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 Buffet froid

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Aymeric de Brochant
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MessageSujet: Buffet froid    Buffet froid  I_icon_minitimeVen 25 Mar 2016 - 11:55

7ème jour de la 4ère énéade de Verimios, 8ème année du 11ème cycle.

"Allez, Jaljen, fais ton office."

C'est sur cette injonction lapidaire que le marquis, étendu sur un siège de campagne, entreprit de se faire rafraichir la nuque. Vêtu d'une simple tunique, Aymeric tendit sa tête au coupe-choux du fidèle valet, lequel s'exécuta sans attendre. C'était, depuis le début du siège, la première fois que le marquis accordait autant d'attention à son apparence, lui qui en temps de paix savait se montrer si soigné. Avec la fin de la guerre, les bonnes habitudes reprenaient le pas, comme en témoignait l'imposant baquet d'eau trônant non loin des deux protagonistes.

Ils avaient quitté le camp de bonne heure, aux premières lueurs du jour, gagnant la campagne voisine en escorte bien modeste. Outre les mules portant le nécessaire, Aymeric n'avait emporté en plus de son valet que six chevaliers, lesquels conversaient non loin, cassant la croute en contrebas des coteaux tandis que le marquis était resté seul avec son factotum.

La beauté du paysage, la fraicheur du bain, ou encore celle des agapes n'étaient pour autant la raison de cette venue, encore moins de cette étrange mise en scène. C'est que le marquis, auparavant, avait envoyé dans le plus grand secret une enseigne à l'adresse du sorcier Nakor, l'enjoignant à le rejoindre ici-même de bon matin. S'il était resté discret sur cette menée, la réputation du mage étant plus portée à ternir la sienne, Aymeric avait été tout autant évasif à l'encontre de vieillard.

C'est donc les joues mousseuses qu'il espérait voir arriver le sorcier, tablant sur sa curiosité. Lui-même l'était tout autant, et ouvrait l’œil, tâchant d'apercevoir l'énigmatique chapeau pointu apparaître au coin d'un bois à tout moment.
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MessageSujet: Re: Buffet froid    Buffet froid  I_icon_minitimeSam 26 Mar 2016 - 10:44

Nakor avait aidé autant que possible, d'abord à faire la guerre, puis à festoyer et boire! Lorsque vint la deuxième nuit après la fin de la bataille d'Amblère, après avoir échangé avec Jérôme, Nakor était sur le point de quitter la région. Il avait trop longtemps laissé Nimmio sans nouvelle et devait ensuite accompagner un mage de l'intangible jusqu'en Nisetis. Les hommes et les nobles avaient à faire, lui aussi et comme depuis plus de six cent ans, il ne devait pas rester trop longtemps au même endroit. Il entra alors dans sa tente et s'apprêta à passer une dernière nuit tranquille, dans la méditation, afin de recouvrer l'ensemble de ses forces quand il entendit le pas lourd d'un homme pressé. Restant à même le sol, le Magistère ouvrit les yeux et attendit. Une enseigne d'Aymeric de Brochant. Le pauvre hère n'avait absolument aucune envie de rester plus longtemps aux côtés de ce terrifiant vieillard. Entre l'envie de le titiller un peu et la pitié, sans dire un mot, Nakor tendit la main et attrapa à la volée, le message. Les consignes étaient simples voir simplistes, on lui donnait rendez-vous tôt dans la matinée en indiquant avec précision un lieu plutôt reculé. Le chapeau pointu inclina la tête comme pour signifiait qu'il avait bien compris le message et l'enseigne s'en alla sans demander son reste. Une nuit à la belle étoile, voilà qui était intéressant. Il rassembla dans sa barbe, les quelques affaires qui lui tenaient à cœur, se saisit de son bâton et alla prendre place dans la campagne voisine. Il fallait être là à l'aube? Et bien Nakor y serait dés la nuit, au moins aucune possibilité d'être en retard.

Lorsqu'il vit arriver la petite procession discrète, le magicien ne put que laisser croître sa curiosité. Six chevaliers qui restèrent en retrait et Aymeric qui ... se faisait tailler la barbe? Ouvrant de grands yeux amusés, l'archimage activa avec légèreté le sortilège ancré dans son bâton par les anciens de Nisetis. Il devint aussi invisible qu'inaudible et inodorant. Il marcha, fit le contour d'Aymeric, se retrouva bien devant lui, attendit que le coupe-choux ne soit plus sur sa gorge, une maladresse serait si vite arrivée, et il leva le sortilège. Il se retrouva donc subitement dans le champ de vision du seigneur des lieux et les chevaliers comprirent un peu trop tard ce qu'il venait de se passer. Ils semblèrent gesticuler mais Nakor n'était pas là pour menacer qui que ce soit. Il prit donc rapidement la parole, un sourire sur les lèvres.

"Monseigneur, j'imagine que l'air frais du matin vous sied pour la taille de la barbe ... j'imagine seulement, car en ce qui me concerne, voilà six siècles que je ne la rase plus!"

Puis le maître du Firmament se mit à rire, avec sincérité et tranquillité. Redevenant un brin sérieux et toujours espiègle, le vieillard demanda

"Cette réunion ici, presque seuls, loin des regards indiscrets ... vous m'avez demandé, je suis là et j'ai très envie de savoir pourquoi?"

Le magicien n'était pas l'homme le plus protocolaire du monde, il passait souvent par trente six chemins mais pas juste pour faire des ronds de jambe. Il n'avait donc pas pris le temps de féliciter Aymeric pour la bataille, car comme dans tout affrontement, trop d'hommes avaient perdu la vie. Il n'y avait donc là aucun point à féliciter selon lui même s'il était finalement heureux d'avoir pu voir les drows rendre la Péninsule à elle même. Par contre, il n'avait vraiment aucune idée de pourquoi ils étaient tous les deux ... enfin ... tous les neuf si on ne comptait pas les mules.
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MessageSujet: Re: Buffet froid    Buffet froid  I_icon_minitimeSam 26 Mar 2016 - 14:04

Aymeric ne put réprimer un sursaut, quand il vit apparaître devant lui la fiche débonnaire du sorcier Nakor. Il s'était certes attendu à ce que le magicien fasse dans le fleuri pour son arrivée, mais de là à jaillir d'outre-tombe devant les yeux même du marquis... Celui-ci, se relevant avec brusquerie, arracha le tissus des mains de son valet - lui aussi passablement secoué. Passant une main sur son menton entaillé dans l'émoi, Aymeric reprit peu à peu empire sur lui même, et se tourna vers le sorcier.

Ce dernier, hilare, semblait fort aise de la plaisanterie, que, dans son agitation, la marquis n'avait entendu qu'à moitié. La conversation reprit cependant bien vite son sérieux, quand le magicien s'enquit de la raison de cette entrevue. Encore irrité, Aymeric, dont le valet tentait à tâtons d'essuyer le savon, entreprit alors de répondre à son interlocuteur, non sans sècheresse, du haut de sa demi-barbe : "Vos manières, Nakor. Voila nous nous trouvons ici même. M'eussiez vous joué ce petit tour autre part, que dix de mes preux vous auraient décollé la tête."

Son reproche énoncé, il se rassit dans son fauteuil de campagne, et d'un claquement de doigt, envoyé son factotum chercher la pitance. Deux sièges pour une sortie en solitaire auraient été bien étrange, et malheureusement, Nakor devrait se contenter de son bâton comme appui. C'était, à n'en pas douter, le sort légitime pour un homme qui avait toujours moqué l'étiquette, et, quoiqu'utile au combat, n'avait jamais cessé d'être un mufle, fut-il en compagnie des puissants. Nakor, à l'instar de ses compères magiciens, ne s'attachait guère à la bienséance. N'était il pas juste qu'on le traite dès lors comme un maroufle ?

"Je vous ai fait mander pour étancher ma curiosité, Nakor le sorcier. Nombre de bruits courent à votre sujet : on vous dit avoir conspiré contre le Roi, assassiné le régent Aetius... et il ne s'agit là que des récits les moins fantasques. Les plus folles rumeurs font de vous une liche, un dragon, un esprit malin. Vous suçoteriez la moelle des nourrissons, verseriez dans la lecture d'entrailles. Et malgré cela, vous apparaissez au moment crucial, pour combattre la magie noirelfique à nos côtés."

En vérité, l'un et l'autre n'étaient contradictoire, et les Cinq seuls savent ce que le magistère officiait de sombre et nébuleux dans son repère à Naelis. Peut-être même son combat contre les puysards ne trahissait il qu'une menée encore plus sombre ? Après tout, s'il était la liche qu'on décrivait, Nakor aurait trouvé dans les nécromanciens drows de fieffés rivaux, et des proies plus coriaces. Il lui aurait sûrement été préférable de conserver un vivier d'hommes, ignorants et superstitieux, sur lesquels vivre tel un parasite.

"Dites mois donc, Nakor : quels desseins poursuivez vous donc ?"

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MessageSujet: Re: Buffet froid    Buffet froid  I_icon_minitimeDim 27 Mar 2016 - 20:24

Heureusement pour la gorge du Marquis, Nakor avait attendu que le tranche poil ne soit plus en contact avec la tendre peau d'Aymeric. Pensant qu'il était homme de plus de retenu, il n'avait pas prévu qu'il fasse un bon sur son siège pour faire démonstration de son courroux. Son barbier servile semblait être lui, une lavette de la dernière espèce, qui tremblait comme une feuille. Le faisait-il fasse à la vieille et soyeuse barbe blanche qu'il rêvait de tailler ou devant l'imminente haine de son maître? Nakor n'en avait cure, il entendit le reproche du seigneur des lieux, redressant doucement le sourcil droit et pensant en son fort intérieur

##Avant qu'on ne me coupe la tête avec une épée, il s'écoulera encore quelques décennies mon très jeune ami, surtout lorsque je décide de surprendre sciemment!##

Mais pour une fois, il donna un peu dans le protocole et se retint de tout commentaire. Un claquement de doigt plus tard le puissant et digne seigneur des hommes obtint un siège et posa son lourd séant, narguant par la même, le vieillard en son devant. Le Magistère se souvint d'une vieille histoire de protocole et de droit de siège selon le rang social ... non mais et puis quoi encore? Mais l'effet de surprise devait toujours faire son office au bon moment. Ainsi que la théâtralité des actes permettant de ne pas avoir ensuite à s'excuser. Il écouta donc, avec attention, se mit même à sourire ouvertement, toute dent dehors, les yeux grand ouvert. La tête du vieux fol hocha de gauche à droite à la fin du discours et souffla longuement. Il plia lentement les genoux, comme s'il allait prendre place sur une chaise sous lui. Mais la chaise n'était pas là ... l'avait-il vu? Ou le vieux fou avait présumé qu'Aymeric lui offrirait forcément une chaise en retour, par cordialité? Tout le monde le prenait pour un fou, mais il ne l'était guère. Le premier message avait été clair : Nakor pouvait apparaître devant le Marquis sans crier gare, usant de magie de dissimulation. Voilà le deuxième message, alors que le visage buriné et ridé ne laissait rien transparaître, comme si tout était absolument normal : on ne lui donnait pas de chaise? Et bien, il en prendrait une! Alors que son fessier de vieille baderne s'approchait du sol, un trône de terre jailli de sous lui. Il avait activé sa magie élémentaire de la terre, afin de déplacer de la roche : un plan parfaitement horizontal pour s'asseoir, de plan plus long que large sur les côtés pour pouvoir reposer ses bras comme des accoudoirs et un plan vertical à la fois long et large pour servir de dossier. Le peu d'herbe qui se trouvait à même le sol aida à rendre cette installation instantanée confortable. Voilà donc que Nakor faisait face, d'égal à égal avec Aymeric. Cela s'étend produit en l'espace de moins de deux secondes, il fit comme si tout était parfaitement normal et commun, et répondit d'abord, par une question

"Mes réels desseins Aymeric de Brochant? Ou ceux que l'on me prête?"

Cette question était, pour un noble habitué aux intrigues, d'une clarté sans faille. Le Marquis était-il vraiment prêt à entendre la vérité ou serait-il trop enclin à croire tout ce qu'on lui avait raconté sur Nakor pour seulement l'écouter vraiment? Il ne laissa pas le temps de répondre, c'était là une question rhétorique pour ouvrir le bal. Il devint alors très sérieux, ce qui était rare mais assez étonnant pour être repéré à chaque fois

"Il est normal, après tant de siècles de vie, que nombres d'histoires circulent sur mon compte ... encore plus dans ma position. La magie est une pratique qui a terrifié le monde pendant de nombreuses années. Trop de sorciers l'ont utilisé à la pire des fins ... pourtant pas plus que ce qu'un soldat peut faire avec une épée. Mais la différence est que le mysticisme n'aide en rien et que les dégâts d'une magie employée à la guerre sont bien plus lourds et potentiellement étendus que ceux d'une épée. Mon plus grand dessein est de m'employer à faire accepter au monde l'idée que la magie peut être une aide sans faille, n'apportant que bénéfice et amélioration des conditions de vie. Ma guilde en Naelis oeuvre en ce sens du mieux qu'elle peut. Aide à la construction, irrigation des champs, ensemencement de zone, navigation climatique, guérison ... notre champ d'intervention peut-être vaste et large. En cela, chaque race de notre monde a des choses à nous apprendre et la ségrégation n'apporte rien de vraiment avantageux selon moi."

Nakor se recula jusqu'au fond de son siège, fouilla dans sa barbe pour en faire sortir une flasque de vin et un verre limpide. Il se servit une lampée et proposa un peu de sa boisson à son interlocuteur d'un geste simple, avant de continuer

"Je vous accorde une chose : je suis homme à me mêler un peu trop d'affaires qui, au premier abord, ne me concernent pas. Mais j'ai vécu de nombreuses années et j'ai perdu trop d'êtres chers dans la folie des hommes, dans leurs guerres et leur conquête de plus de pouvoir. J'ai toujours oeuvré pour protéger la vie, ma magie m'y aide aussi efficacement que possible mais même un archimage ne peut pas tout. Lorsque j'étais conseiller de feu le roi Trystan, c'est ma mission d'émissaire qui m'a éloigné du trône au moment où une rébellion s'est levée. Aetius d'Ivrey est arrivé au pouvoir, je l'ai vu de mes propres yeux tuer Trystan de Diantra car l'ancien roi était mage et dans ses derniers instants son appel à l'aide m'est parvenu jusque dans les contrées naines où je me trouvais. Alors oui, j'ai voulu tuer Aetius, j'ai rêvé qu'il meurt, mais je ne l'ai pas fais. Il était trop tard, le mal était fait et un fou en aurait remplacé un autre. J'ai quitté la ville en proie à la folie et j'ai dû m'exiler quelques temps. Aetius est mort de son propre chef, en activant avec son incapable Arcanum, une magie qu'il ne contrôlait pas. Je veux bien avouer qu'en sorcellerie, je suis loin d'être le dernier ... mais mes pouvoirs ne me permettent pas de faire disparaître d'un claquement de doigt toute une tour remplie de mages dans une explosion bleue depuis Naelis et ma guilde du Firmament. Il y a des limites à tout."

Son discours l'amenant sur un sujet qui mettait toujours son sang en ébullition, Nakor resserra son emprise sur son bâton

"Depuis ces événements tragiques la Péninsule qui avait gagné en stabilité et en justice envers le peuple ne fait qu'enchaîner les troubles, les guerres intestines et les morts pour la gloire de quelques ambitieux qui ne se soucient pas assez des gens du commun. J'ai oeuvré pour pousser un des nobles qui me semblait avoir le plus de capacité, de possibilité et d'honneur, à prendre les rênes du pouvoir à Diantra. Entre Kahina d'Ys une petite arriviste mégalomane du sud et lui, ou la cohorte de petits nobles qui auraient pu avoir la folie des grandeurs, j'ai fais un choix, pris un parti et me suis rangé aux côtés de Nimmio de Velteroc. Il a ses défauts mais aussi des qualités. Pour lui, je n'ai tué aucun homme, aucun soldat, j'ai juste donné quelques conseils. J'étais avec lui quand il est entré en Diantra, mais avant qu'il ne tienne un grand conseil, j'ai appris que le nord avait été attaqué par un ost drow. Je suis alors parti sur le champ. J’exècre la guerre, la nécromancie et la torture. Le chaos et les actes de pure folie qui sont prônés par les drows et certains de leurs prêtres sont mes ennemis les plus farouches. Alors j'ai remonté la piste vers le nord, j'ai trouvé Haurse-Porc dévastée, je l'ai nettoyé, j'ai vu les abominations des drows et j'ai fini par trouver Jérôme de Clairssac que je trouve lui aussi digne. La vie n'a pas toujours mis sur sa route les meilleures situations, il a du faire des choix et les assumer ... mais c'est un seigneur digne de ce nom. J'ai donc fais chemin avec lui et me voilà à vos côtés pour vous raconter une très brève partie de cette longue histoire."

Après tout, Aymeric avait bien demandé à Nakor ce qu'il faisait là, voilà donc le cheminement qui avait amené le vieux fou à prendre part à la guerre contre les drows : sa haine de la mort, du chaos et de la souffrance, son envie de protéger le plus grand nombre et le fait que jamais, dans sa longue vie, il n'avait eu peur de se retrousser les manches. Une touche d'espièglerie pour finir

"J'aurai pu vous dire qu'un magicien était tout simplement toujours là où l'on avait besoin de lui, précisément à l'heure prévue, mais ce serait cruellement manquer de détails."

Nakor attendit donc, en buvant enfin une longue gorgée de son vin bien aéré.
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MessageSujet: Re: Buffet froid    Buffet froid  I_icon_minitimeMar 29 Mar 2016 - 17:39

Sa première surprise passée, Aymeric en fut bon pour une deuxième, quand sous ses yeux, Nakor fit jaillir de terre un monolithe. Posant son séant décharné avec une moue de contentement, il entreprit, dès lors, de disserter longuement sur ses menées, ses buts, ses actions récentes. Intimant à son factotum de reprendre la besogne, Aymeric fit achever sa deuxième moitié de rasage, écoutant religieusement le sorcier, pour ne pas être coupé à nouveau. Le hasard fit qu'aux dernières paroles de Nakor, le marquis, quant à lui, essuyait son menton, rasé de frais.

"En effet." croassa-t-il, en réponse à l'ultime boutade du sorcier.

S'il eut été difficile de distinguer le vrai du faux dans ce long récit, les intentions de Nakor, quant à elles, transparaissaient. Elles étaient avouées, à défaut de savoir si elles étaient honnêtes, et à l'évidence, le magicien semblait se soucier du sort de ses coreligionnaires, et œuvrait à ce que la magie fut perçue comme une respectable passion. En cela, le bât blessait d'autant plus, que chaque intervention du sorcier lui avait valu son cortège de rumeurs, associés à de nombreux glaviots, dès qu'on évoquait son nom tant honni.

"En vérité, Nakor le sorcier, vous servez effroyablement mal de bien nobles buts, entama le marquis, et la chose porterait à rire, si vous n'aviez mis votre nez dans les affaires des plus grands du Royaume. Il est vrai, celui-ci a connu des heures plus riches. Mais qui blâmer ? En secourant, comme on le dit, le comte de Velteroc, n'avez vous pas permis la naissance d'une guerre civile ? Vous et vous seul, pour ainsi dire, portez la responsabilité de la bataille de Christabel, celle-là même dont on dit que les champs devinrent pourpres du sang des braves. Peut-être n'avez vous jamais porté le glaive personnellement, mais ces gens morts par millier, ce sont les vôtres."

Bien décidé à montrer au sorcier ses erreurs, le marquis s'adonna alors à une triste suite de faits d'armes :

"Votre pitié même sème le dégât : eussiez vous tué le régent Aetius, que vous nous auriez épargné non seulement quelques guerres, mais aussi les troubles suivants sa disparition. Puisque vous êtes entrés dans Diantra en compagnie du comte, vous savez bien que le Chancelier en avait fui les murs devant votre avancée. La naissance de cette régence soltariie, et de l'estréventine, revient de fait également à la liste de vos actions."

Et puisqu'il semblait de bon ton d'achever sa logorrhée d'un pirouette, Aymeric ne se substitua pas à l'exercice.

"De tous les derniers conflits, vous avez ainsi toujours su vous trouver dans le mauvais camp, si bien que je m'étonnerais presque de n'avoir du vous combattre au côté des drows."

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MessageSujet: Re: Buffet froid    Buffet froid  I_icon_minitimeMar 29 Mar 2016 - 19:21

Nakor venait de boire son verre de vin puis se cala au fond de son siège, devant un Aymeric enfin rasé de prés. Cela sembla lui délier la langue et ce qui fut intéressant eut été de voir qu'il n'était pas fermé à la discussion. Il en fallait pour preuve la longue intervention du seigneur des lieux. Le regard était au départ intrigué, mais plus le discours avançait plus Nakor oscilla entre immense envie de rire et tristesse sans borne, puis énervement, bougonnerie, envie de meurtre et vint la dernière tirade. Cela le fit éclater de rire sans aucune retenu. Le barbier sembla en frémir! Cela ne dura que quelques secondes avant que l'archimage plante un regard perçant dans ceux du noble.

"Monseigneur, j'avais espoir que vous ne vous fonderiez pas sur des racontars de paysans superstitieux mais je me trompais!"

Et sans laisser une seule seconde de répits, dans un ton aussi direct que rapide, il assena coup sur coup.

"Lorsque j'ai rejoins Nimmio de Velteroc en Christabel, il avait déjà entrepris de mener cette bataille, sans mon conseil et il venait de la terminer, les soldats de la forteresse étaient tous dans les remparts. Le sang avait déjà coulé et allait couler encore plus jusqu'à ce que la cité soit exsangue. Savez-vous alors ce que j'ai fait? C'est très peu glorieux, j'aurai peut-être préféré qu'il en soit autrement mais ma réputation de monstre sanguinaire mangeur d'enfants me précédant, il m'a suffit de m'avancer sur une colline de lever les bras vers le ciel et les portes de la cité se sont ouvertes. Nous obtenions sans que plus qu'aucune vie ne s'éteigne, la reddition totale de la cité. Vous dîtes donc que je porte la responsabilité de la marre de sang de Christabel ... vous êtes à l'opposé de la vérité Monseigneur! Et j'aurai alors permis la naissance d'une guerre civile? Est-ce moi qui ait mis dans la tête de cette pauvre régente de tenter de passer en force en prenant le pouvoir au nez et à la barbe des nobles de la cours? Est-ce moi qui ait quitté le palais royal en déclarant clairement que jamais je ne poserai le genoux devant cette mascarade et cette pale imitation de couronne? Non Aymeric ce n'est pas moi! Oui j'étais dans la cité, mais je ne suis pas noble, je n'ai pas déclenché les hostilités. Est-ce moi qui ait donné envie à Kahina d'Ys de prendre le pouvoir? Elle et la quantité infernale de poison qui sort sans arrêt de sa bouche de serpent, aurait profité de toutes les manières du désarrois de la Péninsule pour mener à terme ses mesquines petites tentatives."

De colère contre toutes ces folies, Nakor balança le verre qu'il avait dans la main, derrière lui, qui se brisa sur le sol, dans son dos. Il continuait ainsi

"Tuer Aetius pour éviter ensuite la succession de folie qui est advenu dans le monde des hommes? Avez-vous une seule idée des pauvres fous qui entouraient l'ancien régent lorsqu'il a pénétré Diantra et assassiné Trystan? Non, vous n'en avez aucune idée, mais croyez-moi, de tous, il était sans doute le moins terrible. Nous avons fait fuir le chancelier à notre approche de Diantra et ... cela aurait créé les envies de Kahina et de l'estrevent? Me prenez-vous à ce point pour un imbécile que vous souteniez à mon encontre un tel propos? Je veux bien avoir de larges épaules et prendre à mon compte bon nombre de choses ... mais avec une couronne vide d'allégeance, cela aurait pu être n'importe lequel des premier venus qui se serait emparé de la cité. Et je ne suis pas homme à me cacher derrière mon petit doigt : quand il y a un choix à faire, je le fais et l'assume. Donner la péninsule à la folie des successions d'allégeances avec des nobles incapables de tenir plus de quelques semaines le soi-disant pouvoir que trop peu leur reconnaîtrait, des traîtrises et des révoltes sur révoltes! Jamais! Plutôt mourir en essayant de rendre un peu de stabilité au monde des hommes. Vous êtes un fin stratège Monseigneur, alors ne me faite pas croire que lorsque les choix s'imposent, vous préférez attendre un coup du sort pour savoir dans quel sens le vent tourne. J'ai fais un choix oui, mais ne prétendez pas que c'est ma faute si certains nobles ont constamment envie de plus de pouvoir!" Dans une telle situation, je préfère juste aider à monter sur le trône un homme ou une femme que je pense digne de confiance et digne de régner voilà tout.

Comment pouvait-on faire un tel raccourci? Aymeric testait-il la capacité de Nakor à dire le vrai du faux? Les guerres il y en avait eut beaucoup et il y en aurait encore. Quand Aetius est mort, la régente a été repoussé par de nombreux seigneurs puissants dans le sud, son Sénéchal noir a manqué de mettre à feu et à sang tout le palace royal rien que pour tuer Nimmio, Nakor et d'autres nobles qui n'avaient pas posé le genoux à terre devant cette femme. S'en est suivi une extrême fragilité du pouvoir et l'émergence d'un très grand nombre d'envies des plus ambitieuses qui soient à propos de la couronne. Nakor n'était pas responsable des guerres, il y avait juste pris part alors que des révoltes éclataient déjà partout dans la Péninsule. Et malgré cela il était venu combattre les drows. C'est en pensant à cela que le vieux fou manqua de s'étrangler, se rappelant alors la dernière tirade du seigneur de Brochant. Il plissa les yeux

"Quand aux drows ... trouvez un seul homme sur cette terre qui ait plus lutté que moi contre eux, trouvez un seul homme qui ait été aussi efficace pour déstabiliser le Puys tout entier et nous en reparlerons. J'étais présent en Alonna quand les drows, unis aux Chaotiques, une secte de magiciens noir complètement fous, ont attaqué le fort. C'est moi qui aie annulé le sortilège de dissimulation du soleil de la Prime Sorcière Drow Aetherya. Ainsi les Chaotiques perdirent une immense partie de leurs pouvoirs, j'ai ensuite mis en déroute la Prime Sorcière et ses mages du C'rnos. Qui d'autre que moi ait plus tard défié Aetherya en duel et l'ait tué, de mes propres mains! Laissant ainsi le Trium Virat drow affaibli à une époque où le trône tricéphale du Puys était le plus dangereux qui soit, ayant sous sa poigne et son contrôle total les osts de guerriers, de prêtres et de mages. J'ai ainsi déstabilisé la puissance drow pendant de nombreuses années créant des guerres internes dans les cavernes du Puys pour qu'un seul monte sur le trône d'Obsidienne. Qui a ensuite convaincu la nouvelle Prime Sorcière, dangereuse comme jamais, de trahir les siens, quitter la domination de son poste et ne plus jamais tuer personne, laissant ainsi encore plus de doute et ne permettant pas une succession à son poste? Vous peut-être? Vos vassaux? Non! Moi! Moi qu'on accable de cabale, de maléfice, de responsabilité de meurtre de masse et de torrent de sang ... avouez tout de même qu'au bout d'un moment, entendre les mêmes folies à longueurs de temps est fatiguant! Encore plus quand ces fadaises sont si fortement éloignées de la réalité. Alors une fois de plus, je vous en prie, avant de ne vous fier qu'aux rumeurs qui remontent à vos oreilles, vérifiez-vous même vos informations Aymeric de Brochant ..."

Puis étant enfin calme, il termina ainsi

"Cela m'éviterait d'être à la limite de ce que peut être un comportement acceptable pour un homme de mon âge et de maintenir mon sang froid ... pardon ... je ... n'aurai pas dû m'emporter ainsi alors que vous m'invitez à la discussion."

Aussi incroyable que cela pouvait paraître, les excuses de Nakor étaient sincères. Il aurait préféré ne pas s'emporter. Mais il avait du mal à faire autrement lorsqu'on l'accablait de tous les maux de Miradelphia alors qu'il ne faisait justement que s'opposer à la folie, la mort et les guerres. Il avait appris en six cent vingt huit ans que laisser une situation évoluer en restant en retrait, en ne poussant pas les personnes capables de se mettre en avant, ne faisait qu'empirer les choses. Nimmio au fin fond de Velteroc, Jérôme enfermé dans ses appartements, le Chancelier prétendant régenter un faux fils de roi ... et puis quoi encore? Kahina reine de Kirgan! Peste et verrue!
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MessageSujet: Re: Buffet froid    Buffet froid  I_icon_minitimeMer 30 Mar 2016 - 9:48

Une fois de plus, Nakor s'adonnait à sa passion : le monologue. Or cette fois ci, il ne restait aucune barbe à raser chez notre héros, et ce dernier, visiblement, s'impatienta. Tapotant nerveusement du doigt sur l’accoudoir de sa bergère, Aymeric écoutait l'intarissable flot de paroles émanant du sorcier. Qu'il était navrant de voir le vieillard se démener ainsi! Assurément, il avait du être blessé en apprenant le désordre que ses actes avaient causé. Après s'être tortillé tout du long, voila que le magicien en venait à aligner ses supposés faits d'armes contre les puysards, à grand renforts de noms bien étranges. Peut-être lui même se rendit compte de l'indigence de sa diatribe, quand il confessa in extremis avoir trop parlé.

"Certes Nakor, certes." lui répondit laconiquement le marquis.

Pouvait-on reprocher à ce sorcier de vouloir défendre son cas ? À l'évidence, Nakor, bien qu'il s'en défendait, ne fréquentait guère les cours des puissants. Avoir un marquis désireux de s'entretenir avec lui ainsi n'était il pas l'occasion de racheter sa personne, tant décriée par la rumeur ? Et puis, n'était-ce pas tout simplement l'occasion d'avoir un peu de conversation ? C'est que les mondanités devaient étouffer le pauvre sorcier, perdu en haut d'une tour millénaire et déserte, au fin fond d'un désert ancien, ou dans l'abîme d'un volcan nain.

"Figurez vous, maître sorcier, que j'ai assisté de mes propres yeux au duel qui vous opposa, à diantra, au... qui était-ce, en fait ? Peu importe : l'hôtel séraphin avait vue sur les remparts, et je vis, de loin certes, vos pirouettes. Peu après, j'apprenais que grâce à votre intervention, Nimmio de Velteroc s'était échappé, auquel cas il aurait terminé en geôle, comme ce traitre d'Asdrubal de Soltariel."

Rétrospectivement, le marquis se demande si ce jour là, il avait lui aussi fait le bon choix. Sa dévotion envers le roi était sans faille, mais aurait-il du se rebeller contre la régente lui aussi ? À l'évidence, la dame d'Olysséa lui avait bien mal repayé sa fidélité, retournant son vassal Jérôme contre lui. On l'avait même soupçonné, à Serramire, d'être à l'origine de l'empoisonnement du marquis, mais la chose n'avait jamais pu être prouvée.

"Entendons nous : dame Arsinoé était une mauvaise femme, qui jamais n'aurait du prétendre à la régence. Mais le Roy Bohémond ? Quel homme vertueux prendrait les armes contre un nourrisson de deux ans, je vous le demande ? La succession du roi Eliam nécessitait la paix et la tranquillité, et elle ne reçut que la conflagration. Le comte de Velteroc est à blâmer pour cela, car c'est lui qui prit les armes, mais comprenez moi : c'est vous qui lui avez permis de le faire."

Et avec la rébellion du comte Nimmio, c'était l'embrasement de tout le médian qui s'était consommé. On n'avait pas vu pire malheur arriver à Diantra depuis la révolte des quatre barons, dix ans plus tôt, quand la capitale avait été mise à sac après la trahison du comte de Roch. Mais là où la ligue baronniale s'était éteinte dans l'assaut sur Diantra, Nimmio, lui avait survécu, envoyant le royaume à veau-l'eau. Avec son avancée victorieuse, c'était les soltariis qui avaient fait sécession, plantant le dernier clou dans le cercueil de la péninsule.

"Que vous le vouliez ou non, vos actes ont eut une portée qui vous dépasse, et je ne saurais que inciter, non pas à vous murer en Naelis, comme cela semble être votre souhait, mais à rester ici et œuvrer à réparer vos torts."

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MessageSujet: Re: Buffet froid    Buffet froid  I_icon_minitimeJeu 31 Mar 2016 - 12:10

Ainsi donc il parlait de ça? Aymeric de Brochant remontait donc si loin dans le temps pour trouver un responsable et déposer sans gêne tout le poids d'une succession d’événements sur ces épaules. Cela fit très légèrement sourire Nakor, qui en profita pour se perdre dans les méandres de ses souvenirs. De la lave, de la foudre, de l'eau, des épées qui passent proche de sa barbe et de sa gorge accessoirement ... le Sénéchal noir Hans d'Argoth, en réalité Anseric de Rochepont, nobliau monté au sommet pour sa proximité avec la couronne et surtout la régence. Des souvenirs qui semblaient dater d'une époque absolument révolue. Mais les choses n'allaient pas se passer ainsi, certainement pas! Aymeric était un homme intelligent et en cela, très dangereux. Mais il discutait avec un magicien presque millénaire, pas un imbécile de premier venu. Les deux allaient donc faire discussion d'un peu d'histoire. L'archimage attendit que le seigneur termine, avant de reprendre

"Vos ennemis doivent ne plus dormir la nuit Monseigneur. Vous êtes un homme intelligent et un politicien à n'en pas douter. Mais je vous prierai ni de me faire dire ce que je n'ai pas dis, ni de faire dire à l'histoire que ce que vous voulez bien lui faire dire."

S'avançant sur son siège, il continua sans s'arrêter

"A vous entendre, vous êtes de ceux qui pensent donc qu'il faudrait faire pendre tout tavernier ou tout cuisinier qui n'aurait pas tenté d'empoissonner Nimmio sur son chemin. Pensez-vous qu'il faille aussi faire assassiner ses parents? Après tout, ils ont donné naissance à un monstre, ainsi c'est eux qui ont causé la mort de milliers d'hommes. Et qu'en est-il d'Aetius d'Ivrey? Après tout, en faisant oeuvrer l'Arcanum comme il l'a fait, il a emporté dans la mort sa propre tête de régent mais celle aussi de la princesse Lyhann et du prince Eliam, les seuls et derniers héritiers de Trystan encore en vie. Faut-il le ramener des morts pour damner son âme mille fois encore? Un peu de sérieux Aymeric, chaque être humain est responsable de ses propres actes. Je n'ai malheureusement pas le pouvoir de convaincre les nobles que la négociation est meilleure alliée que la guerre, je ne peux donc pas tout éviter. Je n'ai pas assez œuvré dans ce sens c'est clair et regrettable mais je ne peux pas non plus changer le passé. Vous parlez de mes torts ... mais dîtes moi, avant qu'Anseric de la Rochepont ne m'attaque, après avoir été promu Sénéchal par la régente Arsinoé, vous étiez là, vous étiez dans la salle du trône. Vous avez vu Asdrubal de Soltariel, puis Altiom d'Ydril, puis encore Nimmio de Velteroc, Blanche d'Ancenis et Viktor de Missède bafouer la régente et quitter le palais. Pourquoi ne pas avoir fait tuer tout ce petit monde sur le champ? Ho mais ... c'est que vous seriez donc autant coupable que moi d'avoir laissé la vie à Nimmio? L'attaque à mon encontre a eu lieu après cette mascarade et Hans d'Argoth n'est pas intervenu sous vos ordres."

Voilà qui était pour replacer l'histoire dans son vrai contexte, en effet ce n'était absolument pas sous la volonté du seigneur de Brochant que Nimmio et les autres avaient été poursuivis. D'ailleurs, lui venant d'autres souvenir, Nakor indiqua par la suite quelques petites choses à propos du père de Bohémond.

"Et vous parlez de Bohémond. Le pauvre enfant avait déjà contre lui des nobles de puissance militaire non négligeable alors qu'il n'était qu'un nouveau né. Mais le Roy Bohémond ... Savez-vous qu'à l'époque où il était un chevalier errant, son père Aetius se faisait passer pour le fils bâtard soit de Charles d'Erac, chef de l'Arcanum de Diantra soit de l'ancien Roy Gorman, père d'Ultuant et de Trystan Fiiram. Un fils bâtard, avec tout ce que l'on sait que la noblesse offre comme privilège à un tel rang ... et sans jamais aucune preuve ... puis au tournoi royal il s'est finalement présenté officiellement comme le fils bâtard de la soeur de Gorman, Aliénor Fiiram, et d'Aemon d'Ancenis! Comme c'est pratique! Vous parlez d'un homme franc du collier! Non Aymeric, Bohémond était certes le fils d'Aetius, mais avec un père dont il fallait faire méfiance, qui selon moi n'avait aucune légitimité et avec une mère qui a si extrêmement mal manœuvré ... vous savez très bien que le trône aurait été fragilisé et les révoltes n'auraient pas tardé. J'aurai aimé qu'il n'y ait point de guerre, point de mort, que tous se plient à la volonté d'Arsinoé et que la Péninsule perdure ... mais cela ne se serait jamais produit ainsi. Je regrette chaque mort inutile, je regrette l'ambition, je regrette mon manque d'efficacité cruelle, je regrette tant et plus. Alors oui, je suis responsable, mais autant que vous et que les autres. Et Nimmio est responsable de ces massacres et sera pleinement responsable des suivants s'il perdure dans cette ligne de conduite. Mais plus nous remontons l'histoire, plus nous trouverons des responsables. Ce qui est important n'est pas ce qui aurait pu être fait mais ce que nous devons faire maintenant Aymeric ..."

La preuve en était qu'il n'avait pas tué Aetius d'Ivrey alors qu'il aurait pu le faire. Mais il savait qu'en laissant la révolte être menée jusqu'à son terme, le trône des Hommes serait maintenu et un espoir de paix résidé. Sous la houlette d'un monstre de traîtrise, mais l'union de la Péninsule était maintenable puisque tous les nobles de l'époque suivait feu le régent. La situation était devenu radicalement différente à sa disparition dans l'Oeil Bleu de Diantra. Puis étrécissant son regard, Nakor termina ainsi

"Et en cela, votre début de proposition m'intrigue ... je n'ai jamais dis que je voulais me murer en Naelis dans ma forteresse ... loin de moi cette idée mais je vous écoute avec attention. Même si je ne peux m'empêcher de vous rappeler que, lorsque je parcours le monde ce n'est pas pour le simple plaisir d'admirer les paysages insondables de Miradelphia. Bien au contraire, un peuple nain unifié, derrière un roi puissant et digne de ce nom permettra au nord de la Péninsule d'être protégée des attaques de trolls des cavernes et de gobelins assoiffés de sang. Des Seigneur Protecteurs elfes de nouveau actifs et attentifs c'est un bouclier puissant contre les attaques du Puys. Un roi de Naelis affermi sur son trône, avec une ville fortifiée et une armée tournée résolument vers le grand Est c'est un deuxième pilier contre les attaques drows. Accusez moi donc d'avoir tué tous les soldats de l'armée royale mais je vous en prie, ne pensez pas que je ne fais que rester en haut d'une tour d'or, aveugle au monde ou que je m'y promène sans discernement. La Péninsule occupe sans doute chacune de vos actions et de vos pensées, mais le monde est plus vaste et la politique extérieur a aussi son importance."

Oui, Nakor pouvait être accusé de tous les tords, finalement il n'en avait rien à faire, mais il ne faudrait pas oublier que le monde de Miradelphia accueille en son sein des races diverses, qui occupent des régions diverses mais qui sont toutes interconnectés, et qu'il était sans aucun doute le seul être sur ce monde à avoir des liens aussi fort dans les hautes sphères de chacun des pouvoirs : il avait l'oreille et l'amitié du seigneur nain en passe de devenir le porteur de couronne, il connaissait certains Seigneur Protecteur elfes, il était ami du roi de Naelis, avait dans sa guilde l'ancienne Prime Sorcière drow et pouvait discuter autant avec Jérôme de Clairssac que Duncan du Lys ou Nimmio de Velteroc. En tout cas une chose était certaine, il oeuvrait! Que ce soit à réparer des torts, à affronter des ennemis puissants, à conseiller autant que possible, à négocier, appuyer, défendre ou prendre les armes. Mais à rester enfermé dans une haute tour non, ça jamais! Cela n'avait jamais été le cas et ne le serait jamais. Le seigneur de Serramire avait une proposition et Nakor n'avait pas la moindre idée de ce qu'il sous-entendait, mais n'allez pas tarder à le savoir.
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MessageSujet: Re: Buffet froid    Buffet froid  I_icon_minitimeJeu 31 Mar 2016 - 15:24

Nakor, une fois de plus, déroula. Ce moulin à parole fait homme ne semblait connaître aucune limite, et il entreprit à nouveau d’assaisonner le marquis de ses poncifs. Était-ce l'âge, ou l'agacement ? Le sorcier, non qu'on en soit surpris, se mit en outre à délirer. Il invoquait désormais dans son discours le comte d'Arétria, mort il y a bien des années, ou encore Charles d'Erac, dont bien peu de monde se souvenait seulement. Il reprochait au marquis de ne pas avoir pris les armes contre Missède ou je ne sais qui d'autre, quand Aymeric s'était alors trouvé à Diantra, avec sa seule escorte. Finalement, sans une once de regret envers ses actes factieux, le magistère vint avancer à son interlocuteur que ses accointances extra-péninsulaires pourraient peser dans la balance. Il n'en fallait pas moins pour agacer notre bon marquis.

"Je crois, au contraire, que manger à la table des nains et des elfes vous a usé la cervelle, vieillard. Vous en avez oublié les usages les lois, l'histoire même des hommes, et pourtant venez pérorer à la cour des seigneurs. Faites silence, Nakor, et écoutez moi." répondit celui-ci sèchement.

"Aetius d'Ivrey, le comte de Scylla, était le fils d'Aliénor Fiiram, la sœur même du roi Gorman. À ce titre, lui et Trystan l'aveugle étaient cousins : tout deux issus de bâtardise, mais tout deux de sang royal. Après la mort du roi Eliam, les seuls héritiers de la dynastie Fiiram sont les enfants d'Aetius, et votre hargne contre cet homme n'y changera rien. Dans les veines de Bohémond coule le sang bleu des Fiiram, et lui seul peut encore fédérer les hommes sous un seul royaume. Ou bien ce sera le chaos, les guerres intestines pour des années à venir. Cela à déjà commencé."

Cela semblait être un poncif : pourtant, tous semblaient l'oublier. Pas étonnant que le Royaume aille à veau-l'eau, quand ses sujets commençaient à mépriser la noblesse, au profit de la seule force. Nakor, avec ses larmes de crocodile, en était le symptôme flagrant : un homme se mêlant des affaires des puissants quand rien ne l'y appelait, semant la pagaille dans un Royaume tout entier sans même s'en rendre compte.

"Il est vrai : par faiblesse, je n'ai pas attaqué le comte de Velteroc quand il choisit la rébellion. Je le croyais alors uniquement mu par sa rancœur envers la régente, et non décidé à chasser le Roy lui même du trône. Au moins, n'ai-je pas, moi, aidé le traître à s'enfuir. emboita le marquis, lourd de reproche. De cela, comme de nombreuses choses, vous devrez répondre un jour devant les hommes. Mais il est vrai, ce jugement peut attendre, quand le destin du royaume, lui, ne le peut, et vous pourriez bien racheter vos méfaits par un acte de noblesse."

Aussi maladroit qu'il avait pu se montrer, le sorcier demeurait une arme inestimable, dans les mains de celui qui saurait l'employer. Quand il avait vu cet homme faire irruption sur le champ de bataille pour en chasser les elfes noirs, Aymeric s'était figuré - après coup - qu'une telle force, au service d'un parti vertueux comme l'était le sien, pourrait assurément accomplir de grandes choses.

"Notre Roy Bohémond, vous le savez, est désormais tenu par l'estréventine, Kahina, qui usurpe le duché de Soltariel, et au nom de notre roi gouverne iniquement le Sud de la Péninsule. Tant que cette mauvaise femme tiendra sous sa coupe notre souverain, je ne serais trouver de nuits paisibles. Il nous faut, Nakor, secourir le roi, comme vous le fîtes quand les baron rebelles mirent à sac Diantra."
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MessageSujet: Re: Buffet froid    Buffet froid  I_icon_minitimeJeu 31 Mar 2016 - 17:01

Nakor fit ce qu'on lui demandait, il parlait beaucoup mais était capable d'écouter pendant de longues heures s'il le fallait. Il passa sa main sur sa longue barbe pendant qu'Aymeric s'échauffait et petit à petit, fronça les sourcils. Pas de mécontentement non, pas du tout, mais par incertitude. Puis étonnement et incompréhension. Et enfin il finit par comprendre. Jusque là, Nakor n'avait parlé que de Bohémond au passé et Aymeric semblait le faire aussi. Mais ce n'était pas le cas. Et pour finir, il parla d'une vieille bataille dans laquelle il était intervenu pour protéger le roi de la folie rebelle des barons. Le Magistère fit la moue, respira longuement et resta silencieux, ses yeux plantés dans ceux du Marquis. Il réfléchissait activement et décida de peser plus lourdement chacun de ses mots, laissant de côté les vilaines remarques sur l'état de son cerveau et les propos racistes du Serraminois.

"Monseigneur ... cette information a dû elle aussi vous parvenir dans le Nord, bien avant que je n'y arrive moi-même. Bohémond est mort en sombrant avec sa mère Arsinoé dans un naufrage."

Immédiatement, Nakor leva la main droite, paume toute ouverte pour empêcher le seigneur d'hurler quoi que ce soit, sa voix suivant son mouvement

"Je sais ce que vous allez me dire. Cléophas d'Angleroy, l'ancien serpent de la cours a déclaré avoir avec lui le vrai Bohémond et avoir été chargé d'emmener dans le sud auprès de Kahina le fils héritier ... Vous avez connu l'ancienne régente ... ce qui l'a mené à sa perte est justement sa tentative coûte que coûte, de se mettre elle et sa descendance sur le trône. Elle était ce qu'elle était, mais c'était une mère aimante. Je ne pense pas qu'elle se serait séparée ainsi de son fils. Et ce n'est que quand la nouvelle de sa mort s'est répandue que Cléophas a avancé ses pièces sur l'échiquier."

Plongeant son regard vers le sol, comme pour chercher une solution, Nakor parla à voix haute mais c'était plus sa réflexion personnelle qu'une réelle discussion à ce moment là

"Bien sur, ce sera parole contre parole, croyance contre croyance. Il faudrait trouver quelqu'un capable de révéler la vérité à tous ... "

Puis relevant le visage, il continua en fixant Aymeric

"Une Haute Prêtresse peut-être? Devant le prétendu Bohémond, elle pourrait interroger les âmes des défunts et les dieux ... mais si ce résultat ne donne rien? Un doute éternel ou une trahison continue ... une révolution ... Pale-Sang-Bleu cela ne finira-t-il jamais?"

Puis Nakor sembla enfin revenir sur terre, en secouant la tête de gauche à droite, le regard un peu moins perdu dans les limbes. Sa réflexion à voix haute était terminée.

"Vous avez raison Aymeric ... nous devons faire le nécessaire pour soustraire ce Bohémond à Kahina ... mais l'amener ensuite dans le Médian est aussi dangereux que de le laisser dans le sud. Il est, de toutes les façons, manipulable à souhait à son âge et sera une arme dans la main de quiconque le détiendra ... une arme vers le trône, pauvre enfant. A l'heure qu'il est, je n'ai, en plus, aucune idée de ce qu'il est devenu du conseil qui devait se réunir à Diantra et que j'ai quitté sur le champ pour venir secourir le nord. Si une horde de nobles s'est mis en tête de nommer un nouveau roi, que Bohémond soit le vrai et légitime descendant ne changera pas tout ... il faut absolument pouvoir le prouver sans faille possible ... et ... s'il est un usurpateur Aymeric? Issu de l'esprit tortueux et retord de l'Angleroy ... que ferez-vous alors?"

Comme depuis le départ, Nakor était sincère et la conversation s'orientait enfin vers quelque chose de constructif. Le magicien était peut-être considéré comme un monstre d'erreurs et de folie par son interlocuteur mais il apparaissait clairement qu'il ne voulait pas que le pauvre enfant devienne une marionette que tous les nobles du royaume s'arracheraient pour assoir leur autorité. Et oui, Nakor était à ses heures un archimage dangereux et à ses heures un papy gateau. Qu'allait répondre Aymeric à tout cela. Car même s'il croyait dur comme fer au fait que Bohémond avait vraiment survécu, il ne pouvait dénier qu'un doute planerait à jamais. Et Nakor avait enfin beaucoup moins parlé.
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MessageSujet: Re: Buffet froid    Buffet froid  I_icon_minitimeJeu 31 Mar 2016 - 17:38

La sentence du magicien tomba comme un couperet. Elle était d'autant plus douloureuse que le marquis avait été prévenu de cette nouvelle, des semaines plus tôt, quand sur le chemin pour revenir en Oesgard, sa vassale, la dame de Lourmel, lui avait annoncé le sort tragique de Bohémond. Depuis cette entrevue, le marquis n'avait plus abordé le sujet : à l'évidence, il s'était refusé de croire à toute l'histoire. Et la revendication soltariie, qu'il avait jusque là tenue en dédain, était devenue son salut. Encore aujourd'hui, Aymeric s'y raccrochait.

"Le roi Bohémond ne peut être le fils d'un métayer travesti en souverain. Le monde l'aurait vu, sa Majesté ne laissait personne indifférente, balbutia-t-il, hésitant. Le marquis de sainte-Berthilde n'avait annoncé sa mort que par intérêt. C'était le seul obstacle à sa succession, après le trépas d'Arsinoé. Voila longtemps que le seigneur de saint-aimé convoitait le marquisat : au tournoi du roi Trystan, il avait déjà tenté de l'obtenir. La mort de Bohémond ne peut être qu'un mensonge, sans quoi c'en est la fin du Royaume."

Cette dernière phrase trahissait les tracas du marquis. Au delà d'un simple enfançon, Bohémond représentait le dernier héritier mâle de la dynastie Fiiram. Sa succession avait secoué le royaume jusqu'aux fondement : qu'en serait-il, si l'on apparentait que le roi lui même n'était plus légitime ? Depuis dix ans, la rébellion s'était installée en Péninsule comme un herpès, se ravivant lorsque l'occasion se montrait propice. Assurément, la fin de la lignée royale se consommerait dans la guerre.

"Si ce que vous dites est vrai, Nakor, alors la succession revient à sa soeur, Alcyne, la fille de la baronne de Hautval. Mais une femelle ? Personne ne pliera le genoux devant elle. Pire encore! Tous plieront le genoux, et tâcheront d'en faire leur épouse."

Cette alternative sèmerait tout autant le trouble dans le royaume. La couronne échoirait fatalement à une nouvelle maison, et plus de mille ans après les premiers rois pentien, la Péninsule aurait un souverain qui ne soit pas de sang Phiiram. S'il avait longtemps maudit les derniers rois, Aymeric, pour autant, n'avait jamais imaginé qu'il ne puisse en avoir un. Le marquis, tout attaché à la tradition qu'il était, voyait pour ainsi dire son monde s'effriter sous lui. Il lui apparu bien singulier que ce fut le sorcier Nakor qui soit à l'origine de ceci : l'homme qui avait poussé le royaume sur la pente de la rébellion semblait aujourd'hui vouloir voler à sa rescousse. Considérant le magicien, Aymeric se surprit alors à lui supposer un réel attachement - celui des actes, et non celui que le vieillard avait professé - pour les hommes.

"Vous avez déjà rendu un grand service au Royaume, Nakor, en combattant à nos côtés. J'ignore s'il me faut vous demander cette faveur, mais crains que vous seul n'en soyez capable : trouvez, même si je n'en doute pas, si sa Majesté est vivante. Je vous dois déjà ma gratitude : vous y gagneriez mon amitié."

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MessageSujet: Re: Buffet froid    Buffet froid  I_icon_minitimeVen 1 Avr 2016 - 16:20

Finalement, cet Aymeric avait peut-être en lui plus de chevalerie que la moitié du royaume réunie. Intéressant de voir le trouble s'installer et déstabiliser le grand homme que voilà. Pas intéressant d'un point de vu sadique, mais cela donnait à voir sous un autre jour, de Brochant. Il était attaché aux vieilles traditions, avait à cœur de les respecter et le simple fait de parler du roi comme d'un commun que l'on pouvait confondre le mettait en émoi. C'était touchant et le vieux fou ressenti de la peine pour ce jeune seigneur dont le cœur et l'âme était en trouble. Aymeric n'était pas un enfant, mais quand on avait vécu plus de six cent ans, il fallait bien avouer que n'importe quel homme normal, passait pour un bien jeune garçon. Sans aucune condescendance dans la voix, le vieillard répondit à la première sortie de son interlocuteur

"Votre remarque ne va pas dans le meilleur des sens Monseigneur ... qui aurait pu confondre le roi avec le premier venu? Pensez-vous vraiment que toute la cours aurait fait erreur sur l'enfant qui accompagnait Arsinoé pour son voyage de retraire de Diantra? Et qu'à côté de cela, Cléophas aurait pu traverser toute la péninsule sans se faire remarquer en présence du prince héritier?"

Puis Nakor se plaqua au fond de son siège, presque allongé, marmonnant dans sa barbe

"Alors oui ... c'est peut-être la fin du Royaume de la Péninsule tel qu'il fut durant des siècles ... et pourquoi j'ai fini par prendre définitivement partie et sans regret pour un nouveau couronné ... folie des hommes ... "

Il avait parlé à mi-voix, se passant la main sur la barbe, les yeux dans le vide. Aymeric indiqua ensuite que la succession reviendrait alors à Alcyne avec un éloignement lent et certain du sang des Fiiram dans les veines des futurs rois. Et le bougre avait raison, elle se ferait épouser par le plus féroce des nobles et deviendrait une marionnette. Ou pire, serait pourchassée, tuée, massacrée pour qu'à jamais s'éteigne la lignée royale et qu'une nouvelle dynastie émerge. Ce fut Nakor qui croassa cette fois

"Oui ... certes, cela complique encore plus la donne Aymeric."

Et soudain, vint la proposition d'un Aymeric qui ne semblait plus du tout être le même et n'avoir la même considération qu'il avait du vieux fou au début de leur rencontre. Et c'est de grands yeux bien ronds que Nakor ouvrit en entendant les cinq derniers mots du noble de Serramire. Déjà que le début de sa dernière phrase le surpris, en indiquant qu'il lui devait de la gratitude, mais voilà qu'il parlait d'amitié. Pourquoi fallait-il toujours passer par mille détours pour que les grands de ce monde se rendent compte de la réelle envie de l'archimage d'aider la Péninsule et le monde des hommes? Peu importait. Le Magistère du Firmament se releva, donna un coup sec de son bâton sur le sol, faisant disparaître sous terre dans un léger grondement de roche, son monolithe de soutien et tendit la main droite vers Aymeric, sans savoir s'il allait lui rendre la pareille, disant tout haut :

"Aymeric, je vais œuvrer à découvrir la vérité sur Bohémond. La tâche ne sera pas simple, mais s'il existe un moyen, je le trouverai! Alors, j'espère que, quelle que soit la nouvelle que j'apporterai à votre encontre, vous vous souviendrez de vos propres mots. Vous êtes un homme bon, je me suis mépris sur vous. Vous avez un grand cœur et une vraie âme de chevalier ... cela fait du bien de savoir qu'il en existe encore quelques uns en Péninsule."

Nakor s'apprêtait alors à activer de nouveau son sortilège de dissimulation. Il était temps qu'il disparaisse et se hâte de rejoindre le Médian. Son manque d'information sur ce qu'il était advenu devenait ennuyant et il y avait encore plus à faire maintenant qu'avant de partir dans le nord pour combattre les drows. Dans une guerre au moins, on sait qui sont ses vrais ennemis. Maintenant s'ouvrait une ère de politique, de traîtrise, de coups de force, de coups bas et c'était la partie largement la moins engageante qui soit. Il allait devoir convaincre Dunraël de faire un petit détour par l'Ouest, ce qui en soit, n'était pas bien compliqué ou en tout cas bien moins que de trouver un moyen de savoir si Cléophas et Kahina détenaient vraiment un enfant, le trouver, le soustraire à leur emprise et trouver une magie capable de vérifier qui il est. Pourquoi jamais rien n'était facile sur cette terre? Si Aymeric répondait à Nakor, ce dernier attendrait avant de disparaître et voir, lui répondrait encore un peu. En effet, ils n'avaient pas tous, tout dit : Jérôme et son alliance avec Nakor allait-elle lui porter préjudice? Et Aymeric, il n'avait pas répondu à la question du sorcier : que ferait-il si Bohémond était bel et bien mort avec sa mère dans un naufrage?
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MessageSujet: Re: Buffet froid    Buffet froid  I_icon_minitimeMer 6 Avr 2016 - 20:47

Entendant les dernières paroles du magicien, Aymeric se renfrogna. Lui qui, de tout temps, avait témoigné au Royaume un attachement qui fut de la tête et non du cœur, s'était vu saisir dans un moment de faiblesse, de sensiblerie. Et par qui ? Rien de moins que Nakor, le sorcier que la moitié de la Péninsule maudissait. À l'évidence, ce bougre n'était pas mauvais homme - malgré ses choix les plus misérables. Il n'en était pas moins un repoussoir notable, et ses derniers mots firent s'interroger le marquis quant à la justesse d'une telle amitié. À défaut d'être inexistante, elle serait secrète.

Jetant à son valet un regard qui en disait long, Aymeric vérifia un dernier moment que les trois hommes étaient seuls ; certain de la chose, il empoigna la main décharnée du magistère. "Que les dieux vous gardent, Nakor le sorcier, et vous aident dans cette quête. Je mènerais moi aussi les recherches, et si les Cinq sont cléments, ils nous rendront notre Roy. Et s'ils nous ont maudit, que les Enfers les engloutissent! Nous auront toujours sa sœur. Maintenant, allez en paix."

Aussitôt qu'il prononçait ces derniers mots, le marquis sentit s'évanouir au creux même de sa main la pogne fébrile du vieillard. Volatilisé, ce dernier ne laissa pas un seul souffle de vent. S'attendant à le voir disparaître dans un éclair, ou un fracas de tempête, Aymeric le vit - ou plutôt ne le vit pas - partir comme il était venu. Un instant hébété, le marquis reprit aussitôt empire sur lui même, ordonnant à son factotum de plier bagage, et, accessoirement, de chasser de sa mémoire ce qu'il avait pu voir et entendre ici même.

Regagnant peu après sa coterie de chevalier, le marquis les trouva établi non loin, en contrebas des coteaux. D'aucuns battaient les cartes, tandis que les autres jouissaient d'une sieste à l'ombre des arbres, et, avisant les cendres d'un foyer consumé depuis longtemps, Aymeric réalisa le temps qu'il avait passé en compagnie du magicien. Surprenant quelque regarde curieux chez ses propres hommes, il déclara, en clôture de cette longue parenthèse hygiénique : "Nous pouvons partir, je suis rasé." C'est tout ce qu'ils obtiendraient de lui.

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