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 L'eau de feu [PV Andrastia]

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Cléophas d'Angleroy
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MessageSujet: L'eau de feu [PV Andrastia]   Mar 23 Oct 2012 - 20:58

Les griffons aiment leurs tanières.
Le retour en Merval du Baron fut bienheureux. Ses mois d’absence, ses longues péripéties allaient certes contenter les nombreux chroniqueurs qui déjà s’affairaient sous les blancs murs de la Cité palatiale, mais son peuple semblait préoccupé. Pourtant, il fallut au Baron de longues heures pour rejoindre sa demeure, tant le chemin était encombré de citoyens, de marchands, de badauds et de putains ; tous ici pour revoir la pourpre splendeur du seigneur Mervalois. Or, cette splendeur avait été éprouvée tant par le temps hivernal qui au Nord était roi, que par cette guerre malheureuse qui ravageait l’Erac et les pays septentrionaux. Cléophas d’Angleroy avait abandonné sa monture aux écuries et avait grimpé dans sa litière, se laissant bercer par la chaleur et l’embrun de la côte de sel, par la senteur de l’encens brûlant aux fenêtres, de l’ambre chauffant sur les pierres, des épices dans les coffres ouverts. Loin étaient les périls de l’Erac, loin était la Marquise de Sainte Bethilde, la Baronne de Hautval et tous ces autres rogues seigneurs qui s’établissaient sur des pitons rocheux, tels des corbeaux dont les nids coiffent les mortes canopées. Passant les arches, les portes, d’autres arches et portes encore, la litière baronniale atteint enfin le rocher palatial et ses murs d’albâtre, ses créneaux dorés ; et son silence presque morbide. Entre les bâtiments de pierre blanche et les buis mouchetés de chatoyantes fleurs, les Silentiaires et leurs bâtons d’ébène faisaient régner le calme, déambulant parmi les assemblées et les troupes qui s’amassaient dans les ruelles ; sous le son confortant des cloches et des carillons.

Les pharétans voguaient sur les mers.
Il jugea qu’on l’avait changé et transporté alors qu’il s’était assoupi. Les jours derniers, il dormait sur sa selle, ne prenant la peine de s’arrêter sur le chemin sinon pour laisser la nature s’épanouir selon son cycle. La clameur citadine, au flux et au reflux mêlée, vint l’éveiller et le tirer de cette diurne torpeur qui l’avait enlacé, tandis que déjà au bout de lit, ses conseillers l’attendaient leurs rouleaux à la main. D’un geste de la main, il les congédia tous, pour ne garder à son côté que son fidèle Hespérion, dont le visage arborait étrangement quelques bleuâtres rougeurs. Sans pour autant s’enquérir de la raison de pareilles peinturlures, le Baron fronça le sourcil et demanda d’une voix faiblarde les nouvelles de son pays et des frontières. Et quelles nouvelles ! L’on disait partout sur les quais qu’une nouvelle Duchesse venait alourdir de ses fruits, l’arbre déjà ployant qu’était le territoire Thaarin ; et l’on vantait partout dans la ville le travail des mains mervaloises qui avaient déjà achevé nombreuses restaurations. Si, ici et là, l’on s’était interrogé sur la bienveillance du nouveau Baron, les critiques furent aussitôt tues devant l’activité reprise des chantiers navals et les nouvelles voiles qui venaient colorer le port. Rinçant sa gorge d’un verre d’eau sucrée, Cléophas s’entremit avec son homme de confiance et lui fit état de la situation dans les fiefs du Septentrion, insistant sur l’instabilité du Royaume. Ils discutèrent longtemps de moult choses dont nul autre qu’eux ne sait la teneur mais cela n’aurait étonné personne qu’il en découlât quelque heur, bon ou mauvais. S’il était une chose toutefois qui fut certaine, c’est bien qu’ils parlèrent de l’océan, cette immensité céruléenne jadis domptée par un empire flamboyant ; aujourd’hui redevenue sauvage et morcelée, disputée par l’on ne sait combien de fiefs et de roitelets, dont le Baron faisait partie. Merval avait perdu cet empire sur le sud de l’Olienne, mais par maints moyens comptait-il le reprendre.

Les plumes griffent les peaux.
L’heure était avancée dans le jour et le Soleil passait déjà dessus les jardins du palais lorsque s’aventura le Seigneur d’Angleroy au dehors, pour s’aventurer vers le colombier où s’affairaient déjà de nombreux scribes et l’on sait que le Baron de Merval a toujours eu de grandes amours pour l’épistolaire. Ainsi marchant, il décida de contacter cette nouvelle venue, fleur fraîche sans doute dont il ne connaissait pas même le nom. Cependant qu’Hespérion allait réunir le plus d’informations à son sujet, le Baron de Merval s’autorisa un doux moment de déambulation sur les balcons supérieurs du Palais. La paix qui régnait en ces lieux semblait si inédite, une bulle de paix dans un ciel orageux. Le Baron regardait le dôme des grandes halles et les murs bleus des temples ; les coupoles dorées et argentées des grandes familles et la statue monumentale d’Anthouse Ier, prince de Merval dont le règne fut marqué par la découverte de cette eau noire que Merval gardait jalousement depuis. Les cloches sonnèrent encore quatre fois avant qu’Hespérion ne revint accompagné de Silentiaires et dans l’intimité d’une alcôve creusée dans la pierre, il parla à son seigneur de ce qu’il connaissait de la dame de Clary et à l’évocation de ce nom, le Baron sourcilla. D’anciens féaux qu’ils étaient, ils avaient pris leur indépendance en traversant le Golfe de l’Olien et là se taillèrent un joyau à l’éclat quelque peu terni. Feu le père du Baron avait jadis arpenté les ligues séparant Naelis de Thaar et là, il avait vu des fiefs multiples, modestes et peu majestueux, mais aussi fortifiés comme ceux des péninsulaires. Ce nom était tombé dans l’oubli dans l’esprit de ces mêmes hommes, jeunes seigneurs ne les ayant pu connaître. Mais le Seigneur d’Angleroy comptait bien y mettre les pieds, ne serait-ce que pour voir le visage de cette duchesse qui l’intriguait et qui aurait peut-être le moyen de lui venir en aide.

Le sang flotte à la surface de l’eau.
Plusieurs semaines avaient passé et les missives, envoyées avant que d’être reçues. Les bulles d’or qui scellaient les parchemins traversaient l’océan dans la besace d’un messager n’en connaissant pas même le contenu. Les jours allaient et venaient, le Soleil brillait haut et bas, l’on récoltait les prunes dans les vergers, l’on rentrait les tonneaux et l’on les sortait ; les marchandises passaient les portes des murailles et des entrepôts, les chariots entraient pleins et ressortaient vides ; des voiles se gonflaient, se taisaient ; sur le port le phare s’enfumait, s’éteignait ; la mer s’adoucissait, s’énervait. Toutes ces heures, le Baron restait caché derrière les voiles de sa tour, buvant quelques gorgées çà et là lorsque s’en faisait sentir le besoin. Le calme palais s’éveillait au son de pas étouffés par la soie des chausses ; et de parchemins, roulés, déroulés, enroulés, déchirés ; de sceaux apposés, arrachés, refondus, décousus. C’était le quotidien en Merval lorsque des échanges diplomatiques avaient cours. Parfois, Cléophas jetait l’œil à la porte, fermée par les gardes et aux quelques ambassadeurs qui se pressaient, leurs lettres aux mains et leurs rubans aux poignets. Mais son regard ne se posait qu’à l’Est, où tout naquit, où tout finira. C’est ainsi que pensait les seigneurs de Merval depuis des âges et il ne suffisait qu’à lire les chroniques de certains d’entre eux pour s’en rendre compte. A l’Est demeuraient des richesses encore vierges, des richesses non encore abîmées par les Hommes et qui ne cherchaient qu’à être cueillies...et d’autres qui se voyaient prises non par la bonne main. C’est avec l’aide des Thaarins que le Seigneur de Merval entendait corriger cela.

Et Merval cherche le Levant.
L’on avait fait apprêter le Merlion et le quai palatial avait été vidé de toute sa foule. Le Baron avait été transporté dans une simple litière jusqu’au quai, où étaient amassées des coffres de cadeaux multiples, de vivres et de tissus, tout le nécessaire afin de voyager en paix. Sur le pont, tout l’équipage s’affairait à hisser les grandes voiles rayées d’or et de pourpre et le Baron, dans sa cabine observait la Cité et son peuple attiré par le spectacle. Cela faisait en effet des années entières que le Merlion n’avait pas quitté l’Arsenal, les baronnes-sorcières ayant jugé préférable de rester recluses dans leur demeure...fors Eulalie qui crut meilleur de guerroyer ses voisins et d’y laisser les quelques navires qu’elle accepta de laisser partir. Bien longtemps en effet qu’ils n’avaient vu le grand vaisseau et ses voiles imposantes, son bois aussi rouge que le sang et doré que les souverains, ses sculptures de lions, de griffons, de chevaux et d’ailes, ses rames ouvragées et dessus le tout, son incroyable hauteur, plus haut que les dromons ne le sont à l’habitude. Lorsque l’on sonna les trompes et le bourdon de l’Arsenal, lorsque l’on détacha cordages et que l’on se sépara des bittes d’amarrage, lorsque le navire s’avança sur un drap d’écume ; une clameur monta depuis les quais. Autour du Merlion, une multitude de navires plus modestes, barques, navires de pêches, esquifs modestes à la voile unique, avançaient avec lui. Jamais le Baron n’avait eu pour habitude de voyager seul et le convoi qui l’accompagnait jusqu’à l’horizon était scintillant de mille senteurs et couleurs. L’on était loin des mille navires qui avaient, dit-on dans le folklore, accompagné le premier des Merlions lorsqu’il débarqua sur la côte de sel, mais tout n’en était pas moins grandiose. Parmi cette armada de petites chaloupes, l’on pouvait voir de hautes caravelles ou autres navires marchands aux voiles chamarrées de fiefs septentrionaux, méridionaux, occidentaux ou orientaux, escortant en pays de Thaar le Merlion Mervalois, la gueule brûlant d’un feu inextinguible. Brûle ! Brûle !
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Andrástia de Clary
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MessageSujet: Re: L'eau de feu [PV Andrastia]   Ven 26 Oct 2012 - 10:40

Karfias ;Eté ; Septième jour de la première ennéade ; An 7, Cycle 11


Le dernier volatile en provenance de Merval était venu se poser au colombier de la dame en l'an 6, portant entre ses serres une brève missive annonçant le départ du baron des rivages de l'occident. Le fruit d'une correspondance qui n'avait pas manqué d'attiser sa curiosité, la rencontre prévue de longue date avait néanmoins été ses derniers temps relégué au fond de ses pensées par la faute des machinations hostiles de Zedey'Yrr Evere. Cette journée, le premier Oglicos de Karfias, s'avérait de surcroît être la date choisie par le Drow pour présenter en grande pompe son poulain, et les songes d'Andrástia étaient entièrement tournés vers ce qui résulterait de cette soirée fatidique. Et ce en même temps qu'une horde de domestiques et dames de compagnies s’efforçaient de sublimer sa beauté naturelle avant qu'elle ne se présente aux portes du sérail de l'ambassadeur.

Si bien que lorsqu'elle fut informée qu'une flotte Mervaloise s'engouffrait dans le port, sa première réaction fut un juron que tous les témoins eurent le bon sens d'ignorer. Pragmatique, Andrástia fit néanmoins rapidement la part des choses et une fois sa toilette achevée ordonna qu'on la porte en toute hâte aux quais. Le baron était un invité de marque, et elle ne désirait rien de moins que d'apprendre que profitant de son absence un de ses rivaux ne le subtilise. Après tout, si les messages de Cléophas d'Angleroy avaient laissé transparaître une courtoisie et une érudition qui remettaient en cause les préjugées qu'arboraient les Thaari à l'égard de leurs cousins du royaume de Diantra, une entrevue divertissante n'était nullement la visée première de l'affaire. Celle-ci était bien de nature politique comme le laissaient entendre les allusions du Langecin, et elle se devait de capitaliser sur cette opportunité - même si elle se présentait alors même qu'une autre de ses manœuvres s’apprêtait à porter fruits.

La flottille hétéroclite et colorée qui s'engageait dans l'estuaire de Thaar avait fière allure, et même Andrástia qui ne dirigeait que d'une main très légère l'empire marchand de feu son époux se prit à songer à tout ce que pouvaient bien contenir les cales de ces dizaines de vaisseaux. Le port de Thaar sur la rive sud de cette branche de l'Oliya n'eut toutefois aucun mal à engloutir les nouveaux arrivants, les marins se déversant sur les quais et se mêlant à la foule grouillante s'y activant, pour finalement se diriger vers les nombreuses tavernes et établissements dédiés aux péninsulaires le long du fleuve. Guidé par deux nefs Thaari, le navire personnel du baron accosta à l'écart, dans une petite baie à l'eau plus profonde réservée aux navires de guerres, ce qu'était assurément le vaisseau malgré la finesse de ses traits et parures. La garde de la cité ainsi que les propres troupes de la duchesse formaient un cercle protecteur autour du débarcadère, Andrástia préférant attendre dans sa litière spacieuse à l’abri des rayons que son homologue ne mette enfin pied à terre. On l'informa entre temps qu'Ignace de Blancrieu avait tenté de se présenter à son tour, devant finalement abandonner l'idée devant la fermeté des reîtres de la maisonnée de la duchesse ; nouvelle qui eu tôt fait de la revigorer pour l'entretien à venir.

Elle ne vit pas Cléophas descendre de l'embarcation, ou même saluer les quelques dignitaires qu'elle avait laissé passer ou qui l'avaient simplement devancé. Tout au plus entrouvrit-elle un instant le voile pour apercevoir de loin le personnage qui se démarquait par la flamboyante coloration de sa chevelure bouclée. Prenant son mal en patience, Andrástia maniait un éventail de nacre colorée avec grande vivacité, ne souhaitant souiller ses soies pourpres ou ses poudres albâtres par cette chaleur oppressante et se disant que la nuit et sa douce fraîcheur ne pourrait venir trop tôt. Mais inéluctablement, le Mervalois fut mené à la litière de sa correspondante, assez haute et large en vérité pour confortablement accueillir une demi-douzaine, et s'y engouffra pour se retrouver face à la dame allongée. Celle-ci présenta la banquette opposée d'une main parée de deux exquise breloque, et attendit qu'il soit installé et que lui soit présentée une coupe d'hypocras glacé avant d’accueillir le seigneur comme il se devait.

« Soyez le bienvenu à Thaar messer d'Angleroy, Il y a trop longtemps que les gens de Merval se font rares en notre belle cité, et nous nous réjouissons tous de votre volonté d'inverser cette triste tendance. Pardonnez l'absence de mes confrères, je crains que leurs attentions soient toutes captivées par les agissements d'un certain Drow... Elle laissa alors échapper un rire narquois puis reprit une fois avoir achevée de drainer sa coupe. Nous sommes si friands de mondanités en Estrévent voyez-vous, et la réception organisée par notre bon plénipotentiaire Doeben ce soir même est somme toute fort prometteuse. Cela ne nous laisse cependant que quelques heures avant que je ne doive rejoindre les autres heureux élus, soupira t-elle, trop peu pour traiter convenablement des nombreux sujets qui vous portent parmi nous, mais bien assez pour nous divertir autrement. Après tout, votre voyage vous aura certainement éreinté, et j'escompte que nous aurons bien d'autres jours pour nous entretenir longuement au sujet de choses plus graves. »

Elle balaya alors le voile de la litière d'un revers de la main, et fit comprendre à un intendant au crane rasé se tenant de l'autre coté quelle était sa destination souhaitée. La litière ne mit alors pas longtemps pour être soulevée, et lentement s’enfonça dans la cité , des cavaliers la devançant et dispersant la foule nauséabonde. Andrástia eut alors une notion qu'elle jugeait fort plaisante, décidant de la présenter aussitôt au Langecin.

« Pourquoi ne pas vous présenter aux festivités à mes cotés ? Ce serait pour vous l'occasion de rencontrer mes congénères, de tisser des relations qui vous seront assurément précieuses prochainement. Je suis de plus certaine qu'outre quelques tensions politiques, la réception se révélera être des plus agréables pour chacun et chacune."
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Cléophas d'Angleroy
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MessageSujet: Re: L'eau de feu [PV Andrastia]   Lun 29 Oct 2012 - 11:40

L’océane forteresse.
Tout de bleu. Le monde avait été englouti par l’Olienne, la calme Olienne, la doucereuse Olienne, la timide Olienne : l’ennuyante Olienne. Le vent ne soufflait plus depuis déjà deux jours et les rameurs s’activaient tant que le pont supérieur sentait le sel et la sueur, si bien que le Baron passait ses journées à regarder le Levant. Aussi Mervalois qu’il était, cela faisait bien des années qu’il avait passées sur le littoral, trop peu pour qu’il perde le pied marin quoiqu’assez pour qu’il oubliât cette agitation propre aux équipages. Derrière la gueule béante d’un lion, il avait ordonné que l’on installât un siège, si massif que de dos l’on ne voyait pas même sa silhouette –et le Baron n’était pas connu pour être parmi les plus frêles des hommes. Dans son dos, Merval et tout ce qu’elle comptait de galériens, de rebuts et d’érudits pour ce qu’ils étaient mêlés à cette populace affamée. Ce que tous craignaient était que les vivres s’amenuisent au point de n’être plus et les navires marchands qui composaient cette armada chamarrée avaient, pour certains, dépassé l’horizon. Lorsque la situation devint critique, le prêtre –qui jusqu’alors avait passé son quotidien à régurgiter le peu de solidités qu’il avait auparavant avalées- alla se concerter avec le Baron et ils concertèrent bien longtemps, assez pour que vînt la nuit. Au terme de leurs chuchotements à peine dispersés par une brise contraire, le prêtre se retira et entama les rituels que l’on fait en Merval au départ des navires afin que Néera et Tari s’accordent pour mener les vaisseaux à bon port. Ces rituels jusqu’alors se prouvèrent toujours efficaces hormis sous le règne de Jotapian le Blasphémateur, mais nul n’avait de raison de redouter quelconque ire divine. Mais l’eau, dans ce désert qui en était entièrement fait, allait manquer si le vent ne soufflait et les rameurs reçurent l’ordre d’arrêter leurs efforts tout le temps des rites de sorte que le pont devint promptement semblable aux cours des miracles que l’on voit dans les plus grandes cités du monde connu ; tout emprisonnés qu’ils étaient.

De prunes, d’azyme et de pins.
Etait-ce le fait des Dieux ? Ou était-ce le plus grand des hasards ? Toujours est-il qu’après une entière nuit de prières retentissantes, l’on vit le ciel se raviver et gonfler les voiles, soulageant quelque peu les cent bras du dromon. Le Baron décida de fêter cette bourrasque heureuse en dérogeant au protocole et en cassant un des tonneaux de vin de prune qui prenait l’ombre dans les cales. L’ancien air de mort qui flottait au-dessus des rames s’était dissipé, laissant place à une senteur d’allégresse, de savon et d’alcool. Les quelques bardes qui s’étaient faufilé parmi l’équipage sortirent leurs luths et leurs douçaines et jouèrent des airs endiablés, si envoûtants qu’ils en firent se soulever les disgracieux postérieurs des galériens qui pour un temps semblèrent avoir volé la grâce de quelques sylvains. L’image ne manqua pas de faire sourire Cléophas, qui se rappelait d’un bien-nommé Rédemptistre qui se déambulait d’une manière fort pareille, sans toutefois le son des flûtes pour porter ses pieds. Tout sentait l’alacrité quand le ciel résonna du piaulement des albatros et que les fumées des torches se mêlèrent aux alizés chyprés de Nelen. La grande île se dressait à tribord, ses grises roches léchant l’écume et le turquoise et déjà se profilaient au loin le relief mamelonné du reste de l’archipel. Ces îles...ces îles...dans une de ses conversations, feu le père de Cléophas les avait renommées les Îles de la Superbe et le Mervalois depuis les regardait d’un œil distant. Quelques chaloupes aux bannières de négociants rejoignirent la côte afin de ramener de l’eau en grande quantité. L’on remplit de vieilles amphores et quelques tonneaux que l’on vinaigra afin que nul n’en soit malade puis l’armada put repartir tranquille vers la grande cité de l’Orient, ne se nourrissant plus que de pain et de vin.

Des tours de sable et des souterrains d’or.
Le cri éclata comme le tonnerre déchire un ciel nocturne. « Thaar ! » fut scandé près de sept fois avant que ne se précipitassent à la proue du dromon, toutes les mains qui le permettaient d’avancer. Un page accourra vers la cabine du Baron et le tira jusqu’au dehors, où l’on ne voyait rien que des tours et des toits, des mâts et de l’eau. Le Seigneur d’Angleroy posa sa main sur la figure de proue et inspira longuement, s’enivrant de cette odeur de d’urine, de fange et de fumée qu’était celle de la vie. Une trompette brisa ce bref moment qui s’enlisait dans l’éternité et tout aussitôt le monde s’activa. L’on rétracta les pattes du lion, l’on cacha les voiles, l’on grimpait les ficelles, l’on dévalait les marches. Les cales se vidaient, se remplissaient, se nettoyaient, se rinçaient et les érudits mêmes devaient participer à l’effort général à leur grand déplaisir. Les marchands accaparaient les quais alentour et on croyait voir à Thaar toute l’antique splendeur mervaloise débarquer en une journée. Combien d’heures fallut-il pour que le Merlion s’amarrât ! Les pattes sculptées du lion furent cérémonieusement sorties et bloquées à l’horizontale, comme autant de lances qui sortaient de l’écarlate pelage. Dedans l’agitation, il était difficile de distinguer le Baron sinon par ses cheveux qui reflétaient la lumière du Soleil, brûlant comme il était de coutume. Il discutait avec un de ses proches, un de ceux qui gardent son sommeil. De ce que l’on pouvait entendre, il semblait las de devoir faire montre de fausseté là où les torves esprits de la Péninsule ne règnent pas. A Thaar plus qu’ailleurs pourtant l’on croyait voir un simple palanquin là où pourtant était une duchesse.

Les dagues brillantes et les gazes sanglantes.
Entouré de sa garde, il descendit la passerelle instable et posa pied sur le quai. Cela faisait tant de temps que Merval n’avait plus rencontré aussi solennellement Thaar qu’il s’étonna que l’on le vînt requêter dès son arrivée. En Orient autant qu’en Occident, les langues étaient déliées et laissaient parcourir les messages les plus secrets. Scrutant le paysage, il vit une litière ouvragée et sut qu’il s’y devait diriger lorsque plusieurs doigts la pointaient et susurraient « Clary ». Sous le bleu sombre de ses habits, sous ses fibules dorées, ses arabesques tissées, il semblait être un prince enfanté par la Mer elle-même. Pour ce que les princes mervalois ne se présentaient jamais la tête nue, il décida de se la ceindre d’un bandeau d’or, aux gravures si anciennes qu’elles en étaient illisibles. Etrange sobriété que celle-ci dont se revêtait dans le public le Baron de Merval, mais il était arrivé à la litière et y fut invité d’une main leste et ambrée par le Soleil.

« Lieement que je vous retrove après si estrange avenue, croyez que je ne sois pas maître de si long arivoir. Point ne vous en veux-je ansingue, la conjure en Occident n’a plus d’intérêt, vous en seriez surprise. Permettez, ma Dame, que je vous parle en sanciere proz. Fique ! Il y a bien longtemps que je ne suis venu en ces lieux, fors dans ma jeunesse et fu mon père fit grande flable de la bénéficence des goriés qu’ont il y a dis agensi le vostre baffral. Oi la vostre occupation et j’ai oez que de voir celle-là fere, si prometteuse de ce que j’aesme à votre timbre. Voilà bien long temps que nous n’avons guère crevaille et nous irons gobeloter stanpandant que la guerroie rage dedans le Nord. » dit-il, l’hypocras aux lèvres...
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