, peinant depuis une semaine entière à lever la troupe pour sauver son père, semblait lui aussi avoir abjuré sa piété filiale. Par grâce, cette nouvelle n'avait de prise sur le comte, qui s'il avait quelque sympathie pour l'entreprise de Léandre, était toutefois venu pour l'ennemi et pas pour l'allié - de circonstance.

À la veille de la troisième semaine, le bruit courut que l'on assiégeait le château-Erdmann, une des ultimes places fortes avant Harren ; alors que le bourg se mettait provisoirement en état de siège, sourd aux appels lancés par la progéniture du duc, Anseric activait son départ. Il s'était résolu à frapper Aetius de la manière la plus glorieuse qui soit : dans le dos, et de nuit. La retraite de Ferté-Gislain, qu'on lui dépeignait telle un monstre de pierre, saurait tenir en échec un assaut royaliste plutôt deux fois qu'une, aussi le siège devenait une obligation pour le régent. De telles dispositions feraient à coup sûr les affaires du comte, dont les habituelles renardies avaient pris le pas sur les batailles rangées depuis fort longtemps. Il entendait profiter dès que possible de son avancée rapide, afin de balayer l'ost royaliste avant le prochain coucher de soleil ; la force brute d'un assaut prompt et tumultueux d'une horde de reîtres aurait ainsi raison des vélléités expansionnistes du régent. On arrêta l'attaque pour le lendemain matin, et l'ost se coucha de bonne heure, car on savait bien que si les veillées demeuraient certes de bon aloi, ferrailler les cernes aux yeux ne l'était guère.

Barkios, premier jour de la troisième ennéade.

L'armée se mit ainsi en branle avant l'aube, d'un trot rapide quoique léger, afin que l'on demeurât en l'état de livrer bataille à la vue même de l'Ivrey. La campagne avant si joviale présentait désormais les stigmates de la maraude rivoise, dont les échos s'étaient répercutés dans tout le pays. De fait, l'ost progressa sans rencontrer peu ou prou, la gueusaille s'étant empressée, lorsque les sauvages de Nefir avaient donné l'assaut, de partir se réfugier au bois. Les pilleries fraichement consommées exposaient aux yeux des arétans le spectacle d'une besogne bien faite, et chacun des reîtres apprécia le travail sérieux de leurs ennemis, dénotant l'estime déontologique que pouvaient se porter les bons fourrageurs, de quel camp qu'ils fussent.

Ce touchant témoignage de sympathie apolitique dut hélas prendre fin à l'arrivée devant Ferté-Gislan, où l'échec d'Anseric fut patent. Au sommet du donjon flottait fièrement la bannière royale, alors qu'on ne pouvait voir aucun charnier de toute la lande. Le mauvais Heckart s'était donc laissé aller à tourner casaque, achevant de faire passer Erac devant Sainte-Berthilde, en matière de trahisons. La claire lumière du matin, censée offrir aux yeux d'Anseric la vision de sa victoire, lui alloua une quinte. L'homme damna sans attendre sa Némésis, compensant de ces maigres malédictions le fiasco de son entreprise. Le contrecoup était tel qu'il prit appuis sur un de ses preux, le dénommé Adelphrose Maseurane, dont le regard soucieux dardant le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie, ne manqua pas d'interpeller le comte.

"Eh bien, Maseurane, que vois tu venir ?
-Je vois une grosse poussière qui vient de ce côté-ci... il ne s'agit que d'une meute courant après un renard.
-Eh! parbleu, ces eraçons sont de sots veneurs, pour traquer leur proie si près de l'Ivrey... à mesure que le doute s'insinuait en lui, le comte ne cessait de ruminer ce nom, plissant les yeux pour mieux y voir. Par les cinq Enfers! Sonnez la chasse!"

Et la battue de s'inverser ; de la horde s'élança une cohorte de reîtres tous autant lestes que sauvages. Aux cris de "Foudree pantoufle!" on donna la course à l'Ivrey.

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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Mer 15 Aoû 2012 - 15:30

Après s’être perdu dans un nuage de poussières, le parti de reîtres avait tout à fait disparu à l’ombre d’un sous-bois, où les échos faibles des aboiements d’une horde de chiens et les cris d’hommes s’envolaient vers le gros de l’ost du chevalier au goupillon. Après un temps qui parut bien long pour l’armée privée du spectacle, on vit une colonne des bandits en uniforme revenir sur leur pas, au trot et accompagnée d’une quarantaine d’hommes et de deux fois plus de chiens. A mesure qu’ils s’approchaient, les yeux les plus perçants aperçurent l’allure boiteuse de certains chevaux, et sur l’épaule des plus sauvages, des veltres morts pendouillaient comme du gibier. Enfin, on distingua les beaux pourpoints de l’aristocratie, sûrement des officiers de la cour et des seigneurs du roi, une dizaine d’hommes à cheval, et les habits de toiles et de chanvre des maîtres-queux, de soldats s’étant faits veneurs le temps d’une journée, marchant derrière les nobles à pied comme à cheval, trottant comme ils pouvaient sous l’insistance des cavaliers d’Arétria.

On amena les captifs devant le comte d’Arétria, mais nulle Ivrey. Ceux-ci prétendirent être seuls, et l’un des reîtres démentit : le reste des filous de Rochepont s’étaient mis à tourner une poignée de cavaliers ayant pris la fuite pendant que le gros des hommes du roi, désormais captifs, avaient excité leurs chiens, qui avaient retardé l’avancée des Arétriens et blessé quelques-uns des chevaux. Les hommes, qui ne connaissaient point le comte de Scylla, s’étaient contentés de faire piétiner certains des chiens et de commander aux royalistes de rappeler leur meute, ce qu’ils firent de fort mauvaise foi après avoir offert un peu de distance à leur maître. Cyano des Isles, un Scylléen de bon sang quoique d’un teint olivâtre, s’échauffa et déclara qu’aux actes de lâches on n’avait point besoin de s’embarrasser de l’honneur, et que si Arétria avait, comme il le pensait, donné la chasse à l’un de ses amis – un ami du goupil, hein – tel un vulgaire homme mis au ban, il regretterait toute sa vie d’avoir retenue la meute.
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Hans
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Sam 18 Aoû 2012 - 21:31

Le bon Cyano, s'il avait certes le sens de la formule, ne bénéficiait guère de celui du mensonge, aussi Anseric gardait espoir qu'il pût mettre la main sur l'Ivrey. Affichant un dédain théâtral, le comte voulut se fendre d'une saillie, en réponse à celle de monsieur L'Isles : "Craignez, beau-sire, que je ne relâche la mienne!", alors que de toute part affluaient les reîtres. Bien qu'il eut joué de chance en débusquant la royale vénerie, Anseric ne pouvait se permettre de miser ses gains ; il n'entendait dès lors plus laisser au hasard cette traque. Le maître-piqueux Ildéfonse, dit Torsegueule, ferait dès lors un usage intensif de son nez biais (dont on disait qu'il reniflait désormais mieux les pistes qu'avant sa fracture). Les traces de la cavalcade, profondément marquée dans le sol boueux d'Erac, mèneraient aisément le comte à son ennemi. Adelphrose Maseurane, dont l’œil affûté n'était plus à présenter, se saisit en marche de la proie initiale : un goupil famélique, au pelage sanguinolent et aux pattes rompues. L'animal si malmené par la meute ne semblait guère plus d'usage que pour une toque, mais le chevalier souhait néanmoins l'offrir à son suzerain, afin d'attirer par ce présent les bonnes faveurs.

Gageant qu'on lui avait attiré des augures favorables, Anseric poussa son avantage ; bientôt, les ordonnances partaient rejoindre le reste de l'ost, avec l'ordre que l'on remonte la route de Harren afin d'y attendre dans la plaine les brigades de l'Ivrey, si par quelque hasard elles daignassent de sortir du fort. Le groupe de tête, quand à lui, entreprendrait de rattraper les poursuivants, et de prendre Aetius prisonnier. La chevauchée reprit ainsi rapidement, Anseric se séparant de ses captifs par une boutade à l'adresse de Cyano, agitant le renard de sa main gantée : "Voyez, il faut plus qu'une meute comme la vostre pour giboyer des animaux de ma sorte!"

Peu après, au terme d'une galop effréné, la coterie arétane découvrit un fin sentier, où l'attendait un spectacle macabre. Hommes et chevaux gisaient à terre, des carreaux fichés de part en part, alors que tel un fil d'ariane, la route se ponctuait de cadavres de reîtres. Les hommes gisaient percés qui d'au front, qui dans la bedaine. Il ne fallut guère de temps pour découvrir la source de ce charnier, quand débouchant dans une clairière, la mesnie joignit ce qu'il restait d'un groupe de tête moribond. Les hommes, dont la plupart avaient perdu un bout de viande, tournaient nerveusement, ayant vite troqué leurs épées contre des crânequins, autour de deux piétons. Ces hommes n'étaient pas moins que la Jaille et l'ineffable Malebretteur, Armando di Sacreponti (car c'était désormais avec des accents suderons que l'on chantait la force du porte-glaive). Devant cette brochette pareille, les reîtres avaient changé de tactique, afin de ne pas finir ainsi (en brochette) ; ils tournaient désormais en rond autour du duo, dissuadant tout à chacun de se mouvoir, au risque de leur trouer la viande.

Bien qu'il les maudit de délayer la prise du régent, Anseric ne put se résoudre à tuer si formidable adversaire ; il avança son cheval, appelant ses hommes à ne point tirer. "La paix, la paix! Par les Cinq, ils ne vous ont point tué ? Non pas, cela leur aurait été chose trop ardue, si j'en juge par le sang sur cette épée. Quelle battue létale, parbleu, vous avez mérité vos noms, ça oui. Mais diable! vous êtes pris, admettez le ; allons, beaux sires, je ne souhaite guère votre perte. Tâchons de ne pas verser de si bon sang inutilement, rengainez sans attendre! Je ne saurais vous estourbir, aussi faites vous prisonniers, c'est bien là la chose la plus honorable qu'il vous reste."

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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Mer 29 Aoû 2012 - 22:29

Barkios ; Printemps ; Deuxième jour de la troisième ennéade ; An 6, Cycle 11.
Maître Goupil, par sa chassé enjoué,
Tenait en sa gueule un régent.
Maître Chouette, par l'appel alerté,
S'en vint entouré de ses gens.

C'est à Forcluse, tandis que notre bon Aemon manquait se délasser de sa rude conquête que les affaires mondaines l'accablaient. Voilà déjà trois nuits qu'il passait dans les appartements de feu son sire et quelle nouvelle épreuve l'attendait. En effet, il avait reçu, la veille, au soir, une nouvelle des plus troublantes par un de ces reîtres au cheval écumant, icelle l'informant de la capture de son frère à l'orée de Harren, château d'opprobre et d'iniquité. Ferté-Gislain disait l'homme, du moins balbutiait-il entre deux exhalaisons rauques. Pris en charge incessamment par guérisseurs et autres soignants, le carreau fiché dans sa cuisse ne présageait rien de bon. L'infection pointait et la jambe suintait du pus. De son sort Aemon ne faisait cas, après tout, des hommes meurent chaque jour et avant cela, ils se doivent de jouer un rôle, le sien touchait à sa fin. Néera le garde. Ainsi informé, il ne fallut longtemps avant que l'ordre de lever l'ost soit donné et, hors mis la garnison laissée à Forcluse pour s'assurer de la loyauté et bonne volonté des occupants, le reste était en branle-bas de combat. Au matin du deuxième jour de la troisième ennéade, les voilà qui abandonnaient les lieux, l'altier Baron en tête et fermement décidé à secourir son frère.

C'est au bout de quelques heures de marche que des éclaireurs annoncèrent les rumeurs de la Ferté-Gislain. Les bannières de l'Ivrey y flottant à côté de celle du pouvoir Royal et du Seigneur en place. Bien, voilà une annonce qui se faisait bienvenue. L'armée Royale n'en était pas défaite, malgré la pesanteur de la nouvelle. Un si bon Régent entre les griffes d'un goupil ? Jamais n'avions-nous vu pareille chouette perdre ses plumes au profit d'une pelisse. C'est à l'horizon que s’apercevaient les couleurs de l'arétant et son infâme ost de félons tandis qu'Aemon progressait entouré d'émeraude et preux combattants. Peu ou prou de mil avaient délaissé Forcluse pour tâter de l'ingéniosité du renard, la moitié étant montée, le reste traînant pattes et piques et arbalestries. Aux clameurs sourdes qui se détachaient de l'ost, le morguant Baron comprit qu'il ne saurait contenir plus longtemps leur ardeur toute ébaudie par l'approche d'un nouvel affrontement, aussi envoya-t-il émissaire accompagné d'une maigre escorte de trois hommes pour faire entendre sa voix et ses conditions manuscrites au geôlier d'Arétria. Peut-être en aurait-il, lui-même, à faire valoir.

« Apportez mon bon souvenir au Sire d'Arétria, et ne manquez point de rappeler : qui sème le vent, récolte la tempête.
_ Ce sera fait Messire
, s'empressa de répondre l'émissaire et de partir au galop vers sa mission. »
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Hans
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Dim 16 Sep 2012 - 23:30

Bien qu'il eut dépêché une vingtaine de reîtres afin de débusquer l'Ivrey, Anseric avait du se résoudre à admettre que ce dernier lui avait bel et bien échappé. Qu'à cela ne tienne, les dogues sauraient faire endurer au régent les mille tourments d'une poursuite infernale, si les Dieux daignaient d'accorder au veneur Torsegueule une piste sûre. La première battue s'organisait, que s'annonçait alors déjà une deuxième ; un messager quitta précipitamment la Ferté-Gislain, prenant la route de l'Est à une allure débridée. Devant la vanité d'une tentative pour l'abattre au crânequin, plusieurs ladres se proposèrent de courir l'homme. "Non pas, répondit Hans, laissons le partir pour mieux en user ; cet homme ne fuit pas si hâtivement pour présenter des mondanités. Les bourgeois de Harren n'ont ils pas fait état d'un ost ancenois à Forcluse, dans l'Est ? Je gage que nous ne tarderons pas à rencontrer le fils du Borgne. Assurons nous de bonnes dispositions pour cette entrevue."

Le mot d'ordre fut ainsi donné de dresser le camp léger, non loin de la Ferté. Tout au loisir de décider où son ost passerait la nuit, Anseric décida de monter la tente sur une butte dominant la route de l'Est. De ces coteaux nus, il lui serait aisé de charger à l'encontre de ses ennemis, qu'ils vinssent de la Ferté ou de Forcluse. S'il était sûr de la force de sa troupe, le comte n'en négligeait pas pour autant les détails, aussi il parvint dans la soirée un message aux portes de la forteresse, à l'adresse du capitaine le plus à même de le lire. La lettre ciblait avec justesse le destinataire. D'une prose concise et martiale, il ne se révélait que bien peu, sinon l'essentiel : le régent et ses ordonnances étaient otages, et toute sortie verrait leur prompte mise à mort. Avec un tel avertissement, Anseric espérait que les officiers restant dans le castel après le coup de filet du matin n’entreprissent rien de leurs propres gré - subalternes, qui plus est.

Le lendemain vit l'arrivée de l'ost ancenois, par là même où on l'attendait. Le comte jaugeait à l’œil les forces de son adversaire, assis à l'air frais sur un modeste siège de campagne. Il dénombrait un demi-millier de cavaliers, et autant de piétons ; ce n'était guère réjouissant, tout du moins pouvait il leur opposer plus du nombre ; mais sa force résidait en outre dans l'avantage du terrain, et la fraicheur de ses soldats, lesquels avaient passé une nuit reposante et profité d'une matinée confortable, le nez au doux vent eraçon alors que les soudards adverses devaient trainer plusieurs heures de marche dans les pattes. "Tout cela est bel et bon, se félicitait Anseric, alors que la délégation ancenoise venait à son abord, et voyons ce que messer Aemon a à me proposer."

Après qu'il eut parcouru le papelard, notre héros demanda à ce qu'on lui apporte un pavillon blanc. Entouré de quelques gardes et caparaçonné dans son harnoi, l'homme se porta ainsi à la rencontre de son adversaire, à mi chemin des deux osts, espérant une fois de plus que ses pieuses intentions ne seraient pas récompensées d'un carreau meurtrier.

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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Mar 18 Sep 2012 - 22:36

Barkios ; Printemps ; Deuxième jour de la troisième ennéade ; An 6, Cycle 11.
Comme escompté, l'arétan s'était replié et retranché derrière un campement bien chiche mais qui jouerait son rôle si affrontement il y avait. L’œil alerte d'Ancenis n'avait manquer de noter l'emplacement ad hoc dudit campement. De cet affrontement, cela dit, le baron n'en avait grande appétence. L'halten fut sonné et le grand train s'arrêta, meut par la volonté de son Seigneur tout comme figé par celui-ci, la distance d'entre les deux protagonistes de cette fumeuse histoire était plus que suffisante et acceptable. Le contradicteur s'extrayait de son ost et chevauchait envers l'ennemi venu de l'Est. Ne souffrant pas qu'on l'appelle « Aemon le fuyant » icelui s’accommoda de la faveur diplomatique qu'offrait le comte et de chevaucher également envers lui. Toute tonitruante qu'était la colonne, il n'était pas même concevable d'en suivre les prodigieux conseils dont l'acabit était encore pire que le sort de feu Le Sire de Forcluse. Aemon avait eu satisfecit de sang et s'entremettre cette fois-ci sans effusion, voilà un pari qu'il aurait bien tenu ! Accompagné de sa garde et porte-bannière il s'en allait à l'encontre d'Anseric de la Rochepont.

« Messire d'Arétria ! Voilà bien des années que la route royale m'éconduit de vos terres, mais jamais ne me serais-je permis d'accroire qu'elle vous porte par devers-moi – et en Erac ! Si loin de votre maisnie, mon beau Sire ! » Aemon était d'une de ces courtoisies froides que la bienséance imposait et ce même en temps de guerre. N'était-ce pas là ce qui différenciait les Hommes des autres peuplades barbares ? Devenant plus dur, ses traits se durcissant au possible, Aemon poursuivit : « Quelques maldisances, m'ont fait état de la capture de mon frère par vos gens. Est-ce là vérité Messire ? Je ne peux le voir sinon de par sa livrée flottante. Se serait-il volatilisé ? Ou bien l'avez-vous d'ores et déjà assommé, Chevalier Goupillon, désuet que ce titre, n'est-ce pas ? »

Aemon n'était ni offensant, ni même hautain mais, la froideur de ses propos, la sévérité de son faciès figé, rien en lui ne trahissait de quelque manière que ce soit son impassibilité face à la situation. Un bon Seigneur se devait de garder la tête froide et de calmer ses ardeurs en toutes circonstances, c'est ce qui, en tout état de cause, assurait un jugement, sinon impartial, des plus rigoureux et circonspect, à cela l'ancenois ne faisait défaut bien que certaines de ses décisions fussent contestables, voire critiquables. Le cheval du baron renâclait en rongeant son frein, sensible à la tension qu'imposait impérieusement la scène.
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Hans
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Mer 19 Sep 2012 - 19:54

"Si fait, messer, le voila suranné, mais par les Dieux, j'eus souhaité le remettre au goût du jour en acontre du régent! C'aurait été une bataille héroïque, et vous ne m'auriez trouvé ici par cette belle journée, ma foi. Hélas non, Aetius n'a daigné de m'offrir ce combat, c'est même tout le contraire. Alors que mon glorieux ost paradait sous sa lucarne, le beau diable s'est éclipsé promptement, emportant ses séides avec lui. Nous cueillîmes la plupart de ses familiers et de ses condottieres, lesquels n'avaient eut assez peur pour se voir pousser des ailes. C'est la troupaille qui de son propre gré vous a mandé à l'aide, abandonnée par ses maître à ma merci."

Cette tirade avait certes de quoi désarçonner le pauvre ancenois, qui se voyait sans attendre amputé du casus belli mobilisateur! Une telle révélation aurait de quoi contrarier les piétons, eux qui s'étaient vus contraints de trotter la matinée durant pour délivrer ce qui n'était plus qu'un fuyard. La poltronnerie des soudards royaux, si elle leur avait acquis la présence d'une si formidable armée de soutient, verrait peut-être une aigreur de la part des alliés. Anseric n'était pas dupe de la portée de ses paroles, aussi tenta-t-il sa chance :

"En vérité, messer, il m'apparait que le régent ne mérite guère d'avoir un tel parent. C'est bien mal vous estimer, si vous vous trouvez aujourd'hui face à moi, dès lors que c'était la place où devait se trouver l'Ivrey. J'en viendrais même à penser que par rouerie, il vous a délibérément joué afin d'éviter la bataille. Les Dieux seuls savent quelles menées habitent l'esprit de cet homme, qu'autrefois je pouvais compter parmi mes amis. Mais la vérité est bien triste, ma foi! ses alliances semblent délétères, et ses cadeaux empoisonnées. Feu sa Cécité, que je n'estimait pourtant guère, ça non! a subi l'aide malfaitrice d'Aetius. Si je ne comptais l'Aveugle parmi les prud'hommes de ce mondes, sachez que vous y avez une place, et qu'il me couterai de vous voir subir le sort échu aux parents de l'Ivrey. Votre cousine n'en a-t-elle pas fait les frais en refusant de lui céder Hautval ? Combien de temps le régent aurait-il attendu, après votre défaite ici, pour se porter à l'héritage d'Ancenis, comme il mit la main sur les terres du Roy ? Tout ses actes font sens, messer, ne les ignorez pas."


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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Jeu 20 Sep 2012 - 23:47

Barkios ; Printemps ; Deuxième jour de la troisième ennéade ; An 6, Cycle 11.
« Une troupe sans officiers est comme un rossard boiteux, Messire. Vous parlez vrai... mon Régent de frère ne su s'acquitter de sa jussion par-devers les hommes qu'il mobilisât en les abandonnant lâchement à un sort qui lui semblât préférable de fuir. Je saurai rallier à moi ces âmes égarées et abandonnées de la Damedieu de part la vilénie qui les conduit jusqu'ici. Quant à ses nautoniers de minions, je n'en ai cure à présent. A défaut d'avoir rallié la soldatesque expectante et angoissée, les voilà qui tout plastronneurs se tinrent comme rempart en acontre de vos louables intentions, je gage. De tels hommes tarent les valeurs auxquelles, je n'en doute pas, nous donnons tous deux crédit. »

Appréhendant la façon dont allait se dérouler cette parénèse, Aemon préféra jouer de prudence en considération précautionneuses. La soudaine lueur dont s'animaient les yeux d'Anseric ne présageait rien qui vaille la peine de se précipiter. Méfiance rigoureuse face au goupil, ses palabres, aussi doucereux soient-ils, ne devaient en rien concourir à la déliquescence de l'honneur Ancenois ni même dérouter le preux Chevalier Aemon de sa juste voie. La Damedieu en soit témoin, le sort d'un Royaume se jouait entre ces deux intervenants. Le pouvoir Royal défaillant, le Régent fuyant, ses gens prisonniers du dessein arétant, l'équilibrium était rompu. Quelle motivation donnait fondement aux exhortations farouches de cet Anseric ?

« Malementer mon cœur en souvenirs acerbes ne devrait vous ennorter à poursuivre cette vindicte inutile. Blan... tiqua-t-il avant de poursuivre, Madame La Baronne de Hautval est de noble naissance, bien plus que ne le sera jamais celui qui osât porter atteinte à sa couronne. Je me saurai fort de lui rendre justice en temps et en heure. Une fois encore vos termes troublent la paix que je croyais avoir acquis. Feu mon père, s'était élevé face à celui que d'aucuns qualifiaient de Roy, vous même ayant refusé de consentir à pareille abjuration de toute vassalité et vous voilà, Messire... Vous voilà en acontre du pouvoir royal et Diantra est aux abois. Face à la grevance de mes deuils je ne peux que réclamer vengeance. Muselons les gueules par trop béantes de cette malemaisnie. Mon sang bout depuis tant d'années et me voilà de retour, saisissant cette occasion de porter la Maison Ancenis à son auguste place. »

Sachant ce qu'il en coûtera de s'affranchir du pouvoir royal, il ne put s'empêcher de tendre le bras et de désigner cette terre d'Erac qui s'étalait devant lui du bout des doigts. Ajoutant par là même :

« Voilà le truage que j'exige en paiement. La Couronne apprendra à vivre sans Erac ou c'en sera une leçon que je me ferai jouissance de lui inculquer. Au surplus, Sire d'Arétria, je vous sais fort loin de vos obligations et de vos intrigues, permettez-moi ce conseil : Accoissez ces vasseleux compagnons et marchez incessamment envers ce qui doit être fait pour le bien d'un Royaume renaissant. Vous conserverez en Erac, sachez le, sinon un allié, un homme reconnaissant pour lui avoir ouvert la voie. Daignez laisser à ma Maison le loisir de jouir de terres qui depuis trop longtemps subissent l'iniquité d'un sang corrompu ! »
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Hans
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Mar 25 Sep 2012 - 19:59

"Un pareil accord ne peut que présider à une bonne entente, messer, répondit Anseric à son interlocuteur, car il est on ne peut plus raisonnable. Quel homme serai-je pour me dévouer à la conquête de l'Atral pour les miens, et m'opposer à ce que l'Avosne échut à une autre des plus prestigieuses familles de la Péninsule ? Voyez, messer, je crois en une chose ; le bon sang croit et décroit. Lorsque les rois Fiiram conquirent le pays, il demeurait sensé de leur rendre hommage. Mais aujourd'hui ? Que reste il du noble sang des souverains d'antan ? Rien qu'un abâtardissement aveugle, dont il convient de compenser le déclin. En vérité, sa Cécité a bien corrompu tout ce qu'il a touché, et il en va de même de la terre d'Erac, dont les fils sont devenus des mulâtres et les anciens des séniles."

Cette référence explicite au fils d'Astéride, et au vieillard de Harren, ne manquerait pas d'assurer à Aemon la position du goupil ; les Ancenis pouvaient s'étendre sur toutes les montagnes, cela lui était bien égal! Il leur donnait sa bénédiction, car de cette conquête, la sécurité de l'Atral serait pérenne. En revanche, il n'y avait qu'une limite à franchir, et ce serait la guerre ; cette borne se nommait bien évidemment Trois-Moulins.

"Toute lacrimable que soit les fins des maisons d'Erac et de Hautval, à la grande noblesse et au sang jadis inégalés, il est de notre devoir d'acter leur disparition. Laisserions pareils fiefs sans notre attention, que ne proliféreraient la chienlit, fruits gâtés et jacqueries. Que ne le régent ne comprennent ces pieux souhaits! Je serais aujourd'hui tout disposé à m'entretenir en bonne intelligence avec lui, si tant est qu'il ne remette en question les prétentions légitimes des nous autres seigneurs. Gardons ceci à l'esprit, ne pensez vous ? Prompt tant en guerre qu'en largesses! Le déni de nos prérogatives mènera tant au conflit, que ne laissera place à la paix son respect. Ne peut on même envisager sa Majesté avoir pour interlocuteurs nos personnes ? Qui mieux que nous pour apprendre à cet enfant roi comment régner ?"

L'idée à peine voilée d'un conseil seigneurial de régence ne pourrait pas effleurer l'esprit de l'ancenois ; c'était là une idée des plus pertinente pour garder le grappin sur le pouvoir royal, et défausser Aetius de sa capacité à nuire.

"Mais je parle trop et vous bien plus justement, et il me tarde de repartir en mon pays compter la disparition de la menace du régent, et la découverte d'un pareil ami. Votre reconnaissance vous est rendue à la pareille, messer."


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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Mar 9 Oct 2012 - 1:43

Barkios ; Printemps ; Deuxième jour de la troisième ennéade ; An 6, Cycle 11.
Et l'on parlementait d'une manière dont la seule la noblesse a le secret. Ces dévotions sucrées et enrobées qui n'accoutraient que peu, finalement, les intentions de nos deux princes survenant allaient rapidement être défoncées. Sorties de ses gonds, voilà que les volontés d'Arétria n'étaient plus qu'occultées par les formalités inhérentes à de tels changements, de semblables révolutions.

« Vous êtes bien noble de cœur, Messire et vous en suis reconnaissant. Vos prétentions quant aux Marquisat de Sainte-Berthilde me semblent plus que légitimes et quelque semblance avec ce que d'aucuns de cette noblesse de robe, à La Cour, qualifieraient de traîtrise ne trouve point de fondement. Qu'ils se prennent les pieds dans leur propre méprise et qu'ils choient devant nous comme se courberont bientôt les Seigneurs à rallier. N'est-il pas à attristant de constater avec pareille impuissance la chute de ces illustres Maisons ? La foultitude de leurs échecs me laissent une certaine âcreté au fond de la gorge et ce n'est que difficilement que j'en ravale ma salive plutôt que de la cracher aux visages de leurs bien piètres descendants... »

Aemon comprit l'allusion à peine voilée quant à Léandre et Astéride. Une bien sombre histoire que la dernière et si tragique la première. Le choix de ses amis et alliés est à prendre en compte plus que le choix de ses propres troupes car l'on peut substituer l'obligeance par le devouement, mais l'affection ne souffre nulle comparaison et de la bonne volonté de ses précieux, ainsi que de la fortune, dépendent bien des batailles et bien des victoires. En choisissant la défiance à la juste méfiance, voilà que le sire de Harren ne mourrait qu'en vieillard rongé par le regret de ses vœux avortés et le remords de ses pénibles exactions.

« Je ne peux que consentir à de pareilles déclarations, ami, je ne peux que voir là le destin tragique et la dessein éthéré. La Maison de Hautval s'éteindra avec la disparition de ma bonne Tante, mais son sang perdurera dans les veines de Blanche et je la sais plus forte que n'en montre sa jeune chère. Concernant Erac... Mon bon Sire, je crois fort que l'amitié aveugle de Charles envers l'Ancien Roy n'ait eu raison de cette bonne foi qui se raréfie hodie. Les vues que pouvaient portaient Trystan sur cette terre ducale n'en était pas moins viciées que son accession au trône. Un conseil de la noblesse, voilà ce qui aurait dû advenir à la tragique perte d'Ultuant et non pas le maigre bouclier qu'offrait le manifeste relatant du lien de bâtardise. Bouclier de robe faisant fi des lois de l'honneur. Je suis aujourd'hui heureux et fier que mon père s'en soit porté censeur au détriment de sa vie pour cette valeur dont peu se souviennent : La Justice. »

Pas moins attendri, le Baron poursuivait à la suite d'Anseric, probe et impartial, il se vantait de ces qualités, mais qu'en serait l'avis de son interlocuteur, premièrement, puis de ces nombreuses critiques despotiques et caustiques de la Péninsule ?

« Les peuples que nous nous devons de gouverner ne sauraient demeurer dans l'ombre et la sordidité plus longtemps. Élevons-les au statut de sujets et non plus de martyrs. Balayons tout hontage de leur cœur et de leur âme... Marquant une pause, paraissant prudent, la chouette poursuivait. Vous parlez à vous méprendre d'une dualité certaine quant à la régence, que dis-je ! Quant à l'éducation de cet enfant. L'en conserver souverain n'éteindra en rien l'animosité que certains porteront à son nom : Fyram. En voilà un dont bien peu porterait le deuil, mais doit-il pour autant être la victime du grief de sa parentèle et de leurs frasques ? En toute sincérité, je ne sais, Messire, je ne sais. Le trône ne lui revient que par malice. »

L'idée s'était incrustée dans l'esprit d'Aemon comme une brûlure grave la chair, mais déjà tout un tas de réflexions appesantissaient les maigres solutions qu'il en tirait. Trop occupé à se soucier du sort d'Erac et du Médian, lui fallait-il étendre sa bonté à toute la Péninsule ? Il est vrai que le Royaume nécessitait quelques modifications dussent-elles être considérables, mais jamais, en revenant d'Estrévent, ne se serait-il permis de s'en croire principal acteur, du moins, d'en avoir quelque possibilité. Circonspect il envoya l'un de ses gardes quérir l'émissaire dont Anseric avait d'ores et déjà fait la rencontre et celui-ci devait en outre venir accompagné d'un messager. Un nouvel ordre l'attendait et un ordre de guerre.

« Pour vous prouvez mes bonnes intentions, Messire, je me dévoile à vous et vous pourrez noter l'attachement qui unit le sang de l'Ancenois. Il me plaît à dire : Le sang prévaut, j'espère que Blanche saura se montrer à la hauteur de mes espérances et la compagnie royale plus en intelligence que ne le fut le Sire de Forcluse... »

Ses souhaits quant à l'exhortation de Blanche à la guerre étaient révélés, le message serait délivré sous peu et bien moins longue serait la Ferté-Gislain à se soumettre à son nouveau Seigneur et Maître. Les pions avancent, le Roy, lui, ne se meut de peur de l'échec, l'attente du mat le terrorisant. Fort de cette compagnie laissée à l'abandon, l'Eraçon ne saurait tenir longtemps, d'autant plus si la jonction entre les deux baronnies s'effectuaient avec l'apport en troupes provenant tout droit de Hautval, puis... si quelques fûts pouvaient en être exportés, voilà qui siérait à la perfection !
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Jeu 18 Oct 2012 - 20:59

"Les Dieux vous entendent, messer. Je dormirais sur mes deux oreilles, sachant votre présence ici. Si par quelque heureux destin il m'est possible d'amener les gens d'Erac à vous accepter, je me ferais une joie d'y concourir. Je ne saurais que vous recommander à la plus grande hâte dans votre entreprise, aussi longtemps qu'elle demeurera garante des miennes. Mes vœux de réussite vous accompagnent!"

C'est sur ces encouragements que se séparèrent les deux seigneurs ; Anseric regagna son ost, lui intimant de reprendre la route du Nord. Bien qu'elle fut échaudée, l'armée plia ainsi bagage sans tirer l'épée une seule fois. Ainsi, cette guerre qui mobilisait tant de parties ne se soldait que par des atermoiements, et le pinacle de l'affrontement qu'aurait du être la Ferté s'achevait par une fin de non recevoir. Qu'à cela ne tienne! Anseric ne manquait pas d'ennemis. Les provocations du comte d'Odelian seules suffisaient pour que l'on batte le pavé la pertuisane à la main, aussi l'armée ravalait son bellicisme, se sachant sûre de pouvoir en découdre un jour. Notre héros relâcha ses prisonniers, pris de peur qu'on ne les encule par dépit.

Puisqu'il avait poussé ses hommes à la dépense, Anseric pencha vers le repos. Ainsi, son retour vers Sainte-Berthilde serait plus lent, avec une idée bien en tête ; l'homme souhaitait rallier à la cause ancenoise les villes du nord d'Erac - du moins, il s'assurerait qu'elles ne fussent pas passées royalistes. Ses intérêts passant par la réussite d'Aemon, le comte ne pouvait permettre aux rebelles de s'entêter dans un indépendantisme moribond. Après tout, il n'était pas venu ici pour sauver les eraciens, mais pour arrêter l'Ivrey.

Dès lors, le voyage du retard prit des allures de campagne électorale ; l'Ost arétan voyageait de villes en châteaux, la latitude augmentant inexorablement. Néanmoins, Anseric, s'il servait les intérêts de son allié, le faisait à sa manière. En effet, dès que ce fut possible, le comte offrait à tout à chacun de le rejoindre en Arétria. Pour ceux dont l'insoumission face à l'étranger se heurtait à un avenir funeste contre les légions ancenoise, notre héros proposait une troisième voie ; gagner l'Atral et s'y faire un nom en aidant à sa reconquête. L'offre ne manquait d'atouts, car la plaine ne s'étendait elle pas des montagnes jusqu'à l'Aduram ? Il était force de reconnaître que le formidable territoire avait été rapiécé à peau de chagrin, et les rodomontades du frère Berdevin pouvaient d'un jour à l'autre devenir une pierre d’achoppement sur laquelle il ne pourrait que trébucher.

Attentionné, notre bon Hans ne manqua pas de signifier à sa famille le franc succès rencontré ici ; mais l'Histoire a ses aléas, et ceux-ci voulurent que le courrier termina la tête au fin fond d'une crevasse, tandis que son expéditeur ne manquait de mettre ses vacances à profit, en stimulant l'appétit d'une jeune noblesse aventureuse mais sans cause. Ceux qui suivraient cette fabuleuse armée ne s'inscriraient pas dans le mythe, mais dans la légende!

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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Mer 24 Oct 2012 - 21:51

Barkios ; Printemps ; Deuxième jour de la troisième ennéade (plus tard) ; An 6, Cycle 11.
Quelques heures après le départ d'Anseric et le repos de la soldatesque ancenoise, la Ferté demeurait pourtant étrangement silencieuse. Afin de briser cette pesanteur un émissaire fut dépêché, accompagné d'un porte étendard pour s'instruire de la condition interne au château. Aucune signe du régent, au surplus, bien qu'un estafette ait été également envoyée courir Aetius. La nouvelle de la trahison ne l'enchanterait guère, voilà à coup sûr l'une des rares certitudes que cette guerre proposait. Conforme à la livrée baronniale, l'émissaire galopait envers les portes closes. Aemon comptait jouer sur la similitude des couleurs pour gagner la confiance des soldats enfermés et, peut-être par tromperie, s'arroger leurs services.

Arrivé à portée de voix, chevaux renâclant et oriflamme au vent, l'émissaire s'écrirait :

« Compagnie royale ! L'Arétan s'en est allé, remerciez le bon Seigneur Aemon pour sa clairvoyance et ouvrez incessamment les portes ! Le Régent vous a abandonné pour couvrir sa fuite et nuls valeureux tels que vous ne devraient souffrir pareille traîtrise ! Ouvrez ! Au nom du Roy ! »

(HRP : Post court, dégageons enfin la situation.)
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Jeu 25 Oct 2012 - 21:30

Bàrkios, deuxième jour de la troisième ennéade.


Les dits valeureux prirent leur temps. L’un d’entre eux, une sentinelle avec un lys vert encerclé de noir sur sa brigandine, cria d’abord un « Quoi ? » qui faisait perdre à la scène de son solennel. Puis ce fut au tour d’un autre soudard de venir s’enquérir des nouvelles d’un « Hein ? » presqu’aussi lyrique que la réplique du précédent. D’autres têtes apparurent et disparurent au-dessus des créneaux de la forteresse, demandant parfois à l’estafette, qui patientait comme il pouvait, de répéter ou de demander des nouvelles de leur chef, l’Ivrey. Après, ce ne fut plus que le silence. Les portes restèrent fermées et l’émissaire aurait presque pu sentir de façon palpable qu’on lui tournait le dos.

Il fallait dire que la disparition du régent avait laissé place à des soucis hiérarchiques combinés à des affaires plus prosaïques de gros sous. D’un côté, les capitaines du roi regardaient d’un mauvais œil le débarquement des renforts éraciens, craignant qu’en l’absence du comte Aetius et de fils de familles puissantes dans les rangs des compagnies royales les seigneurs locaux n’essayassent de s’emparer du commandement de cette armée. Les soldats aussi se méfiaient de ce débarquement de troupes fraîches ; ils avaient pour beaucoup combattu rudement ces derniers jours et avaient amassé butin et rançons en conséquence. Erdman, l’hôte des lieux, était aussi partagé sur la marche à suivre, il pressentait que si le baron d’Ancenis lui mettait la main dessus, il finirait comme le gardien de Forcluse, le chef désolidarisé de son corps (auquel il était fort attaché) et prenant la bruine éraçonne en haut d’une pique. Les derniers arrivants, de leur côté, n’aimaient pas qu’on les déprécie et s’ils soutenaient le roi, s’indignaient de n’être pas être plus mis en avant, honteux de n’avoir pas fait couler le sang félon.

Cependant, si cette armée hétérogène ne s’entendait pas sur la marche à suivre et se contentait, en attendant un homme supérieur pour trancher le nœud gordien, de faire la garnison dans la Ferté, elle s’accordait sur Aemon. Les capitaines royaux et leurs soldats ne voulaient pas de lui à l’intérieur du château de peur qu’il ne s’arrogeât les rançons qu’ils gardaient jalousement, les volant sans qu’ils puissent rien y faire, Erdmann avait peur de lui et du destin qu’il lui réservait, et les Eraciens soupçonnaient quelque entourloupe de la part du baron, qui n’avait jamais renvoyé le chevalier qu’ils lui avaient envoyé quelques moments plus tôt. Finalement, lorsque le conseil fut fini, on conclut qu’il fallait mieux attendre. Aussi, après les pourparlers entre les chefs de guerre, un moustachu pointa la tête du haut de la muraille, héla l’estafette à la Stryge ancenoise et lui cria qu’il voulait savoir où était Godéric, qu’on leur avait envoyé et comment Aemon était parvenu à repousser l’Arétan et ses sbires sans tirer l’épée du fourreau.
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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Jeu 25 Oct 2012 - 23:40

Barkios ; Printemps ; Deuxième jour de la troisième ennéade (plus tard) ; An 6, Cycle 11.
Mouchetant les merlons de tignasses hirsutes, quand le chef n'était pas coiffé d'un heaume ou demi heaume, quelques hommes apparurent tour à tour sur les remparts. D'aucuns s'exprimaient en de subtiles onomatopées, d'autres semblaient plus instruits et en arrivaient jusqu'à poser quelques question. L'émissaire trépignait d'impatience, mais peut-être était-ce son cheval qui s'énervait après tout. De loin en loin il discernait quelques blasons, des chevaliers et des chevaliers de basse naissance sans doute. Peut-être certains n'avaient-ils pas même d'alleux. De son accent métropolitain le plus fin, il tentait de converser avec eux en bon émissaire qu'il était. Sa maigre escorte, composée en tout et pour tout d'un homme et son cheval, grognait à chaque irruption. Plutôt peu dégourdi, son visage se faisait fouetter par l'étendard et nul n'aurait su dire si ses grognements étaient dus à son impatience ou bien à ces coups cinglants, ou encore s'ils ne provenaient pas de sa monture (les pur-sang ancenois étant réputés pour leur férocité presque animale). Un mystère de plus recouvrant la romanesque épopée ancenoise.

Quelques instants plus tard, qui parurent réellement interminables, un homme dont la pilosité prodigieuse vous interpellait de prime abord, émergea du haut des remparts, s'enquérant alors d'un certain Godéric, à ce nom l'émissaire ne put s'empêcher d'échanger un regard déconcerté d'avec son soi-disant protecteur. Pantois l'émissaire ne su que répondre et se contenta d'un boniment sans doute proche de la vérité : « Godéric a été laissé à Forcluse, blessé par un carreau il ne put enjoindre l'ost ! » Toutes les vérités ne sont-elles pas bonnes à prendre ? En voilà une qui, certes écourtée de moitié, devrait au moins calmer l’appréhension palpable du moustachu auquel le nom de Guy siérait au mieux. Guy ayant été un fameux tavernier d'Ancenis. Sa moustache lui aura survécu, mais bien moins auront survécu à ses fameuses tourtes, Philbert, l'émissaire, en faisait parti et tant la moustache que les tourtes resteront gravées, depuis il se rasait chaque jour...

Le sujet épineux venait d'être soulevé et les motifs de cette demande empestaient la méfiance, il fallait être prudent : « L'Arétan s'en est allé au diable vauvert ! Fier de son ost, le bon Baron n'a pu s'empêcher de mentionner l'entrée en GUERRE, éructa-t-il d'un ton presque menaçant, de Madame de Hautval et la proximité d'avec Olysséa aura su attendrir son cœur. A vous maintenant d'écouter le votre messires ! Refuseriez-vous le gîte et le couvert à votre sauveur et au nom du Roy qui plus est ?! »

S'empourprant à force de s'époumoner, l'on aurait pu, en d'autres circonstances, le confondre avec un de ces poivrots beuglants. Ni une, ni deux il continuait de plus belle : « En refusant de vous soumettre à Monseigneur Aemon IV d'Ancenis, vous vous séparez du pouvoir royal et chacun sait ce qui attend déserteurs et félons, allons bon, ouvrez ! » L'allusion motivée envers Forcluse faisait force de mise en garde, mais tous, ici, comptaient sur le discernement et l'esprit avisé de ces preux combattants. Du haut des remparts, La Ferté-Gislain ne pouvait manquait l'établissement d'un campement de fortune ancenois avec ses tentes sinoples et ses strigidaes flottantes. Pour qui avait la vue perçante il se pouvait même apercevoir deux cavaliers se dégager du camp, chevauchant vers l'Est.
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Ven 26 Oct 2012 - 17:09

Guy Lastache – tel était, dirons-nous, son nom – écouta le discours de l’émissaire ancenois en silence, se concentrant pour ne pas entendre les commentaires et autres messes basses prononcées dans son dos par le reste de l’aréopage en charge de la Ferté. Il tiqua, il est vrai, quelques fois. D’abord pour cette histoire de carreaux, qui laissait un goût d’inachevé dans la bouche, puis pour cette histoire d’Hautval qui s’en venait à la rescousse d’une guerre déjà gagnée. Il renifla même quand l’estafette parla de sauveur, mais tint bon et garda le silence à la dernière invective prononcée par un diplomate prenant des airs de tomates. Des Eraciens, public moins passif, répliquèrent au sujet des félons, criant alors que oui, ils savaient ce qu’on réservait aux félons : « Votre seigneur leur baise le cul ! »

Mais si la noblaille locale était échauffée par cette histoire de Goupil qui s’échappe avec la bénédiction de la Stryge, il n’en allait pas de même pour le commandement. Guy, notamment, n’aimait guère les menaces qui sourdaient du discours. Cet Aemon était le fils du Borgnat, grand traître s’il en est, mais aussi frère du régent. Or, si celui-ci était entaché par un sang félon, il n’en représentait pas moins le seul homme capable de mener la régence du royaume – il était majeur et d’ascendance royale, en fallait-il plus au royaume ? Guy connaissait également les sautes d’humeur du prince du sang et savait que c’était lui qui avait rendu aux Ancenis leurs terres et leur honneur. Sans connaître les liens qu’ils avaient tissé l’un envers l’autre, le capitaine en déduit cependant qu’il ne pourrait pas énerver un des frères sans mettre en colère l’autre.

Enfin, les tenants et aboutissants de ces mouvements de troupes étaient de plus en plus confus, et la confusion tuait en nombre pendant les guerres. Après un instant de silence où il ignora superbement le conciliabule qui se tenait derrière lui, il déclara à l’estafette ces paroles ailées :

« Non-da, je ne refuse point le pain et le sel à votre sauveur, puisqu’il invoque le nom du Roy. Ses familiers et lui sont bienvenus, mais vous comprendrez que le gros de ses osts est bien là où il est, puisque l’Arétan a été chassé. » Invitation limitée, donc, à Ancenis et ses clients ; on n’avait pas besoin que l’encombrant baron s’arroge en plus l’avantage du nombre, et lui rappeler qu’il n’entrait point en maître dans son logis, mais en invité dans une forteresse du roi était également un bon moyen de ne pas perdre la face. Après tout, s’il avait devoir d’accueillir le frère du régent, il avait aussi celui de garder le château de celui-ci et, plus encore, le butin que ses soldats avaient amassé et qu’ils ne comptaient guère partager.
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Lun 29 Oct 2012 - 23:15

Barkios ; Printemps ; Deuxième jour de la troisième ennéade (plus tard) ; An 6, Cycle 11.
Philbert revenait au pas pour annoncer la nouvelle à son Seigneur. C'est, non pas sans une certaine amertume, qu'Aemon l'apprise. L'offre lui paraissait gogue et quelque peu risquée. Ses dernières pérégrinations l'avaient exhorté à se méfier, maintenant, des seigneurs qui semblaient encore assujettis au Roi. Il espérait, à vrai dire, que ceux-ci verraient en cette guerre le moyen d'aboutir à une quelconque sédition et par la même déboucher, en l'espèce, sur une Magna Carta limitative, mais nenni. Le Seigneur Erdman et ses pairs étaient plus avisés que ne l'aurait espérait le bon Baron. Pris dans son propre piège il se voyait confronté à une difficulté qui ne faisait guère, quelques heures auparavant, partie de ses plans. Ayant invoqué le nom du Roy ainsi que le serment qui liait ses abonnés à celui-ci, il ne pouvait plus reculé. Rapidement, une auguste escorte fut établie et l'on y pouvait compter neveux et fils de bannerets et châtelains quand châtelains et bannerets eux-même n'en constituaient pas le corps. Pas moins d'une quarantaine d'entre eux joignirent ledit détachement et bannières au vent les voilà qui chevauchaient la tête haute vers ce fort qu'était la Ferté-Gislain.

Quelques conseillers et amis d'Aemon avaient bien tenter de l'en empêcher, préconisant de refuser l'offre si habilement formulée, mais il n'en avait cure et voyait en ce refus bien plus de lâcheté et malefoi qu'une véritable assurance de sa longévité. Précautions ayant été prises et sa cousine étant sur le pied de guerre, il n'avançait vers les murs de ce castel que plus confiant et plus serein sachant qu'assistance pourrait lui être fournie si la situation l'imposait. Au surplus, une grosse partie de la noblesse ancenoise se trouvait parmi les minions l'accompagnant et il serait bien maladroit de s'attirer l'ire de leur parentèle.

Les portes s'ouvrirent à l'arrivée de la colonne et Aemon toisait ces soudards qui le regardaient d'un air plus intrigué qu'apeuré, il n'en attendait pas moins des hommes d'Aetius et encore moins des hommes du Roy. Plus suspicieux étaient, cependant, ceux de son escorte et un silence angoissant enrobait peu à peu la ville, des bas-fonds jusqu'au donjon leur semblait-il et seuls les sabots résonnant sur les pavés de quelques rues venaient en troubler la religiosité. Enfin dans la haute-cour, Baron et vavasseurs attendaient qu'on vienne les accueillir en bons hôtes qu'ils seraient, à coup sûr. Ils prirent soin, cependant, de ne pas mettre pied à terre et tous, aurait-on dit, avaient les doigts se resserrant autour de leur pommeau, bouclier et pique.
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Mar 30 Oct 2012 - 14:46

Devant Aemon et sa suite, c’était le sieur Erdmann ainsi que quelques seigneurs d’Eraçon et capitaines de l’armée royale qui l’attendaient. Les visages n’étaient pas vraiment détendus non plus, mais cela était plus dû aux petits intérêts que chacun avait intérêt à défendre plutôt que la venue en elle-même du baron d’Ancenis. On fit cependant bon accueil au frère du régent et lui proposa de monter dans la salle de réception, où des servantes versaient déjà vin et hydromel dans les cratères. On passera vite sur les événements de l’après-midi, qui n’ont guère été notables ; une poignée de fourriers, à la tête de charriots, partirent de la porte sud pour aller chercher des provisions dans les bourgs et villages à l’entour, afin d’assurer bonne pitance au festin du soir, sous les yeux de la garnison, qui n'oubliait pas qu'une armée d'Ancenois stationnait plus au nord. Bien sûr, cela tenait certes du prétexte (on aurait pu faire une table un peu chiche certes mais honorable sans se rendre à l’extérieur) pour montrer au baron qu’on ne craignait point ses armées et, aussi, pour faire le plein de victuailles au cas où un siège ou une avancée vers le Berthildois viennent s’ajouter à l’agenda de l’armée d’Aetius. Certains chevaliers jouèrent un peu à la quintaine, tandis que le commandement, lorsqu’il ne tenait pas compagnie aux invités, se réunissait pour parler de leur situation et de comment elle évoluerait.

Bàrkios, deuxième jour de la troisième ennéade (début de la nuit).

Erdmann n’avait pas ouvert la bouche de toute l’heure. Habillé, comme la plupart des Ancenois – ses invités –, d’un gambison de simple facture, il tenait la tête de la longue tablée en u qui avait recouvert sa grand-salle. A côté de lui, Aemon, et ensuite, dans l’ordre des titres et des honneurs, le reste de la noblesse ancenoise et éracienne réunie. Peu de de capitaines du Roi gravitaient autour des premières places, de trop petit sang ou par simple demande de l’hôte, qui ne voulait pas qu’ils s’imposent trop à la bonne société. L’atmosphère se détendit à mesure que poulardes et soupes s’enchaînaient et, surtout, que l’hydromel et le vin coulait dans les cornes et les verres d’argent. Du raffut dans la cour avait un moment crispé l’assemblée, mais des chansons entières étaient passées et la rumeur s’était tue. On mangeait donc, discutait et buvait, parlant parfois de guerre mais souvent de petits riens, par courtoisie.

Mais le destin est souvent rigolard, et c’est au paroxysme de la soirée – les chanteurs avaient débuté ‘Honneste sire et Malepassion’ de Gobor Duk, le chantre-mendiant – qu’une apparition que personne n’attendait mais qu’Aemon dut craindre dès son entrée dans la forteresse prit place dans la grand-salle.
« Messires, le sire régent Aetius, duc-baillistre d’Erac et sénéchal des armées du roi ! »
Le silence s’installa aussitôt et une petite silhouette au crâne ras entra, accompagnée d’une suite portant comme elle des pourpoints aux couleurs vives, épée et poignard à la hanche. C’était bien Aetius derrière la couche de poussière et de terre qui recouvrait son visage déjà dévoré par une barbe de deux jours. Ses yeux envoyaient des éclairs mais un sourire illuminait son visage crasseux. S’avançant avec nonchalance jusqu’au centre de la tablée tandis que celle-ci échangeait des murmures interloqués, il se planta devant Erdmann et Aemon. Il fixa le baron avec insistance, comme l’on redécouvre un parent après une absence trop longue, et dit alors :
« Ah frère ! Mon frère ! Nous voilà réunis, sains et saufs, comme naguère, Néera bénisse ce moment précieux, où le sang se retrouve enfin, trop longtemps séparé. Comme moi tu as réchappé à la rouerie du goupil, et voilà l’Eraçon est de nouveau pacifié au nom de son légitime suzerain ! »

Et le bonheur sembla envahir le jeune prince tant son visage dégageait quelque chose de doux et de jovial.



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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Dim 4 Nov 2012 - 23:05

Barkios ; Printemps ; Deuxième jour de la troisième ennéade (début de la nuit) ; An 6, Cycle 11.
A mesure que le banquet s'étalait dans le temps et que les coupes et choppes se vidaient en de vifs tintinnabulement tout comme les plats se succédaient, l'ambiance semblait, un temps, se détendre si bien que les convives, une fois la boisson ayant distillé timidité et crispation, palabraient en de rauques exclamations couvertes, en partie, par les chants de quelques bardes. Des discussions mercuriales, traitant de commerces et autres mondanités justiciables inhérentes à ces seigneurs de bonnes naissances, encombraient tardivement ce repas plus que suffisant et c'est, tout à coup, que le silence s'imposa. D'aucuns s'arrêtant de croquer le dernier morceau de viande sur leur côtelette, d'autres encore recrachant leur soupe ou quelque breuvage. Les yeux les plus voilés semblaient retrouver de leur vigueur et vivacité et la bouche du Baron claqua si violemment qu'il eut l'impression d'y avoir laissé une dent.

Il est de ces instants où l'on perçoit le temps d'une façon bien étrange, comme s'il était suspendu, là, juste au-dessus de nos têtes, palpable même tant il paraît, en ces rares occasions, matériel et, pour le coup, funeste. Aemon s'attendait à pareille apparition, mais ses familiers devaient y être beaucoup moins préparés tant leur stupéfaction était notable à leur béatitude. Ayant vécu quelques années dans les lointaines contrées de l'Estrévent où le vin gage de sa similitude avec le feu grégeois, le maigre dosage de ces vins et hydromel n'avaient que peu altéré la perception du jeune Baron, ce qui n'allait pas pour lui déplaire, il pourra ainsi savourer pleinement les retrouvailles d'avec son frère ! Il allait pour se lever et répondre au Régent quand les premiers cris retentirent. Peut-être leurs estomacs les faisaient souffrir, peut-être était-ce là le verjus ou bien le vin, peut-être encore la soupe elle-même, ou bien leurs muscles qui ne demandaient qu'à se détendre et la tablée ancenoise se retrouvait toute debout et grognarde. On y entendait du « Aux armes ! Aux épées ! Fourberie ! » et déjà l'altière escorte ancenoise se mettait en branle pour s'armer à qui mieux mieux. Des armes ils en trouvèrent et si elles se montraient insuffisantes pour occire l'ennemi, le rire se verrait fatal. Couteau à fromage, louche, coupe, écuelle, tranchoir de pain rassi, restes de moutons et côtes de porcs, de quoi faire frémir les affamés de part l'étrangeté de tout cet attirail, vraiment. Avant que nul n'ait pu faire un pas de plus le sire d'Ancenis rugit un « SILENCE ! » des plus tonitruants à en faire trembler les murs de la Ferté-Gislain.

Une fois les tensions apaisées et les ustensiles et nourritures de retour à leur usage habituel, Aemon lança un regard réprobateur à son contingent avant de s'adresser calmement à son frère.

« Aer... Aetius ! Que ne t'ai-je reconnu sans cette crinière que tu portais à Ancenis ! Tes yeux, tes yeux sont semblables aux miens et parlent vrai, mon frère ! L'Eraçon est bel et bien libre du joug d'Arétria, mais il nous faut agir vite. »

Adressant un sourire maladroit mais chaleureux à son frère, Aemon se dégagea et enjamba la tablée pour se placer devant son frère. Ouvrant grand les bras il ne se fit pas prier pour l'en étreindre et sermonner par la même ses hommes qui, un instant plutôt, aurait volontiers planté une fourchette en travers de son gosier.

« Malheureux que vous êtes messires pour avoir voulu m'arracher ce précieux frère ! Tant d'années loin de ce bon sang et vous voilà prêts à lui sauter à la gorge ! »

(HRP : Navré du retard, quelques soucis de réseau, les joies de Dame Nature.)
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Jeu 8 Nov 2012 - 14:32

L’étreinte dura plus longtemps qu’il ne l’aurait fallu, et Aetius semblait s’accrocher à son frère comme si le lâcher était synonyme de chute mortelle. Il n’était pas responsable de cette accolade, se disait-il, interdit par ce que son esprit lui suggérait en ce même instant. C’est tout de même triste quand une accolade entre frères n’était plus cause d’affection mais de haine. Car au moment où Aemon porta le cœur d’Aetius contre le sien, au moment où il lui ouvrit ses bras, Aetius fut envahi d’une bouffée de haine incommensurable, sauvage et comme extérieure à lui-même. La soif de sang et de vengeance que criait la honte à toutes les fibres de son corps l’effraya. C’était le seigneur après une conjuration le visant, c’était l’homme trahi qui réclamaient à la conscience d’Aetius de punir le crime, tandis que le frère défendait Aemon d’une voix hésitante et honteuse. Car si le lien qui unissait Aetius et Aemon le poussait à pardonner au frère, ce même lien rendait la traîtrise autrement plus ignoble. Voilà pourquoi Aetius tremblait, et pourquoi d’un sourire éclatant, son visage se transforma en un canevas de colère et de folie, écartelé par un rictus qu’on n’aurait pu imaginer plus crispé.

Il garda le silence un instant, digérant l’humiliation d’être trahi par son propre frère, ce frère qui avalait sa honte d’une traite et avec le sourire avant d’affecter à nouveau un mensonger sentiment de joie fraternelle. Il lui était difficile de ne penser à autre chose que ses membres qui tremblaient de rage, de son visage qui se crispait de sa propre initiative en un masque de chagrin, de son cœur qu’on semblait lui arracher à l’aide d’une chape de plomb. Mais enfin, il articula un mot en reculant de dégoût.

« Toi aussi, mon frère ? » Son corps s’immobilisa un instant dans une inertie fébrile, comme s’il hésitait entre enfoncer son poing dans la gueule du félon et s’enfuir en courant de cette grand-salle. Il n’opta pour aucune des deux. Au lieu de cela, il embrassa l’assemblée d’un regard.

« Messire, cet homme qui se présente devant vous comme un ami n’est qu’un traître ! Un fol qui osa s’aboucher avec mes ennemis pour dérober les terres du roi et me perdre, moi, son propre frère ! »



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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Ven 9 Nov 2012 - 0:29

Avec le silence d'Aetius la grand-salle elle-même semblait feutrée. Un instant, un court instant, une étreinte au goût de jeunesse, de souvenirs. Son propre écho répondait au cœur battant d'Aemon. Cherchant à sentir celui d'Aetius, rien, rien de plus qu'un désert de désolation, une cave brisée. Son regard navré, ses membres trémulant, la faciès en proie à une déchirure attristée, il était à ce croisement entre le père déçu et l'enfant devant quelque difficulté. Le baron comprit alors. Reculant d'un pas, de concert au retrait de son frère, les deux semblaient mettre de la distance comme pour faciliter les mots qui, de toutes évidences, brûleraient la gorge de l'un et feraient se serrer d'angoisse celle de l'autre. On aurait dit qu'il était sur le point de vomir, vomir une vérité monstrueuse et c'est ce qu'il fit.

Confondu aux yeux de tous, la maisnie de la Ferté-Gislain était le théâtre d'une vilaine comédie. Les mots du Régent, plus que ceux d'Aetius, il le savait, ne le blessèrent ni ne le choquèrent. La vérité sortie du puits, rien qui ne saurait accabler de tourment les seigneurs de l'ancenois au faîte de l'intrigue, mais de quoi échauffer les esprits de certains qui sautèrent sur l'occasion pour crier à la calomnie, au mensonge, oubliant leur place, leur rang. Calmant d'une main levée ces fauteurs de troubles, c'est difficilement que le baron réussit à prendre la parole. Chancelant de compassion pour son frère et stoïque face au Régent, c'est avec écœurement qu'il lui fallait suivre le sentier tracé par celui-ci.

« Ton ressentiment me peine le cœur, mon frère. » Arriva-t-il enfin à lâcher, les dents serrées. Son impassibilité reprenant le dessus à ces quelques moments plein d'émotion. C'est bien ce visage peu chaleureux et froid qu'arborait le baron, comme une armure à la détresse de ses yeux. Plus de place pour les sourires, abandonné l'amour d'un frère, il fallait qu'il soit fort, il fallait qu'il ne cède en rien. L’entreprise qu'il avait fondée ne saurait s'écrouler pour quelques ressouvenirs joyeux et une absence pesante. La bonne entente des frères Ancenis, voilà ce qui faisait la force de cette illustre maison, mais, comme une gerbée de blé que les vents de la discorde venaient faire frissonner, qu'allait-il rester de ces liens du sang ? Au milieu de cette guerre opposant l'envie d'être admiré par son frère, d'implorer son pardon et ce sentiment d'injustice acide qui lui ravager le ventre, Aemon n'aurait su dire si ses viscères se nouaient d'une quelconque rage ou bien d'un regret forçant la répugnance et l'attrition.

Les battements de son palpitant s’accéléraient à tel point que ses tympans pulsaient. Lui paraissait-il que sa poitrine allait exploser. Il avait chaud sous ses vêtements et paradoxalement des sueurs froides parcouraient son échine. Tiraillé, écartelé, voir celui avec qui il avait grandi en pareil désarroi lui enserrait ce qui lui restait de cœur, mais il ne pouvait se résoudre à abdiquer, pas maintenant. Il se rappela alors Blanche, son père, ses frères, sa fille... Il ne pouvait reculer, plus maintenant et c'est devant le déshonneur de son frère qu'il reprit :

« Ne laisse pas le nom que tu t'es choisi ronger et corrompre l'homme que tu es... Retourne à Diantra, je t'en supplie mon frère, retourne à Scylla s'il le faut ou bien à Ancenis, ta terre, à laquelle tu as cruellement manqué. Je t'en prie et Néera m'en soit témoin, je n'ai jamais prié que pour ton salut et la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui... voilà ce qui me déchire le cœur, voilà ce qui m'encourage à poursuivre... Déclarait-il à Aetius plus qu'à l'assemblée d'une voix chevrotante. Pour l'amour des Dieux, pour l'amour de notre sang, mon frère, c'est à genoux que j'implore ton départ, retourne à cette capitale maudite, retourne à ton petit Roy, va là où tu le souhaites et laisse moi accomplir mon propre devoir. » Et à genoux terminait sa supplique le baron d'Ancenis, les bras tendus, les mains au ciel, pleurant son frère et dénonçant son titre de Régent.
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Ven 9 Nov 2012 - 14:31

Aemon était tombé sur le sol, à genoux devant son frère et son juge. Il le suppliait à présent, les jambes au froid des pierres, les mains levées comme on le fait pour une prière à un dieu dont on voudrait atténuer le courroux. Mais il ne lui demandait pas le pardon, il ne cherchait point à se rétracter. Au contraire, il faisait appel à la pitié d’Aetius pour qu’il rejoigne sa trahison, pour qu’il se rétracte, lui, le régent, et laisse la victoire à son frère pour l’amour de son clan. A ces paroles, les yeux de l’Ivrey s’écarquillèrent et tout son corps se crispa. Lui devait courber l’échine pour cette famille qui, à peine revenue d’exil et réinstaurée dans ses droits, le trahissait comme elle trahissait le roi qu’il s’échinait à protéger et guider.

La supplication fraternelle terminée, le prince du sang attrapa le crâne chevelu d’Aemon et le pressa comme une noix qu’on aurait voulu briser. Il se raccrochait une nouvelle fois à son frère, le touchait comme s’il avait besoin de le tenir une dernière fois avant que le gouffre ne les emporte tous deux, avant que la trahison et la punition qui en découlait naturellement ne dissolvent irrémédiablement le lien qui les unissait, que la Damedieu finisse de maudire Aetius et de lui apporter de nouveaux malheurs pour l’orgueil qu’il avait eu de vivre dans l’impiété avec sa cousine Blanche pendant toutes ces années. Les Cinq divins s’acharnaient à le châtier, et il ne pouvait rien faire que subir la divine sanction. A cette pensée, il se rappelait qu’il tenait son frère entre ses mains, cet être qu’il avait appelé son ami et son familier il y a de cela des décennies. Mais tout était si loin maintenant. Ils n’avaient pas dû se revoir depuis une décennie, plus peut-être, mais ce qui les avait tant éloignés venait de se produire un jour plus tôt. Il n’y a point traîtrise sans confiance, disait l’adage, et Aetius, qui n’avait jamais douté de ses propres parents, de la maison d’Ancenis qui ne l’avait jamais intégré en tant que tel mais qu’il ne cessait d’idolâtrer à mesure d’être repoussé. Il était un bâtard d’Ancenis, il en était, pensait-il, un des leurs quoi qu’on en dise.

Le pendentif qu’il portait sous le vêt semblait être plus lourd que jamais. Ce petit sachet de cuir cousu le grattait diablement, pesait sur son poitrail qui semblait s’asphyxier. C’était la chevalière de leur père à tous deux, la bague de la Stryge qu’Aemon le Borgne avait remis à Aetius au milieu du saccage de Diantra quand, sentant la fin venir, il s’était séparé de ce symbole du pouvoir et de la gloire de la Maison à la chouette. Et pendant toutes ces années, Aetius la portait à son cou, invisible dans le sac scellé, comme le rappel constant de son origine, un ordre fait objet qui le forçait à obéir à l’honneur des Ancenis, à protéger leur nom et leur gloire à tout prix. Mais tout cela était terminé. Le père était mort et son vrai fils, son fils légitime, jouait contre Aetius. Suis-je indigne de porter cette chevalière à présent ? Ou bien est-ce Aemon qui en est indigne ?

Il tourna ses yeux d’une pâleur glacée pour se perdre dans l’azur identique de son frère. « Tes yeux sont semblables aux miens et parlent vrai, » avait dit Aemon quelques instants plus tôt en lui mentant sans scrupule. Pourrais-je revoir un jour ces yeux sans y voir luire le mensonge ? Aetius était partagé, entredéchiré par ce que le devoir exigeait de lui et par la souffrance morale qu’il ressentait à l’idée de porter la main sur son propre sang, sur celui qui portait à présent la renommée de leur père. Bien sûr, tout ceci n’était que farce, jeu d’esprit que se jouait Aetius à lui-même. Il connaissait déjà la réponse, il savait déjà sa décision ; il avait été trop meurtri par les actes d’Aemon, et s’il ne le punissait pas pour l’honneur, il savait qu’il se suiciderait de honte. S’en retourner à Diantra sous les lazzis de la foule, revenir dans l’opprobre en sachant avoir trahi le roi, son neveu. Il ne pouvait en être question.

« Je ne peux pas… » aurait voulu chuchoter Aetius au creux de l’oreille comme s’expliquer, s’excuser, lui dire qu’il lui avait brisé le cœur, mais que la situation dans laquelle il l’avait mis piétinait les miettes de ce cœur éclaté. Il serra un peu plus le crâne d’Aemon. Son visage était partagé entre haine et chagrin, et après avoir hoqueté un spasme de douleur dissimulé, il releva la tête, se détachant du regard de son frère, et prononça avec une infinie lenteur une poignée de mots.

« Aemon, je t’accuse de forfaiture envers ton suzerain et ton roi, tu resteras sous ma garde jusqu’à ce que la justice de Sa Majesté Eliam Ier soit rendue, au nom des Dieux et du Royaume. »
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Aemon IV d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Une royale vénerie.   Mar 13 Nov 2012 - 1:46

Toujours à genoux, les doigts de son frère se resserrant comme un étau autour de crâne, l'accusation tombait. Elle fut pour lui comme un violent soufflet, mais telle était la loi du royaume et plus encore pour ceux qui perdent. Ce fut dans un silence gêné et honteux qu'il se relevait, la mine grisée par la vérité qui se cachait derrière de tels motifs. En fermant les yeux il revoyait les oliveraies ancenoises, entendait sonner les cloches de Primeprestre, parcourait ses jardins dans le calme monacal, écouter les rires des enfants qui se chamaillent, mais plus que tout, en cet instant, il pensait à sa fille et son visage obsédait ses pensées. Ne sachant ce que lui réserverait pareil jugement il se mit à douter quant à la pérennité de son sang et rapidement toute sa détermination se muait en une peur angoissante. Ses jambes se mirent à trembler et défait était l'impérieux baron, la peur suintant de son visage grave. Ses yeux d'un bleu éclatant s'assombrirent et sa peau blême traduisait la crainte.

« Je suis désolé... » Voulait-il confesser à son frère, mais devant pareil déshonneur et déception il ne pu ouvrir la bouche que pour émettre un soupir attristé et c'est à ce moment que les familiers du régent se saisirent de lui, entravant ses mouvements et bien que l'escorte émettait quelque objections, pour la plupart tacites, devant ce seigneur arrivé de loin et qui, une fois encore, leur était arraché pour quelques méfaits devant la couronne, d'aucuns ne prirent le risque d'esquisser quelque tentative pour le secourir. Son appel à l'aide, cependant, était muet tout comme son cœur qui l'espace d'un instant semblait avoir oublié de battre. Perdu plus que déçu, Aemon relevait lentement la tête et observait Aetius, son aspect blessé le marqua et il comprenait l'étendu de ses erreurs. Pour avoir rêvé d'un royaume il perdait un frère. Son propre sang semblait avoir en horreur cette traîtrise dont il appréhendait l'ampleur et il avait mal, si mal dans sa poitrine. Il cru un moment être victime d'un coup de miséricorde, mais nenni, point de sang, seulement de la peine et des remords. Il devait presque se faire traîner pour avancer, ses membres refusant de bouger, le cœur trop lourd face à ses déboires.

Ce fut avec distinction qu'il fut traité indépendamment de son statut rebelle. Éconduit et privé de toutes informations, il ne savait ce qu'était devenu les nobles et nobliaux formant sa précédente lance. Il voulait appeler Aetius, lui imposer de le regarder une fois de plus dans les yeux et lui prouver ses bonnes intentions, plus valeureuses à ses yeux que ses actes. Qu'importe, il était trop tard. Enfermé dans une pièce aveugle du château il ne percevait rien sinon la lueur jaunâtre que déversait le chandelier. Ombres menaçantes et questions terrifiantes. Portant une main sous son pourpoint il en tira un foulard de soie brodé de manière grossière et l'examina longuement avant de s'en recouvrir le visage. Il aurait tant aimé, d'un coup, essuyer par la même ses yeux qui n'avait de cesse de repousser ses larmes, des larmes de honte, de rage. Bathilde lui avait offert ledit foulard lorsqu'ils étaient encore en Estrévent, terre d'exil et bien que le temps ait passé depuis, les senteurs épicées lui rappelaient encore les raisons de son départ et celles de son retour. Des bruits de pas le poussèrent à le ranger à la hâte, abandonnant alors ses griefs pour laisser place à son allure la plus noble. Le masque seigneurial redevenait sa meilleure arme et derrière son titre il cachait l'homme abattu qu'il était devenu en un instant. Dans l'ombre et la solitude il attendait.
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