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 Début d'une tournée mondiale

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Ernst Monventeux
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MessageSujet: Début d'une tournée mondiale   Jeu 20 Sep 2012 - 19:40

XXXXXXXXXX Depuis la brande Scylléenne d'où venait le bon prophète.XXXXXXXXXX



Un écureuil glandait là. Sa petite queue était dressée bien haute, fièrement. Son panache se confondait avec celui de ses congénères éparpillés négligemment dans les branchages. C’était toute une troupe de petits rongeurs roux qui se tenait là. Innocents et joyeux, ils gardaient un œil curieux sur les animaux étranges qui s’afféraient en contrebas. C’était une des dernières jolies journées d’été, le vent secouait doucement les feuilles, il faisait bon vivre.

Ernst était descendu de cheval et s’était assis sur une souche, face au spectacle. Il regardait en silence. Il réfléchissait, et cela lui causait grand peine. Quelque chose lui avait échappé. Il se rappelait à regret les limites de son contrôle. Las, il fit un geste et l’on mit en fuite à grand coup de pied les chiens errants.

Le grand prophète de Mercatouille se trouvait pris au dépourvu par cette situation incongrue. Sans s’émouvoir, il s’interrogea sur la conduite à tenir. Son esprit trop paysan était à la traine et peinait à trouver la réaction appropriée. Devait-il rechercher un coupable ? Il hésita un moment, le cœur lourd de doute, et il remit la question à un « plus tard » qui, il s’en doutait, ne viendrait jamais.

Les écureuils eux, d’abord effrayés par les aboiements, se riaient à présent des bruyants clébards mis en déroute. Cela leur plaisait et du haut de leur perchoir, il profitait de leur dernier vrai repas avant la frugalité de l’hiver. Bercés par le chant des oiseaux, ce rouquin ci martyrisait des insectes, cet autre s’en prenait au tronc de l’arbre, un troisième essayait ses dents sur son tout premier morceau de chanvre. Alors que les petits animaux dansaient l’une de leur dernière sarabande, le vent frais qui soufflait en contrebas était morose.

Le seigneur de Froifaisser regardait négligemment la mare qui avait coulé jusqu’au sol, comme une ultime offense au souvenir des vivants. Un chevalet gisait non loin, éclaboussé partiellement par le flot de merde molle. Il avait du être utilisé comme haut tabouret. Monventeux se demandait où était passé l’histrion, l’ami et le garde fou d’antan, celui dont-il croyait se rappeler. Sa rustique intelligence se demandait par quelle magie un ami pouvait soudainement devenir un souvenir d'un côté, et un encombrant fardeau de l'autre.

Pourtant, toute cette scène devant lui, ce n’était rien que du très classique. Éclairés par un beau soleil levant, les trous béants des orbites vides se révélaient avec une sinistre crudité. Là où s’était trouvé un visage familier ne restaient que les morceaux délaissés des charognards. Ça et là, on reconnaissait la mâchoire ou une oreille intacte, et cela choquait comme un rubis au milieu d’une bouse. En guise de pourboire, les merles avaient laissés des fientes sur les épaules et la poitrine, achevant de souiller les vêtements décolorés. Les braies n’avaient pas été d’avantage épargnées par le drame et étaient corrompues de haut en bas. Ces accoutrements ridicules et colorés que chacun détestait étaient enfin vaincus par la crasse du pays de Baude.

Ce matin là, il y avait eu une légère bruine, offrant une bienfaisante fraicheur en ces jours de chaleur. La nature s’en était comme réveillée et son pétrichore emplissait encore puissamment les narines. Cette petite touche céleste avait achevé de donner du sordide au pantin ridicule qui titubait benoîtement au bout de son fil. Ses cheveux mouillés pendaient comme des ficelles, la peau gelée avait pris une teinte misérable. Le col trop serré donnait du ridicule. Le cadavre s’abandonnait aux petites mais insatiables blessures des vivants. Il n’était qu’une épave entamant son long voyage entre les dents des rouages, victime d’une mécanique organique inébranlable qui reprenait ses droits malgré les pleurs du défunt, malgré les injustices qu’il avait subit et son insatisfaction à avoir voulu jouer avec les vivants.

Ernst restait là. Morose. Songeur. Cela faisait des semaines qu’il s’agitait en tout sens. Il avait bâtit des projets, de ses grosses mains il avait manigancé jusqu’à ce que les pièces se mettent en place. Et il touchait au but. Bientôt il se lancerait dans une nouvelle aventure, il irait à Diantra, il prêcherait la gloire de Mercatouille, il ferait trembler le régent, le roi. Il lèverait une armée de milliers d’homme et irait tuer les Elfes, les Drows et toutes ces immondices qui sont une atteinte à Mercatouille. Devant lui s’ouvrait grand la voix royale. Il n’avait nul doute. Là était sa place, là était le juste monde, là était sa destinée. Oui, sa destinée. Ernst le savait, Ernst en rêvait, il ne vivait que pour elle.

Mais tout le monde ne serait plus là pour le suivre. Lorenzo, cet hurluberlu, s’était pendu dans la soirée de la veille. Ernst en était écœuré. Il se rappelait vaguement une histoire de fesse qui pouvait expliquer vaguement l’acte, mais peut être confondait-il avec celle du meunier et sa femme, ou celle du fils de la Guiberne. Ces histoires glissaient sur lui sans jamais s’accrocher dans sa mémoire, il ne savait plus quels ragots allaient avec quelle trogne. Était-ce Lorenzo ou le meunier qui plusieurs nuits avait du faire la tournée des bordels pour retrouver sa femme ? Etait-ce lui ou le fils Guiberne qui pleurait devant les lettres d’amour enflammées de sa femme chassée, lui expliquant comme elle souffrait en long en large alors même que chaque soir elle se faisait allonger et élargir par tous les travers ? Ou peut être était-ce cette coquette convaincue des vertus rajeunissantes du jus de corps d’homme, et qui trouvait à rajeunir à toutes sortes de pharmacies ? Des histoires qui vous faisaient pointer les autres du doigt, ça ne manquait pas.

Comme partout, la Brande croulait sous les histoires salaces et méchantes qui excitaient la cruauté paysanne. La normalité était de connaitre plusieurs tragédies familiales au dessus desquelles l’ont saupoudrait quelques dégénérescence conjugales, ajoutant du sel et une rassurante tranquillité à une vie pitoyable et sans cela tellement commune.

En voyant les restes de son ancien compagnon, salit par la mort, ses pieds à moitié mangés par les chiens ou les loups, Monventeux s’étonnait. Leur vie infâme, les Brandais ne l’auraient laissé s’échapper pour rien au monde. C’était tout ce qu’ils avaient. Mais Lorenzo, ce bon à rien, n’avait jamais eu le cœur d’un Brandais. C’était un étranger loufoque aux mœurs trop éloignés. Ernst du finalement soupeser les choix qui s’offraient à lui. Il n’avait guère d’estime pour les cocus, ni pour les victimes.

Lui et ses compagnons en étaient venus à découvrir le corps de Lorenzo en faisant route vers le village de Baude qui fumait abondamment. A quelques centaines de mètres du village, il s’était arrêté net devant le spectacle du seigneur pendu au milieu de l’indifférence du monde animal. Il n’y avait rien autour d’eux. Au bout de ces quelques minutes de flottement, Ernst jugea bon de faire détacher le corps sans précaution. Nul ne voulant toucher le pendu merdouilleux, on préféra couper la branche et le corps de pantin tomba piteusement dans la mare formée du contenu de ses entrailles.

« Dans la forêt, laissez-le aux bête» commanda Ernst.

Alors on détacha le bout de la corde lié à la branche et on l’attacha cette fois à une monture. Sans un égard pour la dépouille, on s’avança dans le sous-bois. On le traina ainsi durant plusieurs longues et silencieuses minutes. La puanteur du corps en mouvement s’ajoutait au pétrichor, mais cela restait une bien belle journée. On s’arrêta finalement. Le cou du défunt, qui n’avait pas craqué, avait accentué son défaut de forme et les feuilles du sous bois s’étaient accrochées le long de ses chairs. Elles dissimulaient en partie l’ancien emplacement de son visage. On l’abandonna dans une ornière à l’abri des regards, on recouvrit maladroitement l’ensemble de branches et de pierres, puis de feuille. On ne s’attarda pas d’avantage à faire une sépulture. Une fois dévoré, nulle trace ne resterait de cet idiot.

Pourtant Ernst ressentait comme une aigreur. Il tenta de la rejeter, sans succès. C’était le deuxième ami que perdait Monventeux. D’abord Mercatouille, le grand et Saint Mercatouille, et maintenant Lorenzo, le petit et misérable Lorenzo. Regardant négligemment les restes du seigneur de Baude sous la montagne de végétaux, Ernst chercha une vengeance.


La suite de la journée fut des plus ennuyeuse. Une fois à Baude, on constata que la maison de Lorenzo était brûlée, ne laissant nulle affaire, nulle trace. L’origine du feu semblait difficile à déterminer. On ne s’attarda pas plus que nécessaire.



Au soir, à la table des Monventeux, la petite Mli demanda à son père pourquoi il était malheureux. Ernst lui en allongea une bonne dans la tête pour lui apprendre les bonnes manières, à cette garce. Et c’est à ce moment précis, alors qu’il sentait les os ployer sous ses mains, qu’il comprit enfin le sens de sa vie.

Car qui avait tué Mercatouille ?

Il le savait au fond de lui, Mercatouille avait un léger ressentiment contre le Vrai, ce qui avait sans doute haté sa perte. Mais à bien y réfléchir, comment le Vrai lui-même en était arrivé à devenir ce monstre abject ? A bien y regarder, la misère n’avait-elle pas commencé depuis son mariage ? A bien y penser, depuis son divorce, la situation s’était améliorée. N’était-ce pas le mariage qui avait jeté la pauvreté sur la Brande en corrompant le Comte, qui avant cela n’avait jamais démérité ? Ce brave Comte qui les avait laissé reprendre leur droit depuis qu’il avait retrouvé son célibat, et même accepté l’assouplissement de leurs impôts. Non. Le vrai coupable, le vrai meurtrier dans cette histoire, c'était la femme. Celle du régent et les autres. Toutes les femmes.

Et Lorenzo, n’était-ce pas la conduite d’une femme qui l’avait mené aux pires idioties ? N’était-ce pas l’un de ces démons qui l’avait mené à de si funestes décisions. Le couteau de saucisson en l’air, Ernst ne mangeait plus et laissait couler ses idées, qui pour une fois abondaient.

Et pourquoi les Elfes, pourquoi les Drows n’étaient-ils pas encore détruits ? Pourquoi les hommes ne levaient pas d’une seule et même bannière ? Pourquoi se perdre dans des guerres intestines ? Pourquoi tout allait mal, pourquoi le monde s’essoufflait, pourquoi à chaque saison qui passe, la vie lui paraissait plus laide ? Ernst avait enfin la réponse. Les femmes. Les femmes de pouvoir. Les femmes aux hautes responsabilités. Les femmes timides. Les femmes autoritaires. Les femmes discrètes. Les femmes de confiance. Les femmes innocentes. Les femmes faciles. Les femmes qui partout agitaient leurs formes diaboliques sous le nez d’innocente brebis ! Ces femmes devaient être mises au pas.

Finies les concessions, finies les demi-mesures, finies les pardons. Il fallait remettre de l’ordre. Ne plus donner la parole à celles qui ne savent rien en faire. Il était temps de donner les responsabilités à ceux qui les supportent : aux hommes et eux exclusivement. Revenir à la loi salique, ne plus supporter les insupportables veuves et les obliger à partager la tombe ou le bucher de leur mari. On avait trop longtemps lâché la bride, et ça allait chang…

Ernst reçut un gros taquet derrière le crâne.

« Mange ! » lui hurla sa sœur Delde.

Déterminé mais non moins patient et avisé, il lui obéit.


Trois jours plus tard, Baude avait un nouveau seigneur et Ernst partait en voyage, vers le nord. Il allait prêcher par le monde. Emmenant avec lui ses compagnons et divers amis délestés de l'armée du comte, c'était une forte escorte qui se baladait là. C’est ainsi, guidé par la main de Mercatouille qu’il entra en Naëlis pour de nouvelles aventures que nous nous proposons ici, et avec l'agréable concours et compagnie du sieur Gloral, de vous conter.




Dernière édition par Ernst Monventeux le Mar 25 Sep 2012 - 23:37, édité 1 fois
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Casèr Gloral
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MessageSujet: Re: Début d'une tournée mondiale   Dim 23 Sep 2012 - 14:33

L'on traite ici un moment crucial de la vie d'un bon mercenaire et d'un apôtre de la Sainte Parole. Et sieur Ernst se déleste un temps seulement du poids des mots pour qu'un autre conteur vous apprenne les péripéties qui menèrent le fameux Gloral en son retour à Naelis.

*****

Au milieu d'une désolation sans nom, un mercenaire raccroché à sa précieuse vie se débattait courageusement contre la poigne d'un être supérieur. Il en était ainsi depuis que père Soleil s'était absenté. Casoair s'était alors retrouvé en proie à une terrifiante vision. Ses hommes étaient tous éparpillés sur le sol, si bien qu'un bras décrépit du jeune Talmak côtoyait la nuque roide du Charognard. Pourquoi diable des membres devaient s'attacher à de si piètres troncs? La mort exhalait une douce odeur de chair en décomposition ce pourquoi Gloral ne cessait d'avoir d'improbables hauts le cœur. Tous ses sens étaient constamment en alerte. Tandis que ses yeux cherchaient un point où l'horreur ne fut pas présente dans un paysage apocalyptique, son odorat s'emplissait de la puanteur macabre, ses oreilles encore assourdies par le chaos qui avait dépecé un à un chaque membre de sa compagnie et son toucher ne se satisfaisait que de la froideur extrême de la garde de son épée. Bientôt, il fut tout prêt de l'endroit où tombèrent à l'unisson Nergès de Malesdouves, Le Charognard, Zarina et Talmak. Il ne restait que leur piteuse tête à pleurer d'où dégoulinait un sang terne. Comment tout cela était-il arrivé? Même Casoair, seul survivant du massacre, ne le savait pas.

Pourtant, en un terrible gueulement d'effroi, la vérité lui apparaissait. Devant lui, un colosse de trois mètres, dépourvu d'une quelconque tignasse, savourait la mine sépulcral du mercenaire. « L'homme » était imposant et pourvu d'une barbe qu'il devait en tout point apprécier. Armé d'un marteau de guerres, le doute ne fut plus permis: l'Ombre s'était incarnée. A ce moment, Casoair s'aperçut qu'il tenait quelque chose de sa lourde main droite. Saisi d'épouvante, Gloral se laissa tomber à genoux, face au géant qui grimaçait et ria gravement. Glinaina était écrasée en son poing et la cervelle elfique avait giclé de sa boite crânienne pour maculer le buste du monstre. Les larmes inondèrent le visage du capitaine. Ainsi, il perdait tout. Sombre, il se releva l'arme au poing, pris de folie, défiant la masse divine:


« Mogar... Pour ceci... Pour elle, tu vas payer! »

En effet, s'attaquer et démembrer chaque homme de sa troupe était déjà beaucoup mais éclater le crâne de Glinaina était l'acte le plus odieux possible, le pire affront, la pire souffrance. Le Dieu riait toujours d'une assurance non dissimulée. Il fit quelques pas faisant trembler le sol et fit voler d'un coup retenu le mercenaire. A une dizaine de mètres plus loin, Gloral se relevait déjà.

« Tu ne peux rien contre moi, humain. Votre race est vouée à l'extinction car vous ne savez maitriser votre rage et votre haine. Voilà votre plus grande faiblesse. »

La face souillée par son propre sang, Casoair esquissa un sourire, provoquant son ennemi, et dans un hurlement assommant:

« Tu crois que ma rage est une faiblesse? Je vais te montrer que tu te trompes! »

D'un élan de fureur, il chargea toute lame dehors le colosse. Il courrait à en perdre haleine jusqu'aux jambes de son adversaire. Son coup tuerait le monstre, songeait-il. Au même moment, les morts se soulevaient déjà sous l'impulsion de forces fantomatiques. Leur faciès marquait leur animosité pour la Vie.

« Casoair, Casoair... Casoair! »

A la vue d'une forme raffinée, tentant de secouer un mercenaire, agité par un sommeil troublant, Casoair laissa s'échapper quelques véritables larmes. Sa douleur était grande et sa surprise entière quand il ouvrit les yeux, admirant Zarina qui, d'une main ferme, le secouait vigoureusement. Il lui fallut plusieurs secondes pour reprendre ses esprits, encore trop embrumé par le choc d'un terrible songe. Beaucoup se préoccupaient de l'état du chef, qui semblait privé d'une santé mentale stable. Zarina, bien qu'arriviste, s'était rapidement fait une place, elle et ses Zar'Abh, dans la compagnie. Elle s'inquiétait pour un homme qui l'avait reconnu, non pas seulement pour ses attraits, mais pour ses compétences. Elle se savait épiée par les regards de Gloral et également désirée, et ce jeu l'amusait plus que de raison. Aussi, fut elle conquise, de partager son campement avec celui des Marts. Elle s'était alors installée relativement près de la propre couche du capitaine, et avait remarqué avant tout son angoisse du repos. Zarina fut la première à prendre les devants lorsqu'il semblait se démener seul et gesticuler avec d'improbables mouvements. Elle s'en était donc saisi et l'avait ramené ainsi du monde des rêves.

La nuit était entamée à sa moitié lorsque cet événement se produisit. La femme mercenaire relâcha alors son chef, trop bouleversé pour parler. Celle-ci s'étonna alors de voir que Casoair crachait du sang. Comment un cauchemar si effroyable soit il pouvait engendrer de tels effets? Le mercenaire se releva alors en un bond, bousculant au passage Zarina qui s'en indignait déjà. Il sentait un liquide chaud en sa bouche et ne put que l'évacuer. Gloral put alors se rendre compte que sa langue avait pâti de son agitation nocturne, et le sang coulait. Il s'éclipsa alors du campement, se dirigeant vers un lieu plus sombre en cette forêt toute proche de Naelis. Sans s'apercevoir qu'il était suivi par son intrépide lieutenant, Casoair trainaillait, ne cessant d'éructer de l'hémoglobine.

D'un pas mal assuré, il boitait, alors qu'une nouvelle douleur le prit en sa jambe droite. Visiblement assez loin du camp, il s'assit sur un de ces arbres renversés. Le voyage vers Naelis avait été long et résister au sommeil était de plus en plus dur et à chaque fois, il en était tiré par cette même vision. Toutefois, il n'avait jamais vu auparavant l'Elfe s'incarner en ses pensées. Après avoir remarqué que sa jambe avait bien été la proie à un coup, il tenta en vain de chasser le mal par un massage qu'il jugea bien vite inefficace. Puis, il essayait de se souvenir des moindres détails de son affrontement avec Mogar. Casoair prenait alors conscience que la divinité cherchait à provoquer sa haine et son ressentiment pour en faire son pantin, et l'en aveugler.

A cet instant, Zarina décida de faire son apparition. Gloral la laissa s'installer près de lui, tandis qu'elle remettait en place sa chevelure de feu. Avec gentillesse, elle sortit un bout de tissu qu'elle avait bien au fond de sa sacoche et la donna à Casoair pour qu'il s'essuie un moment.


« On arrive bientôt au point convenu. Tu vas alors rencontrer mes autres lieutenants. A moins que cela ait changé, je crois que tu restes la seule femme de la compagnie. Dis moi, as tu entendu les rumeurs qui courent à Naelis? En passant à un de ces bordels, sans m'y attarder plus que de raison bien naturellement, j'ai ouï dire qu'un tueur sévissait. Il s'attaquerait à des femmes et telle la veuve noire, il agissait durant les réjouissances, marquant ses victimes de lettres obscures, au sens énigmatique. Je n'ai pas plus de précision mais j'espère que tu n'en es pas trop effrayée. »

« Tu rigoles? Souriait-elle. Je n'éprouve aucune peur. Je doute même qu'il parvienne à seulement m'approcher mais sait on jamais. Je préfère m'en méfier. » Après un temps de silence, elle ajouta: « Casoair, tes lieutenants sont mignons? »

" Tu ne crois pas si bien dire" soupira t'il. 


Au matin, les deux troupes combinées de Marts et des Zar'Abh marchaient en silence. Seul homme à cheval, Casoair menait la compagnie au pas. Son armure bien que pesante le rassurait et un œil toujours posé sur Zarina, il savourait sa beauté. Elle avait un décolleté des plus généreux et sa poitrine convenait parfaitement aux fantasmes d'un homme désireux. Sans encombre, ils furent enfin rejoints par Vanek accompagné d'un noble au passé incertain, Nergès de Malesdouves. Ses hommes étaient bien de ces routiers et leur vitesse de frappe semblait foudroyante. Plusieurs chevaliers l'accompagnaient et avec entrain, Casoair saluait déjà Nergès d'une poignée de main solennelle. Les Rejetons de Mogar, ravis de chevaucher parmi cette infanterie, entonnait un chant qui resta si bien gravé dans les mémoires et si puissant que toute la compagnie le reprenait déjà:

« Au delà des montagnes embrumées
Non loin des Sombres et Elfes du passé
Les Hommes rugissaient vers le ciel haut et fier
Les Drows gémissaient dans la nuit d'hiver
Rouge la forêt sur mille lieues
Flambaient les Elfes, torches de lumière »


*****


En soirée, la compagnie retrouvait la trace des Bûcherons Barbus et quelle fut la joie de Talmak que de contempler la grâce de Zarina plus que de s'apercevoir que l'effectif de la compagnie avait surpassé toute espérance. Le campement fut remis sous le commandement du capitaine, heureux d'avoir rassembler toutes ses forces, parvenues sous peu aux portes de Naelis. Casoair quitta un instant ses hommes pour se retirer en sa tente, seul. Là, il prit encrier et plume et tâcha d'écrire comme convenu au Régent. Sa lettre fut concise et signalait son mouvement de troupe principalement. Outre cela, il précisait que la région semblait calme et que Naelis se remettait tout en douceur de ses maux, que Soltariel était sous main d'une duchesse à la poigne de fer et que le passage de sa compagnie fut relativement aisée à travers la Péninsule comme pour noter qu'une force armée avait droit au mouvement. Lorsque tout fut rédigé, il plia soigneusement la lettre et la glissa dans son étui à parchemin. L'or qu'on lui avait confié suffirait à lever une armée des plus conséquentes. Casoair le savait.

La soirée s'était passée avec agréments et les les hommes des diverses troupes allaient vers les autres. Tout était bon et on laissait entendre que tous s'honoraient. Une nouvelle journée se profilait et le cauchemar de nuit moins violent que la veille. Casoair s'était levé tôt et s'était dirigé avec deux éclaireurs en dehors du camp, ayant laissé toute partie de son armure, ne gardant à ses côtés qu'une épée. Les troncs noueux des arbres laissaient des arbres laissaient présager à mauvaise rencontre en de sinistres lieux. Le pas fut posé et lent. L'on pouvait ouïr, pour peu que l'on tende l'oreille, les piaillements de quelques mésanges aventureuses. Et avec une vue entrainée, il n'était pas rare d'entrevoir de frêles ombres se déplaçaient parmi les branches, sans bruit.


« Des Elfes en ces lieux. » pouffa Traknar.

La plaisanterie fit à peine sourciller le sérieux imperturbable de Casoair. Un peu plus loin, Traknar fit arrêter les deux autres hommes, mentionnant qu'il y avait là quelque chose d'inhabituel. Gloral tenta bien de pousser ses sens à l'extrême, sans résultat. Il percevait seulement le clapotis d'un cours d'eau proche. Trakanr s'avançait seul, laissant à l'arrière Casoair et l'autre éclaireur. Il était jugé comme le meilleur de tous et s'en donnait à cœur joie. Non sans fierté d'être reconnu par son capitaine, il se dissimula derrière un rocher de taille humaine. Plus bas, tandis que l'eau frôlait les chevilles, l'archer long put distinguer un homme ayant tout l'air de faire sa toilette, si loin de la civilisation. Etait-il aventurier? Traknar revint vers Casoair, redoutant qu'il se soit fait repéré. Il le prévint alors et Gloral, sans réfléchir se dévoila de toute sa hauteur, escaladant le rocher. Il serrait en sa main gauche sa cape d'un noir profond qu'il refermait sur lui même. Sa chevelure de même teinte lui tombait à présent jusqu'aux épaules, affichant ouvertement sa liberté. Il était quasi majestueux et d'un air grave, tint à peu près ce langage:


« Brave homme, je me permets de vous déranger durant vos ablutions et n'y voyez pas là preuve d'insolence et de dédain. Je suis Casoair Gloral, capitaine mercenaire des Gloraliens, revanchard. »

Ceci fait, il descendit de son brut piédestal. Il se dégagea alors de sa cape et dévoila un homme vêtu de haut en bas d'un vert sombre. Son épée à son côté signalait un combattant aguerri apte à se servir de l'arme en cas d'imprévisibles escarmouches. Bien que le capitaine semblait confiant et assuré, les éclaireurs paniquèrent plus que de raison en voyant leur chef se présenter publiquement. Ils se pressèrent alors de le rejoindre en contrebas où la rivière commençait ses premiers méandres. L'eau parvenait aux genoux du mercenaire sur la rive tandis que plus en avant elle devait se satisfaire d'un bon mètre cinquante. Ainsi, Casoair regardait fixement l'homme qui lui faisait face, ne songeant à quoi dire ou quoi faire. La passivité le dévora.

HRP
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Ernst Monventeux
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MessageSujet: Contenu déconseillé aux âmes sensibles.   Mar 25 Sep 2012 - 23:36

La route avait été longue. On ne savait toujours pas où l'on s'arrêterait. Ernst était évasif, il prenait un ton mystérieux qu'on ne lui connaissait pas depuis qu'on avait pris le chemin du nord. A l'évidence, les idées se bousculaient dans la tête du Vavasseur et il prenait ses distances. Ce revirement soudain laissait ses compagnons cois. Où étaient le grand prophète qui avait su gagner les foules ? L'instrument divin qui faisait vibrer l'âme des humains ? Ernst avait fondé la plus belle religion qu'ai connu le sol Miradelphien, enfin les hommes pouvaient ouvrir les yeux et se tourner vers le Mercatouillisme. Où était-il celui qui avait libéré les esprits des contraintes horripilantes, qui avait su trouver dans les cœurs de chaque frère et sœur un peu de haine pour avancer ? Et parallèlement au triomphe des idées Mercatouillesques, c'était aussi un triomphe politique. Les brandais lui accordaient une reconnaissance toute particulière depuis son coup d'éclat avec le Comte de Scylla et l'exonération d'impôt qu'il avait obtenu. On parlait de nommer Ernst au conseil de la Chistole, même de le laisser présider. Le Monventeux était à son apogée, mais tout ne pouvait pas durer.

Il avait soudainement décidé de ce voyage. La troupe ne comprenait pas, et son compagnon Arctur Sapinaware pas plus que les autres. Sur les routes, on avait eu un accueil favorable et on avait été invité à quelque tables. Beaucoup étaient venus rencontrer le "Grand Prophète Mercatouillistique" pour recevoir sa bénédiction. Ernst avait pris son rôle à cœur. Il avait exigé de chacun qu'il donne le meilleur de lui-même pour Mercatouille sur cette terre. Il offrait d'ailleurs, pour une somme modique, des pavés diantrais aux plus fidèles croyants. Depuis peu, il en portait un lui-même autour du cou.

Plusieurs fois il s'était arrêté pour faire une messe. Ses ouailles partageaient alors ses vues sur l'infériorité manifeste des elfes couards qui se retranchaient dans leurs arbres, sur la disparition annoncée des drows qui se mourraient dans leurs mortes citées, sur la médiocrité profonde des femmes qui se révélaient d'une irresponsabilité chronique et ineffable et qui n'étaient jamais que de grands enfants immatures. Il affirmait d'autres choses encore. Il appelait le peuple à ne plus plier sous les ordres d'une garce, il invitait à la haine des contrées qui acceptaient pareilles humiliations. De ces messes sauvages et mystiques, chacun ressortait en portant avec lui, coincée toute contre son cœur, une salutaire aversion pour l'étranger, une haine pure et intacte sur laquelle il pouvait projeter toutes ses misères. Les femmes particulièrement en sortaient culpabilisées alors que leurs hommes en ressortaient leur ceinturons : l'équilibre conjugal était enfin retrouvé. Et pourtant, malgré les bienfaits qu'il apportait à ces naïves populations, dénuées pour certaines même de la haine envers les abhumains, Ernst demeurait dans cet état végétatif.

Certains sur leur chemin demandèrent à les rejoindre. On en accepta la plupart. Parmi eux, il y eu Julio.

Julio était frêle, laid, ni très éduqué ni très intelligent. Mais en lui brûlait abondamment la flamme du bon Mercatouilliste. Petit à petit, il était devenu méchant envers les femmes, et il ne voulait plus quitter la compagnie du prophète. Il se faisait son écuyer et veillait à ce qu'il ne manque de rien. Si nous devons parler de lui, c'est bien à regret, mais il s'avère important pour la suite.

Un beau matin où l'on avait fait escale près d'un cours d'eau, Ernst s'écarta du gros de la troupe, comme il faisait de plus en plus souvent. Il avait dans l'idée de se délasser. Seul ce Julio l'avait suivi, ce qui contrariait un peu le prophète. Ensemble, ils gagnèrent le cours d'eau. Là, Monventeux prêcha pour le jeune homme alors qu'il se préparait à entrer dans la rivière.


"Mercatouille nous enseigne que la femme est l'ennemie Julio. Il nous apprend à nous méfier d'elle, du mal qu'elle contient. Ne t'y trompe pas Julio, les femmes sont mauvaises et te feront du mal. Seule la compagnie de tes semblables saura t'épargner. Sans les femmes, il n'est nul vice, nul concupiscence, nulle haine. Il faut apprendre à se passer des femmes. Sans les femmes, il ne reste que..."

Ernst laissa sa phrase en suspens, il avait gagnait le bord de l'eau et semblait vouloir nager. Julio le héla, il était encore tôt, il faisait froid dans le léger brouillard matinal. Le grand prophète risquait la mort.

Ernst rit. Lui ? Mourir de froid ? Lui le grand prophète ? Lui qui avait été touché de Mercatouille, être victime d'une maladie ? Ça n'était pas sérieux. "
Allons mon bon Julio, n'aie crainte. Je n'ai nulle peur des éléments, nul ne saurait m'arrêter. Je dis solennellement ici, mon bon Julio, que cette eau ne fera de mal à personne, ni à toi, ni à moi. Je ne crois pas que Mercatouille aurait pour projet de nous faire mourir ici.".

Et Ernst, pour prouver ses dires s'avança dans l'eau en laissant ses armes et armures derrière lui.

"Alors, craintif que tu es ? Tu crois donc trouver la mort dans ton bain ? Tu crois que Mercatouille abandonne les siens aux sirènes, ou as tu peur des truites ?"

Le Brandais commença à se baigner. Il se mit sur le dos, à faire la planche, il restait là où il avait pied puisqu'il nageait fort mal. Il regardait le ciel et la brume. En tendant l'oreille, il sentit de l'agitation non loin, où ils se rendraient dans la journée. Il se sentait enfin détendu. Pendant quelques instants, il se sentit comme apaisé. Mais un bruit lui rappela la présence de l'autre indésirable.

"Hé viens donc Julio, vient voir comme les matins sont beaux par ici"
Puis il resta là, contemplatif. L'eau était gelée mais il ne sentait pas son corps refroidir petit à petit, au risque d'une hypothermie. Il se laissait doucement dériver, songeant à son œuvre salvatrice, à son devoir. A Mercatouille et à son ami Lorenzo. Ernst se promit à nouveau de lutter contre la gangrène qu'étaient les femmes.

"Brrrr ! Maître, l'eau est gelée ! C'est bien imprudent !"
"Ah, tais toi femmelette ! Tu vas donc te laisser impressionner par le premier obstacle ?"
Courageusement, Julio s'avançait. Nulle doute qu'il allait attraper la mort s'il restait dans cette eau bien trop froide.
"Je ne sais pas nager maître"
"Et alors, est-ce une raison pour rester si sale ? Regarde, on a encore pied ici. Et viens donc, je vais te montrer moi, comment on nage."
Le candide s'exécuta. Une fois qu'il l'eut rejoins, Ernst l'attrapa d'une main ferme et après plusieurs acrobaties marines, il réussit à lui faire faire la planche.
"Vois jeunot, tu flottes, c'est là qu'est la clé"
Le jeune se débattait nerveusement, mais après une bonne minute, il finit par constater que le prophète ne mentait pas : il flottait. C'était un miracle.
"Oh maître ! Voyez ! Voyez comme je sais nager ! voyez comme je ne coule pas ! Voyez comme je reste à la surface"
L'adolescent était soudain emplit de joie ! Bien sur, il ne savait pas nager, mais flotter lui semblait magique. C'était comme si le prophète lui avait transmis un peu de son pouvoir en le touchant, et il riait d'un beau rire plein d'innocence de sa voix qui n'avait pas achevée sa mue.

Ernst évalua Julio d'un nouvel angle.

"Attend, je vais te montrer autre chose"
Ernst le fit alors pivoter devant lui et entrepris de le faire flotter sur le ventre.
"Vois petit, cela fonctionne dans les deux sens"
"Maître, c'est fantastique, je nage ! Je nage !"
Mais la voix du jeune homme était teintée d'inquiétude car le prophète derrière lui se montrait sous un nouveau jour. Il arrêta de flotter et voulu se redresser, mais une main ferme l'empêcha de relever le dos.
"Maître ?" demanda l'acolyte, terrorisé.
Ernst eu un grognement alors qu'il empêchait d'autant plus fort le jeune homme de se redresser.

"Maitre... Maitre que faites-vous ? Mais je... Maitre ?"
Et l'incompréhension laissait sa place à la terreur alors que Julio trouvait les gestes de son maître bien trop étranges. Julio resta un instant silencieux, cherchant à interpréter chaque geste en résistant doucement. Puis, les intentions commençant à se faire précises, Julio voulu sortir des mailles du filet.
"Maitre, on doit nous attendre, maître, j'entends nos ami qui..."
Et il essaya maladroitement de s'échapper de l'étreinte du Monventeux. Sans succès. Monventeux était une masse de muscles, et Julio, comprenant de mieux en mieux sa situation paniqua.
"Maitre, il est fort tôt, pourquoi ne pas aller manger..." supplia le jeune ingénu. Ernst, exaspéré le frappa sur l'arrière du crâne et le fit basculer un peu plus vers l'avant, intensifiant sérieusement les craintes de l'éphèbe. Celui-ci reprit plus fort
"MAITRE ! MAITRE IL EST TEMPS DE PARTI..." sanglota Julio.
"MAIS TA GUEULE ! TA GUEULE !" hurla à le prophète.
Et Ernst frappa de plus belle la tête de Julio de sa main droite, avant de l'enfoncer carrément dans l'eau pour le faire taire. De sa main gauche, il trouvait l'ouverture de ses bourses et les laissait sortir à leur aise sous l'eau.

"Ne gigote pas" murmura-t-il entre ses dents serrées.
Mais le petit ne voulait pas finir bougre et se débattait avec une grande vivacité qui excitait certes le Monventeux, mais qui l'incommodait tout autant pour parvenir à ses fins.
"Pitié Maître !" suffoqua l'adolescent lorsqu'il sortit difficilement sa tête hors de l'eau.
"Allons, tu en connaîtras d'autres ! Laisse toi faire, par Mercatouille !"
Car Ernst avait besoin de concentration pour venir à bout du bas de Julio. Cela faisait si longtemps depuis dame Radegonde. Jamais il n'en avait eu l'envie, et puis là, soudainement, la brume, le corps fluet, l'innocence, ça l'avait pris comme d'une envie irrésistible.
"A L'AIDE ! A L'A..."
Ernst frappa d'un gros coup de poing sur la tête du jeunot qui en fut étourdit. Cela laissa les deux mains libres à Monventeux pour continuer son brutal effeuillage alors qu'il commençait déjà à se frotter contre le tissu. Il touchait au but.
"Au SECOU..." voulu reprendre la victime.

Cette fois, il ne laissa pas le temps à Julio de protester et de sa main lui mit la tête sous l'eau, le temps qu'il trouve une ouverture. Mais ça ne venait pas et Ernst, fort peu habitué à ces affaires, s'emmêlait. Il insista, chercha un passage mais rien n'y faisait. Il pencha d'avantage sa victime en appuyant un peu plus sur sa tête. Il sentait les tremblements et l'angoisse, et cela le faisait encore se durcir un peu plus malgré la fraicheur de la rivière. Il reprit sa recherche, pensa trouver, rata. Ressaya. Fit pencher d'avantage. Chercha encore. Encore et encore, sans succès. Il rata à cause des mouvements du jeune homme. Alors il s'énerva, ôta le pesant pavé qu'il portait autour du coup et tapa avec une unique fois sur le crâne du pauvre Julio qui ne retrouvait plus la surface. Mais Ernst ne désespérait pas, il essaya encore en rage, essaya la force brute à s'en faire mal. Mais ça allait venir, il allait trouver, et alors alors... alors le petit corps ne se pencha soudain plus si bien. Ernst insista, mais c'était peine perdu, son camarade de jeu se ramollissait. Il perdait toute vivacité. Tant et si bien que finalement, le corps sans volonté propre s'allongea au fond de l'eau. La tête de Julio ne remontait plus. Ersnt essaya de faire remonter la croupe, mais ça ne tenait plus debout, la tête était au fond de l'eau, assurément, Julio devait avoir eu un problème de respiration. Ernst s'énerva, tout cela n'avait plus rien d'excitant sans les tressaillements joyeux. Il s'agaça prodigieusement et laissa la croupe rejoindre le fond de la rivière. Julio était au fond de l'eau et Ernst restait frustré, le chibre moitié à l'air, moitié dans les flots. C'était un coup dans l'eau.

Du pied il tâta le corps, avec exaspération. Comme on ne voyait rien dans l'eau peu claire, il essayait de se rappeler où il était pour ne pas s'y prendre les pieds. L'idiot aurait pu se laisser faire, bordel ! C'était à bien y penser un affreux manque de courtoisie de la part de cet ingénu idiot. Son corps chaud n'allait plus tarder à se refroidir au contact de cet eau. Ernst, furieux tourna en rond en cherchant un exutoire. Il essaya à deux reprises d'exhumer la partie la plus charnue et faire son office tant qu'il restait un peu de chaleur. Sans succès. Il hésita à le sortir de l'eau pour faire son affaire tranquillement, mais cela l'ennuya. Finalement, il se remit négligemment à refaire la planche sans se soucier du noyé non loin.

Il se sentait léger alors que les flots le déviaient à nouveau sur les bords de l'eau. Et il réfléchissait. Il se moquait d'avoir bêtement perdu Julio, qui l'agaçait prodigieusement depuis qu'il avait ouvert les yeux. Mais à son grand désarrois, il lui faudrait trouver une autre issue pour ses bourses et les femmes ne lui inspiraient guère confiances. Alors, il songea à son devoir. Qu'allait-il pouvoir faire de toutes ces femmes qui polluaient les villes et les campagnes ? Qu'allaient-ils pouvoir faire de ces femmes qui encombraient les rues de leur crasse, qui gâchaient le travail de leurs époux en vils apparats ? Ernst ne savait que faire de ce mal nécessaire. La tâche semblait si colossale. C'était toute une société basée sur la reconnaissance des femmes comme être humain qu'il fallait reformer. On ne pouvait plus supporter de manger en compagnie de femelle, on ne pouvait plus feindre de ne pas voir leur faiblesse, on ne pouvait tout simplement plus les supporter.

Ernst se redressa, songeant à retourner s'habiller. C'était décidé. Les crimes étaient trop nombreux, le monde pourrissait sous la pourriture et il importait d'apporter l'obscurité qui étoufferait cette insupportable vermine. Oui, trop longtemps les Mercatouillistes avaient fait preuve de tolérance, il était temps d'adapter sa réponse au péril que représentaient les abhumains de toute sorte.

Et lui vînt alors à l'esprit la seule réponse apte à oblitérer la vermine : la Sainte Croisade.

Il se fit un serment : que Mercatouille lui donne la force et il irait purger ce monde pourri !

Alors ! Alors mes amis, une haute stature surgit de nulle part. C'était un guerrier. Il se présenta comme étant capitaine et déclina son nom. L'atmosphère était surnaturelle. Le destin venait de lui tendre une arme.

Sans un mot, Ernst s'approcha tout en remettant négligemment ses affaires en désordre. Le Guerrier descendit. Le prophète s'avança encore, doucement, en ouvrant les bras, pris d'une transe mystique. Le guerrier à son tour entra dans l'eau jusqu'au genoux, venant à sa rencontre. Ernst ne prêta pas attention aux ombres qu'il voyait s'ajouter au tableau. D'un geste naturel, il s'approcha, mit la main sur l'épaule du grand gaillard et il sonda ses yeux pour y trouver son âme. A ce moment et à sa plus grande surprise, il sentit du pied un gros cailloux aux formes régulières noyé dans l'eau. Voyant les alentours, il comprit. Le corps de Julio était à deux mètres d'eux et le pavé qu'Ernst portait plus tôt en pendentif était à présent à ses pieds. Y voyant un signe, le prophète appuya d'avantage sur l'épaule du mercenaire, l'invitant à la génuflexion. Il plongea sa main dans l'eau et en sortit son pavé sur laquelle était encore accrochée des bouts de chair. Il le leva bien haut au dessus du visage de l'inconnu.


"Toi, le capitaine Casèr ; par le saint esprit Mercatouillistique, moi, Ernst Monventeux, Vavasseur de Froifaissier, Héros de guerre et prophète du Très Haut Mercatouille, je te baptise"

Puis il laissa le pavé glisser de ses mains pour aller bénir le visage du nouvel adepte, lui offrant la souffrance telle que Mercatouille l'avait ressentie avant lui.

"Bénit sois tu, car tu seras désormais le bras vengeur de Saint Mercatouille."
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Casèr Gloral
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MessageSujet: Re: Début d'une tournée mondiale   Sam 29 Sep 2012 - 22:19

Un face à face improbable. D'un côté se dressait un fier mercenaire versé dans un art de la guerre des plus complet, et bien que n'ayant revêtu son armure ébène, il était aisé de lui deviner un côté on ne peut plus martial. De l'autre, dans un cours d'eau, un homme se baignant et prenant plaisir en de futiles pratiques, qui étaient emplies pourtant de naturel. Pas à pas, le nageur s'était rapproché de Casoair, tentant au mieux de rassembler ces affaires éparses. Gloral en avait fait de même et regardait à présent avec étonnement l'homme, emporté dans une folie amère. Il ne cessait de le fixer avec étrangeté et pour sûr, cet homme-ci avait quelque chose derrière la tête. Celui qui paraissait à première vue déséquilibré partait à la rencontre du capitaine, qui ne bougea pas d'un pouce. Ses deux hommes, eux, dévisageaient avec insistance le Mystique. C'était comme s'il accueillait un nouvel être en une famille dont seul lui avait connaissance. On posa alors une main franche sur l'épaule du mercenaire qui ne réagissait toujours pas, désireux de déceler ce qui faisait pétiller avec tant d'ardeur le regard de ce personnage. Les deux semblaient alors sonder leurs âmes. Casoair était d'une sérénité remarquable et sentit une différence marquante chez le bonhomme. Peu avait bravé leur peur pour s'approcher de Gloral, venant de se présenter et suivi en plus d'être armé de deux éclaireurs, qui, et ne l'omettons pas, excellaient au tir à l'arc.

Ceux ci doutaient de la nature humaine de l'individu. Comment se pouvait-il que leur chef n'ait aucune réaction et n'ait fait quelque mouvement depuis qu'il l'avait aperçu? Traknar eut la savante idée que l'homme devait être un sorcier, adepte de la manipulation. Alors qu'il échafaudait un plan pour en sortir Casoair, il fut pris de nausée lorsqu'il vit non loin de deux mâles, un cadavre. L'ancienne victime du démon! Il s'était enfermé dans ce corps en un faux semblant de bienveillance. Quelle devait être sa puissance pour qu'on l'on s'y croit avec une telle facilité! Et le capitaine toujours captivé par sa présence. Traknar maudissait déjà son manque de clairvoyance et entreprit de perforer l'oeil droit du mal venu. Ainsi, il bandit son arc et d'une forte voix déclamait qu'il abattrait le charmeur. Sans se retourner, devinant que ses compagnons s'inquiétaient d'une passivité non expliquée, Casoair intima de ne pas agir et commanda qu'il n'était pas en leur pouvoir de décider de la mort d'autrui en ce moment-ci. Abasourdis, les camarades se résignaient à ne pas blesser le voyageur.

C'est en ce moment que d'une pression, Gloral s'agenouillait face à l'homme mystique. Complètement stupéfaits, les mercenaires tombèrent à genoux dans le même temps, bouche grande ouverte. Leur chef s'était plus qu'incliner, il avait dû reconnaître en le baigneur un être émérite et de bonne stature. Et quoiqu'il fût même un dieu, Casoair ne se serait pas humilié. En effet, quand le capitaine avait plongé ses yeux en les siens, il y avait vu... Un homme. Mais n'était-il vraiment qu'un homme? En un instant, il Le découvrit. En toute sa splendeur, il avait été aveuglé par une vision. Alors qu'il n'avait jamais entendu ou ouï cet évènement, il put l'interpréter avec une aisance infinie comme si son âme elle même avait la réponse. Casoair Gloral, capitaine d'une fameuse compagnie, avait contemplé la mort de Mercatouille. Il avait bel et bien existé, sa souffrance était réelle. Casoair se remémorait alors les paroles du prêtre qu'il avait rencontré, lui affirmant qu'il rencontrerait son prophète. Son coeur fut saisi d'une haine incomparable et un feu s'embrasait en son sein. La foi avait été semé en un regard et nul n'aurait pu s'y opposer. Le premier miracle de cette délicieuse journée!

Ainsi, l'homme mystérieux ramassait un pavé et à sa vue, Casoair pâlit en un instant. Alors sorti de l'eau pure du ruisseau, il était tâché de sang et la chair s'y accrochait avec fougue. N'était-ce pas là un nouveau signe? L'objet qui avait mis fin aux jours du Très Saint (comme l'appellerait plus tard le fidèle Casoair) à présent couvert de la souillure charnelle en cet instant précis! Peu importait la raison, le second miracle avait accouru derrière le premier, relaté précédemment. Cela faisait beaucoup pour un simple mercenaire, n'ayant jamais eu l'occasion d'admirer de tels phénomènes inexpliqués. L'instant fut empreint de solennité. Rien n'aurait pu empêcher le baptême de Gloral.


"Toi, le capitaine Casèr ; par le saint esprit Mercatouillistique, moi, Ernst Monventeux, Vavasseur de Froifaissier, Héros de guerre et prophète du Très Haut Mercatouille, je te baptise."

Casoair se sentit entrer en contact avec Mercatouille, comme oser le toucher du bout des doigts. Mais malgré sa pensée, il fut impossible de l'effleurer. D'impressionnantes vagues d'émotions le prirent et l'enveloppèrent pour ne jamais l'en laisser s'échapper. La haine dévorante de Mogar se transformait alors en animosité pour les non-humains, bien que cette aversion avait été déjà fondé. Sa volonté défaillante face à la divinité écrasante se changeait en foi pour le Très Saint Mercatouille. Et pourtant, la grâce de Mercatouille et son don ne lui avait pas été encore livré, ces sentiments n'étaient que les prémices des véritables. La bénédiction d'Ernst vint bientôt.

Casèr ne vit pas instantanément le pavé glisser des mains du Vavasseur de Froifaissier. Lorsqu'il en prit conscience, une effroyable douleur l'accapara. En effet, l'objet de culte avait, selon la destinée voulue au converti, trouvé chemin jusqu'à son oeil droit, s'enfonçant avec verve en son orbite. Le sang maculait déjà son visage tourné vers le Prophète. Il fut néanmoins certain que des éclaboussures vinrent souiller la tenue d'Adam du brave Ernst. Le capitaine hurla à la mort et porta les mains vers sa tête. Coulait le liquide rougeâtre, tombait l'oeil écrabouillé, s'en allait l'ancienne vision.


"AAAH PUTAIN! MAIS MERDE."

Tel fut le cri qu'entendirent les deux éclaireurs quelques mètres plus bas. Ils accoururent avec célérité et ne prêtèrent guère d'attention à l'homme qui avait blessé grièvement leur chef. Ils relevèrent bientôt Casèr, qui ne cessait de gueuler et commençait à perdre pied. Alors que le mal dont il souffrait venait d'Ernst, Gloral ne le blâma pas, quoiqu'il ne le pût en son état. En son for intérieur, le mercenaire savait que telle était l'infime souffrance qu'avait connu Mercatouille. Traknar ne parut pas non plus réprimander le prophète et lui demandait tout de bon de les suivre.

"Suivez-nous maintenant. Je ne sais pas bien ce que vous lui avez fait mais il n'est pas de mon ressort de vous punir comme vous pourriez le mériter, espèce de taré! Vous avez intérêt à ce qu'il s'en sorte!"


Quand les quatre hommes firent leur entrée triomphale au campement, chaque mercenaire s'approchait de Casoair pour évaluer son état, se souciant de sa cruelle blessure. Naturellement, il n'était plus conscient, la douleur était telle qu'il était plongé en un coma provoqué. Zarina fut la première à exiger à ce qu'on le fasse coucher sur sa paillasse et les deux éclaireurs s'exécutèrent. Elle s'entretint un moment avec Traknar et en tira de précieuses informations. Tandis qu'elle demandait à Talmak, lieutenant encadrant les Bûcherons Barbus, de s'occuper des soins du capitaine, elle revint en face de l'homme qui les avait suivi. Zarina était une belle femme, à la chevelure de feu et aux courbes prononcées. Elle était la plus charmante créature qu'avait rencontré Gloral et sans doute en était-il de même pour Ernst. Pourtant, en cet instant, ses yeux lançaient des éclairs, non pas qu'elle fut sorcière mais la colère l'emportait. Elle tenait son cimeterre fermement dans sa main gauche, l'autre sur sa hanche. De sa malicieuse voix, elle entreprit de questionner celui qui s'était présenté aux deux éclaireurs accompagnant Casoair:

"Alors comme ça, vous vous appelez Ernst d'un mont où il fait venteux? On m'a raconté ce que vous avez fait à notre capitaine et je n'aimerai pas vous y voir s'il vient à décider de sa vengeance envers son bourreau. Prophète de Mercatouille, est-ce cela? Racontez-moi tout ça, nous avons du temps avant que notre chef ne revienne pour vous en coller une."




Dernière édition par Casèr Gloral le Sam 6 Oct 2012 - 13:27, édité 1 fois
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Ernst Monventeux
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MessageSujet: Re: Début d'une tournée mondiale   Ven 5 Oct 2012 - 23:02

Ernst toisa la bougresse. Qu’était-ce donc que cette pimbêche qui s’agitait en tous sens en faisant humer son arrière train aux nouveaux soldats de sa Sainteté ? Ça ne semblait pas bien réglementaire de supporter les femmes de joie dans les Saintes Armés Mercatouillistiques.

D’ailleurs l’armée, bien que militairement correcte selon Ernst, était un peu dispersée. Nul ne semblait leur avoir apporté la lumière et l’on voyait la perdition dans le regard de ces cruels assassins laissés à eux-mêmes. Les pauvres avaient bien besoin de la chaleur du Saint Martyr pour leur réchauffer les entrailles. Ils avaient été trop longtemps délaissés et leur besoin de salut semblait incommensurable. Ces âmes échouées réclamaient sans le savoir la confortable gangue du Mercatouillisme.

L’optimisme d’Ernst s’intensifia en réalisant que cette armée de croisade n’était pas encore prête. Mercatouille lui avait donc gardé du travail, il comptait sur lui. Convertir cette armée était la première étape d’un long voyage vers l’anéantissement des abhumains et des hérétiques. C’était le début d’une nouvelle route bordée de fureur zélée et de fanatisme décérébré, et cela ému le cœur du Monventeux. Les parasites, uns à uns, seraient écrasés sous le commandement d’Ernst. Le pas inébranlables de l’armée en marche de sa Sainteté viendrait à bout des abominations, guidé par la volonté du Prophète.

Le premier de ces parasites à éliminer se trouvait devant lui. Belle comme un cœur, telle le ver rongeant la pomme, telle le souffle de la concupiscence qui effritait le cœur noble de cette armée. Il fallait amputer. Il lui fallait ouvrir les yeux de ces hommes, de ces guerriers aux alentours : les femelles n’ont pas, et n’auront jamais leur place sur un champ de bataille. Les femmes n’étaient qu’une gangrène qui vous rongeait l’âme et vous laissant telle une coquille vide pour en croquer d’autres à pleine dent trois jours plus tard. On ne pouvait que rire de leurs pitoyables excuses de faiblesses et de désespoir, la vérité était la sinistre débauche qui habitait le cœur de chacune de ces créatures mauvaises et malsaines et… et…

Ernst sortit de cette digression où il ne se reconnaissait pas. Il se reprit.


« Femme, écarte-toi car je dois à tous conter les exploits de Mercatouille ».

Et l’Apôtre, sans un regard pour cette créature voluptueuse se mit debout sur la première table venue. Dessus était étalée une grande et belle carte. Insensible aux regards éberlués qui se portaient sur lui, il en profita pour entamer son discours. Pour l’occasion, il gesticula abondamment de sa belle démarche paysanne.

« Frères, j’apporte avec moi une bonne nouvelle. Je vous apporte la vérité que vous avez toujours cherchée. Bien plus que de l’or, bien plus que des bijoux, voici aujourd’hui pour vous la bonne nouvelle, celle qui égaiera vos âmes et vos cœurs. Frères humains, écoutez-moi ! Il y a de cela deux mois, l’humanité s’est réveillée au milieu de son agonie. Un homme ! Un homme mes frères, s’est dressé devant la fatalité et a dit « non ! ». « Non ! ».

Cet homme était Mercatouille, et il est mort pour nous sauver tous !
»

Et Ernst se lança dans le plus extraordinaire récit qu’ait connu cœur de mercenaire. Il semblait reprit de transe, et sous les regards qu’ils attiraient de plus en plus, tous médusés, il continuait de prêcher Mercatouille en piétinant la table de l’état major.

Les officiers eux, bien trop intrigué par le bonhomme, ne savaient cette-fois si comment réagir. Tout au plus, chacun fronçait un peu plus les sourcils en voyant les cartes malmenées par les piétinement de l’Apotre.

Ernst regardait cette foule. Il y voyait, mais sa fièvre n’y était pas étrangère, les cœurs heureux des hommes. Il voyait derrière chaque cicatrice, chaque hache usée, chaque trophée macabre une âme vaillante prête à donner son bras pour Mercatouille. Et il aimait déjà cette armée décharnée envoyée par la volonté Mercatouillesque. Il regardait ces hommes épais aux manières brusques, il voyait au milieu du campement, des armes rangées, des vivres, des montures et des déchets puants, il voyait ces hommes vivants et prêts à mourir à la minute même où ils auraient compris son message, pour Mercatouille.

Et puis subitement, en regardant dans le vague, Il lui sembla voir au milieu de cette foule une forme distincte, émaciée, déguenillée, qui lui semblait familière bien que… et puis la forme disparue aussi soudainement qu’elle était venue.

Il continua avec un léger trouble. Mais Mercatouille le portait toujours et sa verve s’enflamma. Après cinq minutes exaltantes, Ernst conclu enfin.


« Et voilà le cadeau que j’ai fait à votre général : Il est venu à moi pour être bénit au nom de Saint Mercatouille. Et le voici devant vous.»

Une voix féminine ne put se retenir de faire remarquer l’état dramatique du général. Par souci pour le confort du lecteur, nous ne reproduiront pas dans ces lignes la parole d'une indigne femelle. Tout autant soucieux de son armée, Ernst songeait qu’il était urgent de la faire cesser.

« Femme, je vais sauver séant ton général, car Mercatouille m’en donne la force. Et tu feras alors, comme la nature et toutes choses le veulent, vœux de silence »

Sans attendre la réaction de la pimbêche, il s’engouffra dans la tente du commandant, suivi d’une bonne dizaine des fidèles de Casèr qui voulaient l’empêcher de parvenir au blessé

« Voyez Païens, voyez. Je vais le rappeler » dit Monventeux une fois à son chevet. Mais honteusement, les hommes inquiets de ce qu’il préparait cherchèrent à sortir Ernst en l’attrapant par les bras.

« Voyez ! » Hurla-t-il de plus belle. On chercha à le faire taire, mais le Prophète braya de plus belle, il scanda :

« Lève-toi, Ô fils béni de Mercatouille ! Lève toi à présent car le temps est venu du purger ce monde ! »
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MessageSujet: Re: Début d'une tournée mondiale   Mar 9 Oct 2012 - 19:53

Elle était certes femme mais n'en demeurait pas moins lieutenant de l'armée Gloralienne. Zarina vit son interlocuteur se perdre en des pensées bien à lui, bien loin de s'imaginer qu'il songeât alors à se trouver des hommes en vue d'une guerre sainte. Le fait qu'il fût misogyne ne tarda pas cependant à transparaître et cela eut le don d'abasourdir la femme, en face d'Ernst. On lui avait par le passé adresser la parole de la sorte mais aucun n'oserait réessayer tant elle inspirait le respect que ce fût par son caractère bien trempé ou ses formes généreuses. N'avait elle aucun attrait d'après cet homme-ci? D'habitude si sûre d'elle, elle ne put que douter et faire quelques pas sur le côté. L'homme avait non seulement blessé le Capitaine mais avait en plus osé défier l'autorité d'un lieutenant de celui-ci et personne ne paraissait s'élever contre lui. Les yeux écarquillés un instant, Zarina se reprit tant bien que mal, cherchant un moyen de se venger de cet affront, ne songeant à l'outrepasser. Il lui fallait montrer aux hommes que le prophète était un imposteur. Alors qu'elle s'avançait bientôt à la table des Officiers où étaient regroupés Talmak, Nergès et le Charognard, Ernst la devança.

Le bougre, pensait Zarina, se croyait en terres amies, entouré de gentilshommes. Quelle désenchantement quand il se verra menacer par toute cette masse ! Ainsi, il montait déjà sur cette même table où Talmak avait déplié avec grand soin une carte qu'il avait eu bien du mal à dégoter. Personne n'avait prêté attention à celui-là, qui grimpait, piétinant la carte. Nul ne put arracher le fameux objet des pieds et si quelqu'un aurait daigné entreprendre telle tâche, il aurait certainement déchiré le plan de toute sa longueur. En y réfléchissant mûrement, Talmak, tacticien désigné, préférait la voir écrasée par ce rustre personnage à la démarche significative. Néanmoins, chez les lieutenants, on ne bougeait pas, médusé par une telle action. Zarina se rapprocha d'eux sans être perçue par aucun d'eux, elle qui aimait tant se savoir désirée et vue. Encore une blessure faite par cet homme.

Ernst parlait avec entrain et ferveur. En un mot, il sollicitait la fraternité au sens le plus restrictif. Seulement des frères. Enfin cela fut en son esprit mais ne fut pas compris par tous. Talmak comprit que l'homme était fou, ou qu'il avait probablement abusé d'une boisson ou encore d'une décoction hallucinogène. Il haussait les épaules face à tant d'âneries. Nul ne pourrait croire à ce genre de palabres. Tandis que le lieutenant des Bûcherons Barbus se détacha des autres lieutenants pour s'adresser à Zarina concernant le Prophète, Nergès était en admiration devant lui. Ce fier noble qui s'était longtemps cru l'envoyé de Mogar détenait à présent la vérité! Il était dans les nuées, s'était égaré en des idées païennes et respirait l'ignorance et la crédulité. A présent, il y voyait plus clair et avec davantage de précision. Il s'était trompé en croyant être l'arme de Mogar et tous ses hommes l'avaient suivi dans son erreur. Ils étaient en fait bien plus que cela, ils étaient et avaient toujours été sans le savoir la troupe au service de Mercatouille. A noter que le nom des deux divinités ont même initiale. Que dis-je? Ne comparons plus Mercatouille avec de frêles copies.

De fabuleuses minutes s'écoulaient et pour Mercatouille et son prophète, Nergès de Malesdouves s'agenouilla. Tous les Rejetons de Mogar présents, à l'esprit peu aiguisé, imitèrent leur fier chef. Et le fait même que le Capitaine avait été béni par son Saint nom l'encouragea davantage à se courber. Dans la foule, seuls les Zar'Abh ne daignèrent bouger. En effet, les Marts et les Joyeux Lurons attendaient l'aval de leur lieutenant pour soit couvrir d'insultes et de coups l'imposteur soit l'adorer de toute sa splendeur. Les Bûcherons Barbus, eux, n'étaient que très peu nombreux car beaucoup s'adonnaient au guet, et représentants pour la majorité l'élite des Gloraliens hésitaient franchement, sans avoir à s'en référer à Talmak. Celui-ci parlait à la belle femme qui ne put s'empêcher de lâcher que le Capitaine était dans un piteux état lorsqu'Ernst en fit mention. Talmak crut d'abord Zarina. Pourquoi se fier au premier venu alors qu'on avait face à soi une lieutenant d'une beauté si rare et si appréciable? Là résidait peut-être la faiblesse humaine...

Ainsi, une réplique cinglante vint à nouveau faucher Zarina. Elle répliqua immédiatement avec rage et fougue, s'avançant vers l'homme qui descendait de son élévation. N'était ce pas là d'ailleurs le signe d'une âme sublime qui se mélangeait aux mortels? Certains y crurent, et plus souvent chez les Rejetons de Mogar. De ceux-ci, aucun ne broncha et seuls les lieutenants et quelques Marts se joignirent à eux afin d'éviter qu'il n'entra dans la tente de Gloral, excepté Nergès qui s'attendait à la vue d'un miracle. Zarina prononça donc ces mots:


"Jamais je ne m'inclinerai devant toi, misérable. Mes voeux de silence? T'en as des bonnes, toi. T'y crois vraiment, mon bougre? Crois-y fermement alors. Peut-être le verras-tu en rêve."

Talmak emboîtait le pas du prophète et ne le quitta pas du regard. Il ne toucherait pas à Casoair, son capitaine, son ami, son frère. Zarina avait sans doute le même but en tête, voyant d'un très mauvais oeil une interaction entre Gloral blessé comme il l'est et cet abruti. Et Nergès qui suivait, fasciné par l'exaltation qu'avait produit tel discours. Ernst entrait et Talmak s'accrocha à lui, le tirant de toutes ses forces à l'arrière, trois firent de même. Le prophète avait beau se débattre, il se sentait entraîné tandis que Zarina cherchait à le faire taire par tous les moyens.

"Viens avec nous, toi. Laisse le capitaine se reposer, il est gravement blessé, c'est pas un lieu pour les fanatiques ici." conseillait Talmak.

Casoair ou Casèr était tombé en un sommeil sans rêve, sans perturbation d'aucune sorte. Une sorte de coma qui s'acheva dès lors. Quelque chose l'avait poussé hors de celui-ci. Il ouvrit son oeil, car on lui avait en effet bandé le droit, ayant subi dégradations. Quand il vit tout ce joli monde gueuler à s'en donner à coeur joie en sa propre tente, sa réaction ne se fit pas attendre, sentant que la colère le prenait fatalement. Il se redressa en un instant, oubliant un moment sa douleur:

"DÉGAGEZ TOUS DE MA TENTE! PUTAIN, VOUS N'AVEZ RIEN A Y FOUTRE!"

Quelle chance, lecteur, que de savourer le langage fleuri de Gloral quand il en venait à perdre patience. Néanmoins, tous s'exécutèrent à la seconde et retournèrent au campement. Tandis que Nergès affirmait qu'il y avait bien eu un miracle, les plus dures à la croyance songeaient que le Capitaine avait été excédé par un tel remue ménage. Ainsi, l'atmosphère se fit plus pesante et chacun se portait à la réflexion et les Rejetons savouraient leur victoire, enfin celle de Mercatouille sur la mort elle-même. Casèr, à présent seul en sa demeure, se laissa retomber et dans un profond soupir, exprima tout son dépit. Il était encore trop las et souffrait mais raisonnablement. Il se souvint en un éclair des évènements, prestement, il se leva. Empoignant sa belle épée, il sortit tout hargneux. A le voir, on le pensait en pleine forme.

"Voyez, le Prophète disait vrai ! Notre Capitaine est revenu d'entre les morts!" se réjouissait Nergès.

"Imbécile, il n'était pas mort mais gravement blessé. Si Talmak ne l'avait pas convenablement soigné, rien de tout ceci ne serait arrivé...et là même Mercatouille n'aurait rien pu faire."

Par tant de confusion, Casèr ne sut quoi répondre. Il vit Ernst et seulement à cet instant, il déclama les bras grands ouverts, toujours l'oeil droit bandé:

"Vaquez à vos occupations, mes braves. Mes lieutenants, je vous laisse poursuivre l'élaboration d'un certain plan. Vous deviez étudier la carte si vous ne vous en souvenez pas. Laissons toute cette histoire de côté pour le moment. Vous, Prophète, daignez me suivre, je vais me dégourdir les jambes."

Tous deux, ils quittèrent le campement et s'installèrent un moment non loin de là. Casoair s'assit sur une souche et il invita le Vavasseur à placer son froid fessier sur un tronc couché là. En face à face, Casèr sentit à nouveau une vive douleur le saisir et ne put faire autrement que porter sa main droite à sa tête. Au bout d'un moment, quand il put contenir son mal, il se redressa, fit un maigre sourire à Ernst et lui signifia:

"Je ne vous pardonne toujours pas ce que vous m'avez fait à la rivière. J'ai perdu un oeil, le savez-vous? Étrangement, j'ai l'impression qu'avec ce dégât, je vois mieux. Quand vous m'avez béni au nom de Mercatouille, dont je n'avais pas idée du sens, d'ailleurs si vous pouvez m'éclairer sur ceci, j'ai vu bien des choses. Je crois que je l'ai vu, Lui. Dites moi, est-ce possible? C'est en fait cela qui m'a fait agenouillé, avec je ne sais quelle force. Et vous en avez profité pour me tabasser avec ce pavé. Oh mais alors tout cela a un lien avec cet homme mort à Diantra..."

En même temps qu'il parlait, Casoair semblait se perdre dans sa propre réflexion. Il mélangeait certes les notions essentielles du Mercatouillisme mais Ernst aurait pu lire sans mal qu'il était prêt à tout entendre et désireux d'en connaitre davantage. La preuve était qu'il ne l'avait pas gourmandé comme il se l'était convenu à lui-même.
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Ernst Monventeux
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MessageSujet: Re: Début d'une tournée mondiale   Jeu 18 Oct 2012 - 19:07

Alors que Casèr ouvrait sont esprit à des considérations théologicométaphysiques, un mot qui d’ailleurs n’existe pas, Ernst songeait sur sa souche qu’il avait faim. Son ventre gargouillait depuis quelques instants. Il n’avait pas mangé autant qu’il l’avait voulu avant de partir vers la rivière. Et comme chacun sait, faire des miracles est une activité qui creuse. Aussi le premier Apôtre de Mercatouille cherchait à conjuguer son devoir de prophète avec son envie de pâté de lapin. Il songeait à ce délicieux morceau que lui avait donné Casimir d’Orange en guise d’offrande et qu’il avait commencé ce matin avec la ferme intention de le terminer avant midi. Il voulait ce morceau de pâté et aucun autre.

Accessoirement, prévenir ses hommes qui devaient s’inquiéter de sa disparition pouvait être utile.


« Casèr… » Commença Ernst…

Mais à son grand désarroi, l’inspiration l’avait soudain quitté. Comme si le Saint Esprit Mercatouillistique lui faisait des farces. Appétit et foi ne se conciliaient pas.

« Casèr… la vie. »

Il se trouva soudain à court d’argument. Que pouvait-il alors dire à cet homme armé et dangereux qu’il avait un peu trop lourdement bénit ?

« La vie n’est pas comme un morceau de paté de lapin. »

Le prophète sentait confusément qu’il commençait mal.

« …Ce n’est pas comme si on courrait toujours après quelque chose. Parfois, il faut, oui, s’arrêter de courir après le lapin. Il faut le tuer et le donner à préparer. »

Ernst, sentait son discours s’embourber. Qu’arrivait-il ? Il fallait se reprendre ! Sortir de cette situation. Il songea que peut être en piochant dans le vocabulaire de son conseiller (Arctur Sapinaware), il aurait un mince espoir...

« Non, bien sur que non Casèr. Seuls les païens peuvent avoir pareille représentation du monde. Ce qui est important, c’est de raison garder… » reprit-il.

Et doucement, il extirpa de sa mémoire ces mots lointains auxquels il n’entendait rien.


« Mais la substantifique moëlle épineuse du… lapin métaphorique est une chimère sibylline qui… contraint à la stercorairité l’existence conceptuelle en tant qu’égo… de l’insubordination fiscale de la vie. »

Pour appuyer ses dires il conclut en scrutant la réaction de Casèr :

« C’est fort de pétrichore »

Guettant toujours du coin de l’œil son interlocuteur, il prit un air faussement songeur de quelques secondes, puis il enchaina.

« Mais, je t’en dis peut être trop d’un coup. Mes camarades doivent s’inquiéter de ma disparition. Et je crois que cela sera plus parlant pour toi de voir mon œuvre de ton œil unique. »

Ernst donna des ordres pour qu’on prépare son cheval et celui de Casèr. Il se sentait chez lui avec un naturel déconcertant. Des hommes de Nergès l’écoutèrent.

« Il est temps pour toi de comprendre ton destin. Suis-moi, vois son œuvre, et comprend le projet qu’à pour toi Saint Mercatouille. »

Evidemment, les lieutenants se disputèrent sur la légitimité d’Ernst à ordonner quoique ce soit, ce qui donna une autre occasion au prophète de repérer ses alliés. Le ton monta, Ernst rappela qu’un vœu de silence avait été prononcé et que tout parjure devrait être fouetté. Casèr intervint et remit les choses en ordre. Sans se soucier du reste, Ernst prit la route à ses côtés, en direction de son campement de son morceau de paté. Ils convinrent que Talmak pourrait les escorter.


Mais Casèr demanda des réponses en chemin, ce qui gênait beaucoup le Prophète affamé. Comment lui dire qu’il l’avait frappé si durement sous le coup d’une envie irrésistible, par caprice ? Comment lui expliquer que le pavé trainait et que… l’occasion fait le larron ? Ernst était bien contrarié. Il parla pour meuble de la vie de Mercatouille. Il raconta l’origine Brandaise du Saint, sa gloire dans la guerre contre Merval, son exil dans un Froifaissier en ruine, chez son vassal Ernst. Il parla du voyage à Diantra, du sacrifice divin de Mercatouille pour sauver les hommes. Il parla des émeutes. Il évoqua des massacres, le démantèlement des réseaux hérétiques. Il parla d’un rêve pour l’Humanité. De la place de chaque chose… et petit à petit, sans qu’on s’en aperçoive, il en arriva à parler pendant un bon quart d’heure de paté de lapin et du talent de l’Apotre Casimir à en dégoter de fameux morceaux.


Finalement, ils parvinrent à destination au bout d’une petite heure. Le campement d’Ernst était en ébullition. La disparition du prophète avait provoqué une grande gêne devant l’affluence de pécores venus écouter la Messe Mercatouillesque du jour. Ces pèlerins s’étaient répandus dans le campement en attendant le retour du prophète. En s’approchant, on entendait leurs prières et les louanges adressés au Très Saint Carloman Mercatouille. C’était un spectacle troublant que toute cette foi palpable dans le cœur de chacun. Là bah un prédicateur recommandait de tuer les nains tout autant que les Elfes car le physique disgracieux n’est jamais une excuse, ailleurs une femme demandait les coups de son mari pour expier ses fautes, sous un arbre un jeune barde à barbe chantait la gloire du très Saint.


Ernst salua ses hommes. On accourut autour d’eux. Il y avait Casimir, Arctur et de nombreux chevaliers Brandais ayant échappés par ruse aux mobilisations du régent. Certains semblaient connaitre le mercenaire. On demandait où était allé le prophète, il remit la réponse à plus tard en enguirlandant copieusement ceux qui osaient demander des comptes. Que lui importait ce qu’était devenu Julio ! Puis il entama un morceau de pâté qu’on lui avait discrètement apporté. Sans descendre de sa monture, il fit signe d’apporter de quoi se sustenter à son invité. On regarda Casèr avec méfiance. Sans marquer trop de méfiance, on n’omis pas de l’entourer de « prévenance ». Ernst n’y fit plus attention avant d’avoir fini un long morceau de pain qu’il mangeât goulument. Autour d’eux la foule reprenait de plus belle ses chants.

Puis l’Apôtre et Prophète regarda Casèr, lui sourit, et retrouva sa verve. Il parla à la foule.


« Mercatouillistes, je viens vous porter la bonne nouvelle. Mercatouille nous a fait signe. Vous qui avez écouté mes enseignements, voici venir votre récompense.


Il nous envoie une armée pour exterminer la fripouille ! Oui mes frères, une armée ! Le juste châtiment tombera sur quiconque s’opposera au Mercatouillisme. Mes amis, c’est ici, ici et maintenant que commence la Sainte Croisade. C’est ici que se forgeront les cœurs Mercatouilliste, c’est ici que seront versés les cents premiers litres de sang.

Oui mes amis, affutez vos cœurs et vos couteaux, nous convertirons les ignorants et saignerons les hérétiques au bord des chemins. Mercatouille nous envoie nos armes, il nous envoie cet homme. Toi, (il pointa Casèr), toi parle leur de la Sainte mission que Mercatouille t’a confié. Parle-leur du doux regard qu’il porte sur nous. Parle-leur de ton destin.
»

Et Monventeux laissa Casèr seul face à la foule en transe, prête à découper du païen.
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Casèr Gloral
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MessageSujet: Re: Début d'une tournée mondiale   Sam 12 Jan 2013 - 13:43

La vérité était dans la Très Sainte bouche du Prophète. Alors qu'il commençait par une savante métaphore, l'essentiel du Culte était inculqué au Bras Droit. Evidemment que la vie n'était pas comme un morceau de pâté de lapin, mais Casèr n'avait jamais soulevé cette épineuse question existentielle! Tout était là! On courrait après mais il fallait s'en emparer et ne pas laisser filer ce doux morceau, surtout si la faim nous étreignait. Non, c'était un peu trop simple à envisager. Heureusement, Ernst le Bon eut l'amabilité de simplifier tout ceci par ses paroles bénies. Et si le capitaine ne put comprendre un mot, c'était parce qu'il n'avait encore jamais entendu la voix du Très Saint Mercatouille. Il était parfois difficile d'interpréter cela. Toujours assis, Casèr se félicita d'être tombé sur un homme de cette qualité. Et quoiqu'il eut offert son oeil et son visage en gage de loyauté, cela lui importait si peu. Tout s'éclairait. "A présent que j'ai perdu de ma vue, le Monde est si clair." Ernst s'inquiétait pour ses hommes qui devaient remuaient ciel et terre pour retrouver leur guide. Casèr le comprenait bien et c'était tout naturel. Les Gloraliens feraient de même.

Sans dire mot, Gloral suivit le Prophète qui intima qu'on lui prépare quelques destriers et beaucoup de Rejetons de Mogar acceptèrent, le coeur en fête. Servir le Très Saint, telle était leur présente mission. Zarina intervint et les choses allaient mal. De sa suprême voix, Casèr ordonna que tous devaient s'exécuter. Talmak et Zarina doutaient d'Ernst, demeurant les païens à convertir. Le Capitaine ne souffrit d'aucun commentaire et passa son chemin, saluant la demande de Talmak de les accompagner. Le destin de Gloral était à écrire, sa longue existence au service du Très Saint débutait.

Pourtant, tout au long de la chevauchée, Talmak restant silencieux et amer, Casèr assaillit Ernst de questions. Tous les hommes bénis perdaient-ils forcément la vue et devaient-ils être défigurés? A cela se rajoutait des interrogations sur la personne de Mercatouille, durant sa vie mortelle. La langue du Prophète se délia, et enfin, Casèr sut tout ce qu'il avait à savoir et en bonus croustillant, on lui en apprit bien plus sur le pâté de lapin. Les connaissances nécessaires avaient été acquises bien que tout se mélangeait allègrement dans la tête du mercenaire. Talmak s'était lui aussi intéressé de près à toute cette histoire, sourire aux lèvres. Quand Casèr le surprit à seulement penser tel un hérétique, un coup de poing faiblard vint faire tomber Talmak de cheval. Un tel geste fut pratique, ils étaient arrivés, inutile de remonter en selle. Le campement sentait le bon-vivre. Mais ce qui choqua le plus le lieutenant, blessé à la joue, était le rassemblement de tant d'idiots selon sa propre opinion, qu'il se garda bien d'exprimer. L'on priait pour Mercatouille, on l'adorait, on le vénérait. Peu ignorait ses lois et même les femmes avaient conscience du démon qu'elles incarnaient. Elles s'essayaient avec la bénédiction de leur mari de faire quitter l'ignoble être par la violence. Et même si on les rouait de claques, coups de quelques parties du corps, non excluant les parties génitales, il était chose aisée de satisfaire le Très Saint par cette démonstration de bonne volonté, cet acte de foi.

Casèr fut confiant, et quoique des regards inquiets s'attardaient sur sa personne, il se contenta du repas qu'on lui servit à lui et à Talmak. Ernst savourait toujours un aimable morceau de pâté. Il vivait sa foi par ce festin. Casèr et Talmak furent entourés par des hommes en armes, peu enclin à les laisser vagabonder selon leur propre chef. Le lieutenant réfléchissait à propos d'une retraite organisée et tenta d'en toucher mot à son supérieur pour le moment absorbé dans son repas et dans la contemplation d'Ernst. Le Prophète savait s'attirer les regards. Il n'était guère étonnant que tant de croyants l'avaient rejoint. Peu à peu, on entonnait puis chantait à plein poumon pour le Très Saint. Ernst s'en retourna vers Casèr et après lui avoir souri, se lança dans un discours enflammé. Pourtant, Gloral ne se doutait guère qu'on lui accorderait le droit de parler à la foule de même façon. Il sourit à Talmak qui sentit que son chef avait peut-être trouvé un bel allié, en fin de compte.


"Mercatouillistes! Vous tous réunis en ce jour béni, écoutez mes paroles car je ne puis vous cacher que je sens le souffle du Très Saint. Mon baptême m'a levé d'une malédiction dont je souffrais, ce mal n'était autre que les ténèbres de l'incompréhension. Avec la foi, non seulement vous serez guidés par la lumière divine mais vous verrez Son monde d'un autre oeil."

Casèr marqua une pause et montra d'un geste le bandeau recouvrant une partie de son visage, encore maculée de sang. Il n'osa l'ôter mais signifia qu'il avait perdu cet oeil selon la volonté de Mercatouille.

"Si vous ne savez pas de quoi votre futur sera fait, joignez vous à nous car nous nous savons ce qu'est votre destinée. Mes frères, votre destin est la Sainte Croisade, l'éradication des races maudites, le règne implacable de l'Humanité. Cela ne tient qu'à vous, armez vous de votre foi et que nos nombreux ennemis tremblent sous la seule évocation du Très Saint. Ma compagnie et moi serviront les intérêts de Mercatouille. Et je jure sur ma vie qu'il ne m'est rien de plus cher que de provoquer la chute de ceux qui s'opposeront à nous. Les Elfes sont une abomination, les Nains ne méritent même pas la vie et les Drows sont une engeance innommable. Je protégerai Mercatouille et ses fervents adorateurs, fiez-vous à celui qui dirigera sa fureur vers les Abhumains. Fiez-vous au Prophète Ernst, fiez-vous au simple Casèr et demain, notre monde sera meilleur car notre Père nous l'a confié. Cela est vrai et juste et que je sois foudroyé sur place si une once de doute m'habite!"

Casèr s'effondra alors qu'il finissait sa sainte phrase. Sans un cri, sans un mot, le coeur du mercenaire avait lâché, son âme l'avait déjà quitté. Si la surprise se lisait sur chaque visage, Talmak se sentit abandonné. L'homme qui lui avait tout appris venait de mourir, Casoair devenu Casèr le Bras Droit d'Ernst n'était plus de ce monde. Le chagrin vint étreindre le coeur de l'infortuné lieutenant. Malgré sa volonté, il finit par lâcher une unique larme. Il s'approcha du corps du capitaine et observa son visage. Il n'était plus celui qu'il avait connu, tant de changements. La fatalité l'avait rattrapé. Talmak ne croyait pas en Mercatouille mais ce foudroiement instilla le doute en son coeur, et un mal-être indescriptible l'envahissait. Sa mort ne resterait pas vaine. Il prendrait les devants, il sera le futur capitaine, il en avait la certitude. Il se redressa et dut certainement toucher Ernst par son regard empli de détermination et de haine abominables.


Face à un évènement si extraordinaire, plusieurs versions de la mort de Casèr s'échangèrent. Premièrement, certains dirent qu'il n'était pas digne pour annoncer la Sainte Croisade et que sa foi était vacillante. D'autres furent certain qu'il n'y avait aucun rapport entre ses paroles et sa mort, que Mercatouille l'avait ramené à lui car sa mission était terminée. Il devait tout bonnement rencontré le Prophète et lui offrir son armée. Enfin, Talmak fut le seul à détenir une autre version. Il avait à l'esprit que son amour pour Glinaina n'avait pas perdu en intensité et que Casèr s'était essayé à l'oublier par n'importe quel moyen. Il n'y était pas parvenu. Le grand Capitaine, Casèr Gloral avait péri à cause d'une femme, à cause d'une Elfe. La rumeur alla bon train. On évoqua souvent l'histoire de Casèr et tandis que certains désiraient le faire apôtre dans la mort, d'autres répondaient avec un naturel sans borne:
"L'amour tue, et c'est ce que nous devons tirer de l'enseignement de Saint Casèr."

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