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 Une paire de bastres [Arsinoé]

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Flourens de Nulhadon
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MessageSujet: Une paire de bastres [Arsinoé]   Dim 22 Sep 2013 - 15:09

La petite troupe s'achemina par un versant de colline, dévalant une pente herbue d'où dépassaient quelques ajoncs et racines tordues. La bride lâchée, les lourds sabots des destriers labourèrent la terre. La journée avait été pluvieuse, le sol trempé et une brume humide s'accrochait aux versants boisés des monts, au loin.

Morne était le pays Bredan et morne, le bourg de Breda, avec ses toits en ardoise, qu'un crachin faisait doucement tintés, sa grande rue, l'une des seules pavées, et sa Grande Place et sa croix du marché. Sous le ciel bas et triste, les toits des habitations brillaient de par la pluie. La terre, détrempée, s'enfonçait sous les pieds aussi profondément qu'une épée dans une botte de foin. Il n'y avait nulles chansons à boire ou à forniquer dans ce bourg, nuls rires ni faces enjouées sur le visage des habitants. Pas même un éclat de voix ou seulement l'écho lointain d'une discussion, choses pourtant si courantes dans les villes et les bourgs. Uniquement le sinistre claquement des huis et des volets, battus en rythme par le vent, le murmure des feuilles dans les arbres et le martèlement régulier provenant de la forge voisine. Recroquevillées sous leurs capes et leurs manteaux, les yeux rivés sur la terre en larmes, quelques silhouettes isolées glissaient paresseusement entre deux flaques, fournissant l’impression vague de spectres titubants, hagard.

Au-dessus du bourg, le donjon seigneurial dressait une silhouette plus sombre encore, presque sépulcrale dans la grisaille et la brume légère qui accolait l'épaisse bâtisse fortifiée. A son fait, la bannière au piquier des Luskendales flottait hardiment.

Les sentinelles du château furent les premiers à constater l'arrivée du chevalier, car c'était du moins la condition que l'on soupçonnait à cet homme, dont le port et l'assiette trahissait sous la cape et le manteau de voyage fatigué, un harnois de plates et d'acier. Pour ceux qui auraient pu douter de ce fait, la puissante monture que menait par la bride l'un des compagnons du voyageur, Yvelin, finissait par venir à bout des plus septiques : c'était un destrier d'un noir plus sombre que la plus épaisse des nuits, un cheval de guerre, dont les énormes sabots soulevait des mottes de terre à chaque pas. Ils étaient nombreux, les hommes qui par ces temps de guerre, se prétendaient rejetons de telle ou telle race, sombres ou illustres lignées de prud'hommes et eux-mêmes chevaliers. Mais bien peu en vérité pouvaient se payer une telle monture, qui seule départageait l'obscure franc-coureur du véritable chevalier. Sur les chevaux de bât, derrières, on pouvait apercevoir des lances d'arçon et un écu soigneusement recouvert d'une housse usée. La troupe qui accompagnait le voyageur était à sa semblance : sale et crottée. Mais sous chaque manteau usé par le temps, se devinait la poignée d'une solide épée en fer de Kahark et de temps à autres, l'éclat fugitif de la maille. Les bourgeois et le commun émergèrent de leurs échoppes et de leurs demeures au fur et à mesure que le voyageur et sa troupe s'avançait. Des têtes apparaissaient de-ci de-là aux fenêtres et bientôt, ce fut une véritable foule qui accompagna la petite flotte jusqu'aux portes du donjon. Une foule en armes, où s'apercevaient de nombreuses têtes rasées, aux méchants habits de broignes et de mailles, armées de gourdins, de lances ou de bâtons, de couteaux de boucher ou de fauchards. Les temps étaient durs en Olyssean, et la plupart des hommes avaient rejoins l'Ost au nord, sous les ordres du Goupil et de la Louve...

Car bien que les voyageurs ne soient point au courant le pays Bredan était en flammes. Et la vue de quelques cavaliers en armes suffisait à mettre en émoi la populace, la première à faire les frais des troubles. C'est qu'on s'échauffaient durement, entre les gens des Pyks et ceux de Brandin le Noir, bâtard de feu le Borgniat.

« - Qui que vous soyez, r'partez ! Z'êtes pas les bienvenus ici ! »

Un accueil bien chaleureux en somme et de quoi faire s'exclamer le Moine :

« - Holà les hurons ! Place ! Place ! Quel accueil ! »

« - Les temps sont durs depuis l'départ de la baronne, m'sser ! Z'avez qu'à mirer l'état des terres autour du donjon de notre seigneur ! Et puis, qu'est-ce que v'nez faire là d'abord ? Faudrait p'têtr vous m'nez au donjon... m'est avis que ça en intéresserait plus d'un, là haut ! »

C'est qu'ainsi armés, ils devenaient effrontés, ces gueux ! D'un geste rageur, l'écuyer avança sa monture, un sommier, et brandit un poing menaçant en direction de l'attroupement : « - Guerpissez céans, manants ! Et prestement ou vous tâterez de mon épée ! »

La foule gronda autour des voyageurs et le grondement se répandit dans la rue comme un tourbillon.

« - Bésigue ! C'est qu't'as pas froid aux mirettes l'jeunot, té ! Et d'où que ça vient, que tu crois pouvoir nous donner des ordres, hé ? »

L'étrange cavalier qui semblait mener cette troupe et qui était pourtant rester en retrais jusque lors crut opportun d'intervenir. Il fit avancer sa monture, un bel alezan et de sous la capuche de son manteau, d'où dépassait seulement sa bouche, il semblait sourire.

« - Voilà une bien étrange façon d'accueillir d'innocents voyageurs... L'hospitalité a bien changée depuis que j'y suis passé naguère, avec les miens. J'étais plus jeune, en ce temps là... et mon âme plus pure. Dis moi donc, l'homme, qui commande ici ? »

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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Une paire de bastres [Arsinoé]   Ven 1 Nov 2013 - 9:37

Doute et défiance se mêlaient dans le regard du gonze à mesure que le forain l’entraînait malgré lui en terrain inconnu. Car pour vrai, qui dirigeait en cette bastide sur le Ner ? Réduit à quia, il abaissait lentement sa sacquebute à mesure que d'aimables suggestions fusaient des arrières rangs de l'assemblage :

«Père Ambroise messire ! »
« Balduin ! »
« Le Petitjonc ! »

Et il y eut bientôt là une telle effervescence, cette agitation propre aux questions âprement débattues, qu'on ne pouvait que s’interroger sur la consistance de cette milice communale. Leur loialté n'allait-elle pas plus loin que les chaperons rouges que tous arboraient fièrement ? Philippique de chiffonniers auquel mis abruptement fin un vireton rageur venant se figer à mi-chemin de la cohorte et du chastel. Levant les yeux, on croyait entrapercevoir la forme menaçante d'une arbalète à cric juchée contre le pertuis d'une guérite de bois, laquelle était accolée à la chemise, le tout coiffé de la fière enseigne aux trois piques croisées sur champ sinople de la famille Luskendale.

On s'avisa lors prestement et par plusieurs raisons, et pria à l'impromptu galantin et sa suivance de se retraire et s'en aller devers l’hôtel de leur doyen, Balduin le Buccelin, qui était un sage et vaillant homme et saurait les honorer grandement et liement. Ils traversèrent assez vite la cité, pressés comme ils l'étaient par une foule de curieux coquillards contraints à se dissiper à mesure que l'on gagnait les plus riches parties d'icelles. On passa devant l'antre de la corporation des navieurs et ses entrepôts, gardés par une troupe de routiers de mauvais aloi ; sans s'y attarder toutefois, l'ami Balduin n'étant pas de cet état mais plutôt riche mercier. Singulière incidence s'il en est.  

Sa maison à la scylléene - avec son patio décoré, ses toits de lauzes et cette tourelle rotonde surplombant l'affluent du Ner – entretenait une forte maisnie. Pas assez cependant pour que le maître du céans ne puisse se résolver et conclure d'y inviter tous et chacuns des compagnons du chevalier. Lequel fut prit à parti et promené en toute bonne volonté jusqu'au donjon à la manque, et la salle qui était à son faîte. Spectacle de colombages et boiseries peintes, riches lambris et fenêtres géminées, l'endroit était désert et il put examiner chacun des affiquets d'émaux, d'ivoire ou de bois menuisé à son aise. Par la baie, on pouvait contempler la plus grande part de la ville, de ses quais aux deux méchantes brèches pratiquées récemment dans sa muraille.

Puis la porte s'entrouvrit, et deux hommes s'y engouffrèrent. Le premier n'était autre que maître Balduin, qui prit place en face de l'estrange, de l'autre coté de la table d'acajou. Fastueusement vêtu d'un brocart aux filigranes d'or et argent, un chaperon vermeil trônait sur son chef et en tempérait un tant soit peu l'effet. Mais l’œil avisé, s'il était tout naturellement porter à mirer les belles et riches choses, ne tardait pas à prendre la mesure de l'étrange personnage. Mesures oui : dépassant allègrement la toise Diantroise, l'homoncule au visage d'arpent, aux mains prodigieuses et aux pieds en mesurant deux, était de ces gens qui n'avaient jamais connu leurs mères pour cause de l'avoir déchirée. Derrière lui, un homme au profil busqué de prédateur et au faciès maussade se présenta comme Hercule dit Petitjonc , la manteline évasée dont il était drapé dissimulant mal le corselet de fer que l'on devinait en deçà.

Suite à un silence malaisé, le doyen prit finalement les devants, comme était son droit, et s'enquit :

« Par ma foi monseigneur, s'il me vient à grande aisance de vous accueillir ici, comme je l'ai souhaité sitôt que j'ai su de votre venue, Je suis homme curieux et dois savoir ces choses. Quel est votre nom et dont venez-vous ? Que cherchez vous en la belle et bonne cité de Breda qui est, par la grâce des dieux, mienne à sauvegarder ? »

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