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 Le Diable est dans les Détails, I

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MessageSujet: Le Diable est dans les Détails, I   Dim 20 Mar 2016 - 1:20

C'était une nuit de pluie à Sainte-Berthilde. Les plates étendues et les montagnes clapotaient en choeur, et les plus pauvres des pauvres diables peuplant la contrée s'endormait sous le rythme des gouttes frappant sur le porche de fortune. Mais il n'était point à cet endroit, le début de notre récit, qui se déroulait dans un endroit autrement plus prestigieux; et autrement plus sûr. Connu pour avoir logé les plus braves, les fils de la maison de Saint-Aimé étaient jadis prétendant à un destin glorieux. Et l'impitoyable Histoire n'auraient gardé d'eux qu'une petite ligne dans les annales d'Arcam... Si l'un d'entre eux n'avait pas soudainement décidé que faute de pouvoir écrire dessus, il allait s'essuyer avec, tout en ordonnant à sa femme d'écrire la suite.

Et c'est ainsi, à l'abri de l'orage et des éclairs, mais non de leurs terrifiants éclats, qu'une dame d'âge mur et à l'allure altière assise sur un divan, terminait un livre, le refermait, levant les yeux vers une jeune fille à l'air vif qui partageait ses traits, reflet d'un passé bien lointain et insouciant.

"Il est arrivé ?"
fit Judith d'Hardancour.

Eléonore acquiesça.

"Eh bien, aucune raison de le faire attendre. Martin, fit-elle en se tournant vers un garde en retrait, préviens donc les cuisines de l'arrivée de Godfroy. Tu y trouveras sans doute Jeanne; dis lui que je l'attends avec ma cape à la sortie du donjon. Soyons prompts, les amis. Faisons de cette morne soirée une chaleureuse nuit."

Judith descendit alors, saluant d'un hochement de tête chaque garde et domestique, qui se gardaient poliment d'être sur sa route. Mais alors, elle sentit quelque chose tirer sur la robe... A son grand agacement, quelqu'un avait marché sur sa robe. Elle se tourna brusquement, trouvant une petite fille désemparée et une mère balbutiant des excuses pour la robe légèrement tâchée.

"Je suis très confuse... Elle ne voulait pas... Et puis on vous paiera le nettoyage..."


La noble baisa le front de la fillette et leva la tête vers sa mère en souriant. "Me repayer, Annette ? Savez-vous seulement le prix ? fit-elle d'un ton badin. Et de toute façon c'est votre fille, la coupable. Oui, toi, fit-elle d'un air faussement sévère. Quel est-ton nom, jeune fille ?"

Annette frissona lorsque Judith se tourna vers la fille, qui lui répondit les yeux humides : "Marguerite."

"Et bien, Marguerite, pour que tu ne marches plus jamais sur les robes, je te condamne à suivre des cours de valse. Tu danseras avec moi ou Eléonore, les deux derniers jours de chaque énnéade de Verimios. Qu'en penses-tu?"


Annette, surprise par la sentence, écarquilla les yeux. Judith détendit ses traits. "Néera vous a bénis d'une bien jolie fille, Annette. Occupez-vous en bien, que la Damedieu vous la garde."

L'incident terminé, elle continua sa course décidée vers le bas de la tour. Dans les escaliers en colimaçon, les fracas de l'extérieur affrontaient les bruits des humains affairés à l'intérieur, presque plus alarmé que si l'ennemi était à leur porte. Les plats étaient mis à mijoter, la soupe de pois cassé, toujours meilleurs le lendemain que la veille, était mise à réchauffer; et la terre grondait au bruit des roulements des tonneaux de bière. Et lorsqu'elle arriva à la porte, elle y trouva une femme âgée, qui attendait, agacée.

"Vous vous êtes pas pressée, dites-moi. Combien de temps était-je sensée vous attendre avec cette cape, au beau milieu de la nuit ?"

"Me pardonnerez-vous un jour, Ma-jeanne? La nuit est précoce à cause de la pluie. En vérité, il n'y a que peu de temps que le crépuscule est passé."

Nourrice de Judith, Jeanne ne manquait ni de rides, ni d'énergie. "Ma-Jeanne", ou plutôt "Ma Jeanne", comme la désignait autrefois Charles son père, était la véritable éducatrice de Judith en l'absence de mère, morte en couches il y a longtemps de cela. La nourrice soupira, installant la cape sur le dos de la femme, qui redressa son dos presque immédiatement. Elle pensa à ce qui se passait en ce moment même. Tout cela avait l'air d'une mise en scène, mais il n'en était rien. Le maître de maison avait ses habitudes et ses repères, et il aurait été fort fâcheux de les changer. D'autant que lesdites habitudes avaient une tendance à communiquer une certaine bonne humeur brute et sauvage, proche de celle qu'elle avait ressenti à l'époque de sa jeunesse et avant son mariage. Avant son mariage et avant- Elle tourna la tête, interrompant brusquement son flot de pensée pour s'intéresser à quelque chose d'autre. "Jeanne ?"

La vieille dame semblait l'ignorer, continuant de marcher vers les escaliers. "Apportez-donc le cadeau des prêtres d'Othar à notre chambre. Et faites très attention : nous parlons aussi unique que vous, Ma-Jeanne."

Elle ne lui répondait pas, mais Judith lui faisait bien confiance. La vérité était que Ma-Jeanne était touchée par le mal de la sénilité; Judith ne lui confiait que des tâches simples et peu complexe, tentant de garder l'illusion d'indispensabilité de la pauvre nourrice.

Et par les meurtrières du donjon, on pouvait enfin entendre le pont-levis s'abaisser, les portes s'ouvrir, et le vacarme viril de chasseurs à la courre n'ayant passé que trop de temps dehors. Judith attendit un certain moment, le temps que les chevaux se descellaient, et alors on frappa à la porte. elle se leva alors, ajusta une dernière mèche de cheveux qui avait décider de se rébeller, et attendit les bras croisés. Et d'un signe de la tête, ordonna à ce qu'on ouvre les portes. Le vent et l'eau s'engouffrèrent d'un commun accord, et au milieu de la scène trempée, comme pièce centrale du tableau, trônait celui que Madame d'Hardancour fixait d'un air qui se voulait sévère mais qui n'était guère qu'amusé.

"Est-ce une heure pour rentrer de la chasse, Godfroy de Saint-Aimé?"




Dernière édition par Judith d'Hardancour le Mar 22 Mar 2016 - 22:47, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Le Diable est dans les Détails, I   Dim 20 Mar 2016 - 8:59

C'était l'un de ces soirs d'été, à Sainte Berthilde, où le jour avait baigné entre l'Olienne et les cieux. Tout deux se jalousaient le bleu le plus pur, volé à quelque saphir étincelant, et rien dans le céleste séjour ne venait perturber l'horizon céruléen. On sentait pas même une brise venue du Nord, ni les alizés de la mer, si bien que les rayons de l'astre princier s'abattaient sur tous, inexorablement, cuisant la peau, aveuglant les mirettes. Ce lyrisme, quotidien des beaux-jours, s'octroyait parfois des trêves, et laissait l'océan déposer ses averses, par quelques nébuleuses soudaines, et ce pour le plus grand bonheur de tous.

Les bois du pays étaient en grand nombre, et fourmillaient de gibier. On y trouvait toutes sortes de viandes, de chasse ou de table, que ceux aptes à le faire éprouvaient un certain plaisir à s'y adonner. Le présent des cieux, cette douce abatée, vivifia les hommes, comme s'il s'agissait de prouver à qui l'attendait, que même la pluie n'arrêtait pas les braves. Fidèle à elle-même, la troupe n'était guère discrète, la battue était efficace, menée par une main de fer, forte d'une grande expérience. Tel une lune pourpre, sanguinolente et décadente, Phébus s'effondrait par delà les cimes des arbres ; et si ce n'était les aboiements des angolas, Godfroy se serait bien passé de s'en retourner au gîte familial.

C'est fier de plusieurs belles prises que la troupe s'engagea sur le chemin du retour. Celle-ci, comptant le marquis mais aussi son fils aîné, Louis, pouvait être fière d'une bonne journée de labeur. Quelques chasseurs, plusieurs gardes, ainsi que les angolas, purent s'enorgueillir de la prise d'une famille de cervidés. L'averse était battante, et retrouver le gravier de la basse-cour ne fut point si désagréable. Le marquis, suivi de près par Louis, et par ses bruyants angolas, eût tôt fait de sauter à terre, laissant le soin de sa monture à d'autres. Les portes s'ouvrirent, et les meilleurs amis du marquis - Strël, Glök, Ymïr, Söbek - eurent tôt fait de se précipiter à l'intérieur du hall, sautant, courant, aboyant, et tournant autour de deux femmes que bien des badauds auraient souhaité dans leur lit. Ce même lit qui leur aurait servi de tombe si le marquis l'apprenait...

« Est-ce une heure pour rentrer de la chasse, Godfroy de Saint-Aimé ? »
« J'espère que le souper est prêt ! Les cuisiniers vont nous préparer le dîner que j'ai rapporté. »

Ce fut le temps des retrouvailles. Pour Judith, ce fut un regard. Puis un baiser sur la tempe. Elle avait le même visage que vingt deux ans auparavant, la première fois qu'il l'avait vu, au domaine d'Hardancour. Pour sa fille, après un baiser sur le front et un franc sourire, Godfroy la regarda de haut en bas. « J'ai fais du bon boulot, avec elle... » pensa-t-il. « Fils, embrasse ta mère et ta sœur. » Louis, trempé qu'il était, s'exécuta avec plaisir. La famille était unie, quoiqu'on en dise. L'aîné, revêtu d'une tenue épaisse de cuir noir, n'avait sur ses épaules qu'une vaste cape sombre à fourrure, qui bordait ses épaules. Il avait fière allure. « Mes fiers compagnons ont bien œuvré. Ils ont débusqué deux petits chevreuils, et que Louis en soit témoin, si je ne les avais pas rappelé, ils auraient faits de ces pauvres créatures une bouillie. »

Éléonore n'aimait pas beaucoup les angolas. Ils l’effrayaient. A vrai dire, qui n'effrayaient-ils pas ? Quatre créatures, bâties solidement et bien nourries, de pure race, hautes d'un mètre trente et au paroxysme de leur force, dotées d'un caractère joueur, mais féroces, obéissant au doigt, et à l'oeil, à un homme déjà réputé violent. Quant à Judith, elle n'en avait pas grand chose à faire, bien que sa coquetterie était fortement bafouée quand l'un des chiens montait sur le lit pour se glisser entre Judith et Godfroy.

« Et bien ? Un mari et un père n'a-t-il pas droit à une chopine ? Le fruit de mon labeur ne mérite-t-il pas satisfaction ? J'ai grand soif ! Mon gosier est desséché. Éléonore ! Sauve-moi. Fais-moi mander une grande chopine, et une pour ton frère. Va. »

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MessageSujet: Re: Le Diable est dans les Détails, I   Mar 22 Mar 2016 - 22:45

Judith profita d'un léger instant de flottement pour demander l'état en cuisine. Les premiers plats allaient arrivés, disaient-ils. L'habitude de la maisonnée était assez originale. La chasse à courre étant assez fréquente, et les désirs de Godfroy considérés comme des ordres de crainte de sa colère, la nourriture se devait d'arriver le plus rapidement possible tout en cuisant la fraîche viande qu'il avait ramené afin de le satisfaire. Aussi les cuisiniers avaient-ils devisé d'un service ingénieux et original afin de faire patienter l'impatient patriarche de l'impatiente famille : reniant la tradition, ils apportaient la bière, les soupes et les nourritures froides en avance, profitant d'un temps de répit leur permettant de cuire le plat principal à base des fruits de la chasse, réinvintant le service mathaorite sans même le savoir, ce qui n'était pas fait pour déplaire à Judith.

La soupe de ce soir était d'ailleurs assez particulière, soupe de pois cassé aux fines herbes et à l'huile d'olive. De la même origine soltarii que le chef, elle était délicieuse, facile à préparer, et particulièrement bourrative. L'on pouvait également l'utiliser comme sauce où tremper la viande tant elle se mariait bien avec elle. Judith ne prit que moitié dose, se réservant pour le reste du repas. Si le reste des plats restant souvent très locaux afin de plaire un maximum à tout le monde, l'entrée de service était souvent un prétexte pour le chef pour faire initier la famille aux spécialités pharétanes.

Judith jeta un regard autour de la maisonnée. Elle se demandait si elle allait s'y faire, à ces nouveaux repères. Quitter le château d'Hardancour avait été une expérience difficile pour elle, qui n'avait presque fait qu'y vivre à l'intérieur pendant toute sa jeunesse. Mais tout cela ne revêtait que d'une importance triviale ; les véritables défis s'approchaient. Les intrigues à déjouer, les haines à surmonter et les ennemis à écraser allaient sans doute se faire nombreux... Mais Judith avait confiance en son mari. Il était bien plus que capable de faire face à tout cela.

« Demain, nous partons pour Sainte-Berthilde. Quelle pensée singulière. Peut-être que le château marquisal sera assez grand pour que vous logiez les angolas hors de notre chambre ?  »
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Le Diable est dans les Détails, I   Mer 23 Mar 2016 - 9:28

Attablé, bottes clouées au sol et poings fermés sur le bois de la table, Godfroy n'en pouvait plus d'attendre. Il en était à sa deuxième choppe de bière, et c'est à cet instant qu'on apporta les premiers plats. Une soupe. Une soupe. Mains rejointes sur ses cuisses, le colosse regardait d'un œil suspicieux le contenu de sa gamelle, penché qu'il était sur son assiette. Il regarda son épouse, elle qui commençait à manger. Son fils et sa fille conversaient de tout et de rien. Était-il le seul à vouloir manger de la viande et non une...soupe ? D'un air penaud, il prit sa cuillère, et commença à goûter prudemment.

Ce n'était pas mauvais. Posant sa cuillère, il prit l'assiette de ses paluches, et la soulevant, commença à déverser son contenu directement dans son gosier. Sa pomme d'Adam s'élançait de haut en bas, comme un mécanisme, et lorsque Godfroy avalait, il le faisait si fort qu'on l'entendait distinctement.

« Demain, nous partons pour Sainte-Berthilde. Quelle pensée singulière. Peut-être que le château marquisal sera assez grand pour que vous logiez les angolas hors de notre chambre ?  »

Le marquis reposa lentement son assiette. Ses lèvres et sa moustache pleines de sauce dégoulinaient de la mixture. S'emparant de sa serviette, il essuya sans grâce aucune ses babines, posant les yeux sur sa femme. Il pouvait sentir, à ses pieds, Strël et Glök mordiller les os qu'on leur avait jeté.

« Sont-ils si dérangeants ? Toujours les angolas, les angolas par-ci, les angolas par là...Ne les aimez-vous donc point, vous qui les avez vu grandir ? Mais bon, soit, nous leur ferons une belle litière je ne sais où. Loin des cuisines. »

Le marquis fit une pause. Sa belle épouse était son exact opposé. Belle, gracieuse, fine et coquette. Lui était colossal, et dénué de toute notion de classe. Ils étaient comme de bons amis. De très bons amis.

« Nous serons bien à Sainte Berthilde. La citadelle, Cantharel, est belle, faite de pierres blanches. Vous vous y sentirez bien en un rien de temps, vous verrez. La ville est grande, et la campagne alentour est belle. Louis pourra aller y chevaucher, et Éléonore se faire courtiser comme une dame de son rang. Et puis ce sera l'occasion d'agrandir vos...réunions...salons...qu'importe, vos discussions auxquelles je n'entends rien. » Godfroy ouvrit des yeux ébahis lorsqu'on apporta les viandes cuites à souhait. Il n'attendit même pas que le plat fut posé : il se rua dessus, s'emparant d'une part imposante, qu'il s'empressa de trancher, déchiqueter et dévorer, sous le regard amusé de Louis.
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MessageSujet: Re: Le Diable est dans les Détails, I   Ven 25 Mar 2016 - 1:32

« En effet. Cela nous aidera grandement. J'ai quelques projets en tête, en effet. Mais rien de comparable à l'ampleur du travail qui vous attends, je le crains.»

Elle aurait bien voulu décrire en profondeur l'étendue de son projet, mais son large mari avait l'air bien plus intéressé par les côtelettes servies sous ses yeux que du semblant de discussion qu'elle avait commencé. Elle était déjà visité Cantharel durant sa jeunesse, et Godfroy prêchait une convertie, mais sa nature très sédentaire continuait à lui murmurer son appréhension. Judith chassa ses mauvaises pensée en goûtant le chevreuil. Le goût était riche, et elle comprenait bien la gloutonnerie de Godfroy sans pour autant l'avouer. Judith se tourna vers sa fille, la taquinant légèrement :

« En tout cas, je suis d'accord sur vous sur un point : il est grand temps qu'Eléonore trouve son prince charmant, même si je frémis à l'idée de devenir grand-mère. »

Eléonore fit de grands yeux, faisant mine d'être choquée. « Eh bien quoi ? Je me suis mariée à seize ans. Il est grand temps que vous fassiez de même, vous ne trouvez pas ? » termina Judith en riant devant l'air scandalisé de sa fille. Qu'il était amusant de parler mariage avec ses enfants ! L'on croirait qu'ils voudraient rester seuls et vierges jusqu'à la fin de leurs jours. Mais ça n'allait sûrement pas finir comme ça, bien que Judith aurait souhaité gardé sa fille à ses côtés jusqu'à la fin de ses jours... Tout comme autrefois, son père Charles. Mais un autre sujet vint chatouiller la langue de la future marquise.

« Mais pour en revenir à tout à l'heure, Godfroy, j'espère que vous saurez raisonner nos vassaux et les unir sous une même bannière, la notre. Il évident que tout autre alternative... »

Elle s'arrêta net, prenant une grande inspiration, les yeux dans le vague. Tous la regardaient en silence, même les domestiques qui avaient noté le changement subtil de comportement, et pendant un instant, seuls la pluie lointaine et le machônnement de son mari se faisaient entendre. Elle prit une gorgée de bière, et reprit en fixant Godfroy.

« N'est plus une option. Nos vassaux et notre peuples sont las des conflits. Passé est le temps de détruire ; l'histoire se rappellera de notre famille comme l'on se rappelle des plus grands architectes de notre Royaume. Du moins, je l'espère ardemment. »
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Le Diable est dans les Détails, I   Ven 25 Mar 2016 - 9:10

Le marquis fut fort amusé de l'air scandalisé de sa fille. Judith avait le don de trouver les sujets qui, en apparence amusaient, mais qui dans le fond l'effrayaient grandement. Mâchant à moitié sa viande, Godfroy se mit à rire devant ce jeu auquel son épouse excellait. Se rinçant le gosier et les babines d'une lampée de vin, le colosse s'adossa sur son fauteuil, écoutant calmement sa femme.

« ...Il évident que tout autre alternative... »

La salle semblait soudainement se taire d'elle-même. Comme si, l'espace d'un instant hors du temps, la vie semblait absente du château, et que le dîner n'était devenu que l'ombre de lui-même, comme la peinture d'un artiste de grand talent. Le bruit strident du siège se reculant brutalement rompit l'idylle de la scène, le marquis se levant, arpentant la pièce de pas lents mais conséquents. Posant une main sur la pierre de la cheminée, l'âtre luisait de bûches encensées, bénissant les visages d'une douce chaleur.

« Ce n'est pas une option, en effet. »

Animé d'un extrême sentiment de solitude, le marquis avait posé sa tête contre la cheminée. Il se souvenait de cette guerre qui avait divisé Sainte Berthilde. Se frottant le front de la paume de sa main, le marquis semblait assailli par la mémoire et la douleur. Il revint, lentement, vers la table, posant ses mains sur le dossier de son siège. Regardant ses enfants, un par un, sa voix, faible, était cependant assez distincte pour être audible :

« Allez vous coucher. Il est tard. »

A vrai dire il n'était pas tard du tout. Les jeunes adultes s'exécutèrent, et suivant leur exemple, les domestiques quittèrent la pièce, laissant une grande salle incroyablement vide, à la sérénité troublé par les bûches se dissolvant, et la pluie martelant aux rosaces. Serrant fortement le dossier du fauteuil, il riva ses yeux devant lui, contre la pierre. Puis, d'une main, il souleva le siège boisé, et le faisant valser au-dessus de lui, le fracassa sur une colonne. Ce qui restait encore entier du mobilier ne résista pas à un second coup porté avec une force égale à la colère de Godfroy. Les tronçons de bois volèrent en éclat à travers la nef de la salle dînatoire. Fusionnant ses poings avec la table, il les posa, sans aucune douceur, sur le bois verni. Le coup fit trembler couverts et plats, tandis que ses yeux se posaient sur Judith.

« Ils m'ont pris mon fils. Notre fils. Cette putain de guerre dans laquelle je m'étais juré de ne pas intervenir. Ces putains de parjure m'ont pris mon fils ! »

Hurlant ses derniers mots, le marquis asséna un coup de poing si fort dans l'extrémité de la table que celle ci se fissura là où son poing s'était abattu. Puis il s'empara d'une nouvelle chaise, qu'il fit tournoyer avant de la faire voler en éclat contre la pierre de la cheminée. Les épaules de Godfroy se levaient et s'affaissaient, à mesure que la respiration bruyante du marquis se calmait. Ses mains se joignirent pour recouvrir son visage, avant de se perdre dans ses cheveux sombres aux premières teintes immaculées, lâchés sur sa nuque. Toujours dos à son épouse, entouré des débris et des frasques de sa colère, Godfroy lâcha simplement :

« Il faudra faire remplacer les chaises. »

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MessageSujet: Re: Le Diable est dans les Détails, I   Dim 27 Mar 2016 - 1:02


Judith avait prononcé ses derniers mots plus pour se rassérener elle-même qu'autre chose.... Mais le mal était fait, tant pour elle que pour Godfroy. Même le regard inquiet d'Eléonore ne suffit à attendrir Judith, qui soudainement, était devenue autrement plus distante. Le bon sens n'était plus de mise, et elle bénit silencieusement Godfroy d'avoir eu la sagesse de faire sortir Louis et Eléonore, laissant-là la dignité de leur parents immaculée. Ou presque. Car là était le moindre défaut de la famille, ce secret de polichinelle que tout le monde connaissait mais que personne n'osait mentionner en public.

Les Saint-Aimé souffraient terriblement. Et cela se voyait à chaque halètement fou de l'homme en face d'elle, à chaque saccade de sa respiration, et à chacune des larmes qui tombaient sur l'argenterie. Elle n'allait pas le retenir, et sûrement pas le contredire. Jean était sujet du Royaume de Tyra, et ils ne le verront plus jamais. Restait donc les vivants. Elle essuya son visage avec une serviette traînant sur la table, et seul un bref reniflement révéla un instant son état.

Une main se posa sur l'épaule de l'ours au visage caché par ses immenses pattes, mais à la détresse évidente. « Fini est le temps de cette anarchie où les fous régnaient en maîtres. Sainte-Berthilde est nôtre. Et bientôt, eux aussi.  » ses doigts de fée remontèrent doucement l'épaule jusqu'aux immenses mains de Godfroy. Son autre main la rejoignit, et doucement, elle entreprit de faire tomber le masque du mastodonte au cœur d'argile. Joignant ses mains aux siennes, elle les laissa tomber, s'approchant de son visage barbu.

Rouges de haine et d'une rage contenue depuis bien trop longtemps, les pommettes du futur marquis étaient striées des rides d'un homme qui avait affronté toutes les peines de la vie. Mais ce qui émut véritablement Judith étaient les deux mélancoliques lacs bleus stagnant dans ses yeux. L'ultime peine. Les yeux d'un homme qui avait enterré son propre fils. Le tonnerre gronda. Judith s'était instinctivement calquée à son rythme de respiration, et n'était plus qu'à quelques centimètres de lui. Et doucement, elle se leva sur la pointe des pieds, et ses lèvres se posèrent sur les siennes. Elles avaient le goût des framboises du dessert, qui n'étaient pas sans rappeler un vague épisode son enfance où les deux étaient assis, se partageant un panier des mêmes fruits. Soutenant l'effort, ses bras enlacèrent le coup de son mari.

Une langoureuse éternité plus tard, Judith fit un pas en arrière. "Peut-être devrions-nous remonter, susurra-t-elle avec un sourire entendu. Il se fait tard, n'est-ce pas?"

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MessageSujet: Re: Le Diable est dans les Détails, I   Dim 27 Mar 2016 - 12:37

L'épaule du marquis manqua de tressaillir au contact de la main de son épouse. Elle était l'une des rares personnes à oser s'approcher de Godfroy lorsqu'il était en colère, et la seule à se permettre de le toucher. Le visage du colosse se tourna vers sa frêle épouse, si fine et pourtant si forte, assez pour venir déposer ses lèvres sur les siennes. Immuable dans sa posture, Godfroy ne se mouva pas, se détournant de la chaleureuse étreinte de son épouse, droite et fière.

« Peut-être devrions-nous remonter, il se fait tard, n'est-ce pas ? » Haussant les épaules, Godfroy répondit : « Pas tant que cela. » Alors il vit le sourire de son épouse, s'empressant d'ajouter, surpris, les yeux grands ouverts : « Oh. Et bien...Soit. »

Son regard parcourut la salle. Des débris boisés s'étaient répandus partout sur la pierre. L'oeuvre était chaotique, mais la colère de Godfroy était réputée de celles qui se voyaient et s'entendaient, de telle manière qu'on savait s'il fallait l'éviter. Les bras toujours sanglés autour du cou de taureau du marquis, Judith croisa le regard de son mari. Un éclair de malice, d'une si intime complicité, brilla dans leurs yeux. D'une main, courbant les genoux, il embarqua son épouse sur son épaule, et traversa le reste de la salle avec Judith sur l'épaule, comme on transportait un paquet. Ils traversèrent ainsi les couloirs du château, parvenant jusqu'aux quartiers de Godfroy. Enfonçant la porte d'un chassé, il eut tôt fait de presque jeter son épouse sur le lit matrimonial.

Refermant la porte d'un vaste geste de la main, la claquant par la même occasion, le marquis gardait ses mirettes anthracites sur son épouse tandis que ses bottes salles fusaient à travers la chambre. Tentant tant bien que mal d'ôter son haut, le marquis déchira à moitié sa chemisette, dévoilant sa fourrure, qui n'avait rien à envier aux ours du Nord. Les quelques verres de vin et de bière n'aidèrent pas à sa gymnastique mythique. De nature impatiente, le marquis s'était alors empressé de sauter sur le lit, commençant déjà à défaire le corset de Judith, tout en marquant son emprise sur ses lèvres, à tel point que leurs dents se touchèrent au début des préliminaires.


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MessageSujet: Re: Le Diable est dans les Détails, I   Lun 28 Mar 2016 - 3:04


L'orage avait cessé, mais la pluie continuait de battre son plein. Depuis une ouverture, une goutte parvint à se frayer un chemin sur un des seins nus de Judith. Libérée de son corset et de toute réserve, sa respiration se changea en soupirs, et ses soupirs, en gémissements. Rares étaient les moments où elle jetait toute la dignité dont elle se drapait, se lovant avec fureur autour de son mari. Se jetant corps, âme, et surtout corps, dans cet ébat, c'était toute l'excitation autour des futurs évènements, et la rage autour de ceux déjà passés qui fournirent une telle énergie au couple bientôt marquisal.

Puis alors vint le retour à la normale. Son regard regagna en vivacité, et son esprit en clarté. Un bras autour du corps massif de Godfroy, elle s'interrogea sur sa conscience, elle qui ne supportait de voir son mari droit dans les yeux durant ses périodes d'intenses fureurs,  qui dédaignait ce coït sauvage qui ne siait guère qu'à des nuits de noces dépravées. Mais Judith chassa vite ses questions de son esprit. Peut-être avait-elle peur d'y découvrir la vérité.

Enveloppée d'un léger drap, soupçon de fausse pudeur qui revenait à la charge, elle marcha autour du lit.

« J'ai complètement oublié de vous le montrer,
déclara-t-elle. Le cadeau des prêtres d'Othar. »

Le paquet était trop lourd pour être porté d'une main, aussi fit-elle un étrange manège consistant à faire tenir le drap avec son coude tout en portant la boîte. Amusant, remarqua une voix en son for intérieur, de voir une femme si attachée à dissimuler sa nudité après l'acte d'amour. Elle ouvrit alors le cadeau : des figurines en bois clair et sombre et une table de jeu. Elle avait déjà vu des prêtres jouer de ce jeu, et se rappelait des symboles qu'il représentait.

« Ceci,
expliqua-t-elle en plaçant les pièces sur l'échiquier, sont deux armées qui combattent. Seul un des rois (elle désigna les deux plus grosses pièces du jeu) survivra à cette bataille ; En aucun cas il doit être fait prisonnier. Lorsque le roi adverse tombe, la victoire est à vous. Les prêtres d'Othar aiment ce jeu, car ils disent qu'Othar lui-même est descendu l'enseigner aux humains.»
Elle continua à placer les pièces, jusqu'à ce qu'elles forment deux blocs de couleur unies, sombre et blanche.

« Chaque pion symbolise un homme. Un gentilhomme, un vassal, un soldat. Chacun s'emploiera à protéger son maître et vous détruire. Utilisez donc les vôtres à bon escient... Et peut-être réussirez-vous à me battre,»
ajouta-t-elle d'un air convenu.
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Le Diable est dans les Détails, I   Lun 28 Mar 2016 - 12:19

En un râle mêlant satisfaction et morosité, le marquis se retira, s'allongeant sur son lit, rivant ses yeux sur le plafond. Expirant par de brefs soupirs saccadés, Godfroy se perdit dans ses pensées, l'ombre sur le plafond exerçant soudainement une profonde attirance pour lui. Les rayons de la lune, se projetant à travers les vitraux, ondulaient péniblement sous la pluie estivale. Regardant son épouse se lever et contourner le lit, il ne pouvait s'empêcher de poser son regard sur elle, finement recouverte d'un linceul. Celui-ci était assez opaque pour qu'on ne puisse pas voir à travers, mais assez fin pour voir les contours de la chair - et présentement, malgré l'ébat passé, ceux-ci exerçaient toujours un certain magnétisme, pour ne pas parler d'appétit, sur Godfroy.

Elle lui présentait un jeu, qu'elle sortit d'un coffret, l'amenant sur le lit. Mais il n'en avait cure. Il n'avait d'yeux que pour les jambes fines de son épouse, à demi repliées sur elles-mêmes, à ses mains fines et moites, trahissant la sueur entre ses doigts, et l'intensité de l'ébat. Tenant son linceul, tendu afin que rien ne filtre, le tissu se lovait autour du sein droit de Judith. Il la regardait comme un bien acquis, dont il pouvait jouir à disposition. Avait-il réellement tort ? Le marquis n'était pas vraiment homme à se priver de ce qu'il appréciait, et il savait son épouse assez belle, et assez bien formée, pour que nombre d'hommes qui la regardaient se surprenaient à l'imaginer dévêtue. Regardant son épouse, trahissant malgré elle une profonde féminité qui ne saurait laisser Godfroy indifférent, il prit la parole :

« N'êtes-vous donc pas comblée ? »

Prenant la main de Judith - celle qui ne tenait pas le drap - il posa ses yeux sur le jeu, expirant par ses narines. De sa main libre, il prit l'une des pièces, la faisant tourner, regardant les finitions. D'un œil dédaigneux, il la reposa.

« Est-ce là ce à quoi les servants d'Othar sont bons ? Jouer à la guerre avec des morceaux de bois ? Ce jeu est stupide. Tout comme ces prêtres. » Il se tut, puis remarqua le visage déçu de son épouse. « Nous ferons une partie demain, si vous le voulez. » Lâchant la main de son épouse, Godfroy se retourna dans le lit, et sans prendre même la peine de se vêtir d'un sous-vêtement, entreprit de s'endormir.
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