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 Du vin et des dieux [May]

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Ascanio Vossula
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MessageSujet: Du vin et des dieux [May]   Mar 15 Avr 2014 - 17:12


Lorsqu'il était enfant, Ascanio trouvait toujours un aspect rassurant aux façades des palais de Thaar. Leurs murs de grosses pierres étaient une protection contre les menaces extérieures, lui disait-on. A l'époque, peu au fait des réalités du jeu politique, l'enfant naïf qu'il était s'imaginait que les menaces extérieures, c'était le bas-peuple, la gueusaille affamée qui, en période de disette dans les bas-quartiers, se sentirait pousser l'envie d'envahir les quartiers des élites. Puis il avait apprit en grandissant que le danger le plus imminent venait plus souvent des occupants du palais voisin. C'était une menace cachée, parfois invisible, mais bien présente, et contre laquelle une façade de pierre ne représentait qu'une bien faible barrière.
C'est dire si, lorsqu'on est de la noblesse thaarie, il est aisé d'entrer dans un palais comme dans un moulin. Sous couvert de politesses et d'amabilités toutes hypocrites, on s'invitait pour un oui ou pour un non chez un concurrent qu'on méprisait, échangeant avec lui de bons mots, parlant du dernier artiste à la mode en partageant une coupe de vin épicé, tout en réfléchissant au moment qui serait le plus opportun pour le faire égorger. Oh, évidemment, les gens bien nés ne se salissaient jamais les mains : la ville pullulait de mercenaires et d'assassins en tous genres, très compétents et jamais rassasiés de l'appât du gain. Et les nobles qui avaient les moyens de se payer leurs services, il y en avait une légion à Thaar. Alors, pour la sécurité, on repassera. N'empêche, pour peu sûr que fussent ces palais, ils étaient quand même cossus. A l'image-même de la vie que menaient les grands princes de Thaar : une vie folle, pleine d'opulence, mais qui pouvait s'écourter à tout moment.

C'était ce à quoi rêvassait Ascanio lorsqu'il fut admis au sein de semblables murs, en début de soirée, dans l'hôtel d'un dignitaire du culte d'Arcam alors qu'une petite fête était organisée. S'y rassemblait le clergé du culte d'Arcam et tout le voisinage. Marchands aux bourses pleines qui ne manquaient jamais une occasion de se mêler au gratin pour conclure de nouvelles affaires, prêtres en quête de fonds et désireux de faire connaître leur dieu à quelque puissant, jusqu'à l'aristocratie riche et oisive qui ne cherchait que le divertissement, tout le monde avait une bonne raison de se mêler à la fête.
Ascanio, lui, était de la dernière catégorie. Pourquoi venait-il se mêler à une fête organisée par le clergé d'Arcam ? Il trouvait rarement les fêtes religieuses divertissantes, mais après tout, il était question d'Arcamenel, le dieu de l'amour, et il était plus que certain que le culte devait attirer nombre de jeunes femmes peu farouches.
C'était, du moins, ce qu'il pouvait espérer, alors qu'il faisait son entrée dans la "petite" réception, flanqué par un grand type à la mine impassible dont le visage maigre et les yeux caves n'inspiraient pas franchement la sympathie. Ce reître avec sa gueule de tueur était le garde du corps personnel d'Ascanio; car, puisque les murs ne protègent point des menaces intérieures à la bonne société, chacun doit pourvoir comme il le peut à sa propre sécurité.
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May'Inil Baenrahel
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MessageSujet: Re: Du vin et des dieux [May]   Mer 16 Avr 2014 - 16:11

May'Inil porta sa coupe de vin épicé à ses lèvres et en but une gorgée. Le liquide était doux, relevé d'une pointe acide qui titillait le palais et lui donnait toute sa saveur. Elle la tendit ensuite à sa gauche et une main invisible lui la prit pour l'en soulager. Son esclave personnelle l'accompagnait partout depuis sa malédiction, s'assurant de guider ses pas et de lui donner toute assistance dontelle aurait besoin. Mais, puisque l'on ne pouvait faire totalement confiance à un esclave, fusse-t-il passé entre les mains des meilleurs dominateurs drows, Draven ne la quittait presque plus également, et lorsqu'il le faisait ce n'était que pour laisser à sa place deux de leurs meilleurs et plus fidèles spadassins. C'était d'ailleurs lui qui depuis le début de la soirée lui décrivait les événements pour lesquels elle s'inquiétait. Elle avait appris à composer avec son handicap, mais ce n'était pas toujours suffisant.
Il n'avait pas été simple de réussir à participer à cette soirée. Il lui avait fallut toute l’aide de ses connaissances prêtres d'Arcam de Sol'Dorn, et rappeler aux locaux qu'on l'avait vus dans les bras du dernier Gardien -puisqu'elle même ne s'était toujours pas révélée à eux-. Une coquette somme de donations avait sut apaiser les derniers esprits et lui assurer une place. Elle était essentiellement là pour se faire connaître et pour s'assurer des soutiens. Et le clergé d'Arcam était toujours apprécié pour la nature de ses festivités, en particulier quand, comme présentement, elles ne se déroulaient qu'en présence de gens de ''bons goûts''. On pouvait dès lors se laisser aller aux plaisirs les plus exotiques. C'était aussi l'occasion de se montrer plus esthète que son voisin, en particulier à tout ce qui avait trait à la musique : un barde en quête de reconnaissance tuerait pour être embauché dans ce genre d'endroits.

« Ah maîtresse Baenrahel, je vous cherchais justement. » Elle se tourna vers l'origine de la voix, arborant son plus beau sourire puisqu'elle avait reconnus celle du grand prêtre d'Arcam. C'était, de façons appréciable, un de ses principaux soutiens, très sensibles aux petits cadeaux et, elle ne pouvait pas en être sûr puisqu'il était aussi doué dans l'art de lire les gens qu'elle même, à ses charmes personnels.
« Que me voulez-vous, mon bon ami ?
-J'aimerais vous présenter quelqu'un que, je pense, vous trouverez très intéressant.
-Vous titillez ma curiosité, je vous suis volontiers. »

Elle tendit sa main qu'il prit délicatement pour la guider à travers la réception. Sa démarche, hésitante il y avait encore un mois, avait retrouvé presque toute sa grâce passée. Ses pas étaient lents, mesurés mais sûrs. Ils traversèrent des groupes d'invités et elle put sentir Draven qui la collait telle une ombre. Finalement elle sentit que le prêtre relâchait sa main, puis il s'adressa à quelqu'un juste devant elle.

« Prince héritier, permettez moi de vous présenter l'une de nos contributrices pour cette soirée, maîtresse Baenrahel, Grande prêtresse d'Isten et conseillère de la ville de Sol'Dorn. Maîtresse Baenrahel, voici le prince héritier d'Eofel et de Feldorn, Ascanio Vossula. » Et il s'effaça pour les laisser seuls, si l'on exceptait les gardes du corps que chacun avait et l'esclave de May. Celle-ci eut d'ailleurs un petit sourire énigmatique tandis qu'elle essayait de discerner l'esprit de son vis-à-vis dans le fatras que représentait la soirée.
« Ravie de vous rencontrer, nous avons entendus parler des Vossula jusqu'à Sol'Dorn, c'est un honneur de vous faire face. » Et comment qu'ils en avaient entendus parler. Les textiles étaient parmi ce qui se vendaient le mieux au Puy, les marchands dorniens réalisaient un profit considérable sur ces marchandises. Tant et si bien que des négociations étaient en cours visant à l'édification d'un véritable comptoir. « C'est également un honneur de pouvoir vous compter parmi nos convives, j'espère sincèrement que vous appréciez ce que vous voyez ? » Elle s'était imperceptiblement déplacé de manière à mettre légèrement plus en valeur sa silhouette féminine, laquelle était moulée dans une robe jaune échancrée dont la traîne était fendue et le tissu recouvert de filigranes argentés. Ses poignets, son cou, ses oreilles, ses chevilles et sa ceinture étaient parés de bijoux d'or ou d'argent et ornés de gemmes variées : améthystes, grenats et quelques rubis notamment. « Je n'ai jamais eu l'occasion de voir de mes yeux Eofel et Feldorn, à quoi ressemblent-elles ? »
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Ascanio Vossula
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MessageSujet: Re: Du vin et des dieux [May]   Mer 16 Avr 2014 - 19:54


Se faire aborder par le grand prêtre d'Arcam au beau milieu de cette soirée organisée par le clergé avait de quoi créer des bouffées d'orgueil. Cela dit, l'orgueil était déjà une seconde nature chez les Vossula, et bien qu'Ascanio ne fut que l'héritier, il était déjà courtisé ici et là. Après tout, c'était habile; lorsqu'on veut préparer l'avenir, il faut sans tarder lécher le cul des futurs puissants.
On peut donc raisonnablement penser qu'Ascanio aurait, le lendemain, complètement oublié que le grand prêtre avait eu l'amabilité de venir lui taper la discussion. Mais ce soir, il y avait de l'inattendu dans l'air. Déjà, le religieux ne s'attarda guère auprès d'eux; ayant visiblement de nombreuses personnalités à courtiser, et autant de derrières à lécher, il se contenta de présenter Ascanio à sa ravissante amie, parfaite inconnue pour le prince héritier, mais qui retint rapidement son attention. Et c'est comme ça que, le grand prêtre parti, Ascanio se retrouva en tête à tête - si on occultait l'escorte - avec May'Inil Baenrahel, grande prêtresse d'Isten et conseillère de la ville de Sol'Dorn.

N'eut été la consonance de son nom et son origine, Ascanio l'aurait presque prise pour une humaine. Ses formes généreuses et sa peau foncée étaient éloquentes, mais il n'était pas rare à Thaar que les femmes arborent un teint assez mat. Toujours est-il que sa silhouette avait quelque chose d'exotique, même dans cette ville cosmopolite. Ascanio avait suffisamment fréquenté humains et drows pour ne pas s'y tromper, mais il était possible que la ravissante créature fut issue d'un métissage. Allez savoir.
Bah ! Au fond, peu importait. Non, ce que le prince héritier mit plus longtemps à remarquer, c'était l'étrangeté de son regard. Quoiqu'elle lui fit face, et qu'elle sembla parfaitement consciente de lui et de ses mouvements, elle semblait le voir... sans le voir. Non-voyante, ou malvoyante, il n'aurait pas vraiment su trancher, mais il lui paraissait curieux qu'un être pourvu d'un tel handicap ait pu se mouvoir au milieu de toute cette foule. Remarque, ce n'est pas pour rien qu'elle a cet attroupement de larbins autour d'elle. Et puis, avec les religieux, il ne vaut mieux pas trop chercher à comprendre... N'empêche, maintenant qu'il avait le doute, Ascanio se demandait s'il était bien judicieux de continuer à apprécier ostensiblement la silhouette gracieuse de la grande prêtresse d'Isten. Si elle était aveugle, il pouvait bien se rincer l’œil autant qu'il le voulait; mais pour une non-voyante, elle semblait relativement à son aise, et voilà qu'elle se mit à lui faire la conversation comme s'il n'y avait rien d'anormal.

Un fin sourire se dessina sur les lèvres du prince héritier, apprenant la réputation de sa famille à Sol'Dorn. Il n'ignorait pas que son père avait une clientèle solide jusque là-bas. Comme nombre de grandes familles marchandes, les Vossula ne faisaient pas de distinctions; il eut été stupide de se priver d'un marché très lucratif en limitant sa clientèle avec des distinctions de races. L'on avait même coutume de dire que les Vossula comptaient des drows parmi leurs ancêtres, bien qu'Ascanio n'ait jamais eu l'idée d'aller vérifier la rumeur. Pour avoir voyagé dans la péninsule, il savait qu'une telle ouverture d'esprit n'allait pas de soi selon la région où l'on se trouvait. Mais les pentiens sont coincés dans leurs idées d'un autre âge, et c'est bien pour ça qu'ils manquent tous d'argent frais, ces bons seigneurs qui crèvent la faim.

- C'est un privilège pour moi de rencontrer la grande prêtresse d'Isten, répondit-il en se fendant d'un grand sourire et en s'inclinant galamment, avant de se demander si son interlocutrice avait pu voir son geste.

La sombre, elle, usait magnifiquement de son charme. Bien qu'elle avait le corps qui s'y prêtait, elle n'avait pas besoin d'adopter des postures lascives pour faire tourner les têtes. Un simple mouvement, un simple sourire et une parole aimable, et elle devenait plus séduisante que la plus engageante des ribaudes. Bon, il fallait aussi prendre en compte le prestige : madame n'était pas la première donzelle venue. En réfléchissant bien, Ascanio songea que si la sombre était déjà haute prêtresse du culte d'Isten, c'est qu'elle avait déjà quelques siècles dans la balance. Cette pensée modéra quelque peu son enthousiasme et la façon dont il la regardait, les yeux brillants et la bouche en cœur comme un gamin qui convoite une sucrerie. Méfiance, le charme est une arme chez ces créatures-là. Il avait beau écouter ses envies et chercher son plaisir, il n'était pas sot au point de croire qu'un membre important du clergé venait l'attirer dans ses filets sans arrière-pensée.
Voilà, d'ailleurs, une leçon qu'il lui faudrait retenir à l'avenir. Il avait mit les pieds à cette fête, pensant s'amuser comme à chaque fois que la bonne société se réunissait dans tel ou tel palais de la ville, sur l'invitation de quelque notable, à des fins commerciales ou politiques - souvent les deux. Sous couvert d'amusement, toutes ces petites sauteries étaient le terrain de jeu de ceux qui se disputaient le pouvoir. Seulement, là, il était question de religion. Et Ascanio, pas franchement dévot, n'y connaissait pas grand-chose. Or, moins il en savait, plus le risque était grand. Méfiance, donc.

Bon, il fallait quand même avouer qu'elle était à croquer, la sombre. Et ce, même si elle avait facilement l'âge d'être son arrière-arrière-arrière-arrière-arrière grand-maman.

- Bien sûr, j'apprécie ce que je vois, lui répondit-il, sans vraiment savoir si la question concernait la réception ou la grande prêtresse elle-même. Cette soirée est un délice, presque autant que la vue de votre personne, poursuivit-il galamment, se permettant un compliment légèrement pompeux. Ces bijoux rehaussent admirablement l'éclat de vos y...

Le con.

- De vos irrésistibles croyances. J'aimerais beaucoup abreuver ma soif de connaissances quant à la déesse Isten, que tout un chacun devrait apprendre à mieux connaître, tant elle semble exister au plus profond de chacun de nous. Mais loin de moi l'envie de vous faire perdre du temps, grande prêtresse. Vos attributions vous dispensent du devoir d'éduquer un ignorant.

Si Ascanio avait été un pouilleux de basse naissance, il aurait peut-être ignoré ce que représentait Isten Okhras'Gaath, déesse de la luxure dans le panthéon drow. Mais il était instruit, et connaissait au moins l'objet du culte. Il se souvint d'ailleurs que l'une des pièces du palais Vossula à Thaar comprenait une vaste représentation picturale de la déesse. Son père, en bon esthète, l'avait commandée une vingtaine d'années plus tôt à un artiste drow, et la vue du tableau représentant la déesse, nue et adoptant une pose lascive, avait nourri les fantasmes du prince héritier dès sa puberté.

Ascanio fut soustrait à sa rêverie lorsque la grande prêtresse reprit la parole, le questionnant au sujet d'Eofel et de Feldorn, qu'elle n'avait, disait-elle, jamais vues de ses yeux. En même temps, si vous êtes aveugle... Rien de bien étonnant à cela, au demeurant. Ces deux cités n'avaient en elles-mêmes rien d'imposant ni de bien exotique qui attirât le voyageur. Les Vossula eux-mêmes n'y mettaient jamais les pieds, et préféraient demeurer à Thaar. Eofel et Feldorn étaient leur domaine propre, et une importante source de revenus, avec des entrepôts, des comptoirs marchands, des ports. Mais la famille percevait des revenus venant d'autres cités. Les deux cités, en vérité, n'étaient qu'une lubie par-laquelle les Vossula s'affichaient en seigneurs de terre, à la manière des nobles pentiens. Un écran de fumée, en vérité. Tout n'était qu'apparence, orgueil, et vanité. C'est avec la même vanité qu'Ascanio se lança dans une description assez peu fidèle, en s'efforçant d'embellir la vérité :

- J'espère que nos cités auront un jour le privilège de votre visite, répondit le prince héritier. Eofel est située au nord-ouest de Thaar, en bordure de la mer Olienne. C'est une grande agglomération pourvu d'un vaste port et d'un chantier naval où nous construisons nos propres galères marchandes. S'y étendent de vastes complexes où les denrées sont entreposées avant d'être embarquées et vendues aux quatre coins de la mer. Et, bien sûr, un ensemble de belles maisons de pierre aux toits tuilés, abritant une population dense, bouillonnante d'activité. Ma famille possède une belle demeure au sommet d'une colline qui surplombe la ville. Vous y serez, bien évidemment, toujours la bienvenue.

Il aurait pu poursuivre avec Feldorn, mais l'inspiration lui manquait pour inventer quelque chose de grandiloquent tout en se démarquant de son premier mensonge. De toute façon, il était certain que la grande prêtresse n'était pas venue beurrer les amuses-gueules avec lui pour parler de ça.
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May'Inil Baenrahel
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MessageSujet: Re: Du vin et des dieux [May]   Jeu 24 Avr 2014 - 21:44

May'Inil avait finalement réussit à discerner l'esprit d'Ascanio parmi tous ceux des convives. La magie ne formait pas un espace semblable au leur, et il était ardus de décrire à quoi ressemblait les perceptions de la prêtresse. Ce qui n'aurait eu du reste que peu d'intérêt puisque aucun mage ne voyait la magie de la même manière que son voisin. Contentons nous de dire qu'il était nettement plus facile de discerner ceux dont l'esprit était rompus à l'exercice de l'Art : ainsi le grand prêtre d'Arcam était nettement moins discret que le vieil homme un peu effacé de la réalité, et elle repérait sans peine aucune les illusionnistes qui avaient été embauché pour le divertissement. Sans compter un ou deux invités portés sur le sujet, peut-être d'autres prêtres ou des marchands instruits. Elle-même se demandait à quoi elle pouvait ressembler. Tant qu'Arcam ne se manifestait pas, sans doute à rien de particulier.
Mas Ascanio, lui, n'était pas entraîné. Le distinguer relevait donc d'une certaine pratique, qu'elle avait peaufiné au fil des siècles. Pour l'instant elle se contentait de l'observer, d'essayer de capter ses pensées de surface. Il était méfiant, et cela se reflétait sur son esprit qui était plus alerte. Il n'allait pas être facile à manipuler. Qui l'était, du reste ? Elle avait depuis longtemps passé l'époque ou un sourire innocent et quelques déhanchés faisaient tombés les hommes dans ses filets. Désormais elle était chaque fois un peu plus connus et l'on se méfiait davantage. Fort heureusement, son arsenal et son habileté avaient grandis en proportion. Elle présageait toutefois que le jeune Vossula n'aurait rien d'une proie facile.

« Appelez moi May'Inil je vous pries, nous ne sommes pas dans un temple ici, bien que je ne doute pas que certains soient de grands dévots. » lui dit-elle avec un sourire rayonnant : « Et il est du devoir de chaque fidèle de partager ses connaissances. De fait, il existe une multitude de façons de le faire, et peut-être que nous aurons l'occasion d'approfondir certaines d'entre elles. Même si je doute que vous soyez si ignorants que vous le prétendez. »

Elle avait un peu entendus parler du personnage, et tous étaient d'accord pour dire qu'il s'agissait d'un coureur émérite. Mais là où certains parcouraient des miles, c'était plutôt les jupons, robes, tunique et autres dessous qui étaient la spécialité de l'héritier agité. Et elle avait une certaine intention de vérifier les rumeurs, non pas tellement dans une recherche de plaisirs -bien qu'elle en tirerait autant que possible, comme elle s'efforçait de le faire en toutes situations- mais plutôt d'intérêts. Les Vossula étaient riches et puissants. Immensément.

« Je considérerais votre invitation avec tout le soin qu'elle mérite. Je ne serais pas contre quelques jours de repos à distances de Thaar et surtout de mes responsabilités. Mais j'ai crus comprendre que vous résidiez essentiellement ici, puis-je me permettre d'espérer que vous me ferez l'honneur de me faire visiter votre ville en personne ? »

On ne mettait jamais trop de flatteries dans une phrase. Au pire, on passait pour un lèche-botte, mais même ainsi on pouvait profiter de la méfiance endormie. Le tout était de réussir à le faire en ayant l'air profondément convaincus de ce que l'on raconte. Et de cela, May'Inil c'était faite une référence. Cela faisait même partis des quelques domaine où perdre la vue s'avérait un avantage : on ne risquait plus de perdre le contrôle de sa voix en contemplant la face bouffie d'orgueil de son vis-à-vis. En règle général, parler à des interlocuteurs invisibles facilitait grandement tout type de bluff. Cela permettait de compenser quelque peu l'impossibilité de décocher un regard de braise.

« Et si vous le souhaitez, je serais ravis de vous rendre la pareil et de vous faire visiter Sol'Dorn. Enfin, au moins de vous accompagner, je ne suis pas sûre d'être désormais la meilleure des guides. Je vous conseille de venir entre le début de l'automne et le printemps, à moins que vous n'appréciez les fortes chaleur. L'été, le climat a tendance à être difficilement supporté par les non-habitués, et même nous nous passons les heures les plus chaudes à l'abri. Cela dit, les nuits sont en revanches magnifiques et douces. »

Dans les champs, elles étaient même franchement froides, mais en ville, avec la chaleur accumulée par les bâtiments -pourtant tout de blanc dans leur majorité- un micro-climat se faisait sentir et perdurait jusqu'au heures précédant l'aube. A cette période de l'année, les habitants étaient presque davantage nocturnes que diurnes, et les braseros, feux, lampions et autres torches éclairaient la ville comme en plein jour tandis que les instruments et les chants résonnaient jusqu'au bout de la nuit.

« Et non loin s'étendent les plaines sauvages. Une destination privilégié pour tous les chasseurs. Vous intéressez vous à la chasse, Ascanio ? »

Elle avait utilisé son prénom de manière parfaitement naturelle, sans même lui en demander l'autorisation. C'était un peu risqué, mais elle doutait que le prince héritier soit de ceux qui tenait l'étiquette pour sacrée.
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Ascanio Vossula
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MessageSujet: Re: Du vin et des dieux [May]   Sam 26 Avr 2014 - 17:46


Pour méfiant qu'il fut, Ascanio n'en était pas moins enclin à se divertir. La prêtresse se montrait bien familière avec lui, ce qui tranchait avec l'image que le prince héritier se faisait des religieuses en général. Lorsqu'elle se proposa de parfaire certaines de ses connaissances concernant son culte, il se demanda l'espace d'un instant si elle ne venait pas de faire un sous-entendu scabreux. Ma foi, voilà bien une prêtresse aussi chaude que le cuisant soleil de Sol'Dorn. Le prince sourit, découvrant des dents blanches et un rictus des plus charmeurs, avant de se rappeler que la prêtresse ne pouvait pas le voir.

- Thaar est comme une mère pour moi, et pourtant, tout comme vous, j'éprouve parfois le besoin de la fuir, lorsque les responsabilités me pèsent, badina-t-il, semblant omettre qu'en-dehors des rares missions que lui confiait son père, il n'avait pas souvent besoin de se démener. Ce serait un réel plaisir pour moi de vous faire visiter les terres de mes ancêtres.

May'Inil se proposait, en retour, de lui faire découvrir Sol'Dorn. Du point de vue d'un aventurier ou de tout homme avide de connaissance, le voyage ne manquerait certes pas d'intérêt. Cette cité lointaine, aride, restait un mythe pour certains, qui la voyaient encore comme la citadelle drow des temps obscurs. Les choses avaient changé, pourtant; Ascanio n'y avait encore jamais mis les pieds mais il savait que son père comptait une clientèle respectable là-bas.
L'idée de visiter cette lointaine cité séduisait Ascanio, toujours en quête d'exotisme. Mais la perspective d'accompagner May'Inil Baenrahel méritait de peser le pour et le contre. Car ainsi que le grand prêtre d'Arcam l'avait présentée, elle n'était pas seulement une éminence du clergé d'Isten, elle était aussi et surtout conseillère à Sol'Dorn. Ascanio en déduisait qu'elle devait avoir là-bas une importance comparable à celle que son père avait ici à Thaar.
Dans ces conditions, sous couvert d'une invitation au divertissement, le voyage qu'elle lui proposait pouvait facilement prendre une tournure politique.
Un peu comme cette soirée, et toutes celles que les notables organisaient régulièrement dans leurs palais thaaris.

- Mon corps est habitué à supporter les grandes chaleurs, dit-il le sourire aux lèvres, du moment qu'il y a à disposition tout le nécessaire pour me désaltérer. Je préfère mourir de chaud que de froid. Il y a un avantage de taille : les femmes sont toujours moins vêtues sous un soleil cuisant que sous une tempête de neige.

Il accompagna ce trait d'esprit d'un ricanement graveleux. Puisque la prêtresse demandait de la familiarité, Ascanio n'allait pas déguiser ses mauvaises manières.

- La chasse ? Ah, vous avez trouvé à qui parler, May'Inil. Lorsqu'au détour d'une transaction une famille noble m'offre gracieusement le gîte, je suis souvent invité à une partie de chasse. Je m'y suis tant distingué qu'on a fini par m'appeler le "prédateur" !

Ce n'était, en fait, qu'à moitié vrai. C'était dans les bordels de luxe thaaris que certaines tenancières avaient fini par lui donner ce sobriquet. Ascanio, en vérité, était un chasseur plutôt moyen. Il préférait largement se saouler et lutiner une fille ou deux plutôt que de courir les bois à la poursuite d'un animal; en plus, la saveur de celui-ci n'égalait jamais celle des plats qu'on lui servait d'ordinaire. La plupart du temps, il s'arrêtait bien vite et entamait son pique-nique pendant que les autres balourds s'épuisaient dans leur battue.

- Mais je dois admettre que les forêts que j'ai parcourues n'ont rien à voir avec les vastes plaines sauvages qui bordent Sol'Dorn. Vous devez voir autre chose que des sangliers, dans les parages... cela me changerait. Vous savez, un négociant soltarii me confiait récemment qu'il croyait dur comme fer que les contrées de l'Est étaient infestées par des hydres et des golems. La superstition de ces gens n'a pas de limites, mais j'avoue que cela rendrait les chasses bien plus intéressantes, hahaha ! Je n'ai pas eu le cœur de le détromper sur ce point, et il est encore persuadé que Thaar pratique l'élevage des dragons. Peut-être devrais-je essayer de lui en faire acheter un, un de ces jours. Je suis sûr que je pourrais y arriver. J'en suis sûr.

Se présenta alors un serviteur qui, plein de retenue et conscient de son insignifiance, leur proposa des rafraîchissements. Ascanio ne se le fit pas répéter deux fois et, s'emparant d'une coupe de vin, lança :

- Voilà ce que j'appelle un signe des dieux ! Juste au moment où je croyais mourir déshydraté, dit-il tout en tendant également une coupe à May'Inil, sans même lui demander si elle avait soif.

Il prit une bonne lampée de ce vin épicé pour se rafraîchir le palais. Puis, souriant et adressant à la prêtresse un clin d’œil - qu'elle ne pouvait voir - il lança, levant sa coupe en signe d'hommage :

- Buvons à la santé d'Arcam, puisqu'il nous réunit ce soir, prêtresse. Et parlez-moi donc de votre... déesse. Je me suis souvent demandé ce qui différenciait vraiment Arcam et Isten. Votre présence à cette soirée semble indiquer, en tout cas, que les deux cultes cohabitent sans difficulté.

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May'Inil Baenrahel
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MessageSujet: Re: Du vin et des dieux [May]   Dim 27 Avr 2014 - 14:50

May'Inil eut un rire discret à la plaisanterie d'Ascanio. L'on ne pouvait décemment supporter une vie au sein du culte d'Isten si l'on était pas capable de rire de ce genre de traits d'esprits. Même si la déesse était loin de se limiter à un aspect sexuel, c'était toujours celui que le novice avait en tête en premier lieu. Et les tentatives pour changer cet état de fait n'étaient pas nombreuses. Aussi May, non contente de se montrer bon public, surenchérit-elle à sa suite :

« C'est vrai, mais vous oubliez un détail : c'est que lorsqu'il fait froid, chacun sait instinctivement que le meilleur moyen de se réchauffer est de se rapprocher d'une autre personne. Intimement, si possible. »

Un sourire indescriptible, mais porteur d'idées que d'aucun considérait alléchantes, flotta un instant sur ses lèvres avant qu'elle n'adopte une moue d'admiration en entendant les exploits de chasseur d'Ascanio. Si elle n'avait aucune connaissance de leur véracité -elle n'avait pas non plus dressé un dossier sur lui, elle ne s'était même pas attendus à le rencontrer – si ça avait été le cas il eut été probable qu'elle l'eut fait- elle doutait en revanche un peu de l'origine de ce surnom. Mais juste un peu. On ne remettait pas en cause la parole d'un prince marchand -ou héritier, en l'occurrence- sur de viles rumeurs. Pas quand on tenait à ses intérêts financiers en tout cas. Voir à sa vie, avec certains susceptibles.
Elle rit en revanche de bon cœur devant les anecdotes et les superstitions que lui rapportaient Ascanio. Elle-même n'avait effectué qu'un seul voyage au-delà de Thaar et n'en avait pas vraiment profité pour causer avec les dirigeants des terres occidentales. Il faut dire que sa race n'y était que peu apprécié, et que pour ce qu'elle en savait tous les siens qui s'y risquaient finissait pendus, brûlés vifs ou d'autres manières encore plus éclatantes. Et on louait la barbarie de son peuple. Au moins, ils n'avaient pas pour habitude de se réfugier derrière des lois ou une quelconque justice. Ils tuaient parce qu'ils en avaient envie. C'était aussi simple et honnête que cela. Mais elle n'allait pas s'encombrer la tête avec ce genre de sujets en telle occasion.

« J'ai bien peur de devoir vous décevoir, il n'y a ni golems ni hydres dans nos régions. Il est arrivé que nous entendions parlers d'un basilic, voir d'une wyverne, mais la bête était en générale perdue et blessée, et une horde de guerriers en quête de gloire se précipitait pour l'achever et récupérer un trophée. Ils mourraient presque autant sous leurs propres coups que sous ceux de l'animal d'ailleurs.
Cela dis, nous ne manquons pas de créatures aussi étranges qu'impressionnantes, et nombre de nos chasseurs s'estiment malchanceux quand ils n'arrivent à attraper qu'un sanglier. Quoiqu'ils s'en servent parfois d'appâts pour la chasse suivante. »
Ce qui laissait sous entendre des choses sur la proie recherché. Une bête capable de se nourrir d'un sanglier faisait le plus souvent une belle taille.
« Vous devriez essayer cette histoire de vente de dragons. Je suis sûr qu'avec un lézard géant, comme on en trouve parfois, une paire d'ailes en bois et en papier ainsi qu'une mixture alchimique inflammable vous pourriez parvenir à un résultat convaincant. Un temps seulement bien sûr. Mais qui voudra faire savoir qu'il a dépensé plusieurs milliers de pièces d'or pour un faux dragon ? »

Ce genre de produits étaient très lucratifs pour ceux qui avaient le courage d'en proposer. Bien sûr pas des dragons vivants. Mais une peau de morgal séchée et convenablement traitée faisait un cuir de dragons très convaincant. Il suffisait d'être suffisamment bonimenteur. Bien entendus ceux qui s'y risquaient n'étaient généralement pas des marchands respectés et évitaient d'avoir deux fois à faire au même client. Toutefois la majorité de ceux-ci n'achetaient pas pour le plaisir de la collection, mais bien pour pouvoir s'en vanter devant d'autres. Alors lorsqu'ils se rendaient compte que la pierre de dragon si-si-j'te-jure-arrachée-de-sa-gorge-encore-fumante qu'on leur avait vendus pour cinquante-pièces-d'or-et-encore-à-ce-prix-j'me-tranche-la-gorge était un vulgaire morceau de silex polis et légèrement vernis, ils préféraient souvent poursuivre la supercherie. Certains venaient même parfois racheter des produits au même vendeur.

Elle devina à ses paroles que le prince héritier se servait quelque chose à boire, et compris lorsque son esclave personnelle lui tapota doucement le coude qu'il lui tendait une coupe. Guidée par de légères pressions, elle parvint tant bien que mal à se saisir de l'offre en lui adressant un sourire de remerciement.

« Oui, à la gloire d'Arcam ! » Ce fumier, pensa-t-elle en le gardant pour elle. Elle s'étonna de ne pas entendre son rire si particulier dans son esprit, mais peut-être avait-il trouvé une autre âme à tourmenter pour la soirée. Elle comptait bien en profiter tant que cela durerait. Elle but une gorgée, le vin épicé constituait sans doute l'une de ses boissons préférées. Elle n'avait pas goût, contrairement à d'autres drows, aux liqueurs à base de sang -d'animaux... généralement- mais appréciait les épices, elle baignait dedans depuis ce qui lui semblait sa naissance.
« Sans difficulté est peut-être un peu... exagéré. Je ne doute pas que vous soyez fort instruit, et je suppose donc que vous savez qu'en théologie il est rare qu'un seul point de vue n'existe. A dire vrai, certains prêtres étaient fermement opposés à ma présence. Mais personnellement je pense -je sais- qu'Isten et Arcam sont liés.
Ils sont toutefois différents, bien que souvent unis -elle ne s'expliqua pas sur le sens qu'elle donnait à ce mot-, dans leur influence. De manière grossière, Arcam est le dieu des sentiments. La plupart penseront à l'amour et la haine, mais ils ne constituent que les plus évidents. Il est aussi responsable des traits de génie, des éclairs d'inspiration, des dépressions soudaines, de la jalousie, du désir de possession et de bien d'autres. C'est un dieu Créateur, même si ses créations ne nous sont pas évidentes parce que bien souvent abstraites.
Isten, quand à elle, peut être schématiquement la petit voix dans votre tête qui vous pousse en avant. L'ambition. Elle ne crée pas plus qu'elle ne modèle vos envies, elle vous pousse simplement à les accomplir, même s'il vous faut pour cela briser tous les tabous de votre société. Le vrai fidèle d'Isten ne se refuse rien.
A eux deux, ils sont le moteur de toute société. Ce sont eux qui donnent les rêves et les font vivre, qui permettent aux gens d'avoir un but et de le suivre. Sans eux nous ne serions guère plus que des enveloppes, certes de grande qualité, mais vide et inertes. Alors, bien sûr, ils sont capricieux et leurs bénédictions peuvent rapidement se transformer en malédiction mais le monde serait terriblement ennuyeux sans cela, vous ne pensez-pas ? »


Elle prit une nouvelle gorgée pour s'hydrater le palais. Elle parlait toujours beaucoup sur ce sujet, et encore estima-t-elle avoir fait cours cette fois-ci. Cela dit le vin épicé n'était pas la meilleure boisson pour cet usage.

« Puis-je me montrer curieuse en vous demandant d'où vient cette interrogation de votre part ? Nos panthéons n'ont pas souvent eu l'occasion de cohabiter après tout. Vous vous intéressez beaucoup à la religion ? »

Elle en doutait un peu. Pour autant qu'elle pouvait en juger, il n'avait pas grand chose à voir avec un érudit. Oh, il était sans aucun doutes instruit sur un certain nombre de sujets. Mais pas à proprement parler érudit. Cela sous-entendait bien souvent une certaine tendance à l'étude et à la réflexion, ce que ne lui donnait pas l'impression d'avoir Ascanio.

« Vous avez parlé d'un soltarii tout à l'heure. Est-ce lui qui est venue à Thaar, ou vous vous êtes déjà rendus dans ce royaume dont les habitants semblent, pour des raisons bien incompréhensibles, si fiers ? »
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Ascanio Vossula
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MessageSujet: Re: Du vin et des dieux [May]   Lun 28 Avr 2014 - 14:57

L'évocation des créatures étranges et redoutables qui peuplaient les régions orientales du lointain Sol'Dorn laissa Ascanio songeur. Quel genre de bête est-elle assez féroce pour qu'on puisse l'appâter avec un sanglier ? se demanda-t-il, tout en songeant que la prêtresse lui servait peut-être une plaisanterie de son propre style. Evidemment, le monde était vaste et il savait qu'il n'en avait pas tout vu : il devait bien, dans certaines régions reculées, exister des bizarreries que son œil citadin tenait pour inconnues. Et il avait lui-même, sans être initié, déjà vu bien des magiciens faire démonstration de savoirs étonnants. Il n'empêche, il s'imaginait faire face à une créature de dix fois sa taille; il aurait l'air malin, s'il se retrouvait dans une telle situation. Ascanio Vossula, au fin fond du désert, embroché par un monstre des sables... ça ferait une belle histoire, mais je pourrais trouver une mort plus digne. Le fin épéiste qu'il était n'avait pas peur de jeter le gant à un duelliste de son acabit, mais il n'avait rien de l'engeance des héros qui terrassaient les créatures mythiques. Avec un homme, je sais où frapper, et comment le faire saigner. Mais certaines créatures sont si bizarrement foutues que je ne saurais distinguer leur tête de leur arrière-train.
Et puis, pourquoi partir au fin-fond du derrière du monde pour chasser une créature monstrueuse, quand il était si simple de créer de toutes pièces les preuves d'un faux exploit ? Un jour, Ascanio devrait vraiment le tenter, le coup du lézard géant aux ailes en bois. Non pas pour le vendre, mais pour faire croire à tous les naïfs qu'il était un pourfendeur de dragons redoutable.

Lorsque la prêtresse se lança dans un cours accéléré de théologie, Ascanio regretta dans un premier temps d'avoir posé la question. Ce n'était que par courtoisie qu'il avait cru bon de s'y intéresser, et il se rappela trop tard à quel point certains membres du clergé peuvent être barbants quand on les lance sur leur sujet de prédilection. Mais May'Inil avait les moyens de capter son auditoire. Son joli minois et ses formes élancées n'y étaient sans doute pas pour rien. Et, pour ce qu'Ascanio put comprendre, Arcam et Isten étaient des divinités intéressantes. La jalousie, le désir de possession... voilà des choses dans-lesquelles le prince héritier se reconnaissait. S'agissant plus particulièrement d'Isten, il fut surpris de découvrir à quel point la description qu'en faisait May'Inil était parlante. Le désir, l'envie, et la force de les satisfaire, qu'importent les conséquences. Si Ascanio en avait le pouvoir, il aurait remplacé la devise familiale par quelque chose dans ce goût-là. Il y réfléchirait, le moment venu.

- A vous entendre, May'Inil, j'ai l'impression d'avoir été toute ma vie un fidèle d'Isten, sans en avoir la moindre conscience, dit-il en riant. Je vous avouerais ne jamais avoir porté un grand intérêt à la religion, quelle qu'elle soit. Certes, comme beaucoup d'hommes, je prie les Cinq... une fois de temps à autre, lorsqu'après un excès de trop j'éprouve le besoin de laver certaines fautes, avoua-t-il sans vergogne. Je n'ai toutefois pas l'impression que les dieux aient souvent fait un geste pour moi. Mais peut-être ont-ils jugé que j'avais déjà tout, et ils n'auraient pas tort, remarqua-t-il avec un grand sourire, amusé par sa propre conclusion.

Il but une nouvelle gorgée de vin, les épices lui piquant agréablement la gorge. C'était vrai, Ascanio n'était pas dévot pour un sou. La religion, il laissait ça à ceux qui étaient en quête de réponses. Il croyait aux Cinq, car on l'avait éduqué ainsi dès le plus jeune âge; mais pour ça comme pour bien d'autres choses, son éducation était demeurée imparfaite, chassée par son fort caractère qui, dès l'adolescence, le poussait à s'affirmer en rejetant toutes sortes de règles. Bien sûr, il avait mûri... un peu, depuis, et il évitait de fâcher les dieux lorsqu'il le pouvait. Mais de là à dire qu'il priait souvent, il y avait un sacré pas.

- D'un autre côté, ce n'est pas parce qu'on possède déjà énormément qu'il faut s'en contenter. Je suis certain que votre déesse me pousse encore à en vouloir toujours plus. C'est là que j'envie votre condition. En pauvre homme mortel que je suis, ma vie sera sûrement bien trop courte pour amasser de nouvelles fortunes. Et encore plus pour parvenir à tout dépenser.

D'un autre côté, ce n'était pas plus mal. En ayant une vie courte, il évitait les problèmes de surpoids qui ne tarderaient sans doute pas à se déclarer du fait de son alimentation riche et de sa consommation d'alcool. Vivre cinq siècles dans un corps obèse ne l'intéressait guère. Enfin, on disait que les elfes "changeaient" plus lentement que les humains, heureusement pour eux. Si je pouvais conserver encore cinquante, cent années, ce corps divinement sculpté qui est le mien, quelle aubaine ça serait. Quelle plaie que père n'ait pas sauté une elfe; je serais né bâtard, mais j'aurais eu une longue vie.

- Si j'avais l'espoir de vivre de vieux jours, peut-être prendrais-je le temps de me mettre à la théologie. Malheureusement, je dois bien faire des sacrifices; j'essaie d'occuper ma courte vie à des choses essentielles, dans-lesquelles je suis déjà compétent.

Se divertir en prenait une grande partie. Mais maintenant, il pouvait se permettre d'appeler ça autrement : il ne menait pas une vie de bâton de chaise, il se contentait, tout simplement, de "suivre la voix de la déesse Isten". C'était plus joliment dit, pour justifier son existence de débauche.

- Il m'est arrivé de voyager en péninsule, et notamment en Soltariel. Ma famille commerce avec les principaux ports du sud, et j'ai parfois eu à me rendre sur place pour surveiller, au nom de mon père, l'activité de nos établissements. Il est clair que ce sont des gens très fiers d'eux-mêmes; très imbus de leur personne, férus d'honneur, et pourtant nous n'avons rien à leur envier. Ils se sentent le besoin de justifier toutes leurs actions, et palabrent des mois durant quand il s'agit de régler un problème urgent. Tout est sujet à problème chez eux, et leur hypocrisie ferait passer la noblesse thaarie pour un modèle de franc-parler. C'est un miracle que leur société décadente ne se soit pas encore écroulée. J'aurais même tendance à les respecter pour cela.

Ascanio ne regrettait pourtant pas ses quelques séjours en péninsule. En bon fils de prince marchand, on l'avait bichonné; mais la noblesse péninsulaire avait tendance à considérer les thaaris comme des barbares. Certains voyaient d'un mauvais œil la pratique de l'esclavage, et Ascanio pour sa part avait été surpris d'apprendre que ce commerce avait, pendant un temps, été interdit. Ils me ménageaient parce que je vaux mon pesant d'or, mais ils rechignaient à me considérer comme un noble, alors que mon sang est sûrement plus honorable que celui de cette bande de consanguins qui se marient entre cousins, songea-t-il amèrement.

- Enfin, je ne doute pas que ce royaume finira par se détruire lui-même. A Thaar, nous avons la concurrence, mais la concurrence est bonne pour le marché. Nos propres divisions ne font que nous renforcer, puisqu'elles profitent aux meilleurs. Chez eux, la logique est toute autre; ils se ruinent eux-mêmes à force de guerres coûteuses, qui affaiblissent même les vainqueurs. Mais dites-moi, May'Inil, avez-vous eu, vous-même, l'occasion de visiter la péninsule ?

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May'Inil Baenrahel
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MessageSujet: Re: Du vin et des dieux [May]   Mar 29 Avr 2014 - 18:41

« Si vous désirez plus, Isten, et moi également, ne pouvons que vous encourager à tout faire pour l'obtenir. Mais ma déesse aime aussi ceux qui se contente d'ambitions plus modestes, tant qu'elles sont remplies. Après tout, on ne peut être puissant sans petites gens à qui le faire savoir. »

La richesse, bien que reposant sur des choses aussi concrètes que, par exemple, un tas d'or et de joyaux, était totalement subjective dans le sens où l'on n'était riche que si d'autres étaient plus pauvres que nous. De même que l'on était puissant que si certains nous obéissaient. Ce genre de chose n'avaient pas de sens sans comparaison aux autres. Voilà pourquoi May'Inil était convaincus qu'ils -comprendre Arcam et Isten- représentaient l'essence de toute société : aucun autre dieu ne s'intéressait autant qu'eux aux rapports entre les mortels. Même dans les domaines des autres dieux on voyait leur influence : combien de guerre s'étaient-elles déclarés par ambition, amour ou haine ? Combien de meurtres avaient été commis au nom de la passion ? Même le précieux don de la vie, que chérissaient chaque espèce -qu'elle soit naine, elfe ou humaine-, n'avait guère de poids sans les sentiments qui en étaient le plus souvent à l'origine.

« Quant aux interventions des dieux... Quand vous commencez à les côtoyer de suffisamment près, vous vous rendez vite compte que lorsque rien ne se passe, que le ciel ne se déchire pas, que la terre ne crache pas la lave, que demain succède bien à aujourd'hui et qu'aucune autre manifestation n'est à l’œuvre si ce n'est la banalité du quotidien... vous vous dites que finalement les dieux ont bien fait leur travail et que si vous êtes encore en vie pour en profiter ce n'est pas si mal. »

Une vision un brin fataliste, mais il fallait avouer que, depuis qu'elle connaissait -pour autant que ce mot était approprié- au moins un dieu, plus probablement deux ou trois, intimement, elle avait rapidement compris que leurs interventions directes étaient majoritairement dans leur propre intérêt. Les bienfaits qu'ils accordaient aux mortels semblaient plus involontaire, presque par erreur. Bien sûr, le fait que cela soit Arcam qu'elle connaissait n'aidait pas : on faisait difficilement plus égoïste que le dieu aux milles visages.

« Je peux me targuer d'une certaine éducation dans les domaines religieux, mais mes compétences ne se limitent pas à ça, et, qui sait, peut-être pourront nous parler plus en profondeur de nos connaissances respectives plus tard, qu'en dites-vous ? » Elle gratifia cette remarque pas franchement innocente d'un sourire malicieux.

Elle sourit au récit que lui faisait le prince-héritier de son voyage en Péninsule. Elle partageait son aversion pour la pesanteur de ces régions. Elle n'avait guère eu l'occasion de faire face aux représentants péninsulaires, simplement un marchand, en une occasion, mais il lui avait déjà parus d'un pompeux consommé. Et espéciste au possible de surcroît, il n'avait accepté de traiter que par serviteur interposés. Elle avait finalement trouvé quelques racailles pour mettre le feu à sa marchandise, par simple vengeance. Elle avait détesté qu'on refuse de la voir.

« Il faut des siècles pour qu'une société s’effondre d'elle-même. En revanche, il suffit parfois d'une impulsion extérieur pour que l'ensemble s'écroule. Reste à voir d'où pourrait venir une telle impulsion. » Son ton laissait sous-entendre qu'elle en avait une très bonne idée, et n'attendait que ça.
« La guerre peut être nécessaire. Mais il est vrai, je pense, que la saine concurrence de nos régions, dont les désagréments ne sont finalement que modestes, est bien préférable. »

Si l'on exceptait que le principal désagrément était la nature même de cette concurrence. L'Ithri'Vaan était un territoire sans unité, sillonné de brigands. Les différents marchands auraient pus sans problème s'en débarrasser en unissant leurs moyens -quitte à payer la moitié des brigands pour tuer l'autre- mais chacun préférait s'en servir. Elle même n'était pas la dernière à le faire. Sol'Dorn était entouré de despotes plus ou moins puissants qu'ils auraient pus rallié ou faire plier s'ils l'avaient voulus, mais chaque conseiller avait ses amitiés et participait du conflit général. Elle croyait aux vertus du conflit, et celui de l'Ithri'Vaan durait depuis aussi longtemps qu'elle s'en souvenait, et probablement même avant. Elle se disait que ce qui en sortirait serait forcément plus puissant que tout autre. Mais elle commençait à douter d'en voir le bout, même avec son éternité supposée.

« Je me suis rendus en une unique occasion en Péninsule. Mais je n'en ai pas vus grand chose. J'ai dus voyager dans des conditions déplorables, au milieu de terres qui m'ont parus désertes et désolés comparé à nos régions fertiles, tout cela pour gagner un village pouilleux et m'entretenir avec une femme à moitié folle. Mais quelque part, tout cela a été enrichissant. Pour autant, je ne suis pas prêt de mettre de nouveau ne serait-ce qu'un seul orteil en Péninsule. »

D'un autre côté, elle n'en avait pas eu la moindre attention avant de faire ce voyage. Affirmer ce genre de choses était comme tendre une invitation à Arcam. Mais elle en prenait le risque, elle ne le pensait pas impatient de lui imposer cette expérience de nouveau. Qu'est-ce qu'il pourrait en tirer après tout ? Il avait probablement beaucoup mieux à faire en ces terres, qui étaient presque les siennes après son passage remarqué au moment du Voile.

« Il est curieux de se dire qu'ils ont faillis réussir à nous envahir, il y a de ça plusieurs siècles. A la place nous avons hérité de l'autorité du Puy. Pas vraiment mieux, je vous l'accorderais sans peine. L'indépendance nouvelle dont nous jouissons est un présent des dieux, que nous devrions veiller à ne pas perdre. Je n'ai pas beaucoup de liens avec la Péninsule, mais je sais qu'ils sont nombreux au Puy qui voudrait nous priver de cette liberté. Qui cherchent à renouer des liens de subordination, soit-disant pour notre bien. » Ses traits s'était durcies, comme si elle était en colère. Puis elle redevint souriante et un brin orgueilleuse : « Mais cela veut dire qu'ils nous trouvent puissants, attrayants. D'ici quelques années, ce seront eux qui nous supplieront de leur accorder notre aide, j'en suis certaine. Une vision fort agréable n'est-ce pas ? D'autant que, qui sait ce que vous serez d'ici quelques années, prince héritier ? » Elle roula légèrement le dernier mot entre ses lèvres pulpeuses.
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MessageSujet: Re: Du vin et des dieux [May]   Mer 30 Avr 2014 - 1:52


De nouveaux sous-entendus. Ou bien Ascanio avait l'esprit très mal tourné - ce qui, de toute manière, était le cas - ou bien May'Inil Baenrahel se plaisait à lui mettre en tête des pensées inappropriées. Avec le goût du vin épicé, la voix mélodieuse de la prêtresse, le murmure de la foule et le goût du pouvoir, Ascanio se laissait facilement gagner par la délicieuse torpeur qui émoussait ses sens et dissipait les quelques limites qu'il se fixait lui-même. N'eut été la suite de la sombre, peut-être se serait-il permis d'écouter la petite voix de la déesse Isten, et de donner libre-cours aux tentations. Mais le moment était mal choisi. Et l'on ne gagnait jamais rien à précipiter les choses.

May'Inil semblait garder une rancune tenace à l'égard des gens qu'elle avait pu rencontrer dans la péninsule. Alors qu'Ascanio leur reprochait une hypocrisie et une fatuité poussées à l'extrême, la prêtresse paraissait nourrir des griefs plus profonds. Lorsqu'elle parla d'une impulsion entraînant l'écroulement de leur société, Ascanio fut bizarrement pris d'un frisson, pour la première fois de la soirée. La voix de May'Inil résonnait dans sa tête, et les mots et la manière de les prononcer trahissaient une rancœur profonde. Il sut alors que pour rien au monde, il n'aurait voulu s'attirer la même rancune. Curieux pourtant qu'une prêtresse aveugle puisse susciter chez lui ce sentiment de malaise. Mais il connaissait mal les dieux et la magie, et l'inconnu fait peur au novice : qui sait quelles malédictions pouvaient s'attirer ceux qui déplaisaient à la prêtresse et à son culte ?

- La guerre est peut-être nécessaire pour certains. Les hommes comme moi savent se tenir à distance d'elle... voire en profiter, dit-il, songeant à certains marchands qui avaient fait fortune en armant, lors de certains conflits, les belligérants des deux côtés.

Il se garda de demander à May'Inil ce qui avait bien pu la conduire, au juste, à visiter la péninsule, tout ça pour rendre visite à une vieille cinglée dans un village de pouilleux. Il avait la ferme intuition que cette histoire louche dépassait largement ce qu'il était capable de comprendre, et il n'était pas certain non plus qu'il ait réellement envie de savoir. Les jeux des dieux... je veux bien prendre ce qu'ils me donnent, mais je me garderais bien d'aller sonder leurs intentions. Ils finirent donc par parler de politique, un sujet qui restait lui-même épineux, mais qui ne dérangeait pas Ascanio, car il savait à quoi s'en tenir - la politique n'entraîne rarement des malédictions, elle attire simplement des coups de poignard dans le dos; rien de bien redoutable, pourvu qu'on soit en terrain connu.

- La péninsule, le Puy... même combat, chère May'Inil. Les puissances d'antan s'effritent. Elles remuent comme une bête qui agonise, mais dont la fin reste inéluctable. Je mourrais sans doute bien avant de voir ce jour venir, mais le onzième cycle, je le sais, sera celui de l'Ithri'Vaan. Un âge d'or pour Thaar comme pour Sol'Dorn, riches et indépendantes, qui dicteront leur conduite au reste du monde. D'ici quelques années, comme vous le dites, tout le monde viendra quémander notre aide.

Son regard s'illumina un instant lorsque la prêtresse évoqua le rôle qu'il jouerait d'ici quelques années, prononçant le titre de prince héritier avec un ton appuyé. En tant que fils aîné, il était bien évidemment pressenti pour hériter un jour de la fortune familiale - laissant une bouchée de pain à ses demi-frères, pour son plus grand plaisir, car les Vossula comme d'autres familles avaient pour coutume de ne pas diviser leur succession afin de conserver le patrimoine intact. Peut-être chercheraient-ils à lui mettre des bâtons dans les roues et à le spolier de son héritage; mais les moutards de la Retore n'étaient pas assez malins pour cela. Ascanio, pour le moment, vivait comme un prince, les responsabilités en moins. Evidemment, s'il devait un jour s'asseoir à la table du Conseil de Thaar, sa vie serait bien différente; le divertissement devrait nécessairement prendre une part moindre dans sa vie. Mais la perspective d'exercer le pouvoir, de ne plus être l'ombre de son père et de constituer une pièce maîtresse sur l'échiquier estréventin, voire sur un plan plus large... oui, cette perspective l'excitait, elle l'excitait foutrement, plus encore que la surprise d'être tombé sur cinq jeunes filles vierges l'attendant, dévêtues, dans sa chambre le soir de son précédent anniversaire. On disait parfois de lui qu'il ne pensait qu'au plaisir et qu'il ferait un mauvais dirigeant, qu'il n'était pas assez sérieux pour cela; Ascanio n'en avait cure. Il savait qu'il remplirait parfaitement son rôle, et qu'à ce jeu, il surpasserait même son propre père. Mais puisqu'il est encore en vie, je peux bien supporter de vivre à ses crochets quelques années de plus...

- Qui peut, dire, en effet, ce que me réservent les années à venir ? dit-il pompeusement, mentant effrontément sur son ignorance. Il est vrai que mon père, si Tari devait l'emporter dans un avenir plus ou moins proche, pourrait me désigner comme son successeur, ce qui m'ouvrirait les portes du conseil de la ville, où je siégerais comme lui l'a fait. A moins que son choix ne se reporte sur l'un de mes demi-frères ou demi-sœurs. Même moi, son propre fils, je ne puis préjuger des intentions de mon géniteur. Et puis, la vie à Thaar étant celle qu'elle est, qui peut dire si je survivrais réellement à mon père ? Nous autres nobles marchands sommes accoutumés aux vendettas entre familles rivales. Qui sait si l'une des inimitiés que s'est attiré mon père ne va pas un jour me valoir un coup de lame en travers de la gorge ?

Il leva sa coupe de vin à hauteur de son visage, et la remua légèrement, faisant tourner le liquide et renversant un peu de son contenu au passage.

- Ou du poison dans mon vin ? ajouta-t-il, avant de vider dans sa gorge ce qui restait de sa coupe. Il en avait de toute façon ingurgité bien assez pour que cette gorgée-ci n'y change rien; et si le destin devait le faire crever bêtement ce soir, et bien, qu'il crève. Il aurait mené une vie plutôt agréable, et ne trouverait rien à regretter. Il y a tellement de manières d'éliminer un rival. Peut-être même que celui qui causera ma perte ne sera pas un ennemi, mais un membre de ma bien-aimée famille.

Il héla le serviteur en réclamant plus de vin. Son allocution avait ravivé sa soif.

- Mais je crois comprendre, à vous écouter, que votre culte porte un intérêt tout particulier à la géopolitique. Rien d'étonnant à cela, j'imagine. Si le pouvoir est une chose qui fascine les hommes, il est certain qu'elle fascine au moins autant les dieux. D'ailleurs... le grand prêtre d'Arcam vous présentait comme conseillère à Sol'Dorn, May'Inil. Est-ce courant dans cette ville que de hauts dignitaires du clergé occupent de tels postes ? Les affaires de religion doivent y avoir la part belle.

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MessageSujet: Re: Du vin et des dieux [May]   Jeu 8 Mai 2014 - 18:26

« Se tenir à distance oui, mais pas trop je gage. Les perdants comme les gagnants ont toujours des réparations à faire, des emprunts nécessaires, ce genre de chose. Et puis sans le conflit, nous ne serions que de riches encroûtés sans plus à faire que compter les pièces d'or encore et encore. Heureusement la vie est plus passionnante que cela. Sans aller jusqu'au guerres, il est bon que nous nous affrontions les uns les autres, même si ce n'est qu'à travers des rivalités commerciales. Cela maintient l'esprit en éveil. »

Elle qui trempait dans presque autant d'affaires louches qu'honnêtes, elle en savait quelque chose. D'autant que les drows avaient gardés leurs habitudes à traiter les affaires avec une promptitude meurtrière. C'était moins marqués qu'au Puy, mais enfin, on n'était pas en sécurité pour autant.Et la fracture idéologique entre les générations récentes et les traditionalistes eldéens avaient incité à jouer du couteau. Tant et si bien qu'avec près de quatre siècles, elle comptait dans les plus vieilles représentantes de la cité indépendante. Ce qui ne la rassurait pas vraiment.

« Si jamais je vois ce jour, soyez assuré que je penserais à vous en tout cas. Je suis certaine que les plus grand contributeurs à cette indépendance ne seront pas oublié et que leurs mémoires rayonneront pour les siècles à venir. »

Il lui semblait que les humains tenaient à ce genre de choses. Évidemment, elle pouvait les comprendre, qui ne rêvait pas de laisser une marque durable sur ce monde ? La différence étaient que les elfes pouvaient la voir de leurs propres yeux bien souvent. Ils avaient donc tendance à être plus subtils et effacés devant leurs créations. Certaine soeuvres humaines s'étaient finis des centaines d'années après que leur créateur originel aient trépassé. On pouvait donc comprendre leur besoin de conserver leur mémoire.

« On ne peut certes présager des intentions de personne, mais on peut se débrouiller pour les influencer au mieux. Un jeu passionnant s'il en est. Le principal de ces fêtes il me semble, bien avant les cartes ou même la séduction. Enfin, quand ils ne se regroupent pas bien entendus. » Elle semblait quelque peu trahir sa propre attitude par ses paroles mais, après tout, elle n'avait jamais vraiment eu l'intention de bluffer Ascanio, qui même avec sa trentaine d'année était assurément trop habitué pour se laisser berner aussi simplement. En revanche se montrer aussi détaché pouvait le mettre en confiance, pourquoi pas. Elle poursuivit sur une pointe de plaisanterie : « Ce serait un réel gâchis de trancher une telle gorge si je puis me permettre, elle vous vas beaucoup mieux ainsi, le poison serait une solution bien plus propre. Quant à la famille, je n'ai jamais compris la confiance spontanée que votre peuple mettait dans ce genre de liens. Ils peuvent faire les meilleurs alliés mais aussi les plus acharnés des ennemis. »

Elle en savait quelque chose, ayant elle-même fait assassiné sa propre mère -qui avait probablement fait assassiner son mari-. Cela dit Draven était la seule personne en qui elle avait totalement confiance. Elle y avait veillé tout le long de son éducation, et il n'avait aucune vue sur les affaires de sa mère. Mais du coup il lui manquait parfois un héritier. C'était encore plus présent à son esprit depuis qu'elle avait perdus la vue. Elle fut interrompus dans cette réflexion par une question sur sa double identité politique et religieuse.

« Oui, je suis loin d'être la seule. Vous le savez peut-être déjà, mais nos cousins eldéens sont des dévots féroces, d'aucuns diraient des fanatiques. Et si nous nous montrons moins extrémistes et cloisonnés -ma présence ici le prouve- notre communauté doeben n'en est pas moins croyante. Lorsque nos ancêtres sont arrivés à Sol'Dorn, les prêtres ont naturellement eu une place de choix. Et lorsque nous avons pris des terres, ils ont eu parmi les plus gros tribus. Donc oui, même aujourd'hui nous continuons de constituer une élite intellectuelle et politique, même si de plus en plus d'artisans et de marchands prennent en importance et que quelques uns aient obtenus de parler au conseil. Sans oublier la communauté humaine qui disposent occasionnellement de son représentant également. Nous ne pratiquons pas la discrimination, accueillant tous ceux qui le méritent. » Elle avait dit cette dernière phrase sur un ton tout à fait sérieux, comme le ferait quelqu'un cherchant à convaincre son vis-à-vis. Puis elle se détendit et ses lèvres se plissèrent dans un sourire amusé :
« Ce qui, il faut l'avouer, passe essentiellement par une grosse quantité d'or. Et quelques hommes de mains compétents. Une peau pas trop claire aide également. A la vérité j'ai bien peur que nous manquions un peu d'ouverture. Oh, nous changeons. Mais mon peuple n'est pas connus pour sa rapidité d'évolution. Je fais ce que je peux pour favoriser le changement, mais je ne suis pas toute puissante, loin de là. Mais je ne veux pas vous importuner avec ces problèmes, que diriez-vous plutôt de prendre l'air, je crois que notre hôte possède une terrasse. Si vous vouliez bien me guider ? »

Demanda-t-elle en tendant son bras. Elle n'avait pas jusque là évoqué clairement son handicap, même si elle ne doutait pas qu'il l'eut perçus. Elle ne s'en cachait plus depuis son voyage. Il était très pratique pour mettre mal à l'aise ses interlocuteurs, se rendait-elle compte. Mais en l’occurrence elle ne le cherchait pas. Ce n'était tout au plus qu'une façon de se rapprocher, aussi brièvement que ce soit, d'Ascanio.

« J'appréciais le spectacle des étoiles auparavant. Plus jeune j'y cherchais des réponses, des messages. J'ai finis par comprendre que ce n'était pas une bonne façon de mener sa vie. Vous ne manquez pas d'astrologues dans cette ville il me semble ? »
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