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 Au crime du page équivoque

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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Au crime du page équivoque   Dim 4 Mai 2014 - 13:25




Entraîné par la courbure de son imperceptible déclin, l'astre, très bas, passa d'un blanc lumineux à un rouge terne sans rayons et sans chaleur, comme s'il allait s'éteindre d'un coup, grevé à mort par le contact de cette pénombre qui pesait sur la troupe en contrebas. Adoncques, il se fit un changement sur les eaux du Ner, et la sérénité devint moins éclatante mais plus profonde, fardant la grande vénerie que faisaient les sanguinivores sur l'ost royal dispersé parmi les ripisylves. En dépit de laquelle adversité ce dernier pousserait céans jusqu'à Castel Pignon, accomplissant sous l'égide du capable captal de Sillé l'emprise amorcée à leur départ matutinal de Mons.

Mirant et absorbant ces choses des hauteurs du Grimsel, Arsinoé était en joie à l’idée de retrouver ce pays dont le veuvage l’avait cruellement séparé. Aussi, elle s’était résolvée à multiplier les étapes, révélant doctement aux capitaines royaux qu’il fallait « Laisser le temps au temps, autant qu’il en coûtera à ce triomphateur de félonie qu’est mon sénéchal messire de Bazolles pour rassembler les bannerets ». Le nord et ses frimas impitoyables patienteraient ! Et si le baron d’Etherna venait entrementres à triompher de l’épave de ce royaume palimpseste, elle lui serait en vérité bien gré d’avoir drainé jusqu'à la lie ce sinistre calice ; tant son propre cœur méconnaissait les velléités d’absolutisme du roy au vélin.

Appliquant donc ses propres préceptes, c’était l’hospitalité d’un moutier haut perché qui ore serait mise à l’épreuve par la dame et les deux douzaines de commensaux qu’elle avait en société, au nombre desquels figurait naturellement le Mignon de Vercombe. Le chemin s’avérant plus méchant et tortueux qu’escompté, on ne gagna pas la vallée cultivée et le couvent qui y était sis avant que le crépuscule ne les prenne dans son étreinte fraîche et moite. L'odeur des vignes montait en un souffle d'ivresse, pesante douceur laissant toutefois percer quelques senteurs dépaysantes.

Grisonnant, étriqué et magané, le monastère avait perdu de sa champêtre superbe. Nul cortège ne venant à leur devant – et c'est là qu'elle se résolut d'oublier un temps les chœurs séraphiques de  Nostredame-de-la-Bien-Venue, faute de quoi tout ici lui apparaîtrait fade et triste – on tonna aux battants qui, miracle, s'entrouvrirent temprement pour révéler une cour ombreuse. Le prieur qui s'appelait Raymondin leur offrit gite et couvert comme il seyait à leur parage. Il avait les joues creuses, le teint jaune, un dos très droit, l'aspect d'un ascète. Avenant au demeurant, il leur pria d'absoudre sa pauvre communauté, recluse dans le cloître à veiller à l'agonie d'un frère moribond.

Livrés à eux-mêmes, nos laïques investirent le réfectoire accompagnés du seul prieur et d'une poignée de jeunes novices. Triomphe de ladrerie, on banqueta de brochettes d'anguilles à l'eau de poivre. Le doyen aurait certainement fait l'objet de quelques remontrances s'il n'avait auparavant fécondé l'esprit de ces nobles d'une idée ébaudissante : Le marais mouillé abondant en fièvres malignes qui s'étendait à gauche de cette branche cadette du Ner serait en vérité un paradis cynégétique, où l'on chasserait demain à l'autour et au faucon. Nonobstant la chicheté de la chère, on feta la nouvelle à grands fûts de vin que la coterie n'avait pas négligé d'entreposer dans leurs bagages. Méprisant la piquette que les frères cultivaient, la dame-régente se sustenta plutôt d'un vin clairet en provenance de l'abbatiale de Saint-Odilon dans le berthildois.

Féliciés mais fatigués, nos veneurs gagnèrent l'hospice où régnait l'ordre monastique : dames et gentilhomme coucheraient dans deux dortoirs séparés par le réfectoire. Le sénéchal logerait lui dans la petite chambre qui avait jadis accueilli son trisaïeul le baron Eudes, et la régente dans celle que le doyen lui avait gracieusement cédé et aménagé de l'autre côté de la cour. Ouvrant mollement la porte, cette dernière s'estima contentée par l'allure lumineuse de la chambrée et du lit bien carré qui y était enclos, et plus encore par le vin de coing agréablement disposé sur une table-basse. Elle s'y dirigeait, languide, lorsque une ombre fugace l'alerta au danger qui pesait sur sa personne. Là, terré dans un coin de la salle se tenait un page au faciès anonyme mais à la livrée bien idoine. Les mains dégoulinantes de pierreries, un surin à son flanc et un air stupide que notre héroïne lui rendait bien, il hésita avant de s'élancer dans la direction de la porte mais aussi de la régente.

« À l'assassin! » voulut-elle crier ; mais le cri s'étouffa dans sa gorge sèche, si sèche. Le spadassin funestueux l'aurait occist céans, si le fantôme de l'Ivrey n'était venu l'insuffler de sa sève. Sa main empoigna aveuglément le sceptre de son état, qui d'un moulinet gauche mais vaillant vint s'abattre sur le crane de l'infect qui sombra aussitôt dans l'apoplexie. Son cœur tressautait et sursautait au rythme du corps de son bourreau qu’elle frappa jusqu’à ce qu’il reste coi.

Un ange passe, et la raison reprend ses droits. La dame contemple son œuvre, et est un instant transie par le sang qui s’épand des tous les orifices de l’interlope. Mais les crimes commis en état d'ébriété ne sont-ils pas un moindre péché ? Forte de cette pensée rassérénessante, elle s’empare du poignard du porte-glaive et déchire robe et chainse au niveau de l’aisselle, avant de le placer dans sa main potelée. Elle s’envole alors, traversant discrètement le jardin pour aller s’effondrer dans les bras puissants d’Aedán.


Dernière édition par Arsinoé d'Olyssea le Sam 17 Mai 2014 - 14:08, édité 1 fois
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Aedán de Vercombe
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MessageSujet: Re: Au crime du page équivoque   Jeu 8 Mai 2014 - 11:18

Le sang échauffé par la dive bouteille, le mirliflore enrageait sur l'indécent écart que la pudeur des calotins lui imposait avec sa belle. Faute de s'être régalé d'une chère royale lors du repas, c'était la Régente que le séduisant chevalier avait dévoré des yeux. Malheureusement, ni princesse à la bouche gourmande ni drap de soie du Langehack ne l'attendaient dans sa cellule. L'ambitieux se voyait offrir, ou plutôt imposer, une literie austère, odieuse insulte à sa récente ascension sociale. Pour qui se prenaient ces moinillons pour l'agonir ainsi avec leurs principes? Quant à la proposition de chasse du prieur, vulgaire lantiponnage! Aedán s'était persuadé que le pingre escomptait récupérer la viande de la monture qui ne manquerait pas de se briser une patte dans le sol traître du marécage.

Ce fut ainsi, en proie à de fort peu vertueuses pensées et occupé à jeter ses effets sur un modeste coussiège, qu'il sentit plus qu'il ne vit sa porte s'ouvrir dans la pénombre. Les sens en alerte, simplement mais néanmoins fièrement harnaché d'une chemise à jabot et d'un coutelas, il s'apprêta à faire face à ce visiteur qui lui venait sus l'arme au poing. Ah, assurément les Dieux l'aimaient trop pour le laisser partir pareillement vêtu! Alors qu'il s'apprêtait à lever son arme, le Favori se trouva décontenancé par la voix de l'intruse, en laquelle il reconnut Arsinoé.

"Tendre amie, as-tu craint que quelque fol ne se dresse sur le chemin de nos sentiments pour venir ainsi armée?" s'étonna Aedán, un sourire concupiscent sur les lèvres. En cherchant à serrer sa dame contre lui le sigisbée remarqua alors son air affolé. Pareille à une décoction vivifiante, l'adrénaline envahit le chevalier qui pressa la belle questions et, lorsqu'il avisa le triste sort connu par le tissu qui la couvrait, le Sénéchal jura qu'il ferait justice. Hélas, trois fois hélas, entre ses questions et ses rassérénants baisers, le Prince de la Chambreverte ne permit pas à l'oréade de s'exprimer avant que des pas ne se fissent entendre.

"Par tous les saints que faites-vous ici?!" éructa un homme dans l'embrasure de la porte. Les yeux du prieur exprimaient son abomination de découvrir ce couple ainsi enlacé dans ce lieu sacré, d'alliciantes impudicités menaçant déjà d'échapper d'une vêture malmenée. Au tressaillement de son amante, le fils d'Ethaine d'Ancenis crut alors comprendre la situation. On s'était joué d'eux! Ces frocards gourmés n'étaient pas plus ecclésiastes que lui. On leur avait tendu un guet-apens! Persuadé que la main en retrait du moine dissimulait une arme, Aedán prit l'étonnement de l'ascète pour celui de l'assassin qui avait escompté que sa cible soit esseulée.

Se fendant d'un coup en écharpe, l'aristocrate porta un coup au visage du coupe-jarret, lui brisant vilainement le nez du pommeau de sa dague. Pour toute réponse, l'ingrat sicaire s'effondra sur la jonchée, inconscient, non sans souiller de son sang la chemise du chevalier. Ah! Les circonstances auraient-elles été différentes que le jouteur aurait cherché à immobiliser le drôle afin de l'interroger séance tenante mais il ne pouvait se permettre de voir la vie de la Régente en péril. "Coquefabuses que ce moutier! On nous a berné ma douce! Reste à mes côtés et rien ne t'arrivera!" lança le beau sire avant de héler Boscaud dit le Bon-Heur.

Le lanspessade Boscaud faisait partie de ces vétérans à la face burinée qui avaient rejoint la garde que le nouveau Sénéchal s'était efforcé de mettre sur pieds. Ce dernier avait en effet pris sous sa coupe ce qu'il restait des rats du Rat, les reîtres qui avaient autrefois suivi l'Ivrey, et renfloué leurs rangs à grand renfort d'anciens compagnons avec lesquels il s'était lié d'amitié lors de tournois ou de guerres privées. C'était à croire que le Royaume regorgeait de ces demi-malandrins qui escomptaient profiter de la bonne fortune récente du bien libéral Aedán.

"On s'est joué de nous, Boscaud! Ce moutier n'est pas ce qu'il y paraît!" expliqua laconiquement de Vercombe en agitant la lame au pommeau rougi de son coutelas sous les yeux de son capiston. "Réveille tes hommes, que personne n'entre ou sorte de ces lieux sans ma permission...et fais enfermer tous ces sicaires en robe. Nous leur ferons cracher le nom de leur maître!"

Adressant un sourire conquérant à l'adresse d'Arsinoé, Monsieur le Favori murmura "Ceux qui ont fait l'erreur de s'en prendre à toi le regretteront. Je leur faire goûter à l'acier implacable de la justice".
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Au crime du page équivoque   Sam 10 Mai 2014 - 18:55


Entrementres que l'aïros de Vercombe ordonnançait le fatum de ces singes, notre héroïne, pareille au sanglier vermillant, fourrageait parmi les effets de sa cellule d'anachorète dans l'espoir d'y trouver quelque drogue à même de dompter le bouillonnement qui la possédait tout entière et remontait, ardent, jusqu'à son arrière-gorge. À défaut de philtre de valériane, sa main tâtonnante s'enticha finalement d'un vilénable aigrevin qu'elle draina incontinent. Torréfiée, elle s'accola à son bienfaiseur dans un dernier froufrou et, regraciant ses gaillardes susurrations d'un baiser carnassier, gazouilla à son tour « Aussi longtemps que je serai en votre société tendre cousin, les griffes de cette divinité bilieuse qu'est la Camarde ne pourront que m'excorier. »

Aé! À l'empire des plus tendres sentiments se substituèrent les pleurs, clains et cris des cénobites cauteleux avisés de leur propre démystification. Désireux de venger leur gourou, les plus méchants abandonnèrent toutes prétentions et s'élancèrent à l'acontre des nobliaux qui s'étaient disposés dans la cour autour de l'hospice, des dames et jeunes gentils enfants qui s'y terraient. Surgissant à son tour - sceptre à la jaspure sanguine dans la dextre et candelier dans la senestre – l'effarouchée fut assaillie par un novice qu'elle assomma aussitôt. Le toujours serviable Aedán la repoussa adoncques vers l'arrière, mais derrière cette affectuosité se mussait en vérité une cruelle errance : privés de leur maitresse, les quelques gentilshommes furent sévèrement étrillés par leurs afflicteurs comme adiablés. La sénescence d'Artaud de Mareuil, fidèle chambellan, fut ainsi abolie par un trident champêtre que maniait un solide vacher Olysséan ; tout comme le fut la senestre du gentil sire de Porpignon qui se fendit d’un mordiable laconique.

Si la déconfiture fut avertée, ce fut par le fait du bon Boscaud, qui ayant enfin rameuté ses bélicateurs ainsi que la garde pourpre de leur bivouac attenant, rebouta avec force l’assaut de ces pouacres. Un instant fugace plus tard, saynète dédiée au délice orgiaque du barbarisme drapé de vertu, et la cour était à nouveau paisible, la terre un marécage de larmes et lymphes baigné de lueurs sélénites. Tranquillité qui se voyait toutefois troublée par deux petits séraphins braillards que trainait l'ogre épicurien qu'était Deux-Geules.

Aux antipodes de ces lubriques atteintes et bacchanales exactions, le sénéchal à l'intrépide bachelerie dévorait à grand-pas l'étendue le séparant du cloitre niché contre un versant des Grimsel. Il était suivi d'une vingtaine de gentilshommes aux mines graves, ainsi que d'Arsinoé qui aujourd'hui tuait la putain thaarie au profit de la Louve, sans oncques se soucier de son flanc découvert. On enfonça la porte de l’antre antédiluvienne, et la coterie s'y engouffra portée par une puissante bourrasque. Céans, la noirceur était saisissante, l’œil si débile qu’il mirait tour à tour nef pélasgique, caveau funèbre et gouffre infernal selon ses inclinations. Le flair était ici le sens qui méritait fiance : Le cœur de ce monastère captieux, son Saint des saints, méphitisait l’air au point de navrer les personnes qui le respiraient, et chassait les dernières traces de sémillance.

La troupe progressa prudemment, illuminée du grand candélabre que leur avait porté Grelots, et à l’aide duquel on crut enfin déceler des silhouettes au sein de la nébuleuse fantasmagorie du cloître. Pleine de morgue, elle se présenta à leur devant et, levant haut son bâton qui était la terreur des garçonnets, déclama :

« En portant atteinte à la vie et au bonheur de votre suzeraine, vous avez sonné le glas de votre perfide cénacle. Persistez et renâclez, et vous y gagnerez les indicibles tourments d’une mort violente. » Le blâme venait tout naturellement à notre vengeresse, qui avait tôt fait d’amalgamer page et novice, meurtre et vol, tant son esprit à la tournure capricante était de surcroît doublement aiguillonné par l’ivresse et la peur.  

Il résonna alors un petit ricanement méphistophélique là où on devinait l’autel. Vouant intérieurement son auteur aux gémonies, elle s’approcha assez pour constater la futilité d’un tel desideratum : l’homme était alité, couvert d’un linceul poicré et souillé. C’était le frère moribond que leur avait tantôt aconté ce goétique de Raymondin. Il exhalait d’immondes senteurs, derrières lesquelles les frères survivants – les plus vieux, jeunes et chétifs – se réfugiaient adroitement. Voici ce qu’il dit :

« Nous sommes dans les main de dieux dont nous méconnaissons jusqu’à l’existence…La fatalité est la poésie du monde, fresque démiurgique au dessein imperceptible. Je crois, je sais que si nous venions un jour à en percer les secrets, cet univers malade s’étiolerait pour être remplacé par une sphère encore plus absconse et putride, sans que l’on ne puisse jamais se soustraire à ces entraves qui nous donnent forme. »


Lesquels amphigouris eschatologiques trouvèrent un fort écho dans l’âme d’Arsinoé, qui s’agrippa à l’épaule du Favori tout comme si les flots menaçaient de l’emporter. Mais celui-ci, enfiévré par un tel étalement impiété dans ce lieu qui se voulait sain, s’élança alors et illumina le mourant de sa torche, repoussant rageusement le drap le recouvrant. « Haro ! Benedicité ! Qu'est-ce que je vois ? » Hurla-t-il tout en reculant précipitamment, renversant un des lares séculiers. Et pour cause : l’homoncule n’était pas tant un pestiféré qu’il était la Peste. Charogne infâme pleine d’exhalaisons, pas un centimètre de sa peau noirâtre n’était recouvert d’un bubon engorgé. Son flanc gauche était putréfié jusqu’au cou, et l’os fémur était déshabillé par endroits.

« Brûlez, brûlez tout. »
Cria Arsinoé qui, fidèle à elle-même, s’empressa de fuir ce cloître léthifère.
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Aedán de Vercombe
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MessageSujet: Re: Au crime du page équivoque   Dim 11 Mai 2014 - 1:08

Encaqués dans l'antichambre du fléau bubonique, même les plus braves sentirent un frémissement leur parcourir l'échine. La peste! Le Grand Mal! Tous se surprirent à s'inspecter la peau en quête d'une funeste protubérance. Par une renardise, on s'était joué d'eux afin qu'ils nourrissent quelque insatiable démon. Ils se trouvaient dans la gueule de la Bête! A n'en pas douter, tous les esprits sacrés de ces lieux s'étaient évanouis au profit de quelque mal indicible. Un mal qui rongeait les âmes comme les chairs à en juger par la folie du calotin. Après avoir été pétrifié un instant par la terreur, la rage prit le dessus et Aedán arracha des mains de l'un de ses hommes un flambeau qu'il abattit sur le visage du patriarche dans un hurlement empreint de sauvagerie. Encore hagard, il gueula à l'adresse de ses gens : "Vous avez entendu la Régente?! Brûlez ce temple damné...et qu'on mène tous ces enfants de putains à la falaise!"

Peu désireux de risquer la morsure mortelle de la maladie, ce fut à la pointe de leurs vouges que la garde du Favori mena à leur mort aïeux et novices. Sitôt que l'un s'essayait à une dérobade, il était récompensé par une douloureuse entaille qui lui arrachait un couinement ridicule. Alors, retrouvant tout leur courage et leur méchanceté, les reîtres d'Aedán entreprirent d'insulter les frocards, de les couvrir de bien cruels brocards et, lorsqu'ils en furent rassasiés, les guidèrent dans les bras de la Camarde. Pareils à de vulgaires sacs de jute, ils chutèrent mollement, leurs corps se brisant en produisant un son révulsant le long de la paroi rocheuse pour le plus grand bonheur des spadassins qui commentaient la chose.

Bien que soulagée, la coterie de la dame demeurait agitée. La nuit était noire et le raidillon à emprunter fort traître dans le sens inverse. Aussi, lorsque que les première flammes léchèrent le bâtiment là où il était possible de le consumer, une question émergea dans leurs esprits avinés. On ne pouvait envisager s'esbigner par le versant qui les avait accueilli, tout du moins pas avant l'aube. Afin d'échapper à la fournaise, ne restait plus qu'à s'enfoncer dans la pinède qui couvrait l'arrière du monastère. Mais quel autre maléfice les guetterait sous les ramées obscures? De Vercombe ordonna à quelques uns de leurs gens d'enterrer dignement leurs morts et de se risquer sur le chemin de l'ost afin de partir en quête de renforts. Pour le reste, ils chercheraient refuge dans les bois.

Vigilante, la coterie avança en file indienne dans la pinatelle, leurs torches projetant des ombres inquiétantes par-delà les troncs moussus. Parfois, le vol d'une chauve-souris, attirée par la lumière, créait une grande confusion au sein du cortège, les hommes tirant la lame du fourreau pour courir sus à un ennemi qui se dérobait à leurs yeux. A la faveur d'un instant de silence, certains jurèrent qu'ils se sentaient bel et bien observés et que des formes progressaient à la limite de la lueur de leurs flambeaux. D'autres, pour leur part, prétendaient deviner d'étranges traces dans le tapis d'aiguilles. Toutefois, Aedán se refusa à interrompre leur marche pour quelques fadaises et ordonna plutôt que l'on serve du vin afin que chacun retrouve ses esprits. Probablement qu'une clairière leur offrirait un abri tout à fait convenable pour la nuit!

Plus éméchée que rassurée, la troupe suivit le bellâtre qui, flambeau au poing, s'essayait à débusquer un lieu propice pour monter le camp. Finalement, ce fut un chablis qui leur annonça la frontière du domaine sylvestre sous la forme d'un petit lac de montagne cerné de vieilles roches que dévoraient les lichens. Sans pouvoir se retenir de couler des regards méfiants sous les menaçantes frondaisons, la suite de la Régente monta le camp.

S'éloignant sur les galets qui cernaient le lac, le chevalier s'interrogeait sur les évènements dont ils avaient été acteurs bien malgré eux. Quelle déviance avait pu mener les membres du moutier à pareille folie? Espéraient-ils leur venue? En proie à ces interrogations, il faillit ne pas s'apercevoir que la pierre contre laquelle il se débottait paraissait le fixer. Si l'on faisait abstractions des mousses et de l'usure, on parvenait encore à distinguer les traits d'un visage étonnement saisissant ciselé dans la roche. Avaient-ils exhumé quelque sanctuaire dédié aux  dryades et autres créatures des bois? Peu désireux de provoquer un vent de panique, il préféra se taire. Néanmoins, ce fut en présence de son coutelas qu'il accomplit ses ablutions, se frottant nerveusement la peau, de crainte d'avoir été infecté.

De retour au camp, il eut la surprise de constater que des tentes de fortune, plus grotesques qu'accueillantes, se dressaient désormais sur les berges. Manteaux de fourrure, capes frangées de vair et pourpoints se trouvaient mêlés d'improbable manière aux troncs déracinés et aux blocs granitiques afin de fournir des abris sur le sol inégal du rivage. Dubitatif, le jouteur confia la tâche à un jeune page répondant au nom de Lancelin de ramener de l'astragale afin d'en faire une infusion. On prétendait que cela aidait à lutter contre les humeurs malignes qui ne manqueraient pas de les menacer.

Partant en quête de la régente au sein de ce dédale de nippes, il finit par la trouver fort occupée à fixer son sceptre d'un air songeur. Aedán lui déclara : "Belle amie, suis donc mon exemple : soumets ton corps à la morsure de l'eau et brûle donc la toilette que tu portas au monastère : ces traîtres jésuitiques ont pu chercher à semer leur mal dessus". Avisant enfin le sang qui souillait l'arme improvisée de la dame, il lui saisit le visage entre ses mains puissantes avant d'y planter un baiser et de lui souffler, complice : "Autrefois tu étais une grande dame, désormais tu es une régente."

A quelques pas, un bruit semblable à celui d'une bûche cédant dans un brasier éclata. Peut-être que d'autres suivaient déjà le conseil le Sénéchal...

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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Au crime du page équivoque   Jeu 15 Mai 2014 - 14:32

En son séant sur un modeste siège de campagne Chystabellois, l’intéressante promenait son regard à l’indolence affectée mais la griserie qui l’était beaucoup moins sur ses environs. La nuit était superbe, les étoiles brillaient de tout leur éclat et la lune, qui leur avait fait défaut de l'autre coté des pinières , jetait sur les montagnes son reflet argenté. Cette clarté et la terre, revêche, s’unissaient pour refouler résolument les emprises du sommeil. Ce serait sans doute trop facile songea-t-elle tristement, ressentant presque une once de culpabilité à l’idée que son caprice – celui de s’enjailler dans ce moutier, ce noirmoutier – était à la source de toutes leurs afflictions…Nenni ! Ils étaient les interprètes d’une occulte fabuse, qu’ils devraient adoncques mener à son achèvement.

Là, sous l’œil circonspect de la chanoine qu’elle avait de cousine, gisait un coffre cadenassé aux trésors interdits : d’authentiques morceaux de chrestomathie morale parmi lesquels se mussaient voirement force escriptures blasphématoires. C’était que cette Sodome condamnée par le feu céleste avait regorgé de tomes bellement enluminés ; et que tenaillée entre son souci d’être bien de la veuve de Breda qui en était l’avoueresse, mais ressoignant tout autant les attentions des pharisaïques prédicateurs du Berthildois, la marquise s’était résolvée d’enfouir cette véritable jarre de Pandore dans les entrailles de son chastel de l'Olyssea.

Le pire n'était pourtant pas là, et si elle se prenait à mirer tour à tour l'agonie de Jean, les frasques de Grelots où le pantagruélisme du capiston Benfrend, c'était en vérité les jeunes gentils pages qui retenaient toute son attention. Purifiant d'eau les glaives de leurs maîtres et de vin leurs gosiers, ravivant les torches, donnant de l'orge aux équidés ou lisant haut des psaumes rassérénant ; tous s'activaient docilement pour rendre ce bivouac marqueté un peu plus vivable. Et elle les aurait tous fais étêter s'il avait subsisté en son esprit  le moindre doute, le moindre soupçon qu'un sicaire marmouset se terrait en l'un deux. Hélas, triple Hélas ! Pareille à l'hydre légendaire, la malivolence n'était occis que pour renaître plus forte encore. Car Entretant que ses gens vidaient le moutier de ce qui pouvait être sauvé (principalement les estimables reliques d'une ère plus faste), elle avait à son grand effroi constaté la disparition du page équivoque : corps, sang et pierreries. De leur joute épique ne subsistait que le vermeil séché de son sceptre, qu'elle examinait comme pour se préserver de ses tourmentes oniriques.

Sa fausse quiétude fut bouleversée par le Famosissime de Vercombe, qui seul demeurait allègre et facond, comme réjouit à l'idée d'avoir buriné derechef son nom dans la légende. Se voyant bombardée régente, voilà qu'elle le récompensait d'un deuxième baiser autrement plus lascif et brûlant, faisant fi des regards épiant. Or, pour une bûche au feu, craquer c'est crier. Et le cri tua l'instant. Une fois assurée qu'il s'agissait bien du foyer attenant, elle retourna son attention vers celui qui la méritait.  

« Doux parent, vous au cœur si gay, honorable et vaillant. Sade et toujours soigneux de ma salvation, où serais-je sans vous ? »
Sentant son cœur monter sur ses lèvres, sans doute emporté par cette exorde ouvragée, elle se redressa dans une toquade qui lui gagna un violent haut-le-cœur somme toute assez prévisible. Déglutissant avec componction, elle se fendit d’un laconique « Si fait, de l’eau » et minauda jusqu’aux berges du lac. Ce ne fut qu’une fois le campement oublié et l’opprobre apaisé qu’elle confronta le démon qui couvait en son sein, souillant les eaux de ce gentil lac de montagne. Elle s’affala alors, drainée ; querant  futilement la bonace après l’orage qui hélas ne pouvait s’accommoder d’une pareille cacostomie. Titubant – non, rampant – le long des berges pierreuses, elle s’arrêta enfin le temps de se rafreschire. Vivifiée, elle comprit aussitôt qu’elle était espiée ; cernée de pierre-levée à l’image d'aspioles aux traits difformes presque evanis, dévorés par d’immenses globes estelés qu’elle devinait pour leurs yeux. Foin de trempette, l’endroit était maudit ! Mais à en croire les fumerolles qui spiralaient au loin, le campement se trouverait de l’autre côté du lac… périple qu’elle jugeait pour périlleux par cette noirceur toute relative. Elle gagna plutôt un petit tertre herbeux surplombant les eaux, d’où elle espérait que les dancelons qui la traquaient certainement la verraient assez vite.

En de plus lumineuses circonstances, elle se serait sans doute attendrie devant ce lac spéculaire. Ores, elle se demandait plutôt quels intimes tréfonds offusquait l’étendue moirée. Son troisième œil, vivace, devinait l'insouciance de ce moinillon en goguette qui avait exhumé l'hypètre d'un autre âge, rapportant sa nouvelle sapience à ses frères si qu'ils devinssent tous corrompus. À en juger par les traces de souliers qui abondaient à l'entour, c'était ici que les frocards s'étaient abreuvés de catéchèse impie. Et en vérité, le lieu se prêtait autrement plus aux infuses contemplations que le moutier qui, tout comme l'élytre du coléoptère protège l'aile membraneuse, lui servait d'agreste dehors.

Ces profondes songeries la reversèrent jus à terre. Gisant de tout son long contre l'herbe grasse et molle, bercée par les frisoulis d'un lac que le vent ride, de la brise chatouillant les feuilles, elle sombrait dans une demi-léthargie lorsqu'un bruissement vint la titiller. Par un gracieux roulis, elle s'y confronta et en appréhenda la cause.

«  Est-tu là, mon mignon ? Approche donc ! j'ai à te parler. »


Dare-dare, un mouflet qu'elle connaissait pour son petit cousin de Saint-Aimé s'extirpa de la broussaille qui poussait aux pieds de la paroi rocheuse et se posa à ses côtés. Elle caressait machinalement sa blondeur satinée lorsque son air penaud l'interrogea. Perspicace même dans sa torpeur, elle eut tôt fait de résoudre l'énigme.

« Page indigne, je t’accuse de veulerie ! Ton gentil sire est meurtri, peutestre mourant, et te voilà à la cueillette ! » S’en était plus qu’elle lui avait laissé entendre en deux ans de services, si qu’il se mit à trembler comme une feuille. Elle tend la main, et Lancelin lui remet sa prise. « Si Jean n’était pas estropié, nul doute qu’il te ferait fouetter avec ces mêmes orties qui te captivent. » Roine d’indulgence, elle les lance plutôt une à une dans les eaux.

« Des astragales madame, c’est le sire.. » proteste enfin le petit page.

« Oui, oui c’est bien ce que j’entends » susurre-t-elle mielleuse, jetant les dernières feuilles dans un geste ample. Mirant les arabesques que celles-ci décrivent à fleur d’eau, elle croit alors déceler une forme sombre sous les eaux, inerte et aux proportions d’un enfant. De concert à cette mystérieuse révélation, un être jaillit des sous-bois dans un grand fracas.


Dernière édition par Arsinoé d'Olyssea le Ven 16 Mai 2014 - 0:09, édité 1 fois
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Aedán de Vercombe
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MessageSujet: Re: Au crime du page équivoque   Jeu 15 Mai 2014 - 22:37

Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie...


Chantonnait le Sénéchal en extirpant de sa besace un vin framboisé dont il savait qu'il ravirait le palais de la Régente. Sa douce avait probablement, ce soir, cueilli personnellement sa première vie. Une expérience mémorable qui appelait une suite agréable afin que le souvenir ne soit point gâté. Pour cela, le bellâtre savait y faire. Tandis que la belle parachevait probablement de se purifier dans les eaux du lac, le Favori réunissait délicates fourrures, boissons enchanteresses ainsi que des dragées qu'il fourra dans un petit coffret de bois.

S'estimant prêt, le mirliflore partit en quête de l'objet de son désir, qu'il devina être plus loin sur les berges. Toutefois, le sol de ces dernières se révéla inégal, les galets fort traîtres sous ses bottes, ce qui le contraignit à effectuer un détour par les bois. Ma foi, quoique le contretemps fut fâcheux, l'occasion lui permit également de cueillir les premières fleurs de la saison afin d'en confectionner un bouquet pour "sa princesse". Ah, que n'avait-il pris son luth! Tout à ce regret, le Sénéchal posa un pied trop avide de retrouver sa conquête sur ce qu'il prit pour un tapis de mousse. Hélas, trois fois hélas, un vilaine crevasse se camouflait sous la verdure. Avant qu'il ne puisse réagir, avant même que le moindre son ne sorte de sa bouche, le chevalier fut aspiré dans les profondeurs de la terre, son corps subissant la meurtrissure de parois fort raides.

L'homme, à demi assommé, plongea alors dans un univers vaporeux où les sons et les couleurs ne paraissaient faire qu'un. Etait-ce le battement même du cœur de la terre mère qu'il pouvait entendre, assourdissant? Ses mains, étrangement faibles, se posèrent sur des colonnes cannelées issues d'un autre temps, les souillant de vermeil. Tout autour de lui, il les entendait chanter, rire, le provoquer. Des esprits? Les gardiens de ces bois? Tout cela lui échappait, l'air lourd de la caverne étouffant ses sens. Horrifié, Aedán comprit qu'il allait suffoquer. Alors, à grand mal, il s'efforça de s'extraire malgré les voix qui se faisaient toujours plus pressantes, de la brume qui se liait à ses chevilles dans l'espoir de le retenir dans le kourgane et des paroles fuligineuses qu'on lui murmurait à l'oreille.

Lorsqu'enfin le brave put percevoir la fraîcheur d'une nuit de printemps contre son visage, il sut qu'il était trop tard. Ils l'avaient suivi.

Sans qu'il puisse lutter, les démons l'entraînèrent dans une infernale partie de Kjall aux règles absconses. Par trois fois, les deux Rois l'emportèrent sur la Chope sans que le Minerai des Monts ne puisse la sauver. Quant aux Passes Multiples, elles se heurtaient aux Lamentations sorties de nulle part. Son désespoir grandissait en même temps que son inquiétude, ne jouaient-ils pas, après tout, pour sa vie? Face à lui, les lèvres de ces vampires sylvestres s'ourlèrent en de méchants sourires aux reflets carnassiers.

La pénultième passe d'armes manqua de si peu d'être fatale à de Vercombe que les farfadets entamèrent un chant guttural aux accents révulsant que l'on connaissait bien aux lutins de l'Est. L'homme respirait encore que, déjà, ses ennemis se disputaient son corps mais aussi - bien pire - son âme! Cela le révolta. N'était-il pas un homme libre? Un serviteur de la Justice? Pouvait-il laisser d'aussi méprisables créatures, ces insultes vivantes à la civilisation, obtenir la victoire?! Les Dieux, alors, durent être touchés par la foi retrouvée du chevalier car un miracle se produisit : il tira deux Mal-Maison.

La stupeur fut grande dans les rangs des stryges, korrigans et autres guivres. Certains poussèrent même d'horribles hurlements, rageurs à l'idée de laisser s'échapper le Sénéchal qui reprenait sa route du pas du juste. Jusqu'ici, jamais les Êtres Supérieurs n'avaient agi en leur défaveur! Alors, il entendit les pas, derrière lui. On le suivait! Terrés trop longtemps sous les frondaisons ombreuses, les créatures des bois en avaient oublié l'honneur. Pouvait-on concevoir crime plus grand que celui de s'opposer à la volonté manifeste des Cieux?

Tout se produisit dans un éclair. Les farfadets étaient plus gorgés de magie que l'Ingromanceur de l'est de pulpe de nourrisson, cela les avait rendu gras de puissance mais également pétris de confiance. Défiant leurs attentes, la lame du chevalier s'abattit plus vive encore que la plus redoutable des tempêtes, ravageant leurs chairs et leurs os.

***

"Je...je t'apportais du vin pour célébrer..."

Entama Aedán, la tunique déchirée en de multiples endroits et souillée de vermeil. Chancelant, il planta son épée dans la terre meuble, le temps de reprendre son souffle, et ne parut remarquer qu'alors le sang qui souillait la lame. L'espace d'un instant, il demeura interdit. Puis, avisant Lancelin, il le morigéna "Petit, ne t'avais-je pas ordonné de partir en quête d'astragale? Cesse donc de lantiponner, va!"

Son attention se reportant sur l'ondine, il demanda, songeur : "A quoi bon observer le ciel pour ses étoiles lorsque la plus belle d'entre elles me fait face?"
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Au crime du page équivoque   Sam 17 Mai 2014 - 23:20

Le cœur de ce nouveau Macchabée, qui était à sa personne ce que l’héliolite était au soleil, l’avait donc guidé jusqu’à sa solitude. S’acufardant sur son petit monticule, l’hétaire blondâtre attendait, lascive, que son cousin la rejoigne. Elle en profita même pour placer sous sa langue trois petites boules fleurant fort le girofle : la première par acquit de conscience, la deuxième par habitude et la troisième par gourmandise. C’était peu dire que ces délicates confections d'Outremer faisaient florès dans la cour de la dame !  

Il était tout près lorsqu’elle s’aperçut enfin que quelque chose n’allait pas. Ce n’était pas tant l’état de sa gonne qui l’interpella, pas plus que le sang qui la tapissait, mais plutôt son regard hagard, égaré. Tout à son examen, elle n’odit pas les remontrances dont fit l’objet le petit page, sans doute amplement méritées. Et si les flagorneries parvinrent elles à effleurer ses oreilles ourlées, elles parurent pour de fiévreuses divagations. Inquiète, elle s’assura qu’il n’était point blessé avant de l’interroger au sujet de l’embuche dont il avait fait l’objet. Elle n’obtint en guise de réponse qu’un brouillard de galimatias et d’embrouillaminis, ponctué d’un vague « rien qui ne puisse plus...des serviteurs de la Malnuit... ». Avisant qu’il devisait bel et bien de follets et farfadets, de korriganes et sylphides ; avisant aussi que son cerveau était gourd et stagnait dans une brume épaisse qu’il avait par mégarde insufflé dans ce bois vicié, elle parvint à reconstituer intérieurement les faits. S’engouffrant dans les sous-bois, il avait été attiré par les bonnes senteurs de végétaux aromatiques – des canneliers ou girofliers – et en avait perdu la raison. Il s’était griffé et déchiré en besognant à l’acontre de ronces et halliers, et le sang dont il s’était barbouillé était celui d’une charogne sur laquelle il avait buté.

L’intéressante commença à pouffer intérieurement. Rendue cramoisie par cette hilarité qu'elle contenait à grand'peine, la visu d'un aiguillon de ronce protubérant du torse héroïque acheva de déchirer sa moue mutine qui éclata d'un rire gargouillant qui lui sortait par le nez et lui secouait les épaules. Tant et si fort en vérité qu'elle hoqueta et recracha une douceur épicée. Nullement affligée, il semblait que notre Hyène truculente emporterait sa jubilation à la tombe lorsque l'Aedán – que l'on imagine passablement froissé ou, à tout le moins, quelque peu décontenancé – se saisit de ses blanches mains et intima « Ah, Arsinoé, comme tu fais bien peu de cas des risques que s'en va courir pour toi ton serviteur! »

Or, tout à la souillure de son honneur, le dragon de vertu en oubliait celle de son corps. Se retrouvant poissée de la tripaille de charogne qu'avait trifouillé ce Favori fleurant la vieille carne, l'écœurée recula brusquement et tresbuscha jus du belvédère, droit dans les bras captieux du lac de montagne. Car dame fortune, toujours soucieuse du meilleurement de ses enfants, s'était resolvée à conjurer cette fétide goguenardise par un baptême aussi inopiné qu'il était glacé. Ces purgements et ablutions accomplis, la petite bulle d'écume renaquit de son canthare et, dans un instant de clarté à l'indicible évanescence, s'abreuva de la parfaite voute estélée. Ses yeux se mouillèrent devant l'œuvre de titans antédiluviens ; ils étincelèrent et s'enduirent d'une vague nitescence.

Puis elle sombrait à nouveau, condamnée à mourir noyée dans cette toise d'eau. Ou plutôt une demi-toise ; mais tout à sa tentative de marche quadrupède, elle méconnaissait cette vérité qui donnait à la scène des airs de mauvais burlesque. Rendu gauche par sa rixe onirique, le sire de la Chambreverte n'en demeurait pas moins bon ange, bienfaiseur comme oncques ne vy, et accourra, s'élança, au secours de sa dame. Se fendant d'un « Je suis un Vercombe, pas un saumon! » qui résonnerait voirement en apophtegme dans les cycles à venir, il sauva l'oréade déchue de sa mare sans jamais s'y risquer lui-même.

Foin des geignements, frissonnements, vagissements et balbutiements qui s'ensuivirent mais dont Arsinoé, vraie sangue des Loups, su s'affranchir assez vite. Mussée dans le creux du bras d'Aedan, elle retrouvait les délices enfouis de l'amnios maternel lorsqu'une brise la darda de froidure et tua l'instant. Se retournant vers ce lac qui se diaprait d'ombres et de lumières, elle pointa du doigt l'endroit de sa chute «  Il y a là quelque chose de mol et moelleux tapi sous les eaux » aconta-elle, enjoignant implicitement l'alcide à l'en extirper. Mais icelui, tout dépourvu d'écailles rutilantes, s'y refusa et héla plutôt le gentil Lancelin qui, sans doute déjà alerté par les cris de sa maîtresse, arriva temprement.

Sous les encouragements de ses aînés, l'enfant se jeta dans les eaux à corps perdu et tira la forme sur les berges jusqu'à ce qu'elle fût complètement émergée. C'était un crapoussin nu comme un ver ; Des syphiloïdes pustuleuses et quelques purpuras recouvraient son dos, sa peau fripée d'un blanc laiteux tranchait avec les annelures de moricaud sur son chef, et ses extrémités d’un rouge violacé  et recouvertes d’engelures indiquaient qu’il était une autre victime de cette nuit dantesque. On décida de le déplacer jusqu’au tertre, mais alors qu’on le traînait le macchabée émit un odieux et long borborygme. Un médicastre à la science profonde aurait sans doute pu expliquer à nos héros – qui avaient aussitôt lâché prise – qu’il ne s’agissait là que du fruit des gaz et liquides contenus dans son intestin ; mais la petite aventurine jaune à pluie d’or que lesdites effluves portèrent hors de son bec aurait dépassé même son entendement. Ce n’était qu’un prélude, et adoncques sardoine rubanée, jaspe-onyx et autres pierreries bien et richement entaillies dévalaient la butte pour se perdre dans les galets de la berge. Plutôt que de s’extasier de cette largesse divine, Arsinoé, qui seule en connaissait l’origine, retourna d’un coup de bottine le myrmidon cadavérique. Son visage lui était familier : pas tant par ses traits que par les tuméfactions les fardant. Elle regarda à nouveau son sceptre, qu’elle n’avait pas lâché depuis son ordalie par les armes, lança un regard lourd de sens à l’aède de Vercombe, et pour une fois s’exprima sans détours :

« J’avise mieux cette mésintellection qui fut tantôt la nôtre, et prie que vous pardonnez pour l’amour de moi ce méfait. Lovée dans mes certitudes, j’en ignorais jusqu’à l’évidence : ce lieu est malsain et torturé. » Elle balaya du regard les frondaisons, à la quête de l'épouvantable chimère qui les accablait de tous ces mauvais sortilèges et charmoynes. De la stryge ou du lémure soulevé par les psaumes crépusculaires qu'avaient psalmodiés les hérésiarques du moutier. « Partons mon ami, le monde nous attend. »

Dans un ultime rot, les lèvres pulpeuses du page équivoque fleurirent d’un coquillage pourpre, miroitant étrangement dans la demi-lumière de l’aube naissante.
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Aedán de Vercombe
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MessageSujet: Re: Au crime du page équivoque   Ven 23 Mai 2014 - 16:34

"Non."

Le mot tomba comme un couperet sur l'élan de l'empressée Régente qui, déjà, s'esbignait. Durant ce qui parut une éternité, le chevalier de Vercombe fixa le coquillage aux abords interlopes, un étrange sourire aux lèvres. Puis, comme s'il paraissait émerger d'un songe, il s'adressa à Dentelin en ces termes : "Petit, regagne le camp et veille à ce qu'une tente décente soit dressée pour ta dame. Aller, file!". Là-dessus, il effectua quelques pas au bord de l'eau, à l'affut d'on ne sait trop quoi. Comme l'Olysséanne demeurait interdite, Aedán la secoua : "Le Monde, l'apprendras-tu, n'attend pas les couards. Suis mes pas".

Alors, s'éloignant encore du camp, le Sénéchal leur fit traverser moult plages de galets, patauger dans des marigots boueux et enjamber des chablis sans prononcer d'autres paroles. Ce ne fut que lorsqu'il sentit que le spadassin au sceptre n'y tenait plus que le mirliflore consentit à fournir un début d'explications : "Belle Arsinoé, toi qui es d'Olyssea, ne connais-tu donc pas la légende du lac aux nymphes?" sans attendre de réponse, il poursuivit "Après que j'eu sauvé une princesse elfe de sa tour de marbre et de béryl, les démonolâtres aux oreilles effilées animèrent la flore de leur magie stygienne dans l'espoir de m'abattre. L'intervention, seule, des fées assura ma sauvegarde ce jour là. Leur hospitalité fut alors pour moi l'occasion de découvrir les vallées secrètent qui se mussent dans les anciennes forêts. Si seulement tu te figurais l'âge des sortilèges à l'œuvre! Des êtres qui paraissent aussi réels que toi viennent à ta rencontre, t'affirmeront mille et une choses pour te détourner de ta route mais en réalité ils ne sont que chimères!" il poussa un soupir de contentement tandis que le doux ronronnement d'une petite chute d'eau commençait à chanter à leurs oreilles "Par le truchement d'illusions, des combes entières peuvent échapper à ton regard! D'ordinaire, cela concerne essentiellement les domaines elfiques mais..." pour un œil non averti, l'eau semblait choir le long d'une haute falaise de grès sombre que mangeait le chèvrefeuille avant de s'écouler dans le lac en louvoyant autour de roches moussues. Toutefois, le sigisbée s'approcha encore, jusqu'à pouvoir toucher la paroi. Là, pas même l'eau des premières fontes ne parvint à le chasser tandis que ses mains courraient le long de la roche.

"Approche, ma douce, et clos ces yeux que les sortilèges aveuglent. Tout s'éclaire, désormais."  Le chevalier lui parla longuement de ces créatures recluses dans leurs spéos oubliés, de leurs renardises pour continuer à régner sur leurs domaines secrets et des forces malficieuses auxquelles ils recouraient. Alors qu'il s'approchait encore d'elle, le muscadin ne lui laissa pas rouvrir ses yeux tandis qu'il posait ses mains sur ses hanches, la faisait gentiment valser, qu'elle pouvait sentir son souffle tout proche, contre son visage...

Puis il la poussa.

Dans un tourbillon de draps froissés, le lac de montagne où gazouillait une eau claire se volatilisa dans un grand désordre, tout comme les hauts pins qui s'élançaient à l'assaut des cieux. Désormais, la marquise se trouvait sur le sol froid d'une cavité qui paraissait dépourvue d'issue, à l'exception d'un chemin qui s'enfonçait dans les profondeurs de la terre. "Navré de t'avoir ainsi surprise, c'était le seul moyen de te faire franchir cette illusion. Notre esprit se laisse aisément berner par nos yeux, jusqu'à donner réalité à une paroi de grès...mais lorsque l'on cesse d'y croire ou d'y penser..." d'un air satisfait, le drôle observait la paroi par laquelle il prétendait être arrivé. Cà et là, de petits cristaux luisants affleuraient dans la roche, repoussant l'obscurité qui menaçait de les engloutir. De crainte d'inquiéter plus encore sa compagne, le Sénéchal ne formula pas à haute voix l'ensemble de sa réflexion. Avaient-ils réellement été attaqués par les moines ou plutôt qu'avaient cru voir les moines? A quel point avaient-ils été dupés par ces créatures des bois? Il ne pouvait se départir de l'impression d'avoir été utilisé comme un vulgaire instrument.

Main dans la main, les amants descendirent les premières marches qu'ils devinaient dans les ténèbres. Combien de temps dura cette marche ils ne surent le dire. Leurs regards se perdaient sur les parois usées, couvertes de bas-reliefs, qui dépeignaient des scènes surréalistes. Tout y paraissait confus, jusqu'aux personnages mi-hommes mi-animaux, qui se livraient à d'indicibles sabbats. Surveillés par ces regards de pierre, leurs pas les menèrent jusqu'à ce qu'il convenait d'appeler, faute de meilleur terme, un bosquet souterrain. S'ils n'étaient pas conscients de se trouver si profondément enfouis sous la terre, alors ils auraient pu se croire dans un bois d'ifs. Il en allait jusqu'à une odeur de jasmin dont des tiges se détachaient, dans l'ombre!

Une voix les appela.

Tout devint confus. Ils virent les créatures qui vivent terrées à l'ombre de la montagne s'extirper de leurs demeures de racines. Celles qui célèbrent les nouvelles lunes depuis des éons sous les frondaisons menaçantes. Peut-être qu'alors Aedán leur offrit son épée, en gage de paix ou pour obtenir un sauf-conduit pour ses compagnons et lui. Toujours est-il qu'elle disparut de son fourreau. En retour, ces êtres leur firent goûter à la source secrète qui coule loin sous la surface. Ce liquide gorgé de puissance brute, frais et pétillant, leur fit connaître un état de totale plénitude. Soudainement, leurs sens paraissaient s'éveiller d'un long sommeil. A ses côtés, le Favori entendait - non, percevait!- les battements du coeur d'Arsinoé et, lorsqu'il lui prit la main, manqua de se perdre dans la douceur de cette dernière. Leur retour au campement fut un véritable maelstrom de sensations, d'odeurs et de beauté. Là où se dressait auparavant une falaise apparaissait désormais la façade majestueuse d'un temple illuminé de toutes parts autour duquel s'ébattaient de jeunes gens. Presque titubants, tantôt s'arrêtèrent-ils pour folâtrer au milieu d'un tapis de primevères, tantôt pour observer les cieux où jamais ils n'aperçurent autant d'étoiles.

Quand enfin ils débusquèrent leur tente, l'eau de la montagne la transfigura pour eux. La jonchée de branches de pin étalée sous les fourrures, afin de les protéger de la rigueur du sol, les transposait dans la Chambrevert tandis que le moelleux des draps paraissait tendre mille bras pour les attirer à eux. Il ne s'agissait plus d'un pavillon mais de l'antre des premiers Hommes, d'un refuge inviolable aux frontières duquel le Monde attendrait.
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Au crime du page équivoque   Sam 31 Mai 2014 - 16:17


La rotonde de la désormais plus haute tour de la ville aux cinq-cents-soixante-quatorze tours s'était parrée de milles atours. Orgeuilleuse, elle surnaturalisait la pureté des rais sélénites par un habile jeu de réfractions et gorgeait de tout cet éclat fuissons de feuilles cristallines. Lesquelles enluminaient vivement un lit plein de tendresse, véritable promesse de volupté, sis là où la table du conseil l'avait été. Magiquement, un clair-obscur régnait plutôt sur le reste de cet art cauteleux et bâtard qui craignait l'intervention de la sapience et de l'examen comme les chauve-souris craignent le soleil.

Autour, par delà le bosquet de pierre, par delà les sous-bois fuligineux tapis sous l'enchanteresse frondaison, d’immenses vitraux se faisaient miroirs de toutes et chacunes des facettes de la luxure qui sont connues aux elfes d'Outremonts. Si d'aucunes lui étaient familières, certaines de ces scènes – les plus tentaculaires où se mêlaient nixes, gnomes et toutes ces autres déités impalpables qui sont amies des elfes – interrogeaient profondément l'âme sordide d'Arsinoé. Jusqu'à ce que le gentil sire de Vercombe, toujours soucieux de sa préséance, n'attire d'une œillade suggestive son attention vers la couche antique. Ce qui était, considérée sous tous ses angles, une bien riche idée.

Mais notre héroïne, protagoniste séculaire et implicite de son microcosme, en jalousait l'origine. Proprement timorée et le sachant très vaillant, elle s'était soumise à la volonté de son amant quand il avait s'agit de braver cet abyssal royaume des silences. Mais ici, dans la dive Chambrevert, l'héroïde ne devait-elle pas céder le pas au fabliau ? Ce qui, si l'on filaturait cette logique implacable jusqu'à son achèvement, devrait la porter à nouveau sur le devant de la scène. Répondant favorablement à l'eurêka, la sève des montagnes qui était à la source de cette nouvelle réalité excita ses muscles d'une force à peine soupçonnée. Poussant le bellâtre dans les linges, elle couva un instant la turgescence, la tige d'airain de ce modèle de rectitude, mussée derrière des braies multicolores qu'il s'empressa d’ôter. Serviable, sa propre houppelande acheva de s'évaser pour mieux la libérer tandis que la chainse se dissipait en une brume vaporeuse.

Nourrie dans le sérail, elle connaissait tous les détours de l'amour, et savait qu'il convenait de l'encenser avant d'en profiter. Elle s’exécuta avec brio  « Mon prince, je te veux. » et l'enfourcha aussitôt. Elle connut alors sans mentir un joie et une merveille telle que jamais elle en ressentit ou n'en vit de pareille.

Lorsque, après un temps indéterminé, elle reprit conscience de ses environs, force était de constater que quelque chose avait changé. Ternis, Les milles soleils de la voûte avaient cessé de diaprer leurs corps enlacés. Les vitraux semblaient plus lointains et moins riants. Le boqueteau prenait des airs de pinède giboyeux où des yeux torves roulaient de lueurs fauves. Et s'ils étaient là où elle l'avisait, ces yeux seraient ceux de sa coterie ; le bruissement des feuilles leurs murmurements de cul-bénit. Pour la première fois de sa vie bien remplie, elle ressentit comme une once de sympathie à l’encontre du bâtard avili qu’elle avait tant haï : qu’était l’opprobre d’un pays lorsqu’on pouvait jouir de la compagnie la plus jolie ? Ce pour quoi, aux yeux débiles de l’homme, la friponne luronne de la Rose Noire avait du paraître. En tirant les conclusions qui s’imposaient, la louve lubrique ferma ses yeux et se laissa plutôt bercer au rythme de l’excessif va-et-vient. A moi toute la volupté.

« Penses-tu qu'il nous laissera les reliefs Tanguy ? » minauda une voix, toute proche.

« Le bougre a l'air affamé. » répondit la seconde, nasillarde et dubitative.

« Oh, cela me laisse chagrin. »

Et, comme d'un commun accord, les deux voix se dévoilèrent, perçant de l'intérieur le petit monticule de coussin qu'ils avaient occupé jusqu'alors, dans un coin du lit. Deux nains se présentèrent, non-pas de ces créatures troglodytes de l'arctique mais plutôt des homoncules drolesques qui égayent les cours des grands. Le premier, aux airs de poupon endiablé, s’appelait Rêverie. L'autre, plus chétif et malformé, était Tanguy de Papincour.

« Triste bouge n'est ce pas ? » commenta ce dernier, examinant les contours de Chambrevert qui semblait se recroqueviller sur elle-même.

« Ouy-da.. »  répondit finalement la régente une fois qu'elle eut bien sourcillé et recouvert ses appas. Elle s’apprêtait à mander à son cousin de bien vouloir se faire le bourreau de ces rigolos lorsque une autre extravagance fit son apparition.

un carrosse pur-opalin, irisé de reflets bleuâtres, fraîchement peint et verni, garni de velours cerises, d'arabesques et broderies persanes, fit son entrée par une issue invisible. La portière s'ouvrit dans le murmure à peine audible de ses moelleux ressorts pour révéler l'homme Primitif. Phénix des Phénix, le Prince du Sang, nimbé de sa seule gloire, irradiait l'incertaine Chambreverte de son éclat.

« Il est beau comme le soleil ; ce prince, ce fils de roy. Ma merveille, mon homme à moi. »
Murmura-t-elle sans le vouloir.

Comme s'il odissait, Aetius se tourna vers elle, et d'une œillade jalouse la poussa jus du lit. Ses yeux, jadis pareils à deux perles de givre, n'étaient plus qu'autant de trous béants vers l'ardent cobalt de l’éther. Sentant ses veines s'emplirent du fluide subtil qui la changeait temprement en statue de sel, elle vit, impuissante, ce nouveau dieu faire son premier pas en direction du Favori. Dasmedieu, viens en aide à mon preux ! Cria t-elle intérieurement.

Comme s'ils étaient en communion de l'esprit, le nain Rêverie se retourna vers elle et dit « C'est une excellent homme, mais il est prosaïque comme un bon jambonneau en ces lieux. »
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Aedán de Vercombe
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MessageSujet: Re: Au crime du page équivoque   Sam 7 Juin 2014 - 17:53

"Que nenni, celle-là est mienne désormais!"

S'offusqua le Vercombe, encore vautré dans les draps moites de leur chevauchée nocturne. Saisissant alors le premier instrument contondant à portée de main, soit le nain Rêverie, il partit sus  au cousin, prêt à commettre le crime de régenticide pour défendre sa belle. Comme pour lui répondre, le spectre de l'Ivrey saisit Tanguy de Papincour par le col et sans plus attendre se fendit d'un coup furieux. En retour, depuis son invite en longue queue, Aedán s'efforça de porter un coup tordu à son parent, droit sur les avant-bras, dans l'espoir de le désarmer. Las! Le comte de Scylla grogna sans pour autant lâcher prise et repartit à l'attaque.

Cela leur fit entamer un maelstrom de passes d'armes, de feintes et de frappes en bigle dans lesquelles ils excellaient. Pour chaque coup que l'un des spadassins portait, il s'exposait en retour aux crocs et aux griffes de l'homoncule que brandissait son adversaire. Le corps de l'amant, dénudé, ne tarda pas à se marquer du fait des frappes du mari. Ce dernier, quant à lui, voyait son pourpoint tomber en lambeaux, les assauts de Vercombe parvenant à lui en arracher des morceaux entiers de tissu.

Pour la jolie Arsinoé, les draps de Chambrevert se teintaient de rouge. Deux hommes, deux volonté de régner sans partage sur le cœur de la même femme. Qui des deux le ciel devait condamner? De parangons d'amour courtois, les chevaliers s'étaient mués en la violence personnifiée, prêts retirer la vie de leur cousin pour dormir dans les bras de la marquise.

Finalement, tandis qu'ils reprenaient leur souffle dans ce duel à mort pour une femme, Aedán rejeta les restes du nain Rêverie qui disparurent dans des volutes de fumée et s'exclama avec force : "Ah, en vérité je suis bien le plus malheureux des hommes, contraint de plonger mon glaive dans mon propre sang pour conserver l'amour de celle qui jamais ne me pardonnera ce geste!" pour un fugace instant, le Régent parut chanceler. "Je te ressemble bien plus que tu ne le crois" affirma Vercombe à l'adresse d'Aetius dont la bouche s'ouvrit sur un univers insondable où les mêmes mots résonnèrent.

Alors, ceux qui avaient disputé une joute mortelle désarmèrent et s'avancèrent l'un vers l'autre, les paumes en évidence. Symbole de cette paix retrouvée, ils s'accolèrent longuement, leurs mains parcourant le corps de leur rival, redécouvrant, quelque peu embarrassées, les blessures infligées à l'autre. Parfois, un doigt s'arrêtait sur une entaille, y effectuait quelques circonvolutions avec le secret espoir de parvenir à la soigner par simple apposition des mains. Que se murmurèrent-ils tandis que leurs chefs se rencontraient et que leurs lèvres s'agitaient, se croisaient, s'abouchaient? Les mots ne dépassèrent pas le tumulte de leurs chevelures entremêlées et les secrets échangés à cet instant furent appelés à le demeurer. De rivaux les deux hommes étaient devenus complices. Toutefois, lorsqu'Arsinoé s'évertua à les reconsidérer à nouveau Aetius avait disparu, ne restait plus que le Sénéchal, nu comme au premier jour et bien roide pour qui venait d'apercevoir un spectre.

"Que ne donnerais-je pas pour un brouet de chapon!"

S'exclama le plus naturellement du monde Aedán tandis qu'il regagnait leur couche tavelée de sang. Aussitôt, à croire que quelque loi secrète du multivers souhaitait y répondre, l'eau des dryades cessa de faire effet sur les amants. Alors, les murs de Chambrevert se contractèrent, se plissèrent même tandis que son dallage se découvrait une crinière. Quant aux échos sous les voutes, ils furent progressivement remplacés par ceux d'une multitude grouillante qui vaque à ses occupations. Les voila qui soudainement revenaient au campement, dans le confort douillet de leur tente. L'on aurait volontiers accusé l'action de quelque mauvais rêve si le corps du chevalier ne demeurait pas marqué de multiples coups portés à son encontre. Néanmoins, le jouteur ne semblait nullement s'en formaliser.

D'un pragmatisme rare, le matador avait remisé dans un coin de son esprit les moines, dryades et apparitions fantomatiques pour revenir à ce que la nature lui désignait comme plus pressant : Arsinoé. C'était donc tout en embrassant, mordillant ou léchant qu'il repoussait machinalement les draps ensanglantés. Ah! Lorsqu'elles viendraient défaire la tente, les caméristes allaient probablement se figurer que la Régente ne s'était pas contentée de ramener que son joli minois de Thaar. Une sauvagerie digne d'Elda! Aussi, en homme d'honneur qui détestait décevoir les femmes, le chevalier de Vercombe s'évertua à donner raison, par avance, aux bonnes.
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Arsinoé d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Au crime du page équivoque   Dim 8 Juin 2014 - 13:50

Ses torts, ses travers, elle eut voulu tous les expier à force d'amour. Oblitérer son esprit bourrelé de remords dans l'acte de chair, jusqu'à n'être plus qu'un animal de luxure. Et elle y parvint, un temps. Ce mauvais instinct qui l'appelait à posséder le corps aimé. Cette voix souveraine qui ne visait que l'extrême accord de leurs jouissances harmoniques. Tous ces démons tenaient à l'écart le saint respect, la flétrissure de l'âme ; aussi longtemps qu'ils étaient aiguillonnés par l'aiguille de l'amant et pas un instant de plus. Or icelui n'était qu'un homme, qui toujours finissent par manquer à leur devoir.

Arsinoé s'extirpa alors des couches imbibées de toutes leurs humeurs et chaussa de délicates pantoufles de menu-vair.  Une fine couche de sueur, pure et limpide, habillait sa pâleur diaphane, collait de moiteur les mèches de son cou. De grandes respirations soulevaient sa poitrine tandis qu'elle cherchait de quoi se couvrir. Elle enfila finalement une chemise de coton trouvée dans un coffre, d'où elle extirpa aussi quelques feuilles de menthe odorante, lesquelles plongèrent dans un vase emplit d'eau tiède. Le drainant au quart avant de le tendre au mâle repu, elle lui intima que « la menthe à l'eau, c'est vivifique à souhait. »

Mais le sourire amusé qu'affichait la turlupine, la dilettante des calembours – ces fientes de l'esprit qui vole – n'était qu'évanescence. Les bourrasques et les sautes d'humeur d'un tempérament inquiet, chafouin, chagrin, reprenaient temprement leurs droits. Chiromancienne des amours, elle se saisit de la dextre rugueuse de son Favori et en traca chacun des sillons.

« Je suis femme de petite vertu, je le sais désormais. Cette mauvaise tête qui est mienne, elle ne sait désirer que ce qu'elle ne croit pas pouvoir obtenir. » Elle souleva avec lenteur ses yeux spleenétiques, ces longues billes à la lumière verdâtre. « Ta seule visu aura suffi à la détourner du sentier que traçait la divine sapience, la loi morale qui raisonne trop chichement en la friche de mon âme. Mes prières sont des parjures, mes cierges des injures. Il n'est pas une messe matutineuse ou je ne souille la mémoire de l'Ivrey de celles de tes mains, tes lèvres, tes yeux. Avant j'implorai l'Orient lointain de te délivrer à mes côtés. Toi, Outremer de misère, toi qui aussi tutoie la perdition, rends-moi mon hardi parangon! » Mima-t-elle, tout à sa saynète improvisée. « Et maintenant que tu m'es rendu, je n'ai plus qu'une idée. J'y pense le jour, et j'y rêve la nuit. Je t'aime, je t'aime! Misère de moi… »
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Aedán de Vercombe
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MessageSujet: Re: Au crime du page équivoque   Lun 9 Juin 2014 - 12:11

Aussi sûrement que l'apprentie rosière saigne en manipulant sa première rose, la louve orientale cédait le pas à l'odalisque qui s'était trouvée son sultan. En d'autres circonstances, comme il l'avait d'ailleurs déjà fait par le passé, le chevalier aurait dû s'en réjouir. Voila qui laissait présager d'autres largesses de la part de la dame! C'est que jamais le galant ne s'était acoquiné avec femme aussi influente. Ses soupirs vous promettaient mille domaines, ses gémissements des cassettes de diamants et ses cris rien de moins que des palais! La puissance et gloire que sa famille s'éreintait à retrouver par les armes depuis des générations, lui, d'un seul baiser, il pouvait la saisir!

Et pourtant...était-ce l'âge? Le faste épandu devant ses yeux de pauvre voyageur? Toujours est-il qu'Aedán, lui aussi, se croyait piqué. Pour conserver les grâces de la belle, n'avait-il pas mendié auprès de sa parente, Aemone, afin de lui arracher de quoi éblouir la Régente? Que ferait-il encore pour s'assurer que jamais il ne la perde? Et, d'ailleurs, pourquoi pareilles interrogations? Tout cela ne lui ressemblait guère.

Ah! Mais la voila, cette princesse levantine, qui lui emprisonnait la pogne dans ses petites mains diaphanes, probablement pour lui jeter quelque charme. Oui, voila qui expliquait probablement tout, jusqu'au feu qu'il croyait voir brûler dans ses yeux. On lui avait jeté un sort! Qu'y pouvait-il, alors? Seule la Damedieu saurait l'extirper des bras de l'enchanteresse, faute de quoi le stupre l'engloutirait tout entier pensa-t-il en caressant du regard les deux monts qui imposaient leur délicieux relief à la chemise de coton.

Alors, abandonné des cieux, à la merci de la ménade, le chevalier de Vercombe se résolut à accepter sa Destinée. "Et pourquoi me confesser cela sur un ton coupable, ma tanagra?" demanda-t-il, sa senestre sur le cœur. Puis, en plongeant ses yeux dans ceux saturniens de la marquise, il poursuivit "Qu'y a-t-il de plus pur, de plus beau et de plus béni que l'amour? Comment les Dieux oseraient nous en tenir rigueur eux qui ont décidé d'entremêler nos destins! Non, c'est sans honte aucune et la tête haute que je te le déclare : je brûle d'amour pour toi, Arsinoé!" Tendant alors une main vengeresse vers le ciel - quoique masqué par la tente - il s'exclama "M'entendez-vous?! Je l'aime!"

Prenant place aux côtés de l'Olysséenne, un bras, protecteur, autour de sa taille, il entreprit ensuite de lui chanter d'une voix suave un petit poème qui lui venait à l'esprit :

Je veux mourir pour tes beautés, Maîtresse,
Pour ce bel oeil, qui me prit à son hain,
Pour ce doux ris, pour ce baiser tout plein
D’ambre et de musc, baiser d’une Déesse.

Je veux mourir pour cette blonde tresse,
Pour l’embonpoint de ce trop chaste sein,
Pour la rigueur de cette douce main,
Qui tout d’un coup me guérit et me blesse.
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