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 Escapade sur le Ner

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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Escapade sur le Ner   Mer 30 Jan 2013 - 13:34

Citation :
À l'intention du Sénéchal de l'Atral, le sire Adelin Dussac,

La trace de notre proie, si claire aux abords de Cantharel, s'estompe à mesure que nous progressons vers l'est. La troupe aurait d'abord regagné la route pavée, traversant les carcasses de hameaux passés à la torches, jusqu'à atteindre le bourg fortifié du Theil. Là, elle se serait scindée en au moins deux parties, à moins que des fuyards de l'ost du sire félon d'Arétria ne soient venus brouiller les pistes. Cette dernière possibilité me semble pourtant fort probable, et la plus grande partie de la journée fut consacrée à la chasse de ces âmes damnées qui encore harcèlent les bonnes gens du Berthildois. C'est en leur défense qu'Eudes de Daux et deux autres de nos compagnons trouvèrent la mort. Nous laissons au bourgmestre le soin de vous faire parvenir sa dépouille ; notre quête ne saurait subir d'autres contretemps alors que nous nous apprêtons à gagner le sud et les Monts Corbeaux.

Jean de Brosse, chevalier de Cantharel.


Citation :
À l'intention du Sénéchal de l'Atral, le sire Adelin Dussac,

Nous voyageons dorénavant au travers de terres épargnées par la guerre. Ayant perdu toute trace de la garde pourpre de la baronne, nous gardons toutefois bon espoir de la retrouver en Olyssea. L’accueil frais qui nous fut réservé par les templiers du Tertre de la Damedieu est sans doute l’événement le plus marquant de cette seconde journée, bien que je ne puis me dire surpris. Nous avons emprunté un gué au niveau de Malbuisson, pour finalement souper à la modeste place forte de la Combe. Le vieux vavasseur a fait preuve d'une grande hospitalité, et nous traversâmes avec sa bénédiction la dernières des Cousines dès l'aube le lendemain.
La matinée était à peine entamée lorsque nous avons capturé Enguerrand d' Östmar sur les contreforts des Monts-Corbeaux. Accompagné de seulement quelques fidèles, désormais morts ou en fuite, il s'éloignait de son pays avec grande célérité. Le questionnant au sujet de cette drôlerie, il s'exclama que des bandits avaient investi au moins trois des cols et y embusquaient avec  sauvagerie les Olysseans sur le retour. Je jugeai alors le risque trop grand pour mon propre équipage, et rebroussai chemin jusqu'au lac ou nous embarquâmes sur deux rapides esquifs qui nous portèrent jusqu'à Etram. Séparés de notre captif et la lumière s'amenuisant, nous parvînmes à gagner la forteresse d'Ack d’où je vous écris ces quelques mots.

Jean de Brosse, chevalier de Cantharel.




Citation :
À l'intention du Sénéchal de l'Atral, le sire Adelin Dussac,

La guerre fait rage aux pieds des montagnes alors qu'une jacquerie prend forme en l'absence du seigneur de ces terres, le cousin de notre bon Enguerrand. Fort heureusement, seules des rumeurs franchissent le Ner ; des rumeurs et les corps charriés par le fleuve qui parfois s'échouent à nos cotés.  Sauf pour cette morbide vision, la traversée des collines Ackienne ne fut remarquable que par sa lenteur, un rythme justifié à mon sens par l'absence d'escadrilles hostiles en pays Ethernan.
Nous avons plus tard dépassé le Ner au niveau du pays de Gelden avec l'assistance d'un hameau de humble pécheurs. Il devint bien vite apparent que cette région était elle aussi secouée par de graves troubles, et leur cause est une nouvelle de poids : Le seigneur Agrippa Luskendale n'est plus, sa dépouille ayant rejoint le caveau de ses ancêtres dès son retour de notre terre. Si tous s'accordent à ce sujet, ce qui s'ensuit est par contre plongé dans une telle confusion qu'il serait futile de retranscrire ici les dires contradictoires que nous récoltèrent, sinon que la toute fraîche épouse de feu le Borgniat - fille aînée du vieux Symphorien d'Erdlheim - porte vie. Nous n'avons pas plus de nouvelles de la parente de son excellence, et voyagerons dorénavant de nuit afin de se prévenir de toutes fâcheuses rencontres.

Jean de Brosse, chevalier de Cantharel.


Citation :
À l'intention du Sénéchal de l'Atral, le sire Adelin Dussac,

Les portes d'Olyssea sont closes, et dame Clélia ne s'y trouve guère à en croire les quelques manants assez téméraires pour encore franchir la porte de leur chaumière. Ne pouvant me satisfaire de ces réponses laconiques, je me présentai alors aux portes du castel dans un vain espoir, ne recevant pour mes frais qu'un carreau d'arbalète qui, non-pas un avertissement, eut raison de mon jeune escuyer. C'est donc sans même discerner l’identité du maître de la citadelle, d’où flotte encore le blason écarlate, que nous poursuivions notre chemin jusqu'à Sharas et le domaine familial de la baronne. La plus éloignée des conflits, la riante cité en est aussi la moins affectée, et il fut chose aisée de trouver à s'y loger dans un sordide établissement répondant au nom de « Au Baron cocu » où nous pourrons attendre vos prochaines directives ou peut être la venue de nos confrères. Reste à vous informer que le port est sous la protection de la grand-tante de son excellence, qui ne semble avoir levé le ban.

Jean de Brosse, chevalier de Cantharel.





Barkios de printemps, cinquième jour de la sixième ennéade, en l'an six du onzième Cycle




Arsinoé n'avait jamais eu pleinement conscience de la complexité des préparatifs qui accompagnaient toute entreprise guerrière, avant ces deux dernières ennéades. Ayant fait part à son oncle de ses désirs d'Olyssea dès le lendemain de ses épousailles, avec bien entendu la bénédiction de son nouveau conjoint, les dilemmes n'avaient depuis eu de cesse de l'assaillir. L'ost triomphant n'avait pas attendu que les Arétans ne regagnent la Malelande pour commencer à s’effriter, les bannerets prétextant que la famine guettait si les forces vives des régions dévastées restaient plus longtemps en harnois. Ne pouvant que s'indigner face à cette bassesse d'hommes plus attachés à leur or qu'aux droits de leur suzeraine, elle fut contrainte de céder lorsqu'il devint apparent que les vivres de l'ost assemblé précipitamment touchaient à leur fin.

Le trésor de la cité, réputé conséquent du temps du marquis Anoxar, avait depuis été asséché par les folies du Kar'Halan et les guerres de Thiégault, si bien qu'elle n'eut d'autres choix que de se tourner vers les marchands de Cantharel afin d'obtenir les fonds nécessaires à l'expédition. La traîtrise du Lyron parut pour la première fois opportune, l'assurance des rançons alliées à la promesse des richesses d'Olyssea  faisant finalement entendre raison à ces notables. Le ban fut levé derechef, se concentrant principalement sur les terres de l'ouest et du nord ouest du marquisat à la loyauté qui restait à prouver.

C'est ainsi qu'en cette fin de mois près d'un milliers de féaux se massaient aux pieds des collines d'Ack ; sans compter les quelques centaines de ces gens attirés par les bruits de guerres, et l'ost fort réduit du régent qui campait non loin. L’atmosphère éclectique de la troupe, composée majoritairement de chevaliers de la Toranne ainsi que de deux franches-compagnies en provenance d'Eyroles, contrastait avec le silence qui régnait dans les halls de Casteldulac, où la dame Arsinoé rendait ses derniers hommages au sire mourant. L'homme, aussi affaiblit fut-il, ne détournait pas ses songes des terres qui lui avaient été promises, la poussant finalement à renouveler son serment dans un élan de compassion.

Cela-fait, la dame et sa maisnie, elle aussi réduite au strict minimum, regagnèrent d'une allure languissante la frontière où son oncle et son compagnon s'entretenaient sur les dernières dispositions. Elle avait la plus grande confiance en son prince, qui n'était en rien étranger aux campagnes de cette espèce. Mais à dire vrai, personne n'escomptait retrouver ici la violence des ennéades passées. La Louve d'Olyssea n'avait pas  fait reparler d'elle depuis cette nuit terrible, et l'ascendance de la marquise ne laissait planer aucun doute sur la justesse de leur cause. On avait par précaution évité d'alerter indûment les seigneurs du Ner, quoiqu'ils fussent trop occupés par leurs propres troubles pour réellement se soucier des agissements du Berthildois.

C'est cette même journée, alors que le soleil radieux d'été était encore haut dans le ciel, que l'ost se mit en branle et traversa la frontière Ethernienne, le baron de Clairssac ayant bien entendu été mis au parfum de la chose il y avait une quinzaine de jours de cela. Chevauchant aux cotés de l'Ivrey, Arsinoé se sentait d'humeur étrangement téméraire et, une fois assurée qu'ils étaient assez isolés pour s'entretenir en toute sérénité, brocha un sujet qu'elle avait auparavant toujours soigneusement évité.

« Bel ami, vous ne serez pas sans savoir les causes de mon long exil. Ma famille était des plus impliquées dans ce que l'on dénomme aujourd'hui la Révolte des Barons, un lourd fardeau qui je le sais vous aura aussi éprouvé. J'ai vu Audoin pour la dernière fois il y a sept ans, dévalant la route d'Hautval quelques mois seulement après avoir été sacré baron, laissant derrière lui  épouse, mère et sœur. Mon frère avait toujours été proche de son oncle l'usurpateur, et trouva vraisemblablement sa fin à ses cotés... Il est de plus bien connu qu'Aemon d'Ancenis, troisième du nom, appartenait à la coterie rebelle. Arsinoé marqua alors une pause, un sourire gênée se dessinant sur ses fines lèvres. Je ne veux pas paraître indiscrète, mais il me semble flotter une véritable brume autour de la prise de Diantra par ces barons, un événement qui vous en conviendrez porte pour moi un intérêt tout particulier. Étiez-vous aux cotés de votre père à cette heure fatidique ? Si tel est le cas, voilà un conte qu'il me tarderait d'entendre . »


Dernière édition par Arsinoé d'Olyssea le Dim 1 Juin 2014 - 13:12, édité 1 fois
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Escapade sur le Ner   Dim 24 Fév 2013 - 12:55

Karfias d'Hiver, cinquième jour de la neuvième ennéade, en l'an 990 du dixième Cycle







Les eaux sombres de l'étang n'avaient pas glacé, engloutissant les flocons qui depuis trois jours balayaient le pays Olysseans. Arsinoé, juchée sur une pierre lisse qu'elle avait prit soin de dégager avant d'y poser son séant, observait la scène d'un air sibyllin ; comme était son habitude. Elle ne pouvait se rappeler d'un temps ou l'étendue opaque n'avait opéré de fascination sur son âme, une obsession allant jusqu'à un jour la faire décréter que les rejetons de la domesticité n'y fasse plus trempette. Initiative qui n'avait pas été pour déplaire à son aïeul le baron.

Une pensée qui aujourd'hui lui procurait presque autant de chagrin que de contentement. Car Bohémond d'Olyssea, son grand-père et sire de la terre éponyme, n'était plus. Revenu inanimé d'une joute à quelques lieues de là, il avait un temps oscillé entre vie et mort sans jamais reprendre connaissance, avant de s'éteindre au gré d'une nuit sans lune il y avait quatre jours de cela. Déconfite, la douce enfant avait depuis repoussé chacune des avances de son précepteur timoré, passant ses journées dans le calme de son refuge, loin de la noble dépouille qui encore occupait la salle d'apparats, mais aussi de sa mère la dame Rowena comme animée d'une force fiévreuse.

Un choc d'une violence inouïe la tira alors de ses songes, l'envoyant choir sur les berges enneigées du bassin. Hoquetant autant de surprise que de froid, elle se retourna avec peine pour voir la forme triomphante d'Audoin, encore vêtu de sa rouge livrée de page. Apparence trompeuse, étant donné que le maître d'arme qui se chargeait de son apprentissage était la veille parti pour Erdhleim, laissant l'espiègle garçonnet à ses propres moyens. Estomaquée, Arsinoé récompensa la foucade d'une gifle cinglante, avant de regagner à vive allure la haute-cour de l'autre coté de l'enceinte qui cernait le bois: son jeune frère n'était pas connu pour sa retenue. Dépassant les reîtres qui par temps trouble se massaient dans la bastide, elle se dirigea vers le donjon où l'on ne tarderait à servir le souper, croisant en ce faisant Sebastian Wickam accompagné de la jouvencelle qu'il se plaisait à trousser. Le voile que Tyra avait jeté ne semblait avoir grande emprise sur le jeune capitoul songea-t-elle distraitement.

Le chef-lieu du donjon était comme elle l'avait quitté, sauf peut être pour la douce odeur de putréfaction qui se serait renforcée, ne pouvant plus être masquée par les volutes d'encens parsemant la pièce. Le responsable gisait au bout du hall, devant son trône, sur une table de bois ouvragée et couverte d'un linceul translucide. Autour de lui : ses organes disposés artistiquement dans des bocaux, deux servantes voilées de Tari, et sa troisième et dernière épouse. Jeune damoiselle aux cheveux châtains et ondulés cernant un visage dévoré par de grands yeux couleurs miels, l'éthérée Lucia d'Orfédie semblait avoir quittée son Ysari natale juste assez longtemps pour se faire engrosser, puis mener la veillée mortuaire de son vieil époux qui le lendemain prendrait fin. Cinq nuits, pour les cinq divinités du panthéon, chacune plus morbide que la précédente, et ce malgré les meilleurs soins des apothicaires.

Arsinoé ne s'attarda pas, s'éclipsant par une issue dérobée qui au gré d'un escalier en colimaçon la mena à sa chambre à couché, où la fillette troqua sa tunique humide pour une étoffe bleu ciel en tout point identique. Le souper, en compagnie d'Audoin et de quelques dames de la mesnie, fut une bien morne affaire, uniquement troublée par les voix échauffées s'élevant de la pièce avoisinante ou sa mère et Sebastian s'entretenaient. Bien assez vite, le soleil d'hiver disparu et il fut temps pour elle de regagner sa couche, sombrant dans l'inconscience tout en s'imaginant les obsèques du lendemain.

Au plus profond de la nuit, le grincement d'une herse la soutira momentanément de l'étreinte de Morphée, dans laquelle elle se serait assurément replongée si ce n'était pour les cris et fracas de glaives qui s'ensuivirent. Apeurée, la jeune fille entreprit d'espier la scène en contrebas au travers sa meurtrière, des efforts qui eurent pour seule récompense les lueurs traîtresses de torches, qui bientôt disparurent à leur tour. D'une curiosité naturelle, elle ouvrit alors la porte de sa chambrée, se retrouvant nez à nez avec un jeune nobliaux de la garde pourpre barroniale, qui par un sourire réconfortant mais ferme l'enjoignit à regagner ses quartiers. Le silence avait regagné le donjon, et se sachant en de bonnes mains, elle s’apprêtait à regagner ses douces rêveries lorsqu’à nouveau la porte s'entrouvrit, révélant une forme massive. Non-pas le jeune sire imberbe, mais un soudard de la pire espèce, qui enjamba en quelques pas la pièce et étouffa d'une main crasseuse le cri naissant de sa proie. Si proche, elle ne pouvait plus manquer ce faciès monstrueux - comme fendue d'un coup de hache -, ses beaux yeux s'inondant de chaudes larmes alors qu'on la traînait au loin  ; sans jamais entrevoir le garde qui observait, impassible, la triste scène.

Enfin, son tourmenteur relâcha son emprise, la laissant dans le grand hall qu'elle reconnaissait plus par son odeur que sa forme plongée dans l'ombre. À sa droite se tenait Audoin, et voyant que ses yeux restaient sec, la fillette entreprit d'épongée ses propres joues du pan de sa robe. Sa mère et Lucia se tenaient à quelques mètres elle, entourées d'une poignée hommes à la livrée verte, les lames à l'air. La cause ne lui échappa pas longtemps : la douzaine de bélîtres et gredins armés qui la tenait elle et son frère. Une voix plus forte et plus proche que les autres s'éleva soudain d'une ombre à sa gauche.

« Benfred t'effraie t-il ma petite ? Quel goujat je fais d'envoyer tel homme quêter ma tendre nièce, sauras-tu m'en m'absoudre ? Susurra t-il d'une voix affecté, passant ses doigts dans la crinière or de la fillette. Puis à l'intention dudit colosse qui déjà s'éloignait : M'entends-tu Deux-Gueules ? Il te faudra mieux cacher ton cœur savoureux si je dois à nouveau prendre la mesure de cette vile trogne ! » recevant pour seule réponse un glaire qui vint s'écraser sur le battant de la grand-porte, l'homoncule froissé s’enfonçant dans la nuit.

Il y avait bien longtemps que cette voix amusée n'avait résonné sous la voûte de la ferté, près de six ans à vrai dire. Arsinoé n'en gardait que de fugaces souvenirs, à jamais associés à la mort de son propre père. En effet, les sordides méfaits ayant conduit à l’exil du plaisantin étaient survenus au lendemain du décès tragique de son frère aîné. Semoras, second fils de Bohémond d'Olyssea, avait depuis trouvé refuge chez la branche cadette de la famille, à Sharas. La dame Rowena vocalisa alors la question qu'elle même se posait.

« Que viens-tu faire ici Semoras ? Déshonorer notre père de son vivant ne t'aura t-il donc pas suffit ? »


Une lueur mauvaise scintilla dans l’œil de l'intéressé, qui s’avança seul. Une fois arrivé à quelques pas des lames des chevaliers Berthildois, il affirma simplement : « Je ne veux aucun mal à votre dame, seulement rendre hommage à...notre père. » , déclaration qui, au grand dam d'icelle, sembla satisfaire les gardes esseulés qui s'écartèrent. Gravissant cérémonieusement les marches du Haut dais, il resta une longue minute devant la dépouille odorante sans dire mot, lui adressant finalement quelques derniers mots d'une voix roque : « Si quelqu'un avait eu le courage de te mettre au parfum des agissements de ta bru, tu approuverais. »


Faisant mine de ne rien entendre, pas même les gloussements d'une des âmes damnées de son beau-frère, Rowena s'enquit : « Où est Sebastian ? S'il est question de la volonté de feu le baron, il n'y a nul mieux placé pour y répondre. »

« Une pensée que je partage en son plein ma Dame. Mais je crains que notre bon édile ne se saoule dans quelque établissement borgne. Le couard n'escompte plus vous revoir de cette vie m'est avis. » , puis, à la vue de la crainte qui submergeait son auditrice, ajouta : « Peut-être l'enverrai-je un jour à Cantharel si cela peut adoucir vos mœurs. À côtoyer des prud'hommes de la trempe de Rostang d'Erdhleim, le damoiseau ne pourra que s'endurcir. »

Rien ne se dérobait au vif regard du fougueux. La moue écœurée du maître d'arme susnommé n'échappait pas à la règle.

« Voyez-là un exemple pour nos têtes blondes ! À peine la divine coqueluche engagée sur la route d'Erdhleim, qu'elle partait à ma recherche dans l'espoir de sauver la baronnie de l'emprise de femmes impies, apportant avec lui le soutien de la belle garde pourpre. Pourquoi Rostang, pourquoi entacher le nom de ma sœur de telle contumélie ? »


« Le garçon Audoin n'est pas de votre sang messire. »
répondit simplement le vieux maître de la garde.

« ...Vous m'en voyez désolé mon amie, mais ces dires ont gagné grande écoute dans le pays. Teudéric d'Olyssea, Symphorien Pyk, Agrippa Luskendale, tous voient en moi le baron légitime. Il n'y a nul besoin de faire ici couler plus de sang, vous serez reconduit avec votre fille dans votre pays. Nous ne sommes pas des monstres » acheva t-il d'un ton clément.

« Et mon fils ? »


« Je me chargerai de son éducation. Peut-être qu'un jour ces rumeurs se révéleront infondées ; et sinon, Charles de Hautval m'en sera gré. »


« Pensez-vous réellement que mon frère laissera faire, ou êtes vous... ? »


« J'évite en tous temps de m’interroger sur les intentions de notre brave marquis , coupa t-il d'une voix menaçante, mais s'il le faut, je suppute qu'apprenant la nouvelle, il ira chasser et l'oubliera aussitôt. Toutefois, avant de répandre votre venin dans l'esprit de ce jean-foutre, pensez à Audoin, qui a déjà connu bien assez de douleur pour toute une vie. »

Arsinoé regardait sa mère d'un air désabusé. Elle l'avait toujours connu forte et fière, mais aujourd'hui la grande femme statuesque se trouvait désemparée devant le fieret, son teint virant écarlate puis livide, sans jamais trouver de quoi répondre à la menace ouverte. Un dernier regard d'une infinie tristesse envers son fils qui pleurait à son tour, aucun pour la veuve d'Orfédie qui cherchait en elle un quelconque réconfort, et elle acquiesça.

*****


Deux jours plus tard, mère et fille franchissaient un des cols des Monts Corbeaux au plus profond de l'hiver, accompagnées d'un détachement de la garde pourpre, et des quelques Berthildois composant la suite de dame Rowena. Elle ne reverrait pas son fils avant qu'il ne meurt à Diantra, en rébellion contre le roy et aux cotés de son oncle.
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: Escapade sur le Ner   Dim 24 Fév 2013 - 21:44

« Ce n’est pourtant pas un conte pour les damoiselles, croyez-m’en. Ce qui s’est passé entre les murs de la cité royale lors de cette fameuse nuit, cela ne doit pas être dit légèrement. »

La réponse ne semblait souffrir aucune réplique, et pour le bien faire comprendre, Aetius tourna enfin son regard – alors perdu dans la lande – sur son épouse toute fraîche et dit : « Nous nous approchons des seigneuries du Ner, je vous veux en sûreté dans une des carrioles ; une dondaine sharassienne dans votre jolie gorge, et c’en serait fini d’Olysséa. » La marquise, après avoir bien fait comprendre sa réticence, finit par obtempérer. Et le voyage de continuer, vers le chef-lieu de la baronnie du loup.

On arriva bien vite devant la cité fluviale d’Olysséa. Celle-ci, à cause de la guerre, s’était fortifiée et fermée sur elle-même. Les ponts enjambant le Ner étaient eux aussi fermés. Sur les tours hérissées de scorpions, la bannière de Clélie claquait au vent. Les alentours semblaient être désertés, et même le fleuve, où s’amoncelaient normalement troncs et navires, bruissait seul jusqu’au delta de Sharas. La baronne n’était visiblement pas là, et ce calme avant la tempête laissait à penser que tous, dans le pays, avait pris cette disparition pour argent comptant. La terre laissée sans seigneur, la noblesse vaincue par-delà les monts Corbeaux, l’on s’était mis à engranger les provisions et barricader ce qui pouvait l’être, car sans intervention extérieure, la baronnie ne tarderait pas à se peupler de brigands, si elle n’était tout bonnement pas attaquée par une de ses rivales du Médian.

La venue du régent, en cela, était autant une malédiction qu’une bénédiction. Sans suzerain digne de ce nom, Olysséa était assurée d’endurer une nouvelle guerre successorale accompagnée de son lot de misère, d’appauvrissement et de maladies. Et voilà que la marquise de Sainte-Berthilde, fille des Olysséa, s’en venait avec son nouveau mari, à la tête d’une armée, revendiquer le pays du Ner. L’opportunité était tentante, bien que beaucoup, piqués dans leur amour propre, ne savaient trop comment ressentir cette intervention… Mais que faire ? Le fils de Clélia, à peine assez haut pour marcher sur ses deux pattes, avaient été envoyé au loin, à Langehack. Sans or, sans allié, sans armée, il faisait bien pâle figure face aux cohortes des marquis de Cantharel.

Aetius, bien sûr, ignorait ces circonvolutions, et ne pensait qu’à une chose : la puissance des fortifications d’Olysséa. Comme beaucoup des grands châteaux ou populeuses cités du Ner, la ville était à cheval sur le Ner, si bien que, pour imposer un siège efficace, il fallait en bloquer les deux rives. Bien sûr, les seigneurs du Ner ne s’étaient pas contentés de cette subtilité géographique et, à force de trahison, avaient payé la chère leçon professant qu’un traître a tôt fait de vendre une rive à leurs ennemis, si bien que la ville avait été ceinte de puissantes murailles renforcées par des tours où l’on pouvait voir, innombrables, scorpions menacer les alentours. Prendre d’assaut un tel système défensif n’aurait fonctionné qu’en Oësgardie, pour sûr. Aussi Aetius espéra-t-il que l’accueil serait plus chaleureux du côté des habitants que de la ville elle-même.

Les Cinq soient loués, ce fut le cas. Les édiles, dépassés par les événements et sans nouvelle de leur suzeraine portée disparue, finirent vite par ouvrir les portes à des émissaires, puis, une fois les négociations achevées, aux nouveaux seigneurs des lieux.
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Escapade sur le Ner   Mar 26 Fév 2013 - 21:00

Si la dame d'Olyssea avait ravalé sa fierté à l'occasion du périple guerrier, nulle force n'aurait pu la maintenir cloîtrée dans cette immonde carriole une fois qu'elle su sa proie prosternée. Tout comme son blason qui partout flottait aux cotés du griffon chargé de lys, l'héritière présomptive s’avança dans la coquette bourgade à la droite du prince-régent, s’efforçant en tout temps de ne pas être effacée par celui qui avait prit goût aux vivats du bas-peuple. Non-pas que l’accueil réservé fut des plus chaleureux - rares étant ceux qui osaient s'aventurer aux dehors à la vue de la colonne conquérante - mais le principe en restait inchangé et l'intelligence de la marquise toute obnubilée par la mesquinerie. Car la douce enfant, bénie depuis toujours d'un sens aigu de la possession, vivait en ce sens bien mal le grand partage qu'était le mariage. Un constat toutefois à nuancer par les qualités qu'elle trouvait en son époux de deux énnéades ; qui joli, probe et pieux (dans cet ordre là), avait par moment su aviver en elle quelques élans de tendresse.

Alors que la masse de reîtres et chevaliers s’enfonçait dans la cité sans pour autant y tracer un sillon de violences et pillages, les citadins les plus farouches s'engaillardirent et laissèrent libre cours à leur affliction. D’ineffables immondices pleuvaient des hauts hôtels, et le contenu des bourdalous était vidé sur les têtes des bougres en contrebas dans le fol espoir d'atteindre les cavaliers au centre de la grande allée. La sole putréfiée qui vint s'écraser sur le harnois de Godfroy, et les jurons qui s'ensuivirent, achevèrent de la tirer de ses songes peu prosaïques. Allaités dès le plus jeune âge d'une saine méfiance des pouvoirs de Cantharel et Diantra, les bélîtres du Ner voyaient d'un bien mauvais œil la présente congrégation. Si Arsinoé n'était autre que la nièce de leur Semoras bien-aimé, et l'Ivrey le bâtard d'un de ses mythique compagnons, ils étaient bien rare à faire le subtil rapprochement.

En ce moment là, elle les haïssaient, ces vilains qui n'avaient d'autre désir que de gâcher son retour triomphal en ce pays qui l'avait injustement rejeté, qui la narguaient de la sûreté de leurs trous. « Rendez-nous notre louve ! » criaient-ils, plongeant la damoiselle dans un océan d'amertume : ils l'avaient oublié, elle qui aurait du succéder à son aïeul Bohémond au trône d'Olyssea. Mais ils n'avaient pas tort de s’interroger ainsi sur le sort de Clélia, sa jeune cousine qui hantait ses nuits, passées à s'imaginer les circonstances de leurs retrouvailles, et les sévices qu'elle lui ferait subir pour le souvenir encore vif de sa perfidie. Une chose était sure, sa Némésis n'avait encore rejoint le domaine de Tyra.

Tout comme, à sa grande surprise, Benfred de Canosse. Car si les échevins accompagnant la troupe leurs avaient offert la cité et sa milice, il parut bien vite que le fier castel sur la rive sud du fleuve ne répondait pas aux injonctions de ces notables. Son maître n'était autre que le gredin susnommé, ayant par quelque artifice échappé à la tombe de son compère et gravit les rangs de la garde pourpre. Le cortège ne fut pas longtemps incommodé, le grand défiguré insistant toutefois qu'on lui accorde audience devant la herse, se retrouvant sous peu bombardé maître de la garde, à l'insu du vieux bretteur qui avait accompagné sa dame dans les limbes. Ce dernier obstacle franchit, l'on se déversa dans la haute cour en grand nombre, Arsinoé retrouvant radieuse le lieu de son enfance, fort heureusement presque intact.

Mais la nécessité mit prestement fin à ces heureuses retrouvailles, Aetius désirant en effet être intronisé au plus vite, volonté qu'elle partageait toute entière. L'on dicta au scribe de la mesnie quelques brèves missives à l'intention des seigneurs de Karhak, Breda, Erdhleim, ainsi qu'à sa grand-tante de Sharas, mais il n'était nul question d'attendre ces grands pour se saisir formellement du pouvoir. Aussi se contenta t-on de faire quêter assez de nobliaux des terres avoisinantes pour peupler la salle d'apparats, ainsi que quelques serviteurs de la Damedieu. La cérémonie se déroula sans accrocs, et l'on entreprit ensuite de vider le garde-manger du maître queux, fêtant une seconde fois la fin de la guerre. Les édiles, enchantés par leurs assurances de début de journée, se virent repoussés poliment lorsqu'ils brochèrent à nouveau le sujet d'une charte.
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: Escapade sur le Ner   Mer 13 Mar 2013 - 22:37

S’il avait su que conquérir le Ner serait aussi agréable, il aurait fait ça des années plus tôt. Depuis la prise d’Olysséa, les jours s’étaient enchaînés à la forteresse, où un flot de nobles du pays affluait, venant prêter l’hommage et présenter leurs félicitations. Certes il en était quelques-uns à avoir le genou un peu réticent et le baiser un peu crispé, mais Aetius ne pouvait guère leur en vouloir, et le tout avait, finalement, cette tendance à finir en banquet le soir venu, où le régent se montrait prodigue et la descente facile. Installés dans l’hôtel particulier des Olysséa, il se faisait une fierté de dépenser des mille et des cents, en présents, en victuailles ou en tonneaux, et une joie de recevoir quiconque en hôte généreux, dans la profusion. Cette vie semblait plaire à Aetius, tant il s’était immédiatement transformé en baron d’Olysséa recevant ses vassaux. D’un naturel social, l’élément dans lequel se plongeait le prince lui collait donc parfaitement. Aussi, il faisait montre d’urbanité et d’une mâle assurance autour de ses hommes, conversant avec ses commensaux ou avec Arsinoé, sa nouvelle épousée et hôtesse comme lui.

Cet environnement de fêtes s’ajoutait donc aux premiers jours de vie maritale de la marquise et de son époux, et l’atmosphère tout à fait charmante de l’hôtel seigneurial. Cette vaste bâtisse, joyau de la cité qu’avait dû rançonner un ancien Olysséa à un marchand un peu trop ventru et créancier à son goût, semblait être tout-de-bois. Les murs eux-mêmes, quand ils n’étaient pas taillés avec un soin extrême, étaient parsemés de sculptures ou équilibrés par une armure de parade aussi antique que brillante. Tout dégageait presque une abondance frôlant le baroque tant les pièces semblaient être surchargées de gravures, de blasons et de veinures, tant les mobiliers tenaient plus le rang d’œuvres d’art que de simples instruments. Cette atmosphère, loin du cossu bourgeois, suintait l’exubérance des barons d’Olysséa qui, comme beaucoup d’autres princes du Médian, avaient toujours été plus souci de prestige et de beauté que de sou. Ce qui plaisait grandement à Aetius, qui, dans ce nid douillet où la vie se résumait à une fête dressée à leur gloire, mêlait à ses bouffées d’ivresse, la séduction de sa femme.

Le terme séduction n’était peut-être pas adéquat. Ces soirées finissant souvent en aube pleine de promesses et de relents de vin avait en effet donné la mauvaise habitude de boire plus que de raison au régent, qui, pour urbain et prodigue puisse-t-il être, avait peut-être le rire un peu fort pour ma dame la marquise. La malheureuse, en effet, aurait bien pu pousser de gros soupirs auprès de son cher et tendre sans qu’il s’en aperçoive, captivé par un toast ou une conversation, avant qu’il revienne à elle pour un sourire et un baiser. Le périple ne s’arrêtait pas là, car aux petites heures de la nuit, il la prenait par la main, et ils laissaient leurs invités, dont les plus soûls laissaient échapper quelques ricanements ponctués d’une saillie, parfois subtile, souvent gauloise, sur le départ des hôtes. Alors, faisant grincer le plancher jusqu’à la chambre baronniale, ils dépassaient l’embrasure recouverte de créatures, et chapeautée d’un chevalier empalant sa lance dans un sanglier blessé mortellement, sous les yeux ébaudis d’une demoiselle en pamoison, pour rejoindre leur chambrée.

S’il avait su que conquérir le Ner serait aussi agréable, il l’aurait donc fait plus tôt, finit-il par conclure, couché dans son lit. Les rayons du soleil traversaient les larges fenêtres au verre grillagé dont les rideaux avaient été retirés à l’aube par quelque soubrette matinale et discrète. La lumière, encore oblique, projetait sur la couverture l’un des blasons peints sur les fenêtres, et la drap blanchâtre était alors éclaboussé du bleu et du rouge de la bannière des Courtelyne, qui venaient frôler les jambes de l’autre habitante de la couche. Aussi, le regard encore vague d’Aetius se coula sous les formes suggérées par les courbes des draps, et mécaniquement, il s’approcha du corps endormi avant de glisser une main sur lui.
« Êtes-vous là, ma mie, dit-il en enfonçant sa tête dans son cou, dormez-vous ? » Et puis, faute de réponse, il continua sa visite matinale, sans grand égard pour le sommeil de sa femme, parcourant son corps nu de ses mains rugueuses.
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Escapade sur le Ner   Jeu 14 Mar 2013 - 0:39

En proie à une délicieuse rêverie, la dame , toujours prompt à la parasomnie, n'avait de cesse de se mouvoir sous les doux draps de la couche. Elle voyait Semoras s'inclinant, des larmes de repentances cernant un masque de contrition, attendant la sentence de sa nièce. Elle savait, dans les tréfonds de sa conscience, que la chose n'était que le fruit d'une blessure d'enfance, ce qui ne l’empêchait aucunement de profiter de l'instant. Elle se leva, hiératique, et s'apprêtait à passer jugement lorsqu'une main vint se poser sur sa hanche. Se sentant bien nue, elle n'en fut que plus interloquée lorsque une seconde paluche affleura son sein gauche. Toute vraisemblance désertant la scène, celle-ci prit aussitôt fin, emportant avec elle la torpeur de la marquise. Aetius ; elle n'était plus étrangère à l'affection qu'il portait à la savoir sienne, aussi resta t-elle coi alors que ses mains rudes mais chaudes poursuivaient leur exploration de son intimité, sans jamais entendre ses interrogations susurrées. Mais elle était aussi las que le soleil d'été était bas, et la senteur du membre dressé contre le bas de son dos ne l'enchantait guère, aussi repoussa t-elle doucement après un temps les avances de l'Ivrey, dans l'espoir de retrouver le sommeil tant convoité, se contentant d'un dernier soupir à peine audible.

« Il serait bien fol de laisser libre cours à nos désirs en ce jour de Tari mon ami. »
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MessageSujet: Re: Escapade sur le Ner   Sam 23 Mar 2013 - 17:19

Si Arsinoé n’avait pas l’ouïe matinale, le cas était différent pour son diable de mari. Et quand, dans un susurrement, elle invoqua Tari pour la défendre des ardeurs de son messire, le filou ne se le fit pas redire ! Brusquement sorti de sa léthargie, voici que le chevalier, enhardi par la perspective de courroucer une nouvelle fois la déité qu’il avait pris l’habitude de surnommer affectueusement « la vieille putasse », se fit tout miel. Rôdant autour du corps endormi de sa mie, il minaude, la cajole et la flatte. Le serpent continue à répandre ses baisers, remontant du cou jusqu’à sa lèvre, humant les fragrances de ses longs cheveux blonds. Et si ses arrière-pensées saligotes et perverses s’accumulent dans l’esprit du chevalier, ses mains se font caressantes, ses bras enlacent la demoiselle avec une douceur tout calculée. Parfois il glisse un ou deux vers de poésie courtoise près d’une oreille, puis la mordille avant d’enfoncer sa figure dans la chevelure abondante.

L’écart qu’avait tenté de creusé Arsinoé se resserre, et elle peut sentir, plus que jamais, la manifestation physiologique du désir du sire Régent. Et ce dernier d’essayer de faire oublier ce détail prosaïque en enfumant l’esprit mal réveillé de sa mie, de faire diversion avec des remarques légères ou des anecdotes sans intérêt. Aussi, alors qu’un doigt s’en vint tournoyer autour d’un sein, l’Ivrey pouffa et dit : « Vous avez vu ce Gontron avec ses chartes, hier ? Je croyais que son cou allait exploser pendant sa logorrhée. « Par le bien de la Commune, pour le bien de la Commune ! » Ahahah. Ne trouvez-vous pas vos nouveaux sujets aussi cupides que drôlesques ? »
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Escapade sur le Ner   Dim 24 Mar 2013 - 13:44

Au demeurant engourdi, l'esprit de la dame n'en demeurait pas moins bien formé, aussi devina t-elle assez vite où les caresses de l'Ivrey conduisaient. Faisant le deuil de son repos, elle se retourna à son insistance, offrant à des yeux bouffis le spectacle de la toiture ouvragée. Les souvenances de la veille lui venaient par bribes, et déjà elle regrettait, regrettait de n'avoir su maîtriser son appétence pour ces liqueurs épicées et fruitées qui la perdraient. Pouvait-on pour autant la blâmer ? Ces festoiements qui se prolongeait tard dans la nuit étaient-là une chose d'hommes, confrontant la dame à l'ennuie qu'elle honnissait tant. Oui, la gnôle avait coulé à flots, et pourtant ne semblait avoir sur son bon prince du sang la moindre emprise, sinon celle de le plonger dans l'hilarité et d'éveiller en lui une soif qu'elle n'avait manifestement su étancher aux petites heures de la nuit. Quelque peu amusée par cette pensée - ainsi que par les douces entreprises que multipliaient les mains et la bouche du chevalier, parvenant à attiser en elle sinon une passion profonde, un délicieux frémissement -, elle passa sa main sur son crane à la chevelure encore rêche, le caressant non sans quelque maladresse.

Inconscient du revirement de l'imprudente pécheresse, le flot de parole susurrées ne montrait aucun signe de s'estomper, oscillant entre véniel et mièvrerie. La dernière anecdote, placée entre deux fugaces baisers, était assurément de la première espèce. Deux pensées vinrent alors à l'Olyssea. Tout d'abord que l'haleine du fougueux était fort vineuse et rendue fétide par l’assèchement nocturne, un état dont la coquette damoiselle qui toujours sommeillait avec une petite boule d'épices parfumées sous la langue s’accommodait bien mal, la poussant à joindre derechef ses lèvres à celles de l'Ivrey - tentant naïvement de lui transmettre la douceur de girofle seulement pour se rendre compte qu'elle l'avait par mégarde englouti. Mais aussi qu'il était bien large dans la fourberie, renforçant son emprise sur ses appas alors même qu'il évoquait un sujet qu'il savait cher à son cœur : soit la gouvernance de de son nouveau fief. Riant du bout des dents, la grave enfant ajouta d'une voix légèrement rauque que : « Seul cœur hardi peut nous prémunir des affres de ces avides, qui assombrissent ces jours de fastes. »

Elle s'étira alors, chassant de ses muscles les dernières marques de l'asthénie. Son pied frôla en ce faisant une immonde souillure, le résulte de leurs précédents ébats sans nul doute. La certitude lui vint aussitôt qu'Aetius ne faisait là montre d'aucune probité. Elle n'était toutefois pas insensible à son étreinte possessive, au désir animal qui l'animait et qu'il n'osait avouer, à ses caresses qu'elle se plaisait à voir comme des jérémiades enfantines. Aussi resta t-elle blottit contre son corps chaud, joignant sa main à la sienne et le parcourant de son regard vairon.
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Escapade sur le Ner   Sam 18 Mai 2013 - 13:36

Et c'est ainsi qu'avec la déconfiture qu'avait été la campagne Berthildoise, les seigneurs du Ner se mirent à l'obéissance du couple régent et de la dame Arsinoé, que nul ne s'aventurerait à qualifier de louve. Celle qui ains fut tout apprêtée à batailler pour recouvrer son juste droit su lors faire montre d'une grande douceur envers l’ennemi d'hier. Un ennemi qui avait perdu goût pour la félonie - s'il en avait jamais eu – si bien qu'elle ne comptait plus les bons seigneurs l'ayant assurée avec humilté qu'ils n'avaient chevauché devers son siège qu'à l'acerte demande de leur dame et de son goupillon d'époux, ignorant tout de la nature de leur meschéance. Le prévôt de la ville avança même une preuve d'apparence irréfutable, soit l'édit lui ayant été présenté en vue de l'invasion et qui ne parlait que d'appuyer les revendications de messire Kerthan, seigneur de Laraus, de caractère aussi noble que son sang. La baronne nouvellement couronnée s’accommodait bien aisément de pareilles mièvreries, sa lassitude triomphant des dernières braises vengeresses, vengeance qu'elle réservait toute entière pour sa cousine disparue.

Vinrent d'abord les châtelains et nobliaux du plat-pays, assistant de jour à la passation de pouvoir et négociant de soir le retour de leurs parents et hommes liges, capturés en masse lors de la bataille de Cantharel et tenus dans la ville éponyme. Animée d'un esprit de conciliation, elle sut s’accommoder de profits fort raisonnables, comparables aux coûts engendrés par les festoiements de l’ennéade, entreprenant de combler la brèche ouverte par ses parents mal avisés. Chasses, festins et nombres d'autres divertissements se succédèrent, le couple présentant une façade avenante à ses nouveaux sujets, espérant par ces courtoisies faire oublier les vieilles rancœurs longtemps avivées par les deux barons auxquels ils succédaient. On se montra moins généreux envers les riches marchands, notables et navieurs de la cité à qui l'on avait tant promis, bien que tous s'accorderaient à dire qu'ils étaient là mieux lotis que de tous temps depuis la mort du regretté Bohémond. Restait à dûment récompenser le bon Adelin, Sénéchal de l'Atral relégué à un maigre fief suite au retour de la marquise légitime. Lui fut accordé le pays de Bazolles, douce terre nichée au nord du confluent du Ner, grossit de celles confisquées au seigneur voisin, anciennement maître de la Garde Pourpre et désormais félon en cavale.

Des grands seigneurs du pays ; de Karhak, Erdlheim, Breda ou Sharas, on eut nulles nouvelles. Messire d'Östmar était dit bataillant contre les brigands et autres malhommes se terrant dans les recoins de son large fief, et était de surcroît un compagnon d'arme de l'Ivrey, aussi son absence n'était pas pour elle source d'inquiétudes. Elle ne pouvait en dire autant de Symphorien Pyk où de ses propres cousins Sharassiens, troubles qui mirent une fin prématurée aux folâtreries du jeune couple. On multiplia les missives, portées tour à tour par volatiles, valets et chevaliers, n'obtenant que foison de prétextes plus ou moins valables. Godefroy de Saint-Aimé se proposa finalement d'aller à l'encontre du patriarche de la lointaine Erdlheim, entreprise couronnée de succès étant donné que le vieil homme revint en sa compagnie dans l’ennéade. Moult lie de retrouver son second fils Tiburce en bon état, au nom duquel il versa une rançon conséquente, il en demeurait endeuillé et peu porté aux largesses. Il leur fit le triste récit du trépas de son petit-fils, messire Raimonnet de Darvol, décollé devant les murs de Breda de la main de Brandin le Noir, bâtard de feu le Borgniat. Celui-ci se serait saisi du jeune sire au gré des pillages et forceneries qu'accompagnaient la question de l'héritage, et aurait eu pour projet de contraindre ainsi la dame Pernette Pyk d'abandonner le chastel de Breda, la veuve de son noble père qui en refusant de s'en remettre elle et son enfant à la mansuétude de l'avide scella le sort de son neveu.

Loin de maudire sa fille, Symphorien accusait le mauvais sang Luskendale qui l'avait affligé depuis les premiers jours de son règne. Tout comme le père avait jadis occis son fils aîné Charles, c'était désormais le fils qui s'en prenait à sa descendance. Aussi le vieux renard en appelait à la justice du baron, prêtant hommage fort de l'assurance que le bâtard serait chassé des places fortes dont il s'était injustement saisi et que sa fille régenterait la terre de son ancien rival, exemptée de mainmortise. Tâche dont les fidèles de la baronne et du baron s'acquittèrent assez-bien, refusant chacune des ouvertures du vilain, récusant son droit et décimant sa route par la force des armes, si bien qu'il fut finalement contraint de trouver refuge dans le Massif de Grimsel alors qu'un frère et deux écuyers payaient le prix de sa félonie.

Afin de sceller son emprise sur sa terre natale, la marquise se résolut alors de se rendre en personne au port riant de Sharas pendant que son époux traitait avec le seigneur de Karhak. Et plus précisément au château où était née Clélia, et où régnait désormais la branche cadette de la famille d'Olyssea. Fief octroyé à Teudéric d'Olyssea par son frère de dix-sept ans son aîné, il avait un temps servit de refuge au fougueux Semoras. Avec la mort de ces deux à l'occasion de la guerre civile dans laquelle le pays s'était allègrement plongé, il était revenu à la fille unique de Teudéric qui bien assez vite l'abandonna pour le trône de la baronnie, chargeant son cousin le fils de sa tante et d'un notable Sharassien de sa gouvernance. Ce même clan occupait encore la place, la veuve Lesceline estimant sans doute que le titre lui revenait plutôt qu'à sa petite-nièce ou profitant simplement du désordre général, tirant profits du commerce des navieurs Sharassiens qu'ils connaissaient bien. C'est donc là qu'elle se présenta, avisant les intentions de ses cousins et ne dissimulant pas sa félicité, bien que l'ombre de la traîtrise de leur parente ne demeurait jamais loin. Il fut finalement décidé que le titre lui reviendrait, en accord avec les lois du pays, mais qu'il passerait à la branche cadette de la famille à sa mort, et non-pas à son fils. L’aîné serait en attendant nommé baillis du pays, chargé de rendre justice et de défendre ses intérêts sur cette côte de l'Olienne, de traiter avec les échevins et viguiers du port et de la récolte de taxes. L'autre bien d'Arsinoé, soit la ville d'Olyssea et les terres environnantes, ferait aussi l'office d'un bailliage, avec à sa tête le seigneur de Bazolles, le plus fidèle homme que l'esprit puisse concevoir.
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