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 Fin d'une vie [Eliwa]

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Eliwa
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MessageSujet: Fin d'une vie [Eliwa]   Jeu 29 Jan 2015 - 23:49


Il avait toujours su qu'elle reviendrait un jour. Et que ce jour là, il serait encore bel et bien vivant. C'était à cause de, ou grâce à, il ne savait pas vraiment, cela qu'il n'avait pas cherché à la retrouver quand elle avait subitement disparu, un matin. Il savait qu'elle ne pourrait pas rester seule bien longtemps, il savait qu'elle se sentirait obligée de revenir vers lui. Parce qu'il l'avait éduquée. Et plutôt bien, il fallait dire. Quand elle avait à nouveau franchi les portes de sa maison, un fin sourire avait étiré ses lèvres, fugacement, et le coin de ses yeux s'était plissé, dans une expression éphémère de joie. Eliwa devait être l'elfe qui lui avait rapporté le plus, et l'idée même qu'elle soit de nouveau sous son toit l'enchantait. Il ne savait pas vraiment ce qu'elle voulait, ou ce qu'elle attendait en venant ici, mais il était certain qu'elle cherchait quelque chose. Quand elle était rentrée, et qu'elle l'avait demandé, il n'avait pas répondu présent. Il voulait l'observer, regarder comment elle se comportait, voir si elle avait changé, ou si elle était toujours cette enfant qui avait besoin d'une figure d'autorité pour s'épanouir pleinement. Mais arriva un moment où elle voulu vraiment le voir, et où elle vint le chercher elle même, dans son bureau. Et alors, il se rendit compte que le temps avait passé.

Elle n'était plus comme avant, la manière qu'elle avait de se tenir, les expressions de son visage, et même les mots qu'elle prononça n'appartenaient pas à celle qu'il avait laissé partir. Mais n'était-il pas excitant de devoir découvrir ce qu'elle était devenue, là, dehors, sans lui, sans personne ? Parce qu'il pouvait nettement lire la solitude dans ses yeux, la haine aussi, et la tristesse. Cependant, la haine devait être plus présente que tout le reste.

 - Bonjour, Père, le salua-t-elle.
 - Bienvenue à la maison, Eliwa, tu m'as manqué.

Il avait ouvert ses bras, comme s'il attendait qu'elle vienne se blottir contre lui, ou simplement pour lui signifier qu'ici, il était seul maître des lieux, et qu'il était, en quelques sortes, intouchable. Qu'elle l'interprète comme elle le voulait, il n'en avait cure. Ce qui lui importait désormais était de savoir ce qu'elle allait faire de toute cette haine, qu'il semblait étrangement attiser. Pourtant, il avait été bon avec elle, il avait été aimant. Et voilà qu'aujourd'hui, elle semblait le haïr plus profondément que n'importe qui. Avait-elle revu sa mère ? Etait-elle seulement encore en vie ? Mais il chassa bien vite ces interrogations pour revenir à celle qui se tenait devant lui. Elle avait les pieds légèrement écartés, et bien ancré dans le sol, les bras croisés sur sa poitrine, et le menton légèrement relevé. Peu à peu, la tristesse et la solitude disparurent, et seul son ressentiment put se lire dans ses yeux. Il avait toujours aimé ces iris verts, parce qu'ils se mariaient si bien avec ses cheveux blonds, et les reflets roux qu'ils avaient, de temps à autres, quand le soleil était au rendez-vous.

 - Alors, que me vaut cette visite ? Tu t'es rendue compte qu'il n'y avait pas meilleur endroits que cette maison ? Ou peut-être que je te manquais trop. Ne t'inquiète pas, maintenant que tu es revenue, tout va bien se passer.

Un claquement de langue de la part de l'elfe lui indiqua qu'elle avait entendu quelque chose qui lui déplaisait, quelque chose qu'elle ne cautionnait pas, et qui l'agaçait.

 - Je ne suis plus ta chose. Et je ne suis pas revenue parce que tu me manquais, ou parce que cet endroit est le meilleur que je connaisse. Je suis là pour te reprendre ce que tu m'as pris.
 - Ce que je t'ai pris ? Est-ce que tu te moques de moi ? Je t'ai élevée, je t'ai nourrie, je t'ai logée. Je t'ai appris tout ce que je savais, je t'ai transmis mon héritage. Et toi, tu veux me reprendre ce que je t'ai pris ? Je ne t'ai rien pris Eliwa. Rien. Au contraire.

Il avait prononcé ses dernières phrases un ton plus haut que les autres, et un léger sifflement de colère s'était fait entendre quand il l'avait nommée. Ses bras étaient retombés le long de son corps et son poing droit s'était serré. Mais il n'avait rien laissé échappé d'autre. Il savait que ces signes seuls mettraient l'elfe sur sa défensive. Et il préférait qu'elle soit ainsi plutôt qu'agressive. Après tout, il était chez lui, et il appréciait peu qu'elle remette son autorité en question. Il n'avait pas aimé qu'elle lui dise qu'elle n'était plus sa chose. Parce qu'elle l'était toujours. Si elle était venu le retrouver, après quelques décennies, ce n'était certainement pas parce qu'il n'avait plus aucune emprise sur elle, bien au contraire.


Dernière édition par Eliwa le Lun 6 Avr 2015 - 14:43, édité 1 fois
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Eliwa
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MessageSujet: Re: Fin d'une vie [Eliwa]   Jeu 5 Fév 2015 - 12:14


Son ton mielleux, ses propos complètement déplacés et son sentiment de supériorité exaspéraient Eliwa. Elle n'avait qu'une seule envie : qu'il ne soit plus. Mais l'heure n'était pas venue, elle voulait qu'il reconnaisse ses fautes, elle voulait qu'il sache quelles avaient été ses erreurs, et enfin, elle voulait qu'il s'en veuille. Elle savait bien qu'elle n'aurait certainement pas les trois, peut-être même aucun des trois. Seulement, elle avait besoin d'essayer. Quand elle lui aurait ôté la vie, ce serait bien trop tard, elle ne pourrait jamais essayer ne serait-ce que de comprendre. Comprendre comment il avait réussi à occuper son esprit si longtemps, comment il avait réussi à la contraindre à faire ce qu'elle avait fait, comment il avait réussi à la garder en vie. Parce qu'elle aurait pu mourir de chagrin, elle aurait pu se laisser dépérir, le cœur et l'espoir brisé en mille morceaux. Sauf qu'elle ne s'était jamais laissée aller à ce point, elle avait prié Kÿria un nombre incalculable de fois, elle avait essayé de se réveiller de son cauchemar, elle avait tenté de se rebeller. Mais se laisser mourir, jamais. Etait-ce de sa faute, ou de la faute de Père ? Elle n'en savait rien. Et une chose était sûre, elle comptait savoir aujourd'hui.

 - Mais assieds toi, je t'en prie. Excuse le ton que j'ai pris pour te répondre, peut-être ne sais-tu pas. Tu n'es qu'une enfant, après tout. Quel âge as-tu, maintenant ? Cent trente, ou cent quarante ans ? C'est extrêmement jeune pour une elfe, tu sais.

Elle n'était plus une enfant. Et il le savait pertinemment, puisqu'il lui avait volé son enfance. Cependant, elle accepta le siège qu'il lui proposa, non parce qu'elle avait envie de parler avec lui du temps qu'ils avaient passé séparément, mais parce qu'elle voulait réellement des réponses. Il n'avait pas idée de la personne qu'elle était devenue, et là était peut-être son seul avantage. Elle était venu chez lui, dans son domaine, pour le défier ouvertement. Elle n'avait pas intérêt à gâcher l'avantage qu'elle avait. Lentement, elle expira par le nez. Ses pieds étaient ancrés dans le sol, et ses coudes reposaient sur ses genoux. Elle croisa ses mains avant de reprendre la parole.

 - Les années que j'ai passé loin d'ici... Elles n'ont pas été facile, tu sais. Quand je suis partie, je pensais que tu m'aurais cherché. Je pensais que tu allais envoyer quelqu'un pour me retrouver. Je pensais que tu allais venir me sauver. Et par la suite, j'ai craint les représailles, j'ai eu peur de venir te retrouver. J'ai cru que tu allais me punir, alors j'ai préféré rester dehors.

Un sourire se dessina sur les lèvres du semi.

 - Je sais bien, nîn baneth, je sais bien. Mais tu comprends bien que tu avais fait une erreur, une grave erreur. Et que je ne pouvais pas laisser passer cela. Je devais te punir, et sache que cela m'a brisé le cœur, sincèrement. Seulement, je vois aujourd'hui que j'ai eu raison. Je sais que si j'avais cherché à te rattraper, tu serais partie de nouveau, sans comprendre que je n'agissais que pour ton bien, et seulement pour ton bien.
 - Je comprends, Edair. Je suis même consciente que tu n'as agis que pour mon bien, et je t'en suis reconnaissante. Seulement, j'ai été seule, et j'ai eu peur. Je savais à quel point j'avais besoin de toi, mais je ne pouvais revenir en arrière. Et je savais que tu ne me cherchais pas. Savais-tu au moins que j'étais encore en vie ? Savais-tu que je n'avais pas rejoint maman ?
 - Je l'espérais de tout mon cœur. J'ai prié Kÿria de veiller sur toi, j'ai prié Calimenthar de ne pas te prendre, j'ai prié jour et nuit pour revoir ton visage un jour. J'espère que tu le sais.
 - Pourrais-tu faire sortir tes gardes ? Ils me... ils me mettent mal à l'aise, et cela fait si longtemps que j'attends ce moment.
 - Bien sûr.

Il ordonna sèchement à ses eunuques de sortir de la pièce, et de fermer les portes derrière eux. Eliwa n'avait pas d'armes sur elle, et elle savait qu'il était au courant. Elle était entrée ici sans aucun signe d'agressivité apparent. Elle ne portait rien sur elle qui puisse représenter un danger pour la vie du semi en charge de la maison. Ce devait être pour cela qu'il avait si gentiment accepté sa demande. Il ne savait sans doute pas à quel point elle s'était amélioré, dehors, dans le combat à main nue. Ni même à quel point elle avait changé. Il se doutait peut-être de quelque chose, mais elle était certaine qu'il ne pouvait savoir qui elle était réellement aujourd'hui.

 - Merci, je me sens plus libre de te dire ce que j'ai sur le cœur.
 - C'est normal voyons, tu es ma fille après tout, nîn baneth, que je n'ai pas vu depuis trop longtemps. Je suis d'ailleurs désolé d'apprendre que ta mère n'est plus des nôtres, je ne le savais pas. Mais pour revenir à ce que je disais, je suis plus qu'heureux de te savoir en vie. Parce que, je t'aime, Eliwa.
 - Far ! siffla-t-elle. N'essaye même pas de dire un mot de plus.

Ses yeux s'étaient assombris, et tout son visage exprimait désormais le mépris et le dégoût qu'il lui inspirait. Elle le haïssait, plus que tout au monde, et il avait eu le culot de lui dire qu'elle était sa fille, qu'il l'aimait. Il lui donnait la nausée. Et la rapide expression de satisfaction qui passa sur son visage lui fit serrer le poing. Elle savait pertinemment qu'elle ne tarderait pas à frapper. Il le savait aussi. Ce fut certainement pourquoi il leva doucement les mains, écartant les bras, laissant son torse et son visage totalement vulnérables. L'elfe passa rapidement sa langue sur ses lèvres et se leva.

 - Bien. Maintenant que nous savons tout les deux que tu aurais préféré que je sois morte, je vais te dire une chose. Ni naoto an ti dag.

Traductions:
 
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Eliwa
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MessageSujet: Re: Fin d'une vie [Eliwa]   Jeu 5 Mar 2015 - 20:41


C'était donc ça. Il se demandait quand elle allait lui donner la véritable raison de sa visite. Parce qu'il n'avait pas cru un instant qu'elle était restée cette enfant apeurée et malléable à souhait. Son corps et son visage criaient son changement, il était loin d'être dupe. Et donc, elle voulait le tuer. Pourquoi, il n'en avait aucune idée. Mais il ne doutait pas un instant qu'elle allait le lui dire bientôt. Maintenant qu'elle était lancée, il savait qu'elle n'allait pas s'arrêter de sitôt. Un sourire étira ses lèvres, une fois encore, et il retint un ricanement.

 - Je suis ici chez moi Eliwa. Tu crois réellement pouvoir me tuer sans problème ?
 - Je n'ai jamais dit que je n'aurais aucun problème. A vrai dire, je m'en fiche. Tout ce qui compte, c'est que tu disparaisses.

Qu'il disparaisse. Il ne pourrait pas disparaître. Parce qu'il faisait partie de la vie de la jeune elfe. Il avait marqué son passé, et avait forgé celle qu'elle était aujourd'hui. Et elle le savait, elle le savait pertinemment, puisqu'elle était loin d'être idiote, il en avait la certitude. Elle ne pourrait l'effacer de son esprit. Il était son passé. Elle ne pouvait le renier.

 - Je vais te poser deux questions. Et je veux que tu y répondes sans détours, sans fioritures. Je veux la vérité, Père, et rien que la vérité, siffla-t-elle.

Elle s'était rapproché de lui lorsqu'elle avait prononcé ces mots. Il pouvait discerner sa colère, sa rage, l'envie d'user de la force qu'elle contenait tant bien que mal. Les muscles de sa mâchoire étaient contractés, ses dents étaient serrées, comme si elle était prête à mordre, et ses sourcils étaient froncés, avec leur coin externe relevé. Ses doigts tapotaient sa cuisse, à la recherche de sa garde. Elle le menaçait de tout son corps. Lui avait encore les bras ouverts, son torse à découvert, et rien dans sa posture ou dans son expression ne laissait paraître une envie violence. Pas de signe de peur non plus. Il n'était pas du genre à avoir peur de toutes façons. Il avait grandi dans la rue, et il fallait bien plus que cela pour l'inquiéter réellement. Il n'était peut-être pas aussi rapide, aussi agile, ou aussi prévoyant qu'une sang pur, mais il avait l'avantage de ne pas être aveuglé par un quelconque sentiment. Vinrent alors les questions.

 - Pourquoi m'as-tu arrachée à ma mère ? Qu'étais-je pour toi ? Quelle importance avais-je ?

Une main passa sur son visage, et un léger sourire étira ses lèvres.

 - Eliwa... , soupira-t-il. Es-tu idiote au point de penser que tout est en rapport avec toi ? Que tout tourne autour de toi ? Que tout est arrivé pour toi ? Tant d'égoïsme, tu me déçois...

 - J'ai posé une question. J'attends une réponse. Père, cracha-t-elle finalement.

Il aimait tellement la façon dont elle prononçait ce mot. Il aimait l'entendre sortir de sa bouche, il aimait sa signification, il aimait ce qu'il représentait. Après toutes ces années, il restait père tout de même. Elle ne l'avait pas appelé autrement, et pourtant, il était certain qu'elle connaissait son prénom. Parce qu'il ne l'avait jamais caché, à personne, et qu'elle avait du l'entendre un nombre incalculable de fois.

 - Et si je ne réponds pas ? Après tout, rien ne m'y oblige, si ?
 - Si tu ne réponds pas, je te tue.

Aucun signe d'hésitation dans sa voix, aucun tressaillement, elle n'avait même pas sourcillé. Elle l'avait regardé dans les yeux et lui avait dit la vérité. En tout cas, ce qu'elle pensait être la vérité. Parce que s'il se faisait, disons vieux, il n'en restait pas moins habile. Et n'avait aucunement perdu ses aptitudes en matière de combat. Si elle voulait le tuer, elle allait devoir le surpasser.

 - Je ne vois pas ce que j'y gagne. Si je réponds, tu me tueras aussi. Tu es venue pour ça, n'est-ce pas ce que tu as dit tout à l'heure ?
 - Je suis venue chercher des réponses. Donne les moi.
 - Quel ton autoritaire ! Tu me rappelle celui que j'étais, dans mes débuts. Notamment quand ta mère m'a supplié de...

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase, que ses mains s'étaient précipité sur son cou. Il les écarta avant qu'elles ne soient trop proches, et il cassa son poignet dans son dos. Elle se retrouva un instant à sa merci, son dos contre son torse, son souffle dans son cou.

 - Il va falloir faire bien mieux que ça, si tu comptes m'ôter la vie, susurra-t-il.

Une dernière inflexion vers le haut, et il rendit son bras à l'elfe. Allait-elle demander encore des réponses, ou allait-elle exécuter sa menace ? Il était si curieux de le savoir.
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Eliwa
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MessageSujet: Re: Fin d'une vie [Eliwa]   Lun 6 Avr 2015 - 14:45


Elle savait bien que ce qu'elle comptait faire n'allait pas être facile, elle savait qu'elle prenait le risque de perdre la vie, ici, dans cette maison qu'elle avait tant haït. Mais elle savait aussi qu'elle avait une chance de réussir. Qu'elle avait une chance de s'en sortir. Quand il lui tordit le bras, elle serra les dents pour ne pas laisser échapper ne serait-ce qu'un petit cri de surprise. Elle ne voulait pas le laisser penser qu'il pouvait l'atteindre si facilement. Même s'il le pouvait certainement. Alors une fois qu'il l'eut rejetée loin d'elle, elle se retourna vers lui et laissa filerentre ses dents, d'un ton autoritaire :

 - Je ne te le répéterai pas. Je veux des réponses. MAINTENANT !

Elle avait crié le dernier mot, sans même s'en rendre compte. Elle commençait à perdre patience, et à perdre espoir. Ne lui répondrait-il donc jamais ? Avait-ce réellement une importance ? Elle ne savait plus. Son corps s'était tendu, et l'articulation de sa mâchoire se gonflait à un rythme régulier, laissant paraître sans aucune retenue toute la colère et la rage qu'il lui inspirait. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas été toue entière envahie par ses sentiments. Elle avait toujours été assez impassible, ne laissant transparaître que ce qu'elle voulait que les autres voient. Et aujourd'hui, elle n'avait plus cure de ce que les autres pouvaient bien voir. Elle était emplie d'une colère noire, comme elle n'en avait jamais connu, et il était largement temps qu'il voit ce qu'il risquait si jamais il la contrariait.

 - Ecoute, tu n'as aucunement le pouvoir de m'intimer quoique ce soit. Alors, je vais te le redire une dernière fois Eliwa. Tu n'auras pas de réponses. Maintenant, sors de chez moi, ou tues moi. Mais cesse de demander encore et encore des réponses qui n'existent même pas. Tu es pitoyable.

Il ne lui en fallut pas plus pour qu'elle attrape un pot qui traînait sur son bureau et qu'elle le lui fracasse sur l'épaule. Parce qu'il s'était relevé, elle avait manqué la tête. Et elle n'avait pas vu venir le coup qui écrasa son estomac et lui coupa la souffle un court instant. Alors ça y était, ils ne rigolaient plus ? Les bonnes manières étaient finies et ils passaient à la violence ? Elle n'avait même pas obtenu ne serait-ce qu'une bribe d'explication, mais étrangement, cela n'avait plus aucune importance pour elle. Tout ce qui comptait maintenant était de le réduire en miettes. Elle voulait le voir souffrir, et elle voulait le voir mourir. Elle riposta donc avec un crochet du gauche qui s'enfonça dans sa joue, avant qu'il ne la dégage d'un coup de pied. Rapidement, ses yeux parcoururent la pièce, et elle repéra une lame, accrochée à un mur, derrière le semi. Lui avait déjà dégainé un poignard, qu'il dissimulait certainement dans sa botte, comme il le lui avait appris. Avant qu'elle n'ait pu décider de son prochain mouvement, il tenta de balayer ses appuis, espérant la voir perdre l'équilibre. Seulement l'elfe ne le laissa pas faire, et son tibia rencontra violemment le genoux de Père, qui laissa échapper un rictus de douleur. L'os n'avait pas craqué, mais elle savait avoir tapé assez fort pour qu'il ne puisse s'appuyer entièrement dessus avant un petit moment. Profitant de cet instant de faiblesse, elle bondit vers le mur pour attraper le pommeau de la lame, mais elle n'eut pas le temps de l'opposer correctement à son adversaire, puisqu'un coup de coude vint la cueillir sous le sternum. Son souffle fut coupé l'espace d'un instant qui lui sembla être une éternité. Sa bouche était ouverte, mais l'air ne voulait pas entrer. Son ventre se soulevait spasmodiquement, dans le vain essaie de faire à nouveau circuler le gaz vital dans ses poumons. Elle avait machinalement fait deux pas en arrière, et quand elle constata avec soulagement que son diaphragme se tendait et se détendait à nouveau, des phalanges s'écrasèrent avec violence sur son foie. Elle toussa, comme pour cracher la douleur, et se remit en garde. Cette fois, elle avait une lame. Qui était au moins deux fois plus grande que celle de la dague de son adversaire. Mais elle n'était pas dupe, elle savait très bien que cela ne voulait rien dire. Parce qu'elle ne connaissait absolument pas cette arme, parce qu'elle n'avait pas été forgée pour elle, parce qu'elle sentait son poids au creux de sa main.

Les deux se jaugeaient maintenant du regard. Ils se tournaient autour, lentement, comme deux animaux en cage. Attendant l'invitation de l'autre, guettant le moindre signe de faiblesse. Elle savait qu'il était entrain d'examiner sa garde, de la juger, de la décortiquer. Et qu'à la moindre faille, il n'hésiterait pas à l'assaillir. Un frisson parcouru son échine. Tout ses muscles étaient bandés, son cœur frappait ses côtes, plus fort que jamais. Elle pouvait presque sentir l'adrénaline couler dans ses veines, irradier son corps entier. Et il baissa légèrement son bras. Automatiquement, elle lança sa lame, entaillant le cuir de son épaule. Mais il ne la laissa pas s'attarder, l'acier rencontra l'acier, et lentement, il descendit la longueur jusqu'à la garde. Privée de son avantage, il se savait supérieur. Sûrement à tord, puisque le genoux de l'elfe se leva si vite contre ses côtes qu'il n'eut pas le temps de le contrer. Cette fois-ci, un craquement se fit entendre. Et à cet instant, ils oublièrent tout deux les politesses. Il ne leur fallut pas longtemps pour se retrouver à mains nues, mais assez pour que la cuisse de l'elfe se soit imbibée de sang, et pour que le semi ait récolté une belle entaille sur l'abdomen. Quand il roua son visage de coups, le goût métallique du sang envahit sa bouche, et ce fut non sans contentement qu'elle le lui cracha à la figure. La douleur et la rage eurent alors raison d'elle, et ce fut un cri rauque qui franchit ses lèvres quand elle se jeta sur son Père.

Ensanglantée, Eliwa plongea deux doigts dans la plaie carmin qui fissurait le ventre du semi, et tira aussi fort qu'elle put, déchirant la peau et les chaires, arrachant un cri de douleur. Pour un peu, elle aurait presque jubilé. Plus faiblement qu'au début, on repoussa son assaut, et on tenta d'atteindre sa cuisse, mais elle tordit son bras avant qu'il ne puisse faire quoique ce soit. Elle frappa ensuite derrière ses genoux, et eut le plaisir de le voir s'écraser au sol, sans réellement tenter d'amortir sa chute. Doucement, elle ramassa sa dague, et s'assit sur ses cuisses. D'une main sur son torse, elle le plaquait au sol. Et quand il essaya de bouger son bras encore valide, elle planta la lame dans son épaule sans vergogne.

 - Bien. Maintenant que j'ai toute ton attention, commença-t-elle, haletante, et d'une vois rauque, je vais pouvoir mettre fin à toute cette partie de ma vie.
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MessageSujet: Re: Fin d'une vie [Eliwa]   Sam 18 Avr 2015 - 15:22


Son souffle s'accélérait sans qu'il ne sache pourquoi. Il devenait plus bruyant, et plus gênant. L'effort avait été court, mais intense, et sa plaie à vif n'arrangeait rien. L'adrénaline ne suffisait plus pour masquer complètement la douleur qui en émanait, et on ne faisait absolument rien pour le ménager, au contraire. Il avait bien essayé de se dégager, mais l'acier qui avait alors troué son épaule le dissuadait de faire un autre mouvement de la sorte. Il fallait bien le reconnaître, il était à la merci de celle qu'il avait élevé pendant des années. Et comme si cela ne suffisait pas, elle reprit la dague qu'elle avait plantée pour en faire courir la pointe sous son cou, puis le long de ses clavicules. Le sang coula alors plus encore, créant une mare carmin sur le plancher. Le bois l'absorbait comme pour la dissimuler, comme s'il voulait n'avoir aucune trace, aucune tache, qu'il ne pouvait se permettre cela. Un rictus fendit les lèvres du semi, et aussi, on lui sauta dessus.

 - Je ne te conseille pas de rire, Père, si tu tiens à vivre plus longtemps que prévu.

Il était presque certain qu'elle allait le tuer dans les minutes qui suivraient, mais il fit tout de même un effort. Il ne savait pas bien ce qu'elle attendait de lui, à ce moment précis. Il ne savait pas si elle attendait seulement d'être prête pour lui ôter la vie, ou si elle jubilait de le voir à terre, sous son emprise. D'ailleurs, il aurait pu appeler ses gardes. Il aurait pu hurler, il aurait pu ordonner, mais il ne le fit pas. Et ne le ferait pas. S'il demandait de l'aide, il reconnaîtrait qu'elle avait gagné, qu'elle l'avait battu. Mais s'il mourait aujourd'hui, elle vivrait encore demain. S'avouer vaincu serait lui donner la paix qu'elle était venue chercher, et c'était la chose qu'il voulait le moins au monde à présent.

 - J'ai.... J'ai été tellement patient avec toi, Eliwa, commença-t-il avant d'être pris d'une quinte de toux. J'avais de l'espoir pour... pour ton avenir, et toi tu... Tu a gâché ta vie. Pour cela, je suis désolé.

Chaque fois qu'il prononçait un mot, le goût du sang envahissait sa bouche un peu plus. Il avait la désagréable impression de se vider petit à petit, sans qu'il ne puisse faire quelque chose pour stopper ça. Il ne serait pas étonné de savoir qu'il avait de multiples hémorragies internes, et que, quoiqu'il fasse, il ne pourrait y survivre. Qu'allait-il bien pouvoir tirer de cette situation ? Il avait intérêt à trouver, et plutôt rapidement.

 - Allons allons, ne te moque pas de moi..., siffla-t-elle.

La pointe de la lame dessina une ligne rouge sur le bas de son cou, évitant avec soin la carotide, et la veine jugulaire. Elle ne voulait pas le tuer maintenant. Alors qu'attendait-elle ?

 - Repends toi. Et je te laisserai en vie.

Elle savait aussi bien que lui qu'il ne pourrait pas être sauvé. Qu'elle allait seulement le laisser là, au bon soin de ses gardes, qui, impuissants, le regarderaient se vider de son sang. Parce qu'aller chercher un guérisseur prendrait bien trop de temps.

 - Je n'ai rien à me reprocher, c'est toi, tout est de ta faute, Eliwa. Tu as mérité ta souffrance. Kÿria t'a... elle t'a abandonnée...

Un râle de colère perça ses oreilles, et un poing s'abattit avec fracas sur son thorax, lui cassant deux autres côtes au passage et faisant sursauter son cœur. Un filet de sang jaillit de sa bouche, et il toussa à nouveau, cherchant à expulser le liquide pâteux qui envahissait sa trachée et son œsophage. Plus ça allait, plus il sentait la douleur qui émanait de ses plaies. Mais peu importait. Il avait réussi à lui imprimer ces paroles dans la mémoire, et elle n'était pas prête d'arrêter de douter de leur véracité. L'elfe avait empoigné sa mâchoire, et planté ses yeux emplit de haine dans les siens. Elle lui avait fait la promesse de le tuer, et elle allait l'exécuter, il le savait, il le sentait.

 - J'aurais dû arracher ta langue bien avant cela. Je savais que tu ne m'apporterais jamais rien de bon.

Il cru un instant qu'elle allait joindre le geste à la parole, mais elle n'en fit rien. Elle laissa peser un silence de plomb pendant un instant qui sembla durer une éternité, puis frappa de nouveau sur ses côtes déjà cassées. Un hurlement de douleur déchira sa gorge, tandis qu'un fragment d'os déchira son cœur. Et alors, le temps s'arrêta. Plus rien ne se passait, plus rien n'existait, plus rien n'avait lieu. Il y avait seulement lui, et ses souvenirs. Qui affluaient en masse. C'était un après midi d'été,  où le soleil brillait plus fort que jamais. De l'atelier de son père émanait la douce odeur du bois fraîchement taillé. L'odeur des onguents qu'il passait dessus juste après parvenait jusqu'à ses narines, et il savait que bientôt, il sortirait de là dedans, et donnerait l'ordre de ne pas y rentrer avant le lendemain. Sa mère s'affairait dans leur maison, elle ne supportait pas la saleté, elle voulait que tout brille, que tout soit parfait. Elle astiquait sans relâche, et le semi l'aidait, parfois, quand il ne lui prenait pas l'envie d'aller courir, dehors, avec d'autres enfants. Il en avait vu passer, des enfants. Il en avait vu grandir. Ceux avec qui il jouait il y avait encore cinq ans étaient devenus beaucoup trop grand, et il avait du s'adapter, s'introduire auprès d'un groupe plus jeune. Il en avait souffert, de cela, perdre ses amis parce qu'il ne grandissait pas l'avait beaucoup peiné. Mais ses parents avaient finit par faire passer la douleur, en lui promettant un avenir beaucoup plus radieux, et beaucoup plus long que celui de tous les autres.

La chaleur devenait de plus en plus insupportable. Il n'y avait pas d'ombre, rien qui puisse le soustraire aux rayons qui frappaient de plus en plus fort. Et alors, une pointe froide s'enfonça dans sa poitrine, lacérant son cœur, et l'arrachant à la chaleur. Il avait l'impression que le froid s'emparait peu à peu de son corps, qu'il se répandait lentement dans tous ses organes, et dans toutes ses extrémités. Bientôt, il regretta la chaleur du soleil. Il tremblait de toutes parts. Il essayait de se réchauffer, mais il savait qu'il n'y arriverait pas. Ses yeux, grands ouverts, étaient comme recouverts d'un fin voile. Tout ce qu'il pouvait voir était embrumé, et il aurait mis sa main à couper qu'il n'y avait pas de brouillard. L'elfe au dessus de lui le regardait fixement. Il voulu prendre la parole, il voulu exprimer une dernière fois son ressentiment, il voulu lui dire combien elle allait souffrir, mais tout ce qui sortit de sa gorge fut un râle étouffé dans le sang. Il essaya de tousser, mais il n'en avait plus la force, et bientôt, respirer devint une tâche plus qu'ardue. A chaque inspiration, il sentait le liquide carmin descendre dans ses poumons, un peu plus. A chaque expiration, l'air qui ressortait était de plus en plus rare.

Il se savait mourir. Bientôt, il irait rejoindre Tyra. Bientôt, il pourrait revoir les seules personnes qui avaient jamais compté pour lui. Il était certain que ses parents l'attendaient, là bas, de l'autre côté. La souffrance n'était déjà plus, il ne sentait plus son corps, il avait l'impression d'être seulement un esprit, qui n'était plus rattaché à quelque chose de physique. Pourtant, il voyait toujours cette enfant, qu'il avait chéri, et qu'il avait élevé. Ses lèvres s'ouvrirent, et en sortit un son qu'il cru reconnaître. Lui disait-elle au revoir ? Il n'en était pas certain. Mais avait-ce de l'importance ? Certainement pas. Soudainement, son cœur s'agita. Il essaya de battre, mais eu un raté. Puis un autre. Et encore un autre. Cette salope le lui avait bien charcuté, il fallait dire. Elle s'était lâchée, elle avait voulu le voir souffrir, le voir mourir. Il espérait que cela ne la satisferait qu'un instant. Le temps qu'elle réalise ce qu'elle venait de faire. Il n'aurait jamais dû lui apprendre à se battre. Après tout, elle n'était qu'une catin. L'oxygène manquait à son cerveau. Le sang ne circulait plus dans son corps, et alors, ses yeux devinrent aveugles. Il ne sentit pas son corps s'arquer dans un dernier effort pour inspirer. Il ne sentit pas l'air quitter définitivement ses poumons. Il ne sentit pas sa tête rouler sur le côté. Et enfin, il ne sentit pas l'elfe s'écrouler à ses côtés. Parce qu'il n'était plus.
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Eliwa
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MessageSujet: Re: Fin d'une vie [Eliwa]   Sam 18 Avr 2015 - 21:39

L'instant où elle planta la lame dans son cœur, l'instant où elle décida de lui retirer la vie, fut intensément jouissif. Elle ne put retenir bien longtemps un sourire mauvais, presque malsain. Le semi qui était entre ses jambes n'était déjà plus ancré dans la réalité. Elle voyait bien dans ses yeux qu'il était parti ailleurs, et elle en eut la confirmation quand il essaya de parler. Il ne pouvait déjà plus s'exprimer. Et cela lui plut plus que n'importe quoi d'autre. Il avait voulu lui dire une chose encore, mais il n'avait pas pu. Alors, sa propre bouche s'ouvrit, et d'une voix froide, elle lui répondit :

- Adieu, Père.

Peu de temps après, il rendit son dernier souffle. Et elle se sentit libérée. Un poids quitta définitivement sa poitrine. Tout du moins, le crut-elle. La fatigue la rattrapa presque aussitôt, l'adrénaline quittant son corps peu à peu. Bientôt, elle sentirait la douleur envahir son corps entier, elle le savait pertinemment. Elle se décida alors à lâcher prise, et son poids l'entraîna au sol. Elle roula sur le dos, et resta là, un instant, les yeux rivés sur le plafond, une main sur son ventre, tentant de reprendre ses esprit. Son souffle était devenu plus lent, sa poitrine se soulevait à un intervalle plus long. Et au lieu de ressentir une joie immense, au lieu de jubiler, au lieu de se sentir mieux que jamais, elle ne ressentait rien. Aucune émotion ne venait gonfler son cœur, rien ne venait remplir le trou qui s'était formé depuis son enfance. Au contraire, elle avait l'impression qu'on l'agrandissait, encore et encore. Qu'on creusait plus profond qu'elle ne l'aurait cru possible. Et alors, elle sut que si elle restait là, si elle se laissait emporter par ce rien, elle n'en reviendrait pas. Péniblement, elle s'assit, puis elle prit appui sur son bras en grimaçant de douleur, pour se retrouver debout. Quand elle regarda rapidement l'état de la pièce, elle avait l'impression que sa vision avait changé. Que les couleurs n'étaient plus les mêmes, et que les distances avaient évolué. Elle passa une main sur son visage, pour essayer de retirer cette impression, pour essayer de voir à nouveau correctement, mais cela ne changea pas grand chose.

D'un pas mal assuré, elle se dirigea vers les portes, sans même accorder un regard au cadavre de Père qui gisait derrière elle. Elle serrait encore dans la main le pommeau de sa dague. Le sang coulait le long de son corps, et teintait ses vêtements, sa peau, et ses cheveux de carmin. De ses mèches blondes gouttait le liquide vital. Et le pire dans tout ça, c'était qu'elle n'avait même pas conscience de son état. Elle avait l'impression de n'avoir plus de corps, de n'avoir plus d'esprit. Elle était comme un automate qu'on bouge à son gré, machinalement, sans avoir de propre volonté. Des deux mains, elle ouvrit les portes. Elle mit un certain temps avant de franchir le seuil. Les gardes postés de part et d'autre réagirent plutôt étrangement à cette apparition ensanglantée. L'un se précipita dans la pièce, sur la dépouille encore chaude de son maître, et l'autre la saisit par le bras. Un ordre rauque franchit ses lèvres, et elle devait être assez impressionnante pour qu'il lui obéisse. Une fois qu'il eut lâché son bras, elle fit encore quelque pas pour s'accouder à la balustrade. D'ici, elle avait une vue imprenable sur l'élevage de Père, et elle n'eut pas à attendre bien longtemps pour avoir l'attention de tout le monde. Quand enfin un son sortit de sa bouche, elle ne reconnut pas sa voix. Les mots qui résonnèrent n'étaient pas les siens.

- Ce soir, Père est mort. Ce soir, vous êtes libres.

Et sur ces mots, elle descendit les escaliers, pour prendre la porte. Tout les visages s'étaient tournés vers elle, et sur tous, elle avait pu lire de l'ébahissement. Et elle n'avait pas pris le temps de s'expliquer, elle avait seulement jeté ça comme ça, puis était sortie. Elle ne sentait même pas la fraîcheur de la nuit sur sa peau. Aucun feu intérieur n'animait son corps, aucune émotion n'apparaissait sur son visage. Elle restait stoïque, sur les marches de l'entrée, le regard dans le vide. Puis ses muscles se tendirent et se détendirent. Ses jambes s'animèrent, et la menèrent là où elle avait l'habitude de s'enfuir, dans une autre vie. Ses mains agrippèrent les aspérités de la pierre, et bientôt, son regard se porta vers les étoiles. Elle ne voyait pas grand chose, à vrai dire. Seulement l'immensité de sa solitude. Et du vide. Un vide immense, et noir. Pourtant, elle voulait en sortir. Elle voulait dépasser ça. Elle voulait ressentir à nouveau, elle voulait se sentir en vie, se sentir utile. Avoir un but, une finalité. Mais l'écrasante noirceur pesait sur son cœur, et elle n'avait pas la force de la déloger. Elle n'avait même pas la force de panser ses blessures. Et pire que tout, elle sentait qu'elle perdait la foi. La seule chose à laquelle elle s'était rattachée pendant tant d'années, la seule chose qui l'avait fait tenir, était en train de partir en fumée.

Quand elle essaya d'invoquer des souvenirs, elle n'y arriva même pas. Les couleurs avaient disparu, les sons étaient diffus, voire inexistants. La saveur des sentiments n'avait plus lieu d'être, et bientôt, elle se sentit happée par le vide. D'un coup, sans qu'elle s'y attende. Sans qu'elle puisse lutter. Elle avait été aspirée, et elle savait qu'elle ne pourrait plus jamais ressortir.
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