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 Fin d'un cycle

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Porte-La-Peste
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MessageSujet: Fin d'un cycle   Dim 28 Sep 2014 - 18:07

La plume grattait le papier dans le silence profond de la nuit. Seule une bougie à la lueur jaunâtre éclairait le sorcier et son livre. Autour de lui, le laboratoire était aussi inquiétant qu'à son habitude : d'étranges mixtures cuisaient à feu doux, surveillé par un zombie dévoué, des insectes bourdonnaient dans leurs bocaux et d'autres vermines rampaient et se chahutaient dans des bacs spécialement prévus à cet effet, un squelette assemblé était suspendue dans un coin, divers organes flottaient dans un liquide conservateur bleu électrique tandis que l'un d'eux était étalé sur une table d'autopsie, maintenu ouvert par des pointes... La plume cessa son ballet et se posa un instant sur le rebord de l'écritoire. Porte-la-Peste joignit ses mains osseuses et se perdit dans ses pensées, contemplant sans vraiment les voir la demi-douzaine de lignes qu'il avait écrit, de vagues résultats sans grande importance.
Puis il reprit la plume et gratta à toute vitesse le papier. C'était l'équivalent chez le nécromant d'une réflexion à haute voix. Il aimait le calme et même sa propre voix suffisait à le briser lors de ses lueurs de génie. La plume, elle, était régulière, entraînante, elle lui permettait de dévider toutes les idées qui pouvaient germer dans son cerveau. Sans cela, il le savait, il pouvait passer à côté du détail crucial sans même le savoir. La page se recouvrit de petits caractères en pattes de mouches, dont la pureté trahissait néanmoins l'expérience de leur créateur. La plupart n'avaient qu'à peine du sens, mais il ne s'en souciait pas. Il arrivait à repérer rapidement les phrases qui émergeaient de cet amas et qui le structuraient.
Il pouvait le faire. Les souvenirs lui revenaient, après tant et tant d'années. Il connaissait la théorie, pouvait esquisser la pratique. Ses recherches, bien qu'elles n'aient jamais été orientées dans cette direction précise, l'avait doté d'une expérience sans commune mesure. Il était stupide d'imaginer que quelque chose que put faire un druide d'à peine quelques siècles lui serait refusé. Mais il restait de nombreux détails à voir, de problèmes à anticiper...
Des jours passèrent. Il ne se contentait plus que d'entretenir ses précédentes expériences, relevant des résultats sans leur donner suite. Il réfléchissait, écrivait des idées sur le parchemin et les jetait au feu aussitôt, se lançait dans la conception d'une potion avant de se rendre compte que ça ne servait à rien... Mais il progressait. Une étape après l'autre. Et, un soir, il ne lui restait plus qu'un problème. Il le savait, la transformation n'était possible qu'avec l'aide de l'Anaëh. Même un maître de son niveau n'aurait su se transformer aussi vite et efficacement que le plus misérable des druides, sans ce lien. Mais, il le savait aussi sûrement, jamais l'Anaëh ne l'accepterait plus en son sein. Et même si tel était le cas, il préférerait se donner la mort que rejoindre de nouveau la Prime Forêt. Il n'avait plus d'elfe que le sang.
Il fallait contourner ça. Il lui faudrait arracher à l'Anaëh ce qu'elle se refusait à lui donner. L'Aduram ne pourrait pas l'aider, l'esprit était trop dérangé pour ça. Il devait se débrouiller seul. Il pouvait siphonner le pouvoir, ça il le savait. Tel un insecte, se lover dans les mailles de l'énergie et pomper le fluide qui les parcouraient. Ce qu'il lui fallait, c'était trouver le moyen de l'atteindre. Il n'en avait plus les connaissances. Ne les avait de fait jamais eus, ayant été interrompus au cours du rituel qui...
Le rituel.
Voilà la clé. Il connaissait ce rituel, évidemment. Un animal mourant dont le druide devait dévorer le cœur pour entrer en contact avec l'Anaëh. Bien sur, il ne pouvait plus l'appliquer tel quel. Mais, s'il utilisait quelque chose -ou quelqu'un- qui avait déjà accomplis ce rituel comme source de pouvoir, il parviendrait peut-être à ses fins. Oui. C'était la meilleure solution qu'il avait eu jusqu'à présent. La plume gratta quelques phrases supplémentaires. Il savait comment il allait procéder. Ne restaient plus que quelques préparatifs et surtout trouver les bonnes mains.


Beirtrand suait à grosses gouttes. Il se retenait intensément de trembler de tous ses membres et de claquer des dents tandis qu'il passait le portail de la demeure. Il avait beau savoir qu'il n'avait probablement rien à craindre, que son père, le père de son père et leurs pères avant eux encore étaient passés par là et en étaient toujours ressortis vivant, il était terrifié. Le décor y était pour quelque chose. L'inquiétante masure de pierre, assemblée sans savoir ni finesse, ne tenait en place que par les innombrables plantes et racines qui avaient poussé entre les rocs. S'en dégageait une impression de vie malsaine, torturée, qui le mettait déjà mal à l'aise. Mais c'était les gardes, ou plutôt les cadavres de gardes, qui le terrifiaient le plus. Ils le fixaient de leurs orbites mortes, sans bouger un cil, pas même un mouvement de poitrine, reliquat d'un souffle qui leur manquait depuis une éternité. Ils parcoururent un assez long couloir aux murs grossiers et nus avant de pénétrer dans ce qui ressemblait à une salle du trône. Ici contrairement à ailleurs on avait pris soin des apparences. La pièce était éclairée par des chandelles mais son plafond se perdait dans les ombres. D'imposants piliers végétaux ceignaient son pourtour arrondi tandis qu'une grande table en occupait le centre. Tout le mur du fond cédait la place à un arbre imposant, à l'écorce aussi noire que le charbon et semblant aussi dure que l'acier. Au pied de cet arbre, dans un fauteuil fait d'ossements et de tendons fossilisés sur lesquels étaient tendus des cuirs et des peaux de bêtes, attendait le maître des lieux. Il ne semblait guère plus vivant que les cadavres qui l'efflanquaient, hallebarde en main, et dont le plastron était orné d'un vieux symbole, représentant un crâne dont les orbites laissaient échapper un flot de sang. Il avait autrefois terrorisé la moité de la région rien qu'en apparaissant sur la bannière d'un émissaire. Désormais seuls quelques vieux érudits connaissaient son existence. Beirtrand détailla un peu plus le seigneur sorcier. Il ne l'avait jamais vus autrement que sur son cheval, enveloppé dans d'anciennes capes sans doute hors de prix à leur époque mais rongées par le temps. Il se tenait cette fois assis, recouvert d'une armure de cuir datée, de larges épaulettes fuselées rehaussant sa stature qui n'en avait pas besoin. Son faciès semblait malade, en particulier l'un de ses yeux que l'on aurait crus baignant dans le sang. Il déglutit et s'approcha légèrement de la table.

« Vous m'avez fait demander maître ?
-En effet. J'ai besoin d'un service. Tu vas te rendre à Thaar et me trouver les meilleurs traqueurs qui soient. Je sais qu'ils passent souvent par ton village lorsqu'ils reviennent de chasse plus au nord. Dis leur que j'ai besoin de leur service. Et qu'ils seront très largement récompensés. »

A ces mots l'un des cadavres s'approcha et déposa une cassette sur la table. Il l'ouvrit, révélant plusieurs anciens bijoux en or, argent, jade et d'autres matières précieuses. Des joyaux gros comme l'ongle en rehaussait certains. Le trésor de guerre de Porte-la-Peste. Il se murmurait des choses sur sa richesse, mais on ne l'avait jamais véritablement vue. De temps à autre un voleur inconscient motivé par les légendes essayait de s'introduire dans la demeure du sorcier. On ne le revoyait jamais.

« Prends ceci. Et rapporte moi les meilleurs. Mais sache que s'ils se montrent décevant, tu en payeras personnellement le prix. »

Beirtrand n'avait pas réussis à détourner le regard de la petite fortune qu'on lui offrait. Il hocha fébrilement la tête, s'empara de la cassette et s'inclina bien bas devant Porte-la-Peste avant de s'éclipser. Dès qu'il fut hors de vue il courut comme un possédé en direction de sa maison et de sa famille. L'idée de ne pas obéir lui effleura l'esprit, mais il la chasse bien vite. Un monde d'écart ne suffirait pas à le maintenir tranquille après une telle trahison.


Les trappeurs étaient arrivés quelques jours après. Ils étaient six, vêtus de cuir et de peaux, des arcs dans le dos et des couteaux à leur ceinture. Ils avaient le visage basané, une barbe hirsute plus ou moins longue et il manquait des dents à plusieurs d'entre eux. Deux doigts également pour le chef, ainsi qu'un œil. Ils essayaient de toutes leur force d'avoir l'air hostile en pénétrant dans la salle face à Porte-la-Peste mais n'y parvenaient qu'à moitié. S'il devait les jauger sur leur apparence, le sorcier aurait dis que Beirtrand lui avait effectivement trouvé de bons hommes de mains. Mais il réservait son jugement pour le moment où ils auraient vraiment été mis à l'épreuve.

« Il paraît que vous avez du travail pour nous ? » Leur chef ne se laissait pas démonter, c'était déjà un bon point.
« Exact. J'ai besoin d'une créature assez rare. Vous vous en sentez capable ?
-Dépend de ce que vous voulez : vouivre, bearog, phish-ra, dragon ? » Légers rires. Tout le monde savait que les dragons n'étaient qu'une légende. Ignorants.
« Un Druide. Vivant. » Silence. Ils jaugeaient son sérieux. Au yeux de la plupart des mortels, les druides n'étaient que des histoire racontés par les paysans. Tout le monde connaissait un grand oncle ou un cousin par alliance qui jurait en avoir vus un de ses yeux, se transformer en une bête horrible ou magnifique, suivant le récit et l'auditoire, mais bizarrement on en voyait jamais soi-même. Mais chaque chasseur savait que la forêt des elfes était pleine de mystère, dont la plupart n'étaient même pas soupçonnés. Ils restaient donc prudents.
« Et combien vous en donneriez ? »
Deux cadavres s'approchèrent avec un coffre. Il le posèrent devant les humains et l'ouvrirent, révélant la petite fortune en anciennes pièces d'or, bijoux et autres antiquités qu'il contenait. La quantité de métal précieux était déjà importantes, mais ces mercenaires connaissaient quelques personnes qui leur en donnerait encore plus pour les reliques devant eux. Lorsque l'un voulut toucher, pour vérifier, un chuintement sinistre l'arrêta tandis que l'un des zombie venait de sortir son imposant cimeterre. Le chef reprit contenance et fixa Porte-la-Peste dans les yeux. Il tint deux longues minutes avant de détourner le regard. Le sorcier n'avait pas tressailli et continuait de le jauger.
« Très bien, on va vous le trouver votre druide. Mais comment on pourra le reconnaître ?
-Ne vous inquiétez pas, je vous guiderai.
-Vous nous accompagnez ?
-D'une certaine manière. Allez m'attendre dans la clairière à l'est. Et n'oubliez pas : je le veux vivant. Et conscient. Le reste m'importe peu. » Sur ces mots il se leva et quitta la salle. Les chasseurs firent de même et gagnèrent le lieu de rendez-vous.

Ils attendaient depuis plusieurs minutes, un peu nerveux. Ils se demandaient comment tout cela allait se passer. Puis un battement d'ailes maladroit suivit d'un croassement rauque les fit sursauter. Un corbeau dépenaillé venait de se poser sur le rocher qui ornait le centre du lieu. Son plumage était abîmé, ses ailes un peu tordues et il se déplaçait comme un docker saoul. L'un des trappeurs eut un petit cri et pointa du doigt le poitrail de l'oiseau. Tous le virent alors. Un œil, humain ou elfique, était sis dans ce qui était en fait un cadavre et les fixait de son regard vide et inexpressif. Ils furent un moment trop terrifiés pour bouger. Puis le chef toussa un peu et réussit à demander d'une voix à peine fluctuante :
« C'est vous ? »
Le corbeau picora la pierre trois fois en réponse puis sautilla sur place pour faire demi-tour et reprit les airs, en direction de l'Anaëh. Le chef laissa un long soupir s'échapper de sa gorge puis invectiva ses hommes, secoua les plus effrayés et tous se mirent à suivre le corbeau, qui volaient juste au-dessus des arbres et les attendaient parfois sur une branche lorsqu'ils avaient du mal à le suivre. Ils fonçaient vers la limite de l'Aduram et les sous-bois de l'Anaëh. Les hommes n'auraient sus dire qui, de leur employeur ou de ce qui les attendait, les effrayaient le plus.


Les trappeurs revenaient. Ils n'étaient plus que cinq et l'un d'eux peinait à marcher, supporter par une branche en guise de béquille. Il allait souffrir longtemps mais avec des traitements corrects il survivrait. Ils traînaient derrière eux un loup muselé, les pattes entravés par de la corde épaisse. Mais il essayait encore de se débattre, d'arracher ses liens et de mordre. Il était comme fou. Totalement incontrôlable. Porte-la-Peste en connaissait la raison et s'en amusait. L'un des trappeurs donna un coup de pied dans le poitrail du loup tandis qu'il était jeté au sol, devant le seigneur sorcier. Celui-ci claqua des doigts et deux zombies amenèrent le coffre, le déposèrent devant les mercenaires puis s'emparèrent du loup. Les chasseurs vérifièrent le contenu de leur récompense puis partirent avec sans se retourner.

Porte-la-Peste gagna son laboratoire, suivit par ses acolytes morts-vivants lesquels traînaient le loup dans l'escalier. Il s'était à moitié assommé sur les marches en essayant de se débattre et l'une de ses jambes avait été cassée par la poigne d'un des gardes. Ils le traînèrent au milieu d'un cercle de bougies, entre lesquelles avaient été tracées des runes à l'aide de graisse. Diverses plantes étaient posées à l'intérieur, visiblement avec méthode et précision, et une entêtante odeur de résine et de mûres parfumait la pièce. Ainsi qu'un soupçon d'aconit. Ce qui suffit à rendre le loup complètement apathique. Il ne remuait plus que faiblement la queue et gémissait désespérément. Porte-la-Peste se débarrassa de ses ornements, de son armure et de ses vêtements. Il n'était pas exactement sûr de ce qui allait se passer. Normalement quelques vêtements ne devraient pas le gêner, mais il préférait ne pas prendre de risques inutiles. Il se campa face au druide -puisque c'en était un, il pouvait le percevoir clairement-, leva les mains, tenant ses osselets entre les doigts, et prononça une seule parole.
Le loup se cabra, tremblant. Le nécromant continua, répétant inlassablement la même parole, variant subtilement l'intonation à chaque fois. Le loup était désormais pris de violentes convulsions. Si violentes que ses membres se tordaient, se brisaient et se ressoudaient. Ses poils régressaient, son museau raccourcissait, ses crocs diminuaient et reprenaient leur forme originale. Bientôt ne se tenait plus à ses pieds qu'un elfe tremblotant. Il avait vomis le contenu de son estomac, les restes d'oiseaux et de petits mammifères mais également d'un cerf et quelques os humains. Pour un membre de son espèce il était passablement laid. La vie des druides était rude, et Porte-la-Peste avait bien l'impression que celui-ci faisait partie de ceux qui s'étaient abandonnés à l'animalité. Il avait les muscles noueux et les articulations mal réparées. Il aurait à peine pu marcher. Heureusement, on ne lui en demandait pas tant.
La formule se complexifia. Elle vibrait de puissance contenue et de savoir ancien. Le druide convulsait, sa poitrine bondissant vers les mains du sorcier comme si elle avait été habitée par quelque parasite. Ses yeux étaient révulsés et une bave épaisse coulait de sa bouche, dans un gargouillis incompréhensible. Porte-laPeste était plongé dans le sort. Il démêlait les soies de la magie, les testait et les remontait. Il cherchait le lien à Anaëh, la source du pouvoir. Il parvint enfin à l'isoler. Alors il lança ses propres accroches, se greffa à la forêt comme un puceron sur une plante. Il pouvait d'ors et déjà sentir la puissance s'écouler. Il manquait toutefois un dernier détail.
Il rouvrit les yeux et abaissa sa paume droite, la passant doucement au-dessus du torse de l'elfe, lequel avait presque été relevé sur les genoux sous la force de la magie. Un déchirement se fit entendre dans la pièce, tandis que la cage thoracique s'ouvrait lentement. Une longue plaie se dessina, de bas en haut. La peau et les muscles s'écartèrent, révélant les os. Le sternum se fissura et, lentement, les côtes se replièrent vers l'extérieur, pour ouvrir la voie vers le palpitant de l'elfe, qui battait encore frénétiquement. Il rougeoyait d'une espèce de pouvoir. Porte-la-Peste glissa sa main dans la cage thoracique, écarta de celle-ci les poumons et se saisit du cœur. Il pouvait sentir la magie entre ses doigts. Il tira un coup sec, arrachant veines et artères, projetant des giclées de sang tout autour de lui. Le corps du druide s'effondra comme un pantin dont on aurait coupé les fils. Sans plus attendre le seigneur sorcier porta à ses lèvres son butin et commença à le dévorer, presque goulûment. Chaque coup de dent lui faisait ressentir un peu plus fort le lien. Il s'accrochait à la plaie, suçait la moindre goutte de pouvoir. Il sentait la Forêt essayer de lui résister mais elle n'était pas capable de riposter à des attaques aussi localisées. C'était un immense esprit, trop lent pour faire face à un moucheron comme lui. Sans cela elle l'aurait écrasé sans aucun problème.
Il laissa retomber ses bras et recula de quelques pas. Il pensait avoir réussit, mais il fallait d'abord le vérifier. Il alla chercher la Bête. Il la sentait désormais tapie dans son esprit. Il ne savait pas à quoi elle ressemblait. Il sentait uniquement sa colère et sa férocité. Il l'attira, lui ouvrit son corps pour l'accueillir. Il arrachait à Anaëh les secrets de ses arts. Et, pourtant, rien ne se passa.  Il attendit. Puis s'énerva. Et au moment où il s'y attendit le moins, un bruit retentissant se fit entendre, comme un fagot de vieux bois que l'on aurait brisé. Il s'effondra sur le côté, se retenant de peu à son bureau, et porta la main à son flanc. Ses côtes saillaient toutes, longues épines osseuses. Il perdait du sang. Mais il la sentait qui venait. Elle louvoyait aux frontières de son esprit. Alors il s'y abandonna. La douleur fut insoutenable. D'énormes furoncles noirs comme la nuit se mirent à déformer ses chairs, ses os grandissaient et perçaient sa peau. Ses muscles devenaient si imposant qu'il crevait parfois la surface en de larges balafres striées. Son crâne lui sembla pris en étau tandis que les os de son visage s'allongeaient, se brisaient pour mieux se renforcer. Les furoncles s'organisaient, se rejoignaient, formaient de nouveaux organes. Ils étaient recouvert d'un cuir plus épais qu'une armure et de poils aux reflets de sang. Ses jambes s'arquaient. Des griffes poussaient au bout de ses doigts. Des crocs lui sortaient de la mâchoire.

Un rugissement bestial retentit, fit trembler les murs de la demeure et frémir les feuilles des arbres. Toutes les créatures qui possédaient un minimum d'intelligence fuirent lorsqu'elles l'entendirent.


Les kichirelles étaient les rois de l'Aduram. Ces insectes arrivant à hauteur de poitrine d'un homme se déplaçaient avec aisance sur le sol aussi bien que dans les arbres à l'aide de leurs six pattes effilées comme des rasoirs, lesquelles s'accrochait à un renflement thoracique de la taille d'un enfant. La carapace qui recouvrait tout leur corps pouvait arrêter une épée d'acier, seule une gigantesque bouche tapissé de petits crocs s'ouvrait sous le thorax pour ingurgiter des proires parfois aussi grosse que le chasseur lui-même. A l'avant, une tête ovale carapaçonné émergeait à peine du reste du corps. Dessus étaient posées plusieurs paires d'yeux qui ne perdaient jamais leur cible de vue et des antennes qui empêchaient la vermine d'être prise par surprise. Tout cela sans compter l'énorme paire de mandibules dont gouttait un poison connu parmi les plus toxiques de tout le continent, capable de paralyser un kerkand à la première morsure et de dissoudre les chairs.
Dans leurs territoires de chasse, à savoir l'Aduram et une partie de l'Anaëh, ils ne souffraient quasiment d'aucune compétition. Des dizaines de légendes traînaient sur ces créatures. Certaines parlaient d'embuscades de kichirelles qui auraient coûté la vie à des bataillons entiers, d'autres plus cauchemardesques encore faisaient état de drows capable de dompter ces créature spour les chevaucher et les utiliser comme montures de sièges. Ceux qui s'y connaissaient savaient que tout cela était faux : les kichirelle n'étaient pas capable de digérer plus d'un homme à la fois et auraient dévorés tout drow qui aurait tenté de les monter. En revanche ils pouvaient facilement massacrer toute une bande de paysan qui les dérangerait par une battue intempestive. Ils tombaient des arbres, écrasant la proie sous leur poids et la lacérant de leurs griffes tout en lui injectant leur toxine. Quasiment aucune créature ne pouvait survivre à l'attaque initiale. Celles qui le pouvaient n'allaient généralement pas loin. Fort heureusement pour les bûcherons, les chasseurs et tout ce qui était plus gros qu'une chèvre -et donc une proie suivant les critères du kichirelle- ces insectes étaient très rares. Et si leurs attaques surprises étaient redoutables, ils n'étaient pas particulièrement véloce. L'humain avisé pouvait sans trop de problème les éviter. Seule la saison des amours recelait un vrai danger, puisque alors les mâles devenaient affamés et agressifs, n'hésitant pas à parcourir des lieues à la recherche de proies suffisamment intéressantes pour lui permettre de se lancer dans un rituel de séduction auprès d'une femelle. A ces occasions, on pouvait les voir détruire des campements entiers en poussant des grincements épouvantables.
Mais celui-ci attendait en embuscade, suspendu à un arbre, immobile et quasiment invisible sous sa carapace aux couleurs automnales en partie recouverte de lierre et d'autres plantes parasites qui se nourrissaient des sucs qu'il secrétait. On aurait pus le prendre pour un gros bouquet de gui. Il perçut le mouvement en contrebas. Quelque chose se déplaçait. Suffisamment gros pour attirer son attention. Son estomac était presque vide et une telle proie le rassasierait pour les semaines à venir, sans doute assez pour qu'il se lance dans une recherche de partenaire. Il attendit. Lorsque la créature inconsciente passa sous lui, il l'observa. C'était une espèce de panthère, bien que sa démarche était pour le moins étrange, tantôt sur quatre pattes et tantôt sur deux. Elle avait une musculature puissante que l'on devinait sous son cuir noire et sa fourrure inégale. Il n'y eut guère qu'un sifflement lorsque le kichirelle se laissa tomber sur sa future victime.


Porte-la-Peste se réveilla nauséeux. Il était allongé dans une matière visqueuse, chaude et grouillante. Il se releva doucement. Un coup d'oeil lui apprit que ce qui grouillait était en fait des milliers d'asticots. Il en pinça un entre deux doigts, qui essayait de se frayer un chemin dans les parties les plus nécrosées de sa propre chair, et l'arracha. Il avait passé la nuit dans un tas de chairs en décomposition. Il observa un peu plus attentivement et remarqua que le tas semblait ouvert comme une chrysalide. Plusieurs hypothèses se bousculaient dans sa tête mais aucune ne convenait avec ce qu'il savait des pouvoirs des druides. Mais il n'était pas un druide, juste un parasite.
Il se mit en route pour sa demeure, tandis qu'il sentait comme une présence aux frontières de son esprit. Il ne la contrôlait pas, et ne la contrôlerait probablement jamais. Mais elle pouvait être contenue. Sans doute utilisée. Cela demanderait de l'entraînement, mais il avait tout son temps pour y parvenir. En chemin, il croisa la carcasse d'un kichirelle qui abritaient des dizaines de rongeurs et petits mammifères venus se repaître de ses chairs. Il connaissait évidemment le danger et la puissance de ces bêtes. L'endroit portaient les stigmates d'un combat brutal : le tapis de feuilles mortes et d'humus avait volé en tout sens, l'écorce des arbres alentours avaient été arrachées comme si on avait projeté dessus des rochers avec force, certains arbres eux-même avaient été abattus sous la violence du choc, un rocher était fendu en deux et portait des traces de griffes, des branches mortes avaient explosés et s'étaient répandus en sciures et en écharde. Quant aux kichirelle lui-même des morceaux de sa carapace avaient été arrachés et projetés à plusieurs mètres, sa tête réduite en bouillie, visiblement à l'aide d'une pierre à proximité, et on lavait estropié pour l'empaler sur ses propres griffes. Au vu des traces d'humeurs, qui signalaient les saignements, l'animal avait du mourir dès qu'il avait été enfoncé sur la première griffe. Ça n'avait pas empêché son adversaire de le réduire consciencieusement en charpie.
Porte-la-Peste poursuivi sa route, pleinement satisfait du déroulé des événements.
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Porte-La-Peste
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MessageSujet: Re: Fin d'un cycle   Ven 14 Nov 2014 - 23:42

L'Aduram était étrangement calme. Les bêtes sauvages semblaient se contenir : les hurlements étaient rares, on ne signalait aucune disparition depuis plusieurs jours... Même les arbres et les plantes semblaient comme dans l'expectative, quand bien même ils étaient toujours immobile. Les bois étaient pris d'apathie et pas même un souffle de vent ne venait les agiter. Ce qui n'était pas pour en rassurer les quelques habitants intelligents. Dans les villages de bûcherons on se calfeutrait soigneusement à l'intérieur des masures, ferment portes et fenêtres autant que possible, ne sortant que pour subvenir aux impondérables. On se regroupait à parfois plusieurs dizaines sous le même toit, en essayant de se rassurer les uns les autres. Un seul endroit dans la forêt semblait pris d'agitation : le manoir du nécromant.
Et pourtant, visuellement, rien ne semblait plus mort que cette demeure de pierre noires accolée à un arbre si vieux que ses branches tombaient au sol pour former de nouvelles racines et que son bois avait acquis la dureté du métal. Mais dès que l'on s'approchait assez on le sentait. En ce lieu, l'énergie magique tourbillonnait, tel un vent furieux, tempêtait dans les branches, vibrait dans l'air si bien que même les profanes pouvaient la ressentir. Elle était si intense qu'elle en façonnait le paysage autour : les herbes folles flétrissaient et revivaient en accélérée, l'humus se décomposait à vue d'oeil pour ne plus former qu'une terre noire et lourde dans laquelle grouillait une vie intense... A l'intérieur c'était pire encore, les pierres et le bois qui composaient les murs résonnaient de la puissance magique, répercutant en écho les vibrations dans le tissu même de la réalité. Le laboratoire de Porte-la-Peste était sans dessus dessous. Les expériences délicates se retrouvaient bouleversées par l'énergie qui s'accumulait, les zombies habituellement chargés de s'en occuper semblaient obéir à des ordres erratiques, comme des marionnettes entre les mains d'un saltimbanque totalement incompétent... mais du maître des lieux, nulle trace. Il fallait monter encore, emprunter des couloirs obstrués par les toiles des milliers d'araignées que faisaient naître et mourir en boucle infini les vagues de magie, pour finalement déboucher au cœur de l'arbre, une simple cavité dans le bois, guère plus grande qu'un secrétaire où l'on pouvait tout juste se tenir debout. Mais ici résidait quelque chose, une chose plus ancienne qu'aucun mortel ou immortel, une chose aussi vieille que ce monde lui-même, un fragment de ce qui avait été la plus belle œuvre de la Mère, un fragment meurtri et maltraité par les barbares, un esprit brisé puis reconstruit dans la folie. Ici prenait source tout ce qui faisait d'Aduram la forêt crainte par chacun. Ici, au centre de ce qui était autrefois la plus grande cité du Linoïn, un site sacré d'une valeur immense dont il ne restait désormais que de vieilles pierres noircies par les incendies et recouvertes par la terre et l'humus au fil des millénaires, reposait l'Esprit de l'Aduram. Et agenouillé, les genoux écorchés par le bois rude, les yeux révulsés sous l'énergie qui le parcourait, Porte-la-Peste se tenait au cœur du vortex. Il ressentait la puissance qui le traversait et l'électrisait, il revivait l'instant où il avait découvert ce lieu et le pouvoir qui allait avec. Aujourd'hui, l'Esprit avait besoin de se faire entendre de nouveau. Aujourd'hui il avait donc appelé son fidèle serviteur pour qu'il lui serve encore d'exécutant et qu'à travers lui sa volonté soit faite. La magie qui se déversait dans ses os et dans ses muscles transportait Prote-la-Peste à une toute autre réalité, à des lieux de là.

Il ressentait, plus qu'il ne voyait réellement, les cohortes de soldats. Les drows traversaient la forêt, portant avec eux la guerre et la mort en direction des terres humaines. L'Esprit n'avait aucune pitié pour les descendant de ceux qui l'avaient blessés, et peu lui importait le sort des humains qui croiseraient l'ost. Mais les drows ne se mouvaient pas seuls. Il était menés par celui qu'ils appelaient le Favori de Kiel. Kiel. Le nom qu'il avait donné à cette soit-disant déesse. Mais l'Esprit savait, il savait d'où venait les voix, il savait d'où venait cette conscience, cette douleur lancinante, cette folie destructrice. Il était là le jour où elle était né. Le jour où les plus grands fils et filles du Linoïn avaient sombré dans un océan de douleur tandis qu'ils étaient séparés. De ces âmes damnées étaient nés celle que les drows appelaient désormais Kiel. Bien peu étaient ceux à connaître la vérité. Mais elle était pour autant incontestable. Que voulaient les Âmes en traversant la forêt ? Cela ne pouvait être le fruit du hasard, ce mouvement si absurde, si inutile... l'Esprit ne pouvait rester sans réagir. Il savait qu'elles lui en voulaient, qu'elles estimaient ne pas avoir été protégées. Tous deux avaient souffert, mais lui, à défaut d'être sain, était toujours vivant. Elles n'étaient plus que des esprits égarés, perclus de douleur. Leur revanche semblait légitime.
Mais pour autant Il ne l'accepterait pas. Elles avaient amenées leurs cohortes de soldats, leurs machines de guerre, leurs mages et leurs bourreaux. Soit. Lui aussi avaient ses armées. Elles n'étaient sans doute pas aussi effrayantes, destructrices ou impressionnantes, mais elles étaient innombrables et inépuisables. Elles submergeraient l’ennemi sous une avalanche de mâchoires, de crocs, de mandibules, elles se repaîtraient de ses chairs et de son sang. Les profanateurs allaient apprendre à craindre chaque coin d'ombre, chaque terrier, chaque cachette. Leurs tourments ne prendraient fin que lorsque leurs os blanchis orneraient le sol.


Les chasseurs n'aimaient pas l'atmosphère de la forêt autour d'eux. Ils étaient partis plus d'une semaine auparavant, mais les troubles ne s'étaient fait sentir que depuis quelques jours, alors qu'ils ramenaient leur prise aux villages. Tout était devenus beaucoup trop silencieux. Recouverts de fourrure, recroquevillés près de leur feu, ils n'arrivaient pas à dormir. Le silence était trop pesant, trop inquiétant. Puis le crissement éclata comme un coup de tonnerre. Il n'était pas plus fort que la toux d'un nouveau-né, mais dans l'ambiance pesante de cette soirée, il avait retentit comme l'annonce de l'apocalypse. Le bruit venait de partout et de nul part à la fois, comme un gigantesque son de crécerelle qui se serait répandus sur le monde, rebondissant en écho sous la voûte des arbres centenaires. Puis il s'estompa et le silence reprit ses droits, pour un instant. Le bruit suivant fut encore plus diffus, si bas que l'oreille peinait à le percevoir. Le martèlement de pattes sur le bois. Un chasseur tourna brusquement la tête pour voir une araignée de taille respectable passer à quelques centimètres de lui, se précipitant vers l'est et filant à tout allure. Le sol lui sembla soudain mouvant. Il se leva en hâte, pour constater à la lueur du feu que l'humus remuait de toutes parts. Des vers de terre sortaient du sol et prenait la même direction, rampant à la surface. Des scarabées s'extrayaient de leur nid et se mouvaient tels des chars de guerre au milieu des bêtes plus menues. Autour d'eux, sur les branches, décollaient libellules, frelons, moustiques, sauterelles et grillons. D'autres insectes plus exotique apparaissaient aussi, que cela soit dans la masse grouillante qui recouvrait désormais le sol et que les pauvres hères essayaient tant bien que mal d'éviter sans trouver un coin de terre qui ne soit pas envahi ou dans les armadas volantes qui tournaient autour des troncs et se posaient sur les branches jusqu'à paraître de gros buissons vrombissants. Les plus petits étaient à peine visibles à l’œil nus, les plus gros avaient la taille d'un poing. Soudain à quelques mètres des trois humains, le sol creva soudainement pour libérer des centaines, des milliers, des millions, des dizaines de millions de fourmis en une grosse masse informe de corps, de pattes et de mandibules qui se répandait sur le sol et rejoignait le mouvement général. L'essaim était si énorme qu'il recouvrait les pieds des trappeurs, lesquels n'osaient plus bouger de peur d'être dévorés vivant. Puis l'air s'anima. Une brise naquit, se transforma rapidement en une bourrasque irrégulière, comme si quelque moulin géant soufflait dans leur direction. Le vrombissement ne survint qu'après. Ils voulurent crier mais n'y parvinrent pas. Un gigantesque mur d'ailes et de chitine se déplaçait dans leur direction, absorbant en lui les insectes qui se semblaient qu'attendre son arrivée pour prendre leur envol. Les feuilles volaient dans son sillage, les branches pliaient sous le souffle d'air et le bruit se faisait de plus en plus insupportables, presque à en devenir sourd lorsque les chasseurs se retrouvèrent encerclés de toutes parts. Puis il passa. Seules quelques vermines traînantes parcouraient encore le sol, suivant l'essaim à leur rythme. La forêt était redevenue silencieuse, mais pas endormie. Elle palpitait d'une sourde colère. Les arbres étaient comme penchés dans la direction qu'avaient pris les essaims, les branches semblaient se tendre tels des doigts avides et crochus. Au sol les racines étaient semblables à des serpents rampants. Les humains ne tardèrent pas plus longtemps, éteignirent avec précipitation le feu, récupérèrent leur gibier qui n'avait miraculeusement pas été dévorés par la horde rampante et se précipitèrent en sens inverse pour échapper à cette folie et regagner leur demeure. L'un d'eux buta sur une racine qui, il l'aurait juré, n'était pas là quelques minutes avant mais refusa d'y prêter plus attention et courut à la suite de ses camarades.
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