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 Le Talion

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Enrico di Montecale
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MessageSujet: Le Talion   Jeu 14 Avr 2016 - 14:05

« Diantra… Enfin. »

Enrico était sur le gaillard d’avant, alors que derrière lui s’activaient les hommes avec la voilure. Il se rapprocha un peu plus du bastingage, et regarda les quais sur lesquels ils allaient s’amarrer. Bien évidemment, il y avait le comité d’accueil destiné à la Damoiselle du Dragon, dont les étendards étaient perceptibles, levés si haut dans le ciel. A croire qu’ils voulaient absolument montrer qu’ils étaient là à tout le monde. Pour Enrico, en revanche, l’accueil était tout autre. Outre les quelques membres de la Marine langecine présents, il vit son frère, le jeune Albano, attendre sa venue, une main posée sur la garde de son épée, accompagné de quelques soudards. A côté de lui, un homme qu’il ne connaissait pas, brandissant un étendard avec ses armoiries. Ça lui faisait bizarre, mais autant s’y habituer. Il avait reçu un titre bien plus prestigieux, à présent…

Le Dauphin s’amarra aux quais avec aisance. L’équipage s’appliqua à remonter les affaires des différents occupants importants de la barge. L’un et l’autre, Azénor d’Anoszia et Enrico di Montecale descendirent de la barge, se dirigeant vers leur comité d’accueil respectif. Il salua néanmoins les Anoszia, et dit au revoir à la Fleur de Velmonè, lui assurant qu’ils se reverraient sans nul doute. Pour l’heure, il était content de retrouver un visage familier, celui de son deuxième frère cadet, qui lui, en revanche, affichait une mine des plus graves. Enrico ne s’en rendit pas compte tout de suite, et lui agrippa l’épaule avec vigueur.

« Albano ! Mon frère ! Comment te portes-tu ? Père va bien, Piezarre aussi ? J’ai mille questions à te poser. »

Albano fit un sourire pincé.

« Oui, oui, Enrico… Je… Je t’en parlerai pendant que nous marcherons ! »


L’amiral remarqua enfin l’air soucieux de son frère. Il arqua un sourcil.

« Il y a quelque chose qui ne va pas ? »

Albano fit mine de se diriger vers la sortie des quais, suivi par Enrico et les hommes d’armes au service des Montecale. Il soupira.

« Oui. Père m’a envoyé pour t’accueillir, mais également pour te remettre quelque chose. Je te remettrai une lettre, lorsque nous serons à l’hôtel de l’Argre. Tu loges dans la meilleure chambre, et… Tu ne retourneras pas encore à Nelen pour le moment. »

Enrico était encore plus perplexe. Il essayait de réfléchir à ce que cela pouvait bien signifier.

« Sais-tu quelque chose, au moins ? »


Albano acquiesça.

« Je préfère tout de même que tu lises. C’est… mieux. »


Ils continuèrent de marcher dans les rues de Diantra. La ville semblait dénuée de sa splendeur d’antan. Elle ne rayonnait plus comme avant, comme si avec la fuite du Roi s’était envolée le halo de lumière qui régnait sur la cité. Néanmoins, la troupe ne connut aucun problème, le temps qu’ils arrivent à l’hôtel de l’Argre, un magnifique édifice épargné par les sévices de Cléophas. Enrico arriva devant la porte, avec son frère. Il se retourna, lui faisant face. Albano s’avança, une lettre à la main. Celle-ci tremblait légèrement, mais pas assez pour que l’amiral éclopé ne puisse le noter. Albano salua rapidement.

« Je vais te laisser, Enrico… »


L’amiral agrippa le bras d’Albano.

« Dis-moi au moins que ce n’est pas père qui est mort. »

Albano secoua la tête.

« Non, je te rassure. Père est vivant. Piezarre est à Nelen et administre l’archipel en ton nom. Raúl était à Azalie, mais il va bientôt venir à Diantra… Tout va bien pour notre famille, Enrico. En fait, je te conseille vraiment d’attendre d’avoir lu la lettre. »


Sur ces dernières paroles, Albano se retira, laissant tout de même quelques gardes à Enrico. Ils portaient un écusson cousu à la va-vite, orné d’un homard. La vitesse à laquelle il avait été propulsé n’avait sûrement pas été prévue… Intrigué, et rongé par l’inquiétude, le Baron de Nelen pénétra dans ses quartiers, fermant bien les portes derrière lui. Une fois dans sa chambre, il avisa une chaise, proche d’un bureau, sur laquelle il s’assit, prenant soin d’étudier ladite lettre. Le cachet de cire était brisé. Albano était bien trop curieux pour son propre bien… Enrico inspira un coup, puis entreprit d’ouvrir la lettre, petite et concise.

C’était l’écriture de son père.
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Enrico di Montecale
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MessageSujet: Re: Le Talion   Jeu 14 Avr 2016 - 14:09


Les doigts crispés d’Enrico se mirent à trembler, alors que ses yeux incrédules relisaient encore et encore les quelques mots contenus dans la lettre. Lorsqu’il fut absolument sûr de ce qu’il avait lu, il abaissa lentement ses bras, pour qu’ils viennent toucher ses cuisses, alors que son regard se perdait devant lui, à admirer un mur vide et qui lui paraissait aussi terne et triste que la nouvelle que l’on venait de lui annoncer par courrier. Il resta ainsi pendant quelques secondes, interdit, immobile, ses doigts se raidissant, pendant qu’un tout autre sentiment que la tristesse soufflait un vent de tempête dans son esprit.

La colère prit le pas sur la raison, et sa poigne se referma sur la lettre, rageusement. Il étouffa un grognement, malaxant le papier de la lettre comme pour tenter d’évacuer le trop-plein en lui. Violemment, il jeta la boulette contre le mur, se ruant sur sa chaise en hurlant à la face du monde. Ses poings frappèrent les accoudoirs, ébranlant le meuble de bois. Sur le sol, sa jambe de bois percuta le marbre avec force et résonnance. Furieux, Enrico envoya son pied contre le bureau, le fracassant sans ménagement, le faisant trembler et grincer.

Alertés, les gardes en faction devant l’entrée de sa chambre pénétrèrent dans celle-ci en ouvrant les portes à la volée, épées au clair. Ils inspectèrent rapidement la pièce, voyant qu’il n’y avait aucun signe du moindre assassin, ou du moindre intrus susceptible de faire ainsi crier le Baron de Nelen. Ce dernier se retourna, les traits déformés par une expression démoniaque. Ce visage, seuls ses marins les plus malchanceux, ses ennemis pirates, et même parfois ses frères, y avaient eu droit. Un visage déformé par la colère, le mépris, et le désespoir. Il s’était assombri, perdant ses traits de charmeur suderon, de gentilhomme aimable et courtois. A présent, il tenait plutôt de l’animal, ou du démon.

Rageur, il se releva à toute vitesse, manquant chanceler, et se dirigea le plus rapidement possible vers ses hommes d’armes.

« Allez-vous en... Il n’y a rien ! »

Il tentait de rester calme, mais le tonnerre dans sa voix n’aurait pu être atténué. Pas de sitôt, en tout cas. Les factionnaires se regardèrent un instant, soudain en proie à la peur. Enrico gronda, et leur hurla finalement dessus en levant un poing vers eux.

« Basta ! J’ai dit basta ! Hors de ma vue ! »

Les deux hommes ne comprirent pas pourquoi ils étaient ainsi rabroués. En revanche, ils avaient bien écouté, et s’exécutèrent avec la plus grande rapidité. Ils passèrent le pas des portes en toute hâte, et les refermèrent derrière eux. Enrico voulait courir, oubliant les années d’entraînement qu’il avait pratiqué pour que sa jambe de bois ne le gêne plus. Aussi, il claudiqua plus qu’il ne courut, et lorsqu’il arriva près du balcon, il se tint à la rambarde, ses jointures, blanches de trop serrer le marbre. En contrebas, un jeune palefrenier, que le bruit du bois tapant sur le marbre dans la chambre supérieure avait alerté, regarda l’amiral avec de grands yeux.

« Scelle-moi un cheval ! Prengo ! »


Le garçon se dirigea à grands pas vers les écuries, alors qu’Enrico, lui, enjambait les quelques mètres le séparant de ses portes, les rouvrant à la volée, propulsant les gardes sur les côtés, hébétés. Dans le couloir, le suderon furibard continuait son chemin, allant clopin-clopant sans s’attarder. Les épéistes de l’entrée se regardèrent à nouveau, et décidèrent d’accompagner, mais de loin, l’amiral alors qu’il dévalait les escaliers en insultant à tout-va.

« Albano ! Albano ! »

Ivre de rage, Enrico sortit de l’hôtel de l’Argre, se dirigeant vers les écuries…

Dans la chambre, roulé en boule, à terre, contre un pied du bureau, l’objet de tant d’ire, et de cette frénésie sans nom, ne bougeait plus. Il était comme figé dans le temps, temps qui venait de s’arrêter même pour Enrico. Dessus était écrite la fin du monde, ou plutôt la fin d’un monde. Celui du vaillant marin suderon. Il venait de mourir, tué par des mots, écorché vif avec des phrases. La plume avait, encore une fois, été plus forte que l’épée…

Citation :
A Enrico di Montecale, Baron de Nelen et Amiral du Duché de Langehack,

Mon fils, c’est avec une joie non-dissimulée que je t’annonce ton futur mariage avec dame Cécilie de Laval, fille aînée du seigneur de Beaurivages. En t’unissant à cette famille au lignage si prestigieux, les Montecale seront définitivement ancrés dans la noblesse foncière, et il était plus que temps de te trouver un parti. Notre dessein sera accompli.

Nous nous sommes convenus avec le père pour la date du mariage, à savoir la fin du mois prochain. Toute la famille est fière de toi, malheureusement, ton frère Piezarre ne saura être présent à tes noces, étant occupé à régir Nelen à ta place.

Hernán de Montecale

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Enrico di Montecale
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MessageSujet: Re: Le Talion   Mar 19 Avr 2016 - 10:36

Hernán de Montecale était assis à son bureau, sur lequel était disposé un pichet de vin frais, une coupe vide, et de la paperasse administrative comme il en avait rempli toute sa vie. Au sein de la Compagnie du Ponant, les papiers, les vélins, les chiffres, les comptes, les obligations… telles étaient la perception qu’il avait du monde qui l’entourait. Une affaire de calcul, rien de plus. Et pour les calculs, il était plutôt doué. Voire même extrêmement doué, s’il s’autorisait à jouer la carte de l’arrogance. Les nobles gens ne se méfiaient jamais assez des ressources de la bourgeoisie. Un jour, cela finirait par leur être fatal, Hernán s’en doutait. Mais la moindre petite erreur, la moindre petite miette tombée de la poche de la noblesse, finissait invraisemblablement ramassée, collectée. Charognard ? Hernán préférait le terme opportuniste. Plus proche de la réalité, et moins dédaigneux.

A côté, dans la pièce, Albano était assis sur une chaise, et sirotait un verre de vin. Il était inquiet de voir son père dans un tel état ; ses traits étaient émaciés, il avait perdu du poids. Parfois il tremblait sans qu’il ne fasse froid, et certaine nuit, on pouvait l’entendre jurer dans son sommeil, et se réveiller en sueur. Une autre preuve que quelque chose n’allait pas ; il ne buvait que peu de vin. Et pourtant, ce pichet contenait un hautvalois qui avait plutôt de la cuisse. Songeur, Albano regardait son père, mais ne disait rien. Il avait déjà rabroué Raúl pour lui avoir fait remarquer qu’il n’avait pas l’air dans son assiette. Et les enfants Montecale craignaient par-dessus tout la colère de leur père. Même Enrico, fier marin, disait craindre Hernán bien plus qu’il ne craignait les serpents de mer et autres wagyls.

Comme si ses pensées voulaient se réaliser, les portes s’ouvrirent à la volée, dans un grand bruit, qui fit tourner la tête à Albano, et même lâcher sa coupe sur le tapis. Le patriarche de la famille releva la tête. Face à lui se trouvait Enrico de Montecale, mais dans la version la plus furibarde qu’il ait pu voir depuis un sacré bout de temps. Il l’accueillit d’un visage neutre. Il savait pour quoi il venait. Aussi le laisserait-il s’exprimer en premier. L’amiral s’avança à pas déterminés face au bureau paternel. Ses yeux passèrent d’abord sur Albano, qui essayait d’être aussi discret qu’une petite souris. Puis son regard démoniaque revint invariablement vers Hernán, qui ne s’était même pas levé, et le toisait depuis sa chaise. Enrico posa les mains sur le bureau, plus fort qu’il ne l’aurait voulu.

« Annule ce mariage. »

Le père secoua la tête, plus par dépit que par refus. Son fils était bien prévisible…

« Calme-toi, d’abord. »

Enrico souffla du nez, le regard toujours posé sur l’homme d’âge mûr qui lui faisait face. Il était trop en colère pour remarquer son teint cireux, et sa peau qui tirait vers le bas. Pour l’instant, la seule chose sur laquelle se focalisait son esprit était l’homme qui venait de l’enchaîner pour le reste de sa vie.

« C’est ainsi que tu me remercies, mon fils ? En pénétrant dans mon office, et en m’ordonnant de rompre tes fiançailles ? Tu ne vois même pas plus loin que le bout de ton nez, c’est affligeant. Cela serait tellement néfaste pour la réputation familiale. Tu sais te montrer intelligent, pourtant ici, j’ai l’impression d’avoir affaire à quelqu’un d’autre. »

Enrico gronda.

« Pourtant, c’est le véritable Enrico qui vous parle ainsi, père ! Celui qui ne souhaite pas se marier avec quelqu’un qu’il ne connaît pas, et qui… »

Hernán le coupa, posant sa plume dans l’encrier.

« Et qui est l’héritière du domaine de Beaurivages, l’un des sangs les plus prestigieux du Missédois, producteurs majoritaires de vin, de sucre, et d’agrumes. Qui plus est, en père aimant, je t’en ai choisi une jolie. Ne t’ai-je pas trouvé là un excellent parti ? Mieux que ce que tu ne pouvais espérer en vivant à Soltariel. »


Enrico ressentait l’irrépressible envie de frapper du poing sur la table.

« Non. Il y avait quelqu’un, et vous le savez très bien. »


Hernán soupira.

« Oh, allons, Enrico. Nous en avons déjà parlé à maintes reprises. Orphelia Lambruzzia n’était pas une dame pour toi. Elle n’avait aucune terre, elle t’a repoussé, elle s’est même mariée ! Tu devrais arrêter de poursuivre les fantômes, ils ne rapportent guère d’argent, ni de prestige. Or, ce sont les deux que je t’amène sur un plateau. Alors cesse de couiner, et accepte ton destin. »

L’amiral ne put réprimer son envie bien longtemps. Son poing fracassa le bureau, le faisant trembler.

« Non ! Annulez ! »

Hernán se leva d’un bond. S’il avait éprouvé des difficultés, il n’en montrait rien. Enrico, étonné, ne bougea pas. Il reçut une claque. Le silence se fit dans la salle, et même Albano semblait avoir cessé de respirer.

« Je suis ton père Enrico. Tu dois m’obéir. Que tu sois noble et que je ne sois que le géniteur d’un noble n’y change rien. Tu vas m’écouter, et te marier à cette fille. Tes enfants seront barons, et avec de la chance, tes descendants feront de Beaurivages leur résidence d’été, lorsqu’il fait trop chaud dans l’archipel. Tu ne vois pas plus loin que tes désirs personnels, tu ne songes pas à l’avenir de la famille. Réfléchis, bon sang ! Pourquoi aurais-je investi tant d’argent pour ton éducation à l’Académie de l’Amirauté ? Pour le simple plaisir de voir mon fils faire ce qu’il aime ? Non, pour te donner la chance de te démarquer. Pour que tu réalises ce que je n’ai pu faire, et ce que personne dans notre illustre famille n’a encore réalisé ! Avant, c’était Lazar, le héros familial. Maintenant, c’est toi. Alors comporte-toi comme tel ! »

Il se rassit promptement, jetant un œil noir à son enfant. Ce dernier n’avait pas bougé depuis la claque. Il n’en avait plus pris depuis tant d’années, qu’il en était à moitié abasourdi. Serrant les poings, il voulait réagir. Attraper un chandelier et lui fracasser la tête. Ou lui sauter dessus et l’étrangler jusqu’à ce que sa langue devienne bleue et enflée… Mais il n’en fit rien. Il jeta un regard courroucé à son père.

« Je vous hais, père. »


Hernán soutint son regard.

« Hais-moi. Tant que tu fais ce que tu dois faire, mon fils. Va maintenant. »

Enrico, frustré, se retourna pour partir, lançant des insultes en patois soltarii à qui voulait l’entendre, renversant même un vase avant de s’en aller du bureau de son père. Il claqua les portes si fort, que dans le couloir d’à côté, c’était le son d’un boulet de trébuchet qui s’était répercuté en écho. Albano, qui avait assisté à la scène, se rapprocha finalement de son père.

« Père… Vous savez, Enrico n’a pas tort. Vous n’avez pas choisi pour nous nos dames, à moi et Piezarre… »


Hernán jeta un regard mauvais à son fils, qui recula d’un pas.

« Cesse donc tes mièvreries, Albano. Vous n’étiez pas barons, ni nobles d’ailleurs. Et nettoie-moi ce vin à terre. Ça attaque le tapis ! »
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