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 Que redoutiez-vous donc de cette solitude ?

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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Que redoutiez-vous donc de cette solitude ?   Ven 8 Jan 2016 - 23:56




Que redoutiez-vous donc de cette solitude ?








Début de la 3ième énnéade de Verimios

Le baron avait passé une matinée intéressante. Le retour dans la capitale lui avait fait quelque peu de bien. Il lui semblait dans une certaine mesure qu’il se retrouvait dans un endroit où il pouvait encore faire avancer les choses. Beaucoup devaient trouver son action risible. Frisant le ridicule peut-être. Certains le voyait certainement comme un laquais pour l’un ou pour l’autre.

Le baron n’en avait que faire. L’important était que ses principaux partenaires sachent à quoi s’en tenir avec lui et qu’il puisse se regarder le matin dans le miroir. Personnellement il n’avait jamais eu de problème de ce point de vue. Il n’était pas exempt de défaut. Qui n’en n’avait pas ? Mais il pensait réellement qu’il était loin d’être le pire de ses pairs humains. Il pensait également que ses fins étaient suffisamment justes pour s’autoriser des fautes au passage.

Le baron avait à présent rendez-vous à la cathédrale. Un lieu saint et où à son dernier passage dans la cathédrale il avait déjà passé un moment à méditer. Il y avait fait une excellente rencontre. Il espérait que la chose allait se renouveler, d’autant que contrairement à la fois précédente, il n’y allait pas innocemment mais pour un rendez-vous.

Il laissa le quartier de son petit hôtel familial derrière lui et poursuivit sa route vers le chef d’oeuvre humain de la ville. Il était habillé très simplement, comme à son habitude, et rien dans son apparence ne pouvait réellement le distinguer. Il ne cherchait pas à en étaler à la figure des gens. Ni maintenant, ni autrefois.

Il arriva finalement devant l’édifice, heureux de retrouver Sainte Deina. Ce monument de pierre et de verre faisait toujours la fierté du baron. Il adorait ces lieux. Non pas pour la foule qui parfois s’y pressait, mais pour l’extraordinaire qualité du travail et le soin méticuleux apporté à chaque détail par des générations d’artisans. L’oeuvre de quelques hommes. Une poignée tout au plus, mais qui y avait laissé leur vie entière. L’oeuvre d’un peuple aussi, qui avait su aménager du temps et des ressources pour entreprendre un tel édifice.

La finalité pouvait, pour le païen, paraître comme peu utile, mais il ne fallait pas voir ce grand temple uniquement comme un lieu à l’honneur des Dieux, mais comme une oeuvre à la hauteur du savoir faire et de la grandeur de l’homme et de la société. Par delà les guerres, les siècles, les générations, ils avaient su bâtir une chose immense, plus grande même que la somme de ses parties. Et ce travail là, personne ne pouvait le trouver inutile. Car même les symboles avaient leur utilité.

Le baron entra d’un pas lent et mesuré dans l’édifice. La fraîcheur était bienvenue en ce début de période estivale. Il s’avança jusqu’au coeur qu’il contourna via le déambulatoire. Le lieu du rendez-vous n’était pas dans la cathédrale elle-même mais dans une salle annexe. Le baron, qui avait la chance d’être en très bon termes avec le monastère de Waldhouse, sur ses terres, avait via son intendant à Diantra demandé l’intercession du chef du monastère, un homme dont la sagesse obligeait le respect même des esprits les plus chagrins pour que le rendez-vous puisse se dérouler dans un endroit discret et neutre, sous la protection d’un clergé non teinté des affres politiques de la capitale.

L’homme s’était fait un devoir d’aider Niklaus, dont il connaissait les péchés, mais aussi les qualités, l’ayant vu grandir et étant -à intervalle trop irrégulier au goût de l’homme- son confesseur. Mais c’était un homme bon, et en cela Niklaus n’était pas un si mauvais élément. Cela couplé au respect dont Niklaus faisait malgré tout preuve et à l’amitié séculaire de la famille d’Altenberg avec les autorités religieuses établies sur son territoire, l’avait emporté.

Niklaus arriva devant une petite porte menant à une absidiole. Un jeune novice se trouvait là, il accueillit le baron avec un sourire et lui montra une autre petite porte qui menait à un escalier. Un petit passage souterrain menait au bâtiment de l’autre côté de la ruelle entourant la cathédrale, vers le siège Diantrais d’un des cultes de la Péninsule. Là il fut accueillit par une soeur, s’inclinant  d’abord, il se mit ensuite à son pas sans une seule parole et fut emmené vers une sorte de cloître. Le bruit blanc de l’eau se couplait à des chants religieux étouffé par l’épaisseur des murs. Les lieux était d’un paisible… Le baron se laissa aller à une certaine forme de contemplation silencieuse du petit arbre qui marquait le centre de la petite cour. Il aimait se réfugier dans un silence que d’autres auraient parfois trouvé pesant. Il laissa son esprit vagabonder, pensant quelques temps à la politique puis l’abandonnant pour laisser la place à des pensées plus personnelles.

Bien qu’il n’aimait pas penser à cela à quelques minutes d’un rendez vous important, il ne put s’empêcher dans ce cadre en particulier de voir d’horribles souvenirs revenir à lui. Son visage se ferma avec lenteur, passant de la neutralité à une visible mélancolie. Il revoyait son visage, parvenait encore à se souvenir de certains sons, certaines odeurs. Son regard habituellement aiguisé se focalisa sur l’immobilité parfaite des feuilles de l’arbre, ne sachant où se poser.

Il se targuait souvent d’être un homme aux sens aiguisé. Un chasseur hors pairs qui n’avait pas, contrairement à la plupart des nobles, fait de la chasse une sorte de reproduction à échelle réduite d’une bataille. Il chassait à l'affût, comme l’homme des campagnes. Et malgré cette habitude de repérer rapidement les changements dans son environnement, il fut totalement surprit de constater que quelqu’un s’était approché de lui. Il sortit de sa torpeur pour se retrouver devant la personne qu’il attendait. Quittant rapidement sa surprise et la réalité de ses sentiments du moment, il remit bien vite le masque habituel de neutralité qu’il arborait en société. Il fit néanmoins un sourire d’excuse gêné, presque touchant de véracité, tel un enfant fier qu’on aurait surprit à pleurer. Il s’inclina avec respect et avec toute la correction d’une étiquette parfaitement maîtrisée.


“ - Je suis confus. Je ne vous avais pas entendue… Merci de tout coeur d’avoir accepté cette entrevue, je mesure l’honneur qui m’est fait.”
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Que redoutiez-vous donc de cette solitude ?   Dim 10 Jan 2016 - 21:12

    Mes journées depuis mon arrivée à Diantra étaient une succession de rendez-vous, de rencontres et de discussions. Il ne se passait pas un jour sans qu'un messager ne vienne me dire que tel Baron, telle Dame ou tel religieux souhaitait rencontrer la Gardienne de Néera. Les informations circulaient vite, surtout dans une ville aussi grande, mais je restais tout de même très surprise qu'il y ait autant de personne désireuse de me rencontrer. Certaines seulement pour pouvoir dire « J'ai pu voir celle que l'on nomme Gardienne », d'autres désirant mon aide et celle de la Déesse pour divers problèmes, mais il fallait reconnaître que la question qui revenait le plus souvent concernait la Haute Prêtresse qui soutenait le dénommé Harold. J'avais conscience que les paroles que je pouvais prononcer à son sujet pouvaient entraîner de nouveaux conflits et je n'étais pas encore certaine de savoir ce que je devais faire.
    Au matin, j'avais rejoins mes frères au cœur de la cathédrale pour me joindre à leurs prières, mais alors que chacun quittait les rangés de banc en bois pour retourner à leur activité, j'étais restée seule, assise dans le silence tandis que je m'adressais directement à Elle.

    « - Néera, je suis ici par votre volonté. Je ferais ce que vous m'avez demandé de faire, mais j'ai besoin de votre aide. Vous êtes-vous adressée à la Haute-Prêtresse ? Lui avez-vous désigné cet homme comme Roi ? Certains ici sont convaincus de ça...  »

    Comme souvent je m'adressais à Elle sans attendre particulièrement de réponse. Après tout elle devait avoir bien d'autres choses à faire. Mais ce matin, en cet instant, je sentis soudain sa présence au dessus de mes épaules, comme l'ombre d'une mère bienfaisante. Un léger sourire se dessina sur mes lèvres alors que j'apprécie cet instant si agréable.

    « - Tu sais déjà ma position Jena. Je ne me préoccupe pas de votre politique. Je vous ai donné le Choix, à vous de vous en montrer digne en choisissant celui qui vous guidera vers la Paix. Tu dois apporter ton aide à ces hommes et ces femmes pour les guider, pour rétablir l'Equilibre, telle est ta tâche. »

    « - Et pour la Haute-Prêtresse ? Que dois-je faire, elle a menti en votre nom... Mais peut-être était-ce sa manière de maintenir la paix. Je n'ai pas d'autorité au sein du Culte, pourquoi m'écouteraient-ils ? »

    « - Parce que tu es Ma Voix, Jena. Et ils devront respecter cela. »

    Une brise légère fit voleter mes cheveux et presque aussitôt sa présence s'effaça. Néera avait parlé et je devais faire entendre sa Voix.
    Je me levais enfin, prête à quitter ma place face à l'autel quand je sentis une présence derrière moi. Je me tournais et mon regard aveugle vint se poser sur un jeune moine qui attendait le front baissé.


    « - On m'a chargé de vous dire que votre visiteur est arrivé. Permettez-moi de vous conduire à lui Gardienne. »

    Ainsi donc j'avais passé plusieurs heures assise sur ce banc de bois à prier, sans même m'en rendre compte.
    Après un hochement de tête, je suivis le jeune homme à travers les couloirs de la cathédrale. Je tenais mon bâton dans ma main gauche bien que je ne m'en servais pas pour me déplacer mais plutôt comme rappel de ma condition d'aveugle pour qui n'aurait pas déjà remarquer mon regard voilé de noir.
    Le jeune moine me conduisit vers une petite cour intérieure tranquille et silencieuse. Seul le chant d'une fontaine venait troubler la paix du lieu. Il s'inclina, bien que je ne pus le voir, et fit demi-tour pour me laisser seule avec mon visiteur.
    Ce dernier se tenait à quelques pas de moi et semblait plonger dans ses pensées. Je ne voulais pas troubler ce moment de réflexion, aussi restais-je silencieuse. Sans avoir besoin d'utiliser la magie que j'avais appris à maîtriser durant mes années de prêtrise, je pouvais sentir émaner de lui une profonde mélancolie.
    Après une longue minute, l'homme se tourna enfin vers moi et remarqua ma présence. Alors qu'il s'inclinait je fis quelques pas pour m'approcher de lui.


    « - Je suis heureuse de vous rencontrer Seigneur d'Altenberg et croyez bien que l'honneur est partagé. En quoi puis-je vous aider ? »


J'avais déjà ma petite idée, mais je préférais laisser à cet homme, Baron d'Apreplaine, me dire précisément la raison de cette entrevue. Je lui adressais un sourire avenant tout en braquant mon regard sur le sien.
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Que redoutiez-vous donc de cette solitude ?   Mer 13 Jan 2016 - 22:43




Le baron eut un moment d’hésitation. Lui qui avait été éduqué avec le plus grand soin ne savait pas comment se comporter avec cette personne. En particulier il  ne savait s’il devait ou pas lui baiser la main, comme à n’importe quelle autre dame noble. Il prit le parti de le faire, guettant dans la moindre réaction de la dame s’il avait tort ou raison de prendre cette initiative.

Il baissa naturellement les yeux tout en lui prenant délicatement la main pour l’amener à quelques centimètre de son visage. Il se releva ensuite pour pouvoir converser plus facilement. Il ne put s’empêcher d’observer quelque peu la dame. Il avait quelques appréhensions à venir parler ainsi d’une chose dont elle ne souhaitait peut-être rien avoir à voir.

Il ne put s'échapper au regard inquisiteur bien que sympathique de la femme. Il tenta de cacher quelque peu son malaise par un vague sourire. Il était habituellement bien plus diplomate et plus habile à cacher ses humeurs. Mais la fatigue devait commencer à avoir raison de lui. Si son cerveau fonctionnait toujours correctement, il sentait bien qu’il avait plus de mal à contrôler les attitudes de son visage, de ses membres. La brume épaisse de laquelle il émergeait chaque matin ne semblait plus s’estomper totalement en journée.


“ - Madame. Je vous prie d’être indulgente à mon égard. Je ne connais pas l’étiquette vous concernant et comment vous nommer.”

Il fit une pause pour la laisser répondre, puis, qu’elle qu’était sa réponse, même le silence, poursuivit la conversation en évitant soigneusement de l’adresser nommément.


“ - Je vous remercie de me recevoir. C’est réellement un honneur pour moi. Je viens ici pour chercher quelque réconfort dans mes démarches. Je ne sais si vous pourrez me les apporter, mais au moins entendrai-je vos conseils.”

Il s’arrêta à nouveau.

“ - Voulez vous marcher ? Le mouvement m’apaise.”

Il fit selon ce que la dame décida puis poursuivit.

“ - Je  ne sais pas par où commencer. Je suis un homme discret et pudique. Et je n’aime pas faire porter aux autres mon fardeau. Je suis toujours en extase devant le courage dont vous devez faire preuve, hommes de foi, pour assumer tant des passions des hommes, les puissants comme les derniers d’entre nous. C’est une force que je n’ai jamais eu. Certainement par grand orgueil. Mais je m’écarte du sujet.

Je suis venu ici pour discuter de ma situation, et de la votre accessoirement. La mienne car je n’ai personne à qui me confesser depuis que j’ai quitté Waldhouse. Mon confesseur s’y trouve et fait preuve pour moi d’une très grande ouverture d’esprit. C’est un homme éclairé et compréhensif. Mais je n’aurai plus le temps avant longtemps de retourner là bas, et il ne peut quitter son monastère. Peut-être y êtes vous déjà aller ? C’est un lieu merveilleux. Rien que de penser à leur jardin me rend le sourire.”

Et effectivement l’humeur du jeune noble s’était quelque peu rétablie à penser à tout cela, il souriait plus abondamment et regardait plus directement son interlocutrice.

“ - Je ne souhaite pas vous mettre dans une situation délicate. Je ne souhaite pas vous poser de questions auxquelles vous ne pourriez pas répondre. Je ne vous poserai pas de questions, et je vais simplement vous exposer mes problèmes et mes traquas. Vous me direz ce que vous voudrez à votre tour.”

Il fit un rapide soupir, visiblement heureux de vider son sac.

“ - Sûrement ne me connaissez vous pas. Je viens de l’Apreplaine, la province représentant toute la surface nord-ouest des domaines royaux. Je crois pouvoir jurer sur tout ce qui m’est cher que j’ai toujours, aussi loin que remonte mes souvenirs, choyé cet endroit. L’histoire de ma famille est intimement liée à ces lieux, et bien que nous n’en ayons pas la possession, nous en sommes les fidèles gardiens pour la Couronne depuis que cette dernière à pris possession du domaine, à quelques petites exception près.

Je pense être un homme parfois froid mais souvent juste. Je pense être un cynique et un rationnel, cynique au sens où j’essaye de mettre la sagesse et la vertu au centre de ma vie, rationnel au sens où j’essaye d’appuyer mes quelques décisions sur celles qui semblent être les plus profitables au but que je me suis fixé.

Ma foi envers nos Dieux est un sujet complexe. Je crois en leur existence sans avoir la foi dans l’absolu de leur jugement.”


Il regarda la dame.

“ - Je vous dis cela avec honnêteté et candeur. Ne m’envoyez pas l’inquisition… J’ai néanmoins le plus grand respect pour l’institution et toutes les personnes pourront vous confirmer que je suis sur mes terres un ami du culte.”

Il soupira à nouveau. Le contexte était posé, et il avait avoué ce qui était le plus difficile à ce stade.

“ - Je suis personnellement responsable de la mort d’une partie non négligeable de la population de mon domaine. J’ai pêché par lâcheté et par excès de zèle. J’ai accepté de répondre aux demandes aberrantes d’un pouvoir qui ne nous représentait plus. J’ai cédé et accepté de conscrire aux milices royales de nombreux hommes de mon domaine. Ces derniers sont pour la plupart morts lors de la bataille de Christabel.

Je n’ai pas peur d’envoyer les hommes à la mort. Je devrai certainement. Mais je n’en ai pas peur. Pas si la raison qui m’y a poussé est rationnelle pour la société. J’ai condamné à mort des criminels. Donner la mort fait partie intégrante de mes responsabilité. Nous avons, en tant que nobles, le privilège et l’exclusivité du droit à l’utilisation de la violence, tout du moins en théorie.

Mais là il ne s’agissait pas de punir, ou de se battre pour un gain clair dans la société. Il s’agissait de protéger des intérêts personnels. J’aurai du agir et refuser de participer. Je ne l’ai pas fait. J’aurai du reconnaître ma traîtrise immédiatement et refuser. Mais je me suis menti à moi même. Me convaincant que la Couronne, même en régence, me demandait quelque chose, et que je lui devait obéissance. Je vis avec cette erreur et j’espère que je m’en montrerai digne.

Depuis la fin de Christabel, je n’ai eu de cesse de tenter d’arriver à un retour au calme. Et naturellement les dires de la hautre prétresse ont joué beaucoup dans la balance. J’ai composé avec Harold, j’ai composé avec Velteroc, avec le Langehack. Je compose avec ce que chaque personne de pouvoir cherche à avoir. J’essaye de parvenir à un compromis et de rétablir l’ordre d’une société claire dans nos régions.

Je viens ici pour vous dire cela et pour savoir ce que vous pouvez m’en dire. Vous qui êtes l’éminence du culte. Je cherche à connaître votre avis sur mes péripéties. Si vous ne souhaitez rien m’en dire naturellement, alors je vous demanderai simplement de me souhaiter bonne chance, et de prier pour moi…”
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Que redoutiez-vous donc de cette solitude ?   Lun 18 Jan 2016 - 13:17

    Il y eut un moment de flottement pendant lequel je me concentrais sur l’être qui se tenait devant moi. Ce n’était pas une chose que j’aimais faire particulièrement, mais depuis que j’étais à Diantra je m’exerçais systématiquement pour essayer de cerner les personnes que je rencontrais. J’essaie de rendre mon don plus… simple d’utilisation afin d’éviter de les toucher, je n’aimais guère les surprises qu’un simple contact pouvait me procurer. Parfois rien, le vide absolument, parfois des images violentes et des émotions trop lourdes à supporter. Je savais que Néera m’avait fait cadeau de ce don pour lire le cœur et l’âme des gens, pour savoir s’ils étaient dignes de confiance ou non… mais parfois c’était trop dur à supporter. Et sans que je m’y attende une expérience de ce genre se produisit lorsque Niklaus d’Apreplaine me prit la main.
    Pour lui, il s’agissait simplement d’une marque de politesse, un baise main comme on n’en faisait aux Dames, mais pour moi ce fut totalement différent, brutal même. Mon malaise ne dura qu’une fraction de seconde, pourtant j’eus l’impression de passer des heures à lutter contre les flots, à voir la tempête secouer le gréement, à voir les vagues recouvrir le pont… jusqu’à ce que le bateau coule, emportant avec lui le visage d’une femme… d’une très belle femme.
    Lorsque les images disparurent, les doigts de Niklaus quittaient les miens mais je sentais encore la souffrance et le poids du deuil qu’il portait.

    Je chassais ses images pour me reconcentrer sur le Baron et la raison de sa visite. Il me remercia à nouveau de le recevoir avant de me proposer de faire quelques pas. C’était exactement ce qu’il me fallait et je lui adressais un sourire.


    « - Ne vous formalisez pas de ça avec moi, l’étiquette ne m’intéresse guère, à vrai dire je ne sais pas moi-même comment il conviendrait que vous m’appeliez… alors utilisez tout simplement mon prénom.
    J’ai passé la matinée assise, marcher me fera le plus grand bien »


    Sur ses mots je suivis les pas de Niklaus. Même si je ne pouvais pas le voir, je pouvais entendre le bruit de ses pas, le rythme qu’il donnait à sa marche et je me calais dessus. Mon bâton tapait les dalles de la cour au même rythme tandis que je l’écoutais m’énoncer les raisons de sa présence.
    Je fus d’abord surprise de constater qu’il cherchait avant tout un confesseur. Non pas que cette tâche me rebute, au contraire, mais je ne m’étais pas attendue à ce qu’un Baron demande directement à la Gardienne du Culte d’écouter sa confession. Pourtant c’est ce que je fis, sans l’interrompre. Il avait l’âme tourmentée par ses actions mais il éprouvait un sincère repenti. Oui il regrettait les morts, la guerre, ce qu’il pensait être de la lâcheté de sa part. Il me parlait de la Haute Prêtresse, finalement on en revenait toujours à elle, et de sa position actuelle et il finit par me demander ce que je pensais de tout cela.

    Je m’arrêtais et tournais mon visage vers la fontaine au centre de la cour. J’entendais la douceur de son chant et sans la voir je l’imaginais scintillante. Je me focalisais sur cette image douce et agréable, puis je tendis la main vers le bras de Niklaus. A nouveau, je me sentis submergée par le tumulte de ses tourments. Là encore je constatais la sincérité de ses paroles, il voulait vraiment le retour de la paix en Péninsule, il voulait le bien des gens qu’il gouvernait en Apreplaine. Mais il y avait tout de même une part d’ombre. Je la connaissais pour l’avoir vu chez beaucoup d’homme coupable d’avoir déjà donné la mort. Je l’avais déjà sentit chez d’autre que lui, chez mon époux notamment. Mais ce n’était pas la pureté absolue que souhaitait Néera, Elle connaissait trop bien la nature de l’Homme pour pouvoir exiger une chose pareille.


    « - Vos paroles sont sincères Messire et votre repenti l’est tout autant. Je ressens votre tourment et sachez que vous n’avez pas à porter indéfiniment ce fardeau. Les victimes de cette guerre sont entre les mains de Tyra, il n’y a plus rien à faire pour changer cela. En revanche vous avez le Choix aujourd’hui de lutter pour ce qui est bon pour le Médian. Si votre cause est juste alors vous réussirez. »

    Je lâchais son bras et repris la marche.

    « - Je n’interférerai pas dans la politique du Médian, je ne suis en faveur d’aucun prétendant, qu’il s’agisse de vous, du dénommé Harold ou d’un autre. Le Culte doit apporter son Conseil pour que l’Equilibre soit préserver et que les Dogmes de Néera soit respectés, nous n’avons pas à nous immiscer dans vos décisions. Néera vous a donné le Choix, alors choisissez. Elisez votre Roi, nommez celui qui guidera le Médian vers la paix.
    Vous êtes quelqu’un de bon Niklaus d’Altenberg, vous êtes honnête et loyal. Si vous souhaitez soulager votre conscience alors soyez serein, vous pouvez vous pardonner. Mais vous avez le devoir de ne pas oublier pour ne pas reproduire vos erreurs. »


    Je m’arrêtais à nouveau et tournais mon regard aveugle vers lui. J’espérais avoir répondu à ses attentes. Je me doutais que mes paroles au sujet de la position du culte risquaient de soulever des questions, notamment au sujet de la Haute Prêtresse, mais j’étais prête à y répondre.

    « - Pardonnez-moi mais….Vous masquez si bien le tourment qui vous habite… »

    J’avais laissé échapper ses mots, presque en les murmurant. Les images me revenaient en mémoire, les sensations aussi. Je ne pouvais pas contrôler ce que j’avais vu, ni même forcer mon don pour en voir davantage, mais comme à chaque fois, aussi surprenant que cela puisse paraître, je n’avais aucun doute sur les choses que j’avais vu.

    « - Je suis vraiment navrée pour vous, ce naufrage vous a séparé d’êtres chers. J’espère et je prierai pour que vous trouviez la paix. »
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Que redoutiez-vous donc de cette solitude ?   Jeu 21 Jan 2016 - 18:59


Le baron et la gardienne s’étaient arrêtés tandis qu'elle répondait à ses paroles. Les choses étaient claires. Elle ne souhaitait pas prendre position. Et elle userait de son influence pour maintenir la neutralité du Culte.  La position étant factuellement établie, le baron ne chercherait pas à obtenir plus de précision de la Gardienne. Il savait qu’il avait déjà de la chance d’avoir obtenu une réponse aussi claire.

“ - J’entends votre recommandation Madame, et je fais mon possible pour ne pas marcher à nouveau sur ce chemin. Je ne vous en demanderai pas plus. Vous avez fait beaucoup pour apaiser le coeur d’un homme déboussolé.”

Il ne savait promettre faire que des choses morales. Faire le bien ou être moral ? Pouvait-on seulement espérer faire les deux ? Le mal était un mystère. On ne savait quand on s’engageait dans la perdition. On ne savait quand on s’engageait vers la lumière. La vie d’un homme était au final un chemin qui, de l’avis de Niklaus, ne reflétait que ses propres actions et devait par conséquent répondre à l’éthique qu’on se fixait. Il fallait questionner son éthique, questionner son chemin, mais il ne fallait pas avoir peur de faire des choix. Au moins les dires de la Gardienne renforçaient-ils quelques peu les pensées du jeune noble.

Il baissa les yeux quand la jeune femme tourna son regard vers lui. Ne souhaitant dévisager une personne qui ne pouvait lui retourner la pareille. Elle ajouta une parole concernant le tourment qui l’habitait que le baron prit au début pour une parole quelque peu banale, de celles qu’on fait pour rassurer quelque peu les gens qui viennent de confesser leurs peines, ou pour réhausser leur estime en leur donnant un compliment un peu gratuit de leur force morale. Il pensait qu’il s’agissait là d’une sorte de constatation amicale.

Il était très touché par l’attention de la jeune aveugle. Même s’il n’était pas le meilleur de ses ouailles, il acceptait comme un cadeau précieux les mots de réconfort de la personne. Cela faisait toujours du bien de l’entendre, même s’il n’arriverai jamais à se pardonner, comme le recommandait la Gardienne. Il nota néanmoins au visage de la femme qu’elle voulait en fait en dire plus qu’il ne le pensait. Que ces simples mots suggérait autre chose.


“ - Merci madame. Vos mots de réconfort m’accompagneront. J’essaye de voiler mes faiblesses, c’est vrai. Ainsi va la vie... ”

Puis vint la dernière phrase de la Gardienne. Il fallut quelques secondes au baron pour comprendre que depuis le début de cette fin de conversation il s’était trompé. Elle ne parlait pas de sa position actuelle, ni de ses remords concernant son peuple ou sa douleur face aux èrements du centre de la Péninsule.

Tout cela n’était rien. Rien par rapport à la tempête qui submergea à nouveau Niklaus quan enfin il comprit de quoi elle voulait parler. Il fut heureux - si l’on pouvait seulement s’exprimer ainsi- que la femme ne puisse rien voir de son visage, qui s’était quelque peu décomposé sous le coup de la surprise, mêlée à la tristesse et la colère que lui rapelait la femme. Il avait été le seul jusqu’à présent à porter son deuil. Le seul à porter le lourd poids de la vérité sur une partie importante de sa vie, cachée à ses pairs, cachée à ses sujets, cachée à ses amis.

Personne n’avait jamais parlé avec lui d’Ariane et de cette funeste nuit. Il ne s’était jamais confié. Pas même à son confesseur de Waldhouse. Il mit quelques moment à chercher des mots à mettre sur les sentiments que tout cela remuait en lui, sans même réfléchir plus avant à ce que la femme avait dit. A vrai dire il luttait surtout pour ne pas voir trois ans d’une tristesse vécue seule remonter à la surface et perdre la face devant cette personne qu’il connaissait à peine.

Il prit sur lui pour lutter contre ses entrailles devenues subitement de plomb et contre ce noeud si serré qui s’était formé dans sa gorge. Il eut une expiration se voulant soupir un peu saccadée. Il dut s’appuyer silencieusement contre une des colonnes, comme un homme à qui on avait envoyé un lourd poing au ventre. Il avait l’impression de revivre cette terrible matinée où il s’était retrouvé échoué sur la plage de Syriac, ou cette terrible nuit d’orage de son enfance où il était tombé dans un précipice avec sa monture.

Il ferma les yeux. Inspirant profondément, il prit sur lui pour se redonner de la contenance, décrispant légèrement son visage. Son cerveau pourtant d’habitude peu prompt à se laisser emporter par les passions reprenait difficilement le dessus. Il analysait petit à petit ce que la dame avait raconté. Des êtres… Des êtres ? Des êtres ? Des êtres !

Ses yeux s’écarquillèrent légèrement, puis redevinrent d’un froid glacial.


“ - Je vous en prie Madame, asseyons-nous. Je ne peux poursuivre cette discussion debout. Mes forces m’abandonnent. ”

Tant pis pour la politesse et pour l’éducation. On lui appris à ne pas précéder les dames dans ce genre d’action. Mais il lui fallait immédiatement s’asseoir, il sentait déjà que la pression sanguine dans son crâne n’était plus nominale. Le malaise vagual pouvait subvenir à tout moment. Il se dirigea avec lenteur vers le banc le plus proche, un simple banc de pierre adossé contre le mur du cloître. S’abandonnant contre la roche dure, il s’appuya de tout son poids. A la vue de la Gardienne, il savait bien que cette dernière ne pourrait forcément répondre à toutes ces questions, mais il fallait qu’il sache.

“ - Comment connaissez vous cet épisode ? Oh et après tout peu importe. Vous connaissez visiblement le plus lourd de mes secrets. Et vous avez utilisé le pluriel ? Pourquoi ? Par pitié pas de mystère. Dites moi les choses sans détour…”
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Que redoutiez-vous donc de cette solitude ?   Jeu 21 Jan 2016 - 20:49

    En toute innocence je ne m'étais pas attendue à ce que mes paroles provoquent une telle réaction chez mon visiteur. Le changement fut brutal, je sentis un flot d'émotion le submerger, envahir le calme apaisant de cette cour. Je ne parvenais pas à saisir quel sentiment était le plus fort tant ils se succédaient... La colère, la surprise... et une profonde tristesse. Je l'avais senti profondément ancrée en lui lorsqu'il m'avait pris là main mais je venais de la raviver sans le vouloir. Il me fallait apprendre à tenir ma langue sur ces visions. Un instant j'avais crains que le seigneur d'Altenberg ne fasse un malaise tant la tension qui l'habitait était palpable. Finalement il me demande si nous pouvions nous asseoir et je le suivis lentement tandis qu'il … s’effondrait sur un banc de pierre.
    Je ne pouvais pas le voir mais je devinais aisément qu'il devait être pâle comme un linge, je m'en voulais d'autant plus. Je n'aurais pas du remuer ces vieux souvenirs, ils étaient toujours entachés d'une profonde souffrance, j'avais été mal avisé de conclure notre conversation par cette référence.
    Lorsqu'il m'interrogea, je restais sans répondre, gênée par le malaise que je venais de provoquer chez lui.
    Je me déplaçais lentement et vint m'asseoir à ses côtés. Sans hésiter une seconde je tendis ma main vers lui en attendant qu'il me la saisisse. Lorsqu'il le fit, je concentrais ma magie et m'appliquais pendant la minute qui suivit à calmer son corps et son esprit. Je voulais seulement l'apaiser, réparer le mal que je lui avais causé.


    « - Je suis sincèrement désolée... Je n'aurais pas du vous parler de cet événement ainsi, j'aurais du me douter que ces souvenirs étaient toujours très douloureux pour vous. Pardonnez moi d'avoir ainsi fait irruption dans vos pensées les plus intimes. »

    J'étais sincère, je ne voulais pas qu'il garde de moi l'image d'une Gardienne balançant des secrets douloureux au visage de ses visiteurs.

    « - En me nommant Gardienne, Néera m'a fait cadeau d'un don particulier. Si j'ai du sacrifier ma vue, elle m'a permis de voir autrement. Ce don est plus fort lorsque qu'il y a un contact physique. C'est pourquoi, les prêtres qui m'entourent ont pour consigne d'éviter de me toucher. Mais cela ne vous intéresse pas j'en ai conscience... disons que je vous ai dévoilé l'un de mes secrets pour me faire pardonner d'avoir ainsi parlé du votre. »

    Je continuais à garder la main du Baron d'Apreplaine entre les miennes. Je n'usais plus de ma magie pour l'apaiser mais je me tenais prête à recommencer. Visiblement il n'était pas préparé à entendre ce que j'allais lui dire.

    « - Si j'ai utilisé le pluriel c'est parce que ce jour là vous avez été séparé de votre femme et de votre enfant à naître. Je suis navrée si je vous l'apprend... Je n'avais pas pensé une seconde que vous puissiez l'ignorer. Ils sont maintenant entre les mains de Tyr..... »

    Je n'avais que rarement eu le contrôle sur mon don et aussi soudainement que la première fois, le visage de la jeune femme s'imposa à mon esprit. Son regard terrifié me glaça le sang, ses cris résonnèrent à mes oreilles. Et brutalement le décor changea, la mer en furie fut remplacée par la lumière d'une bougie vacillante. Mais c'était toujours cette même voix que j'entendais crier...pourtant, ce n'était pas pareil cette fois. Je pouvais sentir la joie de la Déesse, comme à chaque naissance.
    J'entendis les cris du nouveau né en même temps que le dernier soupir d'une mère morte en couche. La joie et la tristesse de Néera me serra le coeur. Je rouvris mes yeux voilés, consciente que mon silence était surprenant.


    « - Je … Ariane. Elle s'appelait Ariane n'est-ce pas ?
    Je souhaite de tout cœur apaiser votre tourment et vous voir retrouver la paix, aussi, je vais vous confier ce que j'ai vu, mais gardez bien à l'esprit que je ne possède pas toutes les réponses.
    Cette femme, votre femme, a rejoint le royaume de Tyra il y a de nombreuses années... mais elle n'a pas quitté ce monde lors du naufrage qui vous a séparé. Je sais seulement que Néera a veillé sur elle durant ses dernières heures, alors qu'elle donnait la vie. »
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MessageSujet: Re: Que redoutiez-vous donc de cette solitude ?   Lun 25 Jan 2016 - 21:22

Le baron resta de marbre quelques instants à la mention d’un enfant. Il n’entendit pas vraiment la suite.

Ces souvenirs si accablant qu’il avait habillement enfermés dans un coin de sa mémoire, voilà qu’ils réapparaissaient aussi vif que s’ils s’étaient déroulés la veille. Le baron se souvenait encore de cette nuit qui avait pourtant si bien commencée. Il se souvenait encore de s’être endormi bercé par cette mer quelque peu creusée qui les portait vers sa contrée natale. Les draps d’un tissu très rèche auraient pu être inconfortables pour beaucoup, mais lui qui avait plus dormi sur des paillasse que dans les draps de soie, cela ne lui avait pas fait beaucoup d’effet. Son épouse, riche héritière orpheline, s’était en revanche, il s’en souvenait encore, recroquevillée contre lui, bien plus décontenancée par si peu de confort.

La nuit avait été douce, et il sentait encore l’odeur de ses cheveux, la douceur de sa peau. Mille et un petits détails qui lui avait paru sans importance sur le moment. Heureux qu’il était de pouvoir présenter sa femme à cette région et à ce peuple qu’il aimait temps, mais triste d’y retourner pour entérrer son père.

Le réveil brutal à une heure inconnue de la nuit les avait tous deux projeté en dehors de leur paillasse. Ils avaient roulés contre la cloison la plus proche. Le baron, qui avait les sens à l’affut, avait naturellement senti que la mer s’était creusée durant la nuit, mais pour éviter de faire peur à sa jeune épouse, n’était pas sorti du lit.

Il se souvenait des cris au dehors, sur le pont, des marins qui étaient déjà remontés de la cale, aussi surpris que le couple. Il se souvenait encore d’avoir retrouvé ses réflexes de chasseur, et d’avoir bondit comme un chat. La peur lui avait fait réagir d’instinct et il avait relevé sans ménagement son épouse, sans prendre le temps de mesurer sa force. Il se souvenait de l’avoir mené à leur couche, lui recommandant de s’accrocher, et de n’avoir passé qu’un simple bas en lin, qu’il avait noué avec une corde, incapable dans l’obscurité de retrouver mieux comme tenue. Montant sur le pont à la lueur des éclairs qui zébraient à l’extérieur, il sentait déjà de l’eau au travers des grilles de bois servant à éclairer la cale et à évacuer l’eau du pont.

Le vent était retombé à son arrivée sur le pont, mais la pluie et le creux des vagues s’étaient en revanche aggravés. Les voiles étaient toutes déchirées. L’eau, froide sans être glaciale en ce début d’été, s’était abattue plusieurs fois sur lui et sans s’être accroché à une main courante, il serait certainement tombé par dessus bord. Il sentait encore le goût d’eau salée dans la bouche. Les narines brûlantes sous l’effet de l’eau de mer qu’il avait recraché parfois par le nez.

Il se souvenait encore avoir attrapé une ligne de vie sur le pont et de l’avoir solidement attaché à sa taille avant de se mettre en quête du capitaine du navire, sur le chapiteau arrière. Les cris étaient nombreux, et il n’avait pas entammé une longue discussion avec ce dernier. Rien qu’en voyant sa figure entre deux éclairs, il savait qu’il fallait lutter sans se poser de question.

Se mettant au service silencieux de ce dernier, il attrappa le guide de l’aviron de direction et se mit à lutter avec le capitaine contre les flots de manière à l’aider à barrer la navire avec le barreur. Ne cherchant pas à comprendre sur quoi les deux hommes cherchaient à mettre le cap, il se contenta d’immiter leurs mouvements. Et ce n’est qu’au bout d’un temps qu’il ne pourrait pas estimer qu’il comprit que ces derniers avaient vu à babord un point lumineux. Certainement le bûcher du phare de Syriac avait alors pensé le baron, pensée que visiblement le capitaine et son second avaient déjà eu, d’où leurs manoeuvres desespérées.

L’approche de la rade de Syriac était assez simple même par tempête, ce qui représentait une grande partie de l’intérêt du port. Il fallait simplement éviter l’île aux abeilles au large. Si le baron n’entendait alors pas grand chose en navigation nautique, il avait néanmoins put se renseigner avec force de détail après cette fameuse nuit. Pourtant malgré une approche rigoureuse, les hommes se mirent à douter, car la côte qui s’approchait ne ressemblait pas à celle de Syriac, sous les trombes d’eau et à la lueur seule des éclairs, la chose n’était cependant pas évidente… Et ce n’est qu’au dernier moment qu’ils se rendirent compte de leur erreur, un récif venant leur faire face. Bien que le capitaine le vit, il ne purent dévier de leur trajectoire et la marée, les courants et l’inertie du navire projetèrent bientôt le flanc babord de l’embarcation contre ces remparts minéraux.

Comme leur vitesse n’était pas bien grande, la trajectoire ayant été coupé, le bateau vint se poser à même les récifs sans s’y briser immédiatement, coincé dans la tourmente. Alors commença un concert horrible de bois se déformant, se craquelant, jouant petit à petit jusqu’à rompre. L’aviron de direction s’était lui même brisé, et clairement le temps viendrait bientôt où l’embarcation cèderait sous les coups de boutoir du récif.

N’écoutant que son instinct, Niklaus était reparti vers la cale, pour rejoindre son épouse. Il fallait pouvoir quitter le navire si nécessaire. Elle ne nageait pas très bien. Il en avait pu faire l’expérience.

La redescente à fond de cale avait prit une éternitée. Il avait de l’eau jusqu’au genoux en arrivant dans leur petite chambre. Elle était là, elle ne criait pas mais pleurait. Il entendait encore distinctement, malgré la tempête, malgré les cris au dehors, ses sanglots calmes. Le coeur de Niklaus se brisa à ce souvenir. Il l’avait retrouvé, et il l’avait enlacé. La dernière fois qu’il l’avait tenu dans ses bras, la portant à moitié pour revenir sur le pont et pour l’attacher à une ligne de vie. Il voyait encore ses mains lutter contre le cordage qui ne voulait pas s’ajuster à sa taille fine.

C’était là le dernier souvenir que Niklaus avait de son épouse. Leurs quatre mains luttant contre un cordage… Il avait reçu un coup à la tête et ne s’était reveillé que plus tard, flottant avec le mat auquel sa ligne de vie était relié. Accroché à ce débris de fortune, il ne pouvait voir la moindre terre et avait pensé sa dernière heure arrivée. Sans l’instinct de survie, toujours si fort, il se serait de toute manière laissé mourir. Et il n’en était pas passé loin, car les pécheurs d’Apreplaine qui l’avait retrouvé sur une plage deux jours plus tard l’avait retrouvé presque mort. Il ne se souvenait plus que de la main douce de la femme du bourgmestre de Syriac qui s’était occupé du baron retrouvé. De cet orphelin et veuf.

C’était une main de la même douceur, cette douceur maternelle que seule les femmes pouvaient avoir, qui le ramenait au présent.

Son coeur s’apaisait, il le sentait bien. Sa respiration était profonde roque. Il retrouva au dessus de lui les pierres taillées du cloître qu’il avait abandonné quelques secondes auparavant. Il prit son visage entre ses mains. Et pour la première fois depuis trois ans, il pleura. Sans cri, sans sanglot, sans crise. Il pleura silencieusement, avec toute la dignité d’un homme qui quelques instants auparavant, était un homme qui avait retenu ses larmes pendant trois ans. Il avait décidé de ne pas pleurer pour ne pas inquieter ses amis, pour ne pas inquiéter son peuple, pour faire face.

La vague était passée… Le coeur de Niklaus s’était resseré. Il pleurait de dépit et de tristesse mais n’était plus nostalgique. Il avait fait son deuil… Il s’était pardonné, et surtout maintenant il en avait le coeur net. Ariane était morte. Il lui restait maintenant à trouver des solutions pour le présent, et non plus à s’appitoyer sur un hypothétique futur. Même si les larmes continuaient à couler, il répondit avec sérieux. Avec une froideur presque inquiétante.


“ - Je vois. A-t-elle beaucoup souffert ? A-t-elle été… Maltraitée ?”


Il déglutit avec difficulté. Il savait que la vie sur cette terre était bien plus dure pour les femmes. A ce sujet il eut une frayeur mortelle en imaginant son enfant, si c’était une fille, au mains d’hommes.

“ - Je sais que vous n’avez pas toutes les réponses, mais avez vous une idée du sort de mon enfant ? Est-ce une fille ou un garçon ? Je vais prendre mes dispositions pour partir à sa recherche dès la Diète terminée.”

Une colère sourde commençait à gronder en lui. Car au fond de lui-même, il pensait déjà savoir où aller chercher. Ils n’avaient pas pu faire naufrage n’importe où vu l’endroit où Niklaus avait accosté. Et peu d’endroits sur la côte d’Eris étaient connus pour ses naufrageurs. S’il n’avait pas eu de succès par le passé à faire mener des recherches par un nombre incommensurable d’espions sur la côte d’Eris et à Meca, c’était parce qu’il avait fait chercher son épouse, et que cette dernière devait être au fond d’une fosse commune ou sous une tombe anonyme. Soit son enfant avait été versé dans un orphelinat ou comme sous-fifre dans une famille quelconque, soit on attendait le bon moment pour tenter d’en tirer une rançon. Peut-être les deux. Son coeur se sera encore plus, et les larmes commençait à se tarir.
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MessageSujet: Re: Que redoutiez-vous donc de cette solitude ?   Sam 30 Jan 2016 - 12:23

    Mon visiteur resta silencieux un moment et je pouvais parfaitement le comprendre. Qui ne l'aurait pas été après avoir appris pareille nouvelle. Je lui laissais le temps d'encaisser le choc tout en continuant d'apaiser son âme d'un simple contact. Je ne lui avais pas révélé ces informations pour le tourmenter davantage et il l'avait compris puisqu'il déclara quelques instants après qu'il prendrait ses dispositions pour retrouver son enfant. Mais ce qu'il me demanda également me laissa silencieuse. Mon rôle était d'être l'intermédiaire entre les Hommes et Néera, pour l'heure j'avais surtout rempli les missions qu'Elle me demandait de remplir sans réellement prendre le temps de jouer mon rôle de Gardienne. Lorsque la Diète serait terminée, que la Paix régnerait à nouveau et que le problème de la Haute Prêtresse serait résolue alors j'aurais le temps de me consacrer entièrement à cette tâche... du moins tant qu'Elle le souhaiterait.

    « - Comme vous l'avez dit très justement, je n'ai pas toute les réponses. En revanche je peux les demander à Néera. Cela pourra prendre un peu de temps et je ne peux pas vous garantir qu'Elle me répondra. Mais je vous promets de lui demander. »

    Je lâchais sa main et me levais. Il était tant que je me retire, je n'avais pas encore vu ma fille de toute la matinée et je lui avais promis de passer quelques heures avec elle hors du temple.

    « - Je dois malheureusement vous laisser, mais si vous le souhaitez vous pouvez encore profiter de la quiétude de cet endroit. J'espère avoir répondu à vos attentes et que je répondrai prochainement à celles qui ressortent de notre entretien. Vous êtes un homme droit et courageux, si je peux le voir alors ne doutait pas qu'Elle puisse le voir aussi. Priez que Néera vous entende. A bientôt Niklaus d'Altenberg. »


* * *


    Trois jours étaient passés depuis cet entretien lorsque Néera répondit à ma demande. Je me promenais avec Liliana dans les jardins de la Cathédrale quand sa petite voix enfantine résonna à mes oreilles.

    « - Qu'il se rende sur l'île de Meca, son fils grandit là bas. »

    Des images avaient suivis ses mots, rien de très clair et lorsque j'essayais de les comprendre elle s'effaçait brusquement. Comme si j'avais voulu attraper un nuage...J'avais aussitôt appeler l'un des frères qui se trouvaient là, bêchant la sol pour planter de nouvelles fleurs médicinales. Il avait couru chercher de quoi écrire et je lui dictais une lettre à l'attention du Seigneur d'Apreplaine.
    Je ne l'entourais pas de toutes les fioritures habituelles, préférant aller droit au but.


    Citation :
    «  Au Seigneur Niklaus d'Altenberg,

    Comme je vous l'avais promis j'ai prié la Déesse de vous guider jusqu'à votre enfant. Et Elle m'a répondu.
    Si je ne puis vous dire avec précision où il se trouve, je sais qu'il s'agit d'un petit garçon et qu'il se trouve sur l'île de Meca. J'ai pu « voir » le visage de la notre Mère gravait dans le marbre, cette statue doit se trouver à l'entrée d'un Temple. Je pense que c'est là bas que votre épouse a donné naissance à votre fils.J'espère que vous le retrouverez sain et sauf.

    Mes prières vous accompagnent,
    Jena »

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