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 Souffler sur la poussière [PV]

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Dun Eyr
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MessageSujet: Souffler sur la poussière [PV]   Mar 1 Jan 2013 - 19:25

La carriole bringuebalante allait son chemin sur la route pavée de mauvais cailloux, tanguant comme une cargue agitée par des remous dansants ; juché là-dessus, Dun Eyr mâchait des grandes pousses de salsepareille, les yeux dans le vague. Pour affréter la carriole, il avait dû se dérober aux plus vieux usages des Nains — qui ne juraient que par le bouquetin — pour y faire atteler un poney des Baronnies, acheté à l’enclave de Lante. Pareillement, les deux Nains qui faisaient escorte au Haut-Prêtre, une hache balancée sur l’épaule, étaient perchés sur un couple de ces équidés patauds et bêtes. Dans le campement d’Almia, l’hiver avait été tenace : il ne restait plus un bouquetin, ni même une chevrette, qui n’avaient fini à la broche.
Dun Eyr rumina une grande feuille de salsepareille, déjà forte depuis que les jours de l’été avaient reparu, et si juteuse qu’elle lui tira un long crachat vert. Exception faite des bouquetins, les choses commençaient de s’apaiser au nord d’Aduram et de l’Anaëh : au long hiver avait succédé un doux printemps, et le peuple de Nanie semblait retrouver ses esprits. Lante relevait ses palissades ; les fourneaux de Thanor retrouvaient leurs longues fumerolles. A Almia, les clans sauvages du Nord n’avaient frappé que deux fois depuis le dégel ; sous la pierre de l’ancienne cité, la première profondeur semblait purgée de ses Gobelins aux vertes gueules. Pour la première fois depuis l’enténèbrement de la Fournaise, le Haut-Prêtre avait quitté le sanctuaire d’Agrarald sans craindre de retrouver morts ses compagnons ; sa figure tannée par la crasse retrouvait, avec surprises, l’air vif et la caresse du vent au point du jour.
C’était parce que Mogar paraissait avoir recouvré une once de clémence pour ses fils, que Dun Eyr avait osé cette excursion jusqu’en Alonna. La tempête déchaînée par le Voile commençait de s’essouffler, les bourrasques retombaient, éparses : elles laissaient des exploits méconnus, des héros mangés par l’ombre et hésitants sur le seuil de l’oubli. Le Lirganique entreprenait à présent de récolter la mémoire de ses frères durant ces années de troubles : maintenant que la lave et le souffre s’étaient abattus sur les Archives Royales de Kirgan, il faudrait que d’autres Nains se mettent à pied d’œuvre pour retenir la légende du Petit Peuple que, déjà, la poussière commençait à flétrir.
C’était vers Alonna que les fuyards de la Nanie avaient accouru ; c’était en Alonna que les plus misérables des Nains s’étaient abrités de la fureur de Mogar. Il y avait là les reliquats des âmes sur lesquels le malheur s’était le plus rudement abattu, jusqu’à les voir s’enfuir des montagnes ancestrales ; et peut-être, dissimulés dans la mémoire de ces guerriers devenus taverniers, patientaient quelques morceaux de bravoure insoupçonnés. Dun Eyr allait se charger de tisonner ces souvenirs mutiques.


* * * *

Lorsque les trois Nains parvinrent aux portes de la cité d’Alonna, ils les trouvèrent ouvertes et rabattues comme deux mâchoires coiffant un ventre sans fond. L’été annonçait la grande foire annuelle de la Baronnie, qui déjà drainait des contrées alentour tout ce qu’elles pouvaient compter de chalands, de négociants et de receleurs divers ; quelques capuchons tirés et sombres annonçaient que les filous seraient eux aussi de la partie.
Dans cette débauche d’étals qui sentaient l’or à soixante jets de pierre alentour, il aurait été bien malheureux de ne pas y trouver au moins un Nain, le museau agité par les relents de piécettes qui clinquaient au revers des vestes des notables ; Dun Eyr promena un regard avide sur la foule qui partout affluait et se massait, cherchant parmi les courtes silhouettes à distinguer les Nains des gamins ou des bossus. Lorsqu’il fut manifeste que la carriole ne pouvait plus se frayer un chemin plus avant dans cette marée mouvante et bigarrée, le Haut-Prêtre fit mettre pied à terre à sa petite troupe. Ses deux comparses filèrent vers le bastion du Kastelord, chargés d’une lourde pierre de la plus belle ouvrage : Dun Eyr ne pouvait décemment pas poser le pied en Alonna sans rendre son hommage à la famille baronniale, à la régente Jena et au vieux Kastelord, le noble briscard ; quant au jeune Baron Dastan, voilà qui l’assurerait de l’estime dans laquelle Dun Eyr le tenait, se souvenant de l’illustre homme dont il descendait. La carriole, ainsi vidée de sa richesse, rejoignit, accompagnée des trois poneys, un dépôt sous la garde vigilante de la milice d’Alonna, contre un renfort de plusieurs piécettes de bon calibre que le Nain dut céder ; la grande foire faisait grimper toutes les enchères, même les plus accessoires. Enfin, désormais seul et allégé, le Haut-Prêtre disparut parmi les badauds et les chalands.
Il ne fut pas long, vraiment, à retrouver les capuchons à courtes-pattes qui piquaient sa curiosité. Sur les champs de lutte, Dun Eyr avait déjà entraperçu quelques Nains cabossés qui gagnaient leur rasade à la sueur de leurs poings ; mais c’était le quartier des orfèvres et des diamantaires, ceinturé par la plus attentive des gardes, qui concentrait une forte poignée de ces petits bonshommes. Entre les longilignes Humains en uniforme chamarré, quelques étals rutilants semblaient comme une minuscule Kirgan soudain ressuscitée ; les yeux pétillants, Dun Eyr n'attendit pas pour plonger et se fondre dans la douzaine de ses frères en exil.

A sa grande surprise, le Haut-Prêtre retrouva nombre des patronymes illustres de l’ancien temps ; sous les rides du souci, il reconnut même quelques visages autrefois familiers : il y avait là Brodir de Kirgan, Haltrok le Riche, et deux filles de la lignée des Kar, parmi les plus respectés des orfèvres dans l’antique Almia. L’abondante barbe argentée de Dun Eyr, tressée en trois longues torsades, n’avait pas non plus complètement glissée hors de la mémoire de ces Nains-là ; le visage du Lirganique était durci par les malheurs, mais quelques-uns reconnurent quand même ses traits sous la crinière devenue hirsute.
En quelques instants, l’attention de ces brillants orfèvres oublia leurs étals chatoyants, et les paroles ne furent plus que pour la Nanie, la terre des aïeux ; tant et si bien que quelques longues-guibolles de la milice baronniale, le visage soucieux, durent rappeler à toutes ces barbes agitées que la grande foire annuelle était également le repaire des mains en promenade...
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Alessio
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MessageSujet: Re: Souffler sur la poussière [PV]   Ven 4 Jan 2013 - 10:35

La foire annuelle d’Alonna, l’évènement qui marquait la fin de l’été pour le nord de la péninsule. Alessio avait pris un risque en revenant en Etherna, sa terre natale, peut être que des gens auraient pu se souvenir de lui… Mais c’était absurde voyons, notre barde avait bien changé depuis ces quelques années, même son père ne pourrait le reconnaitre. Quoi que, sait-on jamais ! Une fois débarqué au port de Seram, Alessio rejoint une caravane de marchands qui se rendaient à la foire d’Alonna. Mêlé ainsi à ce groupe de gens, le voyage se passa sans risques. Pour négocier une place au sein de leur caravane, notre barde n’hésita pas à faire l’éloge de ses talents de bretteur. Heureusement, personne ne lui demanda une démonstration, la présence de son épée suffisant.

Il s’était déjà rendu à la foire d’Alonna, il y a deux ans, en compagnie de son maître. Que de souvenirs lui revinrent une fois arrivé dans le quartier des orfèvres ! Tous ces bijoux rassemblaient de ci et là, c’était trop tentant pour un homme de son genre. Bien sûr le Baron avait concentré une majorité de gardes dans les environs, en prévoyance des filous. D’ailleurs, mieux valait ne pas se faire attraper, rappelons que les exécutions publiques faisaient partis des divertissements de la foire. Enfin malgré tous ces avertissements, cela n’avait aucunement empêché le duo à réaliser le vol à l’étalage du siècle, il y a deux ans… Toutefois, il semblait que cette année la garde avait été diablement renforcé. Pour Alessio, il était inutile de prendre ce risque, d’autant plus qu’il était seul. Il lui suffirait de suivre les acheteurs et de les voler habilement dans un autre quartier de la foire. Tiens en voilà un là-bas, de petite taille et très âgée, une aubaine. Alessio se dirigea vers l’étal, comme pour se renseigner sur certains produits. Il se rendit alors compte qu’il avait affaire à des nains des montagnes. Il était rare de croiser des nains dans la péninsule, le barde s’immisça donc naturellement dans la conversation.


-Je suis toujours étonné de voir des gens de votre peuple dans le royaume, c’est si rare ! Enfin heureusement que vous êtes là, on voit bien la qualité supérieure de vos bijoux, et je peux vous dire que je m’y connais en joyaux ! »

Les deux nains devaient bien se demander qui était ce drôle qui bougeait sans arrêts ses mains et ses bras, tel un orateur qui cherchait à se montrer convaincant. Toujours à l’affut, Alessio remarqua qu’un garde se rapprochait de l’étal. Il fit mine de se baisser et ramassa alors un collier d’argent avant de le tendre au joaillier.

-Faites attention de ne plus faire tomber votre marchandise, vous tentez le diable ! »

Bon sang quel idiot, il s’était promit de ne rien tenter de ce genre et pourtant, il n’avait pas pu s’en empêcher… Heureusement son petit manège était passé inaperçu, ou du moins le pensait-il. Le garde ne s’était pas déplacé pour rien, il venait de prendre en flagrant délit un voleur à l’étal voisin. Un jeune vagabond qui manquait d’expertise et allait payer cher son imprudence… Alessio poussa un long soupir.
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Dun Eyr
Ancien
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MessageSujet: Re: Souffler sur la poussière [PV]   Jeu 10 Jan 2013 - 17:07

A l’étal voisin, l’agitation soudaine autour d’un cleptomane imbécile fit se retourner toutes les vieilles barbes. Le marchand infortuné agitait ses bras en tous sens, pestant et tempêtant, tandis que sur son œil droit dansait son lorgnon de joaillier. Quelques badauds commençaient de s’attrouper autour du voleur malchanceux, entouré qu’il était désormais par deux gardes bien charpentés de la milice baronniale : la foire d’Alonna devait l’essentiel de sa popularité à l’inflexible garde qui quadrillait les allées, comme l’avait voulu l’ancien baron Hanegard.
Du côté des Nains, aucun n’avait quitté qui son siège, qui son tabouret ; sur leurs lèvres passait comme un sourire de dégoût, alors que s’éloignait la silhouette fautive encadrée par les deux colosses. Confortablement installé derrière son étal, Brodir de Kirgan plongea une pogne dans les méandres de sa capeline, et un court poignard apparut, mordant sur un côté seulement. Passant son pouce épais sur le tranchant de la lame, le Nain grogna à l’adresse de ses comparses :
« Dommage que celui-là n’ait pas poussé ses mimines jusque sous nos yeux. »
Un rire gras passa dans les gorges de tous les Nains attablés là ; pourtant, insensiblement, quelques-uns se redressèrent dans leurs sièges, et les yeux se plissèrent avec plus d’attention. Vivre six années en terre humaine n’avait pas suffi à achever une ancestrale méfiance de Nain.

Dun Eyr n’avait pas bien prêté attention au maladroit larcineur auquel Lirgan venait de jouer un tour ; il n’avait pas même levé le nez jusqu’à l’étal voisin. Une étrange silhouette de grandes-guibolles, les yeux plongés dans l’étude de la joaillerie des Nains, faisait frémir ses deux narines dilatées. A force d’humer la poussière de taille et de respirer les vapeurs âcres de l’or à peine extirpé hors de la fonte, le Haut-Prêtre croyait pouvoir deviner les joyaux et les trésors lorsqu’ils oscillaient sous son nez ; les naseaux largement ouverts, Dun Eyr espérait interroger les mains de cet étrange bonhomme d’Humain qui reposait précautionneusement, parmi les siens, un collier d’argent prétendument fugueur. Sous ce sourire jovial et ces paroles amusées, il y avait deux poignes qui laissaient échapper comme des vapeurs d’or et de pierreries ; dix doigts qui avaient l’habitude de se resserrer sur des richesses en pagaille.
Le Nain jaugea l’homme qui se tenait devant l’étal ; c’était une drôle de physionomie. Il n’avait assurément pas le type lâche et les yeux chassieux des escrocs à l’arrachée, et même sa bonhommie cordiale plaidait pour lui ; peut-être un riche négociant en promenade ? Cet inconnu rappelait à Dun Eyr, par sa parole facile, les opulents tisserands de tapis soltari, qui brassaient la monnaie sans perdre leur sourire bohême.

« Merci, Messire ! répondit enfin Dun Eyr à l’homme, avec une jovialité comme pour oublier sa méfiance de vieux Nain aigri. Les vieilles légendes péninsulaires sur l’or des Nains sont des fadaises : mes frères et moi n’en sommes pas encore couverts au point de céder librement nos plus beaux joyaux aux Alonniens. »

Le Haut-Prêtre reprit le collier que lui tendait l’inconnu, et en un tournemain le bijou s’évanouit dans les multiples poches et recoins de son ample cape. Voilà l’objet parti pour un cheminement complexe et souterrain, passant insensiblement de la paume d’un Nain à la besace de son voisin, jusqu’à disparaître complètement dans les remblais de l’étal : là, il serait pleinement et profondément ausculté jusqu’à s’assurer qu’il n’avait pas perdu le moindre gramme de son alliage. Les Nains restaient des Nains, après tout.
Mais le joyau n’avait pas achevé de transiter par son troisième Nain, que déjà le premier de la chaîne, Dun Eyr, avait oublié jusqu’à l’incident du collier. Ses prunelles sombres, dures comme un socle d’obsidienne, regardaient fixement le luth verni que l’Humain balançait nonchalamment sur son épaule : les montreurs d’ours préféraient le tambourin, tandis que les dresseurs de chiens affectionnaient la flûte ou bien le fifre ; seuls les Bardes avaient jeté leur dévolu sur les luths. Comme toujours lorsque le doute le tenaillait, Dun Eyr grogna dans sa barbe : il avait filé jusqu’en Alonna pour saisir le récit de ses frères Nains en exil, et voilà que par l’entremise d’un petit collier d’argent, apparaissait un véritable conteur au savoir ancestral ? L’on avait beau être Héraut de Lirgan, Tisseur du Destin, le hasard parvenait encore à surprendre ce vieux briscard de Dun Eyr.

« Oh, mais tu es musicien, l’Humain ? claironna le Nain avec une bonne humeur qu’il ne se connaissait plus. Il y a ici quelques pièces de bois précieux qui sauraient t’étonner.»

Le Haut-Prêtre bondit à bas de son tabouret — ce qui le fit presque disparaître derrière l’étal des Nains, surélevé deux fois qu'il était pour accueillir les badauds Alonniens — et sa longue crinière d’argent reparut l’instant d’après, balançant une lyre ouvragée de bronze. Dun Eyr avait longtemps prophétisé que le bois était l’avenir des orfèvres Nains : isolés qu’ils étaient dans un pays sans montagnes, mais boisé jusqu'aux tréfonds du moindre vallon, les exilés d’Alonna avaient entamé la taille des bois précieux ; dans leurs réserves profondes et secrètes s’affutaient déjà d’autres pièces plus exotiques encore, des diamants enchâssés dans des branches d’orme, et quelques mandolines aux cannelures d’or blanc.
Dun Eyr étala plusieurs de ces instruments ciselés sous l’œil du Barde ; alentour, quelques Nains avaient déjà plongé les pognes dans les revers de leurs mantelets. Des coutelas courbes devaient tressaillir entre tous les doigts ; il y avait eu assez de larcin pour une seule matinée. Au-dessus des barbes caressées par la brise de l’été, les pupilles sombres étaient figées comme des loups limiers.

« Mais tu as déjà un bien bel instrument, grommela Dun Eyr en étendant une main bienveillante mais décidée. Oserais-je, Messire... ? »
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