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 Souvenirs de temps révolus | Dyarque

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Taurë
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MessageSujet: Souvenirs de temps révolus | Dyarque   Lun 12 Nov 2012 - 17:17

Onze longues années...des poussières pour Taurë. Cela faisait onze ans qu'elle avait quittée la capitale du Peuple Immortel où pendant deux siècles, elle avait siégée dans le plus proche entourage de la reine Orelindë. Amie intime et conseillère de cette dernière, la position que détenait la Gardienne lui permettait d'affirmer, sans crainte de se tromper, qu'elle figurait officieusement parmi les personnes les plus puissantes du royaume. Certes elle ne dirigeait pas, et son poste officiel n'était que conseiller, mais l'amitié qu'elle entretenait avec la reine épousait à merveille les sages conseils qu'elle dispensait, et il était bien connu qu'obtenir une faveur de la reine nécessitait de transiter par Taurë. Cela ne garantissait pas l'aval d'Orelindë, mais avoir celui de son amie était presque indispensable.

Depuis ces onze ans où elle avait refermée la porte du palais derrière, et celle d'Alëandir avec, ni l'une ni l'autre ne furent réouvertes. C'était également ce même nombre d'années entretenues par elle, son frère et sa mère s'en se voir. Mais si Taurë, non plus en tant que conseillère mais Gardienne, poussait délicatement la porte de la Prime Cité, ce n'était point pour eux, mais pour une toute autre personne. La Gardienne ne pouvait cependant pas affirmer au nom de quoi, ni qui elle allait rencontrer. Était-ce la Gardienne qui s'en allait rencontrer le Roi des Elfes, ou bien l'ancienne conseillère désireuse de revoir l'ancien seigneur de Daranovar ? Ou tout simplement, Taurë revoyant Dyarque après une décennie sans entrevue, car l'Elue voyait en elle germer le désir de retrouver l'une des rares personnes qui lui rappelait ce temps glorieux où Orelindë arpentait les couloirs du palais d'une démarche assurée en compagnie de son époux.

Taurë savait cependant, que s'il prenait l'envie à Dyarque de définir leurs retrouvailles comme celles d'une Gardienne et d'un Roi, elle ne désirait aucunement que sa venue à la capitale soit publique, et c'est pour cette raison qu'une fois sa magie voilée et la Symphonie apaisée, elle pénétra dans la Cité Éternelle, voilée par une vaste cape qui couvrait son corps et son visage. Alëandir la grande...n'avait que peu changé depuis la brusque fin du règne de la reine. Régence puis une nouvelle élection s'étaient succédées, et celui qu'elle avait jadis connue en tant que seigneur de Daranovar jouissait désormais de détenir entre ses mains le salut d'un peuple. En gravissant les marches menant au palais, le Vaisseau ne pouvait s'empêcher de se demander comment l'entrevue allait tourner. Si sa volonté lui dictait que ce n'était pas le Roi, mais Dyarque qu'elle venait voir, la Gardienne ne pouvait s'interroger sur le « comment » de sa réception : Onze ans plus tôt, c'est comme une voleuse qu'elle avait quittée Alëandir, sans adieux. Et c'est comme une voleuse, cachée, qu'elle y revenait.

Elle connaissait le chemin, elle s'en souvenait. Arrivée à la porte de la cour, elle se dirigea vers un Elfe en longue robe argentée, et sans montrer son visage, elle lui adressa ses mots :

« Dis à Dyarque de Lanthoran que l'Aleyïa Adäm désire le voir. »

La voix de la Gardienne, dure et inflexible, ne laissait que peu de choix. Jadis simple, cristalline et chétive, la parole de Taurë s'était vue dôtée de piques acérées et de tournures agréables qu'elle avait acquise à force de devoir se défendre contre les paroles des Protecteurs. Quand à comment elle se présentait, Dyarque n'était pas sans savoir, du moins elle le pensait, d'où Taurë provenait à son arrivée à la cour : le clan des Aleyïa Adäm. Et si cela ne convainquait pas le Roi, la Gardienne avait beau se donner du mal pour contrôler et masquer sa magie et sa puissance, elle n'arrivait à la voiler dans l'absolu, et rien qu'un échantllon de sa puissance pouvait éveiller l'intérêt du Roi.
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Dyarque
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MessageSujet: Re: Souvenirs de temps révolus | Dyarque   Jeu 29 Nov 2012 - 14:57

    D'abord, Linderel n'en avait rien cru. Il était impossible, avait-il pensé, qu'une telle personne ne s'approchât du Trône Blanc. L'Estel trônait toujours au centre de l'Harma Laïca, plus magnifique chaque jour que les Cinq faisaient. En cela, il fallait sans doute remercier le Voile : l'arbre n'avait eu de cesse de croître et de s'embellir à mesure que s'éternisait la Malenuit.
    À mesure que la sensation s'était faite plus précise, il s'était néanmoins fait une raison. On n'inventait pas pareille sensation. Lui revinrent alors en mémoire les rumeurs qui avaient pu lui parvenir. On disait que l'Estel ne chantait plus, en tout cas plus comme avant. On disait que l'Anaëh toute entière avait repris son chant. Il n'y avait guère prêté d'attention, depuis l’éclipse, ils étaient de plus en plus nombreux à prétendre entendre la Symphonie ; mais plus nombreux encore étaient ceux qui le clamaient sans l'entendre. Les elfes vivaient une époque troublée, loin de ce qu'ils avaient connu pendant plusieurs siècles. Avec les noirelfes aux portes de l'Anaëh et le message on ne pouvait plus clair de Kÿria, tous se remettaient en question. Alors, qu'une Gardienne fisse surface était hautement symbolique et réconfortant. Peut-être la Mère commençait-elle à pardonner ses enfants.
    Faisant fi de ses doutes, le vieux mage avait pris la direction de la cour. Sur le chemin, on l'avait poliment salué. Pas un ne l'avait ignoré et cette observation le fit sourire, alors qu'il prenait une nouvelle fois la mesure de son statut si particulier. Il ne portait aucun titre, n'avait reçu aucun honneur sinon celui de terminer sa formation à l'Académie. Et pourtant, tous le considéraient comme l'un des elfes les plus puissants de l'Anaëh. À Alëandir, tout du moins, car sa renommée encore naissante ne dépassait pas la première ville et les hautes sphères elfiques. Ainsi en allait-il chez les elfes, la plupart du temps, ils ne savaient pas qui pouvaient les guider ; qu'ils sussent qu'ils fussent là, quelque part, suffisait.
    À peine eut-il mis le nez dehors qu'il la vît, sans l'ombre d'un doute. Et il sut qu'il ne s'était pas trompé. « Voilà plusieurs siècles ne répond plus aux convocations qu'on lui transmet, répondit-il avec un sourire amusé. Bienvenue en Alëandir, ma Dame. C'est un honneur que de vous rencontrer... » Il s'inclina, autant que son dos fatigué le lui permit. « Pardonnez moi, mais si je puis me permettre, je suis un vieux singe auquel il est difficile d'apprendre une nouvelle grimace. J'eus l'honneur de rencontrer Myrhyarmen quand elle nous offrit l'Estel et je côtoyai un temps celle qui la précéda. Aussi, malgré tous vos efforts, je n'ai pu m'empêcher de vous reconnaître. »
    Linderel pouvait paraître familier ; il ne l'était pas. Direct et simple, oui, mais il respectait Taurë pour ce qu'elle était et ses mots étaient empreint d'un respect certain. « Vous vous en sortez très bien, d'ailleurs. Mais je suis plus dur à duper que la moyenne... Et Dyarque aussi. Si j'ai su que vous arriviez, alors lui aussi. » Autrement dit, si Linderel était là alors que Dyarque était absent, la Gardienne pouvait en tirer les — déplaisantes — conséquences. Il reprit cependant rapidement : « Mais laissez-moi vous conduire à lui. Il est des entrevues que même le Seigneur Protecteur d'Alëandir ne peut esquiver. » Il conclut cette dernière phrase en proposant son bras à la Gardienne, qui l'accepta ou non. Cela, l'histoire ne le dit pas.

    Pour la première fois depuis la chute d'Ellyrion, Dyarque avait peur. Installé sur le Trône Blanc, seul comme à son habitude, il n'avait pas esquissé le moindre mouvement depuis qu'il l'avait sentie arrivée.
    Les jours se ressemblaient tous, désormais. S'il continuait à assurer la plupart de ses devoirs, le vieux mage — ainsi l'appelait-on, désormais, à Alëandir — avait pris la mauvaise habitude de déléguer tout ce qu'il pouvait à Linderel. Dyarque savait ce qui était en train de se passer, il devenait une marionnette, une icône pour les elfes ; le vrai Seigneur Protecteur, ce n'était plus lui mais Linderel. Lui siégeait sur son trône et, se faisant, rassurait les elfes... Tout du moins, certains l'espéraient. Lui-même n'y croyait plus. Il savait son temps révolu, il avait fait son possible pour guider comme il le pouvait un peuple soudainement plein de contradictions et de doutes. Quand il prenait le temps de regarder son œuvre, il n'en rougissait pas. La porte d'Anaëh, bien qu'ouverte, tenait. Les Terres avaient gagné en autonomie, si bien que les elfes commençaient à trouver eux-même les solutions à leurs problèmes.
    Mais face à la perspective de faire face à la Gardienne, il doutait. Il savait avoir commis des erreurs. La plupart des terres ne possédaient plus de Seigneurs Protecteurs, si bien que le lien entre le Trône Blanc et l'Anaëh avait perdu de son sens. Il avait tout donné à l'Anaëh. Il avait accepté de continuer à vivre loin de ses filles, loin d'Elycia, il avait accepté de sentir son âme tourmentée lui rappeler ce qu'il avait perdu, en permanence, et avait fait de son mieux pour que d'autres ne perdissent pas les mêmes trésors que lui. Mais désormais, il était fatigué, il était usé et peut-être venait-elle pour le renvoyer. Peut-être était-ce pour le mieux.
    L'idée d'avoir déçu Kÿria l'effrayait, pourtant. Parce qu'on ne savait jamais comment la Mère réagissait, dans ces cas là.
    Le tirant de ses rêveries, la porte s'ouvrit et Linderel pénétra dans la pièce. Il n'était pas seul. « Dyarque, laisse moi te présenter... Eh bien, je peux le dire, je crois. Laisse moi te présenter la Gardienne de Kÿria. » N'étant plus seul, Dyarque se renferma. Ses doutes, ses peurs, ses peines, il les bannit comme il l'avait fait tant de fois. Se redressant lentement, il incarna à nouveau le Seigneur Protecteur de l'Anaëh. Il redevint ce mage froid et distant que bien peu aimaient vraiment. « C'est un honneur, ma Dame. Que peut le Trône Blanc pour la Gardienne de notre Mère à tous ? »
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Taurë
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MessageSujet: Re: Souvenirs de temps révolus | Dyarque   Jeu 29 Nov 2012 - 18:23

L'Elfe qui lui répondit fit preuve d'un respect non voilé, paré de belles paroles destinées à un être de haut rang. Si ces politesses étaient méritées...cela restait un bon sujet de débat contradictoire. L'une des êtres les plus illustres de la Forêt arpentait les couloirs de la première cité du monde, cachée comme une voleuse afin qu'on ne la reconnaisse pas. Corps et visage étaient voilés, et pourtant, on ne s'était point interrogé sur sa personne et son identité. Cependant, au vu de la facilité déconcertante avec laquelle son interlocuteur l'avait reconnue, elle se mit à douter de l'efficacité de son déguisement. Si tant est qu'elle s'affairait à recouvrir sa puissance d'un long rideau, Taurë doutait du résultat, et elle avait beau s'affairer, sa proximité devait agiter les mages alentours tel des fourmis enragées.
Les paroles de l'Immortel lui faisant face confirmèrent ses légères craintes. La Gardienne sourit derrière son capuchon aux paroles du mage - car elle sentait qu'il était détenteur d'une certaine puissance - qui se voulurent complimenteuses envers sa discrétion. Mais si tel était réellement le cas, alors seuls les non-mages et les sourds au Chant n'avaient pu se douter de sa présence. Elle savait les Paroles uniques et différentes pour tous, mais Elles avaient toutes la même signification lorsqu'il s'agissait de Sa Choisie. Elle en déduisit que peu ici jouissaient d'ouïr le Chant des Arbres, et cela l'attrista, sinon lui déplut. Elle le sentit qui s'inclina, cela ne manqua pas de lui plaire. La manière qu'il avait de parler de la personne du Roi la fit de nouveau sourire. Tout de sa personne semblait être ce qu'elle fut elle aussi. Rien de vaste, de fastueux et de glorieux, sinon un poste de conseiller. Mais dans les couloirs, tous savaient qui elle était, et s'inclinaient devant son passage comme ils s'inclineraient devant un Seigneur Protecteur. Finalement, au bruit de ses pas, il le suivit pendant un court instant. Les discussions qu'elle entendait finirent par se tarir, signe qu'on approchait du lieu le mieux protégé de l'Anaëh. Les vies qu'elle sentait se faisaient plus rares, sinon par patrouilles. Elle entendit une porte s'ouvrir, et celui qui s'était adressé à elle la présenter. Elle remarqua le tutoiement entre les deux Elfes, ou plutôt, celui dont faisant preuve son réceptionniste, ce qui ne manqua pas de la conforter dans son idée que cet être qui s'adressait ainsi au Roi occupait à présent la place qu'elle-même occupa durant longtemps.

« C'est un honneur, ma Dame. Que peut le Trône Blanc pour la Gardienne de notre Mère à tous ? »

Ma Dame...Il lui faudrait du temps, pour ainsi se faire appeler de nouveau ainsi par les plus hautes figures de son peuple, et par « peuple », elle comprenait le roi. Jamais elle ne fut ainsi appelée par celle et celui qui précédèrent Dyarque. Telrunya ne lui parlait que très peu, et lorsque tel était le cas, il l'appelait comme sa femme : par son prénom. D'ailleurs, tous l'appelaient ainsi. Dans les réunions officielles et les Conseils où elle assistait, beaucoup la nommaient « Dame Taurë », un étrange paradoxe, mêlant le titre et le prénom, et non uniquement le prénom, ou le titre et le nom. Durant ses premiers temps à la cour, elle se faisait en effet appeler « Taurë » par la reine, mais en réalité, ce n'était pas par affection - au début du moins -. Simplement car elle n'était rien. Puis au fil des premières années, ce qui était au début une formalité devenait un lien d'amitié. Se souvenant de si beaux souvenirs, elle sourit sous son capuchon qui voilait toujours son visage. Elle le rabaissa doucement, dévoilant son visage au Roi. Elle ne sut s'il la reconnut, car il n'esquissa aucun mouvement à part celui de s'être levé.
Qu'il l'ait reconnue ou pas, elle lui adressa un sourire nostalgique.
Elle tentait de se conforter dans cette idée. Il la reconnaîtrait, du moins à ses paroles si ce n'était point par ses beaux traits. Elle ôta son vaste manteau sombre, le posant là où ses mains tâtonnantes lui permirent de trouver ce qui ressemblait à un fauteuil. Elle redevint qui elle était dans sa robe châtaigne et céladon claire, ses pieds nus refoulant le pavé froid du palais, en Gardienne et non en pèlerine comme elle avait franchie la Prime Cité. Elle se tourna de nouveau vers la Vie qui émanait de Dyarque. Elle avait passée onze années sans le voir, et ce ne serait pas aujourd'hui qu'elle vaincrait ce chronomètre centenaire, ironiquement. Ses souvenirs étaient intacts, en ce qui concernait le Roi. A l'époque, certes il ne l'était pas. Dyarque n'était pas la personne qu'elle appréciait le plus, mais il était loin d'être stupide. Il agissait toujours pour le bien de son peuple. Même si elle ne le portait jadis pas dans son cœur, sans pour autant le détester, leurs relations demeuraient courtoises et empreintes de respect. Non, si elle revenait voir Dyarque après tant de temps, c'était car il demeurait l'unique survivant d'une multitude de Protecteurs, dont le sang et le nom s'ancrèrent dans l'histoire de l'Anaëh. Il y avait également d'autres raisons, mais Taurë les dévoilerait en temps voulu. Alors après quelques secondes de silence, elle brisa ce dernier en prenant la parole.

« Ma Dame...voilà onze ans que l'on ne m'a pas nommée ainsi. Reste assis, Roi, car ce n'est pas la Mère qui m'envoie. Aujourd'hui, je rends visite à un spectre du passé. »

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Dyarque
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MessageSujet: Re: Souvenirs de temps révolus | Dyarque   Mer 12 Déc 2012 - 7:28

    Un spectre du passé ? Aurait-elle voulu l'insulter, la Gardienne ne s'y serait pas pris autrement et, s'il n'en montra rien, ce trois mois jeté négligemment à son visage touchèrent le vieux mage plus sûrement que les assauts noirelfiques qui ébranlèrent Ellyrion. Ainsi, voilà ce qu'il était, pour l'Élue de la Mère ? Un fantôme ? Si tel était le cas, et parce qu'il ne pouvait imaginer que la Mère se trompât au sujet de son choix, alors c'était que Kÿria elle-même ne le soutenait plus. Malgré lui, il regarda un instant son ami de toujours qui, contrairement à son habitude, ne sut comment réagir. Lui aussi ne s'était pas attendu à ce genre d'introduction. « Je ne comprends pas. » Il n'avait pas fait un geste pour se rasseoir, bien au contraire. Il lui semblait que bouger était se condamner. Que lui était-il arrivé ? Comment, après avoir demandé et acquis le soutien de la Blanche, pouvait-il se voir ainsi négligemment condamné ? À moins que la formulation ne fut une boutade, mais il ne pouvait le croire. Taurë était la Gardienne de Kÿria ; elle devait savoir que ses mots avaient une importance, qu'ils étaient porteur de messages.
    « Vous voudrez peut-être vous asseoir » , intervint Linderel en sauveur providentiel et Dyarque le haït pour cela. Son regard se fit de glace et c'était comme s'il avait cessé de respirer. Une phrase. Il avait suffit d'une phrase à l'Élue pour provoquer un électrochoc à son Roi. Ironiquement, c'était la première fois qu'Elycia et ses filles n'obsédaient plus ses pensées. Cela n'échappa à Linderel, qui lança un étrange regard à leur invitée. Il avait eu, l'espace de quelques instants, l'impression de contempler son vieil ami et non pas le supplicié qu'il était devenu. L'avait-elle fait exprès ? Ou bien sa condamnation, quoique salutaire sur l'instant, était réelle ? Il craignait la réponse.
    « Si vous êtes venue me juger, ainsi soit-il. Si vous me pensez indigne du Trône Blanc, je ne lutterai pas. » La voix grave et posée du Roi retrouvait toute sa force, loin de l'apathie qui l'avait caractérisée ces dernières années. « Si j'ai failli, j'en accepterai les conséquences. »
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Taurë
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MessageSujet: Re: Souvenirs de temps révolus | Dyarque   Mer 12 Déc 2012 - 14:14

La Gardienne, bien qu'aveugle, put sentir comme une levée de boucliers suite à sa déclaration. Sur sa défensive, d'un ton comme las, il avait prononcé ses paroles comme une sentence, fatale et irréversible. Taurë posa ses yeux sur le Roi, cherchant doucement de ses mains un fauteuil pouvant l'accueillir. Elle en trouva un, touchant un autre par mégarde, signe que le Roi pouvait prendre place à ses côtés si elle le désirait. L’Élue ne put retenir un petit rire. S'appuyant sur le dossier du siège, elle garda le silence quelques instants, puis dans le silence de plomb qui s'était installé, elle tourna de nouveau son regard vers Dyarque.

« Si je pense que tu es digne ou pas de régner, cela n'importe pas. Quand à la Mère, elle ne m'a pas fait part de son avis. Penses-tu avoir failli dans ta tâche ? L'état du royaume ne semble pas pire que lorsque tu en as pris les reines. D'un autre côté...il n'aurait pu l'être davantage. As-tu agi de manière à craindre la Mère, encore plus que tu le devrais ?
Comme je te l'ai dis, ce n'est pas elle qui m'envoie. Et si par un de tes actes, tu aurais à redouter plus que nécessaire la colère de notre Mère, alors je reviendrais une autre fois, en tant que Gardienne, car ce n'est pas ce que je veux être aujourd'hui ; en quel cas je ne serais pas venue avec ce manteau mais dévoilée.


Elle prit place dans un fauteuil. Elle laissa ses paroles imprégner l'esprit des deux Elfes. Si elles ne se voulaient nullement menaçantes, les paroles de la Gardienne établissaient un postulat que le roi lui même avait confirmé et redouté quelques instants plus tôt. Ce n'était pas la Gardienne qui rendait visite au Roi. C'était la conseillère qui désirait discutait avec le Protecteur de Daranovar. Comme s'appropriant les lieux, elle invita Dyarque à la rejoindre d'un geste de la main. Les rôles semblaient inversés, le Roi semblant étranger à cette salle, y pénétrant pour la première fois depuis 11 ans, à l'inverse de la Gardienne, qui paraissait ne jamais l'avoir quittée.

« Tu es mourant, Dyarque. Il semblerait que contrairement à toi, ma mémoire se souvient du passé et je gage d'en retenir les leçons. Qui es-tu ? Que fais-tu ? Tu es sur le trône, mais d'être Roi, tu n'en as que l'apparence. Tu relègues tes charges à un autre. Explique moi pourquoi en arpentant les couloirs, le nom qui me parvenait le plus aux oreilles était « Linderel » et non « Dyarque » ? Étais-tu là lorsque notre précédente reine sombrait peu à peu dans la folie, reléguant les affaires du royaume à d'autres ? Figurais-tu parmi les Protecteurs, lorsqu'Orelindë, notre reine et mon amie, ne devenait plus que l'ombre d'elle même ? Vois son sort, et tire en des leçons. Déchire le voile qui te recouvre, que nous puissions de nouveau assurer d'avoir un roi. Cependant, ne te méprends pas. Je ne remets pas en cause ce que tu as fais dans le passé. C'est aujourd'hui à toi que je parle, et non à celui que tu fus. Regarde par la fenêtre, Dyarque, et dis moi ce que tu y vois. Même aveugle, je peux voir la médisance qui s'est installée dans notre ville par faute de passivité. Tu n'en es pas l'unique cause, mais tu figure parmi elles. Dis-moi, comptes-tu attendre d'être assassiné, ou envisages-tu de remonter la pente et de tourner ton regard vers de meilleurs horizons ? »

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MessageSujet: Re: Souvenirs de temps révolus | Dyarque   Mer 2 Jan 2013 - 23:17

    « À défaut de l'avis de la Déesse, au moins ai-je le votre, » commenta gravement le vieux mage, le regard étrangement éteint. Il regarda un instant Linderel qui, lui, observait silencieusement la scène, désemparé. Les deux elfes se connaissaient depuis bientôt un millénaire et jamais il n'avait vu son vieil ami dans un tel état. Jadis, il aurait foudroyé du regard l'impudent qui avait osé s'adresser ainsi à lui. Jadis. Mais là, face à cette Gardienne, le vieux Roi ne savait que répondre et n'en avait même pas envie. Avait-il seulement écouté jusqu'au bout sa sentence ? « À défaut de votre respect, au moins ai-je votre mépris. »
    Linderel ne pouvait qu'imaginer les raisons qui poussaient Taurë à parler ainsi. Espérait-elle un choc salutaire ? Pensait-il qu'il suffisait de quelques belles paroles provocatrices pour tirer de sa léthargie un homme qui pleurait femme et filles ? « Si vraiment vous venez en tant qu'elfe, ma Dame — et il insista bien sur le titre — alors n'oubliez pas à qui vous parler, » dit-il avec respect mais fermeté. La main du vieux mage l'empêcha de continuer. « Laisse, mon ami. Si telles sont ses pensées, il serait futile de l'empêcher de les partager. » Il marqua une pause puis reprit, presque avec douceur : « Peut-être ai-je, en effet, sous-estimé le regard que l'on pouvait avoir à mon égard. Pour l'heure et tant que les choses ne changeront pas, je suis le Trône Blanc.
    « Merci de me l'avoir rappelé. » Et il s'inclina.
    Le silence qui s'installa par la suite fut des plus pesants.
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Taurë
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MessageSujet: Re: Souvenirs de temps révolus | Dyarque   Ven 11 Jan 2013 - 12:15

La Gardienne laissa le silence faire son effet. Il ne la gênait nullement. Elle n'attendait pas réellement de combativité de Dyarque. Après tout, que pouvait-il faire ? Bien qu'elle ait assurée n'être ici en tant qu'Elfe, son statut n'était pas ignoré pour autant, et que ce soit de l'indifférence, de la prudence ou de la faiblesse, le Roi ne répondait pas à son interlocutrice comme il le devait. Aucun des deux Elfes n'avaient esquissé le moindre mouvement, contrairement à Taurë qui vaquait, puis s'était assise dans un siège. Finalement, elle souffla bruyamment du nez assez pour qu'on l'entende, et elle tourna son visage d'où venait la voix de celui qui, sauf erreur de sa part, était ce Linderel.

« Je n'ai ni besoin qu'on me rappelle à qui je m'adresse, ni en quoi je suis ici. Aux dernières nouvelles, tu n'es pas le Roi, malgré ce que le palais semble affirmer. »

La Gardienne se releva, croisant ses mains sur le bas de son dos. Elle marcha lentement, durant quelques secondes, puis finit par brusquement lever la tête vers Dyarque. Quel dommage qu'elle ne put le voir. Elle regretta sa vue, ne serait-ce que pour discerner quelle expression se peignait sur son visage. De la peine ? Du remord ? Ou rien, sans doute. Qu'une bouche, un nez et deux yeux peints sur un visage pâle.

« Crois moi ou pas, Dyarque, mais je ne te méprise en rien. Affirmerais-tu le contraire de ce que j'ai dis ? Apporte-m-en les preuves, dans ce cas. Je respecte qui tu es, et ce que tu es, mais pas ce que tu fais : Rien. Le regard des autres n'est pas important. Que tu le prennes en compte ou pas, le mien y compris, cela n'entre pas en compte. Ce n'est pas pour ta réputation, ou ce que les autres diront sur toi qui est en jeu, mais l'avenir de l'Anaëh. Tu es certes le Trône Blanc, elle marqua une pause, regardant d'un air amusé Linderel, mais la politique de la chaise vide n'a réussie à personne. »

Elle marqua une pause, et reprit avec une douceur que peu pouvaient se vanter d'avoir entendue dans la bouche de Taurë.

« Ne crois-tu pas que c'est ce que ta femme et ta fille auraient voulues ? Que tu fasses le bien pour ton peuple ? Elles n'apprécieraient probablement pas de te voir ainsi. As-tu songé à ceci ? Fais ce qu'il faut, Dyarque. Que ce soit pour elles ou pour ton royaume, fais toi une raison. Mais agis, c'est tout ce que je te demande. »

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Dyarque
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MessageSujet: Re: Souvenirs de temps révolus | Dyarque   Mar 15 Jan 2013 - 22:58

    Dyarque aurait pu tout entendre. Il aurait pu tout endurer, jusqu'à entendre Kÿria elle-même le renier par la bouche de sa Gardienne. Peut-être même l'avait-il espéré, sans jamais se l'avouer. Car que la Déesse le jugeât incapable d'être le Seigneur Protecteur d'Alëandir et alors, il n'aurait pas hésité. Il aurait reposé sur la table du Conseil le mince diadème qu'il ceignait parfois et serait parti sans se retourner, il se serait assis au pied d'un chêne et se serait laissé mourir. Tout simplement.
    Son malheur fut qu'il ne semblait pas dans les projets de Taurë de le libérer, au contraire. C'était comme si l'elfe avait encore des projets pour lui. L'elfe et non la Déesse d'ailleurs ; Dyarque ne pouvait s'empêcher de le remarquer. L'esprit comme engourdi encore par le poids de cette rencontre et la dureté des paroles, il restait cependant assez vif pour voir clair dans le jeu du Vaisseau. Elle voulait qu'il se dresse, face à tous, elle le voulait comme un symbole. Le vieux mage, cependant, n'était pas de cet avis. Les elfes n'avaient pas besoin de lui pour décider de leur vie, ils avaient besoin d'eux-mêmes. Ils avaient besoin de se souvenir de cette époque où il n'y avait ni protecteurs ni conseils. Ils avaient besoin de se souvenir qu'ils étaient elfes et fils d'Anaëh et que ces deux vérités suffisaient. Il n'avait aucune envie de devenir le pantin d'une cause en laquelle il ne croyait pas et rien de ce qu'elle pourrait dire, sinon que la Mère elle-même le demandait, n'aurait pu le faire plier. Rien. Et surtout pas l'évocation de son épouse et de ses filles. Surtout pas pour le faire culpabiliser.
    Son visage se métamorphosa. Il avait été abattu et résigné tout le long. Ses yeux avaient été deux puits sans fond, sans âme ni volonté. Mais quand elle lui demanda si les femmes de sa vie — car c'était ce qu'elles avaient été — apprécieraient de le voir ainsi, ses traits se durcirent et son regard redevint la glace qu'il avait jadis été... et plus encore. La colère sourdait presque. C'était une colère qui n'avait rien de salvatrice, en réalité, et si Taurë avait espéré le tirer de sa léthargie, sans doute n'avait-elle pas prévu que ce fut ainsi. C'était presque de la haine que ressentait le vieux mage pour l'elfe qui lui faisait face. La magie susurrait à ses oreilles une mélodie entêtante, alors qu'il la saisissait presque sans s'en rendre compte. Voilà bien longtemps qu'il ne l'avait plus écoutée, cette terrible soif de pouvoir, cette terrible envie de puissance. Dans son combat contre la Jy'lan, il n'existait plus de douleurs, plus de peines. Il ne dit rien. Il ne fit rien. Il se tint seulement droit, soudainement menaçant, prêt à déchaîner un pouvoir qui l'anéantirait peut-être lui-même. Jusqu'à ce que : « Dyarque. »
    La voix résolue de Linderel lui rappela la réalité et il se souvint qui lui faisait face. Il ne relâcha pas son pouvoir, pourtant. Il luttait. Pas contre l'envie d'attaquer Taurë, non. Contre la tentation de se déchirer lui-même. « Il suffit, mon ami. Tu sais que je ne te laisserai pas faire. » Alors, doucement, la magie fut libérée. Le vieux seigneur protecteur n'avait pas esquissé le moindre mouvement. Il n'avait pas expiré le moindre souffle. Mais il avait été à deux doigts de tout terminer. « Des tiens, je ne sais rien, elfe. » Il était difficile de définir, alors, le ton que prit le veuf d'Elycia. Sinon qu'il n'était ni amicale, ni respectueux, ni agressif. Il était d'un autre monde, peut-être. « Des miens, tu es toute aussi ignorante. » Et sans un mot, s'en fut. Rien ne le retint, ni la voix de la Gardienne, ni le regard plein de détresse de Linderel. Le Seigneur Protecteur d'Anaëh ferma la porte derrière lui et Linderel regarda un instant Taurë, presque avec compassion, avant d'entamer lui aussi une sortie.
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MessageSujet: Re: Souvenirs de temps révolus | Dyarque   Mer 16 Jan 2013 - 11:41

A mesure que la puissance de Dyarque se manifestait, Taurë souriait. Elle ne voulait nullement qu'il l'attaque, si tant est qu'il fût assez fou pour le faire, seulement qu'il réagisse. Cependant, une part d'elle voulait inlassablement voir jusqu'où le Roi pouvait aller, s'il était réellement capable de mettre à exécution le désir qui devait le tenailler. Pour cette raison, elle fut quelque peu déçue de voir Linderel tempérer son ami. S'il ne l'avait pas fait, un combat aurait certainement éclaté, et Taurë aurait réussie ce pour quoi elle était venue : faire réagir Dyarque. Lorsqu'il eût quitté la salle, après des paroles pragmatiques. Sans un mot, la jeune Elfe s'assit lentement sur le trône, non pas qu'elle désirait y rester, loin de là. Elle sentait que Linderel s'en allait aussi, s'apprêtant à la laisser seule dans la salle du trône. Elle croisa ses jambes, appuyant sa tête sur sa paume ouverte, accoudée au bord du siège royal.

« Linderel, toi qui connais Dyarque mieux que quiconque...transmets-lui un message de ma part, puisque le Roi ne veut pas de ma présence. Je pense que tu n'es pas sans savoir que ton ami accepterait sans doute de se faire destituer de ma main sur ordre de la Mère. Mais je pense que tu sais également qu'à l'instant où nous parlons, il ne...« vit » - en ne faisant pas grand chose - que parce qu'il est Roi. Si je lui ôte le trône, je le tuerais irrémédiablement. Cela, nous le savons tous deux...et je doute que tu souhaites voir ton ami mourir, je me trompe ? Alors puisque moi je n'y arrive pas, j'espère sincèrement, dans son intérêt plutôt que le mien, que tu sauras trouver les mots pour que les Elfes retrouvent un Roi. »

Taurë se leva, se guidant à tâtons tant bien que mal vers là où elle pensait avoir laissé son manteau. Elle le revêtit, s'arrêtant près de Linderel, posant ses émeraudes sur lui. Elle aurait aimé le voir, également. Elle aurait sue s'il était capable d'assurer un royaume. C'était une satisfaction dorénavant perdue pour longtemps.

« La prochaine fois que nous nous verrons, Linderel, j'espère que ce sera dans des circonstances meilleures qu'aujourd'hui. »
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