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 Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]

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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Sam 2 Mai 2015 - 1:13


Chemin faisant…


Fin de la 5ème ennéade de Barkios, 8ème an de grace du 11ième cycle



Le temps devenait sec… Tout du moins pouvait-on le penser à la vue de l’absence continue de pluie pendant presque une ennéade sur l’Apreplaine. La chose était suffisamment rare en cette saison pour qu’on le remarque. Les paysans de la contrée, jamais à court d’une bonne excuse pour tenter de faire savoir que leur travail était bien incertain profitait de cet épisode sec pour s’inquiéter des futures récoltes de l’été à venir.

Il fallait bien avouer que l’Apreplaine, sous influence directe de l’océan bordant son flanc ouest, était un lieu où les rivières étaient quasi-inexistantes et où seule l’influence de l’homme permettait aux récoltes d’obtenir de l’eau avec régularité. La nature du terrain voulait que l’essentiel de la région soit délavé par des pluies régulières le rendant impropre à former autre chose que de la lande inexploitable. L’eau s’enfuyait autrefois naturellement vers des marécages assez infâmes qui avaient été pendant des années la hantise des habitants tant les maux qui en avaient émanés avaient été nombreux.

Mais tout cela était à présent terminé, les marécages avaient été presque tous drainés aux profits de petits étangs alimentant des cours d’eau artificiels permettant d’entretenir une irrigation continue sur l’essentiel du territoire céréalier du nord de la région, et le reste avait été réduit à des bocages où les cultures étaient adaptés en fonction des besoins ou à de petites forêts giboyeuses.

C’était au milieu de ce paysage peu inquiétant pour un homme conscient de la marche locale des choses que le baron de l’Apreplaine rentrait de la capitale. Les quelques heures du milieu de semaine passées à Diantra avait eu un effet dévastateur sur l’humeur du jeune homme, pourtant si jovial habituellement. Accompagné de ses trois gardes il avançait à allure réduite sur ces chemins qu’il connaissait depuis sa plus tendre enfance et qui avaient guidés de nombreuses traques. Il avait quitté la route principale, ne souhaitant pas rencontrer de trop nombreux sujets qui auraient certainement tentés de l’aborder, le sachant habituellement prompt à la discussion.

Le baron ne savait franchement quoi tirer des discussions qu’il avait pu avoir dans l’auguste capitale réduite à présent à l’ombre de ce qu’elle avait été. Niklaus qui espérait avoir hérité via sa rigoureuse éducation de la grande capacité d'administration de ses aïeux, était attaché à l'union de la Péninsule et à la paix dans les terres humaines. Deux objectifs dont la finalité ne semblait partagée par personne, et dans ses conditions, bien difficile de réfléchir à des alliances, mêmes de circonstances. Et cela l'avait d'abord attristé, puis maintenant énervé. Mais comme toujours, il avait dépassé sa colère de passage et réfléchissait maintenant comment planifier la suite des évènements.

La vue des deux petites collines marquant le début de la forêt propriété centenaire de sa maison et au milieu de laquelle était construit le manoir familial le replongea dans une mélancolie encore plus grande tant il doutait d’avoir été à la hauteur de ses ancêtres, pourtant fins limiers en politique. Sa seule et maigre consolation était qu’il ne s’était pas renié pendant ces quelques jours et qu’il savait pouvoir conserver la tête haute quoi que ces prochaines semaines lui réservaient. Si cela se trouvait, selon les coups du sort, il ne la garderait haute que jusqu'au billot.

Malgré tout, l’idée de revenir à la maison lui était toujours agréable. Et sa monture, bien qu’admirable, n’était certainement pas son cheval préféré ni même d’une très grande qualité. Comme il n’avait rien su à son départ des motivations de sa convocation, il avait préféré rester modeste dans ses choix de monture. Et cette pauvre jument était un choix bien plus piètre qu’il ne l’avait pensé. Il en toucherait un mot à son palefrenier, car le dresseur l’avait visiblement mal débourrée.

Le soleil arrivait à son zénith lors de son entrée à la porte de la propriété. Le cœur de la forêt était en effet ceinturé d’un mur d’enceinte d’environ trois mètres de haut en pierres. Ces dernières étaient en réalité des blocs assemblés à joints vifs qui donnaient néanmoins un très bel effet. Il eut un soupir d’aise en passant la grande porte tout en saluant les gardiens du domaine qui se trouvaient à la porte de leur maison. Rentrer dans ce lieu hors du temps était toujours source de réjouissance pour le jeune homme. Quelle ne fut pas sa surprise néanmoins de découvrir à son arrivée au manoir que son intendant, Alix Jäger, l'attendait sur les marches menant au perron du manoir. Ce n’était pas son habitude et en conséquence le baron savait avant même d’arriver qu’une chose d’importance était arrivée.

Le baron mit pied à terre en tendant les rennes de sa monture au valet qui était venu à sa rencontre. Il le remercia rapidement, puis dans un soupir et avec une moue de contrariété, il se rapprocha d’Alix qui l’accueillit avec un sourire bienveillant. Plus qu’un simple serviteur, l’homme était un ami d’enfance et un confident.

«  - J’en déduis, Votre Honneur, que cela ne s’est pas très bien passé.

- Nous en reparlerons plus tard mon cher… »


Les deux hommes se parlaient en privé par leurs prénoms et se tutoyaient, mais ayant été élevés par les mêmes personnes et selon les mêmes coutumes de respect pour les charges et pour l’autorité, Alix s’adressait toujours en public avec la plus grande déférence au baron.

«  - Nous avons reçu un message Votre Honneur. Mme d’Ancenis sera ici ce soir…

- Mme Blanche d’Ancenis ?

- Elle-même… »


Le baron releva ses deux épais sourcils de surprise. L’épouse de M. de Velteroc ici ? En Apreplaine ? C’était aussi imprévu que surprenant. Bien sûr il était possible que Mme d’Ancenis ne soit là que de passage, mais le baron ne croyait que très peu aux coïncidences, et il fallait bien avouer que les choses allaient très vite. Sa sortie de l’anonymat avec la chute des terres royales s’était accompagnée d’un charivari de rencontres hautes en couleur. Il n’évoluait définitivement plus dans les mêmes arcanes politiques…

Il entra dans le manoir et rendit sa cape et ses gants de voyage à un page. Il prit également le temps de se déchausser car il était resté bien trop longtemps dans ses bottes…

«  - Avez-vous tout fait préparer selon l’étiquette ? Je ne souhaite pas d’impair…

- Tout est en ordre Votre Honneur.

- Bon… Je suppose que sa suite sera nombreuse. Faites savoir aux domestiques que je cèderai en conséquence mes appartements. Faites transporter mes affaires personnelles vers le débarrât, et faite installer un lit de camp dans mon petit cabinet de travail. Cela ira très bien pour cette nuit. J’ai également laissé un grand nombre de papiers trainer dans le grand cabinet, j’irai tout ranger plus tard. Les plats ?

- Jacques est déjà en cuisine, il a été pris de court sur l’intendance. Il en va de même pour la décoration. La salle de banquet est en cours d’aménagement. Il en va de même pour l’appartement bleu. Nous n’avons pas de fleurs…

- C’est ennuyeux effectivement. Faites préparer des paniers de fruits. Cela meublera. Dites également à Jacques de se surpasser et insistez sur la diversité des plats. Je ne souhaite pas me retrouver à ne pouvoir proposer que des plats qu’elle n’aimerait pas. 4 choix de plats différents à chaque étape du diner, au moins. Faites passer le message. Je veux également une table organisée en rond. Tentons de limiter les possibilités de froisser.»

Le baron et l’intendant prirent deux couloirs de suite pour arriver dans la partie du manoir où se trouvait le bureau de l’intendant, en face du bureau de son maitre. Le baron l’invita à le suivre dans sa pièce, une grande chambre rustique aux tapisseries monochromes et aux poutres apparentes. Au milieu de la pièce se trouvait une grande table et un fauteuil confortable. Un nombre indécent de parchemins étaient empilés à droite de la table. Trois hautes armoires se trouvaient contre un mur tandis qu’une grande cheminée faisait le pendant de l’autre côté de la pièce. L’arrière était ouvert de grande fenêtres à petits carreaux qui donnaient sur l’arrière du manoir faisant voir toute sa longueur l’aile du manoir abritant la bibliothèque et qui aurait pu jouer le rôle de la nef si le manoir avait été une église.

Trois sièges étaient placés faces à la cheminée, et le baron s’assit sur l’un d’entre eux, exténué. Il fit signe à son intendant de s’asseoir.

« - Mon cher Alix, nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

- Est-ce si grave ?

- Nous en reparlerons tantôt. Je n’ai pas la force ni de m’inquiéter, ni de t’informer. Diantra est fidèle à elle-même, sous les cendres le nid de vipère est toujours aussi vivant. Les locataires en ont changé, mais je ne suis pas certain que l’intérêt du royaume soit leur priorité. Mais dis-moi plutôt… Comment a-t-on été informé de l’arrivée de Mme d’Ancenis ?

- Par missive, hier soir. J’ai fait envoyer un  messager à la capitale, mais vous avez du vous croiser.

- Certainement. Et que le message disait-il ?

- Je l’ai dans mon cabinet de travail. Je pourrais te le montrer. Mais c’est laconique. Sa suite demande l’hospitalité pour son passage dans la région. C’était très bien rédigé cependant.

- Du peu que j’en sais, Mme d’Ancenis est attachée aux manières de ce que certains appellent déjà l’ancien temps… Le royaume de la Péninsule n’a peut-être pas encore perdu toutes les personnes attachées aux vieux usages et aux droits coutumiers. Que le ciel m’entende en tout cas. Mais j’en jugerai à l’aune de nos discussions. A quelle heure est-elle attendue ?

- En fin d’après-midi.

- Bon… Je suis assommé. Applique mes ordres sur la préparation de la maison et fait également préparer un nouvel atour. Celui-ci n’est pas digne de notre invitée de marque. Fais-moi réveiller dans une heure, j’ai besoin d’un peu de sommeil. »


___________________

Quatre heures de l’après-midi. Et comme souvent en Apreplaine la pluie était revenue sans crier garde. Des nuages gris s’étaient rapidement amoncelés durant l’après-midi dans un ciel de traine où un vent puissant semblait jouer facilement avec les nuages. La pluie battante s’était arrêté une petite dizaine de minutes seulement avant l’arrivée de l’équipage. Les pavés de la terrasse formant l’entrée du manoir médiéval étaient luisants. Sur le perron, le baron attendait avec patience l’arrivée de son invité annoncée, voyant le cortège remonter l’allée de platanes.

Dans un ballet bien coordonné, ses gens surent se montrer à la hauteur de l’évènement en exécutant avec précision et rapidité les services que l’étiquette requerrait à un tel équipage. Des valets se proposèrent de tenir les chevaux, des gens aidèrent à la descente, et des pages proposèrent de récupérer les vêtements de voyage pouvant entrainer des problèmes d’étiquette.

Le baron quant à lui descendit les marches avant même la descente de son invitée de marque, de manière à ne pas se présenter au-dessus d’elle, conformément à ce que l’on pouvait attendre d’une personne éduquée avec soin. Se tenant droit le temps de voir remonter son invitée jusqu’à lui, il s’inclina là aussi conformément à l’étiquette à la distance règlementaire et se redressa sur un signe de cette dernière, se réservant pour le baise main dans l’unique cas où cette dernière aurait tendue la main en ce sens.

«  - Monsieur Niklaus d’Altenberg… C’est un grand honneur pour moi de vous accueillir Ma Dame dans mon humble demeure. Permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue en Apreplaine. J’espère que votre voyage vous fut sinon plaisant au moins sans heurts… »
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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Lun 4 Mai 2015 - 21:48

La chevauchée fut intrépide. Odeline avait reçu l’ordre de transmettre la missive indiquant l’arrivée de la Baronne du Val. La silhouette qui s’était présentée au sire Alix avait été celle d’une femme couverte d’une armure de cuir noir où seuls ses yeux d’un vert anglais étaient visibles. Cette messagère plutôt singulière fut tout aussi laconique que l’épitre qui l’accompagnait. L’essentiel y était néanmoins transmis. Sans doute, le sire Alix confia-t-il en retour une réponse qui arrivera à bon port. La lieutenante de la Garde d’Obsidienne connaissait l’itinéraire qu’emprunterait sa maitresse.

Loin de là, les préparatifs allaient bon train. On réveilla aux petites heures, Blanche qui docilement laissa ses caméristes œuvrer à sa toilette. Une fois lavée et habillée, la petite délégation put partir. Elle ne prit pas le soin l’alerter son époux à qui elle laissa un simple mot lui expliquant qu’elle visitait les contrées désolées des anciens domaines royaux. Au sein de sa diligence, elle termina sa nuit avec tout l’inconfort que lui offrait sa calèche, secouée par les pierres, les trous passant sous les roues. Odeline l’avait rejoint sur le trajet. Dans sa grande bonté accepta que son soldat se repose quelques heures au dans cette prison de bois. Avant tout, il fallait la sécher car sous les pluies irrégulières, elle avait essuyé un déluge et ressemblait en l’état à un chien mouillé.


    « Le cuir mouillé possède vraiment une odeur désagréable. Déshabille-toi, ça m’incommode. »


Odeline s’exécuta sans aucune pudeur demeurant en chemise. Ainsi fut le trajet, un ramassis de sarcasmes de la part de l’Ancenoise qui supportait très mal les voyages en diligence. Elle préférait chevaucher sur sa monture. Mais à cause de la pluie et de la nuit, la gouvernante avait exigé qu’elle ne sorte pas afin de rester présentable. A une heure de route du manoir, ces deux dames de compagnie entreprirent de l’habiller plus décemment, une mission forte risquée lorsqu’on connaissait le tempérament de la Comtesse qui était dans l’incapacité la plus complète de rester tranquille lorsqu’il était question de lui serrer le corset pour sublimer sa taille fine, qui plus est enfermée dans la calèche. Après plusieurs entreprises, Blanche d’Ancenis était enfin prête. Odeline avait quitté le carrosse, jugeant qu’il était plus agréable de subir la pluie plutôt que l’humeur de sa maîtresse. Finalement, le manoir était désormais en vue. La suite n’était pas si importante que cela. Le strict minimum. Elle n’était pas là pour en mettre plein la vue. Elle préférait l’efficacité à l’extravagance. Le cocher se stoppait devant les marches du perron et vint ouvrir la porte tandis qu’un valet armé d’un parasol venait protéger des affres du temps, la Baronne qui descendit les quelques marches. Elle soulevait ses jupons avant tandis qu’une de ses caméristes s’occupait de sa traine afin que l’étoffe ne beigne pas l’eau ruisselante. Sous le parvis sans doute et désormais à l’abri, elle observa de son œil acéré l’exactitude des politesses dont faisait preuve Niklaus d’Altenberg à qui elle présenta sa main gantée.

    « Blanche d’Ancenis, Comtesse de Velteroc et Baronne de Hautval. » Annonça-t-on. Blanche avait préféré garder son ancienne appellation et ne se faisait pas encore à ce nouveau titre « Duchesse du Grand Médian ». Plus précisément, elle trouvait cela moche.

    « C’est un plaisir de vous rencontrer. Ce voyage m’offrit l’opportunité de découvrir les paysages de vos belles contrées. »


Le seigneur d’Apreplaine n’allait certainement pas la laisser sous son porche. Elle jeta un dernier coup d’œil à sa délégation prise en charge par l’intendant du baron. Les talons entreprenaient de montrer les quelques escaliers menant vers l’intérieur de la bâtisse, entrainée par Niklaus. Elle était accompagnée par deux dames de compagnie qui la suivait dans un silence monastique. La marche était fermée par Odeline, cette silhouette familière à Alix. Le reste de la Garde d’Obsidienne entreprit d’aller se familiariser avec le périmètre du domaine et de le sécuriser. Blanche relâchait les étoffes de sa robe trainant désormais sur le dallage ou tapis du manoir. Elle portait une robe composée de dentelles noires pour les manches. Le décolleté était naturellement vertigineux laissant ce corsage l’étouffant si bien mettre sa poitrine bien plus en valeur encore. Des rubis et de l’obsidienne se mariaient à ravir avec l’étoffe riche tandis que les pans se déclinaient en un drapé vermillon par-dessus lequel des entrelacs de broderies dansaient. Un tressoir ornait le haut de sa chevelure dans lequel s’entremêlait une tignasse ébène. Le tout était parsemé de pierreries et d’une perle noire tombant sur son front. Le port altier, respirant toute la fierté de son nom, Blanche avançait là où le menait le Baron.

    « Me feriez-vous l’honneur de rencontrer votre peuple ? J’aimerais aller au contact des habitants de votre pays et juger de leur maux. »


Elle tourna sa frimousse aux traits protégés par la ritournelle du temps. Elle plongea ses deux océans dans les yeux de son hôte en lui sans lui offrir un sourire de ses lippes carmines. Son expression restait désespérément froide, stricte et pourtant... pourtant quelque chose d'attirant se dégageait sa personne. Mais quoi ?
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Mar 5 Mai 2015 - 20:43


Le jeune baron ne laissa pas longtemps son invitée sous le porche. Le vent était certes retombé, mais les pavés étaient encore recouverts d’une fine couche d’humidité.  Les présentations, civiles et codifiées, ne durèrent pas et il ne fallut pas plus d’une minute pour retrouver la chaleur agréable du manoir. Le baron avait noté que la Dame n’avait pas utilisé ses titres les plus récents. Il était encore trop tôt pour juger s’il s’agissait là d’une véritable preuve de modestie ou d’un faux semblant, mais l’intérêt du baron était piqué par ce détail.

Le hall d'entrée formait un atrium. Au sol un dallage de pierres nobles formant un damier blanc et rose rappelait élégamment les piliers de grès rose formant la base de l’architecture de l’entrée. La pièce n’était certes pas grandiose mais d’une taille humaine et d’un style posé. L’escalier en colimaçon qui partait vers les étages et clôturait l’atrium était d’un contour épuré et l’on sentait que la construction avait été utilitaire avant d’être architecturale. Les rambardes de pierre protégeant les allées des deux étages donnant sur l’atrium devaient avoir été construites à posteriori du reste de la pièce car avaient été taillées avec plus de recherche et formaient des motifs floraux assez élégants bien que sobres. Les grands murs de pierre étaient pour partie laissés nus tandis que de grandes tapisseries, là aussi représentant des motifs floraux, couraient sur certains murs du sol au plafond. La pièce n’était pas terne mais on ne pouvait pas la qualifier de chaude pour autant, elle évoluait plutôt dans une neutralité feutrée sans faux-semblant mais assez recherchée.

«  - Vous me faites, Ma Dame, trop d’honneur en parlant de la beauté de l’Apreplaine. Je suis lucide sur l’âpreté éponyme de mon pays aux yeux du connaisseur. Mais pour ceux qui y vivent depuis un certain temps et qui savent trouver de l’éclat dans la simplicité, je crois effectivement qu’on peut y discerner une certaine beauté. »

La tenue de la Dame était quant à elle beaucoup plus recherchée que la scénographie de l’entrée du manoir des Altenberg. Et si le baron savait se montrer discret sur l’attention qu’il pouvait porter sur les tenues des autres, elles étaient une source trop importante d’informations pour passer outre. Et il fallait bien avouer que la sobriété de l’escorte de Blanche d’Ancenis tranchait avec la luxuriante mais très élégante tenue qu’elle présentait cette après-midi.

Tandis que les affaires de Blanche étaient menées à l’étage supérieur dans l’appartement des invités dit l'appartement bleu, le plus beau de la résidence, la suite de cette dernière était installée dans les appartements du baron qui avait pour l’occasion cédé bien volontiers sa place. C’étaient là les conventions, certes un peu inusitées et perdues dans ce monde de rustres, mais on ne l’avait pas fait remarquer par respect de la discrétion.

Le baron avait prévu de se rendre dans le salon opposé à l’entrée, au fond de l’aile ouest du manoir. Cet endroit donnait sur la terrasse arrière et l’on pouvait y apercevoir l’étang formant la fin de la clairière où le manoir avait été bâti. Le couloir y menant qui était large et éclairé par de nombreux puits de lumière se trouvait visiblement dans un vaisseau accolé à l’aile du manoir ce qui permettait d’avoir le jour directement sans la nécessité de passer au travers des étages. Aucune fenêtre n’avait néanmoins été prévue dans la voûte, ce qui donnait un aspect cloîtré à l’ensemble. L’ensemble des murs était recouvert de coffrages de bois dont les fines marqueteries étaient très impressionnantes, ces mosaïques de bois offraient des détails aussi fins que certains maîtres peintres dans leurs œuvres. L’utilité de ces coffrages luxueux devait être à des fins d’isolation.

On arriva finalement dans le salon, une pièce aux grandes poutres apparentes et dont les simples décorations étaient des grands meubles bien réalisés. Une porte normalement escamotée par une épaisse tapisserie était dévoilée aux yeux des convives et donnait visiblement vers l’extérieur tandis que le long d’un des murs un grand âtre ronronnait d’un feu fraîchement entretenu.  De grandes fenêtres encadraient la porte et donnait la vue au travers de leurs carreaux fins. Sur fond de forêt entourant le manoir une petite allée se frayait un chemin au travers de l’herbe de la clairière, entourée de grands massifs de roses précoces et de nombreuses autres fleurs de saison. L’allée menait directement vers le grand étang –ou le petit lac s’était selon- qui marquait la fin de la clairière et semblait en faire le tour pour mener à une grande gloriette.

Avec un air indescriptible, à la fois sérieux mais agréable, la femme demanda si le baron voulait lui faire l’honneur de lui faire rencontrer le peuple de l’Apreplaine. C’était pour le moins inattendu. Mais tout dans cette rencontre était inattendu. De penser que l’épouse de l’homme visant une couronne toute neuve se trouvait dans le manoir des Altenberg, une famille sur le déclin. Que cette femme, dont Niklaus se doutait bien qu’il s’agissait d’une femme de caractère et d’ambition, soit venue discuter seule avec lui. Tout cela était un peu ubuesque mais follement excitant pour le jeune baron qui ne se dépareillait pas en surface d’un calme absolu.

«  - Ma Dame, vous nous faites décidément trop d’honneur. Je serai heureux de vous faire visiter la bourgade d’Apreplaine toute proche, mais je ne souhaite pas vous fatiguer outre mesure après ce voyage qui a du être éreintant. Pourquoi ne pas remettre cela à demain ? »

Le baron demanda si Blanche souhaitait s’arrêter ici pour discuter dans ces lieux où si elle souhaitait pousser jusqu’au lac. Un soleil éclatant avait percé et on pouvait ressentir rien qu’à la luminosité que l’air au dehors se réchauffait de seconde en seconde. On accepta finalement de sortir faire une petite promenade pour se dégourdir les jambes. Le baron proposa de laisser à son invitée du temps si elle le souhaitait.

Après ces quelques circonvolutions fixées, le couple de promeneur de circonstance se mit en route, suivi à distance des personnels que la baronnne avait souhaité voir suivre. Le temps était effectivement devenu clair, et comme toujours dans ses contrées sous l’influence de l’océan tout proche, la température avait rapidement évoluée et était devenue clémente. On frisait certainement les dix-huit degrés. Comme toujours après les averses, l’air semblait être d’une pureté cristalline et les eaux du lac semblaient figées. Les reflets qu’elles offraient de l’orée de la forêt toute proche étaient prodigieux. On eut cru voir un miroir.

«  - Mes ancêtres ont décidé de quitter l’atmosphère de la ville pour se retirer en ermites dans ces  lieux retirés et cloitrés. Nous y avons certainement perdu une part de proximité avec les sujets de la Couronne que nous administrons, mais la réflexion m’y parait plus simple. »

Ils avançaient à pas lents. Non pas que le baron avait pour habitude de lambiner, mais il cherchait à prendre son temps, cherchant également à sonder discrètement son invitée.

« - Vous avez eu raison de parler des maux qui ont fondés sur l’Apreplaine Ma Dame. Chaque jour qui passe depuis le début de la guerre civile est pour moi un déchirement. Et si je respecte votre victoire militaire à Christabel, je dois bien vous avouer que cet évènement n’a pas marqué pour moi un soulagement. A Christabel, mille hommes de l’Apreplaine sont tombés. Subvenir à cette réquisition de l’armée royale a été l’une des pires épreuves de ma vie. Non que je sois hanté par leur mort, mais je me sens la responsabilité d’avoir maintenant laissé un domaine s’appauvrir d’un homme sur quatre. Vous verrez par vous-même Ma Dame, ce que la guerre laisse comme plaies dans le cœur du peuple… Aucun des symboles de deuil que j’ai ordonné n’arrive à exprimer ou contenir l’extraordinaire tristesse, la cruelle agonie de l’espoir qui s’est emparée de presque toutes les familles de ce pays que je considère le mien, si ce n’est pas la charge, au moins par la provenance. Mille hommes sur une population d’à peine treize mille… Je ne suis pas certain que beaucoup d’autres domaines ont payé un prix aussi cher. »

Le baron ne parlait pas avec tristesse. Il émanait de lui une sorte de froid détachement, comme si le chagrin qu’il avait pu avoir s’était fait engloutir au plus profond de son âme. Il semblait au contraire déterminé et calme, présentant un constat factuel et sans appel. Comme si les épreuves avaient forgé sur lui une cuirasse infranchissable. C'était l'image d'un homme à la fois hautement fonctionnel et brisé, une incohérence vivante qui pouvait faire pitié à la personne compatissante ou frémir la personne pragmatique. Rien n'était plus dangereux qu'un idéaliste ramené trop durement à l'âpre réalité.

« - Quel calme n’est-ce pas ? Que diriez-vous de nous asseoir quelques instants à la gloriette ? J’ai fait demander du thé chaud… Nous serons très bien en attendant le coucher du soleil. Vous verrez, si vous aimez le gibier, le soir est propice aux plus belles rencontres. Nous avons ici des têtes somptueuses, et en cette saison de reproduction, ils se savent hors de danger de nos flèches. Le spectacle de venir les voir se désaltérer est incroyable. Nous avons déjà compté une centaine de tête à la fois. »

Ils continuèrent vers la gloriette. Des gens s’y activaient pour préparer la décoction. Finalement ils firent halte, et se retrouvèrent presque seuls. En tout cas si ce n'est loin du regard, loin des oreilles des serviteurs et suivants. Le lac n’était pas aussi petit qu’on pouvait le soupçonner, il y avait bien un quart d’heure qu’ils avaient marché sous un agréable soleil descendant. Le manoir, bien qu'assez grand, surtout l'aile dédiée à la bibliothèque, semblait assez petit à présent, de l'autre côté du miroir lacustre. Confortablement assit, le baron poursuivit.

«  - Je reviens de Diantra Ma Dame. Et si votre présence ici m’honore, elle me surprend également. Je ne vais pas me dépeindre comme un parangon de vertu. Je suis un homme et de surcroît un homme habitué aux jeux incessants des hommes et femmes visant à me ravir ma charge. Je sais mentir, je sais tromper, et je sais ce que coûte parfois une stratégie politicienne. Mais s’il y a une chose que je respecte plus que tout c’est l’intelligence des gens qui me font face. Et inversement je méprise la bêtise.

Mais dernièrement, et surtout depuis que j’ai rencontré vos assesseurs, ces concepts me semblent bien frivoles. J’ai appris toute ma vie à manœuvrer subtilement, mais il semblerait que les angles soient de nos jours bien mal arrondis. La cour de Diantra m’a toujours laissé las, trop de passion, pas assez de raison. Et surtout il était bien difficile d’y faire un pas sans que l’un ou l’autre ne vous demande une alliance de circonstance. Et depuis plusieurs siècles que nous œuvrons discrètement et loyalement, ma famille ne s’est pas faite l’apanage des alliances de circonstances. L'efficacité et l’entendement sont nos gages car aucun titre ne poursuit mon nom. Et cela me va bien ainsi.

Regardez ce lac. Autrefois cette petite forêt était un marécage infâme. On attrapait ici le mal des marais à tout va. Les fièvres mortelles étaient la normale. Il a fallu du temps, de la patience, et des efforts que nuls ne pensaient possibles pour arriver à en faire ce lieu, que l’on croirait le fruit de la nature. »


Le baron servit le thé.

« - Le pouvoir le plus immense n’est pas toujours celui accessible immédiatement. Une armée entière n’aurait pu accomplir ce prodige. Mais des hommes peu nombreux mais bien dirigés ont transformé la nature, à l’image des Dieux avant nous. Cela a toujours échappé à la plupart des courtisans. Même souvent aux rois. Paix à leurs âmes.

Les grands de ce monde sont souvent empressés. La cour de Diantra en est – pardon – en était, le meilleur exemple. Chacun cherche le pouvoir, ou son illusion. Ils gravitent autour des symboles et des attributs qui y sont liés. L’hermine, l’argent, la couronne, les sceptres, les médailles.  Pour y arriver, rien de mieux habituellement que de détruire ce qui est sur son chemin. Et chemin faisant, on découvre qu’à son arrivée au pouvoir plus personne ne vous respecte et que votre supériorité morale s’est évanouie sous le coup des intrigues peu subtiles. Mais le pouvoir n'est pas une fin mais un moyen, il est idiot de croire l'inverse. L'adolescence est une phase ingrate de l'intellect ou les humeurs précèdent l'entendement, et beaucoup y restent malheureusement figés toute leur vie. Non que la passion soit inutile, mais sans raison pour guider sa marche, elle est une force aussi incontrôlée que potentiellement dévastatrice. Elle a ruiné des empires.

On peut conquérir le pouvoir par la force, donc par la peur, mais on ne peut conquérir le cœur des hommes de cette manière. Vos hommes me font peur. Je n'ai pas de honte à le dire. Ils possèdent sur moi le pouvoir absolu de la violence et pourraient, si c'était leur bon plaisir, me faire arracher des parties essentielles de mon anatomie. Mais cette violence potentielle ne peut gagner mon respect. Les rois ne l’ont que rarement compris. Mais je pense que la situation actuelle est bien pire. Vos assesseurs œuvrent sans couvert, et avec une propension à afficher leurs objectifs qui dépasse l’erreur politique. Imbus de leur victoire, vos alliés me forcent la main et à d'autres aussi. Vos ennemis font de même, et à ce jeu ni vous ni vos ennemis ne gagnerez sur le long terme. J'ai essayé de l'expliquer, mais on n'a su m'entendre. Je retente ma chance avec vous. Le sexe que l'on dit faible cache dans les faits l'intelligence la plus redoutable, car vous êtes malheureusement habituées à devoir gérer la violence des hommes imbéciles qui vous entoure. Je n’ai jamais aimé que l’on me torde le bras sous couvert d’intérêt mutuel. Je vous le dis car j’ai le sentiment que nous avons ceci en commun. Je ne vous connais pas autrement de ce que j’ai lu et entendu sur vous. Et je me méfie des informations de seconde main. Mais je pense ne pas être un trop mauvais juge du caractère des gens.

De toute manière je pense ne plus avoir grand-chose à perdre à ce stade… Donc je vous le demande directement car je ne saurai jouer la comédie : êtes-vous simplement ici pour visiter ? »
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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Mer 6 Mai 2015 - 21:33

Ses deux orbes se dispersèrent examinant longuement l’architecture dudit atrium puis s’attardèrent sur le décor. C’était bien plus luxueux qu’au sein de sa citadelle. Enfin, cela dépendait de la pièce. Hautval était une forteresse avant d’être un château. De fait, l’architecture était toute orientée vers l’art de la guerre plutôt que pour ravir les yeux. Blanche s’était donc habituée à des pièces et couloirs rudimentaires manquant cruellement d’éléments décoratifs. Néanmoins, elle avait fait aménager les jardins et quelques pièces pour son petit plaisir personnel comme sa bibliothèque et cabinet de curiosité ou encore les appartements ayant pour but de recevoir des invités de marque.
L’œil distrait se stabilisait finalement sur le damier du sol. Elle écoutait son hôte avec attention, les mains jointes contre son ventre. Elle tiqua un instant lorsqu’il parla de ses terres. Le regard froid se releva et harponna la silhouette de Niklaus qu’elle sonda désormais. Cela était presque dérangeant.


    « Si vous désirez jouer sur les mots,… Fort bien. Le diamant n’est-il pas la pierre la plus « rude » à travailler ? Pourtant, une fois mise en valeur, elle est source d’admiration. L’on peut être « âpre » et de grande beauté. Je n’y vois aucune contradiction. »


Ses propres terres n’étaient pas facile, surtout les montagnes qui encerclaient le territoire. La vie était dangereuse et dure dans les monts. En ce qui concerne sa tenue, la Baronne avait cédé face à sa gouvernante. Elle aimait avoir de beaux habits sans pour autant s’encombrer de plusieurs couches de jupons. Blanche supportait mal les robes-meringues. Ici même, le drapé était fin et lui permettait aisément de marcher. Elle avait toujours répété que l’habit était là pour sublimer sa silhouette plutôt que d’être le présentoir de son rang et de sa richesse.
Le pas était donné. La Dame du Val suivait paisiblement le baron qu’elle ne fixait plus. Son attention s’était à nouveau tournée vers les murs. A chaque nouveau décor se joignait l’observation curieuse de l’Ancenoise qui n’était pas la seule à admirer la belle bâtisse. Le chuchotement d’une de ses suivantes chatouillait son oreille. Elle jeta un coup d’œil à sa dame de compagnie puis à Odeline qui comprit tout de suite où voulait en venir sa maîtresse. La lieutenante accéléra un instant sa marche qui devint fort pesante dans le dos des deux femmes. Les messes-basses cessèrent aussitôt et Odeline reprit sa vitesse de croisière.

Au sein du salon, Blanche se détacha de Niklaus et s’approcha de ladite porte. Elle l’observa un instant, tournant les yeux sur les carreaux offrant la vue sur la forêt et sa clairière. Elle s’y attardait. Le lac… Elle se demanda si elle pourrait s’y baigner. Sans doute ferait-elle une petite escapade aux petites heures pour aller y barboter. Blanche se tournait vers son hôte et prêtait désormais l’oreille à ses propos.


    « Rassurez-vous, je ne comptais pas visiter votre bourgade aujourd’hui. Je tiens à prendre mon temps pour pouvoir déceler l’âme de votre peuple et apprécier à sa juste valeur, les saveurs de vos contrées. Rien ne sert de courir. Vous connaissez le dicton. Demain m’ira fort bien. »


Puisqu’il avait une tendance irrépressible à vouloir marquer la distance entre sa famille et les terres d’Apreplaine. Blanche se plaisait à lui rappeler, quoiqu’il en pense, que ces terres étaient désormais les siennes.
Le Lac était en effet, un endroit qui parlait davantage à la nature de la Dame. Elle voulait surtout repérer le terrain. Dans la nuit noire, il ne faudrait pas qu’elle s’esquinte en tombant par négligence. Nul besoin d’un peu de temps pour la Comtesse. On laverait les pans salis de sa robe. Tant pis pour l’herbe humide. Par contre, elle se tournait vers ses suivantes à qui elle sourit.


    « Vous pouvez prendre congé et aller vous amuser. Je vous remercie. »


Les deux demoiselles se regardèrent un instant puis s’inclinèrent bien bas face à leur maitresse puis face au baron. Seule Odeline restait. Ils sortirent enfin. Après quelques mètres, la Baronne devança son hôte pour trottiner de quelques pas pour finalement s’arrêter et tournoyer sur elle-même, les bras ondoyant un instant. Ses doigts caressaient l’air et remontèrent en pianotant dans le vide. Elle sentit la brise taquiner ses phalanges, étreindre sa silhouette soulevant sa chevelure et son jupon l’ombre d’un instant.

    « C’est compréhensible mais malheureux. Je préfère être auprès de mes gens pour ma part et lorsque je désire m’isoler… Il me suffit de galoper jusqu’à l’orée de nos bois. »


De quelques nouvelles enjambées, la Baronne se rapprocha de son hôte et se rangea finalement à ses côtés. Les sourcils se froncèrent sous ses paroles.

    « Je n’étais pas au courant que l’armée royale vous ponctionna mille hommes. Sachez que Christabel n’est pas de mon fait. Ce fief est cher au cœur de mon époux. Mes hommes, les hautvalois se sont tenus à carreau lors de cette bataille… Mais là n’est pas le sujet, je le conçois. La guerre n’a rien d’agréable. La mort est indubitable. » Elle marqua une courte pause puis reprit. « Sachez que le réflexe primitif propre à chaque homme est de vivre, ici survivre. Face à l’armée royale, j’ai décidé de vivre pour l’avenir de mes enfants et pour la pérennité du nom que m’ont légué mes ancêtres. Les femmes, les frères, les mères, les enfants de mon pays ont eux aussi perdus des êtres qui leur sont chers. Si vous le voulez bien, nous organiserons une messe en leur nom pour la mémoire de vos sujets et des miens. »


Blanche lui aurait bien répondu que ceci était un mal nécessaire mais elle serait apparue comme une personne insensible. Pourtant… Pourtant que pouvait-elle y faire ? Elle a perdu son premier époux, elle a perdu l’être qu’elle aimait. Elle a perdu deux de ses enfants. Elle ne compte désormais plus les cousins qu’elle enterra. Tous ces êtres chers ont été décimés. Les dix doigts de ses mains ne pourraient les contenir. Mais que peut-elle faire contre les jeux de Mogar et Tyra ? Rien. Les dieux sont cruels. Ils animent les passions chez les hommes, leur insufflent ces chimères qui mènent à la perdition. La vérité brulait désormais ses lèvres. Elle murmurait désormais.

    « Ne condamnez pas mon envie de survivre… C’est égoïste, je le sais… Faisons cela. »


Elle reprit la marche en direction du petit pavillon où elle finit par s’installer une fois arrivée. Les mains glissaient sous sa croupe, lissant les pans de sa robe pour éviter un faux pli. Ses yeux se perdirent alors sur la surface du lac.

    « Je pratique la chasse. C’est un loisir qui m’est agréable. J’aimerais pouvoir assister à ce spectacle que vous me décrivez… Une centaine de tête à la fois, dîtes-vous ? Cela doit être impressionnant. J’espère pouvoir les apercevoir. »


Le baron avait déjà affiché les prémisses d’une discussion sérieuse ce qui ne semblait pas la ravir. Ces nouveaux propos amorçaient désormais un chemin tout tracé. Si l’ombre d’un sourire naquit sur sa bouche désirable, il s’estompa très vite. Elle reprit cette expression froide et dénue de toute sensibilité. Les yeux mornes se tournaient dès lors vers Niklaus.

    « L’on a toujours dit que j’étais surprenante. Je ne sais pas si je dois le prendre bien ou non… Hm… Mes assesseurs ? Et qu’entendez-vous ici par assesseur et qui sont-ils ? Faites-moi part de ces concepts. Vous savez, on aime me cacher certaines choses. Parfois, on m’en écarte et d’autre fois, les humains se comprennent mal. »


Les doigts glissèrent contre une mèche de cheveu qu’elle ramena derrière son oreille.

    « Tout dépend de quelle passion. Je suis une femme de passion, sanguine. J’ai souvent agi avec mon cœur et non ma raison. Je le paye encore aujourd’hui. Vous semblez mal tomber… Néanmoins, j’espère tout de même qu’après ses vérités vous ne vous refermerez pas comme une huître. Je sais écouter. Je sais raisonner. Mais ma raison est guidée par mon cœur. D’ailleurs,… Faisons comme cela. Dites-moi les choses sans détour. L’Art du verbe n’est pas pour moi. Il m’épuise plus qu’autre chose. J’aime ce qui est clair et précis sans atour. »


Le thé servi, Blanche se saisit de sa tasse pour, après une maigre inclinaison de sa frimousse, y tremper ses lèvres. Il était un peu trop chaud donc souffla dessus puis prit une gorgée.

    « Vous savez. La Péninsule est divisée. Plus aucun noble ne se respecte et ce ne sont pas les maigres illusions d’une alliance sur un bout de papier qui réunira les cœurs. Désormais, tous avides veulent une part de gâteau. Tous veulent être au plus haut, tous veulent être indépendants. C’est dommage et grotesque. Au départ, je ne voulais pas la guerre mais il était hors de question de me soumettre à Arsinoé. Vous savez, je suis au pouvoir de Hautval depuis maintenant une décennie. En ces jours troubles qui peut se targuer d’avoir tenu ses terres comme je le tiens ? Personne. Les autres sont morts ou disparus. En tant que doyenne, je pensais mériter une place à ce maudit conseil, qu’elle accorderait un héritage à mes filles. Alcyne et Astrée ne sont-elles pas les sœurs de Bohémond ? Le même sang coule dans leur veine mais comme vous l’avez si bien souligné, tous sont empressés et courent au pouvoir et tous en veulent toujours plus. Arsinoé a eu ce qu’elle méritait à ne pas respecter ses pairs… A bafouiller la noblesse et son héritage, ses droits… Elle a voulu conquérir le pouvoir par la force que vous avez évoqué. Elle a péri par la force. »


Blanche haussa les épaules.

    « Le Royaume allait déjà mal depuis la mort de Trystan et notre victoire face à l’Olysséane a fait définitivement germé ce que les nobles du Royaume voulait déjà : l’indépendance. Nous allons désormais en ce sens. Le Sud s’est détaché. Le Nord se morcelle tout autant… Que reste-t-il ? Le Duché d’Erac, celui de Langehack et les domaines royaux… Bref, ou voulez-vous réellement en venir avec vos belles tirades ? Vous savez… Vous pouvez simplement me dire que vous pensez que mon époux va trop loin et que la façon dont il procède n’est selon vous pas la bonne. »


Pour la première fois, un sourire franc étirait désormais les lèvres sanguines de la Noble. Ce sourire ressemblait plus à un rictus dérangeant.

    « Je suis ici pour visiter mais pas seulement. Comme je vous l’ai déjà dit, je viens voir le peuple et m’enquérir aussi des désirs de ceux qui administrent les domaines royaux. Après tout, c’est vous qui avez de tout temps protégé la couronne, vous n’êtes que les dommages collatéraux de cette guerre. J’estime que vous avez votre mot à dire. A trop souvent faire taire le peuple, celui-ci se soulève. »
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Mer 13 Mai 2015 - 22:21


Le baron eut un sourire aimable envers la comtesse et baronne, cette dernière était dans la ligne de son époux, il allait de soi qu’elle allait au moins dans une certaine mesure le défendre. Et il n’y avait rien de surprenant à cela, le baron l’avait anticipé. Tout du moins semblait-elle directe. Cela au moins était à porter à son crédit. Mais là encore le baron était-il méfiant. Cela ne relevait pas de la paranoïa, mais le baron avait eu suffisamment à faire avec nombre d’humains pour savoir que les choses étaient parfois bien délicates à présumer.

Ce qui était le plus étonnant avec cette femme était le grand changement d’attitude dont elle était capable dans ses propos. Tantôt à la limite de l’aguicheuse, elle se muait ensuite en quelques phrases seulement en une personne d’un grand et morne sérieux, comme si toute discussion politique faisait monter en elle une sorte de grand accablement doublé d’une sorte de lassitude. Tout du moins le baron le ressentait-il ainsi. Lui qui était au premier abord - il voulait bien l’entendre – d’un méthodisme politicien froid, il était étonné de voir se conjuguer la fougue et la froide conversation en une seule et même personne. Cela devait avoir son petit effet sur le grand monde sans aucun doute.

Lui prit le parti de sourire aimablement, d’un de ces petits sourires à l’air entendu, presque espiègle et qui remontait à son enfance. Avec ce sourire, qui éclairait la tête rude du personnage, Niklaus avait un air sympathique qui ne lui était pas familier. Ce sourire eut pour bon présage de laisser la comtesse et baronne sourire également d’un sourire franc du plus bel effet sur son visage bien maquillé.

« - Rassurez-vous Ma Dame… Je ne pense pas l’Apreplaine sur le point de se révolter. Et quand bien même cela serait le cas, il est fort probable que vous serez capable de nous mater rapidement. Ce domaine est aussi vaste qu’il est vide. Notre seule force est celle de notre prévoyance et de notre travail que je pense pouvoir qualifier d’obstiné.

J’apprécie la tribune que vous semblez vouloir me donner et la franchise dont vous semblez vouloir me laisser faire preuve. Je vois comme vous l’indépendance arriver à grand pas. Et je n’irai pas par quatre chemins : cela me désole. Je suis peut-être une brebis égarée qui croit encore en des vieux préceptes dépassés. Peut-être mon éducation et ma famille sont-elles trop vieilles ? Dépassées en quelques sortes par ce monde dans lequel nous ne nous reconnaissons plus… »


Sa voix se perdit en même temps que le sourire qu’il avait jusqu’ici arboré, laissant passer une grande nostalgie. Devant la grande confiance dont il avait fait preuve jusqu’à présent, le baron avait l’espace d’un instant laissé voir derrière l’armure de froideur dont il se parait habituellement. Clairement le doute et le déchirement était au cœur de cet homme encore jeune que la machine du pouvoir et une certaine éducation avait transformé.

« - Je comprends les remontrances qui me sont faites. Après-tout vous avez gagné… Et le malheur va aux vaincus. Je comprends cela… Je comprends également que le jeu politique actuel vous oblige, à vous et à votre mari, de tenter de reprendre les rênes du pouvoir aussi vite que possible. Je n’aime pas plus la régence que vous… Leur retour aux affaires serait certainement un grand bouleversement pour la Péninsule. Je comprends que vous cherchiez à couper l’herbe sous le pied de ces personnes en créant rapidement un nouveau royaume affilié à votre propre lignée. Pour autant, le prix suprême n’est pas de créer une nouvelle entreprise humaine, elle est d’en assurer sa pérennité. Et la pérennité en politique passe par la légitimité. »

Le baron huma l’air et se figea légèrement tout en buvant une gorgée de thé.

« - Regardez ! Cela commence ! »

Son exclamation à voix basse fut confirmée quelques secondes plus tard, quelques grands cerfs sortaient des sous-bois pour se désaltérer. Il fallait dire que le soleil avait quelque peu baissé et que l’on s’approchait de la fin de l’après-midi. Il laissa à son interlocutrice le loisir de s’exprimer avant de continuer sur son idée initiale.

« - L’idée que l’on m’a relayé de produire une sorte de grand Conseil n’est pas dénuée de sens commun. Former un conseil est une façon d’assurer une sorte d’unité, au moins provisoire. Mais si vous avez réussi à prouver votre force par les armes, il en sera bien différent par l’action politique. Outre la reconstruction de ce qui a été détruit dans la guerre civile, il faudra tenter de trouver une suite à donner avec le sud de la Péninsule. Je m’inquiète que la guerre ne se poursuive éternellement. Et l’Apreplaine sera aux premières loges de ces combats potentiellement incessants. Alors que nous étions au centre d’un royaume autrefois vu par beaucoup comme imprenable, nous allons à présent être une contrée frontalière. Rien ne nous a préparés à un tel changement. Et j’en suis très inquiet. »

Il eut à nouveau un sourire aimable.

« - Je suis jeune à ce jeu qu’est l’intrigue de cour. Pire… Je ne m’y plais pas. Je parle peut-être trop franchement mais je crois la politique un sujet trop important pour le diluer dans de belles phrases creuses de sens. Je cherche juste à faire entendre des inquiétudes que je crois légitimes et je souhaite apporter ma pierre à l’édifice en donnant des conseils que l’on peut - ou non - entendre. »

Le baron posa sa tasse et jeta un œil attendri vers les créatures qui vaquaient tranquillement.

«  - Si je devais faire une métaphore de chasse, je vous dirai qu’un bon chasseur est celui qui sait également quand stopper sa chasse pour laisser le cheptel reprendre de la force. »  

Il resservit son interlocutrice et lui-même et but une gorgée supplémentaire, laissant là encore le loisir à son interlocutrice de reprendre la parole.


«  - Pour répondre à ce que vous me disiez plus tôt, je n’ai aucune défiance quant à vous-même ou votre époux. Ni quant aux gens qui vous entoure. Toutes les personnes que j’ai rencontrées jusqu’ici me paraissent motivées par les bonnes raisons. Votre cœur se trouve au bon endroit. J’en suis convaincu. Vous voulez le bien de vos familles et vos ambitions, peuvent, si vous les utilisez correctement, faire le bien de vos peuples. Mais à force de devoir lutter l’arme à la main pour votre salut, j’ai le sentiment que vous en avez oublié comment utiliser la Loi et le fléau pour bâtir des empires. Le glaive ne se suffit rarement à lui-même…

Vos plans de construire une nouvelle Couronne sont trop avancés pour revenir dessus. Je le comprends et je l’accepte. Même s’il s’agit d’un réel déchirement pour moi, je serai prêt à cautionner un tel acte. Car s’il s’agit pour moi d’un crime de lèse-majesté, je pense qu’il s’agit du mieux pour les  gens de l’Apreplaine. De savoir si je garderai mes prérogatives en Apreplaine après votre accession au trône, il s’agira, j’en ai bien conscience, du bon vouloir de votre époux et de notre futur souverain. Je le demande néanmoins en sachant que ma demande peut ne pas être entendue.

La tâche de réformer et restructurer votre nouveau royaume sera immense. Les domaines ne sont pas prévus pour être féodaux. Et la guerre a été une calamité plus grande que beaucoup ne pensent. Nous devons immédiatement reprendre les devant et préparer le futur avec énergie. Pour cela la paix doit être une priorité. Et je ne suis pas certain que créer un nouveau royaume soit un geste d’accalmie. Mais quand bien même, j’encourage grandement vos futures Majestés à entrevoir la paix, même si cette dernière peut paraitre chère, je puis assurer qu’elle rapportera au final une prospérité et une puissance bien plus grande que la guerre civile de conquête dans laquelle nous nous enfonçons. Si vous ne devez entendre qu’une seule chose de mes doléances, la voici : je vous en conjure : œuvrez pour la paix dans nos terres… Et il s’agit là autant d’un cri du cœur que de la raison… »
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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Mar 26 Mai 2015 - 16:57


Blanche ne crut pas bien comprendre. Elle plissa un instant les sourcils lorsqu’il parla de révolte. Jamais elle n’irait imaginer cela. Le silence s’installa. Elle le sondait longuement. Plus étonnant encore, il n’hésitait pas à dire qu’ils pourraient les mater. Elle manqua d’ailleurs de s’étouffer avec son thé à cette occasion. Était-il sérieux ? Quelle était cette image si négative qu’ils avaient de noble Nimmio et d’elle ? Son minois était désormais une succession de grimaces embêtées d’un ridicule consternant. Elle ne se vexait pas. Elle était juste désolée de paraître telle une ogresse.


    « Ai-je laissé croire que je venais vous rendre visite afin de tâter des tensions au sein de baronnie et mesurer si cette dernière devrait recevoir correction ? » Elle soupira. « Je n’aime pas la guerre, je la vis depuis mon enfance. Je désirais juste faire connaissance avec vous et votre peuple et parler un peu de l’avenir. »


Bref ! Elle se tut à nouveau pour écouter la suite et manqua encore de s’étouffer, en fait. Les remontrances ? Elle lui avait fait des remontrances ? Une quinte de toux la fit tousser à plusieurs reprises alors qu’elle tapotait contre la poitrine. Odeline intervint en faisant de même avec son dos. Cela la décoiffa. Elle remit quelques mèches ci et là, les yeux rouges par l’effort de ne pas mourir étouffée. Pfiou. Taratata !


    « Moi et mon époux ne partageons pas la même vision. Non mais je vous ai fait des remontrances ? … J’ai l’impression d’être un monstre quand vous parlez de Hautval et Velteroc… Bref. Leur retour aux affaires ? Vous faites allusion à qui ? A moins que j’ai mal compris ? Enfin, je crois que vous vous méprenez grandement. »


Un peu trop même, Blanche observait un instant sa tasse avant qu’il n’attire son regard vers le ballet du gibier. Oh quel spectacle enchanteur. Elle dressa sa frimousse en sa direction et admira la valse de la nature. Elle avait le regard d’un enfant émerveillée, quittant son expression mitigée par les propos du Baron. C’était tellement beau.  Elle voulut s’approcher, glissant un pied pour entamer un mouvement mais Odeline l’en empêcha puisque Niklaus reprenait ses longues tirades. L’air un instant boudeur, le fessier reprit possession de la chaise.


    « Je sais tout cela, vous le savez et je le déplore.  Mais que voulez-vous ? Aujourd’hui l’essence même de la vassalité s’est perdue. Tous ne savent plus ce qu’est loyauté et honneur à leurs suzerains. Alors oui, vous allez me dire que je me suis soulevée contre Arsinoé mais à ma gouverne, ma fille Alcyne et l’héritière royale. Elle est la première née et je n’ai jamais vu aucun texte dans les lois mentionnés que le sexe mâle avait la priorité. Au sein de Hautval, le premier né tout sexe confondu est l’unique héritier. C’est pour rétablir mes droits que je me suis soulevée. Et évidemment, mon époux en a profité. Nous ne partageons pas les mêmes idéaux. Il est persuadé qu’Aetius d’ Ivrey, mon feu cousin, est un régicide. Ce sont des balivernes. Il préfère écouter un vieillard sénile à son épouse. »


Elle s’écartait un peu du sujet mais Blanche était lancée. Il ne fallait pas toucher à son défunt et très aimé cousin pour qui elle partageait d’ardents sentiment bien qu’il soit mort.



    « On est jamais trop jeune quand le génie nous habite ».


Elle but alors qu’il reprit ses longues paroles.


    « Vous accepteriez de devenir mon conseiller  et de m’aider à remodeler un monde plus juste comme il se doit de l’être où chacun regagne la place qu’il doit avoir ? »


Blanche déposait sa tache alors qu’elle se redressait par à-coup pour approcher sa chaise de celle du Baron et se pencher vers l’un d’un air interrogateur.
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Ven 29 Mai 2015 - 23:55

Le baron prit un air désolé aux propos de son interlocutrice. Il n’avait pas imaginé les tensions maintenant palpables qui existaient entre Blanche et son époux. Les choses ne savaient décidément être simples. Il comprenait mieux également l’incompréhension qui s’était installé entre lui et elle. Les rapports du pouvoir en place à Diantra lui parurent alors bien plus dénués de sens qu’il ne l’avait pensé. Décidément cette capitale avait bien du mal à faire conserver aux gens le sens des valeurs et de la discipline. M. d’Asnozia -le jeune- jouait-il son propre jeu ? Enfin, se reprit-il, tout le monde jouait son propre jeu, mais le jouait-il au dépend de ses propres maitres ? Ou bien était-il en service commandé sans que l’épouse de son maitre ne soit au courant ? Cette dernière hypothèse lui paraissait à présent plus réaliste.

Il connaissait son interlocutrice de réputation. Toute personne ayant un tant soit peu l’oreille au tapis dans la capitale avait entendu parler d’elle. En observateur attentif bien que distant, le baron savait la résolution dont savait faire preuve cette dernière. Le discours qu’elle tenait était néanmoins bien en écart avec l’image que Niklaus s’était fait de la personne, il fallait bien l’admettre. Ce dernier avait bien du mal à savoir s’il s’agissait là d’une mascarade ou de la vérité, mais en tout cas sa curiosité était piquée.

Le baron fut déstabilisé par la dernière question de cette dernière. Répondre sur un coup de tête n’était pas son genre. Il fallait un échappatoire provisoire. Visiblement Blanche avait été intéressée par les quelques têtes qui s’étaient mises à s’abreuver prudemment le long du lac. Le ciel avait pris des belles couleurs cuivre et la nuit viendrait troubler leur discussion d’ici une grosse demi-heure. Avec elle arriverait un vent froid typique des nuits de printemps en Apreplaine. Le baron fit un signe de la main en direction du chemin pavé faisant le tour du lac.


« - Je m’aperçois que nous nous sommes effectivement fort mal compris. Mais nous voilà tous deux rassurés. Tout du moins je le suis. Voulez-vous vous donner la peine de me suivre ? Je vous propose de rentrer au manoir… Nous en profiterons pour observer le gibier. Je n’ai pu m’empêcher de remarquer que le spectacle vous intéressait… Un peu de silence nous fera du bien. Je suis parfois d’un débit de parole exaspérant. »

Il offrit sa main pour aider son interlocutrice à se relever. Dans le meilleur respect de l’étiquette, il lui offrit son bras et ils se mirent à marcher doucement. Peu de gibier ce soir-là, une dizaine de tête à tout prendre, tous sur l’autre rive. Le chef de harde disposait d’impressionnants bois dont les nombreux cors finissaient en une enfourchure massive pour le cor droit et dans une complexe empaumure pour le gauche. Doté d’une excellente vue, Niklaus put constater que la croissance de ces derniers venait certainement de terminer car ils étaient encore recouvert de leur velours.

Tout d’un coup, toute la harde releva la tête comme d’un seul homme, les oreilles pointées en direction du manoir. Une voix presque irréelle s’était levée accompagnée de percussions assez douces et diffuses. La voix était celle d’une chanteuse qui se retrouva rapidement accompagné de quelques instruments. Elle était surprenante de clarté. Les animaux se calmèrent bien vite, comprenant que le bruit ne pouvait représenter un danger. Les quelques musiciens prévus pour le diner devaient avoir débuté une répétition. Leur mélopée nostalgique s’envolait par les grandes fenêtres ouvertes de la salle de banquet ou les préparatifs devaient battre leur plein. Le diner prévu ne l’était pas en grandes pompes, le baron en avait horreur, mais il serait néanmoins à la hauteur de leurs hôtes.

La scène avait quelque chose d’un peu irréel. Le baron eut un regard attendrit sur ses bêtes. Il était peut-être à la tête de la province la moins puissante du monde entier, mais il n’était pas peu fier de ce que sa famille avait construit ici en quelques générations. Tous les ors de la capitale ne pouvaient rivaliser à ces yeux.

A son grand regret, ils étaient arrivés à l’autre extrémité du lac. La marche semblait n’avoir duré qu’un instant. Peu de fleurs pour les accueillir d’autant que les roses s’étaient refermées pour la nuit. Et il était encore trop tôt, mais les herbes odorantes étaient déjà sorties, et une odeur agréable de menthe poivrée embaumait le petit jardin. Le baron se décida à reparler.


« - Mon jardinier fut un temps chef jardinier du monastère de Waldhouse. Il en a été exclu pour l’amour qu’il portait à une femme. Une faute bien pardonnable à mes yeux. Je l’ai depuis à mon service et il fait des miracles. Même l’hiver le jardin sent quelque chose… Mais l’air devient frais et la nuit ne va pas tarder à nous surprendre. Je vous invite à me suivre. Nous allons rentrer nous réchauffer et boire un apéritif si vous le souhaitez. Si vous souhaitez quelque chose de très local, je peux vous proposer un vin effervescent mélangé à une liqueur de prune. Si vous souhaitez autre chose, je vous en prie dites et nous trouverons certainement. »

Il rouvrit la porte menant au petit salon qu’ils avaient quittés tout à l’heure, le feu s’y était calmé et brûlait tranquillement, terminant avec lassitude une grosse bûche. Le baron invita son invitée à s’installer dans un des grands fauteuils boudinés qui faisaient face à la cheminée. Les chandeliers en métal de la pièce avaient été allumés et la pièce était plutôt bien éclairée.

«  - J’ai bien réfléchi à votre proposition Ma Dame. Je ne saurais dire si je suis un choix judicieux, mais je suis honoré d’être votre choix. Avant de vous donner ma réponse je souhaite être franc avec vous. Lorsque je parlais de vos assesseurs bien plus tôt j’entendais par-là M. Oschide d’Asnozia. Qui m’a convoqué. Pardon excusez-moi, le terme est abusif. J’ai été donc invité tantôt à la capitale par l’entremise de M. de Missède. Je leur ai ouvert l’ensemble des écritures comptables et juridiques de la baronnie et suis allé faire mon rapport.

Je pensais M. d’Asnozia votre envoyé, ou celui de votre époux. Je lui ai indiqué les compétences que je pense être les miennes, les espoirs que je porte dans le futur, ainsi qu’un certain nombre de conseils sur la marche à suivre pour éviter de grandes difficultés matérielles et financières dans les mois à venir. La reconstruction de Diantra étant à mes yeux une opportunité autant qu’un piège. Il m’a parlé d’une potentielle nomination pour un poste concernant, si j’ai bien compris, le trésor du royaume que souhaite constituer votre époux. J’ai refusé car je n’avais pas tout à fait fini mes explications.

J’ai ensuite également fait part de mes craintes, de mes critiques et plus généralement des scrupules que j’entretiens quant à la dissolution du royaume au profit d’un nouveau royaume sous la coupe de votre époux. Je ne suis pas opposé en bloc à l’idée, mais je pensais le calendrier trop précipité. On m’a fait comprendre que les choses étaient plus avancées que je ne le pensais et que la cérémonie de couronnement s’approchait à grand pas, sans retard possible. En conséquence, et un peu à contrecœur, je le reconnais j’ai au final accepté leur plan et me suis engagé à soutenir leur entreprise. Je ne souhaite pas déroger à cet engagement.

Si je dois être votre conseiller, je pense que vous devez être au courant de ma position et des engagements que j’ai pris auprès des représentants de votre époux. Sachant tout cela, je suis prêt, si tel est encore votre désir, à accepter votre demande et à vous conseiller. »

L’apéritif était arrivé. Outre les boissons décidées, des petites brioches à l’air de rien avaient été placées sur un grand plateau en argent qui fut déposé sur la table qui côtoyait leurs deux fauteuils. Malgré leur apparence banale, le goût des brioches, fourrées d’une sorte de mousseline très légère, était à la fois floral, salé et subtil. C’était certainement une première pour son invitée.
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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Sam 13 Juin 2015 - 21:14


Quelques jours avant le Sommet.


Blanche ne savait plus quoi penser. Les nuits étaient désormais courtes pour elle. Nimmio était à nouveau malade et elle devait faire face seule à Harold, un être peu recommandable apparemment. Elle n’avait jamais compris pourquoi les éraçiens étaient des êtres si vils et agressifs, du moins la branche de Léandre. Ces gens-là étaient de la pire engeance et multipliaient les coups bas déjà du temps d’Aetius. Elle regrettait Trystan, un homme pieux et qu’elle jugeait sage, un peu trop puisqu’elle avait déploré son manque d’activité qui le conduit sans doute à la mort. Elle était donc au sein des murs d’Apreplaine. Blanche avait renvoyé une partie de son armée en Hautval afin d’aller mater les divers brigands tuant ses sujets. Elle leur avait naturellement réservé un sort d’une cruauté sans nom et se délecterait de leurs cris. On ne s’en prenait pas à son peuple. On ne les pendait pas. On ne les violait pas. On ne les massacrait pas. Blanche avait reçu une lettre de Bathilde et une autre des conseillers restés à Hautval. Bathilde séjournait au sein de la Citadelle. On avait dépêché  les meilleurs précepteurs pour son éducation et bien évidemment, elle faisait intervenir son père et oncle de Bathilde, Raymond d’Ancenis qui faisait parvenir les divers rapports du conseil afin que la future baronne apprenne à gérer parfaitement son domaine. Elle était suffisamment âgée pour apprendre tout cela.  

Tous ces tracas lui vrillaient le cerveau. En plein milieu de la nuit, Blanche s’était levée, Odeline – la lieutenante de la Garde Obsidienne – était absente de son lit. Et elle ne dormait évidemment pas avec son époux à qui elle lui laissait un vrai repos étant donné sa grippe.  Pieds nus, elle avait enfilé une chemise longue et blanche brodée, par-dessus un surcot simple et très échancré, bleu. Ses pieds dans ses chausses courtes, elle avait quitté sa chambre afin d’errer dans les couloirs du manoir et remonter en direction des cuisines. Sans doute qu’à cette heure tardive, il n’y avait personne et si quelques domestiques étaient encore debout alors que la nuit était bien ancrée, elle demandera du lait et de quoi grignoter avant de repartir errer tel un spectre au sein des couloirs. La Baronne s’était finalement échouée à la lumière d’une lampe à huile ou bougie dans un canapé d’un des salons et lisait posément un livre traitant de l’Empire Nisétien et des dragons.
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Dim 21 Juin 2015 - 10:12



Niklaus n’était pas de ceux qui se laissaient facilement abattre. Pourtant il circulait en lui depuis quelques jours une profonde mélancolie. Le printemps touchait à sa fin, et on pouvait le sentir. L’air au dehors était ce soir étouffant, les deux fenêtres grandes ouvertes de sa chambre n’aidaient en rien la température de la pièce.  Se retournant une bonne dizaine de fois dans son lit, il finit par en sortir, épuisé et trempé. Le manoir d’Altenberg était silencieux, et au dehors des grillons avaient commencés leur chant quelque peu en avance.  Autour du manoir, le baron devinait l’ombre fugace de ses chiens qui patrouillaient. Avec l’arrivée d’invités de marque, et vu le climat politique actuel, il avait décidé d’assurer une sécurité plus importante qu’à l’habitude et avait fait ramener du chenil ses chiens de garde.

Autour des hauts murs du grand domaine forestier clôturant le territoire du manoir, des hommes du baron patrouillaient, et la maison des gardes à l’entrée du domaine était bien plus active qu’à l’habitude. Dans ce petit domaine bien géré, la paranoïa était étrangère au mode de vie et la sécurité était habituellement suffisante pour éviter de grandes précautions. Mais là les choses étaient différentes. A quelques jours seulement d’une série d’évènements qui avaient dégénérés en un fiasco aux conséquences péninsulaires, le baron se devait d’être prudent.

Autour du manoir, deux gardes faisaient une ronde silencieuse avec des torches. La chose était si extraordinaire que le baron resta un bon moment à regarder ses hommes faire leur travail. Il fallait dire que le baron, qui s’était pris d’amitié avec Mme de Hautval, avait tout naturellement proposé que cette dernière quitte la capitale avec son époux terrassé par une poussée de fièvre pour l’Apreplaine. Cette fièvre mal venue était suspecte aux yeux du baron qui avait craint l’empoisonnement. Une coutume funeste de nombreux courtisans diantrais. L’Apreplaine n’était ni très peuplée, ni puissante, mais disposait d’une grande sophistication dans ses connaissances. Les médecins furent formels : M. de Velteroc n’avait pas été empoisonné mais était bien malade. Le calendrier de cette maladie était mal choisi, mais parfois les choses étaient ainsi faites. Dans tous les cas le convalescent était mieux ici, aux bons soins des gens du baron, qu’à Diantra, où tous les coups étaient permis.

Le baron sentit la truffe humide de son chien le saluer. Le molosse était le seul de la meute du baron à avoir le droit d’entrer dans le manoir. Cela dérogeait aux règles, mais le baron, qui se sentait parfois bien seul, appréciait la compagnie de la bête, la seule qu’il ait trouvé le temps de dresser et d’éduquer totalement. Un palliatif agréable à la vie de famille inexistante du baron depuis la perte de son père, et un fidèle parmi les fidèles. Il gratifia le grand berger bien proportionné et au regard intelligent d’une caresse énergique sur son grand museau allongé. Il devait sentir la mélancolie de son maitre, peu habitué à ces états d’âme. Tout en poursuivant la flatterie de son animal à l’encolure, le baron continua son observation du petit panorama de son parc.

Une lune à moitié pleine remplissait un ciel sans nuage et estompait de ses feux les constellations. Il resta un moment ainsi, à contempler la lumière lunaire tomber sur son petit domaine. Au loin s’amoncelaient de gros nuages menaçants. L’orage éclaterait certainement au milieu de la nuit, les zèbres rapides qui semblaient vouloir illuminer l’horizon en étaient la preuve. La tempête devait encore être loin, car le tonnerre qui aurait normalement accompagné ces scintillements chancelants était encore inaudible. Pour le moment pas un souffle de vent, rien que le bruit tenace quoiqu’agréable des insectes musiciens.

Le baron en eut finalement assez de cette torpeur rêveuse et contemplative et se leva de sa fenêtre pour enfiler un habit noir léger en lin. Il faisait trop chaud pour porter autre chose. Il enfila des pantoufles tout aussi légères et sortit de sa chambre pour traverser ses appartements. Les appartements de M. de Velteroc étaient dans l’aile ouest pour sa tranquillité. Le baron se trouvait lui dans l’aile principale, au dernier étage. Dans la même aile se trouvaient également les appartements de marque pour les invités les plus importants qui étaient les anciens appartements de ses parents que le baron n’avait pas souhaité récupérer, cédés pour l’occasion à Mme de Hautval.

Le baron prit le petit escalier en colimaçon en se décidant à descendre sur la terrasse du manoir. Il voulait prendre quelques minutes à errer sous le ciel étoilé avec son chien, il serait toujours mieux là en bas qu’à mourir étouffé dans ses appartements. Il descendit en conséquence par son escalier d’un niveau, pour arriver dans son cabinet privé. C'était une salle de travail assez grande dans laquelle reposait un grand nombre de plans et de maquettes. Il avait toujours eu un intérêt pour le génie civil, et cherchait d’autres trouvailles intéressantes pour son domaine. En particulier il adorait lire puis reproduire à petite échelle les réalisations d’autres civilisation afin d'en étudier l’intérêt. Aussi bien rangé que le cabinet ne pouvait être, il était singulier de constater à quel point la densité d'objets présents contrastait par rapport au dépouillement relatif du reste du manoir.

Il alla jusque dans la minuscule salle des armures pour retrouver un autre tout petit escalier escamoté, qui devait le mener jusqu’au rez-de-jardin, dans la salle des armes. La porte du même escalier amenait au premier étage vers un petit salon, adjacent à une bibliothèque, et bien que le baron n’eut pas l’intention d’y mettre les pieds en premier lieu, il remarqua que la petite salle était éclairée. C’était curieux. Son personnel bien formé n’était pas du genre à laisser brûler des chandelles ou des lampes. Etait-ce un de ses hôtes ? Son chien grogna discrètement, ce qui le fit penser que oui. Le baron décida de descendre sortir Fidus et de remonter pour en avoir le cœur net. Il finit donc avec ce dernier la descente jusqu’à la salle des armes et ouvrit la porte menant vers l’extérieur. Le berger attendit l’ordre de son maitre qui lui fit signe de sortir. Il s’en alla donc.

Le baron referma la porte et reprit le minuscule escalier en sens inverse pour arriver à nouveau devant la petite porte escamotée. Il frappa poliment et attendit qu’on lui donne l’autorisation d’entrer. Une voix de femme atténuée par la porte lui autorisa l’entrée. Ce qu’il fit.


« Bonsoir ! Madame ? Vous êtes aussi réveillée à cette heure ? Pardonnez mon intrusion, je ne souhaitais pas vous déranger. Je pensais qu’une lampe ou une bougie avait peut-être été oubliée allumée. Nous sommes  économes de nos moyens en Apreplaine, ajouta-t-il avec un sourire marquant qu’il s’agissait là d’une plaisanterie.  Mais me voilà rassuré. Je vais vous donc laisser à vos lectures en vous priant de m’excuser encore pour cette intrusion. »


Dernière édition par Niklaus d'Altenberg le Mer 24 Juin 2015 - 10:57, édité 1 fois (Raison : corrections de quelques incorrections)
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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Mar 23 Juin 2015 - 23:58

Ah les animaux, Blanche en avait une magnifique ménagerie qui n’était pas vraiment diversifiée mais qui la contentait. Elle avait avant tout sa meute de chiens de chasse d’une loyauté sans faille. Elle avait aussi sa volière avec une multitude de rapaces encore une fois pour ses activités de chasseuse. Elle en avait aussi pour ses jardins et la beauté de leur plumage comme les paons et de leur chant, le rossignol et une dernière catégorie pour transmettre les messages. A côté de cela, il y avait les cheveux qu’elle aimait collectionner aussi provenant pour la plupart d’Erac. Parmi sa ménagerie, l’on pouvait aussi répertorier deux loups géants qui pouvaient parfois poser problème. Elle se rappelle de ce jour où ils étaient parvenus à s’échapper et avaient ravagés les troupeaux de chèvres et moutons des environs. Blanche avait dû dédommager ses pauvres bergers. De plus, les attraper fut une tâche assez ardue. Elle comptait aussi un lyngre, très bel animal. Elle avait l’intention d’acheter un Cerbérion dans le but de l’intégrer à sa meute mais se doutait que la cohabitation serait difficile et surtout sa naturalisation ou encore un Angola d’Istrios. La faune dans son ensemble attirait son attention. Elle rêvait de recevoir comme cadeau un Pipumia car elle les trouvait tout simplement mignon. Enfin soit.

Blanche était allongée en travers du fauteuil qui était mis à sa disposition. Les chevilles reposaient mollement sur l’accoudoir tandis que ses pieds nus battaient de temps à autre l’air suivant les passages de son ouvrage. Le grognement n’attira pas son attention, elle était bien trop plongée dans sa lecture. Par contre, la frappe contre la porte la fit même sursauter. Elle se redressa à l’affut en reconnaissant bien vite la voix du Baron. Une infime angoisse la prit au cœur qui s’accéléra. Ses yeux tombèrent sur sa tenue alors que ses pupilles se rétrécissaient en une infime fente. Elle roula des yeux l’instant d’après. Selon l’étiquette, elle ne devrait pas se présenter de la sorte. Elle ajusta les étoffes et prit une pose droite en posant le livre sur ses genoux.


    « Monseigneur… »


Le minois s’inclina un instant et écouta la suite.

    « Je ne trouve pas le sommeil en effet. Tout se bouscule dans ma tête et l’état de mon époux n’arrange guère les choses. »


Elle avait plus ou moins de l’affection pour Nimmio mais cela restait un mariage arrangé. Il était un époux bon. Les derniers évènements l’avaient néanmoins quelque peu dégoutée et déçue. Elle ne comprenait pas qu’un homme qui disait l’aimer accorde davantage de crédit aux propos d’un vieux fou plutôt qu’aux siens. Elle n’aimait pas cela. Et puis son seul amour était mort, c’était l’Ivrey. La silhouette se redressa et s’approcha alors de Baron. Sa main prit la tienne.

    « Vous pouvez me tenir compagnie, si vous le souhaitez. »


Blanche lâchait finalement sa main et se détournait alors pour se diriger vers une fenêtre dont elle avait ouvert les battants de bois. Elle glissait les mains sur la pierre et observait le paysage nocturne avec un faible vent qui rafraîchissait à peine. Pour sa part, elle n’avait pas beaucoup de sueurs. Elle trouvait la température agréable, un brin chaud.

    « Je me demande quelles seront les tenants et aboutissements du sommet. Je suis certaine que la Haute Prêtresse de Néera est corrompue. Néera, notre Sainte Mère, ne se mêlerait pas des affaires des hommes et aurait plutôt envoyé sa Gardienne ou son Gardien pour parler en son nom. Je suis une fervente dévote de la Mère, je ne manque pas une seule prière, une seule dévotion. Je ne puis imaginer que notre Sainte Déesse… Enfin et puis ce sourire entendu qu’ils se sont échangés. Je trouve cela bas d’user de la Foi pour s’arroger des privilèges. »


Sa silhouette s’en retournait face au Baron. D’un geste lent et gracieux elle présentait ses mains, paumes ouvertes vers le plafond. Les paupières se fermaient un instant alors qu’elle canalisait. Lentement ses pieds quittaient peu à peu le sol. Blanche flottait à quelques centimètres à peine du plancher ou de la pierre. L’air brassait désormais ses étoffes ainsi que sa chevelure qui virevoltait élégamment autours de son minois. La plupart du temps ses longs cheveux noirs étaient toujours attachés en des coiffures élégantes mettant sa beauté en valeur malgré son âge. Jamais on ne lui donnait 30 ans. Après cette petite démonstration, ses pieds nus léchaient à nouveau le sol et elle rouvrait les yeux pour observer le Baron en s’éventant d’une main car cela lui avait donné drôlement chaud.

    « Je pars du principe que Néera, elle-même, m’a donné ce don. C’est ma mère qui me l’a dit puisqu’elle possède elle aussi cette même affinité, comme ma grand-mère avant et certaines de mes sœurs. Il parait aussi que ma beauté pour mon âge n’est pas naturelle et, je suis certaine que c’est l’œuvre de Néera. Je ne suis pas ici pour me vanter, je me trouve à dire vrai assez banal mais c’est ce qui se murmure. »


La Dame du Val était désormais à quelques centimètres du Seigneur d’Apreplaine et le sondait de son regard cérulé. L’expression de son visage était indiscernable.
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Jeu 25 Juin 2015 - 22:09



Le baron eut un sourire aimable envers son interlocutrice lorsque cette dernière confirma qu’elle avait le plus grand mal à trouver le sommeil. Le baron, bien qu’un homme au naturel méfiant, laissait toujours le bénéfice du doute aux personnes. Il ne savait pas à quel point Mme de Hautval se laissait aller aux réelles confidences avec lui. Après tout ils ne se connaissaient que depuis peu. Mais on ne pouvait pas vivre en imaginant que chacun jouait tout le temps la comédie. Il était compréhensif envers cette dernière que les évènements récents n’avaient pas épargnée.

La dame s’avançant à son endroit lui prit rapidement la main pour lui signifier qu’elle n’était pas gênée par sa présence. Il eut un sourire renouvelé. Ce n’était rien, et il ne savait pas si cette dernière le considérait comme un ami, mais au moins le fait d’avoir de la présence dans cette grande et austère maison était un changement agréable. Surtout dans un soir comme aujourd’hui où il était un peu prompt à la mélancolie.

La scène était certes loin de ce que l’étiquette conseillait, mais le baron n’était pas à cheval sur ce genre de principes de la cour. Bien au contraire le style de vie dans son manoir était simple et sans faux-semblants. Suivant l’approbation de la femme, le baron entra silencieusement plus avant dans le petit salon en refermant la porte derrière lui.

Il prit le temps d’allumer un chandelier supplémentaire de manière à éclairer un peu mieux la scène tandis que Blanche se dirigeait vers la fenêtre. Les petites flammes oscillèrent légèrement, preuve que le vent commençait à se soulever au dehors. Le baron s’adossa contre le massif supérieur de pierre de l’âtre éteint formant une partie du mur qui faisait face à la fenêtre. Un courant d’air agréable s’était créé entre la conduite de cheminée et la fenêtre et le baron pouvait ainsi en profiter. La pièce était petite et une courte distance séparait les deux personnes, ce qui permettait de parler sans nécessité d’hausser la voix et de réveiller toute la maisonnée. De toute manière tout le monde était loin et en cette chaude nuit les domestiques ne se relayaient pas pour entretenir des feux, donc ils étaient tranquilles.

Il écouta avec attention ce que Blanche racontait. Le baron était un sceptique, en conséquence de quoi il avait également considéré comme bien étrange que la Grâce de la parole de la déesse leur soit ainsi accordée. Beaucoup avaient certainement trouvé cela fort arrangeant de voir une telle sortie se faire lors d’un conseil au bord de l’implosion, basculant les efforts de quelques uns dans le chaos. Le baron n’était pas un grand amateur de ce genre de manœuvre, et s’il comprenait la révolte de certains nobles à l’égard des méthodes des nouveaux maitres de Diantra, il n’aimait pas la manœuvre toute politicienne avec laquelle ils avaient usé de lui. Chacun connaissait les opinions de Niklaus, mais il fallait se méfier de jouer sur ses intentions, car le baron chérissait son indépendance d’esprit. En vertu de quoi il s’était montré très déçu qu’on ait tenté de forcer sa main dans une révolte.

La politique était avant tout affaire de stratégie, pas de tactique. Tout du moins s’était sa conception des choses. Niklaus n’était pas là pour les petites manœuvres à la petite semaine. Son ambition était toute autre. C’est pour cela qu’il avait quitté le conseil et c’est pour cela, après mure réflexion, qu’il avait décidé de convoquer un sommet sur ses terres. Il fallait bien que la raison reprenne la main sur la politique péninsulaire. Et pour cela il croyait en la valeur des compromis.

Il ne fit aucune remarque concernant les assurances que Blanche souhaitait donner concernant sa foi indéfectible en la déesse. Sur ce sujet, le baron était sur une pente glissante, et moins il en disait, mieux il se portait. Il conserva un petit sourire et haussa les épaules d’un air las lorsqu’elle se retourna.

« - Madame, les coups bas sont malheureusement le pain commun de la politique Diantraise. Je ne sais juger de la véracité des dires de la prêtresse. De nature je suis méfiant des affirmations non corroborées par des faits tangibles, tout en laissant le bénéfice du doute. Mais la vérité n’est pas toujours nécessaire en politique.  Aussi énervant et injuste que cela puisse paraitre, il s’agit là de la norme. Surtout en l’absence d’autorité claire pouvant faire un arbitrage. »

Le baron perdit son sourire lors de la ‘démonstration’ de la baronne. Lui qui n’était pas un connaisseur des arcanes magiques était toujours un peu déstabilisé par l’usage de la magie. Même les notions littéraires qu’il avait put en avoir lui paraissaient sombres. Lui n’était qu’un homme sans autre don que ce que la naissance et la Providence lui avait donné. Il avait déjà eu la chance de naitre dans des draps de lin frais quand d’autres naissaient dans la paille. Il remerciait les cieux de cette chance et travaillait depuis à s’en montrer digne. La magie ne l’intéressait pas. Pire, cela lui paraissait un drôle d’outil, un drôle de raccourci. Il n’avait pas de haine pour les mages, sorciers ou autre magiciens, mais il n’était pas particulièrement impressionné non plus. Simplement inconfortable.

Il retrouva son sourire lorsque la dame parla de sa beauté. Non pas qu’il se moquait, loin de là. Mais cela était une discussion bien légère après s’être propulsé à quelques centimètres du plancher. Blanche était bien mystérieuse. Elle s’était approchée de Niklaus au cours de son petit manège. Ce dernier, tout en restant immobile, ne se dépareillait pas de son sourire agréable en coin et continuait de soutenir son regard, ne se défaussant pas à la dame.


« - Voyez-vous, ma mère ne m’a pas donné vos dons, mais elle m’a scrupuleusement appris à éviter le sujet de l’âge des dames, ajouta-t-il avec un petit rire amusé et communicatif. Il redevint sérieux. J’ajouterai que si la beauté physique est une fierté, elle ne fait pas tout. Dans tous les cas, et quel que soit votre âge, je suis certain que personne ne trouve à redire à vos charmes qu’ils soient physionomiques ou non. »

Il eut un sourire aimable à pleines dents avant de retrouver son petit sourire en coin.

« - Concernant le sommet, j'espère que nous trouverons un chemin vers la paix pour le royaume. Il s’agit au moins d’essayer d’approcher les protagonistes et d’identifier leurs demandes, puis d’essayer de forger un compromis. Je ne saurai dire si nous avons une chance d’y parvenir. J’entends vos reproches sur les actions de la prêtresse. Je comprends vos inquiétudes, et j’aimerai pouvoir vous rassurer. Mais je ne peux rien réparer au passé.

Pour vous dires les choses à cœur ouvert, dans cette affaire les torts sont partagés. Votre mari et son assesseur M. d’Asnozia ont fort mal géré le congrès depuis le départ en n’arrivant à doser ni la brutalité, ni la diplomatie. Soit on est pressé et on choisit le passage en force en devenant de fait un tyran et on assume, soit on prend le temps du dialogue et on manœuvre en prouvant qu’on est le plus qualifié pour le poste par son intelligence politique. L’entre deux choisi par M. d’Asnozia et/ou votre mari était la pire des choses à faire. J’avais prévenu M. d’Asnozia que sa stratégie était étrange et certainement dangereuse. Je suis triste de ne pas m’être trompé.

J’ai été profondément choqué d’apprendre que l’annexion des territoires d’anciens domaines avait été décidée avant même le congrès et que certains de mes collègues barons avait été déchus de leur poste pour avoir résistés. Non pas que je ne reconnaisse pas la supériorité militaire de votre époux et de ses alliés –dont vous faites partie. Mais il faut bien voir que l’on ne conquit pas aussi aisément le cœur des hommes que leurs territoires. Ils avaient vendus ce congrès à mes collègues comme un moment d’union et de discussion, il s’est immédiatement transformé en une démonstration disgracieuse de passage en force. Prendre la décision d’annexer à son domaine des territoires autrefois à la couronne est un acte illustrant une volonté de s’accaparer un maximum de pouvoir en un minimum de temps et non de tenter d’être un roi cherchant l’union.

Ils ont ainsi tendus le bâton pour se faire battre. Harold préparait certainement son coup depuis longtemps, ce conseil raté lui a donné l’initiative. Et en politique il est très couteux de perdre l’initiative… Je regrette que votre époux n’ait pas eu mes conseils avant d’agir en plus de ceux de M. d’Asnozia, qui se sont révélés bien inadaptés. Je sais que j'ai des mots durs, mais au final, tout cela n’est que le symptôme d’un amateurisme politique atterrant… »


Le baron eut un sourire désolé.

« - Je ne dis pas cela Madame pour vous  affliger un peu plus ou pour vous accuser de quoi que cela soit. Au contraire je vous plains. Ce qui est fait est fait. J’ai insisté pour vous faire quitter le conseil puis pour vous inviter ici en Apreplaine à la nouvelle de la maladie de votre époux car j’ai la plus haute estime pour votre personne. Nous ne nous connaissons pas depuis bien longtemps mais vous avez eu le courage de me faire confiance, à moi, un homme dont l’expérience et les titres sont bien limités. Et j’ai pour vous le plus grand des respects pour cela. De plus n’avons-nous pas amicalement partagé le thé ? »

Il eut un rire agréable. Il s’approcha de la fenêtre à son tour.

« - Je suis un homme détestant que l’on m’impose des faits accomplis. Nous devons tous discuter, et trouver un compromis qui respecte les vœux essentiels de chacun. Sans quoi rien ne sera accompli sur le long terme, et cette guerre de succession continuera encore longtemps… »

Il eut un soupir d’aise en voyant l’orage s’approcher. L’air venait enfin !


« - Et vous Madame ? Je pense que ce sommet peut-être pour vous l’opportunité de reprendre l’initiative. A quoi souhaitez-vous que notre futur ressemble ? »
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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Mar 30 Juin 2015 - 20:43


Les propos de Niklaus et son attitude démontraient une chose à Blanche, le Baron d’Apreplaine n’était pas une personne très croyante, voire pas croyante du tout. Elle aurait dû s’en douter, il était un homme pragmatique. Pour une dévote telle que Blanche, cela aurait pu mettre une distance entre les deux. Mais il respectait suffisamment sa foi pour ne pas la blesser et répondait de manière pertinente et courtoise. Il n’était pas versé dans la religion, c’était là un fait. Elle s’en accommoderait. De toute façon, il était possible de rejoindre les rangs du mysticisme à tout âge. Elle ne désespérait pas de le convertir. La Baronne perdit un instant son sourire. Ses deux dernières phrases mettaient en évidence une idée auquel elle n’avait jamais pensé ou plutôt le savait-elle mais n’en avait-elle pas conscience. Il avait raison. Elle réfléchissait donc avant de se détendre. Là, c’était lui qui perdait son sourire. Elle avait ressenti ce malaise. C’est vrai que la Magie n’était pas bien perçue dans toute la péninsule. Depuis que Blanche était montée sur le trône de Hautval, elle s’était efforcée à mettre en valeur l’ésotérisme et éviter les stéréotypes qui conduisaient à la peur. Elle encourageait même ceux qui avaient des dons à les exercer et n’hésitait pas à jouer les mécènes à ce titre. Sa fille avait manifesté ses talents récemment, sans doute déclenchée par cette ambiance sous tension, la peur de la guerre. Bien que Blanche ait tout fait pour que ses deux filles ne soient pas trop secouées par les aléas de la vie, elle ne pouvait pas tout leur cacher. Aussi jeunes soient-elles, toutes deux n’avaient désormais plus de père. Il était mort et Nimmio n'avait pas pris le temps de se lier à ses deux enfants. Elle pouvait le comprendre. Il avait d’autres chats à fouetter.  Il était le plus souvent en guerre ou malade… Et quand tout était paisible, il partait au fin fond de la Péninsule, explorer des territoires sauvages pour finalement revenir manchot. Blanche eut une pensée pour ses bambins et son expression se brouilla un instant en une infinie tristesse avant de retrouver ses fins traits neutres. Elle esquissa même un sourire à la blague de Niklaus.


    « Ce n’est pas un sujet tabou, pour moi. » Elle haussa un instant les épaules et le remercia d’un maigre mouvement de tête à son compliment. « Ce n’était pas nécessaire. »


D’ailleurs tant qu’on était sur ce sujet, Blanche se prit à détailler le Baron avec minutie. Elle prit note de chacune de ses caractéristiques qu’elle se pouvait de mémoriser en commençant dans un premier temps par son visage avant de descendre le long de son cou pour inspecter ce corps. Blanche prenait rarement la peine d’observer aussi scrupuleusement les personnes qui lui faisaient face. Elle écouta sans se permettre de répondre pour l’instant tout son développement. Finalement, elle se rapprocha et prit son bras entre les siens.


    « Emmenez-moi un peu dehors, je vous prie. »


La politique la rattrapait inévitablement. Après tout, ils n’allaient pas parler de la pluie et le bon temps. De plus, c’est elle-même qui avait débuté à ce sujet. Lorsque le Baron consentit à accéder à sa demande, Blanche pouvait parler. Elle avait toujours cette sensation d’étouffement dans la gorge mais il fallait bien se lancer.


    « Je ne suis pas là pour blâmer qui que ce soit. Me soulever comme je l’ai fait contre le Comte Nimmio de Velteroc était tout autant mal avisé. Les opposants ont su disposer et tirer leur épingle du jeu. C’est ma faute mais quand j’ai quelque chose à dire. Je le dis… Malheureusement, jamais personne ne m’écoute. »


Elle baissait un instant les yeux vers le sol en réprimant un soupire. Les mèches de sa longue chevelure vinrent alors barrer ses yeux et le reste de son minois.


    « Les dites annexions sont des territoires qui appartenaient… Appartiennent à la famille Velteroc. Nimmio… Hm je veux dire… le seigneur Nimmio de Velteroc y est donc très attaché comme je le suis à ma terre natale. Par exemple, je ne permettrais jamais qu’une autre personne étranger ma famille détienne le trône d’Ancenis… Mais vous allez me dire que ce sont des problèmes de femmes. C’est ce que mon ex-époux, Aetius d’Ivrey, ne cessait de me rabâcher. « Tu résonnes comme une femme, pas comme une souveraine ». Enfin ce ne sont pas ces mots exacts mais l’idée est là. »


Sans doute, le Seigneur d’Apreplaine l’avait une nouvelle fois menée armé d’une lanterne ou d'une lampe à huile ou autre, à travers les couloirs jusqu’à dégoter une porte par laquelle ils pouvaient sortir dans le jardin – celle-là où il avait fait sortir son chien –.  Le battant ouvert, la silhouette de Blanche se faufila à l’extérieur, laissant un courant d’air balayer sa chevelure d’ébène. Elle fit quelques autres petits pas, redressant sa frimousse et laissa le vent caresser son visage. La Dame du Val clôt un instant ses paupières avant de soupirer d’aise.


    « Je ne suis pas une grande politicienne. Je suis une femme, déjà. Je fonctionne suivant mon impulsivité. Néanmoins, j’aurais voulu rallier le peuple avant que commence ce conseil. Si je suis venue chez vous, c’était avant tout pour faire connaissance et devenir amie avec les différents seigneurs des terres loyales. Je n’en ai malheureusement pas eu le temps. Je suis néanmoins très contente d’avoir pu vous rencontrer. »


Elle se détournait du paysage pour revenir s’immobiliser tout près de Niklaus et lui prendre la main. Blanche la serra un instant en lui offrant un sourire simple puis relâcha sa dextre.


    « L’avenir… J’aimerais que la péninsule soit unie comme sous le règne d’Ultuant. Mais cela ne semble plus possible. Les différents nobles de cette péninsule ne savent plus ce qu’est l’honneur et la loyauté. Ils veulent tous leur indépendance… »



Elle marqua une pause.


    « Hm, je ne sais pas trop. Je ne vois aucune personne qui pourrait avoir l’étoffe d’un roi ou d’une reine en fait… Au fond de moi, je souhaiterais que ma fille aînée, Alcyne, récupère ce qui lui revient de droit en tant que reine… Bien qu’elle n’a pas l’âge… Même si elle est la fille d’un bâtard dont le frère était lui-même un bâtard, Trystan. Après il y’a Bohémond… Mais sa mère n’est plus. Et c’est ce que je souhaitais le plus au monde, destituer Arsinoé. Je haïssais cette femme, elle qui fut mon amie. Elle était la sœur de mon premier époux… Elle m'a trahie... Que me conseillez-vous ? »

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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Ven 3 Juil 2015 - 6:07


A la demande de son interlocutrice, le baron eut un sourire et jeta un œil à l’extérieur. L’orage était encore loin et de toute manière ils se contenteraient des jardins. Silencieusement, il lui pria de le suivre et rouvrir la porte menant au petit escalier escamoté et la fit descendre jusque dans la petite salle d’arme qui se trouvait sous le salon et dont une porte menait vers la terrasse, elle même donnant accès aux jardins. Le baron étant de toute manière bien plus motivé par le tir à distance que par le maniement des armes de proximité, cette salle ne servait que très peu. Feu son père était bien plus appliqué. Il lui pria de l’attendre deux petites minutes tandis qu’il récupérait une lanterne.

Le baron était heureux de marcher un peu au dehors. Le printemps étant maintenant bien avancé, il était bien plus agréable de sortir, et bien qu’il aimait les activités d’intérieur, son cœur était celui d’un homme d’extérieur. Il était bien difficile pour les hommes d’arriver à égaler la nature en beauté. Toute la dextérité des plus grands artistes n’égalait que rarement la beauté que la nature déclinait Aussi aimait-il les jardins et choyait-il l’entretien de son petit parc, seul luxe réel que le baron s’accordait.

Au dehors, les arbustes avaient commencés leurs fleuraisons et les allées arborées étaient couvertes d’innombrables couleurs. La pâle lumière lunaire ne rendait pas bien les coloris, mais la présence des fleurs était  visible. Le baron se rendit compte que sa lanterne était au final bien inutile à la vue de l’extrême lumière fournie par la lune, couplée à la clarté de cette atmosphère nocturne. Une petite brise apaisante s’était levée, et le baron se sentait déjà mieux.

Aux dires de Blanche concernant ses actions au conseil, le baron haussa les épaules.


« - Tout le monde était énervé dans ce conseil. Chacun est arrivé avec une part de frustration qui s’est exacerbée. Cela est bien humain. Certains en ont joué, cela était également bien humain. Ne vous en voulez pas trop.

Concernant les annexions, permettez-moi de continuer à ne pas être d’accord avec vous. Au contraire votre réaction conforte l’exemple que j’essayais de vous donner. Peu importe à vrai dire ce que vous ou votre mari pensez de ces terres. Quelles aient appartenu à vous, à un autre, à votre tante. Peu importe le passé, seul compte le présent et l’exemple que vous donnez. Ces terres sont actuellement des domaines royaux. L’Apreplaine elle-même était si cela se trouve, un jour, sous domination d’une famille noble. Peu importe tout cela. Ce qui compte est que vous –en tant que couple- considérez ces territoires actuellement à la Couronne comme les vôtres et que vous comptez les rattacher à vos terres.

Lorsqu’on devient roi ou reine, on se place au-dessus des autres, le domaine royal devient votre domaine, et votre autorité devient l’autorité normative vers laquelle chacun se tourne. Si votre premier geste d’autorité en tant que souverain est de vous accaparer des terres pour votre famille, même si elles vous appartenaient par le passé, le message que vous envoyez est que vous avez pris la Couronne pour votre pouvoir personnel, et non pour le bien du royaume. Ce n’est pas un message d’unité ou d’impartialité. Au final vous vous montrez égoïste et incapable de prendre de la hauteur.

Peut-être trouvez-vous que j’exagère, et que je m’attache à des problèmes symboliques. Mais en politique tout est symbole. La Couronne est un symbole. Le pouvoir est symbolique. Et si vous mettez à mal ces symboles, vous jetterez le mépris des autres sur vos actions. Tout le monde doutera de chacun de vos gestes en se demandant si vous faites cela dans votre intérêt ou dans celui du royaume, et votre règne sera un règne où vous passerez votre temps à devoir vous expliquer de vos actions. A moins d’écraser toute résistance dans le sang... Lorsque vous accédez à la plus haute des fonctions, votre intérêt doit paraitre s’effacer face à celui de la Couronne et du royaume. Mais rassurez-vous, rien n’est perdu, car tout le monde se rend compte qu’il  en va de même pour Harold et que ce dernier travaille pour son intérêt. »


Le baron eut un sourire. Il laissa Blanche prendre ses aises et un peu d’avance. Il la retrouva quelques pas plus loin, les yeux fermés, profitant de l’air extérieur. Il lui proposa élégamment de bien vouloir le suivre.

« - Jamais personne ne vous écoute ? Vous devez faire attention. Je pense au contraire que beaucoup vous écoutent. Les difficultés que vous pouvez avoir avec votre époux ne peuvent et ne doivent pas trouver écho dans la politique, vous avez chacun à y perdre. Si vous pensez que les gens ne prêtent pas attention à vous, c’est peut-être que vous trouvez que vos paroles n’ont pas toujours l’effet que vous espérez. Je comprends votre frustration. Dans notre société encore bien pétrie de vieux réflexes animaux, votre condition de femme, de mère et de dirigeante n’est pas simple. Mais je pense que vous pouvez utiliser les préjugés des idiots à votre avantage. D’ailleurs – et surtout ne le prenez pas mal – je pense que je n’ai rien à vous apprendre sur ce sujet, dit-il en se parant d’un sourire complice. Il me semble que vu votre parcours, vous êtes bien plus aguerrie en politique que vous voulez bien me le laisser entendre. Ne nous attardons donc pas trop sur ces sujets pour parler de l’avenir. »

Ils passèrent derrière l’aile ouest du manoir pour se retrouver devant le très long canal en escalier. Le léger bruit blanc de l’eau, couplé à la plainte nocturne des grillons était de nature à apaiser les inquiétudes du baron. A cela s’ajoutait que son chien avait finalement retrouvé sa place à ses côtés, marchant calmement et silencieusement, sa grosse tête triangulaire à quelques centimètres de sa hanche gauche.

«  - Ah… Le peuple… Vous savez, vous vous faites honneur en cherchant son bien. Peu de gens comprennent que le bien du peuple est le bien de la noblesse. Notre rôle d’aristocrate est de guider, sans quoi nos domaines dépérissent et notre fonction périclite. Nous nous devons d’être meilleurs que les autres, comme le nom même d’aristocrate l’indique.  Sans quoi le contrat invisible que nous avons passé avec nos sujets est bafoué.

Cela étant dit, je ne pense pas que nous puissions prendre constamment l’avis du peuple. Ce dernier change souvent d’humeur, et ne dispose pas toujours de l’éducation et de la hauteur de vue nécessaire à comprendre que le bien personnel immédiat et le bien commun futurs sont parfois contradictoires. Vu la situation actuelle, et vus les dégâts matériels et humains de la guerre, jamais vous ne parviendrez aisément à rallier les miens derrière vous actuellement. Ne le prenez pas mal, mais la peine de mes sujets est grande. J’en porte partiellement la responsabilité et je ne m’en cache pas. Mais il ne sera pas dit non plus que je suis seul responsable. Cette guerre idiote est la conséquence de notre irresponsabilité commune, à tous les nobles du royaume.  

En conséquence ne vous fiez pas trop au peuple en ces temps troublés. Rallier le peuple est facile. Videz les greniers d’abondance et offrez du pain et des jeux. Vous aurez leur soutien même si cela provoquera chez eux une famine en fin d’année. Se faire aimer du peuple est bien plus dur et prend beaucoup de temps, car pour cela il faut gagner leur respect.

Ne vous trompez pas de cible : convaincre les nobles est plus important à ce stade. Ils sont un vecteur puissant et sont moins nombreux, donc le périmètre de vos efforts sera moins grand. A ce stade tout le monde est las, et voici ce que les nobles cherchent : la paix et au moins la garantie qu’ils ne perdent pas au change. Épicez un peu l’offre en faisant l’une ou l’autre promesse qui ne vous coutent rien, et vous les aurez tous à vos pieds. »


Il écouta son interlocutrice parler d’avenir. Le baron se contenta d’écouter sans réaction. Cette femme n’était visiblement pas certaine de vouloir être reine. Et c’était peut-être là au final le fond du problème que Niklaus n’avait pas circonscrit jusqu’à présent.  

«  - J’entends vos paroles Madame, et si vous-même n’êtes pas certaine de qui serait un bon roi ou reine, alors je pense ne pas être bien placé pour avoir une opinion. La situation est complexe. Et Harold ne me plait pas. Décidément nous travaillons tous par dépit… Si je devais choisir, alors je pense que nous devrions nous pencher sérieusement sur l’idée de faire une monarchie élue par des pairs. Cela renforcerait considérablement la légitimité du souverain tout en donnant des gages de leur importance à ceux qui seraient nommés pairs du royaume. Il serait tout à fait envisageable il  me semble dans les circonstances actuelles d’envisager la formation d’un empire péninsulaire reposant sur des princes-électeurs.

Je n'osais pas le suggérer tant que l'on ne m'avait pas demandé mon avis, mais puisque vous la souhaitez, voilà le fond de ma pensée.»
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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Jeu 9 Juil 2015 - 19:46


Blanche amatrice à ses heures perdues des duels, tournois et autres épreuves d’armes s’attardait sur la salle aux lames. Les yeux détaillèrent dans la pénombre la manufacture de l’art ainsi que la qualité de leur tranchant. Elle avait attendu Niklaus quelques minutes en s’approchant de l’un et l’autre mur, glissant ses doigts sur les diverses pierreries, gardes et poignées avant de s’en détacher lorsqu’elle eut ouï les propos du Baron. Un maigre mouvement d’épaules en raison au sien mais surtout à la première partie de ses dires. Ils étaient énervés. Elle avait tout de même fait une erreur politique. Et elle considérait que Nimmio camperait ses positions et elle, elle ne pourrait concéder que le Comte bafoue l’honneur de ses enfants et de leur père. Quant aux annexions, elle esquissait une maigre grimace. Elle considérait que les dites-annexions étaient légitimes. Après tout, autrefois Christabel ne faisait pas partie du domaine royal mais du duché d’Erac. De plus, ce n’était Nimmio qui dirigeait ses terres. Il avait délégué. Elle ne préféra pas ajouter quoique ce soit à cela, préférant éviter de se brouiller avec son hôte. Blanche esquissait un nouvel haussement laissant sa frimousse se pencher un instant de côté, montrant qu’elle était un peu mal à l’aise.

    « Je ne suis pas Reine et je ne pense pas le devenir un jour au vu des évènements. »


Donc cela ne la concernait pas. Cependant, elle comprenait où il voulait en venir. Et elle savait comment manœuvrer à ce propos.

    « Dites cela à mon mari, ai-je pris la baronnie d’Ancenis alors que j’en ai le pouvoir et que je pourrais y prétendre ? Je ne pense pas. Je veille sur ma cousine, Bathilde, fille de mon feu cousin Aemon IV. A dire vrai, Ancenis devrait revenir à mon père, seul frère encore vivant d’Aemon le Borgne. Enfin soit… »


Elle acquiesça à sa dernière tirade. Si elle aidait le peuple, c’était aussi pour sa symbolique bien qu’au fond c’était purement de l’altruisme ni plus, ni moins. Il fallait parfois mieux s’arroger la bienveillance du peuple plutôt que des puissants car qui sommes-nous si nous n’avons personne à gouverner ? Personne. Elle répondit favorablement à son invitation et le suivit.

    « Je pense que j’œuvre en ce sens, pour la Couronne et le Royaume. Dites le moi, si je me trompe. »


Ses fins sourcils s’haussèrent lorsqu’il parla de l’attention qu’on pouvait lui porter. Elle pensa qu’il se trompait lourdement à ce sujet et prit un air profondément blasée durant quelques secondes puis de secouer sa frimousse de gauche à droite en lachant un petit soupire.

    « Vous vous trompez. On ne m’écoute pas. On rit de moi pour une raison d’ailleurs qui m’échappe puisque je n’ai jamais fait quelque chose de ridicule. Au contraire qui peut se vanter d’avoir une terre aussi stable que la mienne et qui jouit d’un suzerain qui est au pouvoir depuis plus d’une décennie. Je pense que personne ne peut se vanter d’un tel exploit au sein de la Péninsule. Les gens manquent cruellement de logique en ce monde…. Enfin comment pourrais-je prendre ses préjugés à mon avantage. Croyez-moi, je n’ai plus vraiment foi en mes actions… dans le sens où j’ai l’impression d’échouer à chaque fois. De fait des conseils seraient les bienvenus. »


Les yeux se baissèrent vers l’animal qui attirait l’attention de par sa stature et sa carrure. Blanche adorait les animaux. Elle s’accroupissait un instant devant l’animal en lui offrant son dos afin de le mettre en confiance et lui présenter son odeur puis se tourna lentement en tendant sa senestre pour parfaire la mise en confiance. Ainsi, la Baronne osait enfin glisser ses phalanges sur la tête de l’animal pour le caresser puis finalement prodiguer moult caresses au niveau de son encolure et derrière son oreille en susurrant les célèbres phrases accompagnant ce tableau « oh qu’il est beau », « mais oui que tu es beau », « c’est un gros toutou ça », etc. Cessant son amusement passager, elle se redressa pour reprendre sa marche en lissant brièvement les pans de son surcot.

    « Le peuple est tout simplement la victime des caprices des puissants. Ils n’auraient pas tant d’humeurs si nous ne leurs infligeons pas des guerres inutiles et des problèmes comme les famines, les bandits et autres calamités. Je ne vois pas comment je pourrais convaincre cet Harold de quoique ce soit… »


La Dame du Val eut un nouveau soupire, laissant ses doigts filer dans sa chevelure qu’elle chassa d’un geste élégant. Les billes cérulées balayèrent brièvement l’environnement dans lequel elle évoluait, s’attendant sur chaque fleur et arbustes.

    « Harold ne me plait pas non plus. Les Eraçiens s’étaient déjà rebellés du temps de Léandre contre le Roi… Et ils remettent le couvert… Enfin, il n’y a plus de Roi. Si je ne m’abuse, le Couronne avait pris des otages… Mais je ne sais pas où ils sont… Et je crois que le Duc … Comte…. ? » L’air incertain. « Léandre est sous notre « protection »… Nous pourrions jouer là-dessus mais je n’aime pas trop cette façon faire de jouer avec la vie de personnes. »


Elle eut un nouveau soupire prenant le bras du Baron pour continuer cette petite promenade nocturne.

    « Une monarchie élue par les pairs, c’était l’idée du seigneur, Nimmio de Velteroc… Mais il s’y est un peu mal pris… Enfin, ne revenons pas là-dessus. Mais à l’origine, le conseil était en ce sens… Et qui seront les Pairs ? Le Sud est désormais un Royaume à part… Le Nord, je n’y compte pas trop… Jamais Sainte-Berthilde et Olysséa ne se donneraient la peine de voter… De plus avec cette histoire des deux Bohémond… Odélian… Eh bien, je ne puis compter sur ma sœur, je pense… Serramire, Arétria, Etherna, Oesgard n’en parlons même pas…. Vous seriez donc contre le fait que ma fille ainée devienne Reine ? »
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Jeu 9 Juil 2015 - 20:56




Le baron laissa le silence s’établir un peu. Ils avaient beaucoup parlé. Il fut intéressé d’apprendre que Nimmio de Velteroc avait parlé d’une idée similaire pour la royauté. Personnellement le baron était étonné d’une telle affirmation, car à peine l’avait-on reçu à Diantra qu’on lui avait expliqué que le couronnement de Velteroc aurait lieu dans la semaine. Jamais on n’avait parlé d’élection. A la rigueur le conseil organisé aurait-il pu jouer un simulacre de plébiscite forcé, mais rien n’avait été organisé en ce sens.

L’idée n’était pas simple à mettre en place, cela le baron voulait bien l’entendre. Les nobles de ce pays avaient un tel goût du pouvoir et une telle défiance envers leurs prochains que plus personne ne souhaitait un pouvoir fédérant la race humaine. Le baron était bien conscient de tout cela. Il sentit la tristesse l’envahir. Gardant un visage simplement préoccupé, il parvint à grandes peines à cacher ses émois. Il avait toujours été un peu pressé. Et il savait au plus profond de lui-même qu’il n’arriverait pas forcément à des résultats, ou bien même que la chose serait au final voué à évoluer très lentement.

Il se reprit… Il ne pouvait pas céder à la panique ou même à une inquiétude malsaine. Oui les choses étaient bien mal engagées, mais rien de ce qui était fait n’était voué à rester éternellement. Tout pouvait se défaire, ou se refaire. Il eut un soupir.


«  - Un otage ? Oh… »

Il secoua la tête en soupirant à nouveau. Ils étaient arrivés au détour d’une fontaine. Les grands massifs de rose qui entourait le bassin dessinait des formes étranges en cette nuit claire. Il se laissa aller à s’approcher des plantes qui étaient écloses récemment pour les humer. Il n’avait plus eu trop de temps pour inspecter son jardin récemment. Le chef jardinier, un ancien moine qui avait quitté les ordres, faisait des miracles.

« - Ne revenons pas sur les évènements de Diantra. Je suis d’accord. Notre discussion n’en finirait plus. Concernant vos questions sur mes idées. J’entends vos remarques et je les comprends. Fournir un quorum qui paraisse à la fois représentatif et satisfaisant sera complexe. Je ne dis pas que tout cela se fera sans de longues discussions. Je pense de toute manière que nous devons viser petit dans premier temps et grandir ensuite.

Par ailleurs l’idée que je vous soumets ne verra peut-être pas le jour. Il conviendra d’abord de voir si vous-même, votre époux et Harold n’avaient pas déjà des terrains d’entente permettant une sortie de crise par un autre compromis. Je vous soumets cette idée car vous m’aviez demandé ce que j’envisageais personnellement. Mais mon opinion n’a pas forcément sa place dans ces discussions in fine. Je m’en rends bien compte.

Pour finir néanmoins, je pense que le plus simple serait de proposer une voix à chaque entité souhaitant rejoindre l’union, sans pour autant forcer la main à ceux qui ne souhaite pas venir. Les conditions politiques évoluent toujours, et il sera toujours temps de les intégrer plus tard. De toute manière les conditions de l’élection devront être fixées par traité. Il s’agit là d’une vision très légaliste, j’en conviens, mais je pense que l’écrit est la meilleure source de droit et  vaut mieux que le droit coutumier. Il faudra de toute manière élargir l’assemblée à des personnes représentant les religions. »
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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Lun 17 Aoû 2015 - 19:12



Il y’avait bien une chose que Blanche pouvait blamer, c’était l’organisation de ce couronnement. A vrai dire même elle avait été tenue à l’écart, elle fut tout autant étonnée que lui.  La Dame de Val avait tenté d’enrayer le mal débutant ses visites aux différents Seigneurs mais le temps lui manquait cruellement et elle n’avait pu s’entretenir qu’avec le baron d’Apreplaine. La belle Dame observait en silence son « nouvel » ami qui semblait très afféré. Elle s’osa à une main réconfortante sur son épaule durant quelques infimes secondes puis l’ota. A sa surprise, elle arqua un sourcil d'incompréhenssion.


    « Hm … ? »


Apparemment il n’en dira pas plus quant à son avis sur ce dit otage, Léandre.


    « Viser petit, qu’entendez-vous par là ? En fait, je n’ai pas vraiment mon mot à dire. Je suis en minorité… Peut-être devrais-je contacter quelques-unes de mes amitiés ? »


Elle marqua une courte pause.


    « Et vous souhaiteriez-vous rejoindre l’union et y avoir votre mot à dire ? A vrai dire, je ne sais pas vraiment votre position réelle. Par exemple, soutiendriez-vous ma fille ? Préféreriez-vous mon époux ou encore ce comédien d’Harold ? Je suis d’accord de fixer les conditions par un acte scellé. Ça n’a rien de légaliste. Je pense que les actes officiels doivent être mis par écrit afin de garder une trace. »


Quant à la religion, elle avait déjà sa petite idée à ce sujet. Elle projetait d’avoir un entretien avec la Haute-Prêtresse de Néera afin de voir si celle-ci était digne de foi et assez convaincante. A moins qu’il soit possible d’établir quelques compromis avec elle. Cette vision de la politique se mêlant tant à la politique la dégouttait et ébranlait cette croyance aveugle qu’elle avait en le culte de Néera. Pour elle, c’était souiller la Déesse Mère.

Elle chassa ses pensées d’un vague mouvement du poignet et hoche sa frimousse en guise d’acquiescement vis-à-vis de Niklaus. Sa silhouette vint, s’il était permis, se laisser choir sur les rebords de la fontaine. Elle croisa ses gambettes et se perdit alors dans ses pensées tandis que la fatigue prenait enfin ses droits.




Spoiler:
 
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Mar 25 Aoû 2015 - 22:44


Niklaus eut un sourire au geste amical de son interlocutrice. Il frôla sa main dans un geste amical pour la remercier de son soutien silencieux. La réalité était que Niklaus n’avait pas d’apriori sur qui devait gouverner le royaume. Il resta silencieux, préférant  s’avancer pour finalement imiter son invitée et s’asseoir sur le bord de la fontaine. Il trempa négligemment ses doigts dans l’eau fraiche. Le ravissant bruit blanc de l’eau était calme, la fontaine n’avait qu’un faible débit. Il s’agissait tout au plus d’un ruissellement constant. Il s’amusa à enlever quelques brindilles qui surnageaient, apportées là par le vent ou les oiseaux sans nul doute.

On le pressait souvent sur la question de là où allaient ses préférences. Savoir qui il cherchait à soutenir. Niklaus n’était pas indécis. Le problème plus général était qu’il tentait de ne pas faire de promesses qu’il ne pouvait pas tenir, et tentait également le difficile équilibre d’avoir une certaine liberté de mouvement. Soutenir pleinement les ambitions, s’était aussi fermer totalement le dialogue aux autres. Tout cela était un jeu délicat et que Niklaus comprenait qu’il puisse être frustrant pour ses  partenaires.


« - L’intérêt supérieur de l’Apreplaine est dans son maintien dans l’ensemble Diantrais. Je ne sais quel sera son maitre à terme, mais c’est là son intérêt.  Je ne sais pas vraiment ce qu’il adviendra politiquement de moi dans un futur proche. Je ne suis pas inquiet pour mon futur au global. Les Altenbergs sont sans terre, mais non sans propriétés, je pourrai toujours me reconvertir. De plus, j’espère avoir une expérience et un lien avec mes comparses d’Apreplaine qui me permettra d’obtenir de conserver mes fonctions ici. Si vous parlez d’une place au gouvernement, je ne compte pas me battre pour cela. Si l’on m’estime suffisamment pour me proposer une telle place, j’accepterai naturellement l’honneur qui me sera fait.

Concernant votre première question, croyez-moi, le ciel m’est témoin… Je ne cherche pas à vous faire offense, ni à vous trahir en restant flou comme le suis. Mais je ne suis pas de ceux qui font des promesses en l’air pour les trahir après. Je ne soutiens personne pour la Couronne. Ni vous, ni votre fille, ni votre mari, ni Harold. J’ai bien compris que vous souhaitiez la Couronne pour votre fille.  Lors du Congrès je prendrai tout ceci en compte et j’en informerai les autres participants naturellement.  Mais je vous le dis comme je le dirai à chaque autre participant : je ne peux prendre personnelle position sans quoi je perdrai totalement ma position de médiateur. »


Il regarda Blanche quelques instants, un petit sourire oscillant entre la fatigue et la tristesse au coin de la bouche. Il était navré de ne pouvoir lui donner pleinement satisfaction. Elle avait été franche et directe avec lui, et lui en retour était bien incapable de lui redonner espoir. Leurs situations respectives n'étaient pas enviables. On avait fait des balades tristes pour moins que cela.

« - Je me sens bien bête... Je souhaite que ces longues discussions sur l'avenir de notre pays ne vous font pas regretter de me connaitre... Je regrette surtout de ne pas vous avoir connue avant toute cette tragédie.»

Mais Niklaus n'était pas du genre à pleurer sur son sort longtemps. Il poussa un long soupir en jetant un dernier et long coup d'oeil au ciel pour le moment encore un peu dégagé. Les étoiles disparaissaient déjà à l'ouest derrière de lourds nuages que la clarté de la lune rendait duveteux. Il se leva et lui tendit la main, proposant de la ramener vers le manoir.

« - Nous sortirons bien assez tôt de cette situation. Et j'espère que j'aurai l'honneur de compter parmi vos amis. Souhaitez-vous revenir ? Je crains les éléments. »

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Blanche d'Ancenis
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Sam 12 Sep 2015 - 17:40

Que dire à cela ? Eh bien, il n’y avait foncièrement rien à dire là-dessus. Du point de vue politique, Niklaus n’apportait pas dans l’immédiat un soutien politique viable et stable. Néanmoins, elle ne crachait pas sur une nouvelle amitié. Cela était évidemment bien accueilli et tout comme lui, elle regrettait de ne pas avoir fait sa connaissance plus tôt. C' est triste de ne pas se pencher un instant sur le monde et de ne s’ouvrir à celui-ci. Blanche se contenta d’acquiescer silencieusement à sa tirade.

    « Ne le soyez pas. Ainsi va la vie. »


Que pouvait-on bien y faire ? Rien. Une main se glissa contre la gorge et tandis qu’elle se laissait aller à une réflexion poussée sur les questions politiques. La Dame commença tout bonnement à manquer d’air. L’angoisse. L’anxiété. Elle était subitement submergée par les mille et une craintes qui ne cessaient de croître depuis qu’elle avait accédé à son rang de baronne. Les yeux se brouillaient autant que sa gorge se serrait, la laissant suffocante. Elle déglutit avec un mal qu’elle eut difficile à masquer. Les bruits étaient devenus un écho assourdissant ses tympans. Les doigts fins se refermaient contre sa chair de porcelaine et comme à chaque fois qu’elle avait tendance à perdre pied, une brise surnaturelle prenait possession de sa longue et épaisse chevelure virevoltant dans les airs. Elle prit sur elle, encore une fois. Elle usa de toute sa force mentale pour se contenir. Les yeux brillants, quelque peu humides, se posaient sur cette main tendue qui avait tendance à la rassurer. Les doigts quittèrent sa gorge et effleurèrent alors sa paume. Blanche la serra, ravalant sa salive avec cet œsophage noué.

    « O… Oui. »


La réponse était distraite. Elle se redressa, chancela un infime instant puis relâcha sa dextre. Le minois se baissa et la Dame du Val entreprit d’arpenter le chemin qu’ils avaient déjà consumé. Elle était faible. Elle le savait. Elle était à bout. Elle le savait. Elle tenait bon. Malgré tout. Jamais elle n’était tombée malade. Jamais. Les phalanges filèrent contre son front presque fiévreux. Elle avait chaud malgré le vent qui se levait. Le silence baignait ces deux silhouettes dans l’obscurité de la nuit. Finalement, Blanche reprit la parole alors qu’elle avait été si longtemps silencieuse.

    « Cela serait insultant pour vous d’être mon conseiller alors que vous êtes tout autant baron que moi ? »


En fait, elle ne devait son rang de Comtesse qu’à son mariage.
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]   Jeu 29 Oct 2015 - 19:50



Le baron eut un sourire doux. Il se releva doucement et proposa son bras à son amie. Elle semblait bien affligée. L'homme en était désolé, il n'avait pas cherché à la rendre malheureuse. Niklaus n'était pas de ceux cherchant à répandre la tristesse autour de lui. Il n'était pas bon au sens strict du terme, ne cherchant pas toujours à faire le bien mais au moins se contentait-il d'éviter, lorsque c'était possible, de faire le mal.

Les convictions du jeune homme n'étaient pas nombreuses mais il se voulait être un rationnel et un humaniste. Il soupira longuement, un petit vent commençait à souffler et les feuillages des arbres s'agitaient doucement couplant au bruit blanc de l'eau un autre froissement.

Ils avaient beaucoup parlé. Les évènements allaient certainement se succéder. Niklaus espérait à la fois que sa nouvelle amie le resterait malgré les épreuves qui approchaient et enfin espérait également qu'elle serait à l'avenir plus heureuse. Il s'agissait certainement d'une question de tempérament mais le baron ne se faisait pas trop de mouron. Non pas qu'il n'était jamais inquiet, mais il avait appris à ne pas s'en faire pour les choses qui étaient en dehors de son contrôle. Une fois qu'on s'était préparé au mieux il ne restait plus qu'à attendre avec philosophie et à agir au moment opportun.


- Madame, si vous voulez de mes conseils cela sera pour moi un honneur de vous en prodiguer. Je pense pouvoir dire avec une certaine certitude que les quelques jours que nous avons passés ensemble ont tissé entre nous une amitié, et je suis fidèle en amitié.

Ils rentrèrent le baron laissant son animal entrer à nouveau et lui ouvrant la porte des offices. Il la raccompagna jusqu'à l'entrée de ses appartements.

- Dormez bien chère amie. Ne vous inquiétez ni de l'orage ni de ce Congrès, vous serez toujours à l'abri ici.

[Fin du rp]
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Chemin faisant… [pv Blanche d'Ancenis]
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