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 Larghetto diplomatique

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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Larghetto diplomatique   Mar 22 Mar 2016 - 19:37



Larghetto diplomatique




Huitième énnéade de Verimios

Niklaus avait quitté avec regret le Garnaad et sa chère Apreplaine. Les urgences étaient nombreuses dans ce coin de la Péninsule et son cœur lui dictait de rester avec ses aides pour pouvoir piloter les travaux menés. Mais les personnes étaient mobilisées et le baron était fier de ses assesseurs pour le travail important qu’ils abattaient.  Les réfugiés en provenance de la capitale étaient nombreux, très nombreux d’après les dernières nouvelles. Heureusement que les terres royales avaient été bien gérées et n’avaient soufferts qu’à la marge de la guerre civile, surtout au sud. La capitale, symbole déchu et saignant à blanc, déversait ses hommes sur les campagnes. A un rythme maintenant moins soutenu, ce qui démontrait que le pic avait été passé. Certaines personnes s’accommodaient également certainement des us des nouveaux maitres de la capitale.

S’il avait toute confiance envers ses gens pour gérer le problème, et s’il avait donné des ordres clairs à ce sujet, il avait à présent le devoir de consacrer du temps à la ligue. La raison avait ses raisons que le cœur ne pouvait toujours renverser. La remontée vers le nord s’était faite dans un premier temps via l’Erac, en compagnie de M. du Lyron, de telle manière que ces deux derniers avaient eu le temps de longuement discuter. Il existait toujours un grand respect entre les deux hommes, et si le pouvoir lui était visiblement monté un temps à la tête. Comme à beaucoup dans cette péninsule, M. du Lyron avait retrouvé sa sérénité, et son envie de trouver des solutions pragmatiques pour son domaine. Les nobles qu’ils avaient rencontré en Erac pendant leur passage s’étaient montré assez enthousiastes, tout comme lors de la Diète. Le chaos auquel avait cédé la péninsule avec la chute de la Couronne avait laissé un abysse malvenu. En attendant de voir comment les choses allaient évoluer, chacun était heureux de trouver une solution palliative efficace et permettant de gérer cette absence sans poser la Couronne sur une tête immédiatement, ce qui aurait été le signe d’un nouvel épisode de violence.

Le passage en Erac avait été enrichissant pour Niklaus, et il en était ressorti d’une humeur moins morose qu’il n’y était entré. En rencontrant ces nombreux nobles, en discutant avec eux et en entendant des encouragements, il avait retrouvé un peu de foi dans sa quête, parfois bien tortueuse, d’arriver à une paix. Jamais deux sans trois disait-on. Et après deux rassemblement avortés, voilà qu’on en arrivait enfin à un rassemblement qui semblait satisfaire le plus grand nombre. Tout du moins dans les trois domaines concernés.

Malgré cet engouement en interne, la Ligue semblait être modérément froidement accueillie à l’extérieur. Naturellement c’était à s’attendre. Ils avaient été les premiers à déclarer les réalités telles qu’elles étaient, et naturellement cela avait entrainé tout un mouvement à la suite. Le pouvoir était ainsi fait qu’il était comme la nature et qu’une action entrainait une réaction. Surtout quand l’action était rapide et claire.

Naturellement il ne s’était pas attendu à recevoir des fleurs de la part du reste de la Péninsule, et naturellement il savait que leur projet allait être utilisé de manière à tenter de les déstabiliser. Dans un monde en plein chaos, il était de l’intérêt commun de tous ceux qui n’étaient pas encore organisés de s’en prendre à ceux qui l’étaient. L’abyme appelait l’abyme. Il n’avait donc pas été surpris de voir les réactions. Heureusement qu’il avait eu le temps de se faire connaitre avant la création de la Ligue, car malgré tout, il voyait bien que beaucoup dans la Péninsule étaient confiant sur les intentions de Niklaus.

Il avait réussi à rassembler les nobles des terres royales comme personne ne l’avait fait avant lui autour d’un compromis qui était respectueux de leur statut et ne modifiait pas en profondeur les coutumes légales des territoires. Il était également respectueux du travail en profondeur qu’avaient mené ces personnes pour soutenir et sauvegarder ces domaines. L’arrivé à Sainte Berthilde s’était faite sans traquas et sans fanfare. Il avait fait la demande au préalable d’un sauf conduit, qu’il avait reçu à Erac.

Il était amusé de constater que beaucoup pensaient que la Ligue cherchait à reprendre Diantra. La capitale n’était pas son soucis. Si les gens ne l’avait pas encore compris, Niklaus n’était pas attaché à d’anciens symboles, il cherchait des solutions concrètes à des problèmes concrets. La ligue était un outil, qui tiendrait le temps qu’elle tiendrait. Niklaus avait horreur du chaos, c’était un administrateur dans l’âme. Les terres royales étaient un prix très intéressant pour beaucoup. Outre leur importante densité de population, elles étaient pacifiques et une réserve importante pour l’économie de la Péninsule. Leur richesse relative devait à présent servir le but de se remettre de cette guerre civile et d’accueillir la population harassée d’une capitale sur le déclin. Niklaus avait bien cerné les aspirations des nobles de ces terres, car il les partageait. On attendrait de voir qui s’en montrerai réellement digne.

Il était un homme calme et discret. Parlant avec force de retenue. En ce point, et des informations qu’il en avait collectées, il était peu semblable au nouveau maitre des lieux de Sainte Berthilde. Il se méfiait des ragots et des informations que l’on pouvait lui fournir. Surtout lorsqu’il s’agissait de personnes. Il se réservait le soin d’émettre un jugement après avoir rencontré les hommes. La situation agricole pour la Ligue était rendue un peu plus complexe par l’arrêt des exports vers le sud par Sainte Berthilde.

Il était arrivé à Sainte Berthilde une demi-douzaine de personne, il voyageait rarement à plus. Toujours à cheval, en dormant en campement. Il n’avait pas peur de cette vie spartiate, qui correspondait à son enfance et à son amour sincère pour les choses simples et efficace. Il appréciait l’élégance des choses bien faites et le seul luxe qu’il aimait n’en était pas un de fastes et de luxure.

Il se présenta à la garde selon ces simples mots :



«  - Niklaus d’Altenberg, pour le maitre des lieux. »


Dernière édition par Niklaus d'Altenberg le Mar 22 Mar 2016 - 21:12, édité 1 fois
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Larghetto diplomatique   Mar 22 Mar 2016 - 21:08

La brise d'été s'apparentait, sous bien des points, à la caresse d'une femme. Inattendue, mais pas moins désagréable, elle détendait chaque parcelle de la peau de ceux qu'elle caressait, ondulant sur les bras, s'enroulant autour des jambes. Les plus fines, et les plus chances, allaient jusqu'aux nuques de ceux qui en avaient la peau découverte, et l’œil de l'aigle pouvait voir les tonsures s'hérisser et frissonner à ce contact soudain. Des rosaces ouvertes de Cantharel, la citadelle semblait être la cime d'un beau et ancestral chêne, aux feuilles vertes, et aux branches vigoureuses. La spacieuse salle du trône, faite de pierre immaculée, la même qui avait été utilisée pour les couloirs, était aérée par un fin filet d'air, venu du Nord Ouest, de l'Eris, et d'au-delà.

Aux portes de la dynamique capitale du marquisat, on somnolait. La ville bouillonnait d'énergie, et la bonne humeur des dirigeants semblaient déteindre sur la populace. Sainte Berthilde était, depuis peu, un exemple d'unité et de cohésion, depuis que le marquis s'était entendu avec ses vassaux à Arétria, une énnéade plus tôt. De Kelbourg puis d'Hardancour, ils avaient reçus les nouvelles : des cavaliers s'en venaient, à la bannière d'une baronnie du Médian. Les reîtres ne surent pas comment réagir à cela. En petit nombre, la troupe s'en venait vers la capitale ; force était de reconnaître leur courage. Les Berthildois ne portaient pas ceux du sud des Monts Corbeaux dans leur cœur, car personne n'aime ses voisins. Mais les derniers événements ne firent rien pour arranger des relations moyennes. Ainsi, lorsque la bannière fut en vue, on ne réagit pas. Les gardes demeurèrent perchés sur leurs hallebardes ou leurs lances, et leurs casques, à moitié tombant sur leur nez retroussé, trahissaient leur fatigue.

« Niklaus d’Altenberg, pour le maitre des lieux. »
« B'jour...Ouaip' ben...z'êtes pas l'seul à v'loir voir l'marquis. »
« C'bon Bébert, laisse passer, c'pour l'marquis, pas pour nous ! »
« C'va encore nous r'tomber d'ssus ça, p'tit Jacques, c'moi qui t'le dit... »

Les hallebardes se redressèrent, et les piques de fer, dressés sur la route pavée, furent écartés. Ces derniers servaient à bloquer l'entrée, sans refermer la herse, ni fermer les massives portes de bois devant elle. La cité s'ouvrait ainsi aux cavaliers, qui n'avaient qu'à suivre la Via Berthilda, qui menait tout droit à Cantharel en passant par le quartier des artisans. Quant à elle, la citadelle se dressait fièrement, faite de ses pierres blanches, et aux herses noires relevées. La grande cour était animée : on prenait soin des chevaux, quelques gardes s'entraînaient ou discutaient. Les hautes et nombreuses marches du porche, véritable ascension vers le cœur politique du marquisat, se tenaient là depuis des siècles. La porte s'ouvrit, et on annonça les visiteurs.

« Niklaus d'Altenberg, baron d'Aprelaine ! »

Louis, présent, à la droite de son père, regarda ce dernier d'un air amusé. Quant à lui, Godfroy se tenait sur son trône, jambe droite sur l'autre en équerre. Ymïr, le plus grand de ses angolas, était assis à gauche du marquis, tête tendue en quête d'amour. Le marquis gardait ses yeux sur Altenberg, et lorsque celui ci fut en bas des marches du trône, le colosse se leva. Lentement, claquant ses talons sur la roche et le tapis, marche par marche, pas par pas, le géant descendit jusqu'au pied des escaliers. Se penchant, forçant Altenberg à lever les yeux pour le voir. Le visage de Godfroy ne trahissait aucune émotion, ni joie, ni plaisir, ni colère, ni haine. Alors il dit simplement :

« Je vous salue. »
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Larghetto diplomatique   Lun 4 Avr 2016 - 23:30


Drôle et intéressante caractéristique que celle de ce royaume dont tous les domaines semblaient utiliser avec une facilité déconcertante un mélange de politique et d’armée. Le jeune homme, qui avait placé la bonne administration d’un domaine toujours bien au delà de ses attributs militaires était étonné. S’il n’était pas un naïf et n’avait jamais été un pacifique non plus, il n’était pas de ceux qui aimaient mélanger les centres du pouvoir militaire et du pouvoir politique. Il savait être une exception à ce sujet, mais il pensait être en avance sur son temps bien plus qu’une personne dénouée de sens pratique.

Il n’était pas un militaire dans l’âme, et il le savait bien. On ne pouvait pas prétendre être ce qu’on n’était pas. Il connaissait le métier des armes et savait se défendre, il était certainement un archer d’un très bon niveau, et il n’était pas dénué de courage ou de détermination, mais il n’était pas un soldat dans l’âme. Il était d’ailleurs convaincu que les soldats étaient pour la plupart de bien mauvais dirigeants. A trop aimer le métier des armes, on en oubliait souvent que la société civile était la base de la puissance d’un domaine. De cela il en était intimement convaincu.  

Il était venu sans bannière, sans attributs particuliers, et savait bien que les terres royales ne parlaient à personne, tant leur identité profonde était écrasée par la capitale. Il n’en voulait donc à personne de faire l’amalgame entre ce qu’il représentait et ce que représentait le sud plus largement, voire même le centre de la Péninsule. Le baron était calme et nullement inquiet du face à face que cela présageait. Il était heureux d’avoir enfin obtenu une paix méritée plus au sud, et heureux de voir que leur projet avait recueilli, au moins en interne, une telle adhésion.

Restait à présent de voir ce qu’il en serait en externe. Et de ce qu’il en avait lu dans ses nombreux échanges épistolaires, puisque lui tenait une correspondance assez large, cela ne présageait rien de bon. Mais Niklaus était un réaliste. En ayant été les premiers à appeler un chat un chat, et en ayant dans ses rangs les principaux détracteurs de l’ancienne régence, il allait de soit que la création de la Ligue n’aurait laissé personne indifférent. L'opinion du reste de la Péninsule n'était pas sa priorité, mais au moins souhaitait-il assurer la paix, ce qui était sa priorité la plus pressante. Le reste des intrigues ne les intéressaient plus vraiment. Il se laissa guider au travers de la forteresse. Et après le passage de nombreux détails architecturaux tous plus ou moins prévu pour faire sentir au visiteur son infériorité face à la maîtrise des lieux, ils arrivèrent dans la salle principale.

Sur des gens impressionnables et peu avertis de ce que l’architecture pouvait faire au service du pouvoir, cela devait certainement être très impressionnant… Pour Niklaus cela était assez amusant en comparaison de l’architecture purement pratique qui était la tradition chez lui. Que cela soit du point  de vue militaire ou politique, l’imagination avait peu de place et tout était fait pour être pratique et résoudre efficacement des problèmes quantifiables. Seul les bâtiments de vie laissait la place à l’imaginaire des artistes. Donc de voir tant de ressources dépensées dans la construction d’un escalier monumental devant le porche de la construction était assez amusant. Beaucoup d’ouvriers avaient du payer de leur santé une telle construction sans que l’intérêt ne soit bien visible.

Il gardait au plus profond de lui même ces considérations que beaucoup auraient certainement trouvés trop proche d’un peuple qui ne méritait pas l’attention des grands. Mais lui croyait en l’existence d’un invisible contrat social qui obligeait les nobles comme lui à limiter leurs moyens sur les plus faibles. Il voyait le plus grand honneur dans celui d’être un bon père de famille pour ses sujets. Il répugnait aux symbôles de la tyrannie. Y compris architecturale. Car certains attributs existaient jusque dans l’ordonnancement des pierres.

Il passa enfin la porte permettant d’accéder à une salle du trône. Peut-être le siège le plus important de la mise en scène du pouvoir. Et à ce sujet le maître des lieux avait fait fort. Au moins le baron fut flatté de constater qu’on l’attendait. Car une telle mise en scène ne pouvait être imaginée comme étant issue de la vie régulière du marquis et de son fils. Lui sur son trône en haut d’autres marches… Car apparemment on n’en avait pas monté suffisamment… Son fils à ses côtés et des molosses autour du grand homme. Il manquait un chien à trois têtes, un aigle aux ailes déployés ou un dragon gigantesque sculpté dans la roche du mur et le tableau aurait vraiment été complet. On était vraiment du simple,  petit, sobre et confortable bureau où Niklaus recevait ses propres invités. Nul ne pouvait prétendre qu’il existait un monde entre l’état de noblesse auquel Niklaus et ses ancêtres prétendait et celui du marquis de Sainte Berthilde. Ce n’était plus une différence style, c’était là une différence d’être.

Niklaus resta naturellement de marbre face à la mise en scène assez grossière du pouvoir qui se jouait devant ses yeux. Sous les yeux amusés - que le baron interpréta comme presque moqueurs- du fils et alors le grand homme se levait pour dégner descendre au niveau de Niklaus; ce dernier persevera dans l’expression neutre qui était chez lui presque naturelle. Habillé simplement, sans recherche dans ses expression et ses vêtements, il se contentait de connaître parfaitement ses manières et de rester digne. Il n’avait de toute manière que faire de l’opinion que l’on pouvait avoir de lui, et savait parfaitement que chacun devait le décrire comme un arriviste. Depuis quelques siècles que ses ancêtres fourmillait dans les arcanes cachées du pouvoir, cela était presque devenu une habitude, et le cuir des Altenberg était peut-être le plus tanné de toute la péninsule. Il avait l’habitude d’être plus neutre et plus poli que ceux qui se considéraient comme des supérieurs moraux. Et cela ne le dérangeait plus.

Il attendit avec patience et neutralité que le grand homme se décide à descendre les escaliers, marche par marche, claquement après claquement. Il le laissa donc continuer sa mise en scène avec la politesse et la patience d’un homme qui malgré son âge peu avancé et malgré sa position avait l’habitude des frasques et des mises en scène des puissants. Ce dernier avait opté visiblement pour une attitude aussi neutre que celle de Niklaus en la circonstance et se contenta de le saluer sobrement. La grossièreté du personnage alla jusqu’à se pencher au dessus de Niklaus. Il n’était pas particulièrement impressionné par la taille du personnage, pour la simple et bonne raison que Niklaus n’était pas un avorton lui-même, même tout le contraire. Mais lui faisait tout ce qu’il pouvait pour ne pas le faire ressentir à son entourage. On pouvait être une force tranquille… Il ne montra absolument rien de son ressenti assez mal débuté à l’encontre du personnage et se contenta de levers les yeux vers le personnage, puisque ce dernier n’avait pas eu la politesse de se placer à son niveau et décider de pousser aussi loin la frasque.

Niklaus, décida pour sa part de se conformer lui l’étiquette, et se courba juste ce qu’il fallait. Ajoutant un simple et neutre sourire tout en lançant un regard au fils goguenard, qui ne voulait également rien dire, fit un :


“ - Votre Excellence… Je vous remercie de votre accueil. ”
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Larghetto diplomatique   Mar 5 Avr 2016 - 7:40

Étendant le bras, le marquis invita son invité à le suivre. D’un pas lent, mains jointes au bas du dos, Godfroy guida le trio, composé du marquis, du convive, et de Louis, vers la salle du conseil, située derrière la salle du trône. D’un geste courtois, il invita Niklaus d’Altenberg à s’asseoir, mandant l’un des servants pour que du vin soit amené. Prenant lourdement place sur l’un des sièges, le marquis prit la parole.

« Votre venue tombe à point nommé, baron. Les derniers mois ont été…denses, si je peux dire. Je sais pourquoi vous êtes là. Vous voulez assurer la paix entre votre Ligue et les autres seigneurs. J’ai été fort attristé de voir que les seigneurs des domaines du Roy ont été les premiers à poser les principes de votre Ligue. Le maître de ce que vous appelez le duché du Garnaad ne devrait être personne d’autre que le Roy. » Le marquis servit deux verres de vin. « Enfin, c’est ainsi que les choses furent pendant plusieurs siècles.»

Sous bien des aspects, ce qui se déroulait là était irréel. Un baron viager, soumis aux territoires royaux, abattait ce contrôle, se faisait élire duc par ses pairs, et, soutenu par l’homme qui avait causé la chute de la couronne en ayant porté la guerre à la moitié du royaume, venait parler de paix. Aucune action des seigneurs au Sud des Monts Corbeaux n’avaient agi pour la paix depuis un mois. Mais les jours de conscience venaient, et avec eux, les conséquences des actes : isolés qu’ils étaient, sans grains du Nord, la famine menaçait de s’installer promptement avec l’arrivée, lente mais certaine, de l’hiver. Le problème économique n’était qu’une toile de fond du véritable problème, qui était de nature politique. S’arrogeant des droits qui n’étaient pas les leurs, deux seigneurs avaient créé des duchés, que seul un roi pouvait valider – ou invalider. Ainsi, la loi et la légitimité n’étaient guère en faveur de la Ligue – et le baron d’Altenberg, réputé fin administrateur, le savait pertinemment.

« Je vais vous rassurer sur un point, baron. Sainte Berthilde n’entreprendra pas d’actions armées contre la Ligue. La guerre est finie. Les soldats se sont affrontés, le sort a décidé d’un vainqueur sur le champ de bataille. Toutefois, cette victoire militaire a couvé une cinglante défaite politique. Sans quoi vous ne seriez pas face à moi. Nous avons à aborder plusieurs sujets, aussi ne perdons pas de temps. » Le marquis conforta son fessier sur son siège, puis reprit. « Je suis prêt à reprendre, peut-être, les exportations vers les territoires qui se trouvent au Sud de mes terres pour que votre peuple ne meure pas de faim, ou ne se révolte. »

Le marquis s’empara de sa coupe, et en vida le contenu avant de la remplir de nouveau. Se grattant légèrement la barbe, Godfroy reprit.

« Je vois cela comme un geste de bonne volonté. Je gage que vous ne la trouverez guère chez mes semblables plus au Nord d’ici. Il y a un autre sujet que j’aimerais aborder. Celui de l’avenir. Voyez-vous, le Royaume est actuellement divisé en trois sortes d’hommes. Ceux qui croient que Bohémond est vivant, et à Soltariel. Il faut être assoiffé de pouvoir, ou stupide, pour croire une telle chose, car mon petit-cousin est mort, son gisant se trouvant sous nos pieds, dans la crypte. Il y a ceux qui, comme vous, attendent le retour d’un roi reconnu. Et il y a ceux qui ne sont ni pour le premier, ni pour le second. »

« Je ne vais pas vous mentir, de toutes ces catégories, la troisième est la plus puissante et la plus nombreuse. Marquis, ducs, comtes et barons en grand nombre attendent. Et si vous vous demandez qu’est ce qu’ils attendent, je vous répondrais pas « quoi » mais « qui ». Ils attendent quelqu’un qui saura, sous bannière, réunifier les intérêts divergents de tous les seigneurs, sous une autorité royale restaurée et reconnue. Je suis en ce moment même, en correspondance avec tous ces seigneurs indécis, dont le duc de Langehack et le marquis de Serramire. Tous deux souhaitent le retour d’une figure forte, hormis le fait de voir leurs intérêts satisfaits dans ce cas. Aujourd’hui je vous avance que, bien assez tôt, j’aurais rallié suffisamment de soutiens pour pouvoir clamer être le héraut du plus grand nombre. Vous avez dit attendre un seigneur, hissé par la majorité, afin de le reconnaître. Cela ne plait à aucun des seigneurs cités précédemment, mais Nimmio de Velteroc, et vous, en faites parti. »

« En tant que tel, vous honoreriez le bon sens en rejoignant ce mouvement de reconstitution du royaume. Ce n’est qu’avec tous les seigneurs que la couronne sera restaurée, et que j’en serais le porteur. De plus, seule une autorité royale pourrait confirmer la création des territoires du Garnaad et du Médian, à laquelle vous avez procédé jusque-là en toute illégalité, et en toute illégitimité. Votre réputation d’administrateur fait de vous l’homme tout désigné pour endosser la charge de chancelier du royaume. Le choix est en définitive simple : montrer que vous souhaitez le retour d’un roi, et participer à l’apaisement du royaume, et à sa réunification sous mon égide. Ou montrer que vos désirs de paix sont aussi faux que votre ambition est démesurée, jetant ainsi les bases d’une nouvelle guerre, qui éclatera avant que deux années soient écoulées. »


Le ton du marquis était calme, serein, procédant à sa démonstration d’une seule traite, d’une seule voix. Ses dernières paroles, posant ainsi les bases du choix que son interlocuteur aurait à faire, étaient si empreintes de conviction qu’on ne pouvait y voir une menace. Godfroy n’était pas homme à voiler ses mises en garde et ses menaces, et si tel avait été son souhait, il aurait été bien plus direct, beaucoup plus précis, ne laissant aucune place au doute. Une main était tendue à ceux qui ne voyaient, actuellement, que les dos des seigneurs se détournant d’eux. Accepter leur donnerait une position au sein d’un royaume en cours de reconstruction. Refuser scellerait leur isolement, annonçant ainsi leur inévitable chute.
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: Larghetto diplomatique   Mar 5 Avr 2016 - 23:44


Le baron suivit donc avec calme et dignité le grand homme et son fils. Il remercia le servant pour le vin servi ainsi que le grand homme. Ce dernier avait fait un geste plus courtois que le début de leur rencontre pour l’inviter à s’asseoir. Il croisa les mains tout en écoutant l’homme parler. L’homme avait raison sur les motivations de la visite du baron. Il venait en paix et pour la paix.

Naturellement le discours commença par une pique sur le principe que les territoires royaux devaient être laissés à la Couronne. Niklaus n’y trouvait rien à redire. Il eut bien l’envie d’hausser les épaules, mais il se maîtrisa. L’incompréhension face à leurs décisions était normale. Il ne fallait ni brusquer ni être immodeste à ce sujet. Il ne cherchait pas à prétendre être ce qu’il n’était pas, et il ne cherchait pas le combat sur un sujet dont seul le point de vue comptait et où les discussions auraient pu être sans fin. En diplomatie, il fallait parfois savoir prendre sur soi et éviter les sujets dont on savait qu’on ne pouvait se mettre d’accord.

Il fit un sourire poli à l’annonce que Sainte Berthilde ne cherchait pas la guerre. C’était toujours bon à entendre. Mais il attendait de voir ce qui suivrait. Pour cause, il avait entendu ce discours de dizaines de fois depuis qu’il avait attrapé le taureau par les cornes et qu’il était sorti de son devoir de réserve pour prendre son destin en charge, et tenter de s’assurer de la fin de la guerre civile.

Le marquis avait raison sur l’état des forces militaires et sur la singulière victoire du Médian face à l’adversité. Qui avait également été le prélude à une résistance importante dans les terres royales. Par son inaction et sa neutralité, laissant ses collègues et particulièrement Vallancourt s’aligner sur l’Erac, le baron n’avait pas facilité les affaires d’une nouvelle couronne voulue par le Médian. Il avait tenu tête à Langehack et à Missède. Se contentant d’être passif dans l’échec programmé du premier round, il avait été bien plus actif aux allers et retours qui avaient suivis, évitant dans un premier temps le retour de la guerre en négociant un compromis entre Harold et les autres, puis en ayant tissé les prémices de la Ligue pour éviter que la couronne ne se retrouve sur la tête d’Harold. Au final pas de couronne mais une association. Un compromis tout à fait digne des objectifs qu’il s’était fixé et qui était devenu l’alternative raisonnable et acceptable pour tous au sein de la Ligue. Lui était fier de cette réussite politique qui était singulière. Il s’amusait donc intérieurement de voir que beaucoup pensaient encore que la Ligue était le signe d’un échec politique quand lui y voyait l’accomplissement de plusieurs énnéades d'un travail incessant pour construire dans la difficulté et sans aucun mandat autre que celui qu’il s’était donné à lui même une entité politique capable de palier à l’absence de plus en plus criante de la Couronne.

Le marquis ne s’arrêta pas là dans son analyse de la situation et fit un parallèle entre le soi-disant échec politique de la Ligue et la présence ce jour de Niklaus à Sainte Berthilde. Une drôle d’interprétation d’une mission de paix. Le baron se contenta de faire là aussi un sourire poli, conservant son regard neutre sur le père puis le fils, à qui il jetait par moment un regard, restant attentif au bonhomme malgré sa passivité apparente. Il n’aimait pas la tournure que prenait la discussion et le crescendo que le marquis amorçait.

Il observa avec calme et froideur le dandinement du marquis sur son siège tandis que ce dernier annonçait qu’il ne voulait ‘ne pas perdre de temps’. Cette attitude quelque peu suffisante passa par dessus le baron, qui ne cherchait pas à s’offusquer d’aussi peu. Malheureusement pour le baron, ce dandinement et l’idée que le marquis ne souhaitait pas perdre de temps après une si partiale introduction fut le prélude à une menace sans aucune pudeur que le marquis émit à l’encontre du baron. Libellant au conditionnel la reprise des exports, ce qui n’était pas étonnant, le grand homme assuma en trois mots que son action avait bien pour but de faire mourir de faim les peuples sous la protection de la Ligue ou de fomenter une révolte sur leurs terres.  Le baron baissa les yeux pour regarder ses mains dont il décroisa les doigts avec d’infinies précautions, préférant se concentrer sur cette tâche pour éviter de perdre son calme.

Iil ne s’inquiétait pas une seule seconde des menaces du marquis, les blocus étant embarrassants et nécessitants naturellement des mesures appropriés pour désamorcer les ruptures qu’ils provoquaient. Mais il n’était pas inquiet sur ce sujet. Il n’était pas non plus inquiet sur les menaces de révoltes que le marquis annonçait. S’il était certain que la décision de Sainte Berthilde engrangerait une pression supplémentaire sur les ouailles du baron et de ses acolytes, le marquis se trompait lourdement s’il pensait qu’ils étaient vus comme de simples fonctionnaires par la population locale. Il était dangereux de travailler par préjugés… Et le baron, qui ne disposait pas du même statut que le marquis, était reconnu et vu pour ses mérites, que ses cohabitants de l’Apreplaine connaissaient. Si le marquis pensait sérieusement que la population des terres royales favoriserait des affameurs extérieurs à ceux qui avaient passés leur vie à leur chevet, alors il méconnaissait grandement le flegme, le bon sens et l’intelligence du peuple rural, fier, pacifique et éduqué que représentait les terres royales.

Mais pire que les erreurs d’analyse du marquis était son ton presque naturel et son attitude presque joyeuse à l’idée de faire du mal au peuple pour qui Niklaus et ses ancêtres avaient été les gardiens et les intermédiaires diligents pour la Couronne. Pouvait-on être aussi cruel que de se trémousser confortablement juste avant d’émettre l’idée que l’on souhaitait la mort par famine et la révolte de centaine de milliers d’êtres humains ? Depuis qu’il était entré dans les affaires des grands de cette Péninsule, le baron allait de déconvenue en déconvenue et s’étonnait toujours de la candeur avec laquelle ces gens parlaient des sujets dont il ne respectait même plus la vie. Compter sur la mort par famine de la société civile pour gagner un combat qu’on avait perdu militairement était extraordinaire... Cruauté bien humaine certes… Mais extraordinaire. Et dire que l’aristocratie était sensée dans la définition même de son étymologie être le gouvernement des meilleurs... Le mérite était parti depuis longtemps au second plan, tout comme la théorie de l’échange des obligations et des services socle nécessaires de la féodalité. Mais Niklaus refusait de tomber dans l'invective et de traiter le marquis en ces termes. Il n'en pensait pas moins mais ne jouerait pas au jeu répandu de la crache d'insultes.

Tout en traçant ses pensées sans en laisser transparaître la moindre attitude, il continua d’écouter le grand homme. Il fit un sourire poli à l’homme se resservant un verre avant de se gratter la barbe et qui se sentait obligé de lui annoncer que son utilisation du conditionnel au lieu de l’indicatif était un signe de bonne volonté dans sa dernière phrasde. Au moins était-il un optimiste… Il chassa cette pensée de son esprit. Il n’aimait pas beaucoup être ironique. Vint le monologue de résistance et qui présenta avec force de conviction un tableau assez extraordinaire pour laisser le baron réellement sans voix. Il ne comptait pas de toute manière interrompre le grand homme, mais là il était tout de même assez étonné. Il s’autorisa à lever un sourcil.

Plusieurs informations étaient bonnes à prendre. Apparemment le Sud pullulait de menteurs avides de pouvoir ou d’idiots. Heureusement que cette maladie n’avait pas atteint le nord où personne ne cherchait à placer une couronne sur sa tête… A l’exception naturellement de l’homme émettant cette critique et qui faisait face à Niklaus, car ces premières phrases ne pouvait signifier qu’une seule chose: il annonçait à Niklaus prétendre au trône lui aussi. Puis vint un discours rapide sur l’attente d’un homme providentiel. Naturellement on en revint aux échanges qu’il avait eu avec le nord, et en particulier les lettres ouvertes qu’il avait eu avec les maîtres d’Alonna. Il avait déformé avec une intéressante subjectivité ses propos, remplaçant 'grandement majoritaire' par simplement majoritaire, et oubliant qu’il citait toute la péninsule et non le nord. Car il ne pouvait croire que le marquis ait trouvé des soutiens au sud. Apparemment il avait pour lui le plus grand nombre. Une analyse que Niklaus ne remettait pas nécessairement en cause mais dont il attendait de voir la véracité. Le plus grand nombre de nordiques certainement… Quant au Langehack, le baron n’était plus né de la dernière pluie. Le duc avait trop de fois joué de sa patience, de sa crédulité et de sa bonne volonté pour qu’il ne se méfie pas de lui. Il ne savait plus quel jeu cet homme jouait. A cela s’ajoutait le sort que ce dernier réservait à la population de Diantra, dont la répression sanguinaire avait laissé une marque indélébile dans l’âme de Niklaus.

Arriva après toutes ces paroles arrivèrent les maigres carottes que l’homme souhaitait tendre à Niklaus et à l’association qu’il représentait en échange de son soutien. Principalement un pardon, et une légitimité. A cela s’ajoutait le titre de chancelier pour Niklaus. Décidément on aimait bien lui promettre des chancelleries et des titres royaux. Le duc du Langehack l’avait fait, Harold d’Erac l’avait fait dans sa période de folie, et maintenant le marquis de Sainte Berthilde. Les mêmes lui avait promis le titre de duc. Ou d’atroces souffrances -la guerre même - s’il refusait. Pour le moment le marquis n’en était pas arrivé là.

Il était vraiment très étonnant de constater à quel point chaque homme de pouvoir qu’il rencontrait le prenait vraiment pour le premier des arrivistes, prêt à vendre père et mère pour un titre de chancelier et l’adjectif de ‘royal’ accolé. Tout comme les gens pensaient -voire l’accusaient clairement- d’utiliser la création du Garnaad pour prendre à son compte des titres qui ne lui revenaient pas et s’enrichir sur le dos de la Couronne (inexistante). Il se fichait totalement de ce que les personnes pensaient, mais il était incroyable de constater à quel point les gens réfléchissait peu aux motivations des autres pour tenter de leur offrir ce qu’il recherchait et les prendre sous de bons auspices. Un observateur plus attentif aurait noté que Niklaus n’avait rattaché à sa famille ou à son nom propre ni les titres de duc ni même le titre de baron. Il aurait sûrement remarqué qu’il avait prit des dispositions pour que les comptes des anciennes terres royales soient séparés des comptes de leurs suzerains provisoires. Il aurait certainement remarqué qu’il n’avait pas attaché la propriété éminentes des terres à des personnes. Il aurait également remarqué qu’il n’avait pas besoin de devenir le propriétaire éminent de ces lieux pour s’enrichir, sa fortune lui suffisant largement.

Pour bien finir, le marquis finit par parler de guerre... Cela aurait été dommage de s’en priver... Le baron se fit violence pour éviter à nouveau d’être trop ironique. Visiblement le marquis s’était donné beaucoup de mal pour faire en sorte que cette dernière sortie ne paraisse pas être une menace, mais le baron avait extrêmement de mal à voir en quoi cela n’était pas une menace ouverte.

Un silence plana sur l’assemblée. Le baron plissa légèrement les lèvres tout en décroisant à nouveau avec beaucoup de lenteur ses mains. Une minute passa certainement. La tirade du marquis, qui avait commencé par un vœux de paix, avait fini sur une menace sans grande finesse d’une guerre. Le baron souhaitait par son silence laisser cette dernière phrase bien imprégner l’atmosphère, histoire de voir si elle était si innocente que cela…

Finalement il prit la parole.


“ - Ma foi Votre Excellence, il faut être deux pour faire la guerre et puisque vous me dites que votre seul but est la paix, je suis heureux de constater que cette perspective est hors de portée puisque que c’est également notre but. Aucun risque donc que nous ne nous lancions dans des hypothèses belliqueuse que nous savons maintenant ne pouvoir arriver. A moins qu’un ennemi extérieur ne nous attaque, mais gageons que les épreuves ne se succèdent pas aussi vite et que les nains, les elfes ou l'estrevent ne planifient pas une attaque sur la Péninsule…”

Il fit un sourire à cette dernière phrase.

“ - Je félicite naturellement Votre Excellence pour la grande activité diplomatique dont elle a fait preuve, et si effectivement vous disposez comme vous l’annoncez du soutien de tous les nobles de la Péninsule excepté de la Ligue, alors il faudra en discuter plus avant. Nos paroles sont sincères et si effectivement vous avez collecté la quasi unanimité des suffrages des nobles de la péninsule à notre insu, alors nous vous suivront certainement. C’est là naturellement notre engagement écrit dans les réponses que j’ai formulées à MM. du Lys et de Broissieux, auxquelles vous faites certainement référence. Je ne sais ce que l’on raconte sur mon compte dans le nord. Beaucoup de choses négatives je suppose. Je n’ai jamais réussi à avoir une réputation à la hauteur de mes intentions. C’est là une bien triste situation. Mais croyez bien que nous sommes sincères dans notre vœu de paix. Vous me dites que la Péninsule est divisée en trois… Elle l’est effectivement. L’indécision est grande dans la Péninsule, et si j’ai un immense respect pour Votre Excellence et les personnes qui la soutiennent, j’ai également un immense respect pour les nobles du Sud de la Péninsule. Je ne peux croire que ces derniers ne soient qu’un ramassis de menteurs ou d’idiots. D’ailleurs si ces derniers venaient à dire la même chose des nordiques, ce qui n’est pas impossible, je serai naturellement tout aussi sceptique. Concernant Langehack, si vous avez lu mes écrits pour MM. du Lys et de Broissieux, alors vous savez ce que je pense de la situation à Diantra et vous devez vous douter de l’opinion que j’ai de ses occupants. ”

Il recroisa les mains.

“ - Je comprends votre position quand à notre illégitimité. Si Votre Excellence prétend effectivement reprendre la Couronne en son nom, vous ne pouvez naturellement imaginer entériner cet état de fait. C’est dommage naturellement, mais pas d’une grande importance. Car rassurez-vous je ne vous demande pas votre approbation, ni pour la Ligue, ni pour le Garnaad. Je regrette d’avoir eu à prendre ces décisions, mais je les assume. Je pense avoir fait ce qui devait être fait pour éviter la reprise de la guerre civile ou une dégradation rapide des conditions politiques dans mes domaines qui m’aurait certainement forcé à prendre des mesures encore plus drastiques, de pure logique géographique, et qui auraient forcément provoquées un séisme politique plus grand encore. Le jour viendra où je devrait répondre de mes actes. Devant vous, un ou une autre, ou pour mon dernier jugement, nul ne le sait. J’affronterai cette épreuve avec dignité et avec mes convictions pour moi. Pour vous dire les choses avec franchise je pense que peu de personnes peuvent réellement se mettre à ma place et constater la situation dans laquelle nous étions. J’ai fait ce que je devais faire. Je ne m’excuserai pas pour cela. J’en paierai peut-être le prix. Mais je ne m’en excuserai pas. En attendant, notre position est que nous disposons de la légitimité de nos moyens en raison de la disparition de la Couronne. La Ligue est une association dont la reconnaissance officielle m’importe peu. Sa réalité politique est tangible, et j’en suis l’expression physique devant Votre Excellence puisque je parle en son nom et que vos propositions sont pour nous tous et non pour moi seul.”

Il fit une petite pause.

“ - Je remercie naturellement Votre Excellence pour la confiance dont elle m’honore en me proposant une place dans son futur gouvernement. Comme je l’ai dit par le passé à d’autres, qui m’ont fait la même offre et je vous le répète à vous également, j’espère de notre futur roi qu’il ne donnera pas les offices de la Couronne pour s’arranger les grâces de personnes mais pour le mérite qu’ils auraient à cette place. Mais naturellement je suis convaincu que vous m’avez fait cette proposition non comme une récompense pour mon soutien mais parce que mes qualités sont arrivés à vos oreilles. Certainement il serait utile d’y placer une période d’essai, car je risque de ne pas convenir à Votre Excellence. Outre ses qualités administratives, l’on doit faire confiance à son chancelier. Et je ne pense pas pouvoir prétendre à la confiance de Votre Excellence. La confiance se nourrit du temps et nous venons seulement de faire connaissance…”

Il fit un sourire d’excuse. Neutre mais agréable.

“ - Nous ne soutenons ni Votre Excellence ni le Soltaar pour la Couronne. L’équilibre précaire de la Péninsule ne peut être remis en cause. Et tout comme Votre Excellence me promet une guerre si nous ne vous suivons pas, je pense pouvoir promettre une guerre à Votre Excellence si nous la suivons. Le Soltaar ne restera pas les bras croisés si nous nous alignons sur Votre Excellence. Tout  comme Votre Excellence ne resterait pas de marbre si le Soltaar venait à prendre le dessus sur la Ligue. J’ai réussi à tenir la guerre éloignée du Garnaad depuis le début de cette triste période. Je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin. Car n’en déplaise aux à Votre Excellence, c’est bien la paix que je recherche. Et je crains qu’en donnant une réponse positive à Votre Excellence ici et aujourd’hui, je ne condamne mes frontières sud à se faire enfoncer par le Soltaar dans l’énnéade qui suivrait. Leurs troupes sont à Diantra après tout...”

Toujours droit et calme dans sa chaise, presque immobile, il poursuivit.

“ - Il me paraîtrait utile que nous mettions par écrit notre souhait de paix commun.  Le texte peut-être très court. Il s’agit finalement de rappeler par écrit les promesses que nous nous faisons par oral. Peut-être serait-ce là une garantie supplémentaire pour Votre Excellence de notre volonté de paix commune. En tout cas cela le sera pour nous. Et c’était, outre ce premier contact que nous venons initier, la seule chose que je venais chercher auprès de Votre Excellence ce jour. Naturellement je retiens avec intérêt les informations que vous m’avez fait parvenir, et nous resterons attentifs à l’évolution de votre candidature pour la Couronne. Comme je viens de vous le dire, la Ligue ne prétend pas empêcher des prétendants à la Couronne d’émerger, mais elle n’en soutiendra pas non plus tant que ces derniers ne représentent pas une amorce sérieuse de consensus au niveau de la Péninsule entière. Nous voulons la paix. Pas d’une course à la Couronne menant à la guerre. ”

Il finit sur ces simples mots :

“ - J’en ai terminé. Mais peut-être Votre Excellence avait-elle des sujets qu’elle souhaitait voir aborder aujourd’hui ?”
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Godfroy de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Larghetto diplomatique   Mer 6 Avr 2016 - 6:13

C'est avec une politesse et une patience rare que le marquis écouta son interlocuteur. Alors Altenberg était le genre d'homme qui, après avoir effondré le château de sable d'un enfant, et après lui avoir volé ses sucreries, clamait vouloir la paix lorsque les grands frères arrivaient. D'une prudence, si proche d'une certaine lâcheté - à tel point qu'on croirait en leur consanguinité, il déclinait, sans refuser, et acceptait, sans dire oui, attendant de voir le rapport des forces pour se décider.

« La création du Garnaad et du Médian sont deux choses intéressantes, baron d'Altenberg. Mais il m'apparaît malavisé de dire que l'avis des seigneurs, et de celui qui sera roi, est sans importance. Si vous voulez le penser, faites donc. Si vous voulez penser également que, dans la position où vous vous trouvez, vous êtes légitimes, faites-le aussi. Cela ne changera rien au fait que vous aurez toujours besoin d'un roi pour entériner cette création. »

Godfroy ne releva pas l'allusion à la Ligue. Intérieurement, le marquis pensa que le baron ne manquait pas de culot pour affirmer qu'il venait en représentant leur Ligue. Altenberg n'avait-il donc aucune conscience de la réalité du Nord ? D'autres, plus sanguins et moins raisonnés, l'auraient déjà raccourci au niveau de la nuque, pour n'avoir qu'assuré être légitime en spoliant les terres du roy.

« La confiance, monsieur, est étrangère entre tous ceux qui portent un titre dans ce royaume. Si je devais m'entourer de gens en qui j'ai confiance, je serais seul. Je préfère donc m'entourer de gens qui, se côtoyant, représenteront l'unité du royaume dans la durée. »

Le marquis fronça alors les sourcils avant de reprendre. « Vous promettre une guerre ? Ce que je vous promets n'est pas une guerre que nous lancerions si vous restez isolés. Quand j'ai dis que je ne veux pas de guerre, je le crois vraiment. Mais je ne me porte pas garant des autres seigneurs. Même si les grands seigneurs demeurent en paix, même en rejetant la Ligue, croire en l'idée d'une paix stable et durable entre les trois ensembles n'est qu'une utopie. Au Nord d'ici se trouve une multitude de nobles qui ont très mal ressenti la création nouvelle de votre Ligue, et les actions de vos semblables, alors qu'ils étaient occupés à tenir les Drows en respect. Aller leur affirmer que vous ne souhaitez que la paix, quand vos créations s'appuient sur la guerre, est un manque de respect vis à vis d'eux. Et lorsqu'ils choisiront - si vous ne me rejoignez pas dans ma cause - de faire payer l'affront, il n'y aura pas de Drows pour empêcher la marche de quatre vingts milles hommes sur vos terres. »

Le marquis exposait une vérité : Altenberg croyait-il vraiment que les seigneurs du Nord accepteraient leur Ligue à long terme ? Godfroy ne donnait pas plus de deux ans à ce que le moindre incident donne au plus belliqueux d'entre eux un cassus belli de guerre, et ses voisins, fiers et attendant la moindre occasion, se rueraient sur ladite occasion pour prendre les armes et faire payer au Médian son arrogance. En pensant proposer la paix, Altenberg soufflait sur les braises chaudes d'un conflit qu'il avait lui-même initié avec le comte de Velteroc.

« Je vous ai fais ici ma proposition. Et comme vous le soulignez, je ne distribuerais pas les commissions et les faveurs à ceux qui me rejoignent. Mais je ne saurais vous proposer de meilleurs termes qu'aujourd'hui. Aussi, je vous suggère de vous hâter pour porter ma proposition aux vôtres, car lorsque j'aurais rallié à moi les nobles restants, je ne serais plus en mesure de vous proposer la reconnaissance de vos terres, ni de meilleurs termes. Votre reconnaissance serait la seule garantie écrite de paix dont nous pourrions tirer profit. Quant à une course pour la couronne, je dirais qu'il est paradoxal pour vous, de vous désolidariser d'une course à la couronne qui entraînerait une guerre, lorsque votre meilleur allié n'a œuvré que dans ce seul but, et que tout ce qui a suivi est de son fait. »

Le marquis ne signerait aucun papier garantissant la paix. Si les seigneurs du Médian le reconnaissaient, ils n'avaient guère besoin d'un accord.

« Concernant les exportations de blé, je les reprendrais lorsque les chevaliers de Sainte Berthilde, retenus prisonniers par la Ligue, seront libérés, ainsi que Philinte d'Odélian, frère de Gaston, marquis d'Odélian. » Le baron d'Altenberg croyait-il donc que les demandes de paix faisaient oublier les prisonniers et les otages ? Le marquis n'était aucunement tenu par des impératifs. Contrairement au baron qui, lui, affirmait vouloir la paix, mais jusque là, ne se contentait de la proposer à défaut de l'encourager par des actes concrets.

« J'attendrais avec impatience votre missive, avec votre réponse, jusqu'à la fin de la première énnéade du mois suivant. J'espère pouvoir compter sur votre reconnaissance. Si une paix durable et le retour d'un roi est votre souhait, comme vous l'avez dit, vous saurez que c'est la meilleure chose à faire. »

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