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 Où l'on s'acquiert des piques. [Arsinoé, Sigmund]

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Hans
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MessageSujet: Où l'on s'acquiert des piques. [Arsinoé, Sigmund]   Ven 5 Juil 2013 - 23:14

L'hôtel de Pharem, que l'on appelait également l'hôtel des Isles, fourmillait d'une singulière activité, alors que le deuil avait plongé la capitale dans la torpeur, deux jours après l'aussi énigmatique que terrifiant Œil bleu se soit abattu sur les offices magistériennes. En commerce, l'occasion est tout, et il n'était pas un marchand pour dénigrer les opportunités proposées dans cette altière bâtisse. Car il faut s’appesantir sur cet auguste logis : construit sur les deniers du malheureux Guillaume de Pharembourg, l'hôtel éponyme avait longtemps pâti de la réputation exécrable de ses propriétaires. On s'y racontait par le temps que le fils renégat du comte y avait trouvé la mort, écrasé sous une voûte chancelante. Échu à la dame des Isles, June, il avait été incendié dans la mise à sac de Diantra, avant d'être mis aux enchères. L'édifice s'était ainsi retrouvé en la possession de Robert Valespin, armateur distingué de Berdes et homme d'affaire courtois, dont la mort peu après acheva d'ancrer dans l'imaginaire diantrais qu'une malédiction avait frappé ces belles pierres. Il n'en avait guère fallu plus à Anseric pour l'acheter, lors de son arrivée à la capitale.

Les prédispositions démoniaques des pierres n'avaient guère entache leur taille des plus commode, ni leurs moulues distinguées. Il était disposé "à la pharétane", comme on dit, pourvu en son centre d'une fort coquète cour cloitrée, autour de laquelle se disposaient de menues arcades louées aux marchands. Là où dans le temps, ces dispositifs se contenaient sur la rue, Anseric avait décidé que chacune des arcades s'ouvrirait sur son calme cloître, d'où émanait désormais un brouaha mercantile infernal. On y trouvait pêle-mêle des courtiers de la compagnie du Ponant, de celle des Trois Saisons, et des négociants indépendants, hurlant à qui mieux mieux les prix toujours plus hauts sur les ventes venues de Sârdar. En quelques mois, l'afflux de ce nouvel eldorado avait pour ainsi dire submergé le commerce péninsulaire, et pour ceux qui s'en étaient saisi à temps (cela valait le plus souvent pour les soltariis), cela semblait être une manne inépuisable.

Mais l'heure n'est pas au commerce! il convient de laisser la cour pour gagner l'étage noble, où nous retrouvons le bon Anseric. Dans un salon dont la loggia originelle donnait autrefois sur la rue, et dont on avait cloisonné les ouvertures avec des persiennes estréventines, Hans, ou plutôt l'infâme d'Argoth, donnait réception. La chère était aussi maigre que le permettait l'horaire ; ainsi, à onze heures du matin, on s'était modestement attaqué à un cochon de lait, dont l'apparence dodue et ruisselante de miel ne laissait guère présager de son sort. Il fallait reconnaître à cet effet que les estomacs de ces messieurs savait recevoir la mangeaille comme Anseric savait recevoir ses invité : copieusement.

Autour de la table se disposait ainsi Quibius Rifle-Coquin, hardi capiston des milices heldiroises, dont le plaid chatoyant avait suscité l'admiration des merciers dans la cour ; à sa droite se tenait Auric Arde-Gazelle, un reître scylléen dont le goût pour les anguilles au verjus trahissait le bon goût. Seul parmi ce saisissant paysage de fins gourmets demeurait Bilbedert le Pieux, dont la frugalité proverbiale ne manquait pas d'effarer les convives. Il était connu pour sa stricte mesure, laquelle le gardait infailliblement des pires excès : ne consommant jamais de viandes après le lever du soleil, ce prude capitaine d'ordonnance remplissait son ventre de liquide à la carafe même. Cette probe coterie était complétée par le légendaire Sigmund, dont le froc passager avait fort heureusement cédé la place à un habit de meilleur aloi. La mesnie récipiendaire du Baudrier d'Argent aurait pu un instant faire pâlir Anseric de pudeur, s'il ne se savait avoir été plus hardi que ces hardis, plus braves que ces braves. En ce moment il causait catapulte avec Quibius.

La discussion put continuer des heures, les sujets ne manquant pas ; on avait disserté longuement autour d'un plat d'ortolans sur le devenir du royaume, et la place des bonnes compagnies d'Aetius, les convergences ne manquant guère entre pareil prud'hommes. Néanmoins, il vint un temps où la discussion cessa ; se présentait à la porte Estienne de Sillé, lequel mandait au nom d'Arsinoé que le bon d'Argoth gagnât le logis royal. La rencontre ne semblait guère plus à propos pour la coterie, laquelle fit mouvement d'un seul bloc! Quelle ne fut pas la surprise en voyant sortir du salon ceux qu'il avait été chargé de trouver ci-après.

"Je gage que notre dame saura nous accueillir moins chichement que j'y ai été contraints, messieurs." conclut Hans emportant avec lui la carafe de Hautval.


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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Où l'on s'acquiert des piques. [Arsinoé, Sigmund]   Dim 7 Juil 2013 - 16:59


    Le cadran solaire ne s'était pas écoulé que dame se trouvait aux prises d'un âpre ennui. Souffrant adès et à son insu de cette désolation de l’âme que l'on nomme l'acédie, elle s’accommodait bien mal des exigences de ce deuil inopiné et solitaire. Non pas qu'elle fut jamais véritablement laissée à ses propres moyens ; jouant d'Alquerques en compagnie de son amie la dame Mélisande entrementes que le tout aviné messire Jean lui contait un récit à parts égales de cochoncetés et de prêches. Rien n'y faisait. Si bien que la venue prochaine et questionnement subséquent du larron d'Argoth, qu'elle aurait jadis ressoigné tant l'homme était de mauvais aloi, attisait chez elles de violentes et fougueuses ardeurs.

    C'est là qu'un varlet s'infiltra dans la chambrée, lui portant chichement une nouvelle qui eut l'effet d'une douche froide : L'Argoth venait comme elle le lui avait mandé ouy, mais son nom fut suivi par nombres d'autres qu'elle reconnut pour ceux d'aucuns grands capitaines et doyens des compagnies royales et même des Baudriers du palais. Prise au dépourvu, l'effarouchée s'avisa et une fois apprêtée comme il seyait se rendit au cloître, où elle recevrait ces nobles gens sans manquements à la vigile des morts qu'elle tenait. S'activant comme elle le put afin de ne pas être devancée, elle y parvint haletante et empourprée, entreprenant lors de se tempérer devant l'idole de la plus terrible des divinités, l'honorant de ses lèvres mais au cœur lointain. Elle s'imaginait plutôt les secrets et convenants que ses hôtes avaient devisé tantôt - et ce avant même que l'on ai dévoilé les bières des défunts.

    Elle se redressa lorsque on put entendre la coterie s'approcher, déambulant le pas lourd. Drapée d'une ample houppelande d'argent aux manches perthuisées - son visage cerné d'un voile chaste et diaphane sur lequel trônait un chapelet de perles - la dame toute de blanc vêtue s’avança pudiquement à leur encontre. « Sires, par Dieux, dont venez vous ? » s'enquit-elle à voix basse de peur de troubler le temple séculaire. Et puis, lorsqu'ils rétorquèrent que ce n'était là que l’œuvre de sa propre volonté, se fendit d'un soupir de contrition : « Oyez messires, je n'ai point souvenances de vous avoir fait mander si temprement et debilement. Ne me prêtez nul vilain pensement ; j'ai le cuer marri, et dois être triste et pensive. Hélas ! Je mendie d'espérance, et peutestre que ma peine ne m'abuse. » Marquant une pause, elle ajouta alors : «  Aetius vous disait de ceux qui sont biens et loyaux...si pitié vous en prent, et qu'il vous plaît de me solacier, dépriez céans à jointes mains le firmament, qu'il guide droitement le roy et son plus fidèle serviteur. »
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MessageSujet: Re: Où l'on s'acquiert des piques. [Arsinoé, Sigmund]   Lun 8 Juil 2013 - 23:34

L'état de la veuve ne manqua pas de frapper Anseric, quand il la découvrit rubiconde et soufflante. Son phrasé incohérent le surprit de prime abord, avant qu'il ne le s'explique par une raison évidente : Arsinoé était manifestement ivre. La douleur du deuil devait être trop grande pour être supportée par une âme sobre, et dès lors le factotum ne se lassa pas de guetter un flacon derrière l'autel.

"Madame, je sais que le... il s'étouffa, chagrin vous accable, mais de grâce, gardez vos esprit. La perte de feu votre mari vous a-t-elle fait seulement oublié qu'à ses côtés œuvraient une coterie volontaire ? Je suis un homme d'action, madame, et non de prière, aussi j'ai pris les devants pour mieux vous laisser vous consacrer au deuil. Ces sires que voila, vous le savez vous même, sont entièrement dévoués au royaume."

C'était une chose vraie et fausse à la foi. Il ne s'agissait en effet non pas des âmes damnées d'Aetius, les Prestespée, des Isles et La Jaille, qu'avait invité Anseric, mais bien les routiers en tout genre, s'étant greffé autour de l'armée du régent, et pas de sa personne. La nuance était subtile, et elle se traduisait de la sorte : ces gens étaient attachés au royaume, qui les nourrissait et assurait leur fortune... qu'importe celui portant la couronne! Le sourire bienveillant du bon D'Argoth se gardait bien d'exprimer la différence.

"Il serait inconvenant de vous demander de l'intérêt pour la chose guerrière, quand vous n'aspirez qu'à la prière pour la salut de l'âme de votre époux, aussi laissez nous entreprendre le nécessaire pour assurer la sécurité de ses funérailles, et vous pourrez communier... de tout votre saoul." Conclut il, jamais avare d'un jeu de mot, quand même lui seul pouvait le comprendre.

S'inclinant avec élégance, il céda la place à l’inénarrable Sigmund, et à ses compères.



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MessageSujet: Re: Où l'on s'acquiert des piques. [Arsinoé, Sigmund]   Ven 12 Juil 2013 - 22:34

Quelques mois après la sauverie de Diantra menée par l’habile Ivrey, Sigmund festoyait bien souvent  avec ses compagnons, rigolant bruyamment pour en oublier la blessure que lui avait infligé le perfide mage du roi aveugle. Un sombre sortilège qui, à l’aide de son propre couteau, avait infecté l’œil droit du capitaine par la cécité même du saignant monarque. Sa peau n’avait gardé nulle trace de l’agression, mais son œil transpercé par la lame aiguisée avait rapidement noirci, laissant des flots troubles d’un pus odorant couler comme des larmes à travers le cache-œil qu’il avait adopté. Ces poisseux sanglots – les premiers qu’on lui vit – séchaient sur son visage, formant des croûtes jaunâtres dans ses enviables pilosités.

Sur les conseils de l’Arde-Gazelle, soucieux de l’image du capitaine depuis qu’il avait rejoint les hautes sphères du royaume, Sigmund rasa barbe et moustache, ne gardant comme poils que cheveux et favoris. Ainsi il pouvait facilement se débarbouiller en grattant les traînées durcies sans souffrir qu’elles soient entremêlées dans quelques zones velues. Néanmoins, l’agreste n’était pas des plus satisfait. Outre la douleur qui continuait de le torturer comme si le mage continuait de triturer la plaie de ses doigts osseux, il se sentait mal à l’aide depuis qu’on l’avait amputé de la toison qui ornait joues et menton de son visage, ne retrouvant pas grand-chose de l’impétueux capitaine au Pied d’Airain qu’il était autrefois dans le reflet des miroirs.

Il fit alors la connaissance d’un homme de foi, un prêtre des ordres dont les prières surent toucher les Dieux et ramener à la vie l’œil mort du brave chevalier. Face à ce miracle, cette magie pieuse bien plus vertueuse que les sorts païens du vil Nakor, Sigmund sembla revivre. Ses amis le félicitèrent, et Bilbedert suggéra à Sigmund qu’il se consacre un peu plus aux choses de la religion pour remercier ses divins bienfaiteurs. Notre héros le prit au mot, et ne faisant jamais les choses à moitié, abandonna sa cuirasse pour l’habit des religieux, et entra dans un ordre monastique des plus pieux.

Après quelques longs mois, il lui sembla que la vie de ces gens était incroyablement ennuyeuse et limitée. Il pensait en effet que religion et plaisir devaient aller de concert et décida d’ajouter quelques joies aux rites de rigueur. Ainsi, avec son complice Bernard – un gaillard qu’on avait promis aux ordres dès la naissance et qui désespérait de ne jamais en sortir – il prit une astucieuse initiative.
Il se procura une carafe bien remplie de vin. Il la boucha à l’aide d’un chiffon, assez lâche pour laisser passer un filet du précieux breuvage sans que la carafe ne se vide en quelques secondes. Il cacha le tout à l’envers dans un reliquaire, et avec une mise en scène des plus remarquables s’écria un jour :

« Par les Cinq ! La Sainte Rotule de Rubicond jute rouge ! Il nous offre son sang ! »

Le miracle était là, et il devînt bientôt coutumes de boire le sang béni du Saint bougre dont Sigmund ou son compère changeaient la bouteille chaque soir, ou presque.
Le stratagème dura un temps, jusqu’à ce qu’un verre de trop en compagnie de ses fournisseur ne rende son esprit confus et le pousse à cacher une carafe de vin blanc dans la divine cachette. Il va sans dire que l’étonnement fut grand quand le saint saigna jaune. Un rigolo suggéra que le saint avait fini de saigner et ne pouvait qu’uriner. Loin d’apprécier l’offrande, les gens froncèrent les sourcils et le reliquaire fut ouvert, dévoilant la tromperie.
Sigmund dénonça aussitôt Bernard, s’indignant du stratagème qu’il avait mis en place pour dépraver le lieu de dévotion qui l’avait recueilli et prit l’initiative d’aller en rendre compte aux plus grandes autorités du royaume.

C’est sûr la route de Diantra qu’il fit la connaissance du bon Hans qui lui conta comment le régent avait disparu dans une gigantesque orbe bleuté dans les hauteurs de la capitale. Ensemble, ils rallièrent Diantra où Sigmund présenta à son nouvel ami ses compagnons baudriers. « Le Destin ! » Songeait le Wandrand. Les Dieux l’avaient guidé hors de sa retraite pour qu’il aille porter soutien à la couronne.

Après une soirée des mieux engagée, on s’en alla visiter la veuve du comte qui les accueillit avec de nombreux mots compliqués dont le sens échappait encore à Sigmund après les quelques années qu’il avait passé sur la Péninsule. Aussi se contenta-t-il d’arborer un large sourire à l’émail jauni tandis qu’Hans faisait présentation.

Quand ce fut son tour il s’avança cependant, s’inclina aussi bas que sa grasse bedaine lui permettait et lança de sa voix crasseuse :

« Aetius était un grand homme ! À défaut de pouvoir encore servir sa personne, nous servirons le royaume son nom ! »

Car avant de devenir un protecteur du royaume, Sigmund avait été un capitaine d’Aetius. Et si Hans savait habilement distinguer les deux, pour notre homme il s’agissait d’une seule et même cause au point qu’il ne surpris même pas la subtilité dans le discours qui précéda le sien.
Il garda la bouche ouverte quelques secondes cherchant quelques mots de plus, mais jugea finalement que si elle restait brève, sa tirade n’en serait que plus intense. Satisfait, il arbora un sourire suffisant et se recula pour présenter un à un les baudriers qui les accompagnaient.
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Où l'on s'acquiert des piques. [Arsinoé, Sigmund]   Dim 14 Juil 2013 - 19:10


    Regraciant de bonne grâce l’infâme d'Argoth, sans jamais perdre de vue la lueur carnassière qu'elle croyait déceler en son regard, Arsinoé se tourna lors tour à tour vers chacun des capitaines doublés d'arsouilles dont il s'était entouré. Méchamment vêtus de plaids, gambisons et autres haillons, ces gens sentaient fort la carne et la salaison, puanteur assumée à laquelle elle imputait cette réticence à rejoindre l'oratoire, autel privé qu'elle avait un temps partagé avec Aetius. Un sentiment niais qui en augurait d'autres, lorsque vint le tour de l'agreste grobis qu'était le doyen des Baudriers. Au sourire franc et vrai de ce légendaire capitaine, qu'elle peinait à imaginer drapé d'une coule et soumis à l'ascèse, la dame répondit volontiers et toute pleine d'indulgence. Gentille façade qui se fissura à mesure qu'un silence malaisé s'installait, l'exorde du chevalier nordique ne donnant sur rien. Elle rétorqua finalement, aussi chaudement qu'elle le put :

    « Doux sire, l'Ivrey a de tout temps tenu à la primauté des intérêts de ce royaume dont il a hérité de la garde sans onc la désirer. Et si nul n'en attendait moins d'un à si fort honneur, il fait bon de vous entendre dire pareillement. Si il vous plaît, il me viendrait à grande aisance de savoir que le garçonnet que j'ai d'Aetius, Bohémond, fasse céans l'objet des bons soins de votre ordre. »

    Puis la triste procession reprit son cour, jusqu'à ce que chacun ait rendu hommage à leur ami et compagnon trépassé. Si l'Argoth avait seulement souhaité faire montre du grand nombre et bel arroy de ses commensaux, c'était chose faite. La surprise était de taille, et bien peu au goût de la marquise, qui ne parvenait à chasser l'idée que ce sombre inconnu lui voulait quelque malheur et préparait une fâcheuse esclandre. Ce n'est que lorsqu'il semblait que l'audience allait toucher à sa fin, que la sémillante coterie se préparait à tirer sa révérence en vue de s'acoquiner plus acertement encore, qu'elle se décida enfin à prendre les devants en s'adressant à tous :

    « Si je puis m'en remettre à votre dévotion lorsqu'il vient temps d'apaiser Diantra et de sauvegarder cette royauté palimpseste, mon deuil ne saurait me soustraire de l'obligation qu'implique tel service, ou faire taire les projets que portait à vos égards mon seigneur regretté, et dont – aussi probe que généreux – il me tenu dans le seul secret. M'étant toujours efforcée d’être une digne épouse, je ne manquerai pas d'accomplir cette volonté, que j'entreprendrai de vous dévoiler en un lieu moins austère. »

    C'est ainsi qu'elle les mena à la haute maison qu'elle avait occupé avec sa suite au lendemain du désastre, séparée du temple par une aile du palais royal. On les accueillit dans la salle, vaste étendue carrée et richement lambrissée où l'on fit poser une longue table près de l’âtre, Arsinoé mandant au chambellan qui manda aux cuisines d'y faire parvenir foison de mangeaille. Les quelques damoiselles et sires de la maisnie vinrent au secours de leur maîtresse, divertissant les estranges et ébaudissant les cœurs. On réveilla aussi les ménestrels de leur sieste, mais pas le trouvère, qu'ils jouent liement de leurs instruments. On y trouvait même Grelots, le fou de l'Ivrey, aux brocards qui hélas avaient perdu de leur piquant avec le décès de son patron. Attablée en face de Sigmund, qui n'avait rien d'un fat, Arsinoé s'enquit sur un sujet qui, sans tenir du secret covenant, était néanmoins d'une nature délicate.

    « Vous ne serez pas sans savoir, bel ami, que la sorcellerie de l'Arcanum est tenue comme responsable du meurtre du roy, sa sœur et son régent. Le maître de cette ignoble coterie, Ascilin, confirma son appétence pour le sang et le stupre lorsqu'il tenta de fuir. Le goétique, pour mage qu'il soit, fut néanmoins capturé par le bon d'Argoth ci-présent, qui fut chargé de le remettre à la sainte justice. J'eus tantôt pour projet de noyer mon angoisse en le voyant claquemuré, et peut-être assister à sa confession ; hélas, le geôlier du chastel m'assura n'avoir jamais détenu le maléfique... Or, qui serait plus à même de retrouver sa trace que les Baudriers d'Argents ? »


    Et puis, se tournant vers celui qui lui était adextré, ajouta innocemment:

    « À moins que vous ne l'ayez entreposé autre part messire d'Argoth ? »
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MessageSujet: Re: Où l'on s'acquiert des piques. [Arsinoé, Sigmund]   Dim 14 Juil 2013 - 22:46

Tandis que trop heureux de renouer avec ses passions passées il devisait harnois et sellerie avec l'olivâtre Quibius Rifle-Coquin, Anseric gardait son oreille gauche grande ouverte. Aussi, lorsqu'il fut appelé à répondre ce fut sans ambages : "Il a commencé son long calvaire en quémandent parmi les frères loqueteux de Saint-Mercatouille, madame! Ce matin même il tendait la main en bas de mon hôtel, le mendigot! J'ambitionne de le malmener ainsi et des plus sournoises manières jusqu'à ce qu'il devienne fol et avoue toutes les mauvaisetés qu'il a commis depuis qu'il a vu le jour, énonça-t-il satisfait, aussi pardonnez messire Sigmund que j'entreprisse de vous le soustraire ainsi. Il ne sera point dit que j'ai refusé un ennemi du roy à ses fidèles baudriers!"

Assurés d'avoir fait montre d'une sollicitude suffisante, Anseric reprit derechef sa discussion prosaïque sur les catapultes, ajoutant laconiquement "Si tu n'as pas, allez, deux, trois catapultes, cela sera serré." tands que Quibius, ignare de ces mécaniques savantes, opinait docilement. Néanmoins s'il devisait doctement poliorcétique, l'infâme d'Argoth marinait de ses méninges les déclarations de la veuve : quelles sourdes menées l'Ivrey avait il caché à ses expédients pour mieux les révéler à sa femme ? Tâchant de tromper son impatience, Anseric se reporta sur Sigmund.

"Voyez vous messire, je ne crains que le Grand Chancelier ne perde un de ces sorciers, dans ces caves où il les a rangés. Car ils ne sont pas sot, et c'est là qu'il faut ruser. Ils font fondre la pierre d'un clin d’œil, et changent le fer en eau ; une prison ne saurait le tenir au secret. Mais que peuvent ils face à la foule ? Elle les briserait s'ils étaient tentés par leur sortilèges. C'est là chose que ne peut comprendre messire Cléophas, étouffé sous le vélin, mais qui je gage, semble lucide aux gens de bien comme nous."


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Frère Sigmund
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MessageSujet: Re: Où l'on s'acquiert des piques. [Arsinoé, Sigmund]   Lun 29 Juil 2013 - 0:19

« Je ne m’y oppose point du tout. J’avais déjà une certaine rancœur à l’égard de ces gens de la sorcellerie. »

Sigmund leva la main à son œil droit, s’interrompit un instant repassant dans sa tête la scène qui l’avait rendu borgne et les tricheries païennes du vieillard. Rien n’y paraissait plus depuis que la religion avait soigné sa blessure. Mais son orgueil n’avait pas cicatrisé aussi facilement. Il reprit avec un terrible sourire :

« Savoir qu’une de leur sombre pratique a pris d’un même coup la vie du jeune roy et celle de son vertueux protecteur m’emplit de haine. Si je croise un magicien, je le tuerai probablement sans prendre le temps de l’interroger. Aussi je pense qu’il est avisé de vous déléguer la question. »

Il saisit la coupe qu’on venait de lui remplir et l’avala en quelques bruyantes gorgées avant d’essuyer sa truffe d’un revers du bras.

« Je suis resté assez longtemps dans l’abri pacifique des ordres monastiques mais par Saint Rubicond, il apparaît que cela ne peut durer. Je vais reprendre mon baudrier et quand un ennemi se montrera j’irai moi-même l’écraser comme une bestine sous un peton. Cela je le dis, cela je le jure ! »

Les Baudriers présents répondirent à la hardiesse du capitaine et levèrent leur corne à sa santé avant d’en avaler goulûment le contenu. Comme à son habitude, Bilbedert consigna ces mots d’un trait de fusain sur un parchemin usé. Il gardait toujours ces ustensiles sur lui afin de retranscrire les grandes citations de l’histoire.

La ferveur retombée, Sigmund se tourna vers le bon Hans pour demander :

« Qui est donc ce messire Cléophas dont vous m’entretenez, je crois ne jamais avoir entendu ce nom auparavant ! »


On avait mainte fois essayé de l’instruire sur les familles nobles de la Péninsule, mais Sigmund est de ces hommes d’action qui ne retiennent le nom d’une personne qu’en le rencontrant sur un champ de bataille. Pas étonnant d’après les dires de son nouvel ami, qu’il n’ait pas souvenir de celui-ci.
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MessageSujet: Re: Où l'on s'acquiert des piques. [Arsinoé, Sigmund]   Lun 29 Juil 2013 - 15:06


    Discernant trop bien l'aporie fuligineuse que tissait l’infâme d'Argoth, la diatribe virulente qu'elle s’apprêtait à éructer fut toutefois mise à mal par l'intervention pleine de bon sens de l'agreste Sigmund. Elle retourna alors son attention vers sa jolie dariole aux amandes, du moins ce qu'il en restait, et entreprit de l'achever avec componction, s’arrêtant juste pour se rafraîchir le gosier de cette boisson épicée et moussante qu'était le caudell à base de vin. Il lui était étrange de constater que même son deuil et la dolence vive qu'il apportait ne saurait entamer sa sempiternelle appétence pour les douceurs melliflues et sucreries en tous genres.

    L'agape se poursuivait ainsi gaiement, les sires et clercs de l'Atral ne déméritant pas de hâbleries face à leurs commensaux. À sa gauche, cet enfant du mercatin qu'était Auric lui faisait le courtois récit de ses plus hauts exploits au service de l'Ivrey, se gargarisant notamment de l'autodafé d'une gribiche maléficieuse - quelques heures seulement après le drame - qui aurait confessé d'avoir été l’hétaïre de l’ineffable Nakor et d'avoir ordonnancée l'accomplissement de sa sombre volonté par la truchement de maître Ascilin. Arsinoé, qui ne voulait paraître irrévérencieuse, opinait docilement, lui promettant de riches profits pour ce service, de ses propres coffres s'il le fallait.

    Une clameur coupa court à ce devisement lorsque Sigmund se proclama de l'Ordre des Baudriers, qu'il n'avait de fait jamais vraiment quitté. Elle l'en regracia, radiante, et d'une pensée capricante se proposa de : « Vous remettre, si il vous plaît et plutôt qu'une simple courroie anonyme, la très sainte relique qu'Herménégildoricius de Tourmalin remit à mon époux en son jeune âge, et qu'il me plairait de vous accorder en redevance à vos bons et loyaux services passés et à venir en tant que doyen de la très excellente confrérie des Baudriers d'Argents. »

    Puis, l'aréopage sémillant regagnant ses esprits, la dame d'Olyssea se décida d'en revenir à ses moutons, ou plutôt à ses mages. Se tournant délicatement vers le sombre sicaire à sa dextre, elle lui fit l'étalage de sa pensée : « Je me ressasse vos bons mots quant aux dangers que posent, encore, les occultistes cloîtrés ; et je suis désormais convaincue que messire d'Angleroy mésestime l'étendue de leurs pouvoirs. Pouvoirs que les honnêtes gens, et le baron de Merval en est assurément un, ne peuvent pleinement aviser et imaginer, comme en témoigne le cratère de l'Arcanum. C'est pourquoi je ne saurais vous reprocher votre projet à l'égard du maître Ascilin, bien qu'il me semble être d'une nature tout aussi périlleuse que celui de notre chancelier, car l'intendant de l'Arcanum est d'une magie autrement plus puissante que le ramassis d'apprentis et veuves qu'a claquemuré Cléophas. Ne pensez-vous pas qu'il faudrait s'en saisir et le faire confesser de ses crimes au plus vite? »
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Hans
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MessageSujet: Re: Où l'on s'acquiert des piques. [Arsinoé, Sigmund]   Mar 6 Aoû 2013 - 16:16

"Madame, j'avais escompté le soumettre à la question une foi feu votre époux mis en terre", se fendit laconiquement Anseric, pris de court par cet intérêt soudain pour son prisonnier, quand il aurait aimé deviser longuement avec son compère à propos du chancelier. Il devenait manifeste que cette insistance n'était guère innocente, et notre bon héros y aurait presque vu l'influence persistante du baron de Merval. Si soustraire le magicien aux griffes de la régence avait paru être une bonne idée, il devenait d'heure en heure un pion pour le moins pesant. L'atout qu'il était sensé représenter se changeait peu à peu en un véritable boulet. Anseric, qui s'était initié aux mystères de la magie noire, sentait que son soutient à sa nouvelle caste pourrait alors lui couter quelques plûmes. En homme de guerre, il jugea dès lors qu'il serait préférable de mettre de côté sa récente inclination envers le magistère, pour mieux resserrer ses liens avec les forces armées.

"Il ne sera pas dit que j'ai laissé échapper l'assassin du roy, Madame! Sachez qu'en toute circonstance je suis fidèle à la couronne, et si vous le désirez, je le rendrais incontinent aux services de messer d'Angleroy. À tout homme tout honneur! Nous ne saurions diligenter une questions, sans en estourbir l'intéressé nous qui manions le glaive et non le scalpel. Laissons aux doigts délicats du baron de Merval la questions, et prenons nous autre l'épée! il adressa une œillade à ses comparses Je puis assurer, et j'entends le faire, que la couronne ne saurait être mieux servi que par des prud'hommes comme nous ; et si vous l'acceptez, sachez que nous saurions aussi bien ordonnancer les épées royales! Cela n'est il pas vrai, messire Sigmund ?





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Frère Sigmund
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MessageSujet: Re: Où l'on s'acquiert des piques. [Arsinoé, Sigmund]   Dim 25 Aoû 2013 - 16:57


La veuve souhaitait lui remettre la relique du grand et vertueux Herménégildoricius, le baudrier de Tourmalin. Ouy-da, le Baudrier d’Argent !

Sigmund ne savait que dire tant cette attention le touchait. Il ouvrit la bouche sans qu’aucun son distinct n’en sorte et dut aspirer rapidement quand il sentit qu’un filet de bave menaçait de couler du coin de sa lèvre agitée par l’émotion.

Mais la bonne dame reprenait déjà avec le compère quelques entretiens stratégiques traitant de noms inconnus à l’oreille attentive du capitaine. Ce dernier sentait peser sur ses épaules les lacunes mondaines inévitablement creusées par sa pieuse retraite, et trouvait le poids de son absence bien lourd à porter. Gardant ses sens alertes pour tenter de comprendre qui étaient ces gens dont les deux autres papotaient, il trouva un peu de réconfort dans les victuailles disposés à l’intention de la coterie.

Il saisit un pigeon à pleine main et le délesta d’un pilon bien garni et bien juteux. Il grignotait ce dernier avec un bel appétit quand le bon Hans s’adressa de nouveau à lui.

« ‘eh ‘ertain, cracha-t-il accompagnant son approbation de lourds postillons, les é-ées ! »

Il avala avec grand peine et grand bruit, s’aidant pour cela d’une corne de vin encore bien pleine.

« Vous pouvez compter sur chacun d’entre nous ! Hein mes bra-uURP ? »

Souriant fièrement comme si rot qu’il venait de faire résonner n’avait jamais existé, il donna une tape amicale dans le dos de Bilbedert dont le fusain ripa et transperça son parchemin. fidèles jusqu’au bout, les hommes approuvèrent avec force.
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Où l'on s'acquiert des piques. [Arsinoé, Sigmund]
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