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 Un rêve étouffé [Jena, Hanegard]

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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Un rêve étouffé [Jena, Hanegard]   Sam 27 Fév 2016, 00:57





Un rêve étouffé








Sixieme ennéade de Verimiso, Manoir Altenberg, proche d'Apreplaine-ville




Niklaus avait quitté la ville de Diantra et la Diète avec un pincement au coeur. Lui qui avait tant bataillé, tant travaillé, voilà enfin qu’une fin était en vue. Diantra elle était loin d’être sauvée, et bien des gens commençaient déjà à s’épancher de la cité vers les terres environnantes. L’occupation n’avait pas été simple, et la radiation de Diantra comme ville libre de la Ligue après le départ du Langehack des négociations n’était pas pour rassurer non plus, même les plus aisés.

Traversant le fleuve maintenant devenu la frontière du nouvel ensemble auquel il devrait sous peu discuter de la gouvernance, le noble contempla une dernière fois derrière lui la colonne de pauvres gens qui se déversaient sur le Garnaad. Tous les jours apportant son lot de nouveaux venus, les Dieux seuls savaient pour combien de temps encore.

___________

L’arrivée à Apreplaine-la-ville s’était faite tard dans la nuit, le baron ayant insisté pour qu’ils continuent leur chemin, la lune éclairant leurs pas et ceux de leurs montures. Il était pressé de retrouve enfin son foyer. Il avait besoin de s’isoler, de restaurer en lui une certaine forme de paix qu’il n’avait jamais réussi à retrouver depuis les révélations de la gardienne. Il savait d’avance qu’il allait mal dormir cette nuit, voire pas du tout, la nouvelle lui rendant encore le sang vert.

Il arriva finalement devant le beau mur de pierre qui ceinturait la forêt de son manoir. Jamais n’avait-il été aussi pressé de retrouver cette enceinte, qui si elle ne permettait pas d’arrêter grand chose marquait pour le jeune homme de se retrouver enfin chez lui. Les deux maisons de garde derrière la grande grille fermant le passage étaient réveillées, ils savaient que leur maître devait rentrer ce soir. C’étaient des braves gens.

Niklaus ne les salua pas bien longtemps, il eut bien du mal à saluer les enfants aux fenêtres, d'autant que cela lui rappelait celui qu’il ne connaissait pas et qu’il avait perdu. Il fit preuve néanmoins de force et de bienveillance et fit un salut aimable de loin, sans que leurs parents ne puisse voir qu’il leur répondaient. Selon toute probabilité il n’avait le droit d’avoir le nez collé au carreau et devraient être au lit.  Cela lui faisait le plus grand bien de retrouver la douceur d’une vie normale. Une petite cinquantaine de personnes se partageaient son service sur la grande propriété, et il connaissait chacune des familles comme si c’était la sienne. Il ne fricotait pas ni ne se mêlait des affaires privées de ses gens, il fallait savoir se montrer respectueux de leur droit à avoir leur vie, et il fallait également ne pas confondre les rôles. Mais être ferme et juste n’empêchait pas d’être sympathique par ailleurs.

Il descendit avec plaisir de sa monture pour la laisser à un palefrenier. Il voulait faire les derniers déplacements à pied. Le grand parc qui voyait s’écouler deux grands torrents était toujours un havre de paix retrouvé. Il avait passé son enfance à jouer dans ces bois, à chasser aussi, à contempler ces grands massifs de buissons fleuris, à regarder les insectes butiner les parterres de fleurs. Ces lieux étaient hors du temps. Sa famille avait bien travaillé.

Il marcha lentement. L’air était chaud. Il portait des vêtements agréables et bien coupés, mais était poussiéreux et collant d’une journée à cheval sur des chemins de cette belle terre d’Apreplaine, d’un brun paille caractéristique des alentours du grand fleuve. Son attitude était calme. Il arriva jusqu’aux berges du plus grand des petits lacs aménagés dans la propriété. L’eau était calme et il  connaissait parfaitement les lieux. Instinctivement, il défit sa cape, enleva sa tunique et ses chausses, ne conservant que son pantalon de lin et se glissa doucement et silencieusement dans l’eau.

Le ciel au dessus de sa tête ne présentait pas le moindre nuage, et la lune déclinait, laissant place à un amas fabuleux d’étoiles. Leurs reflets sur l’eau étaient surréalistes, il glissa silencieusement dans l’onde, se mettant sur le dos, les oreilles sous le niveau de l’eau.

Seul. Encore…

Seul alors qu’il n’aurait pas du être seul. Seul alors que sur cette terre un bout de sa chair lui avait été ôté. Seul dans la victoire de la raison en politique, seul dans la détresse de son cœur. Il n’avait jamais su se résoudre à prendre une autre épouse. Jamais il n’avait fait le deuil de son âme sœur que les Dieux lui avaient ôté si rapidement. Comment pouvait-il pardonner la Providence d’avoir été aussi injuste ?

Il ferma les yeux, il était fatigué. Heureux de ne plus sentir la pesanteur sur son corps, heureux de se baigner dans ces reflets d’étoiles providentiels, au milieu de son domaine, au milieu de sa propriété. Sachant que quelque part dans les confins de cet univers concentrique, se trouvait un fils perdu.

Une heure passa, ou peut-être deux. Il ne savait pas. La nature continuait autour de lui son ballet, et il remarqua même deux cerfs venant se désaltérer, ne soupçonnant pas qu’un humain flottait à quelques encablures de là.

Les gens du manoir ne devait pas trop s’inquiéter de son absence. Ses promenades nocturnes étaient habituelles, et ils connaissaient les us de leur maitre. Pourtant quelqu’un avait du remarquer sa mélancolie et devait s’être inquiété pour lui car il entendait un bruit correspondant à un rapide pataugement, puis de quelqu’un ou quelque chose se mettant à l’eau.

Il se remit droit dans l’eau, sortant ses oreilles de l’eau et cherchant à voir dans la pénombre quelle personne avait plongé au point de faire de nombreuses vagues dans l’eau, dérangeant la symétrie stellaire au passage. Au final il eut un sourire amusé en voyant qu’il s’agissait de son chien, un gros, solide et brave berger de l’Apreplaine.

Insouciant de l’humeur de son maître, et lui toujours heureux de retrouver Niklaus, il fit la nage avec la rusticité de ces grosses bêtes jusqu’au baron qui l’accueillit avec un petit rire. On ne pouvait décidément douter que ces animaux étaient les plus fidèles d’entre tous. Il rassura la bête sur son état et lui flatta la tête avant de se remettre à nager vers le rivage, là où il avait laissé ses vêtements.

Ils sortirent tous deux du petit lac pour se retrouver sur la berge de galets. Le jeune homme ne se rhabilla pas mais se laissa tomber assit sur les galets. Le berger d’Apreplaine lui fit une petite fête à laquelle le baron répondit par des rires entrecoupés de quelques sanglots refoulés. Le chien vint s’installer par dessus ses jambes, laissant son gros thorax peser de tout son poids sur le jeune homme qui fit passer ses bras autour de son encolure. Tous deux de natures calmes, le chien et le maitre restèrent là quelques temps, confondus dans l’étreinte de l’homme sur la bête.

Le baron crut s’endormir, exténué des derniers jours. Et il s’était sûrement laissé aller à un demi sommeil dans cette mauvaise position quand il sentit son énorme chien remuer sous lui. Au loin, sur le petit pont qui coupait l’extrêmité du lac, permettant aux eaux de ce lac de rejoindre le plan d’eau entourant le manoir, une lanterne avançait. Quelqu’un le cherchait à coup sûr.

Il ramassa ses vêtements, que le chien et lui même, en s’asseyant dessus, avaient complètement chiffonnés. Il avait durement mal au dos, durement mal au bassin, et durement mal aux jambes, le poids du chien et l’endormissement dans une position inconfortable n’ayant pas aidés.

Il fut heureux d’être dans la pénombre. Il n’aimait pas montrer aux autres ses moments de faiblesse. Il s’agissait d’Alix Jäger, son plus vieil ami d’enfance, et qui avait été élevé presque comme un frère par le père de Niklaus. Alix avait perdu son père très jeune, et Niklaus sa mère. Leurs deux parents veufs avaient trouvé du réconfort l’un dans l’autre, et Niklaus et Alix avaient toujours été amis.

Alix était le surintendant de Niklaus, c’est à dire son bras droit et disposait d’une grande demeure sur le domaine que le père de Niklaus avait fait construire pour la mère d'Alix en son temps, Niklaus lui avait laissé naturellement la demeure. Et avait trouve en lui un excellent bras droit. Bien que la distance ne fut pas bien longue, ils prirent leur temps, car Niklaus lui expliqua ses tracas. Il voulait se mettre à la recherche de son fils, et cela le plus rapidement possible. Mais à côté de cela nombreux étaient ceux qui demandaient sa présence au Garnaad et dans la ligue. Il n’aurait pas le temps d’enquêter lui même.

Son ami se tint silencieux pour laisser le temps à Niklaus d’expliquer ses malheurs, et arrivé au manoir, Alix le raccompagna jusqu’à ses appartements, au dernier étage. Le surintendant laissa du temps à son ami puis ils discutèrent longuement, très longuement, le baron ayant pris le temps de se laver puis de passer une robe d’intérieur.

____________________

Le jour se levait sur l’Apreplaine. Une nouvelle très belle journée. Depuis son petit cabinet de travail, il pouvait voir l’horizon s’éclaircir au dessus de la cime des arbres. Le ciel tirait sur le rouge sang d’un côté et restait encore presque noir à l’autre extrémité. Il regarda les premiers oiseaux commencer leurs envols depuis les cimes forestières, cherchant certainement à aller boire aux premières lueurs du jour.

Il écrivait aux deux personnes dont il avait fait la connaissance à Diantra et qui lui avait fait grande impression. Il s’inquiétait beaucoup de les savoir encore là bas, la ville pouvant d’un jour à l’autre être en proie à une révolte sanglante. Toute Gardienne que Jena était, Niklaus s’interrogeait sur ce qu’un mouvement de foule pouvait provoquer. Les gens désespérés pouvaient faire les pires choses. Il voulait envoyer le message dans la journée, ainsi qu’un message donnant instruction à ses gens à Diantra de protéger surtout leur vie et de ne pas chercher à jouer aux héros en protégeant ses biens dans la capitale. Il fit également quelques lettres à ses cousins par alliance dans la capitale, pour la plupart marchands, cherchant à les rassurer sur son état et leur donnant l’assurance que sa porte était ouverte en cas de problème, les invitant mêmes à s’interroger sur la pertinence de rester dans la ville. Il ordonna également à Elias de Fontenois de quitter l’hôtel de Syriac et de prendre refuge dans une de ses nombreuses cachettes en ville.

La lettre pour les Kastelord étaient ainsi rédigée :
Niklaus d'Altenberg a écrit:




Maison Altenberg

Monsieur Niklaus Anasis Termal D'Altenberg




Manoir d'Alenberg, Baronnie d'Apreplaine,
Calimehtarus de la 6ièmeennéade de Verimios de la 8ème année du 11ème cycle,

Cher Hanegard,

J’ai constaté à mon départ qu’un grand nombre de réfugiés, pauvres et nantis, fuyaient les affres de Diantra et les mouvements erratiques de l’occupant Langecin. L’ancienne capitale, outre son ébullition naturelle, me parait à présent un lieu pouvant tourner à l'insurrection. Nous ne nous connaissons pas depuis longtemps mais croyez bien que je suis inquiet de votre situation.

L’Apreplaine et les terres du Garnaad ne sont pas en proie aux mêmes maux que Diantra. Nos gens ici sont calmes. Les réfugiés sont pour le moment plus ou moins établis dans le Valblanc, et je m’apprête à donner à M. Alix Jäger, mon surintendant, la pleine et entière délégation des pouvoirs nécessaires à l’installation permanente de ces derniers afin que les réfugiés trouvent à leur arrivée une oreille attentive à leurs demandes et une noblesse toute entière dédiée à l’amélioration de leur condition. Dans ces conditions, en engageant ces gens et en les faisant contribuer à leur bien être, je suis certain que ces personnes trouveront sur nos terres les méthodes inclusives qui manquent aux brutaux et peu scrupuleux militaires langecins.

Je vous invite également à me rejoindre en Apreplaine, où nous jouissons de la chance de nous être prémunis des maux de la guerre. Le domaine fonctionne normalement bien qu’il use de toute son influence et de toutes ses ressources disponibles pour venir en aide aux réfugiés de Valblanc. Bien plus que de l’argent, c’est de la bienveillance et de l’intelligence administrative dont nous faisons usage ici bas, ce qui aura, j’en suis convaincu, de bien meilleurs vertus sur les douleurs de ces pauvres ères.

J’ai peur pour votre famille, pour votre épouse. J’ai peur pour les hauts prêtres de Diantra. Le Langehack s’étant isolé, les hommes de pouvoir de ce domaine seront bientôt aux abois, et dans le désespoir, les Dieux seuls savent ce qu’ils risquent de faire.

Je vous supplie d’entendre ma proposition. Venez me rejoindre à Apreplaine-la-ville, en mon manoir. Vous y serez bien reçu et l’espace de quelques jours, nous pourrons un peu oublier ces dernières ennéades de galère. J’invite également votre épouse, si elle le souhaite, à évacuer un maximum des hommes et femmes du clergé vers nos terres. Nous disposons de quoi les accueillir et les mettre en sécurité. Le Langehack ayant décidé de mettre seul en œuvre la charité en provenance de ses terres et n’incluant pas le clergé dans leur œuvre de reconstruction, je souhaite prendre le contre-pied ici bas. L’œuvre de charité sera bien nécessaire dans le Valblanc et je pense que nous avons un nombre infini de choses à faire pour aider ces gens. Vous redonneriez de l’espoir un jeune mais bien triste baron en accédant à mes propositions.

Aujourd’hui je pars pour la journée dans le sud, pour retrouver mes pairs. Nous devons nous décider sur un duc-électeur pour le Garnaad. Je prie la Providence pour qu’une personne trouve le courage de se proposer à ma place, mes beaucoup me réclame. Mes pairs insistent mais je suis déchiré. Leur appel est sincère et m’honore, mais la quête de mon fils perdu me semble d’une urgence indomptable. J’ai donné mandat à Alix Jäger pour organiser discrètement des recherches. Nous avons quelques hommes dignes de confiance et très doués dans ces domaines. Si vous ne savez pas de quoi je parle, discutez en avec votre épouse. Je lui accorde le droit de lever pour vous le secret de mes confessions et des visions qu’elle a eu à mon égard.

J’espère que je le retrouverai bientôt, mon cœur se vide de son sang pendant cette attente.

Je vous salue amicalement,


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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Un rêve étouffé [Jena, Hanegard]   Sam 27 Fév 2016, 14:50


Suite à l’agression dans la ruelle, j’avais retrouvé une certaine sérénité, une paix intérieure qui m’avait fuit depuis bien trop longtemps. Les doutes ne me taraudaient plus et ne hantaient plus mes nuits, car je savais désormais ne pas être « comme eux », pour reprendre l’expression par laquelle je désignais la haute noblesse du royaume qui s’entredéchirait dans leur quête du pouvoir. Cette voie sur laquelle je m’étais engagé depuis la bataille de Christabel et qui ne menait qu’à des trahisons s’éloignait peu à peu de moi. Ma famille valait décidément bien plus que toute ces luttes stériles dont nul ne voyait la fin, et pour la première fois depuis des mois je dormais avec l’esprit apaisé.

Pour autant, je n’oubliais pas être un châtelain de la Ligue, ce qui m’avait amené à entreprendre la rédaction de longs rapports sur les réseaux d’espions dont je disposais à Diantra. Tout le travail effectué depuis la fuite de l’ancien  chancelier ne devait pas être perdu, mes serments à défaut de mon cœur me dictaient de léguer à mes suzerains les moyens de les récupérer et de m’y remplacer. Pendant des jours, j’avais donc entrepris de rédiger un état des lieux aussi exhaustif que possible de mes connaissances sur le monde souterrain de Diantra, listant les criminels et les informateurs, les vices et les faiblesses de chacun, qui travaillait pour qui, qui pouvait être soudoyé et qui resterait fidèle à ses idéaux. Mes contacts avec le monde de la pègre y côtoyaient les hommes travaillant pour Ignazio le langecin, les rivalités entre guildes marchandes suivaient la description de l’organisation criminelle du Rampant. Des ennéades entières à patauger dans le monde du crime se trouvaient ainsi reportées sur le vélin.

Assez étonnamment, je trouvais presque un aspect apaisant à l’écriture de ces rapports, comme si je me débarrassais ainsi de ce poids qui pesait sur mes épaules. Tels les reptiles qui effectuent leurs mues et abandonnent leurs anciennes peaux, je déposais ce rôle que les évènements m’avait forcé à endosser. Chaque rapport se voyait immédiatement doublé, afin que je puisse les faire parvenir au Duc du Médian d’une part, à Niklaus d’Altenberg de l’autre. A aucun moment je ne me sentis tenté d’en écrire une troisième version à destination d’Harold d’Erac, les autres fondateurs de la Ligue lui feraient parvenir ce qu’ils estimeraient utile.

Deux aspects restèrent toutefois absent de mes rapports, non pas que j’en ai eu honte mais je ne tenais pas à les laisser sous forme écrite. Le premier point concernait les anciennes archives du royaume qu’Ignazio et moi avions pu récupérer et envoyer à Velteroc ou Langehack. Sur cette manne certes importante mais faible comparée à ce qu’avaient été les archives royales avant l’incendie, j’en avais détourné une petite partie relative à Alonna ou à moi-même. Inutile bien évidemment de prévenir mes suzerains de cette malhonnêteté par laquelle je cherchais avant tout à préserver la tranquillité de ma famille. Ce que les agents de Trystan ou d’Aetius pouvaient savoir de moi devait disparaître à tout jamais… et après tout, qui s’en étonnerait ? Moins d’un dixième des archives de Diantra existait encore, le reste ayant été calciné.

Le second aspect laissé volontairement sous silence concernait mon rôle dans la maladie d’Harold, mes liens avec l’empoisonneur thaari et l’assassin connu sous le pseudonyme de Serpent. Point besoin d’être grand clerc en effet pour deviner qu’il valait mieux laisser tomber une chape de silence sur l’empoisonnement d’un des trois ducs de la Ligue. J’ignorais d’ailleurs ce qu’il était advenu du Serpent, le gaillard ayant disparu peu après la Diète pour retourner dans les ténèbres d’où il était issu. Je le soupçonnais d’avoir quitté la région, les membres de sa profession évitant de demeurer trop longtemps sur le terrain de leurs exploits. Qu’il aille à Tyra, cela m’allait très bien !

Je venais de terminer ce travail purificateur lorsque nous reçûmes l’invitation de Niklaus à passer quelques jours chez lui pour nous éloigner des troubles qui soulevaient la capitale. Une cité au bord de l’insurrection ne s’avérait en effet pas le meilleur endroit pour retrouver l’apaisement, d’autant plus que Liliana aurait voulu pouvoir sortir de la cathédrale plus souvent, ce à quoi moi et Jena nous opposions par sécurité. C’est donc avec joie que nous acceptâmes cette offre, ravis de nous retrouver loin des magouilles politiques pendant quelques temps. Seule l’inquiétude relative à l’enfant perdu de Niklaus, dont je connaissais désormais moi aussi le secret, nous pesait. En tant que père, je pouvais comprendre le chagrin de cet homme devenu pour moi un ami.

Nous quittâmes Diantra sans le moindre regret, prenant la direction de l’Ouest. Notre groupe devait rapidement se diviser, car j’avais profité de l’occasion pour renvoyer à Renhanda et Val-Néera ceux de mes clercs qui m’avaient assisté ces dernier temps, ainsi qu’une partie de mes gardes dont je n’aurai nul usage chez le baron d’Apreplaine. C’est donc en petite compagnie que nous prîmes la route du manoir d’Altenberg : moi et Jena, Liliana, un prêtre de Néera qui ferait la navette avec Diantra pour continuer la préparation du Conclave, quelques serviteurs et gardes nains. Glamdring avait lui pour ordre de se rendre à Renhanda afin de ramener en Apreplaine Dastan et Elyan, nos deux garçons nous manquant chaque jour un peu plus.
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Un rêve étouffé [Jena, Hanegard]   Lun 29 Fév 2016, 13:47

    Les préparatifs du conclave étaient quelque peu malmenés par les événements qui se déroulaient dans la capitale. L’insécurité grandissante et le mécontentement des Diantrais ne laissaient rien présager de bon. A tel point que certains Grands Prêtres avaient demandé si le Conclave devait se tenir obligatoirement à Diantra. Par tradition celui-ci avait toujours eu lieu à Sainte Deina, mais il apparaissait évident que les troubles actuels ne permettaient pas de garantir la sécurité des Grands Prêtres et Grandes Prêtresses qui feraient le déplacement.
    Hanegard avait reçu une missive de Niklaus d’Altenberg au moment où l’on se posait la question de trouver un endroit plus sûr. Le lieu étant encore sujet à discussion, j’avais finalement fait savoir que je me retirai quelques jours pour rejoindre mes enfants et qu’il suffirait de me faire savoir où et quand se tiendrait le Conclave. J’avais écouté mon époux me lire la lettre du Baron d’Apreplaine et j’avais été touché que cet homme propose ainsi d’ouvrir ses portes aux membres du Culte, mais il me paraissait évident que mes Frères refuseraient une telle proposition et c’est ce qu’ils firent. Ils ne voulaient pas abandonner derrière eux les Diantrais et la Cathédrale.

    Depuis quelques jours Hanegard semblait plus serein. L’agitation qui ébranlait son âme ses dernières ennéades paraissait l’avoir quitté. Je n’avais plus à éviter sa présence et je pouvais enfin rester dans la même pièce que mon époux sans craindre d’être affectée par ses tourments. L’idée de cette escapade, loin de la politique, loin des troubles de la capitale, avait fini de l’apaiser. Du moins c’est ainsi que je ressentais le calme que je pouvais lire en lui.

    En revanche, moi, je me sentais bien plus agitée. Je m’inquiétais pour mes fils qui devaient faire la route jusqu’au manoir de Niklaus. Je les savais parfaitement bien accompagnés, Clarys serait probablement avec eux, mais je ne pouvais m’empêcher d’être terrifiée à l’idée qu’il leur arrive quelque chose. Combien de temps leur faudrait-il pour nous rejoindre ? Un jour ? Deux jours ? L’angoisse m’empêchait d’être totalement détendue et cela devait s’en ressentir, j’étais bien moins communicative qu’à l’accoutumé.

    Dans le carrosse qui nous conduisait jusqu’à Apreplaine-la-ville,  Liliana dessinait, chantait et commentait toutes les choses qu’elle voyait. C’était épuisant, mais j’aimais entendre la joie dans la voix de ma fille. Lorsqu’elle s’endormit enfin, je me permis à mon tour de fermer les yeux. J’étais épuisée par les ennéades que nous venions de vivre. J’avais eu de nombreuses conversations avec Lucillia, la Haute Prêtresse que le Conclave devait juger, à chaque fois j’étais sortie de nos entretiens plus accablée. Cette femme avait sincèrement cru lire des signes de Néera, elle était persuadée qu’elle avait agi en son nom, qu’elle n’avait fait qu’accomplir les paroles de la Déesse. Elle était à présent perdue, désemparée et bouleversée par ce qu’elle avait commis.

    Mais à présent j’étais loin de tout ça, loin de Diantra. Lorsque je fermais les yeux, je pouvais même la sentir près de moi. J’étais enveloppée dans ses bras invisibles, comme protégée par l’étreinte d’une mère, et j’avais la sensation qu’elle cherchait à m’apaiser. Cette pensée me fit sourire.  
    Le soleil se couchait lorsque les grilles du Manoir d’Altenberg furent en vue. Liliana s’était couchée contre son père et sa respiration lente et régulière m’apprit qu’elle dormait profondément. Pas étonnant vu l’énergie qu’elle avait dépensée durant le trajet !


    « - Evitons de la réveiller » murmurais-je alors qu’on venait ouvrir la porte du carrosse.

    Je gardais ma fille contre moi le temps qu’Hanegard descende. Il la prit ensuite dans ses bras et je lui tendis sa petite cape pour qu’il la recouvre. Nous étions en plein été mais les soirées étaient fraîches et je ne voulais pas que Liliana attrape froid.  
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Un rêve étouffé [Jena, Hanegard]   Mer 02 Mar 2016, 00:28

Niklaus avait fait partir le matin suivant une missive pour son contact à Meca, qui se trouvait au delà de l’horizon en face des côtes de l’Apreplaine. Il fallait des informations rapidement, et maintenant qu’il savait ce qu’il cherchait, il fallait agir vite. Syriac étant le seul port des domaines royaux sur l’Eris digne de ce nom, et l’île de sinistre réputation n’acceuillait pas que des sans foi ni loi. Certains étaient certes plus roublards que la moyenne, mais n’étaient pas des criminels. Eux venaient commercer en paix. Et ceux-là avaient la protection de la baronnie, l’activité du port de Syriac étant pour partie liée à ces accords informels.

Quatre jours s’étaient écoulés entre le départ de Niklaus de Diantra et l’arrivée des Kastelords chez lui, le courrier ayant eu le plus grand mal à entrer dans la capitale avec discrétion. Au final le baron n’avait pas eu le droit à sa paix escomptée. Il était parti le Panahos pour Apreplaine-la-ville pour retrouver les nobles des terres royales et effectuer un congrès exceptionnel. Les débats avaient été longs. Niklaus avait fait durer en longueur sa candidature pour le poste de duc-électeur, préférant à ce poste de Vallancourt. Il avait eu l’espoir d’éviter ce carreau là, mais il ne put finalement esquiver plus longtemps et devant les demandes de l’essentiel de l’assemblée, accepta de proposer sa candidature. Elu rapidement dans la foulée de sa candidature et ayant rapidement prêté serment, le reste de la réunion fut principalement occupé à rédiger un acte marquant l’évènement puis à débuter les arbitrages entre nobles du Garnaad.

Le baron en était ressorti le soir même avec la nécessité d’aller à Christabel la ville pour y participer au premier conseil de la Ligue. Il y fut le lendemain et dès le conseil fini l’Elenwënas, redescendit à Apreplaine. Heureusement que Christabel et Apreplaine étaient atteignable dans la journée. Il revint donc dans ses pénates le soir précédent l’arrivée des Kastelords.

Niklaus était au parc lorsqu’on annonça l’arrivée des Kastelord, regardant le ciel devenir orange. Il prenait une collation frugale assis à la petite gloriette en bois qu’il affectionnait tant et qui bordait le petit lac artificiel qui longeait le manoir. Il ne pensait plus que ces derniers arriveraient ce soir, et par conséquent avait pensé faire de ce ridicule encas son diner. Il n’avait pas encore retrouvé un appétit conséquent de toute  manière. Cet endroit était son préféré, et c’était la raison pour laquelle il avait fait élever cette gloriette. Elle faisait face à l’île du renard et l’on ne voyait qu’une petite partie du manoir, le reste étant caché par les arbres et le verger entourant la halle des fêtes.

Il se leva lentement et entreprit de rentrer au manoir. Il serait certainement là bas après ses invités, dont il voyait d’ailleurs le carosse passer le pont desservant le chemin menant à l’entrée est du parc du manoir. Il se mit au petit trot, profitant de l’occasion pour se dégourdir un peu. Ne souhaitant pas recevoir ses invités avec la respiration d’un homme ayant fait un effort, il repassa au pas pour remonter la grande étendue d’herbe qui suivait le bassin encadrant la route d’arrivée. Arrivant au manoir avec le sourire d’un homme heureux de retrouver de bons amis, il fit signe à ses gens, qui recevaient les Kastelords, de manière à ce qu’ils leur indique que Niklaus arrivait.

Il lui fallut un peu de temps pour remonter les jardins d’agrément et arriver enfin au manoir. Il fit une accolade franche et amicale à Hanegard et fit un baise main à la gardienne.


“ - Mes chers amis… Je suis si heureux que vous ayez répondus à mon invitation. Vous voilà loin des tracas de la ville, et cela me fait bien plaisir. Soyez les bienvenus dans ce petit havre de paix que les Altenberg se sont aménagés. Et soyez les bienvenus en Apreplaine. J’ai bien peur de ne pas avoir rendu grand service à ses habitants en faisant passer notre région de l’ombre à la lumière. Il y a encore quelques énnéades, je ne suis pas certain que grand monde aurait sut dire où nous nous trouvions. Nous autres Altenbergs qui étions connus pour notre discrétion, voilà que les choses ont bien changées par ma faute.

Mais à d’autres le pessimisme. Vous êtes là et c’est tout ce qui compte. Venez donc, entrez donc. Vous devez être affamés, et je n’ai pas eu le temps d’attaquer le diner. Je pensais faire une petite collation. Mais vu que vous êtes là…”


Depuis leur rencontre à Diantra, Niklaus paraissait moins fatigué. Il avait perdu cette teinte grise presque cadavérique qui avait suivi ses grandes difficultés à Diantra. Mais si il paraissait moins affaibli, il semblait toujours être au delà de ses forces de jeune homme. Il avait perdu beaucoup de poids dans les dernières énnéades, et cela se voyait. S’il restait toujours très costaud, car telle était sa constitution, il était à présent sec comme du bois dur alors qu’il était habituellement normalement constitué. Ses cheveux avaient été recoupés très courts depuis leur dernière entrevue, ce qui lui donnait un peu l’air d’un militaire en permission.

“ - Je vous ai fait préparer les grands appartements. Il s’y trouve trois chambres. Vous aurez l’embarras du choix pour votre fille et vous mêmes. J’ai compris que vos fils devraient nous rejoindre. Nous pourrons ouvrir l’appartement Cyan au premier si nécessaire. Voici Pierre Seltiers l’échanson de cet maison, et le secret le mieux caché de toute l’Apreplaine. Je pense ne pas connaître de meilleur cuisinier. Il doit représenter à lui seul la raison de mes quelques succès diplomatiques et administratifs. Les bonnes relations que j’entretiens tiennent plus à ses prouesses culinaires qu’à ma personne, croyez moi. Qu’avons nous ce soir pour nos invités ?”

“- Avez vous des choses particulières que vous souhaiteriez ? Sinon je vous propose d’attendre la surprise.”

“ - Ca me va. Avez-vous des choses que vous ne supportez pas chers amis ?”

Il laissa répondre puis les invita à les suivre vers l’intérieur. Le Hall d’entrée était assez grand, et contenait de grandes poutres de bois qui tenaient visiblement l’édifice. Le sol était recouvert d’un dallage élégant en pierre polies et de grandes tapisseries tombaient des murs. Deux grands escaliers montaient vers les étages.

“- Tout droit se trouve la bibliothèque. La fierté et la prunelle de notre lignée. Nous irons plus tard si cela vous intéresse. Pour le moment je pense que vous avez faim. Je me trompe ?”, demanda le baron à destination de ses invités.

“ - Messire a quelques collations prêtes dans le cabinet jaune, en attendant de diner." Ajouta l'homme.

“ - Parfait. Vouliez-vous quelques instants à vous dans vos appartements pour vous rafraîchir avant de me rejoindre dans le cabinet jaune ? On vous guidera. Cela me permettra de me rafraîchir également. Et, si elle ne se réveille pas, de déposer votre petit trésor. Souhaitez-vous dîner dehors ? Je pense qu’il fera chaud ce soir. ”
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Un rêve étouffé [Jena, Hanegard]   Sam 05 Mar 2016, 14:24


Une fois les fameuses tours de Diantra laissées derrière nous, ce fut comme si la chape de plomb qui pesait sur nos épaules disparaissait d’un coup. Jusqu’à la dernière seconde j’avais craint un problème, un empêchement, un énième contretemps qui aurait requis la présence de Jena à la cathédrale. Fort heureusement rien de tout cela n’arriva, et tandis que le reste de notre groupe prenait la route de Velteroc, notre carrosse s’engagea en direction d’Apreplaine, loin cette cité torturée par les haines et les mesquines ambitions.

Liliana parut elle aussi ressentir cet état d’esprit plus léger, et comme tout enfant lors d’un voyage elle devint bien vite un véritable boisseau de puces. Je m’étais souvent demandé si le cerveau humain disposait d’un processus dénommé « l’ennui du trajet » qui ne se désactivait qu’une fois atteinte l’adolescence. Dans tous les cas, ma fille ne tenait pas en place et il fallut participer à ses jeux, commenter avec elle le paysage, l’aider dans ses dessins et écouter ses chants. Moi comme Jena nous y prêtâmes de bon cœur, tant cela nous rappelait les temps heureux où la politique ne venait pas encore pourrir le quotidien de notre petite famille.

Cela soit dit en passant, j’admirais depuis longtemps déjà les qualités de ma fille en matière de chant. Elle avait hérité de la douce voix de sa mère, mais en sachant la moduler et la porter sur une musique avec un tel talent que je fis remarquer à Jena qu’il faudrait que nous lui trouvions un professeur pour développer ce don. En ce qui me concernait, mes talents de chanteur se limitaient à ceux requis dans un corps de garde, et je préférais éviter de les entonner à portée de chastes oreilles.

Les routes se trouvaient en fort bon état dans cette partie du royaume jusque là épargné par la guerre et son cortège de dévastations, au point que le balancement régulier du carrosse finit par avoir raison de l’excitation de ma fille qui se lova contre moi comme un chat et s’endormit. C’est ainsi que nous arrivâmes à notre destination, le manoir Altenberg, accueillis par le maitre des lieux. Niklaus paraissait lui aussi en meilleure forme que lors de notre dernière rencontre, même si quelques kilos en plus ne lui aurait pas fait de mal. Les petits plats de son cuisinier dont il nous vanta les mérites sauraient bien arranger cela.


Niklaus, mon cher ami, quel plaisir de vous revoir !

Après les salutations d’usage, Niklaus nous proposa de nous laisser prendre possession de nos appartements avant de le rejoindre pour le diner, ce que nous acceptâmes avec joie. Après la fatigue et la poussière du voyage, nous n’avions pas volé ce petit répit pour nous refaire une beauté. Par ailleurs, Liliana dormant toujours profondément, je préférais la laisser se reposer dans un bon lit douillet.

Après avoir porté ma fille jusqu’à sa chambre, l’avoir allongé sur le lit et recouvert d’une couverture moelleuse, je l’embrassais tendrement sur le front et rejoignit Jena qui organisait notre installation, guidant les domestiques pour répartir nos affaires tel un chef d’orchestre au milieu de sa troupe. Cela en étonnait plus d’un qui croyait ma femme aveugle, alors qu’en réalité elle voyait simplement notre monde… différemment. Malgré ses explications, je n’avais d’ailleurs jamais bien compris la façon dont elle percevait les présences, retenant juste que Jena n’était pas diminuée par son apparente cécité.

Les domestiques ayant fini d’installer nos affaires, je fis le tour de l’appartement, admirant le luxe de la demeure de Niklaus. Le genre de luxe que j’appréciais : non point ostentatoire ni nouveau riche, mais discret et élégant. Le luxe que peuvent se permettre ceux qui disposent de moyens financiers sans ressentir le besoin ou l’envie de le proclamer urbi et orbi. Mais c’est en ouvrant une des portes du fond et en voyant la grande vasque dans le sol d’où montait de la vapeur que je pus m’écrier avec joie :


Chérie… il y a une grande baignoire emplie d’eau chaude. La civilisation, enfin !
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Un rêve étouffé [Jena, Hanegard]   Jeu 10 Mar 2016, 12:22

[HRP : Pardon pour l'attente... j'avais pas vu que c'était à mon tour.... :niark: ]

    Le Seigneur d’Altenberg nous accueillit avec une joie non dissimulée. Si je ne pouvais pas voir dans quel état de fatigue physique il était, je pouvais la ressentir en lui lorsqu’il se saisit de ma main pour y déposer un baiser. Ce geste était tout à fait élégant et amical mais je me crispais presque aussitôt, je redoutais toujours autant les contacts et je faisais toujours le maximum pour les éviter. Ma cécité m’avait empêché d’anticiper le geste et ne l’ayant pas vu venir je m’étais immédiatement tendue, redoutant le flot d’émotions et d’images qui pouvait m’envahir.
    Ce fut moins fort que lors de notre première rencontre mais je ressentis toute de même l’angoisse et les doutes qui étreignaient son cœur. Sûrement à cause de l’incertitude concernant son fils. Il était aussi très fatigué, physiquement mais aussi moralement, je pouvais ressentir le poids qui pesait sur ses épaules. Je me promis alors que je ferais mon possible pour apaiser cette tension.

    Niklaus ne sembla pas s’en rendre compte et il nous invita à entrer avec empressement. Il semblait vraiment ravi de nous accueillir et le sentir si chaleureux à notre égard me fit retrouver le sourire. Malgré la fatigue j’avais hâte de partager la table de notre hôte. J’étais certaine que les quelques jours que nous passerions ici, loin de Diantra et des problèmes politiques, nous ferait le plus grand bien. Depuis mon retour des Monts-Corbeaux je n’avais guère eu le temps de reprendre mon souffle. A peine rentrée à Val-Néera j’avais dû repartir pour Beltrod, puis filer sans attendre pour Diantra… et une fois à Sainte Deina, je n’avais presque plus eu un seul moment à moi. Entre la gestion du temple, les visites des prêtes et des fidèles, la Diète, le cas de la Haute-Prêtresse, ma fille et les récents problèmes au sein même de mon couple, j’avais eu l’impression d’être constamment en train de me noyer, la tête n’émergeant de l’eau que pour mieux se faire aspirer à nouveau. Ici peut-être pourrais-je réfléchir à cette quête et à ce qu’elle m’avait coûté.

    Très prévenant Niklaus s’inquiéta de notre confort, de ce que nous souhaitions manger et même de l’arrivée prochaine de nos enfants. Je posais ma main sur son bras, cette fois sans la moindre hésitation et je lui adressais un sourire. Même si je n’aimais pas fixer mes interlocuteurs dans les yeux pour leur éviter la gêne que pouvait produire mon regard voilé de noir, je ne pus m’empêcher de fixer ce point au milieu du brouillard qui m’entourait sans douter une seconde qu’il s’agissait de l’endroit précis où se trouvait ses yeux.


    « - Je vous remercie infiniment Seigneur Niklaus de nous accueillir chez vous. Surtout ne bousculez pas vos habitudes et celle de votre maison pour nous.
    En revanche je veux bien me rafraichir un peu avant de vous rejoindre pour le dîner. »


    Suivant les pas de mon époux, je pénétrais bientôt dans la chambre… enfin l’immense appartement que nous avait fait préparer le Baron. Je ne pouvais pas voir ce qui m’entourait, mais j’avais bien conscience que l’endroit était très grand et que tout devait être beau et confortable. Je regrettais de ne pas voir tout ça. Fille d’un modeste tisserand j’avais toujours été émerveillé de toutes ses choses luxueuses que l’on pouvait trouver chez les nobles de la Péninsule. Je me souviens encore de la brosse à cheveux en or que je devais utilisée lorsque nous nous étions rendus aux Bals d’Ysari, ou encore les couvertures brodées d’or dans lesquelles j’avais dormi à Missède… Mais à présent c’était le noir total et j’espérais qu’Hanegard partagerait avec moi ce genre de détail.

    Et à peine l’avais-je pensé que ce dernier me criait presque de l’autre côté de la pièce qu’il y avait une grande baignoire déjà remplie d’eau chaude. Un sourire étira mes lèvres alors que je disais aux servantes de nous laisser. L’une d’elle m’avait proposé de m’aider à changer de tenue et de me coiffer… cette version de moi me semblait tellement lointaine à présent. Je rejoignis ensuite Hanegard qui se tenait toujours devant la porte de la salle de bain. Je pouvais sentir la chaleur de l’eau et le délicat parfum qui s’échappait du bain. Avec un petit sourire amusé je passais à côté de mon époux et dénouais ma ceinture. Ma robe ne tarda pas à rejoindre le cuir doré et je détachais mes cheveux dans le même geste. Quelques secondes après je me laissais glisser au fond du bain, soupirant d’aise. La civilisation ! Je ne m’étais pas rendue compte à quel point ce genre de détail était aussi agréable. Certes on m’avait énormément dorlotée à Diantra, un peu trop à mon goût d’ailleurs, mais ce n’était pas aussi relaxant qu’en cet instant. Surtout que …


    « - Il me semble qu’il y a assez de place pour deux là-dedans, qu’est-ce que tu attends pour goûter aux joies de la civilisation ? »


    * * *

    Il ne fallait pas s’attarder non plus, le Baron d’Apreplaine devait nous attendre, aussi après avoir savouré les bienfaits de ce bain chaud et s’être refait une petite beauté, j’enfilai une robe bien différente de celle que j’étais habituée à porter ces derniers temps. Clarys en avait mis quelques-unes dans les malles et ce malgré mes nombreuses protestations. Je ne les avais plus portée depuis le temps où j’étais Baronne d’Alonna. C’était une robe simple, taillée dans un tissu noble mais loin de l’ostentation de certaines Dames. Clarys avait eu la présence d’esprit et la patience de les resserrait un peu durant mon bref passage à Val Néera. Mon voyage dans les montagnes m’avait semble-t-il très amaigri. Et à présent j’y rentrais comme dans un gant.
    Pendant qu’Hanegard s’habillait de son côté, je fus bien en peine de nouer le corset de ma robe, aussi je m’approchais de mon époux. Sans même avoir besoin de formuler ma demande, je sentis presque aussitôt ses doigts s’affairer dans mon dos.


    « - Dis-moi… de quelle couleur est-elle ? »

    Loin d’être vaniteuse, cette question rappelait à quel point les choses étaient différentes pour moi à présent. J’aurais voulu nouer mes cheveux, après tout une Dame ne pouvait pas apparaître à un dîner sans être coiffé, Clarys me l’avait assez répété, mais je n’aurais pas su quel ruban choisir, ni quel bijou porter. Mon sourire s’était légèrement effacé à cette pensée.

    « - Allons-y, Niklaus doit nous attendre. »
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MessageSujet: Re: Un rêve étouffé [Jena, Hanegard]   Mar 15 Mar 2016, 23:46


Le baron avait laissé bien volontiers du temps à ses invités. Il avait lui même hésité à remonter dans ses appartements pour s’y changer. Finalement il n’y était pas allé et s’était plu à rester sur la terrasse du cabinet jaune. C’était une grande plateforme en pierres de tailles qui formaient un pavement très agréable à regarder. Le soleil déclinait lentement dans le ciel et la lueur de ce dernier tomberait d’ici une heure derrière les grands arbres du parc, à l’opposé du petit lac qui jouxtait le manoir.

Un messager était arrivé d’Apreplaine-la-ville quelques minutes seulement après l’arrivée des Kastelords, sa besace remplie de rapports provenant des différentes parties du Garnaad. C’était la synthèse que lui avait préparé Alix Jäger, son bras droit et ami.  Il n’avait pas vraiment envie de lire ou d’écrire concernant les domaines dont il avait à présent la charge de coordination, mais ainsi allait la vie.

Prenant le porte document avec lui, il s’était attablé à une grande table de pierre disposée sur la terrasse, dans un fauteuil en rotin de cannes de l’Apreplaine. Une espèce de roseau très répandue dans les anciens marécages de l’Apreplaine, subsistant en grand nombre dans ceux qui n’avaient pas été asséchés et faisant la fortune des vanniers de la région.

Armé d’un crayon de plomb, il soulignait certaines partie des rapports qui lui paraissaient intéressantes et écrivait sur un parchemin quelques instructions à la suite. Son valet vint lui proposer un peu d’eau fraiche, ce qu’il accepta. Armé de sa patience, de son pichet d’eau frigide et d’un magnifique verre en cristal où flottait quelques tranche d’un agrume qui avait réussi à prendre sur la côte d’Apreplaine, et quelques feuilles de plantes aromatiques, il ne vit pas le temps passer.

Ce ne fut donc qu’une demi-heure plus tard qu’il leva le nez de ses documents, enfin compulsés, classés. Il rendit à son valet ses instructions pour qu’elles parviennent sur l’heure à Apreplaine-la-ville. Il se leva, récupéra son verre d’eau dont il fit lui-même l’appoint et fit quelques pas pour s’approcher du muret de pierre qui marquait la fin de la terasse et le début de la pelouse. A part quelques cris aigus d’oiseaux, et de temps en temps quelques bruits étouffés venant de l’intérieur où l’on dressait certainement la table, rien ne se faisait entendre.

C’était ce calme naturel et doucatre qui plaisait le plus à Niklaus en ces lieux. Il remerciait la Providence que l’Apreplaine soit une région calme et qu’un homme de sa condition ne soit en danger aussi loin de ses villes et de ses gens.

Il s’assit à moitié sur le muret, contemplant silencieusement l’eau du lac qui formait un miroir presque parfait à la forêt. Il n’y avait qu’un léger souffle de vent chaud et calme qui froissait l’onde et venait troubler la symétrie visuelle. Son regard affuté de chasseur à la traque et d’archer hors-pair repéra instantanément les bêtes qui s’approchaient avec défiance du plan d’eau. Elles étaient encore dans les fourés, et ne l’avait certainement pas vu, mais elles étaient bien là, avec l’hésitation et la peur propre aux proies herbivores.

Il avait reçu le matin même le rapport de Hanegard sur l’éparpillement des archives royales. A présent il savait que lui et Langehack avaient organisés cette opération. Il aurait préféré ne rien en savoir à vrai dire. Il valait parfois mieux être dans l’ignorance pour pouvoir nier. Mais cela ne changeait rien à la situation. Hanegard avait visiblement voulu se libérer du poids du secret. Ses nouveaux amis étaient certainement à la recherche d’un nouveau départ, loin de la politique, de Diantra et de ses entourloupes. Il respectait ce choix, c’était certainement ce qu’il se pouvait de mieux pour que Hanegard sauve son âme et certainement sa famille, étant donné les dons de son épouse. Pour Niklaus cela faisait un homme de moins en qui il pouvait avoir confiance.

Il ferma les yeux pour se laisser bercer par le bruit blanc du vent couplé au bruit feutré, sourd et distant du barrage organisé sur le torrent sous le pont menant au manoir pour produire ce petit lac. Il tira quelques longues gorgées de son verre, espacée par d’autres instant de méditation silencieuse. Cela calmait son anxiété.

Le temps devint quelques peu relatif. Quelques instants plus tard ou bien plus, il ne le savait pas, il entendit la fenêtre du cabinet jaune s’ouvrir sous l’effet d’un autre de ses valets, qui laissaient aux Kastelords le passage. Niklaus descendit de son petit muret et vint retrouver ses invités.


“ - Vous voilà donc rafraichis et délassé de votre route ! C’est parfait. Vous étiez bien plus pâles à votre arrivée… C’est la raison pour laquelle je n’utilise presque jamais le carosse. Cela me rend quelque peu malade, et cela malgré le bon état de nos routes. Vous avez néanmoins repris des belles couleurs, et me voilà rassuré ! Mais asseyez vous donc… Albrecht, sortez donc la collation sur la terrasse, et servez à mes invités ce que bon leur plaira. Je prendrai un verre de weisslinger, avec de la liqueur de rose. S’il vous plait.”

Il laissa aux autres prendre ce qui leur plaisait, tandis qu’on apportait un grand plat couvert de petits bouts de pains surmontés de charcuterie, de fromage ou de légumes marinés.

“ - Avez-vous fait bon voyage ? “

On servit les boissons tandis qu’ils répondaient.

“ - Je suis heureux de vous savoir ici. Mes nouvelles fonctions me demandent de partir pour le nord du continent sous peu. J’espère que la paix que nous cherchons pourra se concrétiser un peu plus. Mais ne parlons pas de tout cela. Tant que je ne suis pas reparti, je tiens simplement à être un bon hôte et profiter de votre présence pour penser à autre chose qu’à ces fourmillements politiques.”

Son visage se crispa un peu, le temps de deux phrases.

“ - Je vous demanderai simplement quelques heures de votre temps mon cher Hanegard, demain, si cela vous va, pour discuter des recherches que je fais mener pour mon fils disparu. Je suppose que votre épouse vous a fait le récit de mes malheurs personnels, comme je le lui ai recommandé dans ma lettre à vous deux.”

Il proposa de trinquer, et continua.


“ - En attendant parlons d’autre chose. Je ne savais pas que vous aviez des fils. A vrai dire j’ignore tout de votre famille. Que pouvez-vous m’en dire ? Nous nous connaissons au final si peu. Je serai heureux d'en apprendre plus sur vous... Vos origines. Vos contrées... Et qu’aimez-vous faire à vos heures perdues, que nous puissions avantageusement combler mes quelques jours de calme avant mon départ !”
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MessageSujet: Re: Un rêve étouffé [Jena, Hanegard]   Dim 20 Mar 2016, 14:42


Il me parait inutile de décrire ce qu’il se passa dans la baignoire, l’imagination de nos chers lectrices et lecteurs pouvant aisément combler ce manque de la narration. Disons simplement que Jena et moi ne nous contentâmes pas de nous laver.

Ce tendre moment achevé, il nous fallut sortir de la baignoire afin de nous préparer pour le diner en compagnie de notre hôte. Jena était comme à son habitude sublime dans sa robe couleur lavande qui mettait admirablement en valeur sa beauté naturelle. Quand à moi, j’espérais que mon pourpoint gris taupe m’assurait une certaine élégance austère, quand bien même je conservais une préférence pour les tenues de voyage plus fonctionnelles. Devenu noble sur le tard, ce n’était qu’à regret et avec une certaine retenue que je me prêtais au jeu des courtisans où chaque vêtement devient une arme dans l’échelle sociale.

Nous rejoignîmes Niklaus sur la terrasse, où les serviteurs nous amenèrent boissons et nourritures. Le soleil baissait sur l’horizon, baignant la scène d’une douce ambiance mordorée propre au repos et à la détente. Quel changement avec ces ennéades de stress et de magouilles dont nous venions tout juste de sortir ! Niklaus nous apprit d’ailleurs à cette occasion qu’il lui faudrait se rendre bientôt au Nord afin de continuer son œuvre politique, signe qu’il ne pouvait se défaire du Grand Jeu. Comment arrivait-il à mener cette vie alors même qu’il recherchait son fils disparu, je l’ignorais.


Je suis au courant, mon ami, et soyez sur que je vous apporterai toute aide en ma possession dans cette recherche.

En tant que père, je pouvais aisément comprendre sa souffrance. Comment aurais-je réagi si l’une de mes chères têtes blondes avait été enlevée par des pirates et se trouvait retenu prisonnier à Meca ? Question purement rhétorique, Jena aurait pris les choses en main et une intervention en mode « Armageddon-Ma-Divinité-Dans-Ta-Face » aurait déjà eu lieu. Trop de personnes l’oubliaient, mais attaquer directement ma femme ou ses proches pouvait engendrer une réaction en chaîne dont il fallait mesurer les conséquences en termes de rayon de portée.

Ce soir là toutefois, les recherches en direction de Meca n’étaient pas au menu de nos discussions. Après tout, nous nous connaissions encore assez mal avec Niklaus, les événements de Diantra nous ayant empêché d’aborder des sujets autres que la sauvegarde des restes du Royaume ou l’organisation de la Diète. Tout en savourant mon verre, je pris donc la parole :


Ma contrée d’origine est bien plus lointaine que vous ne devez le croire, mon ami. Je ne le crie pas sur les toits au vu du chauvinisme des péninsulaires, mais je suis wandrais.

La lueur de surprise dans l’œil de mon hôte m’arracha un sourire.

Eh oui, je suis né à la frontière des terres naines du Kirgion. Le goût de l’aventure m’amena à m’engager comme mercenaire au service du duc Merwyn Séraphin, qui finit par me nommer commandant des légions noires. Parfois, j’ai l’impression que le Royaume est en guerre perpétuelle et que nous ne faisons que répéter les mêmes erreurs décennie après décennie.

Je mentais un peu, tout du moins par omission, quant aux raisons qui m’avaient amené à quitter ma terre natale. Même un ami comme Niklaus n’avait pas à connaitre le fond de mon cœur, seule Jena connaissant l’entièreté de cette partie de ma vie et la terrible blessure qui la marquait.

Vous aimeriez les Wandres, je crois, Niklaus. Cette terre est inhospitalière et rude, mais empreinte d’une rare beauté. Parfois je regrette l’époque où je regardais le soleil se coucher sur les épaisses forêts du Nord qui s’étendent à l’infini, en écoutant les loups hurler pour appeler leur meute à la chasse, avant de rejoindre mes frères d’armes autour d’un bon feu.

Je posais ma main sur celle de Jena.

Mais j’ai trouvé dans le Royaume le plus cadeau que pouvaient me faire les Dieux : ma femme.
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Un rêve étouffé [Jena, Hanegard]   Mar 22 Mar 2016, 14:10


Nous avions rejoint notre ami et hôte sur la terrasse, il nous y attendait depuis quelque temps visiblement. Bien que je ne puisse pas contempler la vue, je ne doutais pas un instant qu’elle devait être agréable. Tout dans cet endroit appelait le calme et la quiétude. Je me sentais étrangement apaisée, les tensions que nous vivions à Diantra, le Conclave qu’il fallait organiser, l’âme tourmentée de mon époux. Tout cela m’avait plus affecté que je n’avais bien voulu le croire. Profitant de la brise, je portais le verre d’eau fraîche à mes lèvres tandis que Niklaus nous accueillait une nouvelle fois. Il profita de l’instant pour solliciter l’aide d’Hanegard au sujet de son fils et je restais silencieuse, revoyant les images qui m’avaient submergé la première fois que j’avais rencontré le Baron. Le naufrage, les cris, le vent. Et puis le visage de cette femme, couvert de sueur et de larmes. Tandis que Néera avait béni la naissance d’un enfant, sa sœur Tyra avait recueilli l’âme de la mère. J’avais déjà questionné la Déesse à propos de cet enfant et elle avait consentit à me répondre … « Qu’il se rende sur l’île de Meca » Cette information avait été le début d’une piste pour l’homme assis en face de moi et je priais pour qu’il retrouve son enfant. J’avais moi-même bien trop souffert de mon éloignement, savoir que mes enfants grandissaient loin de moi avait été un crève-cœur à peine soulagé par l’assurance qu’ils étaient en sécurité.
Certes le cas de Niklaus était totalement différent, il avait vécu trois années sans connaître l’existence de cet enfant...

Lorsqu’il poursuivit en parlant des choses que nous aimions faire à nos heures perdues, un sourire amusé étira mes lèvres. Depuis combien de temps n’avais-je pas connu ce loisir ? Ne rien avoir à faire … voilà une chose qu’il me tardait de savourer durant notre séjour en Apreplaine.
Il s’était interrogé sur nos origines et Hanegard prit la parole pour lui parler de ses Wandres natales. C’était un sujet que nous n’abordions plus depuis longtemps aussi fus-je très surprise par la sincérité de ses paroles. Ses regrets me peinaient. Pas parce qu’il les éprouvait, mais parce qu’il ne me les avait jamais confié. Et ils m’affectaient d’autant plus que je  ressentis toute l’intensité de cette vérité lorsqu’il posa sa main sur la mienne. Plusieurs années auparavant nous avions projeté de nous rendre dans les Wandres ensemble, il m’avait parlé de tant de chose qu’il voulait me montrer… Même aujourd’hui, alors que j’aurais été incapable de voir ce fameux coucher de soleil dont il parlait, j’aurais préféré mille fois me trouver là-bas avec lui plutôt que de retourner à Diantra ou même à Renhanda. Ses dernières paroles me tirèrent malgré tout un sourire et je tentais de masquer les questions et les pensées qu’avaient fait surgir dans mon esprit ses paroles. Mais je les gardais néanmoins dans un coin, après tout nous allions avoir tout le temps de parler les jours à venir.

Le silence s’était installé et je compris que l’on attendait après moi.


« - Et bien, que puis-je vous dire qui mérite votre intérêt… J’ai grandis dans une petite ville marchande d’Erac. Mon père avait un commerce florissant, mais il y a bien des années que je n’ai plus eues de ses nouvelles. J’étais encore jeune lorsqu’il m’a confié à une châtelaine caractérielle. Je l’ai suivi de nombreuses années et j’ai longtemps essuyé ses coups de canne. Et en dépit de toute la colère que j’ai pu ressentir contre elle, elle fut à l’origine de ma plus belle rencontre. »

Cette vieille mégère m’avait fait vivre un véritable enfer et pourtant je la remerciais encore de m’avoir poussé dans les bras de cet homme qui partageait ma vie depuis tant d’années. Savoir que notre famille serait bientôt réuni était le plus beau cadeau que l’on puisse me faire et même si le Seigneur d’Altenberg était loin de s’en doutait je le remerciais une nouvelle fois.

« - Liliana est notre aînée, Dastan est né un an après elle dans des circonstances … étonnantes et Elyan… Et bien Elyan est né le cycle dernier dans une grotte en Anaëh. » Je ponctuais cette dernière remarque d’un petit rire amusé. Je pouvais en rire maintenant, mais quand je m’étais retrouvée seule dans cette grotte humide, au milieu d’une forêt inconnue, enceinte jusqu’au cou… je peux vous assurer que je ne riais pas autant.

« - Ces derniers mois ont été éprouvants pour notre famille, j’ai été séparé de mes enfants trop longtemps. Chaque fois que je les retrouvais… il me fallait les quitter à nouveau. A présent, c’est plus que je ne peux supporter … j’ai besoin de les avoir près de moi. Je vous remercie une fois d’avoir accepté leur présence chez vous, vous n’imaginez pas ce que cela représente pour moi. Et je …. »

Je venais de m’interrompre, tournant le visage vers la porte vitrée. Il n’y avait rien à voir je le savais mais je ne me trompais pas. Aussi surprenant que cela puisse être je pressais légèrement les doigts d’Hanegard et me levais.

« - Je suis navrée … Elle pleure. »Ce fut ma seule explication avant de m’excuser et de m’éloigner.

Certes Hanegard était depuis longtemps habituée à ce genre de comportement étrange me concernant, mais je n’avais pas le temps de m’épancher sur les détails auprès du Baron. Je quittais la terrasse et regagnais les appartements que nous venions de quitter. Liliana gémissait dans son lit, visiblement angoissée par cet endroit qu’elle ne connaissait pas et par notre absence. A peine avais-je franchi la porte de sa chambre que ces petits bras m’avaient enlacés.

Une fois qu’elle fut rassurée et calmée, je lui tendis la main et la ramenais avec moi sur la terrasse. A présent qu’elle était réveillée, il n’était pas nécessaire de la tenir enfermer ici.
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Un rêve étouffé [Jena, Hanegard]   Lun 04 Avr 2016, 20:38

Spoiler:
 



Le baron fut très touché par les messages de soutien de ses interlocuteurs. Il n’était pas resté sans rien faire ces derniers jours, mais comme il ne pouvait pour le moment intervenir directement, il s’était contenté de mettre en branle les quelques réseaux qu’il possédait encore et avait missionné quelques personnes de confiance.

Ainsi l’homme était wandrais. Il souleva quelques peu ses sourcils, intéressé par l’information. Puis le baron eut un petit sourire non pas à la mention de ses origines, mais à la mention du chauvinisme des péninsulaires. Il avait raison naturellement mais Niklaus,qui était peut-être le produit le plus pur des régions les plus centrales de la Péninsule se félicitait effectivement d’avoir un peu plus d’ouverture d’esprit que ses ancêtres. Son grand-père en particulier lui avait laissé des souvenirs absolument irrésistibles de piques aussi incisives et ironiques que bien trouvées sur le monde entier. Fonctionnaire appliqué d’une couronne aujourd’hui disparue, le référentiel de ces personnes, pourtant proches dans l’esprit de Niklaus, était à présent aussi éloigné que si des siècles s’étaient déroulé. Quelle époque vivait-on...

Ainsi l’homme avait combattu dans le nord, avait connu les frontières de la nanie. Toutes ces choses que le baron connaissait par ses lectures et ses discussions, mais qu’il n’avait jamais constaté de lui-même. Il avait vu quelques gravures qui lui avait donné l’impression qu’il aurait beaucoup aimé les paysages de ces endroits semblant parfois surnaturels à la vue de la plate monotonie des terres dont il avait la charge. Naturellement il adorait ces terres et son Apreplaine comme on aimait un enfant. Mais il savait que la beauté de ce pays n’était pas lié au caractère puissant et racé de la nature comparé aux zone montagneuses. Le relief semblait être l’affirmation temporelle d’un pouvoir intemporel. Et cette puissance du temps, on ne pouvait la ressentir en Apreplaine, un domaine où la main de l’homme avait trop abusé de la nature. Il acquiesça donc silencieusement à l’affirmation de Hanegard, il lui semblait effectivement qu’il aurait aimé les wandres…


“ - Vous devez avoir raison. De ce que j’en entends et de ce que j’en ai lu, je pense que vos terres natales pourraient être à mon goût. J’espère un jour pouvoir les voir moi-même.”

Il eut également sourire mais cette fois pas amusé mais mignon à la mention du cadeau que le Royaume avait fait à Hanegard. Ils étaient un couple mignon à voir, au sens positif du terme. Cela était rafraichissant face aux mariages arrangés dont Niklaus avait l’habitude dans ses relations de noblesses. Pour cela en revanche sa famille n’avait jamais été un poids. Le mariage arrangé n’avait pas trop cours chez les Altenberg. En cela ils avaient de la chance, en étant nobles non terriens et gestionnaire attentif, ils étaient devenus riches en restant sans terres. De fait il était facile pour les hommes de la famille, surtout les héritiers, de choisir leur épouse avec liberté, beaucoup de nobles étant heureux de laisser la main de leur fille amoureuse à un noble ayant les moyens de se passer d’une dote pour financer leurs domaines. Et pour les bourgeois, le calcul était plus simple encore. Comme les dirigeants de la famille d’Altenberg avait eu le bon goût de ne jamais s’enticher d’une héritière ou d’un héritier de terres, focalisés qu’ils étaient sur leurs travaux du domaine dont ils avait le mandat, la question de l’intérêt des mariages arrangés ne s’était jamais posé. Pour cause : ils ne cherchaient pas les terres.

Un homme très cynique aurait pu voir là la façon pour eux de conserver leurs intérêts… Mobiles… Mais la réalité était qu’ils étaient fiers de s’occuper d’un territoire dont il avait la charge sans la propriété. Niklaus ne savait toujours pas s’il prétendrait réellement à la propriété de l’Apreplaine pour sa famille en tant que domaine. Il n’était toujours pas fixé sur ce point. Si les Vallancourts semblaient quant à eux bien fixé à l’idée de le faire, lui même avait toujours des réticences. Il s’était aménagé du temps à présent et avait décidé de voir plus tard. Il ne comptait pas mourir demain. Et aussi amoureux qu’il puisse être de son fils perdu, ce dernier -si il arrivait à remettre la main dessus- aurait de quoi subsister toute sa vie avec ou sans l’Apreplaine.

La mention des circonstances de la naissance des enfants des Kastelords fit faire une moue étonnée de la part du baron. Il secoua sa main pour accompagner sa grimace, compatissant à l’inconfort qu’avait du subir la pauvre femme. Lui même avait vu naitre bien des enfants qui n’étaient pas les siens, ayant secondé de nombreuses fois des sages-femmes aux hospices d’Apreplaine la Ville où naissait les enfants nés sans père. Un dicton dans la famille d’Altenberg était de dire ‘qu’il fallait donner aux jeunes hommes un avant goût des douleurs physiques et morales d’un tel drame, histoire qu’ils pensent à deux fois avant de jouer dans la paille’. Son père l’avait appliqué à son fils comme son père avant lui. Cela avait effectivement refroidis les ardeurs des adolescents de la famille à sauter sur la première paysanne venue lors de ses années où l’on découvrait la vie adulte. Outre de constater à quel point les enfants venaient au monde de manière bien plus douloureuse que leur conception, il fallait voir à quel point une naissance dont la mère refusait l’acte à peine elle en sortait était un déchirement pour l’âme.

Donc s’il se félicitait sans le dire d’être du sexe n’ayant pas à souffrir, il avait une conscience aiguë de la responsabilité que cela amenait également, et il avait beaucoup d’empathie à imaginer les conditions de l’accouchement pour Jena. Elle était décidément bien courageuse, en plus de son handicap. Sans compter que les dons de la Déesse devaient lui apporter certainement bien des difficultés auprès de ses congénères.

Elle fit signe qu’elle devait partir rejoindre sa fille. Le baron acquiesça silencieusement et tandis qu’elle se levait, se leva aussi comme le voulait les bonnes manières marquées indélébilement dans son esprit.

Le baron la regarda s’éloigner rejoindre son enfant et une fois qu’elle eut quitté la terrasse, se rassit, après avoir constaté qu’une femme de chambre la suivait bien. Mais son majordome n’aurait pas laissé passer de voir partir une invité sans qu’un page ou une femme de chambre ne la suive pour s’assurer qu’elle n’ait pas de difficulté en route. Le service personnel n’était pas très présent autour du baron, qui avait ses propres manies, mais le service de la maisonnée était bien formé et en présence d’invité, reprenait les standards des grandes maisons. Le majordome, qui montait la garde derrière les baies vitrées avec discrétions, fit un signe de tête imperceptible au baron pour lui confirmer qu’une personne s’occupait de suivre son invité. Le baron fit un signe de tête approbateur, et se rassit.


“ - Votre épouse est bien courageuse… Et je constate que vous avez vu bien du pays.”


Un plateau de petites friandises salées fut disposé sur la table tandis qu’on resservait les verres.


“ - Je connais plus le sud que le nord de la Péninsule. J’ai passé deux années à voyager dans le sud. C’est là que j’avais fait la rencontre d’Ariane. Lors d’un séjour dans les environs d’Ydril. J’étais en formation maritime. Mon père a toujours trouvé que j’avais un penchant trop prononcé pour les terres. Tout comme d’ailleurs notre famille en général. Pour un domaine maritime comme le nôtre, il trouvait cela dommageable. J’étais sur un des navires de mon cousin marchand Diantrais. Je suis resté un peu plus longtemps à terre pour cette fois là et suis allé visité l’intérieur des terres. J’avais été invité par un grand armateur avec lequel j’avais pactisé lors de mon escale à venir lui rendre visite dans sa résidence d’été, ce dernier m’ayant invité à lui faire découvrir la chasse à la traque, méthode qu’il ne connaissait que peu hors des cétacés. Je suis pas certain que j’étais ce qu’il espérait pour sa fille mais il m’avait à la bonne, il était je crois inquiet que sa famille reprenne son oeuvre, lui qui n’avait pas de fils, et n’était pas certain de me voir en armateur, en plus de ma situation en Apreplaine. Mais le coeur à ses raisons que la raison ne connait pas et je pense que nous sommes rapidement tombés amoureux. Peut-être suis-je en train d’idéaliser mes mémoires des évènements, mais je crois que ce fut dès mon premier diner à leur maison. Mais les choses se sont déroulées ainsi. Nous étions sur une ligne régulière entre Syriac, Ydril et Port Royal. Chaque escale en Ydril fut un moyen de faire la cour et de me rapprocher d'Ariane.”

Il s’arrêta, un air quelque peu désabusé.

“ - Pardonnez moi de revenir tout le temps à cela... Ces derniers jours ont été prompt à la remontée en moi de souvenirs mélancoliques. Mais remuer tout cela ne sert à rien…" , et d'ajouter sans aucune transition : "Il faudra que nous discutions sérieusement avec votre moitié de ce que vous voulez faire dans les jours à venir. ”

Au retour de son épouse et de la petite, les deux hommes parlaient donc de la longueur des jours, bien agréable en cette saison. Il se releva.

“ - Ah ! Voici donc Mademoiselle Kastelord en personne ! Bonjour jeune fille… Je suis Niklaus d’Altenberg. J’ai beaucoup entendu parler de vous ! Bienvenue parmi nous… Il y a plein de chose à manger si vous souhaitez nous y aider. Et que souhaitez-vous boire. Jacques ? Venez un instant… Nous devons bien avoir des fruits prêts à pressé pour notre jeune invité non ? ”

“ - Naturellement… Nous avons des pêches, des pommes, des poires, des armilias, des rossènes, du raisin et des solemèles.”


Il laissa la jeune fille prendre commande, le majordome partant avec ses instructions.

“ - Pour reprendre là où nous nous sommes arrêtés, je vous proposerai bien d’aller à la mer, si vous voulez un peu vous y baigner. Ce n’est pas très bien vu dans la haute société, je le sais bien, mais je n’en ai que faire… Je n’ai pas appris à nager pour rien…  Nous pourrions en profiter pour faire un tour à Waldhouse. Leur coeur doit donner avec mes musiciens une représentation à l’anniversaire de l’établissement du monastère. Une foire aux fleurs est donnée à Altstein le jour suivant et je pense qu’il y aura beaucoup d’animation. On m’a proposé de participer au jury du premier prix. Je ne comptais pas m’y rendre mais si cela vous amuse…”
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