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 Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions

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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Jeu 17 Mar 2016 - 16:22


L'an Huit du onzième cycle
Sixième ennéade de Verimios
Le cinquième jour...

Roderik de Wenden a écrit:
A l'intention d'Iselda, de la maison de Karlsburg, comtesse d'Arétria

J'ai l'honneur de vous annoncer le succès de la noble quête entreprise par votre père. Le triste pays d'Oësgard est désormais lavé de la souillure et de l'infamie noirelfique ; la lourde menace qui pesait sur nous, du fait de leur emprise sur cette région, n'est plus.

Notre mission est désormais terminée, et nous nous apprêtons à lever le camp à l'heure où je vous écris. Nous quitterons Amblère et reprendrons le même chemin qu'à l'aller, par le pays serramirois, et non alonnan. Le trajet s'en trouvera rallongé, mais il semble préférable que notre armée ne s'aventure pas davantage dans le sud du pays sgardien ; les bourgs avoisinants seraient réticentes à nous ravitailler, le souvenir des actions menées par votre cousin Wenceslas sur la cité d'Erbay étant encore récent et vivace.

Par la grâce de Néera, l'ensemble de votre armée devrait retrouver son doux pays au cours de la sixième ennéade de Verimios. Les guerriers et miliciens regagneront progressivement leurs logis et leurs familles, mais tous les chevaliers qui ont fidèlement servi votre père m'accompagneront à Arétria-la-ville, afin que chacun d'eux, et moi le premier, vous honorions de l'hommage qui vous revient de droit.

Puisse la Damedieu guider vos pas.

Roderik, seigneur de Wenden, bouclier de l'Est Arétrian, sénéchal d'Arétria


Iselda de Karlsburg a écrit:
A l'intention de Roderik, seigneur de Wenden

Je me réjouis d'apprendre que cette campagne qui a tant endeuillé ma famille trouve enfin son terme. Je sais l'estime que vous portait mon père, et je sais qu'il n'aurait assez de mots pour exprimer sa reconnaissance.

Je guetterais votre retour et me tiendrait prête à vous recevoir, vous et tous les vaillants hommes qui se sont battus pour le comte Alwin.

Je recevrais votre hommage, et vous pourrez ainsi vous reposer de ce lourd fardeau qu'est le commandement de l'armée, afin de retrouver la quiétude d'une vie paisible.

Iselda, de la maison de Karlsburg, comtesse d'Arétria


La quiétude d'une vie paisible, mon cul, songea Roderik en pliant la missive entre ses mains. Les mots de la comtesse étaient froids comme la mort, et s'il fallait mettre cela sur le compte du deuil, Roderik avait tout de même la vague impression qu'elle se méfiait de lui. D'un autre côté, qui pourrait la blâmer ? Elle était seule, ne pouvait compter sur aucun soutien de ce qui lui restait de famille, et son armée était conduite par un homme qu'elle n'avait pas nommé.

D'ailleurs, pour qui observait la chose avec un peu de recul, la bande de chevaliers en marche pour la capitale du comté ressemblait davantage à des conquérants qu'à d'innocents aristocrates venus présenter leurs hommages. Et si pour ces hommes la comtesse Iselda n'était que peu de choses, le seigneur de Wenden représentait déjà beaucoup. Non pour la force objective qu'il était capable de mobiliser, Wenden n'étant pas plus puissante ni plus riche que des cités telles Lün et Külm, loin s'en faut ; mais il faisait une arme de son seul nom. Pilier incontournable de la malelande, il cimentait déjà les relations entre les Karlsburg et leurs vassaux les plus éloignés à l'époque du comte Wenceslas, quand celui-ci peinait à se rallier les nostalgiques du Goupil. Les deux premiers Karlsburg qui s'étaient succédés à la tête du comté avaient dû composer avec lui, de bon ou de mauvais gré. Mieux valait que la jeune héritière en fasse autant. Si elle espérait l'adoucir en lui retirant ses attributions militaires, elle se trompait lourdement.

Ils arrivèrent en vue de la capitale vers midi. Le soleil s'élevait au plus haut, répandant sa lueur chatoyante, irradiant de chaleur les cavaliers dans leurs armures grinçantes, inondant de lumière dorée les murs de la fière citadelle qui se dessinaient à l'horizon ; c'était une mi-journée d'été splendide, et Roderik et sa coterie de chevaliers et de valets d'armes étaient d'excellente humeur. Contemplant la sémillante forteresse, que d'aucuns jugeraient fort laide mais à laquelle il avait toujours trouvé une certaine beauté, le seigneur de Wenden semblait rêveur ; et s'il avait tardé à se réjouir de la fin de la campagne sgardienne, il semblait désormais reguaillardi, raffermi et enthousiaste, tel un homme nouveau, prenant enfin la mesure des bienfaits de ce qui avait été accompli.
Il était prêt à affronter l'avenir, avec ses défis et ses promesses.

Or, l'avenir n'avait pas attendu que Roderik daigne franchir les portes d'Arétria. Vraisemblablement avertie de son approche, la maîtresse des lieux se porta à leur rencontre avant même qu'ils n'atteignent les faubourgs, et elle semblait s'être entourée d'une solide escorte. La bannière frappée de l'Aigle de la maison de Karlsburg flottait au vent, et il y avait autour d'elle tant de cavaliers en armes qu'il mit un certain temps à la reconnaître parmi eux. Ce fut d'abord le vieux Feidel qui se présenta, le visage sec et sévère, et Roderik, qui ne l'avait jamais vu sans sa robe de bure, s'étonna de le découvrir vêtu en soldat. Une compagnie d'enfants et de vieillards revêtus d'armures pour faire étalage de sa force, voilà tout ce qu'elle a trouvé, constata-t-il en esquissant un sourire.

- Seigneur Roderik, annonça Feidel d'une voix haut perchée, la comtesse Iselda.

Elle s'avança, juchée sur un superbe cheval blanc. Roderik avait gardé d'elle le souvenir d'une fille plutôt quelconque et toujours avachie, distante et timide ; et si il fut d'abord frappé de la découvrir aussi frêle et fragile, il remarqua par la suite qu'elle se tenait en selle avec une noblesse presque naturelle. Sans doute n'avait-elle pas un talent inné pour le rôle qui était désormais le sien ; mais elle apprenait.

Roderik sauta à bas de sa monture et fit quelques pas vers la noble cavalière qui lui faisait front.
Puis il ploya le genou, et jura fidélité.

Le regard interloqué de la comtesse exprimait toute la surprise qui était la sienne. Sans doute avait-elle imaginé en lui un intrigant menaçant le pouvoir sur-lequel l'emprise de sa famille était encore récente et fragile ; sans doute avait-elle imaginé que les choses se passeraient différemment ; sans doute imaginait-elle que tout ceci n'était qu'une manoeuvre destinée à la tromper.
Mais elle devait bien admettre une chose : elle n'avait pas eu à exiger de lui le moindre serment ; il l'avait accompli de son propre chef, comme s'il n'en pouvait être autrement.

Le reste des chevaliers ne tarda pas à l'imiter.

*  *  *



Sixième ennéade de Verimios
Le septième jour...



L'accalmie qui régnait en ville depuis le départ de l'armée arétane avait prit fin ; la noblesse arétane avait regagné le pays, et nombre d'entre eux affluèrent bientôt aux portes de la capitale. Le petit peuple sortit lui aussi de sa torpeur ; cet afflux de bonnes gens faisait la fortune des marchands, des ouvriers et des mendiants.
Tout ce petit monde venait à sa façon rendre hommage au comte Alwin, le héros qui avait terrassé à lui seul un millier de drows à la force de son terrible marteau de guerre. Sa mort le faisait entrer dans la légende ; et sa légende renforcerait la légitimité de la maison de Karlsburg. Sa mort remontait déjà à plusieurs ennéades, et on avait déjà accompli un certain nombre de rites. Toutefois, le maître du pays arétrian devait reposer chez lui.

Tôt ce matin-là, une poignée d'hommes d'armes avait soigneusement dégagé la grande rue qui menait à l'église arétane. Et à midi débuta la procession de nobles et chevaliers, dont les plus en vue portaient le cercueil. Parvenus à l'intérieur de l'église, on écouta des heures durant un flot ininterrompu de prières, et l'on brûla un millier de cierges. Au premier rang, la comtesse Iselda ne quittait pas des yeux le cercueil de bois contenant la dépouille de son père ; mais elle ne versa aucune larme. Elle endurait depuis déjà de longues ennéades la souffrance de son deuil, et ne témoignerait plus de la moindre faiblesse devant ceux qui désormais étaient ses vassaux.
*  *  *



Si le recueillement présida l'essentiel de cette journée, la soirée fut aux réjouissances. L'on avait jugé de bon goût de tenir banquet au cours des prochains jours pour célébrer la victoire ; étrange idée que de s'adonner à la ripaille juste après des funérailles et sans aucune interruption, mais il fallait bien que ces joyeux seigneurs et chevaliers ne regagnent pas leur chez-soi le ventre vide et l'oeil humide. Alors on festoyait, bruyamment, dans la grande salle de la citadelle arétane, non pas aux frais de la princesse, mais aux frais de la comtesse.

- Vous ne mangez pas, constata Roderik qui, assis à la table d'honneur juste à la droite de la comtesse, s'apprêtait à attaquer une poularde qui lui faisait les yeux doux.

- Cette journée n'était sans doute pas de nature à m'ouvrir l'appétit, répliqua Iselda avec une ironie désabusée.

- Je m'associe à votre douleur, comtesse. Votre père m'était cher. Plus qu'un suzerain, il était pour moi un véritable ami. Il se garda de dire qu'il l'avait considéré comme un second père, car il n'était pas certain que cela plaise à la damoiselle. Je me sais bien impuissant à pouvoir atténuer votre peine, mais si je puis vous être d'une quelconque aide, sachez que vous pouvez compter sur moi.

Elle soupira.

- Les Cinq eux-mêmes ne sauraient dire ce qui pourrait m'aider maintenant, dit-elle. Soyez tranquille, seigneur Roderik, je ne manque pas de "bonnes intentions". Cette salle est remplie de gens "bien intentionnés".

Roderik jeta un regard autour d'eux. Le brouhaha des discussions était tel que leur conversation ne courait pas grand-risque d'être entendue ; lui-même devait tendre l'oreille pour entendre ce que disait Iselda.

- Comtesse, je...

- Je sais, Roderik. Je sais. Vous allez me dire que vous serviez fidèlement mon père et que je peux, non, que je dois, avoir en vous une confiance aveugle.

Roderik se tut un instant, surpris par le franc-parler de la jeune fille.

- Non, répondit-il en haussant les épaules, je voulais vous demander de me passer le plat à votre droite. Toutefois, vous avez raison, c'est à peu près ce que je m'apprêtais à vous dire juste après. Il sourit, étirant les lèvres et dévoilant ses dents.

- Alors, laissez-moi me montrer honnête avec vous, répliqua la comtesse. Elle poussa un profond soupir, avant de se lancer : mon père est mort, mon frère aîné est mort, mon frère cadet semble me haïr et se terre loin d'ici, et ma mère ne se remet pas de son chagrin. J'aurais pu m'en remettre à l'un d'entre eux, mais je n'ai personne, et je ne vois vraiment pas comment je pourrais vous faire confiance. Elle demeura pensive quelques instants, puis, relevant les yeux vers Roderik, poursuivit : mais tranquillisez-vous... je trouverais à vous récompenser pour ce que vous avez fait à Amblère. Vous y trouverez votre compte, car je sais que je n'ai pas à me défier de vous plus que de n'importe qui.

- Vous vous défiez de tout le monde, comtesse. Vous ne pouvez régner sans vous en remettre à quelqu'un. Il est d'autres sujets dont vous devriez vous inquiéter. Il se dit que Godfroy de Saint-Aimé se trouverait dans l'arrière-pays, et qu'il fait route pour vous rencontrer.

- J'en ai eu vent, en effet. Le marquis veut que je lui prête serment, et...

- Le marquis, répéta Roderik. Ainsi, la chose est devenue officielle ? La mort du roi Bohémond serait avérée ?

- Bertrand semblait le croire, et il n'était pas homme à penser à la légère. Que vous le vouliez ou non, Godfroy de Saint-Aimé est le nouveau marquis.

- Certains le surnomment l'Effroyable.

- Ce n'est qu'un surnom. Les surnoms ne m'inquiètent pas.

- Alors, soyez prête à le recevoir, comtesse. Il sera peut-être là demain.


Dernière édition par Roderik de Wenden le Mer 23 Mar 2016 - 10:10, édité 1 fois
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Jeu 17 Mar 2016 - 19:06

L'escale à Stern eut le mérite d'offrir une presque-nuit au marquis et à ses gens, qui après une longue chevauchée, prirent un certain plaisir à dormir sur de vrais lits. Le lendemain, le voyage débuta tôt, alors qu'à l'Est, le soleil se levait à peine. On était ébloui par sa splendeur et par la vigueur de ses premiers rayons, et c'était une troupe nombreuse qui partait du bourg frontalier d'Arétria. Le marquis ne partait pas de Stern seul : le seigneur des lieux, Arnoul, l'accompagnait avec quelques uns de ses gens. L'âge avancé dudit seigneur n'arrangeait pas les choses, lui qui aurait eu sa place dans un musée, ou dans une foire de vieilleries, mais son air bougon et râleur amusait grandement le marquis. Comme le vieillard ne pouvait chevaucher, et qu'il devait voyager en carrosse, la troupe dut retarder son arrivée d'une journée.

Le soir, ils campèrent agréablement en campagne, le marquis ne désirant pas s'encombrer d'un autre seigneur sur le chemin. Ils profitèrent de l'herbe rase de la Malelande pour profiter de la chaleur des derniers rayons de l'astre princier, et le soir, ils contèrent des histoires et des contes. Ils reprirent la route le lendemain, et Arétria, fidèle à elle-même, se dressa en fin de matinée à l'horizon, les cimes de pierre et les murailles solides couvrant progressivement ce qui pouvait être vu. A la bannière du cerf, on s'écartait, et sinon, la vue des quatre Angolas qui suivaient le marquis suffisait à ce que les badauds écartent leurs enfants, de peur qu'un coup de patte vienne à bout de la tête du marmot. Les cavaliers ouvrant la marche scandaient l'arrivée de Godfroy, et ce dernier s'amusait grandement à reprendre leurs termes.

« PLACE ! PLACE AU MARQUIS ! PLACE ! »
« Ohé, populace, écartez-vous ! Place à moi ! »

Sur son blanc destrier, le colosse en pourpoint arquait ses jambes sur les étriers, l'air digne. La vue de l'homme d'acier ne laissait pas indifférent, mais sa compagnie était réellement surprenante. Quatre Angolas et un vieillard en carosse, qu'on reconnaissait à travers les fenêtres comme étant le seigneur de Stern. Ils parvinrent au sommet d'Arétria, là où les tours les plus hautes étaient couronnées des bannières du pays, et où les sentinelles avaient dû voir venir la troupe de loin. Dans la cour du château, une grande assemblée attendait Godfroy et Arnoul. De très nombreux chevaliers, nobles et pages étaient là, et devant la porte principale, faite de chêne ou d'hêtre, une fort jolie jeune femme qui devait être Iselda. S'arrêtant au milieu de la place, le marquis regarda les présents, tournant la bride de sa monture. Puis, habilement, il retira son pied de l'étrier, et sauta à terre. Ses angolas vinrent lui tourner autour, langue pendue et yeux joueurs. Par grandes enjambées, et retirant ses gants, le golem s'avança, et se planta devant la jeune comtesse au joli minois, devant presque se tordre le cou pour la regarder en face tant elle était petite.

« Comtesse Iselda de Karlsburg. Mes condoléances pour votre père et vos frères. Le Berthildois se joint à vous pour pleurer ces pertes. » Le marquis se tourna vers le chevalier qui se trouvait derrière elle, qui devait être un garde. Il lui jeta ses gants au torse, et ce dernier, surpris, les récupéra. « Merci, le brave.» Il se tourna vers la comtesse. « Le pays doit avoir un comte. Nous serons mieux à l'intérieur pour converser de tout cela. Soyez l'hôte de mes gens et de mes angolas - ils ne boivent que de la bière, et mangent de la viande. Allons à l'intérieur. »

Ils furent guidés jusqu'à la salle du trône, où Iselda prit place, incroyablement seule. Godfroy attendit que tout le monde entre, le visage fermé, un air sévère gravé sur sa chair. Lorsque les nobles furent rentrés et installés, la plupart debout sauf quelques veinards, Godfroy se retourna vers Iselda et prit de lui-même la parole, tout élégant qu'il était.

« Comtesse Iselda, la mort de votre père et de vos frères fait de vous la comtesse légitime en titre. A ce jour, vous n'êtes pas mariée, mais ce pays compte nombre de valeureux hommes prêts à servir leur marquisat par une loyauté sans faille, et vous, par une fidélité exemplaire. » Le marquis demeura silencieux un instant, puis hurla dans la salle.

« Que le Bouclier de l'Est Arétan vienne devant moi ! »
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Sam 19 Mar 2016 - 1:28

Il commence déjà à me plaire, lui, pensait Roderik lorsqu'il avait vu débouler dans la cour cette espèce de forteresse à cheval. On lui avait dit que le sire de Saint-Aimé était un véritable colosse, mais c'était autre chose de le voir en chair et en os. En vérité, ce n'était pas tant par sa seule taille qu'il en imposait, mais plutôt son exubérance et la vivacité avec laquelle il se mouvait. La cour étant encore calme et silencieuse quelques instants plus tôt ; à peine leur hôte était-il arrivé qu'il pérorait déjà de sa voix de stentor et qu'il donnait des ordres à tout va, comme si le monde était à lui.

Il était naturel qu'un suzerain cherche à imposer le respect et à prendre l'ascendant sur son vassal ; mais Godfroy allait encore au-delà de ce qu'on aurait pu imaginer. Du coin de l’œil, Roderik guettait la réaction de la comtesse. Elle ne disait rien, mais il devinait déjà qu'elle bouillonnait. Et ce n'était que le début. Lorsqu'il évoqua la nécessité pour le pays d'avoir un comte, avec la soudaineté d'un pet et glissé entre deux phrases comme pour en atténuer l'effet - comme si cela n'avait pas plus d'importance que l'alimentation de ses chiens - il crut qu'elle allait laisser éclater sa colère. Mais elle se contint. Peut-être aurait-elle dû, en vérité ; peut-être aurait-elle dû dès maintenant mettre les points sur les i, et montrer à ce Saint-Aimé que s'il était fondé à demander un hommage, il n'était pas pour autant le maître des lieux. Roderik n'aurait pu que la soutenir : même si le comté d'Arétria était historiquement lié au marquisat par la vassalité, lui-même ne se considérait que comme arétan, et ne reconnaissait d'autre maître que celui qui en occupait le trône de pierre.

On sait d'où lui vient son surnom, songea Roderik tandis qu'on se dirigeait vers la grande salle. Effroyablement chiant, visiblement.

Iselda s'installa sur le trône, son corps frêle semblant plus petit que jamais dans un siège aussi grand. Roderik demeura en retrait, et observa le silence comme tout le monde ; nul ne couperait la parole au marquis ou à la comtesse. Comme on pouvait s'y attendre, le marquis parla le premier. Et eut le bon goût de revenir sur l'épineux sujet du mariage d'Iselda ; de toute évidence, le tact lui était étranger, et le mot « diplomatie » ne devait pas faire partie de son vocabulaire. Néanmoins, il avait une arme redoutable pour faire taire la contestation : il ne s'arrêtait jamais de parler. Iselda était sur le point de répliquer, mais n'eut qu'à peine le temps de bafouiller une syllabe étouffée, que le marquis beuglait un nouvel ordre.

Un ordre qui, bien que Roderik ne s'en rendit pas compte tout de suite, s'adressait directement à lui. C'était lui le « Bouclier de l'Est Arétrian », surnom honorifique donné aux seigneurs de Wenden dont le rôle ancestral était de protéger le comté d'éventuelles incursions en provenance de Serramire. L'étonnement atténua quelque peu l'agacement de Roderik à se voir interpeller sur ce ton. Sans doute le marquis voulait-il voir l'homme qui avait mené au combat contre les drows non seulement l'ost arétan mais aussi le contingent que Sainte-Berthilde leur avait adjoint.

Il s'avança, et croisa le regard sévère de Saint-Aimé. Il ne baissa pas la tête, bien qu'assurément, il était difficile de garder un air fier devant ce genre d'individu. Mais Roderik avait côtoyé son content de grands hommes ; il en avait prit une certaine habitude.

- Marquis Godfroy, dit-il simplement d'une voix neutre, s'efforçant de demeurer impassible.
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Sam 19 Mar 2016 - 9:02

Lèvres plissées et mirettes anthracites rivées sur celui qui fendit la foule, Godfroy releva légèrement le menton. Le seigneur de Wenden, Bouclier de l'Est Arétan, celui qui avait mené les forces arétannes et berthildoises au front contre l'envahisseur. L'homme était de bonne facture, bien conçu et propre sur lui. Une somme de cheveux longs, une barbe négligée, le noble était un petit mignon qui devait jouir d'une certaine popularité auprès du sexe inférieur. Le visage de Godfroy demeura fermé et impassible durant de longues secondes, tandis que Wenden et Saint-Aimé se faisaient face. Comme s'ils se jugeaient l'un et l'autre, pupille dans pupille, l'iris armé et tendu comme la corde d'une arbalète, leurs visages à quelques centimètres l'un de l'autre. Puis un sourire bénigne se dessina sur le visage du marquis, ses yeux se plissèrent dans les extrémités des lèvres remontaient jusqu'aux oreilles. Une imposante et vigoureuse claque sur l'épaule du seigneur résonna sur la salle, avant que celle-ci ne soit envahie par le rire tonitruant de Godfroy.

« On dit que vous avez vaincu l'ennemi d'une seule main, seulement secondé par votre volonté de fer, et par l'inspiration que vous insufflez aux hommes ! Un bon et viril guerrier commandant ! Les poètes et les bardes chanteront vos exploits ! » Le marquis continua de rire quelques instants, fort jouasse alors que les regards tendus des seigneurs d'Arétria étaient sur lui. Il se retourna vers la comtesse.

Godfroy s'avança, reposant ses yeux couleur d'orage sur Iselda. Si lui était de bonne humeur, et son sourire étincelant, ce n'était guère le cas de la comtesse, une jeune pucelle sur un trône plus grand qu'elle, qui menaçait de l'engloutir comme un enfant tombant dans le trou des latrines. Godfroy ne l'aimait pas. A vrai dire, il n'appréciait, par défaut, aucun des seigneurs ici. Le souvenir de l'Atral, deux ans plus tôt, où Arétria s'était rebellée, était encore vivace pour le marquis. Il avait perdu, dans cette guerre, son fils aîné. Jean, son héritier, son préféré, était mort contre les félons. Son épouse, aussi meurtrie que lui, l'avait pourtant tempéré, et grâce à elle, Godfroy n'avait fait de cette mort ni une affaire personnelle, ni une affaire politique. Si les seigneurs Arétans revêtaient leurs atours de jouvencelles effarouchées, Godfroy prendrait le rôle du précepteur pervers armé de la cravache. Et les Cinq savaient qui apprécierait le plus d'être dans le rôle que le destin leur aurait attribué...

« Trêves de drôleries...Vous savez, tous ici, pourquoi je suis ici. Arétria et Sainte Berthilde ont toujours marché main dans la main. L'unique fois où ce ne fut plus le cas...n'est plus une option. Votre terre, comtesse, sera dirigée par des Arétans, pour des Arétans. Les Karlsburg sont les seuls légitimes à régner sur ce pays, et j'entends que nous marchions, ensemble. » Mais vous, à quelques pas derrière moi pensa Godfroy intérieurement. Toujours face à la comtesse, son visage se tourna pour que sa voix porte sous les alcôves de la salle du trône. « Vous le savez tous : le roy est mort. Sainte Berthilde et le Nord doivent rester unis, et affronter les défis de l'avenir comme ils l'ont toujours faits : ensemble. Alors, chère comtesse...Dites moi : Qui-suis-je ? »


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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Sam 19 Mar 2016 - 16:03


Il y eut un moment de flottement pendant lequel les deux hommes se faisaient face, et ceux qui assistaient à cette étrange scène se demandaient si l'un d'eux n'allait pas subitement bondir pour tuer l'autre.
Roderik crut presque que c'était cela qui se produisait lorsque le marquis abattit son immense paluche sur son épaule, avec une force si brute qu'il se demanda comment il avait réussi à rester debout. Et le rire du marquis s'éleva, sonore, aussi assourdissant qu'un coup de tonnerre se répercutant dans chaque coin de la salle.

- Les chroniqueurs exagèrent, marquis ; en réalité j'ai utilisé mes deux mains, fit Roderik d'un ton léger, préférant utiliser l'humour - aussi plat soit-il - pour alléger l'atmosphère tendue qui régnait autour d'eux. Mais tout le mérite revient au comte Alwin, dont la mémoire sera...

Il n'eut pas le temps de poursuivre, Godfroy de Saint-Aimé s'était déjà désintéressé de lui pour reporter son attention sur la pauvre Iselda, dont le répit avait été de courte durée. « Trêves de drôleries », qu'il dit, pensa Roderik, irrité. Tôt ou tard, ce foutu mastodonte devra apprendre la notion de respect, s'il ne veut pas être jeté dehors à grands coups de pied aux fesses.

Iselda, de son côté, écoutait le sire de Saint-Aimé en faisant de son mieux pour rester droite sur son trône - elle peinait, en vérité, à appuyer son dos au fond de celui-ci sans avoir les jambes dans le vide. Elle écoutait, le visage dénué de toute émotion, les déclarations du Berthildois. Son évocation à peine voilée de la guerre de l'Atral fit froncer les sourcils à Roderik, mais c'était de bonne guerre ; lui avait guerroyé contre Sainte-Berthilde, et pouvait en tenir quelques griefs. Mais pas les Karlsburg, qui s'étaient tenus à l'écart du conflit - ce qui leur avait valu, en récompense, de se voir remettre le comté. L'évocation de la mort du roi Bohémond le laissa simplement dubitatif. Toute la péninsule ne semble pas aussi convaincue que lui quant à la mort du roi. Une mort qui lui profite, à lui plus que tout autre. Mais l'on ne connaîtrait peut-être jamais le fin mot de l'histoire, et la vérité n'avait peut-être pas tellement d'importance.

- Mon père et mes frères ont reconnu vos droits, et je les reconnais à mon tour, répondit Iselda sans se laisser démonter. Si l'union de nos deux pays a pu souffrir par le passé, vous savez que ma famille est toujours restée fidèle à la vôtre. Vous êtes le marquis de Sainte-Berthilde, et tout le pays berthildois relève de votre autorité, tout comme le pays arétan relève de la mienne.

Un sourire innocent se forma sur les lèvres de Roderik, ravi de l'audace de la jeune comtesse ; sa dernière phrase, en apparence innocente, laissait entendre à chacun des hommes présents qu'elle ne se laissait pas démonter, et qu'elle n'admettrait pas l'ingérence de son suzerain dans les affaires du comté. Une remarque habile, et salutaire : l'exubérance outrancière et le culot du marquis ne manquait pas d'agacer et de préoccuper les seigneurs arétans qui assistaient à l'entrevue ; bien que Saint-Aimé ait lui-même dit que le comté devait être dirigé par des arétans, on se questionnait sur ses arrières-pensées, sur ses intentions profondes. Iselda devait dès à présent chasser les doutes de ses vassaux, et leur prouver à tous qu'elle était capable de faire face et de défendre ses droits.

- Notre belle ville accueille en ce moment bon nombre de sires et chevaliers venus honorer la mémoire de mon père, reprit la comtesse. Si vous l'acceptez, nous pourrions tenir la cérémonie d'hommage dans les jours qui viennent, ici-même et devant tous ces témoins.
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Sam 19 Mar 2016 - 16:51

Wenden lui avait-il répondu ? La question demeura dans l'esprit de Godfroy un instant. Il prit quelques instants à réfléchir à s'il devait se retourner pour la poser directement au sénéchal. Et pendant qu'il se la posait, et que cela occupait tout son esprit, la comtesse parlait. Non, le marquis ne devait pas montrer trop d'intérêt à Wenden. Pas encore. Il était encore tôt. Reposant ses pupilles sur la comtesse, il n'entendit que la fin de la phrase :

« ...vous l'acceptez, nous pourrions tenir la cérémonie d'hommage dans les jours qui viennent, ici-même et devant tous ces témoins. »

Un grand sourire illumina le visage du marquis. Le visage redondant, et l'air fier, son regard se posa sur les seigneurs de l'assemblée. Godfroy fit quelques pas, avant de faire la moue. « Mh. » pensa-t-il fortement. Il se retourna, arquant l'index de sa main droite, puis s'apprêta à parler. Ses lèvres s'ouvrirent, puis au dernier moment, se refermèrent, le laissant pensif. Ce qu'ils ignoraient - encore, c'est qu'Olyssea serait aussi de la fête. Son regard se reposa sur le seigneur de Wenden, plus particulièrement sur ses mains. Puis un sourire se dessina sur son visage.

« J'informe aussi l'assemblée, chère comtesse, que le baron d'Olyssea - qui, lui, m'a déjà rendu hommage, sera bientôt des nôtres. Certaines questions doivent être traitées, et le seront par ceux que cela concerne. » Ses mains s'écartèrent soudainement, adoptant une position presque théâtrale - ce à quoi il était exécrable. « Mais ! Cependant, avant l'hommage...La mémoire de votre père devra être saluée. Lui qui a toujours été un brave et fidèle homme. » Les yeux couleur d'argent du marquis se posèrent contre Wenden. Il se pencha légèrement à son attention, et parlant d'une voix assez basse pour que seul lui, et éventuellement Iselda, l'entendent : « N'ai-je pas raison...Comte ? »

Godfroy s'écarta de Roderik, le laissant à souhait digérer la nouvelle selon sa convenance. Même en bas des marches qui se trouvaient devant le trône, Godfroy dépassait de plus d'une tête Iselda.

« Pleurons nos morts et célébrons les vivants pendant deux jours. Au troisième, nous nous tournerons vers l'avenir, vous et moi. Qu'en dites-vous ? » Pour peu qu'il ne regardât pas Iselda, Godfroy aurait pu s'adresser à Roderik dans les mêmes termes. « Nos visages ne sont pas conçus pour les larmes, mais pour la joie. Garantir l'avenir d'Arétria est tout autant votre devoir que le mien. »
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Sigvald d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Sam 19 Mar 2016 - 19:57

« Monseigneur, la citadelle d'Arétria se dessine désormais clairement devant nous !
-Pestecarme !
-Surveillez votre langage monseigneur.
-Je ne suis pas mécontent de voir le bout de ce voyage. » poursuivit Sigvald comme s'il n'avait remarqué l'intervention de l'un de ses compagnons, qui toucha du doigt la petit idole de Néera qu'il accrochait toujours à l'encolure de son cheval : « La majorité de ce pays était si plat que j'ai faillis m'endormir sur mon cheval.
-Oui, on ne l'appelle pas la Malelande pour rien. » fit remarquer sur le ton de l'humour Maverick, le plus vieux des compagnons de Sigvald.

Le baron avait quitté son propre château un peu plus d'une ennéade auparavant, lorsqu'il avait reçu la lettre de son suzerain, Godefroy, marquis de Sainte-Berthilde, qui l'enjoignait à se rendre à Arétria. Pour quelles foutues raisons avait-on besoin de lui, il n'en savait rien mais il ne comptait pas directement commencer son règne par de l'insolence envers son suzerain. Il aurait largement le temps de l'être plus tard. Il avait donc remonté le Ner, profité de l'occasion pour passer la nuit à Kahark et deviser avec son cousin qu'il n'avait guère revu depuis son couronnement et avait repris son chemin au matin. La traversée de la forêt de Malwen puis de la région du lac Balgure n'avait pas posé de problèmes particuliers.
Pas plus que la Malelande à dire vrai. Si ce n'était l'incommensurable ennui qui avait commencé à assaillir Sigvald, assombrissait son humeur laquelle se répercutait sur la demi-douzaine de chevaliers et autant d'écuyers qui l'accompagnaient. Il était donc temps pour tout le monde, à l'exception de Maverick qui avait supporté bien assez de gamins effrontés pour que la mauvaise humeur de Sigvald ne glisse sur lui sans l'affecter plus que de l'eau sur son armure, que ce voyage arrive enfin à son terme, lequel se profilait désormais par-dessus les collines. Ils l'atteindraient probablement avant la nuit.


Ça n'avait pas été le cas. Il leur avait non seulement fallut camper mais, de surcroît, ils avaient été réveillé plusieurs heures avant l'aube par un Sigvald impatient de finir ce voyage et qui ne comptait pas avoir à endurer une journée de plus que nécessaire le cul vissé sur un cheval au milieu de ce qu'on pouvait à peine appeler des collines. Maugréant et pestant, ils se remirent pourtant en route alors qu'une longue traînée rouge ne se dessinait qu'à peine à l'horizon. Mais c'était effectivement, comme tous l'espéraient, la fin du voyage.

Ils arrivèrent en effet aux portes de la ville aux alentours du midi, ce qui déclencha d'ailleurs plusieurs reproches bienveillants adressés au baron, qui leur signala qu'au moins, ils arriveraient peut-être à temps pour manger quelque chose et n'aurait pas encore à dîner de provisions séchées entre deux buissons, ce à quoi ils opinèrent. C'est donc avec un large sourire, malgré quelques cernes sous les yeux, qu'ils franchirent les portes d'Arétria après s'être présenté auprès du corps de garde.
La ville leur semblait en effervescence. Et c'était le cas. Ils étaient venus de loin, ceux qui voulaient présenter leurs hommages à feu le comte Alwin de Karlsburg. C'était aussi la raison de la venue de Sigvald, d'une certaine manière, bien qu'il ai appris tout ça sur le coup. Lui et ses chevaliers remontèrent les rues en direction de la citadelle où aurait assurément lieu les célébrations auxquels ils escomptaient assister. Comme dis, nombreux étaient ceux qui étaient venus rendre hommage et un groupe de chevaliers avec une bannière de plus ou de moins n'attira pas particulièrement d'attention. Tout au moins jusqu'à ce que la petite troupe arrive dans les alentours du château et que certains, plus cultivés que le peuple qu'ils avaient essentiellement croisés jusque là, ne reconnaissent la bannière d'Olyssea, faisant naître quelques murmures.

Ils arrivèrent finalement dans la cour du château, où s'affairaient encore quelques gens à entretenir les lieux. Les olysséens mirent pied à terre et Sigvald se présenta aux portes et demanda à ce qu'on l'introduise auprès de la comtesse. Ce qu'on fit sans plus tarder, puisqu'un page les guida jusqu'à la salle du trône où il ne faisait aucun doute qu'une certaine agitation avait lieu. Quand il arriva dedans, il comprit pourquoi : une petite foule de nobles étaient ici installé pour en écouter discuter d'autres.
Il ne fallut pas longtemps à Sigvald pour reconnaître l'imposante carrure de Godefroy de Saint-Aimé au milieu de la salle, au pied de quelques marches qui menaient au trône où était assise celle qui devait être la comtesse Iselda de Karlsburg, un peu trop petite pour son trône. Restait un autre homme, que Sigvald ne connaissait pas, qui se tenait aux côtés de la comtesse. Il avait la carrure d'un guerrier, très probablement de retour de cette guerre contre les drows. A vrai dire, seule en compagnie de ces deux hommes, la comtesse faisait encore plus fragile qu'elle ne l'était déjà. J'en viendrais presque à regretter de lui imposer ma présence.

Tandis que les compagnons de Sigvald rejoignait les autres nobles anonymes sur les côtés de salle, lui-même s'avança, suivant le page jusqu'au centre de la petite assemblée. Tandis qu'on allait l'introduire il dépassa son guide en lui adressant un « Je peux me présenter seul, merci. » et s'avança vers le trône de la comtesse, venant de fait s'arrêter quasiment à côté de Godefroy, pour l'heure sans le regarder.

« Comtesse, » il la salua respectueusement : « je suis le baron Sigvald d'Olyssea, je vous remercie de votre accueil et souhaite vous présenter mes condoléances pour votre perte. »

Puis il se retourna vers Godefroy et, en inclinant la tête, il le salua à son tour :

« Monseigneur. »

Et il attendit là de savoir si la comtesse allait lui répondre quelque chose où s'il allait pouvoir retourner à la confortable discrétion des nobles qui attendaient sur les côtés de la pièce.
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Lun 21 Mar 2016 - 16:47


Scruté par le regard imperturbable du marquis, Roderik se sentit oppressé, comme si le colosse pouvait sonder au plus profond de son âme. Il se ferma, comme si la moindre pensée, la moindre faiblesse que trahirait un manque d'assurance serait une faille que le marquis retournerait contre lui.
Pourtant, lorsqu'il s'entendit désigner sous le nom de « comte », murmuré à voix basse mais de manière parfaitement perceptible pour lui, Roderik se figea ; ses mains se crispèrent, il sentit un frisson lui parcourir l'échine, et son coeur se mit à battre à tout rompre. Il remarqua, en biais, le regard que lui jetait Iselda, les yeux ronds, la bouche entrouverte, trahissant sa surprise. De la stupeur, de l'incrédulité, et, peut-être, de la crainte, car elle devinait tout ce que cela pouvait impliquer pour elle. Et pour eux.

La bonne société réunie dans la grande salle n'avait rien entendu ; et si quelques spectateurs attentifs remarquèrent l'émoi qui figea pendant quelques instants la comtesse et le seigneur de Wenden, ils n'en connurent jamais la raison.

L'arrivée sur ces entrefaites du baron d'Olyssea fut salutaire ; elle leur offrit le répit nécessaire pour reprendre une contenance. C'était la première fois que Roderik voyait ce nouveau baron, fraîchement titré. Il n'avait guère suivi les péripéties de la succession olysseane, pourtant fort mouvementée depuis la disparition d'Arsinoé. Il avait lui-même rencontré, plus d'un mois auparavant, une autre prétendante, Dame Vaea, lorsque celle-ci rassemblait ses soutiens en vue de revendiquer la baronnie. Il avait donc été surpris, et même choqué, d'apprendre récemment l'accident de la malheureuse ; il gardait encore d'elle le sourire d'une femme pleine de vie, et peinait à l'imaginer à l'état de légume.
Mais peut-être était-il préférable qu'Olyssea fut dirigée par un homme, plutôt qu'une femme ; un homme se laisserait moins gouverner par ses sentiments que ne l'avaient fait Arsinoé, ou Clélia avant elle, avec les résultats que l'on sait. Un homme pour Olyssea, c'est sans doute mieux.

Et un homme pour Arétria
, ne put-il s'empêcher de penser.

- Soyez le bienvenu, baron Sigvald, dit Iselda qui avait retrouvé un semblant de sérénité. Je suis sensible à vos paroles. Nos trois régions ont toutes été marquées par le deuil au cours des derniers mois.

S'en suivit un silence gêné, pendant-lequel on put entendre une mouche voler. Le marquis avait tellement occupé l'espace sonore qu'on en avait oublié à quoi ressemblait le calme. On attendait qu'Iselda ajoute quelque chose, mais la jeune fille, si orgueilleuse quelques instants plus tôt, n'en menait désormais pas large. La mouche vola quelques instants entre Roderik et le marquis, puis vint vrombir aux oreilles d'Iselda, qui la chassa d'un geste agacé.

- Marquis Godfroy, baron Sigvald, vous... euh, vous êtes nos invités... aussi longtemps que vous désirerez séjourner parmi nous. Mais vous devez être épuisés par vos longues chevauchées. Je vais demander à ce que l'on vous montre vos appartements, et nous nous retrouverons dans une heure pour dîner.

Une heure, avait-elle dit ; pour le marquis et le baron, c'était une heure pour se délasser et se reposer ; pour elle, c'était une heure de répit.



*  *  *



Si la grande salle du château tenait déjà banquet depuis quelques jours - au point que même les seigneurs arétans les plus gloûtons peinaient peu à peu à honorer la bonne chère - le souper de la veille faisait pâle figure devant le faste du dîner qu'on servit en cette mi-journée. L'arrivée des seigneurs les plus prestigieux de l'Atral, avec leur suite, n'avait pas manqué de ravirer les querelles relatives au plan de table ; et certains chouinaient maintenant de se retrouver relégués à une place plus éloignée de l'estrade, où se trouvait la table d'honneur. Celle-ci avait d'ailleurs dûe être remplacée et, plus grande que la veille, accueillait au milieu le marquis et la comtesse, assis côte à côte. L'on avait placé le bon baron d'Olyssea à la droite de Saint-Aimé, de sorte que le suzerain de l'Atral se trouvait entouré de ses deux vassaux. Roderik, plus que jamais au contact du pouvoir, se tenait à gauche d'Iselda, occupant la place la plus honorable qu'un simple vavasseur pouvait se voir attribuer en présence du marquis. Et encore à côté de lui se trouvait Arnoul de Stern, l'homme le plus vieux de la malelande, arrivé avec le marquis. Il était si vieux et fripé que Roderik prenait d'infinies précautions pour ne pas lui asséner un coup de coude par inadvertance, craignant d'entraîner la mort du bonhomme.
 
Le plan de table n'était pas le fait de la comtesse qui, connaissant trop peu ses vassaux et les querelles qui animaient certains d'entre eux, avait laissé ses intendants se charger de la question. On devine donc la gêne qui était la sienne, assise entre le costaud et remuant marquis, et entre l'homme qu'on voulait lui imposer pour mari. Les intendants, peu soucieux des états d'âme de la comtesse et de ses tourments de jeune femme, pouvaient au moins se féliciter d'avoir su organiser l'événement. Sitôt qu'ils avaient été au fait de l'arrivée probable du marquis, ils avaient fait entrer quantité de nourriture au château en prévision de l'événement, sans vraiment regarder à la dépense. Nul doute qu'une fois terminée cette salve de festins, le château devrait s'habituer à des collations plus frugales.

Roderik n'était pas particulièrement à l'aise, lui non plus. Mais ce n'était plus tellement l'exubérance du marquis qui le dérangeait - elle commençait, au contraire, à l'amuser. Non, c'était cette gêne latente qui s'était installée entre Iselda et lui, cette pudeur embarrassante qu'accentuait leur incapacité à aborder le sujet.
Car il n'était pas venu à Arétria dans le but de s'emparer du comté, bien qu'il fussent plus d'un, parmi les chevaliers qui lui étaient proches, à l'avoir cru et même encouragé en ce sens. Mais Roderik n'avait jamais recherché qu'une chose : se maintenir à cette place d'honneur qu'il avait su gagner auprès des comtes Wenceslas et Alwin, et sans viser plus haut. Non qu'il soit dépourvu d'ambition ; mais Roderik savait ce qu'il arrivait à ceux qui s'élevaient trop haut et trop vite.
Pourtant, son sang était pur et ancien ; sa maison était profondément enracinée dans le pays. Les arétans, même les plus nobles, étaient des gens simples ; ils voulaient un homme pour les diriger, un homme pouvant tenir les armes comme il l'avait fait à Amblère. Si le comté lui était servi sur un plateau d'argent, pouvait-il décemment se permettre de refuser ?

Il était d'autres considérations, plus personnelles, qui entraient en jeu. Le mariage impliquait pour lui bien des choses. Ce à quoi il devrait renoncer, s'il s'y soumettait, lui était trop cher. Mais le prestige de sa lignée l'était tout autant ; le sens de l'honneur, du devoir envers sa maison et ses ancêtres, lui interdisait de se laisser commander par ce que lui dictait son coeur. Les hommes de principe et de morale ne se laissent pas manipuler par leurs sentiments.
Son regard rencontra celui, fuyant, d'Iselda, qui détourna les yeux aussitôt. Il lui était étrange de penser qu'il allait partager le lit de cette femme, et qu'elle lui donnerait des héritiers. Mais il avait déjà connu ce sentiment avec son premier mariage. Il s'était alors dit qu'il s'attacherait à son épouse, qu'une complicité, ou du moins une bonne intelligence s'instaurerait entre eux avec le temps. Il n'y avait jamais eu la moindre animosité entre elle et lui, et leurs relations avaient toujours été animées d'un profond respect ; mais jusqu'à la tragique disparition de sa femme, Roderik n'avait jamais eu pour elle d'affection véritable. Rien qui ressemblât un tant soit peu à ce qu'il éprouvait pour Maélyne de Lourmel.

- Savez-vous depuis quand un marquis de Sainte-Berthilde, un baron d'Olyssea et un c... une comtesse d'Arétria n'ont point dîné côte à côte à la même table ? lança Roderik pour égayer la discussion, et faire taire son propre malaise. Je n'ai pas souvenir d'une si belle réunion de mon vivant.

Il avait tort, en vérité ; lorsque les titres de marquis et de baron étaient tous deux réunis entre les mains d'Arsinoé d'Olyssea, celle-ci avait dîné avec le comte Wenceslas. Néanmoins, cela avait eu lieu à Diantra, non ici, devant la bonne société arétane, et Roderik lui-même n'était pas présent.
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Lun 21 Mar 2016 - 21:21

Le marquis se félicita longuement intérieurement pour le malaise qu'il avait jeté. Les yeux de Wenden s'étaient liquéfiés, et reposer les siens sur Iselda lui arracha un sourire fort satisfait. Cette dernière en fut si perturbée en son sein qu'elle voila une prise de congé par un temps de repos. Une tape amicale sur l'épaule accueillit Sigvald, qui décidément était arrivé bien plus tôt que ce que le marquis espérait. Ce n'était guère un mal, plus vite les questions étaient réglées, plus vite il retournerait à sa capitale. Il n'y avait qu'un point qui surprenait le marquis : la déconfiture du courage de Wenden. Iselda n'était point déplaisante à regarder : une bonne femme, jeune, petite en taille et bien consistante où cela plaisait, vierge, et qui plus est : comtesse ! Il y aurait bien goûté s'il n'avait pas sa femme.

Mais la réunion fut ainsi ajournée, et l'heure libre qu'ils disposaient permit à Godfroy de prendre un bain. On lui amena une bassine si petite qu'il dut rester accroupi sur les pieds pour ne pas avoir les jambes en dehors. Mais cela n'entama nullement son enthousiasme débordant, qui se trahissait par des berceuses paillardes fort grossières, mais qui amusaient le marquis. Il cria d'une voix forte, mandant la servante qui s'occupait de lui. Se levant, totalement nu et la virilité au garde vous, il demanda qu'on lui apporte une serviette, mains retroussées sur les hanches. La jeune page, faisant preuve d'un certain sang-froid, s'exécuta, mais le marquis ne manqua pas de remarquer un certain regard curieux d'icelle sur ce qui faisait de Godfroy un homme. Après s'être séché et vêtu d'une chemise blanche simple et d'un pantalon noir bien sobre, il se rendit au banquet, suivi des siens.

Il prit place à droite de la comtesse. L'assemblée était présente, et un grand nombre de seigneurs se trouvaient là. Le marquis ne se fit pas prier, et eut tôt fait de s'emparer de plusieurs morceaux de viande, de légumes et de féculents, rendant son assiette plus garnie qu'un plat de la table d'honneur. Dévorant avec la joie et la grâce qui le caractérisaient, il jetait de temps à autre un os à ses angolas, qui se trouvaient au centre de la pièce, au bas de l'estrade. Mâchant bouche ouverte, le marquis se tourna avant tout vers Sigvald :

« Je suis satisfait de voir que vous êtes arrivés promptement, baron Sigvald. Nous avons à parler des affaires de la Péninsule. Le comt...La comtesse et...Enfin, Arétria se joindra à nos discussions. »

Dévorant allègrement une cuisse de poulet, à grands renforts de bruits de mastication, bouche ouverte, le marquis se tourna alors vers les futurs époux. Ces derniers n'échangeaient ni regards, ni mots. Jetant ses restes à ses angolas, qui se ruèrent dessus, Godfroy s'empara de sa coupe, et après l'avoir vidée d'un trait, la remplit à nouveau de vin rouge. Faisant preuve d'une certaine retenue, le marquis éructa modérément, de telle manière que seule sa table pouvait l'entendre. Expirant une profonde effluve gastrique, mêlant les fins fonds et abysses de son estomac et de son dîner, le marquis se tourna vers la comtesse, et vers Roderik.

« Disons que le contexte précédant la mort de ma cousine ne se prêtait pas à un tel événement, seigneur de Wenden. D'ailleurs, maintenant que les vôtres sont occupés par le dîner, vous devriez posez la question, comtesse. Vous aussi, Roderik. Posez la question qui vous agrippe l'estomac depuis tout à l'heure. Ce fameux pourquoi qui a dû teinter votre sang de la couleur de l'encre. Vous avez bien le droit de savoir pourquoi. »

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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Mer 23 Mar 2016 - 11:31


Un lieu commun persistant en péninsule voulait que les arétans soient tous des rustres portés sur la boisson et sur la gloutonnerie, et totalement ignorants des convenances et des manières à table. Et pas seulement à table. Comme tout lieu commun, celui-ci reposait sur une certaine part de vérité ; une assez grosse part, même. Les seigneurs arétans aimaient s'empiffrer de bonne chère, ils en foutaient partout, et buvaient plus que de raison. Les hommes comme Roderik faisaient figure d'exception.
Néanmoins, aucun seigneur arétan n'était plus dégueulasse que l'était en ce moment le marquis de Sainte-Berthilde. Il se sustentait comme un goret, arrachant une grimace à la comtesse chaque fois qu'elle posait un regard sur lui. On pouvait se demander si ce n'était pas là une forme de politesse de la part du bon sire de Saint-Aimé, qui voulait se comporter comme ses hôtes, de manière à les mettre à l'aise ; mais c'était une extrapolation un peu osée. Faire preuve d'un tel appétit requérait un entraînement intensif, et il était probable que Saint-Aimé ait commencé à exercer son estomac des années plus tôt.

Le rot du marquis fut accueilli par une moue indifférente chez Roderik, et un plissement de nez agacé chez la comtesse. Mais tous deux prirent immédiatement un air circonspect lorsque le marquis les prit à partie, remettant sur le tapis ce qui les avait tellement mis mal à l'aise une heure auparavant. Le moment n'était pas mal choisi, en vérité ; ne pouvaient entendre la conversation que le baron Sigvald, le marquis lui-même, Roderik, Iselda, ainsi que le vieil Arnoul de Stern - qui probablement sommeillait en se bavant dessus, sinon pire encore.

Roderik et Iselda échangèrent un regard ; la comtesse détourna immédiatement les yeux, ce en quoi le seigneur de Wenden prit quelque peu ombrage, comme blessé dans son amour-propre. Elle aurait pu tomber sur un vieillard, mais le sort lui offre la possibilité d'un époux jeune, vigoureux, et en parfaite santé. Vexé, il se désintéressa d'elle et, tournant la tête vers le marquis, s'apprêta à répondre.

Mais la comtesse le devança.

- Puisque je ne puis y échapper, j'agirais selon votre souhait, messire de Saint-Aimé. Mais vous me donnez le droit de savoir pourquoi, alors je vous le demande : pourquoi lui ? demanda-t-elle, posant la question que Roderik s'apprêtait à poser, mais sur un ton nettement plus sec.
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Mer 23 Mar 2016 - 14:38

Le marquis, cul vissé sur son fauteuil, écouta la comtesse parler. La petiote avait l'air fort mécontente de devoir épouser le Wenden, ce qu'il ne comprenait vraisemblablement pas. Était-elle l'une de ces jouvencelles qui chérissaient tant une liberté qu'elles n'auraient jamais ? Peut-être. La question n'était, quoiqu'il en soit, pas en mesure de se poser. Un sourire illumina le visage de Godfroy. C'était dans ces instants qu'il fallait craindre le pire. Le marquis se leva, regardant l'assemblée des seigneurs. Certains jeunes, dynamiques, d'autres moins, mais pas moins enjoués et avinés. Levant sa chopine, le silence se fit progressivement, et le marquis, après avoir pris une inspiration, prit les paroles :

« On m'a souvent conté que nul ne sait faire la fête comme un Arétan. Est-ce cela vrai ? » Des murmures approbatifs et fiers circulèrent de noble en noble, certains presque vexés qu'on doute de leur réputation. Et si elle n'était point fondée, alors certains voyaient d'un bon œil d'être réputés fêtards face à un marquis comme Godfroy. Regardant les musiciens, Godfroy les enjoua à le suivre, lorsqu'il commença à chanter :

Spoiler:
 

« Il y a, il y a, une auberge tranquille,
au pied de la colline !
Et l'on y brasse une bière si brune,
que l'homme de la lune voulant faire bondance,
s'en est mis plain la panse ! »

Les musiciens reprirent le rythme à partir du deuxième vers, et l'immense majorité des seigneurs reconnaissant la chanson, la reprirent à leur tour en saisissant leur chopine. Les plus enjoués commencèrent à frapper, de leurs choppes, poings et pieds, tout ce qui se trouvait à portée, sols et tables. Tous reprirent en chœur la suite :

« Ho, le palefrenier avait un chat,
qui aimait jouer du violon !
l'archet glissant de haut en bas,
ça faisait CRAIN-CRAIN... et puis RON-RON...
quand le chat tripotait l'archet ! »


Le marquis, devant tant d'ambiance, riait à gorge déployée. Mais ni Roderik, ni Iselda ne chantaient ou ne dansaient, tandis que Godfroy s'était déjà levé sur la table. Jetant un regard assassin à Wenden, ce dernier se leva sous le regard assassin de la comtesse.

« Ho, le chat voulant, jouer DIGUE-DONGUE,
une gigue à réveiller les mort !
CRAINS-CRAINS et RONS-RONS, rythmes et chansons !
Et l'aubergiste, secouait l'homme de la lune,
en disant il est trois heures-une ! »


Tous les seigneurs riaient, et la nourriture fusait entre les arétans enjoués. Redescendant sur son siège, le marquis se tourna vers Iselda, alors que Roderik riait - ou se forçait à le faire - tandis que grand nombre de seigneurs tendaient leurs chopes en l'air à son attention. Le marquis reprit place sur son fauteuil avant de vider son verre. Se rapprochant de la comtesse au visage renfrogné, l'effluve du pinard alla chatouiller les narines d'Iselda tandis que Godfroy lui répondait :

« Voilà, pourquoi lui. Car il est aimé. Car il connaît votre pays mieux que quiconque. Et parce qu'il sera fidèle, à vous, à Arétria, et au marquisat. »

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Arnoul de Stern
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Mer 23 Mar 2016 - 15:25

Le vieil Arnoul s’était endormi durant le banquet. Il faut dire que le voyage l’avait somme toute épuisé, après ce dur réveil en pleine nuit par le Marquis, et ce voyage vers le chef-lieu arétan, où il avait déballé son habituelle mauvaise humeur lors des transports, et avait régalé les oreilles de Godfroy avec ses piques et ses souvenirs mélancoliques. Pour l’heure, il était en plein banquet, accompagné des seigneurs et chevaliers de la cour d’Arétria. D’autres venaient de la campagne, et il fut plutôt surpris de voir que la table n’avait pas été montée selon un plan précis. Des rivaux se faisaient face, et des anciens ennemis devaient s’appeler entre eux pour pouvoir se passer la soupière. Une situation pas très exquise à vivre pour n’importe qui…

Arnoul lui-même vit en face de qui il se trouvait. Il avait froncé les sourcils, et l’homme devant lui avait serré les dents. Cadoc de Leuze, quelle petite enflure… Et à côté, chose ô combien surprenante, Pelinor, le fameux chevalier. En vérité, pas si fameux que cela, cependant, le vieux Stern se souvenait avoir dû estourbir son père pour le meurtre de deux de ses serfs, alors qu’il voyageait vers la Creuse-Truie. Un souvenir qui avait dû laisser plutôt amer le bambin d’alors, à présent transformé en un magnifique chevalier… Il n’avait pas oublié qui était Arnoul, au vu du regard qu’il avait lancé à ce dernier. Qu’importe. Le vieillard n’en avait cure. Tout ce qu’il voulait, c’était manger. Et dormir.

En plein milieu du banquet, alors qu’il avait avalé sa portion de viande saucée, le Stern avait piqué du nez, s’endormant le menton contre sa poitrine. Un petit filet de bave avait parcouru la commissure de ses lèvres, avant d’aller se perdre dans quelques poils de sa barbe. Dans sa tête, en rêvant, il revivait les glorieux jours de bataille et de chevauchées de sa jeunesse, ses fameuses cavalcades au plus profond de la Malelande. Les faides lui revenaient en mémoire, et des visages trop longtemps oubliés refaisaient surface. Il aurait tant voulu être assis à côté de Richomer, ou de Lüther. Ces derniers étaient en bout de table. Il irait leur parler après. Ils étaient sûrement les derniers vestiges de son passé guerrier. Et il était déjà vieux, lorsqu’ils avaient combattu avec lui.

Tout à coup, un boucan abominable sembla le réveiller, accompagné d’un tremblement sur la table. Il sursauta, et écarquilla les yeux, cherchant l’origine de ce bruit. La cacophonie était déjà bien avancée lorsqu’il leva les yeux vers Godfroy de Saint-Aimé, qui chantait à gorge déployée, ralliant les seigneurs arétans qui frappaient la table de leurs godets et de leurs paluches. Le vieillard lança son regard sur toute l’assemblée, les voyant tous en joie devant la chanson, tentant d’en reprendre les paroles pour certains. Venant à peine de se réveiller, Arnoul n’était pas très enclin à se mêler aux joyeusetés. Il ne fit que regarder les seigneurs s’envoyer des morceaux de nourriture en s’amusant. Soudain, il vit une ombre passer à quelques centimètres de sa tête. Au bruit de tintement métallique qui accompagna la chute de l’objet sur le sol de pierre, Arnoul en déduisit qu’il s’agissait d’une chopine. Il lança une œillade meurtrière à Pelinor, qui lui-même le regardait avec un sourire mauvais. Le seigneur de Stern se leva un peu de son siège, et lui lança avec colère :

« Espèce de sale merde de fils de jardinier ! Essaye encore une fois de me blesser, et tu finiras comme ton porc de père, à couiner sur la potence à la vue des corbeaux ! »


Le chevalier se leva d’un bond, mais Cadoc, à côté de lui, le retint de bouger, lui faisant signe de se rassoir. Il jeta à son tour son regard sur Arnoul. Le vieillard se rassit bien profondément dans sa chaise, marmonnant des insultes dans sa barbe. Plus attentif à ce qu’il se passait autour de lui, il entendit les déclarations de Godfroy. S’invitant, pour ainsi dire, dans le flux de la conversation, il porta une voix forte et rocailleuse à celui qu’il avait accompagné jusqu’en ces murs.

« Je suis d’accord sur un point, messire Godfroy. Le sieur de Wenden est un excellent parti pour la Comtesse Iselda. Néanmoins, la prochaine fois, laissez d’abord Arétria décider elle-même de son destin sans venir interférer à une heure où les plaies de la famille Karlsburg sont encore à vif. »


Les manières du Marquis ne lui plaisaient pas. Certes, il approuvait son caractère d’homme qui sait ce qu’il veut. Mais il était en Arétria, ici. Et le seigneur de Stern, aussi vieux qu’il puisse être, ne se souvenait pas avoir vu un homme n’ayant pas encore reçu l’hommage dicter sa conduite au pouvoir en place. Profondément conservateur et traditionnel, Arnoul n’aimait pas cela. Il continuait de regarder Godfroy, tout en désossant une poulette sans même poser un regard dessus.
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Ven 25 Mar 2016 - 10:14


Roderik n'aurait su dire ce qui le mettait le plus mal à l'aise. La déconsidération, pour ne pas dire le dégoût d'Iselda à son endroit ; ses propres scrupules, qu'il ne pouvait décemment opposer à ses contradicteurs ; ou l'empressement du marquis à faire de lui son champion, lui laissant la curieuse et désagréable impression d'être instrumentalisé pour servir des desseins qui n'étaient pas les siens.
Par bonheur, l'intervention du vieux seigneur Arnoul de Stern lui rendit un peu d'assurance. Si le doyen du comté faisait parfois l'objet de plaisanteries douteuses de la part des plus jeunes, Roderik n'avait pour cet homme qu'un profond respect. Il avait vu bien des choses, traversé les époques, et sa mémoire étonnamment intacte était riche de bien des événements que la plupart des hommes avaient déjà oubliés. Savoir qu'Arnoul l'approuvait, lui, comme étant potentiellement son futur suzerain, flattait son amour-propre. Mieux, cela le rassurait.

Du reste, il n'était pas bien important de sonder le reste des seigneurs arétans quant à leurs dispositions à son égard. Si Roderik ne manquait certes pas de rivaux dans l'assemblée, cultivant à son encontre des ressentiments anciens - comme dans toute famille qui se respecte - la réaction des nobles présents pendant la danse, et les témoignages de respect qui lui étaient adressés de toutes parts, trahissait ostensiblement ce qui se tramait déjà depuis quelques jours, et que Roderik avait feint de ne pas voir. Le trône comtal était sien depuis qu'Alwin était mort ; il n'avait qu'à dire oui.

Peut-être était-cela, au fond, qui le mettait vraiment mal à l'aise. Peut-être se rendait-il compte, en définitive, qu'il l'avait toujours voulu. Avant que les Karlsburg n'étendent leur autorité sur le comté, arguant d'une légitimité qui ne reposait que sur la voix de la régence, Roderik avait rêvé d'être l'homme qui ramènerait l'ordre dans le pays. Somme toute, il y avait contribué ; mais toujours dans l'ombre des bannières de ses nouveaux suzerains.

Alors Roderik leva les yeux vers Arnoul et, d'un ton apaisant, il dit :

- Vos paroles sont sages, Messire Arnoul... néanmoins, je suis certain que Messire Godfroy n'a pas voulu manquer de respect à la maison de Karlsburg. Son regard passa de l'autre côté, vers Godfroy, bien qu'il continuait de s'adresser au vieux seigneur de Sternburg. Et s'il a pu avoir l'air de brusquer les choses, je gage que ce n'était que par nécessité, non par intention délibérée. Nous vivons une époque troublée, une époque de changement. Combien de grands domaines ont changé de main ces derniers mois ? Le marquis Godfroy, le baron Sigvald et la comtesse Iselda en sont l'exemple le plus éloquent. Son regard passa à Iselda. Je porte moi-même le deuil du comte Alwin. Il était un grand seigneur, un ami, et il restera à jamais un héros dans nos mémoires. Mais il y a beaucoup à faire, et nous sommes pressés par le temps. Nous devons tous avancer.

- Il était pour vous un grand seigneur, un ami, répéta Iselda d'un ton quelque peu méprisant. Il était mon père. Il est facile pour vous d'avancer. Vous n'avez rien perdu. Vous y gagnez tellement, au contraire...

Roderik se figea ; ses traits se durcirent, tandis qu'il foudroyait la comtesse du regard. Mais sa voix, lorsqu'il répondit, ne tremblait pas.

- Mon père est mort pendant la guerre de l'Atral, comtesse. Il est mort en se battant contre les Berthildois, et pour un suzerain que votre famille a refusé de défendre. Si je me trouve aujourd'hui à votre table, si je dîne entre vous et le propre cousin d'Arsinoé d'Olyssea, c'est précisément parce que j'ai cette capacité à avancer. C'est parce que j'écoute ma raison, et non mes sentiments.

La grande salle était toujours emplie du joyeux tumulte du banquet ; néanmoins, au centre de la table d'honneur, un silence gêné s'était fait suite à cet échange.
Iselda eut une moue de lassitude ; puis elle rendit les armes.

- Finissons-en au plus vite, dit-elle, blasée. Nous annoncerons nos fiançailles à l'issue du dîner. Profitons de ce que nos invités soient ici. Marquis, baron... si vous demeurez céans, nous pourrons tenir la cérémonie dès la septième ennéade, et... ainsi, Messire Godfroy, vous pourrez recevoir nos serments.

Le repas s'éternisant sur une bonne partie de l'après-midi, on n'attendit pas la fin du dîner pour annoncer la grande nouvelle. Une bonne partie des convives était déjà ivre, et l'annonce du mariage à venir fut accueillie par un tonnerre d'applaudissements, de cris et de grands coups sur les tables. Les musiciens s'en donnèrent à coeur joie, et l'on dansa longuement sous le crain-crain et le ron-ron des archets.
Cette euphorie générale n'avait pas contaminé Iselda, qui restait prostrée sur sa chaise, se forçant de temps à autre à sourire lorsqu'on lui adressait des félicitations. Roderik, pour sa part, s'était laissé entraîner par l'ambiance ; un peu réticent à s'amuser au début, on le vit bientôt afficher un sourire béat qu'il ne lâcha plus. Sans doute les chopes de bière brune y étaient-elles pour quelque chose ; lui qui ne buvait que modérément d'ordinaire, ne pouvait guère se dérober devant tous ces chevaliers qui tenaient absolument à trinquer avec lui, à force de grandes tapes dans le dos et de plaisanteries grivoises quant à sa nuit de noces à venir - plaisanteries qui ne déridaient absolument pas la comtesse lorsque celle-ci parvenait à les entendre.


*  *  *



Sixième ennéade de Verimios
Le neuvième jour...


C'est avec une terrible gueule de bois que Roderik se rendit dans l'église d'Arétria à l'aube, en compagnie du marquis, du baron, et des chevaliers qui n'avaient pas encore eu l'occasion de se recueillir devant le cercueil du comte. La mine pâle et l'air pataud de cette assemblée de gentilhommes témoignait des affres de la veille ; et l'on resta là un long moment en silence, la morosité ambiante achevant de dégriser tout ce beau monde, qui au demeurant semblait fort conscient de ce que son état rendait l'office assez pitoyable.

La matinée était plus avancée lorsqu'ils sortirent ; là, du haut de son cheval, remontant la rue aux côtés du marquis Godfroy et du baron Sigvald, Roderik découvrit une foule de petites gens, rassemblés à la hâte dans l'attente de les voir sortir. Et tandis que les cavaliers de tête priaient à la populace de s'écarter, Roderik sut qu'il était déjà, de facto, le comte aux yeux de tous. Hier les nobles, ce matin, le peuple. S'y ajouterait bientôt le clergé, lorsque son union avec la comtesse Iselda serait célébrée sous le regard des dieux.
Toutefois, si les seigneurs et chevaliers l'avaient encensé lors du banquet, Roderik trouvait le petit peuple bien avare de louanges, et jugea l'accueil particulièrement froid. On le toisait avec méfiance, on le jaugeait du regard ; sans doute se demandait-on combien de temps durerait celui-là, la capitale arétane ayant vu se succéder bien des hommes. Bande de chiens bâtards et ingrats, songea Roderik, serrant les dents. Peu lui importait l'avis des petites gens, en vérité ; il aurait tout le temps de montrer à ce pays qui était le maître, une fois qu'il poserait son séant sur le trône de pierre. Néanmoins, ces derniers temps, il n'avait pas l'habitude qu'on se refuse à l'acclamer. Il ne manquerait pas de demander qu'on rappelle au peuple qu'Alwin et lui les avaient sauvés du péril drow. La plupart d'entre eux, malheureusement, n'avaient jamais mis le pied en pays serramirois, encore moins en Oësgardie. Les incursions noirelfiques, ils en avaient eu vent ; mais c'était pour eux un danger lointain, qui ne les avait pas menacés directement.


*  *  *



Ce bain de foule improvisé ne dura guère ; sitôt rentrés au château, l'on avait apprêté une petite pièce exigüe en vue d'une conversation privée, à l'abri des oreilles indiscrètes. Elle ne comprenait pour tout mobilier que trois fauteuils rembourrés et une petite table, sur-laquelle on avait disposé quelques fruits, trois coupes et un pichet de vin.

Seuls prendraient part à cette rencontre au sommet les trois hommes forts de l'Atral : le marquis Godfroy, le baron Sigvald, et le comte en devenir, Roderik, qui pour l'heure représentait, en quelque sorte, sa comtesse de fiancée. Iselda n'avait pas manifesté l'envie de participer à la réunion ; à vrai dire, Roderik ne le lui avait pas proposé. Mieux valait éviter que les deux têtes du pays arétan ne passent toute l'entrevue à s'invectiver devant leurs voisins.

- Messeigneurs, dit Roderik en s'asseyant, il me semble que nous ayons bien des choses à nous dire. Ses yeux étaient rougis de fatigue et sa voix encore un peu enrouée, mais son esprit était clair et alerte. Le problème noirelfique a sans doute retardé cette entrevue d'un bon mois... et il est probable qu'accaparé par cette aventure, je n'aie pas été au fait d'un certain nombre de choses. Aussi, je vous en prie, éclairez-moi. Qu'est devenu notre vieux royaume depuis que ce maudit comte de Velteroc et sa catin, sa sorcière d'épouse, ont entrepris de le démolir pierre par pierre ?
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Ven 25 Mar 2016 - 10:49

Le lendemain du festin, Godfroy adoptait une mine fermée et sévère. L'office à l'église, le devoir de mémoire du comte Alwin ne prêtait nullement à se réjouir, et qui regardait le marquis pouvait aisément deviner que cela lui tenait à cœur. Bien qu'il respectait feu le comte et ses fils, en réalité, cela lui était présentement complètement égal. Il travaillait dur comme fer pour ne pas vomir ses entrailles sur le cadavre du père de la comtesse, avalant doucement sa salive, respirant lentement par la bouche, et tâchant de garder les yeux ouverts. La morosité de la cérémonie, solennelle comme on était en droit de l'attendre, manqua de peu d'achever Godfroy.

La réunion politique entre le marquis et ses vassaux était ce que Godfroy attendait le plus. Isolés dans une salle fermée aux yeux du monde extérieur, les trois seigneurs avaient pris place, et Roderik avait le premier prit la parole. Regardant ses notes, le marquis à la vue embrumée finit par abandonner, les éloignant de lui, et adoptant une position confortable sur son siège pendant qu'il buvait un verre d'eau. Expirant lentement, Godfroy entreprit de répondre à Roderik.

« Voyons, Roderik. Blanche de Hautval n'est pas une sorcière. Une putain, oui ! De luxe, même. Mais pas une sorcière. » Le marquis marqua une pause, s'avançant en posant ses mains sur la table. « Sinon, et bien pendant que vous étiez occupé à sécuriser nos frontières, le pédéraste du Médian a renversé la régence. Il s'est autoproclamé duc du Médian au détriment de Léandre d'Erac qu'il avait enfermé. J'ai répondu en cessant les exportations de blé. Cela va faire...un mois. Jour pour jour. Ou presque. »

Regardant successivement Sigvald et Roderik, Godfroy priait intérieurement sur leur totale fidélité. Peut-être le marquis se fourvoyait-il en pensant de la sorte, le fait était qu'il appréciait penser que ses vassaux le soutiendraient, quelque soit l'épreuve qu'il allait devoir affronter.

« Les anciennes terres royales se sont organisées en un duché, qui se fait appeler le Garnaad. Après la tentative, échouée, de l'eunuque du Médian, de s'emparer de la couronne, ces terres se sont organisées en ne reconnaissant pas l'usurpateur du Sud, qui clame avoir Bohémond, mon petit cousin. Il y a un mois, le Nord s'est entendu pour rester solidaire. Odélian et Serramire ont fait part de leur volonté de s'organiser dans un Conseil. Si l'idée est louable, elle n'est que temporaire. Je veux restaurer le royaume. »

Godfroy marqua une pause, sifflant par la même occasion son verre d'eau, avant de s'en resservir un à l'aide de la cruche anthracite qui se trouvait là. S'essuyant la barbe humide à l'aide de sa manche, il reprit.

« Je gage que nous ne tarderons pas à être abordés par les duchés du Médian et du Garnaad. La mobilisation totale de leurs troupes a provoqué la désertion des champs, des attaques de bandits : le territoire est sans dessus dessous. Sans blé depuis un mois, et avec personne pour cultiver les champs depuis ce temps, l'hiver sera rude pour ces terres. »

Le visage du marquis perdit alors toute couleur. Inspirant l'air pur, il se leva après s'être excusé auprès des siens. Ouvrant la lucarne, il accueillit l'air pur du matin avec une immense gratitude. Puis, par cette même lucarne, il dégobilla son dîner de la veille dans un concert de gargouillements, à la teinte rouge du vin, et brune de la bière. Demeurant quelques instants tête penchée, il vit son oeuvre chuter aux pieds des remparts après une descente somme toute rapide. Voilà qui ne manquerait pas de donner à manger aux oiseaux. Ne manquant pas de se rincer la bouche, il se maudit de la veille et de la quantité d'alcool qu'il avait ingéré. Reprenant place, sans un regard pour ses vassaux, il reprit alors :

« Je veux votre avis sur la question. Comment pensez-vous que nous devrions procéder ? Ouvrir un dialogue ? Fermer nos frontières ? Les aborder sur la restauration du royaume ? Celui qu'on appelle Altenberg n'apparaît pas comme l'un de ceux qui s'opposent à la monarchie. Quant au sodomite, cela reste à voir. Sa tentative d'usurpation en dit long sur ses intentions et sur celles de sa putain. Je vous écoute ? »
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Sigvald d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Sam 26 Mar 2016 - 12:26

Sigvald n'était pas mécontent que ne s'éternise pas cet instant au centre des attentions. Il n'avait, contrairement à son suzerain, aucun goût pour le fait d'ainsi se mettre à la vue de tous et c'était probablement la seule chose qui le gênait dans son nouveau rôle. Arrivé dans les appartements qu'on lui désignât, il demanda à ce qu'on lui monte un bain dans lequel il s'installa de son mieux et, rapidement, s'endormit, rattrapant de son mieux les quelques heures de sommeil qu'il avait raté au matin. Il en fut tiré par Maverick, qui commençait à trouver que son seigneur mettait beaucoup trop de temps à se préparer pour un banquet, aussi symbolique fut-il.
Sigvald se lava rapidement les cheveux et la barbe, les débarrassant de la poussière du voyage, puis se vêtit d'une tunique d'un rouge terne et de chausses noirs. Le seul ornement supplémentaire fut sa ceinture dont la boucle représentait l'emblème d'Olyssea. Il rejoignit la salle de banquet en compagnie de Maverick et les deux se séparèrent pour rejoindre leur place respective. Sigvald était, sans grande surprise, assis à la droite de son suzerain, à la table principale. Il nota qu'à quelques places de lui, de l'autre côté de Godfroy et d'Iselda, se trouvait ce noble qui lui était inconnu mais qui était déjà aux côtés de la comtesse à son arrivée.
Le baron se servit sans se faire prier, appréciant plus que tout l'idée d'un vrai et honnête repas après plus d'une ennéade de provisions séchées pour la plus grande part. Il était occupé à avaler une pleine bouchée de féculents lorsque le marquis lui adressa la parole et il lui fallut quelques secondes pour être en mesure de lui répondre distinctement :

« Je suis partis peu de temps après avoir reçu votre lettre. Le voyage depuis Olyssea s'est fait sans difficultés, bien qu'un peu long, je dois dire. »

Il ne le releva pas tout de suite mais il avait entendu le bafouillement du marquis en parlant de la comtesse, s'il parlait bien d'elle, et profitant de ce que Godfroy réponde au seigneur de Wenden -il avait déjà un nom à mettre sur ce visage- il se pencha un peu pour détailler rapidement les deux arétans, essayant de comprendre ce qui se jouait. Puis, il haussa les épaules et se laissa retomber dans son siège en attrapant sa chope de bière. C'était, somme toute, leur affaire et il n'avait aucune raison de s'en mêler. Au lieu de ça il préféra discuter avec son autre voisin, qu'il apprit rapidement être il ne savait trop quel vassaux d'Arétria, évoquant des sujets aussi variés que la chasse, la joute et, en fait, tout ce qui pouvait d'une manière ou d'une autre faire intervenir du bon acier. Sigvald ne manqua pas de se renseigner sur la seigneur de Wenden, Roderik comme on le lui présenta, et son interlocuteur d'embrayer sur la guerre contre les sombres engeances noirelfiques.
Ils furent interrompus dans cela par le marquis qui s'était mis à chanter un ritournelle bien connue et tous deux l'accompagnèrent. Lorsqu'il commença à monter sur la table, Sigvald attrapa bien vite sa chope et son assiette, les soustrayant aux pas maladroits du géant. L'ambiance dans la salle ne décrut pas avec la fin de la chanson, c'était un peu comme si un signal avait été lancé pour faire n'importe quoi. A sa droite, le seigneur avec qui il discutait était en train de reprendre des chansons de soldats avec plusieurs amis à lui et à sa gauche Godfroy, Iselda et Roderik semblaient en grande conversation à laquelle il ne prêtait guère qu'une oreille distraite tout en engloutissant une énième bière, laquelle laissa une mousse épaisse coller à sa barbe. Il était en train d'aspirer la moelle d'un os lorsqu'il entendit qu'on parlait de lui. Il se pencha vers la conversation pour essayer de la comprendre. Le seigneur Roderik venait d'évoquer le deuil du comte Alwin et Iselda de lui rétorquer sèchement ce qu'elle en pensait. Dans le silence qui suivit la réponse du seigneur de Wenden, il ne put s'empêcher d'ajouter :

« Je sais, comtesse, qu'en de tels moments ce n'est pas d'un grand réconfort mais au moins dites-vous que votre père est mort en héros, pour défendre le Bien, et que chacun dans cette salle et même au-delà s'en souviendra toujours. Croyez en mon expérience, au bout de quelques années, c'est ce qui aura le plus d'importance. »

Il savait de quoi il parlait puisque son propre paternel était techniquement mort en félon et que ses rivaux en Olyssea ne manquaient guère une occasion de lui faire remarquer. Il savait même qu'il avait faillit ne pas être accepté au trône de la baronnie à cause de cela.
Lorsque Iselda parla de fiançailles, les yeux de Sigvald se portèrent rapidement sur elle, puis sur Roderik, avant de revenir sur elle et qu'enfin son cerveau ne fasse un effort de compréhension. Sa bouche s'entrouvrit légèrement, laissant échapper un inaudible ''Oh !'' de compréhension et il se cala de nouveau bien profondément dans son siège. Il comprenait enfin la signification de toutes ces messes basses et, en portant ses yeux sur le marquis, se fit la réflexion que si celui-ci s'avisait de le mettre dans la même situation, on l'entendrait tempêter jusqu'à l'autre bout du marquisat. Il passa le reste du banquet à chanter lorsque cela lui disait quelque chose, à discuter et rire avec ses voisins, à féliciter les futurs mariés et à boire. Plus que de raison. Beaucoup plus.


Le lendemain relevait d'un défilé d'épreuves. Il n'avait évidemment aucune intention de ne pas rendre hommage au comte, mais il lui vint à l'esprit pendant la cérémonie que le faire avec les idées claires et sans qu'un pic-vert ait pris son crâne pour domicile aurait été une bien meilleure idée. Il s'efforçait toutefois de rester droit et de contenir les rictus de douleur dès que son mal de crâne empirait. Il avait le teint encore plus pâle que d'habitude et son regard peinait à rester fixé sur quelque chose. Après-coup, il lui sembla que plusieurs bouts de l'office manquaient à sa mémoire.

Cela étant, au moins la cérémonie n'avait-elle relevé que d'un effort pour rester éveillé et, puisqu'il allait rester en la capitale quelques jours de plus pour assister au mariage, il aurait le temps d'aller rendre un petit hommage un peu plus attentif et sincère avant son départ. La réunion qui suivit entre Godfroy, Roderik et lui, elle, demandait une vraie réflexion et ne pouvait pas être ajournée. Sigvald s'était affalé sur un fauteuil et, dans le respect d'un de ces remèdes traditionnels qui voulait que l'on combatte l'alcool par l'alcool, s'était servis un verre de vin pour essayer de calmer son mal de crâne et de pouvoir prétendre à suivre ce qui se passait. Il laissa volontiers Godfroy exposer la situation, à peine entrecoupé par une exigence de son estomac, et les questionner sur leur avis :

« Ce que je peux vous dire en tout cas » dit-il en se massant le front avant de reporter un regard un peu plus clair sur ses deux voisins : « c'est que s'il venait l'envie à ce va-t'en-guerre de Velteroc de passer les Monts-Corbeaux par Olyssea, nous serons prêt à le recevoir comme il se doit. »

En effet, si Olyssea n'avait pas aidé à défendre le Nord contre les drows, c'est parce que la précédente baronne avait jugé la sécurité du pays plus importante que tout le reste. Aussi, devant le comportement pour le moins belliciste de son voisin direct Hautval, la baronnie s'était mise à remplir ses stocks de vivres au mieux, à préparer ses soldats au cas où une guerre éclaterait et à regarnir les murs de ses forteresses.
Sigvald se redressa un peu sur son siège.

« Quant à ce qu'il convient de faire maintenant, je n'en sais foutre rien. La restauration du Royaume, oui, mais comment ? Avec quel héritier ? J'ai cru comprendre que Harold d'Erac avait fait valoir son droit mais qu'il s'était finalement écarté pour laisser place à cette étrange alliance. »

Un geste vague de la main indiquait tout l'intérêt qu'il avait porté à cette affaire. Il aimait la féodalité, simple et directe, et il n'avait pas pris la peine de se renseigner plus avant sur ce qui se passait dans le Médian. De son point de vue, sa responsabilité était Olyssea et rien d'autre. Il était lié par serment à Godfroy, qu'il assisterait de son mieux dans ses entreprises, mais il n'avait aucune envie de s'occuper des affaires des autres, tant qu'ils ne s'occupaient pas des siennes.

« Et Langehack ? » demanda-t-il en se surprenant lui-même de cette idée : « sait-on ce qu'ils soutiennent, ceux-là ? »
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Mer 30 Mar 2016 - 9:38


Restaurer le royaume. Telle était l'ambition du marquis ; une ambition fort louable mais une tâche ardue, quand tant de ducs et de comtes s'étaient échinés à le morceler ces dernières années. Mais restait-il au moins un candidat à la succession qui puisse se vanter d'avoir une goutte de sang Fiiram ? Et même si, par miracle, l'on parvenait à trouver un héritier valable, qu'adviendrait-il de tous ceux qui avaient révélé leur duplicité en marchant contre le royaume ? Ni Godfroy ni Sigvald n'évoquèrent l'idée - saugrenue - de pardonner au comte de Velteroc et à sa mégère ; en revanche, ils avancèrent différents noms, tels cet étrange Altenberg dont on parlait beaucoup ces derniers temps, ou même Harold d'Erac, voire le duc Oschide d'Anoszia, se figurant l'idée que l'on puisse, à tout le moins, négocier avec eux.

Roderik était pour le moins sceptique. Mais pouvait-on balayer d'un revers de main l'opportunité de les rallier tous les trois ? Les hommes de l'Atral ne pouvaient guère agir seuls.

- De ces trois noms, il me semble judicieux d'en écarter deux, d'emblée. Sans doute serait-il aisé de retourner Harold d'Erac contre l'Imberbe du Médian, car il doit bien nourrir contre lui certains griefs... néanmoins, Harold d'Erac est à mes yeux aussi coupable que le comte de Velteroc. Il a lui aussi voulu usurper une couronne sur-laquelle il n'a aucun droit, et il s'est attribué son duché au détriment de son propre père. Un homme qui laisse moisir son père dans les geôles de son pire ennemi tout en poursuivant des rêves de grandeur est indigne de confiance.

Il frotta ses yeux rougis de fatigue, tout en réfléchissant aux deux autres.

- Je ne ferais pas davantage confiance au duc de Langehack. C'est un arriviste, rejeton d'une famille de bourgeois qui nourrit un douteux commerce avec l'Estrévent. Avant d'épouser la duchesse Méliane, Oschide d'Anoszia guerroyait avec nous en Oësgardie. Il était alors capitaine royal, et conduisait un ost qui lui avait été confié par Diantra. Puis il a disparu du jour au lendemain, nous abandonnant à notre propre sort. Lorsque j'ai à nouveau entendu parler de lui, il avait séduit et épousé la duchesse de Langehack, sans doute au moyen de quelque sorcellerie estréventine... et, oublieux de la confiance que lui avait octroyée la couronne lorsqu'il était capitaine royal, il pactisait avec Velteroc et ravageait à ses côtés les contrées royales. Un tel homme ne mérite que le mépris, et certainement pas une main tendue... il nous poignarderait dans le dos sitôt notre vigilance endormie.

Il fut tenté de dire que l'on ne pouvait faire confiance à un parvenu qui ne s'est élevé à son rang que par un mariage avantageux... mais, se rappelant dans quelles circonstances il s'apprêtait à devenir comte, il se ravisa. Pourtant, la situation était différente : son mariage, à lui, était approuvé tant par le marquis que les vassaux arétans, et c'était une récompense pour ses - prétendus - hauts faits à Amblère.

- Quant à ce Niklaus d'Altenberg, je ne saurais dire grand-chose sur lui, et c'est sans doute pour cela que je ne l'écarterais pas. Il est sans nul doute coupable d'avoir passé des accords avec Velteroc, et d'en avoir tiré un grand profit personnel... mais peut-être a-t-il été guidé moins par l'avarice que par la nécessité, et, sans doute, n'avait-il pas vraiment le choix... avança-t-il sans grande certitude.

N'y a-t-il donc que des traîtres dans toutes les directions ? se demanda-t-il, alors qu'il songeait au sud, à Soltariel, où là encore ce n'était qu'un ramassis de traîtres qui avaient usé de la situation à leur avantage, sans aucune considération pour l'honneur, la justice et le bon droit. Les hommes probes avec lesquels il serait possible de s'entendre étaient peu, en définitive.

- Je crois, messeigneurs, que seule la noblesse du nord du royaume est demeurée fidèle à ses anciennes valeurs. Si nous voulons nous rallier le reste de la péninsule, sans doute serons-nous forcés de pactiser avec des traîtres notoires, voire leur accorder un pardon... je ne vous cache pas que la chose me répugne. Mais peut-être serait-il sage de commencer par renforcer l'alliance que vous avez entendue construire aux côtés de nos voisins des marches. Je connais peu le marquis d'Odélian, mais celui de Serramire, Aymeric de Brochant, est un homme d'honneur, et très avisé. Il a su restaurer sa suzeraineté sur ses vassaux historiques, alors qu'on les croyait irréconciliables... nous devrions le prendre en exemple.
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Mer 30 Mar 2016 - 13:35

Godfroy laissa ses vassaux parler. Il se réjouissait intérieurement de la cohésion du groupe présent. Sainte Berthilde était le seul marquisat de la Péninsule à pouvoir se vanter de composer une unité stable et solide. Des autres régions existantes, les dissensions régnaient en maître lorsque les territoires n'étaient pas fracturés ou incomplets. Le baron d'Olyssea affirma être prêt à recevoir le Médian si les choses devaient dégénérer, tandis que Roderik réduisait drastiquement la liste de ceux avec qui il aimerait composer. Le marquis reprit la parole, se redressant sur son siège.

« Paix, mes amis. Deux hommes ont tenté de s'imposer comme roi, et se sont brûlés les ailes en tentant d'y parvenir : la fillette et Harold. Que l'on parle de ces deux-là, d'Altenberg, de l'Anoszia, quoiqu'il en soit le royaume devra se réunifier avec eux. On ne peut composer sans ces individus. »

Godfroy se leva, entamant les cents pas autour de la table ronde où se trouvaient ses vassaux. Il s'arrêta un instant derrière la chaise de Roderik, sur laquelle il plaça ses deux mains, s'appuyant de son poids, juste au dos de son vassal.

« La dynastie s'est éteinte. Il n'y a plus de parents de Trystan apte à régner. Bohémond est mort. Et qui veut composer le royaume à nouveau devra le faire en étant reconnu par tous. Ici, la légitimité ne fait plus le roi. C'est aussi à celui qui aura le plus à offrir en retour. »

Se retirant de derrière Roderik, le marquis revint entre ses deux vassaux, posant ses poings fermés sur la table. Le marquis inspira profondément.

« Il faudra composer avec ceux qui ont renversé ma cousine. Avec ceux que nous n'apprécions guère, mais le royaume est à ce prix. Les duchés du Médian et du Garnaad sont sommes toutes pour l'instant toujours illégaux et illégitimes. Seule une autorité royale peut leur conférer la légitimité et la légalité qui leur fait défaut à ce jour. Seule une autorité royale peut restaurer Langehack, lui rendre Merval, et Scylla. Concernant Serramire...cette même autorité royale saura le contenter assez pour qu'il trouve un intérêt à la reconnaître. »

Levant les yeux devant ses vassaux, qui ne voyaient probablement pas où il voulait en venir, Godfroy lâcha les mots les plus importants de toute sa vie.

« Bohémond était mon petit-cousin. Sa mort plonge le royaume dans le chaos. A ce titre, je revendique la couronne du Royaume, par mon sang. Je proposerais, sous peu, à tous les seigneurs du royaume de me rejoindre pour refonder ce que nous étions. Cela devra être un exemple : que nous pouvons composer avec les seigneurs qui hier, étaient nos ennemis. Reconnaissances, amitiés, mariages, et alliances : les grands quatre, dont je peux me vanter aujourd'hui de détenir les meilleurs éléments. »

Godfroy se rassit, et sans attendre, exposa ses idées.

« Parlons de Langehack. Comme vous le savez, elle est amputée de plusieurs territoires. Seul un roi peut rendre Merval et Scylla - dont je serais alors le comte légitime - à ce duché. Un titre prestigieux contentera l'Anoszia, qui sera bien heureux de voir que l'on oubliera qu'il a prit les armes contre Arsinoé.

Aux autres duchés, du Garnaad, et du Médian, je peux leur donner ce qu'ils veulent : la reconnaissance de leurs titres, de leurs territoires, ainsi qu'une grâce pour leurs actions. Erac n'est duché que par le nom, et un comté ce sera, rattaché au Médian. L'échec cuisant de la Fillette à s'emparer de la couronne rend ma revendication encore plus forte.

Quant à Serramire, si Brochant est homme d'honneur comme vous dites, je ferais de lui mon sénéchal. Je marquerais un point d'honneur à restaurer les marquisats du Nord : la vie du marquisat d'Odélian n'a que trop durée. Son existence est une insulte à Serramire et au Berthildois. Mais nous procéderons à cela une fois que tout sera terminé. »


Godfroy marqua une pause, terminant son verre d'eau.

« Je vous écoute si vous avez des questions. »
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Sigvald d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Mer 30 Mar 2016 - 18:16

Sigvald haussa un sourcil aux paroles de Godfroy. La légitimité ne fait plus le roi ? Il se demandait bien, alors, ce qui faisait le roi. Et ce qui différait vraiment entre ce que lui disait ici son suzerain et ce qui avait pu remonter via les messagers et les bardes -une source peu fiable, certes, mais divertissante- des discussions du médian jusqu'à Olyssea. Et lorsque le marquis eut finalement exposée son idée, une idée simple au final, le baron d'Olyssea ne put s'empêcher d'aller chercher le regard du futur comte d'Arétria pour voir s'il semblait partager les même doutes que lui.
Finalement, quand Godfroy se tut, Sigvald ne tarda guère à lui poser la question qui déjà depuis quelques minutes ne demandait qu'à sortir :

« Mais de quel genre de légitimité parlons-nous, au juste ? Parce qu'autant que je le sache, les titres que vous comptez réclamer avaient échu à votre petit cousin par son père, Aetius d'Ivrey. Qui à ma connaissance n'a pas eu qu'un seul enfant. Alors, excusez-moi de le dire comme ça, mais je ne vois pas de différences entre ce que vous nous dîtes là et ce qu'il se passe à Diantra depuis plus d'un mois.
Sans même parler de Scylla. Que vous vouliez reprendre l'héritage de votre cousine autour de la couronne, d'accord, mais là ça n'a aucun sens, jamais elle n'a du mettre un pied dans le comté, pas plus que Bohémond j'en suis sûr. »


Il allait s'arrêter là quand il se souvint d'un détail et tapa du plat de la main sur la table :

« Et Erac ! Vous voudriez vassaliser l'un des plus anciens territoire de notre royaume à un ogre qui n'a pas hésité, dit-on, à torturer sans merci un vieillard pour lui arracher sa soumission ? Dites-moi que ce n'est pas sérieux bon sang ! »

Sigvald s'était un peu emporté, presque debout désormais et quand il s'en rendit compte il se rassit brusquement, faisant grincer un peu le fauteuil. Puis, à mi-voix comme s'il se parlait davantage à lui-même qu'aux deux autres, il laissa échapper une phrase que lui avait dit un jour son mentor à Kahark :

« Un caveau c'est peut-être plus digne que la fosse commune, mais au final, quelqu'un est mort. »
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Mer 30 Mar 2016 - 18:34

Godfroy, assis, écoutait Sigvald parler. Il écouta attentivement les doutes de son vassal, levant un sourcil lorsque celui-ci, emporté par la conviction de ses dires, se leva devant son suzerain. Conservant son calme, le marquis répondit à Sigvald.

« Je vous le dis, Sigvald : nous pouvons discuter des heures, des jours, des énnéades et des années sur qui est le plus légitime. Nous pouvons également ne pas prendre en compte qui est en âge de gouverner - et donc qui serait le régent. Ou bien sur qui est assez puissant pour s'opposer au retour d'un roi, et renverser ce dernier aussitôt qu'il sera en place.

Ou nous pouvons nous interroger sur ce que veulent les nobles du royaume. Voir qui est en mesure de leur donner ce qu'ils attendent. Qui est en mesure de fédérer autour de lui le plus grand nombre. Mais si vous estimez plus en droit les filles de Blanche d'Ancenis à régner, nous pouvons nous ranger derrière elle si vous le souhaitez. Nous serons les vassaux de l'ogre dont vous semblez tant apprécier la valeur.

Si cette opportunité ne vous sied guère, nous pouvons nous ranger derrière celui qui a brûlé Diantra, et fuit, et menti, s'étant réfugié dans une cour où règnent les vipères. Je vous propose une troisième voie. La mienne. Scylla était à Aetius, et Bohémond était son comte. Si je suis en mesure, au nom de sa mort, de me porter candidat à la couronne, je pense être en mesure de revendiquer le comté de Scylla. Mais comme vous parlez d'Erac, laissez moi vous demander une chose : le voyez-vous donc comme un duché à part entière ?

Il n'y a plus de royaume. Le Royaume du Sel, en proclamant Soltariel capitale, a exclu par principe ceux qui ne reconnaissaient pas Bohémond, ou ceux qui le croient morts. Le royaume n'existe plus. Libre à vous de détester les nobles du Médian autant que vous le voudrez, je ne vous en empêcherais pas. Ceux qui se sont rendus coupables d'actions condamnables en paieront les conséquences politiques. Mais sachez que nous composerons avec eux pour reconstituer le vrai royaume. C'est inévitable.

Vous voulez savoir pourquoi je pense pouvoir régner ? Parce qu'aujourd'hui, le sang ne fait plus tout. Bon sang, regardez autour de vous, qui reconnaîtrait un roi parce qu'il est bien-né ?! On reconnaîtra celui qui offrira de l'or sur un plateau d'argent, car c'est aujourd'hui l'intérêt qui prime, non des valeurs que l'on a pris l'habitude d'oublier depuis la mort du dernier roi. »





Dernière édition par Godfroy de Saint-Aimé le Mer 30 Mar 2016 - 21:21, édité 1 fois (Raison : Rajout d'une question)
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Jeu 31 Mar 2016 - 17:03


Les ambitions du marquis avaient laissé un Roderik pantois. Il s'était figuré que l'homme chercherait à consolider son emprise sur l'Atral, et qu'il saurait s'en contenter ; mais il avait sous-estimé l'ambition du bonhomme. Une ambition démesurée vu l'ampleur de la tâche qui l'attendait ; rarement dans son histoire le royaume n'avait connu de divisions aussi profondes.
Il cherchait à faire part de ses - nombreuses - réserves tout en évitant de froisser son futur suzerain, mais il fut devancé par le baron Sigvald. Celui-ci, plus impétueux que Roderik ne l'aurait cru, eut l'audace de lancer au marquis ses quatre vérités. Roderik esquissa malgré lui un sourire ; le garçon en avait autant dans la tête que dans le slibard, puisqu'il exprimait des réticences identiques aux siennes. Pendant un instant, il songea qu'Arétria et Olyssea allaient peut-être pouvoir oeuvrer ensemble - mieux qu'elles ne l'avaient fait en d'autres temps - et refréner ainsi la témérité de leur remuant suzerain. Mais Godfroy balaya les réticences du baron comme un vulgaire fétu de paille.

Résolu à exprimer ses propres doutes, et montrer ainsi son soutien à ce cher Sigvald, Roderik prit la parole. Il fut plus bref que ses interlocuteurs, mais sa pensée se résumait en quelques phrases :

- Nous souhaitons tous la réunification de la péninsule, monseigneur. Mais pas à n'importe quel prix. Vous voulez accorder votre pardon à ceux qui ont foulé aux pieds les traditions de notre royaume millénaire. Pire, vous voulez les récompenser, ces hommes qui se sont autoproclamés ducs en toute illégalité, après avoir bafoué l'héritage des rois Fiiram. Je vous en conjure, ne vous abaissez pas à leur niveau.

Il planta son regard droit dans les yeux du marquis, comme pour le défier de le faire trembler, s'interdisant de vaciller devant le faciès de brute de ce colosse dont la carrure, on jurerait, ferait trembler le sol. Il resta aussi droit et digne que possible en apparence ; en son for intérieur, il s'était rarement senti aussi anxieux.

- Il y a un autre moyen. Le roi Bohémond est mort, mais comme l'a relevé sire Sigvald, l'Ivrey avait d'autres enfants. Ecarterions-nous des princesses de sang au motif qu'elles se trouvent entre les griffes d'un ogre et d'une sorcière ? Il dût reformuler ses propos, se souvenant que Godfroy préférait définir Blanche d'Ancenis comme une putain, et non une sorcière. Je veux dire, un ogre et une catin. La jeune Alcyne est légitime. Il suffirait qu'elle soit entre nos mains, et alors... nous aurions avec nous une arme qui ne figure pas dans votre plan, seigneur. Nous aurions la légitimité. Une légitimité qui nous gagnerait les épées des marches, peut-être même celles de Hautval et de certains fiefs de cette éphémère Ligue. Nous pourrions revendiquer Scylla bien plus facilement pour elle que pour vous. Une ombre voila son regard. Et les traîtres auraient le sort qu'ils méritent. Ne vous rattachez pas à de mauvaises valeurs, seigneur, car ce ne sont pas elles qui vous feront tenir sur la durée. Agissons honorablement, et cherchons plutôt à retourner la putain de Hautval contre l'Imberbe de Velteroc. Si nous n'y parvenons pas, peut-être serait-il envisageable d'enlever la princesse.
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Ven 1 Avr 2016 - 0:12

Godfroy se massa les tempes. Ses mains secouèrent sa crinière, et retombèrent sur la table, moroses. Le marquis comprenait les quelques doutes, quelques peu dissipés, de ses vassaux, et entendait leurs suggestions. Il se tourna avant tout vers Roderik. Puis ses yeux se levèrent, et oscillèrent entre Roderik et Sigvald.

« Alcyne - ou plutôt sa mère, et son beau-père - ont voulu récupérer la couronne et se sont brûlés les ailes. Parce qu'ils n'avaient pas la force pour le faire. C'est malheureux, mais c'est ainsi. Une gamine pour reine, personne n'en voudra, encore moins si la régence est tenue par quelqu'un du Médian. » Godfroy s'avança quelque peu.

« Je sais que je peux ramener autour de moi les royalistes indécis, qui ne veulent pas du Royaume du Sel, ou de la fille de Blanche par défaut. J'aurais assez de force pour que l'on me reconnaissance roi. Mais pour unir les nobles...Pourquoi ne pas proposer à la catin des fiançailles entre mon fils, Louis, et Alcyne, sa fille ? Elle sera unie alors au prince, et sera reine à ma mort, et l'autre catin et son Imberbe, devant la coalition des seigneurs que je rassemblerais, devront me reconnaître roi, car ils savent que personne n'acceptera une nouvelle régence, de peur de nouveaux excès. »

Godfroy se resservit un verre d'eau, puis reprit après l'avoir vidé d'une traite. Il avait le sourire aux lèvres, car cela, il le pensait, plairait aux siens. « Je propose de laisser Scylla de côté pour l'instant - pourquoi ne pas revendiquer ce comté pour Alcyne, cela fera de Louis le comte. L'important est la couronne. Et après une observation des états des forces actuelles, vous verrez de vous-même que je suis celui le plus à même à rallier le plus grand nombre de nobles. Un autre ne rallierait pas assez de soutiens pour se faire reconnaître, et la situation pourrait être pire que celle que nous avons actuellement. Nous devons obtenir la reconnaissance. La question des duchés du Médian, du Garnaad et d'Erac devront, quoiqu'il en soit, être traitées par une autorité royale. Que pensez-vous de cela ?  »

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Sigvald d'Olyssea
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Lun 4 Avr 2016 - 15:41

Sigvald avait entendu ce qu'il voulait, ou plutôt ce qu'il redoutait : il n'était pas question ici de légitimité, d'honneur et de traditions, mais bien d'avidité, de faveurs et de négociations. Il se crispa légèrement en le comprenant, ses dents glissèrent les unes contre les autres et c'est avec une lenteur exagérée, qui essayait bien vainement de cacher son état d'esprit qu'il répondit à la question qui lui avait été adressée par Godfroy :

« Oui, Erac est un duché à part entière. Il en a toujours été ainsi et devrait toujours en être ainsi. Et j'espère bien vivre assez vieux pour le voir mettre au pas les félons qui lui ont fait du tort. »

C'était peu probable mais une chose était quasiment certaine : si on lui demandait de l'aide dans une telle entreprise, il répondrait par l’affirmative avec empressement. Il écouta Roderik qui semblait partager son point de vue et essayer de convaincre Godfroy de mettre de l'eau dans son vin. Certes mettre Alcyne sur le trône, voilà une idée intéressante. Peut-être la débarrasser de l'influence néfaste de son beau-père -il n'avait pas d'avis sur Blanche de Hautval- mais elle était ce qui se rapprochait le plus d'une reine légitime. Et son jeune âge, quoiqu'en dise Godfroy, ne changeait rien aux yeux de Sigvald. Après que le marquis eut repris la parole et posé sa question, Sigvald posa une main à plat sur la table, plus fort qu'il ne l'aurait voulu, qui résonna un peu dans la pièce.

« J'en penses, monseigneur, que je ne participerais pas à ça. J'ai juré sur mon honneur de défendre nos lois, nos traditions. Pas de me mêler d'intrigues de courtisans qui ne respectent que l'or et sont avides de pouvoir. Olyssea n'interviendra pas dans vos ambitions. Si Sainte-Berthilde a besoin de notre aide, pour se défendre ou œuvrer pour une cause légitime, soyez-sûr que nous accourrons aussitôt. Mais si vous voulez allez cajoler les traîtres, les arrivistes et les parvenus pour essayer de rebâtir une parodie de royaume, ça sera sans nous. »

Il se leva, droit et fier, sans montrer les doutes qui pouvaient se frayer un chemin dans son esprit : avait-il le droit de se comporter ainsi ? Comment allait réagir son suzerain ? Quelles pourraient être les conséquences pour Olyssea ?

« Monseigneur, Comte, bonne journée. »

Il avait utilisé le titre de Comte bien que Roderik ne le possédait pas encore théoriquement pour montrer à la fois son respect vis-à-vis de son hôte et son soutien dans leurs idées qui semblaient les même. Sigvald n'avait simplement aucune envie de poursuivre outre un débat qui, estimait-il, ne le concernait pas vraiment, quand tous les arguments avaient été dits et que chacun pouvait prendre une décision en son âme et conscience. Il quitta la pièce sans marquer d'hésitation et referma la porte derrière lui.
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Lun 4 Avr 2016 - 19:19

Godfroy conserva son air songeur un instant. Puis, tournant le visage vers Roderik, sans toutefois le regarder, lui parla. Le ton n'était ni colérique, ni voisin de tout ce qui s'affiliait à des mauvais sentiments. A vrai dire, sa voix trahissait un certain soulagement et une satisfaction à peine voilée.

« Un jour, ma femme m'a récité un vers d'un poète - dont j'ai oublié le nom. Il disait : L'homme soumis à la passion, n'obéit guère à la raison. » Le marquis tourna son regard vers Roderik. « J'imagine que vous êtes celui qui est soumis à la raison. » Sortant sa pipe, Godfroy maintenait son regard oppressant sur le futur comte. « Moi, je n'obéis ni à l'une, ni à l'autre. »

Le marquis tira une longue bouffée de sa pipe, et pendant que l'épaisse fumée blanche entamait sa conquête de l'air, Godfroy reprit.

« Sigvald est jeune. Impulsif. Plus séduit par une idée que par les moyens nécessaires pour la rendre réalité. Mais il n'est pas stupide. J'arriverais à mes fins, et le baron d'Olyssea a le bon sens de ne pas se mettre au travers de mon chemin. Toutefois, je sais qu'il n'hésitera jamais à s'y mettre, une fois tout ceci terminé, pour me maintenir les pieds sur terre. Pour cela, je lui porterais une amitié sans faille. Mais je détesterais l'aimer. »

Les yeux anthracites du marquis étaient toujours posés sur son vassal, inquisiteurs, sondeurs.

« Libre à vous de haïr qui vous semblera le plus apte à remplir ce rôle, Roderik. Je recomposerais ce royaume avec tous les seigneurs dont il aura besoin. Vous, ainsi que Sigvald, en ferez parti. Je compte sur votre soutien, en tant que comte, pour y parvenir. J'attends des conseils avisés, pas des caprices d'enfants. Puis-je attendre cela de vous ? »

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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Mar 5 Avr 2016 - 11:05


Dépassé par le fil du débat, par le départ soudain de Sigvald et par le mal de crâne, stigmate de la monumentale cuite de la veille, Roderik peinait à réfléchir. Plissant les paupières, il articula du mieux qu'il put, cherchant à ne pas se laisser noyer par la réthorique de Godfroy de Saint-Aimé.

- Vous considérez comme un caprice d'enfant ce que j'appelle, moi, l'héritage d'une dynastie qui a fondé ce royaume il y a mille ans, monseigneur. Le droit légitime d'Alcyne au trône de Diantra n'est pas un caprice d'enfant. Les Fiiram ont régné pendant des siècles grâce à la tradition. Vous voulez régner grâce aux petits arrangements et au jeu des alliances, mais ces choses-là, marquis, ne durent pas.

Il lui semblait désormais impossible de se fier à cet homme ; quel cruel caprice du destin avait mené un tel intrigant à s'arroger Sainte-Berthilde ? Il avait détesté ce Godfroy au premier coup d'oeil, mais à présent, il s'en méfiait comme la peste. Pendant un instant, Roderik se demanda s'il ne devrait pas suivre Sigvald et quitter la pièce, laissant le marquis seul avec ses funestes idées. Il pouvait même aller plus loin encore : il n'avait pas encore prêté serment, ni épousé la comtesse ; il pouvait encore renoncer. Pour son honneur, pour ce en quoi il croyait, il ne pouvait suivre un homme qui ne valait guère mieux que les séditieux du Médian.

Mais il est malaisé de faire marche arrière lorsque tant de choses nous ont déjà été promises et qu'elles semblent acquises, aussi probe soit-on. Et Roderik s'abandonna peu à peu à des considérations fort optimistes et moralement satisfaisantes : il fallait qu'il soit comte, car un autre homme aurait moins de scrupules que lui à suivre Saint-Aimé ; il fallait qu'il soit comte, car peut-être alors arriverait-il à convaincre le marquis de renoncer à sa folle entreprise ; il fallait qu'il soit comte, car alors il pourrait soutenir Sigvald et, joignant leurs forces, ils arriveraient peut-être à faire triompher la tradition sur l'ambition.
Il se fourvoya presque volontairement, en vérité. Il voulut croire que le débat n'en était qu'à son commencement ; il voulut croire qu'ils auraient encore le temps. Au regard de toutes ces choses, il en vint à la conclusion que c'était la raison, et même, dans une certaine mesure, l'honneur, qui devaient lui interdire de renoncer.

- Je vous prêterais serment pour Sainte-Berthilde, dit-il enfin lorsqu'il parvint à l'issue de son curieux raisonnement. Mais le royaume, messire... le royaume n'est pas à vous, et la couronne ne se vend pas. S'il s'agissait seulement de fiancer Alcyne à votre fils et de défendre ses droits de reine, alors je vous aiderais de toutes mes forces, mais... ce n'est pas ce que vous proposez, et je crois, moi, que céder à la facilité n'est pas une alternative.

Il avait évoqué la facilité pour ne pas trop froisser son interlocuteur, alors qu'à ses yeux il était avant tout question d'avarice. Godfroy était un ogre, au même titre que le maudit Velteroc. Même ceux qui régnaient au sud dans leur faux royaume s'appuyaient sur un semblant de légitimité pour justifier leurs actes ; les Godfroy de Saint-Aimé, les Nimmio de Velteroc, les Oschide d'Anoszia, ceux-là ne s'embarrassaient d'aucun principe.

- Vous aurez mon soutien de comte. Pour Sainte-Berthilde, et seulement pour cela, puisque votre légitimité sur ce point est indiscutable. Enfin, si tant est que Bohémond est mort... pensa-t-il un court instant. Mais je ne tendrais pas la main aux traîtres, et ma maison leur sera fermée tant que justice n'aura pas été rendue. Ce qui, en soi, ne change pas grand-chose, Arétria n'a jamais beaucoup attiré les dignitaires des autres contrées.
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Entre deuil et ripaille, défiance et bonnes intentions   Mar 5 Avr 2016 - 11:47

Godfroy ne s'attendait pas à ce qu'ils puissent comprendre. Il en vint à se demander si Roderik et Sigvald comprenaient que l'honneur, la tradition, la droiture, n'étaient que des préceptes et non des concepts, soumis au pouvoir, et aux moyens qu'il demandait pour être installé. L'honneur et la droiture étaient morts avec Trystan, et combattre le bellicisme et l'opportunisme par l'éthique était un combat perdu d'avance. Roderik s'en rendrait compte bien assez tôt, probablement lorsque la couronne ceindrait la tête de Godfroy.

« Le royaume aura un roi. Pas une gamine régentée par le Médian. Si mon succès ne vous convaincra pas, alors ma mort le fera. Mais elle n'est pas à l'ordre du jour. »

Godfroy se leva, écoutant Roderik, qui se trouvait dans son dos, assis. Par politesse, le marquis ne le coupa pas. Il laissa Wenden terminer son discours, jusqu'à la fin, sans le couper. Puis, ayant entendu ce qu'il souhaitait entendre, il se retourna, posant une main sur la poignée.

« Est-ce à grands renforts de tradition que vous compteriez établir Alcyne reine ? Au sein de nobles qui se sont appuyés sur le fait que son géniteur était illégitime ? Parlons de tradition. Est-ce la tradition qui fit que votre bannière flottait sous celle de la Rochepont, lors de la guerre de l'Atral ? Est-ce l'honneur qui a poussé la lointaine parente de Sigvald à vouloir le marquisat, en prenant Cantharel ? Et si vous vous opposez à moi, le ferez-vous aussi au nom de l'honneur et de la tradition ? Le temps fera son office, et vous donnera tort. D'ici-là, il me semble que vous avez un mariage à préparer. »

Ouvrant la porte, le marquis la claqua derrière lui. S'étant garanti la neutralité de ses vassaux, en même temps que leur soutien en tant que marquis, il n'aurait pu espérer que son voyage aurait pu porter plus de fruits.
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