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 Ne pas se perdre en chemin

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Niklaus d'Altenberg
Humain
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MessageSujet: Ne pas se perdre en chemin   Ven 11 Mar 2016 - 0:20




Ne pas se perdre en chemin




Fin de la 8ième énnéade de Vérimios de l'an 8 du 11ième cycle



Le baron de l’Apreplaine avait quitté son domicile il y avait de cela quelques jours. Il ne connaissait que très mal les contrées qu’il traversait, et il était heureux d’être sorti de chez lui. La route était connue, et il avait cédé le pas à Harold lors du retour en Erac. La traversée avait été riches en discussion. Ils avaient fait étape dans plusieurs villes d’Erac pour se ressourcer, et également pour discuter avec les locaux.

La diplomatie n’était pas toujours extérieure, et les gens ne se connaissaient pas tous. En particulier Niklaus n’était pas vraiment un homme connu. Naturellement les péripéties de sa vie récente étaient parvenues jusqu’aux oreilles de l’Erac, et beaucoup étaient intéressés pour parler avec celui qui avait tant fait parler de lui en politique récente.

Harold et lui eurent bon accueil. Ils discutèrent beaucoup. Sans chercher à faire du charme, Niklaus pensait que les choses s’étaient bien déroulées et avait passé du temps à faire de la pédagogie concernant les visées de la Ligue et le peu d’influence que cela aurait, au final, sur leur vie au jour le jour.

Naturellement beaucoup se méfiaient de Niklaus au premier abord, car vu de l’extérieur beaucoup pouvaient penser qu’il s’agissait là d’un opportuniste de la cour royale peu qualifié pour mener la politique civile de la ligue au jour le jour. De plus il était jeune.

Mais Niklaus resta calme et humble comme à son habitude. Il parlait avec franchise, et sans tabou. Disant ce qui irait, et ce qui n’irait pas. Donnant sans pudeur la liste des problèmes et des solutions possibles. Il se montra compréhensif et patient avec chacun, comprenant que la confiance ne pouvait se créer en quelques jours, mais comprenant aussi qu’il n’y avait pas deux chances de faire une première bonne impression. Tout fut abordé dans les lieux où ils s’arrêtèrent en chemin pour Erac. Les impôts, les inquiétudes sur la guerre civile, la crainte de faire l’amalgame entre la ligue et une sorte de révolte anti-monarchiste, la crainte de l’exode des Diantrais et qu’une jacquerie ne remonte du Garnaad vers le nord.

D’expérience, être franc, clair dans ses intentions et de bonne volonté était toujours bien reçu. Au final les nobles uniquement intéressés par des intérêts mesquins ne courraient pas les rues, et faire preuve de bonne volonté et de modestie tout en expliquant avec clarté ses plans était toujours un bon cocktail. Les gens étaient rassurés de voir que la personne qui s’adressaient à eux avait l’autorité intellectuelle nécessaire pour résoudre les problèmes, la finesse d’esprit suffisante pour prendre le temps de l’écoute et de la remise en question, et la modestie d’accepter de changer ses plans lorsqu’ils n’étaient pas bons. A cela s’ajoutait la modestie réelle de l’ambassade de Niklaus et de sa façon d’être. Il ne s’habillait pas ostensiblement. N’utilisait pas le titre de sa charge ducale, continuant à se faire appeler “baron de l’Apreplaine”.

Au final la tournée fut réussie, et Niklaus pensa que même pour Harold, sa présence avait été un plus plutôt qu’un moins.

Erac les reçut bien, et Niklaus ne s’y attarda pas, malgré la proposition d’Harold de rester un peu plus longtemps. L’homme et Niklaus avaient eu des discussions franches et ouvertes durant la longue route sur les dernières semaines, la maladie d’Harold, les manœuvres de Niklaus. L’homme n’était au final pas aussi intéressé que Niklaus avait cru. Toucher du doigt le pouvoir suprême avait certainement fait naitre chez lui des passions qui s’étaient estompées à présent. Niklaus avait toujours eu une certaine côte chez Harold, ce dernier avait d’ailleurs choisi d’écouter les conseils de Niklaus lors de son heure de gloire. La confiance, qui s’était distendue quelque peu avant la Diète, s’était rafistolée. Ils étaient d’accord sur beaucoup. En particulier sur le besoin de paix. Et ils avaient beaucoup appris l’un de l’autre en traçant les grandes lignes de l’administration qu’ils souhaitaient proposer aux autres membres de la Ligue.

Tout cela s’était bien déroulé. Niklaus en était heureux.

Il était ensuite remonté vers Sainte Berthilde, où il avait annoncé sa venue et reçu l’assurance d’un sauf conduit. Il y était resté quelques jours, histoire de discuter de la situation et de se présenter. Une première ambassade devant servir à  ouvrir le dialogue, car il fallait dire que peu de personnes ne dialoguait plus de nos jours.

Vint ensuite la redescente vers Olyssea. Une belle traversée en réalité, car Niklaus n’avait jamais vu le lac de  Balgure. Au final toute cette région ressemblait beaucoup à ses contrées natales. Un amalgame de champs et de rivières sur des plaines qui avaient un air de prospérité agricole. L’eau et la terre étaient décidément des ressources bien appréciables pour qui souhaitait vivre en paix, à l’abris de la famine et de la maladie. Il ne manquait pas grand chose à la péninsule pour être heureuse. Quel immense gâchis certaines personnes avaient-elles réalisées. Niklaus s’était promis que dans sa vie d’homme, il travaillerait à défaire les maux que bien d’autres causaient. S’il devait ne pas arriver à faire pencher la balance vers le bien avant la fin de sa vie, au moins se souviendrait-on de lui comme d’un homme attaché au bien de ses sujets et de son pays.

Il arriva finalement à Olysséa, où il avait naturellement fait parvenir en avance de son arrivée sa demande de passer sur le chemin de Serramire. Il avait également fait connaitre son intention à Sainte Berthilde, ne cherchant point à faire les choses dans le dos des maitres des lieux. Il avait avec joie reçu une réponse positive et le sauf conduit du maitre des lieux.

Il arriva en fin de journée. Lui et sa petite troupe d’une demi-douzaine de personnes. Il n’était pas du genre à se déplacer en fanfares et trompettes ni ne souhaitait donner l’impression de tant d’importance. Il s’arrêta à l’entrée de la bourgade d’Olyssea et se fit connaitre.


“ - Messire Niklaus d’Altenberg, pour le maitre des lieux, je vous prie. J’étais attendu hier mais nous avons été retardés. Voici mon sauf-conduit. En présentant mes excuses à votre maitre. ”
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Sigvald d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Ne pas se perdre en chemin   Dim 13 Mar 2016 - 19:16

Le sergent de faction à la porte s'avança pour regarder le sauf-conduit qu'on lui tendait. Il ne savait évidemment pas lire, mais il avait appris à reconnaître les petits dessins que tous ces nobles s'amusaient à apposer en bas de leurs documents. En voyant un qui lui convenait, il rendit le sauf-conduit à son propriétaire et leur fit signe d'avancer, tout en beuglant un ordre à l'un de ses gars :

« Desbarres, conduis-moi ces messieurs auprès de monsieur Lambert ! Et ne traînes pas sur le retour ou tu te prendras mon pied au cul, c'est clair ? »

L'interpellé exécuta un salut maladroit et se hâta de passer devant la petite troupe d'hommes pour leur demander, un brin intimidé, de le suivre. Il les guida à travers la ville où ils ne manquèrent pas d'attirer l'attention sur leur passage. Ils remontèrent assez rapidement l'une des grandes rues en direction de la forteresse, qui dépassait largement le reste des bâtiments. Ils pénétrèrent à l'intérieur des hauts murs et quelques palefreniers s'occupèrent de leurs montures tandis qu'un vieux chevalier demandait à leur guide ce pour quoi il venait, avant de renvoyer le soldat sans un merci. Lequel quitta rapidement l'enceinte pour se hâter de regagner son poste. Le chevalier s'avança vers les arrivants :

« Bien le bonjour messires, je m'appelle Sire Maverick. Vous êtes messire d'Altenberg c'est bien cela ? Le soldat m'a dit que vous vouliez voir monsieur Lambert, mais je pense plutôt que c'est pour rencontrer le baron que vous êtes venus, je me trompe pas ? » Il reprit après avoir eu une réponse : « Bon, il est pas là dans l'immédiat, il est allé faire un petit tour des bourgs environnants pour la journée, mais je pense qu'il tardera pas à rentrer. En attendant venez, les serviteurs ont déjà du allumer le feu dans la grande salle, vous y serez mieux pour attendre le retour du baron. Vous avez fait bon voyage ? »

Il les invita à le suivre tout en devisant tranquillement. Ils traversèrent la haut-cour, où Maverick interpella un écuyer qui s'entraînait pour lui demander d'aller prévenir monsieur Lambert que messire d'Altenberg était arrivé, et se retournant vers celui-ci :

« Comprenez, je pense qu'il aimera bien vous parler aussi, si ça vous dérange pas. Puis je pense que le seigneur Sigvald le fera chercher de toutes façons, alors autant gagner du temps. »

Ils entrèrent ensuite dans le logis seigneurial, une bâtisse accolée au donjon. L'intérieur était essentiellement simple, privilégiant de grandes pièces aux murs peu décorés : on pouvait voir parfois une tapisserie, souvent pour glorifier un haut-fait guerrier, quelques blasons d'illustres ancêtres ou de chevaliers reconnus pour leur bravoure et d'autres choses de ce genre. Ils arrivèrent dans la grande-salle où, en effet, le foyer abritait déjà un feu puissant qui réchauffait l'atmosphère. A cela s'ajoutait une discrète odeur, guère plus qu'un fumet, qui signalait que les cuisines devaient déjà commencer à préparer le repas du soir. Maverick ordonna d'ailleurs à l'un des serviteurs, occupé à ramener davantage de bois pour le feu, d'aller prévenir le cuisinier qu'il y aurait plus de monde à nourrir ce soir et de leur ramener de quoi offrir à boire à leurs invités. Puis il fit signe à la délégation de prendre place dans des chaises installées autour de l'âtre.
Installés et servis en vin, ils discutèrent un peu de tout et de rien pendant quelques minutes avant d'entendre les portes de la salle s'écarter de nouveau. En se retournant, ils purent apercevoir un vieil homme aidé d'une canne qui s'avançait doucement vers eux, vêtus d'une tunique bleue sur laquelle on pouvait voir cousu l'emblème de la ville d'Olyssea. Maverick se leva pour lui laisser son siège, dans lequel le vieil homme s'assit avec reconnaissance, avant d'aller en traîner un autre près du feu. Une fois installé, le nouveau venu se tourna vers Niklaus pour se présenter.

« Bonjour messire. Je suis l'échevin de la ville, Lambert. »

Il lui tendit une main habituée au vélin mais encore ferme pour son âge.

« J'espère que votre voyage a été agréable. Je suis désolé que le baron soit absent pour l'heure mais je suppose que sire Maverick vous a expliqué de quoi il en retournait. Ne vous inquiétez pas pour votre léger retard, vous seriez arrivés hier que le résultat eut été probablement le même, Sigvald était à la chasse une bonne partie de la journée. »

Il tira d'une petite sacoche qu'il portait avec lui une pipe qu'il bourra de tabac et qu'il alluma à l'aide d'une bougie que lui tendit Maverick.

« Enfin, il ne devrait plus tarder désormais. Votre lettre arrivé il y a quelques jours nous a un peu surpris je dois dire, nous ne nous attendions pas à une visite d'aussi loin. Sans vouloir être indiscret, puis-je connaître le motif de votre visite ? Si motif il y a, bien sûr. »
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Ne pas se perdre en chemin   Mar 29 Mar 2016 - 19:47



Le baron se laissa guider par ces hommes réalisant leur devoir. Le passage en ville sous escorte, ce qui n’était certainement pas courant, fit tourner quelques têtes. Elles ne tournèrent pas très longtemps car le cortège de Niklaus n’en était pas vraiment un, puisque très limité en nombre. Ils arrivèrent finalement à la forteresse. Une configuration intéressante pour Niklaus, qui était un homme curieux de tout. Il fallait dire que l’urbanisme du Garnaad n’avait pas grand chose à voir avec l’urbanisme de ces contrées. Dans la plupart des domaines des grands ensemble de l’ancien royaume, l’architecture militaire avait la place centrale, et une forteresse marquait le coeur politique des cités. C’était également le cas ici. Dans les domaines auxquels le jeune homme présidait à présent à la destinée, les villes étaient naturellement ceintrées de murs, mais les structures militaires étaient souvent en bordure. Il fallait dire que le Garnaad avait la chance d’être un domaine pacifique historiquement, même à l’époque des terres royales: Le centre de l’ancien royaume était loin d’avoir fait passer l’infrastructure militaire au premier rang de ses priorités en dehors de la capitale.

Il s’agissait de toute manière d’un agglomérat de villages et de bourgades bien plus qu’un lieu avec une ou plusieurs villes d’importance, cela étant aussi liées à la présence historique de Diantra à quelques lieues. Il suivit l’homme vers la forteresse dont il passa les premières défenses pour retrouver un homme calme, certainement en charge du dispositif militaire.

“ - Bonjour Sire Maverick, merci de votre accueil, vous êtes bien aimable. Nous avons fait bonne route, bien que très longue. Je cherchais effectivement à voir votre maître. Mais je vous en prie, faites quérir qui bon vous semble… ”

Il fut ainsi mené au logis seigneurial et remercia avec un sourire leur guide lorsque ce dernier fut renvoyé par celui qui les reçut. L’entrée dans le logis se fit simplement. Ils discutèrent effectivement de choses et d’autres avec son accompagnateur. Le baron raconta son petit voyage et fit quelques descriptifs très simples de son pays. C’était là bien normal, l’Apreplaine ne devait être qu’un vague concept. Cela l’était déjà à Diantra à l’époque où il se rendait parfois à la cour. Alors ici bas...

Finalement l’échevin vint les rejoindre. Un homme dont l’entrée fut assez théâtrale, sans que le baron ne pense que cela ne soit calculé pour. Il donnait des airs de vieux sage. Le baron se leva naturellement, comme il le faisait toujours quand les personnes entraient dans une salle où il se trouvait. Il se rassit lorsque l’homme en fit de même.


“ - Le bonjour à vous Messire Lambert. Je vous remercie, notre voyage fut bon. Nous sommes naturellement très heureux d’être parmi vous. Même si le résultat en aurait été le même, je suis navré de ne pas être arrivé le jour prévu, recevez je vous prie pour cela mes excuses.”

Il eut un petit sourire à la demande de l’échevin.

“ - Naturellement. La curiosité… C’est cette dernière qui m’a poussé jusqu’ici. J’étais à Sainte Berthilde tantôt, et je souhaitais simplement passer en chemin pour rencontrer votre maître et lui présenter mes hommages. En ces temps où l’on parle des terres et des pouvoirs comme s’il s’agissait d’un jeu de dame, je prétends qu’il n’a jamais été aussi important de rencontrer tous ceux qui dirigent.

Donc me voilà, simplement pour permettre de faire la connaissance de vos contrées et de leur dirigeant.”
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Sigvald d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Ne pas se perdre en chemin   Ven 8 Avr 2016 - 23:44

« Je vois. Une bonne idée, pour sûr, que de rencontrer des nobles de tout le royaume. Ça ouvre les horizons. Je le conseillerais bien à Sigvald, mais je crains qu'Olyssea ait besoin d'un baron qui soit présent, pour le moment au moins. »

Lambert tira une bouffée sur sa pipe puis continua à échanger des banalités avec le baron d'Apreplaine, discutant de son voyage, de l'état de santé des autres nobles, se montrant d'ailleurs particulièrement intéressé par les nouvelles du médian.
Ce n'est qu'une heure plus tard qu'une petite troupe de chevaliers passa la grande porte de la forteresse et mit pied à terre dans la cour. Sigvald flatta l'encolure de son destrier avant que son écuyer ne vienne s'en occuper pour le guider aux écuries. Le baron passa la porte du logis seigneurial comme s'il était chez lui puisque, de fait, il l'était même s'il avait encore du mal à s'y habituer. Un page accourut vers lui pour l'informer que Niklaus d'Altenberg l'attendait dans la grande salle. Il fallut quelques minutes à Sigvald pour se rappeler de qui on lui parlait. Il fourra ses gantelets dans les bras du serviteur et appela son écuyer d'une voix forte pour l'aider à se débarrasser de son armure. Il avait fallut qu'il fasse sa tournée des patelins tout de fer harnaché. Au vu de la réaction des petites gens sur son passage, qui l'avaient regarder passer avec les yeux remplis d'admiration, et de la plupart des châtelains qui semblaient se demander combien de temps il allait durer, il se félicitait plutôt de l'initiative. Il leur avait donné à tous l'image d'un baron fort. Mais désormais, il fallait s'en débarrasser et ce n'était pas une mince affaire.
Une fois libéré, Sigvald prit la direction de la grande salle à pas énergiques, ne s'arrêtant qu'un instant pour jauger son reflet dans le plastron d'une armure d'un illustre ancêtre. Il n'avait pas une très grande allure, les cheveux, la barbe et la figures sales d'une journée sur la route et une sobre tunique de laine sans fioriture. Mais ce n'était rien de grave et il reprit son chemin en haussant les épaules.

Lorsqu'il arriva aux portes de la salle, il les ouvrit d'un coup, écartant l'un des battants d'un ample mouvement de bras. Le bois racla contre le sol de pierre, le bruit soudain attirant l'attention de tous ceux présent et faisant lâcher sa pipe à Lambert qui pesta. Sigvald traversa la salle rapidement et salua ses invités en arrivant à leur hauteur.

« Messire d'Altenberg, ravi de vous accueillir à Olyssea. » Il lui serra la main avec vigueur et bonne humeur : « Au fait, je n'ai pas compris, on dit baron ou duc pour vous ? »

Il serra également la main des quelques compagnons de Niklaus puis, tandis que tous se rasseyaient -sauf Lambert qui n'avait pas jugé utile de se lever-, il tira près du feu son fauteuil, une chaise à haut dossier dont les accoudoirs étaient ornés de fourrure et le dossier recouvert d'un étendard aux couleur d'Olyssea. Il se laissa tomber dedans non sans un certain soulagement après une journée de chevauchée, puis se servit une coupe de vin dans la cruche qu'avaient apporté précédemment un serviteur.

« Comment s'est déroulé votre voyage ? Vous êtes passés par les cols de Hautval je suppose ? »

Il savait que le baron d'Apreplaine comptait se rendre en Serramire, il se souvenait l'avoir lu dans sa lettre, et Hautval était le plus rapide passage entre le médian et le nord. Il continua la discussion sur un ton naturel, sympathique.

« Alors, quelles sont les nouvelles de Diantra ? Ce qui remonte jusqu'à chez nous ne nous permet pas d'y voir très clair : d'abord on disait que vous aviez reconnu Nimmio de Velteroc comme nouveau roi, puis ensuite que c'était Harold d'Erac, choisi par la Damedieu, et finalement on apprend que vous ne reconnaissez plus de roi. C'est vrai ? »
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Ne pas se perdre en chemin   Jeu 21 Avr 2016 - 22:37


Niklaus commençait à se détendre. L’ambiance ici bas et avec ce M. Lambert était bien plus agréable que ce qu’il avait connu à Sainte Berthilde. Il se relaxa donc légèrement et se laissa quelque peu glisser dans son fauteuil, plutôt que de rester droit comme un I. Il parlèrent de banalités. Le baron lui raconta leur voyage, les paysages qu’il avait découvert et quelques plaisantes anecdotes. Niklaus rapporta également quelques nouvelles de ses terres dont il fit une description attendrissante. On sentait le jeune homme amoureux de ces terres si banales qui étaient celles qu’il avait la charge de mener.

L’homme qu’ils attendaient tous arriva enfin. Il était visiblement descendu récemment de son cheval. L’homme était également jeune, et s’il n’était pas propre avait néanmoins la stature et la tenue d’une personne de son rang. Il était de bonne humeur, ce qui fut un ravissement pour Niklaus. Depuis qu’il s’était mis aux affaires, le jeune baron avait plus souvent vu des menaces et de la mauvaise humeur qu’une personne de bonne humeur. Seules les personnes avec lesquelles il était ami sans pour autant être en lien politique avaient été naturels avec lui. C’était rafraîchissant de voir une différence.

Le jeune homme lui souhaita la bienvenue, le baron répondit avec un sourire et salua poliment son hôte. Il élargit son sourire à la pique du baron concernant ses titres. Il avait reconnu dans le ton de l’homme une réelle plaisanterie, et lui même étant d’humeur assez légère après les discussions assez sordides qu’il avait eu à Sainte Berthilde, était assez heureux de pouvoir encore plaisanter de politique. Il répondit donc avec un petit rire naturel et aimable.


“ - Ah mon cher… Je vous propose de ne pas glisser dans le protocolaire. Niklaus ou Altenberg me vont bien. Mais si vous préférez que nous restions protocolaire, c’est à votre guise. Dans ce cas le titre qui vous plaira le mieux. J’assume la charge du Garnaad avec humilité. Et ces terres ne sont pas les miennes. Je laisse libre aux gens de m’appeler selon leurs souhaits.”

Il se rassit lorsque son hôte en fit de même. Sans être protocolaire, l’homme connaissait la politesse.

“ - Mon voyage s’est bien déroulé. Je vous remercie. Pour vous parler honnêtement, je suis en fait en provenance de Christabel-la-ville. Un conseil de notre Ligue, qui je suppose à fait parler d’elle jusqu’à vous, s’y est tenu, à la suite de quoi j’ai raccompagné M. du Lyron à Erac, où je suis à peine resté. Je suis alors remonté vers Sainte Berthilde. J’en reviens justement après avoir eu une entrevue avec M. de Saint Aimé, et suis sur la route vers Alonna, où je dois remplir ma promesse de me rendre à Mme de Broissieux. J’ai pensé qu’il serait profitable de venir vous rencontrer pour me présenter. J’ai conscience d’être un inconnu pour beaucoup, surtout par ces contrés, créer des liens est donc important. D’où mon détour. Et je vous remercie d’avoir accepté de m’accueillir. ”


Il but une gorgée.

“ - Je tiens tout de suite à vous rassurer sur mes motifs. Je ne viens pas ici dans le but de négocier à plusieurs niveaux et tenter de semer la zizanie de ce côté ci des frontières. Je préfère en parler directement car je ne peux douter que cette pensée à du vous traverser. Mais j’ai conscience que les relations entre le médian et ses voisins immédiats nordiques sont teintés de difficultés. Et étant à présent en association avec ces derniers et en charge de la diplomatie courante, il me paraissait nécessaire de me faire connaître à tous les échelons féodaux de ces domaines frontaliers... “

Le baron posa ensuite la question naturelle de connaître la situation au sud. Le visage de Niklaus se fit sérieux.

“ - Je comprends vos interrogations. Et je comprends que les nouvelles soient confuses. Naturellement en me posant la question vous n’obtiendrez que ma parole sur le sujet, et elle est entaché de mon opinion. Tout ce que vous dites est vrai. Je ne chercherai pas à le nier. Et dans ces circonstances, j’ai conscience que beaucoup en dehors des terres royales aient de moi l’impression d’un homme versatile, prêt à toutes les forfaitures pour obtenir le pouvoir. J’en ai la conscience et le fardeau. Il faudra du temps et des actes pour que je puisse m'échapper de ce portrait que m’ont forgé les évènements.

Je ne vais pas vous faire un long discours sur mes motifs. Du reste je puis comprendre que vous ne puissiez y croire. Je vais donc me contenter de vous dire les choses en quelques mots, et je serai heureux de vous en dire plus si vous le souhaitez. Mais par respect pour votre temps, je vais faire court. Mon domaine, comme tous les domaines royaux, à fourni un soutien inconditionnel à la Régence lors de la guerre civile, et nous avons été battus par le Médian. Les terres du Garnaad n’ont été que peu impactées par la guerre directement, mais nous avons perdu bien des braves pour sauver la Régence. A l’époque je pensais faire mon devoir. J’ai honte à présent d’avoir obéi sans réfléchir. Cette guerre civile était une erreur, et j’aurai du avec mes collègues des terres royales demander à la régence de privilégier la diplomatie. Mais j’étais à l’époque bien trop peu sûr de moi. Presque absent… Je vis avec cette absence de courage comme une honte.

A la sortie de ces défaites, certains des seigneurs des terres royales ont filé au sud. J’ai pris le parti avec mes collègues de rester et de défendre l’intérêt de nos terres et de ses habitants face à l’occupant, de négocier une paix. L’honneur allant aux vainqueurs, il nous est apparu à l’époque comme la seule solution d’accepter sans discuter l’autorité du Médian sur la Couronne.

A la suite des déclarations de la prêtresse de Nééra, M. du Lyron a été désigné comme roi. Beaucoup, dont ma personne, ont pensé à une manipulation dramatique et politique de la crédulité de la prêtresse. Dans le doute et par respect pour les ordres, et dans l’optique d’éviter une reprise de la guerre civile, j’ai tenté de parvenir à un accord négocié entre l’Erac, le Médian et les anciennes terres royales respectant les souhaits affirmé de la déesse, à savoir M. du Lyron roi.

Pour autant, il s’est avéré que la prêtresse avait été trompé, cela plus le Langehack refusant de prendre l’accord de M. du Lyron roi, le protocole de paix a été abandonné. J’ai cru que la guerre allait reprendre. Pour autant, c’est cette situation qui a permis de trouver un accord pérenne. Il m’est apparu clairement qu’aucune tête ne porterai dans un délai court une couronne sans qu’elle lui soit reprochée. Le retour rapide d’un roi reconnu de tous est apparu comme une illusion. Pour autant nous ne pouvions imaginer rester sans organisation. J'ai donc proposé une alternative.

J’ai refais face à tout cela en proposant une association égalitaire entre les quatre ensembles importants devant servir à coordonner les pouvoirs autrefois régaliens en attendant le retour de la monarchie de manière posée. C’est le but de la Ligue. Le Langehack n’a pas accepté cet accord et a conservé Diantra sous son occupation. Une occupation dont je juge les conditions dramatiques pour la ville et déshonorantes pour ses tortionnaires qui s'emploient à présent à marchander la ville à l'ensemble politique le plus offrant. Nous refusons de jouer ce jeu et avons renoncé à entrer dans la logique des maîtres du Langehack d'utiliser Diantra en otage. Nous n'avons réalisé aucun blocus et avons laissé les troupes provenant du sud venir appuyer le Langehack à Diantra. La ligue ne détient aucun droit sur Diantra et ne cherchera pas à s'emparer de ce qui n'est pas sous sa protection. J'accepterai et protégerai néanmoins au nom des terres dont j'ai la charge tous les hommes et toutes les femmes fuyant soit la misère soit l’oppression à Diantra, ils sont malheureusement des milliers...

A l'heure actuelle je ne sais quel jeu se joue en Péninsule. J'ai renoncé à le savoir. Je ne comprends plus rien. Je n'entends que le bruit des armures ou le bruit des hurlements. Dans ces temps troublés, il m’apparaît que nous ne pouvons compter que sur nos propres forces morales pour espérer protéger nos gens.

Voici donc où nous en sommes de mon point de vue. D’une part les terres anciennement royales, où nous autres, anciens seigneurs et barons de ces terres nous sommes associés pour former un duché… Et ensuite ce Garnaad unifié lui même associé au Médian et à l’Erac au sein d’une Ligue devant servir à avoir un semblant de gouvernement stable en attendant une potentielle union péninsulaire.

Il est donc exact que je ne reconnais plus de roi. Ce qui ne veut pas dire que je ne reconnais pas la royauté…Simplement je n’ai à l’heure actuelle aucune tête pour porter la Couronne, et dans l’attente de ce moment, il est nécessaire d’organiser une continuité politique. J’ai fait ce que j’ai pu…”


Il se tut un instant.

“ - Pour être honnête, je ne sais pas quoi penser de mes actions moi-mêmes. J'entends par endroit qu'on m'accuse d'avoir mis un terme à la Couronne. Moi, baron de l'Apreplaine, j'aurai à la seule force de mes petites mains mis à bas une institution centenaire. Il y a seulement quelques énnéades j'étais un inconnu en dehors des arcanes administratives de la régence... Les personnes prononçant ces mots doivent être en manque d'imagination pour croire que l'on puisse sérieusement penser qu'une personne de ma stature soit capable de faire seul une telle chose.

Je pense avoir essayé de prendre les décisions les plus honorables et les plus profitables pour les peuples sous notre protection. J’estime que l’aristocratie du centre de la Péninsule s’est fourvoyée. Je m'inclus dans ce diagnostic. Le rôle de l'aristocratie est de protéger nos sujets et nos terres. C’est là le devoir et l’honneur des seigneurs. La valeur fondamentale de notre société est d’échanger des devoirs et des services. L’aristocratie à le droit de diriger car elle a le devoir de protéger. Les peuples ont le droit à la sécurité et la justice car ils ont le devoir de l’obéissance. Si l’aristocratie ne cherche plus qu’à accroître son pouvoir et non à diriger en bon père de famille, alors nous sommes devenus corrompus. C’est cela que j’aurai du dénoncer. Le mal est fait, j’ai trop attendu. Mais la Providence sera témoin que je ne dérogerai plus à ce principe. Il est vrai que pour faire avancer ce but, j’ai été obligé de prendre des décisions qui vont au delà des prérogatives de ma charge initiale.

Et je serai peut-être amené à en payer le prix fort si les plus hypocrites souhaitant faire de moi le bouc émissaire gagnent la partie… Mais j’assumerai les conséquences de mes actes. Si cela aura permis à l’Apreplaine et au Garnaad d’éviter la guerre, alors j’irai au bûcher en paix avec moi-même. En attendant la seule chose que je puisse affirmer est que je ne me suis pas approprié ces terres, et que je n'ai pas tiré de profits personnels de cet état des affaires. Ma fortune est déjà suffisante. J'essaye de ramener une paix fragile à une péninsule fragile. J'ai peur pour l'humanité entière, j'ai peur que l'aristocratie parvienne par sa prétention à un pouvoir absolu à détruire un système nous ayant mené à la grandeur. D'autres nous attendent au tournant. En attendant, j'essaye de préserver ce qui peut l'être en mettant au service de mes domaines mes quelques modestes connaissances d'administration et de diplomatie. ”
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Sigvald d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Ne pas se perdre en chemin   Dim 24 Avr 2016 - 22:42

« Soit, je vous appellerai Niklaus et vous m'appellerez Sigvald, ça sera aussi bien. »

Le baron écouta son invité lui conté un résumé de son voyage, au demeurant fort long. Il nota qu'il venait de Sainte-Berthilde et, plus particulièrement, qu'il avait rencontré son suzerain Godfroy.

« Une belle chevauchée que tout cela, il faut le vouloir pour encaisser un tel voyage. En tout cas, vous pouvez rester à Olyssea autant de temps que vous le voulez, l'hospitalité est la moindre des choses que je peux vous offrir. »

Il hocha sereinement la tête tandis que Niklaus cherchait à le rassurer sur ses intentions. A vrai dire, non, Sigvald ne l'avait pas véritablement envisagé, mais il trouvait cela agréable qu'un diplomate, puisqu'il avouait en avoir la charge, ne cherche pas à cacher les manœuvres que ses confrères pouvaient parfois avoir.
Le baron d'Apreplaine ne se fit pas prier pour expliquer en long et en large la situation du médian. Sigvald essaya de suivre, mais il dut bien se résoudre rapidement à avouer intérieurement son impuissance et son incapacité à tout emmagasiner : trop de noms, trop de politique... Il ne comprenait guère que les grandes lignes. En vérité, c'est en Lambert que Niklaus trouva l'oreille la plus attentive, l'échevin écoutant avec attention le discours, tirant quelques bouffées sur sa pipe, sans jamais interrompre leur invité.
Finalement, quand le sieur d'Altenberg eut finit de parler, Sigvald regarda un instant le contenu de sa coupe et la fit tourner entre ses doigts, comme s'il jaugeait la qualité du vin à sa couleur, une chose qu'il était bien incapable de faire du reste. Finalement il redressa la tête pour regarder Nikaus, un sourire sympathique accroché aux lèvres qui faisait remonter les bords de sa barbe :

« Je vais être honnête avec vous, j'en savais un peu plus que je vous l'ai dis. Mais comme vous l'avez relevé, chaque explication est un parti pris et j'étais curieux d'entendre la vôtre. Et Damedieu ce qu'il y avait à entendre. Désolé pour ça en tout cas.
Mais je vous aime bien, Niklaus. Certains vous accusent peut-être de tous les maux, mais de toute votre bande de la Ligue, vous êtes le seul qui me paraisse vraiment intègre. Même Harold me semble parfois se prendre trop au jeu du pouvoir. Quant à Nimmio de Velteroc... baste, ne parlons pas des sujets qui fâchent !
Je peux vous le dire, si j'avais été dans une situation similaire à la vôtre, j'aurais peut-être fait pareil. Enfin pas toutes les discussions, tout ça ce n'est pas mon fort. »
de discrets toussotements en provenance de Lambert ponctuèrent cette déclaration, sans sembler affecter le baron : « mais au sujet de votre ''allégeance'' finale. Parce que je suis d'accord avec vous, il est bien difficile de trouver un roi, ou une reine, légitime. Et ceux qui pourraient l'être sont sous une influence déplorable. Mais en ce qui me concerne j'ai un suzerain légitime, mon serment lui revient donc par le droit et la tradition. D'ailleurs puisque vous avez rencontré Godfroy, il vous a parlé de comment il voyait la Couronne ? Je sais que j'ai dis d'éviter les sujets qui fâchent, mais faisons une brève exception pour celui-là. »

Et après, ils pourraient peut-être revenir à des discussions plus agréables et moins enclines à assombrir l'humeur de qui que ce soit.
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MessageSujet: Re: Ne pas se perdre en chemin   Ven 29 Avr 2016 - 0:42



Niklaus écouta avec attention ce que Sigvald répondit à son long monologue. Il avait été tenu au courant, ce qui n’étonnait pas le baron, car il se doutait que ce dernier n’était pas si mal informé. Mais il s’était prêté au jeu avec compréhension et avec honnêteté. Il était normal qu’un homme cherche à connaître plusieurs sons de cloche.

Le jeune homme, car après tout Niklaus était encore un jeune homme, fit un sourire compréhensif au baron, pour lui expliquer qu’il avait bien compris le sens de sa curiosité. Son sourire se transforma en un sourire un peu pâle, un peu fatigué mais malgré tout très chaleureux lorsque l’homme lui fit savoir qu’il le plaçait en bonne estime. C’était peut-être là du théatre et du faux semblant politique. Mais Niklaus croyait que les paroles de son alter ego n’étaient pas hypocrites. Peut-être était-ce une faiblesse, mais en ce moment l’Altenberg prenait le réconfort là où il le trouvait. Il s’était attendu à un accueil si différent après sa discussion avec le marquis de Sainte Berthilde qu’il était ému de trouver ici le contre-pied de ses peurs.

Il posa naturellement la question de savoir ce que Godfroy lui avait dit. Là l’Apreplainois se posa la question de savoir s’il devait être franc avec le jeune homme. Il ne voulait sincèrement pas semer la zizanie au sein de Sainte Berthilde. Il savait pertinemment que ses propres ennemis politiques n’hésiteraient pas une seule seconde à essayer de diviser les membres du conseil de la Ligue et il se doutait naturellement que les demandes et les discussions devaient à présent être nombreuses des différents ensembles politique vers Harold, la baronne de Hautval et Velteroc pour tenter de noyauter l’association.

Même si beaucoup n’avaient pas confiance dans les autres membres de l’association, comme Sigvald venait d’ailleurs magistralement de le résumer, Niklaus lui avait confiance dans ses co-conseillers. Non pas une confiance aveugle, mais une confiance tout de même. Il pensait avoir une relation amicale et posée avec Mme de Hautval. Avec son époux la chose oscillait entre le respect mutuel et le mariage de raison. L’homme était ambitieux mais il était aussi pragmatique, et c’est cette fibre particulière qui avait permis une relation saine entre Niklaus et celui que beaucoup évitaient à présent scrupuleusement. Avec Harold du Lyron, la chose était plus compliquée, mais Niklaus pensait avoir obtenu le respect de l’homme durant les négociations de la paix d’Apreplaine. Qui avaient certes été un échec sur le plan de son accession au trône, mais qui avaient surtout été une réussite pour éviter la guerre. Et Niklaus pensait aussi que du Lyron n’était pas dupe sur le fait qu’il devait à Niklaus d’avoir survécu à l’épisode et d’avoir réussi à sauver l’indépendance d’Erac.

Dans tous les cas, il savait que les tentatives de déstabilisation ne manqueraient pas. Mais lui ne voulait pas jouer dans cette cour là. Tout du moins pas tant que ce n’était pas absolument nécessaire. Godfroy lui avait paru être un homme rustre et cruel. Il l’avait menacé d’affamer le peuple et de faire la guerre si l’on ne lui donnait pas le pouvoir. En cela il ne valait guère mieux que beaucoup d’autre. Comme les mauvaises histoires de ménestrels, celle-ci se répétait. Niklaus avait été menacé des dizaine de fois depuis qu’il était entré dans le jeu des puissants. On avait tenté de le soudoyer systématiquement aussi. Le schéma était toujours simple : ‘vous n’êtes rien et je vous écraserez bientôt, rejoignez moi et vous aurez enfin la mainmise officielle sur ces terres que vous convoitez tant…’.

C’était finalement cela l’extraordinaire faiblesse d’esprit de tout ces puissants. Ils prêtaient à Niklaus les mêmes intentions que les leurs. Ils pensaient tous naïvement que Niklaus avait pour ambition de finir au plus haut, de se faire reconnaître des titres, de préférences de plus en plus pompant, avec des armoiries de plus en plus fastes. Et Niklaus s’amusait de cela. A tel point qu’il s’était fait graver de nouvelles grandes armoiries pompeuses pour que chacun puisse continuer de croire cela. Niklaus avait d’autres motifs et un tout autre schéma de pensée.

A regarder Sigvald, Niklaus jugea que ce dernier avait vu au delà des apparences et que ce dernier avait compris que les motivations de Niklaus étaient différentes. Le simple fait qu’il reçoive ainsi le baron, qu’il lui parle avec tant de sympathie  et qu’il soit d’une nature aussi directe qu’amusée était des signes. Mais plus que tout c’était le ton sur lequel il avait parlé ‘d’allégeance’ qui avait convaincu le jeune homme qu’il touchait du doigt ses réels motifs.


“ - Comme je vous l’ai dit Sigvald… Je ne viens pas ici pour semer la zizanie et tenter de faire renier vos serments à votre suzerain. J’aurai préféré éviter ce sujet. Puisque vous l’abordez, j’en dirai quelques mots. Mais votre devoir est celui de la réserve à ce sujet. Tout du moins avec moi. Le reste vous regarde vous et votre suzerain. Pour ma part je ne suis pas attaché par serment à ce dernier, donc je peux vous dire ce que j’en pense…  Ce dernier m’a expliqué qu’il voulait la Couronne pour lui même. Je ne chercherai pas à savoir votre opinion sur le sujet.

Je lui ai dit que je voulais la paix, et cela je le pense avec la moindre partie de mon âme. Beaucoup parlent de la paix comme on parle des fleurs et du retour du printemps. Je ne suis pas de ceux là. Je n’ai pas un lyrisme affectif pour l’idée de paix. Je suis un homme pragmatique et je ne crains ni les armes, ni les armées, ni les guerres. Mais je crains les choix qui nous poussent parfois à nous servir de ces outils. Faire la guerre n’est pas un problème pour moi. Mais les motifs doivent être les bons. Obtenir la Couronne n’est pas un bon motif.

La Ligue, de part ses membres dont moi-même, a une part de responsabilité dans la situation dans laquelle nous nous trouvons, et dans les racines de la guerre civile. Nous en sommes conscients, et nous ne cherchons pas à nous poser en victimes. Pour autant nous ne nous reconnaissons pas tous les torts. Nous avons tous collectivement faillis. Il est à présent temps, à l’heure des bilans, d’arrêter là les frais et de retrouver une forme - que j’admets être imparfaite- de paix. Nous avons fait notre examen de conscience, et la noirceur de notre âme est établie. Nous essaierons de faire mieux à l’avenir. L’idéal aurait certainement été de tous nous retrouver unis autour d’une figure providentielle. Mais la Providence n’est pas avec nous.

Que me reste-t-il au final comme allégeance ? Des centaines de milliers de bouches à nourrir… Et qui me sont reconnaissantes lorsque nous parvenons à leur donner la prospérité. Je ne possède pas mes terres… Je me fiche éperdument que le Garnaad ou l’Apreplaine m’appartiennent. Je ne convoite ni les titres ni les terres. Mes comptes sont séparés de ceux de mes terres. Mes enfants hériteront de ma fortune, car il s’agit là du rôle et de l’honneur d’un père que de donner subsistance à ses enfants. Mais ils n’auront certainement pas de mes charges s’ils ne s’en montrent pas dignes, je les transmettrai à d’autres. Autrefois il s’agissait là du rôle du roi…

Ma famille a passé plus de deux cent ans à administrer ces terres pour la Couronne. Chaque génération à du démontrer sa valeur en respectant les serments du passé. Ceux où la noblesse offrait sa protection, ses lumières et sa justice aux faibles tandis que ces derniers offraient leur travail. Je suis l’héritier d’une tradition d’hommes travailleurs, discrets et dédiés tout entier à la prospérité de ces terres dont nous sommes les gardiens sans être les propriétaires. La Couronne a été détruite, les propriétaires des terrains ont disparus peut-être à jamais… Mais les gardiens vigilants sont toujours là. Ma mission dans la vie n’est pas de mettre un homme sur le trône. Mais le ciel sera témoin que je ferai tout ce qu’il faudra pour être à la hauteur de mes ancètres et de leurs bienfaits pour les terres dont nous avons la charge - et non la propriété- .

Votre suzerain ne comprends rien de cela. Et j’en suis navré et pour lui, et pour ses sujets - dont vous faites partie- . Il pense au pouvoir et non aux raisons du pouvoir. Je ne répèterai pas ici notre conversation, car je ne souhaite pas donner l’impression de travailler contre lui chez ses vassaux. Ce que je peux vous dire et que vous pourrez lui répéter à loisir c’est qu’il n’aurait pas pu plus mal envisager de tenter de me convaincre. Je respecterai néanmoins ma parole et soumettrai ses demandes au reste de la Ligue. En attendant que nous nous réunissions pour prendre une décision sur ce sujet, je lui ai affirmé que dans tous les cas nous conserverions notre neutralité et nos volontés pacifiques. Je respecterai le vote du Conseil ou de la Diète. Pour ma part il disposera pas au conseil de la Ligue de mon soutien. Pas dans ces conditions. J'espère qu'il changera et que cette entrevue n'était pas représentative de sa personnalité. ”
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MessageSujet: Re: Ne pas se perdre en chemin   Dim 15 Mai 2016 - 21:27

Sigvald écouta son invité parler. Damedieu qu'il était bavard. Il perdit le fil plus d'une fois, à dire vrai. Ce n'était certes pas très poli mais on avait pas idée de l'assommer de tels discours alors qu'il avait le ventre vide. Au moins cela devait laisser le temps à son cuisinier de préparer un repas décent pour accueillir son invité. En attendant, il avait fini sa coupe de vin. Il hésita à se resservir mais se ravisa finalement, il était à jeun, fatigué d'une journée de chevauchée et en présence d'un invité de marque, ce n'était pas le bon moment pour faire des excès. Il mit quelques secondes à remarquer que Niklaus avait cessé de parler et quelques unes de plus à se souvenir de ce qu'il avait dit et à trouver ce qu'il pouvait lui répondre.

« Ne vous en faites pas pour mes serments, ils sont solides. Je sais parfaitement ce que veux Godfroy, il s'est ouvert de ses projets à nous -le comte Roderik et moi- peu de temps auparavant. Et si vous voulez savoir ce que j'en pense : il n'a pas à être roi. Je ne dis pas qu'il ne le mérite pas, qu'il n'en est pas capable ou tout autre jugement de valeur. Ce n'est simplement pas sa place. Nous devons être les garants des traditions et des valeurs de nos parents.
Cela étant dit je lui dois hommage et j'ai prêté serment. Olyssea répondra donc à ses devoirs auprès de Sainte-Berthilde. Mais nous n'entrerons pas dans des manigances qui ne nous regardent pas et ne prendront part à aucune cause que nous n'estimons légitime.
Enfin, cessons là ces discussions un peu moroses et passons à table ! »


Il n'y avait pas de faste excessif dans le dîner préparé pour l'occasion. On veilla toutefois à ce que les plats soient remplis en quantité de bonne ripaille et les cruches de vin venus des coteaux de l'est de la baronnie. Sigvald était assis au centre de la table, comme il convenait. Niklaus, son invité d'honneur, était assis directement à sa gauche, tandis que Maverick occupait le siège à sa droite. Le reste de la table était occupée par les compagnons de Niklaus, quelques chevaliers olysséens qui résidaient sur place ainsi que leurs dames. Le tout selon un protocole qui devait avoir des règles très compliquées que Sigvald ignorait copieusement. Lambert les avait laissé, n'étant pas noble. Il avait de toutes façons habitude de dîner avec les principaux notables de la ville, le baron le savait.
Sigvald bavardait tranquillement avec Niklaus tout en mangeant avec apétit. Ils devisaient de sujets triviaux, des petits événements mineurs survenus à Olyssea et des petits tracas inhérents aux voyages qu'entreprenaient Niklaus.

« Tiens d'ailleurs, comment trouvez-vous le vin ? Puisque vous êtes un familier de la baronne de Hautval je suppose que vous avez pu goûter à certains des meilleurs crus de son pays. Nos vignerons essaient de les égaler mais sans grand succès. Une histoire de pluie et d'exposition de ce que j'ai cru comprendre. Mon oncle pourrait vous en dire plus s'il était là, sans doute.
J'y pense, que diriez-vous d'une petite partie de chasse demain ? Ne vous obligez pas surtout, je comprendrais que vous ne puissiez vous permettre une journée complète de pause durant votre voyage. »
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