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 Hérésie, les premiers pas du pèlerinage | Arsinoé

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Katalina Noblegriffon
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MessageSujet: Hérésie, les premiers pas du pèlerinage | Arsinoé   Jeu 28 Fév 2013 - 0:33

Hérésie,
les premiers pas du pèlerinage

Cantharel, marquisat de Sainte-Bertihilde, troisième ennéade du Favrius de la septième année du onzième cycle.


    Elle aurait bien eu besoin d'un bon bain, après une ennéade passée dans les geôles de la marquise de Sainte-Berthilde. Ses cheveux en bataille cascadaient en entrelacs qu'il serait douloureux de démêler, ils étaient gras et sales, tant que son cuir chevelu la démangeait. Sa peau pâle était souillée par la boue et la sueur et la poussière collait à ses tempes. Sa robe, jadis belle, faisait peine à voir et l'on se demandait si elle pourrait un jour retrouver l'éclat de son blanc d'origine. Elle ne s'était pas plainte, cependant, ses lèvres s'étaient scellées lorsqu'une rangée de lances étaient venues l'entourer tandis que quelques épées tirées au clair décourageait la foule venue l'écouter de tenter quelque chose. Tout s'était passé très vite, elle se souvenait du cri haineux de Pierre, de la poigne de fer qui, comme l'aurait fait une mâchoire animale, s'était refermée sur son bras et ne l'avait plus lâchée. Elle n'avait rien tenté pour s'en soustraire, se laissant entraîner sous les vivats indignés sans frémir. Elle ne se souvenait plus si elle avait eu peur ou non, l'instant s'était effacé de sa mémoire pour ne laisser qu'un souvenir flou. Ce n'était pas grave, car Katalina n'avait besoin de savoir qu'une chose : elle n'avait plus peur, désormais.
    Les réminiscences des dernières ennéades ne cessaient de la galvaniser. Là où ils avaient été quinze à peine le premier jour, ils étaient désormais des centaines. Celle que l'on appelait désormais la Pèlerine — quand on n'y ajoutait pas un « Sainte » — avait passé de longues heures à parler devant les hères d'Eyroles. Si nombreux étaient ceux qui, désormais, commençaient déjà à l'oublier, d'autres s'étaient décidés à la suivre quand elle avait décidé de rallier Cantharel. Pas tant parce que la cité portuaire n'avait plus rien à lui apporter — c'était faux et elle n'oublierait jamais ce qu'Eyroles lui avait donné — que pour s'ouvrir à ces nouveaux horizons qui semblaient n'attendre qu'elle. Car si, les premiers jours, elle avait parlé sans réfléchir, se contentant d'apporter un témoignage brut et sincère, Katalina avait très vite commencé à s'interroger sur ce qu'elle pouvait faire de cet engouement qu'elle ressentait. Les mêmes questions revenaient souvent, elle s'interrogea sur leurs raisons. Elle mûrit son discours, l'orienta, apporta ce qu'elle tenait pour des réponses et comprit qu'ils les acceptaient. Elle avait un message, qui ne demandait qu'à se transmettre aux Hommes. Alors elle était partie. Quarante lui avaient emboîté le pas. Quarante âmes qui brûlaient de savoir, quarante êtres qui n'attendaient que de croire ; ils s'étaient fait hères, sans bien autre que ce qu'ils portaient, sans richesse que celle qu'ils accordaient à ses paroles. À mesure qu'ils s'approchaient de Cantharel, ils cessèrent de la considérer comme une Gardienne. Ils ne comprenaient pas pourquoi mais ils acceptaient le fait : Katalina Noblegriffon avait été rendu aux Hommes, comme l'avait dit Pierre le premier jour. Alors elle devint la Pèlerine. Celle qui marchait de part le monde. Celle qui savait.
    La nouvelle de sa venue à Cantharel l'avait précédée et ce fut sous des regards aussi curieux que hautains, aussi dubitatifs que débordants d'espoir, aussi noir que réjouis qu'elle passa les portes. La garde ne l'arrêta pas mais fit passer le mot. Après la guerre, on voyait d'un mauvais œil les agitateurs, mais celle-la n'était pas comme eux autres. Elle était peut-être mortelle, mais elle avait parlé à une Déesse disait-on. Lui parlait-elle encore ? L'on cracha plus souvent qu'à son tour dans les jours qui suivirent, pour conjurer le mauvais sort. Comme à Eyroles, les premiers instants furent timides mais très vite, on la guetta. Ceux qui l'avaient suivi d'Eyroles se mirent à alpaguer. Pierre, surtout, prenait sa nouvelle vie à bras le corps. Il avait enterré son fils, que Mort avait finalement repris, et laissé sa maison derrière lui. Ils avaient longuement discuté, sur la route de Cantharel, et il avait changé. Se délestant de son désespoir comme d'un manteau rendu trop lourd par une pluie trop forte, il avait trouvé une nouvelle raison de vivre. C'était sans doute pour cela que Katalina lui accordait si facilement son temps. Elle avait l'impression de se retrouver en cet homme qui avait perdu l'essentiel et renoncé au reste.
    Elle n'avait pas prévu, cependant, que ce message qu'elle cherchait encore mais qu'elle délivrait à qui voulait l'entendre finirait par gêner. Peut-être parce qu'elle avait été au plus près d'une divinité, Katalina plaida rapidement pour une relation plus personnelle avec le Divin. Elle affirma que Mort, par exemple, regardait le cœur autant que les prières. Sans condamner les cultes, elle mit à mal leur influence en offrant une nouvelle voie ; l'éducation de l'amour des Cinq n'aurait pas dû être de son ressort. Leurs prêtres la regardèrent avec mépris dans un premier temps avant de se laisser convaincre par l'ampleur toujours croissante de l'influence de la Pèlerine : ils devaient agir. Ils l'érigèrent en usurpatrice, là où le peuple voulait la voir en prophétesse. Ils condamnèrent le mensonge de son Gardiennage, affirmant que ces charges là suivaient les élus jusqu'à leur mort ; or, elle n'était pas morte, aussi devait-elle mentir et abuser de la foi des croyants. Ils ne furent guère écoutés, car il y avait dans l'attitude de Katalina un charisme qu'ils ne pouvaient effacer, une flamme qu'ils ne pouvaient égaler. Alors ils avaient joué de leur influence. Les prêtres de Tyra avaient tourné leurs plaintes vers le palais ducal, secondés par ceux de Néera. Mort et Vie, main dans la main, avaient condamné l'usurpatrice et ordre avait fini par être donné à la garde de restaurer la moral des bonnes gens.
    Depuis, Katalina n'avait pas bougé. Par delà les murs de ses geôles, elle pouvait entendre le murmure sourd de ses partisans. On évitait d'en parler face à elle, mais ils étaient de plus en plus nombreux à se réclamer de la Pèlerine.
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Hérésie, les premiers pas du pèlerinage | Arsinoé   Sam 2 Mar 2013 - 9:13

Favrius d'automne, troisième jour de la sixième ennéade, en l'an sept du onzième Cycle


Sous le ciel lapis de la mi-journée, Arsinoé retrouvait sa terre de l'Atral. Accompagnée de la centaine de compagnons que son or entretenait, la dame franchit tour à tour les portes ouvertes de la cité et du castel, plus fière et comblée qu'à son départ. Cantharel elle n’apparaissait pas sous son meilleur jour, secouée par les fléaux de la ferveur religieuse et de la pestilence. C'était de bon gré que la dame avait répondu à l'appel de son fief, une occasion de s'éloigner quelques temps de la cour royale et de son nouveau-né confié aux bon soins des nourrices, comme attirée par les senteurs de mort et violence.

Son premier acte fut de s'immerger dans un opulent bain de lait d’ânesse, le fait de son bon chambellan, qui par cette délicate intention faisait sans doute part de son vœux de gagner les cieux propices du sud. Indulgente, elle entretint la notion quelques instants de la tiédeur de sa bassine, mais l'intéressé respirait décidément trop la sournoiserie. Puis, la dame reçut un clerc tonsuré qui affirma cocassement être son lointain cousin, et se chargea de la mettre au parfum des maux qui affligeaient la ville.

De l'épidémie dite du mal des ardents qui frappait le plat-pays depuis la venue de l'été, un dernier présent des soudards d'Odélian disait-on, peut-être un signe de la colère des dieux, ou plus prosaïquement le résulte d'une mauvaise récolte. De ces pauvres hères qui, sentant la gangrène brûlante gagner leurs membres, avaient par centaines entrepris de vains pèlerinages pour le tumulus de leur Sainte, cloîtré derrière les hauts murs et cœurs durs des templiers du Tertre. De la mystérieuse pèlerine venue de l'ouest qui avait offert pain et espoir à ces misérables, là où le clergé de Tyra se contentait de prodiguer les derniers rites (il était bien connu que seule la faim et la marche chassait le mal). Sous peu chargée d’être menteuse, schismatique, sorcière, nécromante, apostate, hérétique et d'atteindre aux majestés du roy et de la marquise, son sénéchal Adelin avait fait jeter la prophétesse aux oubliettes dans l'espoir de se prémunir de toute effusion de sang. Chassant avec grande force les bélîtres n'ayant encore regagné les champs livrés aux flammes par le couple félon, il avait ensuite été contraint à déserter la terre pour l'Olyssean en proie à une querelle de noblesse, laissant la ville aux mains du prélat des marchands. Hélas, la sibylle semblait avoir avivée en le cœur de ses suivants une flamme que seule la mort saurait éteindre, et même absente les poussait à défier le jugement des grands ; prêchant, pillant, rançonnant d’honnêtes gens et mettant à mal l’autorité des hobereaux de la région. On ne comptait plus les affrontements sanglants entre ces fanatiques et les milices de la Commune et du Temple, et ce aussi bien au gré des ruelles de la cité que des bois et champs alentours. Puis, comme si Arsinoé n'était encore suffisamment interpellée, le jeune clerc conta une dernière nouvelle qui lui vint comme une gifle : le grand-prêtre de Néera avait été retrouvé égorgé sur le parvis de Notre-Dame du Calice, le même édifice où le pauvre homme avait officié ses épousailles.

Animée d'une juste fureur, la dame appela à elle ses chevaliers Benfred de Canosse et Estienne de Sillé, qui jadis avaient respectivement servi son oncle et sa mère, et leur manda mener à bien la traque de ces fripons. Cela fait, elle se résolu de se rendre en personne auprès de la première responsable, enfouie dans les entrailles de la ferté. Parcourant des dédales qu'elle n'aurait jamais cru visiter, elle se retrouva bien assez vite devant icelle, ou du moins devant la porte de bois anodine donnant sur son repaire. Porte qui, en y pensant plus longuement, abritait une sorcière, une gardienne de la mort à en croire les fols, et qu'elle n'osait donc franchir. Aussi somma t-elle simplement que la créature soit lavée et logée dans une chambre convenable, sous force garde.

Le reste du jour fut dédié aux audiences qu'elle accorda aux diverses grands notables religieux et bourgeois, chacun plaidant avec plus ou moins de véhémence que la prénommée Katalina soit jugée au plus vite par une congrégation apte à se déclarer sur la justesse des accusations. On avait espéré que l'encachoter un temps aurait suffit à faire taire les ardeurs militantes des fidèles qui l'avaient désormais privé de cette issue. Arsinoé n'y vit aucun inconvénient, et ordonna à ce qu'une liste idoine à un tel tribunal soit dressée. Le dernier venu, un paladin de l'Ordre de la Damedieu, ne désirait lui qu'à s'entretenir avec la pèlerine au nom de son maître, vœu qu'elle s'engagea à remplir une fois sa propre visite achevée.

Elle se rendit donc auprès de l'accusée, suivit d'un greffier, de cinq hommes de sa mesnie et de son mage Scylléen. La nouvelle chambrée, pourvut d'un lit et d'une table, et presque au niveau du sol, devait être pour la captive d'un infini réconfort qui muerait assurément en gratitude. Observant longuement la femme de dix ans son aînée, Arsinoé ne pouvait dire que son faciès lui était familier, mais il y avait bien un air de noblesse caché derrière cette peau flétrie qui mériterait bien les soins d'onguents Langecin. Se sentant gagnée par une tristesse empreinte de pitié qui n'avait lieu d’être, elle se lança derechef dans le vif du sujet.

«  Oncques n'avait-on vu telle exaltation gagner le bon peuple du Berthildois. Il est dit que vous détournez les faibles du droit chemin de notre Temple, que vous corrompez leurs cœurs par de fausses promesses, les poussant à la vilenie en ces temps de faste. Je suis suzeraine de cette terre, aussi m'incombe t-il de rendre justice au nom des dieux et du roy, ou d'en déléguer la charge. C'est cette dernière voie que je prendrai, l'affaire étant avant toute d'ordre religieuse, la prêtrise me semble la plus apte à en juger. Je crains toutefois que même leurs nobles cœurs portent pour vous une animosité toute humaine. Je vous enjoins donc à confesser dès lors, que la vérité apparaisse sans entraves ou artifices, et que notre clémence puisse s'exprimer tout aussi clairement. »



Dernière édition par Arsinoé d'Olyssea le Mar 12 Mar 2013 - 13:46, édité 1 fois
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Katalina Noblegriffon
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MessageSujet: Re: Hérésie, les premiers pas du pèlerinage | Arsinoé   Mar 5 Mar 2013 - 18:48

    C'était comme si le monde avait finalement stoppé sa course folle. Dans sa geôle, la pèlerine avait cessé de s'inquiéter du temps qui passait ; elle aurait été incapable d'indiquer combien d'ennéades s'étaient succédées depuis qu'on l'avait arrachée aux rues berthildoises. Elle n'en avait plus cure. Apaisée, elle jaugeait les relents de peur qui s'échinaient encore à vouloir l'atteindre sans plus y parvenir. Pas qu'elle n'eut aucune raison de se laisser aller à l'effroi, il lui semblait que chaque jour qui passait malmenait un peu plus encore ses chances de marcher libre à nouveau ; mais les ténèbres du cachot de Cantharel lui apparaissaient bien douces en comparaison des journées interminables où elle n'avait eu de cesse de marcher pour rallier l'ouest. La pierre froide n'était pas plus cruelle que la terre aride, on y dormait même mieux et il n'avait fallut que quelques jours à la Noblegriffon pour renouer avec le sommeil. Le pain qu'on lui apportait chaque jour, tout sec et sale qu'il fût, n'en demeurait pas moins plus savoureux que les racines qu'elle avait péniblement mâchées, à s'en abîmer les gencives, sous le soleil des terres stériles. Cependant, son emprisonnement la rapprochait de ses démons et Marath aurait grogné de la voir ainsi, à nouveau la peau sur les os. Quant à Vincente... La pèlerine l'espérait ignorant de sa condition. Qu'il vécût sa liberté pour eux deux, c'était bien là tout le mal qu'elle pouvait lui souhaiter.
    Elle n'aurait jamais rien su de la première visite — avortée — de la dame de Cantharel si elle n'avait pas surpris, après que des bras vigoureux l'eussent pratiquement traînée hors de sa cellule pour la précipiter dans un bain chaud qui lui engourdit les jambes et délassa les bras, une messe basse entre deux servantes. L'idée qu'elle eut effrayé une marquise, a fortiori épouse d'un régent, la rasséréna au moment où elle en avait le plus besoin. De fait, pour la laver, on avait dû lui enlever — le terme approprié restait sans doute arracher — ses vêtements et on avait beaucoup commenté son triste état. Du |\| qui barrait le creux de sa poitrine à l'impressionnant tatouage de Rive qui trônait au sommet de son dos, en passant par les longues et fines cicatrices qui couraient sur ses avant-bras et l'impressionnante brûlure qui couronnait le non moins impressionnant stigmate laissé par l'épée du Premier Feu, on se perdit en questions et conjonctures. Le fait que la pèlerine demeura impassible encouragea ; on finit par la penser simplette, sans doute un effet secondaire de sa cécité. La vue-volée demeurait un mal étrange et incompris dans les bonnes terres du Roi, qu'une tête couronnée fut elle-même aveugle n'avait guère changé les mentalité. On finit par l'abandonner à nouveau, non sans avoir loué la clémence de la marquise — qui paraissait très appréciée de ses gens — qui consentait à lui fournir un lit là où elle « méritait à peine la paille. » Elle ne s'en formalisa pas. Les voix s'évanouirent les unes après les autres, elle les laissa s'en aller, accueillant la solitude comme une vieille amie.
    Ce fut donc une femme propre et dignement vêtue mais affaiblie par plusieurs ennéades d'emprisonnement que trouva Arsinoé d'Olyssea. Une femme droite et impassible qui n'esquissa pas un mouvement quand on ouvrit la porte de sa cellule. Une femme qui offrit dans un premier temps rien de plus que le silence pour répondre à la diatribe apaisée maîtresse de céans. « S'il me faut me confesser, ma Dame, alors je me confesserai, affirma-t-elle d'une voix douce. Je suis Katalina Noblegriffon et devant les Dieux au nom desquels tu entends prononcer mon jugement à venir, je jure de parler vrai. » Après s'être tourné dans la direction qu'elle pensait être celle de la marquise, elle s'inclina légèrement.
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Hérésie, les premiers pas du pèlerinage | Arsinoé   Jeu 7 Mar 2013 - 20:45

Si sa voix était la douceur même, tout autre chez cette femme au port altier respirait une fierté hautaine qui n’enchantait aucunement la marquise. La présomption d'une illuminée, ou seulement la suffisance qu'apportait le sang bleu ? Elle était bien encline à la croire sur ce dernier point, or les rumeurs liant le nom de Noblegriffon à la mystérieuse gardienne de Tyra ne lui étaient pas inconnus, une implication qui lui nouait l'estomac. Il lui était autrement plus réconfortant de s'imaginer la vagabonde une aveugle par naissance, s'inventant une noble extraction dans l'espoir d'échapper à l'ordalie qui l'attendait...Mais elle n'y croyait guère. La déesse voudrait-elle donc sa perte ? Nul n'aurait dit la dame pieuse, mais d'apprendre que la première servante de la Mort organisait les vilains contre son pouvoir lui semblait être une nouvelle de bien mauvais augure. À moins que ces derniers n'aient profité d'icelle contre son gré; aveugle aussi bien au monde qu'à leurs sombres desseins et abandonnée par la divinité comme l'affirmaient les rumeurs, elle n'aurait alors été qu'une fantoche pour ces bougres qui encore se terraient dans quelque bosquet. À voir la pauvre hère, ses yeux vides scrutant un pan de mur anodin, elle pouvait aisément l'appréhender. Un doute auquel répondrait sans doute le premier interrogatoire, à lequel elle assisterait, et ce contre sa première volonté. Aussi se contenta t-elle d'un énigmatique « Soit » comme toute réponse, et sortit de la chambre.

Elle revint sous peu, accompagnée cette fois des trois dignitaires chargés d'ordonnancer le procès. À savoir Foulques Saimel, grand prêtre de la foi; Azelin de Brosse, prieur d'Hardancourt et docteur en droit canon Néerien, et Roger le Roux, recteur de l'université de Cantharel. Ces honnêtes hommes prirent place d'un coté de la table, sobre mais de bonne fabrique, en face de la Pèlerine qui y avait été guidée. Ledit prélat, un homme sévère dans la force de l'age, observa longuement Arsinoé, désapprouvant ouvertement de sa présence en cette enquête préliminaire ; il ne dit rien, aussi resta t-elle silencieuse, trônant dans un coin de la salle qui devenait fort encombrée. On manda Katalina de répéter derechef son serment de vérité, qu'elle puisse décharger sa conscience sans faux-fuyants ni subterfuges. Puis commença la litanie de question, provenant presque toutes de la bouche de Foulques, qui par son haut rang se posait en maître de cérémonie.

Votre nom ? Ceux de vos père et mère ? Le lieu de votre naissance ? Votre âge ? La nature de votre instruction religieuse ? Avez-vous connaissances de gens susceptibles d'étayer vos dires, que nous puissions les faire quêter ? Avez-vous connu le saint sacrement du mariage ? Quand et où avez-vous pour la première fois rencontré votre époux ? Son nom ? La manière de son décès ? La pensiez-vous juste ? Quand avez-vous pour la première fois entendue la voix de notre Dame ? Quand votre vue vous a t-elle faite défaut ? Vous arriva t-il de regretter le Don ? Où, sinon notre royaume, vos pèlerinages vous auront-ils conduit ? Avez-vous souvent fréquenté la race Sombre et leurs repaires ? Quand avez-vous su que vous ne déteniez plus la faveur des dieux ? En discernez-vous la raison ? Quand vîntes vous au Berthildois, et pourquoi ? Prétendez vous encore parler au nom de Tyra ? Êtes-vous instruite dans le culte de la Damedieu ? Pourquoi alors, s'arroger les privilèges de ses prêtres consacrés ? Aviez-vous connaissances des agissements de vos fidèles ? Quelle est l’étendue présente de votre magie ?


Et ainsi de suite, les questions s’enchaînant sans fin au rythme saccadé de la plume du scribe, les ecclésiastiques n'hésitant pas à demander des éclaircissements ou d'insister si une réponse leur paraissait insuffisante. On prenait cependant garde de ne trop s'attarder sur un même sujet, la première session devant informer la congrégation sur l'ensemble des pistes d'accusations. Puis, avec la mort du soleil, on ajourna la séance. Arsinoé, restée coi près de deux heures durant, s'attarda quelques temps, désireuse de s'entretenir avec l’intrigante. Le dépit, voilà ce qui poussait la dame à se faire prophétesse songea t-elle. Que faire d'autre lorsque elle retrouvait un monde qu'elle, après tant d'années d’errances, ne reconnaissait plus.

« Agiter les bélîtres de Cantharel, est-ce là l'unique objet de vos désirs ? Pensez-vous qu'en suivant la voie de la martyre vous retrouverez la faveur des dieux ? Il n'est pas trop tard Katalina, je peux encore vous protéger, si seulement vous vous détournez de ce chemin que les temples ne peuvent tolérer. Votre place n'est pas ici, pas plus qu'elle ne l'est dans les champs ou les ruelles d'Eyroles. Tous ne vous ont pas oublié, et encore le nom de Noblegriffon résonne dans le cœur des gens du nord. »
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Katalina Noblegriffon
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MessageSujet: Re: Hérésie, les premiers pas du pèlerinage | Arsinoé   Lun 11 Mar 2013 - 7:49

      Et les torrents s’abattirent sur la Pèlerine, non pas en eaux tumultueuses et voraces, mais en questions. Katalina se fit un honneur de ne pas se laisser submerger, elle affronta les vagues les unes après les autres et pas une fois sa voix ne trembla, toujours sa diction fut claire et son ton apaisé. C'était comme si rien ne l'atteignait plus vraiment, comme si elle observait le monde de son regard aveugle, hors de portée de ses crocs. Elle livra son histoire, sans jamais mentir mais omettant parfois quelques vérités ; c'était ce que Mémoire avait appris à devenir, cette Gardienne intemporelle et infaillible. « Il est des gens, à Eyroles, qui sauront attester mon identité. » S'il lui peinait d'arracher Théodore à son nid douillé, elle doutait sincèrement que son témoignage changeât quelque chose à ce qui l'attendait. Pas plus que Reldas, il n'avait le sang bleu et l'aura suffisante, on les écouterait mais on ne ferait guère de cas de leur parole. « Mon oncle, Roland de Versmilia, me reconnaîtrait. » » C'était sans compter les troubles qui agitaient Serramire. Le Verse comptait parmi les victimes de l'ambition du baron d'Etherna. Les nouvelles n'allaient pas plus vite que les rumeurs et quand elles arrivaient finalement sur la place du marché, il était difficile de les débusquer au milieu des racontars et divagations. Cela ne les empêcha pas de continuer et elle de répondre. Elle ne cacha rien de son enfance, de son père et de ses espoirs, de sa mère et du mal qui la rongeait, par sa faute. Elle confia ses propres rêves, tout comme elle confessa sa piètre instruction religieuse. Elle leur parla d'Elyas, de leur mariage, sans s'interroger sur ce détour, mais ne leur dit rien sur les circonstances qui avaient entourées sa mort. Ses juges tentèrent bien d'en savoir plus, mais il est des voiles plus lourds que d'autres. « Elyas mourut, un long chemin de vie s'étendant encore à ses pieds. Jamais son accident ne m'apparut juste, qu'importe le sens que vous avez voulu donner à ce mot, mais j'ai appris depuis que le sort ne s’embarrasse guère de justice quand il noue nos destinées. »
      Le courant les poussèrent ensuite sur une rive prévisible et il fut bientôt question de son élévation. « La première fois, Elle m'est apparue en rêve pour m'annoncer mon éveil. Elle m'enjoignit à profiter d'une ultime vision et je me réveillai, les ténèbres rognait la lumière jusqu'à l'étouffer totalement. » Sa voix se fit plus douce encore, alors qu'elle témoignait de ses premiers pas, comme une nouvelle-née, précipitée dans un monde noire et froid, mais si beau, si différent, si enivrant parfois. Jadis, elle aurait trouvé l'exercice difficile, mais elle ne faisait au fond désormais que répéter ce qu'elle n'avait cessé de prêcher. Le cœur de l'enseignement qu'elle dispensait n'était que ce que lui avait appris huit ans en tant que Gardienne ; ce qu'était le regard d'une Déesse et où il portait. Pas sur les temples, non, il s'y attardait parfois, et aimait à les contempler comme des offrandes, mais toujours revenait au cœur des croyants. Katalina le savait, elle qui avait vu son âme sondée sans relâche, sans même qu'elle n'en eut réellement conscience. « J'ai regretté chaque jour que le soleil faisait le Don qu'Elle me fit, tout comme je regretterai chaque jour à venir le Don qu'elle me prit. » Et elle ne semblait pas gêner de sa propre contradiction, seulement par l’Ouroboros qui brûlait son dos, comme chaque fois qu'elle repensait à sa triste destinée. « Je marchai sur les routes du monde, de la Péninsule jusqu'à l'Ithrii'Vaan, avant de me perdre au delà. Jusqu'à Nisétis, où mon corps L'accueillit. Jusqu'au des steppes arides, parmi un peuple que l'on nomme Zurthuans. Jusqu'au cœur de la mystérieuse Anaëh. Jusqu'aux portes du Royaume perdu, dans la ville nommée Lante. Jusqu'à Meca, voguant par dessus l'Éris. »
      Puis vint ce mythe naissant qu'était la Pèlerine, cette figure qui dérangeait autant qu'elle emballait. Elle décida de répondre simplement, faisant fi des interrogations ou presque, mais sans oublier d'y répondre. « Huit années durant, je Lui offris ma vie, puis elle me libéra de mes obligations envers Elle. Ma chair porte les marque de mon appartenance, néanmoins, il n'est pas de regard plus terrible que celui des Cinq et il n'est pas de destin plus tracé que celui d'un Gardien. Ce que j'ai appris, toutes ces années, je le rends aujourd'hui. Eyroles ne devait être qu'une étape, j'y restai. Je compris quelle pouvait être ma voie et je l'empruntai, jusqu'à Cantharel. Je ne suis pas une prêtresse, je ne suis plus une Gardienne, je ne suis plus qu'une femme qui a vécu beaucoup de choses et qui parle. Elle me tint à l'écart du monde, j'y reprends pied. Mon crime est de me souvenir et de témoigner. »
      On l'interrogea plus avant et elle se plia à l'exercice de bonne grâce. Elle expliqua ainsi qu'à ses fidèles, si tant est qu'elle les considérât vraiment ainsi, elle parlait du Royaume, elle témoignait de l'autre monde et de ce qui les y attendaient. Sur cette base, continua-t-elle, elle pouvait disserter sur les attentes du Divin et n'hésitait pas à prendre à contre-pied les dogmes établis. Ainsi, elle minimisait l'importance des cérémonies religieuses, peu importait sa nature, peu importait son Dieu. Prompte à prendre Tyra en exemple, elle expliqua qu'un mort qui ne recevait pas les derniers sacrements serait soumis au même jugement que n'importe quel autre. Il n'appartenait pas aux mortels d'influencer le jugement des Dieux. De la même façon, Néera n'avait guère besoin qu'on guidât sa main en « accueillant » le nouveau-né. Le joug des Cinq demeurait immuable et il convenait de l'accepter, sans chercher à le contrôler par quelques rites désuets. En cela, elle comprenait la colère des cultes, assurait-elle, mais la vérité demeurait. Elle tempéra ensuite son propos, affirmant qu'elle ne réfutait ni le rôle ni la sagesse de ceux qui choisissaient de vouer leur vie à tel ou tel déité, seulement leur rôle devait être, à ses yeux, ceux d'un guide, d'un enseignement, d'un inspirant. Ce qu'elle ignorait, enfermée dans sa geôle depuis bien longtemps, était que ses « fidèles » s'éloignaient lentement de ses enseignements. Aux différentes cérémonies incriminées, on subsistait doucement l'éveil, cet état rêvé où l'être avait conscience de ce qui l'entourait. L'éveillé appréhendait son monde et était en mesure d'influencer son destin, en apprenant qu'en sa foi seule résidait son salut devant les Cinq, il en venait à révérer celle qui lui avait « ouvert les yeux. » Dans les rues, Katalina s'effaçait lentement des mémoires, et déjà les lèvres portaient plus que l'histoire de la Pèlerine, cette Gardienne revenue parmi les Hommes, pour leur ouvrir une nouvelle voie. On espérait son retour, comme si, sous sa main bienveillante, on pourrait s'ouvrir encore un peu plus à ce monde mystique et merveilleux où tout devenait possible. Elle était cette figure qui rendait inutile le prêtre, alors même que jamais elle n'avait voulu le supplanter. L'Éveil n'était déjà plus un éveil de la conscience, mais un éveil mystique, une élévation qu'elle était la seule à vraiment avoir connu.
    Au flux succéda le reflux et les paroles cessèrent dans un doux silence feutré. À la porte que l'on referme, elle crut comprendre qu'elle était seule et se leva doucement ; la voix d'Arsinoé lui fit marquer un temps d'arrêt et elle porta un regard surpris dans la direction de la marquise. Elle écouta, surprise, la surprenante confession de l'épouse du régent et laissa un temps le silence lui répondre. L'idée d'un retour au Nord, dans sa terre natale, n'était pas pour lui déplaire mais surtout, elle lui offrait l'espoir de retrouver un semblant de liberté. Si Katalina supportait bien les murs privateurs de sa prison, qu'elle fut agrémentée d'un lit ou non, il n'en demeurait pas moins que son isolement lui pesait. « Les gens du nord... » répéta-t-elle et c'était comme si elle goûtait aux sonorités. Elle se remémora les paroles de Gaucelm d'Odelian, de son présent et de cette promesse qu'il lui avait faite, à demi mot. Il avait été un seigneur du nord pour la voir s'asseoir sur le trône de Serramire et à l'époque, pieds et poings liés, elle avait dû décliner. Elle se surprit à laisser ses pensées s'envoler, un temps, avant de les ramener au présent. « Je ne suis l'ennemie de personne, sinon de ceux qui m'érigent comme tel. Si les portes demeurent ouvertes, pour moi comme pour ceux qui désirent me suivre, alors je partirai. »
      Sa promesse faite, la serramiroise laissa le silence éclore quelques secondes avant de le briser : « Je me demande, cependant, pourquoi vouloir diriger mes pas au nord ? Est-ce la guerre qui sévit, et l'idée de m'y perdre ? » Mais déjà, la Pèlerine espérait pouvoir l'arrêter.
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Hérésie, les premiers pas du pèlerinage | Arsinoé   Mar 12 Mar 2013 - 13:46

La marquise ne dissimula pas son irritation à ces quelques paroles sibyllines, ou simplement naïves ; jetant son regard vairon au ciel et se mordillant la lèvre sans crainte d'offusquer la non-voyante. L'impuissance qu'elle ressentait alors se mua bien vite en ire envers cette noble dame qui semblait destinée au bûcher ou à l’aumônerie, et qui en une seule journée avait, sous l'habile questionnement de Foulques, fait grand-tort à sa propre cause.

«Je crains que cette issue ne vous soit désormais fermée, si elle ne le fut pas toujours. Ces hommes que vous prétendez guider n'ont de vous qu'une maigre souvenance, et déjà s'attroupent autours de faux prophètes tirant plus du bandit que du prud'homme. Reniez-les, reniez tout, montrez-vous probe et simple en toutes choses, sans quoi ceci marquera mon ultime visite. »


Elle quitta alors la chambrée, laissant Katalina à ses propres songes. S'enquérant au propos de la prison de la pèlerine, elle apprit qu'on avait recommandé qu'elle soit détenue enchaînée à son lit haut dans la tour dite de la recluse, et gardée en tout temps par quatre hommes de la milice, dont deux qui demeureraient de nuit audit lieu. Dans un rare élan de bonté, la dame chargea alors une de ses lames de se joindre à ce cortège afin de se « prévenir de toutes malséances », et s'en alla faire bonne encontre avec la maître de l'ordre de la Damedieu que l'on disait aux portes de la ville.
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MessageSujet: Re: Hérésie, les premiers pas du pèlerinage | Arsinoé   Mar 12 Mar 2013 - 21:19

Cela faisait quelques jours que Waith avait pénétré le marquisat de Sainte-Bertihilde, avec pour seuls compagnons, son écureuil peureux, et son luth. L'endroit semblait au premier abord si calme, et si serein, et pourtant … Un mal rongeait ces terres, par tous les villages où le haut-prêtre passait, les mêmes histoires revenaient sans cesses, des récits à base de gardienne déchue, que l'on appellerait Pèlerine, qui prêchait une nouvelle religion. A vrai dire, le clerc ne se retrouvait que relativement mal dans tout ce qui était dit, tant les versions étaient nombreuses et différentes. Cela dit, souvent il était question d'emprisonnement et de rixes menées par les partisans de la fameuse inconnue. Nul n'était capable de prononcer son nom, ou encore de savoir qui elle était, pourtant, nombreux étaient ceux qui crachaient sans vergogne sur elle. Plus le voyageur plongeaient dans ces terres, plus les racontars étaient nombreux, et ... Un beau jour, Waith rencontra un membre de son clergé, simple prêtre, mais détenant une information capitale. On lui annonça qu'un Grand-Prêtre avait été assassiné, sûrement par l'un des partisans de cette Pèlerine. Qu'un procès risquait d'avoir lieu, et qu'il fallait un haut membre du clergé de Néera, ainsi, sa présence en ce lieu était une bénédiction. On lui expliqua qu'il devait se rendre dans la ville de Cantharel, et que son aide serait sûrement la bienvenue. Aussi, la marquise Arsinoé d'Olyssea y était présente, il se devait de la rencontrer pour mettre cette histoire au clair.

Alors, le Haut-Prêtre se changea, enfilant les habits propre à son rang, marqués de l'aile unique de la Déesse, couvert d'un long chapeau blanc, avant de lancer tour à tour le sort de localisation et de Transposition, se retrouvant ainsi aux portes de Cantharel. Un garde à l'entrée le regarda d'un œil interrogateur, et lui fit signe de venir, chose qu'il fit. Sans attendre la moindre question, le clerc se présenta et expliqua la raison de sa venue.

« Veuillez pardonner une telle entrée, cela dit, je suis ici pour une affaire qui semble pressante. Je suis Waith Maewan, Haut-Prêtre de Néera, l'on m'a dit qu'une affaire en ce lieu nécessitait ma présence. J'ai aussi cru comprendre que la marquise était présente, serait-il possible de s'entretenir avec elle ? »
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MessageSujet: Re: Hérésie, les premiers pas du pèlerinage | Arsinoé   Jeu 14 Mar 2013 - 10:06

Nul ne s'opposa à la venue du vicaire de la Damedieu. Une fois que ces attributs eussent été vérifiés par le sergent d'arme, déjà assez impressionné par la tenue du prélat, on le munit d'une forte escorte chargée de le remettre sain et sauf aux portes du castel : Personne ne souhaitait être tenu responsable de la mort d'un haut prêtre, aussi excentrique fut-il. À vrai dire, nombre étaient ceux à croire la fonction abandonnée depuis la mort du père Kanvaël, Berthildois bien-aimé qui avait cependant sombré dans la sénilité en son vieil âge. Les plus instruits savaient qu'il n'en était rien, quoique personne n'eut escompté retrouver ici son jeune poulain. Il en fut ainsi pour la marquise, que l'on dérangea alors que sa partie coutumière d'Alquerque atteignait son paroxysme, mais qui bon hôte ne rechigna pas à lui accorder brève audience. Affable, elle l'écouta présenter les causes de sa venue, finalement bien peu mystérieuses, et lui accorda de bon cœur l'objet de ses désirs. Un peu de probité ne porterait pas atteinte à leurs sainte mission après tout. Puis, lorsque interrogée au sujet de la Pèlerine, Arsinoé expliqua seulement qu'il n'était pas à elle d'en juger, et qu'il serait bon que le dignitaire aille lui-même à sa rencontre. On lui remit alors deux clés : Une donnant sur la tour de la captive susdite, sœur de celles détenues par le prêtre Saimel et la dame d'Olyssea - il y avait grand-peur parmi les clercs que la misérable ne s'échappe par quelque magie - , et l'autre sur les appartements lui étant réservé, coquette chambrée munie d'une large bassine par la douce intention de la marquise.

Le prélat ainsi installé, celle-ci put s'en retourner à ces occupations. Ou plutôt à son lit, d’où elle se ressassait les dures paroles qu'avait eu la veille le maître de l'Ordre, et qui terré avec une cinquantaine d'hommes d'armes venus de l'est du pays dans sa commanderie fortifiée, exigeait la libération immédiate la prophétesse. Elle se devrait d'enjoindre son époux à la rejoindre si l'état des choses empirait encore songea t-elle.
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Hérésie, les premiers pas du pèlerinage | Arsinoé   Jeu 4 Avr 2013 - 16:03

Asselin de Brosse, prieur d'Hardancour, quitta la tour à la tombé du soleil, comme était son habitude. Le prélat, aux paupières lourdes malgré son jeune âge, s'était vu confier l'importante tâche de sonder l'esprit de la fausse prophétesse. Œuvre qu'il remplissait sans grand entrain, la vue de cette pouilleuse le chagrinant à chaque venue, alors que l'épouse de son frère – ce vicomte de Badefols qu'il jalousait tant - était-elle si jolie et douce. Oui, ce garçon était de nature envieuse et faible, mais ne méritait aucunement ce qui allait suivre. Au détour d'un couloir, une bande de coquins travestis en domestiques l'empoignèrent et le jetèrent dans une réserve, où entre deux coups de bobelins on lui sommait de remettre la clef qui sauverait leur maîtresse. La prévoyance d'Arsinoé, qui avait confisqué toutes sauf trois desdites clefs, se révéla alors fortuite. Sinon pour le jeune prieur que l'on retrouva occis peu avant ses étrilleurs.

On ne s'attardera pas sur la fin de cette bande de scélérats, suppliciés puis brûlés vif le lendemain comme redevance à leur infâme meschef. Mais il avint que si les gentils hommes furent moult lies à la vue du spectacle, les cagots dont la commune n'avait su se débarrasser virent dans les flammes le sort de leur bien-aimé Pélérine, et connurent lors grande affliction. Ces méchants gens surgirent à grand-foison des ruelles borgnes et autres repaires qu'un prud'homme ne songerait jamais à explorer, comme autant de ratons, et s'en allèrent venger leurs confrères. N'ayant la hardiesse d'aller en acontre du castel ou de la basilique, ces fripons souillèrent plutôt les abbayes et hôtels bourgeois, qu'ils ardirent après s’être amusés du martyre des occupants qu'ils honnissaient tant. Entre autres désordonnances et vilains faits, ils forcèrent le cloître de Cantharel ainsi que sa chanoinesse, entérinant la déchéance de leur âmes éternelles. S'ils criaient à quiconque prêtait l'oreille que « Par la Damedieu, honnis sont ceux qui abandonnent notre dame à sort si dolent ! », il serait bien fol d'y voir autre qu'une horde de vilains encensés par l'odeur du sang.

Ladite cité ne manquait toutefois pas de fines lames, apperts dans la chasse aux bélîtres. Estienne de Sillé étaient de ceux-là, et se tenaient de-lez lui nombres de bon chevaliers et écuyers, tous hommes liges de la marquise qui ne souhaitait rien de plus que voir sa belle ville libérée du fléau. Nullement effrayés par le grand nombre et les faciès noircis de ceux qu'ils étaient chargés de défaire, ces gens d'armes tombèrent sur la horde débile, les reboutant hors du marché puis de la ville avec terrible force. Il y eut alors une longue averse, les flots achevant de purifier Cantharel la meurtrie, qui en moins d'une heure s'étaient vue libérée du lourd fardeau que lui avait sciemment imposé la louve d'Olyssea.

On avait toutefois omis de clore les grand-portes, par quelques doulces intentions sans doutes. Aussi vint le temps où ces méchants gens courraient le pays, excitant leurs confrères terrés dans les buissons, levant d'entiers villages champêtres et les rassemblant par leur seule haine des bonnes gens du Berthildois. Menés par un dément répondant au simple nom de Jacque, ces hères s'attaquaient par centaines aux maisons et bastides de la plaine, commettant d'innombrables forséneries plus propres au loup qu'à l'homme. Rusant et renardant, ils parvinrent à s'emparer du bourg du Theil, jetant le Captal et sa famille dans une grande marmite emplie d'huile, qu'ils firent bouillir avec alacrité. Hélas, l'homme n'était autre que le frère du sieur de Sillé susnommé, le père de la plus tendre amie que l'Olyssea est jamais connue, qui lors se sentie bien menacée par Jacque et ses vilains ; craignant à se séparer de trop de ses bon chevaliers, tout comme les seigneurs alentours n'osaient abandonner leur siège. Les gueux étaient donc peu inquiétés ces premiers jours, et propagèrent leur fiel aussi loin que les environs de Villeroy et Chateauvieux, partout que l'on disait avoir foison de damoiselles et jeunes gentils enfants.

Oncques la vilenie ne demeure récompensée. Les messires d'Adhémar et de Saint-Aimé ouïrent tantôt les nouvelles d'affres qui hantaient leurs cousins gentilshommes, et en eurent grand'pitié. Accompagnés de nombreuses et vaillantes lances, ils s'en allèrent réconforter leur dame la marquise. Chevauchant devers la horde de singes, si coiement qu'il n'y eut nul temps pour s'armer ou s’apprêter, ils les reboutèrent par féroces besognes tour à tour des belles maisons et castels mal acquis, de leur malecamp aux abords du bois de l'Esterel - où l'on disait qu'il ne restait plus la moindre beste sauvage - puis du Berthildois tout entier ; si bien qu'après cette déconfiture la forfaiture fut chassée à jamais de ces terres, les plus méchans gagnant le nord et ses landes avec grande hâte, et les autres rampant piteux jusqu'à leurs pénates. Questionnés au sujet du pourquoi de la chose, ils ne purent que répondre avec un certain panurgisme qu'ils n'avaient fait là que singer les horribletés qu'ils voyaient partout s’efforcer.

Revenons-en à notre pèlerine qui ne savait de ces hutins que ce que ses gardes avaient la gentillesse de lui laisser entendre, soit bien peu de choses et le plus souvent teintes de bourderies. Avec le trépas du pauvre Asselin venait le délice qu'étaient les visites journalières de Foulques, qui nullement effrayé par les sévices régnant fors le castel mettait toute son intelligence au service du malheur de la damoiselle. Un jour l'intriguant usait de malice dans l'espoir de gagner sa confiance et lui soutirer adonc quelque secret apte à sceller son sort, pour le lendemain la tourmenter de cruels sophismes dont il avait l'appertise. Frustré par la prévenance de la marquise et son bon chevalier qui jour et nuit veillait à l'intégrité de la captive, il n'en imagina pas moins nombres de manœuvres retordes qui rythmaient le quotidien d'icelle, actionnés par les quatre soldats qui lui étaient entièrement acquis.

Il était donc chose heureuse que le destin de la Noblegriffon ne reposa pas en ses seules mains. Arsinoé, au sommeil toujours capricieux, ne fermait plus l’œil tant les souvenances de la l’ennéade précédente lui étaient fraîches et terribles. L'idée même de raviver cette colère lui était insupportable, aussi lui sembla t-elle nécessaire d'influer le cours de ce procès mal engagé, n'osant laisser libre cours à la justice des prélats et n'ayant l’aplomb d'éliminer discrètement l'imprudente. Aussi lorsque vint le jugement, quelques jours après le grand festin idoine à la gentillesse des seigneurs, Katalina fut déclarée femme libre, à être conduite aussitôt à Versimila où résidaient aucuns de ses parents. Affaire que la maîtresse du céans délégua au messire Berthan Maillechien, en l'absence du bon Estienne qui se trouvait endeuillé. Hélas, le cortège ne passa pas inaperçu, et une fois qu'il eut gagné le pays Arétan fut en tous temps coursé et épié par les méchants gens qui s'y terraient. Le mal advint, et un vilain traquenard fut posé non loin de la forêt d'Hedda.
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