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 Des Miracles dans la Cour

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Haldren Baenfere
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MessageSujet: Des Miracles dans la Cour   Ven 29 Mai 2015 - 8:40

Dans les quartiers pauvres de Thaar se trouvait un lieu où nul ne se rendait à moins d’y être forcé. Quartier-général des malfrats et des voleurs, la « Cour des Miracles » se trouvait être une zone de non-droit, où la milice urbaine n’entrait pour ainsi dire jamais. Si tous connaissaient l’existence de la Cour, peu de gens en dehors des voleurs auraient pu la situer précisément. Les auteurs à succès en usaient et en abusaient dans leurs récits, les bardes chantaient les exploits illégaux des résidents et les rumeurs les plus folles couraient en ville sur l’impitoyable code des voleurs que devaient suivre ceux qui y vivaient. Le nom de Cour des Miracles n’était toutefois pas utilisé par la pègre, dont les membres appelaient tout simplement l’endroit « Chez Maman ».

Refuge, dortoir, lieu de recel, Chez Maman était une vaste cour emplie de cabanes branlantes et entourées d’un réseau d’immeubles aux murs lépreux. La crasse et la misère régnaient en maître dans cet endroit, sauf pour les quelques privilégiés qui le dirigeaient et dont la richesse mal acquise égalait parfois celle des princes-marchands eux-mêmes. Il existait des dizaines d’accès pour se rendre Chez Maman, mais le réseau labyrinthique qui l’entourait avait vite fait de déjouer les tentatives de ceux qui ne connaissaient pas le chemin. C’est ainsi que prospérait le crime organisé de Thaar, l’un des mieux organisé de tout Miradelphia.

Ce matin-là, deux voleurs discutaient d’un coup qu’ils prévoyaient de mener dans la demeure d’un marchand en voyage d’affaire. Ils se nommaient Trois-Doigts et Gueule d’Ange, bien qu’ils ne soient pas venus au monde sous ces pseudonymes. Chez Maman, peu de voleurs utilisaient leurs véritables noms, et ces sobriquets reflétaient souvent un trait de personnalité ou une caractéristique physique de leurs possesseurs. Trois-Doigts faisait référence au fait que le gaillard était né avec une malformation de la main gauche, quant à Gueule d’Ange son joli minois lui servait à escroquer des pigeons trop confiants. Les deux compères cessèrent leur discussion lorsqu’un troisième larron passa près d’eux sans s’arrêter, puis ils le suivirent un moment des yeux.


Rev’là le Mago. Il me fiche les foies ce type, j’te jure, marmonna Trois-Doigts.
Sur que c’est un drôle de zig, confirma Gueule d’Ange, quant’y te regarde, t’as l’impression que la faucheuse a d’jà une patte sur ton épaule.

Le Mago, puisque tel était son surnom parmi la pègre, avait rejoint Chez Maman quelques ennéades plus tôt. Il semblait connaître assez bien les codes de la pègre, suffisamment en tout cas pour ne pas commettre d’impair irréparable. D’ailleurs, comment aurait-il pu en commettre ? Le gaillard passait la majeure partie de ses journées assis en tailleur à l’entrée de son cabanon dans une apparente méditation, un bâton finement ouvragé de runes entre les mains, tandis que son chat l’observait sans bouger.

Tu t’souviens du Gros Tom ? En v’là un qui aurait mieux fait de garder ses paluches à distance.

Si une sorte de loi existait chez les malfrats et y limitait les vols entre eux, certains se faisaient une spécialité de menacer les nouveaux venus pour leur prendre une partie de leurs affaires. Souvent méprisés par leurs pairs, ils perduraient néanmoins par la peur qu’ils inspiraient et leur réputation violente. Gros Tom, un colosse wandrais à l’ample bedaine et aux biceps épais comme des cuisses, faisait partie de ceux-là. Le bâton du Mago semblait particulièrement l’intéresser, aussi était-il aller le voir, couteau au poing, pour lui intimer l’ordre de le lui donner.

La suite appartenait déjà à la légende de Chez Maman… si le Mago n’avait même pas bronché ni ouvert les yeux, son chat avait littéralement sauté à la gorge de Gros Tom. Un chat n’est normalement pas un adversaire valable pour un humain, mais celui-là sortait autant de l’ordinaire que son maître. Doté d’une vivacité anormale, le félin avait déchiqueté la gorge de Gros Tom sans même qu’il ne puisse réagir. Lorsque d’autres voleurs avaient osé s’approché pour enlever le cadavre, ils avaient constaté avec horreur que la gorge de Gros Tom n’était plus qu’un amas de chair sanguinolentes. Quel que soit la matière dont étaient constituées les griffes du chat, nul parmi les voleurs n’avait envie d’aller les voir de plus près.

Considéré depuis lors comme un membre à part entière de la pègre, le Mago avait participé à quelques cambriolages en ville. Sur sa demande, il avait choisi de rejoindre l’équipe de soutien, c’est-à-dire celle devant détourner les gardes en cas de poursuite. Et force était de constaté qu’il y excellait. Lors d’un coup raté l’avant-veille, les voleurs coursés par le guet avaient vu à leur grande surprise leurs poursuivants s’effondrer au sol les uns après les autres comme s’ils avaient trébuchés sur une corde tendue dans le passage. L’astuce était certes classique, mais les voleurs avaient ensuite juré n’avoir vu aucune corde lorsqu’eux-mêmes étaient passé au même endroit. La magie avait ses mystères, et Chez Maman seul le résultat comptait.

Lorsque la nouvelle de l’arrivée d’un navire marchand au port se répandit chez les voleurs, Trois’Doigts et Gueule d’Ange décidèrent de s’y rendre, en quête d’opportunités. Au passage, ils hélèrent le mystérieux nouveau venu :


Eh, l’Mago, y’a un pansu qu’est annoncé au port. Tu viens ? Y’aura surement des bourses à couper dans la foule.

Lentement, les paupières se relevèrent, et les effrayantes pupilles d’un blanc laiteux se posèrent sur les deux voleurs.

Pourquoi pas ? répondit Haldren.
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Haldren Baenfere
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MessageSujet: Re: Des Miracles dans la Cour   Ven 29 Mai 2015 - 18:13

Sur les quais de Thaar se pressait une foule nombreuse venue assister à l’accostage du navire marchand, une massive caraque dont la coque rondie ballotait au rythme lent des eaux du port. Comme la plupart de ses congénères, Haldren ne s’y connaissait guère en matière maritime, mais il estimait que la guilde marchande qui avait affrété ce bâtiment devait posséder des moyens financiers remarquables. Probablement une guilde venue du Soltaar ou d’Ydril, se dit-il, elles seules osaient ainsi s’aventurer au milieu de l’Olienne et de ses pirates sans escorte.

Mais Trois’Doigts le tira de sa rêverie en lui indiquant la bourse rebondie d’un gros poussa à la lippe adipeuse, qui regardait le navire tout en déblatérant des inepties à la ronde. Sans doute s’agissait-il d’un personnage d’importance, car malgré l’absence total d’intérêt dans son discours, plusieurs flagorneurs béaient d’admiration autour de lui. Trois-Doigts donna un petit coup de coude dans les côtes de son compère.


V’là du turbin pour nous, l’Mago. Prêt ?
Attirez un peu son attention, je m’occupe de la bourse.

Acquiesçant, Trois-Doigts et Gueule d’Ange s’écartèrent et se mirent bien en vue du marchand, tout en zyeutant autour d’eux sans se dissimuler. Comprenant qu’il s’agissait vraisemblablement de tire-laine en quête d’une proie, le marchand tomba dans le panneau et recula un peu, de telle sorte que ses larbins se retrouvent entre lui et les deux voleurs. Grossière erreur, car le danger venait en réalité du drow qui se tenait tranquillement derrière lui. Incantant à voix basse, Haldren fit apparaitre de petits filaments d’ombres qui se glissèrent de ses doigts jusqu’à la bourse qu’il convoitait. Plusieurs s’enroulèrent autour, tandis qu’un autre, plus aiguisé, tranchait les fils qui la retenait à la ceinture. Ni vu ni connu, ils se replièrent aussi vite avec le butin qu’Haldren glissa sous sa cape avant de s’écarter. Quelques minutes plus tard, les trois voleurs se retrouvaient dans une ruelle adjacente, tandis que le marchand poussait des cris d’orfraie en constatant le larcin.

La moitié pour moi, la moitié pour vous, dit Haldren en leur versant leur part.

Le drow n’était pas franchement généreux, la tradition voulant que les acolytes fassent part égale, mais ni Trois-Doigts ni Gueule d’Ange ne rechignèrent. Le travail avait été des plus facile, et faire savoir qu’ils étaient en affaire avec le mystérieux mage ferait monter leur côte Chez Maman. Haldren ayant refusé d’aller s’encanailler avec eux, ils laissèrent donc le drow seul et s’éloignèrent des quais, bien décidé à aller dépenser en gueuses et alcools cet argent mal acquis.

Mais l’archimage avait d’autres pensées en tête. Tout en faisant rouler les pièces entre ses doigts, il ne quittait pas des yeux la foule qui se pressait autour du navire. Quelque chose là-dedans l’attirait, une aura qu’il aurait reconnu entre mille mais qu’il ne pensait jamais recroiser un jour. Tandis que les curieux concentraient leurs regards sur la cargaison que des chalands amenaient à terre, Haldren ne s’intéressait qu’à une silhouette perdue dans la multitude. Là-dedans, au milieu de cette masse de peuple et de courtisans se trouvait la source de cette aura qui l’attirait irrésistiblement. Un passant qui l’aurait approché d’assez près aurait pu l’entendre murmurer un nom à voix basse.


Horkor ?
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Haldren Baenfere
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MessageSujet: Re: Des Miracles dans la Cour   Sam 30 Mai 2015 - 19:05

Depuis des heures, le drow restait à épier le quai, à la recherche de cette sensation, de cette présence qu’il lui avait paru discerner un peu plus tôt. Même pour lui, identifier une aura au milieu d’un brouhaha aussi chaotique que le port de Thaar s’apparentait à l’exploit, mais le jeu en valait la chandelle. Assis sur une barrique vide, son chat sur les genoux, Haldren attendait en espérant que sa patience serait récompenses. Preuve de sa préoccupation, il ne cherchait même plus à pénétrer les secrets de son bâton runique volé au cœur des ruines de Kirgan. Mais les échos de l'aura qu'il recherchait s'affaiblissait peu à peu, et le drow dut en arriver à l'amère constat que sa proie s'était envolée. C'est donc d'un pas lourd et l'esprit préoccupé qu'il regagna son logement et s'assit au coin du feu, son bâton sur les genoux, espérant que se plonger dans son étude lui permettrait de se changer les idées.

Car le drow n’était en effet pas revenu les mains vides du royaume nain. Une expédition dans les entrailles de Kirgan, la cité-capitale détruite par une éruption volcanique lors du Voile, lui avait permis de mettre la main sur un objet aussi rare que précieux : un bâton runique, arme de guerre et de cérémonie, et dont la magie chantait à ses oreilles. Toutefois, le bâton qui se trouvait présentement par terre près du foyer causait de véritables migraines à l’archimage, car ses principes runiques échappaient à sa compréhension.

Haldren se souvenait encore avec dépit de sa première tentative, le soir de son arrivée, pour allumer un feu en activant la rune de Mogar qui se trouvait enchâssé sur son butin. A son « feu », édicté à haute et intelligible voix, n’avait répondu que le couinement d'un rat dans la paille. Le drow sentait la magie du bâton, il pouvait presque y puiser, mais à la dernière seconde tout lui échappait, comme l’eau dans les mains d’un enfant. Bien conscient qu’il s’y prenait mal pour invoquer les runes, Haldren ne pouvait toutefois qu’avancer par tâtons, en espérant que ses expériences empiriques lui permettrait de débloquer les secrets des maîtres-runistes nains. En vain, pour l’instant.

Comme tout objet ayant pour fonction d’assurer le rôle de vecteur arcanique, le bâton tissait une toile dans la trame même de la magie. C’est cette toile que le drow tentait de dénouer lentement, pour en comprendre la conception et le fonctionnement. Le précédent propriétaire du bâton devait probablement utiliser sa foi pour activer l’objet, mais ce processus basique et crédule ne pouvait s’offrir à Haldren. Vaguement conscient de l’existence des dieux, il ne leur accordait guère plus d’importance qu’aux motifs sur ses draps et un peu moins qu’à ses ongles de pieds. Impossible dès lors pour lui d’activer la magie des runes en invoquant les dieux nains.

Mais l’archimage savait également que les sources d’énergie considérées comme divines par la plèbe ne pouvaient pas veiller en permanence sur l’ensemble de leurs adorateurs. Un dieu ne peut pas se préoccuper de chaque pet de travers ou de chaque demande, à moins d’avoir une patience… euh, divine. Dès lors, Haldren avait bâti un raisonnement : correctement sollicitée, la toile magique dont était imprégnée le bâton devait servir de caisse de résonance à l’acte de foi du fidèle, de la même manière que le luth transforme la vibration des cordes en un son harmonieux. Autrement dit, le drow bâtissait une théorie selon laquelle la magie venait bien de la rune elle-même, l’acte de foi n’en servant que de déclencheur. Nul besoin de dieux là-dedans, juste d’un bon imprégnateur et de beaucoup de crédulité chez l’adorateur.


Bande de crétins.

Croire en de telles calembredaines ? Quand bien même les dieux existeraient, Haldren voyait mal en quoi les Pentiens se voyaient aidés par ces réceptacles à prières. Les paysans trimaient durement, espérant ramasser de quoi survivre, tandis que les nobles festoyaient et guerroyaient tel des parasites sur le dos de leurs serviteurs. Quand aux drows, Haldren restait sidéré par la folie fanatique qu’il avait rencontrée lors de son passage à Amblère. Le seul souvenir des fous qui l’avaient suivi au Repaire des Corbeaux pour une mission suicide dont ils attendaient que la gloire rejaillisse sur Kiel le faisait encore s’esclaffer de rire.

Humains, elfes, drows, nains… aussi stupides les uns que les autres.

Ces réflexions l’ayant troublé et déconcentré, Haldren reposa le bâton. Analyser la toile demandait une concentration absolue, et une fois rompue il devenait presque impossible de la reprendre. Se levant, il s’étira pour faire jouer ses muscles et décida d’aller chercher à manger dans une taverne du coin, avant peut-être d'en ramener une prostituée pour la nuit.
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Haldren Baenfere
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MessageSujet: Re: Des Miracles dans la Cour   Dim 31 Mai 2015 - 17:10

Une heure plus tard, Haldren se trouvait au « rat d’égout lubrique », une des tavernes les plus malfamée de la ville, qui servait souvent de repaire aux voleurs ou à toute autre personne en délicatesse avec les autorités. Les joncs qui tapissaient le sol devaient dater du cycle précédent, les murs lépreux suintaient une humidité malsaine, et seuls les estomacs les plus résistants ou affamés osaient s’aventurer à tester le fameux ragout du patron, où se mélangeaient légumes rances et morceaux de cochon n’apparaissant sur aucun traité d’anatomie porcine. Assez étonnamment, la bière n’était par contre pas mauvaise et les catins assez consommables, preuve sans doute que les habitués du lieu se contentaient de ces deux services, les autres étant réservés aux caves de passage qui croyaient jouer les durs.

Le drow, une belle de nuit sur les genoux et une choppe mousseuse à la main, racontait à une petite cour d’admirateurs ses exploits du temps de la guerre contre les elfes. Complètement saoul, il venait de payer plusieurs tournées à la suite, ce qui lui assurait l’adoration sans faille de la lie qui se tassait en ces lieux, à tout le moins pour la soirée. Gueule d’Ange et Trois-Doigts se trouvaient là eux aussi, profitant des largesses de leur nouvel associé.


Et alors là, paf ! pouf ! Le mur d’ombre en plein dans leur face, aux trois guerriers elfes, d’la bouillie qu’il restait après ! Ch….ch… ces p’tits minables auraient pas du s’mesurer à moi, ils l’avaient bien cherc… cherché.

S’envoyant une large goulée et pelotant au passage les fesses de la fille, l’archimage reprit :

Voilà t’y pas qu’y a un ne… un nelf…. un enlfe… un elfe qui s’avance, devines qui ? J’te le donne en mille, Dyarque en personne, la p’tite pucelle de trône blanc !
Vous n’avez pas eu peur de lui ? On le dit redoutable, s’enquit Gueule d’Ange.
Peur ? Peur ? Ecoute moi bien mon p’tit bonhomme… je… n’est pas né le mage qui peut m’affronter et me vinrr… me vainque… me vaincre. Le Dyarque, je l’ai clashé tellement fort qu’il crachait ses dents, à la fin. Humi…lié, qu’il était, ouais, hu… humilié. S’est enfuit dès qu’il a compris qu’il ne pouvait me surfasser… surpess…. suprasser… qu’il a compris… ouais, compris qu’il faisait pas le poids.
Cela devait être un grand moment, pour sur, renchérit Trois-Doigts.
Ouais, restait pas grand-chose de fort Ellyrion quand on en a fini. Les salades ch’en repartaient dans la fo… dans la forêt. Tous ces sales elfes, faudrait les mettre dans un grand sac et les noyer, j’te dis !

Le rat d’égout lubrique servait de repaire aux voleurs, mais aussi à des bandes de mercenaires de passage à Thaar qui préféraient éviter de se faire repérer, soit qu’elles aient pu être en difficulté avec la milice, soit qu’elles envisagent à terme de se faire bandit de grand chemin. Dans les deux cas, la discrétion de ces bas quartiers les servait bien, les gardes de la ville n’y faisant que rarement des descentes. Justement ce soir-là, une bande de mercenaires arrivée de Naelis était installée à une table non loin du drow et de ses comparses. Plusieurs elfes se trouvaient parmi eux, et ils regardaient Haldren d’un air sombre depuis déjà plusieurs minutes, appréciant surement peu les histoires qu’il braillait. Perdant finalement patience, l’un d’entre eux se leva et vint se placer face à Haldren, les mains sur la table et son épée bien en évidence

T’as un problème avec les elfes, Puysard ?

Alors qu’Haldren fusillait le nouveau venu de son regard pâteux et s’apprêtait à lui ordonner « d’enlever ses sales pattes puantes » de sa table, Trois-Doigts prit les choses en main en poignardant dans le dos le mercenaire.

C’est ainsi que la bagarre commença.
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Haldren Baenfere
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MessageSujet: Re: Des Miracles dans la Cour   Sam 13 Juin 2015 - 19:03

Haldren ouvrit péniblement un œil, focalisa son regard sur des brins de paille pourries et sur le rat qui trottinait entre les détritus. L’odeur de latrines bouchées assaillit alors ses narines, et son estomac se rappela à son bon souvenir.

Merde, réussit-il à hoqueter avant de dégobiller bruyamment tripes et boyaux.

Les autres ivrognes avec qui l’archimage partageait la cellule ne daignèrent même pas le remarquer, la plupart étant encore en plein coma éthylique. Se redressant péniblement sur un coude, Haldren vérifia son environnement : quatre murs de pierre, une porte massive, une petite ouverture à barreaux, de la paille moisie et un seau à déjection déjà bien empli… oui, pas de doute il se trouvait en prison. Les souvenirs restaient flous, mais il se rappelait vaguement de la bagarre déclenchée la veille au soir à l’auberge lorsque l’elfe s’en était pris à lui. Les choses avaient dégénérées, et la garde avait fini par rassembler son courage pour faire une descente et récupérer tous les combattants trop ivres ou blessés pour fuir le champ de bataille. Totalement torché et s’étant pris un tabouret sur le crâne, le drow faisait partie du nombre.

Grimaçant à cause de la migraine post-cuite qui lui déchirait le crâne, Haldren rampa jusqu’à un mur auquel il s’adossa, savourant la fraicheur humide des infiltrations d’eau. Il savait qu’il n’aurait pas du boire autant, mais ces derniers temps il baissait un peu sa garde et se laissait aller à de petites dérives qu’il ne se serait jamais accordées du temps où il vivait au Puy. Cherchant du regard une tête connue parmi ses compagnons d’infortune, le drow remarqua avec une certaine satisfaction que ni Trois-Doigts ni Gueule d’Ange n’en faisaient partie. Les deux voleurs devenaient peu à peu ses compères, et les voir assez débrouillards pour s’en tirer le réjouissait.

A travers les barreaux de la petite fenêtre, le soleil rougeoyait déjà, signe que le crépuscule ne tarderait plus. Allaient-ils donc les laisser tous en geôle ? Alors que l’archimage se posait cette question existentielle et se demandait comment utiliser son art pour filer discrètement, la porte s’ouvrit avec fracas et une sorte de brute velue à la bedaine proéminente qui débordait de son pantalon leur braillait dessus :


Allez ! Foutez l’camp les poivrots ! Et qu’on vous z ‘y reprenne plus !

Sans ménagement, une escouade de miliciens entra dans la cellule, se saisissant manu manu militari des prisonniers pour les trainer le long de couloir obscur avant de les flanquer à la porte de la prison à grands coups de pieds dans les fesses. Bousculé et malmené, Haldren se retrouva à s’effondrer entre deux ivrognes à moitié conscients, dont il se dégagea à grande peine avant de hurler sa rage contre les forces de l’ordre :

Mort aux vaches ! Ni dieu ni maître !

Ayant satisfait sa pulsion anarchique, le drow décida de ne pas trop trainer dans les parages. Les gardes avaient du préférer les relâcher pour s’éviter un conflit ouvert avec la pègre, mais inutile de leur donner envie de faire un exemple avec lui. En trottinant, se frottant ses côtes et son postérieur douloureux, gémissant à chaque pas, l’archimage reprit la direction de son repaire, se disant que décidément pas plus à Thaar qu’ailleurs on ne le traitait avec le respect du à son rang.
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Haldren Baenfere
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MessageSujet: Re: Des Miracles dans la Cour   Mer 17 Juin 2015 - 12:41

Maugréant contre la cruauté du monde, l’archimage trottinait dans les ruelles puantes de Thaar, hésitant entre tomber dans une dépression qu’il irait noyer dans du mauvais vin, et se laisser aller à une crise de rage sanguinaire au terme de laquelle il aurait trôné sur un énorme tas de cendres préalablement nommé « Thaar ». Cette seconde solution ne lui déplaisait pas, l’idée de déclencher un génocide afin de rappeler à tous son statut social lui paraissant une idée assez saine et cohérente. Ce fut le frottement d’une fourrure contre sa jambe qui le tira de ses projets.

Maoow ?
Oh, c’est toi ? dit le mage en prenant son chat dans ses bras et en le caressant, déclenchant des ronronnements extatiques de l’animal. Toi au moins tu es gentil et obéissant, hein ? Pas comme les humains.

Les pensées d’Haldren pouvaient changer aussi vite qu’une brindille tourbillonne dans le courant, et il remit donc à une date ultérieure la destruction complète et systématique de Thaar. Le scénario de ce rp y perdra en termes d’effets spéciaux spectaculaires mais y gagnera en cohérence.

La nuit était tombée lorsque le drow arriva Chez Maman, accueillit avec joie par ses compères. Les ayant rassuré sur son état et affirmé qu’il les verrait plus longuement le lendemain. Jamais son humble cabane et son grabat ne lui avaient paru aussi accueillant, et à peine se fut-il allongé qu’il dormait à poings fermés. Comme à chaque fois, le chat resta à veiller sur le sommeil de son maître, sa nature bien particulière lui épargnant le souci de devoir se reposer et dormir. Au dehors, la faune des voleurs et putains sortait de l’ombre pour aller se répandre à travers la cité et s’y livrer à de frauduleuses activités.

Au matin, Haldren alla faire quelques ablutions au puits où il retrouva Gueule d’Angle qui se curait consciencieusement les ongles avec un couteau.


Avec Trois Doigts, on a r’péré la baraque d’un friqué qu’il faudrait aller carotter. Problème, le gaillard a des cabots du genre pas commode. Ça te dit de radiner sur ce coup ?

Tout en se faisant la barbe à l’aide d’un bout de miroir brisé, Haldren réfléchit à la proposition du voleur. Jusque-là, il n’était pas réellement intervenu dans des cambriolages, se contentant d’aider à des diversions. Mais s’il souhaitait s’élever peu à peu dans la hiérarchie de la pègre, le drow savait qu’il lui faudrait faire preuve de bonne volonté et se mêler à des coups juteux. Et l’idée d’aller « visiter » la demeure d’un riche marchand le tentait, après tous ces gros poussât aimaient à s’entourer de gemmes ou de livres rares, butins que l’archimage chérissait tout particulièrement.


J’en suis, répondit-il en souriant.
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Haldren Baenfere
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MessageSujet: Re: Des Miracles dans la Cour   Sam 20 Juin 2015 - 12:05

Assis devant l’humble table de son petit cabanon, la porte soigneusement fermée et verrouillée, Haldren jouait nonchalamment avec deux bagues qu’il faisait rouler entre ses doigts effilés. Toutes deux se trouvaient enchâssées de diamants de la plus pure eau, qui brillaient à la lueur des bougies.

Deux bagues, deux époques. Qu’en reste-t-il ? marmonna l’archimage à voix basse.

La première des deux bagues était celle du Ditronw Da’re, le symbole de son autorité et de son pouvoir sur les mages du C’nros. Dans le diamant se trouvait imprégné un sortilège des plus fascinants, réalisé par les meilleurs maîtres-façonneurs du Puy plusieurs siècles auparavant. Ce sortilège permettait à son utilisateur de se téléporter directement dans le bureau du Ditronw Da’re au C’nros, passant sans problème à travers les redoutables protections magiques de l’académie. Haldren s’en était régulièrement servi avant que son art des arcanes ne lui permette de passer par ses propres portails d’Ombres pour ses déplacements magiques.

Approchant la bague de son visage, Haldren regarda attentivement la fissure qui traversait le diamant, séquelle de son affrontement avec la Gardienne de Kyriä au cœur de l’Aduram. La quantité d’énergie qui avait alors traversé son corps s’était révélée telle que le diamant n’y avait pas résisté. Depuis cette époque, le sortilège de téléportation se révélait extrêmement instable, le fragile équilibre façonné par les imprégnateurs ayant été brisé. Utiliser de nouveau la bague pour son usage initial s’apparentait à de la folie furieuse, les pulsassions d’énergie saccadées que crachait l’objet par moments révélant à tout praticien du Grand Art sa dangerosité.

Reposant la première bague, le drow se saisit de la seconde. Aucune magie ne l’animait, car il ne s’agissait que d’un objet de cérémonie, destiné à montrer le rang de son porteur.


Obok Senger du cinquième Ost. Oui, tel était mon titre.

Obok Senger, le plus haut grade dans l’armée drow après celui de Karliik Glenn. Au nombre de cinq, les Sengers possédaient tous une bague similaire à celle que tenait Haldren, seule changeait la pierre qui s’y trouvait enchâssée. Diamant, rubis, émeraude… chaque Ost possédait sa pierre spécifique.

Lentement, Haldren glissa la bague à son doigt, les souvenirs remontant péniblement de sa mémoire ravagée. Il se revoyait au Puy, acclamé par les troupes du cinquième Ost, lors du coup d’état mené avec la Haute Prêtresse de Teiweon et le Senger du second ost. Il parcourait de nouveau les frondaisons de l’Aduram, menant ses troupes au combat contre les vils elfes, qui fuyaient devant sa fureur. Il revivait son duel avec la Gardienne, l’exaltation qui l’avait saisi alors qu’il aspirait l’essence divine de Kyriä. Il se souvenait de l’état second dans lequel il se trouvait alors qu’il devenait lui-même un dieu, ne voyant plus les individus mais le chaos des univers. Puis… le néant… ce regard sévère, inhumain, éternel, qui se posait sur lui alors qu’il sombrait dans les abysses.

Rejetant le passé, l’archimage s’ébroua comme un chien, essayant de chasser ces troubles souvenirs. Posant la bague du Ditronw Da’re dans sa main, il invoqua un petit portail dans lequel s’enfonça le bijou. Placer ainsi ses biens les plus précieux dans les Ombres sans les y perdre lui avait demandé d’innombrables essais et bien des déconvenues, aussi Haldren n’y avait-il recours que pour quelques objets spécifiques et de grande valeur dont il ne voulait en aucun cas se séparer. Il hésita un moment à renvoyer également la bague du Senger, puis se ravisa et décida de la garder. Qui à Thaar pourrait reconnaitre un symbole de commandement des Osts du Puy ? Seuls des drows ayant côtoyés les membres de l’Olath Blada en seraient capables, et ils ne courraient pas les rues.

Se levant, il quitta son cabanon et prit la direction de la planque de Gueule d’Ange, où il devait mettre au point le plan du cambriolage prévu pour la nuit suivante.
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MessageSujet: Re: Des Miracles dans la Cour   Jeu 25 Juin 2015 - 9:43

La planque de Gueule d’Ange se situait dans la cave d’une taverne mal famée près des quais, un refuge pour marins en goguette désireux de s’encanailler ou de se mêler à une bonne bagarre. Derrière une rangée de tonneaux emplis d’un mauvais vin, le voleur avait intelligemment installé une porte coulissante qui lui donnait accès à une petite pièce où il pouvait préparer ses coups. Le tavernier lui garantissait la tranquillité et l’avertissait d’une éventuelle descente de la milice en échange d’une somme rondelette versée chaque mois. Mais comme disait Gueule d’Ange : « une planque sure et calme, ça n’a pas de prix ».

Ce jour-là, donc, cinq personnes qu’il fallait bien qualifier de louches se trouvaient réunies dans la planque, accoudés à une table, buvant et grignotant les réserves de la taverne. En bout de table s’était placé Haldren, choisissant d’autorité cette place que nul n’osait lui contester. Les jours passant, il imposait peu à peu sa loi comme chef de bande, ses siècles au Puy lui ayant inculqué comme règle simple de toujours agir ainsi. Les postes subalternes ne lui convenaient décidément pas, et le drow appréciait de retrouver cette capacité à commander, fusse à de simples voleurs. Les vieilles habitudes de l’Elda ont la vie dure.

Trois-Doigts et Gueule d’Ange se trouvaient également présents, leur association crapuleuse avec le mage étant désormais officielle parmi la pègre. Toutefois, cambrioler le manoir d’un riche marchand nécessitait une équipe plus étoffée, d’où la présence des deux derniers larrons. Assise à côté d’Haldren et minaudant à son intention se trouvait Saa’rsha, une courtisane drow qui avait pour habitude de se faire entretenir par ses amants. Une période de disette dans ce domaine l’avait jeté dans les bras de l’archimage, qui commençait à regarder avec intérêt le créneau des bordels dans l’optique de diversifier ses activités malhonnêtes. Vêtue, ou plutôt dévêtue d’une robe diaphane, Saa’rsha devait divertir les gardes pendant que ses complices s’infiltreraient à l’intérieur du manoir.

Le dernier protagoniste appartenait à la fière et noble race naine, bien que ces deux adjectifs ne puissent que rarement lui être accolés. Kruss Ironwrist était un mercenaire violent, réputé pour ses coups de colère aussi soudains que destructeurs. Il affirmait être le frère cadet d’Hardrek Ironwrist, héros nain lors du Voile et premier dirigeant de la cité de Lante après la destruction de Kirgan. Kruss affirmait, surtout lorsqu’il avait un peu trop bu, qu’en tant que cadet d’Hardrek, il aurait dû hériter de la couronne de Lante, volée par un dénommé Valek puis par son propre neveu, Thorgrel. Les autres voleurs émettaient des doutes quant à la véracité de cette histoire, mais Kruss avait la fâcheuse tendance de sortir sa hache lorsqu’on le contrariait, aussi ses interlocuteurs faisaient-ils semblant de le croire. Le principal intérêt de Kruss, outre ses qualités de combattants qui serviraient en cas de problèmes lors du cambriolage, venait de son métier de receleur. Le nain vendait et achetait tout ce qu’il pouvait trouver, sans jamais s’interroger sur la provenance des marchandises ni sur l’identité des vendeurs.

Après avoir une dernière fois revu ensemble le plan, les cinq voleurs se glissèrent un à un hors de la taverne, attendant la nuit pour commettre leur larcin.
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MessageSujet: Re: Des Miracles dans la Cour   Mar 30 Juin 2015 - 14:18

Tels des ombres, vêtus de velours noir pour plus de discrétion, les voleurs se faufilaient dans les rues en direction de la villa où devait se dérouler le larcin. Le pied sûr, l’œil attentif, ils se glissaient dans d’étroits passages et de sordides ruelles, aux aguets pour éviter les zones de lumières ou les patrouilles de la milice. Un passant nocturne n’aurait probablement même pas remarqué la présence de ces dignes héritiers des plus grands maîtres voleurs.

Merde, râla Haldren alors qu’il venait de marcher dans une déjection canine.

Tant pis pour l’effet dramatique.

Au détour d’une rue, Trois-Doigts leur désigna d’un geste furtif l’objectif. Le porche de la villa était bien éclairé et deux gardes y patientaient, nonchalamment appuyés sur leurs hallebardes avec un air de profond ennui sur le visage. Au bout de quelques minutes, un troisième apparut d’un pas lent.


Y’a des rondes, marmonna Gueule d’Ange.

Haldren ne répondit rien. Au fond de lui-même, il ressentait de nouveau la présence qui l’avait frappée quelques jours plus tôt sur les quais de la ville. Une présence tenue, ancienne, qui réveillait des souvenirs depuis longtemps enfouis et sur lesquels l’archimage n’arrivait pas à mettre de mots. Chassant cette étrange sensation, il suivit ses complices jusqu’à une des ruelles empestant la pisse qui courait autour de la demeure. Kruss et Saa'rsha restèrent à l'écart, attendant le moment opportun pour entrer en scène.

Les voleurs n’en étaient pas à leur coup d’essai. Dès lors que le garde eut tourné l’angle, Trois-Doigts sortit un petit grappin qu’il fit tournoyer autour de sa tête avant de le projeter dans les airs. Un raclement sur les dalles de la terrasse lui confirmant qu’il avait atteint sa cible, le voleur pesa de tout son poids sur la corde pour vérifier que le grappin se trouvait solidement accroché. Satisfait du résultat, il commença à grimper avec l’aisance de l’habitude, suivi par Trois-Doigts puis par Haldren, ce dernier nettement plus pataud dans l’exercice. Le tout n’avait pas duré plus d’une minute et lorsque le garde repassa dans la ruelle, rien ne laissait deviner que trois intrus venaient de pénétrer à l’intérieur.

Sur le toit, Haldren et ses deux complices avancèrent à pas de loups, longeant un vaste patio intérieur d’où provenait des échos bruyants et des rires gras, signe sans doute que le maître des lieux recevait des convives à dîner. S’ils avaient une vague idée des lieux grâce à leur informateur, cela ne remplaçait pas un plan précis et mieux valait éviter de foncer sans réfléchir. Trois-Doigts en tête, sa dague prête à frapper, les voleurs pénétrèrent lentement dans les étages supérieurs, profitant de la présence de lourds tapis pour étouffer leurs pas. Les serviteurs se trouvaient sans doute pour la plupart réunis au rez-de-chaussée du fait du festin, néanmoins mieux valait éviter de prendre des risques. Pas de trace non plus des chiens annoncés pour le moment, restait à espérer que le marchand les laissait enfermé dans la cour.
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MessageSujet: Re: Des Miracles dans la Cour   Jeu 2 Juil 2015 - 10:50

Les trois voleurs suivaient un étroit couloir, s’arrêtant régulièrement pour vérifier que personne n’approchait ou pour jeter un coup d’œil dans des pièces qui leur semblaient intéressantes. Ils savaient bien qu’espérer cambrioler l’intégralité de la villa se révèlerait aussi illusoire que dangereux, aussi s’étaient-ils accordés pour se concentrer sur une ou deux pièces qui leur semblerait particulièrement prometteuse. Le butin devait rester transportable afin de ne pas les gêner dans leur fuite, aussi ne prêtaient-ils même pas attention aux grandes toiles de maître ou aux lourdes tapisseries, articles fort couteux mais dont le poids dépassait de beaucoup la limite acceptable.

Ce fut Trois-Doigts qui toucha le gros lot, en ouvrant la porte d’une chambre à coucher richement décorée, qui devait selon toute vraisemblance servir au maître des lieux. Le luxe et l’opulence s’y étalaient encore plus qu’ailleurs, et les moulures à l’or fin du plafond à elles seules devaient valoir une fortune. Alors que les deux malandrins s’avançaient, leurs outils de crochetage au poing, Haldren les stoppa :


Attendez… ne bougez plus.

Fermant les yeux, l’archimage se concentra, fouillant mentalement les flux magiques qui émanaient de la pièce. Les puissants de Thaar ne comptaient pas uniquement sur les pièges mécaniques pour lutter contre les vols, ils pouvaient aussi faire appel aux arts des arcanes. Souvent hors de prix, les pièges magiques n’en demeuraient pas moins une barrière quasi-infranchissable dans laquelle plus d’un voleur avait péri. Mais dans ce domaine, Haldren en connaissait un vaste rayon pour y avoir lui-même eu souvent recours dans ses appartements privés du C’nros.

L’esprit du drow capta un flux énergétique venant de derrière un tableau représentant une charge de cavalerie. Il n’est pas aisé de décrire de tels flux, et tous les mages ne le ressentant pas forcément à l’identique, leur formation et leur sensibilité y réagissant différemment. Pour Haldren, la magie brillait d’une chaude couleur dorée dans un monde empli de gris lorsqu’il le regardait non pas grâce à ses yeux mais grâce à son art. Or si tout autour de lui, y compris ses acolytes, se trouvait d’un morne gris sans danger, le tableau rayonnait comme un petit soleil.


Ne vous approchez pas de ce tableau, il y a un piège magique derrière. Fouillez le reste de la pièce pendant que je le désamorce.

Obéissants, Trois-Doigts et Gueule d’Ange se mirent à l’œuvre tandis qu’Haldren s’approchait du tableau. Avec d’infinies précautions, il le souleva et le posa à terre, révélant un réduit dans le mur, une petite cache fermée par une serrure d’apparence anodine. Un véritable cadeau pour un cambrioleur, mais l’énergie qui pulsait dans la serrure hurlait au drow que celui qui tenterait un crochetage risquait fort d’y laisser des plumes.

Etirant un pseudopode mental, l’archimage effleura la serrure, comme une plume voletant dans le vent pour en montrer la direction. Une magie liée à l’immatériel pulsait à l’intérieur du métal, et Haldren aurait parié qu’une gemme s’y trouvait habilement enchâssée. Lentement, à coups de petits affleurements, le sort se révéla au drow qui eut un sourire d’appréciation pour l’intelligence du mage ayant posé le piège. Loin de tuer ou de détruire comme on aurait pu s’y attendre, le sortilège révélait un esprit calculateur d’une rare subtilité. Tout imprudent qui aurait osé crocheter la serrure se serait vu projeté dans un sortilège d’illusion, un labyrinthe de l’esprit dont il était vain d’espérer fuir.


Remarquable, remarquable, ricana Haldren avec un hochement de tête appréciateur.

L’archimage hésita. Il pouvait se contenter de vider la gemme de son énergie, mais cela lui prendrait du temps et elle serait inutilisable, à moins qu’il ne mette la main sur un façonneur. L’autre possibilité serait plus rapide, mais en révélerait à ses complices un peu trop sur l’étendue de son art. Trois-Doigts et Gueule d’Ange n’étaient pas des imbéciles, et s’ils mesuraient à qui ils avaient affaire, ils ne pourraient s’empêcher de se demander pourquoi Haldren vivait aussi humblement parmi les voleurs. Pourtant, le désir irrépressible de récupérer la gemme se montrait tellement fort que le drow ne pouvait y résister. Soupirant, il fit signe à ses complices de le rejoindre.


Si vous parlez à quiconque de ce que je vais faire, je vous jure que les pires châtiments que réserves les voleurs aux informateurs du Guet ne seront que des jeux d’enfants en comparaison de ce que je vous réserve. Suis-je clair ?

Palissant un peu, les deux humains acquiescèrent. Leur ayant jeté un dernier regard sévère, Haldren se concentra de nouveau sur la serrure, invoquant la magie avec une concentration issue de longs siècles d’entrainements.

Au début, rien ne sembla se passer, puis l’espace autour de la serrure se mit à s’assombrir, tel l’horizon lors du crépuscule. L’air oscilla, comme sous l’effet d’un mirage de chaleur, alors que l’espace entre les dimensions se déchirait sous la poussée mentale de l’archimage, et des vagues d’énergie pulsèrent en direction des trois voleurs. Lorsque le portail miniature s’ouvrit pour avaler la serrure, Trois-Doigts et Gueule d’Ange furent repoussés en arrière et restèrent dès lors à distance prudente des opérations. Tendant la main devant lui, Haldren marmonna quelques paroles à voix basse avant de rouvrir le portail. La serrure, parfaitement coupée en deux, en sortit, ainsi qu’un rubis brillant dont l’éclat rouge sang donnait un air maléfique à la scène. Laissant les bouts de serrure tomber au sol, le drow leva le rubis à hauteur de ses yeux, le contempla avec un émerveillement non feint.


Le travail d’un maître, il ne peut en être autrement.

Glissant son butin dans une poche de sa tunique, il désigna le coffre à ses complices.

Allez-y, vous ne risquez plus rien.
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MessageSujet: Re: Des Miracles dans la Cour   Sam 11 Juil 2015 - 10:32

Les voleurs étouffèrent difficilement des cris de joie en voyant les bourses bien remplies et les gemmes brillantes que contenait le coffre. Pleinement confiant dans les capacités de son piège magique à paralyser tout intrus, le maître des lieux y stockait ses biens les plus précieux. Trois-Doigts et Gueule d’Ange entreprirent immédiatement de tout piller, fourrant leur butin dans de vieux sacs de charbonnier qu’ils refermèrent soigneusement avant de se rendre en direction d’une fenêtre. Un sifflement discret et Kruss apparut au détour de l’allée.

Haldren savait comment la suite devait se dérouler, aussi n’y prit-il aucune attention. Saa’rsha irait s’acoquiner avec le garde qui patrouillait autour de la demeure tandis que Kruss récupérerait les sacs de butin que lui jetterait Trois-Doigts. Pendant ce temps, Gueule d’Ange continuait à fouiller le reste de la chambre, dans l’espoir de trouver d’autres objets de valeur aisément transportables. Mais tout cela n’intéresserait plus vraiment le drow, qui ressentait de nouveau cette présence lancinante, cette sensation oubliée depuis des siècles mais désormais anormalement proche.

A pas de loup, il quitta la chambre du maître des lieux et prit la direction d’un grand patio d’où provenait des éclats de voix et des rires gras. Passant par les couloirs en hauteur, il domina bientôt la scène, et ce qu’il vit confirma ses soupçons : un banquet se tenait ce soir là dans la villa. Une bonne trentaine de convives festoyaient, nonchalamment allongés sur des divans, servis par des esclaves quasiment nues qu’ils pelotaient au passage. Le vin coulait à flot, et l’archimage aurait juré que certaines poudres qu’il voyait circuler n’étaient autres que des drogues illicites et illégales, dont la possession ou la consommation étaient sévèrement réprimées par les autorités. Mais à Thaar comme ailleurs, la loi ne s’appliquait pas à toutes les classes sociales de la même manière.

Au milieu de cette masse de chair, le drow sentait la présence qui le tourmentait, sans réussir à identifier précisément le convive concerné. Trop de bruit, trop d’effluves s’entremêlaient et troublaient sa perception. Se concentrant totalement sur sa recherche, le drow ne vit pas s’approcher un serviteur avant que le gaillard ne s’exclame :


Eh ! Vous !

Ce fut ses dernières paroles. Pivotant comme un serpent, Haldren lui projeta en pleine poitrine un poignard d’ombres qu’il venait d’invoquer. Mais ce que le drow n’avait pas prévu, c’était que la lanterne tenue par le serviteur se casserait dans sa chute, enflammant un tapis qui recouvrait le sol du couloir. Dans l’air sec et surchauffé du soir, les flammes jaillirent brutalement, léchant avec ardeur les fibres de tissu. Sans doute aurait-il pu se jeter sur le début d’incendie pour l’étouffer avant qu’il ne s’étende, mais Haldren resta figé sans bouger, admirant la scène. Lorsque Trois-Doigts sortit en courant de la chambre pour aller chercher son complice, il le trouva face à un brasier qui s’étendait déjà sur toute la largeur du couloir.

C’est magnifique.
T’es dingue ou quoi ? Vite, on se tire !

L’attrapant par le bras, le voleur le tira de force vers la fenêtre par où Gueule d’Ange venait déjà de se faufiler. En bas, dans la ruelle, le cadavre du garde montrait que Saa’rsha s’était parfaitement acquittée de sa tâche de « diversion ». Kruss les attendait également, tenant par-dessus ses robustes épaules de nain les sacs de butin. Lorsque les pieds de l’archimage touchèrent le sol, des cris d’effroi à l’intérieur lui apprirent que l’incendie qui commençait à rougeoyer dans le ciel nocturne avait également été aperçu par les résidents.

Sans demander leur reste, les voleurs détalèrent en direction des quais pour regagner leur planque, finalement pas mécontents que l’incendie camoufle les traces de leur passage et occupe suffisamment les gardes pour leur enlever toute idée de poursuite. Une fois à l’abri, ils ouvrirent les sacs et entreprirent avec l’œil du professionnel d’estimer soigneusement la valeur de chaque gemme ou de chaque pièce, afin de réaliser un partage aussi équitable que possible. Sans être le coup du cycle, ils savaient qu’ils venaient de réussir un vol qui compterait dans leur carrière en marge de la légalité.

Mais Haldren ne se trouvait pas avec eux. Assis sur le toit de l’auberge, il regardait avec un émerveillement quasi-enfantin les flammes qui ravageaient l’un des beaux quartiers de Thaar. Les riches villas rougeoyaient au milieu des flammes qui dansaient une folle sarabande. Quelqu’un qui se serait tenu assez près du drow aurait pu l’entendre murmurer en boucle :


Magnifique… magnifique… magnifique.

Ce n’est qu’au matin, lorsqu’enfin l’incendie se trouva contenu puis arrêté, qu’Haldren redescendit de son perchoir, la larme à l’œil.
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MessageSujet: Re: Des Miracles dans la Cour   Dim 12 Juil 2015 - 14:29

[Quelques ennéades plus tard]

La petite bande de cinq malfaiteurs s’était agrandie, suite à l’écho parmi la pègre de leur bonne fortune. Conscients que la planque de Trois-Doigts sous l’auberge ne suffirait plus pour les accueillir tous, ils avaient déplacé leur centre d’activités un peu plus au nord, à la limite des quais et près du quartier où se regroupaient les principaux temples. S’il ne s’agissait pas de l’endroit le plus huppé de la ville, cela les changeait malgré tout des bas-fonds de la Cour des Miracles. Se retrouver à vivre parmi les artisans et la petite bourgeoisie de Thaar constituait déjà une sérieuse évolution dans leur ordre social. Et certains rêvaient déjà au jour où ils retourneraient chez Maman pour s’installer dans l’une des superbes villas d’où les maitres-voleurs géraient le monde du crime.

Grâce au butin issu du cambriolage, ils avaient acquis un ancien hôtel dont le propriétaire souhaitait retourner dans sa Naelis natale. Le bâtiment, de trois étages, bénéficiait en outre depuis sa cave d’un accès aux égouts de la ville, ainsi que d’une discrète sortie dans une ruelle empestant la pisse, autrement dit les deux caractéristiques principales que regardaient des malfrats avant de s’installer. Si Haldren se considérait comme le chef nominal de cette petite guilde de hors-la-loi et coupe-jarrets, il en laissait la gestion quotidienne à Gueule d’Ange et Trois-Doigts, promus ses « lieutenants ». Il s’était toutefois attribué d’autorité le troisième étage du bâtiment, ses complices se partageant le deuxième niveau. Seule Saa’rsha disposait elle aussi d’une chambre au troisième, sa relation avec l’archimage n’étant plus pour les autres qu’un secret de polichinelle.

Aidée par ses comparses, la drow avait d’ailleurs ouvert un bordel, poétiquement nommé « l’Aile Blanche ». Les filles, encore peu nombreuses, attendaient au rez-de-chaussée de l’hôtel et faisaient leurs passes au premier étage. Un colosse zurthan nommé Ba’ardur veillait à l’encaissement des prestations et s’occupait de calmer les clients qui prenaient trop de libertés avec les filles sans avoir encore déboursé leurs écus. Peu de prostituées évoluaient à Thaar sans un souteneur, aussi Haldren avait-il du mettre la main à la patte pour « persuader » un de ces vendeurs de chair de lui abandonner son fond de commerce. C’est ainsi que cinq filles s’étaient retrouvées comme pensionnaires à l’Aile Blanche. On notera au passage que leur ancien souteneur avait été récupéré flottant dans le port, le ventre ouvert comme un porc à l’abattoir et les entrailles en bonne partie manquantes. Le lendemain, certains des plus fins observateurs avaient remarqué que le chat d’Haldren semblait particulièrement satisfait et repu.

Kruss poursuivait ses activités de receleur, entassant dans la cave de l’hôtel les marchandises qu’il revendait ensuite à ses propres contacts. A sa demande, Haldren avait engagé un autre nain dénommé Draka, mercenaire également et dont le visage portait une impressionnante cicatrice qui lui balafrait l’œil et le coin de la bouche. Lui et Kruss se connaissaient de longue date, ayant souvent combattus ensemble, et ils passaient leur temps libre dans une taverne proche à boire pinte sur pinte en évoquant le bon vieux temps de la Nanie du roi Garmin.

D’autres truands ou personnalités à la moralité douteuse avaient rejoints cette fine équipe. Un vieux mendiant du nom de Sersius, qui n’avait pas son pareil pour observer sans se faire voir, et qui pouvait dépouiller un cadavre avant même qu’il ne commence à se refroidir. Moustique, un jeune orphelin, leur servait de messager et apprenait en parallèle le métier de tire-laine auprès de Gueule d’Ange. Jaden, une demi-elfe herboriste, était réputée dans la pègre pour ses potions pouvant provoquer fausses-couches ou décès prématurés. Venait enfin un drow, Askäron, ancien maître d’arme au Puy chassé de son clan pour de sordides affaires d’inceste. Sa spécialité consistait à provoquer de jeunes nobliaux de province venus s’encanailler dans les bas-fonds de la grande ville, afin qu’ils le défient en duel. Une fois mortes, les victimes étaient soigneusement dépouillées par le drow et Sersius.

Cette petite bande ne se différenciait guère des dizaines d’autres qui grouillaient dans cette capitale du vice qu’était Thaar, mais Haldren appréciait de se retrouver de nouveau là où se trouvait sa place naturelle (selon lui) : aux commandes.
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MessageSujet: Re: Des Miracles dans la Cour   Ven 17 Juil 2015 - 13:24

L’aube éclairait d’une lumière blafarde les ruelles de Thaar. Quelques matinaux sortaient déjà de chez eux pour se rendre à leur travail, bravant le vent marin qui avait fortement rafraichi l’atmosphère la veille. Non loin de l’Aile Blanche, des chiens galeux se disputaient un cadavre de mouettes, sous le regard hilare de quelques poivrots qui terminaient leur nuit de débauche. Les grognements et les rires tirèrent lentement Haldren du sommeil, et il se leva péniblement pour aller contempler la scène depuis la fenêtre de sa chambre. Ayant enfilé une robe de chambre, il jeta un œil sur son lit où gisait Saa’rsha, encore profondément endormie. L’archimage hésita à la réveiller, puis haussa les épaules et quitta discrètement la pièce, laissant à sa compagne le luxe d’une grasse matinée.

En bas, dans la pièce centrale qui servait tout à la fois de bar et de bordel, il retrouva Trois-Doigts et Askäron, engagés dans une partie de cartes qui devait durer depuis des heures. Des bouteilles vides gisaient autour d’eux, mais les voleurs conservaient toute leur lucidité lorsqu’ils abattaient leurs cartes l’un après l’autre. Assis sur un tabouret, Moustique les regardait avec admiration, conscients que les deux joueurs trichaient avec autant d’habileté l’un que l’autre. Le jeune garçon était encore loin de savoir remplacer discrètement une carte ou d’en tirer une de sous le paquet avec la maestria de ses ainés. Une rumeur courait selon laquelle aucune des parties de cartes qui se jouaient Chez Maman se déroulait sans duperie, mais personne ne s’en offusquait tant que cela restait discret et réalisé avec brio. Les voleurs toléraient aisément la tricherie, seule l’incompétence ne trouvait pas grâce à leurs yeux.

Haldren laissa donc ses acolytes à leur partie et sortit respirer un grand bol d’air devant l’hôtel. Les poivrots s’étaient lassés du combat de chiens et remontaient péniblement la rue bras-dessus bras-dessous, en braillant une chanson sur une noble damoiselle et un jeune palefrenier qui ressemblait beaucoup à ses chevaux… tout du moins au niveau du pantalon. Ils jetèrent en passant une pièce à Sersius qui les bénit en retour, avant de jeter un œil à son chef de Guilde. Acquiesçant, le drow rentra et fit signe à Trois-Doigts de venir.


Quatre poivrots, ils descendent vers les quais. Sersius les considère comme valables.

Valables ? Chez les voleurs, ce terme désignait une cible intéressante, qui portait sur elle suffisamment d’objet de valeur pour mériter l’attention des malfrats. Le vieux Sersius passait pour un maître en la matière, et il devait avoir vu sur les poivrots quelque chose qui pouvait se révéler intéressant. Hochant la tête, Trois-Doigts appela Askäron, ainsi que Draka qui descendait les escaliers. Les trois comparses empruntèrent l’escalier de la cave où ils savaient trouver de robustes gourdins et des masques pour réaliser leur forfait. Haldren les laissa faire, n’ayant aucun inquiétude sur leur réussite : tabasser des poivrots pour les détrousser constituait l’une des bases du métier de voleur à Thaar, le plus important restant de ne pas tuer les victimes.

S’étant servi un verre de rhum, l’archimage s’assit à la table laissée libre par les joueurs. Se saisissant d’une carte, il la tendit devant son visage sans mot dire, concentré et silencieux. Brutalement, de petites flammèches noirâtres apparurent sur le carton, le léchant et l’entourant de leur étreinte. Pendant plusieurs secondes, la scène resta figée comme si les flammes n’avaient aucune consistance réelle, avant que d’un coup la carte ne noircisse et ne se transforme en un petit tas de cendres. Moustique, qui le regardait faire, vit un grand sourire naître sur les lèvres habituellement pincées du drow. Sans doute était-il surpris du fait d’avoir vu la carte rester intacte au cœur des flammes avant de s’embraser, mais son jeune âge ne l’empêchait pas d’être prudent. Les affaires des mages sont aussi complexes que dangereuses, aussi ravala-t-il sa curiosité.
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MessageSujet: Re: Des Miracles dans la Cour   Dim 26 Juil 2015 - 16:03

Les jours passaient, semblables les uns aux autres. La petite bande de malfrats se faisait peu à peu un nom au sein de la pègre, aidée par les méthodes impitoyables de ses membres et les capacités peu naturelles de son chef. A Thaar, ceux qui vivent en marge de la loi disposent entre eux d’une hiérarchie quasi-aussi stricte que ce qu’il peut se rencontrer au sein d’une armée. Les rues, les quartiers, les activités, tout se trouvait régulé par les seigneurs du crime et les contrevenants aux règles se retrouvaient souvent à flotter dans la lagune, la gorge tranchée. Là comme ailleurs, il importait avant tout de savoir mettre en place des rapports de force pour élargir son territoire et développer son lucratif mais malhonnête business.

Le gang de l’Aile Blanche, puisqu’il fallait bien lui donner un nom, régnait désormais sur la partie nord des quais. Si son importance demeurait modeste comparée à celui des puissantes bandes des quartiers sud oùse trouvaient nombre d’entrepôts de marchandises, ses membres n’en défendaient pas moins leur exclusivité avec férocité. Lorsqu’un duo de gros-bras avait entrepris de mordre sur leur secteur pour prélever sa dîme aux navires qui accostaient, la riposte n’avait pas trainé. Les deux cadavres, éventrés et les tripes à l’air, avaient fait le bonheur des chiens errants dans une ruelle. La terrifiante réputation des drows du Puy constituait selon les dires d’Haldren l’un des meilleurs boucliers dont ils disposeraient, aussi n’avait-il même pas sourcillé pendant l’exécution.

Parmi les principaux gains du gang, il fallait citer la protection qu’ils faisaient payer à des commerçants et artisans locaux, les revenus du bordel, ainsi que les activités de receleur de Kruss. Grâce à cet argent, les voleurs pouvaient faire des prêts à un taux usuraire, se développant une clientèle de débiteurs que l’on pourrait pressurer dans les temps difficiles ou employer comme indicateurs. Haldren avait fortement insisté sur l’importance de ces réseaux souterrains, et poussait désormais son gang à développer ses liens avec les guildes maritimes ou les capitaines de vaisseaux, pour s’ouvrir aux grandes routes commerciales dont Thaar constituait le point focal.

Toutefois, l’archimage paraissait par moments bizarre, selon ses séides. Si la santé mentale ne constituait pas la qualité principale nécessaire dans leur métier, le drow semblait passer par d’inquiétantes phases de mélancolie, durant lesquelles il restait prostré pendant des heures, marmonnant à voix basse et jouant avec les flammes noirâtres qui dansaient entre ses doigts. Aucun des témoins n’avait jamais vu de telles flammes, car si elles se comportaient comme celles issues d’un brasier naturel, leur couleur se situait exclusivement dans des gammes d’ombres que seul un œil entrainé arrivait réellement à distinguer. Autre détail curieux, elles ne brûlaient pas automatiquement un objet lorsqu’elles l’atteignaient. Moustique avait fait mention de l’histoire des cartes à jouer, et depuis d’autres cas similaires se produisaient.

« Presque au point, presque au point », entendait-on parfois murmurer, lorsqu’Haldren se parlait à lui-même…
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Haldren Baenfere
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MessageSujet: Re: Des Miracles dans la Cour   Jeu 30 Juil 2015 - 15:22

Ce matin-là, Haldren se trouvait dans un état où se mêlaient une intense colère et une profonde satisfaction. Il est rare de voir ces deux sentiments cohabiter chez une même personne au même moment, mais les circonstances se trouvaient elles aussi quelque peu particulières : un assassin venait d’essayer de le tuer.

En général, se trouver la cible des porteurs de mort suffit à mettre un drow normalement constitué en colère, et sur ce plan Haldren ne faisait pas exception à la règle. Poignard au point, le gaillard s’était introduit dans la chambre alors que le drow dormait, mais il ignorait la présence du matou qui veillait nuit et jour sur son maître. Regrettable erreur d’appréciation qui démontrait un certain manque d’expérience chez l’assassin, mais il n’aurait pas le temps d’apprendre de ces erreurs vu ce qu’il restait de lui après qu’Haldren se soit réveillé et lui ait exprimé son profond mécontentement. Trois-Doigts fouillait dans ce qu’il restait du corps, sans grand espoir d’y trouver un indice, tant les assassins prenaient garde à ne jamais porter d’élément distinctif sur eux durant leurs missions.

Sans doute s’agissait-il là d’un indépendant au service d’un des seigneurs du crime sur les plates-bandes duquel ils marchaient. Haldren n’ignorait pas qu’une puissante guilde d’assassins, les Lames Dansantes, possédait son quartier général à quelques heures de la cité et se trouvait régulièrement embauchée par les seigneurs de Thaar, mais il doutait fort que son assaillant en fasse partie. S’introduire la nuit par la fenêtre, lame au point, sans avoir reconnu les lieux avant… non, cela dénotait trop l’amateur. En tout cas, se retrouver avec une cible dans le dos constituait en soi la meilleure preuve du succès de leurs activités, et le drow se nota mentalement qu’il lui faudrait à l’avenir renforcer les mesures de sécurité autour de l’Aile Blanche pour décourager d’autres audacieux.

La satisfaction du drow venait de la façon dont l’assassin avait trouvé la mort. Depuis plusieurs ennéades, l’archimage travaillait sur son sortilège de feu d’ombre, aussi l’avait-il par réflexe utilisé en comprenant ce qu’il se passait. En repensant à la scène, Haldren vit de nouveau les flammes jaillirent de ses doigts comme un torrent rugissant. Pas des flammes rougeoyantes comme celles que peuvent générer les pyromanciens, mais des flammes noirâtres,  qui avaient toutefois brûlé vif l’assassin avec autant d’efficacité.

Durant les longs siècles qu’il avait passé à étudier le plan des Ombres, Haldren en avait tiré la conclusion qu’il s’agissait d’un monde à part entière, dont les lois physiques faisaient écho à celles qui existaient sur Miradelphia. Des êtres étranges l’habitaient, des terres et du vide s’y trouvait, mais la matière dont ils se trouvaient constitués était si étrangère à Miradelphia qu’aucune interaction ne pouvait y avoir lieu, sauf de manière éphémère sous l’effet de la magie. Dès lors, l’archimage avait cherché le moyen d’allumer l’équivalent d’un feu dans les Ombres, persuadé que l’énergie thermique existant d’un côté devait avoir son équivalent de l’autre…. et le cadavre calciné que fouillaient ses sbires démontrait la véracité de sa théorie.
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Haldren Baenfere
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MessageSujet: Re: Des Miracles dans la Cour   Mar 4 Aoû 2015 - 11:49

Depuis plusieurs jours, le chef de la guilde semblait préoccupé, distant même. Pourtant, tout semblait bien se dérouler pour les voleurs de l’Aile Blanche, lors des dernières assemblées des maîtres voleurs de la cité, ils avaient été officiellement reconnus comme étant en charge de leur secteur, et les affaires tournaient pour le mieux. Deux nouvelles pensionnaires venaient d’arriver au bordel en provenance de Soltariel, le recel était lucratif et les marchands du quartier payaient de plus en plus fréquemment pour leur protection. Mais malgré tout cela, rien ne semblait dérider Haldren, qui passait de longues heures à méditer, une bouteille à la main. Le soir venu, à moitié ivre, il regagnait péniblement ses quartiers. Même Saa’rsha ne parvenait pas à l’égayer, malgré tout son talent dans les arts du lit.

Habitués aux sautes d’humeur et à l’étrangeté de leur patron, les malfrats ne s’en formalisaient pas. Ce n’est qu’un soir, lorsque le drow les réunit tous dans ses quartiers, qu’ils comprirent ce qu’il se passait.


Mes amis, commença l’archimage, nous avons parcouru un beau chemin ensemble, mais il me faut vous quitter quelques ennéades. Des… affaires personnelles… m’obligent à quitter Thaar. En mon absence, Trois-Doigts dirigera les affaires, assisté par Gueule d’Ange. Vous leur obéirez comme vous m’obéiriez à moi. Continuer à développer le bordel, renforcez notre présence sur les quais, et gardez le contact avec les gangs de Chez Maman.

Combien de temps ? La question fusa de toutes les lèvres en même temps. Combien de temps serez-vous absent ? La magie du drow constituait un bouclier solide pour eux, et ils ne disposaient pas encore d’une base suffisamment solide pour s’ancrer définitivement dans le terreau du crime qui cimentait Thaar.

Un mois tout au plus, peut-être moins, je ne sais pas. Mais soyez sur d’une chose, et n’hésitez pas à le faire savoir aux ambitieux : je reviendrai.

Bizarrement, personne ne douta de ces paroles. Aucun n’avait oublié le sort de l’assassin ou celui des dockers, se baser sur un départ définitif du drow resterait un pari très risqué comparé aux risques encourus s’il revenait et jugeait sévèrement leurs actes. Les ayant remercié et leur souhaitant bonne chance, Haldren les congédia et alla dormir, s’endormant comme une souche pour la première fois depuis des jours.

Le lendemain matin, le drow quitta la ville, à pied. N’étant pas un voleur pour rien, Gueule d’Ange suivit ses traces à distance prudente, curieux de savoir par où son patron se rendait. Naelis ? Sol’dorn ? Ou peut-être plus loin, encore ? Mais au bout de quelques lieues, les traces s’arrêtaient net, comme si l’archimage avait cessé de se déplacer. Aucune trace de lui, ni d’une quelconque rencontre. Pas de traces de chevaux, ni de carrioles, pas même d’herbes foulées. Méditant sur l’étrangeté de cette disparition, le voleur reprit le chemin de Thaar, perdu dans de sombres pensées.
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