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 « Qui pisse face au vent se rince les dents »

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Niccolo Malevesta
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Date d'inscription : 13/12/2014

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MessageSujet: « Qui pisse face au vent se rince les dents »   Dim 14 Déc 2014 - 13:04


L'eau miroitait dans le soleil matinal sur la mer calme. C'était à peine si quelques souffles de vent frais s'engouffraient sur le pont. A l'horizon, rien d'autre qu'une étendue d'eau bleue, trésors de la nature triomphante et immortelle sur la civilisation. Lorsqu'elle ne distribuait pas ses affreuses bourrasques aux marins imprudents, la mer leur apportait une sérénité qui ne se pouvait trouver nulle part ailleurs.

Niccolo Malevesta, mercenaire romantique et soldat de fortune, vomit son déjeuner par-dessus le bastingage.

- Par les morts, dit-il, je n'ai jamais aimé la mer.

Conscient du regard de ses hommes braqué sur lui, le capitaine mercenaire se tourna vers eux, essuyant d'un revers de manche le vomi qui coulait sur son menton.

- Il en reste un peu sur vos bottes, capitaine, lança Brennus, goguenard avant de s'esclaffer comme une baleine avec les autres.

- Je te remercie pour ta prévenance, répondit Niccolo, tout sourire.

Déjà trois jours passés en mer, avec une seule escale sur l'île d'Achid Kamil. La Compagnie Sans Nom, fier ramassis de bandits, de mendiants et de paumés, voguait joyeusement en quête d'aventure. Trois cent hommes sur les sentiers de gloire, en route vers leurs prochains hauts faits. Vers la péninsule. Et trois jours sur un navire où il n'y avait que des hommes, c'était long. Au moins, sur la terre ferme, les endroits où chier tranquille étaient plus nombreux.

- Bien ! poursuivit-il tout en délaçant son pantalon et en leur tournant le dos, face à la mer. J'ai comme l'impression que vous avez quelque chose à demander. Faites donc, je suis toute ouïe.

Un jet d'urine miroita au soleil, retombant joyeusement dans l'eau. De quoi assaisonner le festin que je viens de servir aux poissons. On ne profite pas d'un bon repas sans le millésime adéquat. Derrière lui, Triste-Sire et Kaul échangèrent un regard, haussant les épaules. Triste-Sire s'éclaircit la gorge.

- Les gars s'impatientent, Niccolo. Ils attendent toujours leur dû depuis les Deux-Ponts.

- Leur méfiance me blesse, mon cher. Ils savent pourtant que je suis un homme d'affaires. Je préférerais me ruiner plutôt que manquer à ma parole.

Et, de fait, ruiné il l'était. Criblé de dettes jusqu'au cou, ce n'était pas pour rien qu'il avait fait précipitamment embarquer les hommes et foutre le camp d'Estrévent, toutes voiles dehors. Il savait bien qu'il aurait dû utiliser leur dernière prime avec plus de parcimonie, mais merde, je suis un soldat, pas un foutu comptable.

- Dis-leur que je leur payerais à tous le double de ce que je leur dois, pour compenser le retard.

Triste-Sire s'éclaircit une nouvelle fois la gorge.

- Sais-tu seulement ce que tu leur dois ? Il y a deux jours, tu as déjà promis de tripler leur solde.

- Quelle sottise, j'avais totalement oublié ! ricana Niccolo tout en agitant les dernières gouttes avant de remonter son pantalon. N'aie crainte, mon ami, je vais aller leur parler.

Quelques minutes plus tard, les hommes étaient réunis sur le pont. Debout sur un tonneau, le glorieux capitaine, souriant, attendait des acclamations qui ne vinrent pas. D'ordinaire, il devait intimer le silence pour en placer une ; aujourd'hui, pas le moindre applaudissement, pas le moindre mot. Il régnait un silence de mort sur le pont. La mauvaise humeur gagne du terrain de jour en jour. Mieux vaut nous empresser de gagner la terre ferme, avant qu'une mutinerie n'éclate. Il contempla un instant sa bande  de joyeux lurons. Des mercenaires, ou plutôt, des voyous, des pilleurs de tombes, des traîtres. Sur la plupart de leurs visages balafrés et vérolés se lisait une haine grandissante. Ils réfléchissent probablement déjà à la meilleure manière de me faire la peau.

Il leva le bras en signe d'apaisement.

-  Assez d'acclamations, mes frères ! Vous me faites trop d'honneur. Braves héros que vous êtes, enfin, je veux dire... chers mercenaires. Nous avons traversé bien des épreuves ensemble. Surtout vous, qui vous faites tout le travail pendant que je prends le soleil en attendant la fin des combats.

La blague n'eut qu'un effet limité, mais il en fallait plus que ça pour le décourager.

- Mes amis ! Vous savez que je n'ai jamais négligé votre confort. Je n'ai jamais souhaité que m'... n... vous enrichir. Combien de villes et villages avons-nous rançonnées ces dernières années ? Combien de pillages ? Et combien de primes avons-nous touchées sans même avoir à nous battre ? J'ai suivi les enseignements de Monatore, notre regretté ex-capitaine. Je m'efforce chaque jour d'être digne de lui...

Il croisa le regard de Kaul, un regard qui semblait dire : "abrège et fais pas trop compliqué, c'est pas des flèches." Niccolo haussa les épaules.

- Sachez que je n'ai pas d'autre soucis que la défense de nos intérêts communs. En ce moment-même, nous voguons vers la péninsule. La péninsule ! Une terre où nous trouverons constamment du travail. Une terre où mille compagnies comme la nôtre trouveraient à s'occuper pendant  des années entières. Un monde où il y a tout le temps la guerre, et où les guerres durent, pas comme chez ces tarlouzes de princes marchands qui signent la paix au bout de trois jours et nous renvoient au chômage. Nous allons nous enrichir plus en un mois que nous ne le faisons d'ordinaire en un an. Nous nous battrons probablement davantage... mais cela signifie de plus grosses primes, et davantage de villes pillées, de veuves et orphelins malmenés, de ruine et de misère semées sur notre sanglante et glorieuse route. Et il y aura même un peu de gloire pour ceux que ça intéresse. En ce qui me concerne, l'or me suffira déjà amplement !

Niccolo tira l'épée de son fourreau. Le geste aurait eu plus de gueule s'il n'avait pas échangé son bel acier doré contre une vieille rapière éraflée et un tonneau de vin.

- Je suis Niccolo Malevesta ! Mercenaire romantique et célèbre opportuniste. J'ai remporté de grandes victoires, et... fui devant quelques défaites inévitables. J'ai pourfendu des paysans et des veuves, et baisé des princesses et des reines de beauté. J'ai vendu des orphelins pour esclaves, et incendié leurs maisons. Je suis connu aux quatre coins de l'Estrévent comme un tout-puissant prince en haillons. Et je ravagerais les vertes campagnes de la péninsule, d'Ysari à Oësgard, pour chaque prime que  leurs grands seigneurs daigneront me verser. Nous partagerons tout, mes hommes ! La richesse et les femmes, les larmes et le sang. Êtes-vous avec moi ?

Il y eut un moment de flottement. Puis Kaul, Triste-Sire et Brennus levèrent leurs propres armes, et l'acclamèrent, timidement d'abord puis avec davantage d'assurance.
Les autres suivirent le mouvement.

Quelle bande de moutons. Une chance pour moi... jusqu'à ce qu'ils en suivent un autre.
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