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 Repartir du bon pied [Shyska]

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Këda
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MessageSujet: Repartir du bon pied [Shyska]   Ven 2 Nov 2012 - 17:20

Il est las. Las de vivre perpétuellement dans la souffrance. Las de ne savoir que faire de sa vie. Las de ne plus oser espérer. Parce que la survie amène l'espoir. Et l'espoir est suivit, de trop près, par la souffrance. Il le sait depuis tellement longtemps. Mais la solitude n'est pas bonne pour son morale. Il le sait aussi. Même s'il est plutôt solitaire et qu'il se satisfait de sa condition, il ne refuse pas pour autant un petit divertissement de temps à autre. Cependant, il sait aussi bien qu'il sait qu'il est exclu, qu'il est voué à être seul. Et à le rester, autant de temps qu'il vivra, ou voudra vivre. Mais il n'ose pas se l'avouer. Parce qu'au fond, chose ridicule, il espère encore. Il espère que quelqu'un viendra pour lui. Juste pour le tirer de là, pour lui dire que tout le monde l'aime et qu'il n'a plus rien à craindre. Qu'il peut vivre comme un être humain, et non comme une bête. Cet espoir est tellement fou, tellement dérisoire, qu'il tente chaque fois de le refouler. Mais il est tenace. Il s'accroche. Alors lui aussi, il s'accroche à cet espoir. Inconsciemment, bien entendu. L’important, c'est qu'il s'accroche encore à quelque chose.
Cependant, il a peur. De ce qui pourrait arriver à cette personne utopique. Elle mourrait sans aucun doute, mais tout le monde meurt. Comme Saufy. Si douce. Si vive. Si chaleureuse. Il l'avait fait souffrir. Plus que n'importe qui d'autre. Parce qu'elle avait confiance en lui. En lui seul. "Elle savait ce qu'elle risquait. Tu l'avais prévenue. Elle n'a rien voulu savoir. C'est elle qui a décidé de rester, et donc de mourir." Mais il rejeta aussitôt cette pensée. Si elle était morte, c'était entièrement de sa faute. "Elle n'a pas voulu s'enfuir, rappelle-toi ! " Oui. Il aurait dû la tuer lorsqu'il l'avait remarqué dans la forêt. Mais il n'en avait rien fait parce qu'il pensait qu'elle pourrait le sauver. Mais personne ne peut. Il l'avait gardé pour lui. Égoïstement. En sachant qu'elle allait souffrir.
La nuit est tombé depuis longtemps désormais. La forêt commence à s'animer. Les petits rongeurs sortent de leur tanière, les chouettes de leur nid et les loups de leur grotte. La lune débute son ascension. Il aime tellement la nuit qu'il dort très peu. Au crépuscule ou à l'aurore. Un peu le jour parfois. Jamais très longtemps. Perché dans son arbre, il hume l'odeur de la forêt à plein nez, une dernière fois. Cette odeur, il pourrait la reconnaître entre mille. Parce qu'ici, c'est chez lui. Et ce soir, il allait partir. Il avait eu tant de mal à prendre cette décision. Mais il l'avait fait. Il entreprit de descendre lentement de son perchoir, pour profiter encore une fois de la sensation si particulière de l'écorce de son arbre contre son corps. Il atterrit doucement et silencieusement sur le sol, en pliant les genoux. Légèrement. Il contourna le tronc, cherchant l'inscription qu'il y avait gravé quelque temps au paravent. Ses doigts effleurèrent bientôt les creux harmonieux qu'avaient formé les lettre dans l'écorce. Celles que Saufy lui avait appris à tracer. Il s'agenouille sur le sol frais, pose ses main à terre et ferme les yeux.

- Je m'en vais aujourd'hui Saufy. Mais je ne t'abandonne pas. Je reviendrais un jour vers toi, je te le promet, chuchote-t-il.

Il se relève, essaye machinalement ses genoux et sourit à la nui. "J'arrive." Il rabat la capuche de son long manteau sombre et s'avance sur le sentier que lui seul perçoit, que lui seul connait. Il s'en va. C'est sa décision. Pour une fois, il a choisit. Il sourit alors une nouvelle fois, en silence. Mais ce sourire s'estompe bien vite. Il a entendu quelque chose. Là, tout près. Un bruit infime. Une respiration. Un souffle. Sur sa droite. Il ne s'arrête pas, continu un peu son chemin. Mais il finit par faire une boucle, pour savoir ce qui l’épi. Ce qui se cache. Doucement, il contourne le bosquet. Sans gestes brusque. Mais sans faire savoir qu'il sait. Il ne s’appuie presque plus sur ses pieds. Et pourtant, il marche comme s'il s'en allait. "Comme à la chasse." L'hybride peut prévoir la réaction de sa proie. Parce que c'est ça qu'est devenu celui qui respire. Un proie. Il est le chasseur. La peur, l'affolement, puis la résignation. L'adrénaline court dans ses veines. Il en jubile déjà. "Un jour, ça me rendra fou." Cette pensée le fait rire intérieurement. Pour les autres, il est fou. Ou pire encore.
Il tend la main vers sa cuisse, soulevant le pan de son manteau. La lame sort silencieusement du fourreau. Le souffle qu'il a entendu se réitère. Plus rapidement cette fois. Elle a perçu une présence. La sienne. Les commissures de ses lèvres remontent vers ses yeux, dévoilant ses dents parfaites dans un rictus mauvais. Sa proie s'agite doucement dans les fourrées. Assez pour qu'un autre ne l'entende pas. Pas assez pour lui. Il plie alors ses genoux et s'élance dans les airs. Il atterrit, genoux pliés, derrière elle. C'est une femme. Une elfe. Avant qu'elle ne puisse se dégager, il passe sa lame sous sa gorge et bloque son bras gauche dans son dos. A genoux devant lui, elle n'a pas le souffle court et ne transpire pas la peur. Cela le contrarie légèrement. La jouissance tant attendu n'est pas au rendez-vous. Il contracte sa mâchoire et appuie un peu plus la lame contre la peau claire et tendre de son cou jusqu'à sentir la trachée. Il est désormais le maître de cette vie. Mais il décide d'être clément. Peut-être aura-t-elle plus peur lorsqu'il courra derrière elle. Il frémit à cette pensée.

- Donne-moi une seule bonne raison de ne pas te tuer, murmure-t-il à son oreille.

Il lui donne le choix. Son destin est entre ses mains.
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Shyska
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MessageSujet: Re: Repartir du bon pied [Shyska]   Lun 5 Nov 2012 - 13:31

Shyska avait besoin de retourner à La Dross. Un besoin presque vital que son instinct sauvage lui avait insufflé. Détruire. Dans les autres villes elle contenait l'envie d'instaurer le désordre dans chaque taverne qu'elle visitait car les clients qui les fréquentaient étaient le plus souvent de honnêtes gens avec le coeur plus ou moins sur la main et elle ne souhaitait pas leur causer du tort. Alors la ville des bandits était idéale pour qu'elle puisse se déchaîner. Que des brigands, des traîtres, des renégats, des malfrats en tout genre, poursuivis ou non par la justice qui ne méritaient que la mort par sa lame. Certes les soldats de l'entrée confisquaient les armes des nouveaux arrivants mais comme la plupart elle savait rentrer en fraude.

Plus elle s'en rapprochait plus son excitation grandissait, même la fatigue due à sa longue journée de marche ne put l'arrêter à la nuit tombée. Tandis que la lune se levait et que les étoiles apparaissaient, l'elfe courait, bondissant avec agilité au dessus des troncs renversés, évitant les branches basses avec souplesse, aussi frêle et gracieuse qu'une biche mais également aussi véloce, féroce, silencieuse et dangereuse qu'un prédateur.

Mais soudain, une voix l'arrêta net. Elle se laissa glisser doucement à genou, parfaitement dissimulée dans l'ombre derrière un fourré et patienta, les sens aux aguets. Elle expira longuement mais relativement discrètement, inspira et brida son souffle court pour ne pas qu'il la trahisse puis, une fois qu'elle eut récupéré, elle le libéra. Elle ferma les yeux, se fiant uniquement à son oreille et les sons de la nuit l'envahirent : du craquement des branches sous le vent au chuchotement des ailes de velours des papillons proches.

Une sensation fugace d'une présence qui la survole lui fit rouvrir les yeux. Totalement camouflée dans son environnement, elle pensa que l'autre ne la verrait pas. Mais elle se trompa. Une lame vint lui chatouiller la gorge tendit qu'une poigne de fer lui bloquait l'un de ses bras dans le dos, l'immobilisant.

Elle en fut tellement surprise qu'elle n'eut aucune réaction. Seuls ceux qui maîtrisait l'art du camouflage pouvait la voir et, généralement ils étaient de terribles adversaires. La pression sur son cou s'accentua et une goutte vermeille perla, roula le long de l'acier et s'écrasa sur le sol tandis qu'elle, réfléchissait à toute vitesse pour réussir à se dégager de l'emprise de son attaquant.

- Donne-moi une seule bonne raison de ne pas te tuer.

Un murmure. Juste un murmure mais qui portait en lui la promesse de mort. Si redoutable que la rôdeuse comprit immédiatement qu'elle avait à faire à un véritable tueur.
Elle frémit sous l'adrénaline qui montait en elle et laissa échapper un ricanement qui ressemblait plus à un feulement de fauve qu'à autre chose. Elle savait comment négocier sa chance de survie. Un chasseur né et une proie qui n'en était pas vraiment une. Un seul jeu mortel s'imposait.

- Une course poursuite, ronronna-t-elle sans une once d'inquiétude.

Frustré qu'il devait-être de ne sentir aucune crainte dans sa voix et c'est alléché par cette proposition qu'il la relâcha s'imaginant peut-être qu'il réussirait à instiller la peur en elle lorsqu'elle verrait qu'elle ne pourrait le semer.

Juste avant de se relever, Shyska attrapa une poignée de terre et à une vitesse fulgurante, elle bondit en avant et entama sa course. Elle courait vite, très vite, mais, ne souhaitant pas échapper à son poursuivant, elle se refusait d'atteindre sa vitesse de pointe. Aussi la rattrapa-t-il sans mal au bout d'une centaine de mètres.

Alors, à ce moment, elle fit volte face, lui projeta la terre dans les yeux, dégaina ses deux dagues d'onyx et l'attaqua. Aveuglé, il ne se défendait pas très bien face à la pluie de coup qui l'assaillait et elle vint rapidement à bout de lui. Cette fois, ce fut-elle qui lui glissa une lame sous la gorge.

- Donne-moi une seule bonne raison de ne pas te tuer, l'imita-t-elle moqueuse.

Mais avant qu'il ne lui réponde, la fatigue du voyage la rattrapa et lasse de violence, elle continua d'une voix pleine de douceur:

- Je ne suis pas ton ennemie.

Et elle le relâcha.

Elle s'éloigna de quelque pas, rangea ses armes sans toutefois baisser sa garde au cas où il avait l'envie de continuer le combat et l'observa avec attention.

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MessageSujet: Re: Repartir du bon pied [Shyska]   Mer 7 Nov 2012 - 18:32

Il s’essuie les yeux lorsqu'elle relâche son étreinte. Dans un élan de désespoir, il n'avait opposé aucune résistance à son attaque. Il avait pensé qu'elle aurait put le tuer. Mettre fin à tout ça. Mais la façon dont elle avait appuyé la lame sur sa gorge ne laissait aucun doute sur ses intentions : elle n'aurait jamais put le tuer ainsi. Il pousse presque un soupir de mécontentement, tant il pensait que tout s'arrêterait là. A l'instant où cette pensée lui avait traversé l'esprit, il s'était abandonné sous l'acier, précipitant presque sa gorge sur celle-ci. Et à l'évidence, la manière dont l'elfe tenait son couteau ne le lui avait pas permit. Il réfléchit à ce qu'il peut faire d'elle pour la suite lorsqu'elle assène son affirmation, avec une évidence telle qu'elle ne s'attend pas à ce qu'il la conteste.

- Non bien sûr, j'en suis conscient, répond-il à demie-voix, plus pour lui que pour elle.

Il parle toujours d'une voix basse et feutrée lorsqu'il se trouve face à un être de race sylvaine. Il suppose que leur ouïe et excellente et qu'il n'a aucun besoin d'élever la tonalité de sa voix pour qu'ils le comprennent. Debout devant lui, elle parait plus fragile qu'à genoux dans les fourrées. Sa silhouette affuté y est pour quelque chose, à n'en pas douter, mais sa longue chevelure de jais affine encore sa taille. Ils se fondent dans la nuit autant que le ciel dans la mer. Il la dépasse d'une bonne tête mais aperçoit tout de même l'entaille rouge qu'il a laissé sur son cou. Elle suinte d'un liquide chaud et épais. Le rouge se détache nettement sur le blanc. Le sillon vermeille se perd dans l'encolure de son vêtement. Il se prend à imaginer comme elle serait belle, une fois qu'il aurait fais son œuvre. Couverte de sang, elle trancherait sur la nuit comme une étoile dans le ciel noir. Il inspire plus profondément, cherchant l'effluve sucrée et cuivrée. Et lorsqu'elle emplit ses narines, il détache un à un les arôme de ce liquide vitale. L'elfette sans le noisetier, la menthe et la gaulthérie. Elle sent merveilleusement bon, comme la plupart de ses congénères. Si elle part de nouveau en courant, il pourra lui laisser plus d'avance, car maintenant, il la retrouvera où qu'elle aille. Elle espèrera qu'il l'ait perdue de vue, qu'elle soit en sécurité. Mais rien ne serait vrai bien entendu. Il serait toujours là, derrière ou devant elle, dans son ombre ou dans les bois, sous elle ou loin devant. D'ailleurs, lorsqu'il l'a relâché, tout à l'heure, et qu'elle a pris la fuite, il l'a vue ramasser une poignée de terre. Il savait qu'elle lui balancerait dans les yeux. Sinon quoi ? Elle aurait ramener un souvenir d'ici chez elle ? Il l'a laissé faire et n'a eut aucun mal à la suivre. Il savait qu'elle n'était pas à sa vitesse de pointe. Ses muscles n'étaient pas tendu, son souffle pas assez saccadé et ses jambes ne s'étendaient pas à leur maximum. Elle n'en était cependant pas loin, alors que lui, il n'avait que trottiné. Et encore. Il ne doute pas que, lors d'une véritable course pour la vie, il la dépasserait sans aucune difficulté.

Maintenant, les traits de celle-ci s'affaissent, ses muscles se relâchent. L’énergie qu'elle dégage baisse d'un cran. Elle est fatigué. Son visage se tend et ses yeux se ferment légèrement. Imperceptiblement. Une pensée lui passe par l'esprit. Une proie facile, épuisée et jeune. Pas plus de cent trente ans. Une chaire tendre, un sang sucré. "Non, ce serait mal." Et pourtant, le seul fait qu'il vive n'est-il pas mal à lui seul ? Qu'est-ce que le bien ? Peut-il seulement l'effleurer une fois dans sa vie ? Un instant, ses yeux se voilent, imperceptiblement et il sent la sourde douleur d'une crise prochaine. Il refoule ce sentiment tout au fond de sa gorge et happe une goulée d'air frais. Pourquoi est-il en colère ? Parce qu'elle lui barre le passage, qu'elle le ralentit. Il aimerait continuer son chemin mais il ne peut pas. "C'est faux. Tu peux très bien passer, tu le sais. Tu ne le veux pas, c'est différent." Cette dérangeante constatation le laisse penseur. Que veut-il alors ? De lui, d'elle, du monde ? "Tu veux jouer avec elle, tu veux qu'elle te tire de là et tu veux que ça s'arrête. Tu éprouve presque de la pitié pour une proie." Pour mettre un terme à cette voix qu'il entend un peu trop ces temps-ci, il range sa lame dans sa gaine. Le poids rassurant qu'elle exerce le long de sa cuisse lui a presque manqué. Au moins, si la crise revient et qu'il n'arrive pas à la contrôler, il dégainerait rapidement on poignard et elle ne souffrirait pas, ou peu. "Qu'importe au final ? Tu saccageras son corps." Un grognement sourd, venu du fond de ses entrailles jaillit entre ses dents. En signe d'avertissement. Sa proie doit prendre cela pour elle car elle se raidit légèrement et porte la majeure partie de son poids sur ses talons. Elle ne tend pas la main vers ses lames mais cette position de défense et de fuite ne lui laisse aucun doute. Elle se méfie enfin de lui. Peut-être que le fait d'avoir put l'observe l'a fait changer d'avis. Et cela n'est pas pour lui déplaire.

- Que dis-tu de jouer véritablement à chat ? lui souffla-t-il.

La folie de la traque humaine ne l'a pas habité depuis très longtemps.

- Pour te montrer ma bonne foi, je veux bien être la souris, dit-il dans un sourire.

Cette dernière phrase a du mal à se distinguer du vent. Mais il est sûr qu'elle a entendu. Le sourire qu'il continu de plaquer sur ses dents, plutôt que sur ses lèvres est celui d'un prédateur qui engage la partie. Celle d'un jeu mortel. Connaissant cet endroit mieux qu'elle car il y vit depuis des décennies, il est presque sûr de remporter la partie. Et ce "presque" l'excite d'avantage.
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Shyska
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MessageSujet: Re: Repartir du bon pied [Shyska]   Dim 18 Nov 2012 - 17:39

- quel intérêt à ce que tu sois la souris ? Je serai du même genre que le chat paresseux qui la regarderait passer sans agir.

Une idée germa dans son esprit.

- Mais je veux bien faire un effort, puisqu'apparement tu aimes les jeux mortels. Si je t'attrape je te tue si tu m'échappes tu me tues. Vas-y cours...

Un sourire naquit sur les lèvres de l'hybride et il s'élança à une vitesse stupéfiante. Elle fit mine de se jeter à sa poursuite pour finalement détaler dans la direction opposée et mettre le plus de distance possible entre lui et elle avant qu'il ne se rende compte de sa supercherie. Elle n'avait pas peur malgré le fait qu'elle n'était pas sûre de pouvoir lui tenir tête au combat rapproché mais elle préférait tenter d'éviter l'affrontement par envie de vivre plus longtemps. Elle avait senti qu'il était de caractère instable et ne désirait pas s'attarder plus longtemps à ses côtés aussi filait-elle comme le vent, usant de ses dernières forces pour s'enfuir. Mais très vite, elle perçut un bruit de poursuite derrière elle alors qu'elle arrivait à une large clairière... Sachant qu'elle ne pouvait le semer elle la traversa et grimpa sur un arbre et c'est dissimulée dans le feuillage qu'elle l'attendit prête à décocher.

Il ne se fit pas attendre et déboula à fond de train complètement à découvert sans aucune protection. Alors elle tira une fois, et plusieurs autres fois à la vitesse hallucinante caractéristique de sa race. Puis ayant vidé son carquois en quelques secondes, elle bondit à bas de son arbre et s'y adossa comme si de rien était.

Chose surprenante l'autre était toujours en vie ce qui montrait des capacités hors norme.

- Bon bhen il semblerait que tu sois plus fort que moi. Tu as gagné... Si tu veux me tuer c'est maintenant. lui dit-elle tranquillement.

Bon bien sûr s'il l'attaquait, elle se défendrait bien qu'elle doutait d'avoir des chances de l'emporter. Fallait vraiment qu'elle voyage moins vite à l'avenir, cela lui éviterait d'être aussi démunie quand elle rencontrait de tels ennuis...

Il ne semblait pas savoir sur quel pied danser, hésitant ? Ou bien avait-il la crainte qu'elle ne lui réserve un mauvais tour ? Peut-être... ça avait été presque trop facile de la faire plier.

L'elfe le transperçait de son regard d'émeraude attendant de voir ce qu'il allait faire. Elle semblait résignée, mais à qui savait lire dans ses yeux verrait une volonté farouche de survie, celle que l'on voyait dans l'oeil des animaux acculés, épuisés après avoir été traqué sans relache. L'instinct sauvage qui prenait le dessus et alors il devenait furie. Bien plus dangereux que n'importe quel monstre qui hantait Miradelphia. La rôdeuse, calme d'extérieur était dans le même état à l'ntérieur.

Un long moment s'écoula et voyant qu'il ne bougeait pas, elle murmura doucement, d'une voix caressante :

Tu ne le feras pas n'est-ce pas ? Je ne te comprends pas. Qui es-tu ? Le sais-tu seulement ? Tu sembles déchiré entre deux âmes qui s'opposent. Raconte moi, si je peux t'aider je le ferai...

Ces paroles contredisaient ses actes mais pourtant elles étaient emplies de sincérité.
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Këda
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MessageSujet: Re: Repartir du bon pied [Shyska]   Mer 21 Nov 2012 - 13:49

- Bon bhen il semblerait que tu sois plus fort que moi. Tu as gagné... Si tu veux me tuer c'est maintenant.

Non. Il n'a certainement pas envie de la tuer. Il aime seulement la chasse, lui, la traque et la peur. Et ce qui habite le regard de l'elfette peut lui suffire pendant des dizaines d'années. Il n'y aurait eu que lui, il aurait juste gardé ces yeux, avec lui, pour les examiner encore et encore et se repaître du sentiment exquis qui s'emparait alors de lui. Comment peut-elle penser qu'il veut la tuer ? Bon, d'accord, il lui a mis une lame sous la gorge mais, cela n'est en rien significatif, si ? En tout cas, il n'a pas cherché à faire mal. Et maintenant, il a encore moins envie de lui faire du mal qu'avant car il a enfin obtenu cette peur et cette volonté farouche à vouloir survivre de bête acculé, voué à la mort.
Seulement, cette étincelles s'estompe rapidement lorsqu'elle comprend qu'il ne veut pas la tuer. Elle laisse place à une grande fatigue physique et morale et son regard se terne légèrement.
Ses muscles ne sont cependant plus aussi relâché que tout à l'heure et l'arrogance a disparu de son visage. Il sait clairement qu'elle a pris conscience de la supériorité de l'hybride. Bien qu'elle veuille qu'elle se confie à lui, elle se méfie toujours.
Heureux qu'elle reconnaisse enfin sa supériorité, il se laisse tomber gracieusement sur le sol et repli ses jambes en tailleurs. Seulement une feuille s'est déplacé sous lui. Aucun bruit ne s'est fait entendre et son poids n'a en rien affecté le niveau du sol. Il se souvient avec joie de cette journée ou il s'est rebellé face à un humain, dans un village. L'enfant qui avait alors sa corpulence, s'était éloigné trop avant dans les champs et l'hybride l'avait poussé violemment sur le sol tandis que l'autre essayait de le tuer à coups de pierre. Lorsqu'il s'était affaissé sur le sol, un bruit sourd avait retentit et une fois relevé, un creux étrange s'était formé dans la boue, là où il avait posé son derrière.
Il prend une inspiration profonde, ce moquant que l'elfe la remarque. Il croise ses mains sur ses chevilles, ferme les yeux et expire. Lentement. D'ordinaire, il n'aimait pas penser à son passé. Mais ce soir, bien qu'il ne se sente pas plus inspiré que cela, il décide qu'elle peut savoir. Et que cela peut lui être utile. S'il a une crise, il ne souffrirait pas. Il ne la connait même pas, ne sait rien d'elle. Alors, si elle est là, avec lui, dans la nuit, c'est qu'elle doit être capable de l'entendre, d'entendre ce qu'il voudra bien dire et de mourir correctement, sans lui arracher le cœur du même coup. Certes, il n'espère pas en arriver là mais il sait que c'est possible. Voire même probable.
Il a testé son endurance et commence à cerner le personnage qu'elle est. Cependant, un brouillard persiste dans ses yeux, une chose dont elle a honte, qu'elle veut cacher tout au fond d'elle. Qu'elle veut se cacher à elle-même. Oublier, en tout cas. Il voit dans ses traits qu'elle a vécu quelque chose de fort, d'intense. Mais quoi ? Un meurtre peut-être. A-t-elle tué quelqu'un ? Non, ce n'est pas ça, il le voit. Alors qu'est-ce ?
Il le saurait sûrement bientôt.

- Pourquoi es-tu si triste ? lui demanda-t-il de but en blanc. Je sais qu'il s'est passé quelque chose. Dis moi, as-tu des frères et sœurs ?

Il ne sait pas très bien ce que représente ces mots, étant donné son enfance on ne peut plus étrange mais au moins avait-il connu l'amour. Celle de sa Mère et de son Père-qui-n'était-pas-son-père.

- Je crois que tu sais que je n'en ai pas eu. Les hybrides on très mauvaise réputation, je ne t'apprend rien. En revanche, j'ai connu l'amour et ça, je ne peut m'en plaindre. Mais j'aimerais que tu me parle de toi d'abord. Que tu me dise ce que tu es. Parce que je ne sais pas tout, dit-il en souriant. Certaines part d'ombres sont plus dures à exploiter. Donne moi des indices s'il-te-plait, bien entendu, que je puisse comprendre, que je puisse chercher, que je puisse savoir. Je ne te demande pas là de me dire tout de toi. Mais juste ce que tu veux. Si tu veux me raconter ta chasse au lapin de la nuit dernière, je m'en contenterais, sois en certaine. Je ne me mettrais pas en colère et ne violerais pas ton silence. Ce n'est pas mon genre, n'est-ce pas. Je ne suis pas un de ces monstre qui hantent les forêts en quête de jeune femme à égorgé. J'espère être plus subtil que cela. Et puis, je n'aime pas tuer tu sais. Ce n'est pas mon plaisir, comme tu semble le croire. J'en ai tué assez pour le savoir. A toi maintenant, dis moi, parle moi. Je t'écoute plus attentivement que moi même. Si tu veux bien parler, c'est maintenant.

Il sait qu'elle parlera. Comme il sait qu'il est un hybride. Puisqu'elle semble avoir son temps, et que le temps est plus précieux que la vie puisque c'est la seule preuve tangible de l'existence de cette vie. Tant qu'il verrait le temps, il vivrait. Le jour ou rien ne défilera plus autour de lui, il sera mort.


Dernière édition par Këda le Mer 28 Nov 2012 - 13:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Repartir du bon pied [Shyska]   Mar 27 Nov 2012 - 22:08

Elle l'observait, attendait qu'il lui réponde ou non. Elle finit par croire qu'il ne dirait rien lorsqu'il lui retourna presque la question. Elle ne s'y attendait pas mais alors pas du tout et la stupéfaction lisible dans ses yeux fut vite remplacée par une froideur dissuasive comme à chaque fois qu'on l'interrogeait sur son passé.

Mais lui, avait eu la finesse de ne pas lui poser la question directement, mais sous entendait le "raconte moi" et cela l'apaisa un peu. Il lui laissait le choix mais sucita par ailleurs un tourbillon d'émotions contradictoires dans son esprit. Elle voulait parler, voulait conter son histoire, se libérer des âmes qui lui pesaient sur la conscience tant qu'elle gardait le silence, tirer un trait sur le passé enfin, tourner la page et respirer. Seulement, elle ne s'était jamais confié, n'était pas sûre de pouvoir y arriver et son âme toute entière se rebutait à l'idée même d'essayer.

Son tourment continuait, impitoyable, faire tomber les chaînes qui l'entravaient et l'empêchaient d'avancer ou bien se taire, ne pas montrer ses faiblesses à un parfait inconnu et se préserver d'une faille qui se créerait alors dans son armure mentale dès qu'elle parlerait ? Et lui ?! Elle en vint à le haïr, à être là assis et dont de lui émanait une tranquilité et une assurance telles qu'elles réussirent à convaincre la rôdeuse de s'ouvrir à lui.


Et le silence fut brisé...


Regarde

Et voilà que d'un simple mot murmuré faiblement, l'elfe se lançait sans possibilité de faire marche arrière. Alors, elle ôta sa tunique qui dévoila une cicatrice étoilée luisant étrangement. Et elle reprit de la même voix éteinte, le regard trouble revivant des scènes passées, souvenirs douloureux enfouis depuis si longtemps :

C'est une arme magique qui m'a marqué ainsi, la même qui a abattu les gens de mon village. Son propriétaire avec l'aide de nombreux compagnons a massacré des elfes pacifiques, pillé, ravagé, réduit en cendres les lieux de mon enfance. Mais je lui ai échappé, je l'ai traqué lui et tout ceux qui l'accompagnaient, et un à un je les ai tué. Tu aurais dû voir la peur dans leur yeux à chaque camarade qui tombait, la peur d'être le prochain, le savoir qui leur soufflait que c'était inévitable et qu'un jour ça serait leur tour. C'était... Grisant... Suciter l'effroi et un respect craintif. Savoir que tu fais de leur vie ce que tu désires...

Elle se tut le regard brûlant d'un éclat de folie jouissive face au sang qu'elle avait fait couler.
Maintenant c'était à l'autre de raconter, de lever un des pans de mystère qui l'entouraient. Elle s'était tut pour lui laisser la parole, maintenant, elle attendaient qu'il la prenne.


Alors le silence reprit ses droits.

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MessageSujet: Re: Repartir du bon pied [Shyska]   Mer 28 Nov 2012 - 14:28

Mal grès la souffrance qui émane d'elle, elle brise le silence et parle. Raconte. Peut-être bien à cause, même. La souffrance est un sentiment que peu de gens, pour ainsi dire, peuvent emmagasiner sans se détruire de l'intérieur. Et c'est pourquoi elle est une arme, plus que n'importe quelle dague, hache ou flèche. Le seul soucis avec elle, c'est de l'accepter. Accepter qu'elle ne fasse plus qu'un avec nous. Il sait que cette cicatrice qui lui a montré ne saigne plus depuis longtemps mais qu'elle lui fait encore du mal. Elle est là, pour lui rappeler constamment ce qu'elle a vécu et peut-être, ce qu'elle vivra encore. On ne sait pas ce qui nous attend. C'est sûrement là le charme de la vie.

- Alors finalement, tu dois me comprendre non ? La joie grisante de la poursuite et de cette peur qui naît dans le regard. Oui, tu comprends. Et c'est pour ça que tu te méfie. Tu ne te souviens que trop bien de ce que tu as fait. Et tu sais que cela pourrait t'arriver, à toi aussi. Ou peut-être te revois-tu au moment où tu les massacrais lorsque j'affiche sur mon visage cette mine de satisfaction écœurante. Mais c'est humain en quelques sortes. Oui, c'est humain. Cette joie nous fait nous sentir tellement plus puissant, tellement plus fort, qu'elle en est effrayante. Tu le sais parce que tu l'as vécu. Seront-ils donc finalement responsables de tout ? De ce que tu feras de ta vie, de ton futur, de ton présent et de ton passé ? Je vais te dire une chose. Ce qui est arrivé ne peut être changé. Et bien qu'on n'en soit peut-être pas responsable, on doit l'accepter, ne serait-ce que pour nous même, pour continuer. Je suis un hybride. Tu dois imaginer ce que j'ai vécu. Mais je crois que le plus horrible, ce n'est pas mon passé. C'est ce qu'il a fait de moi. Regarde ce que je suis. Un prisonnier. Parce que j'ai laissé le passé, qui était le présent à l'époque, m'engloutir, me paralyser. Je ne te reverrais peut-être jamais après cette nuit et c'est pour cela que je te le dis. Pour moi, c'est toujours le présent qui me ronge. Toi, c'est ton passé. Cesse de te morfondre là-dessus. Parce que, tu avais quoi ? Soixante, soixante-dix ans, lorsque c'est arrivé. Comment peux-tu, avec le recule, penser que tu aurais pu faire quelque chose, surtout si tu n'avais reçu aucun entraînement au préalable ? De plus, le surnombre de ces hommes par rapport à ton village ne pouvait qu'être destructeur. Certes la douleur persiste. Mais elle sera toujours présente. Elle ne s'effacera pas, crois moi. Alors à quoi bon essayer de la murer, de s'en débarrasser ? Accepte. Fais la paix avec elle, avec toi même et avec ton passé. Les gens qui parle le moins de leur souffrance sont ceux qui souffre le plus. Et tu fais parti d'eux, non parce que tu as vécu une chose extrêmement forte mais parce que tu refuse de faire la paix. La vengeance est encore en toi. Permets-moi de t'aider, tu veux ?

Il ne sait si elle va prendre sa main pour qu'il l'extirpe de son trou. Au final, cela ne changera rien pour lui. Mais cela peut changer sa vie à elle. Non que ça lui fasse plaisir mais que ça fait assez longtemps qu'il voudrait essayer sa technique sur autrui. Et puis, qu'a-t-elle à perdre ? Elle a beaucoup plus à gagner de toutes manières. D'un côté, ça fait tellement de temps qu'il n'a pas discuté et échangé. Il traque chaque jour, certes, et en a presque développé une addiction, mais il n'en est pas moins curieux pour autant.

- J'ai passé cinq ans avec lui. Juste avec lui. Juste pour lui. Cinq ans de souffrance, de colère, de tristesse. Cinq ans qui ont duré une éternité. Juste cinq ans.
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MessageSujet: Re: Repartir du bon pied [Shyska]   Sam 1 Déc 2012 - 19:14

Oh que oui elle le comprenait quand à la joie que procure la chasse. Du moins la chasse à l'homme car la chasse contre les bêtes elle ne la pratiquait pas. Elle ne l'écoutait que d'une oreille, repliée en elle, centrée sur le vide qu'avait créé la disparition de son village. Elle savait bien que ça n'était pas de sa faute, qu'elle n'aurait rien pu faire pour empêcher ça. Elle ne s'en voulait ni ne regrettait quoi que ce soit. Elle en voulait juste aux sentinelles elfiques qui n'avaient pas repéré la petite armée et donc n'avaient pu éviter le massacre en envoyant un escadron d'elfes guerriers pour protéger leurs semblables contre cette intrusion.

Ce sont ceux qui prennent les hybrides pour des monstres qui le sont en réalité. Vous êtes juste des victimes à qui l'ont doit compassion et respect pour le fardeau que vous portez. murmura-t-elle d'un ton absent.

Et elle replongea dans son mutisme.

Permets-moi de t'aider, tu veux ?

Elle n'avait pas besoin d'aide ! Elle vivait très bien avec sa douleur et l'exprimait au quotidien par la violence sur ceux qui lui cherchaient des noises, faisant couler le sang qui s'ajoutait à la rivière vermeille qui hantait ses souvenirs. Elle ne voyait pas très bien comment il pourrait l'aider mais...

D'accord, accepta-t-elle avant de se remurer derrière un silence respectueux afin de le laisser continuer.

Mais cette fois, elle était toute ouïe. Elle lui porta toute son attention dès les premiers mots que l'hybride prononça pour parler de son passé. Elle entrevoyait déjà la suite mais le laisser parler. Parce qu'il en avait besoin ? Ou parce qu'elle appréciait le son de sa voix. Egoïste ou attentionnée ? Elle ne saurait le dire mais elle écoutait portant dans son simple regard émeraude toute la douceur que pouvait contenir le monde.
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MessageSujet: Re: Repartir du bon pied [Shyska]   Sam 8 Déc 2012 - 17:21

Il voit l'incrédulité se peindre sur son visage, de même qu'un faible espoir. Mais il sait qu'elle n'a conscience que de la première expression. Peut-être une étincelle s'est-elle allumée, là, au fond de ses prunelles émeraudes. Dans son inconscient. Il sait qu'elle doute de ses capacités.

- Tu dois te sentir seule, non ? Pourquoi rôde-tu par ici ? Non, ne me le dis pas. Cela ne me regarde pas. Donne moi plutôt ta main, tu veux ?

Il la sent hésiter un moment, puis sa main douce vient prendre place au creux de la sienne, qu'il tend vers elle. Sa peau blanche, presque translucide, brille contre sa peau matte, noircie par le mélange des sangs. Un temps, il regarde leurs mains ainsi encastrées mais se détache rapidement de cet envoûtement presque provocateur. Il pose son index sur l'intérieur de son poignet, enveloppant ses doigts effilés des siens. Elle le regarde doucement, en attente. Pendant une dizaine de secondes, il ferme les yeux et écoute. Le sang coule là, juste sous sa peau. Le rythme régulier de son cœur l'apaise encore un peu. Il compte les battements, prend note. Pour avoir une référence, par la suite.

- J'ai aimé. Ma mère, et mon père. Je ne connais pas l'elfe qui m'a créé mais je connais le drow qui m'a mis au monde. Je crois que mes parents s'aimaient tellement qu'ils ont préférés s'enfuir que de me couvrir de honte. Mon père n'a pas chassé ma mère, comme je ne l'ai pas compris par la suite. Mais un amour tellement fort les liait que, si l'un deux était parti, l'autre serait mort. Je pense que ce qui est arrivé a été le mieux de ce qu'ils pouvaient espérer. Ils sont morts ensembles, comblés de bonheur, avec un fils. Peut-être que mon père ne l'était pas par le sang. Mais il l'était dans mon cœur. Je n'ai pas compris au début. Non. Pas du tout. Ensuite, j'ai réfléchi. Énormément. Entre deux expériences, évidemment. Parce que celui qui a tué mes parents les a tués pour me récupérer. Il les a tués parce qu'il avait succombé à la folie. Il les a tués parce qu'ils ont voulu me protéger. Et que, à ses yeux, c'était inadmissible. On ne pouvait protéger un hybride, un sang impur, au péril de sa vie. C'est lors de cette séquestration que j'ai commencé à avoir des crises. La colère et la haine enflaient jusqu'à m'engloutir complètement. Jusqu'à étouffer ma conscience et, par là même, mon humanité. Tout d'abord, je n'ai pas compris ce que je vivais. Je me croyais possédé. Puis lorsque l'Ermite a commencé à utiliser ces crises, j'ai su que c'est ce qu'il avait cherché à provoquer chez moi. Et bien que cela m'effraya au plus au point, j'en fus immensément soulagé. Je percevais enfin la lumière de l'espoir, celui de la liberté proche. Mais il m'a encore gardé trois ans. Il m'a utilisé comme tueur à gage, peut-être comme protecteur aussi. Enfin, ce n'est pas le plus important. Ce qui compte véritablement, c'est le fait qu'il m'ait transformé contre mon gré. Un proverbe dit qu'on a toujours le choix. Cet, fois, je n'ai pas aperçu ce choix. Peut-être était-il bien présent mais je n'ai pas su le voir. Ou peut-être n'était-il pas là, tout simplement. J'aimerais croire cette dernière hypothèse, cela me dédommagerais du sentiment de responsabilité des meurtres que j'ai commis. Je deviendrais alors une simple victime de la vie, de son passé et de sa nature. Je suis tout sauf ça. Lors de ces crises, je tu des gens. Des gens bien, qui n'ont rien demandé. Des assassins qui en sont à leur énième commande. Des enfants trop imprudents. Je ne sais pas combien d'êtres humains j'ai tué. Plus de cinq cents, cela ne fait aucun doute. Mais là encore, ce n'est pas ce qui importe le plus. Le fait est que tué mon amour. Saufy. Elle le savait pourtant. Elle a choisit. Elle m'a offert un avenir, tout en choisissant d'appartenir à mon passé. C'est étrange, tu ne trouve pas ? Je lui dois certainement d'être encore de ce monde et de pouvoir enfin entrevoir un espoir. Je ne sais pas encore quel est-il mais je sais qu'il est là. Je le sens dans mon corps, dans mon cœur et dans mon âme. Si tu m'accorde le fait d'en avoir une, modéra-t-il en souriant.

Il remarque que lorsqu'il évoque la fatalité, le fait d'être une victime, le pouls de l'elfe s'accélère. La mort de Saufy paraît la toucher tout autant. Elle se rappel peut-être son village et ceux qu'elle a perdu lors de l'attaque.

- Es-tu encore triste d'avoir perdue les gens de ton village ? Ne crois-tu pas que les sentinelles s'en veulent tout autant, voire même plus ? Non, bien sûr, excuse-moi. Ces sentinelles sont mortes. Alors, que se passe-t-il ? Aurais-tu construit la totalité de ton présent sur la haine et le ressentiment que tu porte aux sentinelles ? Et le fait de tout me raconter te laisse vide, creuse, comme si finalement, la gravité de la chose s'est atténuée au fil des ans. Ce poids qui te tire vers le bas ne peux disparaître, comme je te l'ai dit, mais il peut te tirer vers le haut !

C'est la première fois qu'il s'exprime avec autant de vigueur dans la voix. Il perçoit enfin l'avenir de celle qu'il a en face de lui. Ses yeux pourpres sont planté dans les siens. L'hybride se sent bien. Extrêmement heureux.
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MessageSujet: Re: Repartir du bon pied [Shyska]   Mar 11 Déc 2012 - 22:05

Donne moi plutôt ta main.

Elle hésita, lui offrit, frémit au contact, faillit se dérober, il ne l'aurait pas retenue et c'est pour ça qu'elle parvint à contenir son mouvement de recul. Se perdant dans le regard d'ambre, elle se laissa envoûter et oublia qu'elle voulait fuir.

Elle l'avait écouté sans émettre un seul son. Son regard avait gardé la même douceur infinie du début à la fin de son récit. D'autres n'auraient pas eu la même réaction. Le leur se serait teinté d'horreur, de dégoût, de crainte, ils l'auraient traité de monstre, de bâtard comme ils savaient si bien le faire pour briser une âme. Comme ils lui avaient fait. On l'avait brisé en l'utilisant comme cobaye sans le moindre respect pour sa vie, on l'avait détruit lorsqu'à cause d'eux, il fut la cause de la mort de Saufy. Elle aurait pu fuir, comme les siens auraient pu fuir. Elle ne l'avait pas abandonné comme les siens n'avaient pas abandonné Shyska et l'avaient protégée dans sa fuite en retenant leurs assassins.

Toutes les sentinelles n'étaient pas mortes, et encore fallait-il qu'elles soient au courant de ce qu'il s'était passé pour s'en vouloir. Oh ! Sûrement avaient-elles fini par découvrir le village macabre et les cadavres des responsables dans les environs mais de là à déplorer ces pertes... Shyska n'en était pas sûre.

Je ne vois pas en quoi ce lourd passé qui m'accable pourrait me tirer vers le haut, mon ami.

Elle tréssaillit et avant que ses jambes ne la supporte plus à cause de la fatigue, elle se colla contre l'hybride, s'appuyant contre lui. Lui ne vacilla même pas.

Je me sens bien avec toi.

De simples mots dans un faible murmure mais qu'il faisait toujours bon d'entendre surtout quand toute la sincérité d'un coeur y était contenue. Elle resta ainsi un long moment, le souffle tranquille, l'esprit en paix, d'un apaisement tel qu'elle n'avait jamais connu sauf peut-être dans les bras de sa mère. S'il la repoussa, elle ne le sentit pas et inconsciemment aurait pu lui résister. En tout cas elle ne le su jamais.

Je n'ai pas peur de toi, répéta-t-elle.

Comme elle n'avait pas peur de ses crises. Elle savait qu'elle pourrait y survivre sans avoir à fuir étant donné qu'elle saurait se défendre aussi longtemps que nécessaire. Il devait le savoir lui aussi car elle sentait que lui aussi était détendu. Elle aurait pu s'endormir blottie ainsi contre lui. Elle recula d'un pas.

Nouveau murmure.

Merci.

Et elle monta un campement de fortune avec la rapidité acquise grace au nombre de fois où elle avait accompli cette tache si banale et si déplacée si l'on repensait à ce qui l'avait précédé : Une course poursuite, un rapide combat, une fuite, une tentative de meurtre.
Elle s'assit, se perd dans les flammes ardentes du feu qu'elle avait allumé puis finalement s'allonge et s'assoupit sous sa chaleur qui la caressait pour la réchauffer. Un abandon absolu, un sommeil profond et paisible, en confiance totale.
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MessageSujet: Re: Repartir du bon pied [Shyska]   Dim 16 Déc 2012 - 15:55

Si. Il pourrait la tirer vers le haut. Il faut qu'elle trouve comment. La clef, il ne peut lui donner. Il faut qu'elle la trouve d'elle-même. Si elle en ressent l'envie et le besoin, bien sûr. Et alors, elle tombe presque de fatigue, tant l'épuisement du voyage l'accable. Contre lui, son corps paraît si frêle, si démuni qu'un souvenir frappant de vie s'empare de lui. Elle tremblait comme elle lorsqu'il l'avait trouvé. De peur. De froid aussi. Sa robe était déchirée par les branches, ses cheveux s'étaient emmêlés entre eux pour former une sorte de buisson sur sa tête. Bien qu'il ne l'ai pas sut sur le moment, il en était tombé amoureux. « Chut, ça va. Calme toi. Elle n'est pas Saufy. Personne ne pourra la remplacer.» Il inspire profondément, tentant de calmer son cœur. Il s'accélère, comme chaque fois que Saufy hante ses souvenirs. A côté de lui, l'elfe s'agite et se remet debout. Il la regarde s'activer, fasciné par tout le confort qu'elle prépare pour son sommeil. Si il y a une chose qu'il ne comprendra sûrement jamais, c'est comment les hommes peuvent emmener autant de chose avec eux, seulement pour dormir, tandis qu'un arbre, une grotte ou un talus suffit. Bientôt, elle somnole devant le feu qu'elle a allumé. Il n'aime pas le feu. Trop voyant. Trop attirant. La fumée qui s'en dégage monte bien plus haut que les arbres. Mais cette fois, il fait un effort. Elle sombre dans le sommeil rapidement. Il attend que sa respiration devienne régulière, signe qu'elle dort profondément, puis éteint le feu. Il se sent mieux. Beaucoup mieux. Le soulagement agit comme une vague curative sur son esprit. Il s'assoit à côté de l'elfette et regarde sa peau si blanche, luisante dans la nuit. La douceur de sa paume lui rappelle le satin du dos de Saufy. « Arrête de penser à elle bon sang ! Ça en devient gênant. » Il se relève et fait un tour de l'endroit où ils sont arrivés un peu plus tôt, bien qu'il connaisse déjà bien cet endroit. Il s'assoit à deux mètre d'elle, sur une pierre assez confortable. Enfin, autant qu'un cailloux peu l'être. La nuit est bien entamée. Elle doit en être à la moitié, vu comment la lune est placée. Il n'est pas fatigué, il a dormit une bonne partie du jour. Et puis, s'il dorment tout les deux, qui les surveillera ? Il reste donc là, les yeux dans la nuit, écoutant le vent murmurer à ses oreilles. Alors lui aussi murmure. Car il a compris qu'avec le vent, on ne peut prendre. On doit partager.

- Je sais. Je ne devrais pas. Mais qu'importe au fond ? Tout le monde meurt un jour. Alors pourquoi pas maintenant ? Je ne serai pas cruel. Je n'en ferai même pas exprès. Je ne prends aucun plaisir à tuer. Tu le sais, n'est-ce pas ? Je te l'ai dis si souvent. Et puis, je ne te trompe pas si facilement. Tu sais lorsque je mens.

Il marque une pause, puis reprend, fredonnant doucement, pour lui, pour l'elfe couché derrière son dos, et pour le vent.

- Feuilles, gré du vent, d'Automne, d'Eté,
S'agitent dans les airs, corps animés,
Rougissent et se meurt, fille éplorée ...

Ecoute leurs prières, entends leurs murmures...
Elles veulent ce qu'elles furent, revenir en arrière...

Le vert sur leurs joues imprimés,
Printemps à la vie, soleil levé,
Sur le rouge de tes joues enfant aimée

Ecoute leurs prières, entends leurs murmures...
Elles veulent ce qu'elles furent, revenir en arrière...

Enfant de la lune, nuit éternelle
Célébrons ensemble le soleil,
Saison de ta vie, être immortel ...

Ecoute leurs prières, entends leurs murmures...
Elles veulent ce qu'elles furent, revenir en arrière...

Harmonie d'un jour, à ta vie pour toujours...


Puis il enchaîne sur une seconde, celle-ci hérité de sa mère :

- Je sens que tu es là, enveloppe de nuit
J'écoute sous mes doigts mon ventre qui frémit
Je ne sais pas encore où cognera le fruit
Ni le cri de mon corps, en m'arrachant ta vie

Reste au creux de moi, mon enfant, mon tout petit
Reste au creux de moi, le voyage n'est pas fini

Je suis ton horizon, ta bouche et ta chaleur
Ma plus belle chanson, c'est le pas de ton coeur
Et quand revient le soir, tu m'offres la douceur
De tes sursauts bavards, et je t'apprends par coeur


Doucement, une larme roule sur se joue. Doucement, il s'abandonne.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Repartir du bon pied [Shyska]   Mer 3 Avr 2013 - 15:00

Dès les premiers chants des oiseaux pour le soleil levant, Shyska se réveilla. Elle bailla à s'en décrocher la mâchoire signe qu'elle avait dormi d'un sommeil de plomb, tel sommeil qu'elle pétait la forme pour ainsi dire. Elle avisa le feu éteint alors que la bûche n'était pas totalement consumée. Këda.

Nulle trace. Pourtant persuadée de sa présence la veille... Avait-elle rêvée ? Non si sûre d'elle et provocatrice vis à vis de possibles ennemis qu'éteindre le feu n'était pas son genre étant donné qu'elle les invitait volontier pour une confrontation. Bha peut-être s'était-il réveillé avant elle et s'en était allé. Sauvage comme il était, besoin de prendre le large. Elle comprenait c'était la même pour elle parfois. Le coeur un peu triste, elle s'empara de la petite marmite d'acier qu'elle se trimbalait lors de ses pérégrinations et abandonna là son campement n'ayant aucune affaire précieuse à déplorer en cas de vol en quête d'une rivière. Comble de bonheur, elle n'eut pas à chercher longtemps. Elle avisa les alentours, personne si ce n'était une biche s'abreuvant de l'onde glacée. Elle se coula hors de buisson, doucement, paisiblement, se dévêtit et se glissa dans le courant. L'animal avait levé la tête à son arrivée puis sachant qu'elle ne représentait pas un danger fini d'étancher sa soif avant de disparaître dans les sous-bois. Ephémère comme son compagnon de la veille pensa Shyska.

Ne comprenant pas pourquoi elle était si affectée par son absence, elle s'énerva et s'immergea entièrement, plongeant la tête dans l'eau, s'offrant totalement à la morsure du froid sur sa peau. Son esprit s'éclaircit jusqu'à devenir aussi limpide que la rivière. Alors seulement, elle se permit de sortir et de se sécher rapidement sous le vent et sous les chauds rayons du soleil. Elle se rhabilla en vitesse, remplit la marmite d'eau et regagna le camp. Son coeur s'envola lorsqu'elle constata qu'IL était de retour. Elle alla pas jusqu'à lui sauter au cou mais on sentait qu'elle en avait envie. Elle se contenta de lui décerner son plus magnifique sourire et, le pas léger, elle regagna sa place au coin du feu qu'elle ranima au grand dépit de l'hybride afin de faire chauffer de l'eau.

Contente de te voir ! souffla-t-elle d'une voix douce. Bien dormi ?

Elle lui laissa à peine le temps de répondre qu'elle enchaîna, feignant la tristesse.

Tu sais je me suis fait du mouron pour toi. T'aurai pu au moins laisser un cheveux que j'en vienne pas à me demander si j'avais rêvé de l'instant magique passé avec toi la veille.

Oh non. Elle ne lui demandait pas de rendre des comptes. Elle signifiait juste qu'elle était ravie de son retour et qu'elle appréciait sa compagnie. Comme s'il était pas déjà au courant. La joie de l'elfette était presque palpable et les oiseaux semblant en être touchés, s'égosillaient à plein poumons en élançant leurs trilles mélodieuses à l'assaut du ciel, le coeur en fête.
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MessageSujet: Re: Repartir du bon pied [Shyska]   Sam 20 Avr 2013 - 18:10

Il fredonne lorsque l'astre du jour se lève. Comme une sorte d'hymne à la vie, à la joie, à la superbe du matin. Son cœur blessé et saignant à cause de profondes blessure ouvertes de nouveau s'en est remis. Il n'a plus cette boule dans la gorge qui le gêne pour avaler, pour respirer ou pour chanter.
Il ne s'était pas accordé une minute de répit, veillant toute la nuit sur l'elfette qui dormait derrière lui. Perché dans un arbre, il respire doucement, mais sans produire aucun bruit. Il la voit se réveiller, doucement, et le chercher. Elle doit penser qu'il est parti, qu'il l'a abandonnée. Qu'importe.
Elle prit une marmite qu'il avait vu à son bras lorsqu'il l'avait rencontré, et chercha un point d'eau. En face, une vingtaine de pas, et elle tomberait sur le ruisseau. Elle le trouve rapidement, et il sourit lorsqu'il la voit si heureuse de la fructuosité de sa recherche.
Mais rapidement, elle se dévêt, et il détourne le regard le temps de son bain éphémère. Même s'il a envie de regarder, d'admirer les courbes et la finesse de ses membres, il n'en a pas le droit. Elle n'appartient qu'à elle, et ce serait si pitoyable de sa part de profiter de sa position pour l'espionner. Mais derrière cette envie, il n'y a aucune pensée malsaine. Juste une curiosité, comme une nécessité d'observer la nature. De savoir. Lorsqu'il entend les gouttes tomber sur la terre sèche, il la regarde de nouveau.
Elle remplit tranquillement sa marmite, absorbé par sa tâche. Il saute de la branche sans qu'elle l'entende et va s'asseoir sur une bûche, à côté du feu. Il regarde les cendres s'envoler petit à petit avec la brise du matin, quand la voix douce et emplit de soulagement de celle sur qui il a veillé pendant toute une nuit interromps ses pensées :

- Contente de te voir ! Bien dormi ? Tu sais je me suis fait du mouron pour toi. T'aurai pu au moins laisser un cheveux que j'en vienne pas à me demander si j'avais rêvé de l'instant magique passé avec toi la veille.

Il lui sourit. Elle a de nouveau allumé son feu.

- Tu sais, on peut aimer le combat, et vouloir défier ses ennemis, mais ce feu là se repère à des kilomètres à la ronde. Je ne veux pas te gêner, te réprimander ou te dire ce qui est bien ou non, je ne peux pas me prononcer dessus. Cependant, j'aimerais que tu éteignes ce feu, ou qu'au moins, tu couvre sa fumée. Parce que, si toi tu n'as que peu à craindre, moi j'ai ma vie et ma liberté en jeu.

Il s'arrête un instant et cherche comment lui faire comprendre ce qu'il a à perdre sans la vexer.

- Si j'ai fuis pendant autant d'années, ce n'est pas par plaisir ou par envie de me battre. Mais parce qu'on me chasse, qu'on me hait, et que je suis une proie facile puisque isolé. Donc je te demanderais d'éteindre ce feu pour les raisons que je viens de t'exposer. Tu es jeune et tu as encore cette fougue, cette énergie qui déborde de toi tant tu te crois forte et capable ! Je ne nie pas cela, mais je te donne juste un conseil. Ne soit pas si sûre de toi petite elfe et laisse un peu cette défiance de côté lorsque tu te sais faible. Hier soir encore, tu croulait sous la fatigue, la preuve en est, tu t'es endormis dès que tu as touché le sol. Mais s'il n'y avait eu personne pour toi, si tu avais été seule et que la fumée avait été remarqué, comment est-ce que tu aurais fait ? Ou si, finalement, j'avais décidé de te tuer ? Tu comprends ce que je veux te dire ? Tu ne peux pas te confier, et encore moins provoquer lorsque tu ne connais rien de ce qui t'entoure.

Même s'il a un ton doux, il sait que les mots qu'il prononce sont durs pour elle. Demander de mettre sa fierté de côté alors qu'elle est si joyeuse est tellement cruel. Mais il ne peut confier son sort à cette elfe à peine adulte et qui ne sait sûrement pas ce qu'elle doit faire pour se protéger des autres. Rien de plus normal, puisqu'on apprend cela avec l'expérience. Et bien qu'elle ait passé une dure épreuve, elle ne sait presque rien de la vie sauvage au bout du compte.
Il s'assoit à côté d'elle et offre son visage au soleil, attendant qu'elle s'exécute.

- Tu sais que si tu n'éteins pas ce feu, je m'en irais. Parce que je ne peux risquer ce qu'il me reste à perdre pour rester auprès de toi. Et à t'écouter, je ne crois pas que tu ais envie que je parte de sitôt. Alors s'il te plais, fait disparaître cette flèche qui nous pointe du doigt au dessus des faîtages.
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MessageSujet: Re: Repartir du bon pied [Shyska]   Dim 28 Avr 2013 - 13:07

<< Quel rabat joie que voilà >> songea Shyska avec amertume.

La vie ne t'as pas épargné. Il ne te reste qu'elle mais elle est impitoyable avec toi et te force à la solitude si tu veux épargner ceux qui pourraient t'entourer. Alors que vaut-elle ? Rien. Tu es hybride, tu es double : drow et elfe. Tueur et sage. Mourir serait libérer Miradelphia du poids de ton autre personnalité.

Cruauté contre instinct de survie. Elle savait que sa réponse était petite, facile et mesquine mais n'avait-elle pas raison ?
Et c'est par défi qu'elle n'éteignit le feu qu'une fois les plantes infusées et le breuvage prêt. Heureusement sa préparation n'avait mis que peu de temps, juste le temps du discour de Këda.
Elle étouffa le brasier, dispersa les cendres et effaça les traces de son passage. As du camouflage, il ne restait rien qui pu informer l'ennemi de leur présence.

content ? feula la sylvaine avec mauvaise humeur en lui tendant un gobelet remplit de thisane.

Il l'était.

Un temps passa où ni l'un ni l'autre n'esquissa le moindre mouvement ni n'échangea la moindre parole. Aussi l'elfe brisa le silence et souffla avec vanité pour avoir le dernier mot sur l'hybride :

Le feuillage était suffisamment épais pour que la fumée ne puisse le traverser et quand bien même un mince filet y soit parvenu, nous sommes à nous deux plus forts que n'importe qui. Et j'ai parfaitement récupérée de la fatigue des jours passés.

Elle acheva de boire l'infusion, sa chaleur lui brulant la gorge la fit frémir. Et c'est d'une voix rauque qu'elle reprit :

Quand voudras-tu retourner à la vie de solitaire ?
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MessageSujet: Re: Repartir du bon pied [Shyska]   Mar 30 Avr 2013 - 9:58

Voilà qu'il l'a blessé. Et elle cherche à l'atteindre, désormais. Toujours est-il qu'elle a éteint son feu, et certes, il en est heureux. Là, devant lui, elle lui crache des mots au visage, des mots mots cruels il le sait. Mais des mots qui n'atteignent pas son cœur et encore moins son âme.

- J'ai voulu mourir tellement de fois, commença-t-il en fermant les yeux. Tu ne peux t'imaginer. Quand je l'ai tué, elle. Puis lorsque que j'ai commencer à dévorer les autres. Avec une telle soif de sang, de violence et de peur. Mais mon instinct se refuse à me tuer, [i]Elle[i] le refuse. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé. Quant à la solitude... Je ne dirais pas que je me complais en elle, mais toujours est-il qu'elle ne me pèse que très peu. Là, je suis assez heureux en ta compagnie, oui. Je sais cependant que ça ne durera pas, et que je dois me préparer à être seul de nouveau. Ça ne me gêne plus tu sais. Je me suis habitué à elle depuis tout ce temps. Je sais que tes mots se veulent cruels. Mais ne t'inquiètes pas, tu n'auras pas à les regretter, je ne les prends aucunement à cœur. Il en faut beaucoup plus pour réellement me blesser.

La tisane chauffe entre ses mains, pour ensuite refroidir doucement. Il en boit quelques gorgées, pour ne pas décevoir la sylvaine, mais n'aimant pas les infusions d'ordinaire, il ne la finit pas.

Quand voudras-tu retourner à la vie de solitaire ?

Cette question le fait légèrement sourire, trop légèrement pour qu'elle le remarque. Saufy lui avait posé la même question, lorsqu'elle s'était emporté devant son comportement violent et haineux. Il avait reculé et lui avait demandé pardon, lui jurant qu'il resterait toujours avec elle si c'est ce qu'elle voulait, en sachant qu'elle encourait le risque de mourir un jour sous ses excès de rage. Et elle était restée. Il secoue la tête pour faire fuir ces images, et pose le gobelet sur la pierre à côté de lui.

- Même lorsque je suis avec toi, je suis seul. Parce que je ne m'autorise aucun lien, aucun contact prolongé, si ce n'est pour tuer, et presque aucune confidence. C'est dans ma nature, je ne peux pas m'en défaire. Si tu veux que je m'en aille maintenant, tu n'as qu'à le dire, je m'en irais et tu ne me verras plus jamais, à moins que tu le veuilles. Mais je n'aimerais pas te laisser meurtrie derrière moi, atteinte dans ton ego. Je sais que mes mots ont put être dur pour toi, mais s'il-te-plait, ne les prend pas si à cœur ! Je n'ai aucunement voulu t'atteindre en te disant cela. J'ai seulement peur, peur de perdre ce qu'il me reste, peur de perdre ma vie, peur de perdre cette liberté qui est si précieuse pour moi. Parce que ces cinq ans passé avec lui m'ont donnés le goût d'être libre. Sans chaînes ni contrainte. Et nous deux, nous ne sommes pas plus fort que quiconque. Nous ne sommes que des être humains, en droit de faire des erreurs, en droit d'avoir des fablesses. Si nous tombons sur ne serait-ce qu'une infime partie de l'armée humaine, si lourde et lente que soit cette race, je ne donne pas cher de notre peau. On pourra en abattre la moitié si nous sommes chanceux. Mais rien de plus, je le crains. Tout ça pour te dire que ce feu n'est pas si grave, et c'est plus ma peur qui t'a ordonné de l'éteindre. Ne m'en veux pas pour ça, ce serait trop simple.

Il a fait ce qu'il a put. A elle de voir si elle accepte de retrouver le sourire ou si elle veut le voir partir. La tête renversé en arrière, il observe les faîtages. Trop épais... Le soleil perce par endroits. La fumée aurait elle aussi finit par trouver son chemin. Les oiseaux chantent toujours et son cœur se gonfle de bonheur. Ici, il pourrait s'endormir, sous le soleil, les chants et le doux bruit du ruisseau qu'il perçoit encore. Mais il sait qu'il ne peut pas, pas encore. Même s'il a l'habitude de dormir le jour, aujourd'hui, il se retient. Parce qu'aujourd'hui, il a de la compagnie.

- Veux-tu me voir disparaître entre ces arbres, jeune elfe ? Ou veux-tu profiter encore un peu de ma présence ?

Qu'importe ce qu'elle répondra, il se sent bien. Même s'il n'a pas encore envie de partir, elle peut le lui dire sans qu'il ne se vexe aucunement.
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Shyska
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MessageSujet: Re: Repartir du bon pied [Shyska]   Dim 26 Mai 2013 - 12:23

Ce n'était pas à lui de partir. C'était elle qui était sur "son" territoire.
Etant elle même solitaire, rien ne l'attendait quelque part, ni famille ni maison. De toute façon, elle était partout chez elle alors oui elle voulait encore profiter de sa présence mais pas comme ça, pas avec un être muselé, qui se retient par crainte de laisser surgir son mauvais côté. Elle n'aimait pas cela.

Je ne veux pas interférer dans tes habitudes, mais je ne veux pas non plus d'un compagnon sur la réserve. T'as rien à craindre pour moi, je sais me défendre je te l'ai déjà dis. Et si t'as besoin d'une preuve, on se fait maintenant un duel amical.

Une bourrasque de vent les ébouriffèrent, une feuille d'arbre fut arrachée de sa branche et tomba lentement.

Regarde.

Elle dégaina un de ses couteaux de lancer et tira. La lame embrocha la feuille en plein coeur et finit sa course en la clouant sur le tronc d'un chêne. Fière d'elle, elle se retourna vers Këda.

T'as vu cette précision ?! Et je suis aussi forte en combat au corps à corps. se vanta-t-elle comme une gamine.

Elle ajouta pour le mettre au défi :

Je suis sûre tu ne pourrai pas faire mieux

Peut-être jouait-elle un jeu dangereux. S'il acceptait de se battre et que sa soif de sang se déclenchait à ce moment là, ça ne serait plus un jeu amical mais un jeu mortel dont perdre signifiait mourir. Qu'importe après tout, elle n'avait pas peur de mourir et cela metterait un peu de piment dans cette aventure. Et puis si elle s'en sortait, elle lui aurait prouvé sa valeur et il n'aurait plus peur.

Ouais un duel c'est une bonne idée. Si je gagne peut-être tu seras plus détendu. Et de toute façon viendra un moment où tu ne pourras plus veiller toute la nuit. Tu es mortel et par conséquent tu devras dormir. Alors viens ! Viens te battre ! Sauf si tu as peur de perdre ce que je peux concevoir. ronronna-t-elle narquoise.
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Këda
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MessageSujet: Re: Repartir du bon pied [Shyska]   Jeu 30 Mai 2013 - 18:21

L'elfe sait se défendre. Peut-être oui, sûrement même. Mais contre Elle, non, c'est impossible, il n'avait jusqu'alors rencontré qu'une seule et unique personne qui avait réussit à le contrôler. Et cette personne a finit par mourir. Il ne se battra pas, non. Pas au péril de la vie de l'elfette, pas avec l'enjeu phénoménal qui planait sur ce duel. Il sait qu'en prenant ce genre de risque, il peut perdre à tout moment. Plus souvent qu'il ne peut gagner d'ailleurs.

- Ouais un duel c'est une bonne idée. Si je gagne peut-être tu seras plus détendu. Et de toute façon viendra un moment où tu ne pourras plus veiller toute la nuit. Tu es mortel et par conséquent tu devras dormir. Alors viens ! Viens te battre ! Sauf si tu as peur de perdre ce que je peux concevoir.

- Ce ne sont là que des suppositions, aucunement des certitudes. Ce à juste titre, bien évidemment. Et oui, j'ai peur de perdre, conçois-le bel et bien. Parce que ma perte signifierait la tienne. Tu vois, après ce qu tu m'as fait vivre la nuit dernière et ce matin, je n'ai pas envie de mettre subitement fin à une jeune vie, ni d'avoir cette mort supplémentaire sur la conscience. Alors, je veux bien faire un effort, te parler de moi, de mes souffrance, de mon passé, répondre à toutes tes questions, et même plus. Mais je ne me battrais pas avec toi. Je refuse.

Le jeu n'en vaut pas la chandelle. Loin de là.

- Tu ne veux pas d'un compagnon sur la réserve dis-tu. Cependant, je ne peux accéder à ta requête, et je pense que tu le sais. Ces provocations à peine voilées sont veines, j'ai passé plus de cent ans à courir le monde, et je pense avoir acquis assez de sang froid et de maîtrise pour ne pas m'échauffer à chaque pique lancée par un potentiel adversaire. Comprends bien que je ne te dis pas ça dans le but de te vexer, mais ce que je veux partager avec toi est loin d'être un combat. Et je ne serais sûrement pas fort à travers cet affrontement, seulement facile à vaincre pour pouvoir en finir au plus vite. Alors je pense qu'il est plus honnête de ma part de décliner.

L'elfette est assez étrange dans ses demandes, dans ses réactions, voire même dans ses sentiments, s'il ne se trompe pas. Elle lui fait penser à une jeune sœur qu'il lui faut éduquer, sans réellement la connaître, et pourtant, il a envie de la protéger, de lui apprendre. « Lui apprendre quoi ? La vie d'un hybride en cavale ? L'ennuie de la solitude ? La peur de soi plus que de l'autre ? La haine féroce qui pousse au meurtre ? La voix que tu entends dans ta tête ? »

Il aimerait seulement qu'elle ne l'ait pas regardé avec tant de pitié dans ses yeux, il aimerait qu'elle ne lui ait jamais passé la lame sur la gorge, il aimerait qu'elle n'ai jamais pu être blessé par lui. Mais il ne connaît même pas son nom. Ne sait d'où elle vient, où elle va, si elle va. Il ne sait pas. Ne sait pas s'il a envie de savoir non plus. Parce que le savoir implique une certaine responsabilité des actes. Et cette responsabilité, il ne se sait pas forcément capable de l'accepter.

La question lui brûle tout de même les lèvres :

- Puis-je connaître ton prénom au fait ? Il me semble ne pas l'avoir entendu si jamais tu me l'as déjà donné.


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