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 Sous la montagne, on peut entendre le murmure des Dieux

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Léandre d'Erac
Humain
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MessageSujet: Sous la montagne, on peut entendre le murmure des Dieux   Sam 31 Mai 2014 - 10:46

La hache frappa le dos, broyant les côtes du soldat à terre. Son cheval, dans un hennissement funèbre, abandonna son cavalier et disparut entre les arbres. Le bourreau, affermissant sa prise sur son arme, agrippa la cotte de maille du vaincu et le força à se retourner. Le jeune eracin ne devait pas avoir plus de vingt ans, son visage était encore lisse, quoiqu’à l’instant déformé par la douleur et la peur. Son agresseur, lui, était un guerrier forcené. Une barbe hirsute dévorait sa figure et des tatouages bruns constellaient son crâne rasé.


Avec un hurlement empli de rage, le lyrion frappa une dernière fois.


« Retraite ! » s'écria un officier ducal du haut de son destrier. La bête renâclait, excitée par l’odeur du sang et les cris des blessés. Dans le désordre le plus complet, ses troupes se dispersaient déjà, fuyant avec l’envie de sauver sa vie. Le lyrion récupéra une petite hache qui pendait à son côté et, au mépris du reste, courut vers sa nouvelle cible. Une flèche vint se planter dans son épaule gauche et il manqua s’effondrer sous la violence du choc.


D’un geste fluide, il lança son arme, qui s’enfonça dans le torse de son ennemi.




Le monde n’était plus qu’aplats de couleurs. Léandre luttait pour conserver sa dignité, mais sans ses jumelles qui ne le quittaient plus, il n’était plus qu’un invalide. Tout avait changé, depuis sa chute. Depuis sa fuite. Les Dieux l’avaient maudit, lui insufflant une peur qui n’aurait jamais dû être sienne. Il comprenait pourquoi, désormais. La forêt était redevenue le piège mortel qu’elle avait été jadis. Écœuré par la déchéance de l’homme qui s’était prétendu leur maître, mais qui s’était révélé à leurs yeux pas mieux qu’un chien des étrangers, les lyrions avaient tiré les armes et repris leurs terres.


Le devoir pesait sur ses épaules, comme un manteau trop lourd pour ses vieux os. Clovis d’Erac lui avait appris que l’ordre résidait dans la loi et que la loi appartenait au duc. Devenu duc, il possédait donc la loi et devait apporter l’ordre. Ulric du Lyron lui avait néanmoins montré un autre monde. Un monde où les hommes étaient égaux et maîtres de leur destin. Un monde où, sous la montagne, il était possible d’entendre les murmures des Dieux.


Harren lui avait fermé ses portes, désormais.


« Tibérias comprendra bientôt sa folie, Père. Il reviendra vers nous, j’en suis sûre. Néera le sauvera. » Le cœur de Léandre se serra, tandis qu’il portait son regard sur sa fille. Avec lenteur, il tendit les mains et les posa sur ses joues. Ses doigts suivirent la courbe de son menton et la frustration de ne plus voir sa descendance le fit vaciller. « Il ne peut vouloir véritablement vous trahir, Père.


À ses yeux, il n’est pas d’autre traître que moi. »


Tibérias était le sang d’Ulric, sa descendance et le véritable maître de Harren. C’était du moins ce que les anciens vassaux du Viel Homme avaient proclamé après sa chute. L’appel de ses ancêtres avait été trop fort et le fils avait tourné le dos au père.


« L’un de nous posera le genou à terre un jour. » Puisse cet homme être moi, espéra-t-il en secret. Il n’avait aucune idée des Dieux auxquels il adressait cette prière.





Dernière édition par Léandre d'Erac le Ven 13 Juin 2014 - 18:41, édité 1 fois
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Farren de Lockrive
Humain
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MessageSujet: Re: Sous la montagne, on peut entendre le murmure des Dieux   Mer 11 Juin 2014 - 17:06

La montagne qui avale les hommes…

Les premières lueurs du printemps avaient irradié la terre encore gelée d’Erac, laissant dans leurs sillages le perpétuel renouveau de la Nature reprendre son droit, chassant la neige et le froid sec pour les bourrasques tièdes gorgées d’embrun d’Eris. Sur sa monture, Farren regardait l’immensité marine, comme absent à sa propre conscience. Devant lui, la longue langue de pierre qui reliait Loqnaer au monde subissait, indifférente, les assauts infatigables de vagues gigantesques. Les dégueuloirs n’en finissait de cracher cette eau morte mais furieuse. Tiré de sa torpeur par un Drogon jurant à l’idée peu engageante de la traversé, Farren fît avancer l’animal d’un mouvement sec des talons. Et la cohorte se dirigea comme une ombre à sa suite. Milles gouttes de sel venaient s’écraser contre son flanc gauche, fouets humides, désagréables et asynchrones. Milles gouttes léchant le cuir, la fourrure, le tissus, la peau qui contenaient son être, comme goûtant dans une avidité impatiente la promesse d’une étreinte éternelle.  Milles gouttes de sel.

La route vers leur destination ne laissa à Farren que peu de souvenirs, banal trajet sans heurt où ne restait rien que la vague empreinte des paysages, des gens, de ses terres. Lorsqu’ils virent le castel austère qui leur servirait de destination, Selei approchait du pilier occidental, se préparant pour son plongeon. L’accueil ne brilla pas par sa chaleur, les lyrions semblant encore engourdis par l’hiver. Taabnit n’offrait à dire vrai que peu de ravissement. Citée puante parmi les citées puantes, labyrinthe de ruelles aux maisons de pierres et de torchis, Taabnit n’avait pour le rivois que le charme affadi d’un certain exotisme. Ici, il n’était plus en Riv, ici, déjà, il pouvait déceler de nouvelles nuances. On lui avait conté quelques histoires au sujet de son seigneur. Gérald était de ces hommes d’honneur dont on n’en croise que peu. Pourtant, depuis quelques temps déjà les prêtres pentiens tremblaient. L’événement aux grandes ampleurs qu’était l’ellipse avait laissé dans son cœur une trace indélébile. Aussi vrai que naissait dans le même temps l’Elu de Riv, Gérald s’était vu piqué par une passion dévorante. Passion pour ses ancêtres, sa culture et son histoire. L’homme, connu pour son esprit guerrier et son habileté à la masse d’arme se retrouvait à présent enfermer dans ses codex et autres grimoires, absorbant sans doute la gloire passée comme autant d’années d’errance dans les plaines stériles de l’Est. Patientant avec ses gens, Farren se demandait quel visage pouvait bien se cacher derrière ce nom.
Enfin, ils pénétrèrent dans la pièce. La salle ne laissait aux yeux des visiteurs que le triste tableau d’un sol de pierre nue, au mur de grand appareil où semblaient s’entasser là, se pressant toujours plus contre le pan rocheux, la cour de Taabnit. Au fond, sur une estrade de bois, le trône seigneurial en bois massif  supportait dignement le poids de sa charge. Et quelle charge que d’offrir à son seigneur repos, sécurité, et symbole même de sa puissance. Pour la première fois Farren pût observer le maitre des lieux.
Son visage donnait l’effet d’un boucher besogneux ayant réalisé son ouvrage avec minutie. Pas une once de graisse molle ne tachait ses joues, seule la carne sèche et rude recouvrait cette ossature taillée au biseau lui servant de mâchoire. Pour autant, il ne se dégageait aucune faiblesse de ces traits, bien plus encore, ce visage émacié laissait la lueur fauve de son regard prendre toute sa place. Etonnant personnage à la tête fine couvrant le chef d’une silhouette pourtant massive. Deux sourcils de broussailles brunes s’entichaient à renforcer la dureté de son œil alors que sur son crane apparaissait, dans une forêt folle de cheveux, les affres du temps, insatiable bucheron. Parachevant l’ouvrage, un nez, imposant par sa courbure, finissait par rendre un air racé et noble, aigle trapu et sauvage, au personnage. Deux mains grossièrement dessinées s’entrecroisaient devant lui, comme s’entravant l’une l’autre de quelques fureurs gourmandes. Se levant à l’approche de la délégation, le brave homme tendit ses bras en hospitalité. Le regard braqué vers le Titan, il commença ces mots.

« Le bienvenue en ma maison, Farren fils de Hengist, seigneur de Rive. »

Une légère gêne s’annonça dans l’assemblée, lorsque Amri, le regard gauche indiqua benoitement d’un mouvement de tête la figure de Farren. Il était vrai que la scène avait de quoi surprendre, là où, en descendant du Colosse, le seigneur de Lockrive se retrouvait parmi les plus petits de son peuple de géants. Il eu un silence presque pesant, puis, dans un même souffle les deux seigneurs se mirent à rire. Un rire fort. Un rire franc.

L’hiver durant, Farren avait pris le temps de la réflexion, jaugeant progressivement par échanges épistolaires la température du Lyron. Patient et la rancune tenace il avait, au grand dam d’un mestre Giovanni qui ne pouvait qu’assister impuissant à la fuite de son pantin, pris au piège de fils nouveaux, de fils divins, organisé son projet. L’aube de la saison vernale avait scellé son exécution. Aussi c’était fort d’une large part de guerriers que comptait les terres des falaises, qu’il avait fait le chemin jusqu’à Taabnit. Première étape dans sa progression, où il savait trouver un allié.
Le lendemain de l’entrevu, l’armée ainsi formée avançait vers Haren. Lentement, l’ost progressait sur une route de terre battue par les hommes, sous les frondaisons  fraiches de la forêt sacrée d’Oolon.

« Mes jambes s’ankylosent, marchons un peu voulez vous ? »

Gérald avait brisé la quiétude du moment. Surpris Farren opina du chef avant de répondre, un amical sourire aux lèvres.

« Et bien, les miennes ne refuseraient pas un peu d’exercice. »

Les deux hommes descendirent donc de cheval, l’esprit tranquille et l’envie à  la discussion légère et enjouée. Farren appréciait la compagnie de cet homme au regard d’éclairs, il semblait y lire, derrière ce voile de folie douce, une âme brillante et complexe. Il faisait bon, en ce mois de printemps, et l’époque était à la renaissance, dans cette peinture ondoyante d’arbres bruns et de broussailles vertes, la tension s’abaissait. Le parfum timide des premières fleurs se laissait sentir alors qu’au loin on n’aurait presque pu percevoir le chant de quelques oiseaux enjôleurs.

Le choc fût lourd. Comme une cloche d’os et de pulpe, sa tête semblait résonner sous l’éclat du battant. Désarçonné, désorienté, Farren recula de quelques pas, braquant son regard vers la menace. Trai… Il ne pût terminer sa pensée. Ses oreilles sifflaient, il manqua de chuter, sa tête lui tournait, il manqua de sombrer. Devant lui, l’infâme, l’odieux ! Devant lui, le visage torve de Gérald le gratifiait d’un sourire mesquin, sa main enserrant encore l’arme du crime. Si la proximité entre les deux hommes avait gêné au mouvement de prendre toute son ampleur, le casque du talmeor lui, en fidèle sacrifié, lui avait sauvé la vie.  
Paroxysme du malheur, une hache vint se glisser dans son dos, caresse fugace, découpant le cuir épais jusqu’à en atteindre la chair. Un filet vermeil s’échappa de la plaie nouvelle alors qu’une flèche transperçait sa jambe gauche. S’effondrant sous la violence de son propre échec, le guerrier lâcha son arme dans un hoquet de surprise, mordant l’injure au goût de boue.

Triomphal, Gérald s’avançait lentement vers le pauvre seigneur d’une poignée de fous et de rats, un orgueilleux de plus qui voulait atteindre le soleil. Il ricana au spectacle de cet élu au visage d’homme, ce héros décrépit dont il ne restait rien sinon la triste et morne condition mortelle. Farren ne distinguait plus rien, comme si le monde avançait plus vite, trop vite, ne laissant  à sa rétine que les traces des mouvements, des gestes, vagues empreintes de temps et d’actions, de fracas et de silences, dans des aplats écrasés de gris et de feu. Le visage creusé par sa victoire toute proche, Taabnit se permit un instant pour contempler son œuvre.
Tout devenait confus, tout devenait détresse, le Serpent enserrait un peu plus ses anneaux funestes autours de sa tête, de sa gorge, de sa poitrine, de son cœur. Loqriv voulu crier, mais seul un râle répondit à l’appel, sa bouche ne goûtait que le sang et la poussière. Il voulu saisir son arme, mais ses doigts n’attrapèrent que de la boue, il voulu se relever mais sa jambe ne supportait plus le poids de son propre maître, il voulu vivre mais son âme renonçait déjà. Ainsi est le destin des descendants du Colosse. Qaot sonj ez merwelaot. Ton destin petit homme est de mourir dans la souffrance. Comme pour sceller cette évidence, Gérald s’enticha à lui adresser son adieu.

« Un seul homme mérite de régner sur cette terre, et c’est homme c’est m… »

Cruel est le destin dicté par les dieux, alors que son dernier mot resta bloqué dans sa gorge, incapable de traverser la lame de métal qui s’était fiché là, étrange et inhabituel résident. A mesure que le corps s’effondrait sur le sol de fange et de sang, une ombre perçait devant le soleil. Cette ombre, Farren peina à la définir, encore embué par le voile de sa propre mort qui se dissipait lentement. Il cracha son mauvais songe. La douleur se rappela alors à sa mémoire comme une fulgurante évidence et, peinant, haletant, il réalisa enfin qu’il était bel et bien en vie. Dans le chaos des lames s’entrechoquant, il aperçut son sauveur. L’enfant tremblait encore.

« Protégez votre Seigneur ! »

La voix de Guéric résonna comme un écho lointain. Le doux écho de l’espérance.


L’obscurité. Cruelle nappe de poix sombre. N’y a-t-il pas plus primordial que ces ténèbres enserrant la vue, plus originel que cette nuit moite et triste n’offrant à la conscience que le sinistre reflet d’elle-même ? Spectacle de l’Inconnu, de l’Ignorance, du Vide. Terreur animale enracinée au plus profond de la nature humaine. N’avez-vous pas peur du noir ?

Farren ouvrit les yeux. Embrumé et confus, le monde d’une toile tendue pour seul offrande à sa vue, la douleur lancinante et sourde pour seule compagne, il resta là un temps, comme suspendu aux griffes de forces dont il ne pouvait qu’entrapercevoir les ongles, la puissance, les intentions. Lentement, machinalement, il respirait, inspirant de grandes bouffés de vie brute et informe, expirant son effroi. Le temps de sa douce agonie n’était pas venu, promesse serpentine d’un tourment éternel. Il vivait. Il revivait.


La montagne qui avale les hommes…

Une voix douce et paisible résonnait dans son crâne, lointaine mais pourtant si proche. Lentement, il tourna sa tête, observant comme un mirage la longue robe blanche couvrant de frêles épaules, une cascade de cheveux de charbon.
Un battement de paupière et l’illusion se dispersa, la jeune prêtresse de Lwar, cheveux de flamme et taches de rousseur noyant ses traits, s’approchait de son talmeor, la mine mélangée entre bonheur et surprise. Elle lui parlait, d’une tendre voix, presque maternelle, réconfortante et tranquillisante, mais il n’y entendait rien d’autre qu’une mélodie étrange. Il voulu se redresser, mais une main délicate se posa contre son épaule, entre fermeté et hésitation. De la gauche elle posa un linge humide contre son crâne. La morsure étouffée du froid s’infiltrait dans son front, baume irritant qui calma les lances de son crâne. Il se rendormit.

Lorsque l’astre solaire s’approcha du zénith, Farren était sur pied, encore affligé par un mal de crâne lancinant. Comme groggy par l’excès de boisson, il se sentait soûlard sans pourtant n’avoir goûté la chaleur de l’alcool. Assis sur ce qui lui servait de couche, le convalescent remuait entre ses doigts un anneau taillé dans le bois, suivant du pouce les creux, les sillons, les imperfections, les écailles. Plus tôt dans la matinée, après avoir remercié respectueusement le jeune homme, son sauveur, il s’enquit de la situation. Profitant de l’ombre des bois, des gens d’Alckari avait fondu sur l’ost rivois, exploitant la confusion ambiante et  la traîtrise des lyrions. La bataille fût intense mais somme toute assez brève, les rivois ne se laissant que peu impressionner par la fourberie. Profanant un lieu sacré, ces hommes avaient fait preuve de couardise mais aussi, pour quelques d’entre eux, d’hésitations. Peut être est-ce là la raison de la victoire. Sitôt le seigneur passé à trépas, nombres avaient fui ou s’étaient rendu.
Drogon avait retenu le tissu de l’ouverture, permettant ainsi au Talmeor de s’extirper de la tente. Enturbanné autour du crane et du torse, le malchanceux trainer encore sa jambe. Instinctivement, il amena sa main devant ses yeux, se protégeant quelque peu de la fureur du soleil. Promenant son regard, il aperçu enfin, entassés sur le sol, les cadavres des ennemis de la veille. Les Rivois tombés au combat se voyaient quand à eux traités avec un sort beaucoup plus honorable. Enfin laissé à la vu d’un troupeau de prisonnier, le corps de Gerald traînait dans la terre humide.

« Ne brûlez pas son corps, jetez ses yeux aux dieux et envoyez sa tête à son cher ami d’Alckari. Qu’à jamais il erre aveugle, sans trouver le chemin vers l’Outre-monde. »

Devant l’ampleur de l’offense, le monde semblait circonspect. On osa à peine bouger. Quelques chuchotements indignés  s’élevèrent dans le grouillot des âmes traîtresses mais bien vite le seul bruit du vent vint animer la scène. Inflexible, Farren restait immobile, le regard braqué vers le cadavre du seigneur de Taabnit. Pour qui avait bonne vue, il n’était pas difficile de voir la haine assassine et pure qui étincelait dans l’œil du lockrivois. Sans autre forme de procès, Drogon s’avança, retirant un long poignard de son fourreau. Après avoir énucléé dans un bruit de succion écœurant les globes vitreux, il trancha en silence les quelques pans de chairs qui retenait la tête de l’homme que l’on nommait Gérald avant de jeter ces abats en direction d’un groupe de corbeaux noirs. Si la vue d’une gorge tranchée lui avait fait ébranler l’âme voilà quelques années, le spectacle morbide de cette décapitation n’avait qu’alimenter le feu de sa rage. N’y avait-il en ce pays, que des traîtres et des lâches ?
Un moment s’écoula sans que personne n’ait vraiment remué un cil. Farren soupira enfin, laissant peut être échappés là quelques souffles de lassitude crasses. Il entama un pas, s’approchant de l’attroupement de prisonniers laissés là, dans le froid de la honte et la menace de l’épée. Alors, avec une voix calme et assurée, il leur adressa quelques mots.

« Triste destin que le votre, camarades. Traînés dans la boue du déshonneur par péché de fidélité. Votre seule faute n’est-elle pas de n’avoir que de piètres suzerains, rats aveuglés par la gloire et l’or ? Il vous appartient de dicter les légendes, ne serez-vous à jamais les chiens perdus dans la honte et l’ignominie, ou tiendrez-vous la place qui vous revient aux côtés de vos ancêtres dans l’outre-monde ?  L’honneur parlera.»

Il les laissa là, retournant vers sa tente. Le lendemain, vingt-trois hommes s’étaient levés contre la proposition du bon talmeor, ne jurant fidélité qu’à leur seigneur respectif. Treize venaient d’Alckari, dix de Taabnit. Tous morts, ballottés par le vent, macabres pendules de chairs et de cordes attachés aux branches d’arbres séculaires. La réponse des autres ne tarda pas, et bien vite l’ost rivois se vit grossir d’une nouvelle cohorte.
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Léandre d'Erac
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MessageSujet: Re: Sous la montagne, on peut entendre le murmure des Dieux   Ven 13 Juin 2014 - 23:34

L’ambiance était lourde, dans la chambre du duc d’Erac. Assis sur le rebord de son lit, Léandre massait ses tempes douloureuses. Ses jumelles l’encadraient dans un silence presque religieux, chacune ayant posé la main sur l’une de ses épaules. Le vieil homme ne se demandait plus comment il aurait pu faire sans elle ; devant la santé déclinante de leur père, les deux femmes s’étaient faites ses gardiennes. Face à eux, Harold, le cadet de la fratrie des Erac était loué de partager le calme et la fidélité de ses sœurs. Lui qui avait toujours idôlaté Tibérias vivait très mal la défection de son aîné.


« Gérald est mort, Père, » asséna Harold, brisant le silence pesant qui s’était installé. Les visages de Roxane et d’Alcippe se décomposèrent instantanément et Roxane ne put s’empêcher de demander : « Le seigneur de Taabnit ?


Lui-même, répondit le jeune homme avec un rictus. Impossible de savoir dans quelles circonstances exactement ce drame s’est produit, mais il semblerait qu’il ait été trahi par Farren de Loqriv. »


Contrairement à sa progéniture, visiblement touchée par la nouvelle, le vieil homme avait conservé un visage de marbre. Tout juste ses lippes s’étaient-elles réduites en un pli discret sous sa barbe grisâtre. Pourtant, Léandre aurait eu toutes les raisons du monde de pleurer Gérald de Taabnit. Les deux nobles avaient été proches ; le lyrion avait été parmi les premiers à le considérer comme l’un des leurs, à la mort d’Ulric. Il avait été un soutien solide et un ami tout au long de son règne sur Harren. « Quand ? » demanda-t-il finalement, lentement.


« Cela fait une ennéade. Peut-être plus. C’est difficile à dire, tout ce que nous avons, ce sont des rumeurs colportées par les badauds. »


Léandre opina pensivement du chef. Qu’avait pu faire le talmeor de Riv, en une dizaine de jours ? C’était impossible de le savoir, désormais. Il avait dépassé Taabnit, ce qui impliquait qu’il s’était engouffré dans la forêt qui couvrait le Lyron. Pour s'en assurer, il lui faudrait suivre le même chemin ; or ils étaient nombreux, dans son ancien fief, à le vouloir mort.


« Nous ne savons pas jusqu’à quel point les lyrions sont prêts à suivre votre frère. » Le patriarche marqua une pause, rattrapé par les souvenirs de cette bataille terrible où la peur l’avait saisie si violemment qu’il avait ordonné de battre en retraite. Gérald avait été à ses côtés, alors. Il avait posé la main sur son épaule. Il lui avait parlé. Souvent, la nuit, il revenait à ce moment précis. Le Voile avait durement touché les terres, sonnant entre autres maux le glas des récoltes, mais les Hommes aussi avaient payé leur tribut. Après la venue de la Damedieu, Gérald n’avait plus jamais été le même. « Peut-être Tibérias n’est pas si bien entouré qu’il le pense.


Il devrait être ici, pas à Harren, répondit simplement Harold.


Le Lyron n’est pas l’unique problème d’Erac, fit remarquer Alcippe. Les Ancenis…


… ne peuvent pas être considérés comme un problème, les coupa Léandre. Quiconque veut gouverner le Médian désormais doit le faire aux côtés des Ancenis. Ne ne pouvons pas imaginer aller contre eux.


Ils ont toujours mépriser les ducs d’Erac ! Depuis que Raymond d’Ancenis a tenu le duché pendant… » Les mots moururent sur les lèvres de Harold, tandis que les pupilles pâles de son père se posaient sur lui.


« Nous devons mettre un terme aux razzias des lyrions. Ensuite, nous irons trouver Raymond au Val. J’ai bon espoir de le convaincre de se joindre à moi. » Le duc d’Erac esquissa un léger sourire avant d’ajouter : « Les Ancenis restent des Ancenis. Raymond saura faire entendre raison aux siens. »


Le vieil homme se redressa, le visage apaisé. D’une certaine manière, la mort de Gérald de Taabnit semblait l'avoir soulagé d'un poids sur sa conscience.



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