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 Le mariage

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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Le mariage   Mer 13 Fév 2013 - 2:19

Barkios de printemps, cinquième jour de la cinquième ennéade, en l'an six du onzième Cycle


Il était difficile de rater Aetius ce jour-là.
Car en cette matinée d’été, il se rendait au temple, pour aller s’y marier. Et tout Cantharel, bien entendu, devait le savoir. Insatisfait des cloches qui tintinnabulaient au sein de la cité, le prince avait donc embarqué avec le reste de sa suite une pléthore de bardes et de musiciens. Cette troupe n’était pas, elle, astreinte au jeûne, aussi était-ce dans une joyeuse cacophonie qu’elle précéda le régent triomphant sur la grande rue de Cantharel.

Accompagné par ses plus fidèles, il paradait avec aplomb tandis que les musiciens tentaient tant bien que mal de frayer un chemin à l’heureuse troupe, écartant la valetaille comme ils purent tout en jouant quelque chansonnette que la plèbe noyait dans une exclamation générale. Et du haut de son cheval, un sourire abscons collé sur la figure, Aetius jugeait la foule réunie. Elle avait toujours aimé les grands mariages, celle-là. C’est qu’on pouvait y voir parader l’aristocratie dans ses plus beaux apprêts, se soûler de chansons et de vins avant qu’enfin n’advienne le repas public. Non, vraiment, c’était une bonne journée pour la piétaille.

Elle n’aboyait plus pour la mort de la Rochepont, non-da. Aujourd’hui, elle jappait son bonheur pour Aetius et sa mie. Et pourtant, ce dernier ne put s’empêcher de penser à ce grand défiguré qui, dans le donjon, devait entendre et les cloches et les vivats. Point de fête ni de joie pour le goupil, ne put s’empêcher de regretter le jeune chevalier. Et comme les effusions de la foule continuaient, et comme il se trouvait grisé par ce fleuve de cris, une indicible contrition vint l’empoigner le temps d’un instant. Il se reprit immédiatement. C’était jour de réjouissances, se dit-il en redressant son sourire, il fallait se montrer digne.

Aussi redressa-t-il la tête, sur laquelle brillait un cercle d’argent poli, et remit en place sa pelisse de soie d’argent et de bleu. Mis dans ce qu’on put trouver de plus luxueux pour l’occasion, il portait un bliaud en grège d’Estrévent d’un blanc tirant sur le gris, de longs gants fins en peau et… ses longues bottes de cavalier. S’attendait-il à combattre ou à décamper, une fois arrivé au temple ? Peut-être était-ce une simple excentricité… Certes, ses habits lui donnaient des apparences assez urbaines, mais sa tête, elle, jurait un peu par rapport à l’accoutrement. Surplombant un col de laine légère qu’il portait perpétuellement pour dissimuler sa vilaine cicatrice, son visage était rasé de près, tandis qu’une coupe très courte, à la soldat, terminait d’acérer encore un peu la dureté de ses traits émaciés. « La guerre, ça creuse, » lui avait un jour dit D’Hypos, un chevalier aussi ventripotent que belliqueux.

Enfin, ils approchèrent du temple. Il ne s’agissait pas du temple de la Martyre, la sainte tutélaire de la ville. Aetius lui avait refusé sa préférence quand il eut appris qu’on y procédait tant les sacrements de Néera que de Tyra. L’extravagant seigneur, qui portait une haine profonde envers le Temple noir, avait prétexté qu’il ne voulait point déplaire à la Damedieu, et imposa un autre temple. Ce dernier, sis entre les murailles et la ville, respirait un peu plus, tout entouré de champs et de jardins qu’il était. Elevé sur un mince monticule qu’on osait à peine qualifier de colline, il était relié à la ville par un petit escalier de pierre gardé par une poignée de chênes.

Une fois qu’ils eurent démonté, la suite et le régent gravirent la volée de marches, tandis que les bateleurs, restés avec les chevaux, continuait à gratter leurs cordes et entonnaient leurs chants, qui peu à peu s’amoindrirent, à mesure qu’on entrait dans le sanctuaire. Une fois au frais, on salua les prêtres de Néera et d’Arcamenel, et chacun prit sa place sur les bancs de droite, où devaient s’installer les témoins de l’époux, tandis que ce dernier, lui, patientait debout, au côté des prélats.
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Le mariage   Ven 15 Fév 2013 - 21:03

On attendit que les vivats qui marquaient le passage de la troupe de l'Ivrey se furent tus avant de lever à nouveau la herse qui séparait le donjon de la cité. Dame Arsinoé se tenait fière sur sa fidèle jument, savourant ses derniers instants au calme de la journée. Son faciès radieux, couvert d'une poudre albâtre d'Estrévent et rehaussé d'une larme d'or qui délicatement reposait sur son front bombé, était pour l'heure dissimulé derrière un linceul translucide fixé à une coiffe bicorne or et lapis. Jugeant l'instant propice, elle frappa d'une bottine ocre le flanc de la bête alézane, qui sans doute gênée par le surcot sinople parsemé de lys d'or reposant sur sa croupe, traversa d'un pas mesuré l'enceinte de la ferté.

La vision de la foule de curieux qui se massait des deux cotés de la grand-route lui fit regretter le voile qu'imposait la tradition, se demandant combien de ces humbles gens seraient apte à reconnaître leur marquise. L'austère coterie d'icelle, cernée d'une douzaine de mornes chevaliers aux cuirasses resplendissantes, ne fit rien non plus pour éblouir le bas peuple qui se prenait à regretter la riante suite du bon prince. La félicité de sa promise n'en fut fort heureusement aucunement atteinte, elle qui entretenait une saine méfiance de la roture. N'était-ce pas celle-ci qui l'an passé avait livré aux flammes dame Aliénor ? Un frisson la parcourut toutefois à la vue du Temple de la Martyre, ou plutôt de son parvis encore noirci des cendres du bûché en question. Mais aussi de la figure voûtée et encapuchonnée qui la scrutait de l'ombre de la battisse, un servant de Tyra à n'en point douter, clergé qu'elle avait désormais par deux fois offensé.

Le temple qui abriterait la cérémonie était des plus reclus, niché contre la muraille nord de la ville et derrière un sobre mais vaste jardin. Sa coupole qui seule dépassait les grands chênes de l'allée arborait un captivant réseau de fissures, le résulte d'un trait perdu de scorpion. Mettant pied à terre aux cotés de la masse d'escuyers, chargés de veiller sur des montures qui déjà souillaient la route pavée, Arsinoé entreprit alors l'ascension périlleuse avec l'assistance de messire de Saint-Aimé, son plus proche parent. Sa robe, tout comme nombre de ses apparats, provenait directement du garde-robe de feu la nièce d'icelui. Une exquise création de coton doublée de fourrure d'hermine et incrustée de perles, elle témoignait d'un bon goût que sa jeune cousine n'avait pas eu pour l'intrigue.

De jeunes adeptes refermèrent les portes du sanctuaire après son passage, le dernier précédant le sacre. Le reste de la congrégation, au rond nombre d'une centaine, avait déjà pris place dans l'étroite battisse encensée. Et pourtant, les pales lueurs des cierges et chandeliers ne suffisaient pas à repousser les ténèbres, qui ne cédaient qu'à la lumière tamisée filtrant au travers les trois vitraux et la toiture. Avançant lentement vers l'estrade de marbre ou se tenait son bien-aimé, elle se demanda laquelle des deux formes rondes qui le flanquait officierait la cérémonie, ne différenciant que plus tard l'affable prêtre d'Arcam du truculent grand-prêtre Néerien. Plus loin, un page agenouillé dans l'ombre portait de ses deux mains une calice d’argent emplie d'un liquide sombre, et frappée de l’élytre éternelle de leur Mère.

Une de ses plus grandes hantises se réalisa lorsqu'en mettant pied sur le sol surélevé, la maladroite glissa sur un repli du surcot qu'elle traînait sur près d'un mètre. Le bras de l'Ivrey, qu'elle empoigna autant qu'il le présenta, la préserva du pire du ridicule, coupant néanmoins son souffle ainsi que les échanges des convives. Se détachant rapidement du prince, l’œil fuyant, elle murmura une formule sibylline, réajusta sa coiffe et salua sobrement les deux prélats.

Le serviteur du dieu aux deux faces s’avança d'abord, une couronne de lauriers trônant sur son crane dégarni, et souleva délicatement sa main droite pour la joindre à celle d'Aetius, ses propres doigts potelés maintenant le doux contact. La cérémonie s’amorçait, l'assemblée toute entière s'était tut et les bruits de la cité n'étaient plus qu'un murmure ; sa propre respiration en était changée, lente et profonde, à la manière du regard qu'elle réservait pour l'homme en face d'elle. Le vieux prêtre de Néera chassa l'instant divin aussi brusquement qu'il était surgit, entamant de prononcer les quelques mots que lui imposaient la liturgie d'une voix tintinnabulante.

« …Vous avez l'âge voulu. Vous n'êtes point parents. Votre piété est avérée. Personne ne s'oppose à votre mariage. Vous avez des témoins. Quelques centaines, dites-vous ? Deux auraient suffi. Nous sommes en un temps liturgique où le temple permet la célébration des noces ; Tout est bien. Priez, pensez à Celle qui se sacrifia pour vous et à vos devoirs sacrés, et elle bénira cette union. »


Vint le tour du serviteur d'Arcamenel, qui les yeux débordant de joie, psalmodia une longue incantation propre à son dieux et précédant la formule bien connue:

« Là où tu es Alm, je suis, moi, Iben. »

« Où tu seras Iben, je serai Alm. »
répondit-elle solennellement.
« Alors je vous déclare mari et femme, jusqu'à ce que mort ne vous sépare. »


S'en était fait. Restait la calice de leur Mère qui leur fut aussitôt portée. Une fois qu'il en eut drainé plus de la moitié, Aetius lui présenta le réceptacle qu'elle vida en trois longue gorgée après avoir levée son voile. Tachant de chasser la saveur de l'acre liquide, elle avançait main dans la main avec son époux le long du sanctuaire, puis de l'allée jonchée de pétales de roses qui menait à la foule en liesse. Reprenant place sur sa selle à repose-pied, Arsinoé s'engagea sur le chemin menant à son donjon, cette fois aux cotés de son nouvel époux et des hommes d'armes distribuant or et pain.

« Je ne puis qu'espérer que Diantra me reçoive de la sorte. Il y a bien longtemps que le Berthildois ai eu cause d’être fier de son marquis, et il le montre bien. »


Dernière édition par Arsinoé d'Olyssea le Mar 19 Fév 2013 - 21:31, édité 2 fois
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: Le mariage   Mar 19 Fév 2013 - 1:49

L’atmosphère était pesante. Les volutes d’encens se contorsionnaient à la lueur chiche des chandelles, répandant dans le lieu clos une odeur entêtante, presque suffocante. La rumeur des murmures et des chuchotis emplissait le temple de messes basses s’accordant parfaitement au lieu de culte enténébré, où, en son centre, trônait une effigie de la Damedieu, dont le visage de pierre, encore salie par un peu de peinture, s’éclairait de quelques flammes. Ses yeux, clairs et sans iris, jetait sur l’assemblée un regard vide, regard que lui renvoyait Aetius, qui, du haut des marches de marbre, la fixait avec une abnégation étrange. Lorsqu’enfin il détacha son regard de la déesse, ce fut pour soutenir du bras sa fiancée, quand ses pieds se dérobèrent sous elle. Elle l’attrapa un instant, avant de le lâcher aussitôt. Les fiancés ne devaient pas se toucher avant que le mariage n’ait été prononcé devant Néera.

Enfin on était prêt. Les deux époux étaient présents, côte à côte, en face des deux prêtres, incarnant ici l’amour et le foyer. Ceux-ci s’activèrent, la foule se tut, et un silence relatif s’installa dans la bâtisse. Et Aetius retourna à sa contemplation d’effigie. Perdu dans ses songes, il admirait la statue, cherchant en elle quelques signes et craignant, surtout, que la foudre ne s’abatte sur lui à l’instant où il prononcera la phrase sacramentelle. Mais rien ne vint, et quand le prêtre se rappela à lui, ses sinistres pensées se dissipèrent. D’une voix lente et articulée, le prince initia le contrat matrimonial.

« Là où tu es Alm, je suis, moi, Iben. » Un silence vorace accueillit la phrase… bientôt suivie par la réponse rituelle de celle qui serait désormais son épouse. Il but dans le calice de vie, et le tendit à son épouse, son premier geste en tant que mari. Elle le but jusqu’à la lie. Le mariage était scellé dans les vivats et les applaudissements de la centaine de témoins quand les psalmodies sacrées furent conclues. Ils étaient mariés devant les Hommes et les dieux. Aetius jeta un coup d’œil vers sa femme dévoilée. Elle aussi avait des allures de statue, se dit-il, tandis qu’il épiait la beauté hiératique qui se dégageait d’elle. C’était à croire qu’elle était taillée pour le solennel, celle-là !

Ils rentrèrent alors, et sur le chemin, Arsinoé lui fit part de son espoir de voir les Diantrais lui donner un accueil identique. Ces porcs ingrats ne savent répondre qu’à la menace du glaive… dit-il en son for intérieur avant de lui répondre : « Vous êtes trop charmante pour qu’ils vous reçoivent autrement. » Sur ces bons mots, et quand on fut fatigué de distribuer l’obole aux pauvres hères, nos deux conjoints se séparèrent pour, enfin, prendre la collation. Chacun de leur côté, avec leur famille respective (et les mâles, pour Aetius, de sa belle-famille), ils se rassasièrent avant l’interminable présentation des félicitations où, immobiles comme des piquets, bourgeois et nobles se succédaient devant eux, y allant du petit mot, ou prononçant, de la façon la plus formelle qu’il était, la formule consacrée. Le jour s’étira pour les deux mariés-statues, et quand vint la nuit, on se dispersa enfin pour… enchaîner sur un festin.
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Le mariage   Mar 19 Fév 2013 - 21:22

La journée, encore jeune lorsqu'elle avait quitté le temple une femme mariée, semblait s’être éclipsée en une brume de rires, d'amandes et d'hypocras. Si bien que lorsque l'heure vint de déserter ses appartements pour le chef-lieu du castel, la dame n'avait guère d’appétence pour les mets délicats présentés à l'occasion. Un constat qui, de ce coté des grandes portes, pouvait sans risque être généralisé ; et ce alors que les cuisines, n'ayant pu briller en temps de guerre ou lors du festin marquant sa fin, avaient redoublé d'ingéniosité pour cette plus noble des congrégations. Des créations qui furent finalement misent à l'honneur par les humbles reîtres qui ce jour d'exception soupaient par centaines dans la cour.

L'atmosphère n'en était pas moins festive, les convives multipliant les vas-et-vient au gré des déplacements des ménestrels et jongleurs qui arpentaient le hall. Arsinoé, qui semblait en ces quelques ennéades s’être gagnée une modeste réputation de patronne des arts, voyait défiler des trouvères venus des quatre coins du Berthildois dans l'espoir de gagner une place à sa cour. L'assemblée put ainsi assister à nombres de chants d'un lyrisme changeant : allant de passages du geste du Cerf et la Martyre à la Chanson de Lysandre le Mecan, mais aussi des compositions plus récentes telles le cycle des Barons Insoumis ou L'épopée de Nelen. Un luron bien mal accoutré, tentant de substituer talent par fougue, s’avança finalement pour conter le récit d'un conflit de cousins contre cousine, ne chantant pas plus d'une centaine de vers avant que l'intéressée ne le fasse jeter dans la nuit.

Chutant de sa superbe félicité, la marquise entreprit dès lors de la reconquérir au travers d'un vin de coing venu d'Estrévent qu'elle affectionnait particulièrement. Le tout, bien entendu, dans la plus grande discrétion. La compagnie de son bon cousin Godfroy, qui par sa tenue avenante faisait presque oublier sa tiédeur passée, ne pouvait toutefois longtemps la distraire de l'Ivrey une tablée plus loin ; son conjoint qui sous peu partagerait sa couche et qu'elle espiait avec une adresse toute relative.

Les mœurs adoucies par l'alcool, elle accueillit le son des cloches annonçant la fin du festin avec presque autant de contentement que d'anxiété. Se laissant placidement mener hors de la salle par un cortège de dames, les mêmes qui plus tôt avaient partagé sa table, elle lança un dernier regard à son époux autour duquel s'attroupait la gent masculine. Elles se retrouvèrent finalement dans une pièce anodine jouxtant celle du lit nuptial, et où la coterie entreprit de la dévêtir. Alors que des doigts froids travaillaient les nœuds de sa tunique, elle fut comme submergée par le doux souvenir de la nuit de noces qu'avaient partagé son frère et Blanche d'Ancenis ; des drôleries ribaudes que, pucelle, elle avait glissé dans l'oreille de sa belle-sœur. L'instant présent était d'une tout autre nature, les jeunes demoiselles qui l'entouraient restant coi ou se contentant de murmurer quelques paroles de réconfort. Trop conscientes de leur basse extraction ou intimidées par cette marquise qu'elles connaissaient peu ? Qu'importe, Arsinoé ne s'en offusqua aucunement, réservant un regard complice à Melisande, douce amie, qui jeta son regard dans le couloir à l'appel des bruits de pas. Aetius était proche, et son propre tour allait suivre.

Elle quitta finalement la pièce, sa pudeur préservée par une seule chainse lui parvenant aux genoux, mais aussi le cercle que formaient autour d'elle ses caméristes. Le couloir était déjà comblé d'hommes, si bien que la progression se fit plus lente qu'elle ne l'avait escompté. Elle se retrouva néanmoins bien assez vite devant la porte ouverte ou attendaient le prince, recouvert d'une couverture d'un blanc immaculé, et les quelques grands seigneurs l'ayant accompagné jusqu'ici. À son tour, elle se glissa sous les couches, encore bien loin de époux, et attendit que leur audience, satisfaite, ne déserte la pièce. Elle se tourna alors vers l'Ivrey, et, ne pouvant imaginer quelque formule appropriée, lui adressa un pale sourire avant de lancer son regard vers la toiture, écoutant distraitement les murmures des curieux de l'autre coté de la cloison.
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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Re: Le mariage   Dim 24 Fév 2013 - 17:46

« Je fui l’autrier a une feste.
Au partir me dolut la teste,
Pour ce que je bus vins divers ; »


L’aube s’était à peine levée lorsqu’Aetius en fit de même.

D’un bond, il s’était redressé, les yeux écarquillés, le cœur palpitant. Il jeta un coup d’œil dans la pièce et se rasséréna. Tout lui revenait à présent. Pourquoi il était dans ce lit, pourquoi auprès de cette blonde endormie à côté de lui. Il embrassa encore une fois le décor. Le foyer devait être éteint depuis des heures maintenant, et des fenêtres habillées de lourds rideaux filtrait une lumière diffuse qui, pourtant, lui piqua les yeux. Ces derniers papillonnèrent un instant avant que sa main ne vienne les protéger, le temps qu’ils s’habituent à la clarté du jour. Et comme en évitant Charybde on tombe sur Scylla, après son regard, ce fut à sa tête de se plaindre. Dame ! qu’elle souffrait celle-là. C’était comme si un chirurgien rigolard, après avoir percé un trou dedans, y avait coulé du plomb brûlant. Ajoutez à cela la terrible impression d’avoir mangé un cimetière avant d’aller se coucher, et vous aurez l’image fidèle d’un homme qui avait trop bu la veille : la bouche dégageant les effluves capiteuses d’une charogne, l’œil plus ardent qu’un incendie, la tête fracassée à coup de marteau par quelque mauvais génie.

Et voilà que notre héros, qui croyait avoir assez souffert, fut pris d’un haut-le-cœur. Rompu à ce genre d’incidents, l’Ivrey garda néanmoins son calme, aspira un grand coup et promit à la divinité chargée des gueules de bois un sacrifice – dès qu’il l’aurait trouvée. Une fois les effusions contenues, il se tourna enfin vers la masse de cheveux blonds étalée près de lui. Inspectant la marchandise endormie, il allongea le cou pour y jeter un œil, contempla un instant le galbe dessiné par les couvertures avant de soulever ses dernières pour une analyse plus poussée du fourbi. La vue de cette femme nue n’était pas déplaisante. Ma femme nue… Il se mit à sourire, tant à cette idée qu’à cause de la dureté matinale que son corps endurait. Elle marche !

Cette pensée, certes triviale quoique toujours réjouissante pour un homme, était un véritable signe divin pour Aetius. Les tracas maritaux de ces derniers mois – i.e. l’annulation de son mariage d’avec la baronne d’Hautval –, l’avait en effet plongé dans un doute religieux profond, et, plus encore, dans la crainte que la Déesse ne maudisse son nouveau mariage en s’attaquant directement au son bas-ventre du sire Régent. A première vue, l’ire de Néera s’était éloignée du jeune époux, dont le sourire s’étira subséquemment. L’homme était sur le point de fêter la levée de la malédiction avec sa nouvelle femme quand, dans un éclair de lucidité, il s’interrogea sur le déroulement de sa nuit de noce. En effet, si j’ai dit que tout lui revenait, c’était là un pieux mensonge, et le prince manquait encore quelques gros bouts de sa veille, si bien qu’il se mit à s’introspecter autant que sa tête encore faiblarde le permettait. Des lambeaux de souvenirs revinrent. Des toasts aussi nombreux qu’interminables aux vins forts d’Hautval, des gauloiseries pré-nuptiales entre barons éméchés, des empoignades multiples (preuves d’un mariage réussi !). Et ce barde, d’ailleurs, s’était-il chargé personnellement de lui fracasser la cithare sur le crâne ? Et pourquoi cette image d’Odélian frayant avec un jeune échanson sous couvert d’une alcôve drapée se rajoutait à cette horde de souvenirs mi réels, mi fantasmagoriques ? Et comment se faisait-il que tout ce qu’il pouvait récupérer de la nuitée s’arrêtait bien avant son entrée en, scène.

Toutes ces interrogations laissèrent cependant place à des nécessités plus prosaïques. Ainsi, balayant d’une main les circonvolutions de son esprit de toute façon bon à rien en cette riante matinée, il sortit de la couche aussi discrètement qu’il le put, enfila une chainse, se ceinte de son épée, leva la clinche, et sortit de la chambre et de ses odeurs d’encens sacramentels.
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