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 Retour au pays | Vincente

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Katalina Noblegriffon
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MessageSujet: Retour au pays | Vincente   Jeu 10 Jan 2013 - 1:31

Retour au pays



    Elle se souvenait l'avoir rêvé et même avoir supplié, en larmes. Elle l'avait ardemment souhaité, jusqu'à n'en plus dormir. Puis la cruelle réalité avait enflammé ses songes, elle avait retrouvé le sommeil et avait cessé de rêver. Alors seulement elle était devenue une Gardienne. Elle avait abandonné nom et honneurs. Elle avait renoncé à retrouver l'homme qui l'avait un jour tirée des ténèbres et sa fille qu'elle n'avait jamais pu apprendre à connaître. Elle avait offert son âme et son corps à sa Déesse, sans plus résister. Elle s'était laissée engloutir par l'océan et s'était relevée Mémoire.
    Jusqu'à ce que, sous l'œil indifférent d'un Favrius naissant, l'Éris eut rejeté Katalina Noblegriffon


Eyroles, marquisat de Sainte-Bertihilde, première ennéade du Favrius de la septième année du onzième cycle.



    Parfaitement immobile, Katalina se tenait face à la mer. Une main tenait fermement son bâton et les doigts de l'autre en caressaient le bois poli. Elle n'avait pas bougé depuis une bonne heure, seulement concentrée sur l'eau abondante qui s'étendait face à elle. Elle pensait la sentir, cette masse immense qui, quelques ennéades plus tôt, aurait chanté à ses oreilles. Elle aurait pu, alors, tendre le bras et, du bout de son bâton, fendre la mer. Elle aurait pu réaliser ce prodige, là où le commun des mortels aurait échoué. Parce qu'elle avait été choisie, élue et élevée. Parce qu'elle avait fidèlement servi. Parce qu'elle avait été Gardienne. Désormais, elle n'était plus rien, rien qu'une vagabonde aveugle, sans véritable identité. Une femme qui avait tout fait pour oublier ses origines et qui n'avait plus aucun futur qu'elle put vouloir concrétiser. Katalina se sentait trahie, bien évidemment, mais elle était surtout perdue et son esprit était assailli de pourquoi sans réponse.
    Elle avait hésité, un temps, à rallier un Temple mais quelque chose l'avait retenu. Sa fierté, peut-être, ou bien la peur d'être définitivement dépossédée de sa charge. C'était stupide, bien entendu, Tyra n'avait laissé plané aucune ambiguïté lors de son ultime apparition. Katalina n'était plus Gardienne et ne le serait jamais plus. Mais elle portait toujours la Bague et, aux yeux des peuples vénérant les Cinq, rien n'avait changé. Si le monde de la serramiroise s'était soudainement écroulé, ce n'était pas le cas du leur et dans ce monde là, elle restait le Vaisseau. Elle avait un rôle, un but, elle servait une cause. Ses doigts fins serrèrent si fort son bâton que ses jointures blanchirent et son avant-bras trembla. Dans ce monde là, son existence avait encore un sens. Elle ne pouvait certes plus commander aux eaux tumultueuses, elle ne pouvait jeter son regard aveugle sur des pans entiers et oubliés de l'Histoire, elle était bannie du Royaume des Morts jusqu'à ce que vînt son tour de le rejoindre, mais elle n'avait rien oublié. Elle pouvait faire croire au monde que rien n'avait changé ; du moins, c'était l'ultime illusion derrière laquelle elle tentait de se cacher mais la réalité s'imposait trop facilement. Jamais elle ne parviendrait à berner un prêtre, un mage ou quiconque était ouvert aux sensations qui ne fussent ni toucher, ni goût, ni odorat, ni ouïe, ni vue. Et surtout, surtout, Tyra ne lui parlerait plus jamais. Cette ombre d'abord menaçante qui avait scruté la moindre de ses pensées avait fini par devenir un élément incontournable de sa vie et elle se sentait plus que jamais aveugle. Et sourde. Quand elle regagnait sa chambre, la nuit venue, elle laissait ses doigts courir sur la marque qui lui barrait désormais le dos. Elle sentait le contact désagréable de ce qui aurait dû être de la peau mais qui avait le touché des écailles. Elle suivait les entrelacs rivois et, chaque fois, elle sentait sa colère monter, matinée de désespoir. Tu seras toujours mienne, lui avait-Elle affirmé, comme un ultime adieu. Cette phrase seule l'enfermait et la condamnait.
    « Katalina, il faut rentrer ! Papa t'attend. » La voix de la jeune Camille lui arracha un frisson et elle manqua sursauter. Jamais, avant, la petite n'aurait pu la surprendre ainsi. Avec lenteur, Katalina opina du chef mais n'esquissa pas le moindre mouvement pour suivre la petite. « Ça va pas ?
    — Je ne sais pas. Mais ne t'inquiète pas, nombreux furent ceux qui tentèrent de me mettre à terre ; je me suis toujours relevée. »
    Katalina avait quitté Rive grâce à la générosité d'un marchand qui avait bien voulu lui trouver une place dans sa caravane. Si elle avait été reconnaissante envers l'honnête homme, chaque voyage dans une carriole lui avait laissé un goût amer. Elle se souvenait de longues équipées durant lesquelles elle avait voyagé seule là ou quiconque ne serait pas allé sans une bonne escorte. Elle avait dû très vite se rendre à l'évidence, cependant : si elle n'avait pas oublié comment voyager malgré sa cécité, elle n'était plus capable de se défendre et avec les conflits qui secouaient la Péninsule, il eut été fou de se lancer dans ce voyage là seule. Or, folle, elle ne l'était pas encore, du moins pas à mettre sa vie en danger. Finalement, la caravane s'était arrêtée dans la cité portuaire d'Eyroles, qui faisait peu ou prou office de port pour Cantharel. Comme elle n'avait, encore, aucune destination précise en tête, elle n'avait pas cherché à pousser plus loin au nord et cela faisait trois jours qu'elle errait dans les rues de la forteresse. Le hasard avait voulu qu'elle s'attirât la bienveillance de la jeune Camille, qui lui servait depuis de guide. La fillette était la fille du tavernier du Bienheureux Voyageur, le prénommé Marath, et le brave homme avait accepté de la loger en échange de leçon de lecture et d'écriture pour sa progéniture. Quand il avait argué qu'une aveugle aurait les plus grandes peines du monde à enseigner quelque chose qui ne pouvait se passer des yeux, elle avait tranquillement répondu qu'elle voulait bien voir comment lui-même s'en sortirait. Il avait grincé des dents avant d'éclater de rire et d'accepter.
    Après qu'elle eut dispensé sa leçon — en l'occurrence, une simple révision de l'alphabet — elle avait retrouvé la chaleur du feu commun et s'était cachée derrière sa lumière. En contre-jour, elle était presque invisble. Une conversation attira cependant son attention. On y parlait noblesse et guerre et elle tendit l'oreille, désireuse d'en apprendre plus sur le conflit qui semblait agiter Serramire. On avait été incapable de lui expliquer en détail ce qui se passait, même si elle avait entendu certaines rumeurs impliquant Etherna. Katalina pouvait comprendre, cependant, que les gens eussent d'autre préoccupations : eux-même n'avait pas été épargnés par les conflits. Toujours était-il qu'elle tenait là l'occasion de percer un peu le brouillard qui l'entourait et elle décida de la saisir. Serrant son désormais fidèle bâton — ce même morceau de bois qui avait voyagé partout dans Miradelphia avec elle — elle se drapa de dignité et d'assurance, comme elle savait si bien le faire et s'approcha doucement de la tablée. Sa mise était plus que correcte, sa robe était propre, quoique visiblement usée, et son visage impassible. À son approche, le silence retomba et elle était certaine qu'il y avait quelques sourcils étonnés qui s'étaient levés. « Je ne voulais pas vous déranger, mais vous semblez savoir plus que bon nombre de gens ici, commença-t-elle avec aplomb. J'ai été tenue éloignée des préoccupations de la Péninsule trop longtemps et j'apprécierai pouvoir me joindre à vous. » Elle avait conscience qu'on pouvait aisément la prendre pour une vulgaire vagabonde, mais elle espérait pouvoir donner le change et faire croire qu'elle était — peut-être — plus. Au moins ne s'exprimait-elle pas comme l'aurait fait une mendiante faisant l’aumône.
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Vincente Manolesti
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Dim 13 Jan 2013 - 20:58

Le bienheureux voyageur, auberge coquette de la ville alliait une ambiance sympathique et intimiste à un cadre cossu. Ce n’était pas l’auberge la plus riche de la ville mais elle restait très correcte et devait sans doute figurer dans le haut du panier. De plus elle avait l’avantage d’avoir une clientèle du monde ce qui était pratique pour obtenir quelques informations sur ce qui se déroulait de par la monde (ou simplement dans le reste de la péninsule). Il faut dire que la citée portuaire d’Eyroles était sans doute le port le plus important du marquisat mais il ne représentait qu’une " chiure de mouche " selon les dires de Manolesti, comparé aux ports grandioses et 'étendant à perte de vue que pouvait compter l'Ydril. Mais certains impératifs avait fait que notre sémillant pirate se retrouvait depuis quelques mois à élire domicile dans la région. En effet, chargé de quelques affaires maritimes par son bon ami le régent, Aetius d’Ivrey comte de Scylla; Vincente se devait de s’occuper de divers petits problèmes de logistiques et d’organisations et pour ce faire, le marquisat bigot de Saint-Berthilde faisait une base d’opération tout désigné au vue de la situation. La plupart du temps, le travail était tranquille, n’ayant que quelques vérifications à apporter au départ et à l’arrivée des bateaux, devant se charger parfois de régler quelques menus tracas qui rentraient rapidement dans l’ordre. Et si le vicomte pouvait s’échapper quelques jours voire semaines afin de s’affairer à quelques autres tâches, il passait une bonne partie de son temps à se prélasser tel un fauve en cage dans la pièce commune de l’auberge. La plupart du temps, essayant de déchiffrer un ouvrage qui l’avait ramené de l’une de ses récentes aventures ou attablé avec des amis ou des agents et autres responsables de l’expédition royales; on discutait tranquillement, réglant divers détails ou simplement jouant aux cartes, partageant une bouteille de vin.

C’est ainsi que l’on passait le temps : cartes, boisson et discussions; ça manquait parfois de prostitués et de bagarres se disait le forban avec un brin de nostalgie, mais si cette atmosphère venait à lui manquait une taverne ou deux sur les quais pouvait lui faire humer le doux parfum de la maison.

" La mort de l’aveugle n’a pas vraiment arrangé les choses.

- Ça dépend pour qui.

- Tout cas, ça barde un peu de partout, mais tu dois en savoir plus que moi.

- Sans doute oui. La dernière lubie du moment se trouve à Serramire, après des années de tensions entre seigneurs et un pouvoir central de plus en faiblissant pour ne pas dire inexistant, la situation a éclaté.

- Ça a tourné à la guerre civile ?

- Il parait. Pour la petite histoire…

Une voix douce et calme de femme vint interrompre un Manolesti concentré sur son jeu. Légèrement interloqué par cette interruption, le vicomte pipe en coin de bouche releva la tête pour que le rebord de son chapeau vienne à lui faire découvrir une femme planté près de la table. C’était une jeune femme qui avait dû être belle autrefois et faire tourner quelques têtes, mais la vie n’avait pas été tendre avec elle et aujourd’hui la damoiselle tenait plus de la sauvageonne que de la noblesse qui pouvait se supposer à sa droite stature et ses traits altiers. Cependant s’il se dégageait un certain charisme de la pauvre enfant, sa silhouette famélique et ses cheveux d’une longueur déconcertante l’aurait fait passer facilement pour une sorcière auprès d’enfants, si ce n’est une étrange sensation d’empathie qui émanait de la dame (à moins que ce ne soit simplement les teintes bleu pastel de sa tenue qui offraient cette contrastante douceur). La dévisageant droite comme un i-un bâton de marche dans les mains-avant de jeter un coup d’œil à Gérard et ce bon vieux Bash, Vincente reporta son regard à son jeu, hésitant un instant à inviter cette clodo à sa table. Peut-être était-ce parce qu’il comprit qu’elle n’était qu’une pauvre aveugle ou bien son impassibilité apparente lui rappelait son serviteur (à moins que ce soit cette odeur entêtante qui se dégageait d’elle et que notre ami avait déjà senti quelques part mais il ne se rappelait plus où) , mais il offrit une invitation à la donzelle avec un sourire aux lèvres tout en regardant ses cartes. Pendant que le massif zurthan s’était levé sur un signe de son capitaine pour aider leur nouvelle invitée à s’installer, le vicomte tira sur sa pipe avant de reporter son regard sur la jeune femme :

" La bienséance serait que nous échangions peut-être nos noms, je me nomme Vincente Manolesti, Entrepreneur Ydrilain. Quelle est votre nom damoiselle ? "




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Katalina Noblegriffon
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Dim 13 Jan 2013 - 23:34

    Pendant quelques secondes, seul le cruel silence lui répondit et elle craignit un instant qu'ils l'ignorassent simplement. Privée de ses dons, Katalina sentait son assurance vaciller. Qu'il lui semblait loin, le temps où Mémoire tenait tête à un baron et le tutoyait sans que ce dernier ne pût rien faire d'autre que fulminer et si son visage demeurait de marbre, son cœur manqua un battement quand finalement elle fut invitée à se joindre à eux. N'aurait-elle pas été piégée sous le regard dubitatif de la tablée qu'elle aurait soupiré son soulagement. Là, restant dans son rôle, elle se contenta de s'incliner légèrement en signe de remerciement. Le son d'une chaîse qui raclait le sol lui apprit qu'au moins un se levait et elle sentit bientôt des doigts recouvrirent sa main ; main qu'elle ne put s'empêcher de retirer avec un frisson incontrôlé. Non sans maudire sa propre faiblesse, elle esquissa un sourire apaisant avant de tendre le bras, signe qu'elle était bien prête à se laisser guider. Depuis que certains souvenirs, jusqu'alors refoulés, étaient violemment remontés à la surface, la serramiroise fuyait le contact comme la peste. La chose était encore amplifiée par sa toute nouvelle condition qui lui imposait une cécité dans son expression la plus terrible. Si son guide s'était offusqué de sa réaction, il n'en laissa cependant rien paraître et elle lui en fut reconnaissante. Il se contenta de la conduire jusqu'à son siège qu'il tira pour la laisser s'asseoir et l'ancienne gardienne s'exécuta non sans passer sa chevelure par dessus son épaule en un geste fluide né de l'habitude.
    Dès l'instant où elle se fut installée, Katalina sentit la tension qui habitait ses épaules se dissiper, comme si réussir cette « épreuve » la libérait d'un poids. « Je vous remercie, messieurs, dit-elle d'une voix calme avant de tourner la tête quand on lui adressa la parole. L'homme se présenta comme étant un « entrepreneur Ydrilain » — ce qui voulait à la fois tout dire et ne rien dire du tout — après lui avoir donné son nom et lui demanda le sien. Vincente Manolesti n'était pas un patronyme qui lui évoquait quelque chose, mais l'époque où elle-même trempait dans l'entrepreneuriat lui semblait si lointaine, presque d'une autre vie. Elle savait pourtant que l'homme avait des chances de la connaître, si ses affaires le mener si loin au nord, et elle ne savait quoi penser de cette perspective. La nouvelle de son passage à Etherna avait dû faire son petit bout de chemin dans ce qui un jour avait été le duché de Serramire, mais elle ne savait pas si elle avait atteint Sainte-Berthilde et aucune des conversations qu'elle avait pu surprendre ne le laissait supposer. L'homme ne la croirait sans doute pas et pourrait s'irriter de la voir essayer de le tromper ; cette dernière possibilité acheva de la convaincre et, après un léger flottement qu'elle maquilla en posant doucement son bâton contre sa chaise, elle lui répondit : « Katalina est le nom que mon père me donna, Maître Manolesti, et si j'en ai porté quelques autres au grès de mes voyages, il reste mon préféré. » Sans vraiment s'en rendre compte, elle reporta ses yeux aveugles devant elle et tendit l'oreille. « Est-ce des cartes que j'entends ? Si c'est le cas, je vous prie de m'excuser pour avoir interrompu votre jeu. Il se trouve que je prévoyais de rallier Versmilia dans un futur plus ou moins proche et votre conversation m'a interpellée. Avec les guerres qui agitent la Péninsule, les rumeurs se font aussi nombreuses que contradictoires mais d'aucun jugerait que mon projet gagnerait à être reporté. »
    Versmilia avait toujours été synonyme de contradictions pour Katalina. Elle savait y avoir une partie de ses origines, sa mère y ayant vécu toute son enfance. Elle n'oubliait pas, cependant, le mépris qu'avait pu avoir ses oncles et tantes à son égard, après que son père eut décidé de la marier à un bourgeois certes riche mais dépourvu de sang bleu, tout comme elle se rappelait à quel point leurs relations avaient pu se détendre dès lors qu'elle avait commencé à apparaître en compagnie du duc et, plus tard, du roi. Qu'importait, au fond, les sentiments de sa dernière famille à son égard, quand il demeurait un fait plein de simplicité : ses deux parents y étaient enterrés et, alors qu'elle commençait une nouvelle vie dont elle ne savait pas encore ce qu'elle en ferait, elle désirait faire le deuil de celle qu'on lui avait arraché. « Pensez-vous la situation si critique ? »
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Vincente Manolesti
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Lun 14 Jan 2013 - 22:37

Alors que Bash aidait la dame à s'installer, Gérard la dévisagea un instant avant de retourné à ses cartes, tous firent de même. Relevant la tête et répondant à l’unisson par une espèce de braillement, les hommes signifièrent un " pas de quoi. " lorsque l’aveugle leur signifia un merci, seul Manolesti fut un brin plus avenant et loquasse en jaugeant la jeune femme " Peut-être avez-vous envie de désaltérer à moins que vous ne préfériez quelques encas, choisissez quelques choses qui vous fera plaisir. " Attrapant une serveuse au vol d’une voix forte mais sans violence " Mon enfant, vous nous remettrez une bouteille de ce bon vin hautvallois et vous apportez à cette dame ce qui lui plaira. " Alors que la servante s’éloignait avec son plateau vide à la main vers les cuisines, le groupe écouta le nom de l’étrangère dont la tournure de phrase tira un sourire à Vincente.

" Ainsi Katalina n’est pas le seul nom que vous avez porté ? Tout cela en plus d’être sibyllin et diablement excitant, ne seriez-vous pas une espionne de passage cherchant à tendre l’oreille afin que l’on verse que renseignement ? "

Présenta le pirate à la recherche d’une réaction. Dommage que la dame eut été aveugle car le manque d’expressivité dans le regard et son air (faussement ?) impassible en aurait d'elle une fine joueuse. Quoiqu’il en soit autant pour tester sa réactivité que pour la plaisanterie, l’homme au chapeau regarda Katalina avant de poursuivre, interrompu dans son exercice par l’arrivée de la fille gironde du tenancier avec la commande " Oh ne vous inquiétez pas, le loisir des cartes pourra bien attendre un peu " regardant sa main, cette pause pouvait en effet s’avérer salvateur " En tout cas si la vue vous fait défaut, votre oreille est affutée, je gage que l’on apprend quelques trucs lorsque la vue vient à nous manquer. Je vous avoue ne pas connaitre la région aussi bien que vous pourriez être amené à la croire, je ne sais pas d’ailleurs où se situe exactement Versmilia, mais le projet que vous avez en tête peut paraitre en effet risqué. " Baissant légèrement la voix comme pour donner un peu plus d’importance à l’affaire. " Si vous avez entendu notre conversation-et comme je l’expliquais à mes compagnons de tablée-la province est peu sur, depuis l’abdication de la marquise. Les loups et autres charognards rodent dans le pays afin de s’y tailler une part. Des conflits entre seigneuries ont éclaté, les routes sont devenues peu sures, la plupart bordées de bandits qui n’attendent que vous tombiez dans leurs guet-apens et il paraitrait même qu’une colonne armée qui passait près de la frontière berthiloise et portant les couleurs Ethernienne se dirigeait vers le marquisat. "

Le vicomte arrêta l’énumération des diverses rumeurs qu’il avait pu collecter, pour lever son verre et prendre une gorgée ou deux…tous les cépages de Hautval ne terminaient pas en bon vin; à croire qu'on s’était trompé dans sa commande.

" Je ne cherche point à briser votre volonté dame Katalina, mais je crains qu’il soit risqué pour vous d’entreprendre un tel voyage. "



Dernière édition par Vincente Manolesti le Sam 19 Jan 2013 - 15:37, édité 1 fois
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Katalina Noblegriffon
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Mer 16 Jan 2013 - 12:38

    « Et si je l'étais, quelle serait la chose que vous voudriez absolument éviter de me dire ? » demanda Katalina sans se laisser décontenancée et le maigre sourire qu'elle esquissa laissait presque planer le doute sur le sérieux que l'on pouvait attribuer à sa question. Manolesti semblait vouloir tester son interlocutrice ; elle n'allait pas lui en tenir rigueur, surtout quand la forme était aussi amène, mais elle n'allait pas lui offrir le plaisir de se dévoiler. Il ne lui fallut d'ailleurs guère plus de quelques secondes pour laisser s'effacer le léger plissement de ses lèvres et retrouver l'expression distante qu'elle avait abordé comme un masque, ces dernières années. Il était comme un vieil ami derrière lequel elle pouvait se réfugiait, un compagnon de toujours qu'elle avait un temps détesté et qui, désormais, lui permettait de — se ? — donner l'illusion que rien n'avait changé.
    Les tumultes de la pièce commune les hapèrent un instant tandis que les hommes autour d'elle se réjouissait de voir leur commande arriver. L'ancienne Gardienne, pour sa part, avait décliné poliment la proposition de Vincente ; son appétit se résumait à peau de chagrin, en témoignait sa maigre constitution. Laissant les joyeux compagnons s'offrir une ou deux rasades du bon vin eracien, ce qui marquait par ailleurs l'arrêt tacite de leur partie, Katalina se surprit à songer d'Ydril et de ce qu'elle savait de la ville et de son comté. Elle était au courant des troubles qui avait agité le Soltarii, mais plus que l'histoire récente du duché, c'était des rouages économiques de la région dont elle essayait de se souvenir. Cela faisait appel à des souvenirs qu'elle avait un temps pensé perdus et elle préféra les chasser quand elle en pris conscience. Elle avait fait le deuil de Katalina Nobleigrffon, noble de Serramire et maîtresse de ses comptoirs. Cette femme là était morte au diapason de la naissance de l'Alkhag et elle n'était pas prête à la voir se relever d'entre les morts, même si le fait de se réapproprier son prénom était un premier pas en ce sens.
    Quand tout le monde fut bien installé, un verre de vin à portée de main, il fût question de Serramire et de l'état — déplorable, Katalina ne trouvait pas d'autres mots — de ce qui un jour avait été un duché parmi les plus puissants du Royaume, si ce n'était le plus puissant. Elle se souvenait d'une terre unie sinon apaisée, capable d'affronter quiconque se présenterait à ses frontières. Les choses semblaient encore pires qu'elle ne l'avait imaginé de prime abord et, un instant, sa déception se lut sur son visage. Elle avait toujours aimé la terre de ses origines, fière d'y être née et de participer à son rayonnement. Tout cela semblait bien loin, désormais. Elle aurait juste voulu ne pas le regretter. « Jamais je n'aurais cru qu'un jour Serramire tomberait si bas, confessa-t-elle avant de redevenir égale à elle-même. C'était prévisible, cependant. On s'évertue trop souvent à refuser de voir la réalité telle qu'elle est. » Si l'ancienne Gardienne n'avait pas été assise sur un vulgaire tabouret d'auberge, on aurait pu la croire sur son trône. Le dos bien droit, le menton relevé, elle dégageait une assurance qui ne cadrait pas à l'image avec leur environnement. La taverne faisait un bien piètre château, les ivrognes une cour navrante et Katalina une triste reine. Vincente argua qu'il n'était ni prudent ni raisonnable pour elle d'entreprendre son voyage et elle opina doucement du chef. « Je m'en rends compte. Mais pour un homme comme vous, Maître Manolesti, la chose serait aisée n'est-ce pas ? » Qu'il était difficile d'être ainsi réduite à l'impuissance, à jamais marquée par ce qu'elle avait été mais désormais l'ombre d'elle-même, si ce n'était moins encore. « Le Berthildois a l'air de retrouver son calme et sa sérénité. Peut-être devrai-je y rester et demander à plus vaillant que moi de porter mes nouvelles à Versmilia. »
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Vincente Manolesti
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Sam 19 Jan 2013 - 2:49

Vincente sourit-même s’il se dit quand même temps il y ait peu de chance que la dame entende cette réponse muette-à la remarque de Katalina. C’est vrai qu’après tout, il se moquait bien que celle-ci soit une espionne et de toute manière ce n’était pas comme si il cherchait à dissimuler des informations que sans doute, un autre connaissait déjà (Discourir sur le sujet dans une taverne à la vue et aux oreilles de tous n’était pas des plus discrets). Il fut quelques peu déçu de voir la dame refuser de prendre ne serait-ce qu’une légère collation, peut-être était-de dû à sa cécité mais si leur invitée pouvait se voir, elle pourrait sans doute constater sa maigreur inquiétante. Manolesti pensa au début que cet état venait de sa condition, d’un manque d’argent quelconque mais son refus fit s’interroger le mécène sur la faible condition physique de son interlocutrice. Pas vraiment marchand de tapis mais tout de même négociant à ses heures perdues, le pirate objecta un " Pas de fausse pudeur avec ma moi, ma dame.Si vous ne prenez rien je vais vraiment trouver cela suspect, ahahah. " Avant de commander à la serveuse toujours présente une assiette de gâteaux et un verre de cidre pour son invitée (ouais bon c’est de la négoce manolestienne, c’est un style).

Dans l’idée, l’homme ne voulait pas insister plus que ça mais son côté sudéron poussait sans doute celui-ci à vouloir faire bonne chère avec le reste de la tablée. Alors que tout le monde était en train de profiter de la commande, le pirate raconta d’abord son récit avant d’écouter le constat que pouvait en faire l’intéressée. Il semblait que la chose lui déplaise grandement, son visage qu’elle semblait vouloir garder aussi stoïque de celui de Bash laissa passer une mélancolie passagère qui se vit confirmer par la phrase qui suivit. Vincente se risqua à penser que si la dame accusait aussi mal les derniers événements serramirois et que si celle-ci devait se rendre à Versmilia; sans doute devait-elle être originaire ou avoir de grands intérêts pour la province. Il se dégageait une certaine énergie dans la donzelle qui contrastait avec son attitude première, quelque chose de passionné et de révolté qui pouvait jurait avec la chétiveté qu'elle arborait de prime abord. Mais voila que la belle se faisait doucereuse, entreprenante, laissant transparaitre dans une constatation flatteuse de la facilité avec laquelle l’homme au chapeau pourrait arriver à bon port. Rajoutant une remarque en toute innocence, l’impotente cherchait quelques solides gaillards et autres vaillants chevaliers qui viendraient aider la belle dans sa terrible et dangereuse entreprise; pas tout à fait le genre de la maison quoi.

Sirotant son verre, déglutissant quelques gorgés avant de le reposer sur la table, notre protagoniste était en pleine réflexion, enfin pas si réfléchi que ça, la situation se résumait à une faible femme aveugle de surcroit qui cherchait à rallier un bled du Nord. Toute la question était : " Qu’est-ce que m’apporte de jouer les gardes du corps ? " Ne préférant de rien tenter dans l’instant et de toute manière ayant un rendez-vous le lendemain avec un ravitailleur à la solde de l’Ivrey, il ne risqua qu’à un hypocrite " Je suis sur que quelqu’un vous mènera à bien jusqu’à votre destination, si tant est que vous n’ayez pas changé d’avis sur la question. " Le reste de la journée se déroula tranquillement et Katalina quitta la compagnie de ses gentilshommes tôt dans la soirée. C’est dans la soirée du lendemain goutant aux joies d’une ambiance tamisée et chaleureuse que Vincente remarqua de nouveau la dame assit seule dans son coin, près de la chaleur de l’âtre de la pièce. Peut-être touché par le sort de la dame ou simplement histoire d’avoir un peu de conversation pour l’heure du diner, il s’avança jusqu’à la table de l’aveugle tout en ressentant ce parfum dont il n’arrivait pas à se rappeler la provenance.

" Bonsoir Katalina, je vois que vous êtes toujours là. L’idée de diner en ma compagnie vous plairez t’elle ? "


Dernière édition par Vincente Manolesti le Sam 19 Jan 2013 - 15:37, édité 1 fois
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Katalina Noblegriffon
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Sam 19 Jan 2013 - 15:33

    Très vite, Versmilia s'était effacé des conversations ; Katalina avait eu confirmation de ses craintes et Manolesti et ses hommes n'avaient pas semblé en savoir plus que ce qu'ils lui avaient déjà dit. Lasse, l'ancienne Gardienne avait préféré laissé mourir le sujet et elle avait écouté, d'une oreille distraite, les dernières péripéties qui avaient agité la Péninsule durant son absence. Ces hommes savaient de quoi ils parlaient, à n'en pas douter, et l'entrepreneur devait tremper dans des affaires aux quatre coins du Royaume. Elle avait essayé, un temps, de participer aux échanges mais elle s'était faite de plus distante à mesure que la cire de la bougie au centre de la table se consumait. Elle n'avait même pas eu le courage de terminer l'assiette que l'ydrillian lui avait commandé, l'appétit la fuyant toujours autant. Le sucre sur sa langue était fade, en comparaison de la plénitude qu'elle avait parfois éprouvée, alors qu'Elle lui parlait. Tout était fade et il n'y avait bien que sa terre natale pour réveiller son âme apathique. Le brouhaha s'était peu à peu atténué, peut-être parce qu'il avait commencé à se faire tard, très certainement parce que Katalina avait cessé d'écouter. Il n'était plus restée que ce silence insupportable qui régnait dans ses pensées et elle avait fini par se lever et de prendre congé, non sans s'excuser et les remercier chaleureusement pour l'attention qu'ils lui avaient porté. Leur partie ayant repris depuis un moment déjà, ils ne s'étaient guère attardés sur son départ, lui souhaitant seulement une bonne nuit pour les moins concentrés.
    Elle dormit peu, cette nuit là. Les paroles de Manolesti résonnaient dans sa tête, remplaçant bien difficilement Ses murmures. Elle ne dut se reposer qu'une poignée d'heures à peine et finalement, elle abandonna l'idée d'une vraie nuit. Après s'être habillée d'une robe propre et d'un manteau de laine, elle se fraya un chemin jusqu'à la pièce commune dans un silence presque complet. Il n'y avait que le léger tintement de son bâton pour la trahir, mais comme elle commençait à bien connaître les lieux, elle s'en servait à peine. Finalement, elle poussa la porte du Bienheureux Voyageur et, ignorant le vent froid qui glissa sur son cou et lui arracha un frisson, rabattit sa capuche sur sa tête avant de prendre la direction du port, de se poster devant l'océan silencieux et de rester parfaitement immobile, une journée encore. Elle ne savait pas exactement ce qu'elle attendait, ni même s'il y avait vraiment quelque chose à attendre. Parfois, elle avait l'impression que la solution serait de s'abonner au bras de la tumultueuse Éris. Quelle meilleure façon de La retrouver ? Néanmoins, comme la veille et les jours d'avant, elle n'en fit rien et, comme la veille et les jours d'avant, ce fut Camille qui vint la chercher pour la ramener dans l'auberge de son père. Après deux heures passées avec la jeune enfant, l'ancienne Gardienne retrouva sa place près de l'âtre et depuis, elle ne bougeait plus. La chaleur du feu lui faisait du bien. Le vent se rafraîchissait, maintenant que l'automne était là, et son manteau de laine n'était plus suffisant à la protéger des assauts du froid. L'idée d'attraper un mal quelconque l'avait effleurée mais elle n'y avait pas pris garde. Si sa vie devait prendre fin ainsi, elle y était presque résignée. Elle n'avait, de toute façon, plus rien à accomplir. Versmilia était à peine un objectif, elle pouvait y renoncer sans peine. Elle avait depuis longtemps fait le deuil de sa mère et elle n'avait jamais voulu penser à la mort de son père. Elle savait, de toute façon, qu'il n'y avait rien sous la terre, rien que des os, rien qui ne fut vraiment eux. Ils étaient partis ailleurs. Dans Son royaume. Après tout, elle les avait vu.
    La voix enjouée de son interlocuteur de la veille la tira de ses pensées morbides et un léger sourire étira ses lèvres, sans trop qu'elle ne sut pourquoi. Elle ne bougea qu'un bras, le tendant en face d'elle, comme pour l'inviter à prendre une chaise. « Les bonnes conversations sont toujours les bienvenues, Maitre Manolesti. » Ce qu'elle avait vu de lui la veille lui avait plu, elle ne pouvait le nier. Il contrastait avec la population du Bienheureux Voyageur, même si elle n'aurait su dire de quelle façon exactement. Mais il lui semblait qu'ils se ressemblaient ou, plus exactement, qu'il ressemblait à la femme qu'elle avait été. Alors qu'elle avait perdu tous ses repères, c'était presque rassurant de croiser la route de quelque chose de connu, aussi tenu fut le lien. « Je ne comptais pas manger, mais... » Elle marqua une pause et son visage se fit presque pensif. « J'imagine qu'il me faudra un jour réapprendre. » Elle n'avait rien avalé depuis la veille. Marath lui avait servi plusieurs fois d'autorité le plat du jour et avait chargé Camille de forcer leur invitée à le finir ; c'était bien les seuls repas qu'elle avait pris depuis son arrivée. Force était de constater qu'elle était de plus en plus faible et une idée désagréable la frappa. Voulait-elle se laisser mourir ? Elle ne le pensait pas. Mais alors, pourquoi l'appétit la fuyait de la sorte ? Pourquoi le sommeil ne savait plus l'apaiser, une fois la nuit venue ? Peut-être était-elle en train de mourir. « Suis-je donc si triste à voir ? demanda-t-elle d'une voix calme. Parfois, je regrette les temps où je savais rire. »
    L'aveu n'était pas calculé, il ne visait pas à faire naître un quelconque sentiment de pitié ou de sympathie. Katalina était soudainement lasse et épuisée et, peut-être pour la première fois, ignorait quoi faire.
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Sam 19 Jan 2013 - 22:22

Tirée de ses pensées, la dame offrit un petit sourire au pirate avant d’inviter celui-ci à s’asseoir à sa table. Vincente choisi donc la chaise qui faisait face à katalina et profita de la chaleur du feu qui se dégageait près de la leur table car depuis quelques jours le vent balayait avec force la région et particulièrement une fois le soleil couché. Faisant signe à l’une des deux serveuses qui circulait entre les tables, il signifia à celle-ci qu’il aimerait bien commander alors qu’il reportait son attention sur Katalina et ses énigmatiques propos. Réapprendre à manger ? Si triste à voir ? Le temps où elle savait rire ? Pour sûr la petiote broyait du noir et son aspect physique des plus misérables rajoutait une couche de pathétisme à cette scène digne des plus grands tragédiens ydrilotes. Préférant ne pas écouter l’histoire d’une pauvre femme aveugle le ventre vide, le pirate s’en tint à un simple :

" Mais non, votre tristesse vient seulement de ventre vide. Avant de nourrir votre âme il faut nourrir votre corps. " Voila qu’il se remettait à jouer les prêtres avenants, comme si ses jeunes années dans la prêtrise ne l’avaient jamais quitté. " Un bon diner vous aidera à y voir plus clair, j’en suis sûr. " Il s’arrêta là le temps de commander quelques plats savoureux à base entre autres de volailles de légumes et de graisses, ainsi qu’une bouteille de bon vin. Et préférant éluder l’introspection de la jeune aveugle jusqu’à l’après dessert, le vicomte disserta tranquillement sur son mécénat et des œuvres que certains de ses protégés ydrilotes avaient brillamment réalisé. L’un d’eux avait réalisé pour le compte de Manolesti un cadeau qu'il avait offert à la duchesse de Soltari et qui s’appelait L’illumination d’Ydrilscène décrivant comment le traitre dragon pouvait malgré tout se brulait les ailes face à la puissance du soleil blanc. Ainsi alors que notre charmant couple terminait son repas, le pirate sortie sa pipe avant d’y bourrer une légère poignée de tabac qu’il alla allumer grâce à la cheminée avant de reprendre sa place. Tirant quelques bouffées avant de profiter de l’arôme qui peu à peu se diffusait autour de la table, l’homme recracha avec satisfaction la fumée alors qu’il se concentrait sur les dires que la jeune femme avait pu avoir en début de soirée :

" Vous paraissiez bien mélancolique en début de soirée ma chère, votre esprit est-il éclairci de ses obscures pensées ? Que vous est-il arrivé pour que vous riiez plus ? Peut-être avez-vous de partager un peu de votre histoire avec un étranger ? "
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Dim 20 Jan 2013 - 17:40

    Manger fut difficile. Non pas que les plats eussent mauvais goût, cela n'aurait pas été rendre honneur au talent de Marath et de ses cuistots, mais Katalina avait vite senti le peu d'appétit que les fragrances alléchantes de la nourriture avaient fait naître fondre comme neige au soleil après quelques bouchés. Elle se força, cependant, avançant avec une lenteur propice aux longues discussions. Si, d'abord, elle écouta plus qu'elle ne parla, les efforts de l'ydrillian finirent par payer et quand enfin elle venait à bout de sa dernière bouchée, la discussion était bien lancée et équilibrée. Posant avec délicatesse ses couverts, l'ancienne Gardienne dut reconnaître une chose : elle se sentait plus légère — ce qui pouvait sembler un brin paradoxale, quand on savait qu'elle avait mangé plus en une petite heure que lors des jours précédents.
    Quand son vis-à-vis se leva, Katalina craignit un instant qu'il la laissât seule, incapable de comprendre ses véritables intentions. Elle resta silencieuse, cependant, et demeura parfaitement immobile. Qu'aurait-elle pu faire ? Le suivre du regard était exclu et elle avait cessé depuis bien longtemps d'essayer de porter son regard là où il aurait dû. Elle ne se voyait pas non plus le retenir. Sa fierté l'en empêchait, à moins que ce ne fut simplement la peur de se voir ignorée. Pourtant, ce n'était pas l'envie de poursuivre leur conversation qui manquait. La simple idée d'être à nouveau seule l'angoissait presque, alors même qu'elle avait fait de la solitude sa compagne de voyage. Maître Manolesti parlait d'une voix grave et pleine d'assurance et, force était de constater, il savait occupée l'esprit de l'ancienne Gardienne. L'odeur du tabac qui piqua son nez et sa bouche la rassura donc et elle sentit ses lèvres s'étirer en un léger sourire, à sa grande surprise. À nouveau confortablement installé, l'ydrillian — ou ydrillote, en fonction de la région où l'on se trouvait — reprit la parole et Katalina ne sut, un temps, que répondre. Doucement, ses doigts caressèrent le bois de son bâton et sa voix se fit plus douce encore qu'à l'accoutumée. « Il est des histoires qui se racontent au coin du feu, je n'ai jamais eu l'impression que la mienne était de celles là. Je ne sais même pas par où commencer. » Elle marqua une courte pause, avant d'ajouter : « Mais peut-être en ai-je envie, en effet. »
    Se confier. Elle l'avait fait, une fois, elle avait raconter son histoire à une femme. Cette dernière lui avait sauvé la vie, la trouvant sur une plage langecine et la ramenant chez elle pour mieux l'éloigner des griffes de la mort, du moins l'avait-elle pensé alors. Parce qu'elle s'était sentie redevable et parce que la guérisseuse avait voulu savoir à qui elle était venue en aide, Katalina s'était confiée mais elle n'y avait trouvé aucun réconfort. À l'époque, cependant, elle ne pensait pas en chercher. Elle était l'Instrument, le Vaisseau et sa ligne était toute tracée. Elle La servirait jusqu'à ce qu'Elle la prît pour l'amener en son Royaume, comme une ultime récompense. « Par trois fois, je fis confiance à autrui, jusqu'à faire miens ses rêves. Chacun me trahit à sa manière et aujourd'hui, je ne suis plus qu'une pauvre aveugle, dépendante de la générosité d'un tavernier pour le gîte et le couvert. » Cette pensée la hantait depuis qu'elle avait quitté Rive, mais maintenant qu'elle la disait à voix haute, elle sentait la colère naître au creux de sa conscience. Sa prise sur son bâton s'était raffermie, en même temps que sa voix. « J'ai toujours eu un but, Vincente, lâcha encore Katalina en usant pour la première fois le prénom de l'ydrillian. J'ai toujours désiré quelque chose et je me suis sentie vivante parce que je faisais tout pour l'obtenir. La fierté de mon père, la reconnaissance de mon nom, la gloire sans l'ombre d'un doute, chaque fois que je réussissais, le prochain défi se révélait de lui-même. J'ai cessé de rire le jour où on m'a imposé une vie dont je ne voulais pas, mais qu'importait, car j'avais Ses desseins à servir, Sa volonté pour me guider. Maintenant qu'Elle s'est détournée de moi, il ne me reste plus rien. Ni rire, ni désirs, ni foi. » Un rire sans joie assombrit son visage. « D'aucun dirait que je suis libre mais alors la liberté est bien amère. »
    Que pensait-il d'elle, désormais ? La prenait-il pour une folle ? À moins qu'il ne la pensa faible ? Elle n'en savait rien, il avait gardé le silence tout le long de sa diatribe et le silence ne l'aidait pas à deviner ce que son regard lui aurait très certainement dit. Elle eut envie de se lever et de retrouver sa chambre ; elle n'était pas plus obscure que le reste de son monde.
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Mer 23 Jan 2013 - 0:27

Bien installé dans sa chaise-certains aurait parlé d’un certain avachissement-du moins, du mieux que l’on pouvait sur ses morceaux de bois et de pailles rudimentaires, l’homme écouta son interlocutrice s’exprimait. A la question du noble, elle répondit favorablement et le pirate espéra qu’il n’y aurait pas trop de larmes à sécher, on ne peut pas dire qu’il était l’homme de la situation en ce qui concernait l’écoute d’autrui. Cependant parfois il nous arrive de se sentir toucher par une histoire, une personne, une situation et c’est peut-être quelque chose d’approchant que ressentait le pirate, à moins que cela n’était qu’uniquement pour passer le temps dans cet endroit ma foi bien calme voire même ennuyeux. Quoiqu’il en soit l’homme était là, tirant tranquillement quelques bouffées de tabac qu’il recrachait avec lenteur, il écoutait ce que la jeune femme avait à lui dire. Le problème de cette damoiselle c’est qu’elle avait dû être oracle ou religieuse dans une autre vie-ou dans celle-là d’ailleurs-car la plupart de ses phrases étaient sibyllines, tout était voilé de mystères peu de choses ressortaient du discours de Katalina. Cependant le vicomte voyait bien que celle-ci faisait un effort certains voire surhumain pour s’exprimer autour de ce sujet et essayer de confier quelques lambeaux éparses de sa vie. Retirant la pipe d’entre ses dents, Vincente demanda :

" L’une de ces trois personnes est-elle l’auteure de votre cécité ? "

A vrai dire la question n’avait aucune importance, pas plus que la réponse d’ailleurs mais puisque le sujet venait sur la tapis, l’homme cherchait à creuser un peu plus, peut-être que cela pourrait aider ou bien peut-être que cette question aiguillonnerait notre pirate sur une minuscule pensée qui venait de lui germer dans la tête, sait-on jamais. La balle était dans le camp de Katalina et se serait seulement cette dernière qui pourrait juger de la question. En tout cas, ces quelques brides de phrases étaient déjà un bien triste constat, une femme qui avait fait confiance et qui s’en retrouvait trahie, aveugle et sans défense; il n’aurait plus que manquait qu’un violoniste et son petit singe borgne pour faire la quête pour émouvoir Manolesti. Cependant si dans un premier temps le discours était pathétique, mélancolique, il devint plus énergique. Il n’aurait su dire si cela venait de la colère, de la haine, de la frustration ou plutôt d’une énergie nouvelle qui aurait pu servir de motivation à la dame mais rien que ce discours passionné semblait lui redonnait des couleurs ravivait la flamme avant que finalement celle-ci ne s’éteigne peu à peu, avec les derniers mots de la phrase. De nouveau le discours n’était pas des plus claires mais est-ce qu’il avait besoin de tout savoir, avait-il seulement besoin de dire quelque chose, écouter seulement avait l’air de déjà tellement signifiait pour l’aveugle qui lui faisait face. Cependant il était plus dur de communiquer toutes ses émotions, ses humeurs et autres langage corporel quand la personne assise en face de vous avait perdu la vue. C’est peut-être pour cela qu’il se permit cette petite réflexion qui prouvait qu’il était là et qu’il écoutait :

" Hum…peut-être alors que vous devriez vous fixer un nouveau but. Je ne sais pas qui était cette personne qui s’est imposée à vous mais maintenant que celle-ci vous a quitté, peut-être que vous pourriez de nouveau vous fixez votre propre but, vos propres desseins ? Et qui sait, peut-être que ces derniers reviendront s’imposer à vous d’eux-mêmes, comme à la belle époque. "

La liberté, une notion que chacun aimait s’approprier, sans jamais vraiment le pouvoir. Manolesti aimait cette notion, il la chérissait comme tout pirate qui pouvait se respectait; la mer, l’horizon, aucune règle, aucune limite, seulement un sentiment grisant, parfois même étourdissant d’affranchissement total envers quiconque. C’était peut-être la phrase la plus triste et à la fois la plus révoltante qu’il avait pu entendre de la soirée et d’un coup on entendit le son sourd d’une main allant rougir les joues de la pauvre tristounette. Manolesti n’y avait pas mis toute son ardeur mais la gifle avait donné une belle couleur carmin à la chair, alors que les autres clients et convives de la pièce jetèrent un coup d’œil à la scène avant de retourner à leurs assiettes ou à leurs verres lorsque Vincente leur jeta un regard de travers.

" La liberté a la saveur que l’on veut bien lui donner. Je ne connais pas les épreuves par lesquels tu es passée (oui elle l’avait appelé par son prénom, il pouvait bien se permettre de la tutoyer un peu) mais tu ne dois pas abandonner ni maintenant, ni jamais. Tu veux aller à Versmilla ? Est-ce ça ton nouveau but ? Si par cet acte, je peux t’aider à changer la saveur qu’a ta liberté je m’y emploierai. "

Le discours avait été prononcé de manière franche et sur le ton de la confidence. Lors de cet instant Manolesti aussi avait laissé tomber le masque qu'il arborait en tant normal, celui de ce noble parfois parangon de virilité parfois sybarite, pour laisser s'exprimer l'homme de la mer, une enfant d'Eris, un pirate et homme épris de liberté (surtout quand on passe une partie de sa vie en tant que forçat). Qu’est-ce qu’un voyage de deux-trois jours si cela pouvait aider une jeune aveugle a retrouver gout à la vie.






Dernière édition par Vincente Manolesti le Jeu 31 Jan 2013 - 16:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Lun 28 Jan 2013 - 12:46

    La douleur fut aussi soudaine qu'inattendue et Katalina ne put retenir un léger cri de surprise ; la peur souffla les braises déjà mourantes de sa colère et elle se recroquevilla contre le dossier de sa chaise, craignant un nouveau coup qui ne vint jamais. À la place, la voix de Manolesti emplit ses oreilles et lui glaça le sang. Pas qu'il fut menaçant, loin s'en fallait, il tentait même selon toutes vraisemblances de l'aider, mais il venait clairement de lui montrer qu'il était capable de l'atteindre sans qu'elle ne pût rien y faire. Cette simple pensée s'imposa à toutes les autres et l'empêcha de saisir véritablement la proposition de l'ydrillote. Avec un frisson, elle se remémora tout ce qu'elle avait pu lui dire sur elle, mais force était de constater qu'à part son intérêt pour Versmilia, Vincente Manolesti ne savait rien de sa compagne de tablée. À part... Les doigts fins de Katalina serrèrent le bois froid de son bâton. « Oui-da, Elle m'a pris la vue lorsqu'elle m'a investie de ses desseins, » avait-elle répondu quelques minutes plus tôt, la mine sombre et résignée. Était-ce suffisant pour que l'homme sut à qui il avait à faire ? La Noblegriffon voulait croire que non, mais elle ne se sentait pas le courage de prendre ce risque. Pas alors qu'il pouvait sans doute la tuer sans qu'elle ne put rien faire d'autre que d'attendre la mort.
    Avec lenteur, l'ancienne Gardienne se redressa avant de s'incliner légèrement en avant, le dos raide. Sa joue la brûlait mais elle n'aurait su dire si c'était sous la violence du coup ou, plus certainement, si son imagination lui jouait des tours. « Les Cinq vous gardent, Maître Manolesti. Je vous remercie pour le repas et la discussion. » Il lui sembla que sa voix ne tremblait pas ; bon grès mal grès, la serramiroise semblait réussir à sauver ce qui lui rester de dignité. Sans un mot de plus et ignorant les protestations potentielles, elle s'en alla rejoindre son hôte qui la conduisit jusqu'à sa chambre, non sans couler un regard à un Vincente Manolesti désormais seul avec sa pipe.
    Paradoxalement, malgré la violences des sentiments contradictoires qui avaient pu l'assaillir après que l'ydrillian eut levé la main sur elle, Katalina dormit bien ; sans doute ce surprenant résultat fut-il une conséquence directe du bon repas qu'elle devait digérer. Elle se réveilla tôt cependant et, comme les jours précédents, le soleil ne s'était pas encore levé pour réchauffer les ruelles pavées d'Eyrolles. Quelque chose, pourtant, avait changé et après avoir relativisé le coup de Manolesti, Katalina pouvait se concentrer sur ses paroles ; ce qu'elle fit face à la jetée. Quand Camille vint la chercher, elle la suivit sans un mot, le visage fermé. La leçon du jour fut une leçon d'histoire et Camille se révéla une élève passionnée. Constatant l'état déplorable des cheveux de son enseignante, l'enfant exigea qu'on la laissât les peigner, ce à quoi Katalina acquiesça de bonne grâce. Une bonne heure et plusieurs dizaines de grimaces plus tard, la serramiroise arpentait la salle commune du Bienheureux Voyageur un peu plus femme et un peu moins sauvageonne que la veille. Faisant une nouvelle fois preuve de sa générosité, Marath lui fit don d'une robe presque neuve qu'une voyageuse étourdie avait oubliée quelques jours plus tôt.
    « Voilà, Katalina, indiqua la voix douce du tavernier alors que ce dernier récupérait son bras. Il est là. Sire. » salua-t-il poliment, inclinant très légèrement sa tête avant de s'éclipser. Ainsi Katalina Noblegriffon se retrouva-t-elle, pour la troisième fois en trois jours, en compagnie de Vincente Manolesti, le sort ayant voulu qu'elle fut cette fois plus présentable que les précédente. « On m'a dit que vous étiez seul, dit-elle d'une voix calme. Puis-je vous tenir compagnie ? »
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Jeu 31 Jan 2013 - 17:49

Le choc avait pu paraitre violent mais toute l’intensité de cette action devait sans doute se jouer dans l'esprit de la serramiroise. Il est vrai que gifler une aveugle n’était pas chose des plus honorables loin de là et il se douta bien que le reste de l’assemblée aurait sans doute voulu punir le mécréant si ce dernier n’avait pas quelques arguments à leur opposer. Alors que la joue de la jeune femme rougissait après que celle-ci se soit légèrement recroquevillée tel un animal apeuré, elle reprit ses esprit et sa réaction surprit Manolesti. Pas de colère, ni de haine, pas de scandale, juste une jeune femme fragile qui tentait de garder la face malgré l’océan d’incertitude dans lequel, elle essayait de naviguer. Toujours cette personne qui l’avait obligé à servir ses plans, allant jusqu’à lui prendre ses yeux et si le pirate repensa à quelques uns de ses cours de théologie, de nombreuses interprétations des paroles de Katalina s’offrait à lui. Tant que cette dernière serait aussi avare en mots sur ce qui lui était arrivée, Manolesti ne chercherait pas à apprendre plus; mettre des baffes dans la frimousse d’une dame n’étant pas le meilleur moyen de la voir se confier.

Après s’être levée et l’avoir salué, son interlocutrice quitta la table alors que Vincente tirant sur sa pipe il la regarda s’éloigner repensant à ce qu’il venait de se passer. Ne cherchant pas à la retenir, il se fendit juste d’un " bonsoir " ni froid ni chaleureux, préférant laisser l’aveugle à ses pensées, seul le temps dirait au vicomte si la leçon qu’il avait tenté d’inculquer à son élève porterait ses fruits. Car ici, c’est bien de quoi il s’agissait, sous ses airs torve le pirate avait essayé de choquer la jeune femme, de l'endurcir, de lui donner une raison de se battre, mais peut-être que Katalina avait abandonné tout espoir, peut-être en avait elle trop vu-façon de parler-pour que cet enseignement ne parvienne à faire réagir la pauvrette. Le reste de la soirée ne fut pas passionnant et après être resté près du feu pendant une heure, Manolesti décida de changer d’air en allant dans une taverne près des quais, l’ambiance y serait sans doute moins morne.

Au lendemain, le pirate était sorti dans la matinée, profitant du fait qu’il n’avait pas de rendez-vous ou problèmes qui requéraient son attention, il alla marcher ou plutôt courir. On avait vite fait de se rouiller en restant des journées entières, coincé dans une auberge a ne rien faire d’autres que boire, manger et fumer. Ainsi après une bonne partie de la journée a s’exercer, Vincente revint à l’auberge du bienheureux voyageur où il demanda un bain et se laissa aller quelques temps dans la rudimentaire baignoire qu’il avait dans sa chambre (l’une des meilleures, voire la meilleure de l’établissement). Rejoignant quelques temps plus tard la salle commune, notre ami ne tarda pas à se retrouver de nouveau en face de Katalina qui lui demanda si cette dernière pouvait lui tenir compagnie :

" Faites donc ma chère, j’espère que la nuit vous a été douce et que la journée vous fut agréable. Je vous vois bien coquette aujourd’hui, vos cheveux sont bien soyeux et votre toilette ravissante. "

Ce n’était pas dans les habitudes de Vincente de s’excuser et même s’il en aurait eu envie, cela aurait sans doute gâché l’impact que le noble avait voulu faire passer dans sa leçon de la veille. Après avoir brisé la glace par ses propos anodins, cherchant à réinstaller un certain climat de confiance entre les deux attablés, il attendit de voir la réaction de Katalina et enchaina sur une histoire qu’il avait envie de conter sur les joutes de Laréor dont il sortit victorieux. Peu à peu le dialogue s’installa et même si la dame n’était pas dupe sur la légèreté de la conversation, elle sembla prendre un peu de plaisir à écouter l’anecdote de l’ydrilote. Après une heure ou deux à bavasser et sentant le moment à point, Vincente laissa échapper innocemment :

" Avez-vous réfléchi à mes propos d’hier ? Vous êtes-vous fixé un nouveau but ? "




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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Jeu 7 Fév 2013 - 23:46

    « Je n'ai eu de cesse de les ressasser » , murmure Katalina doucement, tant que le Manolesti dut sans doute tendre l'oreille pour entendre. La serramiroise détourna la tête, non pas pour ne pas affronter son regard, mais plutôt pour se cacher derrière le mystérieux rempart de ses cheveux. L'espace d'un instant, elle redevenait cette femme fragile qui ne voulait que le cacher. Pourtant, la soirée avait bien commencé. Les compliments — sincères, du moins avait-elle voulu le croire — l'avaient atteinte droit au cœur, elle ne pensait pas se souvenir qu'un homme eut jamais prononcé pareilles paroles ce cycle là. Oubliant l'incident de la veille, elle s'était laissée portée par la conversation, prenant petit à petit la mesure de l'homme ; Maître Manolesti — ou peut-être aurait-elle dû dire Sire — avait vécu et bien vécu. Quelque part, elle le jalousait, tant elle le soupçonnait d'avoir une vie qui aurait pu être la sienne, si le destin lui avait laissé cette chance.
    « Vous n'auriez pas dû me frapper, » asséna-t-elle non sans se départir de sa douceur et cette affirmation sembla lui redonner confiance. Elle redressa la tête, offrant à nouveau à son interlocuteur la vision de son regard mort. La fuite n'avait duré qu'une seconde à peine, mais elle démontrait bien l'exercice d'équilibriste à laquelle l'ancienne Gardienne se livrait. Entre abandon et lutte, entre résignation et vain espoir, son cœur ne savait plus que choisir et sa résolution, jadis intouchable, vacillait. « Mais je veux croire que votre acte n'était guidé que par la volonté d'agir pour le mieux » Et c'était là sa manière de lui offrir un pardon qu'il n'avait pas demandé et dont il n'avait, peut-être, cure ; elle y tenait, cependant. Comme si lui accorder, c'était l'obliger à l'accepter. Comme si c'était là la meilleure réponse qu'elle pouvait apporter à cette violence dont il avait fait montre, peu importait les raisons. L'incident était désormais clos. « Ce que vous avez dit, Maître Manolesti, je ne puis l'oublier. Je ne le puis pour la simple raison que jadis, j'aurai réagi de manière similaire, j'en suis persuadée. Peut-être même jusque dans le geste, » ne put-elle s'empêcher d'ajouter après un temps d'hésitation et ses lèvres s'étirent en un sourire presque rêveur. « Cela ne rend ma situation que plus pénible, car aujourd'hui, je ne peux plus être cette femme. Elle est morte, le jour où Elle a posé son regard sur moi et rien de ce qui fut un jour à elle ne m'appartient plus. Ce bâton — ses doigts caressèrent le bois froid — est la dernière chose que je possède vraiment. Il est aussi le dernier compagnon qui me connaisse vraiment »
    Telle était la vérité dans sa plus simple énonciation. Elle était seule et sans le sous, dépendante de la générosité d'autrui pour ne pas mendier. Elle aurait pu, elle en était persuadée, rejoindre un Temple de Tyra et retrouver confort et respect, mais elle n'en avait aucune envie, car cela aurait été mendier à une porte différente. Si elle devait se relever, elle le ferait seule, ou tout du moins avec dignité. Après avoir été abandonnée par Elle, elle ne pouvait tout simplement pas dépendre de Ses servants.
    « À Versmilia, je trouverai mon père et ma mère. Si leurs volontés ont été respectées, alors ils reposeront ensemble, dans leur lit d'éternité. » Elle marqua une nouvelle pause avant de reprendre, sa voix faiblissant à nouveau : « Ce n'est pas un but, à peine une manière de gagner du temps. Peut-être un au revoir. » Elle n'avait, de fait, pas eu l'occasion de leur dire de vive voix quand elle en avait eu l'occasion. Elle allait continuer, parler de son père, de sa mère, mais quelque chose la retint ; le doute s'insinua et elle se surprit à repenser à tout ce qu'elle avait pu dire ou avouer à demi-mot, sans forcément s'en rendre compte. Vincente l'avait encouragée à s'ouvrir et elle l'avait fait. Timidement, certes, et sans l'ombre d'un doute de façon sibylline, mais elle lui avait fait part de l'impasse dans laquelle elle se trouvait. Elle s'était montrée vulnérable, faible même — le mot griffa sa conscience et lui arracha presque un frisson — et elle n'en comprenait soudainement plus la raison.
    Dans son dos, la porte principale de la salle commune s'ouvrit, laissant un zéphyr frais s'éparpiller dans la pièce. Elle n'y prêta pas garde, uniquement concentrée sur Manolesti et le mystère qu'il représentait subitement, si bien qu'elle n'entendit pas la voix jadis bien connue de l'un des cinq arrivants. « Elle devrait être là, affirma-t-il d'une voix trahissant son espoir. Cherchez une femme, petite, avec des cheveux noirs et longs. » Avec un hochement approbateur, ses hommes — des mercenaires, à en juger leurs mises et leurs armes — se dispersèrent. Ayant remarqué leur manège, Marath s'était hâté de les rejoindre et d'une voix neutre, salua l'homme d'arme. « Eh bien eh bien, messers. Est-ce là une façon d'entrer dans ma taverne ?
    — Nous recherchons une femme. Assez petite, à la chevelure aussi noire que longue, » répéta-t-il. Malgré lui, Marath lança un regard dans la direction de la Noblegriffon, qui n'avait pas esquissé le moindre mouvement. Une ouïe affûtée par la cécité n'était guère utile si on ne tendait pas l'oreille. Suivant la ligne de ses yeux, l'homme put ainsi apercevoir la femme qu'il cherchait et son cœur manqua un battement. C'était bien elle, il n'avait aucun doute là dessus. Il ne l'avait pas vu depuis presque dix ans, mais elle était de ces femmes que l'on n'oubliait pas facilement. « Je ne veux pas d'ennui. Katalina est une invitée ici, et... » commença un Marath soudainement inquiet, mais son interlocuteur ne l'écoutait déjà plus. Il ne lui fallut que quelques secondes pour se frayer un chemin entre les tablées et finalement, sans un regard pour Vincente Manolesti, posa un genoux à terre comme s'il eut fait face à une Reine. « Ma Dame, c'est un honneur et une grande joie de finalement vous revoir. » Alors qu'il talonnait le mercenaire, Marath s'était figé devant son attitude et, comme tout ceux qui avaient suivi la scène, Katalina la première, ne savait désormais plus comment réagir.
    « Est-ce toi, Reldas ? » demanda doucement, très doucement, la serramiroise qui peinait à se montrer impassible, cette fois.
    « Oui-da, ma Dame. Vous vous souvenez de moi. » Katalina opina du chef. Comment aurait-elle pu oublier Reldas, ce mercenaire qui avait été en charge de sa sécurité sur la route d'Etherna. Ce mercenaire qui avait fait son possible pour la sauver sans y parvenir. Elle n'avait jamais eu l'occasion de le revoir, une fois revenue du Puy. « Vous pouvez nous laisser, Marath. Maître Manolesti, commença-t-elle d'une voix qu'elle voulait égale mais qui trembla légèrement, laissez-moi vous présenter Reldas.
    — Messer. » L'émotion passée, Reldas se rendit compte qu'il était encore à genoux et se releva, dominant à nouveau la tablée de ses six pieds de haut. C'était un homme mûr, de quarante bonnes années, les tempes à peine grisonnantes et le regard plein d'assurance. « Ma Dame, il y a quelqu'un qui désire vous voir sans vraiment croire que vous puissiez être finalement de retour. » Cette affirmation désarçonna encore la concernée, qui serra son bâton si fort que ses phalanges pâles blanchirent encore. Reldas voulait qu'elle le suivît, mais elle ignorait si elle le voulait. Il faisait parti d'un passé qu'elle ne désirait pas affronter. Les mercenaires de Reldas s'étaient réunis non loin d'eux et quand un homme les interrogea sur la raison de leur présence, l'un d'eux déclara simplement : « Nous venons escorter la Sainte Gardienne de Tyra. » La rumeur se propagea dès lors comme une traînée de poudre et commença à agiter les badauds, ce qui poussa Katalina à finalement accepter, non sans sentir la situation lui échapper complètement. Elle devait sortir, désormais. « Maître Manolesti, me ferez-vous l'honneur ? Votre compagnie m'est agréable et j'apprécierai marcher à votre bras. »
    Quelques minutes plus tard, les mercenaires, l'ydrillian et elle-même marchaient silencieusement dans les rues d'Eyrolles. Il y en avait quelques uns parmi les petites gens pour les suivre, à une distance respectueuse mais insuffisante pour couvrir leurs murmures excités. Intérieurement, Katalina tremblait car si elle n'avait eu le courage de l'avouer, elle n'était plus celle qu'ils pensaient ; il y en aurait bien un pour le découvrir, si ce n'était déjà fait. Si elle avait pu le voir, elle aurait d'ailleurs glissé un regard au suderon.
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Vincente Manolesti
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Jeu 14 Fév 2013 - 23:32

Le pirate dut tendre l’oreille pour entendre la réponse de Katalina, réponse qui ressemblait plus à un murmure que la jeune femme se faisait à elle-même qu’à une véritable réponse. Si son invitée semblait avoir parfois des airs impérieux, elle dévoilait parfois son visage le plus tendre, le plus fragile; une jeune femme désorientée et aveugle. Se reprenant dans son discours comme dans son attitude, Katalina lui indiqua qu’il n’aurait jamais dû porter la main sur elle mais qu’elle lui pardonnait cet action, allant même jusqu’à affirmer qu’il fut un temps, elle aurait agit exactement de la même façon. Vincente ne réagit pas plus que ça, laissant transparaitre un léger sourire, il était tout de même content que la damoiselle ne prenne pas ombrage de ce qu’il considérait comme une leçon qu’il avait tenté de lui enseigner. Il n’éprouvait pas plus de culpabilité que cela, seulement à force de côtoyer l’enfant, il avait développé pour celle-ci une sorte d’affection et le fait qu’elle comprit son geste le satisfaisait. La voila qu’elle recommencé avec cette personne qu’il l’avait totalement brisé et l’homme se demanda pourquoi tant de mystère autour de celle-ci, le nom était trop difficile à prononcer ? Elle la désignait toujours de la même façon, jamais une insulte, jamais un qualificatif autre que elle. Cela frustra Manolesti qui se tata à crever l’abcès et demander enfin qui était ce mystérieux tourmenteur, cependant il était loin de se douter que la réponse lui arriverait si tôt et dans de telles circonstances.

Elle enchaina sur ses parents et les raisons de son voyage, ce n’était pas tout à fait la réponse qu’aurait pu espérer le vicomte mais c’était déjà un début, si la voyageuse pouvait au moins revenir sur un pan de son passé et dire au revoir, elle pourrait peut-être faire la paix avec une partie d’elle-même et qui sait, se tourner vers des horizons qui lui seraient plus doux. Soudain la serramiroise s’interrompit, comme absorbée par ses pensées ou peut-être un souvenir :

" Un souci ? " Demanda simplement Vincente qui cherchait intrigué- et un poil amusé-à savoir ce qui pouvait se passer dans la tête de celle qui partageait sa table. C’est à ce moment là qu’une troupe de voyageur, plutôt le type mercenaire firent irruption dans la taverne apparemment assez excité, il était à la recherche d’une personne; une femme à la chevelure noire et longue. Ça pourrait devenir intéressant songea le pirate alors que ses soupçons se confirmèrent lorsque le chef de cette petite troupe fondit sur le table pour s’adresser à l’aveugle genou à terre. Ainsi la petite était un personnage important. Lorsque le serviteur décida enfin s’intéressait à Vincente il le salua alors que le noble tira légèrement sur chapeau dans un signe qui se voulait être une réponse à son salut. Mais le pirate perdit son sourire lorsqu’il apprit que les spadassins venaient chercher la gardienne de Tyra. C’était un choc, l’avatar de mort comme aimait à le dire Fjama, l’envoyé d’Eris était devant lui.

Sa puissance magique montait en lui alors qu’il se concentrait, changeant la densité de la pièce. Se levant avec force il envoya sa chaise derrière lui alors que d’un revers de main vitaminé à la magie la table qui séparait le mage de la gardienne volait emportant au passage le reitre alors que Vincente se jetait sur la gardienne l’attrapant par la gorge : " C’était donc toi à Meca ! Ton odeur me rappelait en effet quelque chose. Pourquoi ce carnage futile !? " Une voix vint cependant le sortir de cette pensée, c’était la voix de la gardienne qui lui demandait son bras afin de l’accompagnait. Hésitant un instant dans les sentiments qu’il ressentait-l’épisode de Meca n’était pas encore tout à fait digérer de toute évidence-Il se leva de sa chaise et se présenta près de la jeune femme : " Je suis là Katalina. Bash a surement envie de se balader aussi, il viendra avec nous. " A ces mots le massif zurthan s’anima et sortant légèrement de l’arrière-plan il vint se poster près du dénommé Reldas pour le toiser un instant. Ainsi tout ce beau sortit de la taverne, le couple en tête alors que le pirate cogitait sur la situation.

Il comprenait mieux qui était ce " elle " dont elle parlait tout le temps, la cécité, l’état misérable de la jeune femme; tout prenait un sens. Mais que disait-elle déjà ? Que la déesse s’était détournée d’elle ? Il faut dire que cela serait cohérent, elle ne sentait quasiment plus la magie et seul subsistait ce léger parfum, cette essence qu’il avait ressenti sur Meca. Les dieux…Meca…des sujets qu’il ne lui plaisait guère " Nous nous sommes déjà croisé auparavant…sur Meca. " lança t’il avec une intonation lourde de sens afin de voir quelle serait la réaction de la jeune femme. Cette tragédie pesait parfois sur la vipère noire, cependant était-il vraiment en colère contre Eris ou contre son vaisseau ? Pouvait-il en vouloir à celle qui était venue secourir l’île ? Et puis la vengeance aurait-elle vraiment bon gout lorsqu’il regardait cette pauvre fille aveugle à l’allure rachitique qui lui comptait quelques temps plutôt dans quelle désarroi, ce statut de gardienne l’avait plongé. Préférant passer autre chose-du moins pour l’instant-il tapota la main de la dame qui tenait son avant-bras afin de tranquilliser une katalina qui semblait fébrile alors que l’on arrivait à destination.

" Tout se passera bien. "



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Katalina Noblegriffon
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Dim 17 Fév 2013 - 1:24

    À l'évocation de l'île maudite, Katalina ralentit le pas et elle ferma les yeux. L'épisode demeurait douloureux pour l'ancienne Gardienne et l'impressionnante cicatrice qui courait sur tout son flanc, là où l'épée enflammée du fils de Guerre avait frappée, lui sembla subitement douloureuse. « Nous avons tous perdu quelque chose, à Meca. » Elle n'ajouta rien mais son visage resta fermé jusqu'à ce qu'ils eurent atteint leur destination. Malgré elle, elle se laissait happer par les souvenirs du triste épisode qui l'avait vue s'opposer à Tebirahc et ses doigts fins agrippèrent la manche de Manolesti.
    Elle ne savait que penser de cet homme étrange qui ne cessait de la surprendre. Il avait révélé plusieurs facettes de sa personnalité, se montrant tour à tour affable et attentif, délicat et rude ; jamais, cependant, il n'avait fait montre de mépris à son égard. Et pourtant ! À sa grande honte, la serramiroise devait bien se rendre à l'évidence : les occasions n'avaient pas manqué. Elle était une femme aveugle, sans ressources, faible et pathétique. Elle s'était ouverte à lui, jusqu'à confesser ses doutes et ne rien cacher de sa fragilité. Il avait été une oreille attentive et force était de constater qu'elle l'appréciait. Elle avait eu toute confiance en Reldas, jadis, et était sincèrement heureuse de le savoir en vie mais c'était bien la présence de Vincente et non de la sienne qu'elle tirait son réconfort. Elle sourit quand il lui chercha à la réconforter. « Merci. »
    Le comptoir Noblegriffon d'Eyrolles était une ancienne auberge spécialement réaménagée ; la grande salle commune servait de vitrine et avait été agrandie en détruisant les cloisons de la cuisine et de nombreuses chambres. Ceux qui travaillaient pour le comptoir vivaient dans celles qui restaient. Katalina ne put le voir, mais le griffon avait déserté la devanture. Autour de la bâtisse, de grands entrepôts accueillaient les marchandises trop grosses ou peu intéressantes, comme les denrées alimentaires. Les badauds les suivaient toujours quand la petite troupe arriva finalement à la porte de l'auberge. L'un d'eux, voyant la religieuse sur le point de disparaître derrière la lourde porte, s'enhardit et tenta de la rejoindre. Alors que le mercenaire le plus proche l'empêchait d'approcher trop, il hurla à l'adresse de Katalina « Pitié, Sainte Gardienne ! Épargnez mon fils ! » Sa voix mélangeait crainte et espoir fou et elle trembla un instant. Elle allait pour dire quelque chose quand Reldas lui saisit le bras et, avec un regard pour Manolesti, l'encouragea à continuer. « Nous les tiendrons tranquille, ma Dame, n'ayez crainte. » Quelques secondes plus tard, la porte se refermait dans son dos.
    « L'exposition » comme la Noblegriffon s'était plu à nommer la pièce principale de ses comptoirs, exposait fort peu de chose et il semblait clair au premier coup d'œil que les affaires n'allaient pas très fort. Sans le nom et l'énergie de Katalina, les marchands qu'elle avait fédéré un peu partout sur la Péninsule s'étaient lentement désolidarisés jusqu'à parfois devenir débiteurs et rares étaient ceux qui affichaient encore le griffon.
    « Alors, c'était bien vous. » Le cœur de la pèlerine manqua un battement, se croyant soudainement trahie par son ouïe. Ses lèvres remuèrent mais aucune parole audibles n'en sortirent. « Je ne savais que croire, Katalina, et pourtant dès qu'on m'a rapporté le portrait de cette femme qui passait ses journées à faire face à l'océan, j'ai su. » S"aidant de sa canne, Théodore se planta face à son ancienne protégée. Le vieil homme avait été le plus fidèle serviteur de Katalina, il l'avait vue grandir et aux yeux de la noble avait été comme un oncle. « Que fais-tu ici, Théodore ? » Elle aurait voulu faire montre de plus de chaleur mais elle n'y parvenait pas. Ses doigts se crispèrent encore sur l'étoffe du vêtement de Vincente qui assista un d'étranges retrouvailles. Ne sachant comment réagir, Théodore tâcha d'ignorer la présence du suderon pour se concentrer sur la fille de Miravia. Il lui expliqua qu'après son départ, quelques années plus tôt, il avait été trouvé refuge à Versmilia. Avant de servir les Noblegriffon, il avait travaillé dans le château des seigneurs du Verse et ces derniers l'avaient accueillis, logés et nourris, sans doute dans l'espoir que sa présence n'attirât Katalina dans leur cour, lui avoua-t-il. Il avait vécu à Versmilia jusqu'à l'annonce de l'arrivée imminente des troupes de Jérôme de Clairssac. Se jugeant trop vieux pour vivre un siège, il avait décidé de rejoindre Sainte-Berthilde où il avait plusieurs amis. C'était ainsi qu'il s'était retrouvé à Eyrolles.
    Katalina, quant à elle, fut bien moins expansive, ce qui les rendit tous deux mal à l'aise. Vincente devait clairement se sentir de trop mais la Noblegriffon ne lui laissait guère le choix ; elle lui broyait presque le bras, faisait preuve d'une force presque surprenante pour sa condition. Finalement, Théodore capitula, visiblement peiné de la voir dans cet état et peut-être un peu blessé de la voir si réservée à son égard, et leur annonça qu'il avait fait préparé une chambre pour qu'elle puisse emménager ici. « Apprêtes-en une autre, » ordonna-t-elle et ses doigts supplièrent Vincente de ne pas l'abandonner. « Ne te méprends pas, Théodore. Je suis heureuse de te savoir en vie et bien portant. » Elle marqua une pause qui dura un peu plus longtemps qu'elle ne l'aurait voulu. « J'ai juste besoin de repos... et d'un peu de temps. » Il inclina la tête avant de lancer un long regard à l'homme au bras de Katalina. Finalement, il lui indiqua comment rejoindre la chambre prévue pour accueillir sa protégée avant de se retirer.
    Finalement, ils se retrouvèrent seuls quand Vincente referma la porte dans leur dos. Avec un léger soupir, Katalina lâcha enfin son bras et fit quelques pas en avant, s'aidant de son bâton pour s'assurer qu'elle ne se cognerait pas dans quelques meubles. Elle sentait le regard du noble sur sa nuque et cela lui arracha un frisson, sans qu'elle ne sut vraiment si elle devait accuser le froid ou le fol enchaînement d'événements de la soirée. Il faisait nuit noire, désormais. « Je suis désolée, dit elle en brisant la première le silence. Je n'aurai pas dû vous imposer cela. »
    Elle se sentait soudainement perdue. Rien ne l'avait préparée à se retrouver face à Reldas et Thédore. Ils faisaient tous deux partis d'un monde auquel elle avait renoncé en devenant Gardienne et faire machine arrière n'avait rien d'aisé. Elle ne savait pas non plus si elle en avait envie, elle ne se sentait pas prête à redevenir Katalina Noblegriffon. Elle retrouvait pourtant peu à peu son emprise sur elle-même et sa voix se fit plus assurée. « Vous avez parlé de Meca. Vous savez, alors. » Elle n'ajouta pas ce qu'il était censé savoir, comme si la chose était évidente. Doucement, ses doigts palpèrent l'étoffe de sa robe, au dessus de sa brûlure. « Je ne peux pas. Je ne peux pas simplement cesser de La servir. Pas après avoir tant sacrifié, tant renoncé. »
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Dim 17 Fév 2013 - 23:51

Le pirate n’était pas inquiet de leur petite balade, cependant il restait attentif à son environnement, déjà parce qu’il ne connaissait pas ces mercenaires qui les menaient dans un lieu qui lui était inconnu mais aussi parce qu’une foule se massait autour de ce petit groupe, la nouvelle de la présence de la gardienne de mort circulant ma foi bien vite. Un instant, le quotidien de ses pauvres hères ainsi que leur foi vint à frapper un Manolesti qui avait depuis longtemps cessé de prier et de se tourner vers les dieux. S’il lui arrivait de remercier Eris et de penser à Néera, il avait l’habitude de cracher sur les cinq, leurs serviteurs et leurs gardiens. Ainsi il eut un sourire en coin en passant qu’il se tenait là, à côté de la gardienne de mort et qu’il la soutenait dans un moment difficile. Qui aurait pu deviner que la serramiroise avait été gardienne de Tyra, une femme affaibli et aveugle qu’une bourrasque aurait pu souffler jusqu’au bourg voisin. Le remerciant de sa prévenance elle continua cependant à s’agripper ardemment à sa manche, signe qu’elle n’était pas tranquille, si le pirate ne savait pas qui elle devait rencontrer, il comprenait facilement que l’ex-gardienne ne souhaitait pas faire face à ces retrouvailles.

On arriva finalement devant une bâtisse assez grande où des marchandises trônaient dans la rue alors que la foule continuait à affluer, un homme qui devait être désespéré demanda un geste à la gardienne; que celle-ci épargne son fils. Encore un signe de désespoir bien triste pour ces pauvres gueux, demandant miracles et autres prodiges à une femme qui ne possédait plus aucun pouvoir. Et même si celle-ci les aurait encore eus, aurait-elle écouté ce pauvre homme ? Supplie-on la pluie de s’arrêter de tomber ? Le pirate se sentit un peu trop réfléchi surtout à une heure aussi tardive, était-ce le poids des années qui commençait lui peser ? La prise de conscience du temps qui passe et l’héritage qui laisserait sur cette terre ? Peut-être qu’il existait une solution…

Ainsi une fois entré dans la pièce, une vaste salle dans le style épuré, le couple fit face à un homme vénérable qui s’aidant de sa canne semblait aussi apeuré que ravi par cette rencontre. Croyant voir une morte (techniquement elle ne faisait qu’être à son service) l’homme s’approcha mais ne reçut qu’un accueil froid et distant alors que la prise de Katalina se raffermissait sur le bras de Vincente qui remarqua qu’au final, la brunette pouvait faire preuve de poigne. Cette prise lui rappela sa régulière, une demi-drow à la chevelure de feu qui avait le don de lui faire subir ce genre de sévices surtout lorsqu’elle se sentait effrayé et notamment lors de traversées en mer. Le pirate était de trop dans cette pièce, une défiguration sur le visage d’une madone, une mouche sur un gâteau, un courant d’air par une froide soirée d’hiver. Bref il faisait tâche dans ce tableau et malgré l’insistance du vieillard pour ignorer (tiens encore un) le beau bébé qu’était Manolesti et son comparse zurthan encore plus grand, le vieil homme ne pouvait s’empêcher de jeter quelques coups d’œil inquiet à cette étrange duo qui accompagnait celle qu’il considérait surement comme sa propre fille. L’homme au chapeau quant à lui aurait pu sentir la pesanteur s’installer dans ce lieu s’il ne se fichait pas totalement de l’histoire et de la gêne qui l’était en train de provoquer; il faut dire que lorsqu’on a passé une bonne partie de sa vie à attaquer des navires et a tuer ses occupants, on ne s’emmerde plus vraiment à savoir si l’on dérange ou non.

Apparemment au vue de la prise qui ne se relâchait pas, Vicente sentit qu’il allait passer la nuit ici, ce qui se confirma quand la dame demanda à ce que l’on prépare une autre chambre. Regardant Théodore, le vicomte lança " Vous indiquerez la chambre à mon ami et si vous pouviez lui trouvez un endroit pour la nuit. " Avant qu’il ne s’engouffre dans les couloirs qui menait à la chambre de Katalina. Une fois la porte fermée, laissant nos deux tourtereaux dans une certaine intimité, l’ancienne gardienne s’autorisa à lâcher le bras de l’homme pour vadrouiller un peu dans la chambre. Elle commença par s’excuser pour cette pérégrination et lui indiqua qu’elle ne pouvait pas " ne plus la servir ". Effectivement il savait qui elle était et cette idée, il n’arrivait plus à se l’enlever de la tête. Si maintenant il comprenait mieux la situation, il avait du mal à croire que la jeune femme qu’il avait devant les yeux fut la gardienne de mort. Cela venait confirmait une intuition qu’il avait pu avoir lors de l’une de leur conversation mais combien y avait-il de probabilités que cela soit la bonne option ? Peut-être que cela pourrait lui servir plus tard mais pour l’heure il se devait de ne pas faire perdurer le silence trop longtemps :

" Cela ne me dérange pas plus que cela, à vrai dire je pense que cela doit vous peser et je n’insisterais pas plus que cela sur le sujet mais je dois avouer que rencontrer dans de telles circonstances une ancienne gardienne me parait très intriguant. J’aurais sans doute quelques questions à vous poser sur le sujet, mais pour l’heure, je pense qu’il vous faut peut-être vous reposer effectivement. Votre passé est finalement venu à vous avant que vous ne puissiez aller à lui de vous-même et certains événements peuvent vous avoir échapper. Je suis plus surpris en revanche par ce manque de confiance en vous, Tyra vous a tant pris et vous avez envie de continuer à jouer sa messagère, un pantin dont on aurait coupé les fils mais qui tenterait de se relever pour enchanter son maître ? Peut-être qu’une deuxième gifle s’avère être nécessaire ? " Le pirate s’avança mais ce ne fut qu’une caresse du revers de la main que l’aveugle pu sentir sur sa joue, avant que l’homme ne lui impose avec douceur la couche de la chambre. " Il est sans doute un peu tard pour parler de tout ça et la journée a du vous paraitre longue, nous nous reverrons demain. " Préférant laisser Katalina se reposer, vincente sortit.



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Katalina Noblegriffon
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Lun 18 Fév 2013 - 22:42

    Katalina ne prit pas la peine de se changer ; elle n'esquissa d'ailleurs pas le moindre mouvement après que Vincente eut doucement refermé la porte derrière lui. Les événements de la soirée gardèrent le sommeil loin d'elle et elle ressassa les paroles de Reldas et de Théodore et de Vincente. Très vite, elle oublia les deux premiers pour se focaliser, une fois n'était pas coutume, sur les propos de l'entrepreneur. Était-elle, comme il l'avait décrite, un pantin qui faisait son possible pour se relever malgré ses fils coupés ? Elle voulait le refuser, nier en bloc mais une part d'elle ne le pouvait pas. Ce même fragment de son âme qui voulait croire que sa Déesse ne l'avait pas abandonnée et qu'elle était là, tapie au creux de sa conscience à observer les réactions de son instrument. Elle voulait continuer d'espérer que sa faiblesse n'était que passagère, qu'elle était dans l'œil d'un cyclone qui n'était rien de plus qu'une épreuve. Pour autant, il n'en était rien et elle le savait ; elle ne gardait que trop en mémoire sa dernière vision de la Voilée et elle n'oublierait jamais ses derniers mots. Katalina n'était plus une élue, elle ne s'élevait plus au dessus des autres Hommes, elle n'évoluait plus dans un monde auquel le commun des mortels ne pouvait que rêver. Elle le savait mais cela ne changeait rien.
    Dans son dos, le wagyl peint d'entrelacs bleus rivois la brûlait, lui rappelant une autre vérité : elle était peut-être déchue, mais libre ça, jamais. Aussi, Vincente devait avoir raison. Elle était ce pantin désarticulé qui regardait le ciel avec l'espoir de s'en approcher. L'oubli de la nuit la prit sur cette dernière pensée et elle se laissa happer par un sommeil sans rêve ni repos.
    L'aube ne la surprit pas plus que les jours précédents, elle était déjà levée quand les premiers rayons du soleil commencèrent à réchauffer timidement ses draps. Aussi silencieuse que Mort elle-même, mais beaucoup plus lente, elle s'était frayée un chemin hors du comptoir. Elle fut toute à la fois soulagée et honteuse de ne pas croiser la route de l'ydrillian, la tendresse de son dernier geste l'avait surprise tout autant qu'effrayée ; la dernière décennies lui avait appris à craindre les mains des hommes et son corps lui rappelait les leçons que la douleur lui avait inculqué. Elle doutait que Vincente Manolesti s'intéressât à elle, tout du moins pas de cette façon, mais la possibilité l'apeurait tout de même. Elle se sentait revenue des années en arrière, à nouveau aux abois comme elle s'était jurée de ne plus jamais.
    Elle mit plus de temps que d'ordinaire à retrouver le chemin du port. Plutôt que de tenter Arcam et se soumettre à ses facéties, elle préféra dans un premier temps rallier le Bienheureux Voyageur avant de retrouver des sentiers plus familiers. Les matins précédents, elle avait trouvé des quais fourmillant déjà d'activités ; cette fois-ci ne fut guère différente mais, en plus des marins mugissant, une quinzaine d'hommes et de femmes l'attendaient. Elle ne les vit pas, bien évidemment, mais alors qu'elle s'était approchée, elle avait entendu les conversations mourir les unes après les autres. La peur lui avait fait serrer son bâton au moins aussi fortement qu'elle avait agrippé le bras de Vincente la veille et, se méprenant sur sa soudaine raideur, un homme avait tenté de l'apaiser : « Pardonnez notre audace, Très Sainte Gardienne, avait-il dit et la référence suintait dans sa voix tant que cela mit mal à l'aise la concernée. Nous savions que vous viendriez et... » Il n'acheva pas sa phrase, mais ces quelques mots suffirent à Katalina pour lui permettre de le reconnaître. L'homme au fils mourant de la veille. Le cœur de la serramiroise se serra mais elle s'interdit de faire demi-tour. Elle prit plutôt place en silence, se mettant face à l'océan de la même façon que la veille et l'avant-veille et avant encore. Elle les entendit s'écarter sur son passage mais n'en tint d'abord pas compte.
    « Pourquoi être venue ? » Sa voix était douce et ne tremblait pas mais son regard mort restait fixé sur l'horizon. Un temps, seul le silence lui répondit et puis : « Mon fils. » Doucement, elle opina du chef avant de demander : « Quel est ton nom ? » Il s'appelait Pierre.
    Elle avoua à Pierre ne pas pouvoir sauver son fils. Elle leur annonça qu'elle n'était plus Gardienne, que Tyra avait choisi de reprendre son fardeau. Cela agita le petit groupe mais Pierre leur imposa le silence. Il buvait les paroles de la pèlerine, avide, comme si elles cachaient le miracle qui pourrait sauver sa progéniture. Katalina demeura impassible, comme l'aurait été Mémoire dans une situation semblable. Elle expliqua qu'il n'était pas dans le rôle d'une Gardienne de Mort d'interférer dans les choses de la vie et qu'à chacun sonnait son heure quand celle-ci était venue. Pierre s'agita alors, tenté de refuser en bloc, et elle posa avec une certaine tendresse une main sur son épaule. L'effet fut immédiat, il se figea et elle reprit alors, décrivant avec simplicité le Royaume comme elle l'avait vu. Elle parla de ses impressionnantes cavernes qui couraient sous leur pied et dont le seul accès se cachait sous Eris. Elle leur expliqua que les galeries de la Voilée était éclairées par de surprenantes sphères parfaitement lisses et rayonnantes de pouvoir, que tout être vivant qui s'aventurait trop près d'elles se tordaient rapidement de douleur mais qu'aux âmes des défunts, elles apportaient chaleur et réconfort. Pendant des heures, elle les envoûta d'une voix douce et mélodieuse, hésitant rarement sur ses mots. Parfois, quelqu'un posait timidement une question et elle y répondait, sans jamais hésiter. Ils ne mangèrent pas quand le soleil fut au zénith. Quelques uns partirent, d'autres ne crurent rien de ce qu'elle affirma, mais Pierre se raccrocha à ses paroles rassurantes. Il ne fut pas le seul et quand elle se tut finalement, il bégaya presque sa reconnaissance. « Tyra ne vous a pas abandonné. Elle vous a rendue aux Hommes. »
    Le cœur manqua un battement mais elle cacha son trouble d'un sibyllin : « Ceux qui le veulent peuvent revenir demain. » Elle les espérait déjà nombreux. Ils se dispersèrent lentement, la laissant finalement seule avec un sentiment de bien être et d'exaltation qu'elle n'avait plus connu depuis trop longtemps.
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Vincente Manolesti
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Jeu 21 Fév 2013 - 1:06

La chambre n’était pas dépourvue de luxe mais le manque de moyens et d’entretien se faisait sentir. Si le comptoir Noblegriffon avait eu un âge d’or, celui était révolu, disparaissant sans doute au même moment que l’héritière de la famille. Mais a vrai dire si la décoration avait perdu un peu de sa fraicheur, la pièce restait tout à fait convenable et il faut dire que le pirate avait connu des endroits bien moins enviables. Croisant le regard de Bash, Vincente sourit avant d’aller s’allonger tout habiller sur le lit. " Demain tu suivras Katalina, Je ne voudrais qu’il arrive malheur à notre petite gardienne. " Dit le pirate avant d’abaisser son chapeau sur son visage, alors que le zurthan en tailleur acquiesça avant d’entreprendre un rituel de méditation. Au petit matin, le vicomte se réveilla, écartant son chapeau d’une main avant de jeter un coup d’œil dans la pièce : personne. Baillant avec délectation il s’étira félinement sur le lit avant de poser les deux pieds au sol et se diriger vers la commode de la pièce où l’attendait un baquet en porcelaine de style langecin et une cruche possédant les mêmes motifs décoratifs. Après s’être lavé le visage, l’homme au chapeau pensa que son second était parti suivre la donzelle et qu’il retrouverait bien leurs traces plus tard. Descendant dans la pièce principale de la veille qui avait vu se jouer des retrouvailles aussi plaisantes qu’un passage chez l'arracheur de dents, il croisa peu de monde, quelques personnes qu’il ne reconnut pas, des clients et un employé ou deux. Après avoir réussi a débusqué de quoi se sustenter, Manolesti entrepris de sortir faire quelques exercices matinaux. Ainsi il alla courir à petites foulées dans la plaine près des falaises, histoire d’entretenir la machinerie. Alors que le soleil menait sa course jusqu’à son zenith, le pirate se vidait l’esprit profitant des paysages qui s’offrait à lui, pouvant admirer sur sa droite les coteaux et autres champs cultivés dont les branches d’arbres fruitiers dansaient sous la brise marine qui s’élevait des côtes. A bâbord, on trouvait les falaises et plages de Sainte-Berthilde qui donnait sur l’Eris, puissant océan chargé de mystères et de légendes ainsi qu’ancien terrain de jeu de Manolesti. Même si cela ne faisait que quelques années que le pirate s’était mis aussi a écumer la péninsule, il se lassait parfois un peu de ce petit jeu et il aurait aimé retourner à son ancienne vie : lui, son navire et l’horizon à perte de vue.

Après avoir couru pendant près d’une heure, Vincente trouva un petit chemin sur la côte qui descendait sur la plage et l’emprunta pour arriver dans une petite crique et son banc de sable. Enlevant ses bottes et goutant au plaisir de sentir le sable chauffé par l’astre solaire, Vincente retira son veston et le chapeau qui était attaché à sa ceinture. Pendant que le soleil continuait à monter dans le ciel, l’aéromancien, à l’abri des regards s’exerça à différentes pratiques, s’entrainant dans un premier temps à l’art de sa boxe, il passa ensuite à la magie. Les courants d’airs marins qui venaient jouer sur les falaises ainsi que dans la grotte qui se trouvait tout à côté venaient à se faire déporter alors que notre mage s’amuser à enrouler la puissance de cet élément autour de son corps avant de propulser toute cette énergie sur un océan qui se déformait, se démontait sous l’impulsion de tant de violence, avant que les vagues ne reprennent leur action machinale. Jouant avec son registre de prédilection il n’en n’oubliait pas de s’améliorer dans le domaine de la foudre et celui du feu. Créer des flammes sur la plage avait été son apprentissage, une rencontre, des souvenirs...Fatigué Vincente arrêta de s’entrainer pour aujourd’hui, se laissant tomber sur le sable et se laissant bercer par le bruit des vagues il contempla le ciel. Préférant se relever avant de s’endormir bêtement dans cette petite enclave, l’homme entreprit d’enlever la chemise qui lui collait à la peau. Libérant un torse puissant couvert de tatouages et non exempt de cicatrices, Vincente poursuivit son effeuillage en retirant le bas. Complètement nu, notre pirate faisait face à l’Eris, se tenant droit et fier, il prit un instant la pose devant l’océan avant de courir y plonger avec plaisir afin de gouter à un peu de fraicheur et de relaxer des muscles qui déjà annonçaient de futures courbatures.

Satisfait des quelques heures qu’il avait passé dans ce cadre campagnard, l’homme au chapeau décida de rentrer tranquillement à Eyroles, il ne devait pas en êtres loin. Alors qu’il passait sur les quais il put y voir un attroupement important et le zurthan en retrait. Après avoir échangé quelques phrases dans la langue des terres stériles, Vincente s’assit sur un tonneau qui trainait près d’un entrepôt et adossé au mur il écouta ce que la gardienne malgré sa cécité avait pu voir au travers de sa déesse et de ses expériences. Écoutant sans jamais intervenir, il en apprit énormément au travers de ce que la gardienne racontait et même si cela ne changeait en rien la réflexion ou spiritualité du pirate, ce dernier écouta avec intérêt les secrets du monde souterrain et les divulgations sur l’intimité de la déesse ainsi que de son royaume. Voyant la conférence théologique se terminer, il attendit que la foule se disperse enjoignant certains à s’en aller plus vite que prévu pour se diriger vers l’aveugle.


" Ainsi vous avez décidé malgré tout de prêcher pour celle qui vous a tout pris ? Ou cette forme d’enseignement a pour but d’apaiser les tourments de votre âme ? " Si le ton n'avait pas été méchant, voire même c'était voulu chaleureux, Manolesti ne comprenait pas la démarche de Katalina, celle-ci ne pouvait-elle pas tourner la page ou était-ce sa façon de le faire ? Voulait-elle sortir de l’ombre de Mort ou cherchait-elle a rentré dans ses bonnes grâces, ne sachant plus quoi faire sans Tyra pour la guider ? " Et maintenant, quelle est la suite des événements ? " Dit-il comme s’il s’était résigné à ce que Katalina ne suive jamais son chemin, celui d’un prêtre défroqué qui avait décidé de laisser derrière lui toute cette idéologie futile et ses dieux vaniteux. " J'ai pris plaisir en votre compagnie Katalina mais je ne pourrais rester encore longtemps à Eroyles et si c'est la voie que vous avez choisi, je ne m'y opposerai pas mais ne pourrais cependant rester auprès de vous. " Ultimatum, test ou simple information, le pirate attendait la réaction de la jeune femme.






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Katalina Noblegriffon
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Ven 22 Fév 2013 - 0:57

    Aurait-il voulu ramener cruellement sa protégée à la réalité ? Vincente ne s'y serait guère pris autrement. Ses paroles, comme à leur habitude, ne laissaient guère de répit à Katalina. Malgré le ton enjoué. Malgré le réel intérêt qu'il démontrait. Elle ne répondit pas, laissant doucement mourir un sourire qui n'avait eu que le temps de fleurir. Tâchant de reprendre une attitude digne, elle se redressa et raffermit la prise sur son bâton. « Je n'ai rien décidé, rien planifié. Ils sont venus, j'ai répondu à leurs questions. » Ce n'était pas tout à fait vrai, sans être réellement faux non plus. Pierre et ses compagnons l'avaient approchée avec leur comptant d'interrogations, mais c'était bien elle qui avait mené la danse. « Cela m'apaise, concéda-t-elle avant d'ajouter, faisant à nouveau preuve d'une sincérité qui ne cessait de l'étonner : pour la première fois depuis de trop nombreuses ennéades, j'ai cessé de penser à ce que j'avais perdu pour me concentrer sur ce que je pouvais offrir. »
    Qu'il eut surgit de nulle part ne la surprenait pas outre mesure. Elle n'avait pas voulu se cacher, seulement s'éloigner l'espace d'une journée. Bash avait bien servi son maître, l'ancienne Gardienne n'avait à aucun moment soupçonné sa présence, mais ne venait-elle pas, jour après jour, à l'endroit exact où elle se tenait justement en cet instant ? Non, si l'Ydrillian avait voulu la trouver, il n'avait eu qu'à tendre l'oreille, rien de plus.
    Ses paroles suivantes achevèrent de la désarçonner et de chasser ses derniers panaches de félicité. Alors qu'elle commençait à peine à le connaître, voilà qu'il lui annonçait peu ou prou son départ ; bien entendu, il n'excluait pas qu'elle l'accompagnât, tout du moins c'était ce que sous-entendait ses paroles, mais à quel prix ? Comme elle l'avait fait par le passé, elle détourna la tête dans un geste qui ne faisait rien moins que de mettre à nue sa faiblesse. L'épais rempart de ses cheveux vint à la rescousse de son regard troublé et elle ne répondait pas tout de suite. À la place, elle frappa doucement le pavé berthildois de son bâton et commença à marcher, l'invitant d'une main à la suivre. « M'accompagnerez-vous, une fois encore au moins ? J'ai quelque chose à vous montrer. » La marqua brûla son dos plus férocement encore que les fois précédents, sans qu'elle ne sut s'il s'agissait encore d'un mauvais tour de son esprit fatigué ou d'une véritable douleur physique. Les deux étaient possibles. Elle ne dit rien, ne lâcha pas un mot sur leur destination, mais il fut très vite clair qu'elle ralliait le Bienheureux Voyageur ; quand finalement Marath la vit pénétrer dans sa pièce commune, son cœur se serra et il ne fit rien pour l'empêcher de trouver refuge dans ce qui avait été sa chambre, plusieurs jours durant. Il retint Camille de rejoindre son professeur, lui murmurant que le temps n'était pas encore venu, ce à quoi elle acquiesça non sans avoir bougonné avant.
    Finalement, quand Vincente eut refermé la porte derrière eux, elle s'avança de quelques pas, comme elle l'avait fait la veille au soir. Mais cette fois-ci, elle ne s'arrêta pas là et, faisant basculer ses cheveux par dessus son épaule, elle offrit au regard de l'homme la peau pâle de sa nuque et les attaches qui maintenaient sa robe. « M'aiderez-vous... ? » demanda-t-elle avec douceur. Elle frissonna quand elle sentit les doigts palper l'étoffe de son vêtement, plus encore quand les liens se desserrèrent et un réel frisson la secoua quand l'air frais chatouilla la peau désormais à nue de son dos. Elle retint la robe en repliant ses bras et laissa Vincente regarder tout son saoul le wagyl rivois « peint » sur son dos. D'un bleu céruléen uniforme, il était composé d'entrelacs de tailles égales, le tout formant une figure stylisée de l'ouroboros. C'était là une marque commune, dans la belle Rive eraçonne, mais le tatouage restait exceptionnel à bien des égards. Il était rare, déjà, qu'une étrangère eut l'honneur de la recevoir. Mais surtout, un connaisseur noterait qu'elle était plus grande que la normale et si Manolesti s'égara à l'effleurer, il eut la désagréable impression de caresser la peau écailleuse d'un serpent. « La nature me fit petite et fine, elle me dota de cheveux aussi noirs qu'une nuit sans lune. Il n'y a rien que je puisse faire pour changer cela. De la même façon, Tyra porta son regard sur moi et fit de moi son Instrument. Il n'y a pas de retour en arrière possible, Maître Manolesti. »
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Mer 27 Fév 2013 - 0:12

Ce n’était la faute de personne, il ne s’agissait que d’une rencontre que l’on fait dans la vie. Il était vrai cependant que peu de personnes pourraient dire " J’ai rencontré une ancienne gardienne. " ou encore " Aujourd’hui, j’ai rencontré le plus grand pirate que cette terre est jamais portée ". Mais l’idée était là, au cours de son existence on fait des rencontres, parfois des bonnes, parfois des mauvaises, certaines n’ayant pas de véritables places dans cette conception du bien et du mal; n’étant que le croisement de deux entités. A l’instar d’une éclipse où les astres sont alignés, Vincente et Katalina s’étaient rencontrés dans un bled paumé et malgré leurs nombreuses différences, les conditions étaient réunies pour permettre cette rencontre. Quoiqu’il en soit Vincente avait suprêmement apprécié ses entrevues avec l’ancien avatar de mort et peut-être que cela lui avait permis de faire taire quelques vieux démons. La prophétesse lui expliqua que cela lui faisait du bien et si cela lui suffisait, Manolesti n’allait pas s’opposer à ce que la serramiroise ne retrouve pas quelque chose qui ne lui redonne goût à la vie. Il aurait pu cependant soupirer de voir que finalement même en prêchant pour son compte, l’ancien vaisseau continuait de rendre service à Tyra, son ancienne maîtresse, jouant son jeu restant dans son giron. Mais le vicomte n’était pas non plus le père de la Noblegriffon, aucune obligation morale ne le liait à elle et pouvait-il seulement émettre un jugement négatif sur la direction qu’elle avait choisi de prendre alors que les choix de vie de la vipère noire pouvaient être tout aussi discutables.

Toujours en train de naviguer entre cette douceur, cette fragilité déconcertante et le magnétisme qui se dégageait d’elle, Katalina demanda à ce qu’une dernière fois, le gentilhomme accompagne la dame ce que Vincente ne rechigna pas à faire, prenant la main libre de l’aveugle, il posa celle-ci sur son bras et le couple avança regagnant la taverne du vieux Marath. Notre pirate était intrigué par les dernières paroles qu’avait prononcé son interlocutrice, que devait-elle lui montrait ? L’artefact sacré de mort ? Était-ce une façon symbolique de lui exprimer une dernière fois sa pensée, les hypothèses devinrent un poil plus ambigües ou plus scabreuses alors que la guide-pourtant aveugle-menait son homologue vers ses appartements. Lui dévoilant sa nuque elle l’invita à l’aider dans sa tâche, alors qu’avec agilité et douceur Vincente délassa la toilette qu’arborait la jeune femme afin qu’elle dévoile son dos et mette fin à ce suspens et à toutes grivoiseries éventuelles. Cependant, si le marin avait pu spéculé sur de telles pensées, il les aurait bien vite oublié pour se concentrer sur l’œuvre qu’il avait en face des yeux. Car oui, il s’agissait bien d’une œuvre, un tatouage tout à fait intéressant et qui représentait un serpent, non peut-être quelque chose de plus gros, comme un wagyl symbole d’Eris. Touchant l’image seulement du regard, il hésita un instant mais ne put s’empêcher, seulement poussé par la curiosité, à passer son index, sur l’encre bleuté faisant courir sous son doigt inspecteur la peau de la jeune femme qui était en bien piteuse état. Retirant son doigt, le pirate s’écarta au contact de cette épiderme dont la sensation était bizarre, écailleuse, en dépassant le tatouage on pouvait voir la peau meurtrie par endroit et plaindre encore une fois la pauvre enfant du fardeau qu’elle a pu avoir à supporter.

L’homme au chapeau n’avait jamais cru à la fatalité, en entendant la phrase de la brunette, il ne put réprimer d’un air pensif, contemplant toujours l’image : " Si ne nous pouvons pas revenir sur nos pas, nous pouvons toujours choisir le chemin qui se trouve devant nous. "

Il aida alors l’aveugle à se rhabiller, recouvrant avec douceur le dos de celle-ci puis prenant un ton plus affable, il expliqua qu’il partirait sans doute demain, ce qui leur laissait une dernière soirée pour que la dame profite de sa compagnie. Ils passèrent ainsi leur dernière après-midi et la soirée a jouer aux cartes en discutant de tout et de rien, peu enclin a faire la conversation, c’était Vincente qui tenait le crachoir, lui vantant quelques unes de ses aventures, l’une des dernières en date comportait une pirate rousse aussi mutine que lascive, un trésor et une étrange histoire de malédiction. Cependant il arrivait parfois à Katalina de sortir de sa réserve, parfois trop intriguée par l’histoire pour ne pas demander des détails, ou alors elle racontait une anecdote de façon spontanée, peut-être que les quelques verres qu’ils avaient bu l’avait un peu fait abonder dans ce sens. La soirée bien entamée, Katalina alla se coucher la première, Vincente lui souhaita la bonne nuit et la bonne fortune dans son entreprise. Restant un instant dans la salle commune, finissant le tabac qui rougeoyait dans sa pipe, il se demanda si de nouveau leurs routes se croiseraient dans l’avenir.

Le lendemain, Vincente et Bash s'en allèrent sans revoir la prophétesse, fatigué du climat berthilois, le pirate chevauchant vers de meilleurs auspices.




Dernière édition par Vincente Manolesti le Jeu 28 Fév 2013 - 1:12, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Retour au pays | Vincente   Jeu 28 Fév 2013 - 0:58

    Pour une fois, les doigts de Vincente sur sa peau ne lui arrachèrent pas un frisson. Peut-être parce que là où l'encre avait rongé son épiderme, elle ne sentait plus rien. Le front baissé, elle attendait, souffrant de la double morsure de la marque et du regard de l'ydrillian, si bien qu'elle fut soulagée quand elle sentit l'homme remettre en place les étoffes. Soulagée et reconnaissante. « Je le croyais jadis ; peut-être, un jour, y croirai-je à nouveau. » Elle se rappela alors de ces quelques secondes fatidiques, à Sol'Dorn, durant lesquelles Mémoire avait tourné le dos à son sang. Elle se rappela ses paroles et son visage se fit pensif, pour finalement se voiler, car elle se découvrait parjure à la lumière de sa mémoire retrouvée. De la promesse de retrouver Kassandra le jour où Tyra se serait lasser d'elle, Katalina ne savait que faire. À peine capable de se trouver elle-même, elle ne voyait tout simplement pas comment elle pourrait se lancer sur les traces de sa demi-sœur.
    Quand, finalement, elle trouva le courage de faire à nouveau face à son protecteur, son visage avait retrouvé son masque et c'était une Katalina impassible qui accepta de le suivre jusqu'à la salle commune où Marath fut heureux de les servir. Comme à son habitude, Vincente mena habilement la conversation et la serramiroise se laissa faire, séduite d'une certaine façon par les manières de l'ydrillian. Plusieurs fois, elle s'hasarda à témoigner de ses propres expériences. Elle lui parla ainsi de Meca, lâchant quelques mots sur ce qu'il s'était vraiment passé ce jour là. Sans entrer dans les détails, elle expliqua comment les deux Gardiens s'étaient affrontés et surtout, pourquoi. Le pirate ne devrait souffrir que de ne posséder qu'un fragment de l'histoire, mais ce témoignage demeurait l'unique qu'elle avait fait et qu'elle ferait sans doute jamais. Elle lui apprit ensuite comment, pendant quelques ennéades, elle était devenue la chaman d'un clan des nomades de l'est, ceux que les drows appelaient zurthuans.
    Le sommeil vint la cueillir quand elle s'y attendait le moins et, pour la première fois, trop tôt à ce goût. Elle savait que le lendemain, au réveil, elle serait seule à nouveau. Vincente avait été clair et elle ne lui tenait pas rigueur de son départ ; c'était tout à fait naturel. Alors, contrairement au fois précédente, elle s'approcha de l'homme sans un mot plutôt que de seulement s'éloigner. Ses doigts s'hasardèrent en aveugle, jusqu'à trouver l'étoffe de sa tunique, et elle remonta doucement le long de son coup, caressant presque la joue du noble. Elle se pencha et y déposer un léger baiser, avant de murmure à son oreille un « Merci » qui sonnait comme un au revoir.

    Ainsi, Katalina Noblegriffon, qui fut un jour Gardienne de Tyra, rencontra-t-elle Vincente Manolesti, qui à jamais demeurerait quant à lui le plus grand des pirates.
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