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 Vel Do'Hel Rewt - Maître des Bêtes et Prince de Thaar

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Vel Do'Hel Rewt
Drow
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Masculin
Nombre de messages : 89
Âge : 21
Date d'inscription : 20/12/2015

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge :  376 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Vel Do'Hel Rewt - Maître des Bêtes et Prince de Thaar   Dim 20 Déc 2015 - 13:40



   Nom/Prénom : Vel Do'Hel Rewt
   Âge/Date de naissance : 376 ans (né en l'an 632 du Xème Cycle)
   Sexe : Masculin
   Race : Drow
   Faction : Ithri'Vaan
   Particularité : Il ressemble plus à une barrique qu'à un Drow...

   Alignement : Neutre mauvais
   Métier : Maître des Bêtes et Prince-Marchand de Thaar
   Classe d'arme : Aucune

   Équipement et possessions :

Vel Do'Hel a toujours vécu dans l’opulence, et la richesse ne lui a jamais manqué. Il possède quelques grandes exploitations agricoles le long du fleuve Olya, mais son véritable atout commercial réside en sa fructueuse traite d’esclaves, et dans son commerce de bêtes sauvages venues de tous les recoins du monde connu. De nombreux esclavagistes, ainsi qu’un grand nombre de braconniers célèbres, sont à son service. Il se targue d'être le fournisseur principal des jeux du Bae'd de Sol'Dorn, une entreprise très fructueuse. Sa connaissance du monde animal, et sa propension à les dresser, l’a conduit à détenir le titre de Maître des Bêtes, une sorte de surnom qu'il use autant pour parler des animaux que des esclaves. Sa place de Prince-Marchand lui permet également d’avoir une influence certaine sur le conseil de Qiryah. Ferme est son emprise sur la Cité, même s’il n’en est pas (encore) le maître absolu.

En sa qualité de Prince de Thaar, il habite un magnifique palais à l’architecture pharétane, bien qu’empreinte d’influences eldéennes, qui prend place sur un point élevé de la Cité. Ses jardins sont assez grands pour s'y perdre, et il aime à faire des petites blagues aux mauvais hôtes, en les saoulant, puis en lâchant une bête féroce dans le jardin alors qu'ils tentent de chercher la sortie... un caprice de riche. Il a fait construire tout un réseau de galeries en-dessous de sa propriété, comptant sur nombre de geôles et de salles secrètes où entreposer ses propres bêtes. Il aime faire la collection des animaux rares. Au fin fond de ses souterrains, il entretient également une petite arène clandestine, où il mesure ses monstres les plus féroces à ses esclaves désobéissants.

Lorsqu'il se rend à Qiryah, cependant, il loge dans une extravagante villa en bordure de la cité, incommodé la plupart du temps par les effluves qui s'élèvent des quartiers plus pauvres. C'est un grand domaine, qu'il fait gérer par l'un de ses associés et membre de la Société des Guildes, Alastor Kherban. Il y entrepose une partie de son animalerie gigantesque, dans une sorte de zoo privé qu'il fait parfois visiter à ses invités de marque. La villa a été fortifiée suite à une attaque soudaine de paysans en colère, il y a de cela cinquante ans. Depuis ce tragique incident, qui fut plus de morts du côté des fermiers rebelles, des petites défenses ont été bâties, plus pour rassurer le propriétaire et décourager les vilains que pour réellement servir.


   Description physique :

Il y a un nombre incalculable de choses qui attirent le regard chez Vel, car c’est bien là un Drow extrêmement atypique. Cependant, la principale caractéristique à le rendre unique reste son embonpoint. Oui, c’est un Drow, mais un Drow obèse. Ventripotent, bouffi, alourdi par des siècles de bonne nourriture et d’absence d’exercices physiques. Le régime de fer des Eldéens fut bien peu respecté par le Prince, qui ne peut plus apercevoir ses pieds lorsqu’il regarde vers le sol. Du haut de son mètre nonante, il approche le poids des six-cents-cinquante livres, un record pour les Noirelfes. Son tour de taille lui empêche bien des activités, mais il s’en accommode plutôt bien, puisqu’il ne lui viendrait même pas à l’esprit de les pratiquer. Sa peau est anthracite, avec quelques tatouages de couleur blanche sur sa tête, symboles de son appartenance à la Société des Guildes de Qiryah.

Le visage de Vel Do'Hel fait également partie de ceux que l’on oublie jamais, tant il se détache de ce que l’on a l’habitude de voir. Outre ses tatouages blancs, il est doté d’un septum en argent pur qui lui traverse les narines, ainsi que d’anneaux dans les sourcils. Son expression bouffie serait presque grotesque, s’il ne s’agissait pas d’un personnage important et dangereux. Peut-être ses yeux couleur de sang y sont peut-être pour quelque chose ? Une lueur malsaine brille au fond de ceux-ci, avec un soupçon de perversité que l’on pourrait même effleurer en les regardant profondément. Nombreux sont ceux qui n’ont pu contempler d’autres yeux avant de mourir, sinon ceux des immondes bêtes de leur propriétaire.

Ses cheveux blancs sont rasés sur les côtés, et tirés vers l’arrière pour se terminer en une longue queue de cheval qui lui descend jusqu’au milieu du dos. Il s’habille toujours avec goût, et aime se parfumer avec des essences très chères ramenées des côtes du Sud. Nombreux sont les bijoux qui lui ornent les bras et les poignets, produisant souvent un léger cliquetis lorsqu’il se déplace. Vel possède également un ancien protège-nuque eldéen, datant de l’invasion du IVème Ost. C’est un héritage de son défunt père, et le dernier reliquat de son origine puysarde. Il le porte chaque jour avec un mélange de fierté et d’arrogance, même s’il a dû le faire élargir afin de pouvoir entrer dedans.


   Description mentale :

Vel Do’Hel est un homme riche, et ce depuis sa naissance. Vivant dans le confort, le luxe et la débauche, il est l’archétype exagéré d’un Doeben riche et prospère. Conscient de son importance, il a toutes les raisons d’être arrogant, et ne se prive pas de montrer qu’il fait partie de l’élite, à la fois dans sa façon d’agir avec autrui, mais aussi dans sa propension à acheter toutes sortes de fantaisies dont il n’aura jamais l’utilité, mais qu’il trouvait jolies sur le moment même. Capricieux, il déteste lorsqu’on le déçoit, et lorsqu’on tente de le gruger. Ses réactions peuvent être cinglantes, aussi, son personnel est souvent extrêmement performant, non pas par une quelconque compétence, mais par instinct de survie. Il aime les travaux menés à bien, les tâches exécutées sans fausse note… Il est adorateur de l’ordre et de l’équilibre, du moins, lorsqu’il s’agit de ses affaires. Qu’un rival soit ennuyé ou que le chaos s’immisce ailleurs que chez lui, et il est le premier à rire à gorge déployée.

Grand connaisseur des poisons, drogues et autres narcotiques, Vel a tout appris dans les livres, et a écouté les enseignements de maîtres en la matière, tel que Jacques de Breda, ou Sheleb de Mathaora. Il a aussi des tendances antisociales. Il peut paraître avenant et courtois avec ses invités, mais ne vous y trompez pas, il déteste la plupart des gens qu’il rencontre. Nul ne sait d’où vient ce problème, et puis, est-ce vraiment un problème ? Car s’il hait son prochain en général, il en est tout autre de ses bêtes, pour lesquelles son affection est inversement proportionnelle à son apathie pour les humanoïdes. Profondément attaché à ses animaux, il leur rend régulièrement visite, souvent plusieurs fois dans la journée. S’il ne peut les voir pendant un moment, il devient la plupart du temps irascible, et colérique, sujet à de nombreuses sautes d’humeur. Personne ne sait ce qu’il aime tant chez ses bestioles, mais une chose est sûre, s’il avait le choix entre sauver un Drow et sauver un animal, ce serait bien un cadavre de Noirelfe qui pourrirait sur le sol…

On le juge souvent insensible, voire cruel. Il est vrai que, lors de quelques banquets, il lui est arrivé de laisser un serviteur maladroit se faire dévorer par son couple de félins à pointe. Il lui est aussi arrivé de châtier ses esclaves de façon exemplaire, et de jouir à la vue du sang lors d’un combat dans une arène. C’est parce qu’au fond de lui, Vel a toujours été un être violent. Un animal. D’aucun dirait que c’est le sang de ses ancêtres du Puy qui l’anime, et ils auraient peut-être raison. Car il appartient malgré lui aux Prima Sanguis, son père et sa mère étant tous deux issus de cette élite sociale puysarde. Il sait qu’il a encore des membres de sa famille à Elda. Les connaît-il pour autant ? A-t-il envie de les voir ? Oui et non. Il se sent plus Doeben qu’Eldéen. Pour lui, l’argent prime sur le sang. Pourtant, il n’est pas dénué de curiosité envers ses origines, et il reste très fier de ses ancêtres et de ses racines.


   Capacités magiques :

Malheureusement, son poids et son absence d'entretien physique empêche à notre cher ami de se livrer à une discipline aussi stricte et fatigante que la magie...

   Histoire :

Toutes les bonnes histoires devraient commencer dans un grand lit. Large, confortable, à la fois lieux de luxure et lieu de repos fastueux. Dans sa gigantesque chambre, décorée avec exagération, un immense corps assoupi se réveille lentement. Les draps de soie et de satin roulent sur le sommier renforcé, qui supporte le poids de son occupant. Une main s’échappe de sa prison de tissus, cherchant quelque chose à l’aveuglette, à proximité du lit. Elle s’agrippe enfin, après quelques coups dans le vide, à une sorte de pompon doré, relié à une corde. Paresseusement, le bras s’abaisse, et un son de clochette, lointain mais perceptible, retentit. Il ne faut attendre que quelques secondes pour voir débarquer dans la chambre une armada de serviteurs, tous d’origines ethniques différentes. Ils prennent place devant le lit, attendant que l’énorme masse sur le matelas ne se relève un peu. Non sans quelques difficultés, il roule, et se soulève à moitié, s’asseyant sur son lit. C’est alors que les draps quittent son corps, cascadant vers le bas.

Tous pourraient être surpris. C’est un Drow, mais un Drow méconnaissable. Ventripotent et graisseux, il est loin de la fine musculature de ses congénères, qu’il n’a jamais eue d’ailleurs. Son visage est bouffi par des années de nourriture riche, et de repas gargantuesques. Sa nudité met en avant son obésité morbide, mais dans l’assistance, pas un ne cille. Ils sont depuis longtemps habitués à la silhouette de leur maître, et à sa déchéance corporelle. Voici Vel Do’Hel, dont le troisième patronyme, Rewt, est en rapport direct avec son poids, pour le moins unique parmi sa race. Il frotte ses yeux fatigués, et regarde ensuite pleinement l’assemblée d’esclaves devant lui. Ils baissent les yeux, mains jointes derrière eux, attendant un simple mot pour satisfaire les quatre volontés de leur père nourricier. Il méprise ces larves, ces petites gens à la vie misérable. Il ne ressent aucune compassion pour ces pauvres hères. Il claque des mains. Ça, c’est plus arrogant encore.

Une myriade de laquais s’active pour préparer le maître de maison. On le lève, on le lave. On l’habille, avec ses vêtements les plus somptueux, conçus de l’étoffe la plus chère. Dans l’histoire, Vel, dans toute sa richesse et son obésité, n’a rien à faire. Il se laisse juste préparer, dans une parfaite économie de mouvements. Parfois lever les bras lorsque c’est nécessaire. Il sait que si ses esclaves l’habillent mal, ou s’ils perdent trop de temps à le préparer, des têtes risquent de tomber. Et c’est en un temps record qu’il parvient à se vêtir, avec l’aide de pas moins cinq personnes. Satisfait, il marche lentement vers le balcon de sa chambre, poursuivi par une armée de serviteurs armés de parfums, qui tentent de l’embaumer de diverses essences, alors qu’il marche dans la direction du dehors.

Une fois sur son balcon, il inspire le grand air. Sa villa de Qiryah, située en retrait de la ville, est un bien meilleur endroit pour humer l’air ambiant sans être incommodé par les effluves de déjections et la senteur des égouts. Satisfait, Vel regarde en direction de la grande cité, bâtie sur la côte du delta. Entre Thaar et Ys, elle est magnifique. Et du plus loin qu’il se souvienne, elle fut toujours sous la coupe de sa famille. Qu’il s’agisse de lui, ou de son père…




Qiryah, trois siècles plus tôt...

Les bûchers cramaient dans la nuit, emportant avec eux les hurlements des condamnés. La fumée montait avec fougue dans les airs, portée par l’air frais de la nuit, s’élevant dans le ciel comme le témoin opaque de l’horreur se jouant en contrebas. Ladite fumée les tuerait tous avant le feu, évidemment. Mais cela n’en changeait pas moins la cruauté du supplice. Devant ces immenses feux de joie, les Drows s’étaient réunis en formation militaire, alors que leur Streea Jabuuk, assis sur une chaise, regardait d’un œil impassible les notables de Qiryah hurler à sa merci et à sa pitié. Quelle pitié ? Les pauvres étaient mal renseignés. Ils lui avaient tenu tête lorsqu’il s’était emparé de la cité. Leur souffrance et leur punition était donc amplement méritée.

La population était restée chez elle, même si quelques curieux purent admirer le spectacle macabre, dans la rue ou depuis une fenêtre. Ils surent, dès l’instant où ils virent les corps carbonisés de leurs anciens maîtres, qu’il valait mieux être dans les bonnes grâces des Sombres, plutôt que d’être leurs ennemis.

Mos’ank Do’Hel n’était pas reconnu pour sa clémence. Il avait été envoyé par le Senger afin de pacifier cette ville arrogante, et la mettre au pas. La moindre des choses était d’assister aux exécutions. Il mangeait quelques champignons, avec un quignon de pain, devant les bûchers. Soudain, un soldat Drow vint à sa rencontre, discrètement. Il était à côté de lui, et regardait les flammes. Mos’ank leva la tête. Le soldat salua, et dit :

« Streea Jabuuk, le Senger vous félicite pour votre prise. Il vous ordonne de rester à Qiryah pour tenir la ville et la laver de toute influence nisétienne. »

L’officier remarqua alors qu’il appartenait aux estafettes du IVème. Il acquiesça en silence, portant de nouveau son regard sur les cadavres calcinés des anciens maîtres de la ville.

« Bien. J’y veillerai. Toi, tant que tu es là, j’ai un message pour ma femme. Tu peux lui dire qu’elle vienne ici. Je souhaite que mon fils puisse voir comment meurt un empire. »

L’émissaire acquiesça, salua, et s’en fut aussitôt qu’il était venu. Le Streea Jabuuk, quant à lui, se mit à penser à sa compagne, et à son enfant. Leur union n’avait été rien d’autre qu’une magouille pour conserver un semblant de cohérence dans le sang, bien trop pur pour être gâché, de sa famille. Pour sa progéniture, en revanche, c’était une toute autre histoire. Il était sans dire qu’il aimait plus le fait d’être père que celui d’avoir une femme telle que Sin’dossa. Epouvantable mégère, éternelle insatisfaite, il était plus simple pour lui d’aimer son fils que de tolérer sa compagne…




Ce matin, à la Société des Guildes, tout le monde est en effervescence. Tout le monde ne parle que de la mort de Jahudi Velkar, sans héritier pour reprendre les affaires familiales, l’une des six grandes exploitations agricoles des alentours de Qiryah. Dans un tel cas, le code de la Société est très clair ; un successeur doit être élu parmi les membres. En général, il s’agit du plus riche, ou du plus compétent. Et lorsque Vel avait fait son entrée dans l’immense assemblée de marchands en tout genre, tous s’étaient déjà sentis battus d’avance. En effet, nul ne peut rivaliser avec les arguments du Prince-Marchand sur la question de l’argent. Néanmoins, il reste une possibilité ; que le Drow, dans sa grande clémence, accorde la gestion du domaine et une partie des revenus à l’un des membres ci-présent. Et pour obtenir un tel gain, il faut en général être un sacré frotte-manches. Heureusement pour eux, la plupart des compagnons de la Société des Guildes sont assez doués dans ce domaine.

Vel préside encore une fois l’assemblée, en sa qualité de Grand-Maître Inspirateur, élu à l’unanimité. Il a un siège spécial prévu pour lui, assez imposant pour accueillir son postérieur. Armé de son petit marteau de bois, il ouvre la séance. Calphias d’Essalem, un natif des Septmonts, demande alors au président pour prendre la parole.

« Mes bien chers frères de la Société, je vous salue. J’aimerais que nous commencions cette réunion par la résolution d’un problème plus que préoccupant ; qui récupérera les titres de propriété et les revenus que nous a laissé hier notre bien regretté frère, Jahudi Velkar. Son âme soit recommandée aux Cinq. »


Tous se mettent à murmurer, et l’ouïe fine de Vel perçoit quelques bribes de phrases. Ils parlent de leurs favoris, ou vantent leurs mérites à leurs voisins. Bien futiles, cependant, en comparaison de sa très nette supériorité. Il fait signe à Calphias de poursuivre.

« Il est important de choisir un successeur, et chacun peut prétendre à l’acquisition du domaine Velkar. Qui souhaite se présenter pour les élections ? »

Peu de bras se lèvent. Quatre, en réalité. Calphias d’Essalem, bien évidemment, mais également Shekem Okouro, un marchand de textile, Alastor Kherban, un associé de longue date de Vel, et... le Prince-Marchand lui-même. Les sourires des candidats s’estompent, mais ils doivent bien s’en douter. Le Drow laisse rarement quelque chose lui échapper. Et tous se rendent bien compte que la Société se fait lentement dépasser par Vel. Néanmoins, ils ont absolument besoin de lui. Mais combien de temps aurait-il encore besoin d’eux ? Là est toute la question.

Les murmures s’accentuent, et le Drow doit frapper de son marteau sur le bois d’ébène de son pupitre. Lorsque tout le monde se tait enfin, il sourit et lance :

« Que les votes commencent, mes bien chers frères… »

Un homme du fond se lève. Il décline son nom, Salem Eltheïr, et celui du candidat qu’il soutient ; Vel Do’Hel. Un second fait de même, déclinant son nom, et celui de son champion. La majorité vote pour le Prince-Marchand, c’est normal. Et en attendant que les quatre-vingt-trois membres finissent de voter, leurs paroles étant recopiées par des greffiers, Vel se sent d’humeur volatile, et se demande à nouveau pourquoi il fallait passer par le vote pour accomplir quelque chose…




Qiryah, trois siècles plus tôt

« Parce que je ne souhaite pas tenir Qiryah dans la peur indéfiniment. Il nous reste des poches de résistance nisétiennes à passer au fil de l’épée, et je ne peux me permettre de conserver tant d’hommes en ville pour éviter un soulèvement. L’Obok Senger a été très clair ; je dois trouver une solution pour empêcher le désordre de gagner le cœur des habitants. »

« Et c’est pour cela que tu décides de faire acte de faiblesse ? »

Mos’ank avait vraiment envie d’étriper sa femme. Elle était là, couchée sur triclinium, à se repaître de raisins et à boire du vin, et à critiquer ses ordres et ses stratégies. Passer deux ans à Sol’Dorn ne lui avait pas fait du bien, car elle commençait étrangement à ressembler à ceux qu’ils combattaient en ce moment. Sin’dossa, quant à elle, trouvait son compagnon bien trop rigide et ennuyeux pour qu’il lui apporte un quelconque intérêt. Même lors de leurs rares ébats, elle s’ennuyait à mourir. A Sol’Dorn, au moins, pouvait-elle courtiser de quelconques Sargtlins. Ici, elle restait cloîtrée dans le palais, à entendre les absurdités de Mos’ank, qui n'hésitait pas à parfois la traiter de débauchée. Elle savait hausser le ton, et bien souvent, les armes finissaient par calmer le jeu. Elle préférait cependant répondre par la vulgarité à ses crises de colère, comme lorsqu’elle lui avait répondu franco ; ‘Pète un coup, ça ira mieux’.

Le Streea Jabuuk passa une main dans ses longs cheveux blancs.

« Un Conseil de Qiryah est une idée plus intelligente sur le long terme, cervelle d’huître. Les Humains penseront qu’on leur laisse une certaine autonomie, et ils se calmeront. Mais ce conseil sera en partie intégré par mes partisans, et leurs décisions ne feront qu’aller dans le sens où moi je l’entends. »

Sin’dossa soupira.

« N’essaie pas de te justifier, Mos’. Pour moi, tu resteras toujours le même grand abruti qui suit les ordres venant d’un autre grand abruti. Tu avais ta chance de diriger cette ville et de te l’approprier sans partage. Tu l’as laissée passer au nom de… De quoi déjà ? Ah oui. De ta propension à ressembler plus à un chien qu’à un Drow. »

Le coup faillit partir, Mos’ank était presque sur sa femme, la main levée. Mais il se ravisa, lorsqu’il vit le regard que lui lançait Sin’dossa. Dans ses yeux, il pouvait voir qu’elle n’attendait que ça. Qu’il lui donne une bonne raison pour lui trancher le poignet. Alors, il baissa sa main, et sourit, histoire de lui faire comprendre qu’il ne rentrerait pas dans son jeu si facilement. Au lieu de cela, il se dirigea vers la porte, d’un pas décidé, et se retourna quand il arriva au chambranle de celle-ci. Il regarda une dernière fois sa compagne.

« Où est Vel ? »

La Drow haussa les épaules.

« Sûrement encore en cuisine. Il aime bien les gâteaux que prépare le cuisinier du palais. Il s’en ferait péter le bide. »

Mos’ank grogna.

« Un jour, je pense que je tuerai cet enfant. »

Il se dirigea dans le couloir à grands pas, sa colère montant en flèche. Il hurla à l’adresse des dieux :

« Si mon fils ne devient pas un véritable Drow, je le promets, son sang souillera ma lame ! J’en fais le serment ! »




La journée continue pour Vel, qui, en moins d’une matinée, vient d’accroître son influence et son capital économique. Certes, il n’a pas décidé de reprendre l’affaire à son nom, mais en votant pour le vieil Alastor, il s’est permis de lui remettre l’exploitation à gérer, en échange d’une petite part de la production. Heureusement que ce n’est qu’un Humain. Ces créatures molles vivent bien moins longtemps, et sont bien plus faciles à manipuler avec la carotte de l’argent. De plus, en cédant l’exploitation à un autre, il a sans doute rassuré la plupart des membres de la Société, du moins ceux qui voient en son ascension inexorable une menace pour leur fortune et leur patrimoine. C’est donc de bonne humeur que le Drow, avachi sur son palanquin, est porté par de pauvres esclaves jusqu’à sa villa, afin d’y prendre un repas.

Une fois arrivés aux portes de la propriété, les porteurs, qui ont dû se relayer tout le long du chemin, sont congédiés par le maître des lieux. Il pénètre au sein de sa maison, se dirigeant vers la salle de banquet, bien vide dans les environs de midi. Soudain, alors qu’il y rentre, une foule d’esclaves se met à fourmiller dans l’immense pièce, s’affairant à préparer la table et à disposer les plats. Entre le moment où il rentre dans la salle, et le moment où il s’assied, tout a été préparé à toute vitesse. Satisfait, Vel se racle la gorge, et hèle un esclave, lui indiquant la porte. Le jeune garçon, un semi-elfe à peine entré dans l’âge adulte, se précipite pour aller l’ouvrir. Derrière les puissants gonds, une silhouette attend. Une fois le passage grand ouvert, elle s’avance à un pas mesuré. Le Prince-Marchand sourit ; Drellyn est toujours à l’heure. Son sorcier personnel, un fin Drow à la longue tresse temporale, se dirige vers lui. Il s’incline avec respect devant son énorme employeur.

« Salutations, noble Vel Do’Hel. Vous m’avez demandé ? »

Le Maître des Bêtes incline brièvement la tête, arrachant d’une carcasse une grosse cuisse de poulet.

« Salutations, Drellyn. Oui, il y a un sujet sur lequel j’aimerais m’entretenir avec toi. »


Il est soudain coupé dans son train de parole par l’inexorable destin de la cuisse de poulet, condamnée à être engloutie avec gourmandise. Pendant quelques instants, il mâche bien la viande, avant d’avaler goulûment son met. Puis, il reprend.

« Où en étais-je… Ah oui. Comment se porte mon valeureux ennemi ? »


Sûrement sensible à l’ironie, Drellyn fait un sourire en coin.

« A merveille, seigneur. Il n’a pas supporté les plaies ouvertes sur le visage, et nous savons à présent où il a caché votre pipumia albinos. »

Un grand sourire élargit les babines de Vel, lui donnant un air encore plus grotesque. Il lâche une exclamation de soulagement, et reprend allègrement quelques pommes de terre.

« Bon travail, Maître Sorcier. Envoyez quelques hommes aller la chercher, et qu’ils soient doux et prudents ! Yinvezz doit être terrorisée à l’heure qu’il est… »

Drellyn hoche la tête, et s’abaisse encore bien bas. Puis, il fait volte-face, et regagne la sortie. Intérieurement, Vel est incroyablement soulagé. Son petit trésor va revenir à la maison. Cet abruti d’esclave n’a vraiment pas utilisé ses méninges en décidant de le kidnapper, pour une rançon ou pour le vendre… A présent, il constitue un joli petit en-cas en sursis à présenter à ses prédateurs préférés. Rassuré, le Prince-Marchand mange de bon appétit, quoiqu’un peu vite. Il faut dire qu’il a hâte d’aller rendre visite à tous ses animaux, ses chéris, ses amours…




Qiryah, près de deux siècles plus tôt...

Lorsqu’un corps s’effondre sur le sol, il produit un bruit sourd très caractéristique, qui fait souvent penser à la chute d’un vulgaire sac de pommes de terre. Dans les endroits grands et espacés, ce son est amplifié, et gagne quelques décibels. Mais c’est quand le corps porte une armure que le fracas est plus violent. Le son est métallique, cinglant, effrayant. Il annonce la mort d’un soldat, d’un capitaine, d’un général… C’est ainsi que mourut Mos’ank Do’Hel, valeureux Streea Jabuuk du IVème Ost. Assassiné en plein couloir, une lame plantée profondément dans son dos. Il s’apprêtait tout juste à rejoindre le Conseil de Qiryah. Apparemment, l’un de ses hommes en avait voulu autrement…

La vue de son père gésir sans vie sur le marbre avait choqué Vel. Le Drow responsable du meurtre avait cherché à le tuer lui aussi, et malgré ses rondeurs déjà bien apparentes, le tout récent orphelin réussit à se cacher à son poursuivant, en se réfugiant dans l’animalerie. Là, l’assassin ne put rentrer, car il avait une autre cible à abattre, plus importante que l’enfant de Mos’ank. Qui était-il ? Pour qui agissait-il ? Et pourquoi avait-il tué son père ? Vel ne s’était posé ces questions qu’une seule fois, car pour éviter de paniquer et de commettre des erreurs, il avait préféré parler avec les animaux. Pendant les deux jours qui ont suivi le meurtre, il n’a pas arrêté. Le matin du deuxième jour, Sin’dossa avait enfin retrouvé son fils, caché dans l’animalerie.

Il avait l’air d’avoir profondément changé. Une lueur malsaine brillait dans ses yeux, et de l’affection qu’il vouait encore à sa mère, ne subsistait qu’une vague politesse froide, presque machinale. Les bêtes l’obsédaient à présent, et il n’arrêtait pas de manger. Entre le temps où son père avait rendu l’âme et celui où l’on avait fini par le retrouver, Vel était devenu différent. Beaucoup pensaient qu’il s’agissait là d’un traumatisme, ou d’une sorte de choc qui l’aurait marqué à vie. La vérité, c’était que le Drow, en plus de son évident trauma, avait pris une décision forte, ce jour-là, alors même qu’il nageait à moitié dans la folie de son isolement.

Il ne serait jamais Mos’ank. Etre comme Mos’ank signifiait mourir. Et Vel ne voulait pas mourir.

Sin’dossa avait durement réprimé la mutinerie que quelques soldats avaient échafaudée. Ce qui avait conduit à la perte du Streea Jabuuk avait été sa trop grande confiance en son statut et en son pouvoir. Il aurait pu voir le coup venir, s’il avait été plus attentif aux réactions de ses guerriers. L’idée d’un Conseil, où des Humains auraient leur mot à dire, n’avait pas été du goût de beaucoup. Son obstination à maintenir une telle institution avait engendré sa mort, inévitable. Tous les comploteurs, eux, avaient été exécutés, sous les regards réjouis de Vel et de sa mère. Car si la Drow avait accueilli avec joie la mort de son mari, elle avait moins apprécié qu’on tente également de l’assassiner.

Le temps avait passé… Sans un véritable commandant pour les diriger, les Drows prirent de nombreuses libertés. Sin’dossa n’était rien pour eux, et Vel non plus. Sol’Dorn n’était plus intéressée par le destin de Qiryah, plus occupée à détruire les vestiges de Nisétis et à célébrer l’avènement de Tebryn. Le Conseil avait été dissout, et la Cité était à présent partagée entre plusieurs officiers Drows, qui maintenaient tous un quartier dans leurs mains. Pour avoir du pouvoir, Sin’dossa avait dû courtiser l’un des officiers, le jeune Sakko Thal’isso. Vel, quant à lui, regardait comment agissaient tous ces despotes, restant dans l’ombre. Il savait que son heure viendrait, où il pourrait tous les duper. Il n’avait besoin de personne pour vaincre ses ennemis et devenir le maître absolu.

Il n’était pas Mos’ank.




Alors que la journée avance, Vel se livre à son petit plaisir favori, son activité préférée. Debout, dans son animalerie, il caresse avec attention l’un de ses lyngres, juste derrière les oreilles. L’énorme félin ronronne, et son maître lui murmure de petites paroles d’affection. Tout autour, des animaux se baladent, d’autres encore sont sous scellés, car trop dangereux et éruptifs. Seul leur maître absolu peut les approcher, et seul lui peut oser prétendre le faire. Vel a toujours su y faire avec les bêtes, et ce depuis tout petit. Il a dans le regard quelque chose qui calme les esprits farouches, et met en confiance les êtres les plus agressifs. Pour que le Drow puisse entamer une relation sans danger avec un animal, il faut bien évidemment le mettre en confiance.

Le lyngre grogne, et s’éloigne de son maître, satisfait de son quota de papouilles. Vel glousse, et se dirige vers ses autres petits chéris. Sa volière peut attendre demain pour sa visite, ici, il n’y en a que pour ses animaux terrestres. Un myynark vient soudain trouver le Drow obèse de lui-même, agitant les bras et lançant des cris simiens à tue-tête. Vel s’immobilise, et regarde la bête se diriger vers lui. Avec son élan, la bestiole saute pour s’agripper au bras de Vel, avant de remonter jusqu’à son épaule. Encore jeune, il peut se permettre ce genre d’acrobatie sans faire tomber le Drow à terre. Mais une fois adulte, sa grande taille ne l’y autorisera plus.

Rattrapé par sa paresse, caractéristique bien répandue chez les myynarks, la brave petite bête s’accroche et ne bouge plus. Vel sourit, et lui caresse doucement le sommet du crâne, sans le brusquer. Il aime rester ainsi, à s’occuper de ses compagnons à poils, à leur témoigner son amour. Cependant, la vie d’un homme aussi influent que lui ne peut lui permettre de passer toutes ses journées ici. Il a d’autres choses à faire, et il sait qu’il ne peut s’éterniser. Malgré tout, il reste encore deux heures à choyer ses compagnons, passant même quelques temps avec ses bêtes les plus féroces. Le tout, avec ce genre d’animal, c’est de le faire se sentir en sécurité. Etrangement, Vel n’est pas inquiété par ses contacts très proches avec ce type de bête. Bien qu’il y ait certaines races qu’il n’arrivera jamais à apprivoiser… Celles-ci finissent indubitablement dans les cages qu’il fait parvenir à Sol’Dorn pour le Bae’d.

Une cloche résonne dans le fond de l’animalerie. Les animaux savent à présent que leur gargantuesque ami bipède doit se séparer d’eux. Certains viennent miauler pour qu’il reste, d’autres tentent de le retenir. C’est toujours la même histoire avec eux, ils ne veulent jamais qu’il s’en aille. Il a pourtant trouvé la solution au problème, en détournant leur attention. Depuis la grande porte, un esclave est poussé sans vergogne par deux gardes du domaine. C’est un demi-elfe. Il est en haillons, et sur son visage sont marquées la peur et la détresse. Il sait qu’il est condamné. Vel le sait aussi.

« Regardez, mes adorables chéris… Je vous ai apporté un peu de compagnie, pour me faire pardonner. Il est tout à vous. »


L’esclave, se sachant perdu, tente de sauter à la gorge du Drow obèse, pour le prendre en otage. Malheureusement pour lui, les lyngres de sa seigneurie sont bien plus rapides. Ils le traînent dans le fond de l’animalerie, encore hurlant. De nombreux autres animaux les suivent, attirés par la récente odeur de sang frais, et les cris du pauvre hère.

Satisfait, Vel se retira de l’antre de ses bêtes. Il marche vers la sortie, ne faisant pas attention aux borborygmes et hurlements qui se déchaînent derrière son dos. Lorsque les portes se ferment, il soupire, et arpente les couloirs…




Qiryah, deux siècles plus tôt...

« Tu es parfait, mon fils… »

Sin’dossa était adossée contre un mur, le regard rempli à la fois de fierté et d’orgueil. La fierté d’une femme, et l’orgueil d’une mère. Dans ses légers vêtements rouge sang, elle observait son imposante progéniture, qui siégeait sur le trône de la maisonnée. Le temps n’avait pas épargné le jeune Vel, qui s’était empiffré à mort pendant des décennies. A présent, il était énorme, une véritable barrique pleine, dont les articulations commençaient à souffrir du poids trop important du Drow. Il était devenu atypique, unique, légendaire… Le premier Sombre à ressembler plutôt à une marmite remplie qu’à un morceau de viande séchée. Ses yeux rouges scrutaient le visage de sa mère, qui n’arrivait pas à contenir ses sentiments. Visiblement amusé, Vel ne dit rien. Elle aurait tout le temps d’être outrée par la suite du programme, mais après…

« Quoique, si tu perdais tes kilos en trop, là tu serais le plus parfait des Drows… Mais passons… Répète-moi donc ce plan génial ? »

L’Elfe noir sourit. Il regarda dehors, où la lumière de la lune baignait l’obscurité de la ville. C’est comme s’il pouvait entendre les rouages de son stratagème s’activer sans grain de sable.

« Ho, il est déjà en cours d’exécution, mère. Ma patience de toutes ces années a payé. Qiryah sera enfin débarrassée de cette bande d’amateurs qui se prennent pour des seigneurs. Il ne peut en rester qu’un, en ces murs… »

Soudain, dans la nuit, un grondement lointain attira les oreilles des deux Drows. La purge avait commencé. Vel sourit. Vingt ans passés à peaufiner son traquenard. Vingt ans passés à faire bonne figure face à des anciens subalternes de son père, et à son ordure de beau-père… Lui aussi y passerait. Déjà dehors, la révolte commençait à se déchaîner et se propager à un rythme jamais vu. Les gens sortaient de leurs maisons, la plupart du temps en silence, malgré quelques fanfarons toujours enclins aux bruits et aux quolibets sonores. Vel n’en avait cure. Quelques têtes pouvaient tomber, les plus importantes le seraient cette nuit. Il avait pris soin de payer les factionnaires en pots-de-vin, afin d’éviter que l’insurrection ne soit découverte trop tôt. Au loin, il entendit un hurlement. D’après le timbre de voix, il hésitait encore entre Errdeghar et Vesdrac’o. Mais lorsqu’il entendit les supplications interminables du second, il sut dès lors qu’il s’agissait bien d’Errdeghar. Sin’dossa était à présent contre le balcon, à regarder les rebelles humains porter les anciens officiers Drows vers la très ironiquement nommée Place d’Elda. D’autres transportaient haches et épées prises dans les casernes. Les vigiles étaient du côté de Vel, et peu s’interposèrent quand une foule d’hommes en colère se saisirent des despotes pour leur faire leur fête.

Sin’dossa rit.

« C’est un plan génial… Et après, que vas-tu faire ? Régner seul en maître absolu ? Incendier la ville ? Tu as le pouvoir maintenant ! »

Vel se releva péniblement, et vint se placer derrière sa mère. Celle-ci se retourna, le sourire aux lèvres, et les yeux luisant de cruauté et de soif de pouvoir. Le Drow esquissa un rictus lui aussi.

« Oui, et non. Je ne régnerai pas en maître absolu, ni n’incendierai la ville. Par contre, oui. Je serai seul. Terriblement seul. »

Sin’dossa arqua un sourcil. Et Vel, de tout son poids, poussa sa mère du balcon. Un son perçant sortit de son gosier, alors qu’elle tombait la tête la première vers les pavés de Qiryah. Le cri s’éteignit aussi rapidement qu’il était apparu, et Vel regarda en contrebas. La tête éclatée de sa mère, et le reste de son corps désarticulé, gisaient sur l’escalier menant à sa bâtisse. Il n’eut aucune compassion pour elle. Il était pleinement satisfait de son coup de poker. Encore une folle en moins en ce monde. Deux hommes enjambèrent le cadavre de la Drow, et se dirigèrent à l’intérieur du manoir de Vel. Il les attendait de pied ferme… ses bien-aimés associés…

Les gardes les laissèrent passer, habitués à leur présence. Ils se présentèrent face à leur énorme allié, et firent un bref signe de tête. Le premier s’avança, un quadragénaire aux cheveux bruns et aux moustaches tombantes.

« Maître Vel, la révolte a abouti. Tous les anciens chefs de quartier sont morts, ou en cours de décapitation à l’heure actuelle… Mais vous détenez encore le pouvoir sur la garnison eldéenne. Que faisons-nous, dès lors ? »

L’autre homme, à côté, était crispé. Son crâne rasé et sa barbe soigneusement peignée rappelaient qu’il s’agissait d’un marchand de vin. Le Drow savait qu’il attendait de savoir quelle serait la suite de la révolution. Et il se doutait que s’il demandait les pouvoirs absolus, le marchand lui sauterait à la gorge pour le tuer. Et ce fut sans aucune hésitation que Vel leur répondit :

« Mes chers amis, Qiryah sera dotée d’un Conseil. La garnison d’Elda restera ici, en sa qualité de vigile et de guet. Tout ce que je souhaite, c’est une place dans ce Conseil, et les possessions de mes anciens rivaux. Est-ce clair pour vous, Danathos ? »

L’homme écarquilla les yeux, et bégaya.

« Heu… O… Oui, bien sûr, t… tout ce que vous voudrez ! Je ne m’attendais pas à une telle… »

« Ho, je vous en prie, Danathos, cessez tout de suite. Et allez proclamer à Qiryah qu’elle est libre… »

Dans la tête de Vel, pourtant, ce n’était qu’un bien beau changement de carcans…




Le soir est tombé, la nuit peut s’installer. Et lorsque les ombres se réveillent, l’homme le plus influent de Qiryah peut tout se permettre. C’est pour cela que, en ce moment, des festivités sont données en l’honneur du bicentenaire de la création du Conseil. Une immense fête populaire bat son plein dans les rues, remplies d’artistes, de jongleurs, et autres cracheurs de feu. La liesse est totale, et nombreux sont venus assister à la pièce qui se jouera sur la Place Do’Hel ; ‘La Fin de la Tyrannie’, qui commémore la révolution fomentée par Vel et ses deux associés de l’époque, Asparon et Danathos, et l’avènement du Conseil de Qiryah. Le Drow a déjà joué son propre rôle lors du centenaire, mais ce soir, il préfère participer à une autre forme de festivité, qu’il préfère et connaît mieux. Dans sa villa, un peu en retrait du brouhaha de la Cité, il a invité les grands notables du coin, qu’ils soient Conseillers, membres de la Société des Guildes, ou marchands influents. Il y a même là un invité de passage, qui siége au conseil de Sol’Dorn.

Le banquet que Vel a préparé est colossal. Plus de deux-cents cuisiniers se sont attelés à préparer une myriade de plats différents, aussi goûteux qu’exotiques, dont les ingrédients restent secret, afin d’éviter que les trois-quarts des invités ne se taillent en courant. Les grandes tables sont remplies de mets et boissons, alors qu’au centre, des danseuses professionnelles régalent l’assemblée avec leurs talents particuliers. Les habitués des soirées festives données par Vel sont bien moins impressionnables que les nouveaux venus, mais l’esprit n’en reste pas moins pour eux aussi magique qu’incroyable. Des saltimbanques impressionnent les convives par des pirouettes dangereuses, et des avaleurs de sabres s’en remplissent la gorge jusqu’à faire hoqueter les plus fragiles. Au centre, sur son immense trône, siége la pièce maîtresse de tout cet échiquier de débauchés ; Vel Do’Hel, surnommé Rewt par ses ennemis.

Sa main droite lui sert à manger et sa main gauche à boire. Il écoute les blagues de ses bouffons, qui passent de table en table pour s’acoquiner avec un invité, ou le faire tourner en bourrique. Une femme, celle du marchand Solion, est soudain entraînée par deux de ces amuseurs, qui la traînent jusqu’au centre de la salle. Là, les danseuses s’écartent, et toute l’attention est attirée sur le nouveau spectacle. Solion, averti du danger, veut courir pour reprendre sa femme, mais il est bien trop plein, et bien trop ivre pour faire quoi que ce soit. Deux gardes l’arrêtent, et le reconduisent sans trop user de violence vers la porte de la villa.

Vel regarde au centre de la pièce. Les saltimbanques, d’humeur coquine, ont d’abord commencé à danser de façon grotesque avec elle, déclenchant l’hilarité générale. La victime est apeurée, et ne peut que suivre les mouvements de ses ravisseurs. Ils tournent en rond pendant quelques instants, lorsque soudain, l’un des bouffons attrape la robe de la dame, et la déchire. Elle crie, et essaye de se débattre, mais l’autre gredin lui retient fermement les bras. Tous autour de la scène se mettent à rire à gorge déployée, et même Vel lâche un profond et dérangeant rire gras, plus sonore que les autres. Enhardis par les ricanements des invités, les deux saltimbanques arrachent ce qu’il reste de vêtements sur la peau blanche comme l’albâtre de la demoiselle. Cette dernière, sous le choc, se met tout naturellement à pleurer.

Dès que les premières larmes coulent, Vel se lève. Tous, dès lors, tournent leur regard vers lui, et les bouffons lâchent leur victime. Un long silence règne enfin dans la salle, seulement entrecoupé de légers sanglots. L’atmosphère s’est alourdie. L’énorme barrique se racle la gorge.

« Allons, mes amis… Nous n’allons pas aller plus avant dans cette mascarade ! Qu’est-ce donc que cela ? Qu’est-ce que cela signifie ? Seriez-vous tous devenus des bêtes sauvages, hm ? »

Les convives se regardent en haussant les sourcils. Le visage de Vel s’assombrit, et son rictus prend la forme d’un sourire maléfique. Alors qu’une lueur malsaine brille au fond de son œil, il dit :

« Allez… Qui veut me l’acheter ? »

La foule reste silencieuse un instant. Même la principale intéressée reste muette, face à cette phrase désarçonnante. Mais les affaires semblent reprendre, car déjà, les hommes les plus ivres ou les plus lubriques se mettent à proposer des prix. Vel, tout content, sort son petit marteau de bois, et commence à organiser une véritable vente aux enchères devant les yeux, parfois médusés, parfois réjouis, du public. La dame, ridiculisée, tente de s’enfuir. Mais les saltimbanques veillent, et la récupèrent avant qu’elle ne s’en aille. Les prix s’envolent, les cris aussi. Face à la luxure et la débauche, pas une seule bonne âme ne s’interpose. Comment pourraient-ils ? Il n’y a qu’un maître ici. Une seule personne avec le pouvoir de mettre fin à tout cela.

Mais cette personne ne veut pas que cela s’arrête.

Pire encore, elle est fière de ce qu’elle fait.

« Adjugé pour six-cents piastres ! »




Epilogue :

Bien que Qiryah fût purgée de ses petits despotes à la peau noire, la ville n’en resta pas moins éveillée, voire même en ébullition. En effet, tout restait à créer. Et Vel Do’Hel, lui, leur proposait une solution. L’idée du Conseil fut largement plébiscitée, et sa création entraîné l’avènement de la Cité libre de Qiryah. Investissant grandement dans le commerce, elle passa à nouveau de l’ombre à la lumière, comme une sorte de renaissance de la période nisétienne. Ce ‘renouveau qiryain’ inspira de nombreux artistes, mais également de nombreux marchands, désireux de se faire de l’argent en contribuant au développement de la Cité. Les Conseillers, au nombre de cinq, étaient élus par les Comices, de petites assemblées populaires, une par quartier ; Shekkel, Pelastos, Atrygon, Zen’kashah et Myar’isto. Les premiers élus furent des Humains, mais le cinquième était un Drow, et sans aucune surprise, il s’agissait de Vel. Afin d'assurer sa main-mise sur les différents quartiers et sur les marchands influents qui commençaient à s'en dégager, il créa un organisme corporatiste ; la Société des Guildes.

La réputation et la popularité du Drow étaient aussi énormes que sa panse, qui ne cessait d’enfler au fil des années. Acclamé comme un libérateur, adoré de toutes les couches de la société, il contribua grandement à l’expansion commerciale et politique de Qiryah, traitant avec Sol’Dorn, et avec la prestigieuse ville de Thaar. Profitant de son statut, il n’eut que peu de mal à bâtir son empire commercial, à commencer par son réseau de traite d’esclaves, et de braconnage. S’il misait tant sur ces deux secteurs, c’est parce qu’un jour qu’il était en visite à Sol’Dorn, il put y découvrir la ferveur des jeux du Bae’d, si populaire qu’il n’y avait pratiquement plus de place dans les arènes. Flairant la bonne affaire, il s’était mis à fournir les maîtres d’arènes en gladiateurs, et en bêtes sauvages. A mesure que son commerce florissait et s’étendait, le Bae’d devenait une source de revenus encore plus profitable…

Son influence au sein de l’estuaire de l’Olya, ainsi que son partenariat économique privilégié avec Sol’Dorn, contribuèrent à le rendre plus riche et puissant qu’un simple conseiller ne l’aurait été. Pourtant, il voulait plus. Qiryah n’était pas assez. Aussi, il installa une partie de ses affaires dans la grande cité à la mode ; Thaar. Côtoyant l’élite, organisant banquets et tissant des alliances économiques, Vel fit son petit bonhomme de chemin au sein de la société thaari, telle une araignée tissant sa toile. Il s’acoquina aux bons noms, et se rendit aux bonnes adresses. Au bout de quelques années, sa renommée était telle qu’il fut approché par le Conseil de Thaar, qui voyait en lui un atout non négligeable pour son pouvoir au sein de la Confédération des Châtellenies. Se mettre Vel dans la poche, c’était se rapprocher de ses fructueuses affaires, mais également s’assurer le rapprochement de Qiryah, toujours plus prospère sous l’égide de son éminence grise…

Le Drow avait tout ; sa ville, son empire commercial, son titre de Prince-Marchand, et sa richesse phénoménale. Pendant le Voile, il réalisa même un coup de maître, en rachetant les exploitations agricoles autour de sa Cité, qui lui furent vendues pour une bouchée de pain, étant donné la baisse de rendement qui frappa le pays entier. Au retour à la normale, les vendeurs s’étaient retrouvés bien embêtés, et Vel, lui, bien récompensé. Cependant, si tout semble tourner rond pour ce Drow (qui l’est tout autant), une ombre au tableau vient doucement frapper à sa porte, comme surgissant d’un passé qu’il avait trop bien vite oublié, et qu’il n’avait pas réellement cœur à se rappeler.

Le nom Do’Hel avait refait surface. Mais il ne s’agissait pas de Vel, cette fois-ci…


   
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MessageSujet: Re: Vel Do'Hel Rewt - Maître des Bêtes et Prince de Thaar   Jeu 14 Jan 2016 - 16:54

Petit up! La fiche est enfin terminée!

PAVÉ CÉSAR, ET OUAIS
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: Vel Do'Hel Rewt - Maître des Bêtes et Prince de Thaar   Ven 15 Jan 2016 - 7:19

C'est une très bonne fiche, j'ai franchement bien aimé.

Néanmoins quelques petites remarques :

- Comment passe-t-il de fils d'éminence grise d'une cité de province pas assez importante pour que Sol'Dorn s'en soucie à Prince Marchand de Thaar?

"Son âme soit recommandée aux Cinq"
- Alors en tant que drow, soit c'est de la pur provoc', soit il a totalement renié ses origines mais dans ce cas faudra être près à le jouer! Piqure de rappel ici.

"Ici, elle devait rester cloîtrée dans un palais, à entendre Mos’ank la rabrouer, et la traiter de débauchée."
- Les femmes drows ne sont pas du tout soumise à leur mari et ont toute une formation militaire au moins minime (comme tous les drows) ça m'étonnerait d'une sang pur, encore plus si le mariage a été arrangé pour la descendance, de se laisse traiter de la sorte... a moins qu'elle y trouve un intérêt. Peux-tu un peu plus détailler pourquoi elle se fait traiter ainsi?

Voilà, au final, pas grand chose, j'ai franchement bien aimé ta fiche. Rajoutes/corriges moi ces petites choses et ce sera bon. \o/
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MessageSujet: Re: Vel Do'Hel Rewt - Maître des Bêtes et Prince de Thaar   Ven 15 Jan 2016 - 22:31

Salut Maé! Content que ça t'ait plu ^^

En ce qui concerne l'état de Qiryah, je tiens à rappeler que les faits qui se déroulent dans le passé sont vieux de deux à trois siècles, et que durant ce laps de temps, la situation est plutôt encline à s'améliorer. Si Vel est devenu Prince-Marchand, c'est en amassant des richesses, en créant un commerce, et en le faisant prospérer au cours des deux siècles derniers... En fait, ses activités sont plutôt détaillées dans "Equipement et possessions". Il a rendu Qiryah riche, mais s'est fait pas mal de pépettes au passage :mrgreen:

Pour la seconde remarque, c'est Calphias d'Essalem, un natif des Septmonts, qui dit cette phrase. Il ne vénère pas le panthéon drow ^^

Et pour la troisième remarque, j'vais détailler ça tout de suite! Wink
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: Vel Do'Hel Rewt - Maître des Bêtes et Prince de Thaar   Sam 16 Jan 2016 - 9:59

Coucou Vel.

Il ne suffit pas d'être riche pour entrer au conseil de Thaar sinon celui-ci serait composé de plusieurs dizaines de personnes. Donc j'aimerais bien savoir comment il s'y est prit Wink
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Enrico di Montecale
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MessageSujet: Re: Vel Do'Hel Rewt - Maître des Bêtes et Prince de Thaar   Sam 16 Jan 2016 - 10:37

Ok, j'vais caser ça dans l'histoire ^^
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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: Vel Do'Hel Rewt - Maître des Bêtes et Prince de Thaar   Dim 17 Jan 2016 - 15:44


Allez, zou ! Les animaux ont faim! èé

Code:
[Métier] : Maître des Bêtes et Prince-Marchand de Thaar

[Sexe] : Masculin, Drow

[Classe d'arme] : Aucune

[Alignement] :  Neutre mauvais

Foire au RP ~ Pour tout ce qui est recherche de compagnons RP. En bref, que du bonheur !
Journal de bord ~ Pour archiver tes liens de RP qui content l'histoire de ton personnage {Vivement conseillé}.
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