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 Où l'on retrouve le prud'homme Mervalois.

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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Où l'on retrouve le prud'homme Mervalois.   Ven 15 Mar 2013 - 0:02

Il faisait lourd. En ce matin de Favrius, le delta de la Gliève s'était transformé en repaire d'insectes qui portés par le souffle humide de l'Olienne harcelaient la colonne rutilante progressant vers le nord-est. Et pourtant, la dame d'Olyssea s'était refusée l'usage de la calèche qui l'avait porté de Diantra à Pharembourg il y a deux ennéades de cela. Car là ou elle avait gagné ladite cité en proie aux douleurs et afflictions d'une grossesse touchant à sa fin, elle l'a quittait emplie d'une force octroyée par la certitude d'avoir su passer outre une épreuve tout aussi périlleuse que celle ayant marqué son retour de l'Orient. Six jours la dame avait passé fiévreuse sous ses couches, loin du monde et de ses préoccupations, jusqu'à finalement être déclarée apte à recevoir les relevailles. À vrai dire, elle ne s'était pas sentie plus saine l'heure précèdent le rituel que les jours antérieurs, mais la bénédiction du prêtre de la Damedieu semblait avoir apportée avec elle la délivrance espérée. Assez tout du moins pour qu'elle puisse parcourir de ses yeux le vélin de messire d'Angleroy, qui lui présentait ses meilleurs vœux et l'invitait par la même occasion à son fief Mervalois. Voyage qu'elle avait entreprit de bon coeur, son époux ayant déjà quitté le pays.

Arrivant au niveau d'un vilain pont qui les verrait hors des Isles – région que l'on disait refuge de pendards de la pire espèce -, elle regarda une dernière fois le port qui abritait son petit Bohémond, ou plus précisément les tours de l'Arsenal qui dominaient le plat-pays. Elle n'aimait pas cette ville ; ni ses senteurs nauséabondes que seules chassaient les encens, ni son culte bruyant et tapageur pour le Dieu guerrier, et moins encore ses alchimistes édentés qui s'étaient prouvés incapables de faire taire sa douleur de mère. Car son fils, quoiqu'il fut prématuré à en croire une matrone aussitôt contredite par ses deux consœurs, était un bel enfant qu'elle dut longtemps batailler pour mettre au monde. Aussi avait-elle un temps rechigné à l'abandonner ici, aux soins d'une nourrice un peu trop flasque, dans une terre si peu sûre. Mais son bon prince entendait faire de Pharembourg le siège de son pouvoir, et l'affaire était donc close.

La terre de ruisseaux laissa place à des marécages s'étendant à perte de vue, allant de la brande aux flots et marquant la frontière entre comté et baronnie. Peu enchantée à l'idée de traverser cette source de pestilence, elle fut rassurée par la bifurcation qu'opérèrent leurs guides Scylléens, longeant d'abord un bras du fleuve vers le sud, puis la côte et ses salines étranges. On s’arrêta de nuit dans un riant port fortifié où la dame abusa naturellement de l'hospitalité du prélat. Son entourage semblait comme enfler au fil du temps, un mage et deux alchimistes ayant depuis rejoint la coquette coterie composée de trouvères, hommes de foi, musiciens, serviteurs, chevaliers montés, leurs pages, et ses propres fidèles amies. Soit une fière compagnie avoisinant le rond nombre d'une centaine, et qui en tous temps ne manquait pas d’importuner les hôtes de la marquise. Mais elle ne mettait aucun prix à se savoir bien entourée, surtout lorsque la couronne se chargeait de la rente.

Les hautes tours de Merval ne quittèrent dès lors plus leurs vues, bien que le soleil ai déjà dépassé son zénith lorsque les sabots foulèrent enfin les pavés des faubourgs. Des hommes du baron, aux cuirasses lustrées et arborant le griffon or, vinrent à leur rencontre avant même que ne fut dépassée la Porte-aux-Aigles. Sa venue n'étant guère une surprise, elle fut aussitôt dirigée vers la plus majestueuse des collines de la cité, cité qui par sa taille, ses apparats et son peuple respirait l'Estrévent malgré-elle. Une règle auquel n'échappait pas le palais, aux courbures étranges et archaïques rappelant plus les ruines dracennes d'Essali que Thaar. La visite n'était nullement protocolaire, mais l’accueil qui lui fut réservé dans la salle d'apparat resta empreint de la solennité qui semblait imbiber ce pays de bon aloi. Cleophas, qu'elle vit d'abord de loin, ne s'était pas vu transformé par les deux mois les séparant de leur dernière rencontre, et arborait les mêmes cernes mélancoliques qu'elle avait jadis imputé à la fatigue du voyage. Bien vite, les deux jeunes gens se retrouvèrent seuls, ou presque, et purent s'entretenir en toute sérénité. La conversation porta tout d'abord sur l'état du nouvel héritier, interrogation courtoise qu'elle entreprit de combler avec délectation.

« Bohémond est né fort, comme son père, et tous s'accordent à dire que la santé de l'enfant est la meilleure qu'il soit. Voilà un bonheur que je vous souhaite de tout cœur mon ami, mon bon époux témoignerait qu'il n'y a pour un homme nulle plus grande félicité que de savoir sa succession assurée. Les dieux savent qu'en ces temps troubles Diantra ne manque pas d'aimables damoiselles de bonnes naissances. »

Rougissant quelque peu d'avoir pu émettre si grossière formulation, elle décida alors de brocher un sujet moins embarrassant que le singulier célibat du baron.

« Une question me hante, et ce depuis cette fatidique matinée ou messire de la Rochepont dévoila l'étendue de sa vilaine. Nous quittions ensemble l'enceinte de Cantharel au gré d'une promesse de pourparlers, et votre personne sembla comme se volatiliser au détour des bélîtres du comte. J'en devine aisément le responsable, mais le pourquoi m'échappe encore, alors que vous l'aviez accompagné de son pays – une autre bizarrerie - et fait montre d'une grande probité . »


Une fois satisfaite de la réponse, elle se lança d'un ton tout aussi léger dans une troisième piste de questionnement autrement plus importante à ses yeux.

« Puisque vous aviez de fait été mené en pays Berthildois par ma cousine Clélia d'Olyssea, vous n'aurez manqué de remarquer son jeune garçon, Yvain. Vous serez aussi attristé d'apprendre que l'enfant est disparu à l'occasion du triste épisode, sans laisser la moindre trace. Je ne puis que supposer que sa mère l'aurait dissimuler en apprenant la venue du com..marquis d'Odelian, mais la paix est depuis longtemps revenue et l'enfant lui reste introuvable. Je crains le pire, aussi suis-je poussée à arpenter le royaume à la recherche de mon cousin que je me dois d'élever comme fils. Votre réputation vous précède, aussi ai-je eu ouï-dire de vos liens avec l'Estrévent et l'insulaire cour langecine. Ne désirant aucunement prendre otage votre bonne nature, j’admets toutefois avoir entretenue l'espoir que vous puissiez m’être d'assistance en cette quête. »


Dernière édition par Arsinoé d'Olyssea le Ven 15 Mar 2013 - 19:59, édité 1 fois
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Cléophas d'Angleroy
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MessageSujet: Re: Où l'on retrouve le prud'homme Mervalois.   Ven 15 Mar 2013 - 16:00

Il faisait encore nuit lorsqu’il s’éveilla. Ses rêves s’étaient mués en cauchemars et les chimères qui le hantaient sous le couvert de l’imaginaire étaient si réelles qu’il croyait reconnaître en elles des visages familiers. Son quotidien n’avait plus été si aisé depuis son retour du Nord. Ses nuits avaient été plus courtes et ses journées plus fatigantes, bien que cela puisse être difficile à concevoir. Alors, comme toujours depuis plusieurs semaines, il s’appuya sur le garde-corps de son balcon et encore, jeta ses regards vers la cité et ses étincelles. L’idée ne lui vint pas aussi rapidement qu’on le croirait ; et si l’ennui a souvent été la motivation des actes du Baron, il y avait là exception. Marchant à pas feutrés vêtu de la nuit comme seul manteau, il quitta discrètement le Palais et à dos de cheval, rejoignit par la Porte-Aux-Aigles et la route du Nord le bourg de Castelmont et ses calmes rives. Du castel, il ne restait plus qu’une motte et un muret de pierre, autour de laquelle s’agglutinaient les maisons comme la foule se presse autour du pain un bon matin d’hiver. Le Baron n’en était pas à sa première escapade nocturne aussi, lorsqu’il vit sa silhouette au loin, le garde leva la herse et ouvrit la petite porte qui servait d’entrée au bourg, sans mot dire et ne lui adressa comme salut qu’un long clignement de l’œil –car l’homme était borgne, en effet. Comme un spectre s’avançant dans une nuit sans Lune ; le Baron cheminait entre les maisons jusqu’à rejoindre les rives du noble Adunance. Il les longea longuement avant que d’arriver à cette demeure d’oracle, qui n’avait d’étrange que sa situation au milieu des herbes hautes et de rien. Quand il frappa trois coups à la porte, la nuit était déjà bien avancée et il savait qu’il ne pourrait rester dans cette chaumière que peu de temps s’il voulait revenir au Palais avant que les cloches ne sonnent le lever du jour et que ne débarquent dans ses appartements les domestiques du vestiaire ; pourtant, il aurait pu rester des journées entières ici tant il n’était pas venu depuis longtemps. Cléophas s’assit près du feu, un godet à la main et fut rejoint par son vieil ami, qui tenait à dire vrai plus de l’augure que de l’oracle. La dernière fois qu’il était venu lui demander conseil, c’était avant son départ de Merval et sans lui donner de conseil, il lui avait simplement dit qu’il trouverait au Nord des serpents aux longues langues mais aussi de vénérables personnes et qu’il ramènerait avec lui plus de confiance que de venin. Cléophas avait ri ce soir-là. Il pensait qu’il ne resterait en Erac que quelques semaines. Hélas ! Ce fut donc naturellement qu’il revint vers lui afin de lui demander conseil sur les jours qui viendraient et ces conseils furent longs et avisés et le Baron en fit grand cas et ne les oublia point. L’aube allait poindre quand il reprit la route de Merval et s’il avait l’estomac vide et les membres lâches, son esprit était empli de connaissances, d’intuitions. De nouvelles lettres à écrire, de nouvelles marches à suivre.

Déboulant dans un Palais qui le cherchait jusque dans les caves, Cléophas n’adressa pas un salut, pas une réponse et grimpant les marches trois à trois, il rejoignit son cabinet à écriture, en haut d’une des tours du Palais. Là, il se saisit d’une plume, d’un vélin et d’un encrier et sans penser outre-mesure à ce qu’il coucherait sur le papier, il écrivit frénétiquement :

« Dame,
Voilà bien des jours que nous nous languissons de la douceur de vos traits et de vos paroles. La rigueur du Nord ne nous fut supportable que par votre présence au milieu d’un nid de serpents ; et pour tout le bien et l’hospitalité que vous nous offrîtes, nous souhaiterions que vous nous rendiez visite. La route sera longue, nous le savons bien, mais croyez, Dame Arsinoé, que le résultat en vaudra bien la peine, car en ces moments de l’année, rien n’est plus beau que les rivages de Merval. Nous savons aussi que vous aurez peine à entreprendre un voyage alors que la vie grandit dedans vous ; mais si cela pourrait vous être charitable, nous sommes enclins à nous passer de quelques-uns de nos physiciens afin qu’ils puissent se consacrer au soin de votre progéniture qui n’attend qu’à voir le jour se lever. Si vous deviez réfléchir à notre proposition, pensez qu’elle tiendra pour aussi longtemps que vous le souhaiterez, pour ce que vous êtes plus que bienvenue en notre bonne terre de Merval.
Cléophas d’Angleroy, Baron de Merval, défenseur de la Foi &c. »

Et de trouver un page assez leste pour traverser le Palais jusqu’au pigeonnier sans trébucher ou s’essouffler ; et d’en trouver un autre dont la voix porte assez pour crier aux cuisines qu’il fallait satisfaire la faim de dix gueux et la soif de dix prisonniers. Le maître-queux, bien entendu, s’appliqua à la tâche et ne se contenta pas d’apporter sur un plateau des prunes et des figues grosses comme le poing. Cela sentait encore l’été et l’été en Merval, est une saison où il vaut mieux trouver de quoi s’abreuvoir et s’ombrager ; que de vouloir braver le Soleil et mourir sur le pavé. Cela arriva, avant que Cléophas ne fut Baron. L’été fut si lourd et chaud que les vieillards qui s’étaient aventurés dans les ruelles finirent par tomber les uns après les autres, tant et si bien que la garde dut aider les services du Palais et de l’Eparque afin de désencombrer les rues de ses squelettes. Depuis cet épisode, les vieillards ont tendance à s’abriter dans les parcs ou dans l’hospice, duquel ils ne sortent généralement plus avant leur dernier souffle. « Bénie chaleur » soupira Cléophas, mordant à pleine dents dans une prune gorgée d’eau et de Soleil, ses gouttes de sucre perlant le long de son menton et sur ses manches. Ce jour-là était celui des célébrations de Mogar, et le Baron savait pourquoi il allait remercier ce bon dieu. Il n’avait pas besoin de traverser toute la Cité, seulement les jardins du Palais pour rejoindre le temple palatial, tout couvert d’anciennes peintures et de mosaïques. La pièce étouffait sous les fumées d’oliban et de benjoin et la grande effigie de Mogar se tenait à demi dans l’ombre, seulement éclairée par la lumière d’un petit oculus duquel s’échappaient les fumerolles de dizaines de bougies. Le Baron s’agenouilla et brûla des branches de genévrier et des feuilles de laurier avant d’adresser un regard joueur au dieu guerrier et de le remercier en silence. En sortant, la chaleur était devenue plus écrasante qu’avant mais gloire aux vents, l’été allait bientôt toucher à sa fin ce qui était préférable si l’on tenait à ce que reste quelques jours une femme enceinte ; et nulle autre qu’Arsinoé et son tempérament ardent. Et le Baron malgré lui espérait qu’elle ne l’aurait pas perdu en mettant bas. Aussi lorsqu’il pensait à leurs retrouvailles, les lèvres de Cléophas se retroussaient légèrement pour une raison qu’il n’aurait pu expliquer. Ou voulu expliquer. L’homme était content et sa joie eut presque pu déborder de ses boyaux par-dessus les murailles, mais Cléophas n’avait plus la fougue de la jeunesse ; ni l’envie d’aller souiller la dizaine de pages qui attendaient sans raison dessous les fenêtres du cabinet. Pour finir, il lui avait manqué plus de fougue que d’envie…

Le Chartulaire entra doucement, pensant ne faire plus de bruit qu’un rat. Sans doute avait-il oublié dans sa prudence qu’ouvrir une porte d’airain se faisait rarement dans la douceur. Lorsqu’il reçut la nouvelle que la Marquise était entrée dans le pays langecin, Cléophas avait fait envoyer de nombreux yeux afin qu’ils puissent veiller à son bon voyage ; et il s’avère qu’ils veillèrent assez bien pour rapporter dans la cité-des-mers une joyeuse nouvelle, au moins pour la plupart des hommes. Le Chartulaire était toujours aussi sévère dans ses traits et avait ce don rare qu’ont les conseillers de faire passer une naissance pour une mort et une victoire pour une défaite. Aussi le Baron ne se douta pas que la Marquise venait d’enfanter ; il pensa même le contraire et la mine à son réveil fut celle d’un parent dolent. Le silence fut néanmoins brisé par le murmure de l’homme qui lui dit, avec toute la solennité requise à de pareils moments :

« Mon Seigneur, la dame-régente est…désormais mère. »
« Dame
du Régent, vous feriez bien de vous en rappeler. Un virelangue de ce genre pourrait valoir au Nord que l’on vous fit pendre par le cou ou autre horreur de ce genre. Si elle a enfanté, elle ne doit plus être bien loin. Finissez les préparatifs et envoyez quelques hommes sur les côtes, qu’ils la trouvent et la conduisent jusqu’ici. Ah, et dites au Pappias de la laisser entrer et aux Silentiaires de l’accueillir l’épée au clair ; je dois beaucoup à cette dame et j’entends qu’elle le ressente à peine entrée dans notre Palais. Et faites sonner les cloches bon-sang, ce n’est pas tous les jours que l’on fête la venue d’une Marquise, mère et épouse du Régent. »

Il ne fallait pas grand temps pour rallier Pharembourg à Merval ; la route était droite, plane et sans grands risques. Chevaucher à bride abattue était de mise le long des côtes. Cléophas eut juste le temps de se brosser la nuque et d’enfiler une tenue qui convenait au rang de son invitée, puis il se hâta dans le Porphyrion qui resplendissait sous la lumière d’un Soleil zénithal. Les cloches sonnaient déjà et une clameur venant de la foule se rapprochait au fur et à mesure que le cortège venait à son tour. Le Baron jeta un regard depuis les hauteurs de la salle et vit à travers les vitres colorées, que le cortège entrait dans le Palais et qu’il était bien plus gros qu’il ne l’avait pensé. La Marquise avait après tout un certain magnétisme qui attirait à elle certains talents et d’autres saltimbanques de moindre stature ; comme toutes les femmes de son rang. A sa surprise, elle entra seule, non pas suivie de toute sa cour hétéroclite et son visage, quoiqu’arborant les marques d’un accouchement douloureux et de plusieurs mois de grossesse, était toujours aussi resplendissant. Quant à sa gorge, le Baron préféra ne pas y penser pour ce que les femmes deux fois mères sont rarement aussi plaisantes que celles qui n’ont pas encore produit de lait. Mais Cléophas était au-dessus de ces considérations futiles et il lui adressait comme il seyait à un Baron, ses hommages et ses congratulations pour la naissance de son enfant, un fils Bohémond lui disait-elle, qui comblerait de bonheur son père qui jusqu’alors n’avait eu comme héritier que des progénitures mortes dans le sein. Il semblerait pourtant que lesdites considérations n’étaient pas si futiles aux yeux du Baron qu’à ceux de la Marquise pour ce que les mots qu’elle réservait à Cléophas ne manquaient pas d’un certain jugement.

« Ma Dame, les secrets d’Arcam sont impénétrables aux esprits de mortels tels que nous. Je n’ai aucun doute quant aux plaisirs que procurent les femmes, ne vous méprenez pas ma Dame, l’homme qui n’est pas marié n’en est pas moins innocent. Ma dernière visite à Diantra n’a malheureusement pas duré longtemps, je n’y étais allé que pour prêter serment d’allégeance à notre jeune et bon Roi Eliam et au royaume et je pense d’ailleurs avoir été le seul de mes pairs à avoir fait un tel déplacement. Votre époux, notre Régent, n’a pas tardé à me faire part de ses ambitions au Nord quant à la suite, je suppose que vous la connaissez »

Mais il s’avérait qu’elle ne la connaissait pas entièrement. Pouvait-on la blâmer, après tout, de n’avoir pas compris la hargne qu’eut l’Arétan envers le Baron ? Le Baron lui-même venait à se poser la question, or le passé était révolu et enterré. Ces frustrations qu’il aurait pu éprouver, il en parlait sans grande gêne ni remords.

« Vous n’êtes pas sans connaître ma bonne amie, la félonie qui habitait l’esprit de l’Arétan. Ce goupil, si bien nommé, a fait preuve de zèle plus que de ruse ce matin dont vous parlez. Son esprit n’était pas tourné à la réconciliation, j’en ai eu la crainte et il sabota mes projets de pacification en me faisant garder le jour et la nuit par quelques reîtres qui formaient ses rangs. Je pris la route d’Erac en même temps que sa colonne qui allait rencontrer celle de votre époux ; époux prévenu des forces qui allaient le menacer. Les Dieux ont leur part de mystère cependant et je ne comprendrais décidément guère ce qui poussa l’Arétan à courir ainsi au-devant des rangs du Régent. Mais nous pouvons considérer que s’ils sont mystérieux, les Dieux n’en sont pas moins justes et je n’hésite plus à brûler de l’encens à Mogar pour le sort du félon d’Arétria. »

La Dame de Cantharel n’était pas dénuée de sens et lorsqu’elle entra, Cléophas savait qu’elle avait en tête bien des idées. Les amours et le passé ne sont pas des choses dont elle était friande ; comme le Baron, elle partageait cet amour des choses vraies et profondes, qu’elle révéla assez promptement pour que le Baron n’eut pas à se questionner sur les effets de sa grossesse.

« Il est vrai que j’ai rencontré ce jeune Yvain. Pauvre enfant, blême et frêle, on aurait cru voir la branche d’un bouleau devant soi qui s’agrippait aux jupes de sa mère comme un usurier à ses pièces de monnaie. Je ne savais rien de cette disparition et j’espère de grand cœur que les Dieux auront eu cas de sa personne et l’auront protégé de toutes les vilénies qui traînent dans notre Royaume. Il est évident que je ferai mon possible pour le retrouver, je comprends à quel point votre instinct de mère vous enjoint à vouloir en prendre soin…ce pauvre enfant. J’ai assez d’yeux et d’oreilles en Langehack pour essayer de remonter sa trace mais je doute qu’il puisse se terrer dans le palais ducal…notre bonne duchesse a été prise d’une terrible maladie dont nous ne savons rien. La vérole, sans doute. Je connais au-delà de l’Olienne une femme influente qui pourra m’aider dans vos recherches, mais l’Estrévent est malheureusement une terre bien vaste et je ne saurais mettre grande contribution pécuniaire à la recherche d’un enfant…Je sais du moins que vous saurez me convaincre de faire ce peu. »

N’est-ce pas ? – pensa-t-il doucement.
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Où l'on retrouve le prud'homme Mervalois.   Sam 16 Mar 2013 - 10:55

Toujours si prompte à flairer l'humeur de ses compagnons, la dame ne manqua pas le fugace relent du regret dans la voix du baron, comme si les souvenances qu'elle ravivait lui étaient sources de contrition. Peut-être n'était-ce qu'une vue de l'esprit, le courtois embarras de celle ayant siégé haut à la table des vainqueurs, goûtant au délicieux fruit de la consécration là où le bon langecin n'eut pour seule récompense que sa propre reconnaissance. Or on ne soupe pas de gratitude, et encore moins des regards méprisants que certains avaient réservé au tard-venu le jour de ses fiançailles, ses exploits – qu'il avait prit grand soin de citer – oubliés ou méconnus du plus grand nombre. Un battement de cils, et toute cette miséricorde lui semblait naître d'une chimère, le visage de l'homme empreint de son air de sagesse coutumier, et ses yeux fermement portés vers l'avenir.

Avenir qu'il entendait négocier à en croire sa dernière allusion peu subtile ; et après-tout, pourquoi le serait-elle ? La salle d'apparat était déserte, la servante le plus proche se tenant à une bonne trentaine de toises du trône baronnal. Mais du fauteuil rembourré que l'on avait placé à ses cotés, Arsinoé avait une vue imprenable sur le hall, assez pour juger que le lieu n'avait rien de l'intimité qu'elle désirait inconsciemment.

« Je suis fort aise de l'apprendre. Vous décelez sans nul doute que la chose ne saurait être confiée aux services, pourtant bien fournis, de la couronne. Aussi l'assistance d'un ami m'est ici des plus précieuses, tout autant qu'en ce mois maudis de Barkios, et je vous en saurai gré. Mais avant de nous pencher davantage sur la question, je me dois d'abuser à nouveau de votre hospitalité. Le périple m'aura donné grand-soif, et je le confesse faillit se montrer trop redoutable pour mes maigres forces. J'eus escompté que la venue de l'automne aurait adouci l'astre ardent, mais il n'en est rien. La vue de vos jardins, la beauté desquels fait l'objet de bien des racontars, me serait je le pense d'un grand réconfort. »

C'est ainsi qu'elle fut conduite à une plaisante terrasse donnant sur le verger en question, autour d'une table ou ils pourraient discutailler en tant que pairs. D'un naturel méfiant, il était rare pour la dame de se séparer de l’entièreté de sa garde « pourpre », mais elle n'en ressentait aujourd'hui guère le besoin, aux cotés de ce baron qui lui inspirait un peu trop confiance. Sa gourmandise fut comblée par une délicieuse confection de glace portée à grand frais de l'Avosne, légèrement citronnée et agrémentée d'un doux miel de Hautval. Fut aussi présenté un vin muscat à la robe chatoyante, qu'elle évita pour l'instant, assez lucide pour ne vouloir se trouver désarmée devant l'habile entremetteur.

« Je ne sais quelles paroles furent échangés entre le prince du sang et vous-même l'an passé , » ouvra t-elle délicatement, bien consciente de s'avancer en terrain périlleux : « mais je sais qu'il vous porte en son cœur et n'oublie pas les risques que vous encoururent au nom de notre bon roy. Tout au plus fut-il submergé par sa lourde charge au lendemain du conflit, la régence d'un royaume encore si fragile n'étant pas chose-aisée vous en conviendrez. Votre élévation viendra en bon temps, sur cela je n'ai aucun doute, la nature d'icelle m'étant cependant encore incertaine. »

Même elle ne pouvait être aveugle à l'étendue de la menterie qu'elle avançait, sachant et espérant simplement le langecin assez subtil pour ne point s'en formaliser. Car l'Ivrey n'avait jamais eu que peu de mots à l'égard de son plénipotentiaire, qu'il semblait satisfait de laisser vivoter en son domaine suderon, là ou il couvrait d'honneurs son ami et frère le bélier d'Odélian ; le poids des armes primant sur tout autre considérations. Entrelaçant puis séparant de fines mains bardées de pierreries, elle quitta après un bref silence le domaine du boniment pour brocher celui du mirage.

« Vous m'avez il y a peu confirmé une rumeur accablante, soit celle proférant la grave affliction que connaît la duchesse de Sephren. Je ne la connais guère, la pucelle n'étant qu'une enfant lorsque je fus contrainte à l’exil si dolent, ressentant toutefois comme un lien avec la jeune dame que l'on disait proche amie de ma parente disparue. Si l'horizon est aussi noir que vous le laissez entendre, ne serait-il pas de bon aloi de rendre courtoise visite à son siège de Langehack ? » Notion qui à peine émise la charmait déjà, sans pour autant la pousser à abandonner précipitamment la vivifiante compagnie du prince de Merval, « Si le pire advient, que Néera nous en préserve, la terre de faste reviendra de droit à notre souverain, sauf à croire quelques divagations Soltarii. Un terrible fardeau pour le garçon qui à si bas âge porte sur ses frêles épaules tous les maux du royaume. Son entourage se devra alors de l'aider comme jamais. »

Derechef, la fière marquise se retrouvait profondément insatisfaite de son phrasé, comme si l'acte de mettre au monde avait attendri son esprit aussi bien que son ventre. Peut-être valait-il mieux parler sans fards et faux-fuyants si elle désirait forger avec le messire d'Angleroy une complicité pérenne. Aussi se fit-elle finalement servir une coupe de ce vin frais, découvrant avec plaisir la senteur de fleur d'oranger.
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Cléophas d'Angleroy
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MessageSujet: Re: Où l'on retrouve le prud'homme Mervalois.   Sam 16 Mar 2013 - 15:54

Cela lui paraissait étrange. Etrange à cause du temps. Etrange à cause des circonstances. Etrange à cause de la personne. Oui, cela paraissait étrange au Baron de voir devant lui une Arsinoé nouvelle, adoucie par le lait d’une autre grossesse sans doute ; et ses paroles n’avaient plus rien de la rigueur d’autrefois. Ceux qui parlaient d’elle comme d’un serpent auraient eu bien des surprises en découvrant là un verbe des plus mielleux. Matrimonie, sans doute, amène avec elle un lot de changements et le caractère trempé qui se cachait naguère derrière ses regards malicieux semblait avoir disparu. Cela aurait pu l’étonner si elle n’avait pas ses propositions en tête et son souci du secret, distillant ses vœux à demi-mot, comme pour ne pas vouloir sentir sur ses épaules le poids d’une éventuelle culpabilité. A cette pensée, Cléophas laissa échapper un sourire et sans quitter des yeux le regard de fer de cette dame du Nord, il réfléchissait à ce qu’elle pouvait, elle, penser de cet homme fatigué qu’était devenu Cléophas. Fatigué, était tout de même un mot qu’il fallait nuancer ; dans le cas de Cléophas seulement, pour ce que la Marquise exprimait le désir de l’air frais et de la boisson. Le Baron inclina la tête, lui proposa le bras et l’accompagna en dehors du Porphyrion, vers les jardins qui surplombaient la ville de leur verte splendeur. Il prit le soin de quérir un échanson ; de lui demander calices et glaces et oranges et citrons et tout ce dont une femme pouvait désirer de frais. Une fois que l’on eut apporté assez de glace et d’agrumes pour que la dame du Nord puisse prendre froid, les deux individus prirent place autour d’une table que le Baron avait fait amener par les valets. Ils étaient seuls. Seuls sous les murs du Palais et au-dessus d’une cité qui sentait le sel et la vie. Le Baron aimait ces rares moments, ce bien-être inédit qu’il pouvait éprouver lorsqu’il observait Merval vivre comme si rien ne s’était passé au Nord et que le royaume était en paix. Il croqua dans une orange à pleines dents, et laissa couler son jus dans la coupe de glace car c’est ainsi que l’on faisait au Palais ; dans ces moments rares. Et trop brefs.

« Je doute que vous soyez venue ici pour me parler du Régent votre époux, ma Dame et ce serait bien préférable de ne pas s’engager sur une route aussi glissante que celle-là que vous empruntez. Le Régent me portera l’estime qu’il jugera nécessaire. »

Le ton avait été simple. Il ne pouvait en être autrement. Le Baron n’était pas dupe, il avait intérêt à ne pas l’être. Il sonda la Marquise un instant, trempa ses lèvres dans la glace qui commençait à fondre sous l’action conjuguée du Soleil et des vents chauds puis, après que fut passé un instant qui parut aussi long qu’une vie d’homme, il reprit.

« Comprenez, ma Dame, que cette invitation partait d’un sentiment noble et sincère et j’ai bien grand mal à supporter que l’on me noie les tympans dans un flot de fadaises. Nous n’avons pour seuls témoins de nos discussions, le Soleil et l’Olienne ; rien ne sert de voiler vos intentions derrière un pareil tissu et de nous faire paraître comme un couple de joyeux sycophantes. »

Il esquissa un maigre sourire et se leva. Il avait la volonté d’abuler un peu, de se laisser aller plutôt que de rester engoncé dans une chaise mais ; cette femme n’était-elle pas après tout épuisée d’un voyage par Diantra et Pharembourg ? Le Baron apprécia la Marquise, se rassit et alors que son regard se fixait dans le sien, il la sondait : il voyait comme ses mains jouaient de ses anneaux lorsqu’elle évoquait son époux, comme ses yeux fuyaient l’espace d’une seconde à peine vers les jardins lorsqu’elle parlait de la Duchesse et comment ses lèvres se pinçaient imperceptiblement à la simple mention d’Eliam. Voilà ce que Cléophas savait faire de mieux, après tout. Observer, dans le silence pendant qu’il se cachait derrière ses coupes et ses agrumes, grattant lentement de ses ongles le zeste d’un citron frais. L’on savait dans tout le Langecin que la Duchesse agonisait dans ses appartements et à peine la nouvelle apprise, le Baron avait fait retirer les quelques patrouilles de gardes qu’il avait disposées en Langehack ; sans réaction de la part du palais ducal. Cela n’éveilla aucun soupçon, mais confirma ceux qu’il avait déjà. Mais il fut surpris de savoir que la Marquise avait entendu de ces…afflictions. Les rumeurs couraient vite sur la péninsule, sinon qu’elles glissaient comme l’eau sur le marbre, se chargeant au passage d’impuretés de toutes sortes. Le mystère qui tournait autour de la Duchesse irait sans doute rejoindre les rangs de ceux de bien d’autres seigneurs dont on n’entendit plus rien. Or la Marquise ne perdait pas le cap de ses intentions et si sa langue était toujours aussi empêtrée dans le miel ; son esprit était aiguisé comme une lame et laissait toujours transparaître derrière ses attraits candides un appareil des plus pragmatiques.

« Je ne savais point que le sang liait les Sephren aux Sainte-Berthilde. C’est étrange d’ailleurs que vous ressentiez tant pour une lointaine parente là où je ne ressentis rien pour ma cousine…feue Eulalie. Bien que je n’aie jamais été au courant de querelles fraternelles entre nos deux branches, il s’avère que l’annonce de sa mort ne me choqua pas particulièrement. Pas plus que d’apprendre à quelles occultes pratiques, à quelles ignominies elle se livrait dans l’ombre des souterrains ; et quels furent ses entours. Saviez-vous que dans sa folie elle entreprit de taxer lourdement les marchands, ceux-là même qui font la richesse de notre belle vallée ? Sorcière…les Dieux ne souffrent pas que l’on s’amuse de leurs arts, c’est cela qui la rendit folle et laide. C’est étrange comme le sang qui nous unit bouillonne en moi lorsque je l’évoque. »

Le Baron à cela entreprit de se remplir une coupe d’un vin doux et ambré, et respirant grandement, il se souvint de ces statues de l’Eulalolle qui furent spontanément décapitées ou mises à terre. Il ne lui avait pas fallu grand-chose, en ce temps, pour se faire aimer de son peuple, sinon de rétablir le « statu quo ante Eulalia » comme l’on disait au Consistoire et de décréter quelques jours de festivités. Merval portait encore les marques de cette longue période de félicité, les grandes étoffes de tissu pendant toujours du haut de certaines tours de la ville. Si Merval était une joyeuse cité, Langehack ne devait pas l’être au contraire de ce que devait sans doute penser Arsinoé, et le Baron ne tarda pas à répondre simplement à ses velléités de promenade.

« Je doute, ma Dame, qu’il soit sage de se rendre à Langehack. Pour le moment du moins…La maladie de la Duchesse dure depuis bien assez longtemps pour que nous pensions qu’elle soit contagieuse. Certains de mes hommes disent que les environs du palais ducal sentent les baumes et les onguents et que l’on ne s’y aventure que masqué ; des clous de girofle coincés entre les dents. Ces nouvelles sont un peu tièdes il est vrai et je ne doute pas que la situation dans le palais soit meilleure qu’elle ne l’était il y a quelques semaines. Si toutefois votre souhait serait de rejoindre le chevet de Jeanne et de vous en faire l’unique accubiteur ; je vous accompagnerais aussitôt. Les routes ne sont plus très sûres dès lors que l’on quitte Merval et un convoi tel que le vôtre risquerait d’attirer la convoitise de certains bandits de grands chemins. J’ai par ailleurs quelques affaires à régler en Langehack…des affaires de marchands et de comptoirs.»

Le Baron ne se souvenait plus vraiment du nom de l’homme qu’il devait y rencontrer, mais il savait qu’il résidait à Langehack et qu’il serait d’importance dans l’expansion de Merval. Son Maître des Requêtes avait retrouvé sa trace après d’intenses recherches et le Baron avait décidé, par précaution, d’envoyer quelques Baronniaux le surveiller. Ils étaient encore à Langehack au moment où il parlait à Arsinoé, et aucune nouvelle funeste n’était parvenue au Palais ; de sorte que tout devait se passer tel que prévu. Il ne suffirait après tout au Baron que de rejoindre la capitale langecine et de parler quelques heures dans l’ombre d’un diversoire. Mais d’autres questions étaient soulevées et méritaient appui…ou avis pour le moins.

« La force de Néera quitte Jeanne, vous vous en doutez bien et viendra le jour fatidique où le tocsin résonnera un matin à Langehack. La nouvelle nous parviendra entre les serres d’un pigeon mais nous préférons ici nous préparer au pire et au plus prompt. Notre bon Roi, est en proie à de nombreux maux vous le dites si bien et quelle doit être sa tristesse de voir son Royaume saigner autant qu’un soldat dont le corps aurait été tranché en deux. Le Nord se calme à peine que nous avons vent des difficultés qui se cristallisent de le pays de Sgardie ; dont nous savons qu’il n’apporte qu’à la couronne que dettes et tremblements. J’ai vu l’enfant à Diantra, tout croulant sous ses fourrures. Diantra est un nid à plaies et à maladies qui n’est pas propice au bien-être d’un enfant. Sans compter que son oncle, votre époux, notre Régent est occupé aux guerres et ne peut s’occuper de son neveu. Les enfants, vous le savez mieux que quiconque, ont besoin d’un parent. Sans quoi ils sont pris de mélancolie et les humeurs se soignent difficilement, sinon par les saignées et ce ne sont pas là des remèdes applicables à des enfants. Le duché de Langehack lui reviendra, les lois du Royaume sont ainsi faites et n’accordons point de crédit aux folies qui viennent du Sud…ces Soltarii sont aussi sorciers que ne l’était Eulalie, il serait bien maladroit de croire leurs paroles. Enfin, vous comprenez Arsinoé, que le jeune Eliam n’aura plus d’entourage que sa suite et compte tenu du destin qui fut réservé à feu son père, je crains le pire quant à sa sécurité. Mais je vois, que vous me rejoignez sur ce point. Je vais dans la nuit rédiger une missive à notre bonne amie Jeanne, afin de savoir si ses maladies se sont échappées avec les fumées des encens. Peut-être pourrait-elle accueillir en son palais le jeune Roi, ce qui lui serait nettement profitable. Langehack est un territoire tellement plus appréciable que la capitale. »

Une lettre. Oui, cela lui paraissait bien. Après tout, ils pourraient toujours lui rendre visite si de réponse, ils n’en avaient.

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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Où l'on retrouve le prud'homme Mervalois.   Sam 16 Mar 2013 - 23:08

Même le plus beau sourire pouvait receler cœur troublé. Et le sieur d'Angleroy, à la tenue si avenante et qui se montrait aussi bon hôte que convive, n'échappait point à cette règle. Rien chez cet homme aux manières délicates n'était simple, et elle serait bien sotte de croire pouvoir sonder au gré d'une phrase son fort intérieur. Elle ne pouvait non plus donner d’âge à ces traits à la fois rudes et fins, ayant seulement la vague impression qu'ils avaient vu une trentaine d'hivers ; à la manière de ces dignitaires de la race sombre qu'elle avait un temps côtoyé lors de son périple Thaari, animés d'esprits plus vieil et sages qu'aucun honnête gens ne pourrait le croire. Par instants, elle voyait dans son iris sable l'image d'un de ces démons de l'est, et ce sentait comme ingénue à ses cotés. Pourtant...Il n'était pas apaisé. Non-pas en proie aux incessants atermoiements d'une conscience malade, ou encore la puérile contrition d'un homme floué qu'elle lui avait injustement imputé. Il donnait plutôt une impression de profonde lassitude qui ne manquait pas d'attrister la femme fatiguée mais comblée, elle qui se rappelait d'un homme au fait de sa noble mission, affable et haut en couleur. Aussi parvint-elle à taire l’embarras né de sa foucade, noyant avec grand-mal son dépit dans la douce saveur du miel.

Mais le souffle chaud de l'Olienne, comme transformé en délicieux zéphyr par la verdure environnante, eut tôt-fait de balayer ces préoccupations. Cette belle ville, toute de hauteur, lui promettait un séjour des plus agréables, à quoi bon alors l'entacher de la mémoire lointaine de l'Ivrey ? Qui lui même s’adonnait sans doutes aux nombreux plaisirs qu'offraient la régence, et ce sans injustement s'accabler du souvenir de sa conjointe. Non ; ce n'était bien là que l'amertume et le doute qu'invoquait la réunion de deux gens si mal séparés, et qui ne méritait qu'à être oubliée.

« La réputation de cette sorcière aux yeux bigarrés aura su traverser la mer et les frontières, soyez serein dans l'assurance que nul ne vous en tiendrait rigueur. » répondit-elle à mi-voix : « Le sang efface bien des choses, mais la magie sombre n'est pas d'icelles. Détrompez-vous cependant, la jeune duchesse et moi-même ne partageons aucun lien de parenté, si ce n'est la sorte que seuls les clercs daigneraient encore à se remémorer, après avoir lu quelque ouvrage vétuste. Non, je ne parlais là que d'une tendresse que je ne saurai expliquer, sinon peut-être celle d'une aînée envers sa consœur malmenée. À ma connaissance, certes restreinte, sa seule proche parente serait la duchesse Margot de Soltarii-Berontii, qui comme vous l'affirmez ne pourrait en rien prétendre au trône ducal. Vos souvenances m'évoquent toutefois une autre histoire, qui...non, en parler serait pour moi comme jeter un voile sur cette belle journée, aussi vous épargnerai-je ce terne conte que vous connaissez bien. Il appartient à un passé dont les seuls scribes ont désormais à se soucier. »

Il lui devenait de plus en plus apparent qu'elle connaissait bien mal ce sud, à l'allure languissante et austère, loin des déprédations qui pour la damoiselle prompt au jugement caractérisaient aussi bien l'Outremer que la Corne. Nul bruit, sinon celui du vent se jouant des feuilles d'un margousier, ne parvenait à ses oreilles. Longtemps elle promena son regard sur les rues et quais de cette grande ville, qui vue de haut donnait l'impression de baigner dans un rare silence, accueillant solennellement les galères aux voiles striées qui voguaient dans sa baie. Elle enviait bien au baron cette cité et son palais, cette quiétude à laquelle il s'était sans doute habitué. Puis la discussion reprit son cours naturel une fois que l'on eut bien profité de ce vin parfumé qui déjà entreprenait d’adoucir ses mœurs. La variole, triste et vaste sujet, n'était cependant pas de taille à atténuer ses ardeurs, la dame ayant en effet déjà connu la terrible affliction en son enfance. Le mal était fort heureusement vite passé, n'ayant guère eu l'occasion d'entacher la peau albâtre de la douce enfant, sauf pour une vilaine dépression au niveau de sa nuque qu'elle effleura machinalement. Or il était bien connu que, par la grâce des Dieux, la vérole ne frappait qu'une fois.

« Je ne vous cacherai pas avoir longtemps escomptée m'entretenir en bonne intelligence avec la dame une fois mon temps en pays Mervalois écoulé, rares sont donc les nouvelles susceptibles de m'en dissuader, » Sa mort...ou la peste noir, « votre compagnie illuminerait ce pourtant funèbre périple, et je ne puis que m'en féliciter. Il me serait toutefois insupportable de savoir votre santé mise en péril par mon obsession, aussi les plus grandes précautions devront être prises. »

Marquant une courte pause, elle écouta avec grande attention la réplique du baron, avant d'ajouter :

« Tous vous savent des plus attachés à notre brave roy, mais d'entendre telle dévotion de vive voix me réchauffe le cœur. » Une moue moqueuse se dessinant sur les lèvres mutines de la marquise à la mention du bon pays Sgardien, elle affirma : « Il y a bien longtemps que ces terres ne répondent plus à l'autorité du roy. Il ne me surprendrait guère de les savoir perdus au tournant du siècle, à la manière du prétendu royaume de Naelis. Bien plus inquiétantes sont les rumeurs en provenances de Serramire : le sang y coule à flots, par le fait du baron de Clairssac. Mon époux sera sous peu appelé à ce nord je le crains, laissant Eliam aux mains de conseillers qui comme vous le faite remarquer, n'inspirent guère la confiance. Onquemais ils n'abandonneront l'enfant, pas même à sa cousine, j'en ai l'intime conviction. »

Elle se tut sur ces mornes paroles, laissant finalement entendre au baron qu'elle prendrait grand plaisir à s'adonner en sa compagnie à quelques jeu de son choix, si temps il avait bien entendu, sans quoi elle ferait appel à sa mesnie ultérieurement. Puis, après longue réflexion, conclut simplement : « Et, si les jours sont fastes, ce sera là l'occasion de nous rendre ensemble à Diantra », ayant la bonne grâce d'y laisser poindre une interrogation.




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Cléophas d'Angleroy
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MessageSujet: Re: Où l'on retrouve le prud'homme Mervalois.   Dim 17 Mar 2013 - 16:01

Elle avait su rester lucide malgré tout. Il lui semblait revoir cette Arsinoé qu’il avait connue, cloîtrée dans son château, en temps de guerre et de pluie. Non. S’il est vrai que les enfants tirent aux femmes des élans de compassion, ceux de la Marquise avaient été vite restreints. Il était triste néanmoins que le nom d’Eulalie ait traversé les frontières lorsqu’elle ne faisait que les offrir sans grâce à ses ennemis. Le Baron eut un relent d’amertume dans la gorge, aussitôt tempéré par une gorgée de vin, la dernière pour ce que la carafe était désormais vide ; autant que son estomac trop peu attendri par la pulpe de quelques oranges. Il écouta avec grande attention ce que la Marquise avait à lui dire et acquiesçait légèrement de temps à autres et lorsqu’enfin les réflexions d’Arsinoé cessèrent, il respira, sourit et se leva d’un grand trait la coupe à la main.

« C’est donc décidé. Nous irons à Langehack. »

Ils burent tous les deux leurs coupes et Cléophas s’avança vers le bord de la terrasse enherbée. Il pensait. A de nombreuses choses, à de si nombreuses choses qu’il n’eut pas souhaiter en dévoiler la couleur. Il regardait le Nord et devinait au loin les monts qui le séparaient de Missède. Cela faisait longtemps qu'il n'avait eu de nouvelles de son voisin...à dire le vrai, il n'en avait jamais eues. Missède, pensa-t-il longtemps. Etait-elle comme Merval, cette terre qui se déroulait sous la menace des vents du Nord ? L'idée lui prit qu'il devrait la visiter, un jour. Mais il secoua la tête et se retourna, vers la Marquise qui était restée en retrait, assise et sans doute fatiguée de ces pourparlers dont on devinait la suite. Cléophas s’en rendit compte et légèrement désolé, il changea brusquement de sujet pour aborder des questions moins graves.

« Saviez-vous que Merval n’était qu’un village de pêcheurs ? Que dis-je village…quelques huttes de chaume et de pierre sur la plage. Du temps où notre royaume n’en était pas encore un et où les Pharétans étaient encore de l’autre côté de la mer. Et voyez aujourd’hui...je me demande parfois si le premier prince de Merval se doutait de ce que serait ce petit village de pêcheurs, cette halte le long des côtes encore sauvages. Ces jardins, qui n’étaient que de la roche et du lichen, ce palais, qui n’était rien, toute cette cité qui sortit de terre et trouva en la mer une douce voisine. Et pourtant…notre richesse est cachée des yeux de tous. Merval a longtemps été insignifiante pour ceux qui n’avaient aucun intérêt dans le commerce, jusqu’à l’arrivée de cette sorcière, qui eut néanmoins le mérite de montrer au monde que cette cité marchande avait des ressources derrière les murs de son arsenal. Et des ressources, elle en avait. Les alchimistes ne travaillèrent jamais autant que durant son court règne. Ils réussirent à créer un feu en grains, sec que vous pouviez prendre dans la main et répandre comme des cendres et qui à la moindre étincelle se serait embrasé avec plus de fracas que notre feu actuel. Mais nous avons préféré laisser cette formule dans l’oubli des souterrains. Nous nous consacrons à des choses moins…dangereuses, dirons-nous. D’ailleurs, ma bonne amie, si vous ressentez encore les fatigues de l’accouchement, n’hésitez pas à m’en faire part ; mes alchimistes ont assez de potions pour vous remettre en forme et vous faire vivre longtemps. Je vous dis cela, en ami, cela va de soi. »

Le Baron vit qu’Arsinoé sourit à cela et il lui proposa le bras une fois de plus. Un échanson qui était resté non loin se chargea vite de ramener les boissons et les calices dans les cuisines et quelques pages suivaient à deux pas derrière eux, les deux seigneurs qui déambulaient dans les jardins, à l’ombre des tours et des pruniers et, voyant les yeux de la Marquise se poser sur les coupoles de la cité, il lui proposa d’en faire une courte visite. Leur départ pour Langehack allait se faire dans la hâte et il aurait été triste qu’elle n’ait pu goûter ne serait-ce que des yeux, aux trésors cachés que recelait la ville. Arrivés dans la cour du Palais, ils prirent place dans un palanquin pourpre, assez grand pour accommoder cinq personnes et assez haut pour que l’on puisse être assis sans avoir à fléchir l’échine. Autour d’eux, les murs de la ville défilaient comme autant de panneaux que l’on fait se succéder lors des spectacles de saltimbanques ; les fenêtres bleues des maisons aisées et les portes rouges des temples mogarites serrés entre plusieurs maisons. Le dédale de rues laissait parfois entrevoir entre deux piliers d’une arche, le port et les navires qui y mouillaient ou encore les toiles du bazar qui débordait de ses halles. Le Baron l’eut bien emmené dans ces environs de la ville, mais la foule y était souvent nombreuse et les allées impraticables. Au lieu de cela, le convoi se dirigea vers l’hospice et ses murs austères, derrière lesquels dormaient veuves et orphelins. A la remarque d’Arsinoé, qui disait que les enfants devaient y être heureux le Baron sourit légèrement et pointa du doigt la colline au sommet de laquelle se dressait la tour des savoirs, la bibliothèque et sa fontaine. On supposait dans la ville, que c’était là que se situait l’entrée des souterrains où les alchimistes travaillaient à des projets ombreux et tenus secrets. Le Baron, de toute évidence, n’accorda aucun crédit à ces divagations de rue mais laissa planer comme à son habitude, une once de doute. Le Soleil avait baissé dans le ciel et la chaleur se dissipa légèrement avec lui, rendant l’après-midi agréable. Le peuple, qui avait reconnu les couleurs du Baron, criait des vivats et agitaient la main, tandis que les femmes se demandaient avec insistance qui se tenait à ses côtés. Arrivés près de l’arsenal, ils descendirent du palanquin et se promenèrent entre les squelettes des galères et des caravelles et ils descendirent les quelques marches qui menaient à une petite plage en contrebas des murs. Le ciel déjà prenait ses couleurs d’aquarelle et le Baron, apaisé, adressa quelques mots à son amie.

« Parfois, je me demande ce qui a poussé l’Eulalolle à aller vers Nelen. Je me pose les mêmes questions au sujet de cet Arétan voulant vous voler votre trône et bien que je sache que le pouvoir et l’ambition chatouillent les estomacs des ardents ; j’ai du mal à comprendre certaines actions dénuées de sens. Ce Clairssac, me disiez-vous, nous sommes d’accord que ce fut ce jeune homme qui traînait dans les parages du comte d’Odélian, le Baron d’Etherna ? J’entends qu’il veuille retrouver son indépendance, mais dans ce cas pourquoi courir vers Serramire ? Et cet homme qui se prétend terrible mais qu’au Consistoire on appelle le Benêt et qui persiste dans sa folie de briser Oesgärd plus qu’elle ne l’est déjà…Je me demanderais toujours ce qui pousse ces hommes-là à faire ce qu’ils font, outre la volonté de rester dans les mémoires. Notre péninsule se relève à peine de ses blessures d’Alonna et n’aspire plus qu’au petit bonheur plat de se reposer mais…Enfin. Je ne sais pas vraiment pourquoi je vous raconte tout cela. Des séquelles du Nord, sans doute et de sa drôle de guerre. Mais, voilà que j’y réfléchis et que je me rends compte que la triste disparition de Clélia, puissent les Dieux lui pardonner ses fautes, fait de vous la dame d’Olysséa. Je ne m’en rends compte que tardivement, j’avais l’esprit occupé ces derniers temps. Mais le Soleil nous fait défaut, nous ferions mieux de rentrer au Palais avant qu’il ne fasse nuit sombre. »

Ils reprirent tous deux la route du Palais, dans le crépuscule et son ambiance particulière, chacune des tavernes allumant ses chandelles, chacune des échoppes verrouillant ses fenêtres ; et chaque femme ou homme ou enfant retrouvant le chemin de sa maisonnée. Les cloches ne tardèrent point à sonner la montée de la Lune et lorsqu’ils arrivèrent au Palais et qu’ils gravirent le chemin silencieux menant à ses portes, ils virent le grand phare s’embraser lentement au rythme du flux et reflux d’une Olienne couleur d’encre. La vision était splendide. Une fois entrés dans les salles d’apparat, ils découvrirent la suite hétéroclite de la Marquise et celle du Baron unies autour de grandes tablées. Les trouvères chantaient la victoire de la dame berthildoise aux oreilles mervaloises, et la salle marbrée résonnait du son des luths et des archiluths ; des rires et de la viande braisant sur le feu. Le Baron jugea nécessaire de glisser un mot subtil à son hôtesse.

« J’ai fait donner un banquet pour votre arrivée. Il ne sera pas long ; et mes physiciens sont à portée d’appel. »

Les deux sourirent et s’attablèrent au bout de la salle, entourés des hauts membres du palais et des dignitaires de la cité. Cléophas, content et buvant un verre de vin noir, les présenta à la Marquise qui semblait plutôt se soucier des voltes et virevoltes des saltimbanques et des quelques enfants qui couraient entre les colonnes que de l’administration compliquée du Palais mervalois et de ses noms aux sonorités oubliées. Elle ne fit peu cas du Grand Pappias et des membres du Consistoire ; du Chartulaire et de ses secrétaires ; et réserva aux dignitaires de la cité un accueil chaleureux sans pour autant se laisser aller à de longues discussions avec eux. Phorbas, qui dirigeait la corporation des tisserands –qui était l’une des plus puissantes de Merval- ne sembla pas insensible au charme naturel de la Marquise et ne cessa pas de lui adresser ses compliments, qui ne manquaient pas d’une certaine maladresse. Lorsqu’il s’en rendit compte, le Baron ne manqua pas de lui lancer un regard assez sévère pour qu’il ne dit plus mot de la soirée. Au milieu du banquet, lorsqu’ils entamèrent une tourte aux prunes et à l’agneau, un mystère fut donné relatant une fois de plus les exploits de la dame Arsinoé, représentée sous les traits d’une Lune aux rayons d’argent terrassant de son pied un renard à la queue grande longue et grande touffue qu’il tenait entre ses jambes. La louve olysséanne quant à elle était peinte en train de croquer ses enfants ; mais la bonne Arsinoé vint sauver de ses griffes le pauvre Yvain. A cette vue, Cléophas rit fort, pour la première fois depuis bien longtemps et lança un regard de connivence à sa voisine, manifestement apaisée par la fin heureuse de cet épisode tragique ; et Cléophas de lui dire, rieur.

« Cette troupe doit avoir de très grandes oreilles ou esprit grandement devin. »

Ils continuèrent de boire et de festoyer et ils finirent sur des fruits confits dans un vin sombre et fort et continuèrent de parler jusqu’à ce que la Lune fut haute dans le Ciel. Après cela, la Marquise, fatiguée se retira et le Baron mit fin au banquet et la mena jusque dans ses appartements, de l'autre côté de l'allée palatine, dans un petit palais réservé aux hôtes. Là elle put se reposer, une armée de physiciens placés à sa porte au cas où quelque douleur la prendrait. Cléophas, lui, rejoignit ses appartements au sommet du Palais alors que le bruit des luths résonnait encore entre les voûtes et s’attablant à la lumière faiblarde d’une bougie, il se saisit d'une plume, la tailla brièvement et écrivit à la Duchesse.

« Votre Grâce,
Nous sommes conscient des difficultés au travers desquelles vous cheminez à ce moment même et nous ne parvenons à trouver le sommeil à la pensée que vous souffrez là où nous serions serein. A la lumière de cette réflexion, nous avons décidé de venir vous rendre une visite amicale afin de prendre état de votre santé fragilisée et de la situation en Langehack. Notre voyage sera court et nous devrions vous retrouver une journée après que cette lettre vous soit parvenue. Nous serons aussi accompagnés par la dame Arsinoé-victorieuse ; Marquise de Sainte-Berthilde et désormais épouse du Régent, vous l’aurez peut-être entendu. Elle est aussi soucieuse que nous quant à votre état et son instinct de mère la pousse sans doute à venir s’assurer de votre bonne santé. Nous espérons, par cette visite, faire taire les rumeurs sordides qui courent à votre propos et réassurer au royaume que la Duchesse de Langehack est encore celle-là qui terrassa les complots lors de son accession. Ne prenez guère la peine de jeter quelque festivité pour nous, nous nous contenterons de vous savoir en bonne forme.
Votre serviteur très dévoué,
Cléophas d’Angleroy, Baron de Merval et seigneur de Corvall. »

Un esprit grandement devin - murmura-t-il. Un page vint prendre la lettre cachetée du sceau pourpre et dans la nuit, le Baron vit un pigeon prendre son envol. Il se doutait que la Marquise devait déjà être endormie à l’heure qu’il était, pourtant il écrivit quelques mots sur un parchemin qu’il lui fit délivrer, au cas-où elle serait encore éveillée. Là, entre les plis de la peau, on pouvait deviner sa réponse quant à la question de Diantra.


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MessageSujet: Re: Où l'on retrouve le prud'homme Mervalois.   Ven 29 Mar 2013 - 19:10

Morphée demeurait insaisissable, lui échappant d'un sursaut dès lors qu'elle sentait son esprit s'abandonner à son étreinte. Non-pas que les troubles de la nuit lui fussent inconnus, rares étant les mois où elle n'avait enflammé de cierge en l'honneur de la divinité obscure, qui avait bien vite gagné grande faveur auprès de la dame en exil ; il n'y avait en effet guère de trouble qu'une offrande parfumée à son autel assortie de quelques graines d'œillette noire n'aurait jadis su assoupir. Hélas, son influence s'estompait avec l'Olienne, il serait donc surprenant de trouver ici quelconque trace de son existence, et plus encore dans les quartiers qu'on lui avait réserve pour la nuitée ; assez cossu pour accueillir un roy. Les savants hommes menant une veillée non loin seraient sans doute apte à lui confectionner un puissant somnifère, mais elle ne souhaitait guère inquiéter davantage leur baron qui s'était déjà montré bien sensible aux maux de l’enfantement ; assez pour, par moments, irriter la fièrette.

C'est donc par frivole vanité que la dame gisait là, se ressassant les événements de la journée. Chose qui toutefois n'était nullement superflue, ayant entendu et vu plus en ces quelques heures que depuis...fort longtemps. Une pale lueur filtrait au travers la maigre fente dans le mur de la chambrée, au travers un tissu de lin, et illuminait le vaste lit qui n'était assurément pour rien à son insomnie. Trois lés..non quatre, plus qu'assez pour accommoder la marquise et sa douce amie, la damoiselle Mélisande de Sillé, qui par sa profonde respiration rythmait les songes de sa dame. Songes qui dans la plus grande anarchie sautaient entres ses innombrables préoccupations, son esprit malade tâtonnant, rêvassant et s'extasiant devant la superbe fresque qu'était son existence.

Le bruissement de pas feutrés, et la porte s’entrouvrit délicatement, la forme d'un membre s'introduisant assez longtemps pour y déposer un objet qui aussitôt attisa sa curiosité. Aussi se leva t-elle, bien aise d'avoir trouvée à s'occuper, et après avoir prit garde de ne pas manquer le marche-pied, traversa prestement la pièce. Au contact du parchemin de bonne facture, elle aurait voulu appeler ce jeune escuyer qu'elle avait vu préparer couchette aux pieds de la porte, le questionner au sujet de la venue de cette missive tardive. Mais couverte d'une seule chainse, et n'ayant souvenance du patronyme du jeunot, elle se trouva confrontée à une énigme qui eut raison de son intelligence engourdie. Dépitée, elle porta le papier à la fenêtre, entreprenant de le déchiffrer à la lumière de l'astre nocturne, fort heureusement non loin de son zénith. Une fois ces qu'elle eut parcouru ces quelques lignes, à la fois troublantes et porteuses d’espoir - et ouï les bon mots les de sa confidente qui, sensible, avait ressenti sa détresse -, le sommeil vint aisément, marquant la fin de cette étrange journée.

L'usage dictait qu'un voyage devait être entreprit de bon matin afin d'éviter d’être rattrapé par la nuit et ses dangers. Un précepte s'appliquant au seigneur tout autant qu'au pèlerin, aussi les compagnies de nos deux nobles gens s'attroupaient déjà dans la haute-cour du Porphyrion à la levé du soleil, les pages multipliant les vas-et-viens, chargeant le dos des montures de tout ce qui était indispensables à une telle entreprise. On ne pouvait dire que la chose donnait dans l'ouaté, assez cependant pour ne pas tirer la dame enfin assoupie de ses rêveries. Et si certains eurent la notion de l'aviser de de l'inconvenance qu'elle occasionnait, ainsi que le courage de l'actionner, ils déchantèrent vite à la vue des reîtres assurant la protection du sérail. Des parangons de galanterie, menés par le sieur Benfred deux-gueules qui plein de bon sens expliquait à ses compagnons que « La petite dame, bien éprouvée par la débilité de us du pays et des jean-foutre le peuplant, jouit-là d'un repos des plus mérités. »

Un constat qui, quoique délicieusement truculent, ne faisait qu’effleurer la vérité. Derrière les battants ouvragés du petit palais, derrière le vestibule où patientaient quelques clercs et autres lettrés, l'Olyssea était toute occupée à combler une fringale peu coutumière. De sa petite fourche - instrument délicat dont elle s'était entichée en terre orientale - elle dégustait avec délectation quelques écrevisses pimentées, un appât de la côte langecine tout désigné pour ce jour de jeûne. Et lorsque sa confidente s'enquit au sujet du garçon Yvain, de la justesse d'impliquer de la sorte ce baron suderon que l'on disait avant tout fidèle à la cause du roy, la dame répondit avec préciosité que : « Le sire de Corvall n'est pas de ces plaisantins enclins aux minauderies. Si je puis user de mon bon droit pour promouvoir sa cause, sa fidélité me sera bien acquise. » Ce n'était cependant pas là l'étendue des délicatesses que se réservait l'intéressante ; sa crinière or devant encore être longuement brossée, et sa peau rehaussée de poudres parfumées. Elle aurait sans doute osé le bain, si seulement la chose ne nécessitait pas l’apport de domestiques qu'elle ne saurait voir. Restait alors à enfiler sa robe de voyage, exquise confection ocre et sinople qui avait jadis assisté aux roueries du goupil.

C'est donc préservée de cet ultime affront que la compagnie vit surgir la damoiselle à une heure déjà fort avancée. Le seigneur d'Angleroy rejoignit sous peu la cour, ayant sans doute patienté loin des affres du soleil, et l'heure fut au départ. La ville grouillait de vie, et les hardis cavaliers de l'Atral ne cachèrent pas leur désir de disperser ces manants au teint basané ; une tâche dont la soldatesque Mervaloise s’acquitta honorablement. On dépassa tour à tour l'étrange muraille rose qui cernait le port, puis ses vastes faubourgs, pour obliquer vers l'est et le nord en s’enfonçant dans une terre de champs des plus anodines. Le périple se prolongea ainsi de nombreuses heures durant, près de deux centaines de figures montés occupant toute la largeur de la route pavée. Ce n'était pas là une procession solennelle, la compagnie hétéroclite, suivant l'exemple de ses suzerains, profitant de ce temps pour nouer quelques liens.

Arsinoé, lorsqu'elle ne servait pas d'audience aux bons mots du griffon, papillonnait entre les diverses nobles gens de la troupe, laissant libre cour à sa bonne humeur. Puis, lorsque le soleil était bien bas dans le ciel lapis, on pu distinguer au loin les courbes de Corvall, et avec elles le pays langecin. Aux prises d'une notion à la fois nouvelle et vétuste, elle s'approcha du baron et lui laissa entendre entre deux rires qu'elle avait une seconde faveur à lui quémander, soit que «...mon fils légitime Adrien, fruit d'une première union avec le feu Geoffroy de Richecour, est de cet âge où l'amour d'une mère et la tendresse d'une nourrice ne suffisent plus à assurer un sain développement. Les dieux firent qu'il naquit loin de son pays, sans jamais connaître son père , aussi me semble t-il bon d'éloigner l'enfant de ce nord qui voit en lui tout ce qu'il n'est pas. Que vous l’accueilliez dans votre mesnie en tant que page serait donc pour moi d'un grand réconfort.. » Bien consciente du manque de rigueur de ses propos, elle ne rougit toutefois pas ; l'inquiétude d'une mère excusait bien des choses.
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Où l'on retrouve le prud'homme Mervalois.
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